RSS

Archives de Catégorie: HISTOIRE

Mikhaïl Saakachvili : le despote géorgien devenu apatride. Par Edouard Vuiart

Où il est question de Glucsman, le dirigeant socialiste et de ses sympathies internationales. (note de danielle Bleitrach)

par Les-crises.fr DT

Le 28 mai 2019, le nouveau président de l’Ukraine Volodymyr Zelensky a rendu sa citoyenneté ukrainienne à l’ex-chef de l’Etat géorgien Mikhaïl Saakachvili, qui en avait été déchu en 2017 avant d’être expulsé du pays par l’ex-président ukrainien Petro Porochenko [Source]. L’occasion pour Les-Crises de revenir sur le parcours du despote géorgien devenu apatride…

De New York à la Révolution des Roses

Après ses études secondaires, Mikhaïl Saakachvili poursuit ses études à l’Institut des relations internationales de Kiev, avant de recevoir une bourse qui lui permet de passer trois ans aux États-Unis [Source]. Diplômé des Écoles de Droit de Columbia et de l’université George Washington au milieu des années 1990, il commence à travailler à New York dans un cabinet d’avocats [Source]. Début 1995, Saakachvili est approché par Zourab Jvania, qui le convainc de rejoindre le parti du président géorgien Chevardnadze et de se présenter aux législatives de décembre 1995 [Source]. Élu au Parlement de Géorgie, il devient président du comité parlementaire chargé de restaurer et de moderniser le système judiciaire [Source].

Le 12 octobre 2000, il devient ministre de la Justice du président Chevardnadze et lance une réforme des systèmes judiciaire et pénitentiaire géorgiens. Cependant, à l’été 2001, il accuse le ministre de Économie, le ministre de la Sécurité de l’État et le chef de la police de Tbilissi de bénéficier de trafics et de corruption. Le 5 septembre 2001, Saakachvili démissionne de son poste, considérant « comme immoral [le fait] de rester membre du gouvernement » [Source]. Saakachvili fonde alors le Mouvement national uni (MNU) en octobre 2001, et parvient à se faire élire président de l’Assemblée de Tbilissi en juin 2002 [Source].

Le 2 novembre 2003, les résultats des élections législatives géorgiennes sont contestés par l’opposition. Le MNU de Saakachvili proclame alors sa victoire et appelle les Géorgiens à manifester contre le gouvernement Chevardnadze et à initier un mouvement de désobéissance civile pour l’organisation de nouvelles élections [Source]. C’est le début de la révolution des Roses, l’une des révolutions de couleur ayant eu lieu dans les ex-Républiques soviétiques. Après deux semaines de protestations massives dans un climat de tension croissante, Chevardnadze démissionne de la présidence le 23 novembre 2003, laissant l’intérim à la présidente du Parlement, Nino Burdjanadze [Source].

Ancien ministre de la Justice de Chevardnadze, Saakachvili parvient néanmoins à se poser en réformateur. Le 4 janvier 2004, il remporte l’élection présidentielle géorgienne avec plus de 96% des suffrages exprimés [Source]. Sa campagne fut centrée autour de la lutte anti-corruption et de l’amélioration des salaires et des retraites. Farouchement pro-occidental, il défend l’adhésion de la Géorgie à l’Union européenne, qu’il considère comme une simple étape vers l’adhésion à l’OTAN [Source].

En politique étrangère, Saakachvili se veut proche des intérêts américains. Il fut ainsi à l’initiative du doublement des troupes géorgiennes en Irak, faisant de son pays l’un des plus grands contributeurs à la coalition militaire contre le régime de Saddam Hussein [Source]. En septembre 2005, Tbilissi fut par ailleurs la première capitale des anciennes républiques soviétiques à baptiser une de ses rues au nom de George W. Bush [Source].

La naissance d’un despote

Le 25 septembre 2007, lors d’une conférence de presse diffusée en direct à la télévision, Irakli Okruachvili – ancien procureur général puis ministre de la Défense – dénonce publiquement le despotisme du président Saakachvili :

« Des tendances fascistes et des actes commis par le pouvoir contre l’État m’ont obligé à me présenter aujourd’hui devant vous. Le gouvernement de Saakachvili – qui a dépassé toutes les limites – a fait de l’immoralité, de l’injustice et de l’oppression, une règle de vie courante. Les répressions quotidiennes, les destructions de maisons et d’églises, le racket, l’homicide – je le souligne, l’homicide – sont devenus le mode de vie ordinaire du pouvoir. » 

[Irakli Okruachvili, 25 septembre 2007, Sourceici et ici]

Les Géorgiens, dit-il, « sont terrorisés » à cause de la « répression ». Ceux qui ont des opinions dissidentes sont considérés comme des « ennemis de l’État » et le gouvernement « refuse de dialoguer avec eux » [Source]. La campagne anti-corruption était selon lui « imaginaire » ; les prisons étaient pleines de petits délinquants, tandis que la corruption continuait à prospérer parmi « les hauts fonctionnaires, le cercle restreint de Saakachvili et sa famille ». « Il y a trois ans, lorsque j’étais ministre de l’Intérieur, j’ai arrêté Temur Alasania, l’oncle du président, pour extorsion de 200 000 dollars. Mais j’ai dû le relâcher sur l’insistance de Saakachvili » [Source]. Okruachvili a affirmé que la famille de Saakachvili était à la tête d’une fortune estimée à plusieurs milliards de dollars, détenue en grande partie par son oncle, Temur Alasania, dont le fils et cousin de Saakachvili, Nick Alasania, aurait été impliqué dans l’importation d’armes en provenance d’Israël [Source].

Okruachvili accuse également le président Saakachvili d’avoir ordonné des meurtres : « Saakachvili m’a ordonné à plusieurs reprises de liquider certaines personnes influentes et importantes, ce que j’ai refusé de faire » [Source]. Le lendemain, dans une interview télé, Irakli Okruachvili accuse le président Saakachvili de lui avoir personnellement ordonné de liquider Badri Patarkatsichvili, milliardaire géorgien et co-propriétaire de la première chaîne d’opposition Imedi TV. Lorsque la journaliste lui demande : « C’est donc le président qui vous a commandé la liquidation de Patarkatsichvili ? », il répond : « Je rapporte ses mots concrètement [textuellement] – « Nous devons nous en débarrasser comme on s’est débarrassé de Rafiq Hariri – Rafiq Hariri était président du Liban qui a été explosé dans sa propre voiture » [Source à 3’05’’, ici et ici].

Dans un autre entretien, en parlant de la possibilité de trouver le financement pour son éventuel retour à l’activité politique, Okruachvili déclare qu’il sera pour lui assez difficile de trouver de l’argent, car « le business est terrorisé par le pouvoir. L’an dernier Kederachvili, sur demande de Saakachvili, a collecté environ 4 millions de dollars d’argent illégal, d’argent noir, qui étaient dépensés depuis une caisse noire » [Sourceà 5’36’’ et ici]

Le 27 septembre 2007, soit deux jours à peine après ses premières déclarations, Irakli Okruachvili a été arrêté pour extorsion, blanchiment d’argent et abus de pouvoir alors qu’il était ministre de la Défense de la Géorgie [Source]. Le 8 octobre 2007, dans un aveu enregistré sur bande vidéo publié par le Bureau du Procureur général, Irakli Okruachvili plaide coupable pour les accusations de corruption et retire toutes ses accusations à l’encontre du président Saakachvili, obtenant sa libération sous caution de 10 millions de Lari géorgiens. Au même moment, plusieurs leaders de l’opposition soutiennent que les soi-disant aveux d’’Okruachvili n’ont pu être obtenus que sous la contrainte. Après avoir quitté la Géorgie début novembre – Okruachvili racontera par la suite qu’il avait été contraint à l’exil – il fait une apparition surprise sur la chaîne Imedi depuis Munich, affirmant qu’il a été forcé de retirer ses accusations contre le président Saakachvili alors qu’il était en prison [Sourceici et ici].

Le 14 novembre 2007, à la suite d’une demande du Parquet, le tribunal de Tbilissi réclame la mise en garde à vue d’Okruachvili durant le temps de l’enquête. Arrêté en Allemagne puis transféré en France, les tribunaux français rejettent la demande d’extradition [Source]. Il faudra attendre un changement de gouvernement en Géorgie pour qu’Okruachvili soit définitivement innocenté des accusations de corruption et d’extorsion de fonds, le 10 janvier 2013.

En octobre et novembre 2007, les accusations d’Irakli Okrouachvili entraînèrent la plus grande crise politique géorgienne depuis la révolution des Roses. À la suite d’une série de manifestations anti-gouvernementales violemment réprimées, l’état d’urgence fut proclamé à partir du 7 novembre et le pouvoir imposa une censure à quelques grands médias. Le lendemain, le président Saakachvili annonça la tenue d’une élection présidentielle anticipée, le 5 janvier 2008. Il sera réélu président avec 53,4% des voix, malgré les critiques de toute l’opposition sur la régularité du scrutin [Source].

L’échec de la guerre d’Ossétie du Sud

En 2006, avec plus de 90% des voix, la république d’Ossétie du Sud vote sa sécession vis-à-vis de la Géorgie par référendum. Deux ans plus tard, conforté par des positions européennes et américaines qui considéraient ce référendum comme illégitime, Mikhaïl Saakachvili décide d’attaquer l’Ossétie du Sud dans la nuit du 7 au 8 août 2008. Se fondant sur le fait que la grande majorité des Ossètes du Sud détiennent un passeport russe, le président russe, Dimitri Medvedev ordonne à l’armée d’intervenir. Le 11 août, menacé par le survol d’un hélicoptère lors de la venue du ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, il doit fuir la ville de Gori : 

Après plusieurs jours d’avancée rapide des troupes russes et de bombardements sur des villes géorgiennes, un cessez-le-feu est signé. La Russie reconnaît alors officiellement l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, et y maintient ses troupes pour « assurer la sécurité des deux États » [Source et ici].

Au cours de ce conflit, Bernard-Henri Lévy prend fait et cause pour Saakachvili et appelle Raphaël Glucksmann pour qu’il l’accompagne à Tbilissi. Ce dernier raconte :

« Tout juste revenu à Paris en provenance de Bakou, ayant vu les premières images du conflit alors que j’étais en transit à l’aéroport de Moscou (où l’on présentait l’invasion planifiée, et même annoncée depuis des mois, par Poutine comme une « agression géorgienne » évidemment)  je regarde mon téléphone qui vibre : « BHL portable » :

– Raphaël, c’est Bernard. Tu as des nouvelles de Géorgie ? Il faut faire quelque chose…
– J’ai eu Tbilissi, il y a dix minutes. Les gens sont désemparés, ils se sentent seuls, lâchés…
– Evidemment… Il faut y aller. Je sens qu’il le faut. Tu viens avec moi ?

