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Archives de Catégorie: CINEMA

Michael Moore: « La peur qui nous est suggérée autour de Joker est de l’enfumage pour ne pas voir la vraie violence qui nous déchire »

Selon Michaêl Moore, le film n’est pas sur Trump « le joker », mais sur ceux qui peuvent se donner un Trump pour président, être si brisés par la violence qui s’exerce sur eux qu’ils en sont réduits à ça… (note et traduction de Danielle Bleitrach)

Michael Moore: "La peur autour de Joker est une distraction pour ne pas voir la vraie violence qui nous déchire"
Joker.

Alors que Joker est considéré comme l’une des grandes premières de l’année, il est également au centre des controverses. Certains ont dit que  sa violence pose problème, mais d’autres disent que c’est un film nécessaire. Le réalisateur de documentaires Michael Moore, auteur de Bowling for Columbine et Fahrenheit 9/11, a vanté le message du film. « Combien de temps s’est passé  depuis que nous n’avons vu un film qui aspire être au niveau de Kubrick? » a-t-il  écrit dans un article que nous reproduisons ci-dessous.

Michael Moore

Mercredi soir, je suis allé au Festival du film de New York et j’ay ai vu un chef-d’œuvre cinématographique, le film qui a remporté le grand prix du meilleur film au Festival international de Venise. Il s’appelle Joker , et tous les Américains ont entendu parler de ce film contre lequel on nous met en garde et dont on nous conseille de ne pas le voir. On nous a dit que c’était une violence, une maladie et une corruption morale, une incitation à la célébration du meurtre. On nous a dit que la police serait necessaire à chaque séance au cas où il y aurait des « problèmes ». Notre pays est dans une situation de désespoir, notre Constitution est brisée et un maniaque irresponsable  du Queens a accès aux codes nucléaires, mais pour une raison quelconque, nous devrions avoir peur de ce film.

Je dirais plutôt le contraire: le plus grand dommage pour la société pourrait survenir si vous n’allez PAS regarder ce film, car l’histoire qu’il raconte et les problèmes qu’il pose sont si profonds, si nécessaires, que si vous détournez les yeux de ce génie artistique, le cadeau de réflexion qu’il nous offre vous manquera. Oui, il y a un clown perturbé dans ce miroir, mais il n’est pas seul, nous y sommes aussi.

  • De quoi ris tu?
    De quoi ris tu?

  • Mon Joaquin Phoenix préféré
    Mon Joaquin Phoenix préféré

Joker n’est pas un film de super-héros, supervillain ou comique. Il est situé quelque part entre les années 70 et 80 dans la ville de Gotham, et les cinéastes n’essayent pas de nous cacher  la ville d’en faire autre chose que ce qu’elle est: New York, le siège de tout ce qui est mauvais, celui de la richesse qui nous gouverne, les sociétés que nous servons, et  les médias la manière dont ils nous alimentent avec des nouvelles sans profondeur avec ce qu’ ils croient que nous devons absorber.

La semaine dernière, le président au pouvoir s’est accusé lui-même et – dans le plus pur style de Joker– Il s’est moqué de l’incapacité de Mueller et des démocrates de l’arrêter, en leur donnant tout le matériel dont ils avaient besoin pour ça. Mais même à ce moment-là, dix jours après avoir étalé sa culpabilité, il était toujours assis dans le bureau ovale, avec ses codes nucléaires souillés par la graisse d’un KFC. Il a donc donné l’ordre de démarrer l’hélicoptère. L’accélération du son des pales signifiait simplement que les journalistes se rendaient à la « conférence de presse » quotidienne. Trump partait dans  la cacophonie assourdissante de l’aéronef et, de manière publique et criminelle, il a demandé à la République populaire de Chine d’intervenir dans les élections de 2020 en lui envoyant des informations sales sur le Biden., Rien d’autre n’est arrivé.

Alors que ce week – end sort Joker, après cela Trump Jr. est toujours assis dans le bureau ovale, en train de rêver de ses nouvelles conquêtes et de corruption. Mais ce film est pas  sur Trump, il est sur les États-Unis qui nous a donné Trump, le pays ne se sent pas la nécessité d’aider les marginalisés et les défavorisés. Les États-Unis dans lesquels les riches immunologiquement deviennent toujours plus riches et plus corrompus.

Dans cette histoire, il y a une question déconcertante: que se passera-t-il si un jour, les dépossédés décident de riposter? (Et je ne vsuis pas là avec un bloc-notes offrant aux gens de s’inscrire pour voter). Les gens craignent que ce film soit trop violent pour eux. Vraiment? Considérant tout ce que nous vivons dans la vraie vie? Vous permettez que dans votre école il soit fait des exercices de tir avec vos enfants, de les blesser  de manière permanente, en montrant leur émotion, en montrant aux tout-petits que c’est la vie que nous leur avons créée.

