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Archives de Catégorie: HISTOIRE

« Bientôt Novossibirsk parlera français »: nouvelles manifestations contre la « réforme » des retraites

Lors de la Fête de la Constitution de la Fédération de Russie, le peuple de Novossibirsk a participé à la journée nationale de protestation contre la « réforme » des retraites. Selon les communistes et leurs partisans, le fait de relever l’âge de la retraite aggrave la situation des Russes, ce qui, d’après la Constitution du pays, ne devrait pas se produire. Dans la troisième grande ville du pays, qui se caractérise par un haut niveau culturel et scientifique et qui est dirigé par les communistes, nous avions déjà noté l’existence d’une reproduction de la fête de l’Humanité, voici que la lutte contre la réforme des retraites fait référence aux gilets jaunes et aux révolutionnaires français dont les bolcheviques se sont toujours affirmé les descendants, qu’il s’agisse de la Révolution française ou de la Commune de Paris, la France a toujours été pour eux l’élément déclencheur de la contestation sociale. Ce mouvement russe qui prend de plus en plus d’ampleur mérite d’être étudié. (traduction de Marianne Dunlop et note de Danielle Bleitrach)

 

Service de presse du Comité régional du parti communiste de Novossibirsk

12-12-2018

https://kprf.ru/actions/kprf/181071.html

 

En plein centre de Novossibirsk, sur la place du Premier Mai, les habitants de la ville se sont rassemblés pour manifester leur désaccord avec la politique du gouvernement russe, qui ne respecte pas la Constitution en vigueur de la Fédération de Russie.

Le deuxième secrétaire du comité régional du Parti communiste de la Fédération de Russie, Renat Suleymanov, a rappelé que selon la Constitution, la Russie est un État social, ce qui n’a pas empêché que soient prises des mesures antisociales comme la réforme des retraites, l’augmentation de la TVA, de nouvelles taxes sur les travailleurs indépendants, la hausse des prix de l’essence etc.

Il a également rappelé que récemment, à l’initiative de la faction du Parti communiste, les députés de la Douma d’Etat (à l’exception des membres de «ER» – Russie Unie) ont présenté une demande à la Cour constitutionnelle en vue d’abroger la loi sur le relèvement de l’âge de la retraite. Dans l’appel, les auteurs font valoir qu’aucun acte législatif ne peut aggraver la situation actuelle des citoyens et que la « réforme » des retraites met fin au principe fondamental du pays.

 

– Les sentiments de protestation continuent à monter, car la situation sociale de la majorité de la population ne cesse de se dégrader. Les revenus réels ont récemment diminué de 12%. Toutes ces actions du gouvernement russe ont des conséquences – cela se reflète dans les récentes élections. « Russie unie » a été défaite dans plusieurs régions et leur cote est tombée à 31% – ce sont toutes les conséquences de la politique antisociale. Les gens vont continuer à se battre pour leurs droits, et nous continuerons à les aider dans ce domaine, a déclaré Renat Suleymanov.

 

Comme l’a dit Andreï Jirnov, député de l’Assemblée législative, il y a douze ans, les communistes de Novossibirsk avaient publié le Livre blanc de la Constitution, dans lequel étaient soulignés les articles de la loi fondamentale existante du pays.

 

« Les autorités disent que les manifestants ne respectent pas les exigences constitutionnelles, mais les autorités elles-mêmes ne les respectent pas », a noté le communiste. – Lorsque la Constitution a été adoptée, elle posait déjà des questions sur un modèle super-présidentiel, sur le fait que de nombreux droits des citoyens ne sont pas garantis. Aujourd’hui, c’est le malheur de notre État russe actuel et la douleur de la société russe.

 

Le meeting de Novossibirsk rassemblait des gens de différents âges, ceux qui devront supporter les conséquences désastreuses de la « réforme » des retraites et ceux qui ne sont touchés qu’indirectement – les retraités.

 

« Je suis un retraité, et je rendrais volontiers à Poutine le millier de roubles qu’on nous a « ajouté » à notre retraite, si seulement la jeune génération pouvait bénéficier des mêmes droits que nous », s’est indigné Vladimir Lebedev de Novossibirsk.

 

Des manifestants étaient venus avec des affiches en français. Dans la foule, on pouvait entendre des cris: «Bientôt Novossibirsk parlera français!». Selon le député du conseil municipal Sergei Sukhorukov, les événements en France devraient être un signe pour les autorités russes: « Ne serrez pas autant les boulons, car les Russes sont lents au démarrage, mais après on ne les arrête plus ».

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Les héros et le salopard

Cet article magnifiquement traduit par Marianne, dénonce la manière dont l’actuel pouvoir russe, celui des oligarques contre lequel la révolte gronde à cause de la réforme des retraites et l’injustice sociale imposée au peuple russe, celui qui a détruit l’URSS prétend célébrer « le salopard ». Le « salopard » est  celui qui a accompagné le dépeçage de l’URSS, sa vente aux monopoles occidentaux d’une révision de l’Histoire digne de Goebbels qui a transformé la victoire sur le nazisme en dénonciation des crimes imaginaires des héros soviétiques : Alexandre Soljenitsyne. Il faut bien comprendre que cet article n’est pas l’illustration de ce que pensent les seuls communistes russes, mais bien de la majorité de la population qu’indigne la révision de l’histoire qu’il a permis. Il y a eu de nombreuses protestations contre la célébration de son centenaire, des spécialistes de la littérature russe ont protesté sur le fait que l’on ne célébrait pas Tourgueniev ni d’autres écrivains infiniment meilleurs qu’Alexandre Soljenitsyne et que cette célébration avait un caractère purement idéologique. N’ayant pas lu les plus grands livres de ce dernier et n’ayant lu de lui qu’une ignominie antisémite en deux volumes « Ensemble », je me suis interrogée sur son statut de grand écrivain, le livre que je lisais n’ayant pas plus de qualité littéraire qu’une production ordinaire de Stéphane Courtois. Il semble que y compris ce statut d’écrivain majeur soit remis en cause par les Russes, mais sur ce point il est difficile d’intervenir. En revanche, avec l’évolution actuelle de la Russie, la colère qui atteint désormais Poutine jusqu’ici préservé, c’est tout le sort réservé à l’URSS, à son histoire, à ses conquêtes sociales, au rôle bénéfique joué pour l’humanité qui est dénoncé et on accuse le régime actuel de faire le malheur du peuple russe et d’avoir transformé la prestigieuse URSS, en peuple « paria », d’avoir détruit l’immense prestige de la révolution bolchevique, de la victoire contre le nazisme et de la force avec laquelle il a tenu en respect le capitalisme et alors, comme ici, Alexandre Soljenitsyne, devient un propagandiste à la Goebbels. Ce qu’il faut également noter c’est que le parti communiste de la fédération de Russie n’échappe pas aux critiques, on l’accuse de ne pas être assez actif, révolutionnaire… (note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop)

https://orlov-ivan-v.livejournal.com/41886.html?utm_source=vksharing&utm_medium=social

 

Le 11 décembre 2018

 

Au centre de la capitale allemande, dans le Parc de Treptow se dresse un magnifique monument au Soldat-libérateur. Jusqu’ici, nous pouvons honorer nos ancêtres qui se sont battus contre le nazisme allemand du nom de soldats-libérateurs, mais nous sommes désormais supposés célébrer celui qui croyait que nous n’avons pas libéré les peuples de l’Europe, mais que nous leur avons apporté un mal bien pire que le nazisme.

