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The independant : la guerre entre oligarques, accusation de meurtres autour d’un procès entre milliardaires à la Haute cour

C’est le plus extraordinaire témoignage sur ce que sont les pillards oligarques en Ukraine. Kolomoïsky et Pinchuck avec le rabbin, ses œuvres, le mariage de ses filles, on se croirait dans les contes d’Odessa de Babel, même si le roi des mendiants était lui du côté des révolutionnaires… On me répondra que Kolomoïski, l’ami très cher de notre enflure nationale Bernard-Henry Levy, vient d’être mis sur la touche par le vertueux Porochenko, lui-même roi du chocolat (qui s’est assuré la propriété d’un grand nombre d’immeubles de Sébastopol en les faisant prendre à la kalachnikov à ce qu’on dit). L’oligarque jouissant du triple passeport Chypriote, israélien et Ukrainien a été lâché par les Américains et malgré sa garde prétorienne néo-nazi a dû pour le moment s’incliner. Mais il y a un autre protagoniste encore plus intéressant bien que moins truculent c’est Pinchuck, souvenez vous c’est le principal contributeur de la fondation charitable de la famille Clinton qui ne saurait rien lui refuser.

https://histoireetsociete.wordpress.com/2015/03/23/les-oligarques-ukraine-des-contributeurs-de-premiere-importance-a-la-fondation-clinton-avant-la-crise-de-kiev/

Quelle relation y a-t-il donc entre ce procès Pinchuck-Kolomoïski et le fait que le marionnettiste américain ait lâché ce dernier? Édifiant quant aux mœurs du Capital. Qu’une telle bande de gangsters soit en mesure après avoir fait main basse sur les biens nationaux soviétiques d’acheter les dirigeants des Etats-Unis en dit long sur l’état de pourrissement du capital ! Mais le plus drôle dans cette affaire est que cette bande de ruffians se croient obligés de nous la jouer morale et droits de l’homme pour couvrir leurs turpitudes. (note de Danielle Bleitrach)

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Viktor Pinchuk, Gennadiy Bogolyubov and Igor Kolomoisky

Quelques unes des plus extraordinaires accusation de violence, de meurtre et de corruption, telles que jamais vues dans une compétition légale commerciale ont surgi dans des documents présentées à la Haute  Cour .

Les attendus de la Haute Cour, concernant une querelle commerciale et judiciaire à Londres, font état d’extraordinaires allégations de violence, meurtre et corruption.

Ces allégations font parties d’un procès qui porte sur 2 milliards de dollars, 1.34 milliard de livre sterling, procès intenté par l’oligarque et ami de Tony Blair Viktor Pinchuck résidant à Kiev et à Kensington, à l’encontre de deux autres milliardaires ukrainiens dans leur bataille pour l’acquisition et le contrôle d’une entreprise.

L’un d’entre eux, Gennadiy Bogolyubov résidant à Belgrade a récemment accusé Mr Pinchuck de corruption de témoins dans le cadre de ce procès et en demande l’ajournement. Un témoin a déclaré que l’une des personnes ayant été corrompue était l’ancien procureur en chef d’Ukraine, Stavyatoslav Piskun.

Mais le staff de Mr Pinchuk a répliqué en portant devant la Haute Cour de Londres des allégations explosives concernant la participation active de l’ancien procureur dans la couverture des meurtres commandités par l’associé en affaires de Mr Bogolyubov se nommant Igor Kolomoisky.

Mr Pinchuk inclut aussi Kolomoisky dans le procès à 2 milliards de dollars qu’il mène dans sa tentative d’acquisition de l’entreprise minière objet de la querelle.

Mr Kolomoisky réfute toutes ces allégations qui n’ont pas été prises en considération par le juge et qui forment ce que Mr Justice Flaux a qualifié de malveillances et méchancetés entre les parties (déclarations, démentis, contre allégations)

Le staff  de Mr Pinchuk a affirmé que Mr Kolomoisky a donné l’ordre d’attaquer un avocat ukrainien qui refusait de donner des informations protégées sur un client. Le gang de malfrats recruté a attaqué l’avocat après avoir battu par erreur sur la personne un de ses collègues.

Mr Kolomoisky organisa alors le meurtre des membres de ce gang  qui avaient  » saboté  »  leur mission et chercha à dissimuler ces meurtres. Telles sont les allégations faites par un témoin  présenté par le clan Pinchuk.

L’équipe de Mr Pinchuk a déclaré que peu après l’attaque portée sur l’avocat ukrainien, le garde du corps de mr Kolomoisky, SY Nikitin que l’on dit avoir planifié toute l’attaque, a été retrouvé mort, son corps flottant dans une rivière ukrainienne.

Le chef du gang fut lui aussi trouvé mort avec les veines de ses deux poignets coupées. Dans les deux cas il n’y eut aucune autopsie et en ce qui concerne le cas du chef de gang il fut conclu qu’il s’agissait là d’un suicide. la blessure par balle d’une arme à feu, sous son menton n’a apparemment pas été remarquée, telles sont les déclarations du clan Pinchuk .

Comme pour Mr Nikitin, le corps ( dont le rapport original et officiel indiquait qu’il n’y avait aucune trace de blessures ) fut exhumé et l’on découvrit qu’il portait la trace d’une dizaine de blessures à l’arme blanche.

L’équipe de Mr Pinchuk fait alors état d’une déclaration officielle émanant du bureau du procureur d’Ukraine et stipulant :

Mr Kolomoisky a menacé ( l’avocat ) de mort quelque jours après que celui çi ( l’avocat ) n’ait  pas donné suite aux demandes de Mr Kolomoisky. Aussi ce dernier aurait-il décidé le meurtre de l’avocat pour se venger de son refus d’obtempérer.

Et cette déclaration poursuit en stipulant que Mr Kolomoisky pour mener à bien ses intentions criminelles a demandé à Mr Sy Nikitin son garde du corps d’organiser l’assassinat ainsi donc Mr Kolomoisky est entré en association criminelle avec Mr Nikitin et de par ses ordres, assassinat avec préméditation.

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Mr Viktor Pinchuk commença alors le procés à 1.34 milliards de livres sterling ( AFP/GETTY)

Un mandat d’arrêt fut émis à l’encontre de Mr Kolomoisky mais le procureur Mr Piskun l’a annulé à la demande d’intermédiaires travaillant pour Mr Kolomoisky, d’après les déclarations du staff Pinchuk.

Mais le staff de Mr Bogolyubov a répondu que le procureur Piksun dément catégoriquement avoir été corrompu dans le but d’annuler et arrêter l’enquête et que de toutes les façons il n’avait au quotidien aucun rôle dans la prise opérationnelle de décision.

L’avocat de Mr Bogolyubov a déclaré que l’enquête concernant Mr Kolomoisky avait été arrêtée, le procureur en chef d’Ukraine pensant que le milliardaire était victime d’une campagne de discrédit. Il ordonna la révision du dossier et l’enquêteur conclut que les charges retenues contre Kolomoisky devraient être abandonnées.

Le deuxième témoin déclarant avoir été corrompu par Mr Viktor Pinchuk est un rabbin décrit dans un rapport de presse ukrainien comme étant  » le chef spirituel  » des juifs oligarques, Shmuel Kamineski.

Le staff juridique de Mr Bolomoiski déclara que Mr Viktor Pinchuk tenta de corrompre le rabbin et le menaça de retirer son don annuel d’1 million de dollars pour les œuvres charitables de sa communauté, s’il n’intervenait pas en sa faveur.

Le staff de Mr Pinchuk a réfuté ces allégations et a insisté sur le fait que Mr Pinchuk continue toujours ses dons et qu’il y avait de nombreux emails amicaux, invitations bien après ces supposées menaces et tentatives de corruption.

Le staff de Mr Pinchuk déclara aussi que le rabbin craignait de croiser Mr Kolomoisky. Mr Pinchuk déclara que le rabbin lui a dit que s’il devait se porter contre Mr Kolomoisky cela lui vaudrait une balle dans la tête.

Rinat Akhmetov fait aussi partie de la dispute commerciale pour l’acquisition de cette entreprise minière mais aucune allégations n’a été faite à son encontre.

Il a été ajouté que le témoignage du rabbin ne pouvait être pris en compte car le rabbin est financièrement dépendant de Messieurs  Kolomoisky et Bogolyubov.

Et comme à l’évidence le clan Pinchuk cite le fait du mariage de la fille du Rabbin, Yehudis avec ses 2000 invités ayant eu lieu dans le club de foot de Mr Kolomoisky : le FC Dnipro.

Une autre des filles du rabbin s’ étant mariée dans le même style, avec 1000 invités, le mariage ayant eu lieu cette fois dans le complexe synagogue – hôtel du rabbin et dont les 66 millions de dollars de coût de construction furent payés par Mr Bogolyubov. Le rabbin ayant déclaré publiquement se référant à cette construction que cela constituait la dotation de Mr Bogolyubov à leur encontre. L’équipe juridique de Mr Bogolyubov comptait sur le rabbin pour récuser les déclarations de Mr Viktor Pinchuk à son encontre et pour par son témoignage être ainsi de son côté dans ce procès à 2 milliards de dollars pour l’acquisition de cette entreprise minière.

Mr Pinchuk déclara aussi que Mr Kolomoisky qui est gouverneur d’une région d’Ukraine a essayé de faire pression sur Mr Pinchuk pour qu’il abandonne sa plainte à leur encontre en le menaçant de l’incorporer dans l’armée ukrainienne pour aller se battre sur le front est.

L’équipe juridique de Mr Pinchuk rajouta que Messieurs Kolomoisky et Bogolyubov ont essayé de mettre dans l’embarras Mr Pinchuk pour l’inciter à annuler sa plainte à leur encontre en publiant des allégations sur le meurtre 15 ans auparavant d’un journaliste ukrainien Georgiy Gongadze pendant le régime du beau père de Mr Viktor Pinchuk l’ex président Leonid Kuchma.

La déclaration Pinchuk stipule que pour éviter tout doute possible, il n’y a eu aucune suggestion selon laquelle Mr Pinchuk aurait eu un lien avec la mort de Mr Gongaze.

Mr Pinchuk accuse ses deux rivaux d’utiliser leur chaîne de télévision 1+1 pour promouvoir leur version afin de l’obliger à abandonner le procès devant la Haute Cour.

Mr Justice Flaux a refusé un mandat d’arrêt pour atteinte à la justice mais a déclaré que cela pouvait être reconsidéré lors du procès principal en janvier prochain.

L’accord en querelle

Mr Pinchuk déclare avoir payé à Messieurs Bogolyubov et Kolomoisky 143 millions de dollars pour l’acquisition d’une mine de fer appartenant à l’état.

Ils prirent cette somme, revendique-t-il et ils ne lui donnèrent pas la mine. Il déclare alors qu’ils ont vendu la moitié de cette mine à Rinat Akhmetov le milliardaire ukrainien propriétaire du football club Shakhtar Donetsk. L’homme le plus riche d’Ukraine. Celui qui a acheté une penthouse au 1 Hyde Park pour 136.4 millions de livres sterling.

Aucune allégation impropre de sa part ne figure au dossier.

Mrt Pinchuk déclare que la mine vaut maintenant 1 milliard de dollars et qu’on lui doit un autre milliard de dollars en dividendes non payés.
http://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/oligarchs-at-war-claims-of-murder-among-ukrainian-billionaires-in-high-court-case-10107612.html

 

Ziouganov : L’héritage révolutionnaire d’Octobre et les tâches du Parti communiste.

voici exactement la moitié de la traduction par Marianne des 35 pages du plenum du Parti communiste de la fédération de Russie. Jugeons sur pièce la manière dont ce parti analyse la situation historique non pour en faire notre bible mais pour nous enrichir par le dialogue. Bon travail (Danielle Bleitrach)

L’héritage révolutionnaire d’Octobre et les tâches du Parti communiste. Rapport du Président du Comité central du Parti communiste, GA Ziouganov au Plenum du Comité central du Parti communiste de Mars 2015

19/03/2015 Pravda

http://kprf.ru/party-live/cknews/140505.html

(PREMIERE PARTIE)

Chers camarades!

Nous approchons du 100e anniversaire de l’événement le plus marquant du XXe siècle et de l’histoire de l’humanité. Sa valeur est bien reflétée par cette réflexion de Staline: «La Révolution d’Octobre a infligé une blessure mortelle au capitalisme mondial dont il ne se relèvera jamais … C’est pourquoi le capitalisme ne retrouvera jamais « l’équilibre » et « la stabilité » qu’il possédait avant Octobre. »

L’anniversaire de la Grande Révolution socialiste d’Octobre est une excellente occasion de rappeler sa signification, montrer les acquis du système socialiste et, bien sûr, mobiliser nos forces pour lutter pour le triomphe des idéaux les plus chers des travailleurs.

Dès à présent, nous devons déployer une activité de grande envergure pour préparer le 100e anniversaire de cet événement historique. Il n’est pas moins important de confronter notre expérience historique avec les tâches du parti héritier d’Octobre. Sans oublier les aspects de la révolution qui sont apparus à nous sous un jour nouveau. Leur connaissance et leur compréhension permettront de mieux préparer le parti aux batailles de classe pour la paix, la vraie démocratie, les droits humains et la dignité des citoyens.

Les prémisses de la Grande Révolution

La révolution socialiste en Russie ne s’est pas accomplie spontanément, de manière aléatoire ou soudaine. L’inéluctabilité  de son avènement a été démontrée par Lénine sur la base de toute la richesse de la théorie dont les bases ont été posées par Marx et Engels.

La plus grande découverte de Lénine a été sa thèse sur la transition du capitalisme vers une nouvelle étape supérieure : l’impérialisme.

