RSS

Archives de Catégorie: mon journal

A coeur vaillant rien d’impossible… une page est tournée pour Adlane comme pour moi…

Résultat de recherche d'images pour "journal vaillant: Yves le loup"

ça y est nous avons vu Adlane.  Je pensais le trouver écrasé, à bout, pas du tout. Il était propre, régénéré. Il a dit, je ne devais pas prendre plus de 5 ans, mais ça m’apprendra à faire des conneries, cela me servira de leçon. Le tout est que je ne perde plus mon temps et que mette celui-ci à profit pour me reconstruire. Ce procès qui m’avait tant éprouvée, lui l’a reconstitué. D’abord le viol était un effet de manche de l’avocat, il y a bien eu une tentative mais il s’est battu quitte à prendre des coups et même se faire massacrer la mâchoire.

Et nous avons enfin su le fin mot de l’histoire sur ce qui c’était passé entre ces deux ados et qui explique beaucoup de choses: non seulement ils étaient enfermés toute la journée dans cette chambre mais ils n’arrêtaient pas de fumer du cannabis du matin au soir. « la chambre était envahie de fumée… » Toutes ces pratiques sataniques, ces fantômes, ces scarifications étaient complémentaires de cet excès… Et ces deux imbéciles n’ont jamais osé l’avouer comme si dire aux parents, à la police le fait de fumer était plus grave que l’excès auquel ils avaient été conduits. Il sait qu’il ne supporte pas le cannabis, l’épisode délirant en prison a été provoqué par une autre prise. Mais ça aussi il l’a compris comme il sait qu’il doit désormais s’assumer en adulte et il ne veut plus que nous gâchions notre vie pour lui. S’il a souffert aux Assises, c’est d’avoir par sa stupidité, sa misérable histoire d’amour, fait souffrir toute sa famille, de nous voir tous en plein désarroi à cause de lui.

Il a déjà pris de multiples contacts avec l’administration pénitentiaire. Il souhaite poursuivre sa licence d’histoire, c’est possible semble-t-il. En fait, il sait bien qu’il va devoir envisager un avenir professionnel, qu’il ne pourra pas devenir chercheur, enseignant puisque pendant neuf ans sa condamnation le lui interdira. Mais dans le cadre de sa reconstruction il a besoin d’une activité intellectuelle qui lui convienne, peut-être n’a-t-il pas renoncé à son ambition de toujours: être scénariste. Pour le moment il a besoin d’éprouver de l’intérêt pour ce qu’il apprend.

Il pense ne pas retourner aux Baumettes,  il préfère Luynes, parce que c’est propre, neuf, sans rats et cancrelats, mais il espère être envoyé à Avignon, pas dans une maison d’arrêt. Si tout se passe bien il aura des jours de sortie. Tout le monde a compris qu’il n’était pas un délinquant mais un imbécile qui s’était mis dans une situation infernale.

La page est tournée, il ne l’aime plus et se demande encore comme Swann (un amour de Swann) pourquoi il a perdu tant de temps avec une femme « qui n’était même pas son type ». Il est resté sidéré durant le procès, stupéfait de se trouver là à cause de la violence d’un amour adolescent qu’il n’éprouvait plus et il espère de tout coeur pour elle qu’elle se reconstruira et que ce que ses avocats ont dit, à savoir qu’elle recommençait des études était vrai, mais il ne veut plus rien en savoir, les mensonges de la défense ont définitivement brisé cet attachement comme de la voir blottie dans les bras de ce beau père incestueux ou du moins qu’elle prétendait tel, l’appelant sans cesse à la rescousse lui Adlane pour « empêcher qu’elle plante ce porc ». Etait-ce encore un mensonge, une invention ? Il l’ignore et cela ne l’intéresse plus, qu’elle reste avec ses démons ou s’en débarrasse, peu lui importe. Il sait désormais qu’il a conquis l’indifférence, il y a eu trop de manipulation, trop de mensonges, ce procès, ces 8 ans alors que quand il y a mort et autant de circonstances atténuantes, il ne sont même pas appliqués parfois, mais il est prêt à payer. Rien n’excuse ce geste même si la victime est en pleine forme, même s’il était gorgé de souffrance, d’humiliation , de drogue, même s’il avait 18 ans.

Il a cru vivre l’absolu d’un amour, ce que personne avant lui n’aurait éprouvé, il a cru que le cannabis l’emportait dans les rêves et calmait leurs angoisses à tous les deux. Ca aussi je peux comprendre, chercher à apprendre à vivre avec des angoisses, c’est un apprentissage et non des moindres. Mais il s’est retrouvé démuni, il peut murmurer  cette tirade de Shakespeare symbolisée par cette cour d’assise où il était impossible de s’expliquer :  »

« La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

Il ne reste plus qu’à tenter de faire ce qu’on doit, le mieux que l’on peut, en se disant que le théâtre n’est que divertissement chèrement payé. Il avait son libre arbitre et il l’a abandonné pour un rôle.

Parce qu’il a compris cela, j’ai pu enfin sortir moi aussi de mon cauchemar, revivre à travers cet enfant, le calvaire de la maladie mentale (mais aussi de l’addiction au cannabis) de mon propre fils. Je sais qu’il a compris qu’il devait devenir un adulte et ne plus avoir besoin de moi, même si le choix de la licence d’histoire est sans doute un dernier lien, le plus important.

, il a demandé également à travailler, un petit boulot y compris en bibliothèque et bien sur à se soigner, ça il y a obligation.

il a déjà rendez-vous avec le psychiatre et le psychologue. Il veut se battre pour être à l’isolement ce qui lui permettra de travailler, faire ses études, écrire et qui correspond à l’obligation de soin… Il veut que de notre côté nous vivions et que nous ne venions le voir moins surtout s’il obtient d’être à Avignon… Il se sent mieux maintenant qu’il sait ce qu’il attend et qu’il peut de ce fait faire des projets.

Il dit avoir tourné la page et assumer.