 

Un soldat soviétique vêtu d’une cape tient dans sa main droite une énorme épée à deux mains, abaissée sur une croix gammée nazie. Une petite fille est assise au creux de son bras gauche, étroitement accrochée à la tunique du soldat. Le monument est devenu un symbole de l’humanisme et de la noblesse du peuple soviétique, qui a sauvé le monde entier de la peste brune du XXe siècle tout en refusant de se venger du peuple qui avait généré le nazisme. Le guerrier-libérateur rappelle que l’épée abaissée peut être relevée si le mal misanthropique du fascisme tente de reprendre le contrôle du monde. Le monument est un symbole, mais derrière ce symbolisme se cache l’histoire d’un exploit concret, qui remonte au 30 avril 1945. Ce matin-là, des soldats du 220e régiment de la 79e division de la 8e armée de la Garde sous le commandement du colonel général Vassili Ivanovitch Tchouïkov, deux fois héros de l’Union soviétique, se préparaient à poursuivre l’attaque. Leur tâche consistait à défaire les Allemands concentrés dans le Tiergarten. Une heure avant le début de l’offensive, avant l’aube, le porte-drapeau du régiment, Nikolaï Ivanovitch Massalov, accompagné de deux assistants, a apporté le drapeau du régiment aux avant-postes. Le régiment se préparait à forcer le canal Landover. Dans le silence fragile de la courte trêve, les soldats soviétiques ont soudainement entendu le cri d’un enfant qui appelait sa mère. Laissant la bannière du régiment à ses assistants, Nikolaï Ivanovitch a demandé au commandant du régiment la permission de tenter une sortie pour sauver l’enfant. La permission a été obtenue et le sergent principal est allé vers le pont sur le canal, d’où les pleurs avaient été entendus. Il a rampé à travers la zone minée et balayée par des tirs, utilisant pour se cacher le moindre abri. Alors il a atteint son objectif.

Photo : Nikolaï Ivanovitch Massalov (à droite) avec ses camarades. Mai 1945.

 Vingt ans plus tard, Nikolaï Ivanovitch lui-même a raconté les faits: Sous le pont, j’ai vu une fille de trois ans assise à côté de sa mère tuée. L’enfant avait des cheveux blonds légèrement frisés au front. Elle tirait sa mère par la ceinture et appelait: « Mutter, Mutter! ». Il n’y a pas de temps à perdre. J’ai pris la fille à bras le corps et j’ai filé. Mais elle hurlait! Et moi tout en courant j’essayais de la raisonner: tais-toi, disais-je, sinon tu vas me faire repérer. C’est alors que les nazis ont commencé à tirer. Heureusement que les autres sont venus à la rescousse, faisant feu de partout. J’ai traversé la zone neutre. Je regarde dans une entrée d’immeuble, dans une autre – pour donner l’enfant à des Allemands, à des civils. Mais tout était vide, pas une âme. Alors je suis allé directement à mon quartier général. Les camarades m’ont entouré en riant: 

– Fais nous voir ton « prisonnier de guerre ». Et eux-mêmes, sortant qui des biscuits, qui des galettes en offrent à la petite fille, la rassurent. Je l’ai confiée au capitaine, enveloppée dans ma tente-manteau, et il lui a donné de l’eau à boire. Et puis je suis retourné à mon drapeau.

En sauvant cette petite fille allemande, comme l’a rappelé plus tard le commandant de régiment Ivan Paderine, Nikolaï Massalov a été blessé à la jambe, mais il n’a pas jugé nécessaire d’en parler avant l’offensive.

Après la guerre, Nikolaï Ivanovitch est retourné dans son pays natal, dans la région de Kemerovo. Il ne pouvait plus travailler comme mécanicien, les blessures de guerre se ressentaient. Après avoir déménagé dans le village de Tiajine, Nikolaï Ivanovitch a trouvé sa voie: il est devenu intendant dans un jardin d’enfants.

Photo : Enfants allemands sauvés par des soldats soviétiques dans un ancien camp de touristes à Ostrau, fin 1945.

Pourquoi son exploit n’a-t-il été connu que près de deux décennies plus tard? Même les voisins ne réalisaient pas qu’ils vivaient à côté d’un héros. Tout simplement parce qu’il était modeste. Nikolaï Ivanovitch lui-même ne considérait pas son acte comme un exploit. Il était convaincu qu’à sa place, n’importe quel soldat soviétique aurait fait de même. La célébrité est venue à Nikolaï Ivanovitch seulement lorsque Vassili Ivanovitch Tchouikov a relaté son exploits dans les pages du journal Krasnaya Zvezda [Etoile rouge, journal de l’Armée] en 1964 et cet exploit a été à l’origine du monument au Soldat-Libérateur. Peut-être que ce même article était la raison qui a poussé les journalistes allemands du journal «Junge Welt» à commencer la recherche de la petite fille sauvée par Nikolaï Ivanovitch. À la suite de leurs recherches, il apparut que l’acte de Nikolaï Ivanovitch n’était en réalité pas un phénomène unique dans le comportement des soldats soviétiques. Selon le témoignage du journaliste B. Zeiske, 198 personnes ont déclaré avoir été secourues par des soldats soviétiques. Le journaliste Rudy Pschel a publié une photo prise à la fin de 1945 dans une ancienne auberge de jeunesse à Ostrau. La photographie représente 45 enfants allemands, qui ont presque tous survécu grâce aux soldats de l’armée rouge.

 

«Ainsi, rien que dans ce petit coin de la RDA, j’ai trouvé confirmation de ce dont parlaient des dizaines de lettres. Il y avait beaucoup, beaucoup d’enfants qui devaient leur salut aux soldats russes », se souvient Rudy Pschel. Le maréchal de l’Union soviétique, Ivan Stepanovitch Konev, décrit dans ses «Notes du commandant du front» le soldat soviétique: La victoire n’a pas été obtenue facilement. L’ennemi était fort et rusé. D’autant plus grand est le mérite du soldat soviétique – le héros du miracle. Nous lui devons notre victoire. Le mot « soldat » est collectif: il s’agit à la fois d’un soldat du rang, d’un sergent, d’un officier, d’un général ou d’un maréchal – tous les combattants de première ligne et les partisans. La force morale du soldat soviétique manifestée dans la guerre est extraordinaire. Elle s’incarnait dans sa valeur, son courage et son héroïsme. Notre soldat a bravement attaqué l’ennemi, sans hésitation, il s’est engagé dans une bataille meurtrière, ouvrant la voie à la victoire, au nom de la vie sur terre. Il était courageux au combat, sévère et généreux. Et quel dévouement et quel humanisme notre soldat a montré dans la campagne de libération quand il a sauvé les peuples de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Roumanie, de Hongrie, de Bulgarie, de Yougoslavie et d’Allemagne du joug fasciste! C’est là que la grandeur de son esprit s’est manifestée. Avec une force remarquable, la noblesse du soldat soviétique vainqueur a été reflétée dans le monument du sculpteur soviétique Evgueni Viktorovitch Voutchetitch au parc Treptow à Berlin.

Photo : Le Maréchal de l’Union soviétique Ivan Stepanovitch Konev

Le poète soviétique George Roublev a écrit un poème sur le monument au soldat-libérateur soviétique:

C’était en mai, à l’aube. La bataille faisait rage sous les murs du Reichstag.

 Une fillette allemande a été remarquée 

Par notre soldat sur le trottoir poussiéreux.  

Sous un pilier, frissonnant, elle se tenait 

Dans ses yeux bleus s’était figée la peur. 

Et les morceaux de métal sifflant 

La mort et le tourment semaient tout autour.  

Alors il se souvint que cet été 

Il a embrassé sa fille dans un adieu.

 Peut-être que le père de cette fille

 A tué la sienne là-bas.  

Et pourtant, à Berlin, sous les tirs

 Le guerrier rampa et la protégeant de son corps

 Cette fille dans sa courte robe blanche Il l’a soigneusement sortie du feu. 

 Et la caressant de la paume de la main Il l’a doucement posée au sol.

 On dit que dans la matinée, le maréchal Konev A rapporté cette histoire à Staline.  

Combien d’enfants ont retrouvé l’enfance

 La joie et le printemps Grâce à l’Armée Soviétique

 L’armée qui a gagné la guerre!  

Et à Berlin, un jour de Fête, Il a été construit pour l’éternité, 

Un Monument au soldat soviétique Avec la fille sauvée dans ses bras.

  Il est un symbole de notre gloire, 

Comme un phare qui brille dans la brume. 

C’est lui, le soldat de mon pays, 

Qui protège la paix sur la Terre.

