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Archives de Catégorie: HISTOIRE

Arsène Tchakarian (1916-2018), par DAVID BRODER

Le site en ligne des Etats-Unis – Jacobin – dresse un portrait remarquable de notre camarade. Une période historique est en train de s’effacer, il devient d’autant plus urgent de lutter contre le dévoiement de l’histoire imposée par la contre-révolution (note et traduction de Danielle Bleitrach)

Arsène Tchakarian était le dernier membre survivant d’une unité militaire communiste de la Résistance française. Principalement des Juifs et des immigrants, ils ont tout risqué pour lutter contre l’occupation nazie.

Arsène Tchakarian. Youtube

Arsène Tchakarian, décédé le 4 août à l’âge de 101 ans, était le dernier membre survivant du « Groupe Manouchian », une unité militaire active dans la Résistance française. Nommé d’après son chef Missak Manouchian, ce réseau communiste composé principalement de juifs et d’immigrés a mené de nombreuses attaques armées contre les forces d’occupation allemandes. Vingt-trois de ses membres ont été exécutés et trois autres ont été tués au combat. Tchakarian et ses camarades ont combattu à la fois en tant que communistes et en défense de leur pays d’adoption.

Un communiste immigrant

Le groupe de Manouchian dans lequel Tchakarian a combattu faisait partie de la formation partisane «Immigrant [ou Foreign] Workforce» (MOI) rattachée aux Francs-Tireurs et Partisans (FTP) dirigés par les communistes. Comme son chef Manouchian, il était un Arménien, né en 1916 d’une famille fuyant le génocide de l’Empire ottoman. Arrivé en France à l’adolescence en 1930, utilisant un passeport de réfugié Nansen, il devient rapidement actif dans le syndicat CGT. Dès 1933, il rencontra le poète communiste Manouchian, alors qu’il tentait de soulager la famine en Arménie.

L’histoire du MOI a commencé bien avant la guerre. Dès 1924, la Confédération générale du travail (CGT) dirigée par les communistes forma une organisation spéciale pour la main-d’œuvre étrangère, qui adopta le nom de MOI en 1932. Avec des sections parlant français, allemand, hongrois, italien, russe et yiddish, il était également la clé pour mobiliser les communistes basés en France pour lutter dans la guerre civile espagnole. Les migrants dont le propre pays était tombé au fascisme ont joué un rôle particulièrement important dans la lutte des Brigades internationales contre Francisco Franco.

Alors que la France entrait en guerre en septembre 1939 et que le gouvernement avait dissout le parti communiste, de nombreux membres du MOI entrèrent en clandestinité. Comme ses homologues étrangers, le parti avait  adopté une position renvoyant dos à dos les belligérants et désignant la guerre comme impérialistes, rompant avec les positions fortes du Front populaire qui mettait l’accent sur l’antifascisme et la défense nationale. En tant que soldat conscrit dans les Ardennes, Tchakarian a cependant lutté contre l’avance allemande, avant que la France ne s’effondre en mai-juin 1940.

De retour à Paris après avoir été démobilisé en août, Tchakarian a trouvé ce qu’il appelait «une ville vide». Vous ne voyiez plus que des chars et des camions allemands sur les Champs-Élysées. Les gens tremblaient. Les rideaux étaient fermés. Tout le monde était parti. « Au début, il y avait peu de signes de résistance. Mais après avoir repris contact avec Manouchian, Tchakarian avait commencé, en novembre 1940, à produire une propagande clandestine contre l’occupant allemand et le régime collaborationniste de Vichy.

L’activité de résistance communiste dans les premiers mois de l’occupation était dispersée: non seulement les structures de partis étaient faibles, mais la ligne politique adoptée en septembre 1939 (conformément à l’accord de paix soviétique avec l’Allemagne nazie) bloquait. Néanmoins, les communistes ont été parmi les premiers à entamer une activité de résistance sur le sol français, effectuant de nombreuses attaques armées, des sabotages industriels et menant une grève de mineurs avant même l’invasion allemande de l’Union soviétique en juin 1941.

Cette dernière évolution a toutefois renforcé l’urgence des mouvements de résistance communistes, qui ont également tiré leur force des premiers signes que, contrairement à la France elle-même, l’Union soviétique ne se contenterait pas de subir l’assaut allemand. En mars 1942, alors que la guerre avait déjà commencé à se dérouler après le succès de la défense soviétique de Moscou, le FTP-MOI forma un groupe armé à Paris sous la direction du communiste roumain Boris Holban.

Lié à cette organisation par le biais de Manouchian, le chef de sa section arménienne, Tchakarian a rapidement envisagé les activités armées. Comme il le rappelle, «jusqu’à présent, notre résistance consistait à distribuer des tracts et à parler un peu de politique. Mais un jour de 1942, Manouchian est venu à l’atelier de tailleur où je travaillais et m’a dit: «Nous avons eu suffisamment de tracts. Maintenant, nous devons nous battre avec des armes. «  » Missak,  » répondit Tchakarian , » Comment allons-nous faire ça? Nous n’avons pas d’armes.  »

Le groupe Manouchian

En fait, les Alliés étaient déjà en train de parachuter des armes en France, un arsenal renforcé par des armes volées aux collaborationnistes et aux Allemands. Le 17 mars 1943, Tchakarian utilisa ses armes pour la première fois, alors que le juif polonais Marcel Rajman, âgé de 19 ans, le dirigeait avec Manouchian dans une attaque à la grenade contre vingt policiers militaires allemands à Levallois-Perret. En juin, Tchakarian est devenu chef de l’un des «triangles commandos», réunissant les différentes forces de la résistance organisées sous le nom «d’armée secrète», tandis que Manouchian reprenait à Holban la direction parisienne du FTP-MOI.

Ses plus d’une centaine d’opérations durant l’été et l’automne 1943 ont ciblé les principaux dirigeants de l’infrastructure de l’Occupation, tout en sensibilisant à son existence. Une tentative avortée d’assassinat du général Ernst von Schaumburg, commandant de la région parisienne, le 28 juillet 1943, a mis en lumière le danger que le groupe Manouchian a posé aux autorités, comme l’assassinat, le 28 septembre, du SS Julius Ritter, chef de la STO, qui a recruté du travail forcé pour l’industrie de guerre allemande.

Cependant, alors même que la Résistance frappait de tels coups, elle subissait une répression meurtrière. L’intelligence avait déjà suivi le groupe Manouchian, le laissant intact pour en tirer des informations sur ses réseaux. Mais finalement, le piège a été lancé. Le 16 novembre, vingt-quatre de ses membres (environ un tiers du total) ont été arrêtés; tous sauf un ont été condamnés à mort. Vingt-deux camarades de Tchakarian, dont Manouchian et Rajman, ont été abattus à la Forteresse du Mont-Valérien le 21 février 1944.

Tchakarian a été sauvé par un ancien camarade de régiment, un policier qui l’a gardé dans une cachette à Paris. En mai, il a été exfiltré de la capitale à Bordeaux, avant de se rendre en juin à la ville de Montargis, à soixante-dix kilomètres au sud de Paris. Nommé lieutenant, il participe à la libération de Montargis, à la tête d’un groupe de vingt combattants, le 23 août 1944, occupant le quartier général allemand installé à la poste.

Tombé pour la France

L’activité du FTP-MOI était particulièrement remarquable car elle organisait spécifiquement des groupes d’immigrés dans une cause nationale française. Au procès quelques jours avant son exécution, le jeune Manouchian avait admirablement affronté les insultes des collaborateurs de la tribune avec son fameux cri: « Vous avez hérité de la nationalité française, nous l’avons mérité! » la Résistance avait été décrite comme une force étrangère, menée par le complot international judéo-bolchévique.

L’existence de la MOI, enracinée dans une histoire antérieure du syndicalisme des migrants, reflète à la fois la classe ouvrière multinationale et française et la présence de ressortissants étrangers dont les pays sont tombés dans des régimes autoritaires et antisémites avant la guerre. En effet, sur vingt-trois membres exécutés, seuls trois étaient français: sept autres Juifs polonais (et un autre Polonais), trois Juifs hongrois, un Juif roumain, cinq Italiens (un Arménien), deux autres Arméniens et un Espagnol. .

