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Archives de Catégorie: HISTOIRE

Maïakovski : « Hier, à six heures cinquante minutes est mort le camarade Lénine »

ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE LÉNINE

Le 21 janvier 1924, mourait Lénine. À l’occasion du 95ème anniversaire de sa mort, nous publions un poème de Maïakovski rendant hommage au grand dirigeant de la révolution russe.

lundi 22 janvier 2018

VLADIMIR ILITCH LÉNINE par Vladimir Vladimirovitch Maïakovski (1924)

— Hier, à six heures cinquante minutes
est mort le camarade Lénine. —

Cette année a vu ce que ne verront pas cent.
Ce jour entrera dans la morne légende des siècles.

L’horreur fit sortir un râle du fer.
Sur les bolchéviks roula une vague de sanglots.
Terrible, ce poids !
On se tramait comme une masse au-dehors.
Savoir — comment et quand ? Que tout soit dit !

Dans les rues, dans les ruelles, comme un corbillard vogue
le Grand Théâtre.

La joie est un escargot rampant.
Le malheur, un coursier sauvage.
Ni soleil, ni éclat de glace,
tout, à travers le tamis des journaux,
est saupoudré d’une neige noire.
La nouvelle assaille l’ouvrier devant son tour.
Une balle dans l’esprit.
Et c’est comme si l’on avait renversé
un verre de larmes sur l’outil.
Et le moujik qui en a vu de toutes sortes,
qui a, plus d’une fois, regardé la mort dans les yeux,
se détourne des femmes, mais se trahit
par les traînées noires essuyées du poing.
Il y avait des hommes — du silex, ceux-là mêmes
se mordaient la lèvre, à la percer.
Les enfants étaient pris d’un sérieux de vieux,
et les vieux pleuraient comme des enfants.
Le vent pour toute la terre hurlait l’insomnie,
et ne pouvait, se levant, relevant, penser jusqu’au bout
que voilà, dans le gel d’une petite chambre de Moscou,
il y a le cercueil du père et du fils de la révolution.
La fin, la fin, la fin.
Il faut y croire !

Une vitre — et vous voyez en dessous…
C’est lui que l’on porte du Paveletzki [1]
par la ville qu’il a prise aux patrons.

La rue — on dirait une plaie ouverte,
tant elle fait mal, et tant elle gémit…
Ici chaque pierre connaît Lénine,
piétinée par les premières attaques d’octobre.

Ici tout ce que chaque drapeau a brodé,
a été entrepris et ordonné par lui.
Ici chaque tour a entendu Lénine,
et l’aurait suivi à travers feu et fumée.
Ici Lénine est connu de chaque ouvrier —
étalez les cœurs, comme des branches de sapin. [2]
Il menait au combat, annonçait les conquêtes,
et voilà le prolétaire maître de tout.

— Ici, chaque paysan a inscrit
dans son cœur le nom de Lénine
plus tendrement qu’aux calendes des saints.
Il ordonna d’appeler leurs, les terres
dont rêvent au tombeau les grands-pères morts sous le knout.

Et les Communards — ceux de la Place Rouge —
semblaient murmurer :
« Toi, que nous aimons !
Vis, et nous n’avons besoin d’un destin plus beau —
cent fois nous irons à l’attaque prêts à mourir ! »
Si à présent sonnaient les mots d’un faiseur de miracles :
« Pour qu’il se lève — mourez ! » —
l’écluse des rues s’ouvrirait largement,
et les hommes se jetteraient dans la mort en chantant.

Mais il n’y a pas de miracles,
inutile de rêver.
Il y a Lénine,
le cercueil,
les épaules qui se voûtent.
C’était un homme,
jusqu’à la fin humaine —
supporte ce supplice de la peine des hommes
Jamais un fret plus précieux n’a été porté par nos océans,
que ce cercueil rouge voguant vers la Maison des Unions [3],
sur le dos des sanglots et des marches.
Encore montaient la garde d’honneur
les hommes sévères de la trempe de Lénine,
que la foule déjà attendait, imprimée
sur toute la longueur des Tverskaia [4] et Dimitrovka.[5]
En l’an dix-sept, soi-même sa fille dans la file
pour le pain l’aurait-on envoyée — on mangera demain !

