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Archives de Catégorie: HISTOIRE

Marx et les marges du monde par Alain gresh

cet article d’ Alain Gresh, date du  8 août 2011, c’est le compte-rendu d’un livre. Quand je l’avais lu ce texte m’avait beaucoup frappé parce que dans le fond il correspondait à une des raisons de la fascination que Marx avait toujours exercé sur moi au-delà de ses travaux scientifique, du Capital en particulier. On retrouve d’ailleurs dans le Capital cette dimension que je décrirai comme l’intérêt pour les civilisations et la manière dont les mouvements prolétariens, la domination de classe, « les dictatures » sur le modèle de la Révolution française, contribuent à exprimer ce qu’il appelle « les besoins du monde » ou plutôt des « régions du monde où elles se produisaient la France et l’Angleterre » dit-il dans un article de la Gazette rhénane dont je me propose de vous faire connaître des extraits.Ce qui m’intéresse aujourd’hui dans ce qu’il m’arrive d’appeler l’archipel communiste c’est l’extraordinaire plasticité des révolutions communistes,dont l’URSS est à elle seule un modèle, la manière dont elles se sont incarnées dans des situations très hétérogènes.. Ce qui est vrai pour Cuba et dans toute l’Asie y compris en Chine, ce continent millénaire. Si ce blog a une vocation c’est bien celle de cette exploration de la réalité des civilisations communistes, des traces laissées et je dois dire que je me sens de plus en plus désireuse de consacrer les dernières années de mon existence à cette exploration, quitte à abandonner un peu les aspects militants immédiats. (note de danielle Bleitrach).
Marx et les marges du monde

 

Le but de ce blog et de mon compte Twitter est d’essayer faire passer une autre information sur l’Orient. Il ne s’agit pas seulement de tenter de donner des nouvelles différentes, ni d’analyser ce qui s’y passe, mais aussi de changer la grille de lecture à travers laquelle nous regardons l’Orient. Il faut arriver à se défaire de cette vision eurocentriste et occidentalo-centriste qui caractérise souvent les médias et les intellectuels, y compris de gauche.

C’est pour cette raison que j’évoque ici ce livre qui pourrait apparaître bien loin des sujets habituels, celui de Kevin B. Anderson, Marx at the Margins. On Nationalism, Ethnicity, and Non-Western Societies (The University of Chicago, 2010). (Mai 2015, le livre vient d’être traduit en français par les éditions Syllepse, sous le titre Marx aux antipodes).

L’auteur, professeur de sociologie et de science politique à l’université de Californie-Santa Barbara, explore le cheminement de la pensée de Karl Marx, en s’appuyant sur des textes souvent méconnus (une partie importantes de l’œuvre de Marx reste non publiée). Il explore la pensée de Marx sur la Chine et l’Inde, sur la Russie, sur la guerre civile aux Etats-Unis (et les questions de race et de classe), sur l’Irlande (rapport entre nationalisme et classe), sur ces « marges du monde », loin du centre capitaliste. Captivant et stimulant.

Au point de départ, le Manifeste communiste publié en 1848 qui affirme : « Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l’amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elles la prétendue civilisation, c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image. » Malgré les réserves exprimées par le terme « prétendue », le ton est donné : le capitalisme apporte des bouleversements qui sont un progrès et l’Europe montre la voie à toutes les nations du monde.

Quand, en juin 1853, Marx examine la politique britannique en Inde, il suggère que toutes les sociétés, y compris l’Inde, sont destinées à suivre la même voie que l’Europe, celle du développement capitaliste. A ce point de son travail, il s’agit même d’un « grand récit » (marqué par la pensée de Hegel). Marx célèbre les effets positifs de la civilisation supérieure britannique sur la civilisation inférieure indienne
 (1).

Ce n’est qu’à partir de 1856 et de la deuxième guerre de l’opium que Marx commence à écrire plus systématiquement sur la Chine. Alors qu’il a justifié en partie la première guerre de l’opium (1842-1843), en dépit de son prétexte « infâme », car elle entraînait l’ouverture de ce pays au commerce, il condamne beaucoup plus clairement la seconde. Marx reconnaît de plus en plus le caractère destructeur du développement capitaliste et conteste son caractère progressiste.

Sur les mouvements nationaux en Pologne et en Irlande. Marx pensait dans les années 1847-1848 que la libération de la Pologne serait le résultat de la révolution prolétarienne, alors que dans les années 1860, il pensait à l’inverse que la libération de la Pologne serait la condition du développement du mouvement ouvrier, notamment en Allemagne. Il adoptera le même point de vue sur l’Irlande. Dans une lettre à Engels du 10 décembre 1869, il écrit : « Longtemps j’ai cru que la chute du régime en Irlande [rappelons que ce pays faisait partie alors du Royaume-Uni] par l’ascension de la classe ouvrière anglaise. (…) Des études plus approfondies m’ont amené au point de vue contraire. La classe ouvrière anglaise ne pourra rien accomplir avant de s’être débarrassée de l’Irlande. Le levier doit s’appliquer en Irlande. C’est pour cela que la question irlandaise est si importante pour le mouvement social (2). »

C’est que Marx a compris à quel point l’oppression d’une nation par une autre peut affecter la classe ouvrière du pays dominant. Et d’expliquer que « l’ouvrier ordinaire anglais hait l’ouvrier irlandais qu’il voit comme un concurrent qui pèse sur son niveau de vie (en faisant baisser les salaires). Il se sent supérieur à l’Irlandais car il appartient à la nation dominante et devient ainsi un instrument des aristocrates et des capitalistes anglais contre l’Irlande, renforçant ainsi leur pouvoir sur lui-même. (…) Cet antagonisme est le secret de l’impuissance des ouvriers anglais malgré leur organisation. Il est le secret du maintien de la domination capitaliste (3). »

Durant la guerre civile aux Etats-Unis (1861-1864), Marx s’engagea en tant que journaliste et en tant que dirigeant de la Ière Internationale (créée en 1864). Il saluera l’œuvre de Lincoln, même s’il critiqua à plusieurs reprises son refus de s’engager dans une guerre révolutionnaire en intégrant des Noirs dans l’armée ou en appelant les esclaves à se révolter. Dans une adresse au peuple américain de 1865, l’Internationale met en garde : « Faites que tous les citoyens soient déclarés égaux en droit et libres, sans aucune restriction. Si vous échouez à leur donner leurs droits alors que vous leur demandez de respecter leurs devoirs, il restera une lutte pour l’avenir qui peut de nouveau faire verser le sang de votre peuple (4). » La libération des Noirs deviendra une condition de l’émancipation des travailleurs.

Dans ses cahiers pour préparer Le Capital et dans ce dernier ouvrage (le livre I), il affirme de plus en plus que son travail concerne l’Europe et que l’Inde, la Chine ou même la Russie doivent être étudiées de manière spécifique, car leur histoire ne rentre pas dans le cadre des « stades successifs » de développement : sociétés primitives, esclavagisme, féodalisme, capitalisme. Il introduit le mode de production asiatique et revient de manière positive sur les formes de propriété communale qui se sont maintenues dans ce pays (mais aussi en Russie).

Durant la dernière décennie de sa vie, le travail de Marx fut considérable mais, pour l’essentiel, non publié. L’auteur se penche sur son analyse des sociétés iroquoise et grecque ancienne, sur l’Inde, l’Indonésie, l’Algérie, l’Amérique latine, et surtout la Russie. Dans une lettre publiée après la traduction en russe du Capital, Marx note que la fatalité du développement du capitalisme tel qu’il la décrit est « restreinte aux pays de l’Europe occidentale ».

En conclusion de son ouvrage, Anderson écrit : « En résumé, j’ai montré dans cette étude que Marx avait développé une théorie dialectique du changement social qui n’était ni unilinéaire (succession de modes de production), ni fondée uniquement sur les classes. Au fur et à mesure que sa théorie du développement social évoluait dans une direction multilinéaire, sa théorie de la révolution se concentrait de manière croissante sur l’intersection entre classe, ethnicité, race et nationalisme. Certainement, Marx n’était pas un philosophe de la différence au sens post-moderne du terme, car la critique d’une entité supérieure, le capital, était au centre de son entreprise intellectuelle. Mais cette centralité ne signifiait pas l’exclusivité. La théorie sociale du Marx de la maturité tournait autour du concept de “totalité” qui n’offrait pas seulement l’avantage de laisser une grande place aux particularités et aux différences, mais aussi, dans certains cas, faisait de ces particularités – race, ethnie, ou nationalité – des éléments déterminants de la totalité (5). »

Toutes ces réflexions sont importantes pour comprendre le monde d’aujourd’hui et l’articulation entre les problèmes de « classe », de « nation », de « race » et aussi de « genre ». Contre l’idée qu’il suffit de résoudre la question sociale pour résoudre les autres « problèmes », Marx a ouvert la voie à une réflexion bien plus fructueuse et à une articulation des divers niveaux de luttes.

Alain Gresh

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(1« First, Marx suggest that all societies, including India, are destined to tread the same pathway as was the West, that of capitalist development. It is virtually a grand narrative at this point in Marx’s work » (influence de Hegel) ; « Second, he repeatedly extolls the beneficial effects of Brittain’s “higher” civilization on India’s “lower” one. » (p. 20)

(2« For a long time, I believed it would be possible to overthrow the Irish regime by English working class ascendancy. I always took this viewpoint in the New York Tribune. Deeper study has now convinced me of the opposite. The English working class will never accomplish anything before it has got rid of Ireland. The lever must be applied in Ireland. This is why the Irish question is so important for the social movement in general. » (p. 144)

(3« All industrial and commercial centers in England now have a working class split into two hostile camps, English proletarians and Irish proletarians. The ordinary English worker hates the Irish worker as a competitor who forces down the standard of life. In relation to the Irish worker, he feels himself to be a member of the dominant nation and, therefore, make himself a tool of his aristocrats and capitalists against Ireland, thus strengthening their domination over himself. (…) This antagonism is the secret of the powerlessness of the English working class, despite its organization. It is the secret of the capitalist class’s maintenance of its power. And the latter is fully conscious of this. » (pp. 149-150)

(4« Let your citizens of to-day be declared free and equal, without reserve. If you fail to give them their citizen’s rights, while you demande citizen’s duties, there will yet remain a struggle for the future which may again stain your country with your people’s blood. »(p. 113)

(5« In sum, I have argued in this study that Marx developed a dialectical theory of social change that was neither unilinear nor exclusively class-based. Just as his theory of social development evolved in a more multilinear direction, so his theory of revolution began over time to concentrate increasingly on the intersectionality of class with ethnicity, race, and nationalism. To be sure, Marx was not a philosopher of difference in the postmodernist sense, for the critique of a single overarching entity, capital, was at the center of his entire intellectual enterprise. But centrality did not mean univocality or exclusivity. Marx’s mature social theory revolved around a concept of totality that not only offered considerable scope for particularity and difference but also on occasion made those particulars – race, ethnicity, or nationality – determinants for the totality. Such was the case when he held that an Irish national revolution might be the “lever” that would help to overthrow capitalism in Britain, or when he wrote that a revolution rooted in Russia’s rural communes might serve at the starting point for a Europe-wide communist development. » (p. 244)

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Les Nord-Coréens dans les films sud-coréens : une dédiabolisation ?