La concurrence capitaliste qui persistait a inévitablement conduit à un développement inégal dans les différents pays. Le monde formait une seule chaîne du capitalisme, et la conquête des marchés signifiait un repartage du monde déjà divisé. Lénine fait une seconde conclusion importante : dans les conditions de l’impérialisme il est inévitable qu’apparaisse un maillon faible de la chaîne capitaliste, au détriment duquel les prédateurs impérialistes cherchent à renforcer leurs positions.

La chaîne du capitalisme peut être rompue en son maillon le plus faible, ou le capital peut ne peut pas résister à l’offensive des forces prolétariennes. Et le fondateur du bolchevisme livre une troisième découverte remarquable: dans les conditions de l’impérialisme, la révolution socialiste peut vaincre d’abord dans plusieurs pays ou même dans un seul.

Une analyse approfondie a convaincu Lénine que le maillon faible dans la chaîne de l’impérialisme était l’Empire russe, et que la Russie pourrait devenir le foyer de la révolution socialiste. Tout d’abord, avant même la transition vers le stade impérialiste, la Russie était déjà enceinte de la révolution. Déjà en 1875, Friedrich Engels avait écrit: « La Russie est sans aucun doute à la veille d’une révolution … qui va détruire d’un seul coup la dernière réserve, encore inexploitée, de toute la réaction européenne. »

Deuxièmement, la première révolution russe s’était terminée par une défaite. Il en était resté des contradictions non résolues qui exigeaient leur dénouement.

Et, troisièmement, au début du XXe siècle, le centre du processus révolutionnaire mondial s’était déplacé de l’Allemagne à la Russie. Comme le notait, par exemple, Karl Kautsky, qui alors s’en tenait encore fermement au marxisme.

La Russie présentait tout un enchevêtrement de contradictions aiguës. Contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie. Entre la superstructure féodale tsariste et l’union de la bourgeoisie et des propriétaires fonciers libéraux. Entre les propriétaires fonciers et les paysans. Entre les koulaks, les paysans moyens et pauvres – ces derniers étant la classe la plus nombreuse dans le pays. A tout cela s’ajoutaient les contradictions entre la bourgeoisie rurale et la communauté paysanne. Il y avait aussi les questions agraires et les questions nationales. Les conflits inter-régionaux et inter-religieux. L’antagonisme entre ville et campagne allait croissant.

La guerre mondiale a exacerbé toutes ces contradictions sociales en y ajoutant de nouveaux antagonismes. Le sentiment de révolution devenait général. « Dans la couronne d’épines des révolutions prochaines s’avance l’année 1916 «  a écrit Vladimir Maïakovski. Des motifs similaires apparaissent dans les œuvres de Blok, d’autres poètes et écrivains.

Mais Lénine ne pouvait s’appuyer sur les prédictions des poètes. Son credo reposait sur une analyse scientifique rigoureuse « Il ne peut y avoir de révolution sans une situation révolutionnaire », – insiste-t-il et il donne à cela une définition devenue classique. Premièrement : pour l’émergence d’une révolution il faut que « les classes inférieures ne veulent plus » vivre comme avant, et « les classes supérieures ne peuvent plus » gouverner comme avant, c’est-à-dire ont perdu la possibilité de conserver les formes anciennes de leur domination. Deuxièmement, il y a une « aggravation, supérieure à la normale de la misère des classes opprimées. » Troisièmement, on voit augmenter de manière significative l’activité des masses, qui dans les époques « pacifiques » se laissent « dépouiller tranquillement « , et en période de turbulences mûrissent pour « une action historique indépendante. »

Le peuple russe a qualifié à juste titre d’ «impérialiste» la Première Guerre mondiale. Elle a exacerbé au plus haut point la pauvreté et la détresse des classes opprimées. Il suffit de rappeler qu’en 1916 le gouvernement tsariste pour la première fois dans l’histoire du pays a formé des détachements pour les produits alimentaires. Leur tâche consistait à exproprier les  « surplus » céréaliers des paysans afin d’éviter la famine dans les grandes villes de l’empire.

Des grèves ont éclaté dans tout le pays. En Janvier 1917, le nombre de grévistes a atteint 400 000. La guerre a nécessité de donner des armes à des millions de travailleurs et de paysans, et la masse des soldats était de plus en plus sensible aux idées socialistes. Ainsi, le 25 Octobre 1916 à Petrograd s’est déroulée une manifestation massive contre le procès des marins de la Baltique, que les autorités poursuivaient pour avoir créé une organisation bolchevique. Et ces épisodes étaient de plus en plus fréquents.

L’incapacité du « sommet » à diriger devenait flagrante. L’épisode Raspoutine montrait clairement que le régime tsariste était pourri jusqu’à la moelle. Dans les plus hautes sphères de l’empire se répandait le mysticisme – signe évident de confusion et d’ignorance.

La Russie a été frappée de plein fouet par la crise systémique du capitalisme. Le pays était devenu une partie de la chaîne capitaliste mondiale. Mais son élite féodale n’était pas en mesure de maîtriser les outils bourgeois de domination. Dans l’Empire russe s’est développée une situation révolutionnaire. Mais les conditions objectives ne sont pas suffisantes pour une révolution. Il faut une action de masse de la classe révolutionnaire, assez forte pour briser l’ancien gouvernement, « qui  jamais, même dans une période de crise, ne tombera « , si on ne le « renverse » pas. Lénine rappela les paroles de Marx et Engels : «Contre la puissance unie des classes possédantes la classe ouvrière peut agir en tant que classe, seulement en s’organisant dans un parti politique spécial d’opposition à tous les anciens partis … l’organisation de la classe ouvrière en un parti politique est nécessaire pour assurer la victoire de la révolution socialiste … »

(…)

Le parti bolchévique est apparu dans les conditions spécifiques de la réalité russe. Mais la « Révolution d’Octobre ne peut être considérée simplement comme une révolution dans un cadre national « - c’est par ces mots que commence l’article de Staline sur le dixième anniversaire d’Octobre. Puis il écrit: «C’est avant tout une révolution de niveau international, mondial, car elle signifie un tournant radical dans l’histoire mondiale de l’humanité, de l’ancien monde capitaliste au nouveau monde, socialiste … On ne peut nier le fait que l’existence même d’un « Etat bolchevique » met un frein sur les forces obscures de réaction, aidant ainsi les classes opprimées qui luttent pour leur libération. Ce qui, en fait, explique la haine farouche des exploiteurs de tous les pays contre les bolcheviks.

(…)

Devenu une alternative au menchevisme, le bolchevisme n’accepte pas les compromis avec l’opportunisme et le révisionnisme. Il défend la pureté de la théorie marxiste-léniniste, se bat contre ses falsifications, s’oppose à la convergence des idéologies communistes et sociales-démocrates. Le Bolchevisme en même temps rejette le sectarisme, cherche à unir les forces de la gauche dans l’opposition à la dictature du capital.

Le bolchevisme est un phénomène tout à fait remarquable. Il combine le romantisme des grands idéaux et l’action pragmatique, le respect des principes et la flexibilité dans la tactique, l’énergie bouillonnante et le calcul rationnel.

Le Parti bolchevique (« parti d’un type nouveau ») a su unir la lutte acharnée de la classe ouvrière contre la bourgeoisie et la lutte paysanne pour la terre. Fusionnant avec le mouvement de libération révolutionnaire des peuples coloniaux et opprimés, il a ouvert des possibilités pour réunir la lutte des classes et la lutte de libération nationale.

Le bolcheviks-léninistes ont toujours défendu le caractère prolétarien du parti « La principale force motrice est dans l’organisation des travailleurs au sein des grandes usines – affirmait Lénine et il a insisté: - Chaque usine doit être notre forteresse. ». Cette tâche est encore aujourd’hui très pertinente pour le Parti communiste.

Le parti d’un type nouveau se distingue par l’unité organique entre une discipline solide et consciente et une large démocratie interne. C’est ce qui a permis aux léninistes de parcourir le chemin difficile allant de l’organisation du parti à l’organisation du pouvoir après la victoire de la révolution socialiste. Ce nouveau pouvoir s’est mis en place si rapidement, fermement et efficacement que déjà en 1919, le correspondant à Moscou du journal « Chicago Daily News » a écrit: « Jamais dans l’histoire de la Russie moderne un gouvernement n’a eu autant de soutien et d’autorité que le gouvernement soviétique actuel. Lorsque vous entrez dans la Russie soviétique, vous remarquerez immédiatement que quoi qu’on dise du  bolchevisme, il n’est nullement identique à l’anarchie. Ayant séjourné dans ce pays communiste pendant un certain temps, vous êtes frappé de stupéfaction, parce que la situation est à l’opposé de la représentation que s’en est faite le peuple américain. Il n’y a pas de désordre. Dans les rues de Pétrograd et de Moscou on se sent plus en sécurité que dans les rues de New York et Chicago. « 

Le pouvoir soviétique a fait apparaître un type qualitativement nouveau de gouvernance. S’appuyant sur​ les traditions des peuples autochtones de Russie, il allie la créativité des masses des travailleurs et leur culture.

Le 26 octobre (8 Novembre) 1917, le IIème Congrès panrusse des Soviets des députés ouvriers et soldats a formé l’organe suprême de l’Etat soviétique. Au Comité exécutif central ont été élus 62 bolcheviks, 29 sociaux-révolutionnaires de gauche, 6 sociaux-démocrates internationalistes, trois socialistes ukrainiens et un SR-maximaliste. Bientôt les alliés et compagnons des bolcheviks sont sortis les uns après les autres de l’arène politique.

Le pouvoir soviétique est devenu un milieu social particulier. Dans ce contexte, tous les autres partis, à l’exception des bolcheviks, se sont retrouvés dans une position hors-système. Mais pas à cause de « commissaires en vestes de cuir. » Être « hors-système » par rapport à la puissance soviétique était dès le départ inhérent à ces partis. Pourquoi ? Eh bien, parce que chacun d’entre eux, y compris les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, étaient des éléments du système bourgeois. Et seuls les bolcheviks constituaient un parti d’un nouveau type, non seulement pour le mode d’organisation, mais aussi socialement, et politiquement. Par conséquent, ils ont reçu un appui solide dans la masse des travailleurs en Russie.

La vérité historique est avec nous  

Il devient de plus en plus clair que le capitalisme est réactionnaire, dépourvu de perspective historique. Défensivement, il attribue au socialisme la violence, le mensonge, l’hypocrisie, qui sont ses propres défauts. Il mène une croisade contre la mémoire historique, qui n’a pas oublié les grandes réalisations de l’ère soviétique. Il génère mythes et falsifications malveillantes. Il fait passer le noir pour le blanc, le blanc pour le noir. Pour les apologistes du capitalisme, l’antisoviétisme est un moyen d’auto-justification et de salut. Leur agression contre la mémoire historique est naturelle. Elle est indispensable pour remodeler la conscience nationale socialiste en conscience bourgeoise.

Déjà en 1918 dans sa « Lettre aux ouvriers américains », Lénine révèle clairement les doubles standards des gardiens de capital « on nous accuse des destructions causées par notre révolution. Mais qui sont les accusateurs? Les sbires de la bourgeoisie, cette même bourgeoisie qui, pendant les quatre années de guerre impérialiste, ont détruit la quasi-totalité de la culture européenne et ont réduit l’Europe à la barbarie, à la sauvagerie, à la faim. Cette bourgeoisie nous demande maintenant de faire notre révolution sur d’autres bases que toutes ces ruines, au milieu des épaves de la culture, des débris et des ruines créées par la guerre, avec d’autres personnes que celles qui ont été réduites à l’état de bêtes sauvages par la guerre. Combien humaine et juste est la bourgeoisie!

Ses serviteurs nous accusent de terreur … La bourgeoisie britannique a oublié son année 1649, et les Français 1793. La terreur était juste et légitime quand elle était utilisée par la bourgeoisie en sa faveur contre les seigneurs féodaux. La terreur devient monstrueuse et criminelle quand osent l’utiliser les ouvriers et les paysans pauvres … dans l’intérêt de tous pour renverser la minorité exploiteuse « .

Selon la logique de l’antisoviétisme, il n’aurait pas dû y avoir de violence, de sang, de destructions, ni d’erreurs. Mais qui a fourni une résistance farouche au pouvoir soviétique? Qui le premier a pris la voie de la terreur contre lui? Qui a bafoué l’intérêt national, pour à tout prix reprendre le pouvoir? Qui a mis ses intérêts de classe au-dessus de l’indépendance de la Russie?

A la veille du premier anniversaire de la création de l’Armée rouge des Ouvriers et des Paysans, Staline a écrit : « Le monde s’est divisé en deux camps de façon claire et irrévocable : le camp de l’impérialisme et le camp du socialisme ». A ce sujet, nos adversaires poussent les hauts cris à propos de la guerre civile déclenchée par les bolcheviks. Mais les faits sont têtus. Le 12 mars 1918, les « Izvestia » publient l’article de Lénine « La tâche principale de notre temps » : «  parvenir à tout prix à ce que la Russie cesse d’être misérable et impuissante, et qu’elle devienne vraiment puissante et prospère ». Où parle-t-il de guerre civile?

Le dirigeant bolchévique pose des tâches exclusivement créatives. Et il pouvait se le permettre, parce que « nous avons en quelques semaines, après avoir renversé la bourgeoisie, remporté la victoire contre sa résistance ouverte dans la guerre civile. Nous avons parcouru ce vaste pays de bout en bout en une marche triomphale du bolchevisme « .

