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Pike Lee au «Soir»: «Les Etats-Unis sont construits sur le génocide et l’esclavage»

MIS EN LIGNE LE 19/09/2018 À 07:19

« J’espère que le public se rendra compte qu’on ne décrit pas un simple épisode de l’histoire américaine mais quelque chose d’universel. La montée des populismes est mondiale.»

« J’espère que le public se rendra compte qu’on ne décrit pas un simple épisode de l’histoire américaine mais quelque chose d’universel. La montée des populismes est mondiale.» – D.R.

Spike Lee est unique. Il fut le premier à montrer les Noirs en colère au cinéma. Du jamais vu à Hollywood. Depuis, on le dit rebelle parce qu’il se révolte contre les injustices.

S’il a déçu ces dernières années après avoir réalisé des films percutants comme Do the right Thing ou Malcolm X, cette fois, il convainc. Son nouveau film est un pamphlet efficace contre le racisme et contre la politique de Trump.

Lors de l’ovation cannoise de BlacKkKlansman, qui, selon ses propres dires, concerne le choix entre l’amour et la haine, le réalisateur activiste a dressé les poings face caméra, arborant deux bagues avec inscription en lettres d’or : d’un côté « Love », de l’autre « Hate », comme le héros de Do the right Thing, en référence à Robert Mitchum dans La nuit du chasseur.

Qu’est-ce qui vous conduit à raconter cette histoire basée sur le livre de Ron Stallworth ?

Je suis un raconteur d’histoires. Quand on m’a proposé cette histoire – celle d’un Noir ayant infiltré le KKK –, je me suis dit : « ce n’est pas possible que cela soit arrivé ». Une fois convaincu qu’effectivement, cela s’était passé ainsi, j’ai embarqué immédiatement dans l’aventure. Les droits du livre de Ron Stallworth avaient déjà été acquis et, en fait, un premier scénario déjà écrit. J’ai lu celui-ci en premier, le livre ensuite. Avec mon coscénariste, on a réécrit cette histoire et si on peut parler d’un film historique, il nous semblait indispensable de l’emballer avec des mots, des références – comme « America First » – qui résonnaient et résonnent encore avec ce qui se passe actuellement. On a rencontré Ron Stallworth et on lui a soumis le scénario.

La résonance est encore accentuée avec la montée des populismes en Europe ?

Mais la montée des populismes n’est pas seulement à noter en Europe : elle est globale, mondiale. Et j’espère que le public se rendra compte qu’on ne décrit pas un simple épisode de l’histoire américaine mais quelque chose d’universel, toujours bien présent. On a tourné cette histoire avant la tragédie de Charlotesville. À l’époque, on était sur une île au large du Massachusetts. Je ne suis pas trop fan de baseball mais je suis certaines équipes de très près. J’étais donc sur CNC et j’ai vu ce qui s’est passé lors de ce massacre. J’ai compris qu’il y avait des parallèles avec mon film.

Vous n’avez pas eu envie d’élargir cette histoire, d’ajouter des éléments extérieurs ?

Non, car rendez-vous compte : Ron Stallworth fut le premier Noir à intégrer la police de Colorado Springs, un exploit en soi, et au sein de cette police, il a infiltré le Ku Klux Klan ! Que montrer de plus dans une histoire en soi déjà exceptionnelle ? On a tourné non pas en numérique mais de façon tout à fait classique. On recherchait avant tout une reproduction des films des années 70, avec un écran souvent divisé en deux comme à cette époque-là.

Peut-on parler de film politique ?

De toute façon, si, dès le départ, vous clamez ne pas vouloir tourner un film politique, c’est déjà un geste politique. Et puis, comment ne pas faire un film qui parle du Ku Klux Klan en excluant toute allusion politique ? Là, je ne suis pas assez bon réalisateur pour y parvenir ! Et donc, comme j’imagine que vous voulez parler de la fin du film, il faut savoir que le film était en montage, presque terminé, quand les événements de Charlottesville sont arrivés. À l’origine, je voulais terminer sur l’interview de la mère d’un Noir abattu par le Klan qui, rejetant l’idée d’un assassinat, parlait, elle, d’un acte terroriste. C’est différent. Et vrai : le KKK, comme d’autres organisations, sont des associations néonazies, des groupes terroristes. C’est ce que je crois aussi. Et ce qui est arrivé à Charlottesville, avec cette voiture fonçant dans la foule, était un acte terroriste…

Vous pensez qu’on pourrait, un jour, concilier les inconciliables ?

