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Les coups d’État de velours par Jacques Lancière

Les coups d'État de velours

Ecrit par Jacques Lanctôt

Je délaisse aujourd’hui momentanément la politique québécoise pour parler d’une série d’événements qui sont en train de se produire en Amérique latine et qui risquent de mettre un terme au progrès social qu’on observait depuis quelques dizaines d’années sur ce continent.

Après l’Argentine, où le gouvernement progressiste de Cristina Kirchner a perdu le pouvoir à la suite de campagnes de salissage comme on en a rarement vu, puis le Brésil où un autre coup d’État de velours vient de se produire, c’est maintenant au tour du Venezuela de subir des attaques de toutes sortes dans le but de renverser un gouvernement progressiste dûment élu. Faudrait être aveugle pour ne pas voir derrière ces tentatives concertées de déstabilisation, la main du gouvernement américain qui veut reprendre le contrôle de son arrière-cour. Ces mêmes tactiques ont déjà été éprouvées au Chili dans les années soixante-dix et ont mené au renversement sanglant du gouvernement légitime de Salvador Allende. Même le pape s’est récemment montré préoccupé de cette situation, mais tout se passe comme si, dans nos médias, y compris ceux de gauche, il n’y avait rien à signaler de ce côté.

De quoi s’agit-il? De susciter un climat de mécontentement général au sein de la population, en créant artificiellement des pénuries de toutes sortes. Plus de sucre, plus de farine, plus de lait, plus de pain, de moins en moins de viande, etc. Pénuries de pétrole qui entraînent des coupures d’électricité et de longues files d’attente dans les stations-service. Dans le pays qui possède les plus grandes réserves pétrolières au monde, comme le Venezuela, avouez que cela a de quoi étonner. Vous imaginez une telle chose au Québec?

Pourtant ces produits existent bel et bien, ils sont stockés dans des entrepôts, bien à l’abri de la population qui n’en peut plus de souffrir et de perdre son pouvoir d’achat. De guerre lasse, elle descend dans la rue pour réclamer la chute du gouvernement. Parfois ces manifestations tournent à la violence, tel que prévu dans les plans de ceux qui conspirent contre les gouvernements légitimes. Les journaux se mettent de la partie. Ici comme ailleurs, les médias ne sont certes pas sous le contrôle des gens qui pensent en faveur des gagne-petit, des sans voix, du 99 %. Ils organisent, eux aussi, d’énormes campagnes publicitaires pour réclamer la chute du gouvernement en argumentant que les libertés fondamentales sont systématiquement violées. La situation devient rapidement explosive et propice à une intervention extérieure.

Au Brésil récemment, cela a pris des proportions grotesques où ce sont des voleurs, des corrompus notoires qui ont obtenu momentanément le départ de la présidente Dilma Rousseff. Le Brésil est un gros morceau dans l’échiquier latino-américain. C’est la première économie et, tout comme au Venezuela, on a empêché le gouvernement progressiste de fonctionner normalement depuis des mois, pour susciter le mécontentement populaire, alors qu’aucune accusation de corruption ne pèse contre la présidente du pays.

Au Vénézuela, les forces militaires américaines ne cachent plus leur désir d’intervenir dans le pays pour rétablir «l’ordre démocratique», comme ils l’ont fait ailleurs, au Guatémala, en République dominicaine, ou en Irak, pour ne mentionner que ces trois pays. Elles ont même publié un document , «Opération Venezuela Freedom 2», où elles expliquent les différentes étapes pour parvenir au renversement du gouvernement de Nicolas Maduro. Ce plan est déjà en marche.

En Bolivie, la défaite du président Morales, qui tentait d’obtenir, par référendum, la possibilité de gouverner pour un quatrième mandat, est essentiellement due à la campagne médiatique mensongère orchestrée par l’ambassade américaine à La Paz. On s’est attaqué à sa vie privée durant les cent jours qui ont précédé le référendum, en alléguant qu’il entretenait une relation secrète avec une actrice blonde bien connue, qu’elle aurait obtenu des contrats du gouvernement, qu’il avait eu un enfant avec cette femme, etc. Tout cela s’est avéré faux, mais le mal était fait.

Tous ces coups d’État de velours procèdent de la même façon: ingérence américaine dans la gouverne du pays et manipulation médiatique. Et cela ne risque certainement pas de changer, avec l’élection de l’un ou de l’autre des candidats aux élections présidentielles américaines.

Jacques Lanctôt

 

Le bloc historique gramscien et l’hétéréogénéité du mouvement contre la loi travail

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Nous sommes devant un mouvement qui devrait avoir trois composantes à unifier pour se renforcer, la classe ouvrière qui fait la démonstration du poids réels des producteurs, au point qu’a pu se poser la question « qui gouverne la France? » Des couches moyennes diplômées qui découvrent la précarité de leur condition, comme le personnel hospitalier, les enseignants, les gens liés à la culture qui se sont investis dans « Nuit debout ». Une des conséquences de la politique que l’on veut avec cette loi imposer au monde du travail aboutirait à une prolétarisation accélérée des couches moyennes. Il y a aussi cette masse prolétarisée stigmatisée issue des anciennes colonies, mais aussi de la mise en œuvre sur toute la planète de cette phase du capitalisme. Cette masse est désignée le plus souvent géographiquement, par les  banlieues… Certes une partie d’entre eux est dans les luttes de la CGT, voire dans celles des couches moyennes, mais dans leur masse, les jeunes en particulier, ils demeurent en retrait de la nature anti-capitaliste, anti-néolibérale du mouvement. Ils sont isolés non seulement par la difficulté des conditions de vie, par le chômage, mais par un clientélisme pouvant s’appuyer y compris sur des aspects mafieux.  Les appartenances religieuses peuvent être utilisées par la droite et la social-démocratie pour maintenir cette population dans les filets de la classe dominante. La gauche, les communistes parfois, se contentent d’exploiter les effets de la stigmatisation dans une idéologie proche des indigènes de la République qui crée la confusion entre race et classe et les isole le plus souvent du combat… Incontestablement la perte des municipalités communistes au profit de la droite et du PS a encore développé ce mode d’isolement multiple.

La gauche paraît incapable de s’adresser à chacun de ces groupes qui forment cependant sa base sociale autrement qu’en exaspérant les antagonismes potentiels entre eux, pourtant la vie les mêle dans des intérêts qui n’ont rien à voir avec le conflit israélo-palestinien, les questions de l’Euro et la couleur des équipiers. On peut se dire au contraire que  seule la mise en évidence de la dimension de classe paraît susceptible de créer l’unité…

Les intérêts de l’unité entre ces trois courants sont objectifs mais un des symptômes du délabrement de la gauche – faute d’un parti communiste capable d’avoir un programme et une perspective de classe – est l’incapacité à penser l’unification desdits intérêts. La gauche choisit au contraire d’exaspérer les antagonismes, de les ethniciser et de rendre un peu plus insupportable, plus dures les rencontres entre usagers du service public, grévistes et non grévistes… Et de faire monter le Front National, la répression comme seule alternative à la protestation collective comme à la somme des malheurs individuels de chacun.

Quand nous sommes confrontés à un problème où il y a à la fois nécessité d’une expression politique révolutionnaire pour que la combativité et les mécontentement des masses ne débouchent pas sur le fascisme et donc le fait que les conditions objectives, celles issues des rapports de production ne trouvent pour s’exprimer que des formes politiques et idéologiques qui demeurent au service de la classe dominante tout en jouant à la radicalité, on pense immanquablement à Gramsci et à son concept de bloc historique, une référence marxiste mais empruntée à Georges Sorel.