Alors donc : cette guerre civile, qu’auraient prétendument déclenchée les bolcheviks, s’est terminée en quelques semaines! Cependant, c’est une tout autre guerre qui a ensanglanté le pays. Pour laquelle le général d’infanterie Alekseev est allé à Novotcherkassk le cinquième jour après la victoire du pouvoir soviétique. Et à qui ont prêté la main 14 Etats bourgeois qui voulaient étrangler la jeune République soviétique. Dès novembre 1917 à Yassi les pays de l’Entente ont convoqué une réunion pour élaborer un plan de guerre dans le sud de la Russie. En décembre de la même année, une conférence de l’Entente à Paris a décidé d’apporter un soutien aux gouvernements contre-révolutionnaires de l’Ukraine, des régions cosaques, de la Sibérie et du Caucase.

Lors de l’intervention et de la guerre civile, la bourgeoisie et les propriétaires terriens bradaient à qui mieux mieux les intérêts nationaux. Le courant antisoviétique préfère garder le silence à ce sujet. Ni les libéraux ni les patriotes russes blancs ne veulent reconnaitre cette réalité historique. Leurs dirigeants ne sont pas en mesure de s’adresser au peuple comme faisait Lénine dans la terrible année 1918:

« Que la presse bourgeoise corrompue vocifère devant le monde entier à propos de chaque erreur faite par notre révolution. Nous n’avons pas peur de nos erreurs. Ce n’est pas parce que la révolution a commencé que les gens sont devenus des saints. Les classes laborieuses, qui ont été opprimées pendant des siècles, … écrasées dans l’étau de la pauvreté, de la brutalité et de l’ignorance …ne peuvent accomplir la révolution sans commettre d’erreurs… Le cadavre du capitalisme se décompose, pourrit au milieu de nous, polluant l’air et empoisonnant nos vies, emprisonnant ce qui est nouveau, frais, jeune et vivant par des  milliers de fils reliés au vieux monde pourrissant et mort. « 

La vérité léniniste dissipe le mythe antisoviétique sur une prétendue dissimulation des drames et tragédies de la révolution par les bolcheviks. L’étude de l’histoire de la Grande Révolution d’Octobre à travers les sources de Lénine, l’étude de l’histoire soviétique par les œuvres de Staline, l’enseignement de tout cela à la jeunesse avide de vérité sont des défis auxquels nous devons nous attaquer activement et sans relâche.

Les idéologues bourgeois attribuent systématiquement à Lénine ce qui est caractéristique des politiciens bourgeois. Il n’aurait pas craint de sacrifier des victimes dans le but d’atteindre ses objectifs. Les travaux de Lénine, écrits peu de temps avant le soulèvement armé d’Octobre à Pétrograd, montrent le caractère parfaitement mensonger de ces allégations.

Oui, l’histoire des grandes révolutions a montré le danger de la guerre civile. Mais Lénine a tout fait pour l’éviter. Ses célèbres « Thèses d’avril » fondaient la possibilité d’une transition pacifique du pouvoir du gouvernement provisoire bourgeois aux Soviets des ouvriers, des paysans et des députés soldats. Cette éventualité était encore pour lui une certitude jusqu’au milieu de l’année 1917. Le 4 juillet, tout a changé. Après la fusillade d’une manifestation pacifique de travailleurs, soldats et marins, il écrit : « Le slogan « transmission de tout le pouvoir aux soviets » était le slogan de la prochaine étape … C’était un slogan de développement pacifique de la révolution, qui était possible du 27 Février jusqu’au 4 Juillet et, bien sûr, le plus souhaitable, mais il est maintenant tout à fait impossible. « 

Mais même dans les nouvelles conditions, Lénine cherchait le moyen d’une transition pacifique du pouvoir aux Soviets. Au début de Septembre 1917 dans son article « Sur les compromis », il écrit que s’il y a au moins « une chance sur cent » pour éviter la guerre civile, il faut la saisir. À la mi-septembre, dans l’article « La Révolution russe et la guerre civile, » Lénine affirmait : «Seule l’union des bolcheviks avec les socialistes-révolutionnaires et les menchéviks, seul un transfert immédiat de tout le pouvoir aux Soviets rendrait la guerre civile en Russie impossible. » Mais les menchéviks et les SR n’ont pas renoncé à l’alliance avec la bourgeoisie. Cette chance d’éviter la guerre civile a été perdue.

Avec la victoire de la Révolution d’Octobre a été instaurée en Russie la dictature du prolétariat sous la forme des Soviets, qui est devenu le pouvoir de la multitude. Elle a résolu l’immense tâche historique de sauver les gens. Et c’est encore un fait qu’ignorent les antisoviétiques de toutes les allégeances.

En 1919 – l’année la plus meurtrière de la guerre civile – Lénine a prononcé ces paroles qui sont toujours d’actualité: « . Si nous sauvons le travailleur, si nous sauvons la principale force productive de l’humanité – l’ouvrier – nous regagnerons ce que nous avons perdu, mais nous périrons si nous ne parvenons pas à le sauver ». Le gouvernement soviétique a sauvé l’ouvrier,  il a regagné le terrain perdu et créé une puissance industrielle puissante. C’est un fait d’une grande puissance créatrice que nous devons mettre à la disposition de la conscience des masses.

La puissance de transformation de la Russie a été ressentie avec une grande finesse par les contemporains. Toujours en 1919, le philosophe anglais Bertrand Russell écrivait : «Même dans le contexte actuel en Russie on peut sentir l’excitation provoquée par les idées fondamentales du communisme, les idées créatives, les espoirs, dont le but est de mettre fin à l’injustice, la tyrannie et la violence, qui entravent la croissance spirituelle … Cet espoir a aidé les meilleurs des communistes à supporter les années difficiles qu’a traversées la Russie, et inspiré le monde entier … que le communisme russe se termine par un échec ou qu’il se développe, le communisme dans son ensemble ne mourra pas « .

L’héritage de la Grande Révolution d’Octobre ne sera pas seulement nécessaire pour nous lorsque nous surmonterons la restauration du capitalisme. Il est nécessaire aujourd’hui – à ce stade de la lutte des classes. Pour le Parti communiste, « la tâche du moment » est de sauver le travailleur, qu’il soit ouvrier ou ingénieur, agriculteur ou enseignant. C’est à cela que nous pensons quand nous combattons contre la privatisation et la faillite des entreprises, quand nous nous battons contre la révision du Code du travail, de la Terre, du Logement, lorsque nous protestons contre la destruction du système éducatif et le massacre de l’Académie des sciences, quand nous exigeons l’adoption d’une loi sur la politique industrielle. Tout cela sont des formes pacifiques de lutte politique. Et elles doivent être multipliées!

Le Parti communiste, bien sûr, est pour que s’effectue la transformation révolutionnaire et le renouveau du pays par des moyens pacifiques. Parmi ces moyens – il y a la nationalisation de la propriété oligarchique et la restauration du système soviétique de gouvernement, sur la base d’un référendum populaire.

La lutte contre le capital prend un caractère non pacifique en réponse à son agressivité, son passage à la répression de masse et de l’écrasement violent de la contestation sociale. Alors, la révolution violente fait valoir ses droits, et le plus important, selon Lénine, est la volonté de la classe ouvrière « de passer d’un état ​​passif d’oppression à l’état actif de l’indignation et de la révolte. » L’avant-garde prolétarienne – le Parti communiste – doit être prête à un tel développement. Comme il est indiqué dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, le gouvernement est tenu de prendre soin des besoins de la population afin qu’il ne soit pas obligé d’avoir recours « à la révolte contre la tyrannie et l’oppression. »

 

L’art soviétique de l’édification

 

A la fin de sa vie Staline a dit: « Le rôle spécifique du gouvernement soviétique s’explique par deux facteurs : d’une part, le fait que le gouvernement soviétique ne devait pas remplacer une forme d’exploitation par une autre forme, comme c’était le cas dans les anciennes révolutions, mais abolir toute exploitation ; d’autre part, le fait qu’en raison de l’absence dans le pays de tout rudiments préétablis d’une économie socialiste, il fallait créer, pour ainsi dire,  » à partir de zéro » de nouvelles formes socialistes de gestion. « 

Dans l’ère socialiste, le rôle décisif appartient à la politique économique. Comme l’a souligné Lénine : « L’essence même de la transition d’une économie capitaliste à une société socialiste est que les problèmes politiques occupent une importance secondaire par rapport aux problèmes économiques. » Staline a consacré aux lois objectives dans la société socialiste son ouvrage « Problèmes économiques du socialisme en URSS. » Il y livre une analyse de l’expérience exceptionnelle des premières décennies de la construction socialiste fondée sur la doctrine marxiste-léniniste.

L’étape la plus importante pour la jeune République soviétique fut la décision du X Congrès en mars 1921 sur le passage à la nouvelle politique économique. Parmi les membres du parti, nombreux étaient ceux qui ont appelé la NEP un recul désastreux pour la révolution. Cette position a été exprimée non seulement par Trotski, mais aussi par des partisans dévoués de Lénine, comme le commissaire du peuple à l’approvisionnement Tsiouroupa. Cependant, la victoire de Lénine lors du dixième Congrès, remportée suite à d’âpres débats, a témoigné : la plupart des communistes ont admis l’idée de Lénine sur la subordination des objectifs politiques par rapport aux problèmes économiques.

Nous, les communistes, sommes prêts à diriger le pays, et nous avons besoin d’approfondir cette expérience historique. Aujourd’hui, il y a des velléités d’établir une analogie entre la nouvelle politique économique de Lénine et la perestroïka de Gorbatchev. Ils s’emparent de la nouvelle politique économique des années 1920 pour discréditer le rôle décisif de l’Etat dans la gestion de l’économie et continuer à imposer à notre société l’idée qui a pourtant montré sa nocivité de  » marché autorégulateur. » Cependant, « l’idéologie du marché libre n’était qu’un prétexte pour l’utilisation de nouvelles formes d’exploitation »- ce n’est pas un idéologie communiste, mais le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, un américain, qui le dit.

Toute comparaison de la perestroïka de Gorbatchev avec les pratiques des premières années soviétiques est sans fondement. Au début de 1921, la jeune République soviétique était dans une situation désespérée. Le pays avait été dévasté par deux guerres – la Première Guerre mondiale et la guerre civile. De 1913 à 1921, la production industrielle avait été divisée environ par cinq. Le volume de la production agricole réduit de moitié. Le nombre des victimes de la guerre, de la famine, des épidémies atteignait 25 millions de personnes.

Lorsque fut décidé le passage à la NEP, en Extrême-Orient régnaient encore les envahisseurs japonais et leurs complices gardes blancs. Le pays était en proie aux mauvaises récoltes et à la famine. Dans le Kouban et sur le Don, en Ukraine, dans la région de la Volga et en Sibérie les émeutes de koulaks faisaient rage. À l’époque où se déroulait le X Congrès a éclaté la rébellion anti-bolchevique de Cronstadt. Devant le gouvernement soviétique se posait la question : qui va l’emporter? Ou les bolcheviks gagneront et on continuera à construire le socialisme, ou la bourgeoisie mondiale détruira la jeune république des Soviets.

Après six décennies, l’état de notre pays était fondamentalement différent. Au milieu des années 1980, le fort potentiel économique, scientifico-technique et culturel de l’URSS en avait  fait l’un des principaux pays du monde. Et ainsi la NEP avait été utilisée par le gouvernement soviétique pour sauver le pays et créer un État puissant. Alors que la pérestroïka n’a engendré que la destruction du pays et la suppression du système soviétique.

Les fondements de la politique économique des bolcheviks avaient été exposés par Lénine longtemps avant le X Congrès. Dans « Les tâches immédiates du gouvernement soviétique », il a justifié la nécessité absolue d’une période de transition entre les économies capitaliste et socialiste, et défini les conditions fondamentales de cette transition historique.

Tous les articles et tous les discours de Lénine reflètent une profonde compréhension de la situation et de la responsabilité pour l’avenir du pays. Ainsi, il souligne: « On ne peut pas tricher avec les classes «  Quelle précision et quelle véracité dans ces paroles de Lénine ! Elles ne peuvent être comparées avec la démagogie de Gorbatchev à propos de «socialisme à visage humain».

Les réformes de la perestroïka ont enclenché un processus désastreux pour le pays. Les architectes de cette politique n’ont pas formulé leurs buts aux citoyens. tandis que le Parti bolchevique posait clairement ses objectifs. Lénine, en particulier, a déclaré: « Nous déclarons ouvertement, honnêtement, sans tricherie aux agriculteurs que, pour maintenir la voie vers le socialisme, nous vous ferons, camarades paysans, un certain nombre de concessions, mais seulement dans telles et telles limites et dans telle ou telle mesure et, bien sûr, nous jugerons nous-mêmes – dans quelle mesure et dans quelles limites « .

Y a-t-il eu à la fin des années 1980 au moins un soupçon de cette franchise et de cet esprit de responsabilité dans les discours de M. Eltsine prononcés du haut de tribunes décorées avec des affiches proclamant « Tout le pouvoir aux Soviets »? Il faudra seulement quatre ans, et en Octobre 1993, il donnera brutalement l’ordre de tirer sur le pouvoir soviétique et ceux qui se dressaient pour sa défense. Se cramponnant au pouvoir présidentiel, ce « rénovateur du socialisme » va commencer à pondre des décrets sur la privatisation de la richesse nationale, concoctant à la hâte une bourgeoisie russe toute nouvelle.

Dans ses travaux sur l’économie de la période de transition, Lénine considérait toute l’économie nationale comme un ensemble. C’est pourquoi, en annonçant la NEP, il s’est à nouveau tourné vers le plan d’électrification, dont la mise en œuvre permettait de faire des progrès rapides.

