couverture

Une lecture salutaire…

Tout cinéphile que je sois, j’ai mis du temps avant d’acheter et de lire l’ouvrage de Danielle Bleitrach, Richard Gehrke, avec la collaboration de Nicole Amphoux, Bertolt Brecht et Fritz Lang. Le nazisme n’a jamais été éradiqué. LettMotif, 2015.
Non que j’ai pu avoir des doutes sur la qualité de la réflexion de son auteure, dont je suis régulièrement le blog militant particulièrement décapant :https://histoireetsociete.wordpress.com
Mais le sous-titre me glaçait : « nazisme »… En fait, comme nos anciens qui ne voulaient pas prononcer les mots de « diable » et de « cancer » pour conjurer le sort, je prenais la tangente devant le mot « nazisme ». Non qu’il me soit indifférent : j’étais enfant pendant cette guerre où mon père fut résistant, et j’ai grandi dans la haine envers cette monstruosité. Mais comme ma plaie n’est pas  cicatrisée, et que « la bête immonde » est hélas bien renaissante dans notre monde « occidental », je tournais autour d’une lecture dont je craignais qu’elle ajoute encore de la douleur à la douleur.
Mais je m’y suis résolu et je ne l’ai pas regretté.
Je ne me risque pas ici à une recension, et encore moins à une analyse critique de l’ouvrage qui dépasserait mes connaissances et mes moyens. Disons seulement qu’il s’agit de la reprise très approfondie d’un ancien mémoire de maîtrise, consacré au film de Fritz Lang (dont le scénario initial était de Bertolt Brecht) : Les bourreaux meurent aussi (Hangmen Also Die !) produit aux Etats-Unis et sorti en mars-avril 1943. Il s’agit de l’assassinat en juin 1942 du « vice-protecteur » de Bohême-Moravie, le criminel de guerre Reinhard Heydrich.
Le livre est soutenu par deux questions :
– Pourquoi le film présente-t-il l’exécution d’Heydrich comme le fait de la résistance tchèque locale, avec la complicité de la population, alors qu’il a été abattu par un commando de trois résistants tchécoslovaques parachutés par les Anglais ?
– Pourquoi la question de l’extermination des Juifs, dont Heydrich était le maître d’œuvre, n’est-elle pas évoquée par Lang et Brecht, tous deux Juifs et émigrés antinazis ?
Je vous laisse découvrir l’analyse, et les réponses.
Mais je voudrais insister sur ce qui, à mon sens, rend cet ouvrage extrêmement enrichissant : la façon dont il situe l’histoire personnelle des deux auteurs, Lang et initialement Brecht, et leur démarche à la fois commune et dissemblable, dans le champ politique et culturel tumultueux de l’Allemagne de l’entre-deux guerres.
En revisitant cette période clé, matrice de notre présent, j’ai été en phase avec l’engagement qui sous-tend la présentation de Danielle Bleitrach, celui d’une communiste, d’une antifasciste, et aussi celui d’une femme marquée à jamais par sa scène primitive, la petite fille juive qu’elle était échappant de très peu à la Gestapo, image mise en abyme avec celle de la petite fille victime du vampire dans M le maudit