Joker explique clairement que nous ne voulons vraiment pas aller au fond des choses ni essayer de comprendre pourquoi des innocents deviennent – quand ils ne peuvent plus le supporter –  des jokers. Personne ne veut demander pourquoi deux jeunes gens  intelligents ont abandonné leur cours avancé de philosophie en français au lycée Columbine pour tuer 12 étudiants et un enseignant. Qui aurait le courage de demander pourquoi le fils du vice-président de General Electric entrerait dans le Sandy Hook Elementary à Newton, dans le Connecticut, pour faire sauter les petits corps de 20 enfants de première année? Ou pourquoi 53% des femmes blanches ont voté pour un candidat à la présidentielle qui a publiquement révélé son talent de prédateur sexuel?

La peur et les cris autour de Joker sont une ruse, une distraction pour que nous ne regardions pas la violence réelle qui déchire nos compagnons humains. Les 30 millions d’Américains qui n’ont pas d’assurance maladie constituent un acte de violence. Des millions de femmes et d’enfants maltraités et vivant dans la peur sont des actes de violence. Empiler 59 élèves sous forme de sardines dévalorisées dans les salles de classe de Detroit est un acte de violence.

Tandis que les médias attendent le prochain tournage, vous, vos voisins et vos collègues, avez déjà été tués à plusieurs reprises, avec des prises de vue directes dans chacun de leurs cœurs, leurs espoirs et leurs rêves. Votre retraite est finie depuis longtemps. Vous êtes redevable pour les trente prochaines années parce que vous avez commis le crime de vous éduquer vous-même. Vous avez fini par penser à ne pas avoir d’enfants parce que vous n’avez pas assez de cœur pour les amener sur une planète en train de mourir et dans laquelle 20 ans après leur naissance, ils seront condamnés à mort. La violence dans Joker? Arrêtez, arrêtez! La majorité de la violence dans le film est celle perpétrée contre Joker lui-même, une personne qui a besoin d’aide, quelqu’un qui tente de survivre dans une société cupide. Son crime est qu’il ne peut pas obtenir d’aide. Son crime est d’être au centre d’une plaisanterie dans laquelle les riches et les célèbres se moquent de lui.

Lorsque le Joker ne peut plus le supporter, vous vous sentirez très mal, mais pas à cause du sang – il y en a très peu – que l’on voit à l’écran, mais parce que vous l’encouragiez et – si vous êtes honnête quand cela se produit – vous remercierez le film  de ne pas vous donner le nouveau désir de ne pas courir à la sortie d’urgence la plus proche pour sauver son cul, mais au lieu de cela, levez-vous, combattez et concentrez votre attention sur le pouvoir non-violent que vous avez entre les mains tous les jours.

Merci Joaquin Phoenix, Todd Phillips, Warner Bros. et tous ceux qui ont réalisé ce film important à ce moment important. J’ai adoré les nombreux hommages rendus au chauffeur de taxi , au réseau , au contact et au chien l’après-midi . Depuis combien de temps avons-nous vu un film aspirer d’être au niveau de Stanley Kubrick? Allez regarder ce film, emmenez vos enfants adolescents. Tirez vos propres conclusions.

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Publié par le octobre 11, 2019 dans CINEMA

 

LETTRE D’EMMANUELLE DEVOS À ARNAUD DESPLECHIN

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Il y a un grand cinéaste aujourd’hui en France, son film Roubaix une lumière me hante au point que je n’ai envie de voir rien d’autre et qu’il est probable que je vais y retourner pour une quatrième vision, ici il est question de la direction d’acteur, encore une interprétation possible du personnage de Douad, le metteur enscène, celui qui nous fait passer du documentaire à la fiction pour dire la vérité d’une ville détruite (note de danielle Bleitrach)

9 septembre 2019

Nous sommes le samedi 31 août 2019, la rétrospective de la Cinémathèque consacrée à Arnaud Desplechin a commencé trois jours plus tôt. Le réalisateur est venu ce soir-là présenter au public Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle). Emmanuelle Devos est là, elle aussi, pour parler du film et évoquer sa relation au cinéaste. Voici ses mots.

« Tout le vocabulaire habituel, usuel, du cinéma, ne peut être attribué à la façon qu’a Arnaud de faire des films. Il ne tourne pas, il n’est pas « en prépa », il ne fait pas un « casting », ce n’est pas un cinéaste ni un réalisateur, c’est un artiste qui fait des films. Il est écrivain lorsque qu’il écrit le scénario, il est peintre lorsqu’il filme, il est musicien et danseur lorsqu’il dirige ses comédiens.

D’ailleurs il ne dirige pas les acteurs, il joue avec nous, il joue les scènes avant que nous n’arrivions sur le plateau et c’est en cela qu’il est unique. Il a traversé ce que j’appelle la honte d’être acteur, il est le seul à savoir qui nous sommes, et ce que cela nous demande d’être devant une caméra ou sur une scène. Tout le monde a peur des acteurs et encore plus des actrices, les producteurs, les techniciens, les journalistes, tout le monde, sauf Arnaud et les maquilleuses ! Il connaît le coût de ce qu’il nous donne à jouer, mais il partage la note. Il faut le voir réciter la tirade de Richard III devant tout le monde, non pas pour étaler sa culture mais pour montrer à l’acteur qui va devoir jouer une scène difficile devant une assemblée comme il comprend son sentiment de grande solitude.

