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L’arrestation d’Assange est une mise en garde de l’histoire

L’image de Julian Assange traîné hors de l’ambassade de l’Equateur à Londres est emblématique de notre époque. La force contre le droit. La brutalité contre la loi. L’indécence contre le courage. Six policiers malmenant un journaliste malade, ses yeux plissés contre sa première lumière naturelle depuis près de sept ans.

Que ce scandale se soit produit au cœur de Londres, dans le pays de la Magna Carta, devrait faire honte et mettre en colère tous ceux qui se soucient pour les sociétés « démocratiques ». Assange est un réfugié politique protégé par le droit international, le bénéficiaire de l’asile en vertu d’un pacte strict dont la Grande-Bretagne est signataire.

L’Organisation des Nations Unies l’a clairement indiqué dans la décision juridique de son Groupe de travail sur les détentions arbitraires.

Mais au diable tout ça. Laissez entrer les voyous. Dirigée par les quasi-fascistes de l’administration Trump, en collaboration avec l’Équatorien Lenin Moreno, un Judas latino-américain et menteur qui cherche à camoufler l’état moribond de son régime, l’élite britannique a abandonné son dernier mythe impérial : celui d’équité et de justice.

Imaginez Tony Blair traîné hors de sa maison géorgienne de plusieurs millions de livres à Connaught Square, Londres, menotté, pour être ensuite expédié à La Haye. Selon l’exemple de Nuremberg, le « crime suprême » de Blair est la mort d’un million d’Irakiens. Le crime d’Assange est le journalisme : demander des comptes aux rapaces, dénoncer leurs mensonges et donner aux gens du monde entier les moyens d’agir avec la vérité.

L’arrestation choquante d’Assange est un avertissement pour tous ceux qui, comme l’écrivait Oscar Wilde, « sèment les graines du mécontentement [sans lesquels] il n’y aurait pas de progrès vers la civilisation« . L’avertissement est explicite à l’égard des journalistes. Ce qui est arrivé au fondateur et rédacteur en chef de WikiLeaks peut vous arriver dans un journal, ou à vous dans un studio de télévision, ou vous à la radio, ou vous qui diffusez un podcast.

Le principal bourreau médiatique d’Assange, The Guardian, collaborateur de l’État secret, a montré sa nervosité cette semaine avec un éditorial qui a atteint de nouveaux sommets en termes d’hypocrisie. The Guardian a exploité le travail d’Assange et de WikiLeaks dans ce que son précédent éditeur appelait « le plus grand scoop des 30 dernières années« . Le journal s’inspira des révélations de WikiLeaks et s’attira louanges et fortune.

Sans verser un sou pour Julian Assange ou WikiLeaks, un livre largement promu du Guardian donna lieu à un film hollywoodien lucratif. Les auteurs du livre, Luke Harding et David Leigh, se retournèrent contre leur source, le maltraitèrent et divulguèrent le mot de passe qu’Assange avait confié au journal en toute confidentialité, conçu pour protéger un fichier numérique contenant des câbles des ambassades des États-Unis.

Alors qu’Assange était piégé à l’ambassade de l’Équateur, Harding se joignit à la police à l’extérieur et se réjouit sur son blog que « Scotland Yard aura le dernier mot ». The Guardian a depuis publié une série de mensonges à propos d’Assange, notamment une affirmation discréditée selon laquelle un groupe de Russes et l’homme de Trump, Paul Manafort, avaient rendu visite à Assange à l’ambassade. Ces réunions n’ont jamais eu lieu ; c’était faux.

Mais le ton a maintenant changé. « L’affaire Assange est une toile moralement enchevêtrée« , estime le journal. « Il (Assange) croit en la publication de choses qui ne devraient pas être publiées… Mais il a toujours fait la lumière sur des choses qui n’auraient jamais dû être cachées. »

Ces « choses » sont la vérité sur la façon meurtrière dont l’Amérique mène ses guerres coloniales, les mensonges du Foreign Office britannique dans son déni des droits des personnes vulnérables, comme les habitants des îles Chagos, la dénonciation d’Hillary Clinton comme une partisane et bénéficiaire du jihadisme au Moyen-Orient, la description détaillée par des ambassadeurs américains sur la façon dont les gouvernements en Syrie et au Venezuela pourraient être renversés, et beaucoup plus. Tout cela est disponible sur le site de WikiLeaks.

The Gardien est nerveux, et on le comprend. La police secrète a déjà rendu visite au journal et exigé et obtenu la destruction rituelle d’un disque dur. Sur ce point, le journal n’en est pas à sa première. En 1983, une commis du Foreign Office, Sarah Tisdall, a divulgué des documents du gouvernement britannique indiquant quand les armes nucléaires américaines de croisière arriveraient en Europe. Le Gardien fut couvert d’éloges.

Lorsqu’un tribunal a exigé de connaître la source, au lieu de laisser le rédacteur en chef aller en prison sur la base d’un principe fondamental de protection des sources, Tisdall fut trahie, poursuivie et condamnée à six mois de prison.

Si Assange est extradé vers les Etats-Unis pour avoir publié ce que The Guardian appelle des « choses » véridiques, qu’est-ce qui empêchera la rédactrice en chef actuelle, Katherine Viner, de le suivre ou l’ancien rédacteur en chef, Alan Rusbridger, ou le propagandiste prolifique Luke Harding ?

Qu’est-ce qui empêchera les rédacteurs en chef du New York Times et du Washington Post, qui ont également publié des bouts de vérité provenant de WikiLeaks, et le rédacteur en chef de El Pais en Espagne, de Der Spiegel en Allemagne et du Sydney Morning Herald en Australie. La liste est longue.

David McCraw, avocat principal du New York Times, a écrit : « Je pense que la poursuite [d’Assange] constituerait un très, très mauvais précédent pour les éditeurs… d’après ce que je sais, il est en quelque sorte dans la position classique d’un éditeur et la loi aurait beaucoup de mal à distinguer le New York Times de WilLeaks. »

Même si les journalistes qui ont publié les fuites de WikiLeaks ne sont pas convoqués par un grand jury américain, l’intimidation de Julian Assange et Chelsea Manning suffira. Le vrai journalisme est criminalisé par des voyous, au vu et au su de tous. La dissidence est devenue une indulgence.

En Australie, l’actuel gouvernement pro-américain poursuit deux dénonciateurs qui ont révélé que les espions de Canberra avaient mis sur écoute les réunions du cabinet du nouveau gouvernement du Timor oriental dans le but de priver ce petit pays pauvre de sa part des ressources en pétrole et en gaz de la mer du Timor. Leur procès se déroulera en secret. Le Premier ministre australien, Scott Morrison, est tristement célèbre pour son rôle dans la mise en place de camps de concentration pour les réfugiés dans les îles de Nauru et Manus, dans le Pacifique, où les enfants s’auto-mutilent et se suicident. En 2014, Morrison a proposé des camps de détention de masse pour 30 000 personnes.

Le vrai journalisme est l’ennemi de ces scandales. Il y a dix ans, le ministère de la Défense de Londres a publié un document secret qui décrivait les « principales menaces » à l’ordre public, au nombre de trois : les terroristes, les espions russes et les journalistes d’investigation. Ces sont ces derniers qui étaient désignés comme la principale menace.

Le document fut dûment divulgué à WikiLeaks, qui l’a publié. « Nous n’avions pas le choix« , m’a dit Assange. « C’est très simple. Les gens ont le droit de savoir et le droit de remettre en question et de contester le pouvoir. C’est ça la vraie démocratie. »

Et si Assange et Manning et les autres dans leur sillage – s’il y en a d’autres – étaient réduits au silence et « le droit de savoir, de questionner et de contester » était retiré ?

Dans les années 1970, j’ai rencontré Leni Reifenstahl, amie proche d’Adolf Hitler, dont les films ont contribué à jeter le sort nazi sur l’Allemagne.

Elle m’a dit que le message de ses films, la propagande, ne dépendait pas « d’ordres venus d’en haut » mais de ce qu’elle appelait le « vide apathique » du public.

« Ce vide apathique s’étendait-il à la bourgeoisie libérale et éduquée ? » lui ai-je demandé.

« Bien sûr, répondit-elle, surtout l’intelligentsia… Quand les gens ne posent plus de questions sérieuses, ils sont soumis et malléables. Tout peut arriver. »

Et arriva.

Le reste, aurait-t-elle pu ajouter, c’est de l’histoire.

 

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Médias occidentaux: Assange n’intéresse plus personne

  • Vu par la presse russe (ici proche du président Poutine), le cas Assange témoigne de ce qu’il faut attendre des « défenseurs des droits de l’homme ». Ce que l’on décrivait : la torture auquel était soumis Assange au sein de l’ambassade par l’actuel président de l’Equateur, inféodé aux occidentaux était bien réelle malgré le silence des habituels défenseurs des droits de l’Homme. Il devient urgent que la direction du PCF prenne position et exige le droit d’asile pour Assange. Il est vrai que rien n’a changé ni à l’Humanité, ni à la direction de la politique extérieure du PCF. Et ceux-ci demeurent inféodés à la social-démocratie… (note et traduction de Danielle Bleitrach)
La presse occidentale prédit qu'Assange sera extradé aux États-Unis

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12 avril 2019, 08h20
Photo: Tolga Akmen / ZUMA / Presse Global Look
Texte: Vladimir Dobrynin

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L’arrestation de Julian Assange a été une surprise totale pour la presse européenne et les autorités des pays qui semblaient s’y intéresser directement, à savoir la Suède et les États-Unis. Les  médias mondiaux témoignent de points de vue différents sur l’affaire, de même que les évaluations de la personnalité d’Assange. Mais une autre chose est  à noter : on sait finalement pourquoi le fondateur de Wikileaks est tombé entre les mains de la police britannique.

Il semblerait que le pays où  l’arrestation de Julian Assange aurait dû  provoquer le plus d’émoi aurait dû être la Suède, où une affaire pénale a été ouverte contre lui il y a quelques années, quand il était soupçonné d’avoir commis un viol. Cependant, il n’y a pas de commentaires malveillants et d’analyses approfondies de ce qui s’est passé dans la presse du «pays des trois couronnes».

En gros, les éditions suédoises se bornent à énoncer le fait qu’il a été arrêté et à exprimer leur étonnement: à quel point, dit-on, l’aspect d’Assange, jadis imposant, a changé au cours des sept années de son séjour dans les quatre murs de l’ambassade équatorienne.

