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Archives de Catégorie: société

Loi travail : La mobilisation s’étend et le ministère du Travail propose une rencontre à la CGT

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Le ministère du Travail aurait contacté la CGT pour lui proposer une rencontre le vendredi 17 juin. | Reuters Le ministère du Travail aurait contacté jeudi la CGT pour lui proposer une rencontre le 17 juin prochain, selon un communiqué adressé aux membres du syndicat et publié sur le blog de la plateforme CGT pétrochimie de Normandie.

Cette demande de rencontre intervient à la veille du lancement de l’Euro de football, alors que la contestation contre la réforme du Code du travail se poursuit. La CGT est à la pointe de ce mouvement. « Après plus de trois mois de mobilisation, la ministre du Travail daigne enfin contacter la première organisation syndicale du pays ; il était temps! », peut-on lire dans ce communiqué diffusé jeudi soir.

Voici en attendant l’état du mouvement…La mobilisation s’étend
Déterminés à gagner le retrait du projet de loi travail et de nouveaux droits les salarié-es jeunes retraités privés d’emploi continuent cette semaine à faire la démonstration que les mobilisations se développent avec force. Les 8 et 9 juin étaient organisées de très nombreuses initiatives, rassemblements, manifestations, grèves, occupations pacifiques, et notamment :
– Des dizaines de milliers de retraité-es dont 5 000 à Paris ont manifesté dans plus de 90 villes de France pour exiger une augmentation de leur pouvoir d’achat à l’appel d’une intersyndicale (CGT, FO, CFTC, CFE CGC, FSU, Solidaires). Ces manifestations ont convergé avec les actions et manifestations des jeunes et des salarié-es contre la loi travail.
Dans tous les départements, des initiatives diverses et massives avec de nombreuses manifestations et notamment :
  • Au Havre 37 000 personnes ont défilé les grèves se poursuivent notamment à la Compagnie Industrielle Maritime et au terminal pétrolier.
  • A la frontière franco-belge, une manifestation a rassemblé 1000 salarié-es des 2 pays
  • En Ile de France, 1000 salarié-es ont bloqué le MIN de Rungis
  • Dans le Tarn des journées parking gratuit et coupure des radars ont été organisées
– Les mouvements de grève continuent à s’étendre avec de nouvelles professions et entreprises :
  • Les portuaires étaient massivement en grève, avec plus de 80% de l’activité arrêtée dans la quasi totalité des ports de France.
  • 6 sites de traitement des ordures et déchets ménagères sont en grève, dont celui de la TIRU (paris 13e) depuis 10 jours ;
  • La mobilisation est massive dans l’énergie avec notamment 200 000 foyers franciliens basculés ce 9 juin en heures creuses, des arrêts de travail dans 5 centrales nucléaires, plusieurs sites bloqués (Porcheville, Romainville, Villeneuve la Garenne…)
  • La grève continue chez les cheminots, les suites du mouvement sont débattues en AG et la signature de la CGT sur le projet d’accord sera décidée par les syndiqués
  • Les intermittent-es continuent à se mobiliser et ont envahi le siège du MEDEF le 8/06
  • La mobilisation s’ancre et s’élargit dans le privé avec des des actions reconductibles dans de nombreuses entreprises du verre (Owen Sillinoy 63, Pochet du Courval 80, Verrerie Brosse 76, l’ensemble des sites de Verralia,…), de l’agroalimentaire (Panzani 13, Volvic 63, William Saurin 02, Brossard 45 où les salariés après avoir investi une réunion avec la direction, sont en grève à 80% depuis mardi…) du commerce (Amazone 3 sites français sur 4, débrayages d’une heure dans les Intermarché), de la sécurité/prévention (SERRIS, ICTS…) Construction (Vinci IDF, SPIE 44)
La Votation dans les lieux de travail et de vie se poursuit : près de 600 votations sont recensés sur le site votationtravail.fr, permettant à toute la population et notamment aux ingénieurs, cadres et techniciens de débattre et donner leur avis sur la loi travail.
La mobilisation porte d’ores et déjà ses fruits, et des avancées ont été arrachées dans de nombreuses entreprises. Derniers en date, ERDF à Noisy le sec où les agents ont gagné des recrutements et augmentations de salaires tout en faisant profiter 820 familles de leur lutte, et les territoriaux de St Etienne et de son agglomération (embauches…).
La répression qui s’accentue est scandaleuse. Des dizaines de salarié-es mobilisés font l’objet de poursuites, un jeune militant de la CGT est même incarcéré depuis 3 semaines à Lille ! Le gouvernement doit retrouver la raison et répondre à la demande de l’intersyndicale qui appelle à des négociations ! La stratégie de passage en force ne fonctionne pas, les salarié-es sont déterminés à gagner :

le 14 juin s’annonce d’ores et déjà massif, et le 23 et 28 juin, nouvelles journées de grève et manifestation, sont prévues par l’intersyndicale.

La CGT appelle les salarié-es à continuer à étendre et amplifier leurs luttes !

Montreuil, le 9 juin 2016
 
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Publié par le juin 10, 2016 dans actualités, société

 

CGT 13 ; Une description colorée d’un mouvement original

A écouter pour avoir le moral, mais aussi pour mieux percevoir une stratégie qui fera date dans l’histoire du mouvement ouvrier qui n’est ni la grève générale, ni même la grève généralisée mais comme dirait le Che « des foyers partout », la répression s’épuise à suivre… comme le dit Olivier Matheu « comme c’est bon d’être le mouvement des essoufflés »… La France qui quand elle s’arrête, elle leur coûte de l’argent… » Ode aux producteurs et description d’une stratégie qui déconcerte le gouvernement et le patronat… Comme une épidémie, des secteurs qui tiennent tandis que d’autres se préparent… Mais il faut aller partout, soutenir les grèves, en voir naître d’autres… Comme Olivier nous l’annonçait dans son discours ce matin à l’aube : Opération blocage en cours penne mirabeaux la gavotte en complément du blocage de l’incinérateur de Fos sur Mer bouche du Rhône les camions était détournés ici …

Photo de Pascal Bianco.

Les manifestations risquaient effectivement l’épuisement, à partir de la multiplication des foyers, elles gagnent en force jusqu’à celle du 14 juin, ce sont des lieux de rassemblement et d’échange sur l’état des grèves, on a du mal à toutes les connaître, elles se multiplient… mais écoutez plutôt… ce matin toujours à 4 heures, nos infatigables étaient dans le soleil qui se levait à proximité d’un centre de tri et chantaient une chanson inventée par les grévistes… 

A propos j’espère les amis du nord que vous appréciez notre beau soleil marseillais? Et comme la grève, cela ne date pas de hier. Ici, parce que je ne sais pas si vous vous souvenez mais cette nouvelle phase de la lutte a débuté quand la police a chargé contre les grévistes à Fos, une vague d’indignation a secoué le pays et « les producteurs », comme dit Olivier se sont mis en marche dans tous les coins de France… Ils continuent à se répondre… Et nous tous sommes avec eux, de la manière dont nous pouvons le faire, explications, tracts… collecte financière… et préparation de la grande journée du 14… .

