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Archives de Catégorie: CINEMA

« PARIS MAI 68 », UN FILM PERDU DE CHARLES MATTON ET HEDY KHALIFAT RETROUVÉ PAR LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE

Grâce à Sonia Durand-Khalifat, la Cinémathèque française a retrouvé un film, considéré comme perdu, sur le soulèvement insurrectionnel de la jeunesse et les affrontements de Mai 68. Paris Mai 68, court métrage initié par Hedy Khalifat et co-réalisé avec Charles Matton, a été numérisé à l’été 2017 au laboratoire Hiventy par la Cinémathèque française à partir d’une copie 35 mm noir et blanc. Le film, réalisé au banc-titre, insiste sur les violences policières. Une redécouverte assurément, à quelques mois du cinquantième anniversaire de Mai 68.

  • Extrait de « Paris Mai 68 » (Charles Matton, Hedy Khalifat)Extrait de « Paris Mai 68 » (Charles Matton, Hedy Khalifat)
  • Extrait de « Paris Mai 68 » (Charles Matton, Hedy Khalifat)Extrait de « Paris Mai 68 » (Charles Matton, Hedy Khalifat)
  • Extrait de « Paris Mai 68 » (Charles Matton, Hedy Khalifat)Extrait de « Paris Mai 68 » (Charles Matton, Hedy Khalifat)

Pendant les événements de Mai 68 qui paralysent le pays et encouragent prises de parole, débats et réunions, de nombreux artistes s’engagent avec leurs armes : appareils photos, dessins, graffitis et caméras filmant les manifestations, les assemblées générales et les grèves afin de réclamer la fin du régime gaulliste et de promouvoir une nouvelle vision du monde qui dénonce déjà une société de consommation autodestructrice. Autant de gestes à la fois artistiques et de contre-information qui émanent d’une jeunesse révoltée et s’adressent à elle, des étudiants parisiens jusqu’au monde ouvrier ; autant de projections sauvages dans des lieux occupés, universités, lycées, théâtres, cinémas, usines. De nombreux collectifs s’organisent et certaines initiatives autonomes prennent forme. La plupart des films sont tournés et montrés en 16&nbspmm comme les « ciné-tracts », réalisés entre autres par Godard, Marker, Resnais – que la société Iskra et la Cinémathèque vont numériser en 2017. Philippe Garrel tourne en 35 mm Actua 1, poème écorché vif produit par Jean-Luc Godard (dont la Cinémathèque française a tiré une copie à partir des négatifs retrouvés récemment par le cinéaste).

La copie 35 mm de Paris Mai 68 est un témoignage émanant de deux figures artistiques de cette époque. Charles Matton, d’abord : connu pour ses peintures et ses dessins, il se fait remarquer un an auparavant en réalisant un premier court métrage mêlant fiction et animation, La Pomme ou l’Histoire d’une histoire. Hedy Khalifat, ensuite, qui produit le film : étudiant à l’IDHEC, pionnier du cinéma tunisien, il a travaillé avec René Vautier sur Vacances tunisiennes (1956) et réalisé en 1957, avec Cécile Decugis, Appel, sur les « réfugiés algériens » aux côtés du FLN. Les deux hommes sont complices et impliqués dans le mouvement insurrectionnel, un engagement qui les encourage dans le feu de l’action à réaliser Paris Mai 68.

Scandalisés par les violences policières, ils utilisent essentiellement et d’une façon dynamique des photos et aussi, par éclats, des films amateurs pour décrire la répression sanglante des CRS. Dans un premier temps, on découvre les manifestants pacifistes, place de la République, certains leaders et égéries de Mai 68, Daniel Cohn-Bendit ou Caroline de Bendern. Puis on suit les charges à la matraque et au gaz, les tirs, les coups, les manifestants en sang, les arrestations brutales… Des images impressionnantes mais montées à chaud pour dénoncer la violence d’État et encourager à poursuivre les manifestations. Le film finit sur une affiche-texte : « La lutte continue ».

Hervé Pichard


Hervé Pichard est responsable des acquisitions et chef de projet des restaurations de films à la Cinémathèque française.

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Publié par le septembre 17, 2017 dans CINEMA, HISTOIRE

 

A propos du cinéma et du PCF

 L’image contient peut-être : une personne ou plus et intérieur

A l’université d’été du PCF, standing ovation pour Raoul Peck, le metteur en scène du jeune Marx  et rappel de la tradition du PCF et de tous les partis communistes de l’importance de la culture. Pour le parti communiste français c’est aussi le rôle joué dans le cinéma. Si non seulement le cinéma français a continué à vivre mais aussi à soutenir des expériences cinématographiques dans le monde, c’est à la suite de la lutte menée à la Libération par la CGT et les metteurs en scène communistes comme Daquin .