Aftonbladet, l’un des principaux journaux du pays, écrit: « Bien que la nouvelle soit inattendue, le procureur ne voit aucun obstacle à la réouverture de l’affaire contre Assange, qui a été clôturée en 2017 en raison  » du manque de certitude quant à un délai de livraison raisonnable pour Assange en Suède « .

Le nombre de viols théoriques a doublé

Moins de quelques heures après que le monde ait appris l’arrestation du cofondateur de Wikileaks, le nombre de femmes «violées» par lui a augmenté. Le journal affirme que « la deuxième victime de l’agresseur est connue et attendait depuis près de dix ans la possibilité de se venger », mais ne donne pas ni le nom ni le prénom de la victime.

« Il est possible qu’ils ne l’extradent pas aux Etats-Unis – alors la Suède a une chance, a déclaré une autre publication suédoise, Metro. – La procureure en chef, Ingrid Izgren, n’a pas encore décidé si elle devait reprendre l’enquête close il y a deux ans. Dans ses commentaires, elle admet que l’arrestation d’Assange est une nouvelle inattendue pour elle et qu’elle n’a pas assez d’informations pour décider de ce qu’elle devait faire.  »

«Mais il aurait pu laisser une bonne image», répond Aisin Cantwell, journaliste à Aftonbladet. – Par exemple, à propos des crimes de l’armée américaine pendant la guerre en Irak, y compris le meurtre de civils et de journalistes. Mais non, très probablement aux États-Unis, il sera envoyé en prison et tout le monde l’oubliera.  »

«Cette négligence du droit international»

El Confidencial attire l’attention sur le fait qu’Assange n’a pas quitté le territoire de l’ambassade équatorienne: une institution diplomatique a invité la police à venir arrêter une personne privée du statut de réfugié politique. Le correspondant britannique du portail Angel Martinez a souligné qu ‘ »une telle procédure d’action a été convenue à l’avance, comme le confirment les informations dont dispose Press Association, obtenues de sources confidentielles ».

L’auteur cite le commentaire indigné du site Web de Wikileaks concernant ce qui s’est passé. Le portail, co-fondé par Julian Assange, souligne que «cette action (admission de la police sur le territoire de l’ambassade) témoigne du mépris total du droit international par les États influents de l’Ouest». La publication cite également un tweet de Scotland Yard, dont il résulte que l’arrestation a été effectuée suite à  « une demande des autorités américaines selon laquelle une affaire concernant les crimes informatiques commis par Assange a été initiée ».

Le Figaro doute que Julian Assange soit extradé aux États-Unis. Les auteurs de l’article écrivent, se référant aux informations de l’agence France Presse: « Selon le président de l’Équateur, Lenin Moreno, les autorités britanniques l’ont assuré que Assange ne serait pas envoyé dans un pays où la peine de mort était autorisée ».

Ce que vaut la parole d’un homme politique occidental, et particulièrement anglais, est bien connu de tous. Sauf, apparemment, du principal dirigeant de l’Equateur.

« Très probablement, Assange sera livré aux Suédois », disent-ils dans l’édition française. – Et c’est le meilleur sort pour lui. Son complice, un soldat transgenre Chelsea Manning, a été condamné à 35 ans de prison pour avoir divulgué 700 000 documents confidentiels à Wikileaks. Certes, après avoir purgé sept ans de punition, Obama l’a libérée, mais tout le monde ne peut pas avoir autant de chance.  »

« Et vous devez vous comporter décemment »

« Pourquoi Assange a-t-il été tité de l’ambassade équatorienne avec tout ce fracas? », se demande le tabloïd allemand Bild dans le titre de l’article.

Le texte fournit deux réponses possibles. Peut-être à cause d’une demande d’extradition des États-Unis, mais peut-être aussi parce qu’il a violé la loi britannique, parce que le tribunal de Londres l’a libéré sous caution avec une comparution périodique obligatoire, mais Assange a choisi de se cacher.

« Maintenant, il est passible de 12 mois de prison pour avoir violé le régime de surveillance », a déclaré la publication.

Assange craint qu’il ne soit ramené aux États-Unis, où l’attend la chaise électrique ou une injection mortelle pour avoir divulgué de nombreux secrets d’État. « 

En passant, l’arrestation d’Assange a eu lieu à peine 24 heures après que les autorités équatoriennes l’aient inculpé.

« Selon lui, l’Australien a été auditionné et filmé pendant un an », note le quotidien britannique The Daily Mail. « Le président de l’Équateur, à son tour, a accusé Assange de gêner régulièrement les services de sécurité de l’ambassade – tantôt il bloquait les caméras de sécurité, tantôt il se comportait de manière hautaine avec ceux qui assuraient sa sécurité. »

« Il comparaîtra devant un tribunal britannique, puis sera extradé vers les États-Unis », assure le British Independent. – En affirmant qu’il n’attend pas de justice de la Cour de Westminster à Londres, Assange n’a fait que renforcer son image du narcissiste égoïste, qui lui est collée. Maintenant, il parait vraisemblable de penser qu’il sera condamné par un tribunal britannique, puis transféré aux États-Unis. La question de l’extradition sera tranchée le 2 mai, mais peu de gens ont des doutes sur la manière dont cette question sera résolue ».

Assange, 47 ans, a été arrêté jeudi à l'ambassade d'Équateur sur un mandat d'arrêt délivré le 29 juin 2012 pour ne pas avoir comparu devant le tribunal.  Assange a passé près de sept ans en détention volontaire

« Il voulait poser des problèmes à Mme Clinton. »

«Assange sera donc livré aux États-Unis», le New York Times n’a aucun doute. – Une seule accusation peut être portée contre lui ici – de piratage du mot de passe de l’ordinateur d’un des services les plus importants de l’État. Il y a un an, les autorités judiciaires du pays étaient prêtes à l’accuser d’espionnage. Maintenant, ils croient qu’il n’est coupable que d’un crime informatique, mais il n’est pas question d’espionnage. Il a eu de la chance, pour ce crime seul, il ne recevra pas plus de cinq ans de prison. Si l’espionnage était prouvé, tout serait bien pire.  »

Les auteurs d’un article commenté énumérant tous les actes d’Assange, poussant le lecteur à conclure que l’arrestation du fondateur de Wikileaks pourrait être une nouvelle tentative de frapper Donald Trump.

«Assange n’a pas caché le fait qu’il voulait créer de gros problèmes à madame Clinton pendant sa campagne électorale. Mais il a également insisté sur le fait qu’il ne recevait aucun courrier électronique de la part de la Russie avec des missions. Le procureur spécial Muller n’a trouvé aucune preuve de l’ingérence de la Russie dans les élections américaines et a par conséquent à la participation d’Assange à des actions contre les États-Unis. Donald Trump au cours de sa campagne électorale a félicité WikiLeaks d’avoir donné accès au courrier électronique des démocrates, écrivent les correspondants Eileen Sullivan et Richard Perez-Peña.

En se fondant sur le fait que les démocrates n’ont pas accepté le rapport Muller et qu’ils continuent à rechercher au moins certaines preuves établissant qu’il «existait une collusion entre Trump et le Kremlin», nous pouvons en conclure que l’on va utiliser Assange pour tenter de lui faire admettre ce qui n’existe pas.

 

Une histoire partielle du Djihad

par Les-crises.fr DT

Source : Consortium News, Daniel Lazare, 21-02-2019

Un présentateur vedette de CNN ne devrait pas être choqué par le fait que les États-Unis soient en ménage avec des terroristes yéménites, par Daniel Lazare.

Un reportage récent de CNN sur du matériel militaire américain parvenu aux mains d’Al-Qaïda aurait pu être un précieux complément aux connaissances des Américains sur le terrorisme.

Sous le titre de Vendu à un allié, perdu en faveur d’un ennemi, ce reportage de 10 minutes, diffusé le 4 février, avec en vedette l’étoile montante Nima Elbagir la montre passant près d’un convoi de véhicules blindés dits « Mine-Resistant Ambush Protected » ou MRAP [Résistant aux mines, protégé contre les embuscades, NdT] sur une autoroute yéménite.

« C’est totalement incroyable » dit-elle. « Et ce n’est pas sous le contrôle de la coalition [menée] par les [Saoud]. C’est un territoire sous le commandement des milices, ce qui est totalement interdit par les accords signés avec les États-Unis sur les ventes d’armes. »

« Ce n’est que le sommet de l’iceberg », ajoute-t-elle. « CNN a appris par des informateurs du côté de la coalition qu’un système d’armes américain encore plus dangereux, le missile TOW [missile antichar filoguidé, NdT], a été parachuté en 2015 par l’Arabie Saoudite aux combattants yéménites. Les médias pro-Saoud l’ont fièrement annoncé à l’époque ». Ces TOWs ont été largués dans une zone contrôlée par Al-Qaïda, selon CNN. Mais quand Elbagir essaie d’approfondir le sujet, le gouvernement local affilié à la coalition la chasse, elle et son équipe, de la ville.

Des TOWs américains entre les mains d’Al Qaïda ? Elbagir est une bonne présentatrice. Mais c’est une vieille histoire que sa chaîne a longtemps minimisée.

Au début de la guerre en Syrie, les médias occidentaux ont péniblement admis que parmi les forces combattant Assad se trouvait Al-Qaïda. A cette époque, l’opposition était largement décrite comme un prolongement tardif des soulèvements du printemps arabe en faveur de la démocratie ailleurs dans la région.

Cependant, en avril-mai 2015, au moment même où les saoudiens larguaient des TOWs sur le Yémen, ils fournissaient également les mêmes missiles high-tech à guidage optique aux forces pro-Al-Qaïda dans la province d’Idlib, au nord de la Syrie. Les chefs rebelles exultaient lorsqu’ils ont repoussé les troupes du gouvernement syrien. Les TOWs ont « changé la donne », a dit l’un d’eux, tandis qu’un autre a déclaré : « Je réduirais les percées à un seul mot : TOW. »

CNN a raconté une toute autre histoire. Depuis le territoire tenu par les rebelles, Nick Paton Walsh, de CNNa indiqué que les missiles pouvaient « changer la donne… et qu’ils finiront peut-être par affaiblir le côté le moins populaire de la division shiite-sunnite ». Il a concédé que ce n’était pas que des bonnes nouvelles : « Un gros inconvénient, pour Washington au moins, est que les rebelles qui sont souvent victorieux, le Front Al-Nosra, font de fait partie d’Al-Qaïda. Mais alors que les vainqueurs du moment sont les ennemis de l’Amérique, l’évolution rapide de la situation en Syrie peut provoquer ce que l’administration Obama a longtemps prôné et recherché, c’est-à-dire infléchir la ligne suivie par le régime d’Assad. »

Foreign Policy, le Washington Post, le Guardian et le New York Times ont tous froncé les sourcils à chaque victoire d’Al-Qaïda tout en étant discrètement soulagé à l’idée que le président syrien Bashar al-Assad était enfin en difficulté.

