RSS

Archives de Catégorie: CINEMA

Le Manifeste communiste de Marx et Engels cité aux Oscars

Décidément la lutte des classes est en train d’être à la mode à Hollywood…D’abord le film qui a raflé tous les oscars PARASITE : voici ce que je disais en août 2019, le film entré dans la légende des Oscars « Enfin il y a quelque chose que vous pouvez encore aller voir parce que ça joue c’est le film qui a remporté la palme d’or à Cannes, « Parasite ». J’avais déjà beaucoup aimé un de ses précédents: Memories of murders. Mais là c’est non seulement une formidable illustration de la lutte des classes, avec l’odeur des pauvres, mais un mélange explosif de tous les styles cinématographiques qui fait que rien ne fonctionne comme prévu… Bong Joon-KO le cinéaste et son acteur fétiche, Song Kang-ho qui lui aussi change à chaque instant et nous inquiète, nous émeut en un froncement de sourcil.3 On peut également placer dans la catégorie lutte des classes apocalyptique  le prix d’interprétation tout à fait mérité pour Joker.  Mais en France on a beaucoup moins souligné l’originalité du prix du documentaire Amercan Factory et pourtant, tout y est non seulement le sujet est bien la lutte des classes d’ouvriers voulant se syndiquer et se heurtant au nouveau patron… Mais il faut suivre l’affaire, elle nous confronte à des Etats-Unis en plein doute qui désormais confrontés au mastodonte chinois et plus généralement asiatique, se voient prolétarisés…

Julia Reichert et Steven Bognar, lauréats du long métrage documentaire Oscar pour «American Factory», interviennent lors de la télédiffusion des 92e Academy Awards le dimanche 9 février 2020.

Julia Reichert et Steven Bognar, lauréats du long métrage documentaire Oscar pour «American Factory», interviennent lors de la télédiffusion des 92e Academy Awards le dimanche 9 février 2020.
(Robert Gauthier / Los Angeles Times)

« Nous pensons que les choses s’amélioreront lorsque les travailleurs du monde s’uniront », a déclaré la co-gagnante du prix du documentaire Julia Reichert, en terminant son allocution de remerciment et  en acceptant la statuette de « l’American Factory » . C’était probablement la première fois que le  Manifeste communiste, le texte marxiste fondateur publié par Karl Marx et Friedrich Engels en 1848, a été cité aux Oscars.

L’utilisation par Reichart de cette phrase a été l’un des moments les plus ouvertement politiques d’une retransmission télévisée de la cérémonie des Oscars, cérémonie  généralement policée, du moins   jusqu’à présent.  mais pour bien mesurer ce que signifie cette ruée vers le socialisme peut-être faut-il voir les conditions de la production de ce film. je suis en effet tout à fait d’accord avec georges sadoul, le grand critique marxiste, la fiche d’un film doit présenter les conditions techniques et financières de sa réalisation.

Barack et Michelle Obama se sont lancés dans  la production de films, grâce à un partenariat avec la plateforme. Et ce premier film réussi analyse le rachat d’une usine américaine par les Chinois. Un exemple de mondialisation inversée. On connait l’obsession de Barak Obama pour « le pivot asiatique ».C’est en 2011 que Barack Obama et sa secrétaire d’État Hillary Clinton lancent le projet du « pivot » asiatique (c’est le même mot en anglais), destiné à faire basculer le « centre de gravité » de la diplomatie américaine vers l’Asie-Pacifique, au détriment des Européens.  Le palmarés des oscars  va dans son sens mais aussi celui de l’Amérique de Trump, celle d’une classe ouvrière au chômage, abandonnée…

le couple présidentiel voulait faire de la politique « autrement ». En mai dernier, le couple Obama conclut un accord pluriannuel avec Netflix pour produire plusieurs contenus engagés. Le premier bébé de leur société Higher Ground Productions s’appelle American Factory, un documentaire édifiant repéré au festival de Sundance. A la réalisation, le tandem talentueux, Steven Bognar et Julia Reichert, déjà nominés aux Oscars en 2009 pour un travail sur la fermeture d’une usine General Motors dans l’Ohio. American Factory est en quelque sorte la suite puisque le film  narre l’histoire du rachat de cette usine en 2014 par Cao Dewang, milliardaire chinois et président de Fuyao, l’un des plus grands fabricants de verre au monde

Je n’ai pas encore vu le documentaire dont voici  le visuel ci dessous:

https://www.imdb.com/video/imdb/vi4081433625?playlistId=tt9351980&ref_=tt_ov_vi

mais le propos tel qu’on peut le deviner décrit (et là on reconnait les obsessions d’Obama sur le pivot asiatique) est la rencontre entre le monde américain mais pas celui que l’on imagine, lmais le prolétariat, celui qui a abandonné les démocrates et dont une partie est allée voter Trump. L’Amérique complexée dont les usines ferment et qui se trouve confronté non seulement à un patron chinois qui est l’homme des nouvelles technologies, mais également à des ouvriers chinois. Si au début l’arrivée du Chinois est salué comme un sauveur, quand les ouvriers américains veulent se syndiquer l’incompréhension est totale.

Ceci nous en dit plus sur les complexes des Etats-Unis à l’égard de la Chine et l’inversion de l’impérialisme que cela provoque dans les esprits.

Etonnez-vous après cela qu’en recevant l’oscar, une des co-réalisateurs ait fait référence au Manifeste.

Après il y eut du plus convenu, ainsi en acceptant sa statuette en tant qu’acteur Brad Pitt a plaisanté en disant que les 45 secondes qui lui avaient été accordées pour parler étaient plus que ce que le Sénat avait donné au témoin potentiel de destitution John Bolton.

Usine Fuyao à Dayton, dans American Factory.

 

American Factory: Un milliardaire chinois en Ohio (2019)

American Factory (original title)
| | Documentary | 21 August 2019 (France)
American Factory: Un milliardaire chinois en Ohio Poster

Trailer

VU PAR LA TELEVISION CHINOISE EN LANGUE ANGLAISE

 

9 février 1950 : Le maccarthysme à l’oeuvre, rétablir les faits

beaucoup de choses sont dites aujourd’hui à propos du Mac Carthysme et certaines (comme dans la page de la revue « historique »  Hérodote) visent à justifier ou presque cette infamie. On commence à présenter le maccarthysme comme le simple prolongement d’un réflexe d’autodéfense justifié ou presque des Etats-Unis et de Truman  On va jusqu’à accuser désormais Roosevelt d’avoir livré certains secrets à Staline  à Yalta (ce qui est une fable qui fait de yalta ce qu’il n’a jamais été), on va jusqu’à accuser e parti communiste des Etats-Unis (qui avait alors 17.000 membres) de préparer une révolution insurrectionnelle et de manipuler grâce à Hollywood les pensées des citoyens innocents Etats-Unis. Exactement le contraire de la réalité.  Lire ce qui ose s’écrire aujourd’hui sur le Maccarthysme montre bien que nous ne sommes pas loin de ce retour à la chasse aux sorcières et que la résolution votée par le parlement européen qui identifie Communisme et nazisme (pour mieux tolérer de fait ce dernier) témoigne avec les répressions de syndicalistes, des mouvements revendicatifs de vers quoi on nous mène, si nous continuons à nous montrer aussi peu combatif pour dénoncer cette ignominie (note de danielle Bleitrach)

Le 9 février 1950, dans une petite ville de Virginie-Occidentale, le sénateur Joseph McCarthy brandit une liste de fonctionnaires du département d’État (le ministère des Affaires étrangères) qu’il accuse d’être des « communistes notoires » coupables de collusion avec l’Union soviétique et les agents de Staline.

Le sénateur Joseph McCarthyCe sénateur républicain du Wisconsin, un alcoolique de 42 ans inconnu du grand public, a la surprise de voir son propos repris par la presse nationale.

Il est dès lors entraîné dans une campagne hystérique qui va bouleverser l’Amérique triomphante de l’après-guerre.

Non seulement la Chine est en train de devenir communiste mais il s’avère que ce que les USA estimaient leur arme absolue utilisée à Hiroshima et Nagasaki, la bombe atomique est également possédée par les Soviétiques.

En 1947, dans le contexte de la guerre froide et de la course à l’arme thermonucléaire,  le président Truman institue des commissions, les « loyalty boards », pour repérer et écarter les fonctionnaires fédéraux coupables de collusion avec l’Union soviétique. Ces commissions envoient quelques fonctionnaires devant un tribunal mais sans résultat spectaculaire.

« Chasse aux sorcières »

La campagne du sénateur McCarthy relance les soupçons, d’autant qu’elle survient au moment de l’arrestation par la police fédérale, le FBI, des époux Rosenberg, accusés d’avoir livré à l’URSS des secrets atomiques.

Après l’élection du général Dwight Eisenhower à la présidence et surtout le triomphe du parti républicain au Sénat, en 1952, McCarthy accède à la présidence d’un sous-comité sénatorial d’enquête permanent. Désormais, un fonctionnaire peut être soumis à une enquête policière et révoqué sur un simple soupçon de sympathie avec l’Union soviétique de Staline.

Voyant un espion communiste derrière chaque personnalité du pays, hauts fonctionnaires, journalistes, cinéastes d’Hollywood et intellectuels de la côte Est, le sénateur se lance dans une délirante « chasse aux sorcières » (…)

Hollywood est particulièrement visé parce que certains scénaristes

LE PASSE CONTINUE A NOUS TRAVAILLER

Voici un texte que j’écrivais en 2008 comme une méditation sur les élections américaines et l’influence de l’usine à rêve hollywoodienne sur la vie politique américaine, l’histoire de la mise au pas de l’industrie cinématographique américaine pour qu’elle devienne cette vente permanente d’une Amérique rêvée et accompagne son hégémonie sur le monde d’un système de valeur qui autorise tous les brigandages.

« Le passé n’est pas mort, il n’est même pas passé »*
images[5]

Ils sont peut-être 200 millions à voter, mais le reste de l’humanité est spectatrice de la politique sur grand et petit écran. Avoir un candidat à la Présidence-dictature mondiale qui soit « une page blanche » sur laquelle chacun inscrit ses illusions et qui nous la rejoue John Kennedy, comme une nouvelle vie secrète de Walter Mitty, tandis que l’autre, Mac Cain, s’ingénie à copier John Wayne, prouve à quel point la politique est désormais affaire de script hollywoodien. Comment tout cela a-t-il été monté ? Comment un peuple de vagabonds rebelles, des Charlot, a-t-ils été rangé, canalisé, dans le rêve américain, électroménager, grosses bagnoles, et domination mondiale style Apocalypse Now, avec ce cauchemar de série B de film catastrophe que fut le 11 septembre ? Il faut revenir peut-être à une de ces moments clés, celui où l’usine à rêve, Hollywood, fut mise au pas.

l’Europe et l’Union Soviétique, comme d’ailleurs la Chine et le Japon sortaient dévastés de la guerre, les Etats-Unis connaissaient une ère de prospérité. 1945, c’est l’utilisation de la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki pour bloquer l’armée rouge qui avance vers l’armée japonaise. 1946, c’est l’année des premières campagnes de Joseph Mc Carthy et de Richard Nixon. Mais cette campagne hystérique anti-communiste prendra son véritable essor quand le 29 août 1949, l’URSS aura fait exploser sa première Bombe A dans le Kazakhstan. La paranoïa de l’ennemi intérieur culminera avec l’assassinat d’Etat en 1953 du couple Julius et Ethel Rosenberg. La guerre de Corée en 1950. Pourtant la purge a été entamée bien avant ce moment.

1946, l’année des grèves massives

Les syndicats avaient montré trop de puissance et de combativité : 1946 est l’année de la plus grande vague de grève de toute l’histoire américaine . 5000 grèves sont dénombrées, certaines paralysent des villes entières comme Pittsburg en Pennsylvanie, il y a jusqu’à 4.6 millions de travailleurs en grève.(1).. Ce conflit social va durer jusqu’au début de la guerre de Corée en 1950.

la Loi Taft-Hartley, parrainée par les milieux de la finance, sera une étape de la reconquête par le capital, elle bloquera effectivement la progression du syndicalisme américain. Elle exigeait en particulier que chaque dirigeant syndical déclare sur l’honneur sa non appartenance au parti Communiste sous peine pour son organisation de perdre son indispensable représentativité devant le National Labour Relations Board.(2) Des dirigeants tenus en laisse et mafieux, sous l’oeil bienveillant du FBI, prendront souvent la place des militants ouvriers grâce à cette loi. Mais son principal avantage pour le capital est qu’elle organise la coupure entre les communistes et le monde ouvrier.

