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Droits de l’homme et mafia capitaliste avec ses choeurs vertueux…

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En violation du mandat de l’ONU, pour les intérêts privés d’une bande de pillards, mais soutenu par le choeur des imbéciles qui se prenaient pour des âmes nobles, ennemis de la tyrannie, aujourd’hui après ce crime, la Libye est le terrain livré à des bandes de pillards, on y vend des êtres humains et la méditerranée est plus que jamais un tombeau. Et il semble que certains n’en tirent aucune leçon, et pourtant tant que vous contribuerez à cette escroquerie criminelle, montée par des médias aux ordres au profit de petites fripouilles, vous aurez les dirigeants que vous méritez.

Tant que  le music hall des âmes nobles en occident, ce mélange de cirque médiatique et de gogos hypocrites, continuera à se prendre à la fois pour des juges (condamnant tel ou tel selon des critères à géométrie variable, attaquant Assad ou Kadhafi mais en soutenant le boucher de Ryad), pour des policiers (en montant des raids et en proclamant des sanctions contre des peuples) et des gangsters (en pillant ces mêmes pays), nous serons condamnés à avoir les dirigeants que mérite notre hypocrite crédulité. Nous n’avancerons pas sur ce qu’il faut transformer dans notre propre pays, pour qu’il soit digne de ses potentialités et qu’il soit aussi égalitaire et honnête que nous l’exigeons des autres. Nous ne serons qu’une mafia au plan international, gouvernée par des mafieux, parce qu’il n’y a que dans la mafia que ces trois fonctions: juge, policier et gangsters sont réunies et les défenseurs des droits de l’homme occidentaux ne sont le plus souvent que le chœur virginal de la mafia du capital.

Par parenthèse, il y aurait peut-être moins de « migrants à sauver », s’il y avait moins de gens pour appuyer les expéditions guerrières des pillards occidentaux… et de surcroît nous ne serions peut-être plus obligés de consacrer 2 à 3% de notre PNB à une armée à vocation néo-coloniale et aux bonnes oeuvres de l’OTAN.

Nous pourrions dénoncer le danger nucléaire militaire que nos pays bellicistes font peser sur l’humanité et ne pas réserver nos manifestations à la seule condamnation du nucléaire civil en proposant régression à toute la planète.

Danielle Bleitrach

PS: ce sont ces gens là qui vous ont vendu l’expédition en Libye en faisant de Kadhafi le monstre à abattre avec le résultat que l’on sait. Il n’y a pas eu d’opposition à leur crime tant vous étiez bourrés de bons sentiments.

Primes en liquide : Claude Guéant condamné en appel à la prison ferme.  L’ex-bras droit de Nicolas Sarkozy écope d’une sanction plus sévère qu’en première instance, dans l’affaire de détournement de fonds publics au ministère de l’Intérieur, sur la période 2002-2004.
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Publié par le août 17, 2018 dans INTERNATIONAL, mon journal

 

Mémoires: Valentina Terechkov, la mouette, les rêves des femmes soviétiques

ma rencontre avec Valentina et les femmes soviétiques (appuyer sur la photo pour l’agrandir. Valentina est la première visible en partant de droite et moi je suis la seconde (visible) en partant de gauche.La seule blonde avec une tresse.

Dernièrement je ne sais où j’ai lu que Valentina Terechkova aurait souhaité aller sur Mars et même y rester en cas de retour impossible. Peut-être parce que la planète était rouge, parce qu’elle est restée communiste, et  peut-être parce qu’elle avait l’habitude des défis. ,

Je crois que c’était pour son 70 e anniversaire, il y a donc dix ans puisque elle a à peu près mon âge, elle avait révélé qu’elle avait à plusieurs reprise frisé la mort au cours de son périple autour de la terre et failli rejoindre les étoiles, s’enfoncer dans la nuit infini de l’espace. C’était le constructeur en chef des vaisseaux spatiaux soviétiques Sergueï Korolev qui lui avait demandé d’en garder le secret.

.Je ne suis pas outre mesure étonnée qu’elle ait gardé ce secret pendant 43 ans, à cette époque là, on formait les communistes à se taire, à ne pas dire ce qui risquait de nuire à notre cause et tant de choses honorables pourtant seront perdues à jamais. Le  14 juin 1963, le vaisseau Vostok-5 piloté par Valeri Bykovski a été lancé depuis le cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan. Le vol de Valentina Terechkova à bord de Vostok-6 était prévu pour le 16 juin. Le tir s’est déroulé sans problèmes, mais il s’est avéré ensuite que le « programme automatique d’orientation du vaisseau présentait des défaillances: Vostok-6 montait au lieu de descendre. Je ne m’approchais pas de la Terre, mais je m’en éloignais à chaque révolution », a avoué Valentina Terechkova dans une interview au journal Komsomolskaïa Pravda. Pire encore elle a failli atterrir dans un lac. Terechkova en a informé Sergueï Korolev. Le lendemain, les spécialistes ont modifié les données du système de commande de Vostok-6 pour le renvoyer sur une bonne orbite. « M.Korolev m’a demandé de n’en parler à personne et j’ai gardé ce secret pendant des dizaines d’années. A présent, il y a des informations à ce sujet et je peux donc en parler librement », a déclaré Valentina . j’imagine ce qu’elle a dû ressentir devant cette défaillance du pilotage, ce vertige de disparaître à jamais dans l’immensité et pourtant aujourd’hui elle déclare vouloir aller dans un voyage peut-être sans retour sur mars. Elle sait ce dont elle parle…

La première femme cosmonaute, qui avait comme nom de code « la Mouette », est restée presque trois jours dans l’espace parallèlement au séjour spatial de Valeri Bykovski à bord du vaisseau Vostok-5. Ce vol jumelé a permis aux techniciens de perfectionner les systèmes de vaisseaux pilotés dans l’espace, mais ces trois jours furent sans doute exaltants, éprouvants, il y avait, est-ce que vous pouvez l’imaginer vous qui avez vingt ans, dans notre vision du monde existait quelque chose que j’ai du mal à décrire, à vous communiquer,  et qui relève de ça: se perdre dans l’immensité pour pratiquer, la seule prière que reconnaissait Spinoza, celle de la connaissance humaine.Si vous saviez le bonheur d’une telle tension vers un absolu sans transcendance… Le fait d’appartenir à un collectif, les joies collectives sont démultipliées à un point que vous ne pouvez pas imaginer…