JSA (2000) de Park Chan-wook
  • un intéressant article de la revue esprit qui non seulement s’intéresse à un des meilleurs cinémas du monde, dont la dimension politique pour le pire comme pour le meilleur est toujours affirmée et dont l’influence est grande sur la population, mais qui tente à travers celui-ci de voir au-delà de l’opposition entre droite conservatrice, dictature au sud et progressistes sud-Coréen, quelque chose que les Etats-Unis et nos médias tentent d’étouffer à propos de la Corée, à savoir la conscience d’un destin commun et le désir de se comprendre.Notons que l’amour du cinéma parait quelque chose qui réunit aussi le nord et le sud.  (note de Danielle Bleitrach)
09 FÉVRIER 2018

La réouverture des discussions intercoréennes à la veille des Jeux olympiques de Pyeongchang, en Corée du Sud, et la participation commune du Nord et du Sud à ces mêmes Jeux marquent un rapprochement orchestré par le nouveau gouvernement du Sud, né de la « Révolution des bougies » de l’hiver 2016. Ceci se fait au diapason de deux films sudistes récents et à succès, qui marquent un retour à une vision rénovée et plus positive des Nord-Coréens. Mais cette positivité retrouvée, de quoi est-elle réellement le nom ? Le cinéma sud-coréen lui a donné et lui donne encore des visages multiples et plus ambigus qu’il n’y paraît.

 

Un cinéma réactif à l’actualité politique

L’extrême réactivité du cinéma sud-coréen face à de nouvelles directives venues du gouvernement et de nouvelles tendances de l’opinion ne doit pas surprendre. Il existe, au départ, un potentiel de réaction issu de la structure de l’industrie : grâce à une organisation moins lourde et moins étalée dans le temps que celle que l’on connaît en France, les scénarios des films sud-coréens ont toujours été très réactifs à l’actualité. Les producteurs sud-coréens ont l’habitude de faire réécrire rapidement des scénarios qui s’accumulent dans les tiroirs depuis des années. Par comparaison, en France, il faut plusieurs années avant de voir un film se concrétiser, faisant souvent de son actualité un vieux souvenir. Cette réactualisation en fonction des affaires publiques du moment, qui a une visée commerciale avant d’être politique, est possible non seulement par la vitesse de mise en chantier d’une production mais aussi par le peu d’égard octroyé, en général, aux scénaristes. Ces derniers laissent très vite leur progéniture entre les mains des divers opérateurs sur un film. C’est donc au prix d’une certaine impersonnalité des scénarios que se fait cette réactivité presque en temps réel en fonction de l’actualité. En dehors des relations Nord-Sud, citons aussi, pour exemple, l’affrontement récent, par films interposés, entre les gouvernements nippons et coréens au sujet des esclaves sexuelles de la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs films ont vu le jour très rapidement autour de ce sujet. Il en a été de même avec le retour au pouvoir durant l’hiver 2016 de la génération issue des mouvements démocratiques des années 1980, plusieurs films dont deux gros succès récents ont célébré cette génération à point nommé. Notons, enfin, que cette réactivité n’est pas gratuite. Ces films ont un impact considérable sur la population ; souvent, plusieurs millions de spectateurs ont vu ces films en salle et d’autres millions de visionnages s’ajoutent ensuite via les Vod et les chaînes de télévision.

Steel Rain de Yang Woo-seok

 

De la diabolisation au néonationalisme

Qu’en est-il pour les images des Nord-Coréens au cinéma ? Des personnages nordistes sont apparus sous de nouveaux habits neufs dans deux superproductions récentes et à succès : Confidential Assignment et Steel Rain. Mais soulignons, au préalable, qu’il s’agit là d’un retour d’une certaine image positive après une période de diabolisation qui correspond, à peu près, aux films sortis sous les gouvernements des derniers présidents conservateurs, Lee Myung-bak et Park Geun-hye. Après les régime dictatoriaux (1948-1988) qui ont imposé la réalisation de films anticommunistes, où les Nord-Coréens ne pouvaient être représentés autrement que sous les atours de dangereux criminels, moralement dévoyés, possédés magiquement par des démons et atteint d’une bêtise congénitale (version des manuels scolaires jusqu’au début des années 1990, incluant l’idée d’une misère permanente et généralisée dans le pays), les gouvernements civils suivants ont cantonné l’anticommunisme à une censure plus sélective et indirecte.

Dès lors, pendant plus de dix ans, une série de films a effectué une relecture de la guerre civile en ré-humanisant les Nord-Coréens. Le plus notoire de ces films est South Korean Partisans (1990) de Chon Ji-hyung car, en partant d’une histoire vraie mais restée taboue sous les dictatures, il politise le conflit en mettant en scène des partisans communistes combattants dans le Sud du pays. Autre films marquants, To The Starry Island (1993) et Spring in My Hometown (1998) reprennent l’idée de désaccords politiques intercoréens et acquièrent une grande renommée même si le box-office reste modeste. La fin de cette période correspond à des records d’audience, notamment avec la sortie du célèbre film Joint Security Area de Park Chan-wook. En mettant en scène l’amitié illicite entre soldats du Sud et du Nord, par-delà les idéologies hors celle de l’unité nationale, il annonce l’inflexion nationaliste et ethnocentriste du deuxième gouvernement progressiste, avant un retour en force des gouvernements conservateurs. Deux films qui ont connu un énorme succès marquent cette réorientation : Taegucki (2004) et Welcome to Dongmakeol (2005). Ces deux films continuent à humaniser les personnages nord-coréens mais sous la bannière d’un néonationalisme censé dépasser les idéologies étrangères. Les responsabilités de la guerre et de la division sont rejetées sur les puissances étrangères (Usa, Chine, Urss, Japon), les conflits socio-politiques intercoréens sont minimisés au profit d’une unité nationale donnée comme intangible, ontologique et irrémédiablement liée à l’idée de famille. Dans Taegucki, un invincible soldat, pour qui seule la famille compte, passe indifféremment des armées du Sud à celles du Nord. Dans Welcome To Dongmakeol, la famille se métaphorise en un village ancestral idéalisé où, tour à tour, Sudistes et Nordistes se retrouvent face à leurs racines communes. Il faut noter, cependant, que cette embellie ne s’accompagne d’aucun film mettant en scène une quelconque réunification.

Dès la reprise en main du pouvoir par des gouvernements conservateurs, l’idée d’une unité nationale du Nord au Sud de la demilitarized zone disparaît. Des blockbusters diabolisent les personnages nord-coréens (misère permanente comprise) revenant ainsi à la période des films anticommunistes des dictatures. L’industrie du cinéma est mise en coupe serrée par la censure officielle mais aussi l’autocensure que les distributeurs-producteurs s’administrent sans rechigner. Le scandale d’une liste noire des acteurs et cinéastes supposés d’opposition révèlera l’ampleur du contrôle effectué par les autorités sur un cinéma toujours plus populaire avec ses 200 millions d’entrées annuelles. 71: Into the Fire (2010), film spectaculaire sur la résistance d’une école militaire sudiste à l’invasion nordiste, ouvre le feu en coupant tout dialogue entre Sudistes et Nordistes, en dépolitisant le conflit, en revenant à l’idée de Nord-Coréens sanguinaires et fous, et en valorisant l’héroïsme des soldats du Sud. Deux autres blockbusters à succès, Northern Limit Line (2015), sur des accrochages récents à la très flottante frontière maritime, et Operation Chromite (2016) sur le débarquement d’Incheon en 1951, un hymne à la gloire du seul MacArthur et de l’armée sudiste enfoncent le clou. Avec la démonisation des nordistes, leur dépolitisation (il n’est pas vraiment question de politique), s’ajoute donc la glorification de l’armée sudiste qui, si on se fiait à ces films, n’aurait même pas eu besoin de l’intervention américaine pour gagner la guerre.

 

Une réhabilitation des Nordistes, mais dépolitisés

Au lendemain de la mort imprévue de Kim Jong-il (2011), de l’ouverture d’une période de confusion dans le régime nordiste, et donc d’une possibilité de réunification, certains scénarios, encore au diapason de l’actualité, paraissent marqués par des hésitations, des retouches parfois incohérentes, donnant une vision mal définie des Nord-Coréens. Ils attestent de remaniements de dernière minute liés au changement de situation au Nord et à l’expectative des autorités sudistes et de leurs alliés. The Front Line (2011), par exemple, commence dans la lignée des films manichéens et conservateurs, mais se termine par un étrange final où les Sudistes et Nordistes semblent, soudain, avoir oublié pourquoi ils s’affrontaient. L’année 2013 voit plusieurs films hésitants de la même façon, mais qui réintroduisent une dimension disparue depuis les années 1990 : la possibilité d’une manipulation des hommes de base, qu’ils soient nordistes ou sudistes, par leurs dirigeants respectifs. C’est le cas dans Berlin File, où l’acteur Ha Jeong Woo joue un espion nordiste trahi par ses supérieurs ; les dirigeants sudistes et nordistes s’avèrent aussi pervers les uns que les autres, mais le film est si embrouillé dans son scénario remanié que le sens s’en trouve noyé, au final, sous l’action spectaculaire. Le résultat est une mise sous silence de la dimension politique représentée par les personnages.

A un autre niveau, Jiseul, film indépendant sélectionné au festival de Sundance, qui relate pour la première fois à l’écran les massacres anticommunistes perpétrés par les armées sudistes et de l’Onu sur l’île de Jeju, montre des dissensions entre soldats massacreurs et de « gentilles » victimes. Mais s’il humanise les victimes de l’armée, il les dépolitise également, comme si l’innocence allait de pair avec le non-engagement, comme si l’engagement communiste restait un tabou insurmontable, catalogué comme un crime qui mérite la mort. Les victimes sont donc avant tout innocentes de tout lien avec l’idéologie communiste. La période d’atermoiement des scénarios se termine avec The Long Way Home (2015), une comédie bancale car remaniée (le scénario original date probablement de l’époque antérieure) qui met en scène un tandem de soldats sudiste et nordiste (à la manière de Welcome to Dongmakeolou Jsa). Hésitant entre le manichéisme et l’humanisation, le film ne parvient pas à formuler de manière cohérente son point de vue sur les relations Nord-Sud. Alors que la présidente Park Geun-hye, fille du second dictature sudiste, et son gouvernement conservateur sont au pouvoir, et à la veille de la « Révolution des bougies » qui va les en évincer, la situation est la suivante : les films « de droite » diabolisent les Nordistes, relèvent l’aura de l’armée sudiste aux dépends des intervention étrangères et refusent tout rapprochement autre que celui de la destruction militaire du Nord. Les films « de gauche », ré-humanisent les Nordistes en incriminant les interventions étrangères, mais minimisent les aspects politiques et évoquent moins la réunification qu’une cohabitation pacifique. Dans les deux cas, il est presque donné comme normal que le point de vue des autorités se confonde avec celui de la population, au Nord comme au Sud. Le film de Kim Ki-duk, The Net, va tenter d’ouvrir une troisième voie.