Je ne le savais pas encore – et je ne lui ai jamais dit depuis, par pudeur, parce que nos relations, bien qu’amicales et respectueuses, ne sont pas assez intimes – mais ce coup de fil allait indirectement changer ma vie. […] Ce qui m’a toujours plu chez Bernard, comme chez mon père d’ailleurs, c’est ce refus chevillé au corps de confondre objectivité et neutralité. J’aime précisément ce qu’on lui reproche : une faculté rare à prendre parti quand c’est nécessaire. […] Ton coup de fil a donc été le facteur déclenchant d’un virage radical dans mon existence. Je ne t’en remercierai jamais assez. »

[Raphaël Glucksmann, 2008 : en Géorgie, 3 octobre 2015, Source]

Arrivé en Géorgie, Raphaël Glucksmann délaisse rapidement sa caméra pour s’engager auprès du gouvernement géorgien. Il raconte :

« La nuit du 13 août 2008, alors que j’étais en train de filmer [pour un documentaire] pendant le conflit qui a opposé la Géorgie à la Russie, j’ai décidé de poser ma caméra pour quelque temps et de m’engager auprès des pays qui voisinent la Russie pour favoriser leur intégration européenne. »

[R. Glucksmann, Conférence au Lycée Madeleine Michelis, décembre 2014, Source]

La même année, Glucksmann et Saakachvili publient ensemble un livre entretien intitulé « Je vous parle de liberté » (Hachette, 2008). Passé « en mode partisan » [Source], Raphaël Glucksmann devient alors le conseiller politique du président géorgien de 2009 à 2013 : «  À 3 heures du matin, j’entrai dans le bureau du président géorgien : je reste tant que ces maniaques [les Russes] sont là et je veux aider. Quitte à nettoyer les chiottes s’il le faut » [Source et ici]. À cette période de son mandat, la situation est extrêmement tendue pour le président Saakachvili. L’opposition manifeste depuis plusieurs semaines dans le centre de Tbilissi et exige sa démission. 

La dérive autoritaire du régime Saakachvili

Durant les mois qui suivirent la défaite de la Géorgie contre la Russie lors de la Guerre d’Ossétie du Sud, Saakachvili multiplia les annonces de complots et de conspirations pour asseoir davantage son autorité. Le 7 mai 2009, l’annonce d’une mutinerie au sein de l’armée avait ainsi été dénoncée comme une « mise en scène» par Salomé Zourabichvili, diplomate française, ancienne ministre des Affaires étrangères de Géorgie et actuelle présidente géorgienne [Source]. Plus que jamais, l’opposition géorgienne réclamait un changement de régime. Pour Nino Burjanadze, ancienne figure de la Révolution des Roses et membre de l’opposition, Saakachvili était alors « une menace pour la stabilité du pays. C’est un gouvernement qui abuse des provocations, qui fomente des provocations pour protéger ses positions et rester au pouvoir » [Source].

En mars 2009, une émission de télé-réalité intitulée « La Cellule n°5 » met en scène un célèbre chanteur géorgien, Géorgi Gatchetchiladze, qui dénonce le manque de pluralisme sur la télévision d’État et promet de vivre comme un prisonnier aussi longtemps que le président n’aura pas quitté son poste : « La Géorgie tout entière est une prison. Qu’on soit à l’intérieur ou à l’extérieur, cela ne fait aucune différence. Tout le monde est sous les verrous parce que c’est un gouvernement criminel » [Source].

Le 12 juillet 2011, suite à l’arrestation de trois photographes accusés d’espionnage au profit de la Russie, une centaine de journalistes et de militants ont manifesté devant le Parlement de Tbilissi pour défendre la liberté d’expression [Source].

En septembre 2012, moins d’un mois avant les élections législatives, la police géorgienne fut éclaboussée par un scandale concernant des sévices infligés à des prisonniers par les forces de l’ordre. Dans une vidéo diffusée sur deux chaînes proches de l’opposition, on pouvait voir des détenus violés à l’aide de balais ou de bâtons de policiers [Source]. Selon la rédactrice en chef du magazine indépendant Liberali, « ce n’était pas le premier cas de torture en prison. Rien que l’année dernière [2011], il y a eu 140 cas identifiés de tortures ou de mauvais traitements sur des prisonniers. C’est donc la poursuite d’une tendance effroyable » [Source]. Au même moment, la diplomate française ancienne ministre des Affaires étrangères de Géorgie et actuelle présidente géorgienne, Salomé Zourabichvili, publia une tribune dans Le Monde pour dénoncer « le despotisme » de Saakachvili [Source].

« Ses opposants sont tous encore une fois des “agents de Moscou”, des partisans du retour au soviétisme, des traîtres en puissance. Mais cette “complotomanie” devenue coutumière, ne fonctionne plus. […] Depuis la guerre, l’image de Mikhaïl Saakachvili n’a plus jamais retrouvé son éclat en dépit de la propagande schizophrène sur le thème “on a gagné la guerre” ! […] Lors du conflit armé de 2008, nous étions un certain nombre à avertir la communauté internationale que la rhétorique musclée du régime, les slogans militaristes et la stratégie de la tension avec Moscou étaient la fuite en avant d’un régime qui cherchait à renouveler sa légitimité en mobilisant contre la menace extérieure. Cette fois, nous voyons à nouveau les clips militaristes à la télévision, les déclarations fougueuses, y compris celle du 29 août de M. Saakachvili : “Nous ne céderons à personne.”. »

[Salomé Zourabichvili, 3 septembre 2012, Le Monde]

Dans un article de Marianne publié le 2 novembre 2012, Salomé Zourabichvili dénonça le fait que Raphaël Glucksmann n’ait « jamais souhaité [la] rencontrer [elle] la seule Française de l’opposition géorgienne ». Et l’actuelle présidente de Géorgie s’étonnait : « Marié à celle qui a été vice-ministre de l’Intérieur, puis ministre, ignorait-il vraiment tout des excès de la police, des tortures dans les prisons et de la situation des droits de l’homme dans le pays? » [Source].

En effet, à cette époque, la ministre de l’Intérieur était Eka Zguladze, ancienne vice-ministre de l’Intérieur (de 2005 à 2012) et épouse de Raphaël Glucksmann. Eka Zguladze fut notamment responsable de la réforme générale de la police géorgienne. Selon Artchil Tchkoïdze, président du parti Géorgie eurasienne et neutre, « cette police est devenue une vraie armée de Mikhaïl Saakachvili qui rackettait les entreprises, dépossédait les gens de leur argent, exerçait la pression sur les partis d’opposition, assassinait les gens dans la rue et torturait les gens en prison» [Source]. Par ailleurs, une note destinée au Secrétariat d’État du gouvernement américain, intitulée « Qui dirige la Géorgie : ce sont les Eka », rendue publique par Wikileaks, révèle que le rôle d’Eka Zguladze fut en réalité bien plus important puisque cette dernière voyagea régulièrement entre Bruxelles et Tbilissi pour négocier l’intégration de la Géorgie au sein de l’OTAN [Source].

Ne pouvant briguer un troisième mandat, Saakachvili fut contraint de céder le pouvoir lors des élections présidentielles d’octobre 2013. Au cours de la campagne présidentielle géorgienne, la candidate d’opposition Nino Burjanadze déclara que « toutes les activités de Saakachvili [devaient] être l’objet d’enquêtes, non seulement sur ce qui s’est passé lors de la guerre en août 2008, mais aussi sur les cas de tortures en prison et sur la pression exercée contre les opposants politiques » [Source]. Publié dans L’Obs le 30 octobre 2013, l’entretien de Charles Urjewicz, professeur à l’Inalco spécialiste de la Géorgie, acclamait la fin d’un «système brutal et répressif» — «un énorme soulagement pour 80% des Géorgiens» [Source].

« L’agriculture est dans un état lamentable […]. L’économie géorgienne est […] minée par le chômage et des conditions sociales extrêmement dures. Saakachvili a provoqué une terrible régression sociale dans le pays. […] On imagine mal le ressenti des Géorgiens vis-à-vis de Saakachvili et son équipe et leur volonté de les voir payer pour les crimes commis. Beaucoup de gens ont été touchés par ce système brutal et répressif qui s’était abattu sur les Géorgiens durant ces dernières années. »

Charles Urjewicz, 30 octobre 2013, L’Obs

Le 15 août 2017, dans une interview avec l’édition ukrainienne de The Observer, Nana Kakabadze, militante géorgienne des droits de l’homme et chef de file de l’ONG « Prisonniers politiques pour les droits de l’homme », a déclaré que « la période de Saakachvili a été la plus horrible de l’histoire de la Géorgie » [Source]. Sous le mandat de Saakachvili, « la Géorgie occupait la première place en termes de nombre de prisonniers dans le monde ». « Lorsque Saakachvili est arrivé au pouvoir, il y avait 5 700 prisonniers en Géorgie; un an plus tard, il y en avait 12 000 et à la fin il y en avait entre 25 000 et 30 000 ». Ces prisonniers « ont subi des tortures et des traitements inhumains », « cela peut être comparé au fascisme », a-t-elle raconté [Source].

Mikhaïl Saakachvili, président géorgien de 2004 à 2013, quitte alors la Géorgie peu avant la fin de son mandat. Devenu persona non grata en Géorgie, où le nouveau pouvoir cherche à le traduire en justice, il s’exile aux États-Unis afin d’échapper aux poursuites judiciaires.

Saakachvili, opposant ukrainien

Comme lors de la révolution Orange de 2004, Mikhaïl Saakachvili s’est montré un soutien actif de l’Euro-maïdan ukrainien de 2013, n’hésitant pas haranguer la foule sur la place de l’Indépendance. [Source]

Source 1 — Source 2

Ce fut également la destination de Raphaël Glucksmann qui — au lendemain du sommet de Vilnius, le 29 novembre 2013, où le président déchu Viktor Ianoukovitch a refusé de signer le rapprochement entre l’Ukraine et l’Union européenne — a rejoint Kiev, huit jours après le début des manifestations. Sans contrat et gratuitement, il contribua pendant un temps à la stratégie de Vitali Klitschko, l’ex-boxeur devenu leader du Maïdan, écrivit ses discours et développa ses contacts en Europe et aux États-Unis [Source]. Raphaël Glucksmann raconte : « En arrivant à Kiev, j’ai envoyé un SMS à Dany [Cohn-Bendit] : “C’est bon tu peux aller au musée. Ils ont fait cent fois mieux que toi ici. Et en hiver, ce qui est un peu plus sport» » [Source].