La femme, que j’ai rencontrée par deux fois à Moscou,était de cet acabit, C’était une petite ouvrière du tissu, mais qui ne cessait de rêver de l’espace et qui s’était proposée avec d’autres pour devenir la première femme astronaute, cinq ont été retenues, mais c’est elle qui conseillée par le charmant et idéaliste Gagarine a passé seule ces trois jours dans l’espace.. Elle était à l’ image de cette société et de ce qu’elle offrait de rêves et d’espoir à tous. Elle s’habillait modestement, mais avec dignité, un tailleur sombre avec une blouse  blanche quand je l’ai vue dans cette réunion avec le collectif de direction des femmes soviétiques qu’elle présidait. J’étais alors avec Gisèle Moreau dans un voyage que nous avions consacré à la situation des femmes soviétiques, j’écrivais pour Révolution un compte-rendu. Ce fut l’occasion de nouer une amitié qui ne s’est jamais démentie avec Gisèle. Gisèle qui était alors membre du secrétariat du PCF avait la verve d’un titi parisien et nous nous amusions beaucoup. Nous étions si différentes, je ne faisais attention à rien. En voyage, je perdais tout, je continue. Je franchissais avec désinvolture les lourdes portes moscovites et Gisèle qui devait la retenir derrière moi protestait: « Tu es censée me faciliter le séjour et c’est moi qui suis obligée de m’occuper de tes bagages, mais cela ne serait rien si tu prenais l’habitude de retenir derrière toi ces portes qui pèsent une tonne. » Si je raconte cela, c’est que Valentina me faisait le même effet que Gisèle, une femme que la vie avait disciplinée et qui avait néanmoins beaucoup de curiosité, ce qui la rendait indulgente à mon désordre et à mon étourderie. Nous étions faites pour nous entendre, moi ma seule vertu était de savoir écrire, de voir des choses qui n’étaient pas évidentes. Quelquefois on me supporte, quelquefois on m’exècre, et je suis tout à fait consciente que ces femmes-là sont bâties pour soulager les autres alors que moi je suis parfois insupportable tant je les vois peu… au quotidien…Comment se fait-il que j’éprouve une telle empathie pour l’individu auquel je m’intéresse tout à coup^, que je sois capable de percevoir tant de choses et que dans le même temps je me conduise comme un gougnafier, incapable de lui assurer un minimum de confort, l’asphyxiant sous mon savoir…

La seconde fois où j’ai rencontré Valentina, on le voit sur la photo j’étais seule. Je participais à un ouvrage collectif sur les femmes du monde. J’étais chargée de traiter des femmes soviétiques, celle de Bielorussie et celles du Tadjikistan. La question était l’application des mêmes lois natalistes à la Bielorussie où l’on faisait peu d’enfant et le Tadjikistan où la moyenne d’enfants par femme était de dix… Ce dernier voyage a été une des expériences qui m’a le plus marquée et je peux dire qu’il a été un de ceux qui ont construit ma conception internationaliste, ma sensibilité à « l’autre » et à la richesse d’une humanité à la fois si semblable et si différente. Si je n’avais pas eu la chance d’aller ainsi à travers la planète à la rencontre de camarades qui parlaient une autre langue, vivaient dans une société différente et avec lesquelles nous avions immédiatement cette familiarité digne et respectueuse qui s’appelait alors la camaraderie. Nous étions déjà un autre monde et celui-ci m’a marqué à jamais et toujours je me souviendrai de ces sept semaines au Tadjikistan avec une russe galina et une tadjik, Mansour. le premier mot que m’a dit cette dernière a été : « Danielle dis moi comment tu es devenue communiste ? » C’était notre rite de passage… vers les étoiles dans lesquelles.tournait le vaisseau spatial de Valentina.

Ce fut pour moi un immense privilège que m’a offert le parti communiste de rencontrer ces femmes issues de la classe ouvrière et qui avaient une soif de culture, de connaissance qui faisait partie de leur engagement. Valentina ressemblait beaucoup physiquement mais aussi à ce qu’il me semble moralement à mon amie Gisèle Moreau. Des féministes d’une autre sorte, une manière de se dépasser plutôt que de s’opposer. Une curiosité sans limite et une sagesse que j’étais loin de posséder.. Valentina m’a accueillie avec les autres dirigeantes des femmes soviétiques. Nos discussions étaient sévères, politiques, mais chaleureuses, je leur expliquais la situation en France et elles m’entretenaient de ce que les femmes soviétiques espéraient, ce qu’elle construisaient ou plutôt ce qu’elles croyaient construire. J’ai tellement pensé à elles quand l’URSS s’est effondrée, quand les femmes russes sont devenues des poupées pour coeur solitaire et petites annonces, prêtes à tout pour aller vivre en occident. J’ai compris ce dont on se moquait en France, à savoir le côté gendre idéal de Poutine. Tout le monde lui était reconnaissant parce qu’il avait mis un frein à cette déchéance dont les femmes russes étaient l’objet. Du temps de Gorbatchev, déjà, le mot d’ordre était que les femmes soviétiques devaient recouvrer leur féminité, comme si Valentina n’était pas féminine, cela faisait peut-être partie de sa grande oeuvre:en finir avec le communisme. Faire croire qu’être féminine c’était ressembler à une poupée Barbie. .

Valentina avait repris des études d’ingénieur, ce profil n’avait rien d’exceptionnel, même si à ce jour Valentina demeure la seule femme à avoir volé en solitaire autour de la terre et la plus jeune cosmonaute puisqu’elle avait 26 ans. Quand je lui ai demandé si elle n’avait pas eu peur, à l’époque elle s’est contenté de dire que c’était un immense honneur qui lui était fait. Elle avait souri et ajouté, j’ai eu un peu le mal de l’espace, mais j’étais très occupée et j’avais reçu la formation adéquate, rien n’avait été négligé.. pas un mot sur ce qui avait failli se passer, les défaillances de l’appareil.

Valentina Terechkova avait été nommée Héros de l’Union Soviétique pour son courage le 22 juin 1963. Le Bureau du Soviet Suprême de l’URSS lui a décerné l’ordre Lénine et la médaille de l’Etoile d’or. La femme cosmonaute a également reçu de nombreuses distinctions internationales, parmi lesquelles la médaille d’or de la paix de l’Organisation des Nations unies et la médaille Joliot-Curie.La première femme de l’espace est citoyenne d’honneur de 15 villes du monde – Kalouga et Iaroslavl en Russie, Vitebsk en Biélorussie, Baïkonour et Karaganda au Kazakhstan, Gumri en Arménie, Montreuil et Drancy en France, Montgomery en Grande-Bretagne, Polizzi Generosa en Italie, Darkhan en Mongolie, Sofia, Burgas, Petric, Stara Zagora, Pleven et Varna en Bulgarie et Bratislava en Slovaquie. Un cratère de la Lune et une petite planète portent aujourd’hui son nom. Elle était aussi une manière pour la société soviétique de montrer sans le dire que, malgré ou à cause de la déstalinisation, l’épopée se poursuivait. Cela ne me posait aucun problème, à l’époque le cas Staline ne m’intéressait pas. Il a commencé à m’intéresser quand j’ai vu le traitement que l’on réservait à notre propre passé, à ce qu’avait été l’Union soviétique. .