Je suis assez contente, j’ai été la seule tout au long de ce procès à défendre la maturité d’Adlane. Je n’ai pas cherché à réellement expliquer ce que j’entendais par là,  faire partager ce dont je suis convaincue : « il y a mille sortes d’intelligences dont la bêtise n’est pas la moindre » disait thomas Mann. Il suffit d’avoir affaire à un gendarme stupide qui a décidé de faire votre malheur pour mesurer la terrible efficacité de la bêtise. A l’opposé du spectre des intelligences, il y a l’inefficacité intégrale de ceux que l’on considère comme intelligents et qui en fait ont un mode d’intelligence orienté vers la compréhension pour la compréhension. Tous les individus se déploient sur un tel vecteur, ils sont plus ou moins l’un  ou l’autre… Adlane a toujours été plutôt du côté de la stupide inefficacité des gens dits intelligents, ceux qui cherchent à comprendre. Moi aussi. Je suis ainsi faite que l’on me propose de m’intéresser à, par exemple, la vente du sel en basse Bretagne au XIII e siècle, je me passionne aussitôt pour ce que je découvre alors que je ne veux pas savoir des choses de tous les jours, cela m’ennuie et je m’en détourne. Et dans cette cour d’Assise, dominée par la redoutable efficacité de la bêtise collective, celle des logiques institutionnelles et des stéréotypes,  je suis démunie et j’ai conscience de la catastrophe que je peux faire si je dis ce que je pense. Adlane est assez semblable à moi, mais la vie, ce qu’il a vécu l’a déjà transformé. Il faut le laisser se développer, avancer, arrêter de projeter.  Le libérer de moi, de ce temps où il était un enfant  et où nous nous interrogions sur la raison pour laquelle notre planète était bleue.

Voilà, je suis soulagée et prête à de nouvelles aventures en Pologne avec Willem, Monika et Nabil.. A la rencontre de notre b berceau familiale à toutes les deux à Tarnov.  Il y a notre livre en perspective. Je vais là encore affronter d’autres cauchemars, celui de l’antisémitisme, du nazisme, de ma petite enfance, mais je me sens joyeuse.

Jadis j’ai fait 6 ans de psychanalyse, avec un lacanien qui ne pipait pas mot, pour affronter la maladie de mon enfant. Ce mutisme  m’avait paradoxalement donné de la force. J’ai du faire  le chemin toute seule, celui qui était censé savoir et qui,  derrière moi allongée sur un divan, par son silence me disait que c’était à moi de savoir et à nul autre. Peut-être faisait-il des mots croisés? . J’avais passé les trois premières séances à pleurer, sangloter, moi qui ne pleure jamais, au prix de la séance c’était cher payé, cela me soulageait tellement que je n’ai rien regretté… Cela m’a aidé et je retrouve aujourd’hui face à Adlane, ce que j’avais compris à cette époque: il faut être face aux êtres jeunes comme un filet de sécurité, ne pas les étouffer, les laisser jouer les funambules, mais être simplement un filet en cas de chute. Mon fils avait pu trouver la capacité de se soigner lui-même et, comme je l’ai dit, quand malheureusement il est mort d’une embolie pulmonaire, il faisait partie des 35% de schizophrène capable de gérer sa maladie. J’avais été aidé par Hamid et Djaouida, je leur ai rendu leur aide. Maintenant c’est à lui Adlane à faire face aussi. On m’avait dit un jour qu’une psychanalyse réussie c’était quand on découvrait le monstre qui vous faisait peur, c’était un nounours en peluche que l’on plaçait sur son lit. Je doute que le mien soit un nounours, mais ce qui est sur que je n’ai plus peur de ce qui pèse sur les êtres humains et dont même une psychanalyse ne nous délivre pas. Freud a du fuir devant ces horreurs..

Nous envisageons de partir de Cracovie vers Budapest, la Hongrie… ce sera spartiate, comme d’habitude…

J’espère qu’en rentrant la proposition de base commune  sera terminée, j’ai travaillé sur la partie internationale entre ma conférence sur notre livre sur Staline et les journées aux Assises, j’ai réussi à participer mais pas autant que ce que je le souhaitais. Ce sera au retour. Ce dont je suis convaincue c’est qu’il y a des choses que je n’admettrai pas. J’espère de tout coeur que le parti communiste trouvera les forces de sa survie, d’un changement de ligne et d’équipe, mais si tel n’était pas le cas j’apprendrai à vivre avec cette fin auto-programmée de ce qui fut LE Parti de la classe ouvrière, de l’internationale et quel que soit le chagrin que j’en éprouverai, là aussi à 80 ans je tournerai la page pour aborder d’autres temps, non pas pour renoncer au communisme mais pour le vivre dans l’avenir. Peut-être vaut-il  mieux dans les temps présents rester une intellectuelle et ne prétendre s’engager que dans ce qui en vaut la peine, mener à bien un combat et savoir en quitter le terrain quand vous n’y êtes plus nécessairement utile. On verra à mon retour.

Freud disait qu’il y avait trois choses impossibles : gouverner, éduquer et psychanalyser. Parce que tout dépendait en fait des gouvernés, des enfants, de l’analysant… Eux seuls pouvaient mener à bien le processus citoyen, celui de l’apprentissage et celui de la maîtrise ou tentative de maîtrise de sa vie. Le dirigeant, l’éducateur et le psychanalyste n’étaient que le prétexte à cette avancée ou non.

A bientôt à vous tous… je donnerai des nouvelles… Merci à vous qui nous avez aidés, vous ne pouvez pas savoir combien…

danielle Blitrach

Publicités
 
2 Commentaires

Publié par le juin 23, 2018 dans mon journal

 

Après nous le déluge…

Image associée

Cette cour d’Assise fut un profond traumatisme dont j’ai du mal à me relever. Il y avait cet enfant dans un box, et la victime, cette autre enfant en face sur les bancs de la partie civile avec ses avocats,son père et sa mère. Tous tournés contre le jeune homme de 20 ans en cage. Les deux enfants avaient survécu, mais ils avaient enlaidi, elle était prognathe et lui aussi avait une lippe douloureuse, comme deux nourrissons faisant la moue, la bèbe dit-on en Provence. la victime est en pleine forme et lui est jugé comme si elle était morte, c’est le droit français, on juge l’intention. Au départ il lui est attribué une tentative d’assassinat, ce qui signifie préméditation et guet-à-pend. Il risque 30 ans. Il écopera de huit ans sans tenir compte de l’état de sa victime. Ce qu’il a subi depuis deux ans ne doit pas être énoncé même si il suffit d’aller sur le facebook de la jeune fills pour voir qu’elle n’a cessé de danser. Etait-il bien nécessaire d’aller aux Assises? Pour lui mais aussi pour elle?  Toute une cour contre lui mais aussi contre elle dont la pauvre vie fut révélée y compris par une impitoyable expertise psychiatrique.

j’avais le sentiment d’être la seule à savoir l’injustice d’un tel enfermement, d’une telle exposition de ces deux là.