Le concept de bloc historique insiste sur les superstructures, les formes de pouvoirs, les représentations. Parler de superstructure  ne signifie pas qu’elles sont superfétatoires,  négligeables et que seule compte la base économique, même si cette dernière est essentielle pour que se posent les questions du pouvoir. Ainsi l’entrée en lice de la classe ouvrière, singulièrement de la CGT, a la particularité en France de montrer le rôle et la puissance des producteurs de valeur et donc d’inviter au débat sur les nationalisations, sur l’UE… Les superstructures sont inextricablement liées à la base économique. Mais justement le concept de « bloc historique » de Gramsci n’isole pas superstructure et infrastructure, il en est le point de soudure, celui où se joue la dialectique entre ces deux instances et comment les unit l’évolution historique. D’autres concepts comme l’opposition entre guerre de mouvement et guerre de position et surtout l’hégémonie de classe viennent compléter l’appareil conceptuel.

J’ai été frappée à la lecture de l’article que Miguel Urbano consacre à la situation française par sa référence à cette problématique même s’il ne prononce pas le nom de Gramsci pour tenter de comprendre la particularité française; D’abord il fait référence à l’Histoire de la formation sociale française, comment s’est en quelque sorte constituée l’eruption périodique des « opprimés » et donc dans notre monde contemporain le soubassement de cette nouvelle irruption. Il analyse , la manière dont ce pays résiste dès le début (1995) à la vague néo-libérale partie du Chili de Pinochet, imposée dans la torture et l’assassinat et que Thatcher impose à l’Europe avec la défaite des mineurs. Je peux témoigner de l’intérêt suscité partout par ce mouvement de résistance et démontrer que l’altermondialisme nait de cette résistance mais aussi de celle dans les Chiapas contre l’Alena et sans doute la grande grève de la Corée du sud à la même époque. La France va connaître d’autres éruptions et résister pied à pied contre ce mouvement en s’arcboutant sur les secteurs où la CGT demeure forte et sur le secteur public, résultat la France paraît encore à l’origine de la résistance aux diktats européens et elle sera capable de dire NON, forte de son expérience ouvrière des restructurations de 1984. Mais comme le note avec beaucoup de justesse Miguel Urbano, le paradoxe est que le néo-libéralisme dans les mœurs, l’individualisme, la mise en concurrence autant que les partis politiques qui le développent (la droite, l’extrême-droite et le PS) gagne du terrain. Mieux le grand parti d’opposition aux « élites » devient le Front National.  Ce qui renforce l’idée que la rébelion n’est qu’une forme de conservatisme français opposée à la « modernité » d’un Macron… Un clin d’oeil, une retape à la jeunesse …

Si l’on examine les tendances culturelles promues par le FN, elles paraissent exprès faites pour empêcher la jonction entre les trois groupes: hostilité aux grèves, appel aux petits patrons, mais aussi xénophobie à l’intérieur du monde du travail et cerise sur le gâteau hostilité méprisante à l’égard des intellectuels et de la culture… Quitte à prétendre récupérer chacune des catégories sur la base de l’antagonisme produit. par cette idéologie dont le racisme est le ciment.

Autre caractéristique historique qui s’est développée en France à partir de mai 68, les intellectuels jadis liés au prolétariat viennent renforcer le PS, partagé entre un discours néo-libéral « réaliste » à la Valls et des références idéales à un changement de société, à un humanisme vidé de tout contenu de classe. Le PCF soumis à cette alliance est contaminé et ne produit plus d’intellectuels organiques et à partir de là nous assitons également à la reconquête de visions réactionnaires de l’identité française.

Pour revenir à l’analyse gramscienne, la seule issue serait dans la capacité d’union des intérêts de ces trois groupes pour construire dans le même temps des solutions économiques comme les nationalisations, voire la sortie de l’euro et dans le même temps jeter les bases d’une autre manière de concevoir le pouvoir, la démocratie, l’intervention populaire; un autre rapport à la culture, aux valeurs… Cette possibilité existe incontestablement au niveau objectif, mais chacun de ses groupes est enfermé le plus souvent dans sa propre problématique même dans une certaine mesure on en voit les prémisses dans ce mouvement, il y a quelque chose en train d’évoluer, les discours demeurent parallèles, mais sans commune mesure avec les formes d’hostilité et de rupture qui ont pu exister en mai 68 face à l’hégémonie ouvrière et déjà l’illusion social-démocrate.

Que serons-nous capables de construire? C’est sans doute pour ce que j’estimais être les mieux placés pour fournir l’armature de classe tout en étant ouvert à d’autres aspects du bloc hégémonique que j’ai continué à adhérer au PCF, ou du moins à rester dans sa mouvance. Gramsci encore à propos du parti communiste italien parlait du « prince » décrit par Machiavel, celui qui avait été le mieux placé lors de la Rénaissance pour tenter de reconstituer l’unité italienne..Ce qui pour le moment est appru à partir de sa droitisation et du départ de différents groupes a été incapable de jouer ce rôle hégémonique tant dans le monde ouvrier que dans les couches intellectuelles et dans le prolétariat marginalisé n’a jamais réussi à reconstituer cette alternative. mais si l’on ne doit pas négliger les forces politiques et syndicales telles qu’elles sont toute la capacité doit être léniniste, savoir coller au mouvement  et comme le disait Gramsci faire une révolution contre le capital. Il jouait sur les mots en prétendant bien sûr que la révolution bolchevique s’était faite contre le capital à son stade impérialiste, mais aussi contre la prohétie « économique » du capital qui pensait que la révolution naîtrait des formes économiques achevées. …Et de ce point de vue il reste beaucoup de chemin à accomplir au PCF tel qu’il est pour être léniniste et savoir chevaucher le mouvcement tel qu’il surgit dans le pays de la lutte des classes…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le juin 4, 2016 dans histoire, Théorie

 

La question ouvrière refait surface par Edouard Birov,journaliste

Cet article est le produit d’un petit jeunot qui écrit dans la presse pro-Poutine, mais on sent qu’il a un peu été formé  en Union Soviétique et surtout qu’il exprime ce que pensent de nous les Russes (et pas seulement les russes, l’article publié aujourd’hui par un observateurs de l’Amérique latine va dans le même sens, ces Français mesurent-il dans quoi ils se lancent? ), mais ce qui est le plus intéressant c’est cette idée majoritaire actuellement chez les Russes: les travailleurs occidentaux ont obtenu des avantages sociaux pas parce qu’ils se sont battus réellement mais parce que le capital avait peur de nous les soviétiques. Résultat ils ont bénéficié de notre Révolution et nous pas, pire encore tout le monde dit du mal de nous. C’est dans le fond la même problématique que Francophonia de Soukourov. Vous jouez à la Révolution mais vous êtes des enfants gâtés…  Ne pas oublier que ce naïf jeune homme est de droite, du parti de Poutine (Danielle Bleitrach)

2 juin 2016,
Photo: archive personnelle

http://www.vzglyad.ru/opinions/2016/6/2/814073.html

Le spectre du mouvement ouvrier du XIXe siècle hante l’Europe. L’ouvrier et l’employeur capitaliste sont à nouveau des ennemis de classe: les uns veulent optimiser les coûts en réduisant les garanties sociales, d’autres appellent à monter aux barricades.

Cependant, ces mêmes travailleurs français ne réclament pas une journée de travail de neuf heures et l’interdiction du travail des enfants, comme au XIXe siècle, mais la préservation d’une journée de six ou sept heures et un certain nombre de privilèges. Mais le degré d’opposition n’en est pas moindre.

En France, depuis plusieurs mois se produisent des émeutes, des affrontements avec la police, des milliers de manifestations. Des fermetures de routes, des centrales nucléaires fermées, des raffineries a l’arrêt, des files d’attente pour l’essence.

La tentative de changer le code du travail a suscité une résistance violente, et il ne s’agit pas seulement de l’habitude française de protestations, mais le signe d’un conflit social émergent. La question du travail, qui semblait résolue et tombée dans l’oubli, revient sur l’avant-scène de l’histoire.

L’Europe de l’Ouest de la seconde moitié du XXe siècle dans la confrontation avec le bloc soviétique était devenue un véritable paradis social. Dans la lutte pour les esprits et les estomacs de millions de citoyens ordinaires, les propriétaires des grands capitaux et productions de France, d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne ont été contraints d’augmenter les garanties sociales des travailleurs en contre-poids à la construction d’un « avenir communiste radieux » en URSS.