La paix intérieure va être obtenue au moyen d’une répression intense, une répression politique mais aussi culturelle et c’est dans ce cadre là que Hollywood va être attaqué là encore sur pression directe des milieux d’affaires. Certains libéraux de gauche comme Arthur schlesinger qui sont pour que les communistes aient leurs droits civiques, et contre la liste noire, mais ne veulent pas d’eux comme fonctionnaires ou  » dans les lieux où leur activité présente une menace évidente et imminente », ce qui n’est pas le cas en 1949, puisque comme il le note « la demonstration est faite que les communistes peuvent être vaincus -dans le mouvement syndical, dans le mouvement libéral, dans le monde politique, dans celui des anciens combattants- par les moyens traditionnels: débat, identification et dénonciation » A partir de ce processus et en s’appuyant sur la loi Taft-Harley on pouvait chasser les militants communistes des syndicats, ou du moins des directions sans recourir aux excès de la liste noire et de la prison. (3) On imagine le soutien d’un tel courant qui est celui de revues intellectuelles libérales comme Commentary ou le New leader.

Pour Hollywood c’est la grande période. 1946 sera une année jamais dépassée de fréquentation cinématographique, au plan intérieur mais aussi au marché étrangers (4). La télévision est déjà là mais ses effets sur la fréquentation ne se feront ressentir qu’en 1950. Pourtant Hollywood connaît comme le reste du pays une grande vague de grèves, avec les mêmes mises au pas. Le syndicat militant des ouvriers est remplacé par un organisme plus souple qui regroupe tous les métiers de la production.(5)

La représentation

Voici pour le contexte social, maintenant il faut analyser le contexte culturel. A Hollywood déjà durant la crise des années 30 avait surgi une critique du cinéma des années 20. Ce cinéma complétement illusoire et de divertissement présentaiit les Etats-Unis comme le paradis, sans distinction de classe, où personne ne travaille, ou s’il le fait il s’agit d’ un métier amusant. En 1929 non seulement il y a la crise et cette image ne correspond plus au vécu des spectateurs, mais également le parlant, ce qui contraint à une autre maillage de la réalité. Le genre le plus caractéristique c’est le film noir de gangsters (5), les communistes introduisent le film gris. Alors que dans le film noir ce sont les problèmes psychologique, le destin individuel qui dominent, les communistes introduisent un contexte social. . Cependant il ne faut pas exagérer ce qu’ils peuvent introduire, il existe en effet une étroite surveillance et une censure .

En 1934, les studios hollywoodiens avaient établis un bureau de censure (production Code Administration sous la direction de Joseph Breen) pour veiller à la stricte application d’un code régissant le contenu des films adopté en 1930 (7).

Après la guerre, il y a un véritable renouveau artistique, on tourne hors studio, c’est un mouvement très inspiré par le documentaire auxquels beaucoup de cinéaste ont participé durant la guerre. On assiste à une toute nouvelle écriture cinématographique dont le symbole est le plan séquence hitchcockien de la Corde. Il arrive du théâtre de New York des admirateurs d’Orson Wells et parmi eux des gens très à gauche, voir communistes comme Nicolas ray, Elia kazan, Johen Berry, Cy Endfield, Josph Losey. le renouveau artistique est considérable.

Tuer la contestation dans l’oeuf

Comment passe-t-on de cette situation d’essor à celle du début des années soixante où l’anticommunisme est devenu un pur réflexe de toute la société? Et plus tard au triomphe à Hollywood d’un cinéma qui est retourné à l’illusion des années 1920. C’est paradoxalement à ce moment là quand le communisme a été vaincu que les libéraux pourront dénoncer la chasse aux sorcières menée à Holliwood comme une stupidité inutile alors qu’ils ont été d’accord avec celle-ci dans les années 40 et 50. Parce qu’à cette époque-là il y avait de multiples dangers de contagion sociale.

Ce qu’il faut bien mesurer le fait que tout au long du 20 e siècle sous la pression directe des milieux d’affaire, l’Etats nord-américain a tué dans l’œuf toute tentative si minime soit-elle de contestation de son système capitaliste, elle à refusé toute légitimité idéologique et culturelle à ses adversaires. Et s’est employé aux Etats-Unis comme partout dans le monde à mener un combat où elle a investi beaucoup d’hommes et d’argent sur le contrôle culturel. Les communistes avaient bénéficié du répit du new deal, puis de l’alliance avec l’Union Soviétique, dès que la guerre froide fut déclenché leur tour était venu à la fois à cause de l’agitation syndicale et parce qu’ils représentaient une remise en cause culturelle et politique du système qui ne pouvait pas être toléré. En ce qui concerne les communistes, mais aussi les syndicalistes réellement combatifs, autant que les mouvements de minorités réclamant leurs droits, ils ont été l’objet d’une surveillance systématique. Sous la direction de J. Edgar Hoover, nommé le 10 mai 1924 et demeuré en poste jusqu’à sa mort en 1972, le FBI s’intéressa particulièrement aux activistes politiques non accusés de crimes. Il s’interressa infiniment plus à eux qu’au crime organisé auquel il laissa beaucoup de latitude. Ce fut avec l’OSS le seul grand service américain qui faisait du renseignement à l’étranger sur le terrain essentiellement grâce à ses bureaux en Amérique Latine. Avec la création de la CIA, cette fonction lui a été retirée mais le FBI resta tout autant actif pour traquer les activites politiques non accusés de crime. Les dix d’Hollywood et tous ceux de la liste noire continuèrent à être harcelés et ceux qui leur accordaient une aide également.

Les purges ont précédé le Mc carthysme auquel on a voulu les réduire, elles ont commencé par le syndicalisme, mais a été aussi effacé des bulletins de vote comme de la conscience sociale tout ce qui prétendait être plus à gauche que le parti démocrate (8).

Dalton Trumbo, le grand scénariste, lui-même un des dix appellera ce temps « le temps du crapaud », où il faut avaler sa ration quotidienne de chair de crapaud pour survivre. La chair de crapaud pour Dalton Trumbo c’est le conformisme imposé. Les communistes ont non seulement tenté de faire apparaître l’exploitation et la condition ouvrière, mais ils se sont surtout illustrés dans la dénonciation du sexisme et du racisme dans les films (9 ) .On les accusera dans une Amérique où l’on pratique encore le lynchage et la ségrégation d’être des « amants des noirs ». .

D. Trumbo, un des « dix », refuse de témoigner – 1947

Hollywood lâche dix noms

Hollywood avait tenu tête à une précédente enquête menée par une sous-commision du Sénat chargée d’enquêter sur la propagande de guerre en 1941. Lorsqu’il est annoncé que Le Committee on Un-Americain Activities ou HCUA que vont avoir lieu des auditions sur les activités anti-américaines, la communauté se mobilise et repousse l’accusation d’influence communiste sur les films et dénoncent les possibles mises à l’index de communistes. Il se forme un Comité de défense du premier amendement. Mais le HCUA va marquer des points en montrant qu’il a en sa possession dix cartes de membres du parti, qui deviendront les Dix d’Hollywood, cela suffit pour entraîner le repli des libéraux (la gauche non communiste) (10)

Il paraît acquis que l’Industrie du cinéma a négocié la paix en lâchant dix noms et ne faisant que l’on attaque pas le contenu des films ce qui risquait de nuire à l’industrie. La Commission ne voulait pas défier les studios et l’industrie, elle voulait simplement isoler au départ les militant syndicalistes qui avaient crée le syndicat combatif le Conférence of Studio Unions et les libéraux trop à gauche (soutien de Wallace). Le HCUA collaborait étroitement avec le FBI et avait à sa disposition ses fichiers, La liste noire fut ainsi établi et encouragea la délation et elle alla bien au-delà des dix noms initiaux (11) Nul ne sait ce qu’il en advint et la Liste noire n’a jamais été suspendu pour ceux qui parfois en sous main négocièrent le reniement de leur appartenance au parti, non seulement celle-ci n’a pas disparu mais on a récemment fait état d’une autre liste noire, celle des opposants à la guerre en Irak.

L’événement a été simple : En 1947, dix témoins refusent de répondre devant le HCUA à des questions touchant à leur affiliations politiques et purgeront plus tard à cause de cela des peines de prison, ils sont condamnés pour outrage au Congrès. Ce sont dans l’ordre de leur comparution : » John Howard lanson, Dalton trumbo, Albert Maaltz, Alvah Bessie , Samuel Ornitz, Hebert Biberman, Adrian Scott, Eward Dmytrick, Ring lander et lester Cole.

Le mois suivant, les dirigeants des « majors » annoncèrent que ceux qu’on appelait «témoins inamicaux » ne trouveront plus de travail dans l’industrie cinématographique.

Il y eut deux phases, la mise à l’index déferla en vague successive et elle emporta bien d’autres gens , on peut dire que jusqu’en 1951, les scénaristes et réalisateurs sont libres de poursuivre leur carrière. Et paradoxalement durant cette période ils vont donner des œuvres importantes. On leur interdit de travailler, ils le font en sous main jusqu’à ce que en 1950 on les envoie en prison. C’est Dalton Trumbo qui est le plus actif dans ce travail en sous main où il finira par ridiculiser ceux qui cachent que les scénarios sont de lui. Son meilleur canular n’est pas celui où il obtient l’oscar du meilleur scénariste sous un faux nom, mais le film qu’il écrit avec un autre proscrit Joseph Losey(12), « le rôdeur ». Le portrait d’un fasciste ordinaire, un supporter potentiel de MacCarthy, la fin sur un terril désolé sur lequel il glisse était pour Losey le rêve américain. Un autre grand cinéaste Nicolas Ray, qui avait appartenu à la même école celle qui tourne des films où le héros est pris dans un destin social, sera celui qui élévera la plus forte protestation contre le procès des dix dans Johnny Guitar (1954) , c’est la situation des anciens communistes sommés de comparaître devant le HCUA, le héros doit lâcher un femme libre Vienna.

Il faudrait reprendre un à un tous les films, tous les scénarios qu’ont tenté de produire les proscrits, John Berry par exemple qui raconte la grisaille corrosive du chômage dans From This Day Forward (1946) ou encore avec le dernier film hollywoodien Menaces dans la nuit (1951) situé dans un milieu ouvrier, son acteur Garfield qui va mourir à 38 ans miné par les mises en demeur de l’HCUA qui le harcèle pour qu’il dénonce ses amis. . Encore le chômage dans le film de Cy Endfield The sound of Fuyr –fureur sur la ville 1950) qui est le chef d’ œuvre de ce type de film. Dmytrich cède le premier il devient en 1951 « temoin amical » et il fera aussitôt le film psychologisant exigé par Holywood. Dans l’homme à l’affut (1952) il va plus loin, il dénonce les crimes sexuels et propose la détention préventive « Ceux qui pourront être guéri le seront, ceux qui ne le seront pas resteront enfermés, il faut créer un appareil thérapeutique d’Etat. Après ce manifeste, en récompense on lui confiera le tournage de Ouragan sur le Caine (1954), le message du film est celui de l’obéissance aveugle à toute forme d’autorité.