 
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Publié par le juin 10, 2016 dans actualités, société

 

La courte réflexion du jour: la chance que présente ce mouvement en France

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Quand est-ce que nous allons voir que le mouvement social qui déferle en France est peut-être la chance pour notre pays de refuser une vague d’extrême-droite, le bellicisme, les haines racistes, qui sont la roue de secours d’un capitalisme en crise? Ce capitalisme qui toujours dira  l’éternel « plutôt Hitler que le Front populaire ».  Ce qu’on appelle « populisme de droite » alors qu’il n’est que fascisme au service du capital déferle sur l’Europe mais aussi sur le monde…  Face à une droite et une « gauche », qui soutiennent le non moins éternel discours patronal de 1936 à 1968 en passant par 1848: « Vous nous ruinez par vos exigences inconsidérées »… Une droite et une gauche social-démocrate qui organisent la répression et un état d’urgence dans lequel vient se couler l’extrême-droite… …

Il y a là un coup de génie de notre peuple qui balaye les miasmes et pose de vraies exigences… Le terrible par rapport à cette exigence c’est l’absence de solution politique à la hauteur… La bande de nains et de pitres qui s’affrontent au nom de leurs intérêts personnels, la présidentielle poussant jusqu’à la caricature la tendance, une constitution qui a été créée pour en finir avec les communistes et qui n’est plus capable de jouer la légalité minimale d’une démocratie bourgeoise, plus de négociations, plus de soupape de sécurité à la lutte des classes en économie comme en palitique. …

La perspective politique doit-elle accentuer la caricature du grand leader bien aimé, du bouffon et du pseudo homme fort, de la politique téléréalité ou doit-elle construire une force collective avec un programme de rupture ?

C’est en ces termes peut-être qu’il faut prendre conscience de la nature de ce qui nous menace et du répit que nous accorde ce mouvement qu’il faut soutenir de toutes ses forces.

Danielle Bleitrach

 
 

Vous pensez que les gens vont supporter ça encore longtemps,  je suis bien certain que non!

Discours du député communiste Riabov à la session plénière de la Douma d’Etat le 7 juin 2016

https://kprf.ru/dep/gosduma/activities/155952.html

 

– Chers députés de la Douma d’Etat!

Voilà que se termine la Session de printemps de la 6e Douma, et avec elle se terminent aussi presque cinq années de travail des députés.

Comme d’habitude dans la vie d’un pays ou d’un individu: pour se développer davantage, et non pas stagner dans la misère, il est nécessaire d’évaluer ces années, de tirer des conclusions, voir si tout a été fait correctement ou si des erreurs ont été commises afin de les corriger et de progresser, mais sur une voie plus juste.

Si l’on regarde la dernière décennie, sous la direction du pouvoir oligarchique-bourgeois et de son exécuteur politique le parti «Russie unie», on aboutit à ce constat : tout ce que votre parti et le gouvernement a fait au cours des dix dernières années, a été fait en dépit du bon sens, au détriment de la Russie et de son peuple. On peut chercher autant qu’on veut des justifications à cette activité médiocre, mais le critère de vérité est la vie réelle des gens.

Que vous ne connaissiez pas les enseignements de Marx sur le communisme, ce n’est pas encore si grave. Vous ne connaissez même pas les rudiments du capitalisme.

Réfléchissez seulement! Vous avez créé d’excellentes conditions pour une armée de banquiers suceurs de sang, de commerçants, de spéculateurs de tous bords, de «cols blancs», des gestionnaires dont on ignore quels avantages ils procurent à la société et au pays, mais aucunes conditions pour le producteur, en particulier dans l’agriculture. Vous avez presque détruit la campagne, qui à la limite de la survie s’éteint peu à peu depuis toutes ces années.

A ce sujet, voici quelques statistiques. Si en 2015 dans la région de Nijny Novgorod le nombre de bovins a diminué de 5.000 têtes, au premier trimestre de 2016 il a diminué déjà de 6.000. Voilà pour la substitution des importations des produits laitiers dont on nous fait chaque jour la propagande. Dans ce domaine on constate de plus en plus vu la tendance pernicieuse à remplacer les produits naturels (comme d’ailleurs dans l’industrie de la viande) par des composants en poudre et de l’huile de palme. Et en fait, personne ne se pose la question de comment on nourrit notre peuple, et quelles sont les conséquences d’un tel « nourrissage ».

 

Vous avez réduit la campagne à un tel état que les habitants des villages ont cessé d’élever du bétail, de planter des pommes de terre, les champs sont envahis par les mauvaises herbes et la forêt, et les jeunes, sans plus de soucis pour leur terre natale, se réfugient dans les grandes villes à la recherche d’un meilleur sort. Pourquoi? Eh bien, parce qu’il n’y a pas de routes, pas d’emplois, pas de distractions, les clubs et les palais de la culture sont détruits ou dans un état si déplorable qu’aucun jeune ne restera au village, alors qu’en ville, comme ils disent, «c’est plus civilisé. » Donc, ils ont fui à Moscou, Léningrad et d’autres villes où sont les emplois et la «civilisation». Dans votre course au profit vous avez élargi de manière folle les frontières de Moscou et faites entrer en Russie tous les parasites qui ne souhaitent pas vivre et travailler dans leur pays.

Un jeune homme, en parlant de la situation actuelle, a commenté: « Je préfère aller à Moscou chercher du saucisson que du travail ».

L’ancien ministre des Finances, Alexeï Koudrine, et maintenant conseiller économique du président Poutine, parlant en mars 2016 à des journalistes après une rencontre avec les élèves de l’école №17 d’Archangelsk a déclaré:  » En Russie, on ne manque pas d’argent. Il y en a assez non seulement pour les réserves monétaires, mais aussi pour construire des routes et des ponts, pour mener à bien les Jeux Olympiques et les championnats du monde. »

Oui, eux, les oligarques, y compris M. Koudrine ont assez d’argent, ils vont très bien, merci. Seulement le peuple, lui,  n’a pas de routes ni de gaz, pas d’éclairage dans les rues et quantité d’autres problèmes non résolus, mais c’est à lui que l’on prend son dernier sou pour les réparations majeures, l’eau et l’assainissement, tandis que la qualité du service est très mauvaise.

Par ailleurs, dans la région de Nijni Novgorod, non seulement de nombreuses villes et villages n’ont pas de traitement des eaux usées ni même d’eau potable. Sans parler des canalisations. De nombreux puits ont été détruits. Les étangs et les lacs sont envasés ou transformés en marais, et de nombreuses digues ont disparu, et le village est divisé, et il n’y a aucune possibilité de traverser la rivière ou le ravin. C’est ainsi, sans canalisations et sans assainissement de l’eau que vivent les habitants de Navashino, dans la région de Nijni Novgorod. D’ailleurs, sans aller jusqu’à Navashino, dans l’agglomération même de Nijny Novgorod, il n’y a pas l’eau partout. Par exemple, les villages Strigino, Gnilitsy, Gavrilovka, qui font partie du district Avtozavodsky, n’ont pas l’approvisionnement central en eau ni l’assainissement. Ils tirent l’eau des puits et les eaux usées sont déversées dans des fosses septiques, près des puits.

