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Archives de Catégorie: expositions

Picasso raconte la guerre au Musée de l’Armée

Picasso raconte la guerre au Musée de l’Armée

© Succession Picasso 2019
À VOIR
Le peintre espagnol, qui a habité en France de 1901 jusqu’à sa mort en 1973 , a vu sa vie rythmée par les guerres : Première Guerre mondiale, Guerre d’Espagne, Seconde Guerre mondiale, et Guerre Froide. Paradoxalement, l’artiste ne s’est jamais confronté frontalement à la guerre : il réussit à passer entre les mailles du service militaire.

Réalisée en partenariat avec le Musée national Picasso-Paris, cette exposition explore le rapport de Picasso aux conflits, qui ont nourri et influencé son œuvre. Celui qui a frappé les esprits avec Guernica, devenue aujourd’hui une icône universelle du pacifisme, se livre dans une sélection d’œuvres retraçant son ressenti face aux événements.

La création, Picasso l’envisage comme son « journal » : dès son plus jeune âge, il fait apparaître dans son travail des faits d’actualité. Au cœur de la guerre et de l’occupation, l’artiste réfugié en France se retrouve dans une période sombre, et son art est qualifié de « dégénéré ». A la libération, des symboles de paix viennent se mêler aux motifs de guerre qui jalonnaient jusqu’ici ses œuvres. Construite de manière chronologique, l’exposition présente des œuvres de Picasso qui n’hésitent pas à dialoguer avec des éléments de contexte : archives personnelles, presse, photographies, objets.

Des nombreuses animations sont prévues en parallèle de l’exposition. Le chef Alain Passard donnera notamment une masterclass culinaire toute particulière, puisque qu’elle nous apprendra la cuisine « en temps de guerre ». Alain Passard y réinterprétera une recette issue de l’ouvrage Cuisine et restrictions d’Édouard de Pomiane, livre emblématique de la Seconde Guerre mondiale.

Des séances de cinéma, des représentations théâtres, ainsi qu’un cycle de conférence viennent également agrémenter l’accrochage, visible jusqu’au 28 juillet 2019.

Picasso et la guerre
Musée de l’Armée
Jusqu’au 28 juillet 2019
https://www.musee-armee.fr/au-programme/expositions/detail/picasso-et-la-guerre.html

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Quelques reflexions à propos de l’avant-garde artistique et du rôle du parti

A propos du comité central d’Argenteuil, dans mon livre « Le temps retrouvé d’une communiste », je m’interroge sur les apories et les dévoiements de ce comité central qui a eu lieu en 1966… Si le nom d’Aragon reste attaché à ce comité central, je pense que ces travaux et le prolongement de ces travaux ont débouché sur du grand n’importe quoi, y compris la courtisanerie mitterrandienne et  précédé par les errances de Garaudy. Avec aujourd’hui la domination du marché. Tout cela me paraît étranger à ce que cherchait Aragon. Quelquefois, Brecht a abondement usé de la méthode, organiser la rupture dans l’espace avec la Chine permet d’entrevoir des questions que l’idéologie libérale-libertaire nous masque.

Récemment je lisais l’importante thèse d’Anny Lazarus sur la critique d’art chinoise contemporaine et j’ai été frappée par la manière dont un critique important Lu Hong souligne ce qui s’est passé en Chine une dizaine d’années plus tard et qui pose les problèmes d’une manière assez semblable à celle du comité central d’Argenteuil. Son livre date de 2006, il s’intitule « dépasser les limites : art avant-gardiste chinois 1979-2004 »

Lu Hong est né en 1954, célèbre pour ses peintures à l’encre, il se tourne peu à peu vers la théorie de l’art. Son ambition est de questionner, comprendre et illustrer l’art en partant de la genèse des œuvres. Il privilégie comme Lü Peng le contexte politique et social. S’il commence son « histoire » en 1979 c’est en référence au III ème plénum du XIème Comité central (15-18 décembre 1978) qui a orienté vers le développement économique et non vers la lutte des classes, ce qui selon lui a permis d’ouvrir rapidement une brèche dans une situation « rigide, fossilisée, encroutée ».