Temoignages

Voici leurs témoignages quelques années après sur les conséquence de la Liste Noire : Témoignage de Alvah Bessie, dans la revue Positif n°39 en mai 1961 :« La tragédie provoquée par l’enquête de Hollywood est plus difficile à évaluer. A sa suite,
et à la suite des enquêtes suivantes, plusieurs centaines de scénaristes, metteurs en scène,
producteurs, acteurs et techniciens se trouvèrent sans emploi, balayés par la vague
anti-rouge, et réduit dans leurs communautés à la situation de parias.Après ma libération de Texarkana, en 1951, il me fut impossible de trouver le moindre travail. Je parcourus Los Angeles pendant trois mois. J’écrivis à tous les éditeurs de New York qui pourraient réagir avec sympathie, mais ne reçut point de réponse. […]Un riche industriel offrit de m’engager en qualité d’apprenti tourneur à un dollar et demi de l’heure. […] Puis Harry Bridges, un grand bonhomme à qui les hommes au pouvoir n’ont pas pardonné son rôle dans la grève de 1934, me recueillit et me fit venir à San Francisco comme second-porte parole et rédacteur à l’International Longshoremen’s and Warehousemen’s Union (Syndicat International des docks et entrepôts)… » Ainsi que de nombreux autres exemples dont Adrian Scott (producteur), qui refusa de coopérer avec l’H.U.A.C, se vit jeter en prison ; puis à sa sortie, il ne put produire de films qu’en 1970, soit 21 ans de « censure », il se trouvait sur la liste noire.Alvah Bessie : Travailler sous un pseudonyme. Témoignage de Dalton Trumbo ( écrivain), dans la revue Positif, dans les n° 64 et 65 en 1964 :« J’ai signé sous des pseudonymes : Robert Rich, The Brave One, Sam Jackson, Spartacus, […]. La liste noire a arrangé les petits producteurs pour lesquels j’ai travaillé pendant une période de dix ans. Ils pouvaient se permettre d’avoir un scénariste ayant beaucoup de métier pour peu d’argent. Ils me payaient deux millions par film, alors qu’avant la liste noire je touchais quarante millions d’anciens francs. […] J’ai rompu cette période de silence grâce à Kirk Douglas et au directeur de sa compagnie Edward Lewis, qui m’ont demandé en 1958 d’écrire le scénario de Spartacus d’après le roman de Howard Fast. Kirk voulait que mon nom soit au générique, sauf si United Artist si opposait. Ils refusèrent. J’écrivis donc le premier script sous le nom de Sam Jackson, et ne mis jamais les pieds sur le plateau. Mais Peter Ustinov et Charles Laughton intrigués découvrirent la vérité et en informèrent les journalistes, ce qui fit scandale, obligeant de ce fait United Artist à mettre mon nom au générique […]..

L’usine à rêves

Dans de telles conditions les films à message fut-il aussi conservateurs que Ouragan sur le Caine ne sont plus à l’ordre du jour. Après les 10 d’Hollywood ce sont des centaines de réalisateurs et autres travailleurs du film situés à gauche qui sont interdits à Hollywood, tout comme le type de film qu’ils étaient arrivés à faire entre 1947 et 1952.

Les principaux fils en vogue seront de « divertissement », ce sera le règne du western, du film de guerre qui encense l’Amérique, l’épopée biblique et le mélodrame bourgeois. L’autre Amérique a été étouffée, interdite.

Ce qu’il faut bien mesurer c’est que le choix d’un certain cinéma, usine à rêve et diffusant l’american way of life, ne fait pas des dégâts seulement aux Etats-Unis, en France c’est tout une école du cinéma qui est victime de la diffusion massive de ce type de cinéma, et de la prudence des producteurs français. Par exemple Jean Grémillon, le grand cinéaste français a vécu avec une grande violence d’engagement la Résistance. Il se lance à corps perdu dans des projets de films historiques à visée didactique et révolutionnaire sur la Commune, la Guerre d’Espagne, la Révolution de 1848, les mutineries de 1917, dont les commanditaires se désisteront tous les uns après les autres parce qu’il y a la réalité économique, les difficultés aux sortie de la guerre, la concurrence du cinéma de divertissement hollywoodien qui envahit les écrans selon l’accord Blum- Byrnes et même l’influence de la Guerre froide. Sans parler de Louis Daquin qui fut quasiment interdit de travailler Son oeuvre la plus remarquée a été « Le Point du jour », en 1949, un film portant sur la condition des mineurs.(13)

Maintenant nous en sommes à la situation où ce n’est plus le film qui doit aider à comprendre la réalité, mais l’illusion née dans les studios hollywoodien, la manière de vendre la marchandise, le désir du consommateur qui est mobilisé comme système de gestion de la planète. Le candidat n’est pas réel, il est une image, même l’événement n’existe pas il n’est que stratégie de communication. Est-ce un hasard si le 11 septembre a ressemblé à un film catastrophe de série B ?

Danielle Bleitrach (14)

(1) Georges Lipsitz, class and cultue in Cold War America : » Rainbow at Midnight » (South Hadley Mass 1982) pp 37-86

(2) En 1946, les Républicains prennent le contrôle du Congrès et vont faire adopter en 1947 la Loi Taft-Hartley.

(3) Schlesinger: The vital Center: The politic of freedom (Boston,1949), p.210 . On notera par ailleurs que Schlesinger dont une référence de wikipendia cité plus avant nous indique qu’il participa aux largesses de la CIA et qui reccommande l’utilisation de la dénonciation, Et bien sur ce libéral de gauche n’a pas de mots assez durs pour stigmatiser « la corruption morale et intellectuelle » des cinéastes et des scénaristes communistes qui acceptent de l’argent d’Hollywood et donc se méprisent eux-mêmes.
(4) L’accord Blum-Byrnes signé le 28 mai 1946 entre les Etats-Unis et la France liquide une partie de la dette Française (2 milliards de dollars) de la France aux Etats-Unis et offre même un nouveau prêt et une aide. En échange il impose une exigence cinématographique, culturelle autant que commerciale, toutes les salles doivent être ouvertes aux films étasuniens sauf une semaine par mois. C’est le Moyen pour les Américains de diffuser leurs valeurs autant qu’une industrie cinématographique.
(5) En 1947,Reagan était président du Screen Actors Guild, et a témoigné contre ses amis devant le H.U.A.C. de façon ignoble . Il a utilisé son poste de président au syndicat des acteurs pour épier ses amis. Il a d’ailleurs servi d’agent du F.B.I. (Féderal Bureau of Investigations), sous le nom de Agent T10. (Sa femme alias l’Agent T9).A eux deux, ils ont fourni des dossiers, des comptes-rendus, des informations divers sur tous les acteurs qu’ils soupçonnaient ou savaient communistes ou sympathisants. .Suite à cela, Reagan n’a jamais regagné la confiance des ses collègues dans le monde
d’Hollywood, qui le considérait comme un mauvais acteur et un être humain sans confiance.
Notons que Ronald Reagan devenait 33 ans plus tard, président des Etats-Unis …
(6) Quelqu’un comme John Howard Lanson, dramaturge et futur leader du Parti Communiste à Holywood adapte ses pièces à l’écran, il a des dialogues pénétrants et raffinés et d’une crudité sur les rapports de sexe, sur l’argent inconnus jusque là. Le capitalisme est dénoncé mais plutôt sous sa forme encore non aboutie, dans le sud avec le métayage du coton et les camps de travail (Curtiz et mervyn leroy). Un communiste Frank Tuttle se débrouille de créer des décors réalistes sur la misère ouvrière dans des films musicaux.
(7) Il y a une lecture des films à partir du jeu autour de ces interdits qui est tout à fait pertinente. Adorno et Horckeimer dans la dialectique de la raison dans le chapitre qui porte sur les industries culturelles décrivent le caractère incroyablement tatillon de cette censure. Alors que dans les années 1930, les cinéastes jouaient avec les interdits, dans les années 1940 il a débarqué un homme à poigne, Joseph Ignatius Breen, qui a obtenu l’appui décisif des ligues de décence et des catholiques tout-puissants. Lorsqu’il obtient qu’à la messe du dimanche les curés qualifient, désormais, de péché mortel la vision de films qu’il n’aurait pas approuvés,il a gagné.
(8) Il n’y a pas que le parti communiste, le parti socialiste tombera de 140.000 voix en 1948 à 2000 en 1956. Il ne doit rien y avoir au-delà du parti démocrate.
(9) Ce qu’il faut bien voir c’est que la grande répression qui se lance sur eux se double de divisions et de déchirement internes au sein de la gauche.
(10) Il s’agit de la gauche non communiste .Ils renoncent alors même que leur refus initial jouissait d’une grande popularité, puisqu’à cette époque 50 % de l’opinion refuse les auditions.
(11) Par exemple Charlie Chaplin. Victime du Maccarthisme (son nom figure sur la « liste noire »), il est harcelé par le FBI en raison de ses opinions de gauche, il se voit refuser le visa de retour lors de son séjour en Europe pour la présentation d’un film. Il renonce alors à sa résidence aux États-Unis et installe sa famille en Suisse jusqu’à la fin de ses jours. Après avoir reçu le Prix international de la paix en 1954, il tourne à Londres Un roi à New York (1957) où il ridiculise la “Chasse aux sorcières” menée dans l’Amérique de la Guerre froide. Il y eut d’autres victimes illustres, les frères Mann, Thomas et Heinrich. Berthold brecht qui réussit un numéro époustoufflant d’embrouille de la commission en contestant systématiquement la traduction.
(12) La carrière de Losey débute sous le signe d’un engagement politique au côté du Parti communiste américain. Sommé en 1952 de se présenter devant la H.U.A.C. alors qu’il tourne un film en Italie, il choisit de s’exiler en Grande-Bretagne. Son témoignage n’aurait sans doute pas amélioré son sort, sauf de le mener en prison. Après des études en Allemagne avec Bertolt Brecht, Losey retourne aux États-Unis, parvenant jusqu’à Hollywood.Durant le maccarthysme, il est interrogé pour ses liens supposés avec le Parti communiste et mis sur la liste noire d’Hollywood par les patrons de studio hollywoodiens. Sa carrière menacée, il déménagea à Londres où il continua à travailler comme réalisateur.Son film Le Messager (The Go-Between) a remporté la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1971. Même au Royaume-Uni, il rencontra des problèmes : initialement proposé pour diriger la production de Hammer films de 1956 pour X the Unknown, Losey fut évincé du projet, car après quelques jours la star Dean Jagger refusa de travailler avec un sympathisant communiste présumé.

(13) Voici ce qu’en dit une brève référence aux auteurs cinématographiques « Ses idées radicales sur les problèmes sociaux l’ont fait mettre au ban de l’industrie française du cinéma. A la fin des années 50, Daquin travaille en Roumanie, en Autriche et en Allemagne de l’Ouest. Il terminera sa carrière, dans les années 60, comme directeur de production, notamment de René Clément pour Paris brûle-t-il ? » Si la france grâce à l’influence du parti communiste et de ses intellectuels prestigieux mais aussi de gens comme Sartre résista bien à l’influence des stipendiés de la CIA, il n’en fut pas de même en Angleterre . Pour connaitre tout cela voir le livred de Frances saunders, quand la CIA menait le bal dans la culture. Voir également cet article de wikipedia qui apporte des informations intéressantes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_pour_la_libert%C3%A9_de_la_culture

Mais pour une industrie comme le cinéma, la réticence des producteurs à financer des films jouait plus encore que la bataille idéologique de la guerre froide, ou elle en accentuait les effets condamnant les cinéastes à ne plus pouvoir tourner du moins ce qu’ils désiraient, un cinéma didactique, tenant compte de la réalité.
(14) Entre autres sources je voudrais plus particulièrement citer Tom Andersen et Noël Burch. Les communistes de Hollywood, l’œil vivant, presse de la Sorbonne Nouvelle, 1994.

 

Robert Mitchum et le mac carthysme

A imagem pode conter: 1 pessoa

Robert Mitchum est comme kirk Douglas d’origine prolétarienne, mais de l’Amérique profonde, celle du « sel de la terre ». Il donne à son personnage l’épaisseur de cette classe sociale de vagabonds, d’ouvriers construisant les chemins de fer. Son père meurt sur un chantier de chemin de fer à Charleston (Caroline du Sud) en février 1919, alors que Robert n’a pas encore deux ans. Lorsque ses enfants sont en âge d’aller à l’école, sa mère est embauchée en tant que linotypiste pour le Bridgeport Post. À peine âgé de 11 ans, Robert ne trouve littéralement plus sa place à table en rentrant chez lui, sa mère n’ayant plus les moyens de le nourrir. Après quelque temps dans la ferme de ses grands-parents, il prend clandestinement le train pour le sud.. À 14 ou 16 ans (les versions varient), il est arrêté à Savannah en Géorgie pour vagabondage, et doit travailler pour l’État, enchaîné à d’autres forçats. Il parvient à s’évader et rejoint la maison de ses grands-parents. C’est là qu’il rencontre, en 1933, Dorothy (alors âgée de 14 ans). Ils se marient le 16 mars 1940 dans la cuisine d’un pasteur. Malgré les infidélités notoires de Robert, ils resteront mariés jusqu’à la fin de la vie de l’acteur.C’est en quelque sorte le symbole de la fidélité de l’acteur à ses origines prolétariennes.
Chacun de nous a dans sa filmographie un ou plusieurs films noirs dont il est le héros, mais pour moi c’est avant tout la nuit du chasseur (1955) réalisé par Charles Laughton. Lame de fond réalisé par Minelli en 1946 et toujours par Minelli celui par qui le scandale arrive (1960).
Ce sont de ces hommes là dont Tarentino dans son cinéma cherche le secret, leur mutisme et leur puissance, mais chez Mitchum, à l’inverse de Wayne qui joue ce qu’il n’a jamais été , Mitchum et Douglas, ne se confondent pas avec l’interprétation, ils sont ce qu’ils sont.