Il vous chantonne un air de Cole Porter, « I love the look of you, the lure of you, the sweet of you, the pure of you » pour transmettre le rythme d’une réplique consolatrice. Il demande à la maquilleuse de rajouter un peu de fard rosé sur le lobe de l’oreille pour que l’on sente quel genre d’émotion doit nous étreindre dans une scène de séparation. Il me parle de John Wayne lors d’une scène de repas ‒ car avant que tout le monde n’en parle, tu as compris que les acteurs et les actrices n’ont pas de genre ‒, j’ai été obligée de te dire que non, moi je ne me mouche pas dans les mains quand je prends ma douche ! Que ça, c’est un truc de garçon. Mais bon, je l’ai fait quand même…

Je suis toujours arrivée comme « invitée » sur tes films, nous ne sommes pas engagés dans tes films : nous sommes invités. Je n’ai jamais prononcé cette phrase d’acteur, un peu vulgaire : « ah oui, eh bien moi, je tourne dans le prochain film de Desplechin » car je suis toujours ou presque arrivée au dernier moment, je ne suis pas « prévue », peut-être toi et moi ne sommes-nous pas « prévisibles », j’arrive en secret comme une invitée de dernière minute que l’on n’attendait pas, ou plus.

Quand nous jouons dans tes films, nous sommes emportés dans une vie parallèle, qui est la planète où tu as décidé que des trottoirs parisiens s’échappent de la vapeur, comme à New York. Où il existe un décalage horaire entre Grenoble et Paris, où les cantatrices fument comme des pompiers. J’ai souvent la sensation d’avoir eu une deuxième vie, il y a ma vie normale (enfin, pas toujours) et ma vie dans tes films, ma vie de Laurence, de Claude, d’Esther, de Sylvia, de Nora, de Faunia. Ton cinéma est un pays où j’ai vécu par moments, où je t’ai rendu visite, où nous nous sommes rencontrés. »

 
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Publié par le septembre 11, 2019 dans CINEMA

 

L’inquiétante étrangeté de Roubaix, une lumière

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Il n’est pas encore temps de me lancer dans la critique de « Roubaix, une lumière », premières impressions plutôt. Après trois visions.  Disons que ce que j’avais subodoré dès le départ à savoir que le commissaire n’est pas la bienveillance incarnée mais la jouissance perverse devant l’humanité réduite à l’assassinat pour un demi litre d’eau de javel et quelques autres babioles dont on rêve quand on n’a plus rien? Jouissance à pénétrer comme une sorte de partenaire imposé dans  le couple de celle qui aime et l’autre qui est incapable d’aimer et sait qu’elle doit payer ce qu’elle a cru gratuit.

C’est vrai que cette impression de bienveillance est due au fait que le seul lieu de civilisation parait être ce commissariat alors que tout se délite, s’autodétruit dans la ville la plus misérable de l’UE, cet espace en ruine  dans laquelle ce qui fut jadis une classe ouvrière erre et tente encore de consommer, de vendre, d’acheter, de voler… Il n’y a plus que des emplois de flics, d’agent de sécurité et de gardiens de prison.

Mais il faut là encore se méfier, j’ai pensé à lang , à M le maudit film dans lequel j’ai vu sa première rencontre avec le Brecht de l’opéra de quat’sous autant qu’avec Alexander platz de Döblin. Lang et son épouse Théa von Arbou était  considéré comme l’artiste « officiel » du Reich qui subsistait sou Weimar, les nazis selon sa propre légende ont voulu en faire le cinéaste officiel du troisième Reich. Pourtant Lang est faroucement antinazi et il le sera jusqu’à sa mort dans les bras d’un singe marionnette, incapable de retourner dans sa patrie allemande. .

M le Maudit, le sadisme exercé sur Peter lorre parce lang comme le commissaire daoud veut savoir ce qu’il y a dans le ventre dans les tripes d’un assassin d’enfant et ce sera son obsession se mettre à la place du coupable même si c’est un faux coupable.

Deplechin a la  volonté de brosser l’histoire jusqu’à en faire sortir la vérité comme dans la sentinelle, cette tête que l’on interroge en l’empruntant aux amants du capricorne, mais la politique est anthropologie. Il y a d’autres analogies avec ces maîtres, leur travail entre documentaire et fiction, cette dernière révélatrice de la profondeur du mensonge., La fascination de lang pour la psychanalyse et les mythes, Freud mais aussi Frazer, c’est-à-dire les religions et les grands mythes humains. Deplechin a les mêmes tentations, il part d’un documentaire et peu à peu nous introduit dans ce que freud définit à propos du rapport à la représentation esthétique, celle d’un bas relief sur un forum romain comme l’inquiétante étrangeté (das Unheimliche), et de là il passe aux espaces mythiques de société primitive, cette nuit de Noêl sans fin nous introduit dans bien autre chose qu’un appareil répressif, c’est l’enfer des peurs enfatines et des mythes qui les réveillent comme dans les contes.