 

Tout ce qui est écrit ci-dessus peut encore être raconté à la jeune génération en tant que ligne directrice morale dans un monde où nos ancêtres étaient clairement du côté du bien et se sont battus pour un monde lumineux. Ce n’est que lorsque le nom de Staline est mentionné qu’il est nécessaire de faire la réserve invariable que, dans notre pays, tout n’était pas parfait et même non seulement pas bon, mais très mauvais.

 

En regardant la pompe avec laquelle les autorités russes actuelles célèbrent le centenaire d’Alexandre Soljenitsyne, il devient évident que nos enfants se verront bientôt proposer de vénérer d’autres héros. Ceux qui ont combattu sous les bannières nazies et qui sur leurs vestes militaires portaient des insignes aux couleurs du drapeau russe moderne (1). Notre élite dirigeante aussitôt après la mort de Soljenitsyne, par la bouche de ses représentants de haut rang, a déclaré que l’écrivain avait laissé une idéologie conservatrice sur laquelle la Russie se tient et qui est celle du parti au pouvoir, Russie unie. Alors, quelle est cette idéologie, comment notre passé récent se présente-t-il?

Il n’y a pas place ici pour la Victoire du peuple soviétique dans la Grande Guerre patriotique. Comme il ne peut y avoir aucune place pour honorer la victoire contre le mal.

Pour Soljenitsyne, le communisme était le mal ultime et final. Le fascisme, selon Soljenitsyne, n’était rien par rapport à lui.

«Sur toute la planète et dans toute l’histoire, il n’y a pas eu de régime aussi pervers, sanglant et aussi trompeur que le régime bolchevik, qui se faisait appeler « soviétique ».

Ni par le nombre de personnes torturées, ni par l’enracinement dans le temps, ni par la visée historique, ni par le totalitarisme unifié, aucun autre système terrestre ne peut lui être comparé, ni même l’amateurisme d’Hitler, qui a si longtemps obnubilé l’Occident », écrit Soljenitsyne dans l’Archipel du Goulag.

De l’avis du lauréat du prix Nobel, le peuple russe n’était pas seulement asservi par des forces maléfiques venues de l’extérieur, mais il était lui-même prêt à se rendre au « monstre ».

«Si le communisme a pu s’implanter en Russie, à Cuba ou en Abyssinie, cela signifie qu’il y avait suffisamment de gens parmi le peuple de ces pays pour mener à bien ses cruautés, et le reste du peuple ne pouvait pas résister. Et tous (souligné par Soljenitsyne) sont à blâmer à ​​l’exception de ceux qui sont morts en résistant  » (extrait d’un article du magazine l’Express du 15 janvier 1982, »La leçon principale »).

Le peuple russe et les autres peuples de l’URSS, courbés dans la souffrance et dénaturés sous le joug du communisme, dans le « monde » de Soljenitsyne,  ont été victorieux par manque de choix. « Hitler n’a pas combattu le communisme comme un fléau idéologique, mais pour capturer et soumettre les peuples de l’URSS – et le peuple a été contraint de se protéger, de défendre et de sauver le communisme », écrit Soljenitsyne dans l’article « Le communisme à la fin de l’ère Brejnev » pour le journal japonais Yomiuri en septembre 1982.

Si nous prenons comme argent comptant tout ce que l’auteur écrit dans «l’archipel du Goulag», il devient alors absolument incompréhensible que le peuple ait pu vaincre un ennemi puissant. Dans le monde de Soljenitsyne, le peuple russe était impatient de se libérer du communisme, ce que les Allemands étaient censés apporter. Ils ont en effet effectué cette «libération»: le Dr Goebbels ne disait pas mieux.

Photo : Propagande de Goebbels pendant la Grande Guerre patriotique

 

À la suite de ses « recherches », Soljenitsyne en vient naturellement à la conclusion: les héros ne sont pas les esclaves qui ont honteusement préféré le Goulag à Auschwitz, mais ceux qui ont pris les armes et « combattu le communisme »: Vlassov, Krasnov, les polizai, les formations de Bandera, les nazis baltes, etc.

«Je me ferai un devoir de dire: notre peuple ne vaudrait rien, il serait resté un peuple d’esclaves sans espoir, s’il avait manqué dans cette guerre de secouer le gouvernement stalinien même de loin avec un fusil, s’il avait raté l’occasion de jurer contre le vénéré Père» – écrit Soljenitsyne sur le rôle des pro-nazis dans son « impérissable » « Archipel du Goulag. »

Dans le monde de Soljenitsyne, nos ancêtres qui ont combattu le nazisme ont dévasté et violé l’Europe, ils n’ont pas apporté la libération du fascisme avec leurs baïonnettes, mais un mal différent – «l’esclavage du communisme».

Une place. Amoncellement de voitures. 

Ils vivaient richement, ces diables!

 La voilà la FETE DU SOLDAT INCONNU! 

On boit le schnaps au goulot, On bourre les smokings dans des colis

 Que demander à la piétaille?

 Quelqu’un monte une pouliche, Un autre baptise le ciel avec un brandon. 

On rôde, on festoie, on pille. Les visages suent, les visages brillent. 

Dans le feu d’or brûlé, S’écroule le toit de la grange. 

De sous d’autres toits sombres 

Roule de la fumée noire – Ce que nous avons conquis par le sang Nous ne le laisserons à personne! 

Quelqu’un, les mains écartées, 

En courant, attrape des poules, – 

Et partout la pioche élève

Son ajouré gothique. 

Qu’il fait chaud et qu’il fait clair, Comme au soleil 

Comme en plein jour! 

Comment glisser une pioche sous la voûte, Là, sous la fenêtre du haut ?

 Festin et pouvoir! Chaos exultant!

 Rien ne chagrine l’âme! Quelqu’un a enfoncé la porte d’une auberge.

 Et que voit-on–un piano !! Il ne passe pas dans la porte

– et que je Te tape avec une pelle sur les cordes: «Oh, saloperie!

Donc nous Ne t’aurons pas, nous les combattants? Je ne le laisserai pas à Voentorg,

 Au quartier-général et aux intendants! » 

Quelqu’un erre nonchalant, Plein comme un sac et excité,

 Et à grands coups de bâton Casse les vitres bruyamment 

«Où je suis passé, je ne reviendrai pas! Cassez le cristal, émiettez la vaisselle, Que l’on se rappelle le fier jeune homme! 

Bon ou mauvais, Yankee Doodle, Lam-tsa-dritsa! lam-tsa-tsa!

Il tire et tire comme un entrepôt de cartouches,

Les tuiles sur son passage. 

Le long du village brûlé, 

Eclairé par la lumière rouge, Vanka, content de lui

Fait gueuler son accordéon: « Chaaangez-moi quarante millions Et achetez-moi un billet pour Sergatch !! »

Ses doigts courent sur les frettes, Et les vaches meurent 

Gémissant lamentablement. « Mon frère a payé de sa vie, J’aurais pu payer aussi …

“En voiture! Arrêtez les gars! Il y en a encore plus loin !! ..

C’est un extrait du poème Nuits de Prusse orientale de Soljenitsyne. Plus loin, Soljenitsyne décrit comment, au titre de vainqueur, il sollicita les faveurs charnelles d’une femme allemande. Dans le même style, il dépeint tous les soldats soviétiques: «Cela faisait déjà trois semaines que la guerre se déroulait sur le territoire de l’Allemagne et nous le savions tous bien: si les filles étaient allemandes, elles pouvaient être violées, puis fusillées, ce qui représentait presque un exploit guerrier ; s’il s’avérait qu’elles étaient polonaises ou des russes en captivité – on pouvait dans tous les cas les faire se promener nues dans le jardin et leur donner une claque sur les cuisses – une plaisanterie amusante, pas plus « , déclare Soljenitsyne dans l’archipel du Goulag.

Comme notre lauréat du prix Nobel présente une ressemblance touchante avec un autre propagandiste – Joseph Goebbels! «Dans les villages et les villes, toutes les femmes âgées de dix à soixante-dix ans ont été victimes d’innombrables viols. Il semble que cela se fasse par ordre supérieur, car à travers le comportement d’un soldat soviétique on peut entrevoir un système explicite », écrivait Goebbels dans son journal le 2 mars 1945.