Churchill disait quelque chose comme : « Il ne faut avoir peur de rien, si ce n’est de la peur elle-même. » Trump, lui, a eu l’occasion de dénoncer les groupes néonazis. Il n’a pas osé le faire. Il aurait pu dire au monde entier que nous méritons mieux que ça. Il avait la chance de parler d’amour à la place de la haine. Il ne l’a pas fait. L’histoire s’en souviendra. Parmi de nombreuses autres choses. Avec la tragédie de Charlottesville, il avait l’occasion de réunir le pays, et il ne l’a pas fait. C’est du pain bénit pour les organisations néonazies qui se sentent investies du sceau présidentiel, comme si leur action était dès lors approuvée. On parle de démocratie mais c’est de la foutaise. Les Etats-Unis sont construits sur le génocide des peuples premiers et l’esclavage. Ce sont des faits qu’on ne peut nier. Il faut réécrire l’histoire avec ce film. Notre responsabilité en tant que conteur, de réalisateur, est de raconter ces événements historiques du début des années 70 en créant un lien avec ce qui se passe sous nos yeux aujourd’hui. À partir de la Seconde Guerre mondiale, toute entrée en guerre fut un mauvais choix ! Il faut réagir et jouer son rôle de témoin. Quand j’ai eu l’autorisation d’inclure des images d’archives, je n’avais qu’une envie : foncer. Je pense que mon film fera date. On y raconte des choses très laides et ce sont des choses qui se passent aux Etas-Unis d’Amérique.

Votre film parle aussi du cinéma. Vous montrez « Naissance d’une nation » et de l’impact négatif que ce film a eu. Vous, cinéaste engagé, pensez-vous que votre propre cinéma a une influence ?

J’aimerais simplement dire que je me vois comme un cinéaste américain et un citoyen du monde. Mes films sont projetés dans le monde entier.

Avez-vous l’impression d’œuvrer dans un système fondamentalement raciste ?

Et comment ! Cela dit, dans ce système, j’ai cette fierté de n’avoir jamais fait aucun compromis… Je suis porteur d’espoir. Mon film ouvre la voie à l’espoir. Sans être aveugle ou sourd, j’espère tout en étant conscient de ce qui se passe. J’espère que mon film va secouer les gens, les réveiller. L’objectif de mon film n’est pas d’apporter des réponses mais de créer une discussion autour du problème du racisme. Il y a trop de gens qui sont inconscients de ce problème de société ou se sentent perdus par rapport à la situation actuelle. Il ne faut pas laisser passer les choses, ne rien dire. On connaît la différence entre le bien et le mal. Mais quand on voit le mal en face, il faut agir, élever la voix !

Pour le rôle principal, vous avez engagé le fils de Denzel Washington, un de vos acteurs fétiches…

Vous connaissez les expressions « la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre » ou mieux, « les chiens ne font pas des chats » ? Cela s’applique parfaitement dans ce cas-ci. John David Washington est dans une série pour HBO, pour quatre saisons. Mais c’est quelqu’un de très humble, qui ne veut absolument pas capitaliser sur un nom célèbre. Il fait tout pour qu’on ne dise pas : « je vais engager le fils de Denzel Washington ». Mais il a le feu sacré, c’est sûr. Il n’a pas fait d’audition, je lui ai offert le rôle. Je l’avais vu dans un film pour HBO que ma femme produisait où il jouait un psychopathe très convaincant. C’est bien le fils de son père. Il a son ADN.

En quoi « BlacKkKlansman » résonne-t-il avec vos autres œuvres ?

J’ai beaucoup tourné mais je crois que si vous preniez « Inside Man », « Mo Better Blues », « Do the Right Thing », etc, tous renvoient à «  Malcolm X » et ce qu’il questionne, à savoir : où en sommes-nous, en Amérique ?

Filmographie

Nola Darling n’en fait qu’à sa tête

1986. Portrait de la jeunesse noire US à partir de Nola, la vingtaine libérée, vivant à Brooklyn. Un premier film novateur qui fait mouche. Avec cette comédie au budget mini, Spike Lee est vu comme le Woody Allen noir. Trente ans plus tard, il en fera une série pour Netflix.

Do the right thing

1989. Inspiré de l’événement tragique le « Howard Beach incident », qui s’est produit à New York, en 1986, le film met en scène les conflits raciaux entre Noirs et Italo-Américains avec une pizzeria comme théâtre du drame et la mort du jeune Noir.

Jungle fever

1991. Harlem début des années 90. Une relation interraciale prend de front les barrières à la fois raciales, sociales et sexistes. En compétition à Cannes, le film décrochera le Prix d’interprétation masculine du meilleur second rôle pour Samuel L. Jackson.

Malcolm X

1993. Evocation de la vie de Malcolm X, figure phare du mouvement noir américain, ex-leader de la « Nation of Islam », de son enfance difficile à Omaha jusqu’à son assassinat le 21 février 1965 au cours d’un meeting. Avec Denzel Washington dans le rôle-titre.