Et cette publicité idiote à la télévision, « Gazprom – richesse nationale. » Si la propriété appartient au «peuple», alors pourquoi la moitié de la région n’est-elle pas raccordée au gaz? Pourquoi les villageois de Mukhtolovo vivant dans la rue Zavodskoï, avec leur argent durement gagné ont dû faire installer eux-mêmes des tuyaux le long de cette rue, mais près d’un an ne peuvent pas obtenir la fourniture du gaz chez eux, bien que tout le travail ait été effectué? Tout cela c’est le fruit de votre économie prédatrice,économie de marché et de voleurs, qui méprise les gens!

En mai de cette année Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a adressé au président une résolution pointant l’inefficacité du gouvernement. C’est vrai, Dmitri Anatolyevich, il n’y a aucune efficacité, et il n’y en aura pas! Est-il possible d’être un gestionnaire efficace, je ne parle pas de l’éducation, des connaissances, de l’expérience de vos ministres, ceci est une autre question.

Comment vous gérez la production industrielle dans le pays? Vous avez une immense administration – le ministère de l’Industrie et du Commerce, dirigé par M. Denis Valentinovich Manturov. Il dirige seul un tel secteur que même Kozma Proutkov [sorte de La Palisse russe] n’oserait prononcer cette phrase «Il est impossible d’embrasser l’immensité! » Apparemment pour vous c’est possible.

Dmitri Anatolyevich et vous messieurs de « Russie unie », pour vous aider à comprendre: ce secteur de l’économie à l’époque soviétique était composé d’une douzaine de ministères, dirigés par des ministres très expérimentés, qui ont commencé en règle générale à partir de zéro, comme ouvriers sur les lieux de production. Il y avait : l’industrie de l’aviation, la construction navale, les machines-outils, l’automobile, etc., et, bien sûr, un puissant ministère distinct du Commerce. Et prenez par exemple le ministère de la moyenne industrie de machines-outils, qui employait des centaines d’entreprises du complexe militaro-industriel, c’était presque un pays à soi tout seul. Et aujourd’hui, comme nous le voyons, tout est dans le même « flacon ».

Oui, messieurs les bourgeois, il n’y a pas que l’agriculture que vous avez menée dans une impasse.

Vous avez presque ruiné aussi la production industrielle, qui crée la richesse du pays.

Exemple: l’aviation civile. De nombreuses compagnies aériennes ont opté pour des modèles étrangers. Cela signifie que notre pays développe l’industrie de l’aviation aux États-Unis, en Europe et d’autres pays, étouffant la nôtre. Et ne me rétorquez pas que nous avons commencé à fabriquer et à livrer le Super Jet-100. C’est parfait, si nous avons commencé à produire quelque chose nous-mêmes. Néanmoins, le ministre Manturov, répondant à la question de savoir pourquoi 50% de cet avion comprend des composants produits en Occident, a déclaré: «Nous n’aurions pas reçu le certificat international, si nous n’avions pas pris cette décision ».

Pourquoi, à l’époque soviétique, ces problèmes étaient résolus sans chantage, et maintenant ce sont de pseudo-partenaires occidentaux qui nous dictent leurs conditions. La réponse est évidente: une direction, une ligne politique correcte et, en conséquence, un pays fort, qui était craint, respecté, et qui dictait lui-même les conditions.

Mais revenons à ces avions Super Jet-100, leur commercialisation dans les compagnies d’aviation, même dans l’ancien espace soviétique n’est pas gagnée. En effet, le Conseil économique eurasien a décidé de supprimer les droits de douane sur les importations d’avions de passagers dans sa catégorie.

Comment s’organise la production de biens et de produits dans d’autres branches de la production industrielle, on peut le voir sur les biens de consommation, qui sont en majeure partie achetés à l’étranger. Et si une chose est produite à l’intérieur du pays, elle peut être considérée souvent comme étrangère, mais avec l’inscription « Made in Russia ». Je vous explique. Cela arrive lorsque le produit est assemblé dans notre pays avec des composants, des assemblages et des matériaux produits dans d’autres pays. Et le plus insidieux, même cette production en général ne nous appartient pas. Et en exploitant le travail de nos travailleurs, les profits, bien sûr, vont à l’étranger.

Et c’est la même chose pour chaque secteur de l’industrie. Et pas seulement l’industrie, vous réussissez même à acheter l’or au prix du marché à des entreprises privées à la place des mines nationalisées.

Avec cette organisation de l’industrie et de l’économie nationale, ni le pays, ni les gens ne vivront jamais bien.

Au lieu d’une organisation claire de la production industrielle et agricole, vous n’avez rien trouvé de plus intelligent pour gagner de l’argent que d’imposer des prélèvements supplémentaires à des gens qui sont déjà dans la précarité. Vous inventez des nouveaux impôts supplémentaires, des taxes d’accise, relevez l’âge de la retraite, supprimez l’indexation des pensions et des salaires, réduisez les dépenses de l’état pour la santé, cessez pratiquement de financer l’entretien et la réparation des écoles, des maisons de la culture, etc. Le niveau de vie n’augmente pas, mais les impôts et taxes suivent le chemin inverse.

La médecine. Vous l’avez mise dans un tel état que quand un patient vient voir un médecin pour un examen ou une intervention chirurgicale, il se voit répondre : «Ce n’est pas compris dans votre forfait d’assurance, vous devez payer. » Et si le patient n’a pas d’argent, comme c’est le cas dans notre pays pour la grande majorité, on lui dit : «Prenez un crédit, on vous soignera. » «Docteur, comment rembourserai-je le crédit, je n’ai rien?» «Vous n’aurez pas besoin de le rembourser. » Mais ce n’est pas drôle, c’est une tragédie!

J’aborderai encore un problème parmi des milliers : c’est l’incurie des autorités. Je ne peux m’empêcher d’être en colère en lisant les réponses idiotes des fonctionnaires aux demandes élémentaires de réparer un pont dans un village ou refaire une route qui s’est effondrée. La réponse du gouvernement régional est généralement une fin de non-recevoir : « Le pont et la route sont du ressort de la municipalité. Contactez-les » Mais le fait que la municipalité n’ait pas d’argent, et que la question des subventions soit résolue par les mêmes fonctionnaires qui se renvoient les responsabilités, personne ne s’en soucie. Alors, à quoi servent tous ces fonctionnaires de l’Etat, incapables de vraiment résoudre les problèmes de la population, mais capables seulement de « pondre » de tels courriers. Oui, à quoi sont-ils bons, je vous le demande?

 

Vous avez conduit la machine d’état à l’absurde. Vous rendez-vous compte que les gens n’ont nulle part où aller? Ils ne trouvent nulle part soutien ou assistance ni à l’administration du district, ni dans les organismes régionaux ou fédéraux, et même devant les tribunaux.