Cela a été annoncé par les nazis eux-mêmes, dans la tristement célèbre Affiche Rouge affichée sur les murs de toute la France après les exécutions au Fort de Mont-Valérien. elle exhibait  dix des hommes exécutés (dont six juifs) avec des épithètes tels que « Juif polonais – treize attaques » ou « Rouge espagnol – sept attaques ». L’affiche, imprimée en quelque quinze mille exemplaires dans un grand format de 120 x 80 cm, combinait les images de la mort et de la destruction aux mains de cette «armée du crime» avec la question en lettres capitales: « Qui sont ces libérateurs ?

Un dépliant publié simultanément présentait même les membres français du groupe comme de simples espions au service d’intérêt étranger. Il était proclamé

Si les Français pillent, volent, sabotent et tuent. . . Ce sont toujours les étrangers qui les commandent. Ce sont toujours les criminels professionnels et les chômeurs qui exécutent leurs ordres. Ce sont toujours les Juifs qui les inspirent. C’est l’armée du crime contre la France. Le banditisme n’exprime pas un patriotisme blessé mais le complot étranger contre la vie de la souveraineté française.

En France, ces affiches nazies ont elles-mêmes fait l’objet d’une réponse de  la Résistance. Beaucoup ont été barrées par les mots «Mort pour la France». Comme pour Manouchian lors de son procès, Tchakarian a toujours insisté sur le caractère patriotique de la cause dans laquelle il se battait: « l’occupation concernait tout le monde. J’avais froid, j’avais faim et je me suis porté à l’avant en 1939. J’étais rebelle. J’ai plus combattu pour la France que certains Français.  »

Néanmoins, la nécessité pour le Parti communiste d’affirmer son attachement patriotique face aux affirmations de la guerre froide selon lesquelles il aurait lutté pour un intérêt russe et non français signifiait que la presse du parti après-guerre négligeait souvent le dossier spécifique du FTP-MOI. Au cours des dernières décennies, dans le cadre de l’offensive idéologique contre le parti, les historiens révisionnistes ont même prétendu que ses dirigeants avaient délibérément détruit le groupe « gênant » de Manouchian ; un récit que Tchakarian, communiste de longue date, a fermement nié.

En effet, dès le début de l’après-guerre, Tchakarian a été reconnu personnellement (il est devenu citoyen français en 1958) et le groupe Manouchian plus largement. En 1947, une médaille de la Résistance fut attribuée à ses membres; En 1950, Paul Éluard consacre un poème aux «vingt-trois terroristes étrangers torturés et abattus par les Allemands», suivi par une œuvre de Louis Aragon en 1955 (devenue en 1959 une ballade Léo Ferré), publiée en première page du quotidien du Parti communiste L’Humanité.

Membre du groupe historique consacré aux massacres à la Forteresse du Mont-Valérien, Tchakarian a également maintenu ce souvenir dans une série d’ouvrages historiques. Il a expliqué que tant qu’il vivrait, il serait un témoin vivant de l’extraordinaire contribution de ses camarades à la résistance anti-nazie. Comme il le dit lui-même, «cela fait partie de l’histoire de la France – l’histoire de la façon dont, dans une capitale comme Paris, les riffs comme nous pourraient abattre les Allemands en plein jour. Et si je n’avais pas été là, je pourrais à peine y croire non plus.  »

Arsène Tchakarian, tailleur, historien, communiste et commandant de la Légion d’honneur, est décédé à l’âge de 101 ans le 4 août 2018.

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Publié par le août 16, 2018 dans HISTOIRE

 

le temps (CH) : paix russe dans le Golan syrien

le termps le journal suisse nous présente une vision assez réaliste des relations entre nations au Moyen orient, la Russie est apparue dans ce conflit comme une garantie de stabilité et pas seulement pour les Syriens et Bachar el Assad. (note de danielle Bleitrach)
Plus d’information sur l’image
Un soldat de la police militaire russe et un homme de l’armée syrienne en patrouille dans le Golan syrien.
© ANDREY BORODULIN/AFP

PROCHE-ORIENT

Paix russe dans le Golan syrien

Après l’offensive menée contre les rebelles syriens, la police militaire russe est à l’œuvre en tant que médiatrice entre Damas et Israël. Elle aide aussi l’ONU à reprendre ses missions d’observatio

L’armée russe s’affiche fièrement en pacificatrice dans la plaine syrienne bordant le Golan, repassé ces dernières semaines sous le contrôle des forces de Bachar el-Assad. Et ce, autant entre Israël et le pouvoir de Damas qu’entre la population locale et le gouvernement syrien.

Juché sur le toit d’un ancien poste d’observation de l’ONU, le lieutenant-général Sergueï Kouralenko définit sa mission: «Le drapeau russe est le garant de la paix et de la stabilité dans la région.»

Le poste de l’ONU est posé sur le faîte d’El-Kroum, une colline offrant un panorama complet de la vallée bordant le plateau du Golan. Au nord, la crête du mont Hermon délimite la frontière avec le Liban. En suivant sa crête vers l’ouest, on aperçoit deux postes d’observations de l’armée israélienne dominant toute la vallée.

Lire aussi: Bachar el-Assad écrase le berceau de la révolution

Fortement endommagé par l’assaut de l’armée régulière syrienne qui l’a repris le mois dernier aux rebelles de Fatah al-Cham, proches d’Al-Qaida, le poste d’El-Kroum servait depuis 1974 à surveiller la zone démilitarisée sur le territoire syrien pour assurer la sécurité d’Israël. Les forces de l’ordre syriennes n’y sont autorisées qu’à condition de ne porter que des armes à feu légères pour des missions de police. S’y ajoute la police militaire russe, chargée de patrouiller en long et en large la zone démilitarisée pour ouvrir la voie à la mission d’observation de l’ONU.

Présence temporaire

«Toute la DMZ (zone démilitarisée) est sous notre contrôle jusqu’au point sud, qui vient tout juste d’être repris lundi, poursuit le lieutenant-général Kouralenko. Nous inspectons tous les itinéraires des patrouilles de l’ONU, qui sont très contents de notre travail.» Lors de cette visite, organisée par Moscou et à laquelle ont participé des dizaines de journalistes, aucun représentant de l’ONU n’était sur place pour confirmer ses dires.

Israël abat nos avions et nous avons dû nous contenter de l’infanterie pour déloger les terroristes

Un militaire syrien

Le militaire russe détaille les étapes de la «sécurisation»: «D’abord, les sapeurs syriens doivent désamorcer les mines, ensuite vient la police militaire russe, et enfin seulement les patrouilles de l’ONU peuvent reprendre. Pour l’instant seuls quatre itinéraires sont rouverts, la décision pour les autres sera bientôt prise par le siège de l’ONU à New York.»

Un soldat de la police militaire russe près de Tal Kroum. ANDREY BORODULIN

L’armée russe dit former une centaine de démineurs syriens pour sécuriser la zone. «Les mines sont aujourd’hui le seul danger dans la DMZ», assure Kouralenko. Il précise que la présence de la police militaire russe est «temporaire». «Nous partirons quand l’ONU nous le demandera.» Car, en principe, elle doit rester hors de la DMZ. Les postes russes sont positionnés face à ceux de l’ONU mais en deçà de la ligne dite «bravo» [limite orientale de la DMZ]. Quatre postes fonctionnent à présent et les Russes en prévoient huit à terme.

Ville fantôme

Plus bas, dans la vallée, à un jet de pierre de la frontière israélienne, la petite ville d’Al-Ahmadiyah a été largement détruite avant sa conquête par l’armée régulière syrienne et ses alliés. La police militaire russe n’autorise pas à pénétrer dans cette ville, qui semble entièrement désertée. Depuis le pont détruit donnant accès à Al-Ahmadiyah, on aperçoit le dôme crevé de la mosquée. Un militaire syrien, qui refuse d’être nommé, assure au Temps que les combats avec les islamistes de Fatah al-Cham ont été très violents et que ces derniers avaient formé une brigade de kamikazes. «Nous les avons délogés sans négociations.»

Lire également: L’aide aux Syriens, une garantie pour Israël

En revanche, des pourparlers semblent avoir eu lieu avec le puissant voisin israélien, dont le poste avancé fut aux premières loges pour observer les combats. «Israël abat nos avions et nous avons dû nous contenter de l’infanterie pour déloger les terroristes», prétend le militaire syrien. Il suggère que Russes et Américains ont servi d’intermédiaires auprès d’Israël pour que l’armée régulière puisse utiliser son artillerie contre les rebelles positionnés dans Al-Ahmadiyah. «C’est humiliant pour nous de demander aux occupants israéliens l’autorisation de libérer notre territoire.»