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j’ai infiltré le Klux Klux Klan et moi je n’ai pas eu la force de rire de cette charge féroce.

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Hier je suis allée voir le fil de Spike Lee,j’ai infiltré le Klan.

D’abord un conseil: ne manquez pas ce film, il vaut la peine d’être vu, c’est une charge féroce militante contre Trump à partir d’une histoire vraie . la bande son est remarquable et c’est un thriller haletant.

Il est inspiré de l’histoire vraie  de Ron Stallworth, premier officier de police afro-américain du Colorado Springs Police Department, au début des années 70. Ses collègues lui en font voir de toutes les couleurs parce que la sienne est foncée.  il est chargé d’infiltrer un meeting du black power  au cours duquel il tombe amoureux de l’organisatrice.  Stallworth a un  son projet personnel, celui d’être un grand flic,  le premier à endosser  un tel rôle, donc à être un personnage historique. L’amour pour la jolie étudiante et qui n’aime pas les flics est de surcroît. Mais il y a la conviction de l’époque, l’amour ne peut naître que de convictions politiques partagées. C’est vrai pour le couple noir, mais ça l’est également le couple grotesque de racistes et antisémites.  Pour eux tuer des noirs relève de l’orgasme suprême,mais aussi l’amour, l’amour celui des romans photos… L’incontournable du récit hollywoodien dont Brecht prétendait que les scénariste arriveraient à caser une histoire d’amour dans un tank à l’assaut d’autres tanks en pleine guerre.

Menacé de devenir un infiltré qui trahira la communauté noire, Stallworth   découvre une une publicité pour le Ku Klux Klan dans le journal local,et il décide de son propre chef d’infiltrer l’organisation. Le Klan  est à une croisée des chemins, il est toujours composée d’une bande d’abrutis racistes, antisémites,mais il a à  sa tête un nouveau « grand sorcier », un certain Duke (pensons à Donald) qui veut respectabiliser le Klan, et il a le projet d’accéder à un poste d’élu, voir à la magistrature suprême. Profitant de cette publicité en faveur de l’adhésion,   Stallworth téléphone pour défendre sa candidature et donne son vrai nom. Stallworth ment avec délectation, mais laisse toujours des traces identitaires, celles de sa profession, de sa « négritude ».  Il infiltre le Klan  pour protéger sa conquête amoureuse du black power mais aussi pour opérer la conquête de ses collègues flics, isoler les racistes du commissariat, mettre les rieurs de son côté. Il séduit dans un  fou rire général le grand manitou, Duke tant il pratique un racisme débridé dans  des conversations téléphoniques , tandis l’autre lui explique à quoi on reconnait un nègre. C’est un virtuose du double jeu, c’est ce que l’on trouve drôle et qui moi me déchire le coeur …

Il envoie un collègue blanc mais juif  jouer le rôle du nouvel adhérent – Flip Zimmerman – qui assurera les rendez-vous avec les membres du groupuscule local . Stallworth et Zimmerman pour déjouer les opérations du Klan, prennent  des risques  à la Starsky and Hutch et après un jouissif montage entre deux univers face à face mais qui s’ignorent en espérant et craignant  l’affrontement, tous les protagonistes entrent en collusion. Une course poursuite et une explosion dans une mêlée.   Tandis que Stallworth. qui proteste être un flic infiltré se fait frapper et plaquer à terre par deux flics blancs, une  espèce de grosse débile  suprématiste, qui a placé une bombe dans la maison en face, hurle que ce nègre a voulu la violer.  Zimmerman arrive à temps pour assister au bouquet final dans lequel c’est la voiture des membres du Klan qui a explosé, la grosse dame a tué son amour paranoïaque venu lui prêter main forte.

Notons qu’il y a simplement inversion des codes, les noirs sont tous beaux, les femmes surtout, les blancs sont tous moches sauf Zimmerman, les femmes surtout, le gros cul de la blanche raciste parodie celui des bonnes négresses nounous, comme dans Autant en Emporte le vent. .

On se souvient à propos de Spike Lee de son   malcom X. Quelques décades après, le cinéma est resté   rapide, efficace, net et sans bavure et de l’ordre de l’uppercut et la colère militante intacte, plus désespérée, plus hargneuse.