Mais dans cette glaciale et terrible queue,
tous s’alignaient avec enfants et malades.
Les villages se rangeaient à côté des villes.
La douleur tintait, enfantine ou virile.
La terre du travail défilait en revue,
bilan vivant de la vie de Lénine.
Le soleil jaune, louchant tendrement,
se lève, et jette les rayons à ses pieds.
Comme traqués, pleurant l’espoir,
penchés de douleur défilent les Chinois.
Les nuits venaient sur le dos des jours,
confondant les heures, mélangeant les dates.
Comme si ce n’étaient ni les nuits, ni les étoiles au-dessus,
mais pleurant sur Lénine les noirs des États-Unis.
Un froid jamais vu cuisait les semelles,
mais les gens séjournaient dans une presse serrée.
On n’ose même pas battre des mains,
pour échapper au froid — ce n’est pas de mise.
Le froid attrape et traîne, tout comme s’il
voulait éprouver la trempe de l’amour.
Il rentre de force dans les foules.
Empêtré dans la presse,
pénètre le monde derrière les colonnes. [6]
Les marches grandissent [7], deviennent des récifs.
Mais voilà que s’arrêtent le chant et le souffle,
et on n’ose faire un pas — sous le pied, c’est le gouffre,
c’est le bord tranchant d’un gouffre de quatre marches.
Tranchant l’esclavage de cent générations,
où l’on ne connaît que de l’or la sonnante raison.
Le bord du gouffre — le cercueil de Lénine,
sur tout l’horizon, la commune.
Que verra-t-on ?
Rien que son front,
et Nadejda Konstantinovna,
dans une brume, derrière…

Peut-être des yeux sans larmes en verraient-ils plus.
Ce n’est pas de ces yeux que je regardais.
La soie des drapeaux flottants s’incline,
rendant les derniers honneurs :
« Adieu, camarade, tu l’as terminé,
ton chemin honnête et vaillant. »
L’horreur
Ferme les yeux, ne regarde pas,
comme si tu marchais sur un fil de soie.
Comme si un instant tu étais
seul à seul avec une immense et unique vérité.

Je suis heureux.
L’eau sonore de la marche
emporte mon corps sans poids.
Je sais, désormais pour toujours
vivra en moi cet instant.
Heureux d’être une parcelle de cette force
qui a en commun même les larmes des yeux.

Plus forte, plus pure, ne peut être la communion
dans l’immense sentiment nommé classe !

Et la mort d’Ilitch elle-même
devint un grand organisateur-Communiste.
Déjà au-dessus des troncs d’une forêt monstrueuse,
des millions de mains tenant sa hampe,
la Place Rouge —
drapeau rouge, monte,
s’arrachant d’une terrible saccade.
De ce drapeau, de chacun de ses plis,
vient, à nouveau vivant, l’appel de Lénine :

— En rangs, prolétaires, pour le dernier corps à corps !
Esclaves, redressez vos genoux pliés !
Armée des prolétaires, dans l’ordre, avance !
Vive la révolution, joyeuse et rapide !
Ceci est la seule et unique grande guerre,
de toutes celles que l’histoire ait connues.

1 Le corps de Lénine a été transporté de Gorki à son domicile, à Moscou, et arriva à la gare Paveletzki.
2 On étale des branches de sapin en dessous des fenêtres des malades et des morts.
3 Maison des Unions. Maison des Unions des Syndicats (autrefois « Réunion des Nobles », où se trouve une immense salle entourée de colonnes blanches. C’est là qu’était exposé le corps de Lénine.
4 Tverskaia et une des rues principales de Moscou
5 Dimitrovka rue au coin de laquelle se trouve la Maison des Unions.
6 Les colonnes de la salle dans la Maison des Unions.
7 Pour pénétrer au centre de la salle, il faut descendre quatre marches.

Crédits photo : @konbini.com

 
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Publié par le janvier 21, 2020 dans URSS. Révolution d'octobre

 

L’URSS, c’était aussi ce « vent de liberté-là! »

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Dessin du graphiste soviétique Vitaly Goryaev (1910-1982) dénonçant la ségrégation raciale aux USA ( 1956 ).
Goryaev fut membre de l’Union des Artistes de l’URSS (1932). Immédiatement après l’obtention de son diplôme , Goryaev commença à travailler comme caricaturiste puis collabora avec le magazine  » Krokodil « , pour lequel il travailla durant 30 ans.
Il fut lauréat du Prix d’État de l’URSS (1967) .

 
 

Le chemin de l’honneur d’Ambroize Croizat

Lisez la biographie d’Ambroize Croizat et voyez à quel point cet homme fut ce qu’on appellerait aujourd’hui un stalinien, il fut condamné au bagne pour avoir refusé avec ses camarades de désavouer l’URSS, on appelait ça le chemin de l’honneur… Ils disaient eux et tous ceux qui moururent sous les balles allemandes que c’était Munich, la guerre et ils dénonçaient le refus de Blum et des socialistes d’intervenir en Espagne contre Franco… Aujourd’hui on prétend vous présenter un parti aseptisé et vous faire trahir ce glorieux passé, c’est ça que je ne puis tolérer… que des petits marquis crachent à la gueule de ces gens-là dans la célébration d’un PCF dont ils ne sont pas dignes… (note de Danielle Bleitrach).