Certes lui avait accompli cet acte insensé que je n’ai cessé de lui reprocher tant au parloir où j’allais le voir, que dans les coups de téléphone qu’il me donnait à moi et à ses parents. A la fin tout l’argent qui lui était envoyé passait dans ces tentatives de garder le lien au-delà de l’enfer qu’il subissait. Il mangeait l’ordinaire immangeable, il se privait de tout pour entendre nos voix. Par moment je n’avais plus la force de subir sa douleur, il m’est même arrivé une fois de ne pas répondre parce que j’étais incapable d’assumer.

Il était là, mais j’étais la seule à sentir avec autant de force, que nous aurions tous dû être à ses côtés ou à sa place. Nous n’avions pas su agir. et passait l’ombre de mon pauvre enfant, mort il y a 5 ans jour pour jour d’une embolie pulmonaire, la nuit, sans que je sois là, ni d’ailleurs un personnel hospitalier pour empêcher l’étouffement. Sa longue maladie dans laquelle après la mort du père, nous avons été rejetés lui et moi dans la solitude totale de la maladie mentale. Tous ces amis, ces camarades, qui nous ont laissé dans ce terrible huis clos où l’on croit perdre la raison avec son enfant.J’ai été la seule pendant dix ans à écouter jusqu’au bout ce qu’était un délire schizophrénique. Je continuais à aller à la fac, à faire de la politique, et j’affrontais les hallucinations, je tentais de comprendre à quel point elles étaient réelles. C’était ça le terrible, pour celui qui vit ce cauchemar rien n’est plus réel que les fantômes, son propre corps qui se dissocie.  La seule aide que j’ai trouvé ont été Hamid et Djaouida, ils ont offert à mon fils une famille aimante. Willem adorait son tonton qui le lui rendait bien.Mon fils paraissait presque guéri, il subissait tous les mois sa piqûre retard et le bilan pour sa pension avait réduit celle-ci jugeant qu’il était désormais en état de travailler. C’est alors qu’il y a eu cette hospitalisation d’urgence, le pneumothorax qui devait avoir lieu le lundi et la mort dans la nuit de dimanche. Il y a 5 ans.

Adlane était allé au bout d’une telle douleur qu’il avait les mêmes hallucinations. J’ai tenté de faire face pour une fois de plus comprendre, et je savais qu’il n’était pas- pas encore schizophrène. Comment expliquer? Quand le mal est installé, il n’y a plus d’espace pour autre chose que le délire. Adlane conservait tous les souvenirs de l’enfance, n’est pas fou qui veut, et il n’avait même pas cet ultime recours.

Il est ce jeune arabe qui avait cru franchir les obstacles parce qu’il était studieux, parce qu’il était athée peut-être cause de sa mamie juive qui lui parlait de Spinoza, de Darwin, de l’apparition de l’homme préhistorique… ne l’avais-je qu’un peu plus voué au racisme ordinaire, la souffrance accentuait son type. Celui qui est suspect. Un arabe avec un couteau…mon pauvre petit qui voulait savoir pourquoi la mer était bleue et qu’est-ce qu’une révolution…

Je savais qu’il était là dans son box en train de lutter pour rester avec nous, pour subir cet étrange procès qui était celui de ces deux enfants qu’un monde d’adulte avait laissé glisser dans la folie. Nous étions tous responsables et ça allait bien au-delà.

Quant à elle : J’ai dit le parcours de Laura, violée en famille à treize ans, à dix sept ans ayant déjà subi deux IVG, enfoncée dans un scénario de répétition. Espérant à chaque amour l’absolu,la fusion, et découvrant à un moment qu’elle était impossible, donc toute la haine pour ceux qui l’avaient fait souffrir  remontant avec une violence inouïe. Adlane l’avait suivie dans tout, les scarification, les jeux autour de la mort y compris celle de mon propre fils, il avait abandonné ses études pour calmer cette fureur, mais il n’avait pas su lui interdire un nouvel IVG, assumer cet enfant et elle ne le lui avait pas pardonné. Sa vie était devenu un enfer, ils avaient adopté un chien, dans leur chambre de bonne sordide, elle lui avait tendu un couteau « Tue-là pour me prouver que tu m’aimes plus qu’elle! » Il avait refusé et l’enfer sans sommeil, sans manger avait continué. Jusqu’à ce geste terrible de sa part. Quand je lui demandais « mais pourquoi tu ne l’as pas quittée! » C’était impossible, non seulement parce qu’il l’aimait mais parce qu’il la retrouvait à l’hôpital, sept tentatives de suicide. Oui il est allé jusqu’au bout, il n’a pas quitté cette chambre de bonne, dans une cellule de même espace, il a même partagé le viol, les coups, la machoîre casée… il avait déjà connu un avant goût avant l’enfermement quand à la sortie de l’école de Laura une bande de voyous proches d’elle lui a cassé le nez… Ils ont mêlé leur sang et leur souffrance…

Nous avons tous vécus à côté de ce drame, je me sens plus coupable que la pauvre Djaouida dont le mari était dans le coma et qui suppliait en vain la mère de Laura de venir chercher sa fille mineure et qui lui répondait : « ma fille je ne la veux pas, j’attends qu’elle ait 18 ans pour la mettre dehors définitivement. Une enfant qui avait été violée sans qu’elle porte plainte, qui en était à sa septième tentative de suicide et son second IVG à 17ans. L’enfant en question accusait le beau père d’attouchements, la grand mère racontait qu’elle mettait un grand couteau derrière son oreiller pour se protéger du beau père. Les grands parents ont refusé de venir au procès mais on a lu leur témoignage en faveur d’Adlane et contre la mère et le beau père incestueux. Qui tous les deux étaient partie civile avec laura, tout le monde réconcilié contre adlane qui payait pour tous. Le père qui avait refusé de venir comme depuis des années il repoussait sa fille vers le foyer maternel qui ne voulait pas d’elle.