Les deux mentent. À la fin du mois de janvier 1945, les commandants du front, Joukov, Rokossovsky et Konev, ont ordonné que le recours à la violence contre la population civile soit interdit. Le comportement que le propagandiste nazi et le flambeau de l’élite russe ont attribué à nos soldats est considéré comme un crime passible de sanctions appropriées. En fait, il y a deux mondes opposés: le monde dans lequel Nikolaï Massalov a vécu et le monde que dépeint Alexandre Soljenitsyne. Dans le monde de Nikolaï Massalov, les Soviétiques se sont portés volontaires pour le front, se sont battus et sont morts pour leur patrie. Dans le monde de Soljenitsyne, ils ont rencontré l’ennemi avec du pain et du sel, se sont volontairement engagés pour la police, ont retourné leurs armes contre leur gouvernement. Lorsque Nikolaï Massalov s’est libéré de l’encerclement pour reprendre le combat, Soljenitsyne a cherché un emploi dans une école d’officier, craignant d’être sur la ligne de front. Lorsque Nikolaï Massalov s’est battu à Mamayev Kurgan à Stalingrad, Soljénitsyne, à l’école des officiers, s’est « exercé à une démarche de tigre» et toléré toutes sortes d’ «humiliations» des instructeurs, juste pour éviter d’être à Stalingrad. Lorsque Nikolaï Massalov s’est battu sur la ligne de front, au sein du régiment de gardes libérant l’Ukraine, Soljenitsyne a apprécié la compagnie de son épouse, qui est arrivée sur les lieux de l’unité militaire avec de faux documents. Lorsque Nikolaï Massalov parcourait la ligne de front avec la bannière du régiment, Soljenitsyne, en Prusse-Orientale, se livrait à ce qu’il a décrit de manière odieuse dans ses poèmes. Nous vivions dans le même monde que Nikolaï Massalov, mais une intelligentsia soviétique, ou plutôt – antisoviétique, nous a transportés dans le monde d’Alexandre Soljénitsyne. Nous avons cru que ce monde n’était pas le fruit de l’imagination malade d’un bâtard haïssant le communisme, mais la réalité. Le gouvernement actuel a besoin de Soljenitsyne comme de l’air. Non seulement pour justifier les actions de ses prédécesseurs, visant à la destruction de l’URSS, mais aussi, et surtout, pour empêcher le renouveau des idées communistes parmi le peuple, ce qui enlèvera inévitablement le pouvoir et la propriété aux nouveaux riches. Par conséquent, il est possible le 9 mai de parler hypocritement de la Victoire, de héros qui ont défendu la liberté et l’indépendance de notre patrie, et de propager tous les autres jours les idées de repentance pour les réalisations de nos ancêtres et d’honorer d’autres « héros » dans la conscience publique.

(1) On ne le sait pas trop, mais le drapeau russe actuel était utilisé par l’armée de Vlassov

 

 

Pologne : les effets paradoxaux de l’anticommunisme par JACQUES KMIECIAK*

Depuis le retour au pouvoir du parti Droit et Justice (PiS), l’accélération du processus dit de « décommunisation » via des débaptisations de rue est de mise au-delà de l’Oder. Cette campagne de diabolisation du passé récent de la Pologne suscite de vives réactions, notamment, dans le nord de la France.

Dès 1990 et la restauration du capitalisme en Pologne, la « décommunisation » revêt divers aspects, tant économiques (privatisation des entreprises, des logements), stratégiques (adhésions à l’OTAN puis à l’Union européenne), administratifs (lois de lustration de 1997 et 2006 visant à interdire l’accès à la fonction publique d’anciens « collaborateurs du régime ») que politiques (interdiction des symboles communistes en 2009).

Le souci de réappropriation de l’espace public par les tenants du libéralisme se traduit aussi par une première vague de débaptisations de rues et places évoquant le mouvement ouvrier. Exit les rues portant le patronyme de Rosa Luxembourg, militante féministe et pacifiste, théoricienne du marxisme ; déboulonnées les statues de Lénine, le père de la révolution d’Octobre. Fleurissent alors les artères à la gloire de Jean-Paul II, le chef de l’Église catholique, du général Władysław Anders, héros de la bataille du Monte-Cassino et croisé de l’anticommunisme, ou encore du maréchal Józef Piłsudski, « père » de l’indépendance recouvrée en 1918 et dirigeant, de 1926 à sa disparition en 1935, d’une Pologne sombrant dans l’autoritarisme.

Réécriture de l’Histoire

Depuis le retour au pouvoir, à l’automne 2015, du parti Droit et Justice (Prawo i Sprawiedliwość, PiS) de Jarosław Kaczyński, cette campagne dite de « décommunisation » gagne en intensité. Même si ce concept doit être mis entre guillemets tant « le mot communisme n’a pratiquement plus été utilisé en Pologne depuis la Seconde Guerre mondiale jusque dans les années 1980 puisque le régime était ‘socialiste’. À ce moment, les courants d’opposition les plus pro-libéraux ou nationalistes l’ont repris pour désigner ‘le régime’ et ses partisans sous un angle péjoratif. Ce terme a constitué après 1989 un élément de légitimation et de recherche d’un ennemi pour le nouveau régime, toutes orientations confondues. Simultanément a commencé une réécriture de l’histoire, dans les manuels scolaires notamment, et de la symbolique visuelle du pays (monuments, noms de lieux, etc.) », précise l’historien Bruno Drweski(1).

Le jusqu’au-boutisme du PiS

Désormais, le PiS imagine parachever l’œuvre amorcée il y a près de trois décennies. Ainsi en septembre 2016 entrait en vigueur une loi interdisant toute référence au « communisme » dans l’espace public. Les collectivités locales ont alors un an pour changer les noms des rues et places évoquant des « personnes, organisations, événements ou dates qui symbolisent le communisme ». Il s’agit de bannir de l’espace public toute référence à la Pologne populaire (1944 – 1989). Mais pas seulement. Opposants au tsarisme au début du XXe siècle, combattants du fascisme en Espagne, résistants à l’occupant nazi, pour peu qu’ils aient été porteurs d’un idéal d’émancipation, aucun militant n’échappe à la stigmatisation du PiS et de son bras idéologique, l’Institut de la mémoire nationale (Instytut pamieci narodowej, IPN) qui a établi sur son site Internet une « liste noire » d’indésirables. Comme s’il s’agissait de « nier toute la tradition de la gauche radicale polonaise », souligne l’universitaire Pawel Sekowski de Cracovie(2).

Fonctionnant comme un véritable « ministère de la Mémoire », selon la terminologie empruntée à l’univers orwellien, l’IPN ambitionne la réécriture de l’histoire de la Pologne dans un sens ultranationaliste et clérical.

*

Écho hexagonal

Rien d’étonnant cependant à cette offensive sans précédent à l’heure où « une majorité de citoyens polonais continue à considérer que le bilan de la Pologne populaire est positif » et où la crise « économique et sociale commence à être de plus en plus mal supportée », poursuit Bruno Drweski.

Moins attendue peut-être, cette campagne de démonisation du passé socialiste de la Pologne a suscité une levée de boucliers dans le nord de la France. Et pour cause : en effet, dès l’entre-deux-guerres, des liens privilégiés y ont été noués avec le pays de Mickiewicz. Au cœur d’un bassin livré, jadis, à l’exploitation charbonnière et où vivent des milliers de descendants d’immigrés polonais venus dans l’entre-deux-guerres relancer la production charbonnière(3), des voix se sont élevées contre la volonté des autorités polonaises de revisiter l’histoire.

Ici, l’attention de la population s’est portée sur la Silésie où, dès 1945, ont été rapatriés des centaines de mineurs polonais soucieux de participer au redressement d’une Pologne meurtrie par six années d’occupation nazie et les combats de la libération(4).