 

 

Son père, Antoine Croizat, est ouvrier  et sa mère, Louise Jeannette Piccino, employée dans un tissage de velours. Il travaille en usine dès l’âge de 13 ans lorsque son père est appelé sous les drapeaux en 1914. Apprenti métallurgiste, il suit en même temps des cours du soir et devient ouvrier ajusteur-outilleur dans la région lyonnaise.

Parcours syndical et politique

En 1917, il s’inscrit aux Jeunesses socialistes et adhère au Parti socialiste en 1918. Il se déclare partisan de l’affiliation de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) à l’Internationale communiste. Il anime les grandes grèves de la métallurgie lyonnaise. Ambroise Croizat entre lui-même au Parti communiste dès sa fondation en 1920 et il est l’un des dirigeants des Jeunesses communistes de 1920 à 1928. Il devient un permanent du Parti communiste en 1925. En 1928, il est nommé secrétaire de la Fédération unitaire des métaux. En 1929 — et jusqu’à sa mort en 1951 — il est membre du comité central, puis membre du bureau de la Fédération de la jeunesse. Il déploie une intense activité militante dans de multiples endroits en France En 1936, au moment où se réalise l’unité syndicale, il devient secrétaire général de la Fédération unique des métallurgistes CGT, qui regroupe alors 20 % des effectifs de la CGT

Aux élections législatives de 1936, il est élu dans la deuxième circonscription du 14e arrondissement de la Seine. Il est négociateur de la convention de la métallurgie parisienne, rapporteur sur la loi des conventions collectives à la Chambre. Il est également négociateur dans le secteur des grands magasins et membre à la Chambre de la commission sur les armements.

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A la suite de l’interdiction de leur parti survenue le 26 septembre 1939, parce que les communistes sont accusés par ceux là même qui ont signé Munich et refusé d’intervenir en Espagne d’approuver le pacte germano-soviétique,  les députés communistes présents à Paris se réunissent les 27 et 28, et décident la formation d’un nouveau groupe ; le 29, le Journal officiel (JO) annonce la création du Groupe ouvrier et paysan français (GOPF).  Accusé d’avoir, avec ses collègues communistes, « participé à la formation et au fonctionnement du Groupe ouvrier et paysan » il est arrêté dans la nuit du 7 au , déchu de son mandat le  et condamné le  par le 3e tribunal militaire de Paris à 5 ans de prison, 4 000 francs d’amende et 5 ans de privation de ses droits civiques et politiques. Ayant transité par 14 prisons, il finit par être transféré en  au bagne de Maison Carrée dans la banlieue d’Alger. Libéré le , trois mois après le débarquement allié en Afrique du Nord, il est nommé par la CGT clandestine à la commission consultative du gouvernement provisoire d’Alger. Au titre de la CGT, à partir de , il siège à l’Assemblée consultative provisoire et participe à ses délibérations. À la Libération, il est élu membre des deux Assemblées constituantes (scrutins du  et du ) puis de l’Assemblée nationale de 1946 à 1951.

Ambroise Croizat est ministre du Travail du général de Gaulle du  au , puis ministre du Travail et de la Sécurité sociale du  au  (gouvernements Gouin et Bidault) et du  au  (gouvernement Paul Ramadier, fin de la participation communiste au gouvernement). C’est à ce poste qu’il dirige la mise en place du système de protection sociale : assurance maladie, système de retraitesallocations familiales, et amélioration du droit du travail français, avec les comités d’entreprise, la médecine du travail, la réglementation des heures supplémentaires, le statut des mineurs5.

 
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Publié par le janvier 20, 2020 dans France, HISTOIRE

 

Les 75 ans de la libération du camp nazi d’Auschwitz-Birkenau par l’armée soviétique : un problème majeur dans ce monde atlantiste

Tout à fait d’accord avec ce texte… je hais le négationnisme, celui qui nie l’extermination des juifs et les chambres à gaz, mais je hais tout autant celui désormais majoritaire dans notre société qui prétend nier le rôle des soviétiques dans la fin du nazisme… Et je souffre d’autant plus qu’une partie de ceux qui se sont approprié le communisme et qui sont en fait au meilleur des cas des trotskistes contribuent à cette réécriture de l’histoire et que c’est cette « merde » négationniste qui va pour une grande part réécrire les cent ans du PCF pour justifier leur saloperie… on me dit qu’il faut attendre le 39ème congrès pour se débarrasser de ces gens-là, mais je ne supporte pas de voir mon passé celui qui a fondé mon existence être la proie de ces individus ne serait-ce que pour une célébration dont à cause d’eux plus personne de vraiment communiste n’attend rien… Ils peuvent compter au moins sur moi, il n’y aura pas un jour où je renoncerai à combattre leur œuvre de mort (note de Danielle Bleitrach).