Mais pour revenir à ma rencontre avec Valentina,  rapidement puisque nous étions des camarades, l’atmosphère s’est détendue et à la fin elle m’a fait une confidence qui a beaucoup fait rire toutes les présentes. Elle m’a dit: « tu sais camarade, nous t’attendions et nous pensions voir arriver   une élégante parisienne et nous avons vu arriver …. une Ukrainienne.

Effectivement, je me suis longtemps habillée dans une maison de prêt à porter qui s’appelait Anastasia et j’avais plusieurs robes inspirées par le folklore russe. Plus tard lors des semaines de indo-soviétique, cette ressemblance a fait de moi la représentation de l’Union soviétique aux côtés d’une indienne en Sari à la télévision soviétique. Pendant huit jours, avec ma robe blanche, ma tresse blonde et des fleurs dans les cheveux, j’ai été l’image de la femme russe ou ukrainienne, à l’époque il n’y avait pas de différence alors.

Danielle Bleitrach

 
 

Toujours la suite de mon voyage en Pologne … Qui a commencé à être absurde: eux ou nous?

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ce voyage me travaille et je le laisse agir jusqu’à ce qu’il génère le besoin d’écrire.

A mon retour, non seulement j’avais perdu mon téléphone en slovaquie et ma valise à Prague, mais mon lave vaisselle pourtant un bosch (comme son nom l’indique) a rendu l’âme. De wagner à madame merkel, en passant par l’électro-ménager allemand, je commence à me demander si tout cela ne jouit pas d’une réputation surfaite. Même s’ils continuent à envahir la Pologne et d’autres terres à l’est. Ce qui développe comme il se doit en tout illogisme dans ces contrées un peu plus d’antisémitisme et de russophobie, même s’il n’y a plus de judéo-bolcheviques…

Je suis allée samedi dernier chez Darty en racheter un autre(lave-vaisselle).  sur le boulevard Cantini, proche de Castellane.à Marseille, bien loin de ces terres peu accueillantes…

Devant le magasin, une femme m’aborde, la cinquantaine, blond roux, mince et elle me demande: »Est-ce que je vous connais? Est-ce que je devrais vous dire bonjour! »

Elle a des yeux en amande, opaques, elle m’avoue qu’elle n’y voit plus très bien. Je secoue la tête négativement, mais j’éprouva moi aussi une impression de familiarité qui ne trompe pas. Un peu embarrassée je lui dis: « nous ne nous connaissons pas mais je me demande si nous n’avons pas des origines communes? Et  j’énonce à ma propre surpris: « je suis une juive polonaise », et vous? » Elle me répond ; « Vous vous trompez complètement, je suis séfarade, c’est mon mari qui est ashkénaze! »

La suite de la conversation est tout aussi loufoque, elle se conduit comme si nous étions seuls au monde, les séfarades et les ashkénazis, et la conversation se termine sur le fait que les juifs de Livourne ont tort d’être snobs parce qu’elle en revient et que la synagogue est minable, il ne reste plus rien et elle me conseille quelques lieux en Europe qui méritent le détour, toujours à cause des synagogues et des cimetières juifs. Ca et les camps d’extermination, il ne faut rien rater… Nous nous saluons convaincues que nous ne manquerons pas de nous revoir un jour… peut-être à l’occasion de quelques exode ou pire dans un bateau surchargé ou dans un wagon a bestiau… …

Cette histoire qui paraît tirée d’un conte de Gombrowicz (1) – bien qu’il soit goy je crois, aristocrate, propriétaire terrien même- est parfaitement exacte. Je m’interroge, non pas sur ce qui fait que nous nous reconnaissons si aisément, mais sur ce qui nous paraît drôle alors que cela génère l’angoisse pour d’autres, logique au-delà de toute raison. Est-ce nous qui avons donné à l’Europe centrale notre sens de l’absurde ou est-ce l’absurdité des conditions d’existence en Pologne et en Ukraine -entre autres- qui ont créé les Kafka et les bruno Schulz sur le modèle de ce lituanien, aristocrate Polonais dont je vous recommande BakakaI entre autres. .Il suffit de regarder cette photo, le chapeau, la redingote, comme charlot, nous nous sommes pris pour des aristocrates polonais avec des vêtements râpes.

danielle Bleitrach

(1) j’avais écris Combrowitz avant de corriger… cette manie du witz…

 
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Publié par le juillet 9, 2018 dans mon journal

 

Adlane veut devenir Makarenko, la force en lui de l’espérance pour les autres

Adlane m’a écrit une lettre superbe dans laquelle il décrit les Assises comme « un théâtre où le protagoniste principal a le mauvais rôle ». Il me dit des choses profondes sur le goût du « savoir que je lui ai transmis », il en a perçu l’essentiel, « à savoir cette soif de grandeur, être à la hauteur de ceux qu’on admire », c’est son héritage dit-il, ce qu’il doit transmettre et pour cela il a de nombreux projets dont rien ne le détournera. Au centre de ces projets, il y a l’hommage à sa mère et donc comme elle était orpheline, la volonté de fonder un orphelinat à Alger, « le plus grand et le meilleur orphelinat au monde: « Orphelinat du capricorne » « pour maman quand elle était seule et d’où il sortira des génies et des communistes pour toi ». Il ajoute ; »Remercie tous tes amis et dis leur  que nous pourrions avoir dans l’avenir des projets communs: « tous les hommes pensent que le bonheur se trouve au sommet de la montagne alors qu’il réside dans la façon de la gravir » Confucius et il souligne la dernière phrase.

Il veut poursuivre des études d’histoire parce que là encore il m’étonne, il affirme que le passé est la clé de l’avenir.

je suis sûre qu’Adlane ignore tout de Makarenko et pourtant Il faut absolument que je trouve le poème pédagogique de Makarenko pour le lui donner à lire.