Le chef du Conseil des Commissaires du Peuple comprenait : il ne suffit pas de permettre aux agriculteurs de produire et de conserver leurs excédents de produits agricoles. Il est important de créer les conditions de leur commercialisation, pour augmenter les actifs et développer l’économie paysanne. Et il faut donc apporter une grande attention au commerce et aux coopératives de consommateurs. Ce sont elles qui ont permis de fournir des biens industriels aux agriculteurs et d’écouler leurs produits. Le rôle de l’Etat dans la période de la NEP ne faiblit pas, mais se renforce. Et c’est cette politique du gouvernement qui a transformé les paysans pauvres en paysans moyens.

Le gouvernement russe actuel, empêtré dans ses dogmes libéraux sur la non-intervention de l’état dans la gestion économique, n’est pas en mesure de résoudre les problèmes ni dans industrie, ni la science, ni l’agriculture ou la construction, ou encore le commerce. Aucune politique cohérente dans ces domaines n’est visible jusqu’à maintenant. Comment espérer dans ces conditions un boom économique.

Les idées de Lénine sur le rôle de la politique économique ont été reprises par Staline. Au XIVe Congrès en 1925, il dit: «Nous devons faire de notre pays un pays économiquement autonome, indépendant, orienté sur le marché intérieur… Nous devons bâtir notre économie de sorte que notre pays ne devienne pas un appendice du système capitaliste mondial, qu’il ne soit pas inclus dans le système général du développement capitaliste en qualité de filiale, que notre économie se développe… comme une unité économique indépendante, s’appuyant sur le lien entre notre industrie et l’économie paysanne de notre pays. » Ces réflexions étaient claires pour le peuple. Elles ont rassemblé la société soviétique dans la lutte pour l’indépendance de l’URSS.

L’objectif déclaré par Staline de créer la base industrielle a été atteint. Dans les années 1922-1929, au début du premier plan quinquennal, avaient été construites plus de 2 000 grandes entreprises industrielles. Le pays a connu un succès que reconnaissaient même ses adversaires. En janvier 1932, le journal français « Le Temps » écrit: « L’Union soviétique a remporté la première manche, en s’industrialisant sans l’aide de capitaux étrangers. » Au Français fait écho le journal britannique « Financial Times », qui déclare: « Les succès enregistrés dans le secteur de l’ingénierie ne font aucun doute … l’Union soviétique produit maintenant tout l’équipement nécessaire pour ses industries métallurgiques et électriques. Elle a réussi à créer sa propre industrie automobile. Elle a créé la production d’instruments et d’outils, qui couvre toute la gamme des petits instruments de haute précision et jusqu’aux presses les plus lourdes « .

Les anti-communistes russes d’aujourd’hui ont toutes les raisons de haïr le régime soviétique. Sur le fond des avancées héroïques de Lénine et de Staline, ceux qui ont enfoncé la Russie dans la dette, accumulé les prêts en dollars auprès des banques étrangères, expatrié leurs biens  dans des sociétés offshore, saigné l’économie russe, humilié et volé les citoyens font pâle figure. Les bolcheviks ont mis leur pays au premier rang. La politique du gouvernement libéral c’est le pillage garanti. Dans son livre, «Les gens qui ont volé le monde » l’Americain Nicholas Shaxson écrit: « Les citoyens de Russie et de nombreux autres pays regardent, impuissants, les élites nationales piller les richesses de leur pays, et de connivence avec les financiers et hommes d’affaires occidentaux  cacher leur butin dans des paradis fiscaux pour éviter de payer des impôts. « 

Au cours des deux premiers plans quinquennaux a été créé un potentiel extrêmement puissant. En 1937, 80% de la production industrielle en URSS provenait d’usines construites dans la période de 1929 à 1937. Sur la même période, le pays a doublé la productivité du travail. Une attention particulière a été accordée à la science et à l’éducation. On construisait activement des équipements culturels : théâtres, cinémas, bibliothèques, des clubs d’enfants, aussi bien dans les zones rurales que dans les grands centres industriels.

L’écrivain américain Theodore Dreiser a écrit en 1937: «Je suis particulièrement reconnaissant à la révolution soviétique, car elle a fortement soulevé pour la première fois à l’échelle mondiale la question des nantis et des démunis. L’Union soviétique en 1917 a commencé une grande campagne pour la défense des pauvres. En cela on voit l’importance mondiale et le triomphe du marxisme. Utiliser le travail, l’agriculture, l’industrie, les ressources naturelles, la technologie, le savoir humain, le pouvoir de l’homme sur la nature, utiliser tout cela pour le bénéfice de tous les travailleurs, pour assurer à tous une vie aisée et cultivée – telle est la leçon que la révolution soviétique enseigne au reste de l’humanité. .. « 

Ayant survécu dans une lutte terrible contre le fascisme, l’Union soviétique a été en mesure de reconstruire rapidement l’économie, les villes et villages détruits. En 1952, les indices de construction de logements neufs ont été multipliés par 8 par rapport à 1925. La science et l’éducation ont atteint de nouveaux sommets. Tout cela prouve de façon concluante la supériorité du socialisme en tant que modèle social et système économique. Cette supériorité mobilise jusqu’à ce jour les adeptes du capitalisme pour lutter contre l’histoire soviétique. Ils déforment constamment la vérité sur la guerre et la victoire d’un peuple qui a défendu les acquis du socialisme, sauvé le monde du fascisme.

La mort de Staline fut une perte irréparable pour le pays.  Avec son départ, l’Union soviétique a perdu un allié fidèle de Lénine, qui comprenait à fond le marxisme et s’attachait constamment à renforcer le caractère socialiste de l’économie nationale. On a commencé à dévier de la position léniniste : résoudre les problèmes économiques en utilisant les lois objectives du développement de la société. Les décisions politiques et bureaucratiques devinrent la norme dans le domaine économique.

En 1957, à la place des ministères de tutelle ont été créés les conseils économiques (Sovnarkhozes). On abandonnait ainsi la loi du développement proportionnel planifié, dont le respect pour Staline avait un rôle décisif. Trois ans plus tard, les ministères de tutelle ont dû être restaurés, mais la qualité de la planification et des liens intersectoriels harmonieux a été considérablement affaiblie.

En 1958, sous la direction de Khrouchtchev, on a décidé de transférer les stations de machines et de tracteurs aux fermes collectives. L’efficacité de l’utilisation des machines agricoles a été fortement réduite. Si de 1954 à 1958, le volume de la production agricole dans le pays avait augmenté de 46%, de 1958 à 1963 n’a pas été observé de croissance, et les rendements ont chuté.

Malgré tous les points négatifs, le CC du PCUS et le Conseil des Ministres de l’URSS accordaient une grande attention à l’amélioration des méthodes de gestion économique. En témoigne la discussion et l’étude détaillée dans de larges cercles du parti de la réforme de la gestion économique dans la période 1965-1970. Elle est entrée dans l’histoire sous le nom de réforme Kossyguine. Dans le cadre de cette réforme, la principale catégorie de l’économie de marché – le profit – a été considérée comme le principal indicateur de l’efficacité des entreprises. Cela entrait en contradiction avec les lois objectives du système socialiste, ce contre quoi avait mis en garde Staline. L’absolutisation du facteur profit entrait en conflit avec le développement planifié de l’économie.

Oui, les années 1965-1970 ont été marquées par un taux élevé de croissance du produit national brut : une moyenne de 7,4% par an. La croissance annuelle moyenne du revenu national était de 7,7%. Les effets des systèmes de stimulation économique et d’encouragement matériel se faisaient sentir. Les entreprises et les branches d’industrie avaient été autorisées à faire des contributions aux fonds d’incitation matérielle et aux fonds de développement de la production. Leur existence est compatible avec les principes léninistes de la comptabilité analytique (khozraschyot). Cependant, l’utilisation de ces fonds n’était pas conforme à l’usage prévu. La recherche du profit n’encourageait pas les entreprises à supporter les coûts de développement, d’introduction et de mise en œuvre des nouvelles technologies. A commencé à décliner la dynamique du progrès scientifique et technique. Grandissait l’écart qualitatif entre la science et la production. Ce problème est resté sans solution.

Les recettes financières provenant des exportations de pétrole et de gaz n’ont pas été utilisées à bon escient. Jusqu’au milieu des années 1980, elles ont stimulé les importations. Cela a affecté le rythme du progrès scientifique et technologique. Le marché soviétique des biens de consommation a été de plus en plus envahi par des marchandises provenant de pays occidentaux. Ce qui a aidé les « Surintendants de la perestroïka » à convaincre la population des avantages de l’économie capitaliste, de ce que le « marché libre » est un bon objectif au nom duquel on peut supporter la thérapie de choc et la privatisation accélérée.

Créer une économie socialiste puissante était extrêmement difficile. Ce fut fait par des gens d’une grande intelligence et d’une haute spiritualité, Lénine, Staline et leurs camarades de combat. Le peuple entier participait à ce grand processus de création. Mais la démolition de l’économie soviétique fut l’œuvre de gens ignorants, qui ne possédaient pas la théorie marxiste-léniniste, et avaient rejeté la grande expérience de l’ère soviétique. Ils n’étaient pas en mesure de maîtriser le système complexe de contrôle, d’utiliser pour cela la méthode scientifique qui aurait permis de faire accéder le pays à un niveau supérieur de développement du socialisme. En fin de compte, les rapports de production entrèrent en conflit avec les puissantes forces de production.

L’ancien chef de la Réserve fédérale américaine Alan Greenspan triomphe ouvertement : «L’importance économique de l’effondrement de l’Union soviétique est énorme … plus d’un milliard de travailleurs mal payés, mais souvent très bien formés se sont jetés dans le marché concurrentiel mondial … Une telle migration de main d’œuvre sur le marché du travail a réduit le niveau mondial des salaires, l’inflation, les anticipations d’inflation et les taux d’intérêt et contribué ainsi à la croissance économique à l’échelle mondiale « .

Cet « avantage » de la destruction de la grande puissance socialiste a été capté par ceux qui concentrent dans leurs mains les leviers de l’économie capitaliste mondiale. Les citoyens de l’URSS ont subi d’énormes pertes. Et le maintien du capitalisme oligarchique, comprador signifierait que la Russie n’a pas encore fini de payer les conséquences les plus graves de la destruction de l’économie socialiste.

Il est important que toutes les générations de communistes sachent : la construction du socialisme est un processus fondé scientifiquement, et dirigé scientifiquement. Le socialisme possède une vertu qui lui est propre – à condition de connaître les lois du développement social, ses bâtisseurs peuvent accélérer de manière significative le progrès socio-économique.

 

Les causes des défaites temporaires

 

Chers camarades, nous sommes maintenant placés dans des circonstances particulières. Les efforts combinés de l’impérialisme occidental et de la contre-révolution interne ont fait leur travail. Avec la complicité directe du groupe de Gorbatchev, la contre-révolution bourgeoise et la restauration du capitalisme se sont imposés dans la grande patrie soviétique et chez nos frères et sœurs du camp socialiste. Nous devons expliquer honnêtement pourquoi nous n’avons pas su préserver les conquêtes du peuple soviétique. Pourquoi nous n’avons pas défendu les idéaux de plusieurs générations qui ont créé un grand pays et se sont dressés à plusieurs reprises pour tenter de renverser le pouvoir des suppostats et des exploiteurs. Pourquoi dans les années 1980 nous n’avons pas pu sauver l’honneur et l’intégrité du Parti communiste de l’Union soviétique.

Mikhaïl Gorbatchev a commencé ses activités en tant que secrétaire général du Comité central du PCUS non pas avec la célèbre pérestroïka, mais avec le slogan raisonnable d’accélérer le développement du pays. L’appel à réunir les avancées du progrès scientifique et technique avec les avantages du socialisme était en réalité la mise en œuvre d’idées énoncées encore au temps de Brejnev. Toutefois, l’accélération à la Gorbatchev a pris un tour criminel.

Fin 1986 il fut décidé de créer des nouvelles coopératives, en fait des coopératives bourgeoises. En outre, pour leur profit privé, elles ont été autorisées à utiliser les moyens de production collectifs. C’était la première étape vers la stratification de la société. Sur cette base, a commencé à se former une alliance des « entreprises de l’ombre » des intellectuels plus ou moins dissidents et des « surintendants » des nouvelles coopératives. Bientôt, ils ont été rejoints par les dirigeants des premières banques commerciales et les structures entrepreneuriales créées au nom du Komsomol.

Une mesure honteuse avec effet à retardement fut le renoncement légal à la propriété collective, déclarée propriété de l’Etat. Pour la privatisation des biens publics il aurait fallu le consentement de son propriétaire – le peuple. Un référendum sur la question n’entrait pas dans les desseins des adeptes de la «perestroïka». Après la «transformation» de la propriété il suffisait de décrets gouvernementaux pour la vendre au secteur privé.

L’équipe de « réformateurs » a légitimé étape par étape la transition vers un mode de vie capitaliste. Le 6 mars 1990 a été adoptée la Loi « Sur la propriété en URSS », le 2 avril 1991 – la Loi «Sur les principes généraux de l’entreprise privée en URSS », le 1er juillet 1991 – la Loi «Sur les principes fondamentaux de dénationalisation et de privatisation des entreprises « . Maintenant, il était possible de transférer à la propriété privée des entreprises publiques.

Gorbatchev et son entourage ont fait très peu pour maintenir le niveau de vie des citoyens. Au contraire, pour provoquer le mécontentement de la population, ils ont contribué à la création de pénuries sur les produits de première nécessité.