L’accord Blum-Byrnes est un accord franco-américain, signé le 28 mai 1946 par le secrétaire d’État des États-Unis James F. Byrnes et les représentants du gouvernement français, Léon Blum et Jean Monnet, après de longues négociations. Il liquide une partie de la dette française envers les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale (deux milliards de dollars). L’administration Truman offre même un nouveau prêt à la France, ils accordent ainsi une aide de 300 millions de dollars américains (3,5 milliards de dollars valeur 2012) remboursables en 35 ans ainsi qu’un prêt bancaire de 650 millions de dollars (7,6 milliards de dollars valeur 2012).

Une des contreparties de l’accord est la fin du régime d’interdiction des films américains, imposé en 1939 et resté en place après la Libération. Byrnes voudrait un retour aux accords de 1933, qui prévoyaient un quota fixe de films américains par an projetés dans les salles françaises. De son côté, le secteur du cinéma français demande que sept semaines sur treize soient réservées uniquement à la diffusion de films français. Le compromis final est d’une part un abandon du quota de films américains et d’autre part une exclusivité accordée aux films français quatre semaines sur treize, ce qui correspond à une diminution de moitié de la diffusion de films français par rapport aux années 1941-1942. En outre, il est obtenu une taxe sur toutes les entrées y compris des films américains, argent qui va être utilisé et l’est encore pour soutenir la création française et même le cinéma de pays du tiers monde, africain en particulier.

Pour le Parti communiste et les syndicats du secteur cinématographique français, il s’agit d’un moyen pour les États-unis de diffuser l’American way of life (le mode de vie américain) à une population pouvant être tentée par le socialisme et de favoriser l’industrie cinématographique hollywoodienne. En réaction, les autorités françaises créent le 25 octobre 1946 le CNC (Centre national de la cinématographie) avec pour mission de protéger la création cinématographique française.

Cette bataille a rassemblé l’ensemble du monde cinématographique et elle s’est assortie d’un travail de la presse communiste pour défendre la création française et pour faire connaître un autre cinéma que le cinéma hollywoodien (voir le rôle joué par l’écran français).

 

Voici en prime un texte d’Antonio Gramsci sur Socialisme et culture.

29 janvier 1916


Il y a quelque temps, nous est tombé sous les yeux un article dans lequel Enrico Leone1 répétait, dans ce style contourné et nébuleux qui est trop souvent le sien, quelques lieux communs sur les rapports de la culture et de l’intellectualisme avec le prolétariat, et leur opposait la pratique, le fait historique, grâce auxquels cette classe est en train de bâtir son avenir de ses propres mains. Nous ne croyons pas inutile de revenir sur ce sujet, pourtant déjà traité dans Il Grido, et tout spécialement développé, sous une forme plus doctrinale dans l’Avanguardia des jeunes, à l’occasion de la polémique qui a opposé Bordiga, de Naples, à notre camarade Tasca2.

Commençons par citer deux textes : le premier est d’un romantique allemand, Novalis, qui vécut de 1772 à 1801 ; voici ce qu’il dit : « Le problème suprême de la culture est d’arriver à dominer son moi transcendantal, d’être aussi le moi de son propre moi, c’est pourquoi il est peu surprenant que l’on manque de l’intuition et de la compréhension complète d’autrui. Sans une parfaite compréhension de nous-même, nous ne pouvons vraiment connaître autrui. »

L’autre texte, dont voici le résumé, est de G. B. Vico3. Vico, dans le « Premier corollaire à propos de l’expression par caractères poétiques des premières nations», donne, dans La Scienza Nuova, une interprétation politique de ce fameux dicton de Solon : Connais-loi loi-même que Socrate avait fait sien en l’adaptant à la philosophie. Vico soutient que, par cette maxime, Solon entendait exhorter les plébéiens, qui se croyaient d’origine bestiale alors qu’ils croyaient les nobles de divine origine, à réfléchir sur eux-mêmes, à se reconnaître de commune nature humaine avec les nobles, et à prétendre, en conséquence, être faits leurs égaux en droit civil. Vico reconnaît ensuite dans cette conscience de l’égalité humaine entre plébéiens et nobles, la base et la raison historique de la naissance des républiques démocratiques de l’Antiquité.