Par exemple, les congés payés pour les travailleurs en France, sont apparus seulement en 1936, 14 ans après la résolution de Lénine sur le droit de tous les travailleurs soviétiques à des vacances payées. Suite à l’afflux de simples travailleurs sur la côte de la mer Noire en Russie, les stations balnéaires européennes ont également vu les ouvriers et les petits fonctionnaires, qui auparavant n’étaient accessibles qu’aux riches bourgeois.

 

Le spectre du mouvement ouvrier du XIXe siècle hante l’Europe (Photo: Laurent Cipriani / AP / TASS)

Les mouvements de gauche et les syndicats, en dépit de leur tâche officielle de protéger les intérêts des travailleurs, ont toujours été utilisés dans le jeu politique.

La seule question était de quel côté et dans l’intérêt de qui. La question ouvrière en Russie a abouti à la guerre civile au profit des concurrents étrangers, tandis que dans les pays occidentaux le résultat a été des normes sociales élevées au prix de perturbations mineures.

La destruction de l’URSS et du bloc soviétique il y a 25 ans a fait apparaître que le capital occidental n’avait plus aucune motivation extérieure pour maintenir un niveau élevé de garantie sociale pour des millions de travailleurs.

Cependant, ses bureaucrates européens sous le contrôle des sociétés transatlantiques n’ont pas osé y toucher ouvertement, et ont inventé un truc appelé économie post-industrielle: une partie de la production a été délocalisée dans les régions où la main-d’œuvre ne coûte pas cher (en Asie), et les travailleurs locaux se sont recyclés dans des emplois de bureau. Le nombre d’emplois directs dans le secteur manufacturier a été réduit par centaines de milliers.

Pendant un temps, il semblait que, finalement, le problème du travail était résolu. Cependant, après le début de la grande crise en 2008, dont le mécanisme se renforce avec chaque année qui passe, il est devenu clair que les coupes dans les services sociaux étaient inévitables. Le grand capital s’est trouvé une bonne excuse pour se débarrasser des « dépenses inutiles. »

Des experts, élevés dans l’esprit du néo-libéralisme, nous ont expliqué que les problèmes dans l’économie européenne venaient des dépenses inutiles sur les garanties sociales pour les travailleurs. En 2013, le roi des Pays-Bas a ouvertement averti que  » le conte de fées économique européen » était terminé, qu’un niveau de vie élevé pour l’ ensemble de la population ne pouvait se faire au détriment de l’Etat et des affaires. A partir de maintenant, chaque Européen devrait prendre soin de lui-même. Le roi était trop cruel pour ses sujets, de sorte que ses paroles n’ont pas trop été diffusées dans les médias européens.

Cependant, le processus a commencé. Et l’Union européenne a commencé à forcer les gouvernements européens, sous couvert d’optimiser le budget, à réduire les dépenses sociales et le niveau de protection des travailleurs. Si les gens ordinaires ont au début espéré que cela affecterait seulement les Grecs, très vite tous les bénéficiaires de salaires en euros – de la Roumanie à la France – ont senti le premier contact des mains froides du grand capital.

Oui, au début, il s’agit de l’intention modérée et même ridicule pour les Russes d’augmenter la durée de la semaine de travail de 35 à 45 heures et de supprimer la règle interdisant deux postes de travail (sans repos) consécutifs. Mais la libéralisation des relations de travail ne se limitera pas là.

Il est évident que, dans l’avenir, tous les leviers clés de la gestion des droits des travailleurs seront transférés à l’employeur sur la base de contrats individuels. Et la réalité du XIXe siècle, lorsque les travailleurs suppliaient qu’on leur paye leur salaire, comme une charité, les jours de fête, peut se reproduire dans le XXI siècle.

En Russie, cependant, la réalité prérévolutionnaire est de retour depuis longtemps. Après l’effondrement de l’URSS, le capitalisme sauvage, ou plutôt le crime organisé, a ramené les travailleurs au rang de marginaux. L’élite post-soviétique n’avait rien à produire, les usines avaient été volées, les gens mouraient ou se lançaient dans le commerce – tout cela a été appelé «marché libre».

Dans les années 2000, la dégradation totale de la production a été stoppée, et la majorité des citoyens a pu accéder à des revenus grâce comme ailleurs au travail de bureau, mais le statut et les conditions de travail étaient toujours extrêmement bas.

Si les enseignants et les médecins dans les cinq à sept dernières années d’efforts de l’Etat ont été tirés de la misère, leurs salaires et sécurité augmentés à un niveau acceptable, en revanche les ouvriers du bâtiment, les techniciens, les travailleurs d’usine, pour ne pas mentionner les ouvriers non qualifiés, subsistent comme au temps des premières manufactures: faible salaire versé dans des enveloppes; longues heures de travail –ils peuvent aussi bien être amenés à enchaîner deux journée de travail que voir leur semaine coupée en deux et leur salaire avec; et les conditions de travail sont parfois révoltantes.

Les employeurs ignorent le code du travail et dictent leurs conditions sous la menace de la concurrence des travailleurs migrants. Les autorités locales, intéressées seulement par le PIB et l’investissement de la part des entrepreneurs, ferment les yeux sur l’arbitraire dans les relations avec les travailleurs. Et ce malgré la pénurie aiguë de travailleurs qualifiés!

Au cours des dernières années, le problème du travail est exacerbé par un nouveau facteur technologique –la robotisation. Le brillant avenir tant attendu par les futurologues, où les gens n’ont pas besoin de faire quoi que ce soit grâce à l’automatisation, devient une réalité. Des robots de plus en plus sophistiqués et des machines automatiques, des systèmes cybernétiques complets remplacent efficacement les travailleurs dans la production et pas seulement.

Selon le rapport du Forum économique mondial 2016, à l’horizon 2020 les robots et les nouvelles technologies peuvent laisser sans emploi 5 millions de personnes . Déjà, des milliers de robots occupent des milliers d’emplois, où les gens pourraient travailler. Ainsi, la société Adidas, qui depuis 1993 a délocalisé la plupart de sa production en Asie, a annoncé aujourd’hui le lancement d’une nouvelle usine en Allemagne, mais ses baskets seront produites seulement par des robots, il n’est pas prévu de créer des emplois.

En Chine même, la robotique est également en mouvement: une entreprise de construction de premier plan China Vanke prévoit de remplacer 30% du personnel par des robots. Selon l’Américain Michael Osborn, 47% de tous les emplois aux États-Unis ont un haut degré de risque d’automatisation dans les deux prochaines décennies.

Et il ne s’agit pas seulement des emplois sur machine (dans l’assemblage des voitures déjà plus de 80% des opérations sont réalisées par des mécanismes), mais aussi des postiers, couturières, caissiers, serveurs, conducteurs. Le secteur du bâtiment est sous la menace des imprimantes-3D. La profession de trayeuse a disparu depuis longtemps – les vaches sont traites par des dispositifs spéciaux.

La robotique est extrêmement avantageuse pour les entrepreneurs: réduction des fonds dévolus aux salaires, aucun temps d’arrêt (pauses cigarette, repos, problèmes personnels), efficacité élevée grâce à des processus normalisés. Après tout, les robots ne disposent pas de droits et ne font pas de réclamations en vertu du code du travail –il suffit d’un entretien minimal et quelques réparations.

Dans le même temps, c’est un processus objectif permettant vraiment d’augmenter l’efficacité de la production. Il a déjà été appelé la quatrième révolution industrielle. Si bien que le remplacement des humains par des machines automatiques est une affaire de quelques décennies, et cela ne fera qu’aggraver la situation des ouvriers et des travailleurs en général. Une façon de résoudre le problème serait le recyclage des travailleurs dans des emplois hautement qualifiés et la gestion.

Ici, l’Etat doit jouer un rôle clé: encourager les employés à la formation, et les employeurs à payer pour cela, créer des programmes spéciaux de formation accessibles à tous, etc. Cependant, le nombre de spécialistes a priori est inférieur à celui de travailleurs peu qualifiés, et donc le problème ne sera pas résolu pour autant… Par exemple, Bill Gates a invité l’Etat à payer un supplément aux entrepreneurs pour la préservation des emplois pour les personnes, c’est-à-dire, d’introduire une sorte de prime sociale au lieu de la charge sociale.