Vous vous souvenez Anton Makarenko, instituteur de formation, prend en 1920, dans la province de Kharkov en Ukraine, la direction d’un établissement destiné à recevoir des adolescents délinquants, établissement qu’il rendra célèbre sous le nom de colonie Gorki. L’époque est rude, partagée entre la famine (les enfants ne mangent pas toujours à leur faim), le banditisme (Anton Makarenko organisera des tours de garde pour empêcher les pillages et assurer la sécurité des routes autour de la colonie), une gabegie chronique (il lui faudra constamment récupérer le matériel destiné à la colonie presque toujours « envolé »), et une pénurie généralisée (tout manque, les chaussures comme les lits). Si l’époque est rude, le travail qui se présente à Anton Makarenko ne l’est pas moins. Il fut contraint, pendant longtemps, d’avoir sur lui un revolver pour « défendre sa peau » selon ses propres termes, et, dans la colonie même qu’il dirigeait, il dut plusieurs fois faire le coup de poing pour sortir et se sortir de situations inextricables. Le Poème pédagogique  [1][1] Anton Makarenko, Poème pédagogique, OEuvres complètes…, ouvrage qu’il rédigera au fil de l’expérience entre 1925 et 1935, fourmille d’anecdotes dramatiques illustrant le quotidien pitoyable des débuts de la colonie Gorki [2][2] Voir par exemple la description qu’il donne, p. 27,….Sur l’espérance, car Anton Makarenko est convaincu que l’Union Soviétique est le pays qui, par la révolution sociale qu’il vient d’accomplir permettra l’avènement d’un homme nouveau. Il ne sera pas un homme différent (rien n’est plus éloigné de la pensée de Anton Makarenko que l’idée d’une transformation « psychologique » de l’homme) mais un homme qui, évoluant dans une collectivité organisée et juste, pourra alors contribuer à la réalisation du progrès et du développement et, ce faisant, se réaliser lui-même. Car, écrit Anton Makarenko, « je ne crois pas qu’il existe de gens moralement déficients. Il suffit de les placer dans des conditions de vie normales, de leur imposer des exigences définies, en leur donnant la possibilité de les remplir et ces gens deviennent des gens comme les autres, des hommes en tous points normaux [5][5] Anton Makarenko, Les drapeaux sur les tours, Œuvres…. » L’éducation, la rééducation des délinquants, mais au-delà l’éducation tout entière doit concourir à créer les conditions de cet avènement. Pour ce qui concerne les délinquants, il ne s’agit pas de les amender mais de les mettre en condition de devenir des hommes, de créer avec eux une collectivité « d’un charme éblouissant, d’une véritable opulence laborieuse, d’une haute culture socialiste, et ne laissant presque rien subsister de ce dérisoire problème : amender l’homme [6][6] Anton Makarenko, Poème pédagogique, op. cit., p. 6… ». Cette espérance chez Anton Makarenko n’a rien d’une utopie, n’est pas une illusion lointaine, c’est un but à atteindre, dont il rappelle constamment les difficultés, mais dont il est convaincu que la réalisation est en marche.

C’est une expérience éducative dans un contexte extrême et je crois qu’Adlane là où il est peut plus que quiconque en éprouver la richesse.  Vous voyez nous n’avons pas agi en vain… quand je lis que notre force, moi ses parents, ceux qui l’ont soutenu, est-en lui, je sais que comme pour Makarenko cette force est l’espérance du communisme,  je continue…

 

 

A coeur vaillant rien d’impossible… une page est tournée pour Adlane comme pour moi…

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ça y est nous avons vu Adlane.  Je pensais le trouver écrasé, à bout, pas du tout. Il était propre, régénéré. Il a dit, je ne devais pas prendre plus de 5 ans, mais ça m’apprendra à faire des conneries, cela me servira de leçon. Le tout est que je ne perde plus mon temps et que mette celui-ci à profit pour me reconstruire. Ce procès qui m’avait tant éprouvée, lui l’a reconstitué. D’abord le viol était un effet de manche de l’avocat, il y a bien eu une tentative mais il s’est battu quitte à prendre des coups et même se faire massacrer la mâchoire.

Et nous avons enfin su le fin mot de l’histoire sur ce qui c’était passé entre ces deux ados et qui explique beaucoup de choses: non seulement ils étaient enfermés toute la journée dans cette chambre mais ils n’arrêtaient pas de fumer du cannabis du matin au soir. « la chambre était envahie de fumée… » Toutes ces pratiques sataniques, ces fantômes, ces scarifications étaient complémentaires de cet excès… Et ces deux imbéciles n’ont jamais osé l’avouer comme si dire aux parents, à la police le fait de fumer était plus grave que l’excès auquel ils avaient été conduits. Il sait qu’il ne supporte pas le cannabis, l’épisode délirant en prison a été provoqué par une autre prise. Mais ça aussi il l’a compris comme il sait qu’il doit désormais s’assumer en adulte et il ne veut plus que nous gâchions notre vie pour lui. S’il a souffert aux Assises, c’est d’avoir par sa stupidité, sa misérable histoire d’amour, fait souffrir toute sa famille, de nous voir tous en plein désarroi à cause de lui.

Il a déjà pris de multiples contacts avec l’administration pénitentiaire. Il souhaite poursuivre sa licence d’histoire, c’est possible semble-t-il. En fait, il sait bien qu’il va devoir envisager un avenir professionnel, qu’il ne pourra pas devenir chercheur, enseignant puisque pendant neuf ans sa condamnation le lui interdira. Mais dans le cadre de sa reconstruction il a besoin d’une activité intellectuelle qui lui convienne, peut-être n’a-t-il pas renoncé à son ambition de toujours: être scénariste. Pour le moment il a besoin d’éprouver de l’intérêt pour ce qu’il apprend.

Il pense ne pas retourner aux Baumettes,  il préfère Luynes, parce que c’est propre, neuf, sans rats et cancrelats, mais il espère être envoyé à Avignon, pas dans une maison d’arrêt. Si tout se passe bien il aura des jours de sortie. Tout le monde a compris qu’il n’était pas un délinquant mais un imbécile qui s’était mis dans une situation infernale.