Les 75 ans de la libération du camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau par l’armée soviétique sont célébrés de manière surprenante. Pourtant, personne n’ose remettre en cause l’horreur de l’holocauste aujourd’hui. C’est même, en Europe, quasiment le seul thème traité lorsqu’il s’agit de la Seconde Guerre mondiale, tant il est vrai que l’aspect militaire ne fut pas très glorieux avant l’intervention de l’URSS et des Etats-Unis. Le problème vient d’ailleurs : à l’heure où le camp atlantiste tente une réécriture de l’histoire, faisant de l’Allemagne nazie et de l’Union soviétique les deux « agresseurs », comment laisser à l’armée soviétique un acte aussi symbolique ?

Différentes cérémonies sont organisées en mémoire de cet évènement hautement symbolique, la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau par l’Armée rouge, par les soldats soviétiques, en Pologne. Et des problèmes se posent alors que l’histoire doit être réécrite en fonction des intérêts politiques du moment.

Le 27 janvier 1945, lors de la campagne de libération de l’Europe en général et de la Pologne en particulier par l’Armée rouge, le camp de la mort d’Auschwitz a été libéré. A la fin de l’année 1944, quand l’armée soviétique s’approchait, une marche forcée a été organisée par les nazis pour envoyer en Allemagne des prisonniers. Les corps jonchaient la route, mais environ 60 000 personnes ont ainsi été convoyées. Le 24 janvier, comme l’Armée rouge était à proximité, les nazis ont tenté de détruire le camp, les infrastructures, les réserves de nourriture et les vêtements des prisonniers. L’accès au camp a été miné. Le 26 janvier, alors que les troupes soviétiques étaient à 60 km de Krakovie, des soldats munis d’une carte ont été envoyés en éclaireurs pour voir ce qu’il y avait en avant, dans la forêt. C’est ainsi qu’ils sont tombés sur ce camp de la mort. Le 27 janvier, le camp a pu être libéré. Il n’y restait qu’environ 7 500 personnes, les plus faibles. Des millions de personnes ont été tuées à Auschwitz. En 2010, le FSB a déclassifié des documents, selon lesquels 4 millions de personnes n’en seraient pas sorties vivantes. Surtout des Polonais, des Juifs, des Français, des Russes et des Hongrois, de tout âge. Le commandant nazi du camp, lors du procès de Nuremberg, a déclaré ne pas savoir combien de personnes ont été ainsi assassinées dans ce camp, n’avoir jamais eu connaissance des chiffres exacts.
Mais il est évident, à l’époque où l’histoire doit être reconstruite pour permettre aux pays européens d’oublier une collaboration étatique souvent très active, de justifier l’injustifiable, de faire allégeance aux Etats-Unis qui doivent, dans un monde global, être les seuls et uniques sauveurs de la planète,  que l’Armée rouge, soviétique, doit être discrètement écartée, oubliée. Ne peut plus être libératrice, puisqu’elle doit être agresseur.
Ainsi, la Pologne refuse de participer aux cérémonies organisées en Israël au sujet des 75 ans de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau par l’Armée rouge. Car – par l’Armée rouge. Donc l’URSS. Dont la Russie est le pays continuateur sur la scène internationale, conformément au droit international. Or, évidemment, une place d’honneur sera réservée à Vladimir Poutine, en tant que Président de la Russie, donc du pays continuateur de l’URSS, dont l’armée a libéré la Pologne et le camp d’Auschwitz. La Pologne, qui a payé très cher pendant la guerre son pacte de non-agression avec l’Allemagne nazie en 1934 et sa politique de complaisance, avant d’être envahie et asservie par les nazis. Mais tous les pays ne retiennent pas les leçons de l’histoire. Quant à l’Ukraine bandériste, son Président ne sera pas invité à faire un discours.
L’on pourrait se dire qu’il s’agit des complexes issus des pays de l’Est envers leur puissant voisin, voisin qui se renforce dans sa souveraineté, quand eux ont du mal dans le cadre européen (pour la Pologne), ou des difficultés à courir derrière l’Europe (pour l’Ukraine) les Etats-Unis étant trop loin. Malheureusement le mal est plus profond. L’UNESCO organise à Paris une cérémonie, également pour ces 75 ans de la libération du camp d’Auschwitz. Vous pouvez lire et relire l’annonce, l’Armée rouge n’est absolument pas citée, il semblerait que l’URSS n’ait même pas existé. Auschwitz et la Pologne se sont manifestement libérés … tout seuls, par opération du Saint Esprit.
Bref, non seulement il n’est pas indiqué par qui le camp a été libéré, mais pas un spécialiste russe n’a été invité parmi les conférenciers (à la différence des Etats-Unis) et pas un représentant officiel de la Russie parmi les personnalités ouvrant la cérémonie (à la différence de l’Allemagne).
Il est regrettable que nos pays n’aient pas l’intelligence d’accepter leur passé. Ne serait-que pour ne pas répéter les mêmes erreurs.
 