le commissaire Daoud parce qu’il se met à la place de l’assassin ou du délinquant ordinaire ne se trompe jamais. Il faut être abominablement tordu pour jouir de cette plongée dans les tripes de l’assassin, pour tout organiser dans un commissariat autour de cette jouissance et d’initier un jeune lieutenant isolé qui prie pour sa redemption et à qui il offre de partager son abominable savoir. Oui mais ce n’est pas si simple, l’individu connait une ultime protection en se laissant aller à la confession ou du moins il plonge dans le boyau qu’est devenu cette ville, royaume des morts, la misère étant le chemin vers la lumière. Nous sommes passés dans un autre temps et un autre espace dont les codes se reconstruisent à travers des parcours de souffrance sans fin, mystiques, on ne sort jamais de la nuit, de cette nuit de Noêl dont rien ne renaîtra. Quand Douad essaye de parler à la jeune fugueuse, il lui explique que son oncle qu’elle vient d’insulter est un seigneur et étrangement ce qui garantit cette noblesse c’est d’avoir été interdit dans les boites de nuit où était inscrit « interdit aux arabes et aux chiens ». En revanche, lui daoud a accepté ce rôle de maître-père pervers et son neuveu emprisonné ressent sa seule présence comme une violence insoutenable, il est resté là à vivre cette espèce de damnation alors que tous les siens sauf cet individu enragé sont repartis au bled. Le personnage de daoud devient inquiétant non dans ce qu’il est mais dans ses dédoublements, ceux qui sont sensés préciser l’inquiétant et tout puissant maître de ce lieu de fin du monde, comme dans l’interrogatoire ils aboient alors qu’il séduit ou les matons qui lui livrent son neveu qui se tord de haine et de douleur sous son seul regard.

« Serait unheimlich, nous dit freud, tout ce qui devait rester un secret, dans l’ombre, et qui en est sorti »
mais c’est aussi la jouissance du metteur en scène, celui qui refuse de nous livrer les clés de sa mise en scène nous renvoyant à notre propre jouissance de voyeur. la musique est là pour nous faire savoir que nous sommes au coeur d’un oratorio.

Revendiquer la filiation avec le « polar », le film noir c’est aussi renouer avec la grande critique sociale mais de donner à la politique une tout autre dimension celui qui nous place dans un ailleurs de civilisations et de magie…

J’ai envie de renouveler l’expérience qui m’a faite m’enfermer pendant 5 ans dans le film « les bourreaux meurent aussi », dans une oeuvre croisée avec le temps des assassins, celui où le nazisme n’est toujours pas éradique. Mais je sais aussi parce que je suis moi aussi lasse de me battre comme la petite marie à qui l’on promet qu’elle aura une cellule, un lit et une télé et que ce sera la fin de ses souffrances et qui abdique. Mais elle a tout perdu y compris l’amour. le commissaire lui va regarder toujours dans la nuit les chevaux domestiqués mais qui le temps d’une course vont paraître vivant, libres.
danielle Bleitrach

 
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Publié par le septembre 4, 2019 dans CINEMA

 

ARNAUD DESPLECHIN SUR LE WEB

En attendant une troisième vision du film de Desplechin : Roubaix lumière et son compte rendu  cette approche d’un des grands réalisateurs… un de ceux qui nous fait revoir tout le cinéma en l’inventant à la mesure de notre époque et celle qui porte demain en gestation (note de Danielle Bleitrach)

26 août 2019

Arnaud Desplechin sur le tournage de Roubaix, une lumière (Photo Shanna Besson)

Arnaud Desplechin sur le tournage de Roubaix, une lumière (Photo Shanna Besson)


– « C’était tellement plus grand que moi : je ne comprenais pas tout, mais j’étais chaviré. Et je découvrais Jeanne Balibar, et Marianne Denicourt, et Mathieu Amalric, et Emmanuelle Devos, et je voulais faire des fêtes dans des appartements haussmanniens où nous aurions bu du vin et disserté sur Kant. » Comment je me suis disputé…, le film qui a changé leur vie.

– Incursion dans la bibliothèque de Desplechin, où s’entrechoquent Philip Roth, Ibsen, John Le Carré, Emily Dickinson ou Joyce, la tragédie grecque ou les Indiens des plaines, à écouter dans le juke-box littéraire de Radio Nova (56′).

– L’importance de la musique dans les films de Desplechin dans une vidéo de Thierry Jousse (12′).

– Paul Dédalus, Esther, Abel, Sylvia… Pourquoi les noms des personnages de Desplechin se répètent-ils sans cesse ?

– Desplechin raconte « son » Bergman avec passion, de la découverte avec Cris et chuchotements à la dimension intestinale chez le cinéaste suédois.

– « Je chéris infiniment Les Amants du Capricorne, grand film malade, vu dans une copie parfaite à la cinémathèque de Londres il y a vingt ans. Ingrid Bergman est géniale, génialement aimée par Hitch. De la tête coupée posée sur le lit de cette femme terrifiée est venue La Sentinelle… » Le Top 10 des films d’Hitchcock de Desplechin.

– Ping pong entre deux cinéastes, deux rapports à l’amour, deux visions romanesques : Philippe Garrel et Arnaud Desplechin : Noirs désirs (France Culture, 26/05/2017, 52′).

– Pour Criterion et en anglais with a French accentDesplechin recommande Coup de foudre à Notting Hill, surtout pour une scène « with one of the most beautiful women in the world » (1’30).