Et là dans ce box, ce pauvre enfant insensé qui n’avait pas la force d’assumer ce parcours et qui était en bout de chaîne. Elle a cru trouver protection, il a accepté de lui donner toutes les preuves qu’elle exigeait, il a fini par avaler les médicaments qu’elle prenait pour ses troubles du comportement. Et puis il y a eu l’iVG, l’enfant perdu une fois de plus, la trahison. Il a tenté de lui offrir une bague de fiançailles. Ils n’avaient pas d’autres ressources que la bourse d’étudiant d’Adlane, mais ils étaient en pleine irréalité, ils ont cherché un appartement, sans rien obtenir bien sur…

Quand ils ont tenté de me parler, quand j’ai découvert une part de ce qu’ils vivaient, de ce qu’avait été la vie de Laura j’ai eu des mots plein de banalité pour répondre à ses confidences. Elle me croyait riche, elle pensait que j’allais leur offrir une voiture et elle m’a haïe pour ne pas avoir répondu à ses espérances. Elle lui a interdit de me voir. Il a obéi et c’est là qu’elle a commencé à inventer le fantôme maléfique du mon fils.

Comment dire tout cela, comment partager pour le sauver ?.. Puisque ce qu’il est interdit de dire c’est que la victime est dieu merci en pleine forme et que tout est jugé comme si elle avait succombé sous son assaut… Elle est là morte, cadavre exquis que l’on pleure, dont on dit tout le mal possible et elle est là assise sur le banc, entouré des bras de « son père de coeur », celui dont le procès, son journal intime, la déposition des grands parents on témoigné qu’il se livrait sur elle à des attouchements, dont elle suppliait Adlane de la protéger. Il touchera d’ailleurs pour une obscure raison 5000 euros de dommage intérêt: le père de coeur. Mais tout le monde à l’air de trouver ça normal puisqu’il est normal de considérer qu’Adlane l’a tuée alors qu’elle est là sur ce banc, serrée contre un père de coeur: à qui a-t-elle menti en affirmant qu’elle devait fuir le foyer pour échapper à ses mains baladeuses. S’imposer à un famille de pauvre gens dont le père était dans le coma, malgré les supplications de la mère. Tout cela était dit prouvé, il n’en demeurait pas moins qu’elle était la victime et lui le criminel.Alors que le psychiatre et tous les témoignages allaient dans le dans d’une altération du jugement, il fallait qu’il y ait homicide.Peut-être pour <que le beau père puisse toucher les 5000 euros de réparation, parce que si n’était retenu que les coups et blessures c’était une erreur de s’être adressé aux Assises et il aurait été acquitté. Tout n’était-il pas joué, l’entente existait?

Quelle vérité trouver dans ce lieu  parodique qu’est une cour d’Assise, un théâtre où chacun enfile la robe qui lui garantit le rôle, le justifie, et il faisait si chaud que le satin noir ou rouge du costume collait à la peau… Certains jurés avaient abandonné toute dignité vestimentaire, tatoués, en training et tee shirt, des beaufs, ils feignaient tous de savoir ce qu’ils ignoraient, je ne pouvais m’empêcher de noter mentalement les contresens comme à l’oral d’un examen… Mais surtout parodique parce qu’en rupture de plus en plus avec la réalité, une société qu’ils prétendent représenter et qui est en plein ébranlement. Celui de ces deux enfants, mais aussi de l’univers lycéen, les bandes qui à Marseille s’affrontent, menacent et l’inutilité de la plainte:  on entrevoyait  chez les adolescents un monde parallèle où ils faisaient et subissaient leur propre loi, les coups, les menaces, l’impossibilité de porter plainte face à la logique des bandes qui étaient déjà un antichambre de l’horreur de la prison et de la loi des caïds.

Rien ne peut faire oublier que  les juges, les avocats, les psychologues, les matons sont obligés de participer à cette loi pour avoir la paix, ils rusent. L’avocat le plus fort c’est celui qui est capable de maîtriser cette loi non dite, celle des flics, des voyous. Une caricature du pouvoir et je finissais par haïr la corruption de celui qui savait naviguer au milieu de ces codes absurdes et des stéréotypes ordinaires qui leur tiennent lieu de compréhension. Les plaidoiries sont concours d’éloquence, théâtralité et ruse toujours pour bien rester au niveau le plus bas, celui supposé du jury… Surtout ne pas sortir de là… C’est un danger pour l’accusé que de tenter d’échapper au lieu commun.

J’avais le sentiment d’être la seule à percevoir cela, un peu à la manière dont le schizophrène voit devant lui des choses que les autres ignorent et ces choses là avaient trait à mes propre cauchemars, ceux de ma petite enfance sous le nazisme, la fuite parce qu’une main avait écrit « il y a des juifs cachés ici! » ou encore ces gens battus dans cette rafle que je regardais assise par la Gestapo sur une chaise dans ce palace de la côte d’Azur, ces bombes…

Après nous le déluge, disait tous ces adultes qui ne voulaient pas voir… Et c’était d’autant plus terrible que je jouissais d’un bizarre statut particulier. Il y avait l’âge, quand je suis partie témoigner je tremblais et j’ai voulu maîtriser, j’ai conservé mes lunettes noires pour que l’on ne voit pas mon émotion, je me suis servie de ma canne pour ne pas trembler, le chemin qui me menait à la barre des témoins m’apparaissait si long, Adlane me fixait avec une sorte d’avidité, je l’entendais mentalement me dire « Mamie dis leur, je t’en supplie! »… » J’ai refusé la chaise que l’on me proposait, je participais de la théâtralité générale.Effectivement on m’a tout de suite accordé un statut d’expert… L’avocat général s’est même fendu d’un discours sur le fait que j’étais « une grande intellectuelle, un individu célèbre avec une grande audience », ce qui était pour le moins excessif.  Et, dans les faits, j’étais impuissante au milieu de cette considération qui était une comédie supplémentaire. J’ai demandé l’apaisement, j’ai dit que ce procès n’aurait jamais dû avoir lieu, qu’il y aurait dû avoir d’autre manière de gérer les enfants… Je me demandais ce qu’ils comprenaient…  je savais qu’Adlane comprenait et peut-être Laura. Mais une fois de plus je me sentais inefficace, une fois de plus je n’avais pas les codes, ce qui était capable d’être entendu.

Cela redouble mon incapacité à agir sur le plan politique, à intervenir pour que cette société pourrie accepte de se transformer au lieu d’accumuler ruine et puanteur… je me sens si inefficace à faire partager ce que j’éprouve, ce sentiment d’urgence hérité des peurs de la petite enfance.