Lu Hong admet la difficulté de sa démarche, rester objectif et serein face à des pratiques artistiques trop proches et de percevoir ce qui naît dans un moment où se multiplient les discordances, les campagnes politiques et donc les ajustements. Lu s’efforce de reconstruire les situations problématiques auxquelles les artistes ont été confrontés.

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Luo Zhongli father

Chaque illustration est interprétée et commentée en restituant le sujet dans le contexte de l’époque assorti d’une biographie de l’auteur, il y a quatre grands chapitres selon quatre périodes: 1979-1984, 1985-1989, 1990-1999, 2000-2004, 1979 s’ouvre sur Père, la peinture emblématique de Luo Zhongli, emblématique en ce qu’elle rompt avec les codes de la Révolution culturelle (rouge clair lumineux) avec interdiction de représenter des personnages en costumes traditionnels. Mais il y a de multiples courants qui surgissent.

Parce que la fameuse rupture que décrit Lu Hong est comme celle d’Argenteuil, elle revendique la liberté de l’artiste mais dans un contexte qui est celui de la commande publique, des grands commis de l’Etat et pas la toute puissance du marché.

En quoi le Parti communiste conçu comme un parti d’avant-garde a-t-il avoir avec une avant-garde esthétique ?

Ce qui est intéressant c’est la reprise du terme d’avant-garde et la référence à Saint Simon par Lu Hong. Argenteuil pour Aragon, c’est Saint Simon plus Hegel comme base de la réflexion marxiste sur l’art, on en fera Garaudy en particulier de l’anti-marxisme et on l’utilisera pour abolir tout les acquis et ils sont nombreux du réalisme socialiste.

Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon (1760-1825) est un des inventeurs de l’idée socialiste, consistant à abolir la propriété naturelle au profit d’un despotisme des savants. C’est dans son ouvrage Opinions littéraires, philosophiques et industrielles publié à Paris en 1825 qu’il est le premier, semble-t-il, à avoir utilisé le terme d' »avant-garde » dans un sens dépassant la simple portée militaire pour lui donner un contenu plus large, surtout révolutionnaire. Dans une vision donnant la conduite du nouvel ordre social aux artistes, hommes de sciences et industriels, il imagine un dialogue entre un artiste et un scientifique et fait dire par le premier : « C’est nous, artistes, qui vous servirons d’avant-garde : la puissance des arts est en effet la plus immédiate et la plus rapide. Nous avons des armes de toute espèce : quand nous voulons répandre des idées neuves parmi les hommes, nous les inscrivons sur le marbre ou sur la toile… Quelle plus belle destinée pour les arts, que d’exercer sur la société une pression, un véritable sacerdoce et de s’élancer en avant de toutes les facultés intellectuelles, à l’époque de leur plus grand développement ! »
Gabriel Laverdant (1845)

Le même sens révolutionnaire sera repris un peu plus tard dans un texte du critique d’art Gabriel-Désiré Laverdant (1802-1884) De la mission de l’art et du rôle des artistes qui est paru en 1845 :

« L’Art, expression de la Société, exprime, dans son essor le plus élevé, les tendances sociales les plus avancées ; il est le précurseur et le révélateur. Or, pour savoir si l’art remplit dignement son rôle d’initiateur, si l’artiste est bien à avant-garde, il est nécessaire de savoir où va l’Humanité, quelle est la destinée de l’Espèce. »

Notons que Badiou qui est un platonicien combat cette conception et dénonce très logiquement le tournant de 1978, en effet Platon est hostile aux poètes et à cette conception de l’avant-garde.

À partir de cette époque, le terme avant-garde se charge d’un contenu sociologique et artistique. Il est repris par les tenants de la « dialectique » de Hegel (1770-1831), avec ses passages de thèse, vers antithèse et ensuite synthèse. L’avant-garde y est donné pour la vision antithétique d’un groupe d’artistes à un moment donné de l’évolution artistique. Celle-ci est ensuite absorbée par le corps social dans son moment de synthèse, jusqu’à ce qu’un déséquilibre apparaisse à nouveau, qui sera également réduit par l’« évolution dialectique ».