Ce n’est pas au hasard que nous avons ainsi rapproché ces deux passages. Il nous semble qu’ils suggèrent, bien que sans entrer dans des détails précis et explicites, les limites et les principes qui doivent servir de base à une juste compréhension du concept de culture, même dans une perspective socialiste.

Il faut perdre l’habitude et cesser de concevoir la culture comme un savoir encyclopédique vis-à-vis duquel l’homme fait seulement figure de récipient à remplir et bourrer de données empiriques, de faits bruts et isolés, qu’il devra ensuite classer soigneusement dans son cerveau comme dans les colonnes d’un dictionnaire, afin d’être en mesure, en toutes occasions, de répondre aux diverses sollicitations du monde extérieur. Une telle forme de culture est véritablement néfaste; en particulier pour le prolétariat. Elle ne sert qu’à créer des déclassés, des gens qui se croient supérieurs au reste de l’humanité, parce qu’ils ont accumulé dans leur mémoire une certaine quantité de faits et de dates, qu’ils dévident à la moindre occasion, comme pour en faire une barrière entre eux et les autres. Elle sert à créer cette espèce d’intellectualisme poussif et incolore que Romain Rolland a si bien fustigé jusqu’au sang, et qui a engendré une pléthore de présomptueux et d’illuminés, plus nocifs à la vie sociale que ne le sont à la beauté du corps et à la santé physique les microbes de la tuberculose ou de la syphilis. Le malheureux étudiant qui sait un peu de latin et d’histoire, l’avocaillon qui est parvenu à arracher un lambeau de diplôme à la nonchalance et au laxisme des professeurs, se croiront différents, et s’estimeront supérieurs au meilleur ouvrier spécialisé qui pourtant affronte dans la vie une tâche bien précise et indispensable, et qui vaut, dans son domaine d’activité, cent fois plus que ces deux autres ne valent dans le leur. Mais ceci n’est pas de la culture, c’est de la pédanterie, ce n’est pas de l’intelligence, c’est de l’intellectualisme, et on a bien raison de réagir en s’y opposant.

La culture est une chose bien différente. Elle est organisation, discipline du véritable moi intérieur; elle est prise de possession de sa propre personnalité, elle est conquête d’une conscience supérieure grâce à laquelle chacun réussit à comprendre sa propre valeur historique, sa propre fonction dans la vie, ses propres droits et ses propres devoirs… Mais tout ceci ne peut advenir par évolution spontanée, par actions et réactions indépendantes de notre volonté, comme il advient dans le règne animal ou dans le règne végétal où chaque individu se sélectionne et spécifie ses propres organes inconsciemment, conformément à l’ordre fatal des choses. L’homme est surtout esprit, c’est-à-dire création historique, et non nature. Autrement, on n’expliquerait pas pourquoi, puisqu’il a toujours existé des exploités et des exploiteurs, des créateurs de richesse et des consommateurs égoïstes de cette richesse, on n’a pas encore réalisé le socialisme.

Le fait est que ce n’est que par degrés, par strates, que l’humanité a acquis la conscience de sa propre valeur et a conquis son droit à vivre indépendamment des hiérarchies et privilèges des minorités qui s’étaient affirmées historiquement au cours des périodes précédentes. Et une telle conscience s’est formée, non sous l’aiguillon brutal des nécessités physiologiques, mais grâce à la réflexion intelligente, réflexion de quelques-uns d’abord, puis de toute une classe, sur les causes de certains faits, et, sur les meilleurs moyens à adopter pour les transformer, d’occasions d’asservissement, en étendards de rébellion et de rénovation sociale. Cela veut dire que toute révolution a été précédée d’une intense activité de critique, de pénétration culturelle, d’imprégnation d’idées, s’exerçant sur des agrégats d’hommes, au départ réfractaires, et uniquement préoccupés de résoudre, jour après jour, heure par heure, pour leur propre compte, leur problème économique et politique, sans lien de solidarité avec tous ceux qui partageaient leur condition. Le dernier exemple, le plus proche de nous, et par conséquent le moins différent de notre cas, est celui de la Révolution française. La période culturelle antérieure, dite période de la « philosophie des lumières », si décriée par les critiques superficiels de la raison théorique, ne fut pas du tout, ou du moins ne se limita pas à être, ce papillonnement de beaux esprits encyclopédiques qui discouraient de tout et de tous avec une égale imperturbabilité, et croyaient n’être hommes de leur temps qu’après avoir lu la grande Encyclopédie de d’Alembert et de Diderot. En somme, ce ne fut pas seulement un phénomène d’intellectualisme pédant et aride, pareil à celui que nous avons sous les yeux, et qui trouve son déploiement maximum dans les Universités populaires de dernier ordre. En soi, ce fut une magnifique révolution par laquelle, comme le remarque pertinemment De Sanctis dans son Histoire de la littérature italienne4, se forma dans toute l’Europe une sorte de conscience unitaire, une internationale spirituelle bourgeoise, sensible en chacun de ses éléments aux douleurs et aux malheurs communs, et qui constituait la meilleure des préparations à la révolte sanglante qui se réalisa ensuite en France.