A mon grand étonnement, la partie civile a repris en me citant ma demande d’apaisement. Le procès paraissait aller vers la fin du cauchemar d’Adlane, l’avocat général est même venu vers nous pendant les délibérations, en nous disant: « Vous allez bientôt le récupérer! » Et puis il y a eu ce verdict : 8 ans.  dont deux ans de renvoi dans l’enfer de la prison. La révolte… L’épuisement… Mon texte, le premier. Le réveil avec la décision de me battre, la rencontre d’hamid et de son frère  avec l’avocat, l’annonce qu’Adlane serait protégé.

Pourquoi est-ce que je continue encore et toujours l’affrontement, alors que je n’aboutis à rien ? cette tenacité  en moi est double, celle des juifs, de vrais chiendents, mais aussi les pauvres, les ouvriers, ceux qui comme Hamid et Djouida ne peuvent renoncer à se battre. Nous la mettrons en oeuvre pour Adlane, mais combien d’enfants sont condamnés à l’horreur dans le silence général et toutes les parodies auxquelles personne ne croit et qui pourtant laissent parfois filtrer du sens, le fait que les choses pourraient être autrement.

Mais personne n’a la force d’assumer, parce qu’il faudrait consacrer autant de temps et d’énergie pour reconstruire ce que toute une société s’est employée à détruire, alors il vaut mieux jeter le pantin cassé au rebut… On ne tranche plus le col mais on espère ne revoir jamais, alors qu’ils se multiplient, ils sont là… ceux qui exigent justice, ceux qui les haïssent…  une sorte de danse macabre… Après nous le déluge, pour le moment chacun croit avoir raison…parce qu’il n’a pas la force d’être autre, pas la force d’entretenir ceux qui se nourrissent de la misère et des peurs.

Voilà, je pars le 25 en Pologne avec Willem, le fils de Mafoud a décidé de venir avec nous, c’est un adulte d’une quarantaine d’années, curieux de tout, il a choisi de nous suivre, Monika nous attend à Cracovie. Une part de moi se demande ce qui me prend d’aller me fourrer dans cet antre de l’antisémitisme et de la haine raciste. Avais-je besoin de cela? Avais-je besoin de me confronter une fois de plus au nazisme, à la chute du socialisme, à l’Histoire incohérente et dans laquelle je tente en vain de mettre un peu d’ordre.

Danielle Bleitrach

 

 

 
1 commentaire

Publié par le juin 22, 2018 dans mon journal

 

Evolution favorable peut-être

Hamid et son frère ont rencontré l’avocat, qui est d’accord pour poursuivre sa mission pour le protéger. Moi je dois dire que j’ai préféré les laisser agir, j’étais épuisée.

En fait, le procureur et l’appareil de justice ont plutôt bien agi : ils ont mis des obligations de soin qui font que l’avocat peut intervenir pour le faire placer dans l’hôpital psychiatrique des Beaumettes. Là, si tout se passe bien, il sera protégé, les soins seront commencés et il pourra même entamer des études. Si tout va bien il en aura pour 20 mois et la possibilité même de sortir avec un bracelet électronique.

En fait, l’avocat a expliqué qu’à partir du moment où il était aux Assises, il devait y avoir crime. Si la qualification avait été de moins par exemple coup et blessure il était de fait acquitté, ce que la partie civile ne voulait pas, ni d’ailleurs le ministère public. IL y avait donc soit 8 ans, soit 12 ans, voir 14 ans. Il y aurait pu y avoir certes dans les 8 ans, 4 ans de sursis et il sortait, mais il a été tranché dans le sens du ferme mais la sanction minimale, puisque comme je vous l’ai expliqué il y avait reconnu la non préméditation, l’altération passagère.

Mais il semble que tout le monde du procureur à l’avocat général soit conscient des souffrances endurées et tout va être fait pour le protéger.

Me voici un peu rassurée et j’espère de tout coeur que quand je partirai en Pologne avec non seulement Willem mais le fils de Maffoud qui a décidé d’être du voyage à savoir le 25 tout sera réglé et Adlane sera dans un lieu où il ne craint rien.

Danielle Bleitrach

 

 
2 Commentaires

Publié par le juin 21, 2018 dans mon journal

 

Adlane victime du harcèlement d’un jury de Beauf

Je suis épuisée mais je veux vous donner des nouvelles du procès d’Adlane.

Comme je vous l’avais écrit, ceux que l’on peut considérer comme l’appareil judiciaire, à savoir le procureur et même l’avocat général, ont témoigné de modération. A tel point qu’après avoir plaidé, l’avocat général est venu vers Djaouida et moi et nous a dit gentiment « Vous allez le récupérer bientôt ».

Avait été abandonné la préméditation et avait été retenu sur une rapport très positif de l’expert psychiatrique l’idée d’un acte commis sous altération mentale. L’expert avait dit qu’il fallait absolument qu’Adlane se soigne et que l’on ne peut pas se soigner en prison.

Le verdict a paru tenir compte de cela parce que l’assassinat donc la préméditation, le guet-à-pend ont été dénoncé, l’altération retenue mais il a été retenu comme le demandait l’avocat général la tentative d’homicide. Ce qu’avait réclamé l’avocat général a été alors retenu par le juré qui a donné 8 ans à Adlane. Alors que tout le monde pensait qu’il aurait un temps correspondant à ce qu’il avait déjà subi, 2 ans et six mois, avec les suspensions de peine, cela fait sait 4 ans, le jury pouvait donc lui donner quatre ans de sursis et il sortait avec obligation de soin. Il a bien des obligations de soin, mais il est de fait condamné à être encore en prison pendant deux ans. Ce que l’on nous a décrit des Beaumettes, me convainc qu’Adlane n’y survivra pas. Ce jury l’a donc condamné à la mort, à la folie, sans le moindre état d’âme, il le savait mais que voulez vous un jeune arabe qui à bout de douleur après 5 nuits sans sommeil, sans manger finit par avoir un geste insensé (commis sous altération mentale reconnue) ne peut pas s’en sortir comme ça. Il devra payer pour tout ce qu’à subi cette fille, à savoir, un viol à treize ans en famille, qui donc ne portera pas plainte, une enfant reniée par son père, qui n’a même pas daigné venir à l’audience et qui avait fait un rapport très favorable à Adlane. Les grands parents ont refusé de venir témoigner, ils sont partis en voyage aux Baléares, mais ils ont dénoncé les attouchements du beau père, partie civile comme la mère qui chassait sa fille de chez elle, malgré les supplications de Djaouida dont le mari, le père d’Adlane était dans le coma. Ce beau père incestueux, dénoncé par les grands parents, mais aussi par le journal intime de la jeune fille qui s’appelle Laura, va même comme la mère complice toucher chacun 5000 euros de dommage intérêts. Laura qui avec une mère pareille à 17 ans avait subi un viol à treize ans, et deux IGV l’un à Quinze ans, l’autre à 17 ans.