La page est tournée, il ne l’aime plus et se demande encore comme Swann (un amour de Swann) pourquoi il a perdu tant de temps avec une femme « qui n’était même pas son type ». Il est resté sidéré durant le procès, stupéfait de se trouver là à cause de la violence d’un amour adolescent qu’il n’éprouvait plus et il espère de tout coeur pour elle qu’elle se reconstruira et que ce que ses avocats ont dit, à savoir qu’elle recommençait des études était vrai, mais il ne veut plus rien en savoir, les mensonges de la défense ont définitivement brisé cet attachement comme de la voir blottie dans les bras de ce beau père incestueux ou du moins qu’elle prétendait tel, l’appelant sans cesse à la rescousse lui Adlane pour « empêcher qu’elle plante ce porc ». Etait-ce encore un mensonge, une invention ? Il l’ignore et cela ne l’intéresse plus, qu’elle reste avec ses démons ou s’en débarrasse, peu lui importe. Il sait désormais qu’il a conquis l’indifférence, il y a eu trop de manipulation, trop de mensonges, ce procès, ces 8 ans alors que quand il y a mort et autant de circonstances atténuantes, il ne sont même pas appliqués parfois, mais il est prêt à payer. Rien n’excuse ce geste même si la victime est en pleine forme, même s’il était gorgé de souffrance, d’humiliation , de drogue, même s’il avait 18 ans.

Il a cru vivre l’absolu d’un amour, ce que personne avant lui n’aurait éprouvé, il a cru que le cannabis l’emportait dans les rêves et calmait leurs angoisses à tous les deux. Ca aussi je peux comprendre, chercher à apprendre à vivre avec des angoisses, c’est un apprentissage et non des moindres. Mais il s’est retrouvé démuni, il peut murmurer  cette tirade de Shakespeare symbolisée par cette cour d’assise où il était impossible de s’expliquer :  »

« La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

Il ne reste plus qu’à tenter de faire ce qu’on doit, le mieux que l’on peut, en se disant que le théâtre n’est que divertissement chèrement payé. Il avait son libre arbitre et il l’a abandonné pour un rôle.

Parce qu’il a compris cela, j’ai pu enfin sortir moi aussi de mon cauchemar, revivre à travers cet enfant, le calvaire de la maladie mentale (mais aussi de l’addiction au cannabis) de mon propre fils. Je sais qu’il a compris qu’il devait devenir un adulte et ne plus avoir besoin de moi, même si le choix de la licence d’histoire est sans doute un dernier lien, le plus important.

, il a demandé également à travailler, un petit boulot y compris en bibliothèque et bien sur à se soigner, ça il y a obligation.

il a déjà rendez-vous avec le psychiatre et le psychologue. Il veut se battre pour être à l’isolement ce qui lui permettra de travailler, faire ses études, écrire et qui correspond à l’obligation de soin… Il veut que de notre côté nous vivions et que nous ne venions le voir moins surtout s’il obtient d’être à Avignon… Il se sent mieux maintenant qu’il sait ce qu’il attend et qu’il peut de ce fait faire des projets.

Il dit avoir tourné la page et assumer.

Je suis assez contente, j’ai été la seule tout au long de ce procès à défendre la maturité d’Adlane. Je n’ai pas cherché à réellement expliquer ce que j’entendais par là,  faire partager ce dont je suis convaincue : « il y a mille sortes d’intelligences dont la bêtise n’est pas la moindre » disait thomas Mann. Il suffit d’avoir affaire à un gendarme stupide qui a décidé de faire votre malheur pour mesurer la terrible efficacité de la bêtise. A l’opposé du spectre des intelligences, il y a l’inefficacité intégrale de ceux que l’on considère comme intelligents et qui en fait ont un mode d’intelligence orienté vers la compréhension pour la compréhension. Tous les individus se déploient sur un tel vecteur, ils sont plus ou moins l’un  ou l’autre… Adlane a toujours été plutôt du côté de la stupide inefficacité des gens dits intelligents, ceux qui cherchent à comprendre. Moi aussi. Je suis ainsi faite que l’on me propose de m’intéresser à, par exemple, la vente du sel en basse Bretagne au XIII e siècle, je me passionne aussitôt pour ce que je découvre alors que je ne veux pas savoir des choses de tous les jours, cela m’ennuie et je m’en détourne. Et dans cette cour d’Assise, dominée par la redoutable efficacité de la bêtise collective, celle des logiques institutionnelles et des stéréotypes,  je suis démunie et j’ai conscience de la catastrophe que je peux faire si je dis ce que je pense. Adlane est assez semblable à moi, mais la vie, ce qu’il a vécu l’a déjà transformé. Il faut le laisser se développer, avancer, arrêter de projeter.  Le libérer de moi, de ce temps où il était un enfant  et où nous nous interrogions sur la raison pour laquelle notre planète était bleue.

Voilà, je suis soulagée et prête à de nouvelles aventures en Pologne avec Willem, Monika et Nabil.. A la rencontre de notre b berceau familiale à toutes les deux à Tarnov.  Il y a notre livre en perspective. Je vais là encore affronter d’autres cauchemars, celui de l’antisémitisme, du nazisme, de ma petite enfance, mais je me sens joyeuse.

Jadis j’ai fait 6 ans de psychanalyse, avec un lacanien qui ne pipait pas mot, pour affronter la maladie de mon enfant. Ce mutisme  m’avait paradoxalement donné de la force. J’ai du faire  le chemin toute seule, celui qui était censé savoir et qui,  derrière moi allongée sur un divan, par son silence me disait que c’était à moi de savoir et à nul autre. Peut-être faisait-il des mots croisés? . J’avais passé les trois premières séances à pleurer, sangloter, moi qui ne pleure jamais, au prix de la séance c’était cher payé, cela me soulageait tellement que je n’ai rien regretté… Cela m’a aidé et je retrouve aujourd’hui face à Adlane, ce que j’avais compris à cette époque: il faut être face aux êtres jeunes comme un filet de sécurité, ne pas les étouffer, les laisser jouer les funambules, mais être simplement un filet en cas de chute. Mon fils avait pu trouver la capacité de se soigner lui-même et, comme je l’ai dit, quand malheureusement il est mort d’une embolie pulmonaire, il faisait partie des 35% de schizophrène capable de gérer sa maladie. J’avais été aidé par Hamid et Djaouida, je leur ai rendu leur aide. Maintenant c’est à lui Adlane à faire face aussi. On m’avait dit un jour qu’une psychanalyse réussie c’était quand on découvrait le monstre qui vous faisait peur, c’était un nounours en peluche que l’on plaçait sur son lit. Je doute que le mien soit un nounours, mais ce qui est sur que je n’ai plus peur de ce qui pèse sur les êtres humains et dont même une psychanalyse ne nous délivre pas. Freud a du fuir devant ces horreurs..