La mémoire de la Résistance affectée

Sous l’impulsion de l’IPN, la municipalité de Walbrzych (Basse-Silésie) a d’emblée envisagé de débaptiser la rue de la Famille Burczykowski, du nom de résistants de Sallaumines (Pas-de-Calais). Le père est mort à Sachsenhausen (Allemagne) où il a été déporté en raison de sa participation à la grève patriotique des mineurs de charbon de mai-juin 1941. Trois de ses fils ont été assassinés par les nazis qu’ils ont combattus les armes à la main. Sur la sellette également, Bronislaw Kania des Francs-tireurs et partisans (FTP), décapité à la prison de Cuincy, près de Douai, en 1943. Idem pour le syndicaliste de la CGT Thomas Rabiega qui, du temps du Front populaire, s’était illustré sur les carreaux de fosse en grève. Au cœur du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, le choc est immense. Et l’incompréhension totale. « Comment osent-ils toucher à la mémoire de héros de la lutte antinazie ? », se demande-t-on.

Le maire (PCF) de Sallaumines, Christian Pedowski, écrit alors à Roman Szelemej, son homologue de Walbrzych, pour lui signifier qu’ici le nom des Burczykowski « symbolise la résistance à l’occupant nazi dont votre pays comme le nôtre ont eu tant à souffrir. L’engagement de ces Francs-tireurs et partisans était un modèle d’abnégation. Il a largement facilité les conditions de la libération de notre territoire. Prétendre débaptiser cette rue, ce serait faire offense à la mémoire commune franco-polonaise de la résistance au nazisme, mais ce serait aussi s’attaquer au prestige de la France en Basse-Silésie ».

En février 2017, l’association Les Amis d’Edward Gierek lance l’Appel des 133(5), signé par des parlementaires, d’anciens résistants et autres syndicalistes et envoyé à l’ambassadeur de Pologne en France. Il lui est demandé de « bien vouloir signifier aux autorités compétentes notre volonté de conserver intacts ces témoignages de la France combattante au cœur des Sudètes ». Celui-ci restera cependant silencieux.

L’A21 rebaptisée aux couleurs de la Pologne

Le 8 juillet 2017, l’A21 qui relie Lens (Pas-de-Calais) à Denain (Nord) est inaugurée et baptisée « Autoroute de la Liberté Rabiega/Kania » à l’initiative du maire d’Auby (Nord), Freddy Kaczmarek(6). Tout un symbole quand on sait que cette voie est empruntée par les touristes qui se rendent des villes du Nord-Pas-de-Calais vers la Pologne ! Pour F. Kaczmarek, il s’agit de « libérer la Pologne » qui semble renouer avec ses démons d’avant-guerre : « Je pense que ce qui se produit en Pologne est une deuxième exécution de ces résistants qui ont donné leur vie pour notre liberté. Ils ont été exécutés une première fois par les nazis. Et ils sont exécutés aujourd’hui une deuxième fois par le gouvernement polonais », s’indigne le maire.

Ni l’ambassade de Pologne en France, ni le consul de Pologne à Lille, pourtant invités, ne participent à cette cérémonie. Cette mobilisation portera néanmoins en partie ses fruits puisque la municipalité de Walbrzych renoncera finalement à débaptiser les rues de la Famille Burczykowski et Kania. Thomas Rabiega, lui, ne bénéficiera pas de la même mansuétude.

Pour la sauvegarde du rond-point Gierek à Sosnowiec

En Pologne même, des résistances se font jour. Ainsi, la population de Gdańsk se mobilise pour le maintien de la rue de la Brigade Dabrowski, une unité combattante qui a accueilli, au service des Républicains, une majorité de volontaires polonais pendant la guerre civile en Espagne. Idem à Katowice pour le général communiste Jerzy Ziętek (1901 – 1985), homme fort de la Silésie des années 1960-70.

En juin 2017, à Sosnowiec (Haute-Silésie), la population s’est prononcée par référendum, à une large majorité, contre la débaptisation du rond-point Gierek.

Edward Gierek (1913 – 2001) contribua comme dirigeant de la Pologne populaire à l’essor de la Silésie, où sa popularité reste forte. Avant la Seconde Guerre mondiale, il avait travaillé dans les mines de charbon en France, jusqu’à son expulsion de Leforest (Pas-de-Calais) en août 1934 pour cause de participation à une grève. La nouvelle de ce projet de débaptisation a suscité une levée de boucliers dans la région et, en décembre 2017, Christian Musial, le maire PS de Leforest (dont E. Gierek est « citoyen d’honneur » depuis 1972) a écrit en ce sens à son homologue de Sosnowiec. Puis F. Kaczmarek, décidément à la pointe de la contre-offensive, a pris, le 13 juillet 2018, l’initiative de l’inauguration d’une rue Edward-Gierek dans sa ville d’Auby. Une cérémonie qui s’est déroulée en présence d’Adam Gierek, le propre fils d’Edward, aujourd’hui député européen, et de Wilhem Zych, président du Conseil municipal de Sosnowiec. Quelques jours plus tard, la municipalité de Sosnowiec a fait appel devant la Cour administrative centrale de Varsovie de la décision du préfet de Silésie d’imposer le changement de nom du rond-point ! À ce jour, personne n’a osé toucher à la plaque, c’est le statu quo.

Des parcours militants remis en lumière

Au final, cette campagne de diabolisation du passé « populaire » de la Pologne aura, et c’est bien là le paradoxe, remis en lumière les parcours de militants plus ou moins tombés dans l’oubli comme les Burczykowski, Bronislaw Kania ou Thomas Rabiega. Une vraie dynamique est aussi née de cette mobilisation contre les débaptisations. Elle a ainsi logiquement conduit ses acteurs à s’intéresser aux autres facettes de la campagne anticommuniste orchestrée par le gouvernement polonais. Et, notamment, à prendre position contre la démolition des monuments érigés à la gloire de l’Armée rouge « libératrice » du pays en 1944-45 ou à s’élever contre les menaces de délégalisation du Parti communiste polonais dont trois militants, accusés de faire de la propagande pour un régime totalitaire, restent poursuivis par la Justice polonaise.

Notes :

(1) Courriel de Bruno Drweski à Jacques Kmieciak. 7 janvier 2017.

(2) Interview téléphonique de Pawel Sekowski par Jacques Kmieciak. juin 2017.

(3) Janine Ponty, Polonais méconnus. Histoire des travailleurs immigrés en France dans l’entre-deux-guerres, Éd. de la Sorbonne, Paris, 1990, 474p.

(4) Jacques Kmieciak, « 1946 – 1948. Le ‘grand retour à la maison’ des mineurs polonais du Nord », Gauheria, décembre 2016, pp. 53-61.

(5) Le texte est disponible sur le site de l’Humanité.

(6) La Voix du Nord, 8 juillet 2017.

Vignette : inauguration de la rue Edward Gierek, à Auby, le 13 juillet 2018 (crédit photo : Service communication de la ville d’Auby).

* Journaliste, spécialiste de l’immigration polonaise, auteur de Pologne. J’écris ton nom Liberté, Éd.Nord Avril, Bouvignies, 2018, 102 p.

http://regard-est.com/pologne-les-effets-paradoxaux-de-lanticommunisme?fbclid=IwAR23gSVEJaZ_41KfrXKZ0TRfxtbtKbfdpsZ9sRVy5xsWTTcncFYhaiblaCQ

 

 
 

Il est effrayant d’imaginer ce qu’aurait donné en Chine un gouvernement à la Medvedev

IСтрашно подумать, что бы сделали сегодня в Китае с правительством Медведева

Comment on se fait « une place au soleil » en Chine et en Russie

Alexander Sitnikov

Photo: ArtemKorotaev / TASS

http://svpressa.ru/society/article/218142/

 

La chaîne de télévision CNBC, très populaire aux États-Unis, a récemment annoncé que le cofondateur du géant du commerce électronique Alibaba Group Holdings Ltd. (ou tout simplement Alibaba) Jack Ma est membre du Parti communiste chinois depuis les années 1980. Cela est indiqué dans un rapport spécial « honorifique » du gouvernement, qui répertorie les Chinois dont la contribution au développement du pays est la plus importante.