Poutine veut «fermer l’ignoble bouche qu’ouvrent certains» sur la Seconde Guerre mondiale

20 janv. 2020, 10:42 © Alexei Druzhinin / Sputnik Source: AFP

Poutine s’énerve et je dois dire que dans cette affaire on ne peut que lui donner raison, félicitations également pour les archives mises à la disposition des chercheurs, cela commence à faire le trafic des mémoires, les victimes devenus bourreaux pour mieux blanchir le retour de l’extrême-droite favorisé par le capital et ses institutions comme l’OTAN et l’UE (note de Danielle Bleitrach).

Poutine veut «fermer l'ignoble bouche qu'ouvrent certains» sur la Seconde Guerre mondiale

Lors d’une conférence à Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine a indiqué vouloir créer un centre de documents d’archives sur la Seconde Guerre mondiale, afin de lutter contre la minimisation du rôle de l’Union soviétique dans la victoire sur le nazisme. Souhaitant faire taire plusieurs hauts responsables politiques de différents pays à propos de la Seconde Guerre mondiale,

Vladimir Poutine a annoncé, à l’occasion d’une rencontre à Saint-Pétersbourg avec des vétérans et des représentants d’organisations patriotiques le 18 janvier, la création d’un centre de documents d’archives qui sera entièrement dédié à ce conflit. Selon le président russe, cette fondation retraçant le plus meurtrier des conflits armés européens devrait permettre de répondre à ceux «qui tentent de réécrire l’Histoire». «On va fermer l’ignoble bouche qu’ouvrent certains responsables à l’étranger pour atteindre leurs buts politiques à court terme, nous la fermerons avec des informations exactes et fondamentales», a déclaré Vladimir Poutine.

Ainsi, Moscou souhaite créer l’une des collections les plus complètes de documents sur la Seconde Guerre mondiale, qui serait ouverte à toutes et tous partout dans le monde. Vladimir Poutine a en outre promis de faire «taire ceux qui tentent de réécrire l’Histoire, de la présenter sous un faux jour et de réduire le rôle de nos pères et nos grands-pères, de nos héros, qui ont perdu la vie en défendant leur patrie et presque le monde entier contre la peste brune».

 

Le chef d’Etat russe a en outre estimé que les «principaux médias», de manière «délibérée» ne révélaient «pas d’informations fiables» sur ces événements historiques.

Le pacte Molotov-Ribbentrop en ligne de mire ?  Le Parlement européen avait adopté, le 19 septembre dernier, une résolution précisant «que la Seconde Guerre mondiale, conflit le plus dévastateur de l’Histoire de l’Europe, a été déclenchée comme conséquence immédiate du tristement célèbre pacte de non-agression germano-soviétique du 23 août 1939», également connu sous le nom de pacte Molotov-Ribbentrop, «dont les protocoles secrets divisaient l’Europe et les territoires d’Etats indépendants en sphères d’influence des deux régimes totalitaires, ouvrant la voie au déclenchement de la Seconde guerre mondiale».

Le texte a été adopté avec une très large majorité : 535 parlementaires ont voté en sa faveur, 66 contre. Mais si certains historiens analysent le pacte germano-soviétique comme une alliance de circonstance entre deux régimes totalitaires et expansionnistes, d’autres voix, notamment en Russie, insistent sur le contexte ayant mené au traité Ribbentrop-Molotov.

Selon cette conception, l’URSS ne parvenait pas à conclure d’alliance militaire avec la France et le Royaume-Uni, ni à obtenir des régimes autoritaires anticommunistes au pouvoir en Pologne et en Roumanie de droit de passage pour l’Armée rouge en cas d’attaque coordonnée sur l’Allemagne. Face à l’échec des négociations et devant l’expansion du IIIe Reich, le Kremlin n’aurait eu d’autre choix que de céder aux sollicitations de Berlin pour s’octroyer un sursis et une zone tampon lui permettant de rester en position de force avant l’affrontement inévitable, qui finira par arriver en 1941 à l’initiative d’Hitler.