[Source]

Bien que parti en Ukraine, Saakachvili fut rapidement rattrapé par son passé géorgien. Le 13 août 2014, l’ex-président de la Géorgie fut ainsi inculpé pour détournement de fonds publics. Ses comptes bancaires personnels en Géorgie furent gelés et les biens de sa famille saisis [Source]. Les autorités géorgiennes mettent alors tout en œuvre pour que Saakachvili soit extradé en Géorgie et traduit en justice.

En mai 2015, le nouveau président de l’Ukraine, Petro Porochenko accorde à Mikhaïl Saakachvili la nationalité ukrainienne afin qu’il puisse devenir le gouverneur de la région d’Odessa. La Géorgie n’acceptant pas la double nationalité, ce dernier perdit donc sa nationalité géorgienne, en décembre de la même année [Source]. Lors des élections législatives géorgiennes d’octobre 2016, Saakachvili tenta cependant de revenir en Géorgie, dans l’hypothèse d’une victoire de son parti. Il évoqua même un « scénario révolutionnaire » pour la Géorgie dans des enregistrements rendus publics par ses opposants du Rêve géorgien. Ces derniers firent campagne sur la peur d’un retour de Saakachvili à Tbilissi… et remportèrent largement les élections [Source].

En novembre 2016, alors que sa relation avec Petro Porochenko est au plus bas, Mikhaïl Saakachvili décide de démissionner de son poste de gouverneur d’Odessa, accusant le président ukrainien de « piller » son propre peuple [Source]. Il fonde alors un nouveau parti, le Mouvement des forces nouvelles, en février 2017. La réplique des autorités tombe quelques mois plus tard, le 27 juillet 2017, alors qu’il se trouve en déplacement aux États-Unis. Saakachvili est déchu de sa nationalité ukrainienne et se retrouve alors apatride [Source].

Pour Anton Guerachtchenko, conseiller du ministre de l’Intérieur ukrainien, cette décision a été motivée par le fait que « le parquet géorgien a[vait] récemment informé l’Ukraine de faits qui lui étaient inconnus lorsque la décision d’accorder à Mikhaïl Saakachvili la citoyenneté ukrainienne a été prise et que ce dernier a cachés intentionnellement » [Source]. Pour les partisans de Saakachvili, il s’agissait alors d’une décision politique. 

Le 18 août 2017, la Géorgie demande aux autorités de Kiev d’arrêter et d’extrader l’ancien président géorgien [Source et ici].

Après être retourné à New York, Mikhaïl Saakachvili annonce depuis la Pologne son prochain retour en Ukraine [Source]. Le 10 septembre 2017, il entre ainsi illégalement en Ukraine en franchissant de force un poste-frontière grâce à ses partisans [Source].

Souhaitant se présenter aux prochaines élections, il installe alors un camp paramilitaire en face de la Rada et y organise des manifestations pour réclamer la destitution du président Petro Porochenko [Source].

Le 5 décembre 2017, une perquisition a lieu dans son domicile dans le cadre d’une enquête pour « participation à une entreprise criminelle» [Source]. Le procureur général ukrainien indique, sur la base d’écoutes, que « Saakachvili a établi des contacts avec l’entourage de Ianoukovitch pour prendre le pouvoir en Ukraine » [Source]. L’ancien président géorgien s’est alors réfugié sur le toit de son immeuble, menaçant de sauter du haut des huit étages, tandis que les forces spéciales perquisitionnaient son appartement [Source]. 

Arrêté, il est rapidement libéré par ses partisans qui avaient érigé des barricades pour bloquer le fourgon de la police en bas de son immeuble [Source et ici].

Il a été finalement interpellé le 8 décembre 2017 et emmené afin d’être interrogé, accusé d’avoir voulu «prendre le pouvoir par la force» au cours de récentes manifestations qui, selon le parquet ukrainien, ont été financées par l’entourage de l’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch. Mikhaïl Saakachvili débute alors une grève de la faim le 10 décembre, mais il est libéré dès le lendemain après le rejet de la demande du parquet de le placer en résidence surveillée [Source].

Le 12 février 2018, Saakachvili est arrêté par des hommes cagoulés dans un restaurant de la capitale ukrainienne, et immédiatement conduit à l’aéroport de Kiev pour être expulsé vers la Pologne [Source et ici]. Il se rend aux Pays-Bas deux jours plus tard et annonce vouloir y résider de manière permanente [Source]. Le 21 février 2018, les gardes-frontières ukrainiens lui ont interdit l’entrée dans le pays pour trois ans, soit jusqu’au 13 février 2021 [Source].

Poursuites et condamnations

Le 5 janvier 2018, le tribunal de Tbilissi condamne Mikhaïl Saakachvili à trois de prison par contumace pour abus de pouvoir, ayant gracié les anciens fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur condamnés dans l’affaire Sandro Girgvliani en 2006 [Source]. L’ancien président géorgien avait alors tenté d’étouffer le meurtre de ce jeune banquier de Tbilissi, dont le corps avait été retrouvé le lendemain de sa dispute avec quatre hauts fonctionnaires. 

Le 14 mars 2018, appelé à témoigner devant le procureur, Irakli Okruachvili a accusé Saakachvili de lui avoir ordonné le passage à tabac d’un député de l’opposition, Valeri Gelachvili, le 14 juillet 2005, ce qu’il a refusé. « Deux mois plus tard, Saakachvili et moi nous sommes revus et il m’a dit que ce que je n’avais pas réussi à faire avait été bien fait par Vano Merabichvili (ancien premier ministre)», a-t-il déclaré devant la cour [Source]. Le 28 juin 2018, le tribunal de Tbilissi a déclaré Saakachvili coupable d’avoir abusé de son autorité en tant que président en essayant de dissimuler des éléments de preuve liés au passage à tabac de Valery Gelachvili, et l’a condamné à six ans de prison par contumace [Source et ici].

En juin 2018, lors d’une émission diffusée sur Rustavi 2, Mikhaïl Saakachvili décrivit Shota Shalelachvili, membre de la majorité parlementaire géorgienne, comme un « escroc juif » [Source]. Dans sa réponse, Shota Shalelachvili dénonça une « agression antisémite contre toute la communauté juive de Géorgie » [Source]. La plate-forme associative « No To Phobia ! » publia une déclaration condamnant « le discours de haine » de l’ex-président [Source]. Le 18 novembre, à nouveau sur Rustavi 2, Saakachvili qualifia « d’escroc juif » le spécialiste des relations publiques israélien Moshe Klughaft, engagé par le parti alors au pouvoir [Source]. L’Union des Juifs de Géorgie condamna « la déclaration antisémite et discriminatoire » de Saakachvili — « des paroles qui insultent […] tout le peuple juif » [Source]. Alors candidat à la présidence, Salomé Zourabichvili, condamna publiquement ces déclarations jugées « antisémites sans équivoque » :

« L’antisémitisme sous toutes ses formes devrait être condamné et ne jamais être toléré en Géorgie. Ils sont absolument inacceptables de la part de l’ancien président de ce pays. L’antisémitisme n’a jamais été une caractéristique de la politique géorgienne et ne devrait jamais le devenir. La Géorgie est connue dans le monde entier et en Israël pour ne pas avoir connu l’antisémitisme pendant des siècles. Je considère ces déclarations comme une insulte à la Géorgie et aux valeurs géorgiennes. »

[Salomé Zourabichvili, 18 novembre 2018, Source]

Enfin, la plate-forme « No To Phobia » exprima sa «profonde inquiétude» face aux propos «antisémites» de l’ancien président et souligna qu’il s’agissait pour lui d’une «récidive» et que son utilisation d’un discours haineux avait «acquis un caractère systématique» [Source].

Le 17 octobre 2018, le Procureur général de Géorgie a publié des enregistrements prouvant que la mort de Badri Patarkatsichvili, survenue en 2008, était un assassinat «approuvé» par Mikhaïl Saakachvili. Badri Patarkatsichvili, considéré comme l’homme le plus riche de Géorgie était le copropriétaire d’Imedi TV, ainsi que l’un des organisateurs des manifestations violemment réprimées de novembre 2007, qui avaient conduit à neuf jours d’état d’urgence et à une présidentielle anticipée le 5 janvier [Source]. Il est subitement décédé le 12 février 2008 à 52 ans, à la suite de ce qui fut alors considéré comme un arrêt cardiaque [Source]. Patarkatsichvili se disait pourtant menacé par un commando de tueurs engagés par le pouvoir géorgien et disposait de 120 gardes du corps [Source]. Le 17 octobre 2018, les autorités géorgiennes ont publié des enregistrements réalisés les 4 et 5 février 2007, dans lequel « les trois hommes inculpés parlent de scénarios sur la façon de tuer Patarkatsichvili. Ils disent recueillir des informations sur ses gardes du corps et discutent de l’empoisonnement de l’homme avec une substance qui donne l’impression d’une mort naturelle » [Source]. Dans un second enregistrement, l’ancien responsable du Département de la sécurité constitutionnelle (CSD), Giorgi Dgebuadze, déclare à un agent de sécurité de Patarkatsichvili que le meurtre a été « approuvé » par Saakachvili, car ce dernier est « l’ennemi du gouvernement géorgien » [Source et ici]. Dgebuadze demande à l’agent de sécurité de lui fournir des informations sur les cuisiniers, le système de sécurité, les caméras de surveillance ainsi que les itinéraires de déplacement de l’homme d’affaires [Source].

Fin décembre 2018, Saakachvili déclara en direct dans une vidéo que ses partisans, aidés par l’ancien chef du bureau de presse du ministère de l’Intérieur Guram Donadze et Parnaoz Chkadua, militant de l’organisation Free Zone affiliée au Mouvement national uni, avaient publié de fausses nouvelles pendant la période préélectorale sur la candidate du parti au pouvoir Salomé Zourabichvili et le fondateur du parti dirigeant Bidzina Ivanichvili [Source].

Retour de disgrâce

Le 28 mai 2019, le nouveau président de l’Ukraine Volodymyr Zelensky a rendu sa citoyenneté ukrainienne à l’ex-chef de l’État géorgien Mikhaïl Saakachvili. Il a aussitôt annoncé son retour en avion de Varsovie en Ukraine. Ayant toujours insisté sur son souhait de retourner en Ukraine pour prendre part aux élections, il a cependant assuré n’avoir dans l’immédiat « aucune ambition politique personnelle » [Source].