The Net de Kim Ki-duk

 

Kim Ki-duk : les gouvernants et les gouvernés

A la veille de la « Révolution des bougies », le film qui ira le plus loin sera The Net (2016) de Kim Ki-duk. Malgré une distribution en salles a minima – comme souvent pour les films de ce cinéaste, adulé en Occident, mais controversé dans son pays –, le film va marquer les représentations des Nord-Coréens de l’après-« Révolution des bougies ».

Kim Ki-duk avait déjà abordé, en catimini, la question des relations Nord-Sud avec le film à petit budget indépendant Poonsan (Jun Jai-hong, 2011), dont il avait rédigé le scénario. Mais, à cause de dissensions avérées entre le scénariste réaliste provocateur et le jeune réalisateur soucieux de plaire à un grand public (le film le comblera en faisant 6 millions d’entrées), l’histoire tirait par trop vers le fantastique et la métaphore pour représenter une nouvelle vision du Sud et gardait une vision très négative (tortures, assassinats) pour les Nordistes. Un messager sautait les barbelés de la zone démilitarisée (mais des plus surveillées qui soient) pour porter des messages aux familles séparées du Nord et du Sud. Les autorités des deux côtés finissaient par l’éliminer. L’originalité du scénario portait sur l’idée d’une action personnelle d’un individu lambda du Sud (doté du pouvoir de sauter les frontières) et d’une critique des dirigeants égoïstes des deux côtés.

Avec The Net, Kim Ki-duk réintroduit encore plus clairement une distinction entre gouvernés et gouvernants de part et d’autre de la Dmz. Son antihéros est un pauvre pêcheur nordiste qui, par mégarde, traverse la frontière avec sa barque. Pris en charge par les services secrets sudistes, il est torturé, puis relâché et exploité pour la propagande anticommuniste, car il doit être forcément « libéré » de l’idéologie nordiste. Le film incrimine clairement, et comme rarement, l’anticommunisme idéologique des autorités sudistes. Rappelons que toute activité jugée sympathisante envers le Nord est considérée comme un crime par la loi de sécurité nationale, aujourd’hui encore (en 2014, les dirigeants d’un petit parti, le Unified Progressive Party, pour avoir évoqué une prise de contrôle du Sud par le Nord, ont été inculpé pour haute trahison et sont en prison pour 12 ans). « Lâché » dans Séoul, le pêcheur (qui ne cesse d’affirmer son attachement au communisme du Nord et refuse de se laisser leurrer par les attractions du capitalisme sudiste) découvre alors, à la suite d’une prostituée, la misère psychologique et matérielle derrière les néons des supermarchés du Sud capitaliste. Il découvre aussi la peur revancharde des anticommunistes actifs dans les services secrets et l’administration. Lavé de tout soupçon d’espionnage, il obtient enfin le droit de regagner le Nord, tout en affirmant sa fidélité à sa famille et au régime (notons que, dans la réalité aussi, nombre de ceux qui ont fait défection demandent rapidement à regagner le Nord). Mais, à son retour, il est à nouveau torturé par les autorités comme espion du Sud et traître. Il accepte tout pour pouvoir aider sa femme et sa fille, mais il finit par se faire volontairement abattre en refusant de renoncer à pêcher sur le fleuve qui sépare les deux Corées.

Avec la dimension familiale, on retrouve une certaine dépolitisation du Nordiste mais, cette fois, non pas expliquée par l’évidence de la « liberté » dans la société capitaliste, mais par la répression venues des autorités nordistes qui se compare et ne se distingue en rien de celles du Sud. Surtout, en restant rivé au point de vue du simple pêcheur, la pauvreté du Nordiste s’équilibre dialectiquement avec la condition des pauvres qu’il a croisé en Corée du Sud. Cette vision n’évoque plus les puissances étrangères, renvoie dos à dos les dirigeants locaux et les Etats (instigateurs du « filet » du titre du film) au profit d’un pauvre pêcheur qui s’avère doté d’une personnalité hors du commun. Il s’agit d’une version de l’humanisation vue précédemment, mais sur une base « haute », une sorte d’humanité qui n’est pas réduite à un minimal dénominateur commun (les « Nordistes sont des humains comme nous »), comme cela a déjà été le cas dans de nombreux films (Welcome to DongmakeolJsa, etc.) et va continuer à l’être jusqu’à aujourd’hui.

Le pêcheur dépasse par sa force de caractère la grande majorité des personnages du Nord ou du Sud qui apparaissent contraints et soumis aux situations pour s’en lamenter au final. Sûr de lui, il fait même la morale aux agents sudistes qu’ils soient en faveur du gouvernement (protéger les Etats en place) ou, avant tout, anticommunistes. Intègre et d’une franchise à toute épreuve, il annonce un autre type d’homme « futur » bien plus que le retour à l’état originel ethno-centré recherché par les films néo-nationalistes (de droite et de gauche) symbolisé, notamment, par le village de Dongmakeol. Le dépassement que le pêcheur incarne lui donne conscience de son incompatibilité avec le monde qui l’entoure, la résignation des peuples, au Sud comme au Nord, d’où son ultime provocation suicidaire et son exécution. Kim Ki-duk insiste dans le dernier plan pour ne donner aucune préférence aux deux pays : la petite fille du pêcheur qui étreint son ourson électronique rapporté du Sud par son père retourne chercher son vieil ourson nordiste et les serre tous deux contre elle en souriant. A noter que si le thème familial que nous avons vu utiliser par la tendance néo-nationaliste, apparaît dans le film, il est subverti par l’attitude plus symbolique que réelle du pêcheur envers sa femme et sa fille. Son attachement à ces derniers n’empêche en rien son suicide provocateur de dissident politique.

Confidential Assignment de Kim Sung-hoon

 

Alliance objective des États Nord-Sud et starisation des Nord-Coréens

Au lendemain de la chute du gouvernement conservateur des suites de la « Révolution des bougies », la version nationaliste et étatiste « de gauche » d’une coexistence pacifique reprend de la vigueur tout en maintenant à distance l’idée d’une réunification. Le blockbuster Confidential Assignment (2017), par son scénario retoqué sur le modèle des tandems d’amis nordiste-sudiste (Jsa, etc.), et en attribuant le rôle principal du militaire d’élite nord-coréen à la star Hyun Bin marque une étape importante.

L’histoire commence par des dissensions au sein des autorités nordistes : un trafic de faux billets est malencontreusement découvert par un couple d’officiers intègres ; la femme est tuée, l’homme (Hyun Bin), laissé pour mort, est alors envoyé à la recherche des corrompus et de sa vengeance personnelle. Valorisé par le physique de playboy asiatique de Hyun Bin, le personnage du Nordiste ne semble pas avoir de position critique vis-à-vis du régime dictatorial (à la différence du pêcheur de Kim Ki-duk). Même si certains, en haut lieu, sont de toutes évidences corrompus (et s’opposent même à un vieil officier supérieur stalinien bardé de décorations, pilier du régime, qui sympathise avec la douleur du héros), la restauration de l’Etat est la priorité du héros nordiste. Le final souligne ce respect des institutions nord-coréennes en place quand on voit le héros, sa mission accomplie, retourner tranquillement au Nord et y accueillir le policier sudiste – un agent de l’Etat comme lui – qui est devenu son ami. L’entente cordiale est manifeste dans un respect des Etats en place et du statu quo politique et social ; rien n’est dit sur la réalité dictatoriale du régime.

A la différence du film de Kim Ki-duk et de sa recherche d’hommes du dépassement assumant l’héritage idéologique qui a abouti à la division coréenne, l’humanisation des nordistes se fait négationniste en niant tout problème politique passé ou présent. L’humanisation est aussi passéiste en faisant écho à la communauté originelle ethno-centrée coréenne. Le Nordiste est beau, gentil, larmoyant, plein d’attentions pour la veuve et l’orphelin ; il est un futur gendre idéal. Les seules nouveautés dans ce schéma sont de faire du Nord-Coréen un militaire et un fonctionnaire d’élite invincible, et de faire le portrait d’un fonctionnaire sudiste en homme bon enfant – loin des terribles contre-espions anticommunistes du passé – presque admiratif devant les qualités humaines et professionnelles du Nordiste.

Le message va être réitéré quelques mois plus tard dans le blockbuster Steel Rain et ses stars. Notons qu’interpréter des rôles de Nord-Coréens est alors devenu un challenge recherché par tous les acteurs sudistes ; cela devient une sorte de signe de maturité du jeu d’acteur. Et il faut, en effet, une grande maîtrise pour endosser de si complexes variations idéologiques.

Peu de temps après la sortie à succès (8 millions d’entrées) de Confidential Assignment, les élections sud-coréennes anticipées se sont retrouvées sous la pression d’un regain d’animosité entre les Etats-Unis et la Corée du Nord autour de la question des essais nucléaires. Si les émissions télévisées se sont succédées sur cette question (beaucoup plus en Occident qu’en Corée du Sud, d’ailleurs), il est vite apparu que l’un des véritables enjeux des Etats impliqués était d’endiguer le mouvement populaire démocratique de la « Révolution des bougies » sous un flot de menaces de guerre, pourtant peu convaincantes pour des Sud-Coréens habitués à ces joutes venues des hautes sphères. Chiens qui aboient ne mordent pas.

Le scénario de Steel Rain va pourtant être adapté pour faire écho à la situation tout en réitérant la nouvelle optique mise en place par Confidential Assignment, anticipant ainsi de peu la réouverture du dialogue entre le Sud et le Nord. Là aussi, un espion nordiste joué par une star (Jung Woo-sung) se lie avec un fonctionnaire du Sud. En préparation de sa future sympathie pour le Nordiste, le fonctionnaire expose clairement, dans une scène, la vision de la gauche nationaliste sud-coréenne : les responsabilités de la division et de la guerre fratricide sont rejetées sur les étrangers et leurs idéologies ; ces mêmes étrangers menaçant toujours de contrôler la Corée tout entière si une entente intercoréenne n’intervenait pas rapidement.