En 2009, alors invité pour les commémorations des 70 ans de l’invasion de la Pologne (pays ayant également signé un pacte de non-agression avec l’Allemagne nazie en 1934), Vladimir Poutine, à l’époque Premier ministre russe, avait évoqué la question sensible des pactes conclus avec les nazis. «Nous devons admettre ces erreurs. Notre pays l’a fait. Le Parlement russe a condamné le Pacte Molotov-Ribbentrop. Nous sommes en droit d’attendre la même chose des autres pays qui ont également conclu des accords avec les nazis», avait-il déclaré.

Lire aussi : Le pacte germano-soviétique, fruit amer des accords de Munich

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/international/70502-poutine-veut-fermer-bouche-ignoble-certains-responsables-seconde-guerre-mondiale?fbclid=IwAR0i7cZdSiyh1zDZDxdsaBMlZVbLBwLp1d31pLmmKNg0nlSX-4SfxQYnYyQ

 
 

Charlie Chaplin et la reconquête du Soudan

Les projections de films en plein air organisées localement à Khartoum incarnent beaucoup la révolution en cours au Soudan. Je plaide ici aussi pour que le Soudan recouvre la totalité de sa mémoire, celle du plus grand parti communiste d’Afrique, du mouvement des femmes liés à ce parti mais aussi ce qui va avec une conception de la culture de masse dans lequel le cinéma a toujours joué un très grand rôle. L’article ne prononce pas ce mot communiste, mais moi je le lis dans chaque ligne y compris dans ce retour aux Temps modernes de Charlie Chaplin. je regrette souvent d’être vieille parce que si j’avais vingt ans de moins je serais partie au Soudan étudier cette renaissance du cinéma avec une société qui se redécouvre (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société)
à propos du mouvement des femmes et du soudan, relire l’article que j’ai traduit et publié ici : https://histoireetsociete.wordpress.com/2019/12/04/soudan-lhistoire-revolutionnaire-des-femmes-fatima-ahmed-ibrahim-feministe-communiste-et-musulmane/

Les gens se rassemblent pour une projection de film en plein air à Khartoum, au Soudan.

Cet article a été rendu possible par les généreux abonnés «supporters» de la Newsletter Africa Insiders. Le petit plus qu’ils apportent sert à financer les reportages uniques d’African Arguments.

il y a peu, cet été, Lamia Nabil et ses amis étaient assis en train de boire du thé à Khartoum. Ils discutaient de la politique soudanaise à la suite de la chute mémorable du président Omar el-Béchir en avril, lorsque Nabil a fait remarquer qu’elle aurait voulu  faire une pause. Elle souhaitait pouvoir simplement avoir du pop-corn et regarder un film de Charlie Chaplin, a-t-elle déclaré.

Son commentaire rapide a touché une corde sensible chez ses amis. Quelques semaines plus tard, un jeudi soir de septembre, les foules se sont rassemblées sous les étoiles pour une projection gratuite de Modern Times .

«Chaque siège a été occupé. Beaucoup de gens étaient assis par terre tandis que d’autres devaient rester debout», explique Shaheen al-Sharif, instituteur et l’un des organisateurs. «Toute la communauté s’est organisée pour que cela ait lieu. Une personne a apporté un projecteur, un autre haut-parleur. Les gens ont fait don du tissu à installer derrière le projecteur. La dame qui vend  du thé a procuré les chaises.

Bientôt, le district d’Amarat projetait des films deux fois par mois et d’autres comités de quartier ont commencé à suivre son exemple. À certaines occasions, les gens se sont réunis pour regarder des films occidentaux comme The Sound of Music , Sherlock Holmes et Aladdin . D’autres fois, des groupes se sont assurés d’organiser des projections de classiques soudanais tels que Beats of the Antonov , Tajooj et Human Being (Insan) .

«Sous le régime précédent, nous vivions dans une bulle où tout était étouffé», explique al-Sharif. «Une partie intégrante de cette révolution signifie l’apprentissage de notre histoire et les uns des autres et une grande partie de cela passe par l’adoption de notre littérature, de nos films et de notre créativité, en racontant l’histoire soudanaise à travers ces objectifs. C’est pourquoi nous voulons projeter des films soudanais. »

Pour les jeunes soudanais qui ont formé l’épine dorsale du mouvement de protestation qui a conduit à l’éviction d’al-Bashir, ces projections ont été des expériences nouvelles et passionnantes. Pour certaines générations plus âgées, ils ont évoqué des souvenirs des temps passés.

«À l’époque coloniale, nous avions des« cinémas en mouvement »qui étaient des véhicules avec un écran et des haut-parleurs, diffusant souvent des films« éducatifs »qui diffusaient de la propagande», explique l’architecte Zainab Gaafar. «Des années plus tard, lorsque les gens ont commencé à acquérir des téléviseurs, vous voyiez de grands groupes assis dans des cours communes regarder des émissions de télévision.»

