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Archives de Catégorie: HISTOIRE

Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), Centrale d’Eysses, 23 février 1944

À l’issue de la révolte des détenus politiques de la centrale d’Eysses intervenue le 19 février 1944, douze résistants furent condamnés à mort par une cour martiale du régime de Vichy et fusillés le 23 février par un peloton de GMR et de gendarmes.


La centrale d’Eysses et la politique pénale de Vichy.

La centrale d’Eysses, installée en 1803 dans les bâtiments d’une ancienne abbaye bénédictine, est située sur la commune de Villeneuve-sur-Lot, à vingt kilomètres d’Agen, dans le département du Lot-et-Garonne. D’abord destinée aux longues peines, elle devint une maison d’éducation surveillée pour mineurs de 1895 à 1940. Le régime de Vichy décida d’y incarcérer de nouveau des adultes, d’abord principalement des prisonniers de droit commun. La situation changea radicalement à l’automne de 1943. Les faiblesses du système carcéral français suscitaient l’inquiétude de Vichy et les critiques des Allemands. Les évasions de détenus politiques étaient nombreuses, notamment des maisons d’arrêt mal gardées. Vichy décida donc le 15 septembre 1943 de reprendre en main l’administration pénitentiaire en la rattachant à l’Intérieur, puis de regrouper une grande partie des prisonniers politiques dans la centrale d’Eysses plus fortement surveillée. Les premiers furent des détenus de la zone sud, en application d’une circulaire en date du 26 octobre 1943 signée par René Bousquet, secrétaire général de la police ; celui-ci ordonna le transfert des condamnés par les sections spéciales, les tribunaux militaires de la zone sud et le tribunal d’État de Lyon, pour « menées communistes, terroristes, anarchistes ou subversives » (Jaladieu, Lautissier, p. 19). Au cours des mois suivants, ils furent rejoints par des détenus de zone nord. « Eysses devient la principale centrale de regroupement des résistants condamnés ». (Jaladieu, Lautissier, p. 19). Ainsi, alors que « le 30 septembre 1943, la prison ne compte que 10% de politiques, les 18 février 1944, quand le plafond de population carcérale est atteint (1430 détenus) elle est devenue à 90% une prison de résistants. » (Jaladieu, Lautissier, p. 25).

La centrale d’Eysses, foyer de résistance.

Un collectif de résistance s’organisa au sein de la prison. Il obtint immédiatement du directeur, M. Lassalle, un régime politique, c’est-à-dire un régime assoupli pour les quelque 1200 détenus résistants, et ce jusqu’en février 1944. Un rapport de M. Chartroule, successeur par intérim de M. Lassalle, en date du 31 décembre 1943, décrit les concessions accordées par son prédécesseur : « M. Lassalle tolérait que les détenus assurent eux-mêmes leur police sans intervention du personnel et lui présentent périodiquement un cahier de revendications. Les fouilles des dortoirs et le sondage des barreaux aux fenêtres n’étaient plus pratiquées, les détenus ayant donné leur parole de rester calmes et disciplinés. M. Lassalle ne se conformait pas aux instructions restrictives qu’il avait reçues pour la réception des colis par les détenus, la correspondance et les visites. L’usage du tabac était toléré. Les locaux occupés par les détenus étaient ornés d’inscriptions et de décorations diverses ayant un motif patriotique. Les détenus étaient autorisés à virer les sommes portées à leur pécule au nom de personnes habitant la localité, lesquelles utilisaient ces sommes pour leur procurer des vivres dont ils faisaient bénéficier l’ensemble de leurs codétenus. Les instruments de musique étaient autorisés et une scène de théâtre et ses accessoires étaient installés par les détenus. La veille de Noël M. Lassalle avait laissé les détenus organiser une fête et y avait même assisté… » Une université populaire fut même organisée, dans laquelle enseigna notamment le physicien Georges Charpak. 
Parmi les surveillants, les détenus pouvaient au moins compter sur la bienveillance, voire l’aide d’une minorité, les 14% organisés au sein d’un Front national du personnel à l’instigation des résistants détenus. La presse clandestine circulait dans la centrale ; les détenus eux-mêmes publièrent des journaux, « Le Patriote enchaîné » et « L’Unité ». Des armes furent introduites, et bientôt fut constitué un bataillon FFI clandestin, ce que l’on appela le « bataillon d’Eysses ». 
Les 8, 9 et 10 décembre 1943, – Les « Trois Glorieuses » – le bataillon d’Eysses s’opposa avec succès, malgré l’intervention de gardes mobiles et de GMR, au transfert d’une partie des détenus dans des camps ou prisons de la zone Nord, où ils auraient été directement sous la menace des Allemands. En définitive, ils furent dirigés vers Sisteron (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) le 22 décembre 1943. Le 3 janvier 1944, une évasion collective fut organisée par l’Intelligence service, le réseau Buckmaster et le mouvement Franc-Tireur. 54 détenus parvinrent à s’échapper en bénéficiant de la complicité de deux gardiens. Alertés par ces évènements et par le rapport du 31 décembre, les autorités de Vichy limogèrent le directeur, M. Lassalle, et le remplacèrent par un ami personnel de Darnand, M. Schivo, ex chef départemental de la Milice dans les Bouches-du-Rhône, lequel prit ses fonctions le 21 janvier. Eysses devint une prison milicienne, alors que les détenus s’apprêtaient à organiser une gigantesque évasion collective pour rejoindre les rangs de la Résistance dans le sud-ouest. 
La tentative d’évasion collective du 19 février 1944. 

Le 19 février 1944, Eysses fut le théâtre d’une tentative d’évasion collective sans équivalent sous l’Occupation, puisqu’il s’agissait ni plus ni moins de permettre à l’ensemble des détenus politiques de s’échapper. Si, dans un premier temps, les opérations tournèrent à l’avantage des détenus, puisque dans l’après-midi la direction fut capturée et que les résistants parvinrent à prendre le contrôle de la centrale à l’insu des autorités extérieures, vers 17h l’alerte fut donnée par une corvée de droit commun. La centrale fut alors assiégée par les forces de l’ordre de Vichy que de violents combats opposèrent aux détenus qui tentèrent vainement de forcer le passage. Vers 21h, un détachement des troupes d’occupation prit position et, vers 3h du matin, les Allemands menaçant de pilonner la centrale, les insurgés se rendirent, Schivo ayant donné sa parole d’officier qu’il n’y aurait pas de représailles. A 4h du matin, les autorités de Vichy, Milice et GMR, avaient repris le contrôle de la centrale.