Observant son village natal avec un groupe d’amis depuis le pont détruit, Hamid Khalifa, 59 ans, confie ses pensées à travers le filtre d’un interprète assermenté par le gouvernement. «Je suis certain que la paix s’est durablement installée ici», déclare ce sunnite en habit traditionnel. Il explique que sa maison a été partiellement détruite dans les combats et qu’il compte sur le gouvernement pour l’aider à la reconstruire. «Je sais qu’il va d’abord s’occuper de l’infrastructure, et seulement ensuite évaluer mon cas particulier. Je pense que j’aurai une aide, mais pour l’instant je ne sais pas», soupire-t-il. Eleveur de moutons et maraîcher, il raconte avoir vécu cinq années «sous l’occupation de bandes armées».

Famille kidnappée

Vêtu de la même tunique traditionnelle et également fermier, Abdo Ishaal, 68 ans, vient tout juste de découvrir que sa maison a été détruite, dans un hameau proche d’Al-Ahmadiyah. «Je suis arrivé ce matin de Damas par un bus affrété par le gouvernement. Je vis depuis cinq ans dans la capitale, où je me suis installé pour fuir les combats». Abdo Mishaal dit vivre aujourd’hui d’une retraite versée par le gouvernement, pour qui il a longtemps travaillé comme jardinier municipal. Ce soir, il rentrera à Damas. «Dieu seul sait si je pourrai reconstruire ma maison», lâche-t-il en souriant.

Son expression change quand il est interrogé sur le sort de ses proches. «La moitié de ma famille a été kidnappée [par les rebelles] et je n’ai aucune nouvelle d’eux depuis. Je ne sais ni où ils sont ni s’ils sont vivants.» Une réponse peut-être dictée par le désir de ne pas attirer les soupçons des services de sécurité syriens, qui passent au peigne fin les territoires reconquis.

 
 

En résumé… pour rassembler large, il faut savoir qui nous sommes…

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Dès que j’accepte trop d' »amis » sur facebook, je me retrouve immanquablement avec des gens insupportables qui me font un procès d’intention, en gros je serais une incorrigible stalinienne, comme j’ignore tout d’eux ils sont en position avantageuse puisqu’ils peuvent m’inventer à leur aise, me traiter comme une chose et grâce à la rumeur, m’attribuer à peu près n’importe quoi. Visiblement tout leur est odieux dans ce qu’ils imaginent de moi, ce que je sais autant que mon ton doctoral disent-ils et ils finissent par m’insulter, me vomir leur haine surtout s’il s’avère que ce que je dis est exact… C’est à se demander pourquoi ils sollicitent un échange?

Alors je voudrais préciser une fois de plus. En l’état de mes informations et par goût personnel, je suis  peu portée sur l’hagiographie, et le respect du dogme ne fait pas partie de mes vertus. J’en donne une fois de plus la preuve en incitant au doute.  Je ne me suis pas lancée dans une réhabilitation de Staline. Simplement puisque certains considèrent que l’on peut limiter l’expérience soviétique à ce dirigeant mort il y a 65 ans, il faut ne pas refuser cette estimation de son rôle et surtout celui de l’expérience soviétique. Et pas dans les termes qui nous sont imposées par le capitalisme. Je suis pour la réhabilitation non de Staline mais de la nécessité du « bilan ». A l’appui de ma demande j’apporte le fait que ceux qui ont vécu et le stalinisme et l’URSS n’en ont pas la même image que nous et qu’il faudrait écouter ce qu’ils ont à nous dire. ils ne sont pas plus assurés que nous de détenir la vérité mais en matière de bilan comparé du socialisme et du capitalisme, ils ont quelques connaissances.

Je suis convaincue que tant que l’on refusera, enfin tant que les communistes refuseront de faire un véritable bilan de l’URSS, aucune solution progressiste ne pourra réellement voir le jour et le parti communiste sera condamné à jouer les forces d’appoint. Un véritable bilan, c’est-à-dire juger des réalisations de leur impact sur tout ce qui s’est fait de progressiste autant que des impasses, des échecs mais du point de vue de nos objectifs. C’est un positionnement militant mais d’abord intellectuel qui tient compte de ce que l’on sait de l’inertie qu’entraîne pour les individus d’avoir un « cadavre dans le placard » et surtout de ne pas avoir le courage d’affronter l’idéologie dominante, de s’y soumettre quand cela concerne sa propre histoire.

Avec ce refus, passent à la trappe bien d’autres expériences historiques y compris la nôtre de communistes français, au point que la base commune de la direction du PCF semble éviter la mise en évidence de l’histoire du PCF dans les conquis sociaux, autant qu’une analyse de l’évolution de la situation internationale, ce qui entraîne une soumission à la seule nécessité des « alliances » structurelles confondues avec le « rassemblement ».

Ce qui m’intéresse dans l’expérience chinoise dans laquelle je ne vois pas un modèle, c’est la manière dont elle joue entre pragmatisme, héritage historique et finalités jamais perdues de vue et comment tout cela est fait avec la conscience aiguë que nous sommes dans une nouvelle ère. Donc je plaide pour l’ouverture d’un dialogue avec les partis communistes d’abord mais pas seulement. A partir du moment où les communistes seront plus conscients de l’originalité de leur apport, ils pourront élargir au plan national comme international la rencontre entre d’autres forces et mouvements en particulier ceux nés dans des temps obscurs de la contre-révolution.

Danielle Bleitrach.

 

La Chine et Cuba mettent en avant  les réflexions de Fidel Castro à l’occasion de son anniversaire.

Pékin, 13 août (PL) La communauté cubaine vivant en Chine, le corps diplomatique accrédité dans cette capitale et les amis chinois de Cuba ont rendu hommage aujourd’hui au 92e anniversaire du leader historique de la Révolution, Fidel Castro.

Lors d’une cérémonie au Jardin de la Paix de Pékin, les participants ont rappelé l’héritage de l’éternel commandant en chef, ainsi que la validité de sa pensée et de son action dans l’idéologie des peuples du géant asiatique.

Les Chinois et les Cubains ont rendu hommage au leader devant le monolithe qui a été placé dans ce même jardin l’année dernière à l’occasion du premier anniversaire de sa mort.

Dans des déclarations à Prensa Latina, la conseillère Lisbet Quesada, chargée d’affaires par intérim de la mission diplomatique de l’île, a déclaré que le peuple chinois se souvient avec affection de l’impulsion donnée par Fidel aux relations avec ce pays.

Cuba a été la première nation de l’hémisphère occidental à établir des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine en 1960, ce qui nous honore profondément parce qu’il a ouvert la voie à des liens entre Pékin et l’Amérique latine, a-t-il dit.

En Septembre, il y avait une grande réunion d’un million de personnes sur la place de la Révolution, Fidel a donné un long discours et a demandé si le peuple a accepté de rompre les relations diplomatiques avec Taiwan et l’établir avec la Chine, ces millions de personnes ont dit oui, c’était impressionnant, a rappelé le correspondant de l’agence de presse Xinhua à La Havane, Pang Bingan.

D’autre part, Quesada a rappelé que dans les années 1960, le premier groupe de Chinois à voyager à l’étranger pour étudier l’espagnol l’a fait précisément à Cuba, et cela grâce à l’attention du commandant sur les échanges éducatifs entre les deux parties.

Maria Cheng, une de ces étudiantes chinoises d’il y a plus de 50 ans, a exprimé sa gratitude au peuple et au gouvernement cubains pour lui avoir permis d’étudier dans ce pays des Caraïbes.

Fidel est un grand leader de la Révolution cubaine, très cher et respecté par le peuple, il était aussi un grand ami de la Chine, a-t-il souligné.

Le Président de la Fondation chinoise pour la paix mondiale, Li Ruohong, a exprimé le souhait que la coopération entre les deux pays continue d’être renforcée en 2018, année du 58e anniversaire de l’établissement de liens diplomatiques.

Auparavant, Xu Yizhou, ancien ambassadeur de Chine à Cuba, a assuré Prensa Latina que les deux nations sont au meilleur moment de leurs relations bilatérales.

Cette amitié est représentée dans de nombreux aspects allant de la politique, de l’économie, de la culture et du sport. L’échange entre les deux pays est très important et permet de maintenir les relations bilatérales à un très bon niveau, a-t-il ajouté.

tgj/idm

source: http://www.prensa-latina.cu/index.php?o=rn&id=202340&SEO=china-y-cuba-resaltan-pensamiento-de-fidel-castro-en-su-natalicio

Tag(s) : #cuba#chine
 

[Pas de bol] Le consul d’Ukraine en Allemagne était un antisémite pro-nazis…

quand vous avez un pote des occidentaux en Ukraine, méfiez vous il y a de grande chances qu’ils soit dans ce genre (note de Danielle Bleitrach)

par Les-crises.fr DT

Bravo à la vigilance du journaliste et blogueur indépendant ukrainien Anatoli Chariï !