 

LE RYTHME DES MARÉES, un livre de Françoise Larouge

  • j’aime énormément les photos de Françoise Larouge et je m’en suis servi souvent pour illustrer ce blog, ne serait-ce qu’une splendide photo sur la fête de l’humanité avec son reflet dans une flaque, parce que Françoise est une communiste mais ai-je besoin de le dire quand on voit l’attention qu’elle porte aux gestes du travail, à ceux qui peuplent nos rues, nos champs et que l’on ne voit pas… Il n’est pas de photographie sans un temps qui trouve son cadrage au point de nous  le faire sentir s’écouler et Françoise sait cela, ce moment où l’imitation et l’abstraction, l’invention formelle crée quelque chose de juste et de vrai dans lequel paysage et travailforment unité. Bref, non seulement vous aurez une oeuvre mais elle parlera de nous, de ceux que l’on condamne au silence et auquel la photographie a su donner la parole, celle du « faire » qui se confond avec le paysage…je sauis fauchée mais je souscris… (note de danielle Bleitrach)
Visuel du projet LE RYTHME DES MARÉES, un livre de Françoise Larouge
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LE RYTHME DES MARÉES, un livre de Françoise Larouge

Corridor Eléphant propose une collection de livres papier en édition limitée, numérotée et signée. Ces livres sont disponibles dans sa librairie en ligne.
La maquette, l’impression et le choix du papier sont réfléchis avec l’artiste afin que l’ouvrage corresponde avec le plus de justesse possible au travail du photographe.
Le livre de Françoise Larouge sera imprimé sur un papier semi-mat 170 g.
Édition limitée, numérotée, signée par l’auteur et certifiée par un cachet à froid. Format 15×21 cm (format cahier), 72 pages. 33 photographies.
Les photographies de Françoise Larouge dévoilent « la main de l’homme », son travail comme le fruit qu’il en retire. La photographe fige en noir et blanc des gestes répétés aux saisons qui passent. Bien plus qu’un témoignage, ce travail invite à travers ces « autres champs » à retrouver le rythme du temps.

À quoi servira la collecte

CORRIDOR ÉLÉPHANT est une structure associative qui met son savoir-faire et son expertise au service des artistes et des lecteurs. Association loi 1901 sans subventions et autogérée. Nous réalisons des ouvrages voulus et désirés par tous.
Il n’y a pas de salariés au sein de CORRIDOR ÉLÉPHANT, la plus grande partie du travail est faite de façon bénévole. 80 % des sommes versées nous permettent de couvrir les frais de maquettes, d’impression, de communication et d’envoi du livre ainsi que la rémunération dl’auteur. Les sommes restantes permettent d’imprimer des ouvrages supplémentaires qui seront disponibles dans la librairie en ligne.
Les bénéfices des dons et de la vente des livres sont destinés à entretenir la plateforme en ligne, et depuis février 2018 à couvrir les frais du local de la rédaction.
Depuis sa création en 2012, plus de 1000 artistes provenant du monde entier ont été exposés (www.corridorelephant.com) et plus d’une soixantaine d’entre eux ont été édités en livre numérique (ebook), une quinzaine ont été publié en édition papier (Accès librairie). Notre volonté est de faire découvrir les talents d’aujourd’hui et de demain boudés par l’édition « classique » parce que perçus comme « trop jeunes » ou « non vendeurs ».
 

Au milieu de la mer, un bâtiment qui attend le vent pour s’éloigner…

visite d’un fabricant de moquette et tapis au Tadjikistan en 1986.