 

À cette occasion, la chaîne de télévision CNBC a étudié toutes les publications sur le milliardaire Ma dans les médias chinois et a trouvé un message de son camarade de classe repris sur des réseaux sociaux, qui évoquait le souvenir d’études conjointes à l’université. «Nous avons tous adhéré au parti en deuxième et troisième année d’université. A l’époque rejoindre le parti signifiait non seulement que vous étiez un bon élève, mais également que vous aviez de l’intégrité, de la capacité organisationnelle, de l’enthousiasme et de l’idéalisme », explique le compte rendu de CNBC.

 

C’est curieux, car de nombreux analystes économiques aux États-Unis ne croyaient pas en l’appartenance de Ma au Parti communiste chinois, même si, en 2015, des sites Web en langue chinoise affirmaient qu’il était communiste. Selon les normes américaines, un fervent partisan du léninisme et du maoïsme ne peut pas gagner un milliard. À l’étranger, ils croient fermement que seuls les requins du capitalisme entrent dans le club des milliardaires, pour lesquels faire du profit est le sens de la vie.

 

Outre le cofondateur d’Alibaba, les PDG non membres du parti de Tencent (holding d’investissement) et Baidu (équivalent chinois de Google), Pony Ma et Robin Li, figurent sur la liste des dirigeants du secteur économique de la haute technologie non étatique de l’Empire du Milieu. Ainsi, il n’y a pas que la carte de membre du parti qui ouvre les portes de « la grande vie » en Chine.

 

À cet égard, un certain nombre de questions se posent, dont la principale est toujours d’actualité: qu’est-ce qui est mieux – le capitalisme ou le socialisme (communisme)? En effet, après l’effondrement de l’URSS, la majorité absolue des simples citoyens occidentaux n’a aucun doute sur le fait que l’Union soviétique s’est effondrée à la suite d’une faillite idéologique. Et aujourd’hui, il s’avère que la Chine communiste réfute avec succès ce point de vue. Ainsi, tout ce qui s’est passé dans notre pays dans les années 80/90 du siècle dernier a été la conséquence de décisions prises par certains dirigeants et d’erreurs commises dans la politique économique.

 

Le communiste Jack Ma est donc le grand entrepreneur le plus titré de Chine, et sa société contrôle une activité dont la valeur totale se monte à 6 500 milliards de dollars. Selon les estimations de la société de recherche mondiale Wealth-X, il y aurait environ trois mille milliardaires dans le monde aujourd’hui, dont 680 citoyens des États-Unis et 338 de la Chine. UBS Bank a cité un autre chiffre significatif: en 2017, un nouveau milliardaire est apparu dans l’empire du milieu tous les deux jours. Les Chinois eux-mêmes, d’ailleurs, affirment qu’actuellement 819 milliardaires vivent en RPC – plus qu’aux États-Unis.

 

Mais il est essentiel de noter qu’en Chine, la formule clé du capitalisme moderne ultra-droit (le modèle américain) quand les riches s’enrichissent, et les pauvres s’appauvrissent, n’a pas cours. Depuis le début des réformes de Deng Xiaoping, plus de 700 millions de Chinois ont été arrachés à la pauvreté. Ainsi, les hommes d’affaires en Chine sont non seulement efficaces, mais aussi socialement responsables.

 

Dans son discours de l’année dernière, le président Xi Jinping a déclaré que la modernisation socialiste signifiait que la RPC devenait le leader mondial non seulement en matière d’innovation, mais également en matière de droit. De ce fait, le modèle de gestion chinois est en passe de devenir le plus attractif au monde. En d’autres termes, les gens vivront dans des conditions agréables, tout le monde aura accès aux services publics de base et l’inégalité des revenus, en particulier entre les zones urbaines et les zones rurales, sera réduite. L’environnement sera également considérablement amélioré.

 

Même la Banque mondiale est obligée de reconnaître les succès phénoménaux de la Chine dans «la réduction sans précédent de la pauvreté dans l’histoire de l’humanité». Si nous prenons comme critère de pauvreté le revenu minimum, qui garantit à une personne une alimentation de 1 000 calories par jour et les produits de première nécessité, en 1981, en République populaire de Chine, 63% de la population se situait sous le seuil de pauvreté national. Mais en 2018, ces personnes démunies ne sont plus que 30 millions, sur 1,37 milliard de citoyens. Un peu plus de 2% de la population.

 

Des études statistiques indépendantes de l’institut Gallup confirment les conclusions de la Banque mondiale selon lesquelles la pauvreté en Chine est passée de 26% en 2007 à 7% en 2012, puis continue de diminuer. Très probablement, en 2020, la République populaire de Chine parviendra à éliminer complètement la pauvreté en tant que phénomène social.

 

Alors que dans notre pays, même selon les données officielles, environ 15% de la population vit sous le seuil de pauvreté, soit 9 700 roubles par personne et par mois. La plupart des Russes d’âge moyen et plus âgés, qui semblent vivre assez bien, ont une maison gratuitement – en tant qu’héritage «soviétique». S’ils devaient payer un loyer, ou acheter des appartements avec une hypothèque, comme le font la grande majorité des Chinois, la Fédération de Russie souffrirait de pauvreté et de misère.

 

Dans le même temps, la réduction de la pauvreté en RPC s’est déroulée en 4 vagues, parallèlement à la lutte contre la corruption. La défaite des clans bureaucratiques véreux, ainsi que de leurs épouses «opulentes», voire de leurs mères âgées, d’autres parents et amis, s’est toujours accompagnée de l’émergence de nouveaux entrepreneurs plus efficaces et, surtout, socialement responsables. La croissance constante du bien-être de la population est devenue un fait accompli.

 

Pour plus de clarté, nous citerons plus de faits. Selon l’indice Medina et Schneider (2018), établi par le portail Theglobaleconomy.com, en République populaire de Chine l’économie « de l’ombre » représente environ 11,74% du PIB, autant qu’en France et en Suède. À titre de comparaison: Medina et Schneider (2018) en Israël représentent 19,18%, en Ukraine 57%, en Géorgie 53,07%, en Russie 31,04%.

 

C’est le moment de revenir au succès de la société Alibaba, dont l’essor s’est produit de 1999 à 2010. C’est à cette époque que les progrès de la Chine en matière d’amélioration du bien-être de ses citoyens ont permis d’assurer plus des trois quarts de la réduction de la pauvreté dans le monde. Cela s’est produit juste au moment où le gouvernement du président précédent, Hu Jintao, a mené une guerre sans merci contre les fonctionnaires corrompus, y compris au sein des forces de l’ordre. Ceux qui entravaient la légalité des affaires ont été fusillés en public.

 

Lors du XVIIIe Congrès du Parti communiste chinois, Hu Jintao, transférant le pouvoir à Xi Jinping, a déclaré : «Si nous ne résolvons pas le problème de la corruption, cela aura de lourdes conséquences pour le mouvement communiste. Cela pourrait conduire à la chute du parti.  »

 

Ainsi, l’expérience de l’Empire céleste prouve clairement la nécessité d’un changement des élites, en tant que gage de «purification des officiels corrompus» et de nouvelles opportunités pour les hommes d’affaires efficaces, tels que Pavel Groudinine. Sinon, le mécanisme de sélection négative est activé, ce qui, hélas, est observé dans notre pays, où les riches deviennent plus riches et les pauvres, plus pauvres. En d’autres termes, le gouvernement actuel de Medvedev condamne au mieux l’économie russe à la stagnation et le plus probablement au déclin.

 

traduction MD pour H&S

 
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Publié par le décembre 10, 2018 dans Chine, Europe, HISTOIRE, INTERNATIONAL

 

Pavel Orekhov: les leçons du mouvement social en France : une vision d’un communiste russe

09-12-2018, l’auteur de l’article un peu rude, il faut bien l’avouer n’est pas une voix officielle du parti communiste de la fédération de Russie mais un auteur très intéressé par les mouvements sociaux et pas seulement en France. Marianne me signale que tous les commentaires manifestent leur contentement devant l’attitude des Français, et l’un des commentaires souligne que dans le fond les reproches que l’article adresse au parti communiste français pourraient être adressés au parti communiste russe actuel (note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop)

https://kprf.ru/party-live/opinion/180994.html

 

En soi, les mouvements sociaux en France ne sont pas rares. Dans le cadre du mouvement des « Gilets jaunes », cette action n’est pas non plus la première. Cependant, elle se distingue par un certain nombre de caractéristiques qui la mettent bien au-dessus de toutes les précédentes.