La répression 

Enquête

Se trouvant à Vichy, Joseph Darnand, Secrétaire général au maintien de l’ordre, fut averti dans la nuit de cette situation exceptionnelle. Il se rendit d’urgence à Eysses, où il arriva dans l’après-midi du 20 février. Il dirigea alors en personne la répression, donnant l’ordre de renforcer la garde extérieure et d’introduire des forces de police dans la centrale, ce afin d’organiser une fouille générale des locaux et des détenus. Il repartit pour Vichy le lundi 21 février dans la matinée, après avoir exigé « cinquante têtes ». L’enquête menée par les brigades mobiles de Limoges et de Toulouse – la première, à l’inverse des Toulousains, se conduisant avec une extrême brutalité – permit de désigner les prétendus meneurs de la mutinerie. Les détenus étant tous rassemblés dans les préaux, ceux qui furent désignés et mis à l’écart furent conduits au quartier cellulaire. Seize personnes furent immédiatement mises en cause – « comme meneurs actifs et armés de la mutinerie » :
Auzias Henri, avec neuf témoins à charge, dont trois l’ayant vu porteur d’un revolver, les autres « donner des ordres et parlementer au téléphone » ;
Stern Joseph, vu armé d’une mitraillette par quatre surveillants ;
Bernard François, mis en cause, en tant que « chef à qui les autres détenus demandaient des instructions » par le directeur et son garde du corps, et en tant que blessé ; 
Chauvet Jean et Brun Roger mis en cause par le premier surveillant Dupin, qui affirma les avoir vus participer à la mutinerie avec une arme ;
Sero Jaime, Marqui Alexandre, Sarvisse Félicien et Serveto Bertran, tous les quatre blessés, le dernier par une grenade. Parmi eux, seul Serveto reconnut avoir transporté des matelas pour attaquer le mirador, les autres nièrent toute participation active. ; 
Vigne Jean, Guiral Louis et Pelouze Gabriel, tous trois mis en cause par le détenu L., Vigne et Pelouze pour avoir commandé l’attaque du mirador, le dernier donnant des ordres et Guiral pour avoir défoncé le plafond de la lingerie et jeté des grenades sur le mirador ; 
Canet Jean, légèrement blessé au bras ;
Fieschi Pascal, accusé par le surveillant-chef d’avoir agressé le directeur ;
Brinetti Henri, accusé par le surveillant-chef d’être l’agresseur de l’inspecteur et, par un surveillant, de l’avoir menacé d’un revolver. 
Seuls deux des principaux responsables, Auzias et Bernard, ont donc été mis en cause. Le seul détenu « dénonciateur », était un blessé : Lucien L., lequel, sans doute dans l’espoir de voir sa vie épargnée, se déclara immédiatement disposé à raconter tout ce qu’il savait sur les événements du 19 février. Parmi les mille deux cents détenus interrogés, c’est le seul qui parla, et ses déclarations furent lourdes de conséquences… 


Les condamnations à mort par une cour martiale du régime de Vichy

Le mercredi 23 février, à quatre heures du matin, une cour martiale se réunit pour l’examen de quatorze procès-verbaux, parmi les seize initialement choisis. Les cours martiales ont été créées par la loi du 20 janvier 1944 pour suppléer au laxisme supposé des autres juridictions face au développement de la lutte armée contre les Allemands et le régime de Vichy. « Ces juridictions – écrit l’historienne Virginie Sansico, art. cit. – ont très tôt été qualifiées de « cours martiales de la Milice », alors qu’il aurait fallu parler des « cours martiales du secrétariat général au Maintien de l’ordre (SGMO) ». La nuance est de taille : seule la mise en évidence du rattachement au SGMO permet de saisir le caractère centralisé et étatique de l’organisation des cours martiales, et donc de comprendre la signification réelle de ces juridictions. Au contraire, les considérer, comme c’est encore parfois le cas, comme des instances dépendant de la Milice – et non de l’Etat – tend à minimiser l’importance politique qu’a revêtue leur création, et à classer les dizaines de condamnations à mort qu’elles ont prononcées parmi les innombrables exactions miliciennes, généralement perçues (bien souvent à tort, là encore) comme désordonnées et hors du cadre légal. Or, le texte de la loi du 20 janvier 1944 portant création des cours martiales ne comporte aucune référence à la Milice. Son article premier stipule que « le secrétaire général au Maintien de l’ordre est autorisé à créer par arrêté une ou plusieurs cours martiales ». Certes, Joseph Darnand est le fondateur de la Milice, et sa nomination au poste de secrétaire général au Maintien de l’ordre marque l’entrée de cette dernière au gouvernement. Mais « l’Etat milicien » qui se met en place au début de l’année 1944 ne se résume pas à la Milice. Et le SGMO, bien que composé de nombreux miliciens, est avant tout le pilier central du gouvernement de Vichy en matière répressive : c’est dans ce cadre-là que sont créées les cours martiales, et on ne peut en saisir toute la signification sans prendre en considération l’ensemble de ces paramètres. » 
Deux détenus échappèrent de justesse à la cour martiale : le dénonciateur en contrepartie de ses révélations, et Brinetti, mis hors de cause par l’inspecteur qui ne reconnut pas en lui l’homme désigné comme son agresseur. Notons que Pascal Fieschi, accusé d’avoir capturé le directeur, fut lui amené à comparaître car il avait été formellement reconnu par ce dernier comme étant son assaillant. Les témoignages recueillis auprès du personnel furent donc déterminants. Les procès-verbaux furent remis à la cour martiale qui délibèra à huis clos. Les « juges » de la cour ne purent être identifiés. Ni défense, ni recours. Douze détenus sur quatorze furent condamnés à mort, les deux autres, Fieschi et Canet devant être présentés devant le procureur de la République afin d’être poursuivis par la section spéciale de la cour d’appel. A dix heures, le président de la cour martiale, assisté de deux juges, lut la sentence aux condamnés. Une heure plus tard ils tombaient sous les balles.