Un tournant pour la déformation politique du socialisme a été le Plenum du PCUS en janvier 1987. Le Secrétaire général du Comité central du Parti a ouvert la saison de la chasse aux cadres du parti. Bientôt ont été proclamés des appels trotskystes à faire « feu sur le quartier général. » En violation des Statuts du parti, plus de 100 membres ou membres-candidats du Comité central ont été exclus de cette structure. Parmi eux – de récents membres du Politburo, des hommes politiques de premier plan. Puis ont été remplacés 97% des secrétaires et responsables du Comité central des partis communistes des républiques soviétiques, des comités régionaux et des comités territoriaux du PCUS, presque tous les chefs des journaux et des magazines centraux et nationaux.

La direction du parti a tourné le dos ouvertement à ceux qui faisaient sa base sociale. Si, au XXVIIe Congrès du PCUS les travailleurs représentaient 34% des délégués, et les kolkhoziens – 17,4%, parmi les délégués au XXVIII Congrès les travailleurs n’étaient plus que 11,6%, et les kolkhoziens  – 5,4%.

La renonciation au soutien de la classe ouvrière était tout à fait compréhensible. Ce sont les travailleurs qui s’opposèrent à la ligne en faveur du « marché » comme on disait, mais qui équivalait en fait à un retour au capitalisme. Près de 90% des travailleurs qui se sont exprimés lors du Congrès, de la tribune ou au micro, ont critiqué Gorbatchev et demandé que le travail du Comité central soit déclaré non satisfaisant. L’électricien d’Irkoutsk Guennady Perchine a expliqué cette position : « Les décisions du XXVII Congrès du PCUS sont en grande partie restées lettre morte. À ce titre, j’estime que cette évaluation négative reflétera les activités réelles du Comité central et du Politburo au cours de la période considérée ».

Afin de faciliter la restauration du capitalisme, on a créé les conditions pour que le parti se détache de la classe ouvrière. Les opportunistes Gorbatchéviens ont lancé dans le débat  public l’idée même d’interdire les activités des organisations du Parti dans les entreprises et les institutions. En 1990, on discutait déjà de la possibilité de passage à une structure territoriale du PCUS.

Les principes structurels du parti étaient violés de façon de plus en plus flagrante. En fait, Gorbatchev n’était plus responsable devant le Comité central. Pour se protéger de la possibilité d’être révoqué de son poste de Secrétaire général, il a été le premier dans l’histoire du parti a obtenir d’être élu directement au Congrès.

La position du KPRF est connue : la restauration du capitalisme en Union soviétique n’était pas inéluctable. Mais l’oubli des lois du développement social a abouti à un ensemble de conditions objectives qui facilitèrent la mise en œuvre des plans contre-révolutionnaires du capitalisme mondial et des traîtres indigènes.

Tout d’abord, la direction soviétique a surestimé le niveau de développement de l’URSS. En fait, la société n’avait pas atteint le stade du «socialisme mature». Et dans la période de transition du capitalisme au socialisme les contradictions économiques peuvent conduire à des crises. En 1986, dans son rapport au XXVIIe Congrès du PCUS, le Président du Conseil des Ministres de l’URSS Ryjkov a fait état des tendances défavorables pour les années 1981-1985 ans. Dans l’économie, il y avait une détérioration des indicateurs de qualité. Le taux de croissance de la production industrielle diminuait. En fait, les revenus réels avaient cessé d’augmenter. Il n’avait pas été possible d’accomplir pleinement les tâches du onzième plan quinquennal. De nombreuses branches d’industrie n’avaient pas été en mesure d’atteindre les objectifs fixés. L’objectif d’augmenter les revenus réels et d’améliorer le commerce de détail n’avait pas été réalisé. Les finances de l’Etat et la circulation de l’argent posaient problème.

Dans la deuxième phase de la pérestroïka pour la période 1987-1990, les manifestations individuelles de la crise ont commencé à se transformer en une crise à part entière, à cause des actions contre-révolutionnaires du groupe de Gorbatchev. 1990 a été l’année la plus difficile pour l’économie soviétique.

Deuxièmement, une révolution ne se développe avec succès que si elle se fixe des tâches qu’elle est en mesure de résoudre. En d’autres termes, des tâches pour lesquelles les conditions objectives sont réunies. Et la précipitation ici est lourde des conséquences les plus négatives. Ainsi, l’objectif posé au XXIIe Congrès du PCUS de « construction à grande échelle du communisme » ne correspondait pas à la réalité du moment. En outre, il était présenté d’une manière complètement fantaisiste : la création de la base matérielle et technique du communisme avait pour critère d’atteindre le niveau économique des États-Unis. Autrement dit dans le cadre du capitalisme américain … il y avait déjà la base du communisme. Un exemple de «précipitation » dans les années 1970 était le concept de liquidation des villages peu prometteurs, qui a infligé des dégâts considérables à l’agriculture, en particulier dans les zones de terres peu ou moyennement fertiles de la Russie.

Troisièmement, durant toute la période soviétique demeurait la menace des forces d’agression de l’impérialisme. Plus de quatre décennies s’est prolongée une épuisante « guerre froide ». Zbigniew Brzezinski a souligné que la course aux armements avait ruiné l’Etat soviétique. Malgré cela, l’Union soviétique avait atteint la parité militaire avec les États-Unis et pouvait utiliser la révolution scientifique et technologique pour accroître la production de biens de consommation de haute qualité. Cependant, cette occasion a été manquée. La pérestroïka a commencé…

Ce ne sont que quelques-uns des phénomènes objectifs qui ont créé les conditions pour la restauration du capitalisme. Bien sûr, il fallait aussi un facteur subjectif. Et ici, on doit avec regret noter le rôle très négatif de personnes comme Gorbatchev et Eltsine, Yakovlev et Chevardnadze. Citons simplement leur ambition démesurée et leur manque de droiture, à partir de quoi, comme il s’est avéré, on n’est pas loin de la trahison.

Est-il nécessaire de mentionner les traîtres qui se sont introduits dans le parti aujourd’hui, quand nous parlons du 100ème anniversaire de la Révolution d’Octobre? Oui, cela est  nécessaire. Tout d’abord, afin d’éviter à nouveau un tel malheur. Deuxièmement, pour aider chacun à comprendre : ce que nos compatriotes ont connu dans les années de la perestroïka – ce n’était pas le vrai socialisme, mais un socialisme déformé. Aux yeux de beaucoup de Russes il y a aujourd’hui une image déformée du Parti communiste soviétique et du socialisme. Ces derniers ont été salis par ce que certains appellent Katastroika, d’autres – gorbostroyka, et d’autres – « marasme eltsinien. »

Oui, nous nous démarquons résolument d’un certain nombre d’actes et d’individus. Nous comprenons bien à quel point les communistes ont besoin d’une protection contre de nouveaux renégats et traîtres, à quel point sont importantes la vigilance et la fidélité au slogan de Lénine: « Plus de lumière! » La critique et l’autocritique est l’apanage des forts, et chaque génération de membres du parti doit le comprendre et le garder à l’esprit.

Mais même de la période de la perestroïka nous, communistes, ne devons pas tout rejeter. Car avec tous les gens de l’époque qui sont restés fidèles aux idéaux, loyaux envers les travailleurs, nous avons formé le Parti communiste de la Fédération de Russie. Il a été créé par ceux qui comprenaient : la défaite du socialisme est temporaire. Par ceux qui étaient prêts à agir pour le triomphe de la vérité et de la justice. Ayant vécu la tragédie de la défaite du socialisme sur leur terre natale, les communistes russes n’ont pas permis l’enterrement de leur parti, et mènent une lutte courageuse et digne pour la renaissance du pays.

La solidité de nos convictions, voilà la partie la plus précieuse de l’héritage que nous faisons nôtre. Elle prend son origine dans les combattants de Krasnaia Presnya pendant la Révolution de 1905, les ardents bolcheviques Ivan Babouchkine et Nicolas Bauman, l’aiguilleur de la ligne ferroviaire Nikolaevski Ivan Voinov tué à l’été 1917 pour avoir diffusé la «Pravda», Sergei Lazo, brûlé en 1920 par les envahisseurs japonais dans le foyer d’une locomotive à vapeur… Cette conviction a une armature solide. Elle soutient l’édifice de notre cause. Elle aide encore et encore les communistes à aller de l’avant!

 
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Publié par le mars 26, 2015 dans histoire

 

Nouvelles du blog et de ses deux animatrices débordées… mais pleines de projets avec vous..

Novossibirk capitale de la Sibérie

Marianne continue sa grande œuvre, la traduction des 35 pages du rapport manifeste du parti communiste de la fédération de Russie… En tant que candidate au départementale à Arras, elle est contente d’avoir dépassé les 5% des voix  pour que les frais de campagne du PCF soient remboursés…  Il n’empêche:  nous avons tous besoin d’une véritable réflexion, pour le moment nous nageons dans le brouillard et les démons de l’enfer de la haine jusqu’à la plus insigne médiocrité, la stupidité avec son front buté,  la bête sauvage, celle décrite par Hegel, une société vouée à la seule loi du marché est en train  de se déchirer, de nous déchirer. Cela va au-delà de l’absence d’accès aux droits les plus élémentaires, c’est le sens de la vie, la relation aux autres qui est frappé par l’hostilité concurrentielle et la soif du profit… Chaque société à une sorte de nerf, celui de la classe dominante, le privilège pour la société féodale, le profit pour le capitalisme, toucher à ce système nerveux est très douloureux parce que chacun y est malgré lui greffé. L’exploiteur jouit de complicité jusque dans les bas-fonds… Marx a très bien vu cela et nous y sommes. Comment en sortir?

Pas seulement par des idées, mais par des actes forces matérielles. Il faut trouver une manière de tracer une perspective qui corresponde à la justice sociale, au droit aux soins, à l’éducation, à la protection sociale autant qu’à la vie dans la dignité et dans la paix… Ce n’est pas le fascisme qui assure tout cela. Le fascisme c’est exactement le contraire d’une perspective, c’est la recherche d’un bouc émissaire pour protéger les intérêts capitalistes. C’est la guerre entre les victimes et tous les droits pour les exploiteurs. Le fascisme c’est la guerre entre les peuples au profit des monopoles qui vivent de la guerre et du pillage. Le fascisme c’est ce qui se déchaîne aujourd’hui au Moyen orient et en Ukraine… La bête sauvage a trouvé ses voyous. Si l’on ne combat pas le capital on ne combat pas le fascisme au contraire, il ne s’agit pas seulement d’un problème moral mais du profit tel un cancer sur les peuples et ses gangsters pour nous faire taire tous.   Mais ce n’est pas seulement par un refus moral de ce que représente ce fascisme mais bien par des combats communs pour la survie quotidienne, l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation et la paix que l’on en finira avec ces leurres chauvins.

La période ne recèle pas que du négatif, il y a des points d’appui et le levier est dans notre capacité à construire des résistances collectives. Les conditions objectives d’une transformation révolutionnaire existent, sans doute depuis le siècle dernier. Accroissement des contradictions entre les monopoles financiarisés et la plupart des classes et catégories sociales dans différents pays et à l’échelle mondiale, des élites capitalistes de plus en plus incapables de faire face à ces contradictions, ceux d’en bas qui veulent de moins en moins obéir à ceux d’en haut, mais il y manque l’essentiel un mouvement collectif à la hauteur des enjeux et une force politique consciente et coordonnée. La contrerévolution capitaliste a surtout réussi dans ce domaine: détruire toute offensive des masses.

Pour le moment c’est déjà un peu plus loin que le creux de la vague, à laquelle la victoire de la contrerévolution et les vingt années qui ont suivi nous ont habitués… Il y a comme un frémissement dans l’air. Les signes se multiplient, par exemple la résistance obstinée des positions de classe si affaiblies soient elles… Il y a des possibles du côté de la CGT, de nouveaux rassemblements… La résistance communiste un peu partout en particulier à Vénissieux en France et partout la question donc de l’organisation à laquelle on substitue des alliances de couloir.. Il faut réfléchir à ce qui favorise les résistances et ce qui les affaiblit.

Dans le monde, le capital est incapable de se réformer, mais de cette incapacité qui peut nous conduire à l’autodestruction surgissent aussi des amorces de solution, le dépassement de ce sur quoi nous nous acharnons vainement, il y a l’exemple de l’Amérique latine, mais aussi en germe des utopies comme celle de cette liste dite arabe mais surtout communiste, juive, chrétienne musulmane en Israêl-Palestine ou encore le combat original du Donbass dans la malheureuse Ukraine. Il y a ce qui a pesé plus que tout à mes yeux dans la victoire de la contre révolution, cette division sino-soviétique qui par une ruse de l’Histoire, retrouve les voies perdues de l’union,  rendue obligatoire par un impérialisme sénile et ivre de ce qu’il croit sa victoire. Tout ce passe comme si d’un capitalisme incapable d’évoluer, bloqué dans ses archaïsmes et ses pillages, naissait quelque chose d’autre encore embryonnaire.

En prendre conscience peut être une aide à l’accouchement, même si pour reprendre la phrase de Marlowe face à la Renaissance, un monde est en train de naître et la vieille société accouche comme une truie dans le sang.Oui nous sommes peut-être dans une phase de Renaissance avec son accélération des connaissances scientifiques, l’élargissement de son horizon et cela comme toujours se combine avec de la barbarie, de la superstition… On brûle des sorcières dans les temps de grandes découvertes…

Il y a cette volonté à laquelle nous souhaitons contribuer, tenter de maîtriser ces vingt années de contre révolution, faire face à notre passé de révolutionnaire sans vouloir rien masquer mais en refusant que les catégories de l’adversaire nous soient imposées. Pour cela il y a selon nous plusieurs nécessités auxquelles nous pourrions contribuer : analyser ce que nous avons été et ce que nous pourrions apporter d’irremplaçable à une théorie-pratique collective de l’histoire et de la politique. Ouvrir le débat avec d’autres forces communistes en particulier qui dans le monde représentent la même volonté d’action.