Si, historiquement, le rôle de la guerre froide est indéniable, cette position idéologique permet, sous la bannière de l’unité traditionnelle, de passer sous silence des dynamiques et dissensions locales elles aussi indéniables : l’émergence d’une bourgeoisie coréenne ouverte à l’international et bridée par l’ancienne monarchie durant la colonisation japonaise à la veille de la guerre civile, la militarisation nationaliste de la gauche coréenne « stalinisée », et en particulier, la série de massacres anticommunistes perpétrés par la première dictature sudiste dès 1948. Dans Steel Rain aussi, l’humanisation du Nordiste se fait sur l’étalon de la communauté ancestrale : les deux compères mangent les mêmes nouilles, ils prennent soins de la veuve et de l’orphelin, ils ont même la même langue puisqu’ils ont le même prénom. Ces aspects, plutôt simplistes, devenus clichés depuis au moins Welcome to Dongmakeol, passent relativement vite pour laisser un nouveau message complémentaire s’exprimer pleinement : car les deux compères n’ont rien moins, pour mission, que de sauver le numéro un du Nord qui a été victime d’un coup d’État manigancé par des militaires favorables à la guerre avec le Sud.

Pourquoi des Sudistes en viendraient à protéger le numéro un nordiste (son identité est soigneusement escamotée afin d’en faire un symbole plus qu’une personnalité véritable) ? La réponse est simple et compliquée à la fois car sous sa simplicité, elle réoriente les relations Nord-Sud : le but est de rétablir la coexistence pacifique entre les deux Etats affirme le haut fonctionnaire Sudiste. Il n’est donc plus question de réunification des peuples (forcée ou accidentelle comme dans le film) mais d’entente au niveau des gouvernements et des institutions étatiques. Là encore, rien n’est dit sur la réalité dictatoriale du régime nord-coréen ; au contraire, un duo de jeunes filles nordistes, protégé par le héros, est là pour montrer un sincère attachement du peuple à son gouvernement. Il faut ici noter que les militaires du Sud sont tenus à l’écart (dans Confidential Assignment, il ne s’agissait déjà que d’un simple policier sudiste ; dans Steel Rain, il s’agit d’un fonctionnaire des affaires étrangères du Sud), longtemps tenus depuis les dictatures comme des fers de lance de la tendance conservatrice et belliqueuse sudiste.

Au final, il s’agit d’une reconnaissance et d’une légitimation du régime nordiste tel qu’il est, mais aussi du Sud en tant qu’Etat souverain. En effet, le protecteur historique américain (qui apparaît dans le film de manière consultative et menaçante pour la paix intercoréenne sous les traits de l’ambassadeur et de pilotes de bombardiers fonçant sur Pyongyang) est tenu à distance, et ses pilotes obtempéreront à la décision du Sud ; celle de se limiter à une frappe « chirurgicale » distinguant les « mauvais » dirigeants nordistes des « bons ».

***

La représentation des Nord-Coréens dans les films du Sud est un enjeu majeur et ausculté de près par les autorités, comme le montre leur évolution contrastée et mouvementée depuis la fin du régime dictatorial. La simple opposition entre la vision négative des conservateurs et une vision plus positive issue des gouvernements progressistes est insuffisante pour cerner les réelles modifications qui sont survenues récemment. La nouvelle image positive des Nord-Coréens n’est ni monolithique, ni sans arrière-pensées. Après de courtes années 1990, où quelques films ont osé donner une image politisée des Nordistes (South Korean Partisans, par exemple), la tendance a été à la dépolitisation de ces derniers comme une excuse cherchant à réhabiliter leur attitude pendant la guerre et sous la dictature actuelle. Si les conservateurs dépolitisaient pour accentuer la peur du Nordiste en tant que « Mal » absolu, la nouvelle tendance dépolitise pour ré-humaniser et pacifier sans toutefois rien changer. Cette tendance reste, également, dans l’anticommunisme en niant tout choix politiques de la part des Nordistes (a contrario, par exemple, The Net de Kim Ki-duk, introduit une scène rare où un jeune officier sudiste demande à son chef de respecter le choix politique du pêcheur nordiste). Nous avons vu que, même pour un film dénonciateur de massacres restés tabous comme Jiseul, un bon communiste est un communiste mort. Si l’on pleure les victimes de l’île de Jeju, c’est parce qu’elles ont été massacré par « erreur ». La dépolitisation a été le corollaire d’une ré-humanisation des Nordistes dans une direction précise (largement dominante malgré le film The Net qui est resté confidentiel avec 60 000 entrées) : celle d’un retour passéiste à la communauté idéale originelle des Coréens. Les dernières variations de la tendance positive autour, de deux gros succès de box-office, cherchent à unifier les visions nationalistes, conservatrice et de gauche autour des valeurs étatiques, au risque, calculé, de fermer les yeux sur le système dictatorial, et aux dépends d’une réunification par l’entremise directe des peuples.

Antoine Coppola

 
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Publié par le février 20, 2018 dans Asie, CINEMA, HISTOIRE

 

Nazim Hikmet, je suis communiste

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Jairo Aja Garcia

· Nazim Hikmet passa près de 15 années de sa vie dans les geôles turques. « Qu’importe être arrêté, ce qui compte c’est de ne pas capituler », écrivait-il. (note de DB)

Je suis communiste.

Je suis communiste.
Parce que je ne vois pas une meilleure économie au monde que le communisme.

Je suis communiste.
Parce que je souffre de voir les gens souffrir.

Je suis communiste.
Parce que je crois en l’utopie d’une société juste.

Je suis communiste.
Parce que chacun doit avoir ce dont il a besoin et donner ce qu’il peut.

Je suis communiste.
Parce que je pense que le bonheur est la solidarité humaine.

Je suis communiste.
Parce que je pense que toutes les personnes ont droit au logement, à la santé, à l’éducation, à l’emploi décent, à la retraite.

Je suis communiste.
Parce que je ne crois en aucun Dieu.

Je suis communiste.
Parce que personne n’a encore trouvé une meilleure idée.

Je suis communiste.
Parce que je crois aux êtres humains.

Je suis communiste.
Parce que j’espère qu’un jour toute l’humanité sera communiste.

Je suis communiste.
Parce que bon nombre des meilleures personnes dans le monde ont été et sont communistes.

Je suis communiste.
Parce que je déteste l’hypocrisie et que j’aime la vérité.

Je suis communiste.
Parce qu’il n’y a pas de distinction entre moi et les autres.

Je suis communiste.
Parce que je suis contre le marché libre.

Je suis communiste.
Parce que je veux me battre toute ma vie pour le bien de l’humanité.

Je suis communiste.
Parce que le peuple uni ne sera jamais vaincu.

Je suis communiste.
Parce que vous pouvez faire des erreurs, mais pas au point d’être un capitaliste.

Je suis communiste.
Parce que j’aime la vie et je me bats à tes côtés.

Je suis communiste.
Parce que très peu de gens sont communistes.

Je suis communiste.
Parce que certains disent être communiste et ne le sont pas.

Je suis communiste.
Parce que l’exploitation de l’homme par l’homme existe parce qu’il n’y a pas de communisme.

Je suis communiste.
Parce que mon esprit et mon cœur sont communistes.

Je suis communiste.
Parce que je suis important tous les jours.

Je suis communiste.
Parce que la coopération entre les peuples est la seule voie vers la paix entre les hommes.

Je suis communiste.
Parce que la responsabilité de tant de misère de l’humanité est celle de tous ceux qui ne sont pas communistes.

Je suis communiste.
Parce que je ne veux pas le pouvoir personnel, mais le pouvoir du peuple.

Je suis communiste.
Parce que personne n’a réussi à me convaincre que ce n’est pas le cas. Nazim Hikmet, poète turc.

 

La complicité des Polonais dans la Shoah fortement sous-estimée – experts

dans le cadre du travail entamé avec Monika sur juifs et polonais, un noeud de vipères (titre provisoire) qui étudie en particulier l’influence du pogrom antisémite de mars 1968 sur mai 68 en france et sur le retournement réactionnaire de certains intellectuels juifs, cette controverse m’intéresse particulièrement. Simplement ce qui me gêne c’est la manière dont le gouvernement israélien, netanayoun en tête s’en est emparé. Cela me gène par rapport à la politique de ce gouvernement que je condamne, mais cela me gêne plus fondamentalement pour ce pourquoi je plaide systématiquement à savoir que la question de la shoah ne serve d’argument ni aux  israéliens, ni aux Palestiniens, que l’on foute la paix aux juifs qui n’ont jamais été sionistes et qui conservent le trauma de cette horreur qui fort heureusement n’a pas eu encore d’équivalent aujourd’hui. tant qu’il y aura d’un côté comme de l’autre la moindre allusion, voir dans certains cas des manipulations historiques pour instaurer le moindre signe d’équivalence je refuserai de participer à des combats qui toujours été les miens. Je souhaite que les forces progressistes  partout dans le monde se rassemblent pour imposer une issue de justice et de paix et je considère que nous devrions plus ouvrir le dialogue avec les partis communistes de la région au lieu de suivre la politique des frères musulmans et des indigènes de la République. En outre, ceux qui s’existent sur la négation de la shoah ne craignent pas de participer activement au négationnisme qui concerne l’URSS. Il faut une toute autre conception de l’histoire quel que soit le caractère douloureux des faits. Maintenant à propos de cette controverse, cet article me paraît équilibré, il est à noter que l’auteur sur lequel il s’appuie : zymon Datner (2 février 1902, Cracovie – 8 décembre 1989, Varsovie) est un historien polonais d’origine juive, plus connu pour ses études des crimes de guerre nazis commis en Pologne contre la population juive de Białystok (Bezirk Bialystok) après l’attaque allemande contre l’Union soviétique en juin 1941 est un auteur de la Pologne populaire et ce qui fera plaisir à marianne, un espérantiste militant. ce qui n’est pas non plus sans signification (note de danielle Bleitrach)
DÉNONCÉS ET MORTS POUR 2 KG DE SUCRE, OU UN MANTEAU

D’après un article datant de 1970, 200 000 Juifs sont morts aux mains de leurs voisins polonais. Une récente loi pourrait rendre difficile la publication de ces résultats

Des survivants de la Shoah et des militants à l'ambassade de Tel Aviv lors d'une manifestation organisée le 8 février 2018 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Des survivants de la Shoah et des militants à l’ambassade de Tel Aviv lors d’une manifestation organisée le 8 février 2018 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Dans un article datant de 1970, Szymon Datner, historien juif pionnier, estimait que 200 000 juifs étaient morts aux mains des Polonais durant la Seconde Guerre mondiale. En tentant de fuir les wagons à bestiaux et les camps de la mort, ils l’ont trouvé après avoir été remis aux autorités, informés qu’ils se cachaient ou ont été assassinés par leurs voisins polonais.

De 1942 à 1945, selon les calculs de Datner, sur les 250 000 Juifs qui ont tenté d’échapper aux Allemands en Pologne occupée, seuls 10 à 16 % ont survécu.