Dans tous les cas, la question du travail, qui semblait avoir sombré dans l’histoire après l’ère du développement rapide du capitalisme industriel, a retrouvé sa pertinence dans la crise de l’économie post-industrielle. Et il faudra la résoudre rapidement et efficacement. Sinon, le problème, comme au début du XXe siècle, risque d’être instrumentalisé par les révolutionnaires et les radicaux. Et pas nécessairement dans l’intérêt des travailleurs.

 

 
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Publié par le juin 3, 2016 dans histoire

 

Manifeste: REFUSONS LA HAINE DE CLASSE ANTI-CGT attisée par les MEDIAS DOMINANTS

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« L’esprit critique, l’indépendance intellectuelle ne consistent pas à céder à la réaction, mais à ne pas lui céder ». Georges Politzer, philosophe, fusillé par les nazis en 1942.

REFUSONS LA HAINE DE CLASSE ANTI-CGT attisée par les MEDIAS DOMINANTS

Un appel de quatre-vingts intellectuels de France et d’ailleurs contre la fascisante campagne anti-C.G.T.

Alors que – classe ouvrière en tête – la part la plus active du monde du travail et de la jeunesse est à l’offensive pour sauver un acquis fondamental, alors que la répression d’Etat et la violence policière s’abattent sur nombre de syndicalistes en résistance (Air France, Goodyear, etc.), une odieuse campagne de désinformation et de haine relevant d’un mépris de classe néo-versaillais vise la Confédération Générale du Travail et les autres syndicats d’étudiants et de salariés qui refusent l’ainsi-dite Loi Travail.

Dans ces conditions, le rôle des intellectuels fidèles au devoir d’esprit critique n’est pas de hurler avec les loups, ni de tresser des louanges aux « syndicalistes » qui accompagnent ou précèdent le dé-tricotage des conquêtes sociales de notre peuple (retraites, sécurité sociale, service public, droit du travail, etc.). Ceux qui veulent rester fidèles aux Lumières doivent au contraire dénoncer la nocivité du projet dit « El Khomri », cette transposition en droit français de l’euro-diktat du 15 juillet 2015 qui prescrit la déréglementation du marché du travail en France, mais aussi en Belgique (Loi Peters) ou en Italie (le « Job Act » de Matteo Renzi).

Le rôle des intellectuels critiques est d’abord de lire la loi par eux-mêmes. Chacun verra alors que l’ « inversion de la hiérarchie des normes » du droit social dynamitera les salaires ; entreprise par entreprise, elle permettra aux patrons de combat de contourner les conventions collectives en faisant du chantage à l’emploi ; de cette manière, les rémunérations, les protections légales et les conditions de travail de tous seront tirées vers le bas, y compris pour finir dans la fonction publique. Il convient aussi de rappeler que le rôle d’une « gauche » digne de son nom n’est pas de rabougrir sans fin les conquêtes sociales au nom de la « modernité » en pavant la voie des « LR » et du FN.

Il faut aussi redire que ce n’est pas la classe ouvrière qui bloque le pays : c’est le grand capital, le MEDEF, le CAC-40 (avec ses délocalisations et son « optimisation fiscale »), l’UE néolibérale et les gouvernements maastrichtiens successifs qui minent le développement de notre pays en détuisant les services publics et la protection sociale mis en place par le Front populaire et par le CNR. Ceux qui détruisent, non seulement « l’image de la France à l’étranger », mais la République française elle-même, ce sont ceux qui rampent devant les eurocrates de Bruxelles et Francfort, ceux qui négocient dans notre dos le funeste Traité transatlantique, ceux qui rallient les guerres impérialistes de l’OTAN, ceux qui imposent une austérité salariale sans fin pendant que les PDG du CAC-40 s’octroient des revenus indécents, ceux qui soumettent notre pays à une politique, à une langue, à une pensée et à une économie uniques.

Quant à la violence, elle n’émane pas des militants qui font respecter les décisions majoritaires des ouvriers ou des étudiants en lutte, mais de ceux qui imposent une loi qui ne figurait nulle part dans le mandat présidentiel de François Hollande ; une loi que M. Valls impose au Parlement réticent au moyen du 49/3, sans parler des violences policières qui frappent d’honnêtes gens en lutte pendant que les méga-fraudeurs du Panama et des autres paradis fiscaux coulent des jours tranquilles.

Intellectuels et travailleurs nous-mêmes, nous soutenons les salariés en lutte car si la loi scélérate passait, non seulement l’offensive thatchérienne tous azimuts qui suivrait très vite araserait l’héritage progressiste de notre pays, mais toutes les bases sur lesquelles repose l’activité sociale et civique des intellectuels (éducation, culture, recherche, santé, etc.) seraient encore plus gravement menacées qu’elles ne le sont déjà aujourd’hui.  C’est donc nous-mêmes, l’avenir du pays, l’esprit critique, la démocratie et le progrès social que nous défendons en appelant les intellectuels de progrès de notre pays à afficher une solidarité sans faille avec les courageux ouvriers des transports, de la chimie, de la métallurgie, de l’énergie, etc. qui bloquent les casseurs de France et qui défendent l’avenir de notre peuple et de sa jeunesse !

Signataires France 1er juin : Georges Gastaud, philosophe (62), Annie Lacroix-Riz, chercheuse en histoire contemporaine, professeur émérite (Paris VII) ; Aymeric Monville, éditeur (92) ; Jean-François Dejours, professeur de philosophie (62) ; Aurélien Bernier, auteur (Poitiers) ; Antoine Manessis, ancien enseignant à l’Université P. Mendès-France (38) ; Gilda Landini, professeur agrégée d’histoire (78) ; Aurélien Djament, mathématicien, CNRS (44) ; Jean-Pierre Combe, ingénieur polytechnicien (19) ; Jean-Luc Pujo, écrivain, rédacteur en chef du site www.politique-actu.com ; Jean-Pierre Sienkiewicz, professeur agrégé de sciences physiques (24) ; Thérèse Lévené, chercheur en Sciences de l’éducation, Lille I, vice-présidente du C.N. des Universités, section 70 ; Dominique Mutel, professeur agrégé d’anglais (62) ; Philippe Cadiou, professeur de philosophie (59) ; Rémy Herrera, économiste (75) ; Nicolas Desré, professeur de philosophie (Orléans) ; René Coucke, psychanalyste (59) ; Fadi Kassem, professeur agrégé d’histoire (78) ; Jean-Claude Houseaux, médecin (84) ; Ivan Lavallée, professeur émérite des Universités (33) ;Salim Lamrani, maître de conférences à l’Université de La Réunion ;  Mireille Popelin, enseignante retraitée, auteur ; André Prone, environnementaliste, essayiste ;Christophe Coffinier, journaliste ; Marie-France Fovet, professeur de philosophie retraité ; Daniel Dubois, professeur de mathématiques à l’ESPE (59) ; Yves Letourneur, agrégé de philosophie ; Claude-Emile Tourné, docteur en médecine, ostéopathe-acupuncteur ; Francis Combes, poète ; Laurent Nardi, professeur de français (74) ; Jean Salem, philosophe, professeur à l’Université Paris-1 Sorbonne ; Marc-Olivier Gavois, professeur, rédacteur en chef de la revue théorique Etincelles ; André Tosel, philosophe, professeur émérite de l’Université de Nice ; Jacques Kmieciak, journaliste (62) ; Pierre Boismenu, psychanalyste et philosophe (86) ; Martine Bonmati-Gavois, professeur de Lettres classiques ; Raquel Becerril-Ortega, ingénieur, maître de conférences en Sciences de l’éducation, Lille I ;  Denis Lemercier, maître de conférences en psychologie, retraité (14) ; Rosa Caron, psychanalyste, MCF-HDF en psychopathologie clinique ; Olivier Long, chercheur en Arts plastiques, peintre, Paris I Panthéon-Sorbonne ; Romain Telliez, historien, MDC à l’Université Paris-Sorbonne ; Michel Barthélémy, sociologue, CNRS (75) ;Christophe Mileschi, professeur des Universités (études italiennes) Paris-Ouest Nanterre ; Caroline Zekri, MDC, Université Paris-Créteil (italien) ; Frédérique Longuet-Marx, départ. Sociologie, Université de Caen ; Christian Lavault, professeur émérite de mathématiques, Université Paris 13/Villetaneuse,  Pierre Cours-Salliès, professeur émérite, sociologue, Paris VIII ; Pascale Dubus, maître de conférences, université Paris 1 ; Francine Mazière, professeur émérite, Paris XIII ; Pascal Lederer, physicien,  Directeur de recherche honoraire au CNRS ; Viron Kottis, chercheur indépendant, enseignant précaire, Paris;  Jean Agnès, professeur honoraire, (ex-responsable éducatif et associatif, universitaire), chercheur en philosophie de l’éducation ; Christophe Bonneuil, historien, CNRS ; Kenneth Larson, artiste peintre (92) ; Valentin Boris, professeur des Universités, Paris I, Raphaël Porteilla, MCF Sciences politiques, Univ. de Bourgogne, Nicolas Prokovas, MCF en économie (Paris III) ; Vincent Millet, avocat, Paris ; Jean-François Dupeyron, maître de conférences en Philosophie, Université de Bordeaux. Michel Savaric, angliciste (25), Université de Besançon Franche-Comté ; Paul Monmaur, neurobiologiste, maître de Conférence, Paris VII, Dominique Mazuet, libraire (75) ; Jean-Pierre Kahane,mathématicien,Université Paris-sud, Orsay ;