Quelle conclusion tirer de cette brève analyse? Eh bien, messieurs, vous devez vous retirer et permettre de former un gouvernement prolétarien-patriotique où le Parti communiste de la Fédération de Russie aura la responsabilité de diriger ce gouvernement pour résoudre les problèmes et améliorer la vie des gens dans les cinq prochaines années.

Et bien non, vous ne voulez pas. Vous êtes au service, comme toujours des intérêts de la bourgeoisie, des gardes loyaux de la richesse volée au peuple.

Pendant ce temps, la tragédie s’étend sur le pays comme de lourds nuages de pluie, d’abord imperceptiblement, puis viendront la foudre et le tonnerre.

Et, malgré les recommandations du président Poutine de mener une campagne électorale franche et honnête, vous avez continué vos simagrées. Les primaires de « Russie unie » le 22 mai ont été préparées depuis janvier à entraîner les gens de force dans votre tripatouillage interne? Quelle frayeur continue de vous pousser à hurler avec tous les médias que les communistes sont des vauriens, il n’y a que nous, « Russie unie » qui sommes des vrais russes [mot-à-mot, des ours, symbole de la Russie]? Quelle frayeur vous a fait dépenser des millions en publicité pour ce spectacle inutile?

Et ce que font vos protégés sur le terrain, les cheveux se dressent sur la tête. Ils sont persuadés, comme les grands oligarques, que tout autour d’eux leur appartient. Et dans ce cas, tous les moyens sont bons pour garder le pouvoir dans leurs mains.

En bref, Marx et Lénine avaient raison de dire : la bourgeoisie ne cède pas volontairement le pouvoir, il faut le lui prendre.

Voilà, messieurs les bourgeois et vous de « Russie unie », vous conduisez le pays à l’effusion de sang. Tôt ou tard, le peuple se soulèvera contre le pouvoir des exploiteurs, et il sera, comme dans toute rébellion, – impitoyable.

Je ne cherche pas à vous effrayer, loin de moi cette pensée. Je vous explique, si vous voulez que les gens aient confiance dans le gouvernement et le soutiennent, il faut leur parler sur un pied d’égalité, mais vous ne les considérez pas comme des gens. Vous les jetez, les humiliez, les contraignez, les menacez, les exploitez, et quand vous avez besoin de leurs voix, vous les soudoyez pour »30 pièces d’argent », et vous moquez en plus de leur désespoir.

« Russie unie » fait tout pour que le peuple reste abattu, reste toujours dépendant de l’employeur, reçoive un salaire de misère pour un dur labeur, paye toutes sortes de «contributions», et n’ose pas exprimer son mécontentement.

 

Je terminerai mon discours avec les mots de votre patron Dmitri Medvedev: « Nous ne sommes pas encore habitués au fait que les politiciens se comportent comme pendant les primaires aux États-Unis. Si nous réalisions tout dans ce style, alors les gens diraient, ce sont des pantins, nous ne les croyons pas, c’est un spectacle … En fait c’est un peu la réalité…  »

Je dirais, Dmitri Anatolievich, pas qu’un peu, ce sont de vrais « pantins ».

Puis Medvedev a poursuivi: «Notre style de primaires devrait être différent – une discussion spécifique sur les problèmes existants et les moyens de les résoudre. Tout cela devra être perfectionné à l’avenir lors des primaires. Je suis sûr que nous réussirons « .

C’est à quoi nous assistons depuis cinq mois, comment améliorer les techniques pour voler des voix, et ne pas laisser « les bonnes places » aux autres, au lieu d’organiser le travail pour améliorer la vie de nos citoyens.

Vous pensez que les gens vont supporter ça encore longtemps cela,  je suis bien certain que non! Ressaisissez-vous !

 

SNJ (Syndicat des journalistes) – Violences policières : il faut que ça cesse !

 Security forces clash with demonstrators during a protest called by seven labour unions and students against the labour and employment law reform on May 26, 2016 in Bordeaux, southwest France

SNJ – 33 rue du Louvre – Paris 75002 – 01 42 36 84 23 – snj@snj.fr – Horaires


COMMUNIQUÉS DE PRESSE

Violences policières : il faut que ça cesse !

Tirs tendus de grenades lacrymogènes en direction des caméras et objectifs d’appareils photos, charges de policiers et coups de matraques, les images sont toujours les mêmes, largement relayées sur les réseaux sociaux, et les témoignages se multiplient. Il est désormais clair que les journalistes sont devenus des cibles privilégiées, pour une partie importante des forces de l’ordre, coupables depuis début mars de nombreuses exactions, dans le cadre des manifestations contre la loi Travail.Provocations verbales, bousculades, coups de matraques, grenades de désencerclement lancées à hauteur de torse, on ne compte plus les incidents relayés par les consoeurs et confrères qui couvrent les manifestations, visés parce qu’ils sont susceptibles de témoigner du comportement des représentants de la force publique, dans ce qui ressemble à une répression du mouvement social. D’une manière générale, ces violences policières ne font que légitimer la violence des casseurs, et dans cette escalade, le port du brassard presse, permettant de se signaler comme journaliste, est devenu un risque supplémentaire de prendre un coup de matraque, ou d’être visé par un tir tendu de projectile.

Le jeudi 26 mai, un photographe a été plongé dans le coma après avoir été touché par une grenade de désencerclement, en fin de manifestation, à proximité du Cours de Vincennes à Paris. Une enquête est ouverte, le défenseur des droits a été saisi.

Ce jeudi 2 juin encore, en marge de la manifestation à Rennes, et alors qu’il n’y avait pas de contexte menaçant, plusieurs journalistes, notamment de France 3 et de M6, ont été agressés par des représentants des forces de l’ordre : appareils photos ou caméras endommagés, confrères molestés, coups de matraque et même coups de pieds !

En aucun cas, l’Etat d’urgence ne saurait justifier de tels agissements qui ternissent l’image de la France. Ce jour, la fédération européenne (FEJ) et la Fédération internationale des journalistes (FIJ), qui sera réunie toute la semaine à Angers, dans le cadre de son 29e congrès mondial, ont alerté le Conseil de l’Europe sur ces faits.

Le Syndicat National des Journalistes (SNJ) et le Syndicat National des Journalistes CGT (SNJ-CGT) dénoncent ces agissements indignes d’une démocratie et d’un Etat de droit, et exigent des explications :

– quelles sont les consignes données aux forces de l’ordre ?

– quelles sont les suites données aux plaintes déposées, face aux trop nombreuses preuves qui s’accumulent depuis plusieurs semaines de dérapages systématiques contre la presse ?

Les syndicats français de journalistes condamnent fermement ces atteintes d’Etat à la liberté d’informer, se tiennent à la disposition de la profession pour centraliser les témoignages, et se porter en justice aux côtés des confrères concernés s’ils le souhaitent. Ils demandent à être reçus dans les plus brefs délais par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

Téléchargez le tract intersyndical, pour AFFICHAGE et DIFFUSION.

Sur le même sujet, lisez le communiqué du Club de la Presse de Rennes et de Bretagne.

Paris, le 03 Juin 2016

 

Dirigeants communistes : quelle culture syndicale ?