En Italie, en France, en Allemagne, on discutait des mêmes choses, des mêmes institutions, des mêmes principes. Chaque nouvelle comédie de Voltaire, chaque nouveau pamphlet*était une sorte d’étincelle qui courait sur les fils déjà tendus d’État à État, de région à région, et trouvait partout, et au même moment, les mêmes partisans et les mêmes opposants. Les baïonnettes des armées de Napoléon trouvaient la voie déjà aplanie par une armée invisible de livres, d’opuscules, qui avaient essaimé depuis Paris dès la première moitié du XVIIIe siècle et avaient préparé les hommes et les institutions à la rénovation nécessaire. Plus tard, quand les événements de France eurent trempé les consciences, il suffisait d’un mouvement populaire à Paris pour en susciter de semblables à Milan, à Vienne et dans les villes les plus petites. Tout ceci semble naturel, spontané, à ceux qui jugent superficiellement, et serait cependant incompréhensible, si l’on ignorait les facteurs culturels qui contribuèrent à créer ces états d’âme prêts à s’enflammer pour ce qui passait pour la cause commune.

Aujourd’hui, le même phénomène se répète à propos du socialisme. C’est à travers la critique de la civilisation capitaliste que s’est formée ou qu’est en train de se former la conscience unitaire du prolétariat ; et critique signifie bien culture et non évolution spontanée et naturelle. Critique signifie justement cette conscience du moi que Novalis assignait comme fin à la culture. Un moi qui s’oppose aux autres, qui se différencie, et qui, s’étant fixé un but, juge des faits et des événements, non seulement par rapport à lui même et pour son propre compte, mais aussi en tant que valeur de progrès ou de réaction. Se connaître soi-même signifie être maître de soi, se différencier, se dégager du chaos, être un élément d’ordre, mais un élément de son ordre propre et de sa propre discipline à l’égard d’un idéal. Et tout ceci ne peut s’obtenir sans connaître aussi les autres, leur histoire, la succession des efforts qu’ils ont faits pour être ce qu’ils sont, pour créer la civilisation qu’ils ont créée, et à laquelle nous voulons substituer la nôtre. Cela veut dire qu’il faut avoir des notions de ce que sont la nature et ses lois pour connaître les lois qui gouvernent l’esprit. Et qu’il faut tout apprendre, sans perdre de vue que le but ultime est de se mieux connaître soi-même à travers les autres, et de mieux connaître les autres à travers soi-même.

S’il est vrai que l’histoire universelle est la chaîne des efforts que l’homme a faits pour se libérer tant des privilèges que des préjugés et des idolâtries, on ne comprend pas pourquoi le prolétariat, qui veut ajouter un nouveau maillon à cette chaîne, ne devrait pas apprendre comment, pourquoi, et par qui il a été précédé, et savoir tout le profit qu’il peut tirer de cette connaissance.

Notes

1 Professeur d’économie politique, le « méridionaliste » Enrico Leone est surtout l’un des principaux théoriciens du syndicalisme révolutionnaire, dont il défend les positions dans Il Divenire sociale, revue qu’il fonde à Rome en 1905. Plus « économiste» qu’Arturo Labriola, Leone définit le syndicalisme révolutionnaire comme le « retour du socialisme à son concept économique fondamental». Fréquemment cité par Mussolini, il finira par apparaître comme un « précurseur» du fascisme.