Deuxième liste France (2.6.16) : Danielle Bleitrach, sociologue, 13 ; Catherine Le Roux, pédopsychiatre (44) ; Nathalie Sage Pranchère, archiviste-paléographe, agrégée et docteure en histoire (75) ; Marc Brunet. professeur agrégé d’histoire-géographie. 84 ; Christophe Miqueu, Maître de conférences en philosophie, Université de Bordeaux – ESPE d’Aquitaine ; Georges Hallermayer,  historien, journaliste (57) ; Cédric Falco, ingénieur universitaire, Perpignan ; Sébastien Charbonnier, MDC Lille III, philosophie ;  Jean-Christophe Grellety, auteur (33) ; Benoit Foucambert, professeur d’histoire-géographie (81) ; Jean-Paul Batisse,ancien professeur d’Université (anglais, Reims) ; Jordi Grau, professeur de philosophie (57) ; Eric Ferrières, professeur de S.E.S. (Lens) ; Nicole Remmery, psychiatre retraitée (33) ; Christophe Pouzat, neurophysiologiste CNRS (75 ; Marc Maille, ingénieur (59) ; Patrice Hemet    musicien ; Jamil Sayah, maître de conf. Université PMF Grenoble ; Hervé Christofol, enseignant-chercheur Université d’Angers, secrétaire général du SNESUP-FSU ; Michel Etiévent, historien, spécialiste d’Ambroise Croizat ; Thierry Dupoux, professeur agrégé de philosophie au lycée Jacques Monod de Clamart ; Florence Dursapt, professeur de philosophie (42) ;Vincent Flament, professeur de Lettres classiques ;

S’associent à cet appel (hors de France) – John Catalinotto, professeur de mathématiques à l’Université de New York –Ville ; Quim Boix, m. du Conseil présidentiel de la Fédération syndicale mondiale ; Angeles Maestro, médecin en santé publique (Madrid) ; Carlos Frabetti, écrivain (Catalogne) ; Stefanio Russo, Rome ; Miguel Urbano Rodrigues, a. député portugais au Conseil de l’Europe, organisateur des Rencontres internationales de Serpa ; Jorge Beinstein, professeur émérite de l’Université nationale de La Plata, Argentine ; Maurizio Fratta, journaliste, Magione (Italie) ; Serge Deruette, professeur à l’Université de Mons (Belgique) ; Julio C. Gambina, directeur de l’Institut d’étude et de formation de la Centrale des Travailleurs d’Argentine, président de la Fondation pour les enquêtes sociales et politiques (FISYP), Argentine ; Guillermo Toledo, acteur (Madrid) ;  Jean Van Hees, animateur du Cercle Julien Lahaut (Bruxelles) ; Henrique Santos,professeur d’EPS, Portugal ; Barbara Y. Flamand, auteure, Bruxelles ; Maurizio Quattrochi, ingénieur, Rome, Joe Kaye, écrivain, New York City. Domenico Losurdo, philosophe (Italie) ;

Lien pour signer la pétition:

https://www.change.org/o/appel_cont…

S’associent par ailleurs à ce texte (2 juin, France, 1ère liste) : Jacky Omer, anc. secrétaire CGT-Cheminots, FSC (13) ;

 
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Publié par le juin 3, 2016 dans histoire

 

Nos respects madame …

Camille Senon, 93 ans, rescapée du massacre d'Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) en 1944, a opposé une fin de non recevoir à la proposition du Premier ministre de l'élever au rang de commandeur de l'Ordre national du mérite,

Camille Senon, 93 ans, rescapée du massacre d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) en 1944, a opposé une fin de non recevoir à la proposition du Premier ministre de l’élever au rang de commandeur de l’Ordre national du mérite, — PASCAL LACHENAUD / AFP

Limoges: Par solidarité avec les opposants à la loi Travail, elle refuse l’Ordre national du mérite

MIS À JOUR LE 30/05/16 À 10H52

Solidaire avec les manifestants opposés à la loi Travail, Camille Senon, rescapée du massacre d’Oradour-sur-Glane en 1944, a refusé que Manuel Valls l’élève au rang de commandeur de l’Ordre national du mérite…

A 93 ans, elle est toujours militante. Camille Senon, 93 ans, rescapée du massacre d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) en 1944 a opposé une fin de non recevoir à la proposition du Premier ministre de l’élever au rang de commandeur de l’Ordre national du mérite, par solidarité avec le mouvement social contre la Loi travail.

 

« Dans le contexte actuel il m’est impossible d’accepter de votre part cette distinction (…) alors que je suis totalement solidaire des luttes menées depuis deux mois par les salariés, les jeunes, une majorité de députés et de Français contre la Loi travail que vous venez d’imposer par le 49-3 », a-t-elle écrit dans une lettre adressée au Premier ministre fin mai.

Accepter ce serait « renier toute ma vie militante »

Accepter cette distinction aujourd’hui serait, explique-t-elle,  « renier toute ma vie militante pour plus de justice et de solidarité, de liberté, de fraternité et de paix ». Jointe par l’AFP dimanche, l’intéressée a évoqué «un hasard du calendrier qui tombe particulièrement mal».

 

« Quand j’ai reçu cette proposition le 17 mai, il m’a paru évident que dans ce contexte où des gens luttent pour faire respecter leurs droits et où mes camarades syndicalistes d’Air France sont traduits devant les tribunaux il était tout simplement inacceptable pour moi de recevoir cette distinction sur proposition de Monsieur Manuel Valls », a-t-elle ajouté.

Une syndicaliste et une féministe

Déjà récipiendaire de la Légion d’honneur, cette rescapée du tramway d’Oradour-sur-Glane, qui a perdu sa famille dans la massacre des habitants par le détachement de la Waffen-SS Das Reich le 10 juin 1944, est une infatigable militante syndicaliste et féministe.

 

Ancienne secrétaire générale du syndicat des chèques postaux, elle a compté parmi les membres dirigeants de la CGT des PTT. En 2014, cette voix qui porte dans le paysage mémoriel avait porté son nom sur la liste d’opposition du Front de gauche lors des élections municipales à Limoges.

Plus récemment, en octobre 2015, elle avait, malgré son âge avancé, assisté à la célébration des 120 ans de la création de la CGT, à Limoges, aux côtés du leader syndical Philippe Martinez.