Hier Bernard Genet m’a interviewée pour son émission mensuelle de Radio Galère, une heure et demie, il avait lu le manuscrit de mes mémoires  et bien lu… Il m’a dit c’est une trame l’Histoire et une chaîne Danielle, ses émotions, ses joies et ses souffrances et cela donne un tissage étonnant, bouleversant… L’émission passera le 12 juin, je ne sais pas si le livre sera sorti de l’imprimeur à cette date, en tous les cas ce sera proche. Mais il y a eu un véritable échange dans cette émission…

Je ne sais pas si le 12 juin, le livre sera publié, parce qu’encore durant ce week-end je termine les corrections de mes mémoires, il y a à peine une heure j’ai clôt la conclusion… Ce ne fut pas facile,  j’en suis ébranlée jusqu’aux tréfonds, je n’arrive même plus à aligner deux idées cohérentes pourtant, allez savoir pourquoi, peut-être à cause du fait qu’Orphée ne peut ramener Eurydice des enfers s’il ose la regarder et alors découvrir qu’elle n’est plus.

La mémoire n’est pas l’Histoire, elle est l’imparfait du subjectif et elle est le cri de l’Histoire, celle qui porte l’histoire des vaincus jusqu’à la prochaine bataille… qui se gonflera de leurs espérances inassouvies…

Puisqu’il est question de rites funéraires, l’art s’impose comme la résurrection et le travail de deuil. Je voudrais vous parler du sens d’une exposition de peinture que je viens de voir à Aix à L’hôtel de Caumont. Il s’agit de la collection Tanhauser du musée Gugenheim à New York, un éblouissement et en même temps une époque qui ne passe pas… Celle de la fuite devant le nazisme et sa conception de l’art dégénéré, que Goering pille… Une exposition qui rompt avec toutes celles à thèmes pour restituer la chronologie et la relation des artistes à leur temps, enfin… C’est de la même nature que cette magnifique ébauche de Manet, cette femme en violet que l’on a débarrassée de tous ses vernis crasseux. Mais comme rien n’est parfait le catalogue de reproduction sabote littéralement le plus pur des Picasso en substituant au rose pâle de la chair un parme abominable qui empêche de voir la pureté des lignes, le dessin digne de Raphaël.

Quand je suis dans cet état-là il m’est impossible de dire clairement ce que je ressens et construire pour vous une vision qui unisse sensible et raison. Ce qui a toujours été ma conception de la critique… Je suis si énervée que j’en tremble et que les mots ne portent plus rien… pourtant je voudrais mettre en relation tout ce que j’ai tellement apprécié dans cette exposition avec les débats en Chine sur la question de l’art… Comme un prolongement au fil conducteur de mes mémoires…

Je vais aller me promener peut-être me baigner, en attendant le vote de demain, là aussi une porte s’est entrouverte, là où il y a une volonté, il y a un chemin… Une espérance pour le futur comme ce que j’ai voulu faire de ces mémoires… C’est une espérance, un passé pour le futur et en même temps un chemin de croix parce qu’en parlant j’ai le sentiment de les ensevelir à jamais alors que je leur appartiens. Tant que je suis demeurée silencieuse je pouvais feindre qu’ils soient là vivants flottant autour de moi … Leur taille est gigantesque, leur envergure sont celles de voiles qui s’éloignent à jamais au-delà de l’horizon en feu. Est-ce que ne restent sur le rivage que des cendres où des jeunes gens sont-ils déjà en train d’inventer leur futur ? Refuser le conformisme et l’impossible comme un destin…

Danielle Bleitrach

dès que je peux je reprends ce blog en attendant je vais marcher dans l’eau de mer…

un COURAGEUX INCONNU COMMENTE UN DE MES TEXTES DANS CE NLO: Ne t’inquiète pas bleitrach un jour tu auras un humain qui te détruira comme le mal que tu as fait aux gens. T’es écrits ne sont que tes vérités, mais ne semblent pas être la réalité…. PAUVRE TYPE, je n’ai pas eu dans mes mémoires à régler des comptes j’ai trop à dire sur le communisme, sur ce qu’il a représenté, représente encore pour m’encombrer avec des gens de cette espèce, mais parfois me manquent comme une écharde dans le cœur les vrais compagnons, camarades…

 

Du bon usage de la télévision, de l’Egyptologie comme un roman policier au roman d’aventure de la bureaucratie chinoise