Notez qui si de grands médias anglo-saxons en ont parlé en mai, suite à une dépêche Reuters :

aucun grand média français ne l’a apparemment fait… :

Bonne lecture – et merci à la traductrice !

Source : Youtube,Анатолий Шарий, 13-05-2018

Source :Youtube,Анатолий Шарий, 13-05-2018


Le grand secret du Ministère des Affaires Etrangères de l’Ukraine.

Source :Youtube,Анатолий Шарий, 12-05-2018

Source :Youtube,Анатолий Шарий, 12-05-2018


Source :Youtube,Анатолий Шарий, 13-05-2018

Source :Youtube,Анатолий Шарий, 13-05-2018


«Être nazi est honorable»: le consul d’Ukraine en Allemagne épinglé pour ses idées nazies

Source : Sputnik, 14.05.2018

Attiré par l’idéologie nazie, le consul d’Ukraine à Hambourg appelle sur sa page Facebook à l’ajout d’une croix gammée sur le drapeau ukrainien, à la reconquête de territoires en Pologne et en Hongrie, a révélé un journaliste, qui ajoute que le consul n’est pas seul à le penser parmi les représentants de la diplomatie ukrainienne à l’étranger.

Le journaliste et blogueur indépendant Anatoli Chariï a analysé le continu de la page Facebook, visible uniquement par ses amis, du consul ukrainien à Hambourg Vassil Marouchtshchinets et a attiré l’attention sur ses publications sous forme d’appels à la conquête des territoires «ukrainiens» de Pologne et de Hongrie.

Les révélations du journaliste ukrainien, qui vit en exil dans l’UE depuis les événements de Maïdan, ont été publiées sur sa chaîne YouTube et on y peut activer les sous-titres français, anglais et allemands.

Le journaliste a illustré son enquête avec les postes scandaleux du diplomate ukrainien. Ainsi, un poste de M.Marouchtchinets daté du 22 novembre 2017 dit: «Voilà, les démocrates et les tolérants! Seulement par la force nous pourrons libérer notre sol», en faisant référence à certains territoires en Pologne.

Un peu plus tard, le 7 décembre 2017, le consul a appelé également à la reconquête de territoires en Hongrie, écrivant: «L’armée ukrainienne de 2017 n’est pas l’équivalent des quelques centaines de soldats SS désarmés dans la Carpatho-Ukraine en 1939».

Le consul ukrainien dévoile aussi sur Facebook son projet de drapeau pour l’Ukraine, qui représente une croix gammée aux couleurs du drapeau ukrainien sur un fond rouge et noir.

«Être nazi est honorable» et «Gloire à l’Ukraine, mort aux antifascistes», de tels commentaires ont été également déterrés sur la page du diplomate, ainsi que des posts antisémites appelant à «punir les  juifs» et niant l’Holocauste. À ce sujet, M.Chariï attire une attention spéciale sur le fait que le consul travaille en Allemagne.

Les révélations du blogueur ont rapidement fait réagir les internautes, et pas seulement:

«Les antisémites et ceux qui attisent la discorde ethnique ne peuvent avoir leur place dans une société civilisée et encore moins au ministère des Affaires étrangères. Le secrétaire d’État du ministère ukrainien des Affaires étrangères entame une procédure disciplinaire. Nous étudierons tous les détails avec attention», le ministre ukrainien des Affaires étrangères Pavel Klimkine.

Suite aux réactions incendiaires, le blogueur a publié une deuxième vidéo, pointant du doigt le fait que le consul ukrainien à Hambourg était ami avec d’autres diplomates ukrainiens, qui aimaient et commentaient ces postes antisémites favorables au nazisme, par exemple, l’ambassadrice d’Ukraine en Portugal Inna Ognivets:

Dans sa deuxième vidéo, le blogueur assure que le diplomate en question a commencé à bannir les personnes dans la liste de ses amis dans une tentative d’identifier celui qui en aurait donné l’accès au journaliste. Nombre de ses contacts ont commencé à le retirer de leur liste d’amis.

Le consul d’Ukraine à Hambourg a été suspendu de ses fonctions pour la durée de l’enquête, a déclaré lundi le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Mariana Betsa, au portail Ukrainskaïa Pravda.

L’affaire autour du consul ukrainien antisémite est déjà en train d’être examinée par les services spéciaux allemands, a indiqué M.Chariï dans un post Facebook appelant à «faire connaître plus largement» ce scandale.

 

Annexe : quelques images circulant sur le web :

 

Traduction : « Vive l’Ukraine aryenne »

« Dans la vidéo, Anatoli montre et démontre que Vassil Marouchtchinets a dans ses contacts bon nombre de personnes travaillant comme diplomates pour le MAE ukrainien ! Et un certain nombre d’entre eux ont régulièrement liké ses posts antisémites, prouvant ainsi que non seulement ils les ont vus, mais qu’en plus ils étaient d’accord avec ce qui y était écrit !

Même le père de la Consule générale de Hambourg (Oksana Tarassiouk), Boris Tarassiouk, qui est député à la Rada et ancien diplomate ukrainien, fait partie des amis Facebook de ce cher Vassil Marouchtchinets, et a donc eu l’occasion de voir les posts du collègue de sa fille ! Et il semble que cela ne l’ait pas choqué plus que cela.

Cette consule générale n’a pas non plus été choquée lorsque les collègues de Vassil lui ont offert pour ses 60 ans, un gâteau « Mein Kampf », qu’il a fièrement affiché sur son mur Facebook : »

Parmi ceux qui ont liké ses posts on retrouve entre autres :

– Valentin Adomaïtys : le plus fervent soutien des posts néo-nazis de Vassil Marouchtchinets, il est presque systématiquement dans les personnes ayant liké ses posts. Ce monsieur fut ambassadeur d’Ukraine en Inde et au Népal et il est président de l’ONG Ukraine-Inde.

– Tsivati Viatcheslav : qui travaille à l’académie diplomatique d’Ukraine.

– Leonid Yassinsky : lui aussi travaille à l’académie diplomatique d’Ukraine…

– Bogdan Pylypiv : qui est professeur à l’académie nationale du Ministère de l’Intérieur ukrainien.

– Valery Stoupak et Vassil Gamianine : qui travaillent au Ministère des Affaires Étrangères d’Ukraine. Le deuxième a carrément liké la photo avec le gâteau « Mein Kampf »…

– Lioudmila Mlochtch : qui est président de l’association centrale des Ukrainiens en Allemagne.

– Alexandre Chiian : qui est président du centre d’information et de culture germano-ukrainien à Düsseldorf.

– Inna Agnyvets : Ambassadrice d’Ukraine au Portugal ! Son like est visible dans la troisième vidéo sur ce dossier faite par Anatoli, et publiée hier.

– Igor Lossovskyi :Vice-représentant permanent de l’Ukraine auprès des organisations internationales à Vienne, dont l’OSCE

Et pour prouver définitivement que sa hiérarchie ne pouvait pas ignorer son idéologie politique, de 2004 à 2006, voici ce qui ornait son bureau au Ministère des Affaires Étrangères à Kiev :

Le drapeau de l’UPA, l’armée insurrectionnelle ukrainienne, qui a à son actif des massacres de Polonais en Volhynie, et de juifs

 

Voir aussi : 


Marouschinets a été viré du corps diplomatique ukrainien. Décision du 30 mai 2018

Source : Ministère des affaires étrangères de l’Ukraine, 31-05-2018

Щодо консула Генерального консульства України в Гамбурзі Марущинця Василя Івановича

31 травня, 17:02

У зв’язку із повідомленнями, які набули значного резонансу, щодо дій консула Генерального консульства України в Гамбурзі Василя Марущинця, МЗС України було здійснено такі кроки.

Дисциплінарною комісією з розгляду дисциплінарних справ Міністерства закордонних справ України (далі – Комісія) здійснено дисциплінарне провадження у формі службового розслідування, за результатами якого Комісія дійшла висновку, що дії В.І.Марущинця розцінюються як порушення Присяги державного службовця, правил етичної поведінки державних службовців, дії, що шкодять авторитету державної служби.