L’exécution de douze résistants

Henri Auzias, né le 9 avril 1912 à Villevieille (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence).
Fernand Bernard, né le 10 juin 1906 à Perpignan (Pyrénées-Orientales).
Roger Brun, né le 31 août 1922 à Peschadoires (Puy de Dôme)
Jean Chauvet, né le 11 septembre 1921 à Nîmes (Gard)
Louis Guiral, né le 8 février 1908 à Mondragon (Tarn)
Alexandre Marqui, né le 8 juin 1914 à Lourdes (Hautes-Pyrénées)
Gabriel Pelouze, né le 8 janvier 1910 à Carcassonne (Aude)
Félicien (Émile) Sarvisse, né le 9 juin 1922 à Ouveillan (Aude)
Jaime Sero-Bernat, né le 10 janvier 1920 à Lérida (Espagne)
Domènec Servetó Bertran, né le 4 août 1904 à Terrassa [Tarrasa] (Espagne)
Joseph Stern, né le 19 avril 1916 à Chisinau (Bessarabie)
. Jean Vigne, né le 19 mars 1912 à Boisset-Gaujac (Gard)


Ils furent fusillés par un peloton français mercredi 23 février 1944 à 11h dans la cour d’étendage de la prison. Les poteaux avaient été plantés à deux mètres du mur avec derrière eux des panneaux pour éviter les ricochets des balles. L’intendant de police Hornus désigna le lieutenant Martin qui, depuis janvier 1944, était à la tête de la garde extérieure de la centrale pour commander le peloton. Les hommes désignés d’office pour le composer – 6 fusilleurs pour un condamné – appartenaient au GMR Gascogne, au 5e régiment des gardes mobiles de Toulouse et à la gendarmerie de Villeneuve-sur-Lot. Il y eut, semble-t-il, des réticences, mais tous finirent par obéir aux ordres…
L’attitude courageuse des condamnés frappa les témoins. Selon le témoignage de C. Robert, l’un des douze surveillants désignés pour les accompagner avec un pasteur et un curé, aumôniers de la prison : « Après la sentence, les condamnés ont entonné la Marseillaise, tout le monde était au garde à vous, et les gardes mobiles ont présenté les armes. Auzias a pris la parole déclarant notamment : « Nous allons mourir en braves pour vous tous, pour sauver la liberté et surtout pour la libération de la France ». A nouveau ils ont chanté des chants patriotiques puis ils ont demandé d’écrire (enchaînés). Le lieutenant leur a donné cinq minutes montre en main pour terminer. Auzias a demandé à parler à Schivo et lui reproché de ne pas avoir tenu parole. Chauvet a fait remarquer au GM et aux GMR le crime qu’ils allaient commettre en tirant sur des Français. Ils ont refusé qu’on leur bande les yeux disant qu’ils savaient mourir en Français et en regardant leurs assassins. » Les fusillés furent inhumés au cimetière Sainte-Catherine d’Eysses, sous surveillance policière pour empêcher toute manifestation.

De la centrale d’Eysses à Dachau

Outre les deux « rescapés » de la cour martiale, Canet et Fieschi, dix-neuf autres dossiers devaient être soumis à la section spéciale. Les détenus visés étaient tous suspectés, soit d’avoir participé activement à la mutinerie (sept détenus), soit d’avoir joué un rôle dans l’organisation clandestine des prisonniers (douze détenus). Au total, vingt et un dossiers furent renvoyés devant la section spéciale d’Agen ; ces hommes ont été envoyés au quartier cellulaire avec une trentaine d’autres détenus contre lesquels aucune charge particulière n’était retenue, mais qui avaient été mis de côté lors de la sélection du 20 février, soit en raison de leur insubordination, soit après avoir été désignés par le personnel. Le quartier cellulaire devint alors pour les détenus et la Résistance extérieure le « quartier des otages ». Trente six détenus du quartier cellulaire furent transférés vers la prison de Blois le 18 mai avant de rejoindre Compiègne pour être déportés. Les autres -1121 – furent livrés par Vichy aux autorités allemandes, en l’occurrence les SS de la division Das Reich, le 30 mai 1944 et déportés à Dachau.

Sources

SOURCES : Corinne Jaladieu, La prison politique sous Vichy. L’exemple des centrales d’Eysses et de Rennes, L’Harmattan, 2007. — Corinne Jaladieu, Michel Lautissier, Centrale d’Eysses, Douze fusillés pour la République, Récits historiques et témoignages, Association pour la mémoire d’Eysses, Conseil général du Lot-et-Garonne, juin 2004. — Amicale des Anciens d’Eysses présente Eysses contre Vichy 1940-…, Paris, Éditions Tirésias, Michel Reynaud, 1992. — Virginie Sansico, France, 1944 : maintien de l’ordre et exception judiciaire. Les cours martiales du régime de Vichy, Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°3, novembre-décembre 2007, www.histoire-politique.fr. — Fabrice Bourré, articles sur la révolte d’Eysses dans le Musée de la Résistance en ligne.

Pages Internet consultées en décembre 2015 :
-  Site officiel de l’Association nationale pour la mémoire des résistants et patriotes emprisonnés à Eysses
-  Musée de la Résistance en ligne, les 12 fusillés d’Eysses
-  Musée de la Résistance en ligne, Arrêt de la cour martiale
-  Musée de la Résistance en ligne,rapport anonyme sur la cour martiale et les exécutions
-  Exposition virtuelle sur Eysses (Corinne Jaladieu)

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Publié par le février 21, 2019 dans HISTOIRE

 

L’histoire de Karl Marx en manga chinois (video avec traduction de Marianne)

 

Voici le cadeau que nous offre Marianne, la première partie du manga que le Parti communiste chinois a consacré à Karl Marx. Les chansons ne sont pas traduites en russe et Marianne a traduit à partir du script en russe.

Pensez à activer les sous-titres : 7 langues sont proposées! Et merci à Katia et Svetlana qui ont traduit de chinois en russe (note de Marianne).

 

Lénine dans les langes: une artiste se souvient de son enfance soviétique Par Amos Chapple

par pitié, essyons de nous laver un moment de toute cette merde de notre société où la manipulation est possible parce que la haine raciste se développe. Et regardons ensemble les souvenirs de cette israélienne élevée à Kiev qui s’affirme communiste et qui considère que le système capitaliste n’est pas ce qu’elle croyait, mais qui ne présente pas le socialisme comme le paradis que certains voudraient et défendent y compris à Berlin et à Tel Aviv. Ce qui provoque le débat et  lui vaut des remarques du type: « pourquoi au lieu d’aller à Berlin ou à Tel Aviv vous n’allez pas en Corée du Nord? (note et traduction de danielle Bleitrach)

Deux semaines après que Zoya Cherkassky-Nnadi, âgée de 14 ans, et sa famille aient quitté Kiev pour une nouvelle vie en Israël, l’URSS s’est effondrée. Récemment, l’artiste s’est inspirée de souvenirs de son enfance soviétique dans une série de peintures qui ont captivé l’Internet russophone.