Lui-même survivant juif de l’Holocauste, Datner devint directeur de l’Institut historique juif de Varsovie et travailla comme historien pour l’Institut de la mémoire nationale de Pologne (IPN). Mais s’il était vivant aujourd’hui, il serait potentiellement poursuivi pour ses découvertes scientifiques.

Le président polonais Andrzej Duda annonce, durant une conférence de presse, qu’il signera la loi controversée sur la Shoah,à Varsovie, le 6 février 2018. (Crédit : AFP / JANEK SKARZYNSKI)

Le 6 février, le président polonais Andrzej Duda a promulgué des amendements à la loi de l’Institut de la mémoire nationale – Commission pour la poursuite des crimes contre la nation polonaise. Parmi ces amendements, figure cette section controversée du projet de loi : « Quiconque prétend, publiquement et contrairement aux faits, que la nation polonaise ou la République de Pologne est responsable ou coresponsable des crimes nazis commis par le Troisième Reich … ou pour d’autres crimes qui constituent des crimes contre la paix, des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre, ou quiconque diminue d’une manière flagrante la responsabilité des véritables auteurs desdits crimes – sera passible d’une amende ou d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans. »

Avec son langage flou, cet amendement pourrait envoyer Datner, un historien respecté qui a travaillé pour l’Institut de la mémoire nationale, directement en prison.

Dans une cinglante tribune publiée après l’annonce du président, l’historien Jan T. Gross a dénoncé la loi, déclarant que, plutôt que de protéger la réputation de la Pologne, son « but ultime est de falsifier l’histoire de l’Holocauste ». Gross a été interrogé à au moins trois reprises sur des déclarations factuelles peu complaisantes concernant les actions des Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale.

L’auteur polonais Jan Tomasz Gross, auteur en 2001 du libre « Voisins » sur les meurtres des juifs de Jedwabne par leurs voisins polonais. (Crédit : East News)

Pour être précis, il n’y a pas de débat à avoir sur le fait que les Polonais ont contribué à sauver les Juifs. Plus de 6 700 Polonais – plus que n’importe quel autre pays – ont été honorés par le mémorial de Yad Vashem de Jérusalem en tant que Justes parmi les Nations : des individus qui ont mis en danger leur propre vie pour sauver des Juifs.

Cependant, au cours des dernières années, les chercheurs ont découvert des preuves de plus en plus sombres des interactions entre Juifs et Polonais au cours de la Seconde Guerre mondiale. Et leur travail a été violemment accueilli et totalement rejeté par de nombreux Polonais qui ont l’impression que leurs ancêtres ont agi de manière tout à fait honorable pendant la guerre.

Comme l’histoire de l’Holocauste se situe désormais sur le chemin dangereux de la politisation, le dialogue entre Juifs et Polonais devient de plus en plus difficile. C’est « un sujet qui défie la caractérisation simpliste et qui est chargé d’émotion », a déclaré le Dr Laurence Weinbaum, rédacteur en chef du Journal des affaires étrangères d’Israël. Il a applaudi le travail « courageux » des historiens polonais en découvrant des faits dérangeants.

Une photographie prise durant la déportation des Juifs d’Oswiecim vers les camps de la mort et les ghettos de la région durant l’occupation nazie de la Pologne (Crédit : Centre juif d’Auschwitz)

« Une certaine partie de l’université polonaise s’est distinguée de manière courageuse et franche dans sa façon de traiter la question complexe dont les Polonais confrontaient les desseins allemands pour anéantir ses Juifs.

« L’historiographie atroce qui a émergé de leurs recherches n’a aucun équivalent dans l’Europe post-communiste, et nous a donné un vaste aperçu de l’horrible tragédie qui s’est produite dans la Pologne en temps de guerre », a déclaré Weinbaum.

Les faits

Havi Dreifuss, chercheur à l’Université de Tel Aviv et directeur du centre de recherche de Yad Vashem sur l’Holocauste en Pologne, a récemment déclaré sans équivoque : « Nous savons que des Polonais ont été impliqués dans le meurtre de Juifs à plusieurs occasions.

Des survivants de la Shoah et des militants à l’ambassade de Tel Aviv lors d’une manifestation organisée le 8 février 2018 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Selon le musée de l’Holocauste de Washington, Polonais en uniforme et citoyens individuels ont été complices dans la condamnation à mort de leurs voisins juifs.

« La Pologne a été brutalement occupée par les Allemands … Dans leur plan meurtrier d’exécutions, les forces allemandes ont fait appel à des agences polonaises, telles que les forces de police et les chemins de fer polonais, pour la surveillance des ghettos et la déportation des Juifs. Les Polonais ont souvent contribué à l’identification, à la dénonciation et à la traque des Juifs dans la clandestinité, profitant souvent du chantage associé, et ont participé activement au pillage des biens juifs. »

Il y eut en particulier le massacre notoire de centaines de Juifs enfermés dans une grange en feu à Jedwabne, ainsi que des actes similaires dans d’autres parties du comté de Łomża durant l’été 1941. Dans ces endroits, les Polonais locaux étaient « très impliqués dans le meurtre de leurs voisins juifs », a déclaré Dreifuss.

Plus tard, après la fin de la guerre, dans le cadre de la vague antisémite d’après-guerre qui a balayé l’Europe, il y a eu quelques pogroms en Pologne, dont celui de Kielce, le plus connu. En 1946, les Polonais ont massacré 40 survivants de la Shoah à Kielce et en ont blessé 40 autres. Des centaines ont été tués dans d’autres endroits après la libération de la Pologne, a déclaré Dreifuss.

Mémorial aux victimes du pogrom de Kielce. (Crédit : capture d’écran/autorisation)

« Ces deux événements – des pogroms comme celui de Kielce et les événements du comté de Łomża – ont été perpétrés à des moments et dans des lieux spécifiques », a déclaré Dreifuss. « Les dernières études concernent autre chose : ces dernières années, des chercheurs polonais ont essayé de comprendre ce qui est arrivé aux Juifs qui fuyaient les nazis entre 1942 et 1945 ».

Dreifuss a dit que le premier à se référer à ce phénomène était l’historien polonais-juif Datner, qui a porté à 200 000 le nombre de Juifs ayant péri aux mains des Polonais.

« La recherche actuelle montre qu’ils sont morts non seulement à cause des Allemands mais également en raison de l’implication profonde des Polonais de toutes les franges de la société. Parfois, les Juifs ont été capturés et remis aux Allemands, ou ont été capturés et remis à la police bleue [police polonaise dans la Pologne occupée allemande]. Et certains ont été tués par des Polonais », a déclaré Dreifuss.

 

Parmi les dizaines de milliers de personnes qui ont tenté de fuir, la plupart ont été tuées et les Polonais étaient très impliqués

« Parmi les dizaines de milliers de personnes qui ont tenté de fuir, la plupart ont été tuées et les Polonais étaient très impliqués », a souligné Dreifuss.

Pourquoi ?

Les motivations des Polonais dans la mort en série ou la dénonciation de leurs voisins juifs étaient variées, a déclaré Dreifuss.

« Ce n’était pas toujours de l’antisémitisme. En de nombreuses occasions, c’était la cupidité, la peur, les querelles, la vengeance. Il y avait beaucoup de raisons différentes », a-t-elle dit. « Vous ne pouvez pas limiter ou résumer les actes des communautés dans les statistiques. Il y avait beaucoup de raisons de nuire aux Juifs ou d’y contribuer. »

L’historien Jan Grabowski découvre que de nombreux Juifs qui s’étaient cachés pour échapper aux nazis ont été massacrés par leurs voisins polonais (Autorisation)

Pour les chercheurs, le spectre intégral des interactions entre Juifs et Polonais est intéressant. La Chasse aux Juifs: trahison et meurtre en Pologne occupée par les Allemands [Hunt for the Jews] de Jan Grabowski en 2013 et Une belle journée ensoleillée de Barbara Engelking en 2016, décrient l’accueil fait aux juifs en quête de refuge dans la campagne polonaise 1942-1945 par leurs voisins polonais.

Tous deux consacrent aussi des chapitres aux Polonais qui ont sauvé les Juifs. Dans son étude, Grabowski relate des documents glaçants sur un résident polonais de Bagienica appelé Przędział, qui a découvert deux Juifs cachés dans la forêt près de chez lui. Basé sur le livre, un article de Guardian dénonçant la nouvelle législation a décrit cette scène : « Après les avoir trahis, Przędział a exigé sa récompense auprès de l’occupant allemand : 2 kg de sucre. Le taux variait. Dans certains endroits, c’était 500 złoty pour chaque juif. Ailleurs, c’était deux manteaux, autrefois portés par les Juifs, pour chaque Juif apporté. » Une description peu flatteuse des efforts de guerre d’un Polonais.

Le livre de Jan Grabowski ‘Hunt for the Jews’ a été publié en anglais en 2013. (Crédit: Autorisation )

M. Grabowski, professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa, a déclaré au Times of Israël que son travail avait fait l’objet de nombreuses critiques, « bien que généralement fondées sur le rejet des connaissances et non sur la remise en question des faits ».

Parmi d’autres sujets, l’historien a enquêté sur le nombre de Juifs morts aux mains des Polonais.

Grabowski a expliqué que les calculs de Szymon Datner étaient basés sur une « intuition » qu’en 1942, 2,5 millions de Juifs polonais étaient encore en vie en Pologne, dont 10 % tentaient de fuir les ghettos. Seulement 50 000 personnes ont vécu jusqu’à la libération.

Ces chiffres, a déclaré Grabowski, « étaient intuitifs, sans autre recherche que sa propre spéculation. » Des décennies après les calculs de Datner, cependant, une grande équipe de recherche dirigée par Grabowski et Engelking « ont pu confirmer les estimations de Datner », a déclaré Grabowski.

« Ayant étudié, au cours des cinq dernières années, neuf comtés en Pologne, nous avons été en mesure de confirmer que Datner n’était pas loin du compte », a déclaré Grabowski.

La recherche de l’équipe sera publiée en mars dans le recueil en deux volumes, « NUIT sans fin: le sort des Juifs dans certains comtés de Pologne occupée. » Écrit par un groupe de chercheurs du Centre polonais de recherche sur l’Holocauste, il s’agira d’un compte-rendu beaucoup plus détaillé du sort des Juifs dans ces années.

Comme une page web pour le livre le déclare, « Les chiffres parlent d’eux-mêmes : deux Juifs sur trois qui ont tenté de chercher un abri parmi les gentils, sont morts. »

« Les études incluses dans les deux volumes présentés fournissent de nombreuses preuves des niveaux importants et sous-estimés de l’ampleur de la complicité de certains segments de la société polonaise dans l’extermination de leurs voisins juifs et de leurs concitoyens. »

Mais le travail global des savants polonais sera-t-il accepté par leurs propres compatriotes ?