Dans les années 1950, lors de la chasse aux communistes animée par le sénateur Joseph McCarthy, Robert Mitchum est convoqué devant la commission d’enquête, ayant des amis communistes. Cependant, au contraire de nombreuses vedettes d’Hollywood qui donnèrent des noms de communistes avérés ou supposés, ou qui fuirent les États-Unis comme Charlie Chaplin, Mitchum se contenta de dévisager les membres de la commission, puis leur dit, avant de sortir de la salle :

« J’ai très peu de principes dans la vie, mais il y en a un auquel je tiens et c’est de ne jamais parler longtemps à des gens avec qui je n’aurais pas envie de prendre un verre. Et derrière votre comptoir d’épicerie, je ne vois personne avec qui j’ai envie de prendre un verre. Alors, messieurs, vous m’avez vu, vous m’avez entendu, vous savez où j’habite, au revoir. »

 
Poster un commentaire

Publié par le février 9, 2020 dans CINEMA

 

Cuban network , l’épopée et le bon film d’aventure…

Hier j’ai vu le film Cuban network alors que la veille j’avais lu dans le numéro de Positif de février l’interview de son auteur sur les conditions du tournage dont il parle comme d’un quasi cauchemar, tant il a été suspendu jusqu’à la dernière minute  aux autorisations.  Quand elles lui ont été données,  il a eu  une totale aide du pays malgré son manque de moyens (pas d’hélicoptères pour le tournage) et le fait qu’il était impossible alors de tourner les scènes de Floride en Floride. Malgré ce cela lui a permis un petit budget parce que tout dans l’île est à moindre prix.

Comment le même Olivier Assayas dont de surcroît en général le cinéma est plutôt intimiste est-il arrivé à réaliser ce film qui nous tient en haleine et qui ne trahit pas trop ce que fut cette odyssée des cinq? Sans doute parce qu’il part d’un livre qu’il dit brouillon et très pro-castriste de Fernando Morales (Les derniers soldats de la guerre froide), mais surtout soyons réalistes parce que son producteur brésilien Rodrigo Teixera, lui a mis le livre et le sujet en main. Financièrement il était un peu cerné et ses acteurs étaient des latinos, plutôt du bon côté. Même le montage réalisé à toute vitesse puisqu’il devait être présenté le 4 juillet à la sélection de Venise a été déterminé par le tournage terminé le 4 mai. Assayas dit n’avoir rien coupé, il s’est contenté d’ajuster .Donc disons que son film a été pris financièrement et techniquement  dans une ambiance générale moins anti-castriste qu’il aurait pu l’être.

Le scénario autour d’un couple fidèle…

Le film,  a pour héros principal un homme fidèle par excellence, à son pays, au communisme mais aussi à sa femme et à ses enfants, René Gonzales, un ancien militaire qui a servi en Angola, ce qui n’est pas non plus une mince et banale histoire,. Il feint de déserter pour aller infiltrer les terroristes qui attaquent l’île pour empêcher le tourisme de se développer. Les terroristes sont en Floride, à 200 km, ce sont d’Infâmes salopards, trafiquants de drogue, parrains mafieux qui ont des liens avec la CIA et le FBI . L’URSS est en train d’être rayée de la carte, l’île est asphyxiée, faute de nourriture, des biens les plus élémentaires les gens fuient sur des bateaux de fortune. René Gonzalvés vole un avion cubain pour atterrir à Miami. Peu à peu d’autres compagnons viennent le rejoindre  par divers moyens et ils infiltrent les différents groupes,préviennent les attentats. Mais le réseau est découvert, ils sont condamnés à de lourdes peines de prison s’ils refusent de collaborer, et sur la dizaine cinq refusent dont René.. Le film s’arrête là et il y manque non seulement ce qu’ont été pour eux pour leur famille, pour le peuple cubain cette incarcération. Il n’est donc pas question de ce qui a suivi leur longue incarcération,  c’est-à-dire la manière dont a été obtenu leur libération, cette lutte de tout un peuple qui s’élargit à l’Amérique latine puis au monde entier… Un autre sujet qui devrait être traité par un Eisenstein…ou même par l’auteur du superbe « Soy Cuba ».(1)..

Résumons le diagnostic en quelques mots: Cuba est une épopée, Cuban network un bon film d’aventure.

Ce peuple de l’épopée cubaine,  réclamant inlassablement la libération de leur cinq héros, a pour moi un visage, celui d’un française, Marie Dominique. Elle a été emportée par un cancer foudroyant et a fait don de son corps à la science cubaine, effectivement il n’y avait pas un millimètre de son âme et de son corps que Marie Do n’avait pas donné à Cuba, à sa Révolution. Elle était mon amie. En regardant le film, Marie-do, l’immense peuple cubain dont les dirigeants sont le reflet, tous m’ont manqué, mais ils n’ont pas été totalement absents. La principale qualité du film est la sincérité, le fait qu’il n’a pas de sous entendu, il est direct. comme dans les films d’aventure classique. C’est renforcé par une bande son efficace et avec des trouvailles remarquables, par exemple quand les explosions ont lieu dans les hôtels, on voit le terroristes payé par les fascistes de Miami qui dépose ses engins pour empêcher le tourisme de se développer et le fracas de la bombe est couvert mais aussi exprimé par le bruit des vagues tapant sur la rambarde de Malecon, ce bruit familier et si fréquent symbole de l’île mais aussi du siège qu’elle subit.

la guerre comme un jeu ? certainement pas…

Assayas est efficace  parce qu’il s’engouffre dans les codes les plus établis du cinéma d’aventure et il utilise une voix off pour nous aider à accélérer la lecture d’un film qui aurait pu être trop bavard.. La plupart des critiques que j’ai entrevu sur le sujet déduisent de ce choix quelque chose qui est à la fois vrai et faux. Il y aurait une sorte de plaisir comme dans un James Bond entre les deux adversaires,les Etats-Unis et Cuba, ils jouent à cache-cache comme dans la scène où la chasse cubaine abat les avions des terroristes de Miami. C’est vrai, dans la manière dont les Cubains défient la principale puissance du monde il y a un côté sportif, parfois cela va jusqu’au rire comme quand on a gagné dans une partie de pelota (le base ball); Cela s’accompagne d’une absence de chauvinisme stupéfiant, une sympathie pour le peuple américain qui désarçonne. On retrouve cela dans le film, ce n’est pas simplement du à la volonté d’Assayas de ne pas faire un film trop pro-castriste, cela existe réellement. Mais c’est aussi de l’intelligence politique et il faut un sacré niveau pour tenir une telle attitude, ne jamais donner dans la paranoïa.

Parce que ce n’est pas un jeu que de subir ce qu’ils subissent depuis 1959, pour avoir refusé de rester une colonie des Etats-Unis, d’en être le bordel et le lieu préféré de la mafia… Pour avoir nationalisé les biens des magnats en réponse aux attentats déjà… ce serait  abominablement erroné de l’imaginer un seul instant , parce que le courage qu’a du déployer Cuba face à ce monstrueux adversaire est surhumain.  Ils ont payé et continuent à payer le prix fort d’une véritable torture, la plus injuste qui soit. Autre qualité du film, il était difficile de comprendre comment fonctionne le réseau d’organisations « anti-castristes » de Miami,les armés, ceux qui pratiquent le trafic de drogue, ceux qui ont une couverture humanitaire et leurs liens avec le FBI hérité de Hoover ce grand paranoïaque anti-communiste. On en retire une impression générale de corruption, d’impunité de véritables gangsters, qui n’est pas inexacte. Mais cette description de la mafia anticastriste et sa haine tranche avec les habitants ordinaires de Miami, le désir profond des familles d’être réunies, ce qui est également vrai..

Face à un tel ennemi on ne doit pas baisser la garde un seul instant. ,On ne peut pas faire confiance à un ennemi qui jamais ne tiendra sa parole.

Une scène du film passe très vite sur la manière dont le réseau de lutte antiterroristes infiltré à Miami a été découvert et les cinq condamnés pour avoir refusé de « coopérer ».  Pourtant c’est révélateur. De cela je ne parlerai pas plus que le film, parce que c’est aux Cubains de dire comment cela s’est passé et qui a été assez naïf pour tenter de coopérer avec les autorités américaines pour qu’ils mettent hors d’état de nuire  les terroristes et trafiquants comme Posado Carriles qui sévissent sur leur sol. C’est à partir d’un échange de documentation entre le gouvernement cubain et celui des Etats-Unis, que le FBI loin de mettre hors d’état de nuire ceux qui portaient la mort contre Cuba et toute l’Amérique latine, a arrêté puis condamné les cinq pour espionnage sur  le sol américain. Ce que Fidel explique dans un cours interview d’une manière très claire: « le pays le plus espionné accusé d’espionnage et celui qui ne fait que se défendre pour tenter d’arrêter les terroristes qui tuent sur son sol, condamné pour terrorisme! » Parce que quelqu’un a cru en la bonne foi des USA, le réseau a été démantelé et les 5 héros ont payé.

Il l’ont fait avec une dignité, un courage dont le personnage de René Gonzales donne une vision intimiste  mais forte.

Oui le peuple cubain manquait et pourtant le choix de René Gonzales comme héros principal d’un certain côté permettait d’en exprimer beaucoup de qualités. ce choix ne paraissait pas évident pour qui avait suivi l’affaire des 5. Sans doute parce qu’il avait justement le tempérament secret alors que Gerardo (dans le film sous son nom d’emprunt Manuel Viramontes) est le Cubain type, joyeux, extraverti, à la manière d’un Raoul Castro avait souvent la vedette.  il  était le porte-parole du groupe. René, joué par Edgar Ramirez avec qui Assayas avait déjà tourné Carlos, beaucoup plus introverti fait du film une énigme . En même temps, ce personnage secret  rend justice au sens moral, à l’esprit de sacrifice, à l’humanité du héros cubain, comme l’amour avec sa femme (jouée d’une manière magnifique Penélope Cruz) témoigne d’une sorte de fidélité à l’engagement, cette dépendance amoureuse que les Cubains à l’inverse des français ne craignent pas d’exprimer.

Sans toutefois négliger  aussi ceux qui les entourent y compris l’invraisemblable Juan Pablo Roque qui est lui un véritable aventurier, Je dois dire que les scènes de son mariage, qui est sensée décrire  « miami vice » comme elle ont  été tournées à Cuba font un peu miteux par rapport au luxe flamboyant des mafieux de Floride.  Les personnages principaux , ceux du réseau et les mafieux, les épouses,  sont peints dans des scènes d’action menées tambour battant avec d’autres personnages qui traversent l ‘écran, des figurants qui lui imposent son rythme rapide, celui des truands, mercenaires en Amérique latine,..  Tous les trucs d’un récit alerte, palpitants sont utilisés pour que le rythme ne retombe jamais, mais peut-être ceux qui n’ont pas vécu de l’intérieur ces vingt années, celles de la chute de l’URSS dans laquelle faute d’engrais, la récolte de la canne ne cessait de baisser et où il a fallu installer un tourisme dans une île assiégée, où l’on crevait littéralement de faim, je peux en témoigner et où il a fallu faire face au sabotage n’ont-ils pas toutes les clés que le film ne donne pas…

Mais où est passé le peuple cubain? 