2 Le IVe Congrès de la « Federazione Giovanile Socialiste», qui eut lieu à Bologne les 20-23 septembre 1912, avait vu Amadeo Bordiga et Angelo Tasca s’affronter sur le thème « Socialisme et culture ». Tandis que pour Tasca les problèmes du socialisme étaient inséparables de l’éducation – « Les jeunes socialistes doivent avant tout étudier, étudier, étudier », déclarait-il entre autres – Bordiga insistait au contraire sur l’importance des déterminations de classe – « On ne devient pas socialiste par l’instruction, mais par les nécessités réelles de la classe à laquelle on appartient. » Sans jamais adhérer à cette position, Gramsci, qui reviendra fréquemment sur cette polémique, finira par se heurter – jusqu’à la rupture – au « culturisme » de Tasca : cf. en particulier « Le programme de L’Ordine Nuovo ».

3 Philosophe, historien et juriste, et professeur de rhétorique à I’Université de Naples, Giambattista Vico (1668-1744) tente dans la Scienza Nuova (1725 et surtout 1744) de mettre en œuvre une nouvelle « science » du décryptage de la réalité et du discours historiques. Il y propose entre autres deux grandes lois susceptibles de rendre compte de l’histoire : la loi des « trois états », selon laquelle toute société passe inéluctablement par trois étapes – l’âge des dieux, l’âge des héros et l’âge des hommes – auxquelles correspondent autant de moments de l’organisation politique, de la raison et du langage; et la loi des ricorsi ou retours, selon laquelle toute histoire se résout et s’achève par le retour à ses origines, corsi et ricorsi constituant en dernier terme la manifestation de la Providence. L’instance « dialectique » dont témoigne – à travers la loi des « trois âges » – la convertibilité réciproque des formes de l’esprit et des époques historiques, trouve sa confirmation dans une thèse que l’historicisme italien reprendra volontiers à son compte : celle de la conversion réciproque du fait et du vrai, qui veut que l’homme ne puisse connaître que ce qu’il a fait lui-même, à savoir : son histoire (« Ce sont les hommes qui ont fait eux-mêmes ce monde des nations », écrit Vico).

4Comme on le verra ultérieurement, l’œuvre critique de Francesco De Sanctis (1817-1883) constitue sans doute l’une des principales clés des Cahiers de prison. Dans ses Saggi critici (1866) et, surtout, dans sa Storia della telleratura italiana (1870-1872), l’ancien ministre de Cavour s’efforce de définir une esthétique bâtie sur le double refus du formalisme vide et de l’esthétique hégélienne du contenu.

*En français dans le texte.

 


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Jerry Lewis: son film « maudit » sur l’Holocauste sera-t-il montré un jour?

je crains le pire… mais j’aimerais bien voir… (danielle Bleitrach)

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« The day the clown cried », le jour où le clown pleura, est un film inachevé, dont le tournage remonte aux années 70 et qui, bien que personne ou presque ne l’a jamais vu, a déjà fait couler beaucoup d’encre. La mort récente de Jerry Lewis, survenue dimanche dernier, remet sur le tapis la question épineuse de sa diffusion.

Un clown dans la chambre à gaz

En 1972, Jerry Lewis est contacté par le producteur Nathan Wachsberger, qui lui propose un délicat sujet sur l’Holocauste. L’histoire d’un clown de peu de talent, qui fait une mauvaise blague sur Hitler et qui se voit enfermé dans un camp de concentration pour prisonniers politiques. Lequel jouxte celui d’Auschwitz. Helmut est alors chargé d’une mission improbable par ses gardes. Il devra distraire des enfants juifs avant qu’on ne les emmène vers la chambre à gaz, pour qu’ils ne soupçonnent pas le sort qui leur est réservé. Sauf que le clown, dépassé par l’horreur du moment, finira par leur emboîter le pas et les suivre dans la chambre à gaz, pour rester à leurs côtés jusqu’au bout.

L’œuvre d’une vie

On sait que Lewis a beaucoup hésité à se lancer dans l’aventure mais que, finalement, il s’y est engagé jusqu’à y laisser une part de sa fortune et sa santé. Un tournage qui s’est, par ailleurs, doublé de problèmes judiciaires avec les auteurs du roman dont le film était tiré. Lesquels n’adhéraient pas du tout à la vision outrancière de Lewis, comme à sa volonté de rendre son héros plus généreux qu’il n’était montré dans le livre. Pour toutes ces raisons, Lewis, qui était lui-même de confession juive, n’a jamais pu mener à terme son projet fou et il semble que, physiquement autant que mentalement, il ne s’en soit jamais tout à fait remis. Après cet épisode, il disparaît de radars d’Hollywood pendant plus de dix ans.

Nanar infâme ou chef-d’œuvre ?