Quand le fait devient « opinion »

En 2001, le président polonais s’est excusé pour le massacre notoire et bien documenté de Juifs à Jedwabne par leurs voisins polonais. Le président Aleksander Kwaśniewski s’est excusé en son nom et au nom du peuple polonais, « dont la conscience est touchée » par ce crime, a-t-il dit.

La ministre polonaise de l’Education Anna Zalewska. (Crédit : CC BY-SA 3.0 Adrian Grycuk/Wikipedia)

En 2014 cependant, interrogée par un journaliste de télévision sur le fait que des Polonais ont brûlé des Juifs dans une grange à Jedwabne, l’actuelle ministre de l’Education, Anna Zalewska, a semblé croire qu’il s’agissait d’ « opinion ». Dreifuss a déclaré que l’un des résultats malheureux du dernier débat sur la nouvelle législation avancée par le parti Droit et Justice de Zalewska est la montée de certaines voix antisémites, qui sont maintenant entendues en Pologne après une période de silence.

« Ce que cette querelle ou discussion sur la loi, a éveillé dans certaines parties de la population polonaise est troublant », a déclaré Dreifuss.

Weinbaum, qui a été décoré en mai 2008 par l’ancien président Lech Kaczyński avec la Złoty Krzyż Zasługi (Croix d’or du mérite) pour sa contribution continue au dialogue entre juifs et polonais, s’est dit attristé par l’atmosphère rhétorique d’aujourd’hui.

« Nous assistons aujourd’hui à une recrudescence généralisée de la rhétorique brutale qui caractérisait les pires jours de 1968, lorsque la plupart des juifs restés en Pologne furent obligés de partir. Ceux qui dirigent cette loi controversée, ostensiblement anti-communistes, cherchent paradoxalement à restreindre les droits civils durement gagnés pour lesquels les Polonais ont combattu et sont morts dans la lutte contre la tyrannie communiste », dit-il.

« En fin de compte, cependant, c’est aux Polonais eux-mêmes de déterminer l’ambiance dans leur propre pays. On ne peut nier que la situation actuelle constitue un grand, peut-être même le plus grand, défi au dialogue polonais-juif qui a été lancé dans les années 1980. Malheureusement, de nombreux « vétérans » de cette rencontre se sentent profondément déçus et sont désillusionnés.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett (2e-G), le rabbin Meir Lau (2e-D) et le chef d’état-major de Tsahal Gadi Eizenkot (D) participent à la Marche des Vivants au camp d’Auschwitz-Birkenau en Pologne le 24 avril 2017. (Yossi Zeliger/Flash90)

Cependant, la Pologne n’agit pas dans une bulle. Weinbaum a déclaré: « Les assertions sauvages de certains des Israéliens qui ont pesé lourdement sur les accusations de culpabilité polonaise dans l’Holocauste, et les déclarations erronées et désobligeantes sur l’origine d’Auschwitz ont également contribué à attiser les passions ».

Faits alternatifs ?

Fait : 90 % de la communauté juive de Pologne a été exterminée pendant l’Holocauste. Opinion polonaise actuelle : Les Polonais ont connu pire pendant la Seconde Guerre mondiale.

« La majorité de la société polonaise croit aujourd’hui que la souffrance des Polonais au moment de la guerre était égale ou supérieure à la souffrance des Juifs », a déclaré l’historien Grabowski. Je n’essaie pas d’être facétieux; Ce sont des sondages récents. »

Dans ce contexte, il est peut-être compréhensible que la législation anti-diffamation révisée reçoive un accueil chaleureux en Pologne aujourd’hui.

Il est louable d’être précis dans son vocabulaire lors de la description de la Shoah. Un effort pour reconnaître qu’Auschwitz était un camp d’extermination allemand en Pologne occupée et non un « camp de la mort polonais » bénéficie d’un soutien général sur le front diplomatique et parmi les spécialistes de l’Holocauste.

Mais les conséquences de la législation sur le vocabulaire est également potentiellement important.

« Cette loi va geler le débat et la recherche sur l’histoire de la Shoah, j’en suis certain », a déclaré M. Grabowski.

Dans son éditorial, l’historien Gross a déclaré : « Les autorités polonaises veulent bâillonner tout débat sur la complicité des Polonais dans la persécution des citoyens juifs, rendant illégal de discuter de la question« publiquement et contre les faits »

Le Centre polonais pour la recherche sur l’Holocauste a publié une déclaration exprimant sa « profonde préoccupation » à propos de la loi, qu’il appelle « un outil destiné à faciliter la manipulation idéologique et l’imposition de la politique d’histoire de l’Etat polonais ».

A Yad Vashem aussi, on s’inquiète des effets secondaires possibles de la formulation vague de la nouvelle législation et de ses répercussions dans les domaines de la recherche sur l’Holocauste, de l’éducation et de la mémoire.

Selon Dreifuss, les chercheurs polonais qui mènent la charge de la vérité factuelle sont «à la pointe de la recherche sur l’Holocauste, non seulement en Pologne, mais dans le monde entier». Weinbaum ajoute: «Malheureusement, ces érudits sont vilipendés et remis en question.  »

Ce qui est en jeu, c’est le principe démocratique de la liberté académique.

« Dans les endroits normaux, la recherche n’est pas acceptée ou rejetée par les gouvernements », a déclaré Dreifuss. « S’il y a des changements qui se produisent en Pologne, ou dans n’importe quel pays, où le travail d’un chercheur aura besoin de l’approbation du gouvernement, c’est un très mauvais signe. »

 
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Publié par le février 20, 2018 dans extrême-droite, HISTOIRE

 

Les gouvernements de Suárez et González ont récompensé les membres de la dictature chilienne pour leurs «mérites»

http://www.publico.es/espana/premios-dictadura-chilena-gobiernos-suarez-gonzalez-premiaron-miembros-dictadura-chilena-meritos.html

Les militaires Fernando Matthei et Jorge Zincke, deux éminents membres du régime Augusto Pinochet, ont été décorés en 1981 et en 1984 de la Grande Croix du Mérite militaire avec un insigne blanc. La médaille est destinée à  reconnaître les «performances distinguées en temps de paix».Cet article d’un quotidien espagnol reflète bien la colère de tous ceux qui en Espagne ont vécu l’amnistie des crimes du franquisme en 1978 et la permanence de celui-ci. Il dénonce le rôle joué par Juan carlos et les gouvernements espagnols dans la caution aux tortionnaires du plan Condor. la manière dont il a cautionné en Amérique latine la même opération d’amnistie des pires crimes, il n’y a pas eu que PPe, mais le parti socialiste a contribué à valider la torture.. Aujourd’hui dans l’offensive des USA en Amérique latine ce sont les criminels  de ce temps là, leurs disciples qui sont mobilisés dans la lutte à mort contre les régimes progressistes du bolivarisme  (note de danielle Bleitrach)

Augusto Pinochet.

Augusto Pinochet.

C’est la lettre d’une mère désespérée. « Ma fille María Isabel Beltrán Sánchez est née le 2 mai 1952 à Santiago du Chili. Elle a été le seul enfant pendant 10 ans, puis Roberto et Felipe sont nés. Il a grandi dans une maison modeste, de travailleurs. Depuis l’enfance, María Isabel était une fille agitée et rêveuse, mais très responsable « . Quelques paragraphes plus tard, Oriana Sánchez révèle la fin dramatique: sa fille a été kidnappée, torturée et assassinée par la dictature d’Augusto Pinochet .

L’horreur prend une dimension particulière dans ce cas: Oriana a réussi à voir sa fille à l’école d’artillerie de Linares, l’un des principaux centres de détention de la dictature chilienne. « Mamita, ils vont me tuer, » la jeune femme a réussi à lui dire. Ensuite, ils les ont séparés. Pour toujours. « J’ai tranquillement quitté cet endroit. Son coeur était déchiré. Depuis cette date, je n’ai plus revu ma chère fille. Je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles », écrit sa mère plusieurs années plus tard.

Lorsque Maria Isabel est descendu en enfer, le responsable du « Département de recherche » au camp de torture était le brigadier Jorge Zincke, l’ un des nombreux militaires qui ont suivi strictement les instructions du régime Pinochet après le coup d’ Etat sanglant contre le gouvernement légitime de Salvador Allende. Onze ans après l’instauration de la dictature, alors que pratiquement toute la planète connaissait les très graves violations des droits de l’homme enregistrées au Chili, Zincke a reçu une récompense inattendue. Ce ne serait pas Pinochet qui l’aurait décoré, ni aucun autre dictateur de la région. Cette fois, la médaille viendrait de loin. De loin.

Comme en témoigne Público , le gouvernement de Felipe González a remis le 26 avril 1984 à l’armée chilienne la Grande Croix de l’Ordre Militaire du Mérite avec un insigne blanc. Le décret signé par le roi Juan Carlos et ensuite ministre de la Défense, Narcís Serra, ne se penche pas sur les motivations que le bureau exécutif du PSOE a eues pour offrir une telle distinction à une personne formidable. Le texte officiel ne parle que des «mérites et circonstances» de Zincke, qui devint commandant en chef adjoint de l’armée sous la dictature de Pinochet.

Médailles données à Fernando Matthei (ci-dessus) et Jorge Zincke (ci-dessous).

Médailles données à Fernando Matthei (ci-dessus) et Jorge Zincke (ci-dessous).

Pour trouver leurs raisons, il faut revenir à la législation qui, à l’époque, qqui réglait ce genre de distinctions. Selon les dispositions de la loi 15/1970, qui avait promu le régime de Franco, ce type de décorations cherchait à « récompenser les mérites, les emplois, les services ou les actions distinguées en temps de paix ». Dans cette catégorie a été encadrée, selon la logique du gouvernement Gonzalez, la médaille décernée à l’armée de Pinochet.

Suarez aussi

Cependant, l’exécutif du PSOE n’a pas été le premier à décerner un membre de la dictature sauvage chilienne. Trois ans plus tôt, le 6 octobre 1981, le gouvernement d’Adolfo Suárez a fait de même avec le général Fernando Matthei , un membre éminent de la Junte militaire qui gouvernait les destinées du Chili sur la base du sang et du feu. Dans son cas, le décret par lequel il obtint la Grande Croix de l’Ordre Militaire du Mérite avec un insigne blanc fut signé par le Roi Juan Carlos et par le Ministre de la Défense, Alberto Oliart.

Quelques années plus tard, l’Association des parents de prisonniers politiques Exécuté du Chili a pris tribunal Matthei comme présumé responsable de la mort du général Alberto Bachelet  père de Michelle Bachelet ancien président en 1984. Sa mort est survenue suite à la Les souffrances ont souffert pendant la période où il est resté entre les mains de ses anciens collègues des forces armées, qui ne lui ont pas pardonné son attachement à la démocratie. Bachelet a été torturé à l’Air War Academy qui dirigeait alors Matthei. Cependant, la Cour suprême du Chili a refusé à deux reprises d’être jugée pour ce crime.