Le peuple de Cuba est filmé d’une manière assez passive dans laquelle est privilégié l’effet esthétique, par exemple quand les tracts  des anticastristes tombent comme de la neige dans les coursives d’un immeuble. Puis dans les assassinats où l’on suit le terroriste salvadorien effrayé, au bord de l’évanouissement d’hôtel en hôtel, des mercenaires et des chauffeurs de taxi… Les anticastristes ont cru que l’île allait tomber, les foules protestaient, d’autres tentaient de les empêcher de s’enfuir… Fidel est arrivé et  a dit « laissez les partir! » et tout s’est retourné la foule a crié « Vive Fidel! » cela n’est pas montré. Seulement des uniformes, mais aussi la solidarité familiale… Autour de la femme du « Gusano » (ver de terre traduit par traître). A disparu tant de choses, tant d’héroïsme anonyme…

Et le film est juste dans les eaux de ce que l’on peut montrer pour rester crédible dans ce petit monde médiatique, il est même mieux que ça, parce que ne serait-ce dans le personnage de René passe quelque chose d’un engagement humaniste, de l’incapacité de rompre avec sa morale jusque dans le combat le plus âpre… 3Eux ils sont comme ça, moi je ne peux pas! »… je l’ignore chacun sans doute le lit à sa manière… L’intervention de Fidel me parait tout dire sur le fond, elle sera interprétée par d’autres comme la paranoïa d’un régime, mais oui… Il y a beaucoup de gens comme ça…même chez les communistes ou qui se disent tels. Il y a un effet Koulechov (2) non seulement entre plans, mais aussi entre les plans et les stéréotypes des spectateurs.  Incontestablement , en France tout a été fait pour que se dégrade l’image du communisme. Les motivations du héros en deviennent obscures, renforcé par le silence de René et les non-dits de son épouse. Pourquoi laisse-t-elle leur dernière fille à Miami?

S’il suivait de plus près encore la vérité, serait-il crédible en Occident, en France ? 

Je serais curieuse de savoir comment perçoivent ce film  ceux qui ne connaissent pas Cuba, ceux qui ont été irradiés par la propagande anticommunistes, il en existe même à l’intérieur du PCF. Au passage remonte en moi la colère qui me hante, celle de l’Humanité, mon journal, dans ces années-là, appuyant sur invitation de Robert Ménard alors dirigeant de reporter sans frontière « un dissident » cubain. Robert Ménard qui a reconnu lui -même être appointé par les Etats-Uns.Les bobos parisiens se réunissant aux champs Elysées pour dénoncer « la dictature de Castro », à l’appel de Ménard, avec affiches de Publicis grand format, un grand portrait de Fidel « Cuba si , Castro no »… l’ambassade de Cuba prise d’assaut par une bande de nervis le tout avec l’appui de  Laurent Fabius qui pour cette occasion en appelle aux mannes de …Salvador Allende… Qui comme lui seul et les bobos le savaient avait été assassiné par… Castro toujours lui…  Oui on entendu tout cela au sein de la gauche… Quand on a vécu ces moments-là en tentant en vain de faire partager l’héroïsme cubain, on se dit que le film d’Assayas est ce qui pouvait sortir de mieux de la France

Donc allez voir ce film et dites vous bien que les héros furent encore plus nombreux, plus exemplaires que ce qu’ils apparaissent ici et que ce peuple à la fois héroïque, joyeux, d’une immense culture et passionné vous attends…

Danielle bleitrach

(1) Soy Cuba (en russe : Я — Куба) est un film soviéto-cubain en noir et blanc réalisé par Mikhaïl Kalatozov, sorti en 1964.

(2) Au cinéma, l’effet Koulechov est un effet de montage par lequel les spectateurs tirent plus de sens de l’interaction d’un plan (prise de vue) avec un autre plan auquel il est associé, que d’un plan isolé.

 

Qui a brisé l’interdit de la liste noire anticommuniste, Kirk ou Otto ?

Qui a brisé la liste noire? ‘Une querelle n’a cessé d’opposer Dalton Trumbo à Kirk Douglas. Tout en reconnaissant qu’i avait été admirable, il lui reprochait de négliger le rôle d’Otto Preminger qui le premier avait mis le nom de Trumbo au générique d’Exodus. Parce que comme la quasi totalité de ceux qui avaient été condamnés pour communisme, tous ces gens étaient juifs  (Douglas, Preminger et Trumbo). Mais Douglas détestait Preminger (opinion partagée par bien des acteurs qui comme lui voulait participer au film et ne pas être de simples marionnettes et Kirk fut le producteur de Spartakus, son acteur mais imposa aussi sa conception à Kubrick) et l’accusait d’avoir pris le train en marche dans la lutte contre la liste noire. Un film consacré à Trumbo a été l’occasion de remettre la totalité des faits en place et il semble qu’il ait contenté tout le monde aussi bien Kirk Douglas que la famille Trumbo, il n’y a guère que John Wayne la bête nore commune qui ait eu à s’en plaindre du moins si l’on en coit ce commentateur de films américain. (traduction de Danielle Bleitrach)

Kirk Douglas a proclamé pendant plus d’un quart de siècle qu’il était «l’homme qui a brisé la liste noire». En imposant au générique  Dalton Trumbo d’ en 1960 comme le scénariste de «Spartacus», l’icône de l’écran affirme qu’il a porté un coup mortel à un système qui avait interdit des créateurs à  forcé créatifs ‘Hollywood, ou les ont laissés travailler dans l’ombre.Pendant presque autant d’années, la famille de Trumbo a accusé Douglas – tout en étant admirable de ne pas dire toute la véritéles chasses aux sorcières anticommunistes des années 40 et 50 – de s’être accordé trop de crédit pour une victoire qui appartient à beaucoup de gens. Ils ont plaidé pour une plus grande reconnaissance du réalisateur d’Exodus, Otto Preminger, qui a été le premier à imposer l’écrivain sur la liste noire.La première du  » Trumbo ’s » Toronto Film Festival semblait être une occasion qui pourrait renouveler la querelle de longue date. Au lieu de cela, le biopic, mettant en vedette Bryan Cranston et réalisé par Jay Roach , utilise une licence créative astucieuse pour donner à Douglas son dû, mais pas en excès – un compromis susceptible de désamorcer le genre de fureur qui a persisté dans les images historiques récentes comme «Selma» et « The Imitation Game »pour avoir pris trop de libertés avec l’histoire.

«Trumbo» se rend à Toronto et une ouverture le 6 novembre avec la bénédiction des filles de Trumbo et de Douglas. «Je pense que le film a raison», explique sa fille Mitzi. Douglas a projeté le film à son domicile la semaine dernière et était «très, très content», a déclaré Fred Specktor, l’agent de l’acteur pendant trois décennies.

Alors que la paix est peut-être à portée de main dans le différend Douglas-Trumbo, la recréation historique, de Groundswell Prods. et ShivHans Pictures, et publié par Bleecker Street, pourrait raviver d’autres incendies politiques vieux de sept décennies. Le personnage de John Wayne est décrit comme un complice simple d’esprit du chroniqueur impitoyable de droite Hedda Hopper. Et un bref aperçu des actualités de l’acteur Ronald Reagan positionne l’acteur comme un autre outil d’un gouvernement visant imprudemment ses propres citoyens. Il est difficile d’imaginer que les commentateurs conservateurs n’offriront pas de réfutation des comptes, scénarisés par John McNamara.

L’affaire Douglas prouve que les émotions de l’époque de la guerre froide restent parfois très vives. Douglas, âgé de 98 ans, ira dans sa tombe en insistant sur le fait qu’il a brisé la liste noire. Mais un bon ensemble de preuves dira qu’il a joué son rôle, mais n’a pas agi en premier ou seul.

Certains faits semblent maintenant clairs: en 1947, Trumbo a été détenu au mépris du Congrès, mis sur liste noire et emprisonné plus tard lorsque le communiste qui se revendique comme tel  a refusé de céder avec d’autres gauchistes au House Un-American Activities Committee. Pendant plus d’une décennie, l’écrivain a continué à tenter de gagner sa vie en produisant principalement des films B sous une série de noms de plume. (Cette période est une pièce maîtresse de «Trumbo», et sa fille Mitzi dit que Cranston a capturé le fondamental  du scénariste au point qu ‘«il me semble juste comme mon père».)

À la fin des années 1950, les studios avaient recommencé à embaucher Trumbo. En janvier 1960, Preminger a déclaré au New York Times qu’il avait engagé l’écrivain encore sur liste noire pour créer la version écran du roman de Leon Uris « Exodus » et qu’il « obtiendra naturellement à l’écran le crédit qu’il mérite amplement. »Le Times a alors  également révélé que Trumbo était en train de travailler sur le scénario de« Spartacus ».

Douglas détestait Preminger et décrivait le réalisateur comme s’introduisant  dans le train anti-liste noire à la dernière minute, selon  » Dalton Trumbo : Blacklisted Hollywood Radical », par Larry Ceplair et le fils de Trumbo, Christopher Trumbo. Douglas aurait dit à sa femme que Preminger avait «sauté dans la voiture  et a prétendu être l’ingénieur» de la pression pour reconnaître les scénaristes sur liste noire.

Huit mois après que Preminger ait remis  Trumbo dans le domaine public, Universal l’a reconnu comme le scénariste de « Spartacus ». . Lorsque « Exodus » est sorti en décembre, fidèle à la parole de Preminger, au générique  il portait également le nom de Trumbo.

En 1991, la veuve de Trumbo, Cleo, a refusé d’assister à un événement de la Writers Guild en l’honneur de Douglas pour ses actions à l’époque de la liste noire, car le groupe a refusé de donner également un prix à Preminger. En 2002, Jack Valenti, patron de Motion Picture Producers of America, a réprimandé le Los Angeles Times pour ne pas avoir accordé suffisamment de crédit à Douglas comme ennemi de la liste noire. Cleo a répondu par une lettre à l’éditeur appelant Preminger et Douglas à la fois « des hommes de principe et de courage », mais réitérant que c’était le réalisateur qui avait déclaré publiquement pour la première fois qu’il donnerait du crédit à son mari. Douglas n’a pas hésité. Selon la biographie de Trumbo de Ceplair, l’acteur a écrit à Cleo Trumbo: « Votre lettre au LA Times m’a rendu très triste … Je suis très fier du fait que j’ai été le premier à briser la liste noire. » Son avocat fait de même affirmation après avoir vu le nouveau film,

Dans son livre de 2012, «Je suis Spartacus!», Douglas a encore aliéné le clan Trumbo en affirmant que lui, et non Dalton Trumbo, avait conçu la scène emblématique «Je suis Spartacus!». Ceplair, après avoir examiné le brouillon du scénario de Trumbo, dit que le scénariste a clairement conçu la notion d’autres esclaves adoptant le nom de leur héros.

Mitzi Trumbo, un photographe de 69 ans aujourd’hui à la retraite, a un jour décrié le rôle «gonflé» que Douglas s’était donné. Mais aujourd’hui, elle et sa sœur, Niki, semblent avoir trouvé la paix avec la nouvelle version d’écran de Douglas. «Il est difficile de trouver un moyen de rendre justice à la fois à Otto Preminger et à Kirk Douglas », explique Mitzi Trumbo. «Ils ont tous deux fait des choses très courageuses, et mon père a toujours été reconnaissant et si proche d’eux deux.»

Plus important encore, elle pense que «Trumbo» rappellera aux Américains le danger de persécuter les citoyens pour leurs convictions politiques. «Mon père ne s’attendait jamais à ce genre d’attention», ajoute-t-elle. «Il serait stupéfait, juste stupéfait. Et je pense qu’il est important que ce film soit disponible et que cette histoire soit racontée. »