Mais maintenant que Elbagir sonne l’alarme à cause des TOWs au Yémen, la chaîne CNN ferait bien d’admettre qu’elle s’est montrée, par le passé, bien négligente au sujet des TOWs aux mains d’Al-Qaïda.

En fait, CNN n’a nulle envie d’aller là où justement l’establishment pro-guerre de Washington n’a pas envie qu’il aille. Elbagir ne devrait pas être choquée d’apprendre que les alliés des États-Unis sont complices de terroristes yéménites.

Soldat américain tenant un « Tube-launched, Optically-tracked, Wire-guided (TOW) [missile lancé par tube à conduite de tir optique et filo-guidé, NdT] 2B Aero Missile » sur le terrain d’exercice de Fort Irwin, Calif, 2014. (U.S. Army photo by Sgt. Richard W. Jones Jr.)

Histoire des liens entre les états-Unis et les guerriers de la foi

Ce que les producteurs et correspondants de CNN, soit ne savent pas soit ne veulent pas mentionner, est que Washington soutient depuis longtemps le djihad. Cela remonte au président Dwight Eisenhower selon Ian Johnson dans « Une mosquée à Munich » (2010). Il voulait, selon des mémorandums de la Maison Blanche, « mettre l’accent sur le côté « guerre sainte » dans ses pourparlers avec des dirigeants musulmans au sujet de la menace communiste durant la guerre froide ». (See « How U.S. Allies Aid Al Qaeda in Syria », Consortium News, Aug. 4, 2015) [ Voir « Comment les alliés des États-Unis ont aidé Al Quaida en Syrie » , NdT]

La Grande-Bretagne, de son côté, est impliquée dans ce genre d’histoire depuis au moins 1925 quand elle a aidé les Frères musulmans à s’implanter en Égypte. Elle et les États-Unis ont travaillé avec les islamistes depuis le coup d’état de 1953 en Iran selon Robert Dreyfus dans « Devil’s Game » (2006) [Le jeu du diable, NdT].

Durant les années 80, une révolte islamiste contre un gouvernement afghan gauchisant et prosoviétique a reçu le soutien des États-Unis. Déjà en 1979, Jimmy Carter et son conseiller national pour les questions de sécurité, Zbigniew Brzezinski, ont armé les moudjahidin afghans – non pas pour chasser les Soviétiques mais pour les attirer. Brzezinski voulait infliger à Moscou ce que les États-Unis ont subi au Vietnam, comme il l’a affirmé dans un entretien en 1998.

Pendant ce temps, quelques mois après que les États-Unis eurent commencé à armer les moudjahidin, le régime saoudien a été profondément ébranlé lorsque des extrémistes ont pris la Grande Mosquée à la Mecque et appelé à renverser la famille royale. Alors que l’Arabie saoudite a veillé à réprimer le djihadisme local, elle a aussi été un des plus grands soutiens des extrémistes sunnites de la région, plus précisément dans leur combat contre le régime chiite qui a pris le pouvoir à Téhéran, là aussi en 1979.

Depuis cette année là, les États-Unis ont utilisé le djihad de façon directe ou indirecte en collaboration avec les monarchies du Golfe ou les services secrets pakistanais ouvertement pro-islamistes de la Direction pour le renseignement inter-services. Ce soutien des États-Unis aux moudjahidin afghans a contribué à élever Oussama Ben Laden au rang de héros aux yeux de certains jeunes saoudiens et autres sunnites. Les camps d’entraînement qu’il a établis dans les campagnes afghanes ont attiré les djihadistes de toutes les régions.

L’artillerie russe bombarde des positions tchétchènes près du village de Duba-Yourt, 2000. (Wikimedia)

Le soutien des États-Unis au gouvernement islamiste de Alija Izetbegovic en Bosnie-Herzégovine a fait venir Al-Qaïda dans les Balkans, tandis que le soutien des États-Unis et des saoudiens aux militants islamistes pendant la seconde guerre tchétchène en 1999-2000 a permis l’implantation d’une base opérationnelle américaine sur ce territoire.

Mettre Al-Qaïda sous le tapis

Six ans seulement après le 11 septembre 2001, selon le journaliste d’investigation Seymour Hersh, les États-Unis ont minimisé la lutte contre Al-Qaïda afin de contrôler l’Iran – une politique, écrit Hersh, qui a eu pour effet « de renforcer […] les groupes sunnites extrémistes qui épousent une vision militante de l’Islam et sont hostiles aux États-Unis et favorables à Al-Qaïda ».

La politique de la secrétaire d’état Hillary Clinton à l’égard d’Al-Qaïda est encore plus curieuse. En mars 2011, elle a consacré presque deux semaines à persuader le Qatar, les EAU et la Jordanie de se joindre à la guerre aérienne contre la Libye de Moammar Khadhafi, pour ensuite regarder le Qatar dépenser des centaines de millions de dollarsd’aide aux milices islamistes qui propagent l’anarchie d’une extrémité à l’autre du pays. L’administration Obama a songé à faire des remontrances au Qatar, mais elle ne l’a finalement pas fait.

C’est à peu près ce qui s’est passé en Syrie où, début 2012, Clinton organisait un groupe des « Amis de la Syrie » qui a rapidement fait transiter une aide militaire aux forces islamistes combattant les Chrétiens, les Alaouites, les laïques et les autres partisans d’Assad. En août 2012, la Defense Intelligence Agency [Agence du renseignement de la défense, NdT] a expliquée que « Les Salafistes, les Frères musulmans et AQI [Al-Qaïda en Irak] sont les principales forces à l’origine de l’insurrection [anti-Assad] » ; que l’Occident, la Turquie et les états du Golfe les soutenaient quand même ; que le but des rebelles était d’établir « une principauté salafiste déclarée ou non en Syrie Orientale » et que « c’est exactement ce que veulent leurs soutiens pour isoler le régime syrien… »

Biden « mange le morceau »

Deux ans plus tard, le vice-président Joe Biden déclara à la Harvard’s Kennedy School :

« Nos alliés dans la région ont été notre plus gros problème en Syrie. […] Les saoudiens, les émiratis etc. que faisaient-ils ? Ils étaient déterminés à faire tomber Assad et à commencer une guerre par procuration entre les Sunnites et les Chiites. Qu’ont-ils fait ? Ils ont versé des centaines de millions de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d’armes à tous ceux qui allaient combattre Assad. sauf que cela revenait à équiper Al-Nosra, Al-Qaïda et les djihadistes extrémistes venant de toutes les régions du monde. » (la citation commence à 53:25)

Biden en 2012. (Kelly Kline via Flckr)

Le fait qu’Obama ait ordonné au vice-président de s’excuser auprès des saoudiens, des EAU et de la Turquie pour ses commentaires a confirmé en retour qu’ils étaient vrais. Lorsque les TOWs sont arrivés entre les mains des rebelles pro Al-Qaïda en Syrie le printemps suivant, tout ce qu’un haut fonctionnaire de l’administration aurait dit était : « Ce n’est pas quelque chose qu’on ne s’abstiendrait pas d’aborder avec nos partenaires. »

Il était évident dès le début qu’Al-Qaïda serait l’un des principaux bénéficiaires de l’intervention saoudienne au Yémen. Le fait d’immobiliser les Houthis – « l’ennemi le plus déterminé d’Al-Qaïda », selon le Times – lui a donné de l’espace pour s’épanouir et croître. Alors que le département d’État a déclaré qu’elle comptait jusqu’à 4 000 membres en 2015, un rapport de l’ONU estimait que le nombre de ses membres se situait entre 6 000 et 7 000 trois ans plus tard, soit une augmentation de 50 à 75 pour cent ou plus.

Au début de 2017, l’International Crisis Group [ONG dont la mission est de prévenir et résoudre les conflits meurtriers grâce à une analyse de la situation sur le terrain et des recommandations indépendantes, NdT] notait qu’Al-Qaïda « prospérait dans un contexte d’effondrement de l’état, de sectarisme croissant, d’alliances changeantes, de vide sécuritaire et d’une économie de guerre en plein essor. »

Carte du Sud Yémen (PBS, Frontline)

Au Yémen, Al-Qaïda « a fréquemment combattu du côté des forces de la coalition saoudienne à […] Aden et ailleurs dans le sud, y compris à Taiz, obtenant d’eux de manière indirecte des armes » selon l’ICG. « … Dans le Nord-Yémen […] la coalition [menée par l’Arabie saoudite] s’est engagée dans des alliances tacites avec les combattants de l’AQAP ou du moins a fait semblant de ne pas les voir, tant qu’ils les ont aidé à attaquer l’ennemi commun. »

Un documentaire de la chaîne PBS montrait en mai 2016 des membres d’Al-Qaïda combattant aux côtés des forces des EAU près de Taiz. (c.f. « The Secret Behind the Yemen War », (le secret derrière la guerre du Yémen) Consortium News, May 7, 2016.)

Capture d’écran du reportage « Le Yémen assiégé » de l’émission Frontline sur la chaîne PBS, 2016.

En août dernier, une équipe d’enquêteurs de l’Associated Press a découvert que la coalition saoudienne a conclu des accords secrets avec des combattants d’Al-Qaïda « en payant des gens pour quitter des villes clés et en laissant d’autres se retirer avec des armes, de l’équipement et des liasses d’argent pillé ». Les milices soutenues par les saoudiens « recrutent activement des militants d’Al-Qaïda », a ajouté l’équipe de l’AP, « parce qu’ils sont considérés comme des combattants exceptionnels » et leur fournissent également des camions blindés.

S’il n’est pas nouveau que des alliés des États-Unis équipent des forces pro Al-Qaïda avec du matériel américain, pourquoi CNN prétend-elle découvrir ce fait ? D’une part parce qu’elle se sent libre de critiquer la guerre et tout ce qui l’accompagne maintenant que la catastrophe humaine grandissante au Yémen devient un embarras majeur pour les États-Unis. D’autre part, le fait de critiquer les états-Unis pour ne pas avoir réussi à maîtriser leurs alliés lui fait gagner des points auprès des téléspectateurs en donnant l’impression qu’elle est dure et indépendante, même si c’est l’inverse.