C’est ce que nous avons privilégié dans ce blog et que nous continuerons à faire à l’avenir.

Voilà rapidement je suis en train de préparer avec Marianne des débats et ce que je souhaiterais serait que lesdits débats donnent lieu à un véritable travail. Il y aura bien sûr des rencontres avec des inconnus, des gens qui n’ont pas grand chose à voir pour le moment avec ces « séminaires », mais nous serions très heureuses qu’il y ait quelques réunions d’approfondissement dans lesquelles nos interlocuteurs ont déjà fait un chemin. Il existe des supports, des séminaires, en particulier celui de Jean Salem à la Sorbonne, des maisons d’édition, en particulier Delga qui rassemble déjà un grand nombre d’auteurs.

Marianne et moi espérons poursuivre nos voyages dans l’espace post-soviétique, en particulier nous souhaiterions aller dans cette ville de Sibérie, Novossibirk, une très grande ville avec un potentiel scientifique et culturel très important dirigée par un rassemblement autour des communistes. Comprendre comment l’espace post-soviétique ne recèle pas que de la nostalgie mais aussi une vision prospective originale… Cela passe par la Sibérie mais aussi la rencontre avec la Chine, la route de la soie, l’Asie centrale… Et Astana, la capitale du Kazakhstan, n’est pas loin… Sans parler de l’idée de Marianne d’aller apprendre le Coréen à la frontière chinoise, toujours dans le même esprit, tenter de percevoir la Storia, l’Histoire ce scandale qui dure depuis des millénaires, un champ meurtri dans lequel des petites gens font l’Histoire et la subissent dans leur chair jusqu’à l’extermination du XXe siècle, l’extermination nazie mais aussi Hiroshima et l’aspect chiendent, obstiné de cette lutte des classes et ses voies souterraines.

Voilà si la vie m’accorde encore ces jours d’errance et de dialogue indispensable, mais il arrive un âge où l’on ne peut pas perdre de temps, il faut aller à l’essentiel et refuser tout ce qui encombre, divise inutilement… Il y a tant à faire ensemble…

Voilà l’aventure à laquelle nous vous convions tous…

Danielle Bleitrach

 
 

Poutine, Nemtsov : pourquoi nous ne comprenons rien à la Russie par Inna de Chikoff

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FIGAROVOX/HUMEUR- Quand une ancienne correspondante à Moscou s’étonne de voir les Français s’étonner de ce que la Russie de Vladimir Poutine ne ressemble pas aux démocraties occidentales.


Irina de Chikoff est journaliste et écrivain. Elle a été correspondante à Moscou pour Le Figaro. Elle est notamment l’auteur d’»Adrien ou le songe Russe» aux éditions de Fallois.


Faut-il en rire ou en pleurer? Après l’assassinat à Moscou de Boris Nemtsov dont presque personne ne connaissait le nom, les titres les plus racoleurs ont fleuri dans la presse: «Poutine m’a tuer». «Je suis Nemtsov». Et le visage de ce vieux jeune homme de 55 ans dont les boucles brunes étaient devenues grises, passe, en boucle, sur les écrans des télévisions. Tous les commentateurs, après un rapide clic sur Wikipédia, chantent les louanges de l’ancien gouverneur de Nijni Novgorod qui fut vice premier ministre chargé du secteur énergétique sous Boris Eltsine. Juste avant le grand krach de 1998 qui a sonné la fin de la récréation pseudo démocratique de la Russie.

Toute une génération, celle de Boris Nemtsov mais aussi de Egor Gaïdar, Irina Khakamada, Grigori Iavlinski ou encore Serguei Kirilienko, considéré comme un Wunderkind, fut balayée par ce tsunami. Que celui qui ne s’est jamais trompé, leur lance la première pierre.

Pris en tenaille entre les barons rouges reconvertis dans les affaires, les truands des bas-fonds soviétiques et les anciens copains du Komsomol (jeunesses communistes) qui avaient estimé plus judicieux de s’emparer des richesses du pays plutôt que de pavaner sur les estrades, les démocrates se sont volatilisés tel un essaim de moineaux tandis que Vladimir Poutine, tout d’abord à la tête du FSB (ex KGB) puis nommé Premier ministre, était appelé à la rescousse d’un pays en faillite. Près de 48 % de la population ne recevait plus de salaire ou bien sous la forme de boîtes d’allumettes.

Longtemps les Russes ont tenu rigueur à cette génération de jeunes apprentis sorciers qui les avait conduits, après tant de larmes, à un nouveau désastre. Beaucoup, aujourd’hui encore, ne leur ont pas pardonné. Et si les Russes, au grand étonnement des Occidentaux, développent une forme d’eczéma quand on leur vante les mérites de la démocratie, c’est qu’ils se souviennent qu’elle s’est achevée par un gigantesque «bardak». (bordel).

Les Russes ont de la mémoire. De la compassion aussi. Ils ont rendu hommage à l’ancien gouverneur de Nijni Novgorod, comme ils s’inclinent toujours devant les morts. Mais les bons sentiments étalés comme de la confiture les laissent indifférents. Quant aux leçons de morale… Pauvres médias occidentaux! Ils ont avec la Russie bien du mal à faire prendre la bouture. C’est que la Russie est une terre dure! Glacée! Impitoyable aux siens. Et dans la toundra, dans la taïga, quand vous marchez, ca fait: crac! crac! Parce que ce sont des millions d’ossements que vos bottes piétinent!

Faut- il en rire ou en pleurer? «Poutine m’a tuer». «Je suis Nemstov». Toute la futilité des médias occidentaux, leur inculture, leur mépris même pour l’histoire tragique d’un pays, sont résumés par ces «Unes» dérisoires.

La presse a oublié que dans les belles années de la démocratie triomphante, à l’époque des Nemtsov, des Gaïdar, des Iavlinski, des Khakamada ou des Kirilienko, des dizaines de banquiers, de députés, de journalistes ou d’hommes d’affaires ont été assassinés. La méthode était presque toujours la même. Une ou plusieurs balles dans le dos. Et en ces temps-là les tueurs à gages, débordés, banquetaient joyeusement dans les plus somptueux restaurants qui avaient ouverts leurs portes. Le champagne coulait à flot. Les filles étaient belles. L’argent facile. Fouette cocher!

Au milieu de ce brouhaha, un ami russe, ivre mort me disait: «Tu vois, ma petite colombe, nous sommes en progrès. Il n’y a pas si longtemps, on comptait nos morts par millions, aujourd’hui, ce n’est plus que par dizaines. Il ne faut pas, il ne faut jamais désespérer de la Russie. Et à défaut de la comprendre, il faut l’aimer».


 

 
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Publié par le mars 24, 2015 dans histoire

 

La volonté du peuple soviétique pour préserver l’Union soviétique au référendum du 17 Mars 1991 a été cyniquement et brutalement ignorée, par Alexandre Evdokimov

 

Il y a 24 ans s’est tenu un événement unique en son genre – le référendum sur la préservation de l’Union soviétique. C.-à-d. on a effectivement demandé au Peuple soviétique de déterminer le sort de sa patrie – être ou ne pas être. Malgré la propagande antisoviétique frénétique et, en fait, le refus d’un certain nombre de républiques de voter, en tout cas, de prendre part à l’organisation, la grande majorité des citoyens (et pas seulement le nombre d’exprimés) était en faveur du maintien d’un seul pays.

 

http://kprf.ru/history/soviet/140411.html

17/03/2015

Parmi ceux qui ont alors triomphé, c’est à dire ceux que l’on a appelés «majorité agressive obéissante», puis « rouge-brun » et maintenant « vestes matelassées », était l’auteur de ces lignes. Mais notre joie a été de courte durée – la volonté du peuple soviétique, exprimée lors du référendum, a été brutalement et cyniquement ignorée par les dirigeants des trois républiques alliées – l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie, les Sieurs Kravtchouk (qui, cependant, a eu le temps dans son propre pays de faire voter l’indépendance), Chouchkevitch et Eltsine. Comment et pourquoi s’est produite cette monstrueuse violation de la décision, comme je le disais, de la majorité des citoyens de l’URSS, nous essayons de le comprendre à travers cet article. Alors, quelles sont les causes de la mort de la « puissante et indivisible » Union soviétique?

La première raison – la trahison des élites

Le terme d’élite ici se réfère non seulement à la couche supérieure de la bureaucratie de l’État-parti, dans les rangs desquels se trouvaient de nombreuses personnalités, qui par la suite n’ont pas hésité à admettre le fait qu’elles détestaient toutes choses soviétique et socialistes, que  précédemment elles glorifiaient dans tous leurs travaux et rapports. L’élite avait une assise plus large – des agents responsables du prestigieux secteur public et des entrepreneurs de l’ombre, devenus légaux comme coopérateurs sous Gorbatchev, et une partie considérable des travailleurs de la culture. Beaucoup de membres de ces couches méprisaient ouvertement ceux que l’on appelait alors déjà, «sovok». Leur principal objectif était d’éliminer un système en vertu duquel ils pouvaient soudainement perdre leur position privilégiée, dans lequel ils ne pouvaient pas aller à l’Ouest et y transférer tout ce qu’ils avaient honnêtement, ou, plus souvent, malhonnêtement. Et surtout, les représentants de cette couche, en particulier la jeunesse « dorée » soviétique, n’étaient pas contre s’approprier de gros morceaux de la propriété d’Etat.

Et donc le problème de ces anti-soviétiques était de faire en sorte que l’Union soviétique cesse d’être grande et puissante. Mais l’attaque de cavalerie du17 Mars, 1991 a échoué. Même à Moscou, que les prédécesseurs des « rubans blancs » et parfois les mêmes personnes, seulement 20 ans plus jeunes, avaient inondée de brochures sur l’Union soviétique comme une prétendue« prison des peuples »  a en majorité, bien que dans des proportions plus modestes que dans le reste du pays, voté pour l’Union.

Mais les représentants de la «cinquième colonne» se sont rattrapés sur une autre question – en parallèle sur le territoire de la Fédération de Russie ils ont organisé un référendum sur l’institution du poste de président russe. Étant donné l’ampleur et la part de la Russie dans l’économie du pays, cette décision a été pour l’unité du pays une mine à retardement, d’autant que les députés russes ont eu le temps d’adopter une déclaration d’indépendance de la Russie en quelque sorte par rapport à elle-même dans les frontières d’avant la révolution. Maintenant, cela pouvait aboutir à des faits absurdes et a effectivement abouti à une guerre de lois, règlements, décrets, et, finalement, au chaos dans le pays.

La deuxième raison – le nationalisme implanté artificiellement dans de nombreuses républiques soviétiques

Quand Hitler appelait avec  arrogance l’Union soviétique « un colosse aux pieds d’argile », très probablement, il faisait allusion au fait que notre pays était l’union d’une multitude de peuples frères. Il suffit de les brouiller, faire en sorte que les frères sinon se haïssent, au moins se méprisent,  et le sort du pays sera tranché. Heureusement, Hitler n’a pas eu assez de temps pour infecter la société soviétique du poison nationaliste, mais pour les stratèges américains c’était monnaie courante pendant la «guerre froide» et, malheureusement, ils l’ont utilisé à plein.

La diffusion des radios « ennemies » était clairement distillée sur une base nationale – de cette manière il était plus facile d’attaquer idéologiquement ce qui faisait en même temps le côté fort et le «talon d’Achille» de l’URSS – sa composition multinationale. Malheureusement, ces machinations n’ont longtemps pas été prises au sérieux – en effet, il était difficile d’imaginer que certains peuples soviétiques, qui encore récemment sur une échelle historique avaient résisté ensemble à l’assaut d’Hitler et remporté par les efforts communs la plus célèbre victoire dans l’histoire de l’humanité, puissent s’opposer entre eux pour une raison quelconque ou sur l’instigation de quelqu’un. Mais, hélas, au moment de l’affaiblissement du socialisme après l’accession de Gorbatchev au trône de secrétaire général les fissures subtiles ont rapidement commencé à se transformer en gouffre insurmontable. Le premier signe alarmant et la première tentative de tester l’unité du peuple soviétique a été l’agitation étudiante au Kazakhstan en 1986 après l’élection à la place du Kazakh DA Kunaev du Russe GV Kolbine au poste de premier secrétaire du Parti communiste de la république.

Puis l’agitation sur des motifs ethniques a éclaté dans diverses parties du pays – en Asie centrale, dans les États baltes, en Moldavie, mais surtout dans le Caucase. Ici on a tracé une ligne de partage entre Arméniens et Azerbaïdjanais, Géorgiens, Abkhazes et Ossète. Et ce Caucase autrefois béni des dieux, que le camarade Saakhov de la célèbre comédie « La Prisonnière du Caucase » appelait le grenier, la forge et le centre de santé de toute l’Union soviétique, vit éclater l’incendie de plusieurs guerres civiles. Les tentatives de l’armée soviétique pour rétablir l’ordre ont été accueillies par une farouche opposition de la première vague des démocrates, et le désengagement de Gorbatchev, refusant encore et encore de prendre la responsabilité pour les événements. En conséquence, le pays a plongé dans le gouffre.

La troisième raison – les difficultés économiques de l’URSS pendant la perestroïka de Gorbatchev

Le cliché favori sur les longues files d’attente et les rayons vides dans les magasins soviétiques dans la plupart des cas se réfère à la période de « l’accélération et l’intensification » de la fin des années 1980. A cette époque le socialisme était si « intensifié » et « accéléré » par les Gorbachevites qu’il est rapidement devenu une proie facile pour les anti-soviétiques. Et d’ailleurs l’ouverture et la glasnost étaient si ouverts et transparents que, avec l’âme de l’Union – le système socialiste – a été détruite l’URSS elle-même. Cependant, il est indéniable que les étagères vides et les kilomètres de files d’attente ont joué un rôle négatif dans le processus de destruction. Mais permettez-moi de dire que ce rôle n’est pas au cœur de la tragédie de la destruction d’un grand pays.