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Après une journée de courses et de marche, hier soir samedi j’ai pris un grand plaisir à l’émission d’Arte: Toutankhamon, le trésor redécouvert. Agatha Christie aurait adoré cette enquête dans laquelle un cinéaste Frédéric Wilner, monte des histoires parallèles, en particulier celle d’un brillant égyptologue qui nous décrit la fin d’une dynastie et le roman des découvreurs du tombeau, leurs menus larcins. Sur fond de la chute d’un empire le plus puissant pris d’assaut par les hittites, l’auteur ne craint pas les anachronismes historiques « En 1329 avant Jésus Christ, le Nouvel Empire égyptien connait un revers militaire équivalent au Vietnam des Américains » et cela se termine par une référence au nouveau pharaon, un homme de guerre qui « tel joseph Staline rétablit l’empire, mais efface ses prédécesseurs dont le pauvre petit Toutankhamon, son père Akhenaton marié avec sa sœur dont il pique le trésor funéraire ». En suivant ces pistes, je retrouvais le plaisir d’antan, celui de l’interprétation de l’iconographie. Il suffisait comme ici d’un vide et de l’hypothèse que fait surgir un petit objet, un jouet pour que le passé soit inventé, recréé, comme dans le plus passionnant des romans d’aventure.

Remarquez il en faut moins encore à Freud pour mettre en cause le fait que Moïse soit Hébreu, et qu’il en fasse un grand prêtre d’Akhenaton, l’inventeur malheureux du monothéisme.

Ce soir je me jette sur Detective Dee: le Mystère de la flamme fantôme dans le canal 23, RMC.

Le détective Dee est l’homonyme du juge Ti des romans de Robert Van Gulik. Ce dernier a créé un personnage de fiction mais dans le respect de la culture chinoise qui en fait tout le charme. Robert Van Gulik était un diplomate hollandais, mais un grand sinologue qui parlait parfaitement sept ou huit langues asiatiques. Son personnage a réellement existé au 8ème siècle, il est un modèle à la fois confucéen et rebelle qui témoigne de l’excellence de la bureaucratie chinoise. Robert Van Gulik a traduit des textes chinois et tente de faire pénétrer la culture chinoise par ses compatriotes occidentaux.

De même ce film qui se passe sous la dynastie des Tang en 690 et qui a été produit à Hong Kong a pour auteur Tsui Hark qui nous fait renouer avec le film d’aventure à ses débuts et qui utilise la poésie de la calligraphie pour nous initier à un monde. Le cinéma, celui que nous avons tous aimé c’est le mystère des aventures dans des lieux inconnus avec l’exotisme de l’espace et du temps. On peut interpréter à l’infini à savoir de qui et de quoi parle Tsui Hark, les Tang sont une dynastie qui installe le pouvoir des légistes, celui que l’on rapproche de Mao et peut-être de Xi Jinping. Aujourd’hui la synthèse se fait entre Confucius et les légistes, sans parler de Marx. Mais il n’y a pas que de la critique autochtone dans cette histoire, les drames qui frappent l’occident ivre de sa puissance et les personnages influents qui meurent les uns après les autres dévorés par un feu aussi inexpliqué que celui de Notre-Dame… Sans parler de celui très expliqué du World center peuvent être évoqués (le film est de 2010) mais l’essentiel est dans la poésie, celle des feuilletons sur l’ignoble Fu Manchu ou le docteur Mabuse.

A ce soir donc…

 

The Guardian : Les dons des milliardaires élèveront à Notre dame un monument à l’hypocrisie de l’austérité

En 2017, un flot d’histoires a paru dans la presse internationale pour souligner l’état désastreux  de Notre-Dame  de Paris. Les responsables de la cathédrale ont montré aux journalistes que des plaques de calcaire s’effritaient au toucher. Les gargouilles ayant perdu leur tête étaient recouvertes de tuyaux en plastique, tandis que les balustrades tombées étaient remplacées par des planches en bois. Toute cette dégradation a été causée par la pollution, les pluies acides et huit siècles d’utilisation – mais aussi par la négligence officielle. Les gardiens de l’immeuble avaient demandé plus d’argent, mais ni le gouvernement français, qui se serrait la ceinture, ni les riches grommelant pour des taxes  élevées n’en donnaient assez.