Le temps passant, le mystère autour du film n’a cessé de s’épaissir. Les très rares personnes qui ont pu en découvrir quelques images étaient soit scandalisées, soit l’ont porté aux nues. L’attitude de Lewis lui-même s’est révélée plus qu’ambiguë, sans qu’on sache s’il répugnait à dévoiler cette part de lui, peut-être trop intime, ou s’il avait simplement honte de son travail. En 2009, il acceptait enfin d’en parler: « J’étais gêné. J’avais honte de ce film. Et je suis reconnaissant d’avoir eu le pouvoir de le contenir et de n’avoir jamais laissé personne le voir. C’était mauvais, mauvais, mauvais. Cela aurait pu être merveilleux mais je me suis trompé. » Nanar infâme ou chef-d’œuvre incompris, y compris par son auteur, on en saura plus en 2025. Deux ans avant son décès, Jerry Lewis a cédé les rushs du film à la bibliothèque du Congrès, à la condition expresse de ne pas les dévoiler avant 10 ans.

 
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Publié par le août 22, 2017 dans CINEMA

 

ma mère avait cette grâce infinie … Alors célébrons la mort de la « mal » époque… en souvenirs d’elles…

 
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Publié par le août 1, 2017 dans CINEMA, femmes

 

nous perséverons dans notre être…


Marianne a disparu corps et âme du côté de la Corée. J’ai fini par envoyer comme une bouteille à la mer le manuscrit du livre qui est « un dialogue » avec elle sur la Russie, le stalinisme… et dont les lecteurs de ce blog ont eu les bonnes feuilles, mais depuis elles se sont unifiées dans une problématique, dans un choix théorique et politique..

J’avais décidé de faire à travers les voyages, les réflexions sur le cinéma, mes mémoires… En les axant sur le dialogue avec des amies. Avec Monika, c’était la Pologne, en juillet 2016. Avec Marianne en juin 2017, un collooque à saint petersbourg, le tartastan et Moscou.

L’éditeur m’a proposé de rédiger cette seconde partie pour la fin septembre, pour que le livre soit publié en 2017 et on récupérera le voyage en Pologne en 2018.

J’ai travaillé comme un bête de somme… Et le livre peut être considéré comme écrit, mais il manque encore tout le travail de correction, j’en suis incapable… Non seulement ma ponctuation est naturellement catastrophique, mais chaque fois que je tente une correction, je réécris le texte et toujours en proie à une sorte d’urgence qui mène le lecteur au bord de l’asphyxie.

heureusement, j’ai eu la chance d’avoir des amies fidèles qui m’aident. C’est formidable parce qu’il y a là encore la possibilité d’un dialogue, pour la Pologne Beatrice Courraud et monika s’y sont attelé. Nicole Mokobodzki travaille sur le texte sur la russie et le stalinisme. Elle est quasiment une pro de la correction et cela nous donne l’occasion d’échanger des anecdotes sur des gens que nous avons connus. Hier c’était le souvenir de Madeleine Jacob, une grande journaliste, originaire du pas de calais. Nicole me rappelait qu’en pleine répression hitlérienne, elle était allée pour l’Humanité en Allemagne. Elle y avait rencontré des mineurs et dans son allemand impéccable, elle avait dit : « Dans mon pays, (la france mais aussi le pas de calais), le dirigeant des communistes est un mineur comme vous! »Est-il besoin de dire qu’elle était également juive, que ce défi aurait pu lui coûter très cher.

Mais j’ai pu enfin avoir le contact avec marianne qui était très contente du travail et du projet.

Si vous ajoutez à cela le fait que je me précipite tous les après-midi dans des salles de cinéma, vous concevrez que j’ai peu de temps à ma disposition. J’ai vu ces derniers jours ma cousine rachel, c’est agréable, mais pour mettre en scène daphné du Maurier je préfère Hitchkock. En matière d’ambiguité il y a nettement plus fort. C’est un chef d’oeuvre sud-Coréen: memories of murder. ne le ratez pas, il en vaut la peine et là on voit à quel point la peinture sociale des caractères dans une époque de transition de la dictature à la modernité loin de nuire au suspens lui donne un plus.

Bon vous aurez compris que je n’ai renoncé ni au réalisme socialiste, ni au bolchevisme et le livre qui vous attend ne vous décevra pas… Marianne en est ravie…

ce qui se passe au venezuela, l’horreur de cette presse pourrie qui appuie les assassinats et rêve d’un autre Chili à cautionner, tout en se présentant comme les défenseurs des droits de l’homme et du citoyen est à vomir. Cette indécence mortifère n’est pas faite pour m’inciter à modérer mes opinions. L’essentiel est de se donner les moyens de les défendre. parce que la question incontournable est de quels moyens faut-il se doter pour vaincre pareille racaille?