Le 37ème congrès du PCF se déroule en pleine mobilisation contre la loi Travail, portée notamment par la CGT. L’occasion de revenir avec Julian Mischi, sociologue et auteur de l’ouvrage Le Communisme désarmé(Agone, 2014), sur l’évolution du rapport des dirigeants communistes avec l’action syndicale et la CGT. Si les deux organisations sont couramment associées, le lien entre les responsables communistes et le mouvement syndical s’est délité depuis les années 1980, en même temps que les stratégies patronales ont réduit les contre-pouvoirs dans les entreprises et que le PCF a perdu une bonne part de son ancrage dans les milieux populaires. 

La puissance passée du PCF est indissociable du lien que ses militants avaient tissé avec les milieux ouvriers et syndicaux. Ce parti s’appuyait sur des réseaux syndicaux étoffés et valorisait l’action de ses adhérents sur leur lieu de travail. Avec les mairies et les organisations de masse, le mouvement syndical constituait l’un des trois piliers de la présence du PCF dans la France populaire. La CGT, tout particulièrement, assurait à ses militants un contact direct avec les réalités quotidiennes des salariés. Souvent, les ouvriers s’engageaient d’abord au syndicat avant de chercher un débouché politique en rejoignant « le parti », à l’occasion notamment des campagnes électorales. Les luttes municipales prenaient la forme explicite d’une lutte de classe à l’échelon local avec, d’un côté, des listes menées par des ouvriers syndiqués, parfois associés à des enseignants et, de l’autre, les membres de l’encadrement des entreprises, alliés avec les commerçants et professions libérales. Mineurs, métallos, cheminots, postiers, travailleurs du bâtiment, gaziers et électriciens…, les syndicalistes ont fait la force du PCF et de son ancrage dans les milieux populaires.

intervention de Pierre Laurent

Conflits sociaux en terre communiste

La fragilisation du mouvement ouvrier, sur fond de crise des grands bassins industriels, remet en cause ce modèle. Non seulement le PCF perd en influence depuis la fin des années 1970 mais ses différents réseaux tendent à s’autonomiser. Les élus s’investissent prioritairement dans leurs mandats, tandis que certains militants vont privilégier l’engagement associatif (au Secours Populaire ou chez les locataires par exemple) alors que d’autres, chez les intellectuels notamment, se retrouvent plutôt dans les réseaux d’ATTAC ou du Monde Diplomatique. De leurs côtés, nombre de militants ouvriers se replient sur leur entreprise où les conditions de la lutte se dégradent fortement. Fragilisé, le PCF assure de moins en moins un rôle idéologique de coordination des engagements, il perd sa position centrale dans l’univers de la « gauche de gauche ».

Dans ce contexte d’éclatement des écosystèmes communistes locaux, l’univers du parti se distancie progressivement de celui du syndicat. Alors que les militants des entreprises valorisent l’action au sein du syndicat, les responsables du PCF travaillent surtout à maintenir leur influence dans les collectives locales. Les mandats d’élus locaux permettent en effet de maintenir l’audience du PCF, qui s’effondre au plan national, et d’assurer des ressources financières à ses responsables.

Drapeau PCF Marteau Faucille

Cette dissociation entre le syndicat et le parti ne se fait pas sans heurts dans les terres d’influence communiste comme l’illustre l’émergence au cours des années 1980 de luttes « catégorielles » dans des municipalités gérées par le PCF. De façon inédite, des conflits sociaux secouent des mairies communistes de la région parisienne et des grandes agglomérations, allant jusqu’au déclenchement de mouvements de grève par les employés municipaux CGT. Ceux-ci s’opposent à d’autres camarades, élus et cadres territoriaux, qui sont à la tête des mairies communistes.

Ces rivalités entre syndicalistes et élus illustrent le processus de désouvriérisation du PCF et de ses équipes municipales. Ouvriers, employés et techniciens des services municipaux critiquent chefs de service et cadres administratifs, qui disposent d’un pouvoir grandissant non seulement dans les mairies mais aussi au sein du parti, où les cadres de la fonction publique territoriale occupent désormais une place centrale. Les réseaux du PCF se restructurent autour de professionnels de la gestion publique locale avec une présence accrue de collaborateurs d’élus, directeurs de cabinet, cadres technico-administratifs, chargés de mission, etc. En revanche la CGT de la fonction publique reste surtout organisée au sein des franges populaires des agents des collectivités, qui, à l’image des catégories C, sont de loin les plus nombreuses.

Des dirigeants de moins en moins issus du syndicalisme

A partir des années 1980, des responsables issus du monde des collectivités territoriales remplacent à la tête des fédérations départementales du PCF les permanents d’origine ouvrière, formés dans les écoles du parti et de la CGT. Ces nouveaux dirigeants n’ont pas été éveillés à la politique par les combats syndicaux alors que c’est au sein du militantisme en entreprise que l’itinéraire des anciennes générations militantes prenait souvent sa source.

Concernant la direction nationale, rappelons que Georges Marchais, ajusteur de métier, milite d’abord à la CGT avant de rejoindre le PCF. Permanent syndical, il est responsable de l’Union des syndicats de travailleurs de la métallurgie de la Seine puis prend des responsabilités au PCF qu’il dirige de 1972 à 1994. Le parcours de ses successeurs est, en revanche, étroitement associé à l’univers des collectivités locales. Robert Hue, infirmier de profession, ne devient pas permanent par le syndicat mais par l’obtention d’un poste de collaborateur parlementaire puis par la conquête de mandats électoraux. Maire, conseiller général et régional, il préside l’association nationale des élus communistes et républicains lorsqu’il devient secrétaire général du PCF en 1994. Quant à Marie-George Buffet, élue secrétaire nationale du PCF en 2001, elle a d’abord travaillé dans la municipalité communiste de Plessis-Robinson avant d’être élu adjointe au maire de Châtenay-Malabry puis conseillère régionale.

Le passage dans les collectivités locales gérées par le PCF en tant qu’élu ou collaborateur devient prépondérant pour les nouveaux dirigeants du parti, qui ont peu de culture syndicale. Du moins pas la culture syndicale du monde salarié, car plusieurs sont passés par le syndicalisme étudiant, à l’image de Marie-George Buffet, licenciée en histoire-géographie et dirigeante de l’UNEF. Pierre Laurent, qui lui a succédé à la tête du parti en 2010, a auparavant animé l’Union des étudiants communistes avant de devenir directeur de la rédaction de l’Humanité après avoir obtenu un maîtrise de sciences économiques à la Sorbonne.

Un lien distendu avec le mouvement syndical

En alimentant les réseaux communistes en cadres ouvriers, la CGT avait assuré au PCF un lien privilégié avec les milieux populaires. Or la nouvelle génération de dirigeants communistes a peu d’expérience ouvrière ou syndicale. Dans les fédérations, les responsables du PCF sont davantage insérés dans le monde politique local administratif que dans l’espace des mobilisations militantes. Souvent cadres des collectivités locales, leurs profils traduisent la professionnalisation de l’administration communale, qui peut d’ailleurs les mettre en porte-à-faux avec des agents communaux s’efforçant de maintenir une activité syndicale sur leur lieu de travail. Ces derniers doivent pour cela lutter contre la diffusion des principes du management public et d’une conception dépolitisée de l’action municipale que certains élus communistes peuvent reprendre à leur compte.