Travaillant avec de l’huile sur du lin, Cherkassky-Nnadi a utilisé un style délibérément naïf dans ses peintures de la vie soviétique des années 1980. Elle a déclaré à RFE / RL par téléphone: «J’ai commencé cette série quand j’étais enceinte de mon premier enfant, alors je me rappelais mes propres souvenirs d’enfance.»

Une scène de datcha en milieu rural en Ukraine. «Les deux derniers mois [de la grossesse], je restais au lit et je dessinais ces souvenirs. Je pense que c’est la raison pour laquelle le travail est si chaleureux », a-t-elle confié à RFE / RL depuis son domicile à Tel-Aviv.

Dans cette peinture intitulée «Mama», l’artiste a décrit son rituel nocturne qui consiste à attendre le retour de sa mère à la maison. «Je vivais au septième étage et il y avait un arrêt de bus près de notre appartement. Chaque nuit, je regardais par la fenêtre ma mère sortir du bus.  »

Cherkassky-Nnadi, qui a adopté le nom de son mari nigérian comme suffixe, photographiée à Kiev en 1985. Depuis qu’elle a quitté l’Ukraine soviétique, l’artiste a travaillé à Berlin et en Israël.

Cherkassky-Nnadi a déclaré que les gens étaient divisés sur son image de la vie soviétique. « Certains d’entre eux croient encore que l’URSS était l’entité du mal, et ils pensent que je ne montre pas assez les horreurs de ce système, d’autres idéalisent cette période et disent que je montre trop de pauvreté et de dépression. »

Une fille qui enfile ses bas avant de se préparer pour l’école.

Une cafétéria servant des côtelettes de purée de pomme de terre et de bœuf haché, décrite par le New York Times en 1963 comme «le morceau de viande le moins cher, le plus populaire, sinon le plus vénéré, que l’on pouvait acheter avec quelques  kopecks ».

Un festin aménagé pour les festivités du 1er mai. La propagation comprend une bouteille de spiritueux ukrainien épicé et des «chapeaux de la mort» – des œufs dévorés garnis de tomates à la mayonnaise, ressemblant à des champignons empoisonnés.

Un jeune dissident à l’écoute de Radio Liberty, qui est aussi le nom de la peinture. «Nous croyions en quelque chose qui n’existait pas, car personne n’avait été à l’Ouest», a déclaré Cherkassky-Nnadi. «Les gens pensaient que la situation était la même à l’Ouest, mais en mieux. Mais maintenant, j’ai passé la majeure partie de ma vie dans le monde capitaliste ,  j’ai beaucoup de critiques à adresser à ce système.  »

Cherkassky-Nnadi a été catégorique à propos de ses tendances politiques, affirmant qu ‘ »idéologiquement, je suis communiste ».

Une scène d’été avec des tomates et de l’aneth en préparation pour le marinage. Petite-fille d’un gérant de magasin d’alimentation, la jeune Cherkassky-Nnadi a pris des repas dont beaucoup de ses pairs ne pouvaient que rêver.

Une peinture intitulée «viens manger quelque chose». Cherkassky-Nnadi a expliqué les avantages du travail de son grand-père. «Premièrement, il pouvait  obtenir [une bonne nourriture] pour ma famille et, par exemple, si nous avions besoin d’un bon médecin, [mon grand-père] pouvait obtenir de bonnes choses pour lui et [le médecin] pouvait faire de bonnes choses pour nous. ”

Cherkassky-Nnadi a déclaré que le style simpliste de la série résultait du fait que les peintures étaient « fabriquées à partir de souvenirs », mais a ajouté que les « souvenirs sont totalement sélectifs ».

Une écolière a fini ses devoirs alors que sa mère regardait «Projector of Perestroika», une émission de nouvelles qui a envahi l’URSS à la fin des années 1980 avec ses reportages critiques sur la corruption officielle et le système soviétique en décomposition.

Une scène à l’extérieur d’un immeuble intitulée «Elle a oublié sa jupe».

Un jeune rockeur s’apprête à quitter une maison où une armoire sert de cloison entre les pièces.

Lors d’une discussion sur LiveJournal, un commentateur russophone a réagi à la peinture: « Pourquoi tous ces gens nostalgiques de l’URSS se déplacent-ils à Berlin et en Israël, et non en Corée du Nord? »

Le thé étant servi dans un compartiment de train. L’artiste a déclaré qu’elle appréciait le débat suscité par son travail. «Tout le monde n’est pas obligé de s’intéresser à l’art et je suis heureux lorsque mon art touche les gens à un tel point qu’ils écrivent des commentaires fâchés toute la journée sur Facebook. Je vois cela comme un exploit.  »

 

L’Afghanistan était un champ de bataille pour la domination mondiale

Фото: Андрей Соломонов/РИА Новости

Valery Korovine

Directeur du Centre d’expertise géopolitique

15 février 2019

https://vz.ru/opinions/2019/2/15/964462.html

Marianne nous a traduit ce texte écrit par un homme de droite, si je comprends bien son contenu 1) il marque la nouveauté de la géopolitique par rapport à l’internationalisme qui caractérisait l’URSS. C’est-à-dire que ce sont les intérêts nationaux qui priment et l’on aide dans le cadre de ceux-ci. Mais le même interprète défend l’URSS à sa manière et dénonce ceux qui n’ont pas vu la nature de son combat. Encore un article qui remet en cause les idées préconçues qui sont les nôtres et nous aide à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons (merci Marianne – note de Danielle Bleitrach).

Dès l’époque de la «perestroïka», il était de bon ton de vilipender la campagne militaire afghane, pour nous obliger à nous repentir. En réalité, c’est ce repentir incessant à propos de tout et de rien qui a permis d’ébranler, puis de détruire le bloc soviétique. Et pourtant, 30 ans après le retrait complet et définitif du contingent soviétique d’Afghanistan, il apparaît clairement qu’il n’y avait pas particulièrement de quoi se repentir. Pour l’essentiel, nous avons tout fait à l’époque comme il fallait, il suffisait d’éliminer certaines erreurs et d’ajuster la ligne idéologie générale.

À partir de Khrouchtchev en URSS, il était de coutume de stigmatiser la géopolitique en la qualifiant de «pseudo-science bourgeoise» et de la diaboliser de toutes les manières, la comparant presque au fascisme. Sous Brejnev, la géopolitique était tout simplement tue, comme si elle n’existait pas. Dans le même temps, nos « partenaires occidentaux » ont toujours suivi la logique géopolitique et continuent de le faire à ce jour. Les motifs de l’entrée des troupes soviétiques en Afghanistan étaient aussi essentiellement géopolitiques.