Nous envisageons de partir de Cracovie vers Budapest, la Hongrie… ce sera spartiate, comme d’habitude…

J’espère qu’en rentrant la proposition de base commune  sera terminée, j’ai travaillé sur la partie internationale entre ma conférence sur notre livre sur Staline et les journées aux Assises, j’ai réussi à participer mais pas autant que ce que je le souhaitais. Ce sera au retour. Ce dont je suis convaincue c’est qu’il y a des choses que je n’admettrai pas. J’espère de tout coeur que le parti communiste trouvera les forces de sa survie, d’un changement de ligne et d’équipe, mais si tel n’était pas le cas j’apprendrai à vivre avec cette fin auto-programmée de ce qui fut LE Parti de la classe ouvrière, de l’internationale et quel que soit le chagrin que j’en éprouverai, là aussi à 80 ans je tournerai la page pour aborder d’autres temps, non pas pour renoncer au communisme mais pour le vivre dans l’avenir. Peut-être vaut-il  mieux dans les temps présents rester une intellectuelle et ne prétendre s’engager que dans ce qui en vaut la peine, mener à bien un combat et savoir en quitter le terrain quand vous n’y êtes plus nécessairement utile. On verra à mon retour.

Freud disait qu’il y avait trois choses impossibles : gouverner, éduquer et psychanalyser. Parce que tout dépendait en fait des gouvernés, des enfants, de l’analysant… Eux seuls pouvaient mener à bien le processus citoyen, celui de l’apprentissage et celui de la maîtrise ou tentative de maîtrise de sa vie. Le dirigeant, l’éducateur et le psychanalyste n’étaient que le prétexte à cette avancée ou non.

A bientôt à vous tous… je donnerai des nouvelles… Merci à vous qui nous avez aidés, vous ne pouvez pas savoir combien…

danielle Blitrach

 
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Publié par le juin 23, 2018 dans mon journal

 

Après nous le déluge…

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Cette cour d’Assise fut un profond traumatisme dont j’ai du mal à me relever. Il y avait cet enfant dans un box, et la victime, cette autre enfant en face sur les bancs de la partie civile avec ses avocats,son père et sa mère. Tous tournés contre le jeune homme de 20 ans en cage. Les deux enfants avaient survécu, mais ils avaient enlaidi, elle était prognathe et lui aussi avait une lippe douloureuse, comme deux nourrissons faisant la moue, la bèbe dit-on en Provence. la victime est en pleine forme et lui est jugé comme si elle était morte, c’est le droit français, on juge l’intention. Au départ il lui est attribué une tentative d’assassinat, ce qui signifie préméditation et guet-à-pend. Il risque 30 ans. Il écopera de huit ans sans tenir compte de l’état de sa victime. Ce qu’il a subi depuis deux ans ne doit pas être énoncé même si il suffit d’aller sur le facebook de la jeune fills pour voir qu’elle n’a cessé de danser. Etait-il bien nécessaire d’aller aux Assises? Pour lui mais aussi pour elle?  Toute une cour contre lui mais aussi contre elle dont la pauvre vie fut révélée y compris par une impitoyable expertise psychiatrique.

j’avais le sentiment d’être la seule à savoir l’injustice d’un tel enfermement, d’une telle exposition de ces deux là.

Certes lui avait accompli cet acte insensé que je n’ai cessé de lui reprocher tant au parloir où j’allais le voir, que dans les coups de téléphone qu’il me donnait à moi et à ses parents. A la fin tout l’argent qui lui était envoyé passait dans ces tentatives de garder le lien au-delà de l’enfer qu’il subissait. Il mangeait l’ordinaire immangeable, il se privait de tout pour entendre nos voix. Par moment je n’avais plus la force de subir sa douleur, il m’est même arrivé une fois de ne pas répondre parce que j’étais incapable d’assumer.

Il était là, mais j’étais la seule à sentir avec autant de force, que nous aurions tous dû être à ses côtés ou à sa place. Nous n’avions pas su agir. et passait l’ombre de mon pauvre enfant, mort il y a 5 ans jour pour jour d’une embolie pulmonaire, la nuit, sans que je sois là, ni d’ailleurs un personnel hospitalier pour empêcher l’étouffement. Sa longue maladie dans laquelle après la mort du père, nous avons été rejetés lui et moi dans la solitude totale de la maladie mentale. Tous ces amis, ces camarades, qui nous ont laissé dans ce terrible huis clos où l’on croit perdre la raison avec son enfant.J’ai été la seule pendant dix ans à écouter jusqu’au bout ce qu’était un délire schizophrénique. Je continuais à aller à la fac, à faire de la politique, et j’affrontais les hallucinations, je tentais de comprendre à quel point elles étaient réelles. C’était ça le terrible, pour celui qui vit ce cauchemar rien n’est plus réel que les fantômes, son propre corps qui se dissocie.  La seule aide que j’ai trouvé ont été Hamid et Djaouida, ils ont offert à mon fils une famille aimante. Willem adorait son tonton qui le lui rendait bien.Mon fils paraissait presque guéri, il subissait tous les mois sa piqûre retard et le bilan pour sa pension avait réduit celle-ci jugeant qu’il était désormais en état de travailler. C’est alors qu’il y a eu cette hospitalisation d’urgence, le pneumothorax qui devait avoir lieu le lundi et la mort dans la nuit de dimanche. Il y a 5 ans.

Adlane était allé au bout d’une telle douleur qu’il avait les mêmes hallucinations. J’ai tenté de faire face pour une fois de plus comprendre, et je savais qu’il n’était pas- pas encore schizophrène. Comment expliquer? Quand le mal est installé, il n’y a plus d’espace pour autre chose que le délire. Adlane conservait tous les souvenirs de l’enfance, n’est pas fou qui veut, et il n’avait même pas cet ultime recours.

Il est ce jeune arabe qui avait cru franchir les obstacles parce qu’il était studieux, parce qu’il était athée peut-être cause de sa mamie juive qui lui parlait de Spinoza, de Darwin, de l’apparition de l’homme préhistorique… ne l’avais-je qu’un peu plus voué au racisme ordinaire, la souffrance accentuait son type. Celui qui est suspect. Un arabe avec un couteau…mon pauvre petit qui voulait savoir pourquoi la mer était bleue et qu’est-ce qu’une révolution…

Je savais qu’il était là dans son box en train de lutter pour rester avec nous, pour subir cet étrange procès qui était celui de ces deux enfants qu’un monde d’adulte avait laissé glisser dans la folie. Nous étions tous responsables et ça allait bien au-delà.