Edouard Vuiart, 15/06/2019

Publicités
 

A Moscou, Soljenitsyne est devenu un « menteur »

23 juin 2019 10:04
A Moscou, Soljenitsyne est devenu un "menteur"

Une photo du monument de Moscou à l’écrivain Alexandre Soljenitsyne , on voit  l’inscription qui a été corrigée par des inconnus.

« Quelqu’un a spécialement frotté les lettres sur le monument … » , il est clair que quatre lettres du nom de l’écrivain sur le monument – elles forment le  mot «menteur» en russe – sont différentes des autres couleurs.

Le monument à Soljenitsyne à Moscou est situé dans la rue Tagansky, également nommée d’après l’écrivain. La cérémonie d’ouverture du monument, à laquelle assistait le président russe Vladimir Poutine, s’est tenue le 11 décembre dernier.

« Red Line » a tourné le film « Vivre n’est pas un mensonge. De gré à gré », dans laquelle il a soigneusement étudié la biographie d’Alexandre Soljénitsyne. Regardez sur le site et la chaîne YouTube  » Red Line « 

 

Vu du droit: 22 JUIN 1944 : L’UNION SOVIÉTIQUE CASSE LES REINS DE L’ARMÉE DE LA BÊTE.

Le 75e anniversaire du débarquement des troupes anglo-américaines en Normandie le 6 juin 1944 a donné lieu à des cérémonies dont Sylvain Ferreira nous a déjà dit ce que l’on pouvait en penser. D’énormes fautes historiques et diplomatiques ont été commises à cette occasion. Il y a d’abord l’inadmissible camouflet infligé à la Russie avec le refus de l’inviter à ces commémorations et ensuite la présence d’Angéla Merkel chef de l’exécutif allemand est saluée par la royauté britannique comme représentante d’un pays ayant participé au « D Day » ! Ah ça pour y avoir participé, l’Allemagne y a été effectivement particulièrement active… Amis anglais, il est difficile de descendre plus bas .

C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à notre spécialiste maison, le même Sylvain Ferreira, de nous rappeler la participation de l’Union soviétique au Débarquement justement. En lui évitant un échec possible, d’abord en fixant le maximum de troupes allemandes à l’est, et ensuite en lançant quelques jours après le jour J ce qui fut probablement la plus grande offensive terrestre de l’Histoire.

Cela rend cette ingratitude affichée des derniers présidents français tout à fait lamentable. C’est François Hollande qui refuse d’aller à Moscou aux commémorations du 70e anniversaire de la victoire en 2015, et maintenant le petit bonhomme qui lui a succédé affichant sa petitesse goguenarde face au sacrifice de 25 millions de soviétiques pour détruire la bête.

On ajoutera aux propos de Sylvain que guerre froide oblige le révisionnisme historique s’est bien porté, le peuple et l’armée allemande étant considérés comme innocent des crimes nazis. Il est triste de constater que, nous faisant honte, nos petits gouvernants réalimentent le mensonge.

Régis de Castelnau

22 JUIN 1944 : L’OPERATION BAGRATION OU L’AUTRE JOUR-J

L’été 1944 commence à peine que la plus grande opération militaire de l’histoire démarre sur le front germano-soviétique. Son nom est un symbole puisque c’est celui du prince Piotr Ivanovitch Bagration, héros des guerres napoléoniennes immortalisé par Tolstoï dans Guerre et Paix et originaire de Géorgie comme Staline. Autre symbole, la date choisie par le maître du Kremlin : le 22 juin, le même jour que celui choisi par les Allemands en 1941 pour envahir l’URSS. L’heure de la revanche a donc enfin sonné. Même si ce premier jour n’est marqué que par des reconnaissances en force contre les lignes allemandes, il est entré dans l’histoire comme le jour du début de l’opération soviétique.

Les moyens rassemblés donnent le tournis. Les quatre fronts mobilisés sous la supervision de Joukov, déjà maréchal de l’Union soviétique depuis plus d’un an, rassemblent plus de 2 millions d’hommes, 24 000 canons, plus de 4 000 chars et canons d’assaut qui opèrent avec le soutien de plus de 6 300 avions. Le front d’attaque fait plus de 1 000 km. Jamais une telle concentration d’unités n’a été réalisée et pour cause, l’objectif est lui aussi hors-norme ; car outre la libération de la Biélorussie du joug allemand, Joukov veut anéantir le groupe d’armées « Centre », le plus puissant des trois groupes d’armée alignés par la Wehrmacht et qui compte 800 000 hommes et plus de 500 blindés. Par ailleurs, cette opération s’inscrit dans le plan stratégique établi par les Alliés au cours de la conférence de Téhéran au cours de laquelle Staline a promis aux Anglo-Américains de lancer une offensive peu après le débarquement pour fixer les réserves de la Wehrmacht loin du nouveau front occidental. Enfin, Bagration est la première opération d’une longue série de dix offensives qui doivent s’enchaîner les unes après les autres jusqu’à la fin de l’été et aboutir à la libération complète du territoire soviétique de 1941.

Pour accomplir cette mission titanesque, Joukov et ses subordonnés vont mettre en œuvre l’art opératif, cet engrenage entre la stratégie et la tactique théorisé depuis les années 20 dans les académies militaires soviétiques par les plus grands penseurs militaires du 20e siècle : Svetchine, Triandafillov, Isserson, Varfolomeev et bien sûr Toukhatchevski. L’art opératif permet non seulement de rompre le front adverse mais aussi et surtout d’exploiter cette rupture dans la profondeur des défenses ennemies, parfois à plusieurs centaines de kilomètres du front initial. Pour appuyer les troupes régulières, les partisans soviétiques présents sur les arrières de la Wehrmacht vont déclencher, à l’instar de la résistance française avant le Jour-J, une série de destructions et de sabotage du lignes de communication qui va paralyser les Allemands au moment du déclenchement de l’offensive. Alors que les Alliés anglo-américains mettront deux mois à percer le front normand, en quinze jours les Soviétiques ont tué ou capturé 200 000 Allemands ce qui représente l’effectif d’environ 25 divisions. Fin juillet, 100 000 Allemands de plus sont mis hors de combat. A la mi-août, l’Armée rouge, à bout de souffle, atteint les bords de la Vistule et la Biélorussie est totalement libérée même si 628 villages ont subi le sort d’Oradour-sur-Glane au cours des trois années d’occupation. Preuve que la Wehrmacht a accompli avec zèle les ordres de destructions systématiques des populations.

Cette prouesse militaire unique, accomplie grâce à une avancée doctrinale que personne ne maîtrise encore aujourd’hui, a porté à la Wehrmacht l’un des coups les plus puissants de la Seconde Guerre mondiale. Les Soviétiques ont ainsi démontré qu’après les terribles sacrifices défensifs consentis jusqu’à l’été 1943, ils étaient désormais capables de mettre à genoux l’armée allemande. Aussi, Bagration mérite-t-elle, comme le Jour-J, de figurer 75 ans plus tard au rang des dates mémorables de ce mois de juin 1944.

 

Des questions que l’on ne peut plus évacuer par la censure habituelle

le débat que j’espère aurour de mon livre – Le temps retrouvé d’une communiste- n’aura de sens que s’il permet à travers notre passé de poser les questions qui aujourd’hui me paraissent centrales pour avancer. Le témoignage de première main que j’apporte devrait permettre une véritable confrontation non pour le simple plaisir de l’affrontement mais pour enfin tirer bilan de l’expérience qui est la notre à nous communistes. Les idées que je pose ici brièvement n’ont rien de scandaleuse, le céritable scandale est qu’elles soient interdites, censurées dans le parti autant et plus que dans les médias bourgeois.Il ne s’agit pas de la censure d’une personne, il s’agit de la censure d’idées qui sont au centre des préoccupations actuelles(note de Danielle Bleitrach)

Ce livre apporte des précisions , des faits dont la plupart largement méconnsu sur les cinquante dernières années de la vie politique en France et dans le mouvement communiste international, il ne s’agit pas de « je » mais bien de « nous ». face au choix de Mitterrand, à la stratégie du programme commun, aux guerres coloniales, au rôle de la France, à l’eurocommunisme, à la chute du socialisme européen, à la résistance cubaine, etc…

D’abord disons que l’existence d’un parti communiste me parait essentielle. Tout a été essayé en le minimisant le détruisant et tout a conduit à une impasse
une social démocratie où avec ou sans participation gouvernmentale, il n’a aucun poids…
Une social démocratie à la Hollande ou Manuel Valls avec discours introfuctif pseudo révolutionnaire
Une social démocratie-mouvement type la FI ou Podemos qui se donne elle aussi l’objectif d’affaiblir le parti…

Alors parler d’union de la gauche sans poser la question d’un parti révolutionnaire qui en serait l’ossature, le vecteur du changement est une illusion. y compris quand l’on prétend comme Cohn Bendit et les autres lier anticommunisme et écologie.

On court à l’échec et prétendre à un sursaut national sans poser la même condition est un leurre qui débouche sur le fascisme alors qu’il est vrai qu’il ne peut y avoir de souveraineté populaire sans souveraineté nationale.

Que les masses françaises ne se soulèvent pas sur les questions internationales est une réalité qui à sa manière prouve l’état réel de notre peuple, puisque cela évacue une question aussi essentielle que la paix et le coût des expéditions militaires, la manière dont cela pèse y compris sur notre budget, sur le sacrifice exigé de nos services public. mais que des dirigeants communistes ignorent l’importance de ces questions internationales dans le perspective politique est la preuve de l’état réel de notre parti et la faible espérance de pouvoir le redresser si on accepte cette situation.parce que cela maintient l’adhérent dans la soumissio politique, fait de lui au meilleur des cas un militant désintéressé mais sans perspective.

Il faudrait un Fidel Castro et son équipe pour aller de l’avant, mais sans avoir une telle ambition il faut tout de même se rendre compte du degré d’alinéation dans lequel ce parti est.
S’il est clair que depuis 2014 il n’y a plus eu de représentation communiste électorale et que cela n’est pas le fruit du hasard.

S’il est clair que depuis le Congrès de Martigues l’organisation a été détruite systématiquement dans son rapport à la classe ouvrière ce qui fait qu’aux dernières européennes seul 1% de la dite classe a voté pour notre liste et que c »est la question principale à laquelle nous sommes confrontés alors que ceux qui ont liquidé le parti tentent de l »occulter, en profitant du fait qu’ils ont par suite de tricheries la majorité au Conseil national tanentent d’imposer la seule question de l’union de la gauche.