Комісія вважає, що дії В.І.Марущинця є несумісними з дипломатичною діяльністю та принципами державної служби та запропонувала застосувати до нього дисциплінарне стягнення у вигляді звільнення з посади державної служби.

Наказ про звільнення В.І.Марущинця з посади та дипломатичної служби видано 30.05.2018 р.

Копію дисциплінарної справи та результатів службового розслідування, резонансні дії якого можуть містити ознаки кримінального злочину (розпалювання міжнаціональної ворожнечі), буде передано для подальшої правової оцінки до правоохоронних органів.

Source : Ministère des affaires étrangères de l’Ukraine, 31-05-2018

 
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Publié par le août 13, 2018 dans HISTOIRE

 

Meurtre de Pasolini, dernières lueurs sur un cas irrésolu

http://www.les-lettres-francaises.fr/2015/12/meurtre-de-pasolini-dernieres-lueurs-sur-un-cas-irresolu/


Pasolini 0Dès que le corps de Pier Paolo Pasolini a été identifié, au matin du 2 novembre 1975, les hypothèses sur les circonstances de son meurtre se sont multipliées. Voilà quarante ans qu’elles s’affrontent et se contredisent. Mais il semble à présent établi que celle qui avait été lancée par Oriana Fallaci, qui n’était pas une grande amie politique de l’écrivain cinéaste, soit la bonne. La journaliste avait, en effet, immédiatement, avec l’aide de Mauro Volterra, procédé à une enquête qui lui avait permis d’obtenir les confidences d’un témoin direct, qui avait exigé l’anonymat et qui affirmait la présence de plusieurs complices, de deux autres voitures (une Alfa Romeo jumelle de celle de la victime et une Fiat) et d’une moto. Il donnait le nom de ces autres suspects, qui, quarante ans plus tard, réapparaissent. Sa version, Oriana Fallaci l’avait publiée dans l’hebdomadaire Europeo par une série d’articles, les 14 et 21 novembre 1975 (repris dans Pasolini, un uomo scomodo, Rizzoli, 2015). Sommée de donner ses sources (téléphoniques), Oriana Fallaci refusa d’obtempérer et se vit condamnée à quatre mois de prison avec sursis. Cette grande reporter, connue pour des positions assez réactionnaires (notamment sur la question arabe), avait des liens cependant cordiaux, malgré leurs dissensions, avec Pasolini qu’elle avait notamment interviewé à New York en 1966 et à qui elle avait demandé de préfacer les poèmes de son ami grec Alexandros Panagoulis, incarcéré. Elle ne manquait ni de courage ni de lucidité ni de probité.

On sait que le juge Alfredo Carlo Moro (frère d’Aldo Moro qui sera lui-même assassiné deux ans plus tard, lors de son enlèvement par des terroristes) estima le 26 avril 1976, au terme du procès de première instance, les preuves de complicité insuffisantes, pour poursuivre l’investigation et condamna l’unique suspect, le très jeune Giuseppe Pelosi dit « Pino la rana », « Pino la grenouille », qui s’était hâté d’avouer son crime, à neuf années sept mois et dix jours,   « pour homicide volontaire avec le concours d’inconnus et attentat à la pudeur ». Six mois plus tard, la Cour d’appel confirme la condamnation, mais fait disparaître toute allusion à un éventuelle complicité et à l’obscénité : Pelosi est seul coupable. La cour de cassation confirme cette sentence trois ans plus tard, en 1979. Et Pelosi est libéré le 18 juillet 1983. Sa liberté (conditionnelle) sera de courte durée : il se retrouvera régulièrement sous les verrous pour différents délits (vols et trafic de drogue).

Pasolini 5Pelosi tiendra des propos contradictoires : après s’être accusé ouvertement, tant dans ses interrogatoires préliminaires qu’au tribunal, en prison avec ses codétenus et les différents gardiens ou experts venus l’interroger, dans plusieurs interviews, dans des lettres et dans un premier livre, intitulé Io, Angelo Nero (Moi, Ange Noir), Sinnos, 1995, il revient spectaculairement sur cette version officielle le 7 mai 2005, trente ans après la mort du poète, lorsqu’il est interviewé par Franca Leosini, dans une émission télévisée de la RAI, intitulée Ombre sul giallo (Ombres sur le polar). Il sera encore plus précis, six ans plus tard, dans une deuxième autobiographie, écrite avec l’aide d’un avocat et d’un journaliste, Alessandro Olivieri et Federico Bruno, Io so… come hanno ucciso Pasolini (Je sais… comment ils ont tué Pasolini), Vertigo, 2011Là, il nomme ceux qui l’ont entouré : notamment les frères néo-fascistes Borsellino. Il indique d’autres présences (six en tout), mais demeure vague sur la responsabilité des uns et des autres. Il avoue clairement qu’il avait fait la connaissance de Pasolini au début de l’été 1975. Il avait été abordé par lui dans un bar, l’avait régulièrement fréquenté pendant plusieurs semaines et, ce soir-là du samedi 1er novembre 1975, ils avaient rendez-vous, comme souvent. Il lui avait avoué que des voyous lui ordonnaient de le conduire au bord de la mer, pour qu’il récupère, contre une rançon, des bobines de Salò dérobées dans le studio de la production. Bien que le film ait été achevé et monté et que Pasolini n’ait nul besoin de ces chutes qui n’avaient aucune valeur pour lui ni pour personne et ne représentaient aucun danger pour sa réputation, il a accepté peut-être par simple générosité, sachant que Pelosi aurait son pourcentage sur la rançon (au départ phénoménale, puis diminuée à un niveau plus raisonnable).

L’histoire du vol des bobines de Salò n’était pas une nouveauté. Le cinéaste et collaborateur de Pasolini, Sergio Citti, en effet, avait depuis longtemps avancé cet élément, convaincu depuis toujours, comme la comédienne Laura Betti, que le meurtre de Pasolini était lié à une bande de crapules, probablement manipulées par des hommes politiques affiliés à la fois à la mafia sicilienne et à Ordine Nero, le mouvement d’extrême-droite.

Pasolini 1Ni le peintre Giuseppe Zigaina (auteur d’un essai exalté sur les pulsions suicidaires de Pasolini, intitulé Hostia, Marsilio, 1995) ni le poète Nico Naldini, cousin germain et proche collaborateur de Pasolini, dont il a été surtout le biographe (Pasolini, biographie, Gallimard, 1991, et Breve vita di Pasolini, Guanda, 2009), n’accordaient le moindre crédit à la thèse du complot politique ou même du crime crapuleux organisé par une bande de malfrats. Pour des raisons différentes, tous deux étaient intimement persuadés qu’il fallait s’en tenir à un crime privé perpétré dans des conditions sexuelles. Que le meurtre ait été prémédité ou accidentel, il n’était pour eux que le fait d’un individu, ramassé ce soir-là. Pasolini se mettait en danger depuis toujours : ses amis le savaient. Ses pratiques sexuelles, régulières et même obsessionnelles, anonymes, diurnes et nocturnes, en plein air, le mettaient en contact avec des prostitués occasionnels, se prétendant en général hétérosexuels, que, selon certains témoignages comme celui de la comédienne Adriana Asti qui voyageait souvent avec lui dans les années 1960, il payait peu, de crainte de les corrompre. Cela ne faisait qu’augmenter le danger qu’il courait. Dans son roman inspiré du destin de Pasolini (Dans la main de l’ange, Grasset, 1982, Prix Goncourt), Dominique Fernandez soutient également cette thèse d’un meurtre privé et peut-être suicidaire. Et le premier biographe, Enzo Siciliano (Vita di Pasolini, Rizzoli, 1978, La Différence, 1982), se contente de donner les différentes versions possibles, car le procès était encore en cours quand son livre parut.

Mais si les caractéristiques de la vie privée de Pasolini étaient, en effet, largement connues de son cercle d’amis, de nombreux éléments dans les circonstances du meurtre demeuraient inexpliqués. Toutes ces dernières années, les avocats Guido Calvi et Nino Marazzita (défenseurs de la famille Pasolini), les cinéastes Marco Tullio Giordana et Mario Martone, le musicien de jazz Guido Mazzon, petit-cousin de Pasolini, et Gianni Borgna, longtemps adjoint à la culture à la Mairie de Rome, ont demandé avec insistance la réouverture de l’enquête. Les éléments nouveaux ne manquaient pas : ou plutôt, les éléments qui ont été négligés par l’instruction. Car demeurent incompréhensibles d’innombrables faits. La présence dans la voiture de Pasolini d’une semelle orthopédique et d’un pull n’appartenant ni à la victime ni au meurtrier présumé fut abondamment commentée dans la presse. En décembre 2014 encore, des traces de trois ADN différents ont été retrouvées sur les vêtements de Pasolini, n’appartenant pas à Pelosi, mais encore non identifiées.