Hassan Abbas, 65 ans, rappelle également l’importance du cinéma durant son enfance. « Depuis les années 1940 et 1950, il y avait des cinémas et des projections en plein air montrant des films hollywoodiens, bollywoodiens et égyptiens », dit-il. «Nous attendions avec enthousiasme les nouvelles sorties de films et nous précipitions pour obtenir nos billets. C’était une grande partie de notre vie d’adolescents  au Soudan. »

Cela a toutefois changé pendant les difficultés économiques qui ont suivi l’arrivée du régime d’al-Bashir en 1989 et l’imposition de sanctions américaines dans les années 1990. Un couvre-feu imposé peu de temps après l’entrée en fonction du nouveau président a également empêché les gens de sortir le soir et réduit l’attrait des rassemblements publics même après sa levée. Les cinéastes soudanais ont eu du mal et les projections en plein air ont diminué.

«C’est une chose de plus que nous avons perdue pour ce gouvernement», explique Abbas. «C’était presque comme si une partie de la culture de tous les jours s’effaçait lentement. L’excitation de se rendre au cinéma, de voir des affiches de cinéma autour et d’être plein d’espoir sur ce que le cinéma soudanais nous apporterait un jour diminuée en si peu de temps. »

Trois décennies plus tard, ces anciennes traditions refont surface. Après des mois de manifestations généralisées à travers le Soudan et un énorme sit-in dans les rues de Khartoum au début de 2019, al-Bashir a été renversé par de hautes personnalités militaires. Après des mois de négociations tendues, les représentants militaires et civils ont signé un accord de partage du pouvoir pour superviser une transition de 39 mois avant les élections.

«Nous étions fatigués, mais c’était la jeunesse de ce pays qui était épuisée», explique Abbas. «Les manifestations ne portaient pas sur les prix du pain ou du carburant. Il s’agissait de l’incompétence, de la corruption et de l’oppression qui étaient les caractéristiques du régime. »

Ce sont ces mêmes jeunes qui ont organisé la projection de Charlie Chaplin et continuent de soutenir les espoirs du soulèvement. «Cette révolution a été menée par les jeunes», explique al-Sharif. «Nous nous sentons responsables de la mener à terme jusqu’à la fin et nous avons appris des révolutions précédentes qui, à bien des égards, étaient restées inachevées. Presque tout le monde connaît quelqu’un qui est mort en combattant pour cela. Nous le devons aux martyrs. »

Ce projet en cours pour transformer le Soudan a plusieurs niveaux, du national au local, et du explicitement politique au quotidien. Cela se reflète parfaitement dans les nouveaux cinémas en plein air et dans le fait qu’ils sont organisés par des comités de quartier. «Lorsque Bashir était au pouvoir, les comités de quartier étaient largement affiliés au régime», explique Gaafar. «Pendant la révolution, les gens les ont récupérés en organisant des manifestations pour organiser des projections de films afin de diriger d’autres initiatives communautaires.»

Bien qu’ils aient peut-être commencé comme un moyen de se détendre en pensant à la politique, les projections en cours incarnent une grande partie de la révolution soudanaise. Menés par les jeunes, ils défendent le cinéma comme un moyen de reconquérir les espaces publics, de rassembler les gens et de récupérer une grande partie de ce qui était auparavant perdu, volé ou supprimé.

 
 

On voit très bien où ils veulent en venir.

Le journal   » L’Opinon  » se fend aujourd’hui d’un article intitulé « Des méthodes totalitaires « 

D’après Wikipedia

L’Opinion est un quotidien français lancé en mai 2013 par Nicolas Beytout, ancien président des Échos et ancien directeur des rédactions du Figaro. Le journal suit une ligne libérale, favorable à l’entreprise et europhile3,4. Il est édité en version imprimée et en version numérique1.

L’actionnariat est gardé secret, mais le journal serait contrôlé par son fondateur Nicolas Beytout (24,4 %), associé à Bernard Arnault (22,8 %), la famille Bettencourt (17,1 %) et Dow Jones and Company, maison mère du Wall Street Journal (7,6 %), et les 28,1 % restants seraient détenus par des plus petits actionnaires.

Tous les ingrédients colportés dans la plupart des médias système y sont présents :

  • le mouvement a perdu la bataille
  • du coup il quitte le terrain revendicatif et une minorité s’engage dans une pure action politique et la violence
  • les syndicalistes qui luttent contre la réforme empruntent la voie des gilets jaunes
  • il est insidieusement suggéré que l’incendie du restaurant La Retonde a quelque chose à voir avec le fait qu’il était fréquenté par MACRON.
  • enfin le qualificatif de RADICALISATION attribué ordinairement à ceux qui dérivent vers le terrorisme islamiste est à présent accolé aux militants et aux organisations qui poursuivent la lutte contre la réforme des retraites.