Quant à elle : J’ai dit le parcours de Laura, violée en famille à treize ans, à dix sept ans ayant déjà subi deux IVG, enfoncée dans un scénario de répétition. Espérant à chaque amour l’absolu,la fusion, et découvrant à un moment qu’elle était impossible, donc toute la haine pour ceux qui l’avaient fait souffrir  remontant avec une violence inouïe. Adlane l’avait suivie dans tout, les scarification, les jeux autour de la mort y compris celle de mon propre fils, il avait abandonné ses études pour calmer cette fureur, mais il n’avait pas su lui interdire un nouvel IVG, assumer cet enfant et elle ne le lui avait pas pardonné. Sa vie était devenu un enfer, ils avaient adopté un chien, dans leur chambre de bonne sordide, elle lui avait tendu un couteau « Tue-là pour me prouver que tu m’aimes plus qu’elle! » Il avait refusé et l’enfer sans sommeil, sans manger avait continué. Jusqu’à ce geste terrible de sa part. Quand je lui demandais « mais pourquoi tu ne l’as pas quittée! » C’était impossible, non seulement parce qu’il l’aimait mais parce qu’il la retrouvait à l’hôpital, sept tentatives de suicide. Oui il est allé jusqu’au bout, il n’a pas quitté cette chambre de bonne, dans une cellule de même espace, il a même partagé le viol, les coups, la machoîre casée… il avait déjà connu un avant goût avant l’enfermement quand à la sortie de l’école de Laura une bande de voyous proches d’elle lui a cassé le nez… Ils ont mêlé leur sang et leur souffrance…

Nous avons tous vécus à côté de ce drame, je me sens plus coupable que la pauvre Djaouida dont le mari était dans le coma et qui suppliait en vain la mère de Laura de venir chercher sa fille mineure et qui lui répondait : « ma fille je ne la veux pas, j’attends qu’elle ait 18 ans pour la mettre dehors définitivement. Une enfant qui avait été violée sans qu’elle porte plainte, qui en était à sa septième tentative de suicide et son second IVG à 17ans. L’enfant en question accusait le beau père d’attouchements, la grand mère racontait qu’elle mettait un grand couteau derrière son oreiller pour se protéger du beau père. Les grands parents ont refusé de venir au procès mais on a lu leur témoignage en faveur d’Adlane et contre la mère et le beau père incestueux. Qui tous les deux étaient partie civile avec laura, tout le monde réconcilié contre adlane qui payait pour tous. Le père qui avait refusé de venir comme depuis des années il repoussait sa fille vers le foyer maternel qui ne voulait pas d’elle.

Et là dans ce box, ce pauvre enfant insensé qui n’avait pas la force d’assumer ce parcours et qui était en bout de chaîne. Elle a cru trouver protection, il a accepté de lui donner toutes les preuves qu’elle exigeait, il a fini par avaler les médicaments qu’elle prenait pour ses troubles du comportement. Et puis il y a eu l’iVG, l’enfant perdu une fois de plus, la trahison. Il a tenté de lui offrir une bague de fiançailles. Ils n’avaient pas d’autres ressources que la bourse d’étudiant d’Adlane, mais ils étaient en pleine irréalité, ils ont cherché un appartement, sans rien obtenir bien sur…

Quand ils ont tenté de me parler, quand j’ai découvert une part de ce qu’ils vivaient, de ce qu’avait été la vie de Laura j’ai eu des mots plein de banalité pour répondre à ses confidences. Elle me croyait riche, elle pensait que j’allais leur offrir une voiture et elle m’a haïe pour ne pas avoir répondu à ses espérances. Elle lui a interdit de me voir. Il a obéi et c’est là qu’elle a commencé à inventer le fantôme maléfique du mon fils.

Comment dire tout cela, comment partager pour le sauver ?.. Puisque ce qu’il est interdit de dire c’est que la victime est dieu merci en pleine forme et que tout est jugé comme si elle avait succombé sous son assaut… Elle est là morte, cadavre exquis que l’on pleure, dont on dit tout le mal possible et elle est là assise sur le banc, entouré des bras de « son père de coeur », celui dont le procès, son journal intime, la déposition des grands parents on témoigné qu’il se livrait sur elle à des attouchements, dont elle suppliait Adlane de la protéger. Il touchera d’ailleurs pour une obscure raison 5000 euros de dommage intérêt: le père de coeur. Mais tout le monde à l’air de trouver ça normal puisqu’il est normal de considérer qu’Adlane l’a tuée alors qu’elle est là sur ce banc, serrée contre un père de coeur: à qui a-t-elle menti en affirmant qu’elle devait fuir le foyer pour échapper à ses mains baladeuses. S’imposer à un famille de pauvre gens dont le père était dans le coma, malgré les supplications de la mère. Tout cela était dit prouvé, il n’en demeurait pas moins qu’elle était la victime et lui le criminel.Alors que le psychiatre et tous les témoignages allaient dans le dans d’une altération du jugement, il fallait qu’il y ait homicide.Peut-être pour <que le beau père puisse toucher les 5000 euros de réparation, parce que si n’était retenu que les coups et blessures c’était une erreur de s’être adressé aux Assises et il aurait été acquitté. Tout n’était-il pas joué, l’entente existait?

Quelle vérité trouver dans ce lieu  parodique qu’est une cour d’Assise, un théâtre où chacun enfile la robe qui lui garantit le rôle, le justifie, et il faisait si chaud que le satin noir ou rouge du costume collait à la peau… Certains jurés avaient abandonné toute dignité vestimentaire, tatoués, en training et tee shirt, des beaufs, ils feignaient tous de savoir ce qu’ils ignoraient, je ne pouvais m’empêcher de noter mentalement les contresens comme à l’oral d’un examen… Mais surtout parodique parce qu’en rupture de plus en plus avec la réalité, une société qu’ils prétendent représenter et qui est en plein ébranlement. Celui de ces deux enfants, mais aussi de l’univers lycéen, les bandes qui à Marseille s’affrontent, menacent et l’inutilité de la plainte:  on entrevoyait  chez les adolescents un monde parallèle où ils faisaient et subissaient leur propre loi, les coups, les menaces, l’impossibilité de porter plainte face à la logique des bandes qui étaient déjà un antichambre de l’horreur de la prison et de la loi des caïds.

Rien ne peut faire oublier que  les juges, les avocats, les psychologues, les matons sont obligés de participer à cette loi pour avoir la paix, ils rusent. L’avocat le plus fort c’est celui qui est capable de maîtriser cette loi non dite, celle des flics, des voyous. Une caricature du pouvoir et je finissais par haïr la corruption de celui qui savait naviguer au milieu de ces codes absurdes et des stéréotypes ordinaires qui leur tiennent lieu de compréhension. Les plaidoiries sont concours d’éloquence, théâtralité et ruse toujours pour bien rester au niveau le plus bas, celui supposé du jury… Surtout ne pas sortir de là… C’est un danger pour l’accusé que de tenter d’échapper au lieu commun.