Pasolini-Abel-FerraraDans son beau film récent, Pasolini, dont le scénario, d’un troublant réalisme teinté d’onirisme, a été rédigé par Maurizio Braucci, avec les conseils de Graziella Chiarcossi (petite-cousine et héritière de Pasolini), de Ninetto Davoli (ancien compagnon du cinéaste et son acteur fétiche) et de Giuseppe Pelosi lui-même, Abel Ferrara présente le meurtre comme une ordalie collective à laquelle Giuseppe Pelosi ne prend pas une part active. Ferrara semble même lui donner raison quand, à présent, l’assassin présumé et condamné prétend qu’il a tenté de défendre le cinéaste, roué de coups par une bande armée. Un autre film, La macchinazione, se prépare dont le réalisateur, David Grieco, ancien acteur, journaliste et scénariste, qui a été proche de Pasolini, publie également un essai sous le même titre (Rizzoli, 2015). Il y expose sa conviction que le meurtre a bel et bien été prémédité par une bande armée commanditée par l’extrême droite et la pègre sicilienne. Lui-même a vécu avec la fille du médecin légiste, Faustino Durante, qui a pratiqué l’autopsie du cinéaste. Durante fut, du reste, de ceux qui contestèrent les conclusions du procès, tant il était évident que le meurtre n’avait pu être l’œuvre d’un seul homme. Le corps avait été massacré.

Parmi les nombreux points restés inintelligibles, on a immédiatement souligné le fait que les premiers témoins, interrogés par les carabiniers survenus sur les lieux dès l’aube, n’ont jamais été convoqués par le tribunal et n’ont jamais déposé officiellement. Or la plupart des habitants de la zone avaient entendu et pour certains vu de leurs yeux plusieurs individus dans la nuit. L’un de ces témoins, alors enfant, Olimpio Marocchi, deviendra d’ailleurs l’un des meilleurs amis de Pino Pelosi qui le tuera accidentellement le 21 juillet 2010 en conduisant en état d’ébriété.

Pasolini 3Silvio Parrello, peintre et poète, qui fut un des modèles des Ragazzi di vita, quand il était adolescent, sous le surnom de « Er Pecetto », depuis plusieurs années insiste également sur sa conviction que parmi les complices se trouvait un certain Antonio Pinna qui conduisait, lui aussi, une Alfa Romeo, la même que celle de Pasolini, et aurait fait partie du véritable convoi (trois voitures, une moto) qui alla du centre de Rome à Ostie. Cet Antonio Pinna disparut en février 1976, moins de trois mois après l’assassinat de Pasolini. Et son Alfa Romeo, qu’il apporta dans un garage pour la réparer, portait justement les marques de choc que celle du cinéaste n’avait pas, alors qu’elle était censée avoir écrasé violemment son corps. Parrello est interrogé sur ce sujet dans un très beau film de la cinéaste corse Marie-Jeanne Tomasi, intitulé Lungotevere, où paraissent les ragazzi de Pasolini, amis, acteurs, modèles, maintenant vieillis et pour certains morts depuis peu (comme Ettore Garofolo, l’acteur d’Accattone).

Pelosi, lorsqu’il fut arrêté par les carabiniers, au volant de l’Alfa Giulietta de Pasolini, roulant à contresens, s’inquiéta spontanément d’avoir perdu une bague qu’il demanda de chercher près du corps du cinéaste, comme s’il avait voulu montrer à la police sa signature. Une bague de l’armée américaine qu’il avait achetée depuis peu. Cette auto-accusation insistante intrigua beaucoup plus les observateurs que la police et la justice. Plus étonnant encore est le fait que Vincenzo Panzironi, le propriétaire du Biondo Tevere, où Pelosi dit avoir dîné avec Pasolini, peu avant le meurtre, l’avait décrit comme un garçon blond et avait reconnu la photo que la police lui avait montrée du prétendu Pelosi. Mais, au moment du procès, confronté à Pelosi, Panzironi ne le reconnaît pas : il est brun et ne ressemble ni au garçon de son souvenir ni à la photo qui lui avait été montrée peu après les faits. Avec qui Pasolini était-il attablé au Biondo Tevere ? Après avoir quitté le restaurant, Pasolini aurait pris de l’essence dans une station service où fut aperçue, derrière lui, une voiture immatriculée à Catane. Mais cette information ne fut donnée que très tardivement.

Commence alors à se dessiner la thèse selon laquelle Pelosi pourrait n’être que la « doublure » du véritable assassin. Ce qui expliquerait la multiplicité incohérente des versions qu’il a données pendant quarante ans de cette fameuse nuit sanglante. Pour quelle raison aurait-il accepté de jouer le bouc émissaire ? Se soumettant à quel chantage ? Cachant quelle vérité ? Se sacrifiant pour quelle raison ? Quel pouvoir était assez fort pour contraindre un adolescent à mentir en s’accusant ? Il dit, à présent, que ses parents étaient menacés et qu’il avait menti pour leur sauver la vie.

pasolini pétroleDurant ces quarante années, la publication posthume de Pétrole (en 1992) a révélé que Pasolini avait approfondi une enquête sur le meurtre d’Enrico Mattei, le patron de l’ENI (la société nationale d’hydrocarbures) déguisé en accident d’avion. Mais cette enquête, faite par le journaliste d’agence de presse, Giorgio Steimetz, avait été rendue publique, dans des magazines d’actualité et un ouvrage de faible diffusion mais disponible. A vrai dire, Pasolini n’avait rien découvert lui-même. Lorsque le sénateur d’extrême droite et collectionneur sicilien Marcello Dell’Utri prétendit avoir acquis un chapitre volé de Pétrole (il s’agit de la note 21 intitulée « Eclairs sur l’ENI » qui est vide, comme de nombreuses pages blanches du manuscrit inachevé), s’ouvrir une autre piste de chantage. Mais il s’agissait probablement d’un coup publicitaire, car ce chapitre ne fut jamais présenté matériellement par son prétendu acquéreur.

On a pensé également que certains articles parus dans Il Corriere della Sera et dans Il Mondo et repris dans les Ecrits corsaires et des Lettres luthériennes avaient pu valoir à Pasolini la haine d’hommes politiques menacés par des révélations que pouvait apporter le poète, qui pourtant précisait « qu’il n’avait pas les preuves » : il n’avait qu’une conviction. Est-ce que la conviction d’un intellectuel, même aussi influent et visible que Pasolini suffit à faire de lui la cible de meurtriers affiliés au pouvoir ou à la pègre ? On a du mal à l’admettre. Car la figure de Pasolini ne se réduit pas à celles d’un détracteur de la corruption et d’un pourfendeur de la pègre. Sa place dans l’histoire de la culture, il la doit ni à sa vie privée, ni à son activité journalistique, ni à sa mort. Mais à son œuvre poétique (des Cendres de Gramsci à Transhumaniser et organiser), à ses romans, à son esthétique cinématographique, à l’invention de ses différents langages qui renouent avec l’image prométhéenne de l’artiste de la Renaissance. Et pourtant c’est à ses interventions de poète civil, à son rôle dérangeant dans le paysage social italien, que l’on revient toujours quand on interroge sa mort.

Un livre très récent, Pasolini, Massacro di un poeta, de Simona Zecchi (« Ponte Alle Grazie », Adriano Salani Editore, 318 p., 16 €) va plus loin dans les hypothèses que toutes les précédentes publications qui optaient pour la thèse du meurtre collectif, lié plus ou moins aux activités d’investigation politique de Pasolini (comme les livres de Marco Tullio Giordana, Pasolini, Mort d’un poète, un crime italien, Seuil, 2005, de Giuseppe Lo Bianco et Sandra Rizza, Profondo Nero, Chiarelettere, 2009, et de Gianni D’Elia, Il petrolio delle stragi, Effigie, 2006). La journaliste met à plat tout ce qui incite à penser que l’instruction a été délibérément faussée et que les toutes premières informations publiques ont été biaisées. Si le meurtre s’est produit vers 1H30 du matin, et que la voiture de Pasolini a été retrouvée vers 3h comment expliquer que la famille de Pasolini n’ait été informée de la mort du cinéaste que plus de trois heures plus tard, alors que la police l’a appelée pour signaler seulement le vol probable du véhicule. Ninetto Davoli, en effet, a été averti par Graziella Chiarcossi à l’aube et s’est rendu au commissariat d’où il a été conduit sur les lieux du crime pour reconnaître le corps. Mais c’est également à l’aube qu’une voisine nommée Maria Teresa Lollobrigida a déclaré avoir découvert le corps. Et c’est à l’aube aussi que la nouvelle a été rendue publique. Comment a-t-on autant attendu pour la reconnaissance du corps et comment la nouvelle s’est-elle aussi vite diffusée, une fois que la reconnaissance a eu lieu ? Que s’est-il passé entre 1h30 et l’aube, alors que de nombreux témoins ont affirmé aux carabiniers qu’ils avaient entendu les hurlements de Pasolini au moment où on le tuait ?