ÉVÉNEMENTS PIVOTS SUR LA LISTE NOIRE

 DANS LA PEUR CRÉÉE PAR LES AUDIENCES DU COMITÉ NON AMÉRICAIN, DE NOMBREUSES PERSONNES ONT VU LEUR CARRIÈRE DÉTRUITE. LES ENQUÊTES HOLLYWOODIENNES ONT PRÉCÉDÉ  L’ENQUÊTE DE JOSEPH MCCARTHY SUR LES PRÉSUMÉS COMMUNISTES AU GOUVERNEMENT. HOLLYWOOD A PRIS UNE LIGNE DURE CONTRE LES COMMUNISTES DANS LE SHOWBIZ, TANDIS QUE LA VARIÉTÉ ET LE THEATRE ONT DÉMONTRÉ UNE APPROCHE PLUS MODÉRÉE, MAIS N’ONT JAMAIS PROTESTE CONTRE UNE CHASSE AUX SORCIÈRES QUI A GÂCHÉ DES CENTAINES DE VIES.
– GRIS TIM
26 MAI 1938 CRÉATION DU COMITÉ DE LA CHAMBRE SUR LES ACTIVITÉS NON AMÉRICAINES; MARTIN DIES JR. DIT QUE HOLLYWOOD EST REMPLI DE CAMARADES. DAILY VARIETY SE MOQUE DE LUI; SA SONDE S’ESTOMPE.
LE 29 JUILLET 1946, LE FONDATEUR DE HOLLYWOOD REPORTER, WILLIAM WILKERSON, AFFIRME QUE 80% DE LA PROPAGANDE COMMUNISTE PROVIENT D’HOLLYWOOD. IL NOMME 11 SYMPATHISANTS.
LE 20 OCTOBRE 1947, DAILY VARIETY DÉCRIT L’OUVERTURE DES AUDIENCES DU HUAC, LE DÉCRIVANT COMME UN CIRQUE PT BARNUM. WALT DISNEY, AYN RAND ET RONALD REAGAN VONT TÉMOIGNER.
LE 29 OCTOBRE 1947, AD TITRAIT «WHO’S UN-AMERICAN» QUALIFIE D’AUDIENCES ANTIPATRIOTIQUES, SIGNÉES PAR 116 PERSONNES, DONT HENRY FONDA, KATHARINE HEPBURN – ET ELIA KAZAN.
25 NOVEMBRE 1947 LA DÉCLARATION DE WALDORF INDIQUE QUE LES STUDIOS N’EMBAUCHERONT PAS D’ÉCRIVAINS, NOTAMMENT DALTON TRUMBO, RING LARDNER JR., JOHN HOWARD LAWSON; RÉALISATEUR EDWARD DMYTRYK.
OCTOBRE 1948 LAWSON ET TRUMBO SONT RECONNUS COUPABLES D’AVOIR REFUSÉ DE TÉMOIGNER; LES AUTRES DU «HOLLYWOOD TEN» NE SONT JAMAIS JUGÉS, ACCEPTANT D’ÊTRE LIÉS AU DUO.
20 OCTOBRE 1950 LE MOTION PICTURE INDUSTRY COUNCIL ÉVALUE L’IDÉE D’UN SERMENT DE FIDÉLITÉ À L’ÉCHELLE DE L’INDUSTRIE, SEMBLABLE À CELUI EN VIGUEUR À LA SAG DEPUIS 1947.
20 SEPTEMBRE 1951 L’ÉCRIVAIN MARTIN BERKELEY FOURNIT 150 NOMS. THR TROMPETTES DE TITRE: « LES DÉTAILS EFFROYABLES DES ACTIVITÉS DE LA COMMISSION, DE NOUVEAUX NOMS, SONT RÉVÉLÉS. »
24 SEPTEMBRE 1951 «LA SONDE APPELLE ÇA SE TERMINE SUR PIX», DIT LE TITRE DU DAILY VARIETY, L’HISTOIRE AJOUTANT L’ESPOIR QUE LES AUDIENCES METTRONT FIN À L’ENQUÊTE DE QUATRE ANS.
3 MARS 1954 JOHN IRELAND POURSUIT DES SOCIÉTÉS DE TÉLÉVISION ET DES AGENCES DE PUBLICITÉ POUR LUI AVOIR REFUSÉ DE TRAVAILLER POUR ÊTRE «POLITIQUEMENT INACCEPTABLE», LA PREMIÈRE ADMISSION DE LA LISTE NOIRE PAR LE BIZ.
 
1 commentaire

Publié par le février 6, 2020 dans CINEMA, HISTOIRE

 

De Kirk Douglas ou Otto Preminger quel est le premier à avoir brisé la liste noire anticommuniste ?

Qui a brisé la liste noire? ‘Une querelle n’a cessé d’opposer Dalton Trumbo à Kirk Douglas. Tout en reconnaissant qu’i avait été admirable, il lui reprochait de négliger le rôle d’Otto Preminger qui le premier avait mis le nom de Trumbo au générique d’Exodus. Parce que comme la quasi totalité de ceux qui avaient été condamnés pour communisme, tous ces gens étaient juifs  (Douglas, Preminger et Trumbo). Mais Douglas détestait Preminger (opinion partagée par bien des acteurs qui comme lui voulait participer au film et ne pas être de simples marionnettes et Kirk fut le producteur de Spartakus, son acteur mais imposa aussi sa conception à Kubrick) et l’accusait d’avoir pris le train en marche dans la lutte contre la liste noire. Un film consacré à Trumbo a été l’occasion de remettre la totalité des faits en place et il semble qu’il ait contenté tout le monde aussi bien Kirk Douglas que la famille Trumbo, il n’y a guère que John Wayne la bête nore commune qui ait eu à s’en plaindre du moins si l’on en coit ce commentateur de films américain. (traduction de Danielle Bleitrach)

Kirk Douglas a proclamé pendant plus d’un quart de siècle qu’il était «l’homme qui a brisé la liste noire». En imposant au générique  Dalton Trumbo d’ en 1960 comme le scénariste de «Spartacus», l’icône de l’écran affirme qu’il a porté un coup mortel à un système qui avait interdit des créateurs à  forcé créatifs ‘Hollywood, ou les ont laissés travailler dans l’ombre.Pendant presque autant d’années, la famille de Trumbo a accusé Douglas – tout en étant admirable de ne pas dire toute la véritéles chasses aux sorcières anticommunistes des années 40 et 50 – de s’être accordé trop de crédit pour une victoire qui appartient à beaucoup de gens. Ils ont plaidé pour une plus grande reconnaissance du réalisateur d’Exodus, Otto Preminger, qui a été le premier à imposer l’écrivain sur la liste noire.

La première du  » Trumbo ’s » Toronto Film Festival semblait être une occasion qui pourrait renouveler la querelle de longue date. Au lieu de cela, le biopic, mettant en vedette Bryan Cranston et réalisé par Jay Roach , utilise une licence créative astucieuse pour donner à Douglas son dû, mais pas en excès – un compromis susceptible de désamorcer le genre de fureur qui a persisté dans les images historiques récentes comme «Selma» et « The Imitation Game »pour avoir pris trop de libertés avec l’histoire.

«Trumbo» se rend à Toronto et une ouverture le 6 novembre avec la bénédiction des filles de Trumbo et de Douglas. «Je pense que le film a raison», explique sa fille Mitzi. Douglas a projeté le film à son domicile la semaine dernière et était «très, très content», a déclaré Fred Specktor, l’agent de l’acteur pendant trois décennies.

Alors que la paix est peut-être à portée de main dans le différend Douglas-Trumbo, la recréation historique, de Groundswell Prods. et ShivHans Pictures, et publié par Bleecker Street, pourrait raviver d’autres incendies politiques vieux de sept décennies. Le personnage de John Wayne est décrit comme un complice simple d’esprit du chroniqueur impitoyable de droite Hedda Hopper. Et un bref aperçu des actualités de l’acteur Ronald Reagan positionne l’acteur comme un autre outil d’un gouvernement visant imprudemment ses propres citoyens. Il est difficile d’imaginer que les commentateurs conservateurs n’offriront pas de réfutation des comptes, scénarisés par John McNamara.

L’affaire Douglas prouve que les émotions de l’époque de la guerre froide restent parfois très vives. Douglas, âgé de 98 ans, ira dans sa tombe en insistant sur le fait qu’il a brisé la liste noire. Mais un bon ensemble de preuves dira qu’il a joué son rôle, mais n’a pas agi en premier ou seul.

Certains faits semblent maintenant clairs: en 1947, Trumbo a été détenu au mépris du Congrès, mis sur liste noire et emprisonné plus tard lorsque le communiste qui se revendique comme tel  a refusé de céder avec d’autres gauchistes au House Un-American Activities Committee. Pendant plus d’une décennie, l’écrivain a continué à tenter de gagner sa vie en produisant principalement des films B sous une série de noms de plume. (Cette période est une pièce maîtresse de «Trumbo», et sa fille Mitzi dit que Cranston a capturé le fondamental  du scénariste au point qu ‘«il me semble juste comme mon père».)

À la fin des années 1950, les studios avaient recommencé à embaucher Trumbo. En janvier 1960, Preminger a déclaré au New York Times qu’il avait engagé l’écrivain encore sur liste noire pour créer la version écran du roman de Leon Uris « Exodus » et qu’il « obtiendra naturellement à l’écran le crédit qu’il mérite amplement. »Le Times a alors  également révélé que Trumbo était en train de travailler sur le scénario de« Spartacus ».

Douglas détestait Preminger et décrivait le réalisateur comme s’introduisant  dans le train anti-liste noire à la dernière minute, selon  » Dalton Trumbo : Blacklisted Hollywood Radical », par Larry Ceplair et le fils de Trumbo, Christopher Trumbo. Douglas aurait dit à sa femme que Preminger avait «sauté dans la voiture  et a prétendu être l’ingénieur» de la pression pour reconnaître les scénaristes sur liste noire.

Huit mois après que Preminger ait remis  Trumbo dans le domaine public, Universal l’a reconnu comme le scénariste de « Spartacus ». . Lorsque « Exodus » est sorti en décembre, fidèle à la parole de Preminger, au générique  il portait également le nom de Trumbo.

En 1991, la veuve de Trumbo, Cleo, a refusé d’assister à un événement de la Writers Guild en l’honneur de Douglas pour ses actions à l’époque de la liste noire, car le groupe a refusé de donner également un prix à Preminger. En 2002, Jack Valenti, patron de Motion Picture Producers of America, a réprimandé le Los Angeles Times pour ne pas avoir accordé suffisamment de crédit à Douglas comme ennemi de la liste noire. Cleo a répondu par une lettre à l’éditeur appelant Preminger et Douglas à la fois « des hommes de principe et de courage », mais réitérant que c’était le réalisateur qui avait déclaré publiquement pour la première fois qu’il donnerait du crédit à son mari. Douglas n’a pas hésité. Selon la biographie de Trumbo de Ceplair, l’acteur a écrit à Cleo Trumbo: « Votre lettre au LA Times m’a rendu très triste … Je suis très fier du fait que j’ai été le premier à briser la liste noire. » Son avocat fait de même affirmation après avoir vu le nouveau film,

Dans son livre de 2012, «Je suis Spartacus!», Douglas a encore aliéné le clan Trumbo en affirmant que lui, et non Dalton Trumbo, avait conçu la scène emblématique «Je suis Spartacus!». Ceplair, après avoir examiné le brouillon du scénario de Trumbo, dit que le scénariste a clairement conçu la notion d’autres esclaves adoptant le nom de leur héros.

Mitzi Trumbo, un photographe de 69 ans aujourd’hui à la retraite, a un jour décrié le rôle «gonflé» que Douglas s’était donné. Mais aujourd’hui, elle et sa sœur, Niki, semblent avoir trouvé la paix avec la nouvelle version d’écran de Douglas. «Il est difficile de trouver un moyen de rendre justice à la fois à Otto Preminger et à Kirk Douglas », explique Mitzi Trumbo. «Ils ont tous deux fait des choses très courageuses, et mon père a toujours été reconnaissant et si proche d’eux deux.»

Plus important encore, elle pense que «Trumbo» rappellera aux Américains le danger de persécuter les citoyens pour leurs convictions politiques. «Mon père ne s’attendait jamais à ce genre d’attention», ajoute-t-elle. «Il serait stupéfait, juste stupéfait. Et je pense qu’il est important que ce film soit disponible et que cette histoire soit racontée. »