Et puis il y a Trump, avec qui CNN est en guerre depuis son élection. La décision de Trump, le 19 décembre, de retirer ses troupes de Syrie a offert au réseau de CNN une double opportunité car elle lui a permis de s’insurger contre le retrait considéré comme « bizarre » et une « victoire pour Moscou » tout en se plaignant de la politique administrative au Yémen. Selon ces gens, Trump a tort, semble-t-il, quand il se retire et quand il reste sur le terrain.

Dans les deux cas, la CNN se montre arrogante en attaquant lourdement le chef de l’exécutif que les médias des multinationales adorent haïr. Elbagir aurait peut-être dû donner à son exposé un autre titre : « Pourquoi armer des maniaques meurtriers est une mauvaise nouvelle dans un pays mais pas dans un autre. »

Daniel Lazare a écrit « The Frozen Republic : How the Constitution Is Paralyzing Democracy » (Harcourt Brace, 1996) ainsi que d’autres livres sur la politique américaine. Il a publié dans un large éventail de publications allant de « The Nation aux blogs du Monde Diplomatique à propos de la Constitution et de sujets connexes sur Daniellazare.com.

Source : Consortium News, Daniel Lazare, 21-02-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

Pourquoi  « les vacances romaines » de Xi Jinping effrayent les Etats-Unis

Il est à noter la manière dont le président chinois face à la réalité de l’Europe a choisi la discussion avec les nations plutôt qu’avec l’entité UE et tout ce qu’il a dit de positif sur cette dernière est simple réponse à ceux qui mettent en cause ce choix. Voici en tous les cas grâce à Marianne un article qui au-delà des médiocrités racistes de notre presse aborde une fois de plus le fondamental du rôle de la Chine aujourd’hui (note de danielle Bleitrach)

9 mars 2019

https://vz.ru/economy/2019/3/9/967471.html

США не хотят пускать Китай в итальянские порты. У Вашингтона на то имеются причины

L’Italie pourrait devenir le premier pays membre du G-7 à aider la Chine dans sa conquête de l’Europe dans le cadre du mégaprojet « Une ceinture – une route ». L’Italie est prête à laisser les investisseurs chinois pénétrer dans ses installations portuaires. Pourquoi cet événement est-il si important pour tout le commerce mondial et a-t-il de quoi inquiéter les États-Unis?

 

Le gouvernement italien a décidé d’ouvrir ses ports aux investisseurs chinois, ce qui promet une augmentation du volume de fret et des avantages considérables. La signature du mémorandum correspondant est attendue lors de la visite du président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, à Rome fin mars, selon le New York Times.

 

Le vice-ministre italien du Développement économique, MicheleGeraci, a indiqué que la probabilité de signature du document était élevée. Cela a grandement effrayé les États-Unis. Rome fait fausse route et une telle décision « pourrait nuire à la réputation mondiale de ce pays à long terme », a déclaré Garrett Marquis, porte-parole du Conseil de sécurité nationale des États-Unis.

 

Si la signature de l’accord avec la Chine a lieu, l’Italie deviendra le premier pays du G 7 qui participera activement au projet de Beijing de créer des plates-formes de fret dans le monde entier afin de stimuler sa propre croissance économique dans le cadre du mégaprojet « Une ceinture – une route ».

 

Le contrat avec les Italiens est très important pour les Chinois. «L’Italie occupe une position unique en Europe: avec un grand nombre de ports, le pays figure parmi les trois premiers pays du commerce maritime. Il est supposé que les conteneurs en provenance de Chine arriveront à Trieste, Venise, Ravenne et que les produits chinois seront dispatchés sur tous les marchés européens. Il s’agit d’un élément stratégique de la Nouvelle route de la soie, qui permet à la Chine d’échanger des marchandises rapidement et à moindre coût avec l’UE », a déclaré Ivan Andrievsky, président du conseil d’administration de la Compagnie d’ingénierie 2K.

 

«Le contrôle des ports de fret est une partie importante de la politique chinoise de« One Belt – One Road ». Cependant, tous les ports ne conviennent pas à la Chine. Il a besoin de ports de fret pouvant accueillir des navires à grand tirant d’eau. Mais il n’y a pas beaucoup de ports de ce type en Europe », a déclaré AlexeiMaslov, directeur du Centre d’études stratégiques de la Chine à l’URAP (Université russe de l’Amitié entre les Peuples). La plupart des ports européens sont techniquement incapables d’accepter d’énormes navires porte-conteneurs en provenance de Chine.

 

Maslov dit que la Chine dans les années 1980 dans le but d’accroître la rentabilité du transport maritime a en réalité changé les règles du jeu sur le marché. En raison de sa politique, la capacité des porte-conteneurs maritimes a considérablement augmenté: le plus grand tonnage du quatrième type atteignait 4 000 EVP (équivalent vingt pieds), puis il est apparu nécessaire d’ajouter de nouvelles classes d’une capacité maximale de 20 000 EVP.

 

«Mais cela a nécessité une restructuration du canal. De tels gros navires ne pouvaient tout simplement pas passer. Par conséquent, la Chine a beaucoup investi dans la reconstruction du canal de Panama et du canal de Suez, qui justement donne accès à la mer Méditerranée « , a déclaré M. Maslov. Cependant, de gros conteneurs en provenance de Chine sont obligés de contourner l’Espagne et la France pour se rendre à Rotterdam ou à Hambourg. Seuls ces ports sont capables de recevoir des navires chinois à fort déplacement. Ils y sont déchargés et les cargaisons sont transportées par des navires plus petits vers d’autres ports ou par voie terrestre.

 

«Le problème des ports de la Baltique est que les paquebots avec des conteneurs en provenance de Chine appartenant à la classe principale de navires (18 200 tonnes) sont techniquement incapables d’entrer dans la mer Baltique et le golfe de Riga. Ils ne peuvent aller qu’à Rotterdam et Hambourg. Et ce problème concerne non seulement les ports de la Baltique, mais également, par exemple, le port finlandais de Kotka et d’autres », a déclaré Maslov. Sans surprise, les principaux partenaires commerciaux de la Chine en Europe sont aujourd’hui les Pays-Bas et l’Allemagne.

 

La nécessité de naviguer vers Rotterdam ou Hambourg crée une étape de transport supplémentaire, ce qui augmente les coûts de livraison. La Chine veut investir dans les ports italiens pour qu’ils puissent accepter les énormes conteneurs de fret chinois. Cela permettra non seulement de raccourcir l’acheminement des marchandises et les coûts de la logistique, mais également d’accroître les exportations chinoises vers les pays européens.

 

«Quel type d’investissement dans les ports la Chine offre-t-elle? Tout d’abord, il s’agit de l’approfondissement du canal lui-même. Deuxièmement, la restructuration complète des installations d’amarrage, à mesure que le port devient plus profond. Troisièmement, il s’agit de la restructuration de toutes les installations portuaires – grues, chargement et déchargement de navires, etc. », a déclaré Maslov.

 

La Chine fait le bon choix en investissant dans l’approfondissement des ports italiens. Cependant, les retombées de tels projets étant importantes, la Chine exigera des garanties de retour sur investissement, quels que soient les changements de gouvernement dans le pays et d’autres problèmes.

 

«Que fait habituellement la Chine? Elle crée immédiatement sa propre entreprise de droit spécial ou une entreprise mixte, dans laquelle la Chine joue le rôle principal. La société chinoise agit en tant que société de gestion, comme par exemple dans le cas du canal de Panama. Pourquoi dire que le canal de Panama appartient aux Chinois? Formellement, ce n’est pas le cas, mais ce sont les Chinois qui contrôlent le canal », explique l’expert.

 

Auparavant, la Chine avait d’ailleurs déjà acquis un port grec. En 2017, l’entreprise publique chinoise COSCO a acquis une participation majoritaire dans le port grec du Pirée pour 350 millions d’euros. Ce port pose déjà des problèmes à Rotterdam et à Hambourg, car il a repris une partie du fret en provenance de Chine et d’autres pays asiatiques.

 

«De nombreux pays eux-mêmes proposent de telles offres. Par exemple, l’année dernière, la Lettonie et la Lituanie ont offert à la Chine la même chose que l’Italie. Mais l’accord n’a pas abouti car, très probablement, ce n’était pas très rentable pour la Chine », a déclaré Maslov. D’ailleurs, les pays baltes sous l’influence des États-Unis auraient très probablement rejeté les investisseurs chinois sous la pression de Washington.

 

Bien entendu, les États-Unis vont, dans la mesure du possible, exercer des pressions sur l’Italie pour que celle-ci se détourne de Pékin. «Si la Chine parvient réellement à contrôler les ports italiens, les ports méditerranéens, grecs et italiens d’abord, seront sous le contrôle total de Beijing. Les États-Unis se soucient de la possibilité pour les Chinois de transférer une partie des flux commerciaux des États-Unis vers l’Europe et de devenir moins dépendants des exportations vers les États-Unis. Apparemment, la diversification des exportations fait également partie de la politique de la Chine après le début des guerres commerciales avec les États-Unis », a déclaré Maslov.

 

«Comme d’habitude, les États-Unis veulent un monopole et un contrôle. Les États-Unis ont besoin d’un partenaire commercial plus faible qui ne sait pas où écouler ses produits. Mais la Chine conquiert de manière pragmatique et méthodique les routes commerciales vers l’Europe et vise à développer ses exportations. Cela lui permettra de renforcer davantage sa position et de dicter ses règles du jeu aux États-Unis », note Andrievsky.

 

En outre, un certain nombre de pays européens critiqueront probablement l’Italie pour son comportement. L’Europe, en fait, craint également l’influence croissante de la Chine, il y a beaucoup de discussions sur ce sujet. Le président français a directement dit à Trump: « Coopérons, nous avons un problème commun: la Chine ».

 

«D’autre part, l’UE ne peut pas refuser le flux d’investissements chinois. Les plus grands pays de l’UE – l’Italie, la France et l’Allemagne sont heureux de les accepter. Cette contradiction persistera dans les années à venir: le développement de la coopération avec la Chine tout en essayant de freiner son expansion », a déclaré Ivan Andrievsky.

 

«De nombreux pays d’Europe n’ont pas seulement peur de la Chine, ils commencent également à analyser les investissements chinois, c’est-à-dire à voir comment les investissements chinois peuvent menacer l’économie locale. L’Europe, y compris l’Italie, a un besoin urgent d’investissements. Les analystes et les politologues s’affrontent entre ceux qui disent qu’il vaut peut-être mieux ne pas attirer les investissements chinois et les gouvernements qui les examinent de manière plus pragmatique, considérant qu’il n’y a pas de mauvais investissements », explique Maslov.