 

  1. Les exigences politiques sont venues remplacer les exigences économiques. Les manifestants ont déjà réussi à geler les prix du carburant, mais en réponse aux concessions du gouvernement, ils ont déclaré qu’il fallait renvoyer ce gouvernement et le président avec, améliorer le niveau de vie des travailleurs et restituer les garanties sociales qui leur ont été retirées ces dernières années. Les gens réclament la justice sociale.

 

  1. La manifestation a dépassé le stade étroit des premières revendications et a acquis un caractère de classe. Le mouvement des «gilets jaunes» a été rejoint par de larges couches de masses exploitées. Des lycéens et étudiants, des médecins, des agriculteurs et enfin la police elle-même ont exprimé leur mécontentement. Des musiciens de rue ont joué des chansons révolutionnaires, appelant les manifestants à prendre des mesures décisives. Des chauffeurs de taxi ont conduit des manifestants aux points de rassemblement. La manifestation a suscité sympathie et soutien tacite de la part des masses à travers le pays.

 

  1. L’action n’était plus une démonstration de force et ne visait pas à attirer l’attention sur des questions d’intérêt public. Des « gilets jaunes » ont voulu délibérément renverser le président et le gouvernement.

 

En même temps, nos ouvriers russes n’ont rien à apprendre de leurs camarades français, si ce n’est la combativité. La manifestation était initialement vouée à l’échec.

 

Premièrement, les plans des participants à l’action étaient connus à l’avance, le jour du spectacle était déterminé, ce qui permettait aux autorités de bien se préparer.

 

Deuxièmement, les « gilets jaunes » eux-mêmes n’étaient pas prêts à atteindre leur objectif. La présence d’équipements spéciaux et de véhicules blindés a permis à la police de vaincre relativement facilement une foule désarmée.

 

Troisièmement, les masses n’ont pas montré la capacité de s’organiser. Les actions des manifestants sur les lieux ne se coordonnaient en aucune manière, étaient chaotiques et entraînaient inévitablement des pogroms. Il n’y a même pas eu l’apparence de soviets, formés spontanément en Russie dans de telles situations.

 

Enfin, quatrièmement et surtout, il n’existait aucune force dirigeante, l’avant-garde des masses protestataires, qui pourrait idéalement armer et diriger la protestation dans la bonne direction. Et ce reproche doit être tourné du côté des communistes français, confus, effrayés par la détermination des masses, et qui n’ont pas réussi à gagner de l’autorité parmi les travailleurs.

 

Dans le même temps, les troubles populaires en France ont montré une fois de plus que toutes les inventions sur la société de classes, sur l’obsolescence inéluctable des idées du marxisme – n’étaient rien de plus que des contes de fées bourgeois, de la méthode Coué. La manifestation des «gilets jaunes», qui a réveillé de larges couches de travailleurs en France, pourrait bien devenir un catalyseur de l’intensification de la lutte de classe dans d’autres pays. L’avantage est que les conditions préalables pour cela ne manquent pas.

Traduction MD pour H&S

 

 

Ils se prenaient pour des « dirigeants » Article de Nikolaï Kolomeitsev

Les Français dans leur immense majorité, les communistes comme les autres, ignorent les conditions réelles de la dissolution de l’URSS, le complot mené par « trois ivrognes » (dont le premier acte fut de téléphoner à Bush, le président des États-Unis) décrit ici et qu’un atterrissage de parachutistes aurait suffi à déjouer selon l’article, est bien connu en Russie et déploré par l’immense majorité du pays et pas seulement par les communistes. Cet article dénonce le dépeçage du pays, mais aussi les ambitions irréalistes d’une Russie qui continue à s’affaiblir intérieurement sous la pression des oligarques et de ceux qui ont mené le « complot ». Je suis convaincue que les communistes français auraient intérêt à mieux connaître cette histoire comme d’ailleurs ce qui se passe réellement dans le monde et le rôle réel des communistes partout (note et traduction de Danielle Bleitrach)

8 décembre 2018 8h00
Ils voulaient "diriger". Article de Nikolay Kolomeitsev

Le 8 décembre 1991 à Viskuly, dans la forêt de Belovezh, il y a eu un événement qui n’a aucune analogie dans l’histoire du monde. Le président de la RSFSR, B. Eltsine, le président de l’Ukraine, L. Kravtchouk, et le président du Conseil suprême du Bélarus, S. Chouchkevitch, ont signé un accord sur la dissolution de l’URSS et la création d’une prétendue Union des Etats indépendants, rappelle dans son article paru dans le journal « Russie Soviétique », le premier chef adjoint de la faction du parti communiste à la Douma d’Etat Nikolai Kolomeytsev.

Trois conspirateurs, traîtres à l’État, ont divisé le territoire d’un vaste pays à leur manière. Réveillé au saut du lit par la sonnerie du téléphone, le président américain George Bush père, entendant le rapport de Eltsine, ne pouvait même pas réaliser qui l’appelait depuis une forêt obscure de Biélorussie. La nouvelle tant attendue se précipita en Occident: « L’URSS, sujet de droit international et de réalité géopolitique, a cessé d’exister ».

Eltsine, qui avait déjà survolé à deux reprises la statue de la Liberté à New York, était accompagné de Kozyrev, Burbulis, Chakhrai, Gaidar, Ilyouchine, des personnalités médiocres occupant des postes insignifiants sous le régime soviétique. Les conspirateurs ont agi à la hâte, craignant à juste titre un châtiment sévère. Aussitôt rédigé le texte de l’accord tripartite, la dactylographe locale a tapé le texte sur une machine à écrire ordinaire.

Signataires ivres de joie parce que tout avait finalement réussi, ils ont levé leur verre, les rédacteurs de cette feuille de papier se sentaient fiers de leur travail. Le président du KGB de Biélorussie, qui a tiré la sonnette d’alarme, malgré ses tentatives désespérées, n’a pas pu persuader le Centre, qui avait fait preuve alors d’une inaction criminelle, d’intervenir dans le cours des événements. Un atterrissage des parachutistes était alors suffisant pour décapiter le complot. Nous essayons toujours de nous convaincre que l’effondrement de l’URSS était inévitable. Non, messieurs, le pays a été détruit par ceux à qui le pouvoir soviétique restait dans la gorge. De hauts responsables de la CIA ont par la suite affirmé que des traîtres avaient été recrutés comme alliés de l’opération. Le personnel de Eltsine occupe toujours des postes gouvernementaux responsables. Peut-être parmi eux se trouvent ceux que les Américains désignent par là.

Discuter des motifs qui ont guidé la troïka criminelle n’a aucun sens. Tout est clair ici: seuls des objectifs personnels ont été poursuivis, ils étaient fondamentalement indifférents au destin de l’État. Ils n’ont pas réfléchi aux conséquences, même si c’est le destin de centaines de millions de personnes et d’un sixième de la terre qui se jouait. Ils pensaient « diriger ».

Un pays et un peuple engagés dans un processus d’autophagie ne peuvent susciter aucun sentiment chez un observateur occasionnel, à l’exception de la curiosité dégoûtée. Depuis l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev et jusqu’à ce jour, la mise en cause des dirigeants soviétiques Lénine, Staline et Brejnev ne s’est pas arrêtée. Alors qu’ils ont agi sur la base de considérations idéologiques et des réalités de leur temps.

Ceux-là ont trahi la civilisation soviétique unique en son genre, ils ont déchiqueté une communauté unique de personnes – le peuple soviétique. Le pays a perdu un quart de son territoire, des milliers de kilomètres de frontière d’État, enfermés dans des frontières géographiques naturelles – rivières, mers, chaînes de montagnes inaccessibles.

Dans la guerre du Nord avec la Suède, l’accès à la mer Baltique, la Russie de Premier I a perdu environ 300 000 personnes. Dans les guerres russo-turques de Catherine II et au cours des années suivantes, environ un million de soldats russes combattirent pour l’annexion de Novorossia et notre implantation sur les rives de la mer Noire. En Asie centrale, la Russie s’est finalement établie en 1885, après la victoire dans la région de Kuchka d’un petit détachement du général Komarov sur l’armée afghane commandée par des conseillers britanniques.