Et cette trame on la retrouve dans nombre d’articles ou d’interventions sur les plateaux de télé comme hier où les duettistes de la soit-disant confrontation entre Cohn-Bendit et l’ancien ministre Luc Ferry entonnent  la même ritournelle à propos de l’incendie de La Retonde.

image.gifReprise également sur France Inter ce matin par Thomas LEGRAND dans son éditoriél.

Ce type de suggestion s’apparentant, avant toute espèce d’enquête, à ce que d’ordinaire ils appellent le « complotisme » qu’ils attribuent de préférence à leurs adversaires.

De fait ce récit du mouvement est MENSONGER :

Comment parler de défaite quand l’affrontement est loin d’être clos et que pour y faire face, tenter de le diviser le pouvoir macronien a dû profondément modifier le projet initial en rétablissant près de 10 régimes spéciaux qu’ils prétendait supprimer ?

Comment parler de victoire du pouvoir quand le ministre de l’éducation la PDG de Radio France nommée par Macron doivent battre en retraite à l’occasion des voeux aux personnels, quand le président lui-même doit quitter un théâtre sous haute protection policière rameutée en urgence, quand la fronde monte contre la réforme du Bac et du lycée, quand l’Opéra affiche son opposition et se produit publiquement et gratuitement devant une foule, quand les avocats jettent leurs robes à la tête de la ministre de la justice, quand les personnels de l’hôpital en lutte depuis des mois jettent à terre leurs blouses blanches, quand les ports sont bloqués …?

De fait au-delà de la question des retraites c’est tout un pays qui se dresse contre les décisions politiques du macronisme, résistance de masse  que ce dernier croit pouvoir dissimuler sous des accusations outrancières et mensongères et qu’il doit recourir aux violences policières qu’il ne peut plus nier pour tenter de faire peur et de passer en force.

Comment donc continuer à parler d’un mouvement devenu minoritaire?

Comment attribuer la violence à ceux qui résistent à une politique de destruction systématique de toutes les garanties et conquis sociaux et travestir des actions spectaculaires en actions violentes?

L’opération actuelle relayée abondamment par les chiens de garde a donc pour objectif de masquer l’isolement et la fragilité du pouvoir, tout en préparant les conditions d’une répression élargie et aggravée.

En vue d’isoler, de faire refluer et de faire taire une résistance populaire certes encore dispersée, centrée cependant sur le REJET de la cotre-réforme des retraites MAIS qui dans l’action cherche les voies de l’unité contre l’oligarchie, sa politique et sa domination au service exclusif des riches et des puissants.

Nul doute que la semaine qui vient et les manifestations

du VENDREDI 24 JANVIER

vont constituer une première réplique cinglante à cette entreprise d’enfumage, de contre-vérités et d’accusations mensongères!

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image.gifLa grève dans les transports vit ses derniers soubresauts. Les opposants à la réforme des retraites ont perdu, même s’ils ont poussé le gouvernement à ouvrir les vannes de la dépense et à multiplier les exceptions. Moins ces opposants restent nombreux et plus leur échec est patent, plus leurs actions s’éloignent de la revendication sociale pour aller vers la contestation politique teintée de violence. Un quarteron de syndicalistes en roue libre et d’activistes d’extrême gauche ravive la facette la plus exécrable des Gilets jaunes.

Il y a d’abord eu les blocages de dépôts de bus et les injures (homophobes, tant qu’à faire…) contre les machinistes reprenant le service. Il y a ensuite eu le harcèlement d’une conductrice de métro entamant son service. Il y a encore eu l’envahissement du siège de la CFDT, avec bousculades et insultes (« Berger traître », « syndicalistes pourris »…). Ce week-end sont venus l’attroupement organisé autour du chef de l’Etat lors d’une sortie privée au théâtre, puis l’appel à le « décapiter » tel Louis XVI, relayé notamment par l’ancienne porte-parole de La France insoumise Raquel Garrido. Et peut-être l’incendie criminel de La Rotonde, restaurant où Emmanuel Macron a ses habitudes.

Il est possible de s’interroger sur l’essoufflement de la démocratie représentative ou sur le rôle des réseaux sociaux, utile de débattre des erreurs du Président ou de sa condescendance réelle ou supposée, nécessaire de dénoncer les bavures de certains policiers. Mais en démocratie, le seul moyen légitime d’influencer la décision politique est le vote. Intimidations, menaces, agressions verbales et physiques sont des méthodes totalitaires par lesquelles quelques centaines, parfois quelques dizaines d’individus prétendent imposer leur loi à tous les autres. Rien ne permet de les cautionner.

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