J’avais le sentiment d’être la seule à percevoir cela, un peu à la manière dont le schizophrène voit devant lui des choses que les autres ignorent et ces choses là avaient trait à mes propre cauchemars, ceux de ma petite enfance sous le nazisme, la fuite parce qu’une main avait écrit « il y a des juifs cachés ici! » ou encore ces gens battus dans cette rafle que je regardais assise par la Gestapo sur une chaise dans ce palace de la côte d’Azur, ces bombes…

Après nous le déluge, disait tous ces adultes qui ne voulaient pas voir… Et c’était d’autant plus terrible que je jouissais d’un bizarre statut particulier. Il y avait l’âge, quand je suis partie témoigner je tremblais et j’ai voulu maîtriser, j’ai conservé mes lunettes noires pour que l’on ne voit pas mon émotion, je me suis servie de ma canne pour ne pas trembler, le chemin qui me menait à la barre des témoins m’apparaissait si long, Adlane me fixait avec une sorte d’avidité, je l’entendais mentalement me dire « Mamie dis leur, je t’en supplie! »… » J’ai refusé la chaise que l’on me proposait, je participais de la théâtralité générale.Effectivement on m’a tout de suite accordé un statut d’expert… L’avocat général s’est même fendu d’un discours sur le fait que j’étais « une grande intellectuelle, un individu célèbre avec une grande audience », ce qui était pour le moins excessif.  Et, dans les faits, j’étais impuissante au milieu de cette considération qui était une comédie supplémentaire. J’ai demandé l’apaisement, j’ai dit que ce procès n’aurait jamais dû avoir lieu, qu’il y aurait dû avoir d’autre manière de gérer les enfants… Je me demandais ce qu’ils comprenaient…  je savais qu’Adlane comprenait et peut-être Laura. Mais une fois de plus je me sentais inefficace, une fois de plus je n’avais pas les codes, ce qui était capable d’être entendu.

Cela redouble mon incapacité à agir sur le plan politique, à intervenir pour que cette société pourrie accepte de se transformer au lieu d’accumuler ruine et puanteur… je me sens si inefficace à faire partager ce que j’éprouve, ce sentiment d’urgence hérité des peurs de la petite enfance.

A mon grand étonnement, la partie civile a repris en me citant ma demande d’apaisement. Le procès paraissait aller vers la fin du cauchemar d’Adlane, l’avocat général est même venu vers nous pendant les délibérations, en nous disant: « Vous allez bientôt le récupérer! » Et puis il y a eu ce verdict : 8 ans.  dont deux ans de renvoi dans l’enfer de la prison. La révolte… L’épuisement… Mon texte, le premier. Le réveil avec la décision de me battre, la rencontre d’hamid et de son frère  avec l’avocat, l’annonce qu’Adlane serait protégé.

Pourquoi est-ce que je continue encore et toujours l’affrontement, alors que je n’aboutis à rien ? cette tenacité  en moi est double, celle des juifs, de vrais chiendents, mais aussi les pauvres, les ouvriers, ceux qui comme Hamid et Djouida ne peuvent renoncer à se battre. Nous la mettrons en oeuvre pour Adlane, mais combien d’enfants sont condamnés à l’horreur dans le silence général et toutes les parodies auxquelles personne ne croit et qui pourtant laissent parfois filtrer du sens, le fait que les choses pourraient être autrement.

Mais personne n’a la force d’assumer, parce qu’il faudrait consacrer autant de temps et d’énergie pour reconstruire ce que toute une société s’est employée à détruire, alors il vaut mieux jeter le pantin cassé au rebut… On ne tranche plus le col mais on espère ne revoir jamais, alors qu’ils se multiplient, ils sont là… ceux qui exigent justice, ceux qui les haïssent…  une sorte de danse macabre… Après nous le déluge, pour le moment chacun croit avoir raison…parce qu’il n’a pas la force d’être autre, pas la force d’entretenir ceux qui se nourrissent de la misère et des peurs.

Voilà, je pars le 25 en Pologne avec Willem, le fils de Mafoud a décidé de venir avec nous, c’est un adulte d’une quarantaine d’années, curieux de tout, il a choisi de nous suivre, Monika nous attend à Cracovie. Une part de moi se demande ce qui me prend d’aller me fourrer dans cet antre de l’antisémitisme et de la haine raciste. Avais-je besoin de cela? Avais-je besoin de me confronter une fois de plus au nazisme, à la chute du socialisme, à l’Histoire incohérente et dans laquelle je tente en vain de mettre un peu d’ordre.

Danielle Bleitrach

 

 

 
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Publié par le juin 22, 2018 dans mon journal

 

Evolution favorable peut-être

Hamid et son frère ont rencontré l’avocat, qui est d’accord pour poursuivre sa mission pour le protéger. Moi je dois dire que j’ai préféré les laisser agir, j’étais épuisée.

En fait, le procureur et l’appareil de justice ont plutôt bien agi : ils ont mis des obligations de soin qui font que l’avocat peut intervenir pour le faire placer dans l’hôpital psychiatrique des Beaumettes. Là, si tout se passe bien, il sera protégé, les soins seront commencés et il pourra même entamer des études. Si tout va bien il en aura pour 20 mois et la possibilité même de sortir avec un bracelet électronique.

En fait, l’avocat a expliqué qu’à partir du moment où il était aux Assises, il devait y avoir crime. Si la qualification avait été de moins par exemple coup et blessure il était de fait acquitté, ce que la partie civile ne voulait pas, ni d’ailleurs le ministère public. IL y avait donc soit 8 ans, soit 12 ans, voir 14 ans. Il y aurait pu y avoir certes dans les 8 ans, 4 ans de sursis et il sortait, mais il a été tranché dans le sens du ferme mais la sanction minimale, puisque comme je vous l’ai expliqué il y avait reconnu la non préméditation, l’altération passagère.

Mais il semble que tout le monde du procureur à l’avocat général soit conscient des souffrances endurées et tout va être fait pour le protéger.

Me voici un peu rassurée et j’espère de tout coeur que quand je partirai en Pologne avec non seulement Willem mais le fils de Maffoud qui a décidé d’être du voyage à savoir le 25 tout sera réglé et Adlane sera dans un lieu où il ne craint rien.

Danielle Bleitrach

 

 
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Publié par le juin 21, 2018 dans mon journal