 

La question était de savoir quel camp – atlantiste ou eurasien – établirait son contrôle géopolitique sur l’Afghanistan. Peu de temps auparavant, une révolution dite démocratique avait eu lieu dans ce pays et l’Afghanistan était devenu une république.

 

Ces changements pouvaient être interprétés de deux manières. D’une part, les Américains considéraient la « démocratie » comme leur bannière idéologique. D’autre part, l’URSS ne craignait pas les changements démocratiques s’ils arrivaient à la place de «l’archaïsme» et des traditions, c’est-à-dire ce contre quoi luttait le modernisme soviétique. Chez nous cela s’appelait «démocraties populaires» et cela impliquait un développement sur la voie de transformations socialistes.

 

Se désignant comme la République d’Afghanistan, le nouvel État surgissant à la place d’un pays archaïque, traditionnel, était en quelque sorte ouvert aux transformations. Mais lesquelles? Pour cela, deux superpuissances devaient se battre: le continent eurasien et la puissance atlantique – en langage géopolitique – ou encore le socialisme et le capitalisme – en langage idéologique.

 

On a donc une confrontation géopolitique. Les dirigeants soviétiques craignaient à juste titre une intervention directe des États-Unis en Afghanistan. Il convient de rappeler ici que les interventions militaires américaines à cette époque étaient déjà assez courantes. À la fin des années 1970, ils avaient déjà envahi de nombreux pays.

 

Les interventions les plus importantes comprennent le débarquement des marines américains en Haïti, l’invasion militaire du Japon, de la Corée, du Vietnam et de Cuba avec le soutien des marines américaines et de l’aviation, l’organisation de l’invasion du Guatemala avec la participation de la CIA et de l’US Air Force. Et nous ne parlons ici que de la participation directe des forces armées américaines. Et combien y a-t-il eu d’invasions militaires organisées par les États-Unis par procuration ou en sous main – il est impossible de le savoir. Par conséquent, envahir l’Afghanistan désorganisé par la révolution était pour les Américains simple comme bonjour.

 

En outre, les États-Unis perdaient le contrôle de la région – l’Iran se rebellait et quittait la zone d’influence américaine. Il fallait s’accrocher à une tête de pont. La création d’un État sous contrôle avec des bases militaires américaines aux frontières mêmes de l’Union soviétique aurait constitué un coup de maître. Et l’Afghanistan, qui occupe une position centrale dans la région, était parfaitement adapté à cet objectif. À partir de son territoire, il était possible de poursuivre l’expansion dans les républiques d’Asie centrale soviétique (sur le territoire desquelles se déroulaient régulièrement des attaques depuis l’Afghanistan avec le soutien américain), tout en bénéficiant d’une position forte au Pakistan avec accès à la mer d’Oman et à l’océan Indien. Que demander de mieux.

 

Par conséquent, si l’URSS n’avait pas engagé ses troupes en Afghanistan en 1979, ce sont les Américains qui l’auraient fait. Ce qui s’est produit effectivement un peu plus tard (à l’échelle historique).

 

Mais ce n’est pas tout. En fait, divisant le monde en deux parties, les blocs soviétique et occidental avaient un nombre égal d’actions géopolitiques, environ 50/ 50. Chacun d’entre eux devait recevoir au moins 1% supplémentaire pour avoir une «participation majoritaire». Obtenir cette prééminence, même infime, aurait signifié passer le point critique de la domination. Après cela, le bloc qui aurait obtenu la majorité aurait acquis non seulement un avantage géopolitique, mais également un avantage idéologique.

 

La lutte pour l’Afghanistan revêtait donc une importance fondamentale.

 

    Si l’URSS avait réussi, l’Afghanistan serait devenu socialiste, l’émergence de l’idéologie soviétique dans le monde serait devenue irréversible et le projet idéologique occidental aurait entamé son déclin.

 

Les Américains, qui préparaient leur invasion militaire, mais ont été pris de court, le savaient. C’est maintenant qu’ils essayent de se convaincre et de convaincre le monde entier que c’était justement leur idée, et que c’étaient eux, soi-disant, qui avaient entraîné l’Union soviétique dans une guerre sans espoir …

 

À cette époque, l’Irak, la Libye et la Syrie s’engageaient déjà dans la voie de la construction du socialisme, même s’il s’agissait encore d’un modèle islamiste. Les idées socialistes s’emparaient de l’Amérique latine et renforçaient leur influence en Afrique, dans la région Asie-Pacifique. Tout ce qui se passait était surveillé de près par les pays du Mouvement des pays non alignés, hésitant, choisissant le camp, surveillant qui prenait le dessus.

 

C’est pourquoi l’URSS et les États-Unis ont beaucoup investi en Afghanistan. Le programme d’aide économique à la République démocratique d’Afghanistan de la part de l’URSS est impressionnant : nombreuses centrales hydroélectriques, barrages, lignes électriques, parcs de stockage, gazoducs, entreprises, aéroports, autoroutes, ponts, jardins d’enfants et hôpitaux, établissements d’enseignement et bien plus encore. Tout cela sur un espace nu de sable et de pierres. En fait, nous avons construit en Afghanistan tout ce qui existe encore actuellement, prouvant notre efficacité non pas en paroles mais en actes. Au même moment, les États-Unis investissaient dans l’infrastructure militaire du Pakistan voisin où des groupes paramilitaires étaient formés, dans des livraisons d’armes et dans une campagne d’information antisoviétique.

 

En analysant ce qui s’est passé du point de vue d’aujourd’hui, nous pouvons dire avec certitude à quel endroit nous avons fait des erreurs de calcul, pour quelles raisons  nous avons perdu. L’Afghanistan islamique traditionnel, en grande partie archaïque et tribal, n’était bien sûr pas prêt à accepter le modèle soviétique, athée, matérialiste, marxiste tel que nous l’avons amené ici. Et tandis que Kadhafi, Hussein et Asad Sr., ainsi que Nasser et d’autres dirigeants de l’Orient, adaptaient progressivement le socialisme aux spécificités de leurs pays, nous avons rapidement essayé de construire une république soviétique où même les travaux préparatoires n’avaient pas été effectués.

 

Nous étions pressés et avons donc semblé ridicules avec notre marxisme et notre «assistance internationale», à un endroit où non seulement il n’existait aucune classe de travailleurs avec une conscience politique prolétarienne, mais où l’appartenance au genre et à la tribu revêtait et revêt encore aujourd’hui une importance capitale.