Ces deux enfants qui ont été obligés de se cacher dans une chambre de 7 mètres carrés, la taille exacte de la cellule où il vit depuis en prison, un lieu presque aussi sordide, où il n’y avait pas de toilette, pas de salle de bain. Ils étaient enfermés là-dedans dans leur amour fou, alors que la mère refusait de reprendre sa fille et que Laura prétendait que son beau père la violait. Hamid qui lui avait demandé de partir après avoir découvert que ces deux adolescents se livrait à la scarification, qu’Adlane se soit suiccidé en avalant les médicaments pour troubles mentaux que devait prendre Laura. On les a tous laissé là-dedans, moi y compris. je peux toujours le raconter que mon fils venait de mourir, que ma mère est morte dans mes bras peu après, mais j’ai aussi choisi le confort de penser à autre chose. A côté dans le box des accusés il y aurait dû avoir tous ces adultes, dont la longue chaîne d’irresponsabilité avait placé ces deux enfants dans cet enfer où il finissaient par voir des démons et le fantôme de mon fils que Laura prétendait évoquer. nous y avions tous notre place et désormais il y a tous ces membres du jury.

Laura, une enfant détruite par tous ces gens est arrivée ne bout de course telle une grenade dégoupillée sur Adlane qui était une victime désignée depuis si longtemps…

Le seul qui a tenté de l’aimer jusqu’au bout, d’assumer tout ce parcours dont il n’était pas responsable, le seul qui n’a pas considéré comme une pute et qui lui a offert une bague de fiançailles avec l’argent de sa bourse d’étudiant, celui qui a abandonné ses études pour elle, et bien lui est condamné à 8 ans de prison et un retour donc pour 2 ans dans une prison où il a tout subi y compris des viols , la mâchoire cassée, des coups, alors qu’il a tenté de résister. Nous l’avons sauvé, il a été mis grâce à notre action en isolement et on le renvoie dans cet enfer. Parce qu’un jury de beauf et de femmes nourries de balance ton porc, ont accepté en conscience de l’envoyer à la mort.

Lui dont le père de Laura pourtant plein de préjugé à l’égard des arabes avait reconnu les qualités d’Adlane et combien il avait été rassuré quand Adlane a offert une croix à sa bien aimé. Adlane aimait une fille que les autres considéraient comme une putain et la traitait comme telle, Adlane transcendait les moeurs de sa religion à l’égard des femmes et c’est lui qui paye de la part de ce jury imbécile qui en fait la victime d’un harcèlement comparable à celui subi enfant parce qu’il était trop bon élève. OUi l’avocat, je le pense à déclenché la meute, il y a participé même si avec toute son habileté il a réussi à convaincre l’appareil judiciaire, il a jeté l’enfant aux loups.C’est cela dont j’avais peur et cela s’est réalisé.

Son avocat a fait un numéro, mais l’a désigné de fait comme victime du harcèlement, en en faisant un minable, c’était bien ce que j’avais prévu, cet avocat un corse, ne respecte que les flics et les truands… Il nous a aussitôt donné rendez-vous jeudi chez lui pour que soit versé les 3500 qui restent à verser pour payer le passage aux assises, ce qui a été bien sur précédé d’autres versements. Nous en sommes à 20.000 euros d’avocats. Il n’a pas daigné préparer les témoins, n’a pas jugé bon de m’utiliser pour démonter le personnage de l’arabe qui envoie des coups de couteau, le fait que je sois juive. Il est vrai que le jury de beauf devait être aussi anti-juif, qu’anti-musulman et de toute manière très anti-intellectuel.

Voilà si Adlane reste au Beaumettes il est mort…

Ce soir je n’ai pas la force d’en dire plus.

Encore un mot, certain vont me demander si nous allons faire appel. Non et pour une raison très simple, un appel aux assises, cela fait encore une durée de deux ans d’attente et surement aux Beaumettes, alors que notre seul espoir est que les 2 ans en question il les passe dans une prison de dépôt et pas dans une maisons d’arrêt des Bouches du Rhône, l’enfer. Et il sera dans un état encore pire, incapable désormais de se défendre… Nous sommes pris au piège et de mois en moins soucieux de  le soumettre à la roulette russe de la justice. Quand nous avons une population des Bouches du Rhône votant massivement pour Marine le Pen, que dans le jury il n’y avait pas un seul arabe ou africain…

Il y a aussi l’espoir qu’il passe 4 ans dans un hôpital psychiatrique puisqu’il a une obligation de soin de 4 ans. Mais est-ce que l’avocat va daigner s’en occuper ? Qui peut faire quoi dans ce domaine puisque l’avis impératif de l’expert a été nié par le  jury.

Ce que l’on découvrait c’était une justice parallèle, celle des enfants, des adolescents, mon petit fils a eu le nez cassé en allant chercher laura dans son école par une bande de voyous. Il y avait des photos. « Pourquoi vous n’avez pas porté plainte a demandé le juge? »  « Mais monsieur, vous êtes à Marseille, ils seraient revenu pour faire du mal à Laura! » Au cours du procès, il est ressorti brièvement que Laura avait avec une bande bloqué dans les couloirs Willem avec quatre voyous et que ceux-ci lui avaient dit qu’aux Baumettes il y avait des amis qui feraient la peau à Adlane… Toujours personne ne porte plainte, parce que si on balance à la justice cela sera pire. Cette justice là plus personne n’y croit et ces jeunes dans toute Marseille apprennent à s’en passer.. C’est alors la loi de la jungle, celle qui règne aux Beaumettes est déjà à l’oeuvre. Cela s’appelle le fascisme.