 
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Publié par le mai 30, 2016 dans histoire

 

Opération “Timber Sycamore” : la guerre secrète de la CIA en Syrie est principalement financée par les Saoud

 Nos chers alliés…

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Opération “Timber Sycamore” : la guerre secrète de la CIA en Syrie est principalement financée par les Saoud

 

Par Maxime Chaix

 

Un article du New York Times vient de dévoiler le nom de code de la guerre secrète multinationale de la CIA en Syrie : il s’agit de l’opération Timber Sycamore, ce qui peut signifier « Bois de Platane » ou « de Figuier sycomore ». En 1992, les chercheurs syriens Ibrahim Nahal et Adib Rahme avaient publié une étude selon laquelle, « [b]ien que la largeur des cernes soit influencée par les facteurs du milieu, le bois de Platane d’Orient peut être classé parmi les espèces à croissance relativement rapide par rapport au hêtre ou au chêne. » Les groupes rebelles majoritairement jihadistes, qui ont proliféré en Syrie à partir de l’été 2011, pourraient donc être considérés comme des « platanes d’Orient » du fait de leur « croissance rapide » – sans qu’un lien ne soit forcément établi entre le nom de code de cette opération clandestine de la CIA et ce phénomène biologique. Il est également possible que « Sycamore » fasse référence non pas au platane mais au figuier sycomore, dont le « bois peut servir de combustible et le frottement de deux branches permet d’allumer un feu ».

 

Essentiellement, le New York Times a révélé dans cet article que l’Arabie saoudite a financé à hauteur de « plusieurs milliards de dollars » la guerre secrète de la CIA en Syrie. D’autres contributeurs étatiques à cette campagne de l’Agence sont cités par ce journal. Il s’agit de la Turquie, de la Jordanie et du Qatar. Or, bien que le montant exact des contributions de chaque État impliqué dans ces opérations n’ait pas été dévoilé, le Times nous informe que l’Arabie saoudite en a été le principal financeur. D’après ce journal, « [l]es hauts responsables états-uniens n’ont pas révélé le montant de la contribution saoudienne, qui constitue de loin le principal financement étranger de ce programme de fourniture d’armes aux rebelles combattant les forces du Président Bachar el-Assad. Néanmoins, des estimations ont indiqué que le coût total des efforts de financement et d’entraînement [des rebelles] atteignait plusieurs milliards de dollars. »

 

Le Times confirme ainsi les informations du Washington Post, que j’avais analysées quelques semaines avant les attentats du 13-Novembre. En effet, en juin 2015, ce quotidien révéla que la CIA avait « mené depuis 2013 contre le régime el-Assad “l’une [de ses] plus grandes opérations clandestines”, dont le financement annuel avoisine le milliard de dollars. D’après ce journal, cette intervention secrète (…) s’inscrit dans un “plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie”, c’est-à-dire les trois États notoirement connuspour soutenir les factions extrémistes en Syrie. » Grâce au New York Times, nous savons à présent que l’Arabie saoudite a été, « de loin », le principal soutien étatique de cette guerre secrète – notamment à travers l’achat massif et la livraison, par les services spéciaux saoudiens (GID), demissiles antichars TOW de marque Raytheon à des groupes affiliés à al-Qaïda, dont l’Armée de la Conquête.

 

Toujours selon le Times, le chef de station de la CIA joue un rôle diplomatique plus important que l’ambassadeur des États-Unis en Arabie saoudite. Ainsi, entre le GID et la CIA, « l’alliance reste solide, puisqu’elle est renforcée par une liaison entre maîtres-espions. Ministre de l’Intérieur saoudien, le prince Mohammed ben Nayef a succédé au prince Bandar dans l’approvisionnement en armes des rebelles [en Syrie]. Il connait l’actuel directeur de la CIA John O. Brennan depuis l’époque où ce dernier était le chef de station de l’Agence à Riyad dans les années 1990. D’anciens collègues ont déclaré que ces deux hommes étaient restés proches (…) Le poste occupé autrefois par M. Brennan à Riyad est, bien plus que celui de l’ambassadeur US, le véritable lien entre le pouvoir états-unien et le royaume [des Saoud]. D’anciens diplomates se souviennent que les discussions les plus importantes ont été systématiquement menées via le chef de station de la CIA [dans la capitale saoudienne]. »

 

Ces informations du New York Times renforcent la notion d’« État profond supranational » liant les hauts responsables des services spéciaux des États-Unis et de l’Arabie saoudite, ce qu’explique Peter Dale Scott dans son dernier livre. Dans cet ouvrage, le Dr. Scott démontre que les relations états-uno-saoudiennes constituent une véritable « boîte noire » :

 

« Dans les années 1980, William Casey, le directeur de la CIA, prit des décisions cruciales dans la conduite de la guerre secrète en Afghanistan. Toutefois, celles-ci furent élaborées hors du cadre bureaucratique de l’Agence, ayant été préparées avec les directeurs des services de renseignement saoudiens – d’abord Kamal Adham puis le prince Turki ben Fayçal. Parmi ces décisions, nous pouvons citer la création d’une légion étrangère chargée d’aider les moudjahidines afghans à combattre les Soviétiques. En clair, il s’agit de la mise en place d’un réseau de soutien opérationnel connu sous le nom d’al-Qaïda depuis la fin de cette guerre entre l’URSS et l’Afghanistan. Casey mit au point les détails de ce plan avec les deux chefs des services secrets saoudiens, ainsi qu’avec le directeur de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI), la banque pakistano-saoudienne dont Kamal Adham et Turki ben Fayçal étaient tous deux actionnaires.

 

Ce faisant, Casey dirigeait alors une deuxième Agence, ou une CIA hors canaux, construisant avec les Saoudiens la future al-Qaïda au Pakistan, alors que la hiérarchie officielle de l’Agence à Langley “pensait que c’était imprudent”. Dans La Machine de guerre américaine, j’ai situé le Safari Club et la BCCI dans une succession d’accords conclus dans le cadre d’une “CIA alternative” ou d’une “deuxième CIA”, datant de la création en 1948 du Bureau de Coordination Politique (OPC pour Office of Policy Coordination). Ainsi, il est compréhensible que George Tenet, le directeur de la CIA sous George W. Bush, ait suivi le précédent de [William] Casey [, le directeur de l’Agence sous Reagan,] en rencontrant une fois par mois environ le prince Bandar, l’ambassadeur d’Arabie saoudite aux États-Unis – mais sans révéler le contenu de leurs discussions aux officiers de la CIA chargés des questions saoudiennes. »

 

Dans l’article du Times, le prince Bandar est présenté comme le principal architecte de cette politique de soutien à la rébellion en Syrie. En effet, ce journal confirme que « [l]es efforts saoudiens furent dirigés par le flamboyant prince Bandar ben Sultan, qui était alors le chef des services secrets [du royaume, et] qui demanda aux espions saoudiens d’acheter des milliers [de mitrailleuses] AK-47 et des millions de munitions en Europe de l’Est pour les rebelles [en Syrie]. La CIA a facilité certains de ces achats d’armements pour les Saoudiens, dont un vaste deal avec la Croatie en 2012. Durant l’été de cette même année, ces opérations semblaient hors de contrôle à la frontière entre la Turquie et la Syrie, les nations du Golfe transmettant de l’argent et des armes à des factions rebelles – y compris à des groupes dont les hauts responsables états-uniens craignaient qu’ils soient liés à des organisations extrémistes comme al-Qaïda. »

 

Ainsi, la guerre secrète de la CIA et de ses partenaires étrangers en Syrie a fortement encouragé la montée en puissance de Daech, que le Pentagone et ses alliés bombardent depuis septembre 2014 sans grande efficacité, le tout sur fond de polémiques. À partir de juillet 2012, à travers les politiques profondes du prince Bandar, les « sycomores » jihadistes en Syrie ont connu une « croissance relativement rapide », avec le soutien actif de la CIA et de ses partenaires. Or, Bandar est si proche de l’Agence que l’on ne peut réellement dissocier ses actions clandestines de celles des services spéciaux états-uniens, du moins lorsqu’il était ambassadeur de l’Arabie saoudite à Washington (1983-2005) puis directeur des renseignements saoudiens (2012-2014). Dix jours avant les attentats du 13-Novembre, j’avais publié un article intitulé « La guerre secrète multinationale de la CIA en Syrie », dans lequel j’écrivais :