Puis ce fut la Semaine Sainte 2019 et l’ enfer au bord de la Seine et tout à coup, personne ne peut trop donner. Après des années de prédication sur la réduction du secteur public, le président français, Emmanuel Macron, souhaite maintenant mobiliser toutes les ressources de l’État pour faire reconstruire la cathédrale sans toit en seulement cinq ans . Et l’argent de la classe de milliardaires français continue de pleuvoir . En trois jours, la cathédrale a été annoncée à hauteur de 100 millions d’euros à François-Henri Pinault, ultime propriétaire de Gucci et d’Yves Saint Laurent; 200 M € (172 M £) provenant de la célèbre famille Arnault de Louis Vuitton; la famille Bettencourt Meyers, propriétaire de L’Oréal, et 200 millions d’euros, du géant pétrolier français Total.

À partir de ces deux épisodes, séparés de deux ans seulement, nous pouvons tirer deux conclusions. La première est que ce qui se passe cette semaine est une remarquable démonstration de coordination du secteur public et de générosité privée, au service d’un grand projet: la restauration d’un des trésors du monde. Et la seconde est que la cathédrale reconstruite sera un monument à l’hypocrisie gigantesque de la politique d’austérité.

François-Henri Pinault et son épouse, Salma Hayek.
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 François-Henri Pinault, photographié avec son épouse, Salma Hayek, a annoncé une contribution de 100 millions d’euros à Notre-Dame. Photographie: Nina Prommer / EPA

Un site patrimonial qui a soulevé à peine un haussement d’épaules il y a deux ans signifie le monde cette semaine. Une classe de milliardaires qui a crié aux impôts sur la fortune de l’ancien président François Hollande est heureuse de gâcher tout ce qu’il faut maintenant. Un homme politique, Emmanuel Macron , qui a répété aux pauvres qu’ils devaient vivre moins et aux travailleurs qu’ils devaient donner plus à leurs patrons, joue maintenant le rôle de leader national – comme Charles de Gaulle avec plus de cire à cheveux. Et une capitale qui, au cours des derniers mois, a été assiégée par les travailleurs pauvres des gilets jaunes, rappelle encore une fois l’énorme richesse de très peu de ses citoyens. Tout ce qui était impossible jusqu’en 2017 est maintenant jugé essentiel en 2019.

Bien sûr, nous préférerions que des millions de dollars privés soient retirés d’oreillers en plumes d’oie et consacrés à des travaux publics. Mais nous devrions aussi nous demander pourquoi il faut une conflagration toute-puissante pour forcer cela. et pourquoi ces généreux donateurs sont si opposés à donner leur argent à des priorités démocratiquement choisies, ce que représentent les impôts. Si les ultra-riches peuvent gagner autant de millions d’euros pour un immeuble, alors qu’est-ce qui les empêche de mettre fin à la faim et à la pauvreté?

Peu de gens veulent poser cette question, ni le suivi évident de ce que l’église catholique, propriétaire de milliards de milliards, aura à payer. La presse préfère se contenter des sommes à neuf chiffres qui ont été magiques, tandis que Macron et d’autres félicitent les donateurs sans demander d’où venait cet argent. Certains vont plus loin encore. Le rédacteur en chef de Moneyweek est même allé jusqu’à dire sur les médias sociaux : «Les milliardaires peuvent parfois être très utiles.» Eh bien, oui. Et la démocratie peut être si déprimante et une plus grande égalité un frein considérable.