ÉVÉNEMENTS PIVOTS SUR LA LISTE NOIRE

 DANS LA PEUR CRÉÉE PAR LES AUDIENCES DU COMITÉ NON AMÉRICAIN, DE NOMBREUSES PERSONNES ONT VU LEUR CARRIÈRE DÉTRUITE. LES ENQUÊTES HOLLYWOODIENNES ONT PRÉCÉDÉ  L’ENQUÊTE DE JOSEPH MCCARTHY SUR LES PRÉSUMÉS COMMUNISTES AU GOUVERNEMENT. HOLLYWOOD A PRIS UNE LIGNE DURE CONTRE LES COMMUNISTES DANS LE SHOWBIZ, TANDIS QUE LA VARIÉTÉ ET LE THEATRE ONT DÉMONTRÉ UNE APPROCHE PLUS MODÉRÉE, MAIS N’ONT JAMAIS PROTESTE CONTRE UNE CHASSE AUX SORCIÈRES QUI A GÂCHÉ DES CENTAINES DE VIES.
– GRIS TIM
26 MAI 1938 CRÉATION DU COMITÉ DE LA CHAMBRE SUR LES ACTIVITÉS NON AMÉRICAINES; MARTIN DIES JR. DIT QUE HOLLYWOOD EST REMPLI DE CAMARADES. DAILY VARIETY SE MOQUE DE LUI; SA SONDE S’ESTOMPE.
LE 29 JUILLET 1946, LE FONDATEUR DE HOLLYWOOD REPORTER, WILLIAM WILKERSON, AFFIRME QUE 80% DE LA PROPAGANDE COMMUNISTE PROVIENT D’HOLLYWOOD. IL NOMME 11 SYMPATHISANTS.
LE 20 OCTOBRE 1947, DAILY VARIETY DÉCRIT L’OUVERTURE DES AUDIENCES DU HUAC, LE DÉCRIVANT COMME UN CIRQUE PT BARNUM. WALT DISNEY, AYN RAND ET RONALD REAGAN VONT TÉMOIGNER.
LE 29 OCTOBRE 1947, AD TITRAIT «WHO’S UN-AMERICAN» QUALIFIE D’AUDIENCES ANTIPATRIOTIQUES, SIGNÉES PAR 116 PERSONNES, DONT HENRY FONDA, KATHARINE HEPBURN – ET ELIA KAZAN.
25 NOVEMBRE 1947 LA DÉCLARATION DE WALDORF INDIQUE QUE LES STUDIOS N’EMBAUCHERONT PAS D’ÉCRIVAINS, NOTAMMENT DALTON TRUMBO, RING LARDNER JR., JOHN HOWARD LAWSON; RÉALISATEUR EDWARD DMYTRYK.
OCTOBRE 1948 LAWSON ET TRUMBO SONT RECONNUS COUPABLES D’AVOIR REFUSÉ DE TÉMOIGNER; LES AUTRES DU «HOLLYWOOD TEN» NE SONT JAMAIS JUGÉS, ACCEPTANT D’ÊTRE LIÉS AU DUO.
20 OCTOBRE 1950 LE MOTION PICTURE INDUSTRY COUNCIL ÉVALUE L’IDÉE D’UN SERMENT DE FIDÉLITÉ À L’ÉCHELLE DE L’INDUSTRIE, SEMBLABLE À CELUI EN VIGUEUR À LA SAG DEPUIS 1947.
20 SEPTEMBRE 1951 L’ÉCRIVAIN MARTIN BERKELEY FOURNIT 150 NOMS. THR TROMPETTES DE TITRE: « LES DÉTAILS EFFROYABLES DES ACTIVITÉS DE LA COMMISSION, DE NOUVEAUX NOMS, SONT RÉVÉLÉS. »
24 SEPTEMBRE 1951 «LA SONDE APPELLE ÇA SE TERMINE SUR PIX», DIT LE TITRE DU DAILY VARIETY, L’HISTOIRE AJOUTANT L’ESPOIR QUE LES AUDIENCES METTRONT FIN À L’ENQUÊTE DE QUATRE ANS.
3 MARS 1954 JOHN IRELAND POURSUIT DES SOCIÉTÉS DE TÉLÉVISION ET DES AGENCES DE PUBLICITÉ POUR LUI AVOIR REFUSÉ DE TRAVAILLER POUR ÊTRE «POLITIQUEMENT INACCEPTABLE», LA PREMIÈRE ADMISSION DE LA LISTE NOIRE PAR LE BIZ.

 

 

Kirk Douglas, légende hollywoodienne et star de Spartacus, décède à 103 ans

  • Annonçant la mort de son père, son fils Michael Douglas dit que la star à la mâchoire carrée de Paths of Glory et Lust For Life laisse un héritage «  qui durera des générations  »nous dit cet article de The Guardian. J’ajouterais que c’est un homme éminemment  conscient, au delà du star système. Son livre « le fils du chiffonnier » est un véritable régal tant il ne s’en laisse pas conter par la célébrité et se souvient d’avoir dû en baver lui le fils d’un chiffonnier immigrant juif , n’oubliait jamais ses origines et ce qu’il avait du faire pour en sortir. Se moquant de John Wayne qui se prenait pour John Wayne et ne craignant pas – c’est là son principal titre de gloire – de mettre le nom de Dalton Trumbo  que le macarthysme avait placé en tant que communiste sur une liste noire au générique du film sur Sapartacus dont il fut non seulement acteur mais producteur. (note et traduction de Danielle Bleitrach)
L'acteur américain Kirk Douglas est décédé à l'âge de 103 ans. Sa mort a été annoncée par son fils Michael Douglas, qui a déclaré que la star de Spartacus laisse un héritage "qui perdurera pendant des générations"
 L’acteur américain Kirk Douglas est décédé à l’âge de 103 ans. Sa mort a été annoncée par son fils Michael Douglas, qui a déclaré que la star de Spartacus laisse un héritage « qui perdurera pour les générations ». Photographie: Sunset Boulevard / Corbis via Getty Images

Kirk Douglas , comme il se désignait lui-mêle en tant que «fils de chiffonnier» qui était  la dernière grande star de l’âge d’or d’Hollywood, est décédé à l’âge de 103 ans.

Son fils Michael a annoncé la nouvelle dans un communiqué publié sur Instagram mercredi soir.

«Pour le monde, il était une légende, un acteur de l’âge d’or du cinéma qui vivait bien dans ses années d’or, un humanitaire dont l’engagement envers la justice et les causes auxquelles il croyait établissait une norme à laquelle nous aspirions tous», dit le communiqué.

« Mais pour moi et mes frères Joel et Peter, il était simplement papa, pour Catherine, un beau-père merveilleux, pour ses petits-enfants et arrière-petits-enfants leur grand-père aimant, et pour sa femme Anne, un mari merveilleux. »

« La vie de Kirk a été bien remplie, et il laisse un héritage cinématographique  durera pour les générations à venir, et une histoire en tant que philanthrope de renom qui a travaillé pour aider le peple et apporter la paix à la planète », a déclaré Michael. «Permettez-moi de terminer avec les paroles que je lui ai dites lors de son dernier anniversaire et qui resteront toujours vraies. Papa – Je t’aime tellement et je suis tellement fier d’être ton fils. »

Né Issur Danielovitch Demsky dans une famille d’immigrants juifs russes pauvres , Douglas a estimé qu’il avait occupé jusqu’à 40 emplois avant de devenir célèbre en tant qu’acteur. Cet acharnement entêté  à survivre pourrait le définir.  Même à l’âge mûr, l’acteur avait la réputation d’être un client difficile – à la fois à l’écran et en dehors. « J’ai fait carrière en jouant les fils de putes », a-t-il admis une fois.

Kirk Douglas à Spartacus
Pinterest
 Kirk Douglas à Spartacus.
Photographie: Pictorial Press Ltd / Alamy / Alamy

Douglas a fait ses débuts à l’écran dans le film The Strange Love of Martha Ivers en 1946 avant de donner ce qui allait prouver sa performance révolutionnaire, en jouant aux côtés de Robert Mitchum et Jane Greer dans le film noir classique Out of the Past. Avec sa mâchoire carrée, son menton fendu et ses yeux glacés, il a ensuite perfectionné une image alpha-mâle impitoyable sur des films tels que Champion, Ace in the Hole, I Walk Alone et The Bad and the Beautiful.

Douglas était également actif dans les coulisses. Sa société de production, Bryna Productions, a joué un rôle déterminant dans le développement de ce qui se révélerait être ses deux plus grandes films- Paths of Glory et Spartacus, toutes deux réalisées par Stanley Kubrick.

Parmi les autres rôles clés, il y a les rôles d’aventures et de cape et d’épée dans The Vikings et sa performance en tant que cow-boy des temps modernes condamné dans Lonely are the Brave de 1962. Pour faire bonne mesure, il a tourné sept films en face de Burt Lancaster, couvrant toute la gamme de Gunfight à l’OK Corral au thriller politique Seven Days en mai.

Douglas a été nominé aux Oscars à trois reprises – pour Champion, The Bad and the Beautiful et Lust For Life – mais a dû se contenter du prix honorifique qui lui a finalement été décerné en 1995. En 1981, il a reçu la Médaille présidentielle de la liberté de son ami Jimmy Charretier.

Dans les années 1970, la star-système  de Douglas était en déclin. Il a été jugé trop âgé pour jouer le rôle de RP McMurphy rebelle dans sa mission de longue date d’adapter le roman de Ken Kesey, One Flew Over the Cuckoo’s Nest. Le film a ensuite été produit par son fils Michael, avec Jack Nicholson dans le rôle principal.

Malgré un AVC débilitant en 1996, Douglas a continué d’être actif. Il a fait sa dernière apparition à l’écran en 2004 – incarnant un réalisateur mourant dans le drame à petit budget et il  est apparu dans une biographie  personnelle, Before I Forget, au théâtre Culver à Culver City, en Californie, en mars 2009. Au cours des années suivantes il est devenu un blogueur de célébrités actif et a avoué que sa dernière grande ambition était de rencontrer l’actrice Angelina Jolie – «à condition que ma femme me le permette».

Dans son autobiographie de 1988, The Ragman’s Son, Douglas a rappelé son ascension depuis la pauvreté – via un travail de groom et un passage en tant que lutteur professionnel – vers la liste A d’Hollywood. «La vie est comme un scénario de film B», a-t-il conclu. «C’est aussi ringard. Si quelqu’un m’offrait de filmer l’  histoire de vie  je la refuserais sans état d’âme »

Il laisse dans le deuil son épouse, Anne Buydens, et ses trois fils: Michael, Joel et Eric.

 
Poster un commentaire

Publié par le février 6, 2020 dans CINEMA

 

L’Inde et la mort du Mahatma Gandhi

Le reportage photo classique d’Henri Cartier-Bresson a capturé l’Inde à un moment critique de son histoire. Histoire et photographie, Cartier bresson est un de ces nombreux photographes très influencé par le marxisme et le communisme qui choisissent d’être les témoins de leur temps. J’ai vu travailler Willy Ronis, il  était attiré par la possibilité offerte par un lieu et se plantait là dans une longue attente en attendant l’événement, la manière dont l’humanité allait faire bouger les lignes géométriques du décor. Dans ce cas là, celui de la libération de l’inde suivie de troubles religieux, plus ou mois provoqués par les Anglais, et de l’assassinat de Ghandi. (note de Danielle Bleitrach)

Henri Cartier-Bresson

 

Henri Cartier-Bresson Des foules se sont rassemblées entre la maison Birla et les lieux de crémation sur la rivière Jumna, lors des funérailles de Gandhi. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum

Tout au long de sa carrière, Henri Cartier-Bresson s’est défini comme l’antithèse d’un photojournaliste traditionnel, écrivant de façon célèbre: «Je voudrais souligner mon point de vue: je n’ai jamais été un conteur.» L’influence considérable du surréalisme sur sa pratique est évidente pour lui, la photographie n’a d’utilité que pour le «dessin instantané». C’est son collègue et co-fondateur de Magnum Photos, Robert Capa, qui a encouragé Cartier-Bresson à réaliser davantage de documentaires, et même à visiter l’Inde en premier lieu.

Henri Cartier-Bresson Gandhi à Birla House, la veille de son assassinat. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum
Henri Cartier-Bresson Gandhi dictant un message à Birla House, la résidence où il a passé ses derniers jours et dans laquelle il a été assassiné, juste avant de rompre son jeûne. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum
Henri Cartier-Bresson Gandhi quittant Meherauli, un sanctuaire musulman. Ce fut l’une de ses dernières apparitions entre la fin de son jeûne et sa mort. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum
Henri Cartier-Bresson Une entrevue avec Gandhi à Birla House, la veille de son assassinat. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum

Cartier-Bresson s’est d’abord proposé de créer un essai photographique qui capturerait l’essence du pays, son passé et son présent à une époque de changement social rapide. L’indépendance récente de l’Inde vis-à-vis de la Grande-Bretagne s’est rapidement détériorée en troubles avec la partition du pays en Inde hindoue et au Pakistan oriental et occidental musulman. Au centre de ces bouleversements se trouvait le Mahatma Gandhi, qui, après avoir fait campagne pour l’indépendance de l’Inde, protestait maintenant pour la fin de la violence entre hindous et musulmans. Cartier-Bresson avait un accès exclusif à Gandhi, enregistrant la grève de la faim du militant pour protester contre les émeutes au cours desquelles des millions de personnes sont mortes. Cependant, avec l’assassinat de Gandhi le 30 janvier 1948, le lendemain de la prise de son portrait, il se retrouve de façon inattendue témoin d’un événement historique majeur.