Selon d’autres témoignages, le général distingué par le  le gouvernement de Suárez a «dirigé et sélectionné ceux qui devaient être torturés et interrogés» . C’est ce qu’a déclaré le premier caporal Sergio Lontano Trureo, qui a même affirmé qu’il l’avait vu battre à côté d’un autre officier «deux prisonniers debout et les yeux bandés». Matthei est décédé le 19 novembre 2017 à l’Hôpital de la Fuerza Aérea du Chili. Il avait 92 ans.

Plus de prix pour l’horreur

Ces distinctions aux Pinochetistas militaires s’ajoutent aux prix accordés par les gouvernements de Suárez et González à plusieurs membres de l’autre grand régime de l’horreur qu’a souffert l’Amérique latine: la dictature argentine de Jorge Rafael Videla. Comme l’a révélé le public à travers différents rapports publiés en 2014, l’État espagnol a accordé des distinctions à cinquante militaires et civils qui faisaient partie de ce régime.

Dans ce contexte, le gouvernement González a même maintenu la politique d ‘ «échange de soutien diplomatique» avec la dictature argentine , facilitant son accès à différents forums internationaux. D’ici là, leurs dirigeants étaient déjà responsables de 30 000 disparitions.

 

Thez National interestL’ancien Empire soviétique contre-attaque

  • L’Empire soviétique (ancien) contre-attaque ou l’obsession anticommuniste des conservateurs américains qui lisent la réalité d’aujourd’hui avec les lunettes de la guerre froide. L’obsession de Staline s’interroge.Même caricature d’ailleurs à propos de la Chine, cet imaginaire pourrait être ridicule, il est inquiétant tant il est puéril, mais il signifie aussi que c’est tout une manière de répondre à tous les besoins d’une société contradictoire avec le capitalisme que représentait le communisme et que celle-ci perdure comme une éternelle alternative.l (note et traduction de danielle Bleitrach)
Le président russe Vladimir Poutine assiste à une cérémonie de dépôt de fleurs au cimetière commémoratif de Piskaryovskoye à l'occasion du 75e anniversaire de la percée du siège nazi de Leningrad pendant la Seconde Guerre mondiale, à Saint-Pétersbourg

L’ingérence de la Russie dans le système politique américain fait partie d’une campagne mondiale plus large visant à saper ce que le Kremlin considère comme un ordre international dominé par l’Occident.

Il a fallu beaucoup de temps, mais l’administration Trump, dans la Stratégie de sécurité nationale et la Stratégie de défense nationale récemment publiée, parle enfin de la Russie en tant que concurrent stratégique. Mais avant que la bureaucratie de la sécurité nationale ne prenne la tête de la guerre froide, Washington devrait prendre son souffle et relever ce défi avec patience, réalisme, prudence et retenue pour éviter de dépasser les attentes en protégeant les intérêts américains.

Depuis 2012, la Russie mène une campagne sophistiquée, bien financée et généralement couronnée de succès pour réaffirmer son influence mondiale aux dépens de l’Occident . Cependant, il n’est nullement évident, comme le prétend la nouvelle stratégie de défense nationale, que la Russie veut façonner un monde conforme à son modèle autoritaire et obtenir un droit de veto sur les décisions économiques, diplomatiques et sécuritaires des autres nations. On ne sait pas non plus si l’administration a la volonté ou la capacité de réagir de manière efficace et durable à la Russie globale, étant donné l’instinct surnaturel de Trump de donner à Poutine un comportement agressif en Russie et un processus de décision interorganisationnel désorganisé.

Mais en supposant que la Maison Blanche puisse mettre ses agences de sécurité nationale sur la même longueur d’onde, comment les Etats-Unis devraient-ils faire face au défi posé par l’activisme mondial de la Russie? La première étape consiste à comprendre les sources de la conduite russe et le défi qu’elle présente. La seconde est de déterminer quand, si et comment répondre aux activités mondiales de la Russie.

Les Russes arrivent, les Russes arrivent

L’ingérence de la Russie dans le système politique américain fait partie d’une campagne mondiale plus large visant à saper ce que le Kremlin considère comme un ordre international dominé par l’Occident et à rogner sur les normes libérales et les institutions qui le sous-tendent. Comme le personnage du film Zelig de Woody Allen en 1983 , Poutine et ses sbires se sont manifestés dans presque tous les coins du globe pour contester l’influence américaine et sa direction de cet ordre.

En Europe, il existe des preuves de tentatives russes d’influencer le vote du Brexit 2016 et de promouvoir des candidats d’ extrême droite et marginauxayant des liens avec le Kremlin lors des élections en France, en Allemagne et en Italie. Moscou a également cherché à attiser le séparatisme catalan avant le référendum sur l’indépendance d’octobre 2017 et a soutenu un coup d’État au Monténégro pour l’empêcher d’adhérer à l’OTAN. Le Kremlin a jalonné la voie de l’intégration des pays balkaniques à l’Ouest avec de nombreux obstacles. Le ministre bosniaque de la sécurité a récemment averti que des mercenaires formés par la Russie avaient mis en place une unité paramilitaire pour soutenir Milorad Dodik, le chef séparatiste serbe du pays.

Au Moyen-Orient et en Afrique, Moscou est maintenant aux commandes en essayant de naviguer dans une transition pacifique du pouvoir vers un ordre politique post-Assad. La Russie a récemment signé un important contrat d’armement avec la Turquie, alliée de l’OTAN, et collabore avec Ankara pour empêcher un nouvel expansionnisme kurde en Syrie. conclu un accord avec l’Egypte qui permettrait aux avions russes d’opérer hors des bases égyptiennes; et a augmenté son soutien à un chef de guerre libyen qui contrôle maintenant la moitié du pays. En Afrique du Sud, la Russie est au plus profond des scandales de corruption qui ont secoué le gouvernement Zuma

Plus près de nous, la Russie espère réaffirmer ses anciens liens commerciaux avec Cuba et reprendre les opérations militaires et de renseignement sur l’île. Le conseiller américain à la sécurité nationale, HR McMaster, a récemment mis en garde contre l’ingérence de la Russie dans les prochaines élections présidentielles mexicaines, en faveur d’un candidat populiste qui fait campagne sur des thèmes anti-américains . Les responsables canadiens ont mis en garde contre les opérations d’ influence russe dans le pays. Le Kremlin utilise des prêts pour soutenir le régime autoritaire de Maduro au Venezuela, engloutissant une grande partie des actifs pétroliers et gaziers du pays à des prix défiant toute concurrence.

Que veut la Russie?

Beaucoup de ces activités apparemment disparates reflètent la quête de la Russie pour un monde multipolaire. Ce principe d’organisation de la politique étrangère russe a été énoncé pour la première fois au milieu des années 1990 par le ministre russe des Affaires étrangères, Yvegeny Primakov. Il a été repris dans tous les principaux discours de politique étrangère de Sergueï Lavrov depuis 1994, d’abord en tant qu’ambassadeur de la Russie à l’ONU et depuis quatorze ans en tant que ministre russe des Affaires étrangères. Poutine a ponctué ce thème dans sa complainte en 2005 selon laquelle « l’éclatement de l’URSS était la plus grande tragédie géopolitique du 20ème siècle » et lors de son discours à la conférence de sécurité de Munich en 2007, quand il a dénoncé « la domination monopolistique des Etats-Unis rapports. »

 

Au cours de la dernière décennie, Poutine a parlé de « l’anarchie de l’exceptionnalisme américain » et de sa mauvaise gestion de l’ordre international libéral. Les expositions AF, dans son mémoire, sont l’invasion américaine de l’Irak par l’administration Bush en 2003 et la mauvaise gestion de l’économie nationale; la décision de l’administration Obama de renverser le régime de Kadhafi en 2011 et de s’éloigner des débris qu’elle a laissés derrière elle; Les efforts d’Obama pour soutenir le renversement du régime d’Assad; La promotion par les États-Unis de la démocratie et des «révolutions colorées» dans l’ex-Union soviétique; et une décennie d’échec de la politique en Afghanistan . Dans l’esprit de Poutine, nombre de ces actions ont contribué à engendrer l’état actuel de désordre global, la montée de l’extrémisme islamique et la tourmente qui a englouti le Moyen-Orient.

Ainsi, l’activisme mondial de la Russie est profondément enraciné dans la vision de Poutine de ce à quoi il veut que le monde ressemble et du rôle et de la position globaux de la Russie dans ce monde. En outre, Moscou ne le fait pas, simplement parce qu’elle est hostile au pouvoir de l’Occident et veut miner les institutions démocratiques, sécuritaires et économiques occidentales, bien qu’elle le fasse certainement. La Russie se mondialise également en raison de son économie atone au pays et de son désir de faire davantage d’affaires à l’étranger – et parce que le fait d’être considérée comme l’égale des États-Unis sur la scène mondiale et de défendre les États-Unis est une bonne politique.

Que ferait George Kennan?

George Kennan a un jour comparé les Etats-Unis à un dragon géant et endormi: lent à se réveiller mais une fois éveillé, il se débat violemment pour tuer ceux qui ont troublé sa tranquillité. Maintenant que l’administration Trump a reconnu la Russie comme une priorité majeure de sécurité nationale, elle ne devrait pas chercher à détruire les dragons, mais commencer par poser les questions suivantes: quels intérêts américains sont menacés par les actions russes et quelle est la probabilité La Russie peut atteindre ses objectifs; quel est l’objectif que Washington espère atteindre en repoussant ces activités et pourquoi nous attendons-nous que les mesures proposées l’atteignent; Quels sont les coûts et les conséquences probables de ces mesures et comment pourraient-elles être gérées ou atténuées? et que devrions-nous faire si nos mesures ne parviennent pas à faire progresser nos résultats préférés.

En répondant à ces questions, il est important de se rappeler que le Kremlin ne fonctionne pas à partir d’un plan directeur et que nous ne regardons pas Cold War, la suite. Le Kremlin ne veut pas diriger le monde. Poutine comprend les limites de la puissance russe et les coûts et les risques d’être le gros chien sur le bloc; il veut plutôt accélérer la transition du monde unipolaire de l’après-guerre froide dirigé par Washington vers un monde à plusieurs pôles dans lequel la Russie a une place sûre à la table. Le Kremlin n’offre aucune alternative viable à la commande existante.

La Russie n’a pas non plus créé les problèmes qu’elle exploite; Au contraire, il profite des opportunités pour combler les vides créés par la doctrine «America First» de Trump et les faux pas américains et occidentaux. En effet, les activités russes sont moins de feu et de fureur et plus pour le spectacle et pour renverser l’oiseau aux États-Unis. La Russie continuera à se retirer de la Chine dans la région Asie-Pacifique. La Russie n’est pas près de dominer l’Europe, ses activités en Afrique et dans cet hémisphère ont une valeur nuisible mais ne sont pas des changeurs de jeu, et le Kremlin n’a aucun intérêt à réparer un Moyen-Orient brisé, en colère et dysfonctionnel.