 

En réalité, si les plus grandes économies européennes ne dédaignent pas de prendre de l’argent aux Chinois, pourquoi la Grèce et l’Italie, qui connaissent de graves problèmes, ne pourraient-elles pas en faire autant?

 

L’Italie, comme tout autre pays pauvre, a besoin d’investissements. En vérité, elle en a un besoin vital. «Ces dernières années, le pays a connu une grave récession économique, le taux de chômage augmente, c’est difficile à croire, mais les jeunes quittent le pays, le taux de natalité est en baisse. Le niveau d’emploi des Italiens est même inférieur à celui de la Grèce. La création d’emplois, la croissance économique est donc très importante pour le moment, et le renforcement de la coopération avec la Chine promet tout cela », a déclaré Andrievsky.

Traduction Marianne Dunlop pour Histoire & Société

 
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Publié par le mars 29, 2019 dans Chine, Etats-Unis, Europe, INTERNATIONAL

 

Les États-Unis et la Chine redéfinissent les termes de la guerre

par Les-crises.fr DT

Source : Consortium News, Michael T. Klare, 19-02-2019

Le 19 février 2019

Aujourd’hui, la guerre signifie tellement plus que le combat militaire, écrit Michael T. Klare. Elle peut avoir lieu alors même que les dirigeants des puissances belligérantes se réunissent pour négocier.

Dans son livre encensé de 2017, « Destined for War » [Destinés à la guerre NdT], le professeur de Harvard Graham Allison a évalué la probabilité que les États-Unis et la Chine se retrouvent un jour en guerre. En comparant les relations américano-chinoises aux rivalités entre grandes puissances depuis la guerre du Péloponnèse au Ve siècle avant J.-C., il a conclu que le risque futur d’une conflagration était considérable. Comme beaucoup d’analyses actuelles des relations américano-chinoises, cependant, il a manqué un point crucial : à toutes fins utiles, les États-Unis et la Chine sont déjà en guerre l’un contre l’autre. Même si leur conflit actuel à feu couvant ne produit pas la dévastation immédiate d’une guerre chaude conventionnelle, ses conséquences à long terme pourraient s’avérer tout aussi désastreuses.

Suggérer cela, signifie réévaluer notre compréhension de ce qu’est la guerre. Du point de vue d’Allison (et de celui de tant d’autres à Washington et ailleurs), « paix » et « guerre » sont des opposés polaires. Un jour, nos soldats sont dans leurs garnisons à s’entraîner et nettoyer leurs armes ; le lendemain, ils sont appelés au combat et envoyés sur un champ de bataille. Dans ce modèle, la guerre commence lorsque les premiers coups de feu sont tirés.

L’auteur Graham Allison, à gauche, animant une discussion avec le ministre de la Défense Ash Carter au Forum John F. Kennedy Jr. de l’Université Harvard à Cambridge, Mass. 2015. (Photo du DoD prise par le sergent Clydell Kinchen, 1re classe de l’armée américaine)

Eh bien, réfléchissez encore à cette nouvelle ère de lutte et de concurrence grandissante entre les grandes puissances. Aujourd’hui, la guerre signifie tellement plus que des combats militaires et peut avoir lieu alors même que les dirigeants des puissances belligérantes se réunissent pour négocier et partager de la viande séchée affinée et de la mousseline de pommes-de-terre (comme les présidents Donald Trump et Xi Jinping à Mar-a-Lago en 2017). C’est exactement là où nous en sommes lorsqu’il s’agit des relations sino-américaines. Considérez ça comme une guerre sous un autre nom, ou peut-être, pour reprendre un terme à la retraite depuis longtemps, une version brûlante d’une nouvelle guerre froide.

Avant même que Trump n’entre dans le Bureau ovale, l’armée américaine et d’autres branches du gouvernement se préparaient déjà à une quasi-guerre à long terme, impliquant une pression économique et diplomatique croissante sur la Chine et un renforcement des forces militaires à la périphérie de ce pays. Depuis son arrivée, de telles initiatives ont dégénéré en combats de type guerre froide sous un autre nom, son administration s’étant engagée à vaincre la Chine dans une lutte pour la suprématie économique, technologique et militaire mondiale.

Il s’agit notamment de la « guerre commerciale » du président avec la Chine, dont on a beaucoup parlé, qui vise à entraver la croissance future de ce pays ; d’une techno guerre destinée à l’empêcher de dépasser les États-Unis dans des domaines technologiques clés ; d’une guerre diplomatique visant à isoler Beijing et à déjouer ses plans grandioses d’ouverture mondiale ; d’une guerre informatique (largement cachée au public) et d’une série de mesures militaires aussi. Ce n’est peut-être pas une guerre au sens traditionnel du terme, mais pour les dirigeants des deux camps, ça en a le même aspect.

Pourquoi la Chine ?

Les médias et de nombreux politiciens continuent de mettre l’accent sur les relations américano-russes, en grande partie à cause des révélations sur l’ingérence de Moscou dans les élections présidentielles américaines de 2016 et de l’enquête Mueller en cours. Dans les coulisses, cependant, la plupart des hauts responsables militaires et de la politique étrangère à Washington considèrent la Chine, et non la Russie, comme le principal adversaire du pays. Dans l’est de l’Ukraine, dans les Balkans, en Syrie, dans le cyberespace et dans le domaine de l’armement nucléaire, la Russie constitue en effet une menace sérieuse pour les objectifs et les désirs de Washington. Pourtant, en tant qu’État pétrolier entravé sur le plan économique, il n’a pas la force qui lui permettrait de contester véritablement le statut de puissance dominante mondiale de ce pays. La Chine est une toute autre histoire. Avec sa vaste économie, ses prouesses technologiques croissantes, son projet d’infrastructure intercontinental « Belt and Road » (nouvelle route de la soie, NdT) et sa modernisation militaire rapide, une Chine enhardie pourrait un jour égaler ou même dépasser la puissance américaine à l’échelle mondiale, un résultat que les élites américaines sont déterminées à éviter à tout prix.

Les craintes de Washington face à la montée de la Chine ont été pleinement mises en évidence en janvier avec la publication, en 2019, de l’Évaluation mondiale de la menace pour la communauté du renseignement des États-Unis, une synthèse des points de vue de l’Agence Centrale du Renseignement (CIA) et d’autres membres de cette « communauté ». Sa conclusion : « Nous estimons que les dirigeants chinois tenteront d’étendre la portée économique, politique et militaire mondiale du pays tout en utilisant les capacités militaires de la Chine et ses investissements dans les infrastructures et l’énergie à l’étranger dans le cadre de l’initiative Belt and Road pour diminuer l’influence américaine. »

Pour contrer ces efforts, on s’attend maintenant à ce que chaque branche du gouvernement mobilise ses capacités pour renforcer le pouvoir américain – et diminuer celui de la Chine. Dans les documents du Pentagone, cette position est résumée par le terme « overmatch », qui se traduit par la préservation éternelle de la supériorité globale américaine vis-à-vis de la Chine (et de tous les autres rivaux potentiels). « Les États-Unis doivent conserver leur faculté à surclasser », insiste la Stratégie de sécurité nationale de l’administration, et préserver « une combinaison de capacités à une échelle suffisante pour empêcher le succès de l’ennemi », tout en continuant « à façonner l’environnement international pour protéger nos intérêts ».

Un micro-robot exposé en 2017 à Aberdeen Proving Ground, Maryland, dans la vitrine des microsystèmes autonomes et de la technologie, ou MAST, collaboration entre l’industrie, la recherche universitaire et l’armée. (Photo de l’armée américaine par Jhi Scott)

En d’autres termes, il ne peut jamais y avoir de parité entre les deux pays. Le seul statut acceptable pour la Chine est celui d’une puissance nettement inférieure. Pour assurer un tel résultat, les responsables de l’administration insistent sur le fait que les États-Unis doivent prendre des mesures quotidiennes pour contenir ou entraver leur ascension.

Dans les époques précédentes, comme Allison l’indique clairement dans son livre, cette équation – une puissance dominante cherchant à conserver son statut dominant et une puissance montante cherchant à surmonter sa subordination – a presque toujours abouti à un conflit classique. Dans le monde d’aujourd’hui, cependant, où le combat armé des grandes puissances pourrait se terminer par un échange nucléaire et l’anéantissement mutuel, le conflit militaire direct est une option nettement peu attrayante pour toutes les parties. Au lieu de cela, les élites dirigeantes ont développé d’autres moyens de guerre – économiques, technologiques et secrets – pour atteindre de tels objectifs stratégiques. Vu sous cet angle, les États-Unis sont déjà en mode de combat presque total par rapport à la Chine.

Guerre commerciale

Lorsqu’il s’agit d’économie, le langage trahit trop clairement la réalité. La lutte économique de l’administration Trump avec la Chine est régulièrement décrite, ouvertement et sans réserve, comme une « guerre ». Et il ne fait aucun doute que les hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche, à commencer par le président et son représentant commercial en chef, Robert Lighthizer, voient les choses de cette façon : comme un moyen de pulvériser l’économie chinoise et de réduire ainsi la capacité de ce pays à concurrencer les États-Unis dans tous les autres domaines du pouvoir.

Ostensiblement, l’objectif de la décision de Trump de mai 2018 d’imposer 60 milliards de dollars de droits de douane sur les importations chinoises (augmentés en septembre à 200 milliards de dollars) était de corriger un déséquilibre commercial entre les deux pays, tout en protégeant l’économie américaine contre ce qui est décrit comme le comportement malsain de la Chine. Ses pratiques commerciales « constituent manifestement une grave menace pour la santé et la prospérité à long terme de l’économie des États-Unis », comme l’a déclaré le président lors de l’annonce de la deuxième session des tarif douaniers.

L’examen des demandes présentées aux négociateurs chinois par la délégation commerciale américaine en mai dernier donne toutefois à penser que l’intention première de Washington n’a pas été de corriger ce déséquilibre commercial, mais d’entraver la croissance économique de la Chine. Parmi les dispositions auxquelles Pékin doit acquiescer avant de recevoir un allégement tarifaire, selon des documents divulgués par des négociateurs américains qui ont été diffusés sur les médias sociaux chinois :

  • l’arrêt de toutes les subventions gouvernementales aux industries manufacturières de pointe dans le cadre de son programme Made in China 2025, une initiative qui couvre 10 secteurs économiques clés, dont la construction aéronautique, les voitures électriques, la robotique, les puces informatiques et l’intelligence artificielle ;
  • accepter les restrictions américaines sur les investissements dans les technologies sensibles sans mesures de rétorsion ;
  • l’ouverture de ses activités tertiaires et agricoles – domaines dans lesquels les entreprises chinoises ont un avantage indéniable – à la pleine concurrence américaine.