A bientôt

danielle Bleitrach

PS. si l’un de vous à l’idée d’un titre pour ce livre qu’il me l’indique, je suis nulle en matière de titres. En pensant à une statue célèbre dont nous faisons longuement l’analyse dans le livre j’ai eu envie de propose comme titre « le stalinisme, un pavé dans la main du prolétaire ». … »Le Pavé, arme du prolétariat » est une statue d’ivan Shadr, présentée pour la première fois à l’Exposition nationale consacrée au dixième anniversaire de la Révolution en 1928. Franchement, nous sommes restées là Marianne et moi fascinée par tout ce qu’elle contenait, le mouvement, le corps du prolétaire interprétant le discobole antique à la manière d’un Rodin dont ce fils de menuisier de l’Oural avait été l’élève. Apparement, ce n’est pas rendre justice aux interrogations dont ce livre est porteur, mais au moins cela donne un senscomme le jet du pavé.

 

épicurien et monacal, inespéré…

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Aujourd’hui un homme m’a dit: « comme je suis content de vous rencontrer, j’ai tellement entendu parler de vous » et il a ajouté « toujours en mal! ». J’ai répondu « je suis parfaitement heureuse, j’écris un nouveau livre, je travaille beaucoup et je me détends en marchant pour faire des courses, je vais au cinéma à mes heures. Hier j’ai vu  le destin de Madame Yuki de Mizoguchi, j’en suis sortie éblouie, comblée. Je me lève le matin et me couche le soir avec une sensation de plénitude et j’évite même de répondre au téléphone?

Et bien avec cette vie épicurienne et monacale, si à près de 80 ans, j’arrive encore à susciter tant de détracteurs, dont j’ignore tout et ne veut rien savoir, ma foi je considère cela comme inespéré. »

Je n’ai pas inventé un mot de ce dialogue qui me permets de vous dire à tous l’été magnifique que je passe, j’ai un tel besoin de solitude et j’ai tant de choses à faire que je vous prie tous d’excuser l’arrêt momentané de ce blog et mes remerciements pour la paix que vous m’accordez et dont j’avais le plus urgent besoin.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le juillet 25, 2017 dans CINEMA, mon journal

 

La référence à l’avant-garde est souvent un leurre…

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Ivan le Terrible d’Eisenstein.

En pensant au film Les morts vivants dont l’auteur vient de mourir, je réfléchis à la manière dont je suis totalement et irrémédiablement allergique aux opinions de notre temps… Par exemple, je ne peux pas supporter la manière dont on prétend organiser la rupture dans des arts comme le cinéma ou l’architecture en Union soviétique, arts de masse, en distinguant un art d’avant garde, celui des années 20 d’un art de masse conformiste qui aurait été impulsé par Staline, c’est-à-dire quelqu’un qu’il faut décrire comme inculte et brutal.

C’est vrai à peu près dans tous les domaines, il faudrait distinguer la créativité et la liberté des premières années de la révolution par rapport au conformisme et à la répression du stalinisme. Cela témoigne selon moi de la manière dont une certaine gauche (anarchiste, trotskiste, social-démocrate) après avoir mené un combat contre le totalitarisme soviétique dans le sillage de celui du capital et de l’impérialisme est tenté aujourd’hui de récupérer quelques bienfaits de cette « révolution qu’elle estime trahie »… D’abord rien ne prouve au contraire que les périodes d’autoritarisme aient été moins favorables à l’éclosion des chefs d’œuvre que celles où règne le laisser-faire démocratique contrôlé seulement par l’argent.  Comme l’ont noté Theodor W. Adorno et Max Horkheimer dans la dialectique de la raison, les industries culturelles pratiquent une censure digne de l’inquisition. La censure qui a frappé quelques cinéastes maudits comme Stroheim ou en France Grémillon, leur interdisant le déploiement d’une oeuvre révolutionnaire est pour le moins « totalitaire ».  Il n’empêche que j’ai adoré les films hollywoodiens et leur manière de jouer avec les censures, dans lesquels les scénaristes communistes ont joué un grand rôle. Ensuite je crois qu’il reste beaucoup à explorer dans le dialogue entre le pouvoir et les intellectuels en matière de créativité (1).