Le corps d’Henri Cartier-Bresson Gandhi à la maison Birla, le lendemain de son assassinat. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum
Le secrétaire d’ Henri Cartier-Bresson Gandhi regardant les premières flammes du bûcher funéraire. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum
La crémation d’ Henri Cartier-Bresson Gandhi sur les rives de la rivière Jumna. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum
Henri Cartier-Bresson Les foules attendent de rendre un dernier hommage alors que le cortège funèbre de Gandhi s’approche du lieu de la crémation. Delhi, Inde, 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum

Cartier-Bresson a résisté à l’étiquette de journaliste, mais il était à la fois profondément intéressé et possédait une compréhension approfondie des principes fondamentaux du photojournalisme, qu’il a exposés dans l’introduction de son livre Le moment décisif ; «Pour moi, la photographie est la reconnaissance simultanée, en une fraction de seconde, de la signification d’un événement ainsi que d’une organisation précise des formes qui donnent à cet événement son expression appropriée.» Son reportage photo «La mort de Gandhi» incarne cette double approche, à la fois pour saisir un moment historique significatif et pour exprimer formellement l’angoisse et le chagrin de l’événement.

Henri Cartier-Bresson Gandhi transporte les cendres du Gange pour les disperser. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum
Henri Cartier-Bresson Des gens attendent le train transportant les cendres de Gandhi. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum
Henri Cartier-Bresson Des foules se sont rassemblées entre la maison Birla et les lieux de crémation, jetant des fleurs. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum
Henri Cartier-Bresson Des foules bordent les voies ferrées pour rendre hommage aux cendres de Gandhi. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum
Henri Cartier-Bresson À l’intérieur du train transportant les cendres de Gandhi jusqu’au Gange. Des foules se sont alignées sur les voies ferrées pour voir et toucher les cendres de Gandhi, et rendre un dernier hommage à leur chef. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum
Henri Cartier-Bresson Une foule sur les rives du Gange regardant la dispersion des cendres de Gandhi. Delhi, Inde. 1948. © Henri Cartier-Bresson | Photos chez Magnum

Cette histoire a également été publiée dans le livre Magnum Stories , publié par Phaidon , où un extrait détaillé du Moment décisif d’Henri Cartier-Bresson peut être lu. Un nombre très limité d’  exemplaires de Magnum Stories sont disponibles dans la boutique Magnum, signés par des photographes Magnum .

 

La Retirada: la commune se souvient…

  • L’exode des républicains espagnols traversant Port-Vendres.
    L’exode des républicains espagnols traversant Port-Vendres.

Si vous en avez l’occasion relisez « les communistes  » D’Aragon, c’est un grand roman qui débute justement par la description de cet exode des républicains et le désordre dans leur accueil sciemment organisé par ceux qui sont déjà en train de pactiser avec Hitler de préparer non seulement Munich mais Montoire, la poignée de main entre Hitler et Pétain. Ceux qui sont en train de nous préparer une imbécile lecture de l’histoire du pCF à partir de leur frivole, mondaine et superficielle conception de l’histoire à l’aune de leur nombril ou de leurs préjugés de petits bourgeois pourraient utilement tenter de retraouver le contexte terrible de ce qu’ils bafouent comme le montre déjà le numéro de Cause commune. qui résume l’histoire du parti à son incapacité à s’intéresser au sociétal. Personnellement, je n’ai qu’un espoir qu’il sortira des luttes après les municipales des gens en capacité de préparer une tout autre célébration des cent ans du PCF. (note de danielle Bleitrach)
Publié le  / Modifié le S’ABONNER
LA RETIRADA

Retirada : la commune se souvient

Impitoyable, le mois de février avec ses tempêtes et ses intempéries rappelle les souffrances endurées par les Républicains espagnols, jetés sur les chemins de l’exil, confinés sur les plages hostiles, fuyant l’offensive franquiste. C’est le mercredi 5 février que l’hommage leur sera rendu au cimetière de Port-Vendres.

En présence de l’association Ffreee (Fils et filles de républicains espagnols et enfants de l’exil), la cérémonie aura lieu à 17 h au pied de la stèle qui scelle la tombe des Républicains espagnols morts sur les bateaux hôpitaux basés dans le port, le Lyautey et l’Asni. Rendez-vous à 17 h 30 au ciné-théâtre Vauban pour des témoignages dont certains inédits. Tout d’abord une interview du commandant Robert, né José Antonio Alonso Alcalde, combattant dans l’armée républicaine espagnole, devenu après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale résistant, passé au maquis comme chef d’état major de la 3e brigade de l’Ariège. Seront projetées lors de cette séquence les images du film de Lluis Llech et Louis Imbert, issu des collections de l’Institut Jean-Vigo, des images prises sur le vif entre la frontière du Perthus et le camp d’Argelès-sur-Mer. Suivra la projection du film Camps d’Argelès, réalisé par Felip Solé, le seul film consacré à la vie quotidienne dans le camp d’Argelès jusqu’à sa fermeture en septembre 1941. Inédit également le témoignage consacré à José Egido par ses petites-filles Port-Vendraises. Connu sous le pseudonyme « El Chofer », le maire d’Alpera, de la province d’Albacède, a réussi une évasion spectaculaire le 20 octobre 1939, échappant ainsi à l’exécution programmée par les franquistes qui l’avaient condamné pour avoir alimenté les hôpitaux de Madrid et une base des Brigades internationales. Thérèse Cau dédicacera le livre qui lui est consacré Ils voulaient fusiller la liberté.

Une exposition sur les articles de presse concernant la Retirada sera présentée dans le hall du ciné-théâtre Vauban.

Le mercredi 5 février, à 17 h hommage devant la stèle consacrée aux républicains espagnols. À 17 h 30, films, exposition et témoignages au ciné-théâtre Vauban, entrée libre.
 
1 commentaire

Publié par le février 4, 2020 dans CINEMA, GUERRE et PAIX, HISTOIRE

 

L’histoire américaine d’Oliver Stone: «Nous ne sommes pas menacés. Nous sommes la menace »

Cette présentation du travail du réalisateur Oliver Stone appelle quelques remarques. La plus fondamentale pour nous Français est sa croyance dans le fait qu’il existerait à Paris une vision différente de celle des Etats-Unis sur la légitimité du capitalisme, c’est une illusion. L’ère Mitterrand a consacré une vision social démocrate de l’unanimisme des « droits de l’homme » qui justifiait toutes les interventions derrière les USA, celle-ci est allée s’amplifiant et aujourd’hui où l’on assiste à l’ultime figure de la collaboration interclassiste inauguré avec Mitterrand et hyspostasiée sous Macron, on a avec l’écologie politicienne, la même tentative d’enrôler les jeunes générations dans ce négationnisme historique (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Alors qu’il lance sa nouvelle série télévisée offrant une vision critique des exploits américains à l’étranger, le réalisateur dit à MEE qu’il ne l’a pas toujours vu de cette façon
Oliver Stone prend la parole lors d’une conférence de presse pour lancer son nouveau livre sur l’histoire américaine (MEE / James Reinl)

Par 

NATIONS UNIES –  Les controverses américaines sont le point fort d’Oliver Stone.

Le réalisateur hollywoodien a tourné ses caméras contre l’assassinat de John F. Kennedy, la guerre du Vietnam et les attentats du 11 septembre.

Mais, lors de ses recherches pour sa série télévisée, The Untold History of the United States, ce sont les exploits américains au Moyen-Orient qui lui ont laissé l’impression la plus durable, a-t-il déclaré mercredi à Middle East Eye.

« Quand j’ai étudié l’histoire inédite, une chose qui m’a vraiment frappé violemment est l’histoire de notre implication au Moyen-Orient », a déclaré Stone.

«C’était une implication néfaste.»

Stone retrace l’histoire de la main mise de Washington dans la région jusqu’aux années 1930, mais il dit qu’elle a atteint un sommet lorsque le président George HW Bush a envoyé des centaines de milliers de soldats américains pour libérer le Koweït après l’invasion irakienne de 1990.

L’Union soviétique s’était récemment effondrée et la région a été largement ouverte à une seule superpuissance, a-t-il déclaré.

«Nous ne sommes jamais sortis de là. Une fois que nous y étions, nous y sommes pour toujours », a déclaré Stone.

«Nous avons déstabilisé toute la région, créé le chaos. Et puis nous blâmons l’Etat islamique pour le chaos que nous avons créé », a-t-il ajouté, faisant référence au groupe État islamique (EI) qui gouverne désormais des pans de l’Irak et de la Syrie.

Stone a recherché et écrit la série et le livre avec Peter Kuznick, un universitaire de l’Université américaine spécialisé dans les frappes nucléaires américaines sur le Japon qui ont mis fin à la Seconde Guerre mondiale.

«Tout tourne autour du pétrole. Vous vous souvenez de l’adhésif que nous mettions sur nos pare-brises : que fait notre pétrole sous leur sable? », A déclaré Kuznick à MEE.

La faim de Washington pour le carburant sous-tend son alliance avec l’Arabie saoudite, le coup d’État soutenu par la CIA contre le Premier ministre iranien Mohammad Mosaddegh en 1953 et son soutien aux militants religieux antisoviétiques en Afghanistan dans les années 1980, a-t-il déclaré.

«Nous créons ces dégâts, puis nous élaborons un grand plan militaire pour les résoudre. Et les solutions militaires ne fonctionnent tout simplement pas », a-t-il déclaré.

Les vues de Stone et Kuznick ne sont pas susceptibles de soulever des sourcils dans les rues du Caire, de Moscou ou de Paris.

Mais aux États-Unis, ils ne sont pas courants

Comme Stone le dit, les Américains vivent dans une bulle et sont alimentés à la cuillère par un système scolaire, des politiciens et des médias qui décrivent les États-Unis comme un phare de stabilité et une force du bien dans le monde.

Dans un exemple célèbre, l’ancien président Ronald Reagan a qualifié les États-Unis de «ville brillante sur une colline».

« C’est très réconfortant d’être un Américain », a déclaré Stone.

«Vous avez le sentiment que vous êtes en sécurité et que vous avez la prospérité des biens matériels, et que vous avez des ennemis partout – Russie, Chine, Iran et Corée du Nord.

« Vous entrez dans ce cocon où vous avez un grand pays, deux océans, mais que vous êtes toujours menacé. »

Stone dit qu’il comprend bien cela parce qu’il l’a vécu lui-même.

Il a été élevé à New York, le fils d’un agent de change républicain, Louis Stone. Il a toujours été créatif – il a souvent écrit de courtes pièces pour divertir sa famille – mais n’a jamais remis en question la façon dont ses professeurs d’histoire avaient gonflé les États-Unis, a-t-il déclaré.

«Je n’avais reçu qu’une partie de l’histoire, qui mettait l’accent sur l’exceptionnalisme américain, l’Amérique en tant que pays altruiste et bénéfique pour le monde», a-t-il déclaré.

En 1967, Stone s’est porté volontaire pour combattre dans l’armée américaine et a servi au Vietnam. Il a été blessé à deux reprises et a reçu une étoile de bronze pour son héroïsme et un Purple Heart pour son service.

«Je suis revenu du Vietnam perplexe, complètement confus quant à ce qui se passait là-bas», a-t-il déclaré.

« Mais j’ai eu une forte dose de double langage, le discours militaire. »

Il a commencé à poser des questions et à lire sur «l’histoire progressiste» en même temps qu’il étudiait le cinéma à l’Université de New York avec Martin Scorsese et d’autres enseignants, a-t-il dit.

Ces idées ont nourri son cinéma à orientation politique dans les années 1980.

Salvador (1986) s’est déroulé dans une guerre des années 80 en Amérique centrale. Platoon (1986), le film révolutionnaire de Stone, a dramatisé l’intervention  d’un jeune soldat au Vietnam, avec Charlie Sheen.

Il a continué à sonder cette guerre à Born le 4 juillet (1989), avec Tom Cruise. JFK (1991) a montré ses théories du complot sur le meurtre de l’ancien président; des films tels que Nixon (1995) et W (2008) ont abordé les commandants en chef suivants.

La sortie de son film sur le lanceur d’alerte Edward Snowden de la NSA a été retardée jusqu’en 2016, a-t-il déclaré.

Il a également interviewé des hommes d’État étrangers qui défient Washington – du révolutionnaire cubain Fidel Castro au président ukrainien déchu Viktor Ianoukovitch et au président russe Vladimir Poutine.

The Untold History of the United States, une série documentaire en 10 parties et un livre de 750 pages, offre aux Américains une perspective alternative sur l’histoire américaine de la Seconde Guerre mondiale à la guerre froide jusqu’à nos jours.

Stone dit qu’il veut contrer le «crime éducatif» infligé aux écoliers américains .

«L’exceptionnalisme américain doit être chassé de nos programmes», a-t-il déclaré.

«Nous ne sommes pas menacés. Nous sommes la menace.  »