Danielle Bleitrach

PS, je vais un peu me reposer, marcher demain pour me détendre et me vider la tête.

 
2 Commentaires

Publié par le juin 20, 2018 dans mon journal

 

Le premier jour du procès d’Adlane a montré une justice humaine

le premier jour du procès s’est plutôt bien passé. Moi qui témoigne aujourd’hui je n’ai pas eu le droit d’assister aux débats, mais les échos que j’en ai eu sont positifs.

Djaouida , ma fille, la mère d’Adlane a pu exprimer sa vérité : un coeur éperdu d’amour, prête à faire face à tout, une mère courage qui loin de détester la jeune femme faisait tout pour les aider mais était effrayée par la relation, l’enfermement, les délires alors que son époux était dans le coma. Ne pas savoir que faire de cette enfant torturée que sa famille repoussait et qui avait vécu tant de drame. la fragilité d’Adlane, ses souffrances, un premier amour.

Willem a été génial, de spontanéité, faisant un bouclier de son corps pour son frère qui était peut-être l’aîné mais qu’il avait toujours protégé, il a su dire le caractère toxique de la relation tout en dénonçant un acte qui l’horrifiait. Dès que l’on voit Willem, on l’aime.

Adlane a été très clair, très explicite, il a décrit cet amour, l’impossibilité de le quitter, autant par amour que par devoir, il a réclamé des soins. Et je crois qu’il a été entendu.

Je pense qu’après cette journée toute préméditation est écartée.

Le plus étrange était que tous les témoins de son côté s’étaient récusés. L’un avait une crise de diabète, l’autre, son père n’avait même pas répondu à la convocation et le plus étrange étaient ses grands parents qui avaient prétexté une réservation pour un voyage au Baréales. Incompréhensible, moi même si j’avais payé un voyage en chine, j’aurais déchiré le billet et je serais allée soutenir mon petit fils. Est-ce parce que cette pauvre enfant était bien détruite par des adultes indifférents ou refusaient-ils de faire un faux témoignage en sa faveur? Je l’ignore… Mais je crois que cette enfant a autant besoin qu’Adlane de se soigner.

Ceux qui l’on conduit à ce procès en Assises ont été de très mauvais conseil, et il risque de lui faire plus de mal que de bien, encore que c’était moins impressionnant que ce qu’on m’avait raconté. Il y avait un côté intimiste après que des 32 jurés sollicités il n’en soit plus resté que 6, intégrés à la cour et pas sur le côté comme dans les films.

j’aimerais que tout cela s’arrête et que l’on fasse le meilleur pour eux deux, pour nous tous après ces deux années et plus de souffrance. Qu’ils soient bien sur séparés, mais surtout soignés, éloignés de ceux qui ne savent pas gérer des enfants et les fragilisent, nous tous, mais il me semble que dans son cas à elle,ils étaient pires. Alors qu’Adlane avait avec nous tous un véritable rempart d’amour. Mais je crois que cette justice est humaine et que tous ceux qui sont là, y compris le procureur et même l’avocat général cherchent d’abord à comprendre, j’espère que les jours suivants confirmeront cette bonne impression de la première journée.

à 14 heures aujourd’hui Hamid et moi on témoigne… le matin il y a tous les experts psychiatriques, mais comme je suis dehors dans l’attente de mon témoignage, je ne pourrai pas entendre leur récits. Willem, Djaouida et l’oncle Maffoud venu exprès d’Algérie où il est prof de fac me raconteront. La spécialité de Maffoud c’est la psychologie sociale, il sera d’une grande utilité, alors que Djaouida ne voit qu’une chose: son fils chéri dans le box des accusés et telle qu’elle est, elle éprouve une infinie pitié pour la jeune femme. Willem déclare, une histoire comme ça moi je ne la supporterai pas, mais je quitterai la jeune femme et il pleure, il a mal au ventre il a trop trinqué, comme Maya qui fort heureusement n’est pas là.

Moi j’ai peur, je ne sais pas pleurer, quand j’étais enfant on m’appelait « la fille qui ne pleure jamais » et ça ne s’est pas amélioré. Les rares fois de ma vie où j’ai pu pleurer cela m’a fait un bien fou. Je me raidis et je suis antipathique, je le sais, j’ai un côté donneur de leçon. Ma rationalité me nuit, j’ai peur de le desservir, mais je me dis aussi que je n’ai qu’une importance marginale, je ne suis qu’une péripétie d’audience.

merci à tous ceux qui m’ont téléphoné, envoyé un message dans la journée y compris ma cellule qui  nous aura dit à Hamid et moi leur fraternelles pensées jusqu’au bout.

Danielle Bleitrach

 
3 Commentaires

Publié par le juin 19, 2018 dans mon journal

 

la jeunesse et l’engagement… De Marx aux lanceur d’alerte…

portrait-du-jeune-marx

C’est le jour du baccalauréat, le bac, l’angoisse de milliers de jeunes gens, celui aussi où aujourd’hui débute le procès d’Adlane et je publie ce texte de Snowden, qu’est-ce que la vie privée, la vie privée de quoi disait Henri Lefebvre ?

Une de ses déclarations retient mon attention, à l’ère de l’informatique celle-ci rejoint la proclamation du jeune Marx sur la « vocation » des jeunes gens:

« Si vous croyez en quelque chose, vous devez être prêt à défendre ce quelque chose ou vous n’y croyez pas vraiment du tout. Il y aura toujours des conséquences pour les opposants au pouvoir et il ne fait aucun doute que j’ai dû faire face à des représailles, comme tous les lanceurs d’alerte d’intérêt public sortant de la communauté du renseignement au cours des dernières décennies, depuis Daniel Ellsberg. Mais cela ne veut pas dire que cela ne vaut pas la peine d’être fait. Ce sont des risques qui valent la peine d’être pris. »

les premiers textes de Marx connus sont trois dissertations écrites au lycée en 1835, il a appris le grec, le latin, le français, et un peu d’hébreu et il va partir étudier le droit comme son père. Il va choisir la philosophie.  Ce parcours est celui d’un jeune homme du XIX e siècle, mais déjà Marx témoigne d’une passion proche de bien des adolescents aujourd’hui, de leur inquiétude réelle à la fois sur la possibilité d’un emploi mais aussi le besoin de s’engager.