S’il est clair que l’effacement de notre parti a demultiples dimensions:
1) pas de candidature depuis des années
2) nous couper des préoccupations des couches populaires et de la classe ouvrière
3) transformer donc des questions aussi esseentielles que la nation et l’écologie en soumission au capital en gommant la dimension de classe. la souveraineté et la défense de l’environnement sans cette dimension de classe conduisent dans le premier ca à la subordination de fait à des fascistes comme Asselineau ou Chouard et dans le second cas aux intérêts des multinationales.
4) mais cette dimension de classe a besoin d’être pensée dans une contexte impérialiste qui est celui du capital aujourd’hui et là la coupure qui se poursuit est l’alignement sur la social démocratie qui elle même depuis la recomposition de 1974 agite ses grelots des droits de l’homme pour mieux suivre la politique de la CIA. la manière dont notre parti s’est divisé entre ceux qui voulaient s’aligner sur le PD et ceux qui voulaient s’aligner sur les traotskistes (ce qui revient au même) n’est que le mode de destruction d’un parti révolutionnaire dans son essence.

Pour préciser ma pensée voici la dernière phrase de « mes mémoires »:

Ma conviction est que jamais il n’y aura de changement révolutionnaire sans violence et ce non pas parce que les révolutionnaires auront une stratégie violente et multiplieront les actes de destruction gratuits, comme des petits bourgeois, mais parce que jamais le capital et la bourgeoisie ne lâcheront le pouvoir sans avoir détruit un maximum de tout ce qui est vivant autour d’eux. Tout l’art politique consiste désormais à se prémunir de cette violence tout en sachant qu’elle est inévitable.

Il est clair que la guerre fait partie de cette violence et que se prémunir contre la guerre en dénonçant le bellicisme de Trump et de ses alliés est au premier rang des nécessités. Or je suis convaincue que le PCF avec la direction dont il est encombré au plan international, son alignement systématique sur les positions de la social démocratie, (y compris par le biais du trotskisme anti-soviétique d’abord et contre toute forme de socialisme réel) consiste depuis des années à aligner le PCF sur la position de la CIA. De la guerre de Yougoslavie en passant par la Libye et la Syrie, l’Iran , voir la Russie, la Chine et la Corée, et partout en Europe, partout le pCF n’est plus en situation de lutter pour la paix.

Il faut changer de responsables puisque les responsables ne veulent pas changer de politique.

danielle Bleitrach

je ne crois pas que nous puissions avancer longtemps en éludant ces questions.
danielle Bleitrach

(1) en avant-^remière l’émission que radio galère a consacré à ce livre, je conseille en particulier la dernière partie sur l’eurocommunisme

Home

 

La France piégée dans le bourbier libyen ! Par Guillaume Berlat

Dans ces temps où j’ai rédigé mes mémoires, je ne puis m’empêcher de me souvenir de la haine (le mot est faible) qui avait salué mes prises de position contre l’intervention en Libye. La haine de ceux qui vivent des expéditions néo-coloniales est disons normale, mais en ces temps-là comme aujourd’hui ceux qui tenaient le secteur international et l’Humanité (l’inénarrable Jacques Fath et le non moins inénarrable Patrick L.H) s’alignaient systématiquement sur la social-démocratie qui elle s’alignait sur la CIA. Quand on connait le coût de ce type d’opération et à qui cela rapporte on se dit que le PCF et l’Humanité sont aux mains de bien étranges individus qui depuis plus de 20 ans mènent le même alignement avec semble-t-il l’assentiment de la majorité des communistes. Et ceux qui protestent sont censurés, diffamés hier comme aujourd’hui. Personnellement j’ai assez donné, si les communistes veulent continuer à avoir ces « boulets » qu’ils continuent, moi j’en ai assez d’être leur souffre douleur et la victime de leur aveuglement. Écrire mes mémoires a provoqué en moi une révolte devant ce que j’ai subi et continue à subir de cette bande de suppôts de la CIA (note de Danielle Bleitrach).

par Les-crises.fr DT

Source : Proche & Moyen-Orient, Proche & Moyen-Orient

« De la Libye vient toujours quelque chose de nouveau » (Aristote). La seule question est de savoir si ce sont des bons ou de mauvais vents. Or, depuis l’exécution en règle en 2011, de Mouammar Khadafi supervisée par Nicolas Sarkozy (lequel recevait encore le guide libyen en visite officielle à Paris en 2007) dans les environs de Syrte1, rien ne va pas plus dans ce nouvel État failli ainsi que dans sa périphérie proche et lointaine. Emmanuel Macron, qui s’était fait fort de mettre un terme au duel entre les frères ennemis (Faïez Sarraj et Khalifa Haftar), récolte aujourd’hui ce qu’il avait semé hier. Notre brillant chef de l’État ignore manifestement que « Dans la diplomatie comme dans les travaux des champs, il y a des saisons fécondes et des saisons ingrates. Elles alternent d’ordinaire et c’est en travaillant qu’il faut se préparer au retour des temps meilleurs » (Jean Herbette, 1927). Aujourd’hui, les critiques pleuvent de toutes parts contre la duplicité de la diplomatie française sur le dossier libyen, contre les errements de son en même temps, y compris de la part du secrétaire général de l’ONU, le portugais, Antonio Gutteres (lequel aurait piqué une sainte colère en accusant la France de « double jeu »). Petit à petit, le piège, qu’elle a minutieusement armé, semble inexorablement se refermer sur elle, s’ajoutant à la liste, déjà impressionnante de ses échecs diplomatiques et sécuritaires aux quatre coins de la planète. Comme souvent dans une démarche qui se veut objective et globale, avant de juger de la boulette du petit Pinocchio (Emmanuel Macron), revenons quelques années en arrière pour apprécier la bourde du petit Nicolas (Sarkozy). Cette affaire commence à faire désordre tant elle plante durablement plusieurs épines dans le pied de Pinocchio et de sa mauvaise troupe.

LA BOURDE DU PETIT NICOLAS

La guerre lancée en 2011 à l’initiative de Nicolas Sarkozy, sur la base de « fake news » diffusée par la chaine de télévision satellitaire qatarie Al Jazeera, démontre à la perfection que la diplomatie française est alors tombée dans le piège de l’incompétence et dans celui de la coercition.

Le piège de l’incompétence : la diplomatie romantique des philosophes

Bataille gagnée, guerre perdue. Ainsi pourrait-on résumer le bilan de l’intervention occidentale (appuyée par quelques pays arabes) à la lumière des plus récents développements en Libye et dans son voisinage ! Gagner une bataille ne signifie pas pour autant gagner la guerre, y compris en Libye. Nicolas Sarkozy, parfaitement conseillé par le philosophe-stratège BHL, avait cru qu’en faisant tomber une dictature dans un pays n’ayant pas de tradition démocratique et d’un état-nation, surgirait comme par miracle une démocratie à l’occidentale. Or, il n’en a rien été. La réalité finit toujours par s’imposer aux hommes politiques même si leur réveil prend du temps. Encore faut-il que leur démarche en revienne à un choix pertinent ! Et, ni Nicolas Sarkozy, ni son successeur, François Hollande n’ont eu le courage de le faire. Or, qu’en est-il huit ans après la chute du régime ? Les résultats actuels sont catastrophiques à maints égards. Tous les indicateurs sont au rouge qu’ils soient sécuritaires, politiques ou économiques et sociaux. L’aveuglement caractérise la démarche de nos dirigeants avant et après 2012. Ne recommandait-on pas aux diplomates à Tripoli de bannir le mot « guerre » de leur langage ! « La Libye sera un exemple de révolution réussie, de métamorphose du monde, de démocratie universelle »2. Bravo, l’incompétence de notre élite.

Le piège de la coercition : la diplomatie guerrière des néo-cons

Partout où les Occidentaux ont eu la prétention d’opérer militairement des « regime change », on constate la même faillite, la même montée en puissance des seigneurs de la guerre, des mafias, de l’islamisme (Irak, Afghanistan, Syrie…). Force est de constater que le rouleau compresseur de la coalition a eu raison du régime du colonel Kadhafi et de son armée dans un laps de temps relativement court. Agissant sous mandat de la Ligue des Etats arabes et de l’ONU (résolution 1973 du Conseil de sécurité du 11 mars 2011), l’opération « Unified Protector » est annoncée comme un conflit « propre », conduit uniquement depuis les airs et la mer. Elle est l’une des missions les plus courtes de l’OTAN mais aussi l’une des moins controversées. Après 204 jours, le régime du colonel Kadhafi chute et de nombreuses vies humaines sont épargnées. Or, nos élites sont frappées d’une pathologie courante par les temps qui courent, la myopie. Elle touche près de 30% de la population mondiale. Elle se concrétise par une difficulté à voir loin. Le contraire de ce que l’on est en droit d’attendre des hommes d’État, le fameux gouverner, c’est prévoir perdu de vue par les adeptes de la démagogie et du court-termisme ambiant. Ce que l’on qualifie de clairvoyance, de prescience ou de capacité à anticiper l’avenir. « La Libye est devenue une véritable pétaudière depuis l’intervention armée occidentale de 2011 décidée par Nicolas Sarkozy, David Cameron et les Américains »3. « Contrairement aux Anglais et aux Américains qui ont reconnu que cette guerre était une faute, en France pas question d’admettre l’erreur »4. Bravo l’arrogance et la myopie de notre élite5. Nous en avons malheureusement des exemples tous les jours sur les dossiers internationaux les plus sensibles comme les plus anodins.

Dans un registre tout à fait différent, mais qui se situe dans la filiation légitime de l’action de ses deux prédécesseurs directs, la diplomatie d’Emmanuel Macron, en croyant ramener la paix en Libye tel le nouveau Messie, contribue au contraire à entretenir la guerre civile dans un pays en pleine déliquescence, un État failli. Aucune leçon n’a décidément été tirée de toutes nos guerres perdues aux quatre coins de la planète. Revenons au chef de l’État !

LA BOULETTE DU PETIT PINOCCHIO

Après l’ascension fantastique du premier de cordée dans la mêlée mondiale, vient plus rapidement que prévu le temps des graves désillusions. Notre plus jeune président de la Cinquième République découvre les retours de bâton de l’arrogance et de la duplicité dans la diplomatie.