En outre, la Russie n’est pas à l’abri de la surenchère ou du retour de flamme. Le Kremlin a réussi à limiter les efforts d’intégration et de réforme intérieure de l’Ukraine, et il a également exacerbé les tensions dans l’unité transatlantique. Mais pour la première fois en une génération, l’agression russe en Ukraine et les menaces contre d’autres États européens ont déclenché un véritable débat au sein de l’OTAN sur l’amélioration des défenses de l’Alliance et certaines augmentations nécessaires des dépenses de défense alliées. L’agression de la Russie contre l’Ukraine a cimenté l’orientation occidentale de cette dernière et a suscité un intérêt au cœur des rêves de Moscou d’intégrer l’Ukraine dans l’Union économique eurasienne (EEU), pièce maîtresse de l’objectif de Poutine de créer un contrepoids dirigé par la Russie.

Bien que l’intervention de la Russie à l’élection présidentielle américaine de 2016 ait alimenté le dysfonctionnement politique, elle a également provoqué une tempête politique qui a affaibli la capacité de Trump à rétablir les relations avec Moscou et renforcé les sanctions contre la Russie. et une empreinte politique et économique croissante dans plusieurs pays de l’UE ou de l’OTAN. Le soutien de Moscou à la candidate à l’élection présidentielle française d’extrême droite, Marine Le Pen, s’est également retourné contre lui. Il a non seulement souligné les tentatives de la Russie d’intervenir dans la politique française, mais a également renforcé la sensibilisation du public européen aux efforts d’influence de Moscou et a renforcé la résilience européenne face à l’ingérence russe. Les efforts antérieurs de la Russie pour montrer son leadership mondial ou régional – à travers les BRICS, l’OTSC et l’UEE – ont tous échoué.

Ainsi, les Etats-Unis ne devraient pas confondre les activités russes avec succès – toutes leurs actions ne donneront pas les résultats souhaités par Moscou ou nuisent à d’importants intérêts occidentaux. Lorsque cela est le cas, l’Occident devrait veiller à ne pas réagir de manière excessive, car cela ne ferait que renforcer Poutine aux yeux du public russe et lui conférerait le statut mondial dont il a besoin, lui donnant des victoires peu coûteuses.

Le Kremlin n’abandonnera pas sa stratégie globale et lorsque les activités russes menaceront les intérêts et les valeurs occidentaux, tels que ses tentatives de saper les processus démocratiques et les institutions économiques et de sécurité transatlantiques, les Etats-Unis et leurs alliés devraient chercher à réduire, contenir ou minimiser impact sur ces intérêts. Mais le cœur de la réponse américaine aux activités mondiales de la Russie devrait s’articuler autour de sanctions plus ciblées et d’informations sur ce que fait la Russie dans les pays alliés et amis et échanger les meilleures pratiques pour renforcer la résilience de leurs sociétés, institutions politiques, secteur financier et cyber Infrastructure. Cela mettrait également en évidence les échecs russes et les coûts énormes pour l’Etat russe de ses activités. C’est l’approche large que l’Occident a adoptée pour des activités soviétiques similaires pendant la guerre froide. Cela a fonctionné à l’époque et cela peut fonctionner à nouveau tant que les États-Unis et leurs partenaires se rappellent forces et valeurs fondamentales.

Richard Sokolsky, actuellement boursier non résident de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, a servi dans le département d’État pendant trente-sept ans.

Paul Stronski est senior fellow chez Carnegie et ancien directeur de NSC pour la Russie et l’Asie centrale.

 

LE GRAND TEXTE DE MAUPASSANT SUR L’INFANTICIDE

Publié le 15/02/2018
Auteur:
Marina Bellot
L’auteur Guy de Maupassant âgé de sept ans, 1857 – source : édition ukrainienne de « Bel Ami »-WikiCommons

 

EN 1886, MAUPASSANT PUBLIE DANS GIL BLAS UN TEXTE BOULEVERSANT, À LA FRONTIÈRE ENTRE REPORTAGE ET NOUVELLE, DONT LE SUJET EST TRISTEMENT BANAL AU XIXE SIÈCLE : L’INFANTICIDE.

« La fille Prudent (Rosalie), bonne chez les époux Varambot, de Mantes, devenue grosse à l’insu de ses maîtres, avait accouché, pendant la nuit, dans sa mansarde, puis tué et enterré son enfant dans le jardin. »

Ainsi débute le texte à la lisière entre la nouvelle et le reportage que publie Guy de Maupassant en 1886 dans le journal Gil Blas.

Comme nombre de ses contemporains, l’écrivain est marqué par l’actualité de l’époque qui met régulièrement sur le devant de la scène médiatique des cas d’infanticides. Le profil type de l’accusée est net : il s’agit d’une femme jeune, seule et, bien souvent, domestique dans une maison bourgeoise. Maupassant s’était d’ailleurs déjà inspiré de ce thème de la servante enceinte et abandonnée dans son roman Une vie.

Entre 1870 et 1890, le nombre d’infanticides relayés par la presse est impressionnant et en constante augmentation.

En 1878, Le Bien Public rapporte ainsi :

« On poursuit, année moyenne, près de deux cents infanticides par an ; mais on serait loin du compte si on croyait connaître par là le nombre des crimes de cet ordre qui se commettent chaque année.

Un calcul sûr permet de les évaluer à deux ou trois mille au moins, et plus vraisemblablement à quatre ou cinq mille.

On voit combien, malgré leur zèle intempérant, les magistrats sont loin d’atteindre tous les coupables. Il y a mieux : le nombre des poursuites pour infanticide augmente progressivement. Il est de 200 aujourd’hui ; il n’était que de 150 il y a quelque vingt ans.  »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-bien-public/27-avril-1878/657/2025637/1?fit=56.737.485.428

En 1884, deux ans avant la parution de Rosalie PrudentLe Petit Troyen dresse ce même terrible constat :

« Il n’y a pas de mois où la chronique des tribunaux ne contienne les débats d’un procès en infanticide, il n’y a pas de semaine où l’on ne trouve abandonné sur la voie publique un enfant qui a eu à peine le temps de naître, et qui est déjà en train de mourir. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-petit-troyen/10-mars-1884/331/1562311/1?fit=108.610.875.570

Si les cas d’infanticides sont donc largement documentés, les causes de ce sinistre phénomène de société ne sont pour autant que peu étudiées. Maupassant, lui, loin de s’en tenir à l’acte tristement banal, met en lumière les conditions sociales et la misère qui ont conduit Rosalie à commettre l’irréparable :

« La perquisition faite dans la chambre de la fille Prudent avait amené la découverte d’un trousseau d’enfant complet, fait par Rosalie elle-même, qui avait passé ses nuits à le couper et à le coudre pendant trois mois. […]

La coupable, une belle grande fille de Basse-Normandie, assez instruite pour son état, pleurait sans cesse et ne répondait rien. On en était réduit à croire qu’elle avait accompli cet acte barbare dans un moment de désespoir et de folie puisque tout indiquait qu’elle avait espéré garder et élever son fils. »

Ses maîtres ? « Ils ne plaisantaient pas sur la morale », ironise Maupassant, qui se plaît à les dépeindre dans toute leur morgue bourgeoise :

« Ils étaient là, assistant aux assises, l’homme et la femme, petits rentiers de province, exaspérés contre cette traînée qui avait souillé leur maison.

Ils auraient voulu la voir guillotiner tout de suite, sans jugement, et ils l’accablaient de dépositions haineuses devenues dans leur bouche des accusations. »

Ce que le lecteur apprend en même temps que le tribunal devant lequel comparaît l’accusée, c’est que la jeune femme était enceinte du neveu du maître des lieux, un sous-officier venu passer son congé estival chez son oncle.

Et voilà que, blessée par la hargne de ses employeurs, Rosalie se met brusquement à « parler avec abondance, soulageant son cœur fermé, son pauvre cœur solitaire et broyé, vidant son chagrin, tout son chagrin maintenant devant ces hommes sévères qu’elle avait pris jusque-là pour des ennemis et des juges inflexibles » :

« C’est arrivé plus tôt que je n’aurais cru. Ça m’a pris dans ma cuisine, comme j’finissais ma vaisselle.

M. et Mme Varambot dormaient déjà ; donc je monte, pas sans peine, en me tirant à la rampe ; et je m’couche par terre, sur le carreau, pour n’point gâter mon lit. Ça a duré p’t-être une heure, p’t-être deux, p’t-être trois ; je ne sais point tant ça me faisait mal ; et puis, comme je l’poussais d’toute ma force, j’ai senti qu’il sortait, et je l’ai ramassé. […]

J’en ai tombé sur les genoux, puis sur le dos, par terre ; et v’là que ça me reprend, p’t-être une heure encore, p’t-être deux, là toute seule, et puis qu’il en sort un autre, un autre p’tit, deux, oui, deux, comme ça 

Je l’ai pris comme le premier, et puis je l’ai mis sur le lit, côte à côte. Deux. Est-ce possible, dites ? Deux enfants ! Moi qui gagne vingt francs par mois ! Dites, est-ce possible ? Un, oui, ça s’peut, en se privant, mais pas deux ! Ça m’a tourné la tête. Est-ce que je sais, moi ? J’pouvais t-il choisir, dites ?

Est-ce que je sais ! Je me suis vue à la fin de mes jours ! J’ai mis l’oreiller d’sus, sans savoir. Je n’ pouvais pas en garder deux, et je m’suis couchée d’sus encore. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/gil-blas/02-mars-1886/121/263261/1?fit=55.1524.876.589

Rosalie Prudent est acquittée. Une clémence dont fait alors bien souvent preuve la justice face à ce type de crime embarrassant.

Et Le Petit Parisien, en 1888, de rappeler que nombre d’infanticides pourraient être évités :

« Le nombre des infanticides est celui qu’on pourrait le plus facilement réduire, sans doute, il suffirait, pour cela, d’une bonne organisation de l’Assistance publique dans les campagnes.

Partout, en effet, ou la fille mère peut aisément se débarrasser de son enfant sans recourir au crime, c’est à-dire partout où l’administration recueille les nouveau-nés ou vient en aide aux mères, le nombre des infanticides est relativement minime.

Il s’élève, au contraire, dans les départements privés d’une organisation sérieuse et capable de rendre les services qu’on en doit attendre. Ainsi, l’on ne constate qu’un seul infanticide dans le Rhône où l’assistance fonctionne bien, alors qu’on en compte neuf dans la Meurthe-et-Moselle. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-petit-parisien/10-octobre-1888/2/65680/1?fit=1636.1091.492.486

À partir de la fin du XIXe siècle, le nombre d’infanticides baissera régulièrement – pour devenir, heureusement, un crime exceptionnel à la fin du XXe siècle.