Pasolini machinationDavid Grieco souligne, lui, dans La macchinazione, que le psychiatre qui a fait l’expertise de l’état mental de Pelosi, peu après son arrestation, est celui-là même qui, quatorze années auparavant, avait examiné Pasolini, accusé d’avoir commis un hold-up, le 18 novembre 1961, dans une station-service de San Felice Circeo ! Cet épisode rocambolesque, s’ajoutant aux innombrables persécutions dont Pasolini a été victime au cours de sa vie artistique et privée, avait abouti bien entendu à un non-lieu. Mais l’accusateur et soi-disant victime, Bernardino De Santis, avait été cependant assez convaincant pour susciter le procès. Aldo Semerari, sans rencontrer Pasolini, avait fait alors une expertise psychiatrique à la fois accablante et atténuante, fondée sur son « anomalie sexuelle », ce qui diminuait sa responsabilité, dans la mesure où l’accusé n’aurait pas été maître de ses pulsions. L’expertise qu’il produisit sur l’immaturité de Pelosi et ses limites intellectuelles reprenait les mêmes termes que pour Pasolini, en relevant « son incapacité à comprendre et à vouloir ». Elle ne fut pas validée par le juge Moro qui conclut à la pleine responsabilité juridique de l’accusé. Ce même Semerari devait mourir assassiné en 1982, victime de la guerre de deux factions de la Camorra napolitaine. Impliqué dans des mouvements d’extrême droite et affilié à la célèbre loge maçonnique P2, il était un des gourous de la « bande de la Magliana » qui sévit au début des années 1980. Il était également un membre des services de renseignement de l’armée.

Cet imbroglio politico-mafieux est au cœur de l’enquête de David Grieco et de Simona Zecchi qui, tous deux, tentent de prouver l’existence d’une préméditation complexe du meurtre, dépassant de loin les capacités d’un petit prostitué de dix-sept ans isolé. La première difficulté consiste à identifier les « inconnus » qui se trouvaient dans les différents véhicules autour de celui de Pasolini et qui probablement ont participé au massacre. Avec qui Pasolini a-t-il effectivement été vu au Biondo Tevere, cette trattoria dont il était un client régulier, après avoir dîné au Pommidoro avec Ninetto Davoli et sa famille, dans le quartier San Lorenzo, près de la gare ? Le Biondo Tevere est sur la route d’Ostie, à la sortie de Rome. Est-ce que ce « biondino », petit blond, tel que l’a défini Vincenzo Panzironi, le restaurateur, est le malfrat Gianni Mastini, surnommé Johnny lo Zingaro, Johnny le Gitan, qui est blond ? Est-ce qu’il s’agit de quelqu’un d’autre encore : peut-être un certain Mauro Giorgi, que connaissait Mastini. L’absence de boue et de toute marque de choc sur les chaussures de Pelosi semble contredire le fait qu’il ait pu se battre sur le terrain imprégné de pluie de l’hydrobase. Pelosi n’avait aucune tache de sang sur lui quand il a été arrêté, alors qu’il était censé avoir massacré Pasolini, avoir lutté physiquement avec lui, l’avoir roué de coups de battes. Pas plus que, comme on l’a vu, la voiture de Pasolini n’avait le moindre accroc, contrairement à celle du fameux Antonio Pinna que pour cette raison, inquiet, le garagiste refusa de réparer.

Pasolini 4Il semble ne faire aucun doute que de nombreux agresseurs étaient présents sur le lieu du crime, que les habitants des baraques environnantes les ont entendus et pour certains observés, que Pelosi a été à la fois un hameçon et une doublure, mais qu’il n’a pas joué le premier rôle, que parmi les voyous se trouvaient des individus impliqués politiquement dans différents attentats ayant précédé le meurtre durant les années de plomb. Depuis six ans, depuis l’attentat du 12 décembre 1969, de la Banque de l’Agriculture à Milan, Pasolini avait multiplié les articles, les poèmes, les déclarations publiques sur la responsabilité de la Démocratie Chrétienne et sur le fait que les anarchistes accusés avaient été des boucs émissaires. Il avait notamment dénoncé la tentative de coup d’état (il Golpe Borghese) néo-fasciste de décembre 1970 et il avait approfondi des recherches sur la corruption des nouveaux dirigeants de l’ENI. Derrière les activités des mouvements d’extrême droite (Ordine Nero et le MSI), se trouvait la puissance de la mafia, compromise à de très nombreuses reprises dans des meurtres (de magistrats intègres ou de commissaires courageux), des attentats aveugles.

Quel rôle aurait joué la CIA dans ce meurtre est également la question que soulève aussi bien Simona Zecchi que David Grieco ? Se peut-il qu’un poète de renom ait représenté, parce qu’il était également un polémiste s’exprimant largement dans la presse et procédant à des enquêtes personnelles visant à dénoncer des pouvoirs plus ou moins occultes, un tel danger pour des organisations politiques et des services de renseignements ? Le crime, s’il était l’œuvre de services secrets, était presque parfait, dans la mesure où, obéissant à des pressions pour des raisons obscures, Pelosi, en tant que « doublure » (s’il est vrai que ce n’était pas Pelosi qui dînait au Biondo Tevere avec Pasolini, mais un autre garçon qui aurait été l’un des criminels), s’était prêté au jeu, pour endosser toute la responsabilité, et où l’homosexualité de la victime dont de nombreux poèmes n’avaient cessé de préluder, dans des visions prophétiques, une mort par lynchage (notamment dans ses poèmes « Une vitalité désespérée » et l’ « Aube méridionale », qui tous deux se trouvent dans Poésie en forme de rose, 1964, tout comme dans le Poète des cendres, 1966, et dans La Divine Mimésis, 1975) permettait de rendre très crédible la version d’un meurtre privé, dans des conditions sexuelles.

bellezza-pasoliniUne partie des proches et des admirateurs de Pasolini (entre autre, le poète Dario Bellezza, qui toutefois changera d’avis, peu avant de mourir, en publiant un essai, Il poeta assassinato, Marsilio, 1996, qui contredit ses précédentes analyses qui, dans Morte di Pasolini, Mondadori, 1981 s’en tenaient à une thèse strictement sexuelle) soutenaient que la version du complot tentait d’occulter l’homosexualité de Pasolini. Or cette réaction amicale était précisément ce que souhaitaient ses assassins : que l’homosexualité de Pasolini serve à dissimuler le caractère politique de son exécution, d’autant que certains amis de Pasolini soulignaient qu’un meurtre d’homosexuel (sur le modèle de celui de Garcia Lorca) avait déjà en soi nécessairement un caractère politique. De quoi ajouter du flou à une situation déjà considérablement confuse.