Le piège de l’arrogance : la diplomatie flamboyante des inspecteurs des Finances

« Dès son arrivée au pouvoir, le président Macron ambitionne de jouer le « faiseur de paix en Libye »6. Il pense frapper un grand coup. Inculte, ignare sur l’Afrique en général et sur la Libye en particulier, le président de la République s’est mis dans la tête de régler, en deux temps, trois mouvements le casse-tête libyen (ignorant l’ONU et l’Italie) grâce à une réunion à la Celle-Saint Cloud (26 juillet 2017 conclue par l’adoption d’une déclaration conjointe) et une à Paris (29 mai 2018, sorte de médiation entre les deux frères ennemis). Les parties présentes (les absentes marquèrent leur mécontentement) s’accordèrent sur la tenue d’élections le 18 décembre 2018, censées résoudre la crise (élections qui n’ont jamais eu lieu). Par ailleurs, on se souvient qu’Emmanuel Macron avait caressé le projet de créer des « hot spots » en Libye pour stopper les flux de migrants (juillet 2017). Or, toute cette diplomatie Potemkine n’a débouché sur rien de concret sur les plans politique, économique, sécuritaire, migratoire… Au contraire, la situation est allée de mal en pis tant la confrontation entre Faïez Sarraj et Khalifa Haftar a pris un tour paroxystique. Le second lançant ses troupes sur Tripoli afin de renverser le pouvoir du premier censé être le dirigeant légitime aux yeux de la trop fameuse « communauté internationale » dont personne n’est en mesure de donner une définition claire et précise. La Libye est aux bords de l’implosion tant les rancœurs ont la vie dure et le retour à la paix très improbable7. Bravo l’arrogance des crânes d’œuf de Bercy. Au surplus de l’arrogance, nous cultivons avec superbe la culture mortifère de la duplicité.

Le piège de la duplicité : la diplomatie minable du jeu de bonneteau

Le moins que l’on puisse dire est que la diplomatie jupitérienne sur le dossier libyen a largement fait pschitt. Elle tourne à la Berezina diplomatique tant l’échec est patent et les acrobaties se retournent plus rapidement que prévu contre leurs auteurs à propos d’un un pays qui se dirige lentement mais sûrement vers une troisième guerre civile8. On ne peut à la fois déclarer urbi et orbi que Paris est légitimiste (soutenir le gouvernement de Faïez Sarraj à Tripoli) tout en appuyant en sous-main son principal opposant (le maréchal Khalifa Haftar qui veut renverser son opposant à Tripoli9) qui est considéré comme le meilleur rempart contre les islamistes. Faïez Sarraj, qui recevait récemment Jean-Yves Le Drian, ne se prive pas de le faire savoir haut et fort10. Il met en évidence le discrédit qui pèse sur un médiateur qui ne sait pas conserver une stricte position d’équilibre entre les protagonistes11. Tout, cela commence à faire désordre12. On ne peut jouer « en même temps » le pacificateur et le va-t-en-guerre13. « En diplomatie, il faut toujours dire la vérité. D’abord, on ne se trompe jamais. Ensuite, comme on ne vous croit pas – puisque vous êtes diplomate – vous avez d’emblée une supériorité sur votre interlocuteur » (Montaigne).

Il faudra bien, un jour prochain, que nous nous décidions à effectuer un arbitrage sérieux entre considérations diplomatiques14, stratégiques, sécuritaires, économiques15, humanitaires, nationales et régionales et nous y tenir un bonne fois pour toutes. Bravo la duplicité des bateleurs de foire. Ce ne sont pas les dernières déclarations flamboyantes de Jean-Yves Le Drian au quotidien Le Figaro qui vont lever les doutes sur les véritables intentions de la diplomatie française en Lybie16, pas plus que notre objectif stratégique clair et net dans le Sahel avec l’opération Barkhane17. Il est vrai qu’aujourd’hui, les combats en Libye sont lourds de menaces pour l’Europe au moment où le chef du gouvernement d’Union nationale fait une tournée sur notre continent (Allemagne, France, Italie) pour chercher des soutiens et pour ne pas se priver des critiquer vertement la duplicité macronienne18. Le seul problème est qu’aucun des deux frères ennemis ne veut du cessez-le-feu proposé par l’émissaire de l’ONU19. À trop ignorer les voies diplomatiques officielle à l’intérieur (le Quai d’Orsay littéralement ignoré au moment de la réunion de la Celle-Saint-Cloud se plaint d’une « diplomatie parallèle » qui fait fi des acteurs africains qui comptent) et à l’extérieur (l’ONU seulement appelée en renfort quand les affaires tournent mal), on se prépare souvent des lendemains difficiles.

Recevant à Paris le 8 mai 2019 le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj, Emmanuel Macron a appelé à une trêve sans conditions en Libye, sous supervision internationale, a rappelé la volonté de la France d’aider à la relance d’un processus politique en Libye, rappelant qu’il n’existe pas de solution militaire au conflit libyen et pour mettre un terme à l’offensive militaire lancée vers Tripoli, encouragé un cessez-le-feu sans conditions, a souligné la nécessité de protéger les populations civiles, a proposé de mettre en place, dès les prochains jours, une évaluation du comportement des groupes armés en Libye, y compris ceux qui relèvent directement du gouvernement d’entente nationale, en lien étroit avec l’ONU. Fayez al-Sarraj a qualifié la rencontre de « positive », estimant sur France 24 que le président français avait été « très compréhensif », mais il a invité la France à « prendre une position plus claire » à l’avenir. « Il y a eu une manière de répandre une sorte d’image ou de rumeur selon laquelle la France était contre le gouvernement libyen et en faveur de cette offensive militaire qui nous semble totalement inacceptable et injuste », faisait valoir mardi une source à l’Elysée. Des inconvénients d’un double jeu dans la diplomatie !20

Aujourd’hui, ce sont les Émiratis qui se trouvent sur le grill. L’AFP croit savoir que des « experts de l’ONU enquêtent sur une possible implication militaire des EAU dans le conflit en Libye, après des tirs de missiles [air-sol] en avril avec des drones de fabrication chinoise équipant l’armée émiratie ». Et, ce n’est vraisemblablement le début d’un long feuilleton qui apportera son lot de révélations embarrassantes pour tous les donneurs de leçons de morale !

Voici ce que notre breton armé déclare dans cet entretien au Figaro qui vaut son pesant de cacahuètes en réponse à la question de la perspicace Isabelle Lasserre, Comment sortir de l’impasse ? :

« En promouvant une solution politique qui permettra la formation d’un gouvernement issu des urnes, doté d’une légitimité interne et externe, c’est-à-dire ayant l’aval des Libyens et donc la reconnaissance internationale. La France n’a pas varié de politique depuis qu’en juillet 2017 le président de la République a pris l’initiative de réunir à La Celle-Saint-Cloud les deux principaux responsables libyens. La solution politique a été réaffirmée par la conférence internationale de l’Élysée en mai 2018, puis celle de Palerme, et enfin par les accords d’Abu Dhabi en novembre dernier. Nous poursuivons donc aujourd’hui nos efforts pour obtenir un cessez-le-feu et la réouverture d’une solution politique sur la base du processus d’Abu Dhabi, par l’intermédiaire de Ghassan Salamé, l’envoyé spécial de l’ONU en Libye ».

Parfait exercice de charabia diplomatique incompréhensible et incongru dont on comprend aisément qu’il contribue à enfoncer plusieurs épines dans le pied du patron du Lorientais désorienté, Jean-Yves Le Drian ! L’homme du droit et surtout du tordu. Toutes ces plaisanteries de mauvais goût conduisent à une sorte d’impasse du chaos. Impasse que la France a contribué à instaurer au cours de la décennie écoulée en Libye compliquée de nos jours par la diplomatie du en même temps21.

PLUSIEURS ÉPINES DANS LE PIED DE PINOCCHIO

Aujourd’hui, les pièges ne cessent de se refermer sur les deux pieds de notre « grand manipulateur » hors concours22. En dehors du piège libyen, la diplomatie française commence à avoir maille à partir avec les ONG qui traquent nos turpitudes au Yémen à travers nos ventes d’armes au bienfaisant Royaume d’Arabie saoudite.

Le piège libyen : la diplomatie des carabistouilles bretonnes

Cerise sur le gâteau, huit associations viennent de demander (25 avril 2019) à la justice de suspendre le transfert de bateaux français à la marine libyenne, une livraison qu’elles dénoncent comme contraire à l’embargo sur les armes et une « complicité » dans des violations des droits. Rappelons que le ministère des Armées avait indiqué (février 2019) que la France allait livrer au cours du printemps six embarcations rapides, des Zodiac de l’industriel français Sillinger, à la marine libyenne engagée dans le contrôle des flux de migrants tentant de traverser la Méditerranée. La livraison de Zodiac Sillinger a déjà été considérée par l’ONU comme une violation dans le cadre de l’embargo sur les armes imposé en Côte d’Ivoire de 2004 à 2016, souligne les plaignants. Elle contreviendrait au traité international sur le commerce des armes (TCA), dont la France est signataire, qui prévoit que les pays évaluent le risque de commission de violation des droits de l’homme avant d’autoriser l’exportation, une problématique déjà largement abordée dans le cadre des ventes d’armes à l’Arabie saoudite. On l’aura compris, il y a là une contradiction flagrante entre l’affichage ostentatoire d’une diplomatie des (fausses) valeurs et la mise en œuvre honteuse d’une diplomatie économique des marchands de canons. On ne peut pas dénoncer à longueur de temps les démocratures et autres démocraties illibérales tout en faisant plus que les plagier dans la pratique. Cela commence à se voir et fait mauvais effet surtout lorsque nous nous complaisons dans le beau rôle de donneurs de leçons à l’univers.

Le piège yéménite : la diplomatie de l’indignation à géométrie variable

Et, nous retrouvons le même problème avec nos ventes d’armes à l’Arabie saoudite pour conduire sa sale guerre au Yémen qui conduit trois journalistes ayant exploité des notes de la DGSE à devoir s’expliquer dans les locaux de la DGSI à Levallois-Perret ! En effet, trois journalistes, appartenant pour deux d’entre eux au média d’investigation Disclose et pour l’autre à Radio France, ont droit aux honneurs de notre service de sécurité intérieure après une plainte du ministère des Armées pour « compromission du secret de la défense nationale ». Rappelons que l’association Aser vient d’attaquer l’État français devant le tribunal administratif de Paris pour violation du Traité sur le commerce des armes (TCA) et se réserve désormais le droit de porter l’affaire en référé (procédure d’urgence qui pourrait conduire la juridiction administrative de première instance à adopter quelques mesures conservatoires). Pendant ce temps, aux États-Unis – où le complexe militaro-industriel est puissant – la Chambre des représentants a osé voter la suspension du soutien militaire à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis dans leur guerre au Yémen, obligeant le président Donald Trump à faire usage de son droit de veto. Mais, au Palais-Bourbon, les godillots de Macron, eux, ne mouftent pas23.