La désignation de trois nouveaux responsables départementaux durant l’automne 2014 illustre bien ce changement de profils des dirigeants communistes locaux. Outre un enseignant de trente-cinq ans qui prend la responsabilité du PCF dans le Gard, c’est un chargé de mission et collaborateur d’élu de trente-trois ans qui a été promu à la tête de la fédération du Rhône tandis que la puissante fédération de Seine-Saint-Denis est dirigée depuis octobre par une cadre de la fonction publique territoriale. Les syndicalistes – ouvriers, employés, techniciens, ingénieurs tout particulièrement – se font plus rares dans les rangs des responsables communistes même si on les retrouve toujours en nombre au sein de la base militante. Le PCF recrute de moins en moins ses animateurs parmi les cheminots, agents de service des collectivités, métallos, salariés de la chimie et de l’agroalimentaire, postiers, des milieux où les forces syndicales restent pourtant encore relativement structurées.

Sans parler du projet politique en lui-même, il est vrai que les militants de la CGT peuvent se sentir mal à l’aise dans un parti qui est devenu une organisation très décentralisée sans grande cohérence nationale. Depuis les années 2000, les alliances électorales (avec ou sans le PS par exemple) sont à géométrie variable, selon les élections mais aussi selon les lieux. Elles dépendent des rapports de force interne dans les fédérations et du poids des élus locaux. Ce mode d’organisation donne du poids aux individualités locales et peut opérer comme un frein à l’engagement de militants attachés à une culture organisationnelle valorisant la force du groupe et la discipline collective.

Une prise de distance réciproque

La prise de distance entre le PCF et la CGT est un mouvement réciproque, qui a été favorisé par la stratégie de la confédération : celle-ci prend ses distances avec son principal allié politique dans les années 1990 afin d’éviter de sombrer avec lui[1]. A cette époque, les dirigeants des deux organisations ont voulu marquer leur autonomie respective dans un contexte de crise du mouvement communiste international. Du côté de la CGT, l’accent est mis sur l’investissement du secteur des relations professionnelles. Dans cette optique, les syndicats n’ont pas à porter un projet politique, mais à être des acteurs de la démocratisation de l’action publique[2]. La dépolitisation, que l’on observe chez certains élus-techniciens, se retrouve en quelques sortes dans le discours des dirigeants syndicaux qui autolimitent la portée de leur champ d’action.

Or le syndicalisme et la résistance au néo-libéralisme s’avèrent fragiles sans levier politique. Le découragement face à l’absence de perspective politique apparaît même comme un frein à l’engagement syndical alors que l’espoir d’un changement des rapports de force politiques est un ressort à la mobilisation syndicale, comme l’ont illustré les conflits des « années 1968 » qui étaient associés à la forte politisation des combats sociaux. Plus récemment, la dynamique du Front de Gauche, à l’occasion surtout des élections présidentielles de 2012, a remobilisé des militants syndicaux, présents de façon inédite sur la scène politique dans le cadre notamment du Front des luttes. L’expérience ne semble cependant pas s’être inscrite dans la durée, faute à la fois de volonté politique et de réduction des débats aux seuls enjeux électoraux.

Au sein des mondes communiste et cégétiste, perdure une co-présence amicale que l’on retrouve par exemple dans les pages de l’Humanité. Seul ce quotidien, qui n’est plus officiellement le journal du PCF, relate régulièrement et sérieusement les conflits sociaux et les actions des syndicalistes. La voix des militants de la CGT y occupe une place de choix. Mais ces pages « sociales » cohabitent avec les pages « politiques » sans toujours dialoguer : leurs protagonistes semblent appartenir à des univers sociaux différenciés.

Julian Mischi

 


 

Pour poursuivre sur ce sujet, lire Le Communisme désarmé. Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970, Agone, 2014.

[1] Leïla de Comarmond, Les vingt ans qui ont changé la CGT, Denoël, 2013.

[2] Sophie Béroud, « Le Mouvement syndical au miroir des élections de 2007. Les redéfinitions complexe du rapport au politique », La Pensée, 349, janvier-mars 2007, p. 111-121.

 
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Publié par le juin 5, 2016 dans politique, société

 

Emmanuel Todd : « Si je fais la somme de ce que les socialistes ont fait, le bon concept est violent et doux à la fois : il s’agit du fascisme rose »

Conflits sociaux violents, CGT, Parti socialiste, droite, Front national, Europe, Emmanuel Todd decrypte pour Atlantico le dérèglement politique que traverse la société française.

Entretien

Publié le 1 Juin 2016

Atlantico : François Hollande se rêvait comme un président social-démocrate, pourtant, les rapports sociaux, entre syndicats ont rarement été aussi violents. Entre une CGT jusqu’au-boutiste, ou un Medef qui l’accuse de terrorisme, ou des agressions de policiers par des jeunes. Comment analysez-vous cette conflictualité, cette violence des rapports sociaux en France ?

Emmanuel Todd : Je voudrais vraiment en parler comme chercheur, c’est-à-dire en avertissant que je n’ai pas trouvé la solution et que je suis réellement conscient du fait que l’on a ici un problème d’interprétation de ce qui se passe. On a un sentiment d’évolution systémique, de mutation, de tout ce à quoi vous venez de faire allusion. Mais la mutation générale, la montée de conflictualité, la violence même, ne me pose pas de problème de compréhension. C’est-à-dire qu’il y a longtemps que moi, ou d’autres, ont perçu le blocage du système.

Le Bloc MAZ, constitué des classes moyennes, des personnes âgées, très importantes, et des ex- catholiques, donnaient une sorte de base électorale à une forme de conservatisme politique qui permettait à l’oligarchie supérieure, aux 0.1%, de faire ce qu’ils voulaient. Le résultat est une société bloquée, une belle au bois dormant qui laisse pourrir sa jeunesse. Un système social immobile, qui condamne les jeunes et le monde ouvrier à la destruction sociale. Il est donc normal d’assister à la montée d’une certaine violence.

Ce système de domination va jusqu’à bloquer le système culturel, et va jusqu’à la télévision. Je travaille de chez moi, je passe donc mon temps devant toutes sortes de chaînes, Itéle, Bfm, france2 etc…Et en fait, tout cela, qui est contrôlé par le haut, fabrique l’image d’une France qui n’existe pas pour tout le monde. C’est une France irréelle pour beaucoup de gens et en particulier pour les jeunes. L’image produite par ce système télévisuel est déroutante pour les jeunes des classes moyennes inférieures. Tout ce monde de gens joviaux qui se posent des problèmes d’enneigement des stations de sport d’hiver, ou « Un dîner presque parfait », comme si tout le monde songeait à faire des petites bouffes. C’est un monde un peu crétin, mais qui produit des tas d’images. Et qui est également une source de tensions.

Mais cette situation est-elle spécifique à la France ?