 

« [E]n juillet 2012, le prince Bandar était nommé à la tête des services spéciaux saoudiens, ce qui avait été analysé par la plupart des experts comme un signe de durcissement de la politique syrienne de l’Arabie saoudite. Surnommé “Bandar Bush” du fait de sa proximité avec la dynastie présidentielle du même nom, il était ambassadeur à Washington à l’époque des attaques du 11-Septembre. Depuis plusieurs années, cet homme intimement lié à la CIA est accusé par l’ancien sénateur de Floride d’avoir soutenu certains des pirates de l’air désignés coupables de ces attentats. Jusqu’à ce qu’il soit poussé vers la sortie en avril 2014, le Guardian souligna que “Bandar avait dirigé les efforts saoudiens visant à mieux coordonner les livraisons d’armes aux rebelles combattant el-Assad en Syrie. Néanmoins, il a été critiqué pour avoir soutenu des groupes islamistes extrémistes, risquant ainsi le même “retour de bâton” que celui des combattants saoudiens d’Oussama ben Laden rentrant au pays après le jihad contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 1980 – une guerre sainte qui avait été autorisée officiellement. (…) En 2014, un parlementaire états-unien avait déclaré sous couvert d’anonymat que la CIA était “bien consciente que de nombreuses armes fournies [par l’Agence] avaient terminé dans de mauvaises mains.” En octobre 2015, l’éminent expert de la Syrie Joshua Landis affirmaqu’“entre 60 et 80 % des armes que les États-Unis ont introduites [dans ce pays] sont allées à al-Qaïda et les groupes qui lui sont affiliés” ».

 

En d’autres termes, la CIA et ses alliés turcs et pétromonarchiques ont grandement favorisé la montée en puissance de ces groupes extrémistes en Syrie, dont al-Qaïda et Daech. Pour autant, cette politique profonde multinationale fut-elle délibérément choisie par la Maison Blanche ? La réponse à cette question n’est pas évidente. Comme je l’avais souligné en août 2015, l’ancien directeur du Renseignement militaire du Pentagone (DIA) Michael Flynn avait dénoncé sur Al-Jazeera l’irrationalité stupéfiante de la Maison Blanche sur le dossier syrien. À cette occasion, il révéla que les responsables de l’administration Obama avaient pris la « décision délibérée » de « faire ce qu’ils font en Syrie » ; en d’autres termes, ils auraient choisi de soutenir des milices anti-Assad que la DIA décrivait à partir de 2012 comme noyautées et dominées par des forces jihadistes. Dès cette année-là, Flynn et son agence informèrent la Maison Blanche du risque de voir émerger un « État Islamique » entre l’Irak et la Syrie du fait du soutien occidental, turc et pétromonarchique à cette rébellion.

 

Afin de clarifier ses propos, il a ensuite expliqué à un journal russe que le gouvernement des États-Unis avait soutenu jusqu’à présent « une telle diversité de factions [anti-Assad qu’] il est impossible de comprendre qui est qui, et qui travaille avec qui. La composition de l’opposition armée syrienne, de plus en plus complexe, a rendu toute identification considérablement plus difficile. Pour cette raison, (…) du point de vue des intérêts américains, nous devons (…) prendre du recul et soumettre notre stratégie à un examen critique. À cause de la possibilité, très réelle, que nous soutenions des forces liées à État islamique (…), en même temps que d’autres forces anti-Assad en Syrie. » Selon le général Flynn, lorsqu’il dirigeait la DIA au Pentagone, cette agence recensait « autour de 1 200 groupes belligérants [en Syrie]. » De ce fait, le général Flynn pense « vraiment que personne, y compris la Russie, n’a une compréhension claire de ce à quoi nous avons affaire là-bas, mais sur le plan tactique, c’est vraiment très important de le comprendre. Une vision unilatérale de la situation en Syrie et en Irak serait une erreur. »

 

À cette complexité du terrain s’ajoute le traditionnel mode opératoire de l’Agence, qui est celui du « déni plausible » visant à dédouaner le gouvernement des États-Unis de toute action criminelle en ayant recours à des agents privés et/ou étrangers. Dans mon article sur la guerre secrète de la CIA en Syrie, j’avais souligné que

 

« [l]e caractère multinational des opérations anti-Assad a aussi été une source majeure de confusion. Tout d’abord, bien que de nombreux services occidentaux et moyen-orientaux aient été conjointement impliqués dans ce conflit, il reste difficile de penser cette guerre secrète sous un angle multinational. En effet, les médias et les spécialistes ont eu tendance à dissocier les politiques syriennes des différents États clandestinement engagés dans la déstabilisation de la Syrie. Il est vrai que le renoncement des États-Unis à intervenir directement a suscité de vives tensions diplomatiques avec la Turquie et l’Arabie saoudite. Par ailleurs, l’hostilité du roi Abdallah à l’égard des Frères musulmans a engendré des dissensions majeures entre, d’un côté, le royaume saoudien et, de l’autre, le Qatar et la Turquie – ces tensions s’étant atténuées après l’intronisation du roi Salmane en janvier 2015.

 

Du fait de ces divergences, les politiques syriennes des États hostiles au régime el-Assad ont été trop peu analysées sous leur angle multinational. Plus exactement, les opérations occidentales ont été dissociées de celles des pays moyen-orientaux. Or, les services spéciaux de ces différents États ont mené jusqu’à présent des actions communes et coordonnées, dans l’opacité abyssale de la classification. En janvier 2012, la CIA et le MI6 ont lancé des opérations clandestines d’approvisionnement en armes des rebelles entre la Libye, la Turquie et la Syrie, avec de l’aide et des financements turcs, saoudiens et qataris. (…) [I]l s’est avéré que ces armements ont été livrés “presque exclusivement” à des factions jihadistes, selon le parlementaire britannique Lord Ashdown. D’après le grand reporter Seymour Hersh, “[l]’implication du MI6 a permis à la CIA de se soustraire à la loi en classant sa mission comme une opération de liaison.” Les actions de l’Agence en Syrie sont-elles mieux contrôlées aujourd’hui ? La question reste ouverte, mais la doctrine du “déni plausible” traditionnellement mise en œuvre par la CIA pourrait être un élément de réponse.

 

(…) Même si ce mode opératoire tend à brouiller les pistes, le rôle central de la CIA dans cette guerre secrète multinationale [en Syrie] ne fait plus de doute. En octobre 2015, leNew York Times expliqua que “[l]es missiles antichars TOW de fabrication américaine ont fait leur apparition dans la région en 2013, à travers un programme clandestin [de la CIA] mené par les États-Unis, l’Arabie saoudite et d’autres alliés. Celui-ci vise à aider des groupes d’insurgés “sélectionnés” par l’Agence à combattre le gouvernement syrien. Ces armes sont livrées sur le terrain par des alliés des Américains, mais les États-Unis approuvent leur destination. (…) Des commandants rebelles ont éclaté de rire lorsqu’on les a questionnés sur la livraison de 500 TOW en provenance d’Arabie saoudite, déclarant qu’il s’agissait d’un nombre ridicule comparé à ce qui est réellement disponible. En 2013, l’Arabie saoudite a commandé [à Washington] plus de 13 000 [TOW].”