Mais pour ceux qui veulent bien voir, il y a beaucoup de choses laides ic à contempler. A peine Pinault avait-il promis de verser 100 millions d’euros, puis son aide de camp Jean-Jacques Aillagon, s’est empressé de suggérer que tous ces dons devraient bénéficier d’une déduction fiscale de 90%. En d’autres termes, le public français devrait payer pour la plus grande part de la générosité de ses chers milliardaires. La proposition a été rapidement retirée , mais son auteur n’est pas un naïf. Ancien ministre de la Culture, Aillagon sait que les dons de charité en France entraînent une réduction de 60% de la taxe. Ainsi, pour chaque tranche de 100 millions d’euros qu’un papa gâteau souhaite verser, le public paiera 60 millions d’euros. Au moins, selon l’agence Reuters, la famille Pinault ne participe pas à ce cycle et ne demande pas d’allégement fiscal.

Bernaud Arnault, l’homme le plus riche de France, aurait demandé la nationalité belge il y a quelques années à peine. Ce ne serait pas pour bénéficier d’avantages fiscaux, a déclaré son porte – parole , mais simplement pour mieux organiser ses affaires. Rien à voir avec le fait que les droits de succession en Belgique ne sont que de 3%, alors que la France prélève 11%, non monsieur .

L’un des moindres parmi cette litanie d’ironie est qu’il faut une cathédrale catholique pour nous rappeler que nous avons à peine avancé d’un pouce de l’achat d’ indulgences au Moyen-Âge , alors que les riches pouvaient accumuler leur fortune d’une manière aussi dégoûtante qu’ils le souhaitaient – puis faire un don à l’Eglise de blanchir leur réputation et d’assurer leur salut. Qu’est-ce que ce vieux frère Tetzel disait? « Dès que l’or dans le coffre sonne, l’âme sauvée au ciel prend sa source. »

 Aditya Chakrabortty est un éditorialiste du Guardian

 

Bamiyan, Babylone,Palmyre, Notre-Dame

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Dans son style ironique (voir ci-après son article dont nous reproduisons le titre sobre et explicite) le grand journaliste international Pepe Escobar prend heureusement de la distance avec la
clameur médiatique et politique déclenchée par l’incendie de Notre Dame de Paris et il souligne le danger de l’opération de manipulation de l’opinion en cours. En effet, l’émotion sincère de la population ne doit pas cacher :

1- Que l’Etat a failli en toute connaissance de cause à ses obligations légales Issues de la loi de séparation de l’église et de l’Etat de 1905.

2- Que les projets très dangereux et inquiétants de Macron de modifier cette loi ouvrent la porte à la privatisation du patrimoine architectural national.

3- Que le grand capital et les grandes fortunes françaises (Arnault et Pinault) étaient déjà en embuscade , la promptitude de leur réaction permet de le penser, pour mettre la main sur le pactole et ont donc mis dans l’instant sur la table de ce poker institutionnel 300 millions d’euros face au petit joueur Macron qui est en fait leur compère et perd toujours. (Dans ce jeu truqué l’Etat s’endette et les milliardaires s’enrichissent)

4- Que le rétablissement de l’ISF (environ 4 milliards par an) qu’Arnault et Pinault sont reconnaissants à Macron de ne pas payer aurait permis à l’Etat de remplir cette obligation de rénovation de Notre Dame de Paris (150 millions d’euros) et bien d’autres.

5- Qu’il est de la plus extrême urgence que cet argent qui n’est qu’une toute petite partie de l’immense patrimoine de ces donateurs soit versé dans un fonds public contrôlé par les représentants de la population. Ce fonds devrait s’inspirer du principe qui régit les coopératives : chaque donateur, qu’il ait versé un euro ou 100 000, dispose d’une voix. Dans la république cela s’appelle l’EGALITE.

6- Que la France soutient et arme l’Arabie Saoudite qui, dans sa guerre meurtrière contre le Yémen, s’emploie à détruire les trésors archéologiques du pays largement présents au patrimoine mondial de l’UNESCO.

COMAGUER
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Bamiyan, Babylone, Palmyre, Notre-Dame
Par Pepe Escobar
Publié le 16 avril 2019 Information Clearing House  » –
Les Bouddhas de Bamiyan ont été détruits par une secte intolérante prétendant suivre l’Islam. Dans toute l’Asie le bouddhisme a été affligé. L’Occident n’y a guère prêté attention.