Ce qui est spécifique de la France, c’est son état d’immobilité sociale. Lorsque l’on pense que l’on se dirige vers une présidentielle dans laquelle s’affrontent Hollande, Sarkozy, Le Pen, Mélenchon et que le seul réel changement peut provenir du jeune espoir Alain Juppé, cela ferait hurler de rire dans n’importe quel pays du monde. Pourtant, notre pays est plus jeune que les autres, et le taux de fécondité a baissé à peine pendant la crise, ce qui est un vrai un signe de vitalité. A l’inverse, l’Espagne ou l’Italie sont dans une situation d’implosion démographique. Est-ce que la France est le pays le plus immobilisé d’Europe, ou est-il le seul pays vivant ?

Je regardais BFM dimanche. Je ne fais pas de critique générale de la chaîne, j’aime beaucoup Ruth Elkrief. Je regardais l’interview de Philippe Martinez par Apolline de Malherbe et Edwige Chevrillon. On avait l’impression de voir deux Manuel Valls à l’écran, face à un Martinez dont on se demandait s’il allait perdre son sang-froid. On y a vu également Philippe Doucet, un socialiste. Il y avait un phénomène de retard à l’allumage dans la prise de conscience. Philippe Doucet suggérait, en brandissant des affiches, que le CGT faisait mitrailler les permanences du PS. Il s’agit d’un univers de fous où la violence verbale venait de gens qui se pensent être les défenseurs raisonnables d’un système démocratique. Ils étaient forcés de reconnaître un petit problème au départ ; que le parti socialiste n’avait pas été élu pour casser le code du travail. Mais ce qui est frappant, c’est qu’ils ne voyaient pas l’énormité que cela représente pour la science politique. Parce qu’en fait, nous traversons une rupture systémique. Parmi les instruments du droit constitutionnel, on avait la distinction entre le mandat impératif et le mandat représentatif. Tout le monde est aujourd’hui d’accord sur le fait que seul le mandat représentatif permet un fonctionnement normal des démocraties libérales, avec des citoyens qui votent, qui élisent des représentants qui prennent des décisions librement à l’intérieur des lignes générales préférées par les électeurs. Or, les intervenants ne semblaient pas se rendre compte que le comportement actuel de François Hollande et du PS suggère l »existence d’un troisième mandat ; le mandat « jemenfoutiste« . Ici, l’élection devient parodique, les électeurs votent, mais il est entendu dans l’esprit du grand parti politique de gauche que ce que dit l’électeur n’a aucune importance, et qu’il a donc le droit de faire exactement le contraire. Ce qui est tolérable à droite, comme Jacques Chirac en 1995, mais avec Hollande, c’est quand même plus compliqué. C’est une rupture. Parce que s’il y a des lois, il y a aussi l’esprit des lois. Actuellement, le respect des règles constitutionnelles formelles nous aveugle sur le fait que l’esprit des instituions est bafoué. Il y a une évolution des mentalités, dans la Ve République, qui fait que le corps électoral ne compte plus. Quelle évolution des mentalités a permis cette dénaturation ? L’article 4 de la constitution nous indique que les partis politiques concourent à l’expression du suffrage, mais là, en pratique, cet article a été aboli. Le parti socialiste participe à la dénaturation du suffrage, c’est un problème constitutionnel.

C’est à partir de ce cadre conceptuel qu’il faut comprendre l’attitude d’action anormale de la CGT. Je crois que François Hollande ou Manuel Valls ne sont pas conscients du fait qu’ils sont en train de détruire le droit constitutionnel français. Mais je ne crois pas non plus que la CGT soit consciente de ce qu’elle représente. Martinez était calme. Il a indiqué qu’il défendait les salariés et le code du travail. Mais la vérité profonde est que la CGT est en train de défendre la constitution. C’est ça qui est terrible.

Vous indiquez que le dérèglement politique actuel vous conduit à soutenir les actions de la CGT ?

Les gens pensent que je suis super à gauche, ce qui est faux, parce que j’ai été membre du parti communiste pendant deux ans lorsque j’étais gamin. Mais j’ai eu, par la suite, une solide carrière anticommuniste, en prédisant l’effondrement de l’Union soviétique, en écrivant « La chute finale » ou en associant le communisme à une variante de la schizophrénie dans « le fou et le prolétaire ». Mon travail sur les systèmes familiaux ramenait le communisme à la préexistence d’un système familial autoritaire et égalitaire.

Je suis un anti-communiste radical. Donc, si je dis du bien de la CGT, cela ne doit pas être mal compris. C’est la CGT dans sa fonction actuelle de force, nouvelle et inattendue, qui, par effet de vide et de positionnement aléatoire, se trouve défendre la démocratie libérale en France.

Nous devons deux choses à la CGT. D’une, plus personne ne nous parle de l’Islam. C’est le transfert du mot radical de l’islamisme vers le militantisme ouvrier. Tous ceux qui croyaient qu’on pouvait faire n’importe quoi en désignant un bouc émissaire sont tout d’un coup, par volatilité, passés au radicalisme de la lutte des classes. La CGT a fait sortir la France de ce tunnel ethnicisant dans lequel le drame des attentats l’avait mise.

Vous faites référence à l’emploi du mot « terrorisme » employé par Pierre Gattaz lors de son interview au journal Le Monde ?

Les socialistes ou Pierre Gattaz, c’est pareil. Je commence à avoir la nostalgie de Laurence Parisot, que l’on n’imagine pas sombrer dans cette ineptie. Mais le tunnel ethnique emmenait la France beaucoup plus surement vers les problèmes que l’affrontement actuel sur le code du travail. La deuxième chose est que la CGT et l’hostilité de la population face à la loi El khomri ont mis le Front national totalement en porte à faux. Depuis le début de cette crise, le FN vasouille. Si le parti socialiste pense que ses électeurs doivent lui obéir, alors on comprend leur concept de pédagogie ; c’est la stratégie du maître qui doit faire comprendre aux enfants, par l’obéissance. Le même problème de crise de représentation se pose à propos du FN. Parce que les cadres du parti sont des gens d’extrême droite, et on l’a senti au moment de la crise. Ils voulaient de l’ordre. Face à un évènement réel, les cadres du FN sont justes des gens très à droite, et ils se foutent de leurs électeurs ouvriers. Le PS méprise son électorat, mais le FN aussi. Même si Florian Philippot a fait du rétropédalage, il était déjà trop tard.

La menace que fait peser le parti socialiste à la démocratie se voit à travers son attitude face à la liberté d’expression. J’ai vraiment été touché face à la purge à l’Obs, et au licenciement d’Aude Lancelin. Non pas parce qu’elle me permettait de m’exprimer, avec d’autres, parce que je suis un enfant de l’Obs, mais j’ai vu la mise au pas de ce journal par le pouvoir socialiste. J’ai vu, presque en même temps, la suppression de l’émission de Fréderic Taddeï, « Ce soir ou jamais ». Ils osent faire des choses que Nicolas Sarkozy n’aurait pas osé faire. J’ai dit des choses cent fois pires sur Nicolas Sarkozy que sur François Hollande, et je n’ai jamais eu aucun problème. Le PS est probablement plus dangereux pour la liberté d’expression que la droite. Ce n’est pas l’intolérance des gens d’extrême gauche, qui n’en auraient pas les moyens. Les socialistes sont beaucoup plus intolérants, en fait, que les gens de droite. Ce n’est pas un hasard. Si je fais la somme de ce que les socialistes ont fait, en termes de contrôle de la presse, d’inversion des valeurs de la gauche sans tenir compte de leur électorat, le bon concept est un concept violent et doux à la fois ; il s’agit du fascisme rose, le mot rose évoquant la douceur du processus.