– De La Mouche à Hélène et les garçonsblind test commenté (20′).

– Pourquoi Arnaud Desplechin est tombé fou amoureux d’Ex Libris de Frederick Wiseman (1’32).

– Les secrets de fabrication du « fabricant de films » Desplechin, dans une masterclass enregistrée à la maison de la radio en 2017 (60′) ou dans une discussion avec Mathieu Amalric et Serge Toubiana en 2015 à la Cinémathèque française.


LA CONFIDENCE

« Je n’ai jamais vu aucun de mes films. Quand je mixe le film, c’est avec une image témoin, quand on étalonne avec la directrice la photographie, on étalonne sans le son, ce qui la rend dingue. Et quand on réunit l’image et le son, c’est sans moi. Je peux pas, j’ai trop le trac, ça n’a pas de sens. »


VOLUTES DESPLECHIENNES

Les plus belles séquences enfumées du cinéma d’Arnaud Desplechin, par Trois Couleurs.

 
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Publié par le août 27, 2019 dans CINEMA

 

porcherie . PASOLINI VISIONNAIRE , nous y sommes …

Je me demande qui atteint désormais le déballage familial, sordide, écoeurant cet exhibitionnisme sans complexes de tous les vices liés au profit et à la nécessité de faire parler de soi pour exister, une calamnité aussi totale… Qui  de la famille de Yan Moix, celle de Johnny halliday ou celle du capitalisme à son stade sénile avec les membres du G7, la plupart d’ailleurs complètement dépassés par ces deux cinglés narcissiques et mégalos que sont trump et Macron avec en coulisse Bosolorano (enfin vous soyez de qui je parle).

Et la presse qui ne leur cède en rien se vautre dans ces « porcheries ».. le feu dévore la plabnète, nous prive d’air à respirer et celui-ci est encore empuanti par des sous produits d’une absence totale de culture, celle du retour en force du cannibalisme… mais comme il dit le sujet réel de ces calmaités est  le rapport entre paléo capitalisme et le néo capitalisme.De l’urgence de la Révolution…  danielle Bleitrach

PASOLINI SUR PORCHERIE – INTERVISTA A PASOLINI SU PORCILE

Journaliste : Nous sommes là dans l’hotel où est mort Oscar Wilde. Il y a au moins un rapport entre Oscar Wilde et vous, c’est le procès.

Je crois que vous êtes assez content depuis hier, parce que vous avez été acquitté. C’est exactement pour quelle raison, le procès?

Giornalista : Siamo nell’hotel dove è morto Oscar Wilde. Esiste almeno un punto in comune tra Oscar Wilde e e lei, questo è il processo.

Credo che lei debba essere molto contento dopo la giornata di ieri, perché è stato assolto. Per quale motivo esattamente ha avuto luogo il processo ?

Pasolini :  J’ai été accusé d’obscénités, d’être, comme on dit dans le code italien, contre le sentiment de pudeur. Si j’avais été condamné, le film aurait été brûlé.

Pasolini : Sono stato accusato di oscenità, di essere, come si dice nel codice italiano, contro il sentimento del pudore. Se io fossi stato condannato, il film sarebbe stato bruciato.

Journaliste : Détruit ?

Giornalista : Distrutto ?

Pasolini : Brûlé, pas détruit, brûlé. Exactement comme au Moyen Age.

J’ai écrit le texte “Porcherie” avant le mouvement des étudiants, quand tout était en train de commencer.

De mon point de vue, c’est très différent quand j’ai écrit le film “Porcherie” de ce qu’il se passe maintenant.

Vous savez, dans le film c’est Anne Wiazemsky qui représente l’atypique, une jeune fille contestataire, avec les défauts et l’idéalisme et l’enthousiasme de sa position, de sa condition.

J’ai choisi l’Allemagne parce que l’Allemagne c’est une calamité. Tout dans mon film est constitué de calamité, le cannibalisme c’est une calamité, l’amour pour le porc c’est une calamité, etc etc.

Et aussi l’Allemagne! Mais l’objectif de ma polémique ce n’est pas l’Allemagne, c’est le rapport entre paléo capitalisme et le néo capitalisme.

Pasolini : Bruciato, non distrutto, bruciato. Esattamente come nel Medio Evo.

Ho scritto Porcile prima del movimento studentesco, quando tutto stava per cominciare.

Dal mio punto di vista è molto diverso quello che ho scritto in Porcile da ciò che sta succedendo adesso.

Come ben sapete, nel film è Anne Wiazemsky che rappresenta l’atipico, una giovane donna contestataria, con i difetti e l’idealismo e l’entusiasmo della sua posizione, della sua condizione.

Ho scelto la Germania perché la Germania è una calamità. Tutto nel moi film è costituito di calamità, il cannibalismo è una calamità, l’amore per il maiale è una calamità eccetera eccetera.

E anche la Germania! Ma l’oggetto della mia polemica è non è la Germania, ma il rapporto tra il paleocapitalismo e il neocapitalismo.

Journaliste Et vous pensez que quand vous faites un film comme ça, ça a une valeur de film militant ou pas du tout ?