En fait, cela devrait être considéré comme une pure et simple déclaration de guerre économique. Accepter de telles demandes signifierait accepter un statut de subordination permanent vis-à-vis des États-Unis dans l’espoir de poursuivre une relation commerciale profitable avec ce pays. Eswar Prasad, professeur d’économie à l’Université Cornell, a décrit avec précision ces développements en ces termes : « La liste se lit comme les termes d’une reddition plutôt que comme une base de négociation ».

Réunion de Trump avec des industriels américains au sujet de son décret exécutif pour « acheter et embaucher des Américains » 31 janvier 2019, Bureau ovale. (Photo Maison Blanche par Shealah Craighead)

Guerre technologique

Comme le suggèrent les exigences commerciales des États-Unis, l’intention de Washington n’est pas seulement d’entraver l’économie de la Chine aujourd’hui et demain, mais pour les décennies à venir. Cela a donné lieu à une campagne intense et de grande envergure visant à la priver de l’accès aux technologies de pointe et à paralyser ses principales entreprises technologiques.

Les dirigeants chinois ont compris depuis longtemps que, pour que leur pays atteigne la parité économique et militaire avec les États-Unis, ils doivent maîtriser les technologies de pointe qui domineront l’économie mondiale du XXIe siècle, notamment l’intelligence artificielle (IA), les télécommunications de cinquième génération (5G), les véhicules électriques et la nanotechnologie. Il n’est donc pas surprenant que le gouvernement ait investi de façon importante dans l’enseignement des sciences et de la technologie, subventionné la recherche dans des domaines novateurs et aidé à lancer des entreprises prometteuses, entre autres, tout comme Internet et d’autres innovations informatiques et aérospatiales américaines ont été financés et encouragés par le Département de la défense.

Les entreprises chinoises ont également exigé des transferts de technologie lorsqu’elles investissent dans des entreprises étrangères ou établissent des partenariats industriels avec elles, une pratique courante en matière de développement international. L’Inde, pour ne citer qu’un exemple récent de ce phénomène, s’attend à ce que d’importants transferts de technologie de la part d’entreprises américaines soient l’un des résultats de ses achats convenus d’armes américaines de pointe.

En outre, des entreprises chinoises ont été accusées d’avoir volé la technologie américaine par le biais du vol cybernétique, ce qui a provoqué une indignation généralisée dans ce pays. D’un point de vue réaliste, il est difficile pour les observateurs de l’extérieur de déterminer dans quelle mesure les progrès technologiques récents de la Chine sont le produit d’investissements courants et légitimes dans les sciences et la technologie et dans quelle mesure ils sont attribuables au cyber-espionnage. Compte tenu de l’investissement massif de Pékin dans l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques dans les cycles supérieurs et post-universitaires, on peut toutefois supposer que la plupart des progrès réalisés par ce pays sont le résultat d’efforts nationaux.

Il est certain que, compte tenu de ce qui est connu publiquement au sujet des activités de cybercriminalité en Chine, il est raisonnable que les autorités américaines exercent des pressions sur Beijing pour qu’elle mette un frein à cette pratique. Cependant, la volonté de l’administration Trump d’émousser le progrès technologique de ce pays vise également des activités parfaitement légitimes. Par exemple, la Maison-Blanche cherche à interdire les subventions du gouvernement de Beijing pour le progrès de l’intelligence artificielle au moment même où le ministère de la Défense investit des milliards de dollars dans la recherche sur l’IA au pays. L’administration agit également pour bloquer l’acquisition par la Chine d’entreprises technologiques américaines et l’exportation de composants de pointe et de savoir-faire.

Pour illustrer cette guerre technologique qui a récemment fait la une des journaux, Washington cherche activement à saboter les efforts de Huawei, l’une des entreprises de télécommunications les plus importantes de Chine, pour devenir le leader mondial dans le déploiement des communications sans fil 5G. Ces systèmes sans fil sont importants en partie parce qu’ils transmettront des quantités colossales de données électroniques à des débits beaucoup plus rapides que ce que l’on peut imaginer, ce qui facilitera l’introduction de voitures auto-dirigées, une automatisation généralisée et une application universelle de l’IA.

Huawei Ascend P7 à droite, 2014. (Karlis Dambrans via Flckr)

Deuxième après Apple en tant que fournisseur mondial de smartphones et producteur majeur d’équipements de télécommunications, Huawei a cherché à prendre la tête de la course à l’adaptation 5G dans le monde entier. Craignant que cela puisse donner à la Chine un énorme avantage dans les décennies à venir, l’administration Trump a essayé d’empêcher cette éventualité. Dans ce qui est largement décrit comme une « guerre froide technologique », elle a exercé d’énormes pressions sur ses alliés asiatiques et européens pour qu’ils interdisent à l’entreprise de faire des affaires dans leur pays, alors même qu’elle demandait l’arrestation au Canada de Meng Wanzhou, directeur financier de Huawei, et son extradition aux États-Unis pour avoir incité des banques américaines à aider des entreprises iraniennes (en violation des sanctions imposées par Washington à ce pays). D’autres attaques contre Huawei sont en cours, y compris une éventuelle interdiction de vente de ses produits dans ce pays. De telles mesures sont régulièrement décrites comme visant à renforcer la sécurité des États-Unis et de leurs alliés en empêchant le gouvernement chinois d’utiliser les réseaux de télécommunications de Huawei pour voler des secrets militaires. La vraie raison – à peine déguisée – est simplement d’empêcher la Chine d’atteindre la parité technologique avec les États-Unis.

Cyberguerre

Il y aurait beaucoup à écrire sur ce sujet, si seulement il n’était pas encore caché dans l’ombre du conflit croissant entre les deux pays. Il n’est toutefois pas surprenant de constater que peu d’informations sont disponibles sur la cyberguerre entre les États-Unis et la Chine. Tout ce que l’on peut dire avec certitude, c’est qu’une guerre intense se déroule actuellement entre les deux pays dans le cyberespace. Les responsables américains accusent la Chine de s’engager dans un cyber-assaut à grande échelle sur le pays, impliquant à la fois le cyber-espionnage pur et simple pour obtenir des secrets militaires et d’entreprise et une ingérence politique généralisée. « Ce que les Russes font est peu de choses par rapport à ce que fait la Chine », a déclaré le vice-président Mike Pence en octobre dernier lors d’un discours prononcé à l’Institut Hudson, bien que, typiquement concernant ce sujet, il n’ait pas fourni la moindre preuve à l’appui de ses affirmations.

Ce que ce pays fait pour combattre la Chine dans le cyberespace n’est pas rendu public. Tout ce que l’on sait d’après les informations disponibles, c’est qu’il s’agit d’une guerre à deux camps dans laquelle les États-Unis mènent leurs propres attaques. « Les États-Unis imposeront des conséquences rapides et coûteuses aux gouvernements étrangers, aux criminels et aux autres acteurs qui entreprennent d’importantes cyber-activités malveillantes », a affirmé la Stratégie de sécurité nationale de 2017. La forme que prennent ces « conséquences » n’a pas encore été révélée, mais il ne fait guère de doute que les cyber-guerriers américains ont été actifs dans ce domaine.

Xi et Trump au Grand Hall du Peuple de Pékin, 2017. (Photo Maison Blanche par Andrea Hanks)

Contrainte diplomatique et militaire

Pour compléter le tableau de la guerre en cours entre l’Amérique et la Chine, des pressions féroces s’exercent sur les fronts diplomatique et militaire pour contrecarrer les ambitions géopolitiques de Pékin. Pour faire avancer ces aspirations, le leadership de la Chine s’appuie fortement sur un programme très médiatisé, la Belt and Road Initiative, un plan d’un milliard de dollars pour financer et encourager la construction d’un nouveau vaste réseau routier, ferroviaire, portuaire et par pipeline en Eurasie, au Moyen Orient et en Afrique. En finançant – et, dans de nombreux cas, en construisant – de telles infrastructures, Pékin espère lier les économies d’une multitude de pays lointains et les rapprocher de plus en plus de la sienne, tout en augmentant son influence politique sur le continent eurasiatique et en Afrique. De l’avis des dirigeants de Pékin, du moins en ce qui concerne l’orientation de l’économie future de la planète, son rôle serait similaire à celui du plan Marshall qui a renforcé l’influence des États-Unis en Europe après la Seconde Guerre mondiale.

Et compte tenu de cette possibilité, Washington a commencé à chercher activement à saper la Belt and Road partout où il le pouvait – décourageant les alliés de participer, tout en suscitant un mécontentement dans des pays comme la Malaisie et l’Ouganda face aux énormes dettes qu’ils pourraient avoir contractées envers la Chine et à la manière autoritaire dont les entreprises de ce pays mènent souvent ces projets de construction outremer. (Par exemple, ils font généralement appel à des travailleurs chinois pour faire la plupart du travail, plutôt que d’embaucher et de former des gens du pays.)

« La Chine a recours à des pots-de-vin, à des accords opaques et à l’utilisation stratégique de la dette pour maintenir les États africains captifs des souhaits et des exigences de Pékin », a déclaré le conseiller à la sécurité nationale John Bolton dans un discours prononcé en décembre sur la politique américaine sur ce continent. « Ses investissements sont entachés de corruption et ne répondent pas aux mêmes normes environnementales ou éthiques que les programmes de développement des États-Unis », a-t-il ajouté. Bolton a promis que l’administration Trump offrirait une meilleure alternative pour les pays africains à la recherche de fonds de développement, mais – et c’est un peu toujours la même chose – aucune aide de ce genre ne s’est encore matérialisée.

Outre le retrait diplomatique, l’administration a entrepris une série d’initiatives visant à isoler militairement la Chine et à limiter ses options stratégiques. En Asie du Sud, par exemple, Washington a abandonné sa position passée de maintenir une parité approximative dans ses relations avec l’Inde et le Pakistan. Ces dernières années, elle s’est fortement orientée vers une alliance stratégique avec New Dehli, tentant de l’enrôler pleinement dans les efforts des États-Unis pour contenir la Chine et, vraisemblablement, dans ce processus punissant le Pakistan pour son rôle de plus en plus enthousiaste dans l’Initiative Belt and Road.