La troisième dissertation de Karl Marx lycéen est un commentaire sur la vocation professionnelle et il explique que celle-ci doit être guidée par « le devoir, le sacrifice de soi,le bien être de l’humanité et le souci de sa propre perfection« . Ces intérêts ajoute-t-il ne sont pas contradictoires les uns des autres. Et il lie le progrès de l’humanité à toutes les angoisses qu’il a sur son propre devenir. le mauvais choix professionnel,soutient-il risque de rendre un homme malheureux toute sa vie » Mais au moment d’opérer ce choix, il note que l’on ne peut pas faire abstraction des contraintes personnelles dont les premières sont d’ordre sociales, comme physique.

je souhaiterais que les communistes aient à coeur là encore d’interpeller la jeunesse à la fois sur les conditions matérielle et sur la vocation entant qu’elle est « réalisation » personnelle mais aussi mise au service de l’humanité, les deux étant liés.

Comment parler à la jeunesse? Ernst Bloch a déjà dit des choses là-dessus dans le principe espérance que je vous recommande comme lecture de l’été (on peut rêver)… Moi j’ai envie de leur dire, à Adlane en particulier, mais aussi à ceux qui passent le bac, ce que Ernst Bloch qui avait quitté la RDA pour la RFA, expliquait néanmoins: il disait que la pire des sociétés socialistes valait mieux que le meilleur des systèmes capitalistes, parce que dans le premier il restait le principe espérance: le droit à défendre une vocation au service de l’humanité qu’autant qu’à sa propre perfection… C’est à eux de mettre en oeuvre… Ne pas renoncer à leurs ambitions et lutter contre les contraintes, les dépasser collectivement…

Danielle Bleitrach

 

 

Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé.”

Résultat de recherche d'images pour "a lecture en bibliothèque"

Pourquoi ai-je retenu cette citation des Pensées de Montesquieu: « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé.” Sans doute parce que quand je l’ai découverte encore adolescente cela correspondait à mon état d’esprit. J’avais pris l’habitude dès que j’ai su lire, à l’âge de quatre ans, de m’enfermer avec un livre dans un coin de l’appartement, parfois c’était dans les waters et mes parents devaient casser la porte pour m’arracher à une histoire passionnante. Je lisais à la lueur de la lune les soeurs Bronté. J’apprenais par coeur des pages entières de mes auteurs favoris et je les récitais d’hiver comme d’été en marchant le long de la mer durant des kilomètres. Cette exaltation d’une enfant solitaire m’a poursuivie dans l’adolescence et quand j’ai passé le bac, j’ai fui dans la bibliothèque de la place Carli toute l’injustice du monde, enfin ce que j’estimais être telle. J’ai lu tous les volumes de Lavisse, traduit Julien l’apostat, et recopié et illustré l’énéide et le de rerum naturae de Lucrèce. La seule concurrence à cette passion était le cinéma et les expositions de peinture, j’avais besoin que l’on me raconte des hstoires qui me faisaient tout oublier.

Si j’ai aimé mon métier d’enseignant c’est qu’il m’aidait à faire comprendre cet extraordinaire privilège qu’est la lecture, ce dialogue permanent avec le meilleur de ce qu’a produit l’humanité. Il m’est arrivé de réussir à transmettre cette passion qui coûte si peu et nourrit toute la vie.

Mais il est arrivé un temps où me souvenant de cette phrase : »Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé.”, j’ai pensé à Montesquieu, et je lui ai dis :  » mon ami, tu n’as sans doute jamais éprouvé de véritable chagrin, parce que tu saurais qu’il en existe d’une telle intensité qu’ils t’empêchent de lire… les mots n’ont plus de sens, ils sautent devant toi et tu ne peux les retenir tant cette déchirure qui te barre la poitrine prend le pas sur tout! » Je ne connais guère que la souffrance éprouvée pour un enfant capable de produire de tels effets. mais il y a des vies entières qui sont telles qu’elles vous empêchent d’être. Je me suis dit aussi que si je n’avais pas connu cela, j’aurais été monstrueuse et je ne saurais rien de l’humanité. Peut-être qu’il a manqué cela à Montesquieu.

Le temps est passé, j’ai éprouvé jusqu’à plus soif ce chagrin qu’une heure de lecture ne peut dissiper et j’ai peur de le ressentir à nouveau parce que cette vague là je n’aurais plus la force me semble-t-il de l’affronter. J’ai des crampes parfois quand je nage et cela m’interdit mes courses habituelles vers la haute mer, il en est de même des chagrins qui brisent un coeur usé…

J’ai appris je crois à refuser de me laisser emporter, je me contrains à être celle qui peut dire : aujourd’hui, je n’ai plus de chagrin qu’une heure de lecture ne puisse dissiper! C’est à ce prix que l’on survit, non seulement on ne meurt qu’à un âge avancé, mais surtout on peut encore s’intéresser à des choses que l’on a jugé pleines de vanité en ces moments où on était comme je le disais englué dans de la poix, dans la noirceur d’un chagrin abominable… Il ne s’agissait même pas d’un chagrin amoureux, ceux auxquels on ne renonce pas de peur de perdre la raison d’exister, non il s’agit de la souffrance à l’état brut, la conscience de subir une formidable injustice. Si j’écris ces lignes c’est pour ceux qui l’éprouvent et l’ont éprouvée. On apprend à vivre après ces moment-là, à vivre vraiment, à retrouver la vanité et la force de l’existence, le malentendu perpétuel de s’attacher à ce qui ne saurait vous rendre heureux pour certain et d’autres comme moi, les plaisirs de l’adolescence et les engagements au nom de l’avenir.

Si j’écris cela c’est pour toutes ces amies auxquelles il m’arrive de ne pas répondre parce qu’elles jouent avec cette souffrance, la ressentent hors de saison et s’étonnent que leur générosité, leur loyauté soit si peu payée de retour. qu’elles ne s’étonnent pas, je refuse d’entrer dans ces jeux là et je crois qu’il n’y a pas d’autres vies que celles qui consistent à vaincre le malheur encore et toujours.

Aujoird’hui je vais me promener avec sous le bras les écrits politiques de Karl Marx, mais je rentrerai tôt pour mettre en chantier un texte que l’on m’a demandé sur l’évolution de la situation internationale… Le coeur plein de l’échéance de demain…

 

danielle Bleitrach

 
Poster un commentaire

Publié par le juin 17, 2018 dans mon journal