Giornalista : E lei pensa che quando fa un film come questo, questo è un film militante o no ?

Pasolini : Oui, c’est un film militant, parce que le problème de l’ancien capitalisme et du nouveau capitalisme, c’est un problème d’actualité. Mais la forme n’est pas militante.

Peut-être que les jeunes étudiants italiens n’aimeront pas le film, parce qu’il n’a pas l’air de la lutte pratique, de la lutte dans les barricades. La forme est très distanciée, très cristallisée.

Le message ou le sens du film, c’est que la société ne dévore pas seulement les fils désobéissants, comme Pierre Clémenti, mais aussi les fils qui ne sont ni désobéissants ni obéissants, c’est à dire mystérieux, anormaux, et indéchiffrables, comme Jean-Pierre Léaud.

Pasolini : Sì, è un film militante, perché il problema dell’antico capitalismo e del nuovo capitalismo, è un problema di attualità. Ma la forma non è militante.

È probabile che i giovani studenti italiani non ameranno molto il film, perché non ha l’aria della lotta pratica, della lotta nelle barricate. La forma è molto distanziata, molto cristallizzata.

Il messaggio o il senso del film, è che la società non divora solamente i giovani disobbedienti, come Pierre Clémenti, ma anche i giovani che non sono né disobbedienti né obbedienti, ovvero misteriosi, anormali e indecifrabili, come Jean Pierre Léaud.

Journaliste : Comment croyez-vous que le public peut accepter ce film ?

Giornalista : In che modo, crede, il pubblico accetterà questo film ?

Pasolini : Oh, je ne sais pas. Ce n’est pas mon problème, c’est le problème du producteur et du distributeur. Pour moi le public c’est toujours très intelligent, très cultivé, et il comprend tout, pour moi. Je ne peux pas penser que le public ne comprend pas.

La provocation c’est toujours superficiel. Et j’espère ne pas faire de la provocation superficielle, vous savez. J’espère déposer des problèmes, pas faire de la provocation.

Pasolini : Eh, non lo so. Non è un mio problema, è il problema del produttore e del distributore. Per me il pubblico è sempre molto intelligente, molto colto e comprende tutto, secondo me. Non posso credere al fatto che il pubblico non comprenda.

La provocazione è sempre superficiale e io spero di non fare della provocazione superficiale. Io spero di porre dei problemi, non di fare della provocazione.

 
 

Hollywood, Tarentino ou l’art de nous faire prendre des vessies pour des lanternes…

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Vu hier Once upon a time in hollywood, déroutant… Imaginez un kaléidoscope dans lequel les motifs se succèdent dans un désordre apparent, le fil conducteur en est-il l’amitié d’un acteur has been, d’un genre dépassé le western, et son cascadeur nounou et homme probe qui flanque une râclée à Bruce Lee, un individu moral en rupture de ban? … Ou ce fil conducteur est-il Sharon Tate jouissant de sa toute nouvelle notoriété et de la belle maison que lui offre Polanski ou encore une bande de hiippis défoncés à l’acide rêvant de tuer les porcs des feuilletons qui ont rendu l’Amérique raciste, fasciste?…La rencontre aura lieu, le jour J, oui mais voilà au lieu de tuer Sharon Tate, la bande d’allumés est flambée au lance flamme, lardée de coups de couteaux par les deux copains dans leur dernière scéance de biture… Le whisky et la bière nettement plus compétitif que l’acide… Hollywood l’a emporté sur Woodstock et ceux qui dénonçaient la guerre du Vietnam et Polanski, la Pologne anti-socialiste vont venir à l’aide de Rocky Dalton lui offrir une nouvelle chance… On songe bien sur au dernier rôle de cet acteur de seconde zone; Ronald Reagan.

La pépée du slaloon, Maureen Ohara qui adore la virilité des râclées de son homme tranquille ont cédé la place aux harpies de Me too… Brad Pitt ne trouve plus de job parce qu’il est accusé d’avoir tué sa femme même si la justice l’a relaxé… une bagarre « entre homme » dont la seule victime est la carosserie d’une cadillac donne un prétexte à une furie de le virer… Elles se plaignent pour pas grand chose..

Moi j’y ai vu ça, mais le jeu peut se jouer à l’infini, chacun sa lecture et donc la discussion sur ce qui s’est passé sur l’écran est ouverte.

Le cinéma américain change pour mieux nous faire prendre des vessies pour des lanternes… S’il n’y avait pas eu Charles mason et l’affaire sharon Tate, la magie continuerait d’opérer et l’Amérique de Trump n’existerait pas… Ou plutôt elle pourrait continuer à présenter son visage moral de la suprématie blanche… Oui mais voilà Tarentino ne peut pas toujours nous faire croire qu’il est un démocrate sincère, ni que léanordo di capriorio et Brad Pitt jouent comme des tocards, ce qu’ils font avec une maestria étonnante, et leur amitié ne va pas jusqu’à se partager l’écran… La construction en kaleidoscope permet à chacun de ces deux monstres sacrés de s’approprier l’écran en totalité et d’y jouer des scènes cultes avec des répliques de même tonneau…