Les ruines restantes de Babylone, et le musée qui y était associé, ont été occupés, pillés et vandalisées par une base des marines US pendant l’opération « Shock and Awe » en 2003.
L’Occident n’y a pas prêté attention.

De vastes secteurs de Palmyre – oasis légendaire sur la route de la soie – ont été détruits par une autre secte intolérante qui prétendait suivre l’Islam avec ses arrières couverts par des couches de renseignement occidental. (ndt : il s’agit des arrières au sens militaire ce qui veut dire que les djihadistes qui n’avaient ni drones ni satellites d’observation recevaient des services de renseignement occidentaux des informations sur les mouvements de l’armée arabe syrienne). L’Occident n’y a pas prêté attention.

En Syrie des dizaines d’églises catholiques et orthodoxes ont été incendiées par la même secte intolérante qui prétendait suivre l’Islam avec ses arrières sponsorisés et armés, entre autres, par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. L’Occident n’y a prêté aucune attention.

Notre-Dame, qui à bien des égards peut être considérée comme la matrice de l’Occident, s’est partiellement consumée dans un feu théoriquement aveugle.

Surtout le toit : des centaines de poutres en chêne, dont certaines datent du XIIIe siècle.

Métaphoriquement, cela pourrait être interprété comme la combustion du toit sur les têtes collectives de l’Ouest.

Mauvais karma? Rien d’autre?

Revenons maintenant aux aspects concrets.

Notre-Dame de Paris appartient à l’État Français, qui n’a pas beaucoup accordé d’attention à un joyau gothique qui traversa huit siècles.

Des fragments d’arcades, de chimères, de reliefs, de gargouilles tombaient toujours au sol et étaient conservés dans un dépôt improvisé à l’arrière de la cathédrale. Il a fallu attendre l’année dernière pour que Notre-Dame obtienne un chèque de 2 millions d’euros pour restaurer la flèche – qui a brûlé et est tombée hier.

Selon le meilleur expert du monde sur Notre-Dame, qui se trouve être un américain, Andrew Tallon, (ndt : décédé récemment cet universitaire avait mis au point un système de scanographie des monuments permettant leur reproduction en 3 D qu’il a appliqué à Notre-Dame de Paris dans sa totalité) la restauration de l’ensemble de la cathédrale aurait coûté 150 millions d’euros,

Récemment, les gardiens de la cathédrale et l’État Français étaient véritablement en guerre. L’État Français gagnait au moins 4 millions d’euros par an, en faisant payer aux touristes l’entrée aux tours mais reversait seulement 2 millions euros pour l’entretien de Notre-Dame. Le recteur de Notre-Dame a refusé de faire payer l’entrée à la cathédrale – comme cela se produit, par exemple, au Duomo (NDT la cathédrale) de Milan.

Notre-Dame survit essentiellement grâce aux dons – qui permettent de payer les salaires des 70 employés qui doivent non seulement superviser les masses de touristes, mais aussi organiser huit messes par jour.

La proposition de l’État Français pour alléger cette charge : organiser une loterie de bienfaisance. Ce qui veut dire : privatiser ce qui est un renoncement à l’engagement et aux
obligations de l’État. (NDT : en application de la loi de 1905)

Alors oui: Sarkozy et Macron, leurs gouvernements entiers sont directement et indirectement responsables de l’incendie.
Maintenant vient l’heure de la Notre-Dame des milliardaires.

Pinault (Gucci, Saint-Laurent) a promis 100 millions euros de sa fortune personnelle pour la restauration. Arnault (Louis Vuitton Moët Hennessy) a doublé, s’engageant à 200
millions euros.
Alors pourquoi ne pas privatiser ce sacré patrimoine immobilier- dans le style
« capitalisme désastre »?
Bienvenue à Notre-Dame, résidence de luxe, hôtel et centre commercial rattaché.
Pepe Escobar est correspondant régulier d’Asia Times. Son dernier livre est 2030.
Traduction COMAGUER