Ils sont, comme nous, amplement rassurés en apprenant de la bouche même du président de la République, Emmanuel Macron que la France a la « garantie » de la part de l’Arabie saoudite que les armes qui lui sont vendues ne sont pas utilisées contre des civils au Yémen, à la veille du départ d’une nouvelle cargaison d’armement via le port du Havre. « L’essentiel des armes qui ont été vendues sont plutôt utilisées à l’intérieur du territoire ou à la frontière mais elles sont utilisées dans le cadre d’un conflit », a déclaré le président français à son arrivée au sommet européen de Sibiu (Roumanie). « Néanmoins, je tiens ici à dire ce que nous avons fait, c’est-à-dire d’avoir la garantie que ce ne soit pas utilisé contre des populations civiles », a ajouté Emmanuel Macron, précisant que cette garantie avait été « obtenue ». Cette question soulève cependant un « conflit moral », a encore déclaré le chef de l’Etat, qui peut être surmonté d’une part « en faisant la transparence et en étant exigeant avec nos partenaires », alliés dans la lutte « contre le terrorisme », et d’autre part en « nous engageant davantage dans la résolution du conflit au Yémen ». « On va s’engager aux côtés des Nations unies davantage pour résoudre ce problème », a poursuivi Emmanuel Macron24. Il est vrai que les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent surtout lorsqu’elles concernent l’Arabie saoudite, un excellent client de nos armes intelligentes qui savent distinguer civils et militaires, territoire national et autre, bons et mauvais ennemis, ce qui est un « conflit moral » et un conflit « immoral ». Aux dernières nouvelles, le cargo serait reparti vide du Havre25.

Mais, en définitive, c’est le genre de polémiques qui pimentent les quinquennats. Mais celles-ci présentent un intérêt particulier, dans un contexte de défiance généralisée à l’endroit du chef de l’État et de l’exécutif et de discrédit de la diplomatie française. Les annonces présidentielles du 25 avril 2019 n’ont pas changé fondamentalement la donne. Aujourd’hui, le discrédit de la classe politique jupitérienne est tel qu’il paraît difficile, voire impossible de remonter la pente. Il suffit de prendre connaissance des dernières déclarations de Gérard Collomb : « Emmanuel Macron est en difficulté » (Europe 1, 9 mai 2019).

Heureusement que nous venons d’apprendre par la machine à bobards des communicants de la présidence de la République remettait désormais « l’humain au centre » de sa politique et qu’il voulait « écouter les gens », ayant compris après six mois de crise des « gilets jaunes » que l’homme est important dans toute action quelle qu’elle soit. Libyens et Yéménites n’ont pas encore bénéficié de toutes les vertus de son changement de pied, de son entrée dans le Nouveau monde de la morale. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan ne se fait pas prier pour s’en prendre au chef de l’État, accusant tour à tour la France « donneuse de leçons » sur le génocide arménien de génocides au Rwanda et en Algérie. La Vérité finit toujours par éclater dans le monde nouveau comme dans l’ancien monde dont on nous avait promis de faire litière.

« Les merdes, ça vole toujours en escadrilles », en Rafale, pourrait-on dire en mettant au gout du jour la célèbre remarque de ce vieux routier de la politique qu’est Jacques Chirac. Jugement de pur bon sens qu’ignorent Emmanuel Macron, Florence Parly, Jean-Yves Le Drian et leurs hordes de conseillers peu diplomatiques qui les vénèrent plus qu’ils ne les conseillent. Le dossier libyen restera, à l’instar des dossiers syrien et yéménite, un cas d’école à enseigner dans les écoles diplomatiques, comme au sein du tout nouveau « Collège des Hautes études de l’institut diplomatique » (CHEID) créé par Le Chouchen26. Un cas d’école de ce Waterloo diplomatique dont il faudra bien un jour tirer les conséquences. Comme nous l’avons souligné plus haut, démagogie et court-termisme constituent la marque de fabrique de la machine diplomatique macrono-ledrianesque. Le quotidien Le Monde a bien raison de titrer « La France désarçonnée dans le chaos libyen »27. L’expérience, toujours bonne conseillère, nous rappelle que la diplomatie de la vérité, vaut mieux que l’absence de vérité en diplomatie. Le problème des diplomates français (sous le règne de Pinocchio), c’est l’orgueil, la conviction que le monde doit se plier à l’ordre qu’ils veulent lui assigner. À l’instar de l’objectif initial de la revue Les Temps modernes, le but de la diplomatie est « d’apporter une intelligence globale du monde »28. Nous n’en sommes pas encore là. Sans un minimum de cohérence, la France perdra le peu de crédit dont elle dispose encore sur la scène internationale. Faute de quoi, le risque est grand qu’elle ne se piège encore plus dans l’actuel bourbier libyen.

MORALE DE L’HISTOIRE 

« La première leçon de l’Histoire est de ne pas mentir, la seconde de ne pas craindre d’exprimer toute la Vérité » (Pape Léon XIII de 1893 à 1903). À méditer par nos diplomates d’opérette, en particulier les Pieds Nickelés de l’Élysée (ceux de la cellule diplomatique dirigée par le fourbe, Philippe Etienne qui devrait bientôt être récompensé de ses contorsions en se voyant attribuer l’ambassade de France à Washington pour succéder au farfelu Gérard Araud), qui confondent allégrement communication et action !

Guillaume Berlat
13 mai 2019

1Guy Georgy, Kadhafi. Le berger des Syrtes, Flammarion, 1996.
2Emmanuel Rimbert, Jours intranquilles en Libye, Equateurs, 2015, p. 18.
3Marc Endeweld, Le grand manipulateur, Stock, 2019, p. 243.
4Jean-François Kahn, Libye : ils se sont mis les doigt dans l’œil, depuis ils ont fermé l’autre !, Marianne, 10-16 mai 2019, p. 6.
5Guillaume Berlat, Intervenir en Libye : une lubie françaisewww.prochetmoyen-orient.ch , 18 janvier 2016.
6Marc Endeweld, précité, p. 246.
7Frédéric Bobin, Libye : les Tripolitains dépités par l’offensive d’Haftar, Le Monde, 28-29 avril 2019, p. 4.
8Frédéric Bobin, En Libye, le front d’une troisième guerre civile, Le Monde, 26 avril 2019, p. 2.
9Isabelle Lasserre, Libye : le jeu ambigu de Paris avec Haftar, Le Figaro, 12 avril 2019, p .11.
10Frédéric Bobin, Sarraj dénonce le rôle de la France en Libye, Le Monde, 24 avril 2019, p. 6.
11Frédéric Bobin/Nathalie Guibert/Marc Semo, Libye : comment Paris a perdu l’équilibre, Le Monde, 25 avril 2019, pp. 4-5.
12René Backmann, Libye : comment la France a contribué à la montée en puissance d’Haftarwww.mediapart.fr , 27 avril 2019.
13Claude Angeli, Le va-t-en-guerre libyen et ses chers parrains, Le Canard enchaîné, 24 avril 2019, p. 3.
14Rencontre à Rome pour un cessez-le-feu, Le Monde, 26 avril 2019, p. 2.
15Pierre Vermeren, « La Libye, première puissance pétrolière d’Afrique, intéresse beaucoup d’acteurs », Le Figaro, 16 avril 2019, p. 16.
16Jean-Yves Le Drian (propos recueillis par Isabelle Lasserre), « La France est en Libye pour combattre le terrorisme », Le Figaro, 3 mai 2019, p. 3.
17Claude Angeli, Une petite « Ecole de guerre » françafricaine. Et un record absolu d’attaques djihadistes depuis novembre dernier : 1200, avec, au total,4 780 morts, Le Canard enchaîné, 30 avril 2019, p. 3
18Yves Bourdillon, Le gouvernement libyen en quête de soutiens européens, Les Échos, 9 mai 2019, p. 6.
19Isabelle Lasserre, Les combats en Libye, lourds de menaces pour l’Europe, Le Figaro, 7 mai 2019, p. 11.
20Marc Semo, Macron appelle à une « cessez-le-feu sous supervision internationale » en Libye, Le Monde, 10 mai 2019, p. 3.
21Claude Angeli, Le « trouble jeu » de Macron en Libye, Le Canard enchainé, 8 mai 2019, p. 3.
22Marc Endeweld, Le grand manipulateur. Les réseaux secrets de Macron, Stock, 2019.
23D.F., Silence dans les rangs sur le Yémen !, Le Canard enchaîné, 30 avril 2019, p. 8.
24Macron dit avoir des « garanties » de l’Arabie saoudite sur les armes, Agence Reuters, 9 mai 2019.
25Thomas Cantaloube, Un cargo saoudien qui devait charger des armes au Havre renonce à sa cargaisonwww.mediapart.fr , 10 mai 2019.
26https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere-et-son-reseau/le-college-des-hautes-etudes-de-l-institut-diplomatique/ 
27Éditorial, La France désarçonnée dans le chaos libyen, Le Monde, 25 avril 2019, p. 31.
28Membres du comité de rédaction de la revue « Les Temps modernes », Le but de la revue « Les Temps modernes » était d’apporter une intelligence globale du monde, Le Monde, 3 mai 2019, p. 24.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Proche & Moyen-Orient, 13-05-2019

 
Poster un commentaire

Publié par le juin 18, 2019 dans GUERRE et PAIX, HISTOIRE

 

Picasso raconte la guerre au Musée de l’Armée

Picasso raconte la guerre au Musée de l’Armée

© Succession Picasso 2019
À VOIR
Le peintre espagnol, qui a habité en France de 1901 jusqu’à sa mort en 1973 , a vu sa vie rythmée par les guerres : Première Guerre mondiale, Guerre d’Espagne, Seconde Guerre mondiale, et Guerre Froide. Paradoxalement, l’artiste ne s’est jamais confronté frontalement à la guerre : il réussit à passer entre les mailles du service militaire.

Réalisée en partenariat avec le Musée national Picasso-Paris, cette exposition explore le rapport de Picasso aux conflits, qui ont nourri et influencé son œuvre. Celui qui a frappé les esprits avec Guernica, devenue aujourd’hui une icône universelle du pacifisme, se livre dans une sélection d’œuvres retraçant son ressenti face aux événements.

La création, Picasso l’envisage comme son « journal » : dès son plus jeune âge, il fait apparaître dans son travail des faits d’actualité. Au cœur de la guerre et de l’occupation, l’artiste réfugié en France se retrouve dans une période sombre, et son art est qualifié de « dégénéré ». A la libération, des symboles de paix viennent se mêler aux motifs de guerre qui jalonnaient jusqu’ici ses œuvres. Construite de manière chronologique, l’exposition présente des œuvres de Picasso qui n’hésitent pas à dialoguer avec des éléments de contexte : archives personnelles, presse, photographies, objets.