 

Les Américains quant à eux ont fermé les yeux sur tout sauf l’essentiel: assurer leurs intérêts géopolitiques dans la région et ne pas prêter attention aux points de vue et aux caractéristiques de la société afghane. Et tandis que nous qualifiions la géopolitique de «pseudoscience», ne nous reposant que de manière intuitive sur ses lois, les Américains ont fait leur «Grand jeu», dont nous subissons les conséquences jusqu’à aujourd’hui.

 

Après avoir introduit nos troupes suite à plus de 20 demandes et appels répétés du côté des autorités afghanes légitimes, nous avons absolument agi comme il se devait du point de vue de la géopolitique (tout en le niant). De même que nous agissons de manière tout à fait juste aujourd’hui en Syrie, en suivant ouvertement une logique géopolitique. A l’époque, nous avons perdu, empêtrés dans une idéologie moderne qui nous est étrangère, dont le marxisme fait partie. Aujourd’hui, il est important pour nous de clarifier le sens de nos actions, d’opposer à leur idée du globalisme notre alternative eurasienne. Sans imposer nos idées à qui que ce soit, garder la tradition et la foi de ces peuples qui se tournent vers nous pour obtenir de l’aide. Ce sera notre travail principal sur les erreurs de la campagne afghane.

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

 

L’enfer libyen

Sept ans après le renversement et l’assassinat de Kadhafi après l’agression de l’OTAN, la Libye est toujours plongée dans la guerre et le chaos. Alors que le soi-disant gouvernement d’unité nationale, reconnu par l’ONU et dirigé par Fayez Sarraj, essaie d’imposer son autorité depuis Tripoli, et que le maréchal Khalifa Haftar dirige la soi-disant Armée de libération nationale, qui contrôle l’est du pays et la Chambre des représentants, à Tobrouk, d’autres groupes armés dominent différentes villes et une partie du pays reste contrôlée par Daesh. Les deux parties, la Chambre des représentants et le gouvernement d’unité nationale, sont en désaccord, bien qu’ils se soient entretenus à Paris en mai 2018 en vue d’organiser des élections qui pourraient avoir lieu au printemps 2019. Cependant, la situation dans le pays reste chaotique: la prolifération de groupes armés, souvent des instruments de féroces chefs de guerre locaux, a transformé la Libye en un enfer.

Tripoli, Tobrouk et Misurata sont des centres de forces combattantes dont les dirigeants s’affrontent pour voler les richesses du pays. Ils achètent et corrompent souvent des groupes armés qui changent de drapeau et de loyauté, enlèvent et tuent, voire occupent des champs pétrolifères (comme ce fut le cas à Sidra et à Ras Lanuf en 2017 et à Sharara en décembre 2018, occupés par la milice Bataillon 30) pour négocier plus tard avec les compagnies occidentales. La corruption et le vol, perpétrés par des chefs de milices et des trafiquants indépendants ou liés aux puissances occidentales, sont constants: le bureau du procureur de Bruxelles enquête sur la disparition de milliards de dollars du pays déposés dans une banque belge.

En septembre dernier, les combats se sont intensifiés dans le cadre d’une « guerre de milices » chaotique et la septième brigade, dirigé par l’ancien gadhafiste Abdel Rahim al-Kani et maintenant un allié de l’islamiste Khalifa al-Ghawil, s’est affronté aux forces de Fayez Sarraj. Le dernier épisode a été le déclenchement d’une voiture piégée au ministère des Affaires étrangères à Tripoli, qui a fait plusieurs morts à la fin du mois de décembre 2018. Le Libanais Ghassan Salamé, chef de la MANUL, la mission d’appui de l’ONU pour la Libye est submergé par l’existence de nombreux groupes armés et par l’action des puissances occidentales et des pays du golfe Persique qui lancent des opérations de combat ou bombardent la population civile et parient sur la tenue d’élections, même s’il est douteux qu’ils résolvent le chaos de la guerre. Un pays détruit qui, dans la pratique, est démantelé et n’existe pas.

La France et l’Italie s’affrontent: Rome, à travers Salvini, a accusé Paris d’ingérence en Libye motivée par des intérêts économiques et agissant conformément à Haftar, tandis que les États-Unis visaient à contrôler les flux de pétrole et à stabiliser la situation avec un gouvernement client, maintient un contingent militaire et bombarde avec son aviation et ses drones. Des informations intéressantes divulguées par les chancelleries occidentales faisaient état du soutien russe à Khalifa Haftar, accusation rejetée par Moscou. La Russie estime que tous les groupes politiques et armés du pays devraient participer aux négociations pour résoudre le chaos, y compris le fils de Kadhafi, Seif al-Islam. À son tour, l’Égypte intervient fréquemment lors des bombardements, de même que le Qatar: tous deux parrainent des groupes armés, et les Émirats arabes unis soutiennent le général Haftar qui se proclame adversaire de l’islamisme terroriste. Le général Ahmad Mismari, porte-parole de l’armée et proche de Haftar, a accusé la Turquie de transférer des mercenaires de Syrie en Libye, via le territoire turc, et à la Belgique d’envoyer des armes aux terroristes, et a appelé la Russie à intervenir comme en Syrie. Dans sa tentative de stabiliser le pays, l’Union européenne a sanctionné le président du Congrès national, le général Nuri Abu Sahmain; le président de la Chambre des représentants, Aqiulah Saleh; et le chef du gouvernement du salut, Khalifa al-Ghawill. L’Union européenne a sanctionné le président du Congrès national, le général Nuri Abu Sahmain; le président de la Chambre des représentants, Aqiulah Saleh; et le chef du gouvernement du salut, Khalifa al-Ghawill. L’Union européenne a sanctionné le président du Congrès national, le général Nuri Abu Sahmain; le président de la Chambre des représentants, Aqiulah Saleh; et le chef du gouvernement du salut, Khalifa al-Ghawill.

La majorité de la population vit dans la misère et l’économie du pays est en ruine et dépend entièrement de la vente de pétrole. La situation reste désespérée: au milieu d’un enchevêtrement d’acronymes et de groupes armés, extorsion de fonds, enlèvements, assassinats, trafic de drogue, sièges de villes, immigrés pris au piège de réseaux d’esclaves et marchés d’esclaves définissent un pays qui, avant l’attaque de l’OTAN, avait le PIB par habitant le plus élevé d’Afrique, et maintenant c’est l’enfer.