Comme toujours ce qui m’alerte peut paraître accessoire et c’est là qu’intervient ma référence au film Les morts vivants. Ce que j’ai aimé c’est que le bricolage auquel était contraint ce film avec son médiocre budget économisait complètement les stéréotypes ordinaires des films hollywoodiens, les renversait. La nouveauté n’était pas dans le procédé mais au contraire dans l’économie de ces procédés, le recours à des acteurs et des figurants qui exprimaient d’autres émotions plus en accord avec les nôtres, nous qui étions révoltés par cette société.

Bon pour faire simple, disons que je suis en fait allergique à l’idée d’avant-garde quand la référence à cette avant-garde se traduit par le contraire de ce qui faisait l’intérêt de ce film, le primat de procédés techniques qui n’ont pas d’utilité mais qui sont censés exprimer l’ineffable, un fatras des âmes d’élite. C’est malheureusement ce que je ressens trop souvent aujourd’hui, on me prend pour une imbécile en refusant mes émotions légitimes, la naïveté de mes aspirations. C’est pour cela que malgré quelques longueurs j’ai aimé le dernier film de Kusturica parce qu’il accepte de dire l’amour de la vie, cette romance en même temps que sa douleur jamais éteinte.

Il n’y a pas eu de préoccupations d’avant garde dans les arts en Union soviétique mais au contraire une profonde unité dans le projet artistique soviétique, c’est un projet politique qui correspond à celui du parti communiste.Autre chose est la réflexion sur les thèmes, les moyens…

Quand nous étions à Moscou dans la galerie d’art d’État Tretiakov, j’ai été frappée de la manière dont l’exposition des œuvres était désormais structurée non pas selon une évolution chronologique, mais selon cette division idéologique : il y aurait eu l’art officiel soviétique et son avant-garde dissidente. Non seulement les tableaux les plus anciens célébrant la révolution étaient flanqués d’œuvres qui en général ne valaient pas un clou mais qui exprimaient ou prétendaient exprimer l’horreur de l’artiste devant la répression bolchevique, répression sous laquelle ma foi le même n’avait pas trop mal vécu, mais les artistes les plus officiels avaient eux-mêmes sous l’ère Khrouchtchevienne le devoir d’exprimer les affres vécues sous la période stalinienne. Tout cela manquait de franchise.

Dans la boutique, j’ai voulu acheter quelques reproductions de l’art « stalinien », il n’y avait rien mais on m’a donné à voir quelques reproductions sans intérêt et très mièvres qui étaient censées représenter l’art d’avant-garde à cette époque, celle qui était obligée d’aller se vendre aux Etats-Unis et que l’on avait récupéré dans ce pays.

Une œuvre, qu’il s’agisse de peinture ou de cinéma, a un public et je dois dire que celui qui distingue entre une esthétique qu’elle déclare novatrice et ignore ce qui bouleverse, obéit à des exigences profondes et originales, et qui donc recherche les formes inconnues pour le dire, m’a toujours profondément ennuyée.

Je crois au contraire que ce qui fait la force du cinéma soviétique, comme de l’architecture, c’est un élan et j’ajouterai même un dialogue permanent avec le pouvoir qui continue à se définir et à être celui des soviets, un souci de propagande, le mot est lâché, autant que d’alphabétisation, de culture des masses. C’est pourquoi d’ailleurs si le sort me prête vie je souhaiterais étudier deux films à propos de Staline, Ivan le terrible du moins sa deuxième partie et La chute de Berlin. Ce sont deux films à peu près de la même époque dans lesquels se joue la représentation du pouvoir. Mais le faire dans la méthode que j’ai déjà utilisée pour le film les Bourreaux meurent aussi, à savoir replacer le film non seulement dans le cinéma de l’époque (les conditions de la production) mais dans son champ artistique ce qui impose une reconstitution des œuvres de l’époque, et leurs enjeux politiques.

Danielle Bleitrach

(1) je pense à la manière dont Lukacs répond à Steiner. Quand ce dernier lui rend visite alors que le philosophe est assigné à résidence. Steiner lui demande ce qu’il devra dire « au monde libre ». Lukacs répond en gros: « vous n’y comprenez rien, j’attends le premier ministre pour discuter avec lui de la phénoménologie de l’esprit de Hegel. Qu’est-ce que la liberté? » Est-ce que l’on sait exactement ce qui se noue dans ce dialogue ? Surtout quand le pouvoir est révolutionnaire…