Dans le Pacifique occidental, les États-Unis ont intensifié leurs patrouilles navales et conclu de nouveaux accords de base avec les puissances locales, le tout dans le but de confiner les militaires chinois dans des zones proches du continent. En réponse, Beijing a cherché à échapper à l’emprise de la puissance américaine en établissant des bases miniatures sur des îles revendiquées par les Chinois dans la mer de Chine méridionale (ou même en construisant des îles artificielles pour y installer des bases) – des mesures largement condamnées par les faucons à Washington.

Pour démontrer sa colère face à l’effronterie de Beijing dans le Pacifique (autrefois connusous le nom de « lac américain »), la Maison-Blanche a ordonné l’accélération des opérations dites de liberté de navigation (FRONOPs). Les navires de guerre de la marine naviguent régulièrement à portée de tir de ces mêmes bases insulaires, ce qui suggère une volonté américaine d’employer la force militaire pour résister aux futurs mouvements chinois dans la région (et crée également des situations dans lesquelles un faux paspourrait mener à un incident militaire qui pourrait mener… enfin, n’importe où).

Carte approximative du Département de la Défense 2010 de la République populaire de Chine et d’autres revendications régionales.

À Washington, les avertissements concernant l’empiétement militaire de la Chine dans la région atteignent déjà leur paroxysme. Par exemple, l’amiral Philip Davidson, commandant des forces américaines dans le Pacifique, a décrit la situation dans cette région dans un récent témoignage au Congrès : « Bref, la Chine est maintenant capable de contrôler la mer de Chine méridionale quel que soit le scénario, sauf dans le cas d’une guerre avec les États-Unis. »

Une longue guerre d’usure

Ainsi que le suggère l’amiral Davidson, l’un des résultats possibles de la guerre froide en cours avec la Chine pourrait être un conflit armé de type traditionnel. Une telle rencontre, à son tour, pourrait s’intensifier jusqu’au niveau nucléaire, entraînant un anéantissement mutuel. Une guerre qui n’impliquerait que des forces « conventionnelles » serait en soi dévastatrice et entraînerait des souffrances généralisées, sans parler de l’effondrement de l’économie mondiale.

Même si une guerre sans merci n’éclate pas, une guerre géopolitique d’usure à long terme entre les États-Unis et la Chine aura, en fin de compte, des conséquences débilitantes et peut-être catastrophiques pour les deux parties. Prenons l’exemple de la guerre commerciale. Si ce problème n’est pas résolu rapidement et de manière positive, le maintien des droits de douane élevés imposés par les États-Unis sur les importations chinoises freinera gravement la croissance économique chinoise et affaiblira ainsi l’économie mondiale dans son ensemble, ce qui pénalisera tous les pays du monde, y compris celui-ci. Les droits de douane élevés augmenteront également les coûts pour les consommateurs américains et mettront en danger la prospérité et la survie de nombreuses entreprises qui dépendent des matériels et des composants chinois

Cette nouvelle forme de guerre conduira également à ce que les dépenses de défense déjà vertigineuses continueront d’augmenter, détournant les fonds des besoins vitaux comme l’éducation, la santé, l’infrastructure et l’environnement. Entre-temps, les préparatifs d’une future guerre avec la Chine sont déjà devenus la priorité numéro un au Pentagone, évinçant toute autre considération. « Alors que nous nous concentrons sur les opérations en cours », aurait déclaré Patrick Shanahan, secrétaire à la Défense par intérim, à ses cadres supérieurs lors de sa première journée au pouvoir en janvier, « souvenez-vous de la Chine, de la Chine et de la Chine ».

La plus grande victime de ce conflit en cours sera peut-être la planète Terre elle-même et toutes les créatures, y compris les humains, qui l’habitent. En tant que principaux émetteurs de gaz à effet de serre, les États-Unis et la Chine doivent travailler ensemble pour mettre un terme au réchauffement de la planète, faute de quoi nous sommes tous condamnés à un avenir infernal. Avec une guerre en cours, même si elle n’a pas lieu d’être, les chances d’une telle collaboration sont pratiquement nulles. La seule façon de sauver la civilisation est que les États-Unis et la Chine déclarent la paix et se concentrent ensemble sur le salut de l’humanité.

Michael T. Klare, un permanent de TomDispatch, est professeur émérite d’études sur la paix et la sécurité mondiale au Hampshire College et chercheur invité principal à l’Arms Control Association. Son livre le plus récent est « La course pour ce qu’il reste ». Son prochain livre, « All Hell Breaking Loose : Climate Change, Global Chaos, and American National Security », sera publié en 2019. [« L’enfer se déchaîne : changement climatique, chaos mondial et sécurité nationale américaine » NdT]

Source : Consortium News, Michael T. Klare, 19-02-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Les-crises.fr DT | 21 mars 2019 à 5 h 21 min | Étiquettes : ChineUSA | Catégories : GéoPolitique | URL : https://wp.me/p17qr1-X7U
 

Les Etats-Unis perdent la bataille de l’Europe contre la Chine

Non seulement les nouvelles technologies ne signifient pas la fin des emplois mais suivant la manière dont on interviendra par rapport à celles-ci, nous entrerons dans une nouvelle phase industrielle, ce que la CHine a compris et je crois que nous avons tout intérêt à aborder cette question sans subir le frein politique de « l’empire » dépassé. Les Allemands semblent s’en paercevoir (note et traduction de danielle Bleitrach)

Angela Merkel n’a pas aimé ce qu’elle avait été dictée de l’étranger, quel réseau Internet utiliser

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20 mars 2019, 08:18
Photo: JULIAN STRATENSCHULTE / EPA / TASS
Texte: Alexey Nechaev,
Oksana Borisova

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La chancelière allemande Angela Merkel s’est de nouveau prononcée ouvertement contre le président américain Donald Trump, cette fois-ci dans un différend sur Huawei. Elle a promis de continuer à faire affaire avec cette société chinoise, contrairement à l’interdiction américaine. Les Chinois proposent de couvrir l’Allemagne de manière rapide, efficace et économique avec des réseaux 5G, grâce auxquels non seulement des « maisons intelligentes », mais aussi des « villes intelligentes » entières peuvent apparaître dans le pays.

« Nous ne devons pas être naïfs », a déclaré mardi la chancelière allemande Angela Merkel, évoquant la question de l’accès des entreprises étrangères au marché de la technologie 5G. Elle a également souligné que l’Allemagne ne prévoyait pas de créer d’obstacles artificiels pour les entreprises étrangères.

Répondant à une question liée aux activités de la célèbre société Huawei (« Huawei »), Mme Merkel a déclaré qu’elle n’allait pas exclure le participant uniquement parce qu’il était le représentant d’un autre pays. La chancelière a rappelé les exigences des autorités allemandes en ce qui concerne les  entreprises souhaitant participer à la mise en œuvre des réseaux 5G, indiquant que l’Allemagne agirait en conformité avec eux. Selon elle, Berlin n’a pas l’intention d’abandonner les équipements du fournisseur chinois Huawei. Cependant, comme nous le savons, elle prévoit de prendre d’importantes mesures de sécurité.

Comme l’a noté  TASS , le débat sur l’introduction de la 5G suscite une méfiance des Européens envers la société chinoise Huawei. Après que les États-Unis eurent accusé d’espionnage Huawei, sans présenter aucune preuve, la société était sous la menace de sanctions. Les États ont exigé de tous leurs alliés qu’ils cessent toute activité avec la société chinoise.

Rappelons qu’en Décembre, à la demande des États-Unis au Canada, a été  mis  en garde le  chef de la direction financière Meng Wanzhou, qui est soupçonné de violation des sanctions américaines contre l’ Iran. Et en janvier, soupçonnées d’espionnage, les autorités polonaises ont également arrêté un employé de Huawei.

Dans son pays, l’administration du président Donald Trump envisage de nationaliser les réseaux 5G afin de renforcer leur contrôle et de les protéger de l’influence étrangère. Cela a été révélé par  rapport de l’un des responsables américains qui a été publié. Selon les experts, un tel plan témoigne de la crainte inspirée Chine, car il devient  évident que les États-Unis commençaient à perdre la guerre technologique contre la Chine.

Comme l’a noté précédemment  Gazeta.ru , le géant chinois Huawei est devenu le plus grand fabricant mondial d’équipements de communication. Quant aux géants américains de l’Internet, ils ont déjà été battues sur  toutes les conditions de la création d’un réseau 5G aux États-Unis. En effet, leurs conditions sont plus lentes  et plus coûteuse que le même Huawei. Mais Washington n’est pas gêné par cette situation, il continue de forcer effrontément tous ses alliés à abandonner les services des Chinois et à ne traiter qu’avec les sociétés Internet américaines.

L’analyste politique allemand Alexander Rahr a appelé le différend sur Huawei à propos d’une autre cas, qui montre comment l’Allemagne en particulier et l’Union européenne dans son ensemble ont des difficultés à défendre leurs intérêts de marché aux États-Unis.

«C’est un sujet très épineux. Les Américains mènent une guerre commerciale avec les Chinois et ont déjà prévenu: si les Allemands continuent à travailler davantage avec Huawei, s’ils continuent à ouvrir des entreprises chinoises ayant accès aux marchés européens, les États-Unis pourront reconsidérer la coopération des deux pays dans le domaine du renseignement », a déclaré Rzar au journal.

Selon lui, la pression exercée par les États-Unis sur l’Allemagne augmente à présent. Cela concerne non seulement les activités de Huawei, mais également le projet Nord Stream 2. Mais il est peu probable que l’Allemagne se retire, car elle-même s’intéresse à la participation de son entreprise à la modernisation de la Chine, ainsi qu’à d’autres projets communs.

« A la veille, le ministre allemand de l’Economie a déclaré: » Nous allons coopérer avec la Chine, mais nous allons bien sûr veiller à ce que les entreprises chinoises n’entrent pas trop dans nos fichiers techniques ou opérationnels « , a déclaré Rahr. En passant, de tels arguments ont été entendus il y a 10 ans à propos de la Russie, qui souhaitait participer à l’achat d’actions de sociétés allemandes, a rappelé l’expert.

«Qui finira par gagner dans ce conflit et il est très difficile de dire si un compromis est possible. Washington fait pression sur l’Europe sans accepter le moindre compromis  et ne veut entendre aucune objection », a déclaré Rahr.