 

Ukraine : un pays d’analphabètes ? par Andreï Mantchouk

Bienvenue au club des peuples qui lisent de moins en moins, ceux qui lisent finissent par former un cercle fermé qui s’auto-entretient dans l’excellence supposée de ses goûts et de sa manière d’être. Les Ukrainiens sont d’autant plus choqués que l’URSS était bien différente… Au passage il est question « des événements révolutionnaires de mai 68 en France », j’ai des doutes sur le caractère révolutionnaire d’un tel événement (note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop).

Украина: страна, где не умеют читать

28/11/2018

https://ukraina.ru/opinion/20181128/1021909509.html

 

La dégradation de l’éducation menace les Ukrainiens d’analphabétisme et de déculturation

 

Un Ukrainien sur trois n’a lu aucun livre au cours de la dernière année. C’est ce que montrent les résultats d’un sondage à grande échelle du Centre ukrainien Razoumkov d’études économiques et politiques, mené dans toutes les régions du pays pour connaître le niveau culturel et éducatif réel de ses habitants.

 

Les résultats de cette étude sont vraiment choquants et démontrent clairement que l’Ukraine peut revendiquer le titre déshonorant du pays d’Europe où on lit le moins. Outre ceux qui n’ont pas pris de livre entre leurs mains, un tiers des répondants ont lu au cours de l’année de un à cinq livres seulement. Le niveau de cinquante livres par an, qui est en général un niveau moyen pour une personne moderne, n’a été dépassé que par 2% des répondants. En outre, l’étude a principalement été menée dans les grandes villes, où il existe une forte concentration de citoyens instruits possédant de magnifiques diplômes universitaires.

 

Bien entendu, certains pourraient penser que les Ukrainiens orientés vers un avenir européen délaissent les livres au profit de la lecture sur supports électroniques. Hélas, selon le sondage, seulement 4% des répondants lisent et écoutent des livres électroniques et des livres audio quotidiennement, et 11% plusieurs fois par semaine. De plus, les deux tiers des répondants ne lisent jamais de textes sur des appareils électroniques en vogue. Alors que les tendances mondiales indiquent au contraire une croissance rapide de la popularité des livres électroniques et des livres audio dans presque tous les pays développés du monde.

 

En outre, les deux tiers des Ukrainiens qui ne lisent jamais ont avoué honnêtement aux sociologues n’éprouver ni le besoin ni le désir de lire des livres. En outre 11% ont déclaré que la raison pour laquelle ils ont renoncé de lire est le prix élevé des publications et 7% se sont plaints du manque de bons  livres, intéressants, de haute qualité et utiles, ce qui me fait saluer les censeurs patriotes qui ont interdit de faire entrer en Ukraine une longue liste de littérature subversive russe – depuis les œuvres du libéral Boris Akounine jusqu’aux  écrits du célèbre historien britannique Anthony Beevor.

 

«C’est le retour de l’obscurantisme» – dit un commentaire laconique sur le portail éducatif ukrainien Znai.ua. En effet, les données d’enquête du centre Razumkov ne font en réalité que rendre compte une fois de plus de la chute drastique du niveau éducatif et culturel des Ukrainiens. Selon les résultats de l’étude, les indicateurs non seulement quantitatifs, mais aussi qualitatifs de la lecture sont alarmants : la majorité des Ukrainiens qui lisent préfèrent les romans policiers, tandis que les classiques occupant la deuxième position sont talonnés par les romans d’amour ou d’aventures.

 

Mais il y a seulement un quart de siècle, l’Ukraine était à juste titre considérée comme l’une des républiques où on lisait le plus dans le pays du monde qui comptait le plus de lecteurs, à savoir l’ex-URSS. À cette époque, les Ukrainiens avaient un grand intérêt pour les livres: ils couraient après les éditions rares, faisaient la queue, collectaient du papier à recycler pour obtenir des bons de livres et essayaient de se procurer les publications rares par leur réseau d’amis. Et ceci en dépit du fait qu’à cette époque, les maisons d’édition avaient des tirages en nombre incroyable pour notre époque, en russe et en ukrainien.

 

En mai de l’année dernière, nous avons participé à une conférence de la gauche française, à l’occasion du cinquantième anniversaire des événements révolutionnaires de 1968. En discutant avec les Parisiens, j’ai raconté que dans mon enfance, j’avais lu le roman de Robert Merle consacré à la France, publié en ukrainien par la maison d’édition du Comité central des JC d’Ukraine. Les Français ne pouvaient pas y croire, car dans ce livre, on parle de manière très élogieuse des leaders étudiants antisoviétiques, tels Alain Krivine et Daniel Cohn-Bendit. Quand ils ont appris que le roman avait été publié dans la Kiev soviétique à cent mille exemplaires, ils ont dit que cela devait dépasser le tirage total des livres de cet auteur français renommé, publiés dans son pays.

 

Hélas, ces temps sont révolus. La plupart des librairies cultes et des échoppes de bouquinistes sont depuis longtemps transformées en restaurants et boutiques, et les maisons d’édition ukrainiennes sont en déclin permanent, malgré tous les privilèges et préférences accordés depuis des années par les hommes politiques patriotes. Il convient de noter que cela est dû non seulement à la pauvreté persistante, mais également à la politique d’autocensure. En effet, les petits éditeurs de niche préfèrent souvent imprimer un groupe assez restreint d’auteurs pas les plus talentueux, mais idéologiquement proches – à des fins de consommation par la même petite couche d’intelligentsia nationale.

 

En conséquence s’est formé un cercle fermé littéraire autonome qui circule dans son propre monde de présentations, conférences et expositions, recevant de généreuses subventions pour des œuvres patriotiques sur le thème de la «lutte de libération» de Skoropadsky et Petlioura, de l’Holodomor, de l’UPA, de l’ATO, de l’Euromaidan. Les écrivains ukrainiens contemporains se sont depuis longtemps transformés en machines politiques pour inciter à la haine et ont complètement cessé d’assumer leur fonction d’éducation du lecteur, qui y répond avec une indifférence totale à l’égard de leur travail biaisé et souvent médiocre. Et tout cela se superpose encore à la crise générale de l’éducation, gravement affectée par les « réformes » néolibérales des ministres Kvit et Grinevich.