Maria Antonietta Macciocchi fut de ceux qui toujours crurent au complot. Cette amie du poète lui avait donné une rubrique hebdomadaire de « dialogues avec les lecteurs » dans Vie Nuove (repris dans Le belle bandiere, Editori Riuniti, 1977, et traduit sous le titre Dialogues en public, Sorbier, 1980). Dès le 13 novembre 1975, elle publiait en une du Monde un article intitulé : « Le crime est politique ». Elle écrivait notamment : «  La haine déchaînée contre Pasolini, à l’instigation d’une société toute entière, trouve son expression dans la mise en scène du crime : une exécution publique, effectuée au grand jour, pour que tout le monde voie et apprenne. (…) Pasolini, le plus grand intellectuel italien de ce temps, le plus avancé sur la voie d’une réelle internationalisation des problèmes idéologiques, est en effet celui qui a osé introduire dans son discours la question (insupportable) de l’impossibilité de parler ouvertement de la sexualité, de la moralité, de la violence, d’une Italie d’abord catholique, puis fasciste, et enfin démocrate chrétienne. »

Pasolini-Chronique-Judiciaire-Perscution-Excution-Livre-895766034_MLDe même Laura Betti (qui, tout en constituant le fond d’archives Pasolini, publia un bilan des différents procès faits à son ami, dans Pasolini, chronique judiciaire, persécution, exécution, Seghers, 1979 et tenta de reconstituer le procès de Pelosi dans des conditions factices bien sûr, en convoquant, à la Maison des Cultures du Monde à Paris, en 1984, tous les experts qui avaient été appelés à la barre). Alberto Moravia, lui, changea d’avis, passant de la version politique à la version privée, rejoignant le camp de Nico Naldini et de Giorgio Caproni. En dépit de ces nouvelles enquêtes journalistiques, on peut douter que le procès soit jamais rouvert. Les pièces à conviction ont pour la plupart disparu. Et le parquet ne semble pas pressé de poursuivre ses investigations sur les traces d’ADN retrouvées sur les vêtements du poète massacré. Car c’est toute l’histoire des années de plomb qu’il faudrait refaire, depuis ses origines. Tout est lié à tout. Le hasard est peut-être un des pseudonymes du diable, mais c’est aussi un mot commode pour brouiller, sous le nom de fatalité, une réalité qu’on se dispense d’analyser avec les armes de la raison.

René de Ceccatty


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L’exposition Frida Kahlo critiquée en Hongrie, accusée de   « promouvoir le communisme »

cette vague ultra-conservatrice qui a également pris pour victime le philosophe marxiste Lukacs ose s’affirmer en tant que telle, mais comment ne pas voir qu’elle est largement entretenue dans toute l’Europe par un dénigrement du communisme obligatoire, lieu commun si l’on veut être publié, exposé. La censure existe partout et frise le négationnisme, jamais Orban et ses pareils n’oseraient agir ainsi s’ils n’avaient pas la caution de fait de l’UE et de l’Allemagne en particulier. (note et traduction de danielle Bleitrach)

Les visiteurs assistent à l'exposition "Frida Kahlo: Chefs-d'œuvre du Museo Dolores Olmedo, Mexico" à la Galerie nationale hongroise de Budapest

Les visiteurs assistent à l’exposition « Frida Kahlo: Chefs-d’œuvre du Museo Dolores Olmedo, Mexico » à la Galerie nationale hongroise de Budapest. CRÉDIT: BERNADETT SZABO / REUTERS

Soixante -quatre ans après sa mort, la vie personnelle et la politique de Frida Kahlo sont traquées en Hongrie.

Un journal pro-gouvernemental d’extrême droite a critiqué une exposition extrêmement populaire sur son travail à la Galerie nationale hongroise de Budapest en l’accusant de « promotion du communisme ».

Cette critique s’inscrit dans le cadre d’un débat national plus large sur la culture et la politique culturelle depuis que le Premier ministre nationaliste Viktor Orban a remporté son troisième mandat consécutif en avril.

Les partisans de M. Orban et les journalistes pro-gouvernementaux ont fait valoir ces dernières semaines qu’après qu’Orban avait remporté un autre mandat fort, il était maintenant temps de changer de culture en faveur des valeurs conservatrices pour mettre fin à ce qu’ils appellent les artistes libéraux de gauche.

Dans un article du 14 juillet intitulé « Voici la façon dont le communisme est promu en utilisant l’argent de l’Etat », l’exposition Kahlo a été dénoncée dans le journal de droite Magyar Idok avec d’autres galeries, artistes et expositions.

« Vous ne le croirez pas, mais Trotsky est de nouveau apparu à Budapest, cette fois-ci depuis le lit de Frida Kahlo », a-t-il écrit, faisant allusion à Leon Trotsky, une figure clé de la prise de exil au Mexique. Trotsky a été assassiné en 1940.

Un visiteur assiste à l'exposition "Frida Kahlo: Chefs-d'œuvre du Museo Dolores Olmedo, Mexico" à la Galerie nationale de Hongrie à Budapest
Un visiteur assiste à l’exposition « Frida Kahlo: Chefs-d’œuvre du Museo Dolores Olmedo, Mexico » à la Galerie nationale de Hongrie à Budapest. CRÉDIT: BERNADETT SZABO / REUTERS

K ahlo était affiliée au Parti communiste du Mexique et aurait également décoré la tête de son lit avec des images des dirigeants communistes Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao, selon le Museo Frida Kahlo du Mexique.

Le journal a ajouté qu’il n’y avait « pas de problème esthétique » avec l’exposition du « peintre communiste mexicain », qui attire jusqu’à 3.000 visiteurs par jour.

La National Gallery a refusé de commenter. Kahlo est devenue l’un des artistes les plus célèbres du XXe siècle dans les décennies qui ont suivi sa mort, et son travail suscite un grand intérêt.

L’exposition de peintures de Budapest coïncide avec une exposition de Kahlo au Victoria & Albert Museum de Londres .

Nouvelle ère

Lors du débat sur la politique culturelle, M. Orban a déclaré le 28 juillet que des changements majeurs devaient être réalisés dans ce domaine et que sa troisième victoire électorale était « rien moins que le mandat de construire une nouvelle ère ».

« Une époque est déterminée par les tendances culturelles, les croyances collectives et les coutumes sociales. C’est maintenant la tâche à laquelle nous sommes confrontés: nous devons intégrer le système politique à une époque culturelle », a déclaré M. Orban à des centaines de partisans.

Un porte-parole du gouvernement a refusé de commenter lorsqu’on lui a posé des questions sur les changements imminents.

Depuis que M. Orban a été élu pour la première fois en 2010, son parti Fidesz a réécrit la constitution hongroise, a pris le contrôle des médias d’État et des hommes d’affaires proches de M. Orban et du Fidesz ont construit des empires.

M. Orban a contesté avec succès les tabous libéraux occidentaux, remportant les élections de 2018 avec une forte campagne anti-immigration et en mettant l’accent sur l’importance de la fierté et de l’unité nationales et d’une « Hongrie forte ».

Les visiteurs assistent à l'exposition "Frida Kahlo: Chefs-d'œuvre du Museo Dolores Olmedo, Mexico" à la Galerie nationale hongroise de Budapest

Les visiteurs assistent à l’exposition « Frida Kahlo: Chefs-d’œuvre du Museo Dolores Olmedo, Mexico » à la Galerie nationale hongroise de Budapest. CRÉDIT: BERNADETT SZABO / REUTERS

Un groupe d’une soixantaine d’artistes et d’historiens de l’art ont signé un manifeste rejetant la liste des artistes de Magyar Idok, affirmant que ces attaques étaient sans fondement.

En juin, Magyar Idok a également publié un article d’un commentateur invité qui accusait la comédie musicale Billy Elliot de l’Opéra d’État hongrois de diffuser la propagande homosexuelle auprès de son jeune public. Billy Elliot est au programme depuis deux ans, avec plus de 100 000 téléspectateurs à ce jour.

L’opéra national a annulé 15 des 44 représentations prévues en juin-juillet.

Dans un communiqué publié sur son site internet, il a indiqué que les performances n’avaient pas été annulées en raison de la controverse dans la presse. Mais il a noté que les gens avaient perdu tout intérêt à voir le spectacle suite à la couverture.

Les visiteurs assistent à l'exposition "Frida Kahlo: Chefs-d'œuvre du Museo Dolores Olmedo, Mexico" à la Galerie nationale hongroise de Budapest
Les visiteurs assistent à l’exposition « Frida Kahlo: Chefs-d’œuvre du Museo Dolores Olmedo, Mexico » à la Galerie nationale hongroise de Budapest. CRÉDIT:  BERNADETT SZABO / REUTERS

T AMAS Fricz, un analyste politique de droite qui a aidé à organiser des rassemblements de masse pour Orban, a déclaré que le but était « de ne pas détruire la culture libérale » , mais d’ajuster le système pour tenir compte de la droite conservatrice domination politique, tout en préservant les valeurs des arts libéraux.

« L’autonomie des institutions individuelles devrait être préservée mais je pense que le gouvernement … a le droit de favoriser et de soutenir fermement et consciemment la pensée conservatrice, les artistes, les œuvres de la culture », a déclaré Fricz.

Un moyen serait de consacrer plus d’argent aux films historiques montrant les grands chapitres de l’histoire de la Hongrie, at-il ajouté.

« Une culture conservatrice doit se construire … ce qui montrerait la force historique de la nation hongroise », a-t-il déclaré.