Nous ne pouvons souvent pas imaginer les efforts et les sacrifices avec lesquels notre superpuissance a été construite. À cette époque, les territoires étaient assemblés en un seul et même ensemble par de puissants dirigeants. Souvent, avec du fer et du sang, ils n’avaient aucune idée des référendums.

La perte honteuse de terres n’est pardonnée à aucun chef d’État. La trahison de Belovezh nous a rejetés loin des frontières occidentales, les communications de transport, d’énergie et de commerce russes étaient en grande partie entre de mauvaises mains. Les pays de transit n’ont pas manqué de profiter de cela. Les voies de contournement coûtent au Trésor des dizaines de milliards de dollars.

Il ne fallait pas se bercer d’illusion que les anciennes républiques soviétiques et les pays socialistes échapperaient à  l’attention de l’OTAN. Dès que ceux-ci sont entrés en masse dans le bloc, à partir de ce moment, nous les avons perdus à jamais, car les forces conventionnelles de l’alliance et de la Russie sont incommensurables.

La Russie est un pays complexe et en inertie. Aujourd’hui, on ne peut le qualifier de successeur de l’URSS qu’en termes juridiques. L’Union soviétique était indiscutablement une grande puissance, personne ne s’est permis de parler avec arrogance à Moscou. La Russie nouvelle s’est progressivement transformée en un paria international, un «État solitaire» doté d’un territoire ouvert qui suscite l’appétit de ses voisins.

L’Occident a répondu à tous les gestes de conciliation et aux invitations de Moscou par des sanctions, des diffamations et des insultes inadmissibles pour l’État disposant du plus grand stock d’ogives nucléaires au monde. En acceptant silencieusement d’endosser l’étiquette d’un pays en développement, la Russie s’est retrouvée dans une position où elle devait prouver son statut régional. Paradoxe.

Bien qu’étant en confrontation avec l’Occident, nous continuons d’utiliser notre propre argent pour tracer vers l’ouest de nouveaux oléoducs, construire des centrales nucléaires à l’étranger avec nos propres emprunts et vendre nos derniers systèmes d’armes. Avoir déclaré officiellement que la Russie est le principal garant de la sécurité énergétique mondiale, fait que la modernisation de l’économie devra attendre.

De nombreux forums internationaux sur les investissements indiquent que les dirigeants russes ne s’attendent pas à sortir de l’impasse économique sans assistance technologique et financière étrangère. Chaque année, en raison du manque de spécialistes qualifiés et de l’absence d’une base de production moderne, des sommes de plusieurs milliards et même de mille milliards de dollars restent inexploitées.

En ce qui concerne la situation internationale, l’effondrement de l’URSS a donné une impulsion et a provoqué l’apparition d’un certain nombre de processus négatifs à l’échelle mondiale. Le monde unipolaire a perdu sa stabilité, s’est mis en mouvement. Nous assistons aujourd’hui à la dictature des États-Unis et de l’OTAN, à des guerres ethniques, religieuses et civiles, à des migrations massives, à des luttes pour les ressources naturelles, etc.

Le lien direct entre ces phénomènes et la disparition de l’une des deux grandes puissances n’est pas visible, mais il existe. L’Occident n’a pas encore compris et ressenti dans toute leur ampleur les conséquences de la liquidation de l’URSS, qu’il poursuivait depuis des années.

Le temps met tout à sa place et nous voyons aujourd’hui une prise de conscience massive. L’intérêt suscité par les événements et les faits de l’ère soviétique, par les projets de grande envergure dans la vie d’un grand pays, par les méthodes de gestion et de gouvernance, par la science, la culture et l’art, au service désintéressé de l’humanité tout entière, reprend vie. Lors de l’un des concerts à Moscou, interprétée par O. Gazmanov, la chanson «Made in the URSS» («Je suis né en Union soviétique»), la salle a applaudi, les gens se sont levés et ont écouté la chanson debout, les larmes étincelantes.

Ainsi, même après de nombreuses années de duperies, l’idée soviétique est toujours vivante et nous donne de l’espoir.

Nikolay KOLOMEYTSEV,

Député à la Douma d’Etat (KPRF)

 
 

La tentation de l’oligarchie

C’est dans l’émission sur la 5,  » C dans l’air  » véhicule quotidien de l’idéologie dominante et des intérêts de la macronie que l’un des chroniqueurs, éditocrate patenté, Claude WEIL, avec un sourire narquois évoquait très récemment l’histoire des révoltes populaires.
Et pour dire quoi ?
Évoquant les périodes d’intervention populaire des années, 1830, 1848, la Commune de Paris en 1871 et 1968 il conclut :  ces situations de confrontation entre le peuple et le pouvoir en place se terminent toujours par la victoire du parti de l’ordre.
Donc par une victoire politique et/ou la répression sanglante!
Il y a dans cette affirmation dans la complexité et la diversité des situations un constat en rapport avec la réalité historique.
Mais qui ne dit rien sur les méthodes mises en oeuvre par les classes dominantes pour parvenir à ce résultat et dont on peut souligner  la récurrence … et l’actualité.
Pour s’en tenir au plus récent il y a un paradoxe flagrant dans ce qui s’est passé en 1968 :
comment le plus grand mouvement de masse du XXe siècle, la plus grande grève ouvrière avec occupation d’usines, jetant dans l’action des millions de travailleurs, parallèlement à d’incontestables fortes avancées sociales, s’est soldé au final sur le plan politique par l’écrasante victoire du camp réactionnaire et l’élection d’une chambre « bleu horizon »?
De manière décisive, le rejet massif du pouvoir gaulliste ( « 10 ans ça suffit ») du début du mouvement s’est transformé en quelques semaines  sans doute pas en adhésion mais en soutien par défaut face au refus du désordre réel ou fantasmé désigné à l’époque comme la « chienlit« .
Et à l’époque la droite, vent debout contre les grèves et les conquêtes sociales que les grèves et les occupations lui avaient infligé a mené sa campagne des législatives sur un  » programme  » exclusif : rétablir l’ordre !

Rue gay-Lussac Paris 1968
En utilisant au maximum les images de voitures brûlées, les dégâts matériels, les affrontements de rue …
Le parallèle n’est pas factice!
Ce matin Darmanin sur France inter évoque pour la manifestation de samedi prochain à Paris de milliers de gens y venant pour tuer.
Tandis que du côté du pouvoir et de ses soutiens fleurissent les accusations de factieux, putschistes et que commence à monter la petite musique selon laquelle il n’y a plus de différence entre les casseurs et les gilets jaunes, la République serait en danger …
Tandis que O hasard, dans les gens arrêtés samedi dernier à l’Etoile il n’y a que des gilets jaunes et pas un seul casseur équipé pourtant de pied en cap!
La provocation, la dramatisation, la division de ses adversaires l’appel à rétablir l’ordre ont toujours été l’arme ultime de la bourgeoisie quand ses intérêts de classe sont menacés par le mouvement populaire en révolte ouverte.
C’est pourquoi dans la situation présente rien n’est plus décisif que l’unité autour des objectifs qui émergent et susceptibles du plus large rassemblement qu’on peut résumer :
  • baisse des taxes
  • augmentation salaires et pensions
  • restauration des services publics
  •  réforme des institutions démocratisant la vie publique
Au plan syndical l’heure n’est donc pas à l’alliance avec une CFDT honteux soutien à Macron, prête à accompagner ses contre-réformes comme celle des retraites ou de l’indemnisation du chômage et que le mouvement a déjà commencé à neutraliser!
Le mouvement, les luttes convergentes mettant en cause la politique de casse de Macron, les grèves doivent se déployer en isolant le pouvoir pour à partir des reculs déjà imposés conduire à une véritable victoire du mouvement populaire.
En déjouant donc les pièges tendus par une classe qui n’abandonne jamais le combat et utilisera tous les moyens pour défendre ses privilèges !