J’ai envie de voir la grande fille aujourd’hui  fille, de Kantemir Balagov, dont le premier film « Tesnota », « un lieu à l’étroit » avait fait dire que l’on avait assisté à la naissance d’un cinéaste et il semble que l’impression soit confirmé par la Grande fille… Lui aussi ne veut pas parler de politique mais l’histoire le hante, Tesnota c’était la décomposition de l’URSS en 1991 et là c’est le retour de la grande guerre patruiotique à Léningrad… ce que l’épopée fait des êtres humains, le contraire de Tarentino, comme de Soukurov,son maître, cet affreux réac avec lequel je partage un sens de l’espace et du temps, une méditation sur l’histoire et l’excellence du peintre… Après Tarentino le faux démocrate à l’Américaine, le russe réac qui n’en finit pas de s’interroger sur la duperie de la Révolution… Ils ont plus à nous dire que ce qu’ils le croient dans leur retour sur là où le 20 ème siècle a saigné…  et le placébo du cinéma…

j’ai besoin de ces cinéastes qui ne pensent pas comme moi et de leur regard pour avancer, prendre des vessies pour des lanternes et les lumières de la salle obscure rallumées en parler avec l’inconnu du siège proche… « Qu’est-ce que vous en pensez? Moi je suis un peu déçue » m’a dit ma voisine…  Ca ira mieux dans quelques minutes quand le film continuera à travailler et le plaisir éprouvé remontera à la surface…

C’était hier le 15 août, sur la Canebière deux hommes en priovenance du Maghreb s’exclamaient « Qu’est-ce qu’ils fêtent aujourd’hui? On va demander à la dame! » La dame c’était moi… c’est la montée de la vierge au paradis … Qui c’est la vierge: la mère de Jésus, Myriam… Ah! bon!  » Effectivement pourquoi la france est-elle frappée de torpeur à cause de cette dame voilée qui fait zonger à Zineb, la morte oubliée du mouvement des gilets jaunes… Est-ce une sainte locale ? C’est le kaleidoscope de l’histoire immédiate aussi…

 

danielle Bleitrach

 

 
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Publié par le août 16, 2019 dans CINEMA

 

Le film Yuli : Cuba au prix de la souffrance et de la danse

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Il est rare d’aimer un film et de ne pas avoir envie réellement d’inviter les lecteurs de ce blog à aller le voir. Quand vous connaissez Cuba, en paerticulier dans la période dont traite le film, la chute de l’URSS et le blocus qui de ce fait étrangle littéralement l’île, vous ne pouvez qu’ être secoué d’émotion en le voyant. Mais quand vous savez à quel point vos compatriotes français n’ont pas la moindre idée de ce qu’ont vécu les Cubains, à quel prix encore aujourd’hui ils doivent payer leur indépendance, toutes les âneries qu’en toute innocence y compris les communistes français sont capables de déverser sur un pays qui résiste malgré le sous développement, la misère, les privations, vous vous dites qu’un tel film ne peut que les conforter dans leurs préjugés. ce que je dis de Ciba est vrai pour le Viet Nam, la Chine et le Venezuela, mais Cuba c’est l’art, la transcendance.

Le problème n’est pas dans ce que dit le film mais de ce qu’ils sont eux qui prétendent donner des leçons à l’humanité entière, aller jusqu’à accompagner les pillages de la CIA, le bellicisme capitaliste sous prétexte de craindre la dictature « stalienienne ». Ils ont là le récit d’une double dictature, celui d’un père sur son fils pour qu’il devienne danseur et celle des révolutionnaires pour rester souverains.

Ce film « Yuli » raconte l’histoire de Carlos Acosta qui a été élevé dans les solares, les habitats pauvres dans et autour de la Havane. Comment expliquer que ce que Cuba avait cru vaincre ressurgissait alors, vaincre en 1959, mais aussi après la guerre d’indépendance volée par les Etats-Unis. Pourtant cela se voit dans cette famille dans laquelle la mère est blanche alors que le père est noir et qui porte en lui encore les marques de l’esclavage sucrier comme il est santeros, adepte du culte africain la santeria. Comment faire comprendre que dans le port de la Havane les dirigeants communistes étaient aussi des disciples de la santeria ou des abacuas, d’une sorte de franc maçonnerie noire et que leurs danses, leurs chants sont issus de ces rites africains. On s’appelle Acosta parce que le maitre esclavagiste portait ce nom. La Révolution, celle de Maceo, de josé Marti a toujours dû constituer une nation en surmontant ce traumatisme initial que reproduit le rapport entre le père et le fils qui est le vrai sujet du film. Il fut un temps celui de la révolution où blanc et noirs se battaient ensemble et quand cette révolution est étranglée les antagonismes reviennent à la surface, le couple parait impossible et pourtant il tient bon la mère blanche et sa fille refusent de quitter l’île en abandonnant ceux qui sont nés noirs.. Il y a tant de choses à expliquer, par exemple cette scène terrible où les jeunes mâles des solares veulent aller danser dans les boites de nuit réservés aux touristes, des vieillards étrangers y vont avec des gamines de 15 ans. C’était vrai qu’en 1994 quand j’ai atterri dans l’île, pour un euro, un sexagénaire ventripotant français ou italien pouvait avoir à sa disposition toute la journée une adolescente, la violer, y a-t-il d’autres mot? . Elles apprenaient vite d’ailleurs à faire sortir de l’escarcelle de ces types tout ce qu’ils avaient et frequemment l’ambassade devait les rapatrier nus et crus. Mais dans la même scène alors que Yuli venu en vacances veut donner de l’argent au videur de la boite, celui-ci refuse et l’accuse de vouloir « corrompre un fonctionnaire ». Parce que Cuba à cette époque c’est ça aussi des hommes et des femmes qui acceptent le sale boulot du tourisme à ses débuts pour que le pays puisse survivre. Et Yuli parce qu’il connait l’exil sait tout cela à l’inverse de ses copains d’enfance qui vont devenir balseros.