S’il n’en avait pas été ainsi, il n’y aurait pas eu le référendum sur la préservation de l’Union soviétique. Plus précisément, il aurait eu lieu, mais que ses résultats auraient probablement été très différents. Le fait est que la grande majorité du peuple soviétique, malgré les problèmes économiques, le manque de nombreux produits sont venus aux urnes et ont demandé le maintien de l’Union soviétique, même si c’était sous une forme rénovée.

Et d’ailleurs les performances économiques d’avant 1990 étaient encore relativement bonnes. La grande majorité des républiques de l’Union, y compris la Russie, n’ont toujours pas réussi après des décennies de réformes libérales à atteindre ce niveau, qui pourtant n’était pas le meilleur dans l’histoire de l’Union soviétique. Cela est dû notamment à la rupture des relations économiques, la perte des fournisseurs et des marchés à la suite justement de la destruction par ses ennemis du premier Etat socialiste au monde.

La quatrième raison – l’aide directe et indirecte aux processus destructeurs de la part de l’Occident

La meilleure façon d’identifier le libéralisme chez une personne est de l’inviter à répondre à la question de savoir si l’URSS, ou bien, et c’est un euphémisme, il a été aidé? Tout vrai libéral dira immédiatement dit qu’il s’est effondré tout seul, bien sûr, et ajoutera un tas de clichés antisoviétiques éculés sur ces mêmes files d’attente et ces étagères vides, ainsi que les répressions de Staline, le déficit des vêtements occidentaux et interdiction de voyager dans les pays capitalistes. Bien sûr, comprendre comment le manque de denim et de parfumerie française pourrait affecter le sort de tout un pays est un peu difficile, mais les arguments sont exactement comme ça.

En fait, a été utilisé un scénario très semblable à celui que les mêmes cercles de l’Ouest sont en train d’essayer de jouer à l’égard de la Russie aujourd’hui tout à fait capitaliste – l’étranglement économique en abaissant artificiellement les prix de l’énergie, la spirale de la course aux armements, la propagande massive. Et, malheureusement, la stratégie a largement fait ses preuves, à l’époque.

Avec l’introduction de la soi-disant glasnost, mais plutôt en fait l’auto-flagellation du pays lui-même, l’Union soviétique a été de plus en plus vulnérable à la propagande occidentale sophistiquée. Et aussi à partir du début des années 1990 à leur propre propagande libérale, le «feu vert» ayant été donné par toutes sortes de surintendants et architectes de la perestroïka. Pour le malheur de notre pays et à la grande joie de l’Oncle Sam.

Dans le contexte de la guerre idéologique menée par l’Occident contre l’Union soviétique, cela revenait en quelque sorte à ouvrir largement les portes à travers lesquelles se sont rués toutes sortes de mercenaires avec une propagande hostile. Et ce « brainstorming » est s’accompagnée d’un siège économique sans précédent. La collusion entre les impérialistes occidentaux et les cheiks du pétrole du Moyen-Orient a permis de faire baisser de façon drastique les prix des hydrocarbures, une ressource vitale pour la Russie.

La cinquième raison – la faiblesse de Gorbatchev en tant que politicien et dirigeant du pays

En fait, Gorbatchev est loin d’être le seul en son genre dans l’histoire de notre pays, il a eu un  prédécesseur, dans ce même XX siècle et avec environ les mêmes conséquences désastreuses pour l’Etat – il s’agit de Nicolas II. Ni l’un ni l’autre n’ont eu la volonté de fer qui aurait pu renverser la situation difficile. Contrairement à Staline qui ne broncha pas, même lorsque les blindés ennemis apparurent aux abords de Moscou en 1941ou lorsque les nazis ont atteint les rives de la Volga en 1942. Mais ces personnages historiques n’ont même pas pu trouver un centième du caractère d’acier nécessaire dans les moments décisifs.

En conséquence Gorbatchev le 25 Décembre 1991, comme Nicolas II en Février 1917, a pratiquement renoncé au trône présidentiel, a démissionné et a permis d’abaisser le drapeau rouge du Kremlin, le drapeau que le 30 Avril, 1945 les sergents Egorov et Kantariya avaient planté sur la coupole ruinée du Reichstag. Mais ce n’était que l’accord final de la tragédie du pays et du drame personnel de son dirigeant malchanceux. Déjà trois mois auparavant Gorbatchev avait laissé partir aux quatre vents les trois Etats baltes, créant de ce fait un précédent pour les putschistes de Biéloviej. La Lituanie, la Lettonie et l’Estonie ont obtenu leur indépendance de façon tout à fait inattendue du Conseil d’Etat, organisme non prévu par la Constitution de l’URSS. Sur quelle base cet organisme a-t-il été créé, sur quelle loi se fondait-il pour décider de la sortie des Républiques baltes de l’Union soviétique, et pourquoi cette décision a-t-elle été signée par le président de l’URSS, qui se présentait à l’époque et continue de se présenter comme le protecteur de l’Union – tout cela demeure inexpliqué.

Jusqu’à présent n’est pas encore clarifié le rôle de Mikhaïl Gorbatchev dans les actions du Comité d’urgence : connaissait-il les intentions de son entourage ou non? La conduite de Gorbatchev dans l’histoire de Biélovej aussi est étrange – il avait à ce moment une base pour l’arrestation des conspirateurs, mais il ne l’a pas fait : il attendait paraît-il que les parlements des républiques de l’Union prennent une décision. Mais quelle décision pouvait-il attendre d’eux, si les autorités russes, contrôlées par Eltsine, l’un des signataires de la conspiration de Biélovej avaient déjà récupéré pour elles toutes les fonctions des Républiques?

Beaucoup reste obscur dans son comportement et son action, et plus souvent son inaction – une seule chose est claire : le premier et le dernier président soviétique a démissionné, sans nommer un successeur. Et peu de temps après il est parti avec sa femme Raisa Maximovna se reposer au calme, apparemment la conscience tranquille.

L’écho d’une fracture

Quelles que soient les raisons, à la fois objectives et subjectives, de l’effondrement de l’URSS – aucune d’entre elles ne diminue la culpabilité de ceux qui l’ont détruit dans la forêt de Biélovej. Ce crime est certainement imprescriptible. Quelque opinion que l’on ait sur les accords honteux du 8 Décembre 1991, il s’agit d’une capitulation honteuse et injustifiable du pays.

L’écho de cette catastrophe retentit jusqu’à nos jours. La bataille de la Nouvelle Russie oppose d’une part, les anti-fascistes, ceux qui ont dit ou probablement auraient dit Oui le 17 Mars 1991 à l’Union soviétique, et les autres – anti-soviétiques de tous poils, qui alors, et encore plus aujourd’hui s’opposent à un seul grand pays fraternel. La rupture entre eux remonte au refus de reconnaître la victoire des premiers sur les seconds lors de ce référendum historique sur la préservation du pays soviétique.

 

Un commentaire parmi d’autres :

Tout cela est juste, mais il manque, à mon avis, la raison essentielle – l’absence d’empressement des gens (du peuple) qui ont dit « oui » à l’URSS, pour défendre leur choix, au prix même de leur propre vie, parce que cette valeur est au-dessus de tout. Il est nécessaire d’analyser les raisons de notre inaction d’alors : était-ce par lâcheté, ou manque d’intelligence, ou naïveté de générations éduquées dans le paternalisme, ou le chant délicieux des sirènes de la propagande occidentale qui a envoûté des millions de russes par les chewing-gums rutilants ou le vertige enivrant de l’union libre. En tout cas, une responsabilité énorme nous incombe et, principalement à nous les représentants du peuple, capables de penser à l’échelle globale et d’une façon critique.

 

 
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Publié par le mars 19, 2015 dans histoire

 

8 mars : des femmes filment la guerre et la libération des camps (URSS)

 http://www.lauralaufer.com/spip/spip.php?article205

L’opératrice Maria SOUKHOVA caméra à la main au sein d’une unité de partisans en 1944 en Biélorussie. Elle sera tuée quelques semaines plus tard au cours d’une attaque allemande. Maria SUKHOVA travaillait pour le Studio Central des Actualités. Elle avait co-réalisé la photographie du film Les vengeurs du peuple sorti le 19 août 1943. ©RGAFKD.

Le Mémorial de la Shoah consacre une exposition aux cinéastes soviétiques qui ont filmé la guerre et la libération des camps. Parmi ceux – ci se trouvaient plusieurs réalisatrices qui caméra au poing, partirent au front.

Ce 8 mars, j’ai souhaité saluer ces femmes. Sur cinq cent opératrices soviétiques parties filmer les combats, près d’une centaine périrent.

Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, les femmes ont largement participé, dans des fonctions diverses, à l’effort de guerre soviétique. Face à l’invasion allemande, elles furent incitées à entreprendre une formation paramilitaire de défense civile.

À partir du mois de mars 1942, le Commissariat du peuple à la défense, pour combler les nombreuses pertes humaines, ouvrit le recrutement des femmes à des postes de combat et aux tâches d’opératrices caméra et de réalisation cinématographique. Aux côtés de leurs collègues hommes, ces femmes filmèrent la guerre sur le front Est, réalisant des documentaires et participant activement à la propagande de guerre.

Marina GOLDOVSKAYA se souvient

La documentariste Marina GOLDOVSKAYA, grand témoin de l’ère de la Pérestroika et de la Russie d’aujourd’hui a côtoyé plusieurs de ces femmes lorsque, jeune, elle habitait un immeuble qui abritait des cinéastes célèbres (Dziga Vertov, Alexander Medvedkin, Roman Karmen, Mikhail Romm, Yuli Raizman …) dont des réalisatrices, parmi les plus significatives du cinéma soviétique.

Elle évoque dans son autobiographie Femme avec une caméra. Ma vie de cinéaste russe. (Ed. University Texas press : http://utpress.utexas.edu/index.php/books/golwom) quelques unes des cinéastes qui vivaient dans cet immeuble et qui furent aussi ses amies :

« La documentariste réputée Arsha OVANESSOVA, la plus gaie de l’immeuble dont on pouvait entendre le rire courir chaque soir de l’année durant. Elle était au centre d’un large groupe qui appréciait son humour et sa manière de vivre. Ce fut un grand choc pour tous, lorsqu’elle souffrit d’une dépression nerveuse. La femme de Vertov, Elisaveta SVILOVA était monteuse et travaillait pour l’hebdomadaire filmé « Les nouvelles du jour« .

La cinéaste battante Era SAVLYEVA, aux surprenants yeux verts-bleus tournait des longs métrages de fiction et Ottilia REISMAN qui réalisa des bandes d’actualités après avoir passé la guerre dans une unité de partisans. Elle était allée à la guerre avec Maria SUKHOVA, autre réalisatrice qui fut tuée alors qu’elle tournait. Ottilia était une femme de belle allure, au physique solide et robuste et au caractère puissant et plein de vie. Era et Ottilia eurent une grande influence sur moi.

Je rêvais de devenir opératrice photo. Un rêve qui avait commencé lorsque j’étais petite fille. Ce travail me semblait tellement romantique ! À cette époque, il y avait peu de femmes cinéastes ; pas comme aujourd’hui. Il n’y en avait pas plus de cinq cents dans le pays dont une centaine périrent au front.

Seul le VGIK formait les gens de cinéma. Et vous pouviez compter les femmes sur les doigts de la main : Magarita PILIKHINA, brillante réalisatrice de longs métrages qui m’encouragea ; Antonina EGINA qui travaillait à Mosfilm comme assistante. Et Galina MOGLOVSAKAYA, une documentariste qui travaillait au Studio de films documentaires. C’est tout c’était très difficile pour les femmes d’entrer dans le programme du VGIK”.

Otilia REISMAN filme dans les rues d’une ville libérée de la Tchécoslovaquie. © RIA Novosti. RIA Novosti

Parmi les réalisatrices évoquées ici, citons Era SAVLYEVA qu’on retrouvera à la photographie du film La ballade du soldat de Grigori Tchoukhraï (1959) : le film en version originale sous titrée en anglais ici https://www.youtube.com/watch ?v=h0zr877200s

La documentariste Irina Setkina tournera la version soviétique du film Majdanek cimetière de l’Europe d’Aleksander Ford consacré à la libération, en juillet 1944 par l’Armée rouge, de ce camp d’extermination. Le film contient un bon nombre d’images explicite, des entretiens avec des survivants et avec des Allemands coupables de crimes. Les réalisateurs (aussi bien dans la version polonaise que soviétique) occultent en grande partie l’identité juive de la majorité des victimes.

La cinéaste Vera STROYEVA (ou STROEVA) avait coréalisé avec son mari Grigori ROSHAL en 1930 Les nuits de Saint Pétersbourg d’après Dostoievski, un film qui influencera les cinéastes italiens et qu’avait vu notamment VISCONTI avant de tourner, vingt-huit ans plus tard, Les Nuits Blanches. Vera STROYEVA qui venait du Théâtre de Kiev où elle avait étudié, puis enseigné l’art dramatique deviendra une des grandes spécialistes d’un cinéma portant à l’écran des œuvres de l’art lyrique et notamment les opéras de Moussorgski (Boris Godounov (1954), La Khovanchtchina (1959) …). En 1947, on lui commande de réaliser un film sur Marytė ou Marija Melnikaitė résitante lituanienne dont les Soviétiques feront une héroïne nationale. Le film est tourné en lituanien dans les studios notamment avec l’acteur Donatas Banionis, mais c’est l’actrice russe Tatiana Lennikova qui joue le rôle titre de Maryte.