«La lutte pour la 5G est une lutte acharnée pour le nouvel ordre technologique. Ce n’est pas simplement une nouvelle vitesse Internet, c’est une industrie fondamentalement différente », a déclaré au journal VIEW Dmitry Abzalov, président du Center for Strategic Communications. – C’est une lutte pour le potentiel industriel, pour une croissance technologique prometteuse. Les Américains tentent de dissocier la Chine de cet avantage concurrentiel, ce qui leur donnera accès à la 5G. Par conséquent, ils ont fait pression sur tous leurs partenaires pour qu’ils abandonnent les équipements Huawei. La lutte sera très sérieuse – et l’Europe sera le principal champ de bataille.  »

«Cependant, les Américains sont à la traîne non seulement par rapport aux Chinois, mais aussi par rapport aux  Coréens. Les Américains n’ont pas de solution clé en main, ils sont simplement en train de la développer  . Deuxièmement, la « clé » américaine sera dans tous les cas plus chère, a expliqué Abzalov.

«La Chine a presque toutes les infrastructures prêtes. Les Chinois eux-mêmes produisent des équipements, développent des infrastructures, ils ont une solution clé en main. Les Américains sont alertés, ils ont compris que: si Huawei n’exerce aucune pression maintenant, dans cinq ans, les réseaux 5G seront entièrement déployés en Europe – et déployés par les Chinois.  » En conséquence, les Américains sont déjà en train de perdre la clé la plus importante: l’accès à la propriété intellectuelle.

“Pour l’Europe, le plus important est d’utiliser de nouveaux réseaux dans l’industrie. Il ne s’agit pas simplement d’un équipement intelligent qui pousse le système d’appareils électroménagers «maison intelligente», «ville intelligente», «état intelligent» et intelligent, mais il s’agit également d’un usage industriel », a expliqué l’expert.

«Les Chinois se développent activement sur le marché européen alors qu’ils ont  fermé le marché américain. Ils des conventions  avec le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France.  Récemment, les alliés de Washington commencent à repousser les exigences américaines de boycotter Huawei. Des représentants du Royaume-Uni ont déjà déclaré que Huawei, même si elle est une entreprise chinoise, doit être retenue pour sa technologie », note Abzalov.

Le degré de rhétorique anti-américaine en Allemagne ces derniers jours est en nette augmentation. Le même jour, mardi, le vice-président de la Chambre basse du Parlement de la République fédérale d’Allemagne, Wolfgang Kubiki, a fait une déclaration fracassante  en déclarant l’ambassadeur Richard Grenella persona non grata. Certes, la raison n’était plus associée aux technologies de l’information. La raison en était que l’ambassadeur auprès des autorités allemandes avait demandé que 2% du PIB soit consacré à la défense.

« Notre tolérance a aussi des limites », s’est rebellé Kubiki, cité par  RIA Novosti . À son avis

« En tant que diplomate américain, vous ne pouvez pas agir comme si vous étiez un haut-commissaire dans les territoires occupés, vous devriez le savoir! »

Il est amusant de constater que Kubiki  représente au Bundestag le Parti libéral démocrate (FDP), qui reflète les intérêts des grandes entreprises, il est souvent entré dans le gouvernement et était considéré en Allemagne comme un sympathisant le plus actif des ps États-Unis.

Selon Alexander Rahr, le différend sur Huawei prouve une fois encore que les États-Unis sont engagés dans la division de l’Europe.

«Ils disent que la question de la Russie  divisait l’Europe. Tuff! L’Amérique écrase l’Europe avec ses déclarations et la Chine, parce que Pékin, à son tour, collabore activement avec les pays de l’Europe de l’Est … Certains de ces pays défendent simplement ouvertement la Chine sur les sites de l’Union européenne, car ils reçoivent beaucoup d’argent des Chinois. Ainsi, au sein de l’Union européenne, certains pays coopèrent activement avec la Chine, et les pays baltes ou la Pologne refusent une telle coopération », a résumé Rahr.

 
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Publié par le mars 20, 2019 dans Chine, Etats-Unis, Europe, INTERNATIONAL

 

La vie (et la mort) ne s’arrêtent pas pour une coupure d’électricité Par Romain Migus 

(publié sur romainmigus.info)

Caracas, Mercredi 13 mars 2019.

 

Le service d’électricité a été rétabli sur l’ensemble du territoire national. Celui de l’eau potable est encore en cours mais de très nombreux endroits ont enfin accès de nouveau au précieux liquide.

Au moment où l’électricité commençait à revenir, les habitants du Venezuela, ainsi que l’opinion publique internationale, ont été soumis à une intense campagne psychologique.

Face aux défaites successives de Trump et de ses serviteurs vénézuéliens, le sabotage de l’industrie électrique a été l’occasion de consolider l’image d’un pays en proie à un désastre humanitaire.

En premier lieu, rappelons que la coupure d’électricité est dû à un arrêt de plusieurs turbines sur plusieurs barrages en même temps. Le mythe de la déficience gouvernemental ne tient pas la route face à une attaque de cette magnitude.

Même si cela est une fake news, attribuer la coupure d’électricité au président Maduro est cependant nécessaire pour le rendre responsable de dizaines (voire de centaines) de morts dans les hôpitaux vénézuéliens faute d’électricité. Précisons encore une fois que les hôpitaux vénézuéliens disposent de groupes électrogènes. En revanche, la mort n’attend pas le rétablissement du courant pour frapper et emmener avec elle celles et ceux qu’elle a déjà frappé de son sceau. Des morts dans les hôpitaux, il y en a eu la semaine avant le sabotage électrique, et il y en aura malheureusement cette semaine et celles qui suivront. Les décès font partie de la vie tragique d’un hôpital, au Venezuela ou ailleurs.

Tout comme la mort, la vie non plus ne s’arrête pas. Les vénézuéliens ont dû faire face au manque d’eau. Des chaines de solidarité se sont crées. A Caracas, le gouvernement a déployé de nombreux camions citernes, et les citoyens ont pris d’assaut les flancs de la montagne Avila, qui entoure la capitale, et d’où coulent de nombreuses sources d’eau potable. Absolument personne n’a été boire ou se baigner dans les eaux ultra-polluées du Guaire, le cours d’eau qui sépare la vallée de Caracas en deux. Dans le cas contraire, nous assisterions ces jours-ci à une épidémie de grande ampleur. Ce n’est pas le cas. Si des eaux usées s’écoulent bien dans le rio Guaire, de nombreux cours d’eau, qui naissent dans les montagnes qui entourent la ville, s’y déversent aussi. C’est cette eau de source que les gens sont venus chercher. Il n’y a pas de doute que ces opérations psychologiques avaient été soigneusement préparées pour tenter de recréer l’image d’un pays vivant une crise humanitaire, et d’un Etat failli qui ne protège plus sa population.

Les médias ont montré des citoyens avec des bidons sur les berges du rio Guaire, sauf que…..

…ils venaient s’approvisionner dans un des nombreux conduits qui acheminent les cours d’eau de la montagne Avila vers le rio Guaire.

En ce qui nous concerne, durant quatre jours, nous avions deux ou trois heures d’électricité, et un accès à l’eau d’une demi heure à l’aube. Un laps de temps suffisant pour remplir absolument tout ce qui ressemblait à un récipient pouvant contenir et retenir ce liquide devenu or, et rechargé tous nos appareils électroniques. Nous avons été privilégiés. De nombreuses zones de Caracas et du pays entier n’ont pas eu la même chance, et sont restés dans le noir et sans eau durant quatre jours.

Mais la vie ne s’arrête pas avec le courant, même si la dynamique change. De nombreux vénézuéliens sont descendus dans la rue afin de trouver un commerce dont le terminal bancaire fonctionnait et faire leurs courses. Les congélateurs ne marchant plus, les produits stockés se décongelant, il n’y avait pas d’autres choix que de cuisiner, chercher le voisin qui dispose d’une cuisine à gaz, partager les victuailles, mutualiser les denrées alimentaires, privilégier les anciens et les enfants. Et peu importe d’ailleurs l’opinion politique des voisins. Dans ce cas de gravité extrême, la solidarité l’emportait sur le reste. Et la vie pouvait suivre son cours, dans une situation extrêmement difficile, et malgré les cris d’orfraie d’une opposition frustrée qui voyait, de nouveau, son plan mis en déroute.

Cela, répétons le jusqu’à ne plus avoir de salive, nous ne l’avons pas inventé : nous l’avons vu et vécu. Oui, nous avons vu des centaines de personnes, le vendredi soir, dehors, aux pieds de leurs immeubles ou de leurs maisons, partager un moment avec les voisins ; à San Agustin ou sur l’Avenue Libertador, sur l’avenue Urdaneta ou dans le centre de la capitale, dans des quartiers populaires ou de petite classe moyenne. Face à l’adversité de la situation, et face à l’ennui qui guète lorsqu’on est seul chez soi sans lumière, la chaleur du collectif est le meilleur des remparts.

Lorsque la lumière est revenue, nous avons enfin pu nous communiquer avec les nôtres:

« J’étais inquiet. Tout va bien ? »

Et les histoires commencent à pleuvoir. Toute sont chargées d’émotions et de cette capacité de résistance qui caractérise le Peuple vénézuélien.

« J’ai fait des puzzles, me dit Paola, cela faisait des années que je n’en avais pas fait ». Même son de cloche chez Tania « j’ai lu des vieux contes avec les enfants, et puis on a fait des jeux de société ». Toutes les histoires nous ramènent à notre propre expérience de ces jours passés, et nous rappelle que nous avions aussi une belle vie avant, sans internet ni les réseaux sociaux.

« Mon père était à l’hôpital public Perez Carreño. Il devait être opéré de l’estomac » nous raconte Charilin avant de poursuivre « et avant que tu me le demandes, non il n’est pas mort pour la coupure d’électricité. Il est convalescent mais il va bien ».

Depuis Barquisimeto, la troisième ville du pays, la tia Salma nous dit en riant « tous les voisins ont ramené un peu d’eau, des légumes ou du poulet, et nous avons fait une grande soupe communautaire pour tous ». Son propos illustre ce que nous avions déjà vu à Caracas. Salma est la seule chaviste de son pâté de maison. Ces témoignages sont peut être la meilleure preuve que la guerre civile, exigée par Guaido et les secteurs extrémistes de l’opposition vénézuélienne, ne prenne pas au sein de la population. C’est aussi une illustration de pourquoi la demande de Guaido de descendre dans la rue et d’organiser des pillages n’a pas été suivi dans les faits. La vie ne s’arrête pas pour une coupure de courant. La vie est comme la végétation qui recouvre des ruines. Elle s’impose à la destruction et à la mort. Et cela, les vénézuéliens viennent de nous le rappeler, encore une fois.

— 

Romain Migus

@romainmigus

www.romainmigus.info

 
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Publié par le mars 13, 2019 dans Amérique latine, Etats-Unis