Dans un tel climat, comment percevez-vous l’approche libérale qui se profile au travers des programmes avancés par les candidats à la primaire de la droite et du centre ?

J’ai senti une crise d’identité de la droite en voyant ses candidats perturbés par le fait que les socialistes n’avaient pas été élus pour faire ça. La droite est en pilotage automatique lorsqu’il s’agit de critiquer la CGT, ce sont des gens de droite et complètement estimables en tant que tels. Mais on sent que ce que fait le PS est un problème pour eux, cela devrait donc être également un problème pour les chercheurs.

Je peux très facilement faire un numéro sur le thème de François Hollande est « méchant » ou « débile » mais ce n’est pas le problème. Le problème est de savoir pourquoi le PS fait une politique tellement à droite, et surtout sur les implications du détraquage du système politique que cela induit. Cela passe, comme je l’ai déjà dit, par le mot « radicalisation ». Il y a quelques mois, nous avions le radicalisme islamique. On le dénonçait et on le combattait. Mais aujourd’hui, selon les socialistes, tout est radicalisé. Tout le monde est en train de prendre conscience du fait que le parti socialiste, pour des raisons mystérieuses, se comporte comme un parti de droite. Mais cela produit une dérive générale de tout le système politique. Cela pose un problème existentiel d’autodéfinition à la droite classique. Tous les candidats de la droite classique font de la surenchère libérale. C’est un effet du glissement à droite du PS. La question est pourquoi ?

Quand on voit la gauche allemande, elle a fusionné avec la droite au gouvernement, la question est donc réglée. En ce qui concerne les Etats Unis, il y a le phénomène Bernie Sanders, mais il ne va pas gagner la primaire. Mais les thématiques de gauche, comme le protectionnisme et les inégalités vont être représentées à droite par le parti républicain, par Donald Trump. Avec une dose d’usage de xénophobie. En Angleterre, tout le débat sur le Brexit se passe à droite, la gauche ne participe pas au débat.

L’anomalie du système politique français est que les zones d’implantations territoriales de la droite, le bassin parisien, ou la façade méditerranéenne, sont les vieilles zones égalitaires qui ont fait la révolution française. A l’inverse, les zones d’implantation du PS sont les vieilles zones catholiques hiérarchiques, qui pensent que le pouvoir vient d’en haut. Le PS est un parti d’un genre nouveau, organisé comme l’église catholique ancienne. Avec des électeurs qui votent, des députés qui se foutent de ce que votent les électeurs, où les cadres supérieurs du PS se foutent de savoir ce que pensent les députés, et le Président et ceux qui l’entourent se foutent de ce que pense le reste du PS. Il y a, en France, une sorte de détraquage général qui fait que la droite, d’après son implantation territoriale, devrait passer à la gauche du PS. Il y a une erreur de positionnement. L’ensemble des paramètres sont extrêmement volatils. Il y a un an, nous étions dans le terrorisme islamiste et on célébrait l’union nationale, un an après, on est dans la lutte des classes et « les jeunes caillassent les flics ». Il doit y avoir un sens aux choses, mais il faut avant tout constater cette volatilité.

Vous faites référence à l’électorat de droite. Comment comprenez-vous le fait que Nicolas Sarkozy attire un électorat jeune et plutôt de catégories CSP -, alors que les autres candidats, comme Alain Juppé, François Fillon ou Bruno Le Maire monopolisent les suffrages des CSP + ainsi que des plus de 65 ans ?

Cela me gêne de le dire, car j’ai donné des preuves de mon hostilité à Nicolas Sarkozy, mais cela suggère qu’il est plus proche du positionnement anthropologique réel de la droite. Enfin, d’une partie de la droite. La droite est tiraillée entre ce positionnement qui est plutôt indiqué par la géographie des valeurs dans le pays et qui tire la droite à gauche, et le vieillissement du pays, qui tire la droite à droite.

Mais cela veut dire que le système de représentation français est confronté au problème de l’agrégation des volontés électorales. La droite commence à avoir des difficultés à agréger son électorat. Entre une tendance jeune populiste et une tendance -vieux conservateur libéral-.

La faiblesse démographique allemande a été un moteur de la décision d’Angela Merkel favorisant l’arrivée massive de migrants dans le pays. Le Brexit est alimenté par la crainte des Britanniques de voir toujours plus de migrants intra-européens arriver dans le pays. Les tendances démographiques sont-elles en train de se venger de l’Union européenne ?

L’Union européenne était un projet fou, tous les démographes savent bien que les sociétés ne sont pas en convergence. Il suffit de regarder les indicateurs de fécondité. Et quand il y a convergence, c’est vers le bas, vers une insuffisance, en dehors des îlots que sont la France, l’Angleterre, et la Scandinavie. Là ou les femmes ont le droit de faire des enfants et d’avoir un travail intéressant.

La démographie dit d’abord que les nations européennes existent toujours, et que l’unification par la monnaie ne va pas marcher. Ce n’est même pas la peine d’aller plus loin, c’est pour cela que j’avais prédit l’échec de l’euro. C’est donc bien la revanche de la démographie. Les variables démographiques ont la particularité d’être lentes mais irréversibles avec des phénomènes d’accélération quand les ruptures générationnelles se font. C’est très lent avant d’apparaître, mais, en général, quand cela apparaît, c’est trop tard, les problèmes sont d’une telle massivité qu’aucun phénomène migratoire ne va pouvoir les résoudre. En France, on ne le voit pas, parce que le pays n’a pas de problème démographique. L’Allemagne, malgré sa rationalité, est tombée dans le piège du court-termisme économique. Elle est le vrai pays d’immigration en Europe, obsédée par son problème de main d’œuvre. Les destructions opérées par l’austérité dans l’Europe du sud, sont, de ce point de vue-là, fonctionnelles pour l’Allemagne, qui cherche à récupérer la main d’œuvre qualifiée des économies en décomposition. En Allemagne, il manque pratiquement un tiers d’enfants chaque année. Mais là, avec cette immigration massive en provenance de Syrie, d’Irak, et d’Afghanistan, de systèmes patrilinéaires avec des niveaux élevés d’endogamie de départ, cela ne sera pas gérable pour l’Allemagne. Cela va produire des phénomènes de ségrégation, de stratification, de violence. Mais il ne faut pas sous-estimer le pragmatisme allemand. La société allemande pourra s’organiser mais le prix à payer sera l’émergence d’une société de castes, avec un système politique et policier extrêmement dur. Tout est possible.

Propos recueillis par Nicolas Goetzmann

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Publié par le juin 2, 2016 dans société, Théorie