L’exil et la souffrance du corps pour passer du talent à l’art…

Yuli est un vrai petit cubain, il chaparde, taille l’école, il rêve de devenir un footballeur comme Pelé et pas une ballerine « un maricon » dont tous ses copains se moquent. le bonheur il est là dans cette petite île chaleureuse et ensoleillée, mais son père veut la gloire pour lui, qu’il devienne un artiste et il doit rompre avec tout ce qui n’est pas ce destin et qui va faire d’un petit mulâtre de la Havane un Dieu… . Est-il si différent de ces dirigeants cubains, Fidel et raoul Castro, le Che ? Ils veulent que leur île soit un phare pour l’humanité fut-ce au prix du bonheur quotidien, de cette sensualité, de cette tendresse qui emplit les coeurs cubains, ils sont des « guerriers ». Il n’y a pas d’autre destin , l’asservissement ou la mort, la souffrance. Est-ce un hasard si un des lieux du film c’est ce théâtre, ce monument architectural à l’abandon dans lequel l’enfant qui fuit l’école rencontre son destin?

Tout à du sens même les images d’archives, on voit Fidel à la télévision qui dit à propos des balseros qui se lancent sur des embarcations de fortune « laissez les partir ». Qui se souvient de ce jour du 4 août 1994 où la révolte de la faim, la colère populaire, celle des solares était en train de l’emporter, les policiers étaient attaqués. Elstine au pouvoir avait coupé les vivres, la dépendance énergétique avec les ex-pays socialistes asphyxiait littéralement une île que les tankers ne voulaient plus livrer. risquet me disait « j’ai du choisir ce matin entre un bateau d’engrais pour la canne ou du lait pour les enfants »… Cette révolte populaire faisait croire à l’empire qu’il avait vaincu et il était question de donner l’armée mais Fidel a refusé. Il est allé sur lemalecon, l où embatquait des flotilles misérables et il a commencé un discours à la foule : « il les comprenait, ils comprenait leur souffrance mais il n’y avait pas d’autres issue, allez ceux qui n’en peuvent plus, les autres tiendront bon ici.  » Et alors on a vu cette chose extraordinaire, de partout ont accouru les foules de camarades, et la manifestation anti-régime, s’est transformée en manifestation pro-fidel, les gens quittaient les images du téléviseur pour venir soutenir le commandante.

Moi dès les premiers pas que j’ai fait dans la Havane je me suis perdue dans les bas quartier on m’a volé mon sac tout mon argent, mon billet d’avion, mon passeport, je ne parlais pas un mot d’espagnol et j’ai feins de m’évanouir dans un commisariat du malecon en suppliant que l’on me mène chez Risquet, une escouade de 4 policiers m’a conduite au Comité central. La manière dont j’ai survécu à cette situation m’a attachée à jamais à ce pays…

Yuli fait partie de ceux qui a appris à résister dans la souffrance dans un corps et une coeur endurci au nom de son île chérie… ici les meilleurs de mes camarades me disaient dans un an, les Cubains auront cédé et nous avons déjà pris un tel coup avec l’URSS, inutile d’en prendre un second, les pires comme le directeur de l’humanité soutenaient Robert ménard en dénonçant la dictature de castro. Dans le film Yuli a eu son talon cassé et il ignore s’il va pouvoir danser à nouveau, il fume, il boit, grossit tant ils souffre avec les enfants de sa rue qui mendient auprès de lui.

Mais pour comprendre tout cela pour goûter la beauté qui nait de tant de douleur, il faut avoir partagé la faim et les danses des Cubains autrement l’imbécile qui croit tout savoir imagine qu’il a devant lui une critique des dirigeants cubains. Il ne voit pas que Carlos Acosta quand il raconte sa vie en dansant introduit de force l’histoire d’un général américain qui veut imposer à l’île rebelle ce qu’elle refuse. IL ne voit pas à quel point le choix final de revenir aux ballets de Cuba et de reconnaître la volonté dictatoriale du père comme juste et aimante est aussi l’illustration de ce communisme cubain qui personnellement m’a tout enseigné. Ce que dans mes mémoires je décris comme le pacte d’amour cubain, celui qui vous offre la chance de dépasser toute la médiocrité des reniements, au prix de la souffrance et de la beauté…

Danielle Bleitrach