 

(…) À la suite de l’entrée en guerre de la Russie, un ancien conseiller du Pentagone a confirmé au Washington Post que le recours à des partenaires étrangers impliquait le “déni plausible”, ce qui permet de couvrir les opérations de la CIA en Syrie : “Fabriqués par Raytheon, les missiles [TOW] proviennent principalement des stocks du gouvernement saoudien, qui en avait acheté 13 795 en 2013 (…) Puisque les accords de vente nécessitent que l’acheteur informe les États-Unis de leur destination finale, l’approbation [de Washington] est implicite, selon Shahbandar, un ancien conseiller du Pentagone. D’après lui, aucune décision n’est requise de la part de l’administration Obama pour que ce programme puisse continuer. “II n’y a pas besoin d’un feu vert américain. Un feu orange est suffisant”. “Il s’agit d’un [programme] clandestin et il peut techniquement être démenti, mais c’est le propre des guerres par procuration.”” Ainsi, la doctrine du “déni plausible”, qui implique des tierces parties sur lesquelles on peut rejeter la faute, semble expliquer pourquoi le rôle de la CIA et de ses alliés occidentaux dans cette guerre secrète est [à ce point] refoulé, déformé ou minimisé. »

 

Dans cet article, j’ajoutais que, « [c]ontrairement au mythe de l’“inaction” [militaire] occidentale contre le régime de Bachar el-Assad, la CIA a été massivement impliquée en Syrie, dans le cadre d’une intervention clandestine subventionnée par des budgets classifiés, mais également étrangers. Or, ces financements extérieurs et les milliards de dollars qu’ils mobilisent ne sont pas supervisés par le Congrès US, cette institution n’ayant pas le pouvoir d’exercer son contrôle sur des politiques ou des budgets étrangers. » En se basant sur les déclarations d’un parlementaire états-unien, le New York Times vient de confirmer cette absence de transparence due au recours à des financements étrangers :

 

« Tandis que l’administration Obama voyait cette coalition comme un argument séduisant pour le Congrès, certains parlementaires, comme le sénateur Ron Wyden – un Démocrate de l’Oregon –, ont demandé pourquoi la CIA avait besoin de l’argent saoudien pour financer cette opération, selon un ancien officiel états-unien. M. Wyden a refusé de répondre à nos questions, mais son équipe a publié une déclaration exigeant une plus grande transparence : “Des hauts responsables ont déclaré que les États-Unis sont en train de renforcer les capacités militaires opérationnelles de l’opposition anti-Assad. Or, les citoyens n’ont pas été informés sur les modalités de cette politique impliquant des agences états-uniennes, ou des partenaires étrangers avec lesquels ces institutions coopèrent. »  

 

À l’aune des révélations du New York Times sur l’opération Timber Sycamore, et sachant que le soutien de la CIA et de ses alliés en faveur d’al-Qaïda en Syrie est dorénavant de notoriété publique – y compris en France –, il est indispensable que les citoyens occidentaux demandent des comptes à leurs parlementaires. Comme l’avait courageusement dénoncé la représentante états-unienne Tulsi Gabbard trois semaines avant les attentats du 13-Novembre, « des armements US vont dans les mains de nos ennemis, al-Qaïda et ces autres groupes, des groupes islamistes extrémistes qui sont nos ennemis jurés. Ce sont des groupes qui nous ont attaqués le 11-Septembre, et nous étions censés chercher à les vaincre, mais pourtant nous les soutenons avec ces armes pour renverser le gouvernement syrien. (…) Je ne veux pas que le gouvernement des États-Unis fournisse des armes à al-Qaïda, à des islamistes extrémistes, à nos ennemis. Je pense que c’est un concept très simple : vous ne pouvez vaincre vos ennemis si, en même temps, vous les armez et vous les aidez ! C’est absolument insensé pour moi. » Il est donc urgent que les puissances occidentales élaborent et mettent en oeuvre des politiques plus rationnelles et pragmatiques afin de lutter efficacement contre le terrorisme, sans quoi cette forêt de « sycomores » continuera de s’étendre dangereusement.

 

Maxime Chaix

 

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journée de la Résistance: Le négationnisme anticommuniste est dirigé contre les luttes d’aujourd’hui

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Celui qui devrait être au Panthéon, non seulement pour dire ce que les communistes ont apporté, mais pour aider chacun à se rendre compte qu’il faut défendre la sécurité sociale qui n’est pas un don du ciel mais un produit de la lutte des classes. 

Il y a un an jour pour jour, facebook m’en fait souvenir, j’écrivais ceci::

« Je suis écoeurée par la comédie qui aujourd’hui se joue au Panthéon… Comment quelqu’un peut-il se prétendre de gauche, voter socialiste, s’exciter sur des motions et oser de pareilles forfaitures, nier la résistance communiste… c’est le parallèle avec la loi Macron, avec la vente d’armes aux saoudiens… mieux tronquer hier pour servir de paillasson au capital et à l’impérialisme telle est la logique du PS… que Filoche, ses pareils faux frondeurs et vrais hypocrites se débrouillent avec ça. »..

Je n’en change pas une ligne, simplement bien sûr à la place de Macron, je mets El Khomri, mais chacun conviendra qu’il s’agit d’une nouvelle étape franchie par le pouvoir dit socialiste.

Cependant je pense que c’est cette indignation devant la négation de la Résistance communiste qui a provoqué ma décision de reprendre ma carte au PCF. Non que j’aie eu quelque enthousiasme à l’idée de rejoindre ce parti tel qu’il est devenu, mais avec la conscience forte qu’il m’appartenait autant que ceux dont je réprouvais la politique de soumission au PS.

Ce parti n’appartient à personne, et certainement pas en exclusivité aux actuels copropriétaires de la place du colonel Fabien, il nous appartient à tous, y compris à eux, il appartient à l’Histoire, au peuple français, à l’internationale des peuples qui luttent pour l’émancipation de tous quelle que soit leur propre histoire, leur couleur de peau… Et c’est à ce titre que chacun peut s’en emparer, le revendiquer pour que se réalisent ses espérances d’un monde nouveau.

La préparation du Congrès, ce moment raté des tâches urgentes qui lui incombaient en particulier celle de rassembler les communistes pour répondre aux défis posés aux travailleurs, à la jeunesse et à notre pays, n’a en rien fait évoluer mon opinion. Ni mes désaccords face à un Congrès dont l’enjeu paraissait des primaires qui nous transformaient en l’équivalent des radicaux de gauche, ou le choix d’une adhésion directe au Front de Gauche qui en finissait avec le PCF. Nous avons tenté à un certain nombre de défendre l’idée d’un parti qui retrouverait ses fondamentaux, la lutte des classes, la souveraineté nationale face à l’Europe, la paix et la nécessité d’unir les communistes pour mieux rassembler ceux qui voulaient oeuvrer à une transformation profonde de notre société vers le socialisme.

Je n’ai pas été passionnée par ce Congrès c’est le moins que l’on puisse dire, autant le combat contre le capital me paraît devoir être mené avec détermination, autant j’ai du mal à me battre contre un autre moi-même, avec des gens qu’il faudrait rallier et pas opposer. Paradoxalement ce type de combat est celui qui n’ayant pas de base politique réelle débouche sur les plus grands excès, un combat fraternel devient aisément fratricide… Quand la question politique est mal posée.

Voilà, il me semble aujourd’hui que la vie est en train de trancher. Dans le grand combat de classe et d’indépendance nationale auquel nous sommes confrontés et où les communistes paraissent avoir repris la place qui est la leur, beaucoup de faux problèmes, de positions politiciennes concernant les unions au sommet, les manoeuvres sont en train non pas de s’effacer (faut pas rêver) mais de perdre de leur acuité au profit du positionnement du parti que nous étions nombreux à réclamer. Il a suffi que la classe ouvrière entre dans le combat avec les syndicats, dont la CGT, pour que beaucoup de choses reprennent leur place.

Voilà, il est peut-être encore temps de réaliser que nous, nous les communistes, nous les travailleurs, nous la jeunesse, nous le pays, nous avons besoin d’un parti communiste… unifié mais divers,  sur les bases qui sont les siennes et qui garantissent son utilité comme jadis dans la Résistance…

C’est pour cela que je voyais dans l’attitude de foutriquet de Hollande niant la Résistance communiste la porte ouverte à toutes les trahisons d’aujourd’hui. Mais si l’on veut lutter contre ce négationnisme anticommuniste de ce pouvoir, il faut que les communistes acceptent d’être aujourd’hui dignes de ce qu’ils ont été hier.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le mai 27, 2016 dans histoire