Mythe ou réalité ?

Le trait est forcé dans le cinéma de propagande soviétique, mais n’ oublions pas qu’une grande partie des Lituaniens avaient accueilli le nazisme en libérateur et collaboré à ses crimes en secondant la politique d’extermination des Juifs. Dès les premiers jours de l’invasion allemande, les milices dirigées par Algirdas Klimaitis prennent les armes contre les Soviétiques en pleine déroute. La police de sécurité allemande (Sicherheitsdienst ou SD) demande à Klimaitis de retourner ses troupes contre les Juifs. Ce qu’il exécute. Le pogrom de Kaunas, alors capitale de la Lituanie, fait 3 800 victimes et 1 200 autres juifs sont assassiné dans les environs. À Vilnius ce sont 95% des Juifs de la ville qui seront assassinés par les nazis secondés par les Lituaniens. Aujourd’hui, en Lituanie -comme en Lettonie- on révise l’histoire en réhabilitant les collaborateurs au nazisme et en les faisant passer pour des résistants indépendantistes.(cf à ce propos dans la revue Vacarme : http://www.vacarme.org/article1919.html ) Le film de STROIEVA offre une image héroïque de Maryte , personnage symbole d’une Lituanie assimilée au destin national de l’URSS dont on exalte la résistance.

Elisaveta SVILOVA

Yelizaveta (ou Elisaveta) SVILOVA débute à 14 ans comme assistante monteuse pour Pathé à Moscou. En 1918, elle est devenue une monteuse réputée du Goskino. Enthousiasmée par le dynamisme des premiers documentaires agit-prop de Dziga VERTOV, elle rejoint, en 1922, son groupe du Ciné-Œil. Fin 1922, est constitué le Conseil des Trois du groupe avec Dziga VERTOV, Elisabeth SVILOVA, Mikhaïl KAUFMAN (frère de Vertov).

Elisaveta SVILOVA codirige et monte tous les films du groupe, y compris les 23 éditions de Kino Pravda (Ciné vérité) tournées de 1922 à 1925. Le groupe réalise L’homme à la caméra et les films du cycle du Ciné-œil dont le premier s’appelle La vie à l’improviste tout comme la rubrique où vous lisez cette page !

En décembre, le Conseil des Trois rédige un appel aux cinéastes soviétiques, publié dans la revue LEF L’Appel du commencement puis un manifeste théorique en juin 1923 dans l’ organe du Front gauche de la littérature et des arts, fondé et dirigé par MAÏAKOVSKI, sous le titre de Kinoks-Révolution (Kinoki. Perevorot). Le manifeste affirme les pouvoirs absolus de la caméra : « je suis le ciné-œil, l’œil mécanique, la machine qui déchiffre d’une manière nouvelle un monde inconnu. En tâtonnant dans le chaos des événements visibles, je crée un homme nouveau, parfait. »

On retrouve Elisaveta SVILOVA au montage ou à la coréalisation des films En avant Soviet ! (1926), La sixièmepartie du monde (1926),Enthousiasme (1931).Trois chants sur Lénine est terminé en 1934. Cette même année se tient le premier congrès des écrivains d’Union soviétique : Andreï JDANOV définit le concept de « réalisme socialiste » qui deviendra l’esthétique officielle de l’URSS. VERTOV est mis au ban pour formalisme et connaît, dès lors, de grandes difficultés pour tourner. Elisaveta SVILOVA parvient par la réputation de son travail à protéger son mari contre les attaques du gouvernement et à lui trouver un emploi comme documentariste de guerre.

Elisaveta SVILOVA assure le montage du film de Yuri RAIZMAN Berlindocumentaire sur la chute de Berlin. Son documentaire Zverstva fashitov sur le camp d’Auschwitz (1945) sera présenté au procès de Nüremberg pour fournir les preuves des atrocités nazies. Elisaveta SVILOVA co-réalise, en 1946, avec Roman Karmen Le tribunal des peuples (Sud Narovov) , documentaire sur le procès de Nuremberg. Cette réalisation lui vaut, en 1947, le prix Staline, alors qu’ en 1948, Vertov est accusé de « « cosmopolitisme » lors de campagnes antisémites.

Après la mort du cinéaste en 1954, Elisaveta SVILOVA travaille, malgré la censure à réaliser le catalogue et la publication des écrits de Dziga VERTOV.

Iouilia SOLNTSEVA

ou Yuliya SOLNTSEVA

Elle fut d’abord actrice et la vedette d’Aelita de Protazanov et de La vendeuse de cigarettes de Mosselprom.

Elle épouse le grand réalisateur ukrainien Alexandre DOVJENKO et devient son assistance ; elle coréalisatrice avec lui Shchors et La vie en fleurs, menant l’essentiel de sa carrière sous l’influence de son mari. Ils partent ensemble filmer les combats en Ukraine. Voici quelques consignes données à l’équipe que dirige SOLNTSEVA et signée de sa main. Elle coréalise avec DOVJENKO plusieurs documentaires sur la guerre en Ukraine et sur sa libération : Ukraine en flammes, Victoire en Ukraine , L’expulsion des Allemands loin des frontières de l’Ukraine soviétique

DOVJENKO avait déjà terminé la préproduction du film Le Poème de la mer quand il décède en 1956 d’une attaque cardiaque. SOLNTSEVA déclare alors  » Je dois terminer le Poème de la mer en accord avec la conception artistique Dovjenko et en mettant de côté ma propre vision individuelle » . Elle prendra la direction de la réalisation et termine le film en conformité avec le scénario et le découpage prévus par son époux. Sa réalisation recevra le Prix International des Festivals de Films et un prix spécial à Londres en 1959.

SOLNTSEVA entreprend ensuite de tourner un film dont DOVJENKO avait écrit le scénario. Ce sera le Récit des années de feu ou Dit des années de feu. Sa réalisation se révèle magnifique et de grande puissance lyrique et la cinéaste recevra le Grand prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1960. Suivront ensuite deux autres films La Desna enchantée en 1964 et L’inoubliable en 1968.

Je vous propose de clore cette page d’hommage aux cinéastes soviétiques filmant la guerre en regardant le Récit des années de feu qu’on peut trouver en ligne … mais en russe ! C’est d’ ailleurs dans une version sans sous -titre que je l’ai découvert dans les années 1970 à la Cinémathèque du Palais de Chaillot ainsi que le Poème de la mer. Les deux films m’avaient éblouie par leur puissance plastique et… je ne comprends pas le russe ! Les images sont ici en version réduit mais suffisent à évoquer la puissance lyrique (mais aussi très didactique ) du film. Voici l’histoire telle que résumée sur wikipédia. « 1941, début de la Grande guerre patriotique, le kolkhozien Ivan Orliouk, originaire des bords du Dniepr, devient soldat. Il participe aux premières batailles sur les rives du fleuve, avant d’atteindre Berlin. De retour au pays, il reprend les semailles sur la terre libérée« .

Voici le film

 

 

 
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Publié par le mars 18, 2015 dans cinema, femmes, histoire

 

La volonté du peuple soviétique pour préserver l’Union soviétique au référendum du 17 Mars 1991 a été cyniquement et brutalement ignorée, par Alexandre Evdokimov (partie I)

Il y a 24 ans s’est tenu un événement unique en son genre – le référendum sur la préservation de l’Union soviétique. C.-à-d. on a effectivement demandé au Peuple soviétique de déterminer le sort de sa patrie – être ou ne pas être. Malgré la propagande antisoviétique frénétique et, en fait, le refus d’un certain nombre de républiques de voter, en tout cas, de prendre part à l’organisation, la grande majorité des citoyens (et pas seulement le nombre d’exprimés) était en faveur du maintien d’un seul pays.

«Presse libre». Alexander Evdokimov
17/03/2015

Parmi ceux qui ont alors triomphé, c’est à dire ceux que l’on a appelés «majorité agressive obéissante», puis « rouge-brun » et maintenant « vestes matelassées », était l’auteur de ces lignes. Mais notre joie a été de courte durée – la volonté du peuple soviétique, exprimée lors du référendum, a été brutalement et cyniquement ignorée par les dirigeants des trois républiques alliées – l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie, les Sieurs Kravtchouk (qui, cependant, a eu le temps dans son propre pays de faire voter l’indépendance), Chouchkevitch et Eltsine. Comment et pourquoi s’est produite cette monstrueuse violation de la décision, comme je le disais, de la majorité des citoyens de l’URSS, nous essayons de le comprendre à travers cet article. Alors, quelles sont les causes de la mort de la « puissante et indivisible » Union soviétique?

La première raison – la trahison des élites

Le terme d’élite ici se réfère non seulement à la couche supérieure de la bureaucratie de l’État-parti, dans les rangs desquels se trouvaient de nombreuses personnalités, qui par la suite n’ont pas hésité à admettre le fait qu’elles détestaient toutes choses soviétique et socialistes, que précédemment elles glorifiaient dans tous leurs travaux et rapports. L’élite avait une assise plus large – des agents responsables du prestigieux secteur public et des entrepreneurs de l’ombre, devenus légaux comme coopérateurs sous Gorbatchev, et une partie considérable des travailleurs de la culture. Beaucoup de membres de ces couches méprisaient ouvertement ceux que l’on appelait alors déjà, «sovok». Leur principal objectif était d’éliminer un système en vertu duquel ils pouvaient soudainement perdre leur position privilégiée, dans lequel ils ne pouvaient pas aller à l’Ouest et y transférer tout ce qu’ils avaient honnêtement, ou, plus souvent, malhonnêtement. Et surtout, les représentants de cette couche, en particulier la jeunesse « dorée » soviétique, n’étaient pas contre s’approprier de gros morceaux de la propriété d’Etat.

Et donc le problème de ces anti-soviétiques était de faire en sorte que l’Union soviétique cesse d’être grande et puissante. Mais l’attaque de cavalerie du17 Mars, 1991 a échoué. Même à Moscou, que les prédécesseurs des « rubans blancs » et parfois les mêmes personnes, seulement 20 ans plus jeunes, avaient inondée de brochures sur l’Union soviétique comme une prétendue« prison des peuples » a en majorité, bien que dans des proportions plus modestes que dans le reste du pays, voté pour l’Union.

Mais les représentants de la «cinquième colonne» se sont rattrapés sur une autre question – en parallèle sur le territoire de la Fédération de Russie ils ont organisé un référendum sur l’institution du poste de président russe. Étant donné l’ampleur et la part de la Russie dans l’économie du pays, cette décision a été pour l’unité du pays une mine à retardement, d’autant que les députés russes ont eu le temps d’adopter une déclaration d’indépendance de la Russie en quelque sorte par rapport à elle-même dans les frontières d’avant la révolution. Maintenant, cela pouvait aboutir à des faits absurdes et a effectivement abouti à une guerre de lois, règlements, décrets, et, finalement, au chaos dans le pays.

La deuxième raison – le nationalisme implanté artificiellement dans de nombreuses républiques soviétiques

Quand Hitler appelait avec arrogance l’Union soviétique « un colosse aux pieds d’argile », très probablement, il faisait allusion au fait que notre pays était l’union d’une multitude de peuples frères. Il suffit de les brouiller, faire en sorte que les frères sinon se haïssent, au moins se méprisent, et le sort du pays sera tranché. Heureusement, Hitler n’a pas eu assez de temps pour infecter la société soviétique du poison nationaliste, mais pour les stratèges américains c’était monnaie courante pendant la «guerre froide» et, malheureusement, ils l’ont utilisé à plein.

La diffusion des radios « ennemies » était clairement distillée sur une base nationale – de cette manière il était plus facile d’attaquer idéologiquement ce qui faisait en même temps le côté fort et le «talon d’Achille» de l’URSS – sa composition multinationale. Malheureusement, ces machinations n’ont longtemps pas été prises au sérieux – en effet, il était difficile d’imaginer que certains peuples soviétiques, qui encore récemment sur une échelle historique avaient résisté ensemble à l’assaut d’Hitler et remporté par les efforts communs la plus célèbre victoire dans l’histoire de l’humanité, puissent s’opposer entre eux pour une raison quelconque ou sur l’instigation de quelqu’un. Mais, hélas, au moment de l’affaiblissement du socialisme après l’accession de Gorbatchev au trône de secrétaire général les fissures subtiles ont rapidement commencé à se transformer en gouffre insurmontable. Le premier signe alarmant et la première tentative de tester l’unité du peuple soviétique a été l’agitation étudiante au Kazakhstan en 1986 après l’élection à la place du Kazakh DA Kunaev du Russe GV Kolbine au poste de premier secrétaire du Parti communiste de la république.

Puis l’agitation sur des motifs ethniques a éclaté dans diverses parties du pays – en Asie centrale, dans les États baltes, en Moldavie, mais surtout dans le Caucase. Ici on a tracé une ligne de partage entre Arméniens et Azerbaïdjanais, Géorgiens, Abkhazes et Ossète. Et ce Caucase autrefois béni des dieux, que le camarade Saakhov de la célèbre comédie « La Prisonnière du Caucase » appelait le grenier, la forge et le centre de santé de toute l’Union soviétique, vit éclater l’incendie de plusieurs guerres civiles. Les tentatives de l’armée soviétique pour rétablir l’ordre ont été accueillies par une farouche opposition de la première vague des démocrates, et le désengagement de Gorbatchev, refusant encore et encore de prendre la responsabilité pour les événements. En conséquence, le pays a plongé dans le gouffre.

 
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Publié par le mars 18, 2015 dans histoire

 
 
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