 

Ce sont ces facteurs qui font de l’Ukraine un pays aux perspectives sombres, dans lequel on ne veut pas lire de livres. Cette réalité satisfait entièrement notre pouvoir, car des personnes limitées et mal éduquées, soigneusement formatées par la presse de propagande patriotique, peuvent facilement être manipulées et contrôlées. Cela signifie que la renaissance de l’Ukraine est impossible sans résoudre la question d’une nouvelle éducation des Ukrainiens, qui avait été résolue à l’époque soviétique. «Etudiez, mes frères! Pensez, lisez, apprenez des autres, sans renoncer à ce que vous êtes », ces célèbres paroles de Taras Chevtchenko sonnent aujourd’hui comme un véritable slogan politique qui jette un défi à la politique économique et aux limitations de la censure xénophobe.

 

Le but est de donner vie à ces mots – lire, penser, apprendre, en respectant tout le patrimoine le plus riche de la culture ukrainienne et mondiale.

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire & Société

 

11 février 1957 Fernand Iveton délégué syndical CGT fut guillotiné par le gouvernement socialiste (video) 

Iveton fut le nom de ma première cellule, l’Algérie devra être un chapitre important de mes mémoires, mais en ce moment comme je traite de l’Eurocommunisme et de la stratégie du PC depuis mon adhésion en 1956, j’y fais également allusion. J’ai écrit 128 pages. La première partie achevée concerne l’Europe centrale, une partie de mes origines, mais surtout d’où est partie la contestation du communisme avec Walesa. La seconde partie traite de mes autres origines, de l’engagement prolétarien et de mes différents voyages à la veille de la chute du communisme, des réunions dans lesquelles la direction du parti m’avait envoyée et de l’eurocommunisme. Avec en toile de fond depuis mon adhésion la crise de l’UEC et l’arrivée au pouvoir de Mitterrand. La troisième partie concernera la manière dont j’ai vécu les guerres coloniales, le tiers monde, les non alignés et Cuba. Mais en dépliant ma vie, je m’aperçois qu’il reste beaucoup de choses à dire y compris sur ce genre d’analyse qui a néanmoins le mérite d’exister (note de Danielle Bleitrach)
de : Roberto Ferrario
samedi 11 février 2017 – 15h08 –  Signaler aux modérateurs

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Fernand Iveton (à gauche) devant sa machine à l’atelier de Gaz d’Algérie

Fernand Iveton est ouvrier tourneur à l’usine à gaz du Hamma de l’EGA à Alger où il est délégué syndical à la Confédération générale du travail (CGT).

En application des pouvoirs spéciaux demandés par le président du Conseil, le socialiste Guy Mollet, et votés par l’Assemblée nationale en mars 1956, il est jugé par le tribunal militaire d’Alger. Défendu par deux avocats commis d’office — le Parti communiste français ayant d’abord interdit qu’il le soit par l’avocat communiste Gaston Amblard —, il est condamné à mort pour « tentative de destruction d’édifice à l’aide d’explosifs », le 24 novembre 1956, à l’issue d’une journée d’audience.

Le pourvoi d’Iveton devant le tribunal de cassation militaire est rejeté le 3 décembre 1956.

Jacqueline Guerroudj est arrêtée le 4 janvier 1957. Elle tente en vain, par ses déclarations à la police, de sauver Iveton.

N’ayant pas tué, Iveton croit à sa grâce plaidée par l’avocat communiste Joë Nordmann qui s’est joint aux avocats commis d’office, Albert Smadja et Charles Laînné. Mais son recours est refusé le 10 février 1957 par le président de la République, René Coty, avec l’accord du garde des Sceaux de l’époque, François Mitterrand et du président du Conseil, Guy Mollet. Il est guillotiné le 11 février 1957, dans la cour de la prison de Barberousse, à Alger par le bourreau d’Alger, Fernand Meyssonnier. Avec lui, deux militants nationalistes, Mohamed Ben Ziane Lakhnèche et Ali Ben Khiar Ouennouri, dits « Ali Chaflala » et « P’tit Maroc », sont également décapités.

Il est le seul Européen parmi les 198 prisonniers politiques guillotinés de la guerre d’Algérie. Me Albert Smadja, son avocat commis d’office, témoin de l’exécution, rapporte qu’avant de mourir Fernand Iveton déclara : « La vie d’un homme, la mienne, compte peu. Ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir. Et l’Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l’amitié entre Français et Algériens se ressoudera. ».

Le soir de l’exécution à la prison de Barberousse des trois condamnés dont Fernand Iveton, le 11 février 1957, Annie Steiner, incarcérée à la même prison où elle est condamnée à cinq ans de réclusion, compose le poème Ce matin ils ont osé, ils ont osé vous assassiner.

 » Puis le coq a chanté
Ce matin ils ont osé.
Ils ont osé vous assassiner
En nos corps fortifiés
Que vive notre idéal
Et vos sangs entremêlés
Pour que demain ils n’osent plus
Ils n’osent plus nous assassiner. »
Ce matin ils ont osé
Ils ont osé vous assassiner
C’était un matin clair
Aussi doux que les autres
Où vous aviez envie de vivre et de chanter
Vivre était votre droit
Vous l’avez refusé
Pour que par votre sang d’autres soient libérés. »

En mars 1958 Jean-Paul Sartre, sous le titre Nous sommes tous des assassins, dénonce l’exécution de Fernand Iveton dans sa revue Les Temps modernes.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ferna…

De nos frères blessés

de Joseph ANDRAS

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Prix Goncourt 2016 du premier roman, Joseph Andras retrace les derniers jours de Fernand Iveton,le seul Européen guillotiné pendant la guerre d’Algérie, qui fut militant communiste.

Alger, 1956. Fernand Iveton a trente ans quand il pose une bombe dans son usine. Ouvrier indépendantiste, il a choisi un local à l’écart des ateliers pour cet acte symbolique : il s’agit de marquer les esprits, pas les corps. Il est arrêté avant que l’engin n’explose, n’a tué ni blessé personne, n’est coupable que d’une intention de sabotage, le voilà pourtant condamné à la peine capitale.

Si le roman relate l’interrogatoire, la détention, le procès d’Iveton, il évoque également l’enfance de Fernand dans son pays, l’Algérie, et s’attarde sur sa rencontre avec celle qu’il épousa. Car avant d’être le héros ou le terroriste que l’opinion publique verra en lui, Fernand fut simplement un homme, un idéaliste qui aima sa terre, sa femme, ses amis, la vie – et la liberté, qu’il espéra pour tous les frères humains.

Quand la Justice s’est montrée indigne, la littérature peut demander réparation. Lyrique et habité, Joseph Andras questionne les angles morts du récit national et signe un fulgurant exercice d’admiration.

http://www.actes-sud.fr/catalogue/l…