Des nombreuses animations sont prévues en parallèle de l’exposition. Le chef Alain Passard donnera notamment une masterclass culinaire toute particulière, puisque qu’elle nous apprendra la cuisine « en temps de guerre ». Alain Passard y réinterprétera une recette issue de l’ouvrage Cuisine et restrictions d’Édouard de Pomiane, livre emblématique de la Seconde Guerre mondiale.

Des séances de cinéma, des représentations théâtres, ainsi qu’un cycle de conférence viennent également agrémenter l’accrochage, visible jusqu’au 28 juillet 2019.

Picasso et la guerre
Musée de l’Armée
Jusqu’au 28 juillet 2019
https://www.musee-armee.fr/au-programme/expositions/detail/picasso-et-la-guerre.html

 

Ingérence en Algérie: les services secrets russes auraient averti la France

20 декабря 2018. Президент РФ Владимир Путин на четырнадцатой большой ежегодной пресс-конференции в Центре международной торговли на Красной Пресне.

© Sputnik . Aleksey Koudienko
INTERNATIONAL

URL courte
Fabien Buzzanca
7115014

Tout est parti d’un tweet de Georges Malbrunot, grand reporter du Figaro. Il relaie une source diplomatique qui avance que les services de renseignement russes ont averti leurs homologues français que Moscou ne souhaitait pas d’ingérence des Français dans les changements politiques en cours en Algérie. Sputnik France a tenté d’en savoir plus.

«Un confidentiel du Figaro nous apprend que les services de renseignements russes ont transmis le message suivant à leurs homologues français. « On ne veut pas d’une ingérence française dans le choix du nouveau régime algérien ».»

​Ce tweet daté du 9 avril a pour auteur Georges Malbrunot, grand reporter au Figaro. Le journaliste cite cette information qui aurait pour source un diplomate français. Ce dernier assure que les services secrets russes ont averti la France qu’ils ne souhaitaient aucune intervention de Paris visant à influencer le changement politique en cours en Algérie.

«Les services français ont répondu oui oui, mais ils n’ont tiendront pas compte, l’Algérie, c’est trop important pour nous», aurait ajouté le diplomate.

​Alain Rodier, ancien officier supérieur des services de renseignement extérieurs et directeur de recherche au sein du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) a livré son analyse à Sputnik France. Selon lui, il n’y a rien d’étonnant à ce que les services russes parlent avec leurs homologues français: «Je rappelle que nous avons des relations diplomatiques avec la Russie. À ma connaissance, les ambassades respectives sont toujours actives dans les deux pays. Le rôle des services de renseignement est aussi de maintenir des contacts avec leurs homologues étrangers sur des sujets d’intérêt commun, comme la lutte contre le terrorisme ou le crime organisé. Tout ceci se fait a priori, en dehors de considérations géopolitiques et entre professionnels.» Ce qui surprend plus l’ancien officier de renseignement, c’est la méthode:

«Que les services russes aient dit aux services français de ne pas s’ingérer dans le changement de pouvoir en Algérie et que cette information sorte m’étonne. La première raison est que ce type d’échanges entre services doit rester secret. Un diplomate français aurait eu vent d’échanges entre les services russes et français. Or, à ma connaissance, les diplomates français n’ont pas accès à ce type d’échange. J’appelle donc à la prudence quant à cette source.»

Sputnik France a contacté le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères. Ce dernier n’avait toujours pas donné suite à nos demandes de réaction au moment de la publication de cet article. Nous avons également sollicité les autorités russes afin de connaître leur point de vue et attendons leur retour.

La France sur le fil du rasoir

«Nous sommes sur une étroite ligne de crête: ni ingérence ni indifférence», disait le Quai d’Orsay au journal Le Monde en février dernier. Cette déclaration qui pourrait servir de maxime illustre parfaitement la position délicate de la France dans le dossier algérien. Ne pas intervenir pourrait être entendu comme un soutien à l’appareil d’État et au statu quo. A l’inverse, la position contraire pourrait être perçue comme une tentative d’ingérence. Alors, la diplomatie française joue la prudence, usant de propos «minimalistes et rares» selon France Inter. Quid de ses services de renseignements?

«Si l’information relayée par Georges Malbrunot était confirmée, cette fuite ne viendrait certainement pas du côté des Français, ce qui laisse les Russes. Pour quelle raison feraient-ils ça? Chercher à affaiblir la position de la France vis-à-vis de l’Algérie afin de renforcer la leur est une possibilité. Il faut se demander à qui profite le crime. Les relations entre la Russie et l’Algérie ne datent pas d’hier. Je rappelle que l’URSS a financé le Front de libération nationale (FLN). La Russie actuelle a hérité de ces relations et quelque part, la France dérange la position russe en Algérie», déclare Alain Rodier.

Lors d’un entretien donné à nos confrères d’Atlantico, l’ancien officier de renseignement s’interrogeait sur la possible origine russe de la fuite:

«Cela pose alors une autre question: provient-elle du Kremlin ou est-ce une initiative subalterne ou même privée? Des fouteurs de merde, cela ne manque pas aujourd’hui, surtout quand cela peut nourrir des polémiques dont sont avides les médias, question d’audience et de ventes en kiosques…»

Le chef d’état-major algérien met en garde

«L’action des services de renseignement français est en accord avec l’action politique du gouvernement. Il est très clair dans ses déclarations. Ils ne souhaitent intervenir en aucune façon sur la politique intérieure ou extérieure de l’Algérie», assure Alain Rodier. Même en marchant sur des œufs, Paris a provoqué de vives réactions ces dernières semaines de l’autre côté de la Méditerranée.

Le 11 mars, Abdelaziz Bouteflika annonçait par le biais d’une lettre renoncer à briguer un cinquième mandat. «Je salue la déclaration du président Bouteflika par laquelle il annonce ne pas solliciter un cinquième mandat et prendre des mesures pour rénover le système politique algérien», réagissait le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian dans un communiqué. Sofiane Djilali, président du parti Jil Jadid (Nouvelle génération), avait alors publié une vidéo le 12 mars sur Twitter appelant à «dénoncer le soutien de la France officielle au régime Bouteflika». «Elle ne veut pas de démocratie en Algérie, elle a besoin de serviteurs», tempêtait-il.

​Le même jour, Emmanuel Macron dégainait lui aussi son clavier et twittait ceci:

«La jeunesse algérienne a su exprimer son espoir de changement avec dignité. La décision du Président Bouteflika ouvre une nouvelle page pour la démocratie algérienne. Nous serons aux côtés des Algériens dans cette période nouvelle, avec amitié et avec respect.»

​Une réaction qui avait inspiré un dessein au caricaturiste Ali Dilem mettant en scène «Abdelaziz Macron». Le message est clair.

​Si certains internautes avaient appelé à la mesure, ce déchaînement sur les réseaux sociaux est très révélateur du caractère explosif de la situation pour Paris.

«La France fait extrêmement attention à ne surtout pas intervenir en Algérie. Paris connaît très bien le pouvoir actuel et la population. La France sait qu’ils sont aptes à gérer la situation. Elle cherche à éviter toute accusation d’ingérence», explique Alain Rodier.

En plus du fait que les deux pays soient liés historiquement et que de nombreux Français d’origine algérienne se trouvent dans l’Hexagone, l’Algérie est un pays très riche en énergies fossiles et l’un des principaux fournisseurs d’énergie de la France (10% du gaz importé). Avant même que le mouvement social anti-Bouteflika ne provoque ses premières secousses, un journaliste de L’Obs recueillait cette confidence d’un «haut responsable français»:

«Le cauchemar du Président de la République, c’est l’Algérie. C’était aussi celui de ses prédécesseurs. Les plus hautes autorités de l’État sont terrifiées par la perspective d’une grave déstabilisation de notre ancienne colonie après la mort de Bouteflika.»

Bouteflika n’est pas mort, mais il a renoncé au pouvoir. Une démission annoncée le 2 avril, qui n’a en rien réglé la situation. «La vigilance est de rigueur. On apprécie le moment, mais on n’oublie pas l’essentiel. Le système et ses tentacules mafieux doivent dégager. Donc les marches continueront», lançait le soir même une manifestante citée par l’AFP. Signe que la crise algérienne est loin d’être terminée.

Le 9 avril, les parlementaires de l’Assemblée populaire nationale et du Conseil de la Nation se sont réunis pour se trouver un Président par intérim. Et sans surprise, Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la Nation, a été nommé. Une décision mal accueillie par une partie du peuple. De nombreux manifestants demandent que les «3 B», jugés trop proches du pouvoir, soient écartés du processus qui mènera à l’élection d’un nouveau Président. Le trio est composé d’Abdelkader Bensalah, du président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaiz et du Premier ministre Noureddine Bedoui.

L’appel du quotidien El Moudjahid, proche du pouvoir, à écarter Abdelkader Bensalah n’aura donc pas suffi. «Cette personnalité […] n’est pas tolérée par le mouvement citoyen, qui exige son départ immédiat, mais aussi par l’opposition et une partie des représentants des formations politiques de la majorité des deux Chambres du Parlement», écrivait le journal avant la nomination d’Abdelkader Bensalah.

Il se trouve que le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée et plus puissant que jamais, souhaite que la succession se déroule selon la Constitution. Et que prévoit-elle? Que le président du Conseil de la Nation, en l’occurrence Abdelkader Bensalah, prenne le pouvoir en attendant de passer le flambeau à un nouveau chef d’État élu lors d’un scrutin présidentiel, le tout dans un délai de 90 jours. Le souhait du militaire est désormais exaucé. Mais à quel prix?

​Le 9 avril, des milliers d’étudiants rassemblés devant la grande poste d’Alger ont crié «Dégage Bensalah!» et «Système dégage!». La police a fait usage de grenades lacrymogènes et d’un canon à eau pour disperser la foule. Rachid Grim, enseignant en Sciences politiques à l’Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP) d’Alger s’est inquiété de la situation auprès de l’AFP:

«C’est là où il y a un vrai problème. L’armée tient à ce que cela [la transition Ndlr] se fasse à l’intérieur de la Constitution et la rue veut que cela se fasse à l’extérieur de la Constitution. Si l’armée n’assouplit pas sa position, on va vers la rupture.»

L’élection présidentielle algérienne est fixée au 4 juillet. Abdelkader Bensalah a signé le décret le 10 avril. De son côté, Ahmed Gaïd Salah a d’ores et déjà averti les manifestants et a parlé de «slogans irréalistes visant à […] détruire les institutions de l’État» dans les cortèges. Alors qu’il était en déplacement à Oran, le chef d’état-major est allé plus loin. Comme d’autres responsables algériens avant lui, il a parlé de «tentatives de la part de certaines parties étrangères» de «déstabiliser le pays»