Skipe Lee connaît ses classiques et il ignore rien de la force de chef d’oeuvre raciste de Griffith, « naissance d’une nation », l’inventeur du montage… Il en place les images au coeur d’un autre montage, celui de l’aventure  dans les années soixante et dix de Stallworth. la montée de l’antagonisme entre des blancs en pleine initiation, vêtus de leur cape et chapeau pointus du Klan tandis que dans une salle proche harry Belafonte décrit aux jeunes gens noirs, le massacre jadis d’un jeune arriéré mental accusé de viol. Cette référence au chef d’oeuvre de Griffith dit ce que révèle l’écriture du film: , Hollywood est l’imaginaire de cette nation jeune, frustre,  née d’un conflit racial, la guerre civile entre le sud esclavagiste et le nord industriel. « naissance d’une nation », ou l’histoire d’un viol supposé de femmes blanches par un noir  bestial, les blancs chevaliers du Klan venant sauver les femmes blanches de l’étreinte abominable de la race inférieure, l’image de ces négrillons qui s’enfuient devant un homme derrière un drap,est le fondement. Skipe Lee utilise à pelin les ressorts du   cinéma hollywoodien, celui qui n’a jamais cessé de faire battre les coeurs, d’envahir les esprits avec l’apologie du racisme. Il y aussi Autant en emporte le vent et ces corps étalés après la bataille tandis que Scarlett erre à la recherche de son bien aimé.

Et le film de Spike Lee, comme celui d’un Spielberg  cite cette histoire du cinéma hollywoodiens, mais aussi l’histoire de ces années soixante et dix, de la lutte pour les droits civiques, de ce temps où juifs et Noirs œuvraient ensemble contre l’extrémisme du Klan. L’équipe formée par Stallworth et Zimmerman tente de s’identifier à des pro, mais  le racisme vient gâcher le plaisir dans ce   boulot où ils s’éclatent comme deux mômes. C’est un cinéma identitaire revendiquant la beauté noire et retournant les stéréotypes mais s’emparant de la redoutable efficacité du cinéma hollywoodien pour opérer le renversement nécessaire. est-ce skip Lee que l’on a accusé d’antisémitisme croit réellement à cette alliance juive et noire ou a-t-il du s’y plier pour avoir le soutien d’Hollywood ?

.Dirais-je qu’ Il m’a été difficile d’esquisser le moindre sourire alors que certains ont  pu parler à son propos (du film) de comédie hilarante, personnellement je l’ai vécu dans l’effroi, l’absurdité, le crétinisme des membres du Klan ne m’a pas fait rire une seconde, cette charge féroce et militante anti-raciste et anti-trump est non seulement d’actualité mais alors qu’une « élite noire » a cru l’avoir emporter avec l’élection d’Obama, c’est le projet de Duke qui s’est réalisé avec l’élection de Trump. Il m’a été impossible d’éprouver autre chose que de l’horreur devant cet enchevêtrement puissant et désespéré du passé et du présent. Jadis ils levaient le poing, nous levions tous le poing, nous pensions remporter une victoire définitive.

Tout est bien qui finit bien pour ,Ron Stallworth mais non puisque l’enquête est suspendue et surtout puisqu’on voit les mêmes Duke en tête défiler plus nombreux que jamais à Charlotteville en 2017 en criant leur haine des nègres et des juifs, tandis que Trump vient expliquer qu’il y a des extrémistes des deux côtés et des gens bien en proclamant Amerci First..

Il y en effet cette union entre juifs et noirs qui demeure dans l’élite et qui fut jadis si forte, du temps de Belafonte… Du temps où ils se côtoyaient dans les ghettos pauvres et menaient des luttes communes.  Là encore ne s’agit-il pas d’une vision hollywoodienne? la même que celle que l’on retrouve dans les mémoires d’un Samuel Fuller. Juifs et noirs peuvent-ils comme le déclarent les dingues racistes et antisémites pour imposer un cinéma qui soit un simple renversement du pouvoir blanc en pouvoir noir ? Zimmerman a un moment se rebelle… Mais ces dingues du  klan ne lui laissent pas le choix.

Tout à coup, j’ai repensé à ce livre de Philip Roth (« le complot contre l’Amérique »)dans lequel il raconte la campagne de Lindbergh contre Roosevelt, et je l’ai cherché dans ma bibliothèque pour le relire. Philip Roth raconte comment dans son enfance, sa famille ne pratiquait plus aucune religion, se sentait américain mais comment déjà, son père avait refusé une promotion qui l’obligeait à quitter le quartier juif pour aller se perdre dans une petite ville où régnait la suprématie blanche. Et puis il y avait eu la candidature républicaine de Lindebergh,  plus Roosevelt faisait pression sur le Congrès pour assouplir la contrainte de neutralité face à ce qui se passait en Europe, plus Lindbergh, le héros national, celui qui avait traversé l’atlantique devenait explicite dans sa haine des juifs, dont il dénonçait la politique « belliciste », accusant une race étrangère, les juifs qui, prétendaient mener le pays à la ruine. Mais dit Philip Roth « l’organisation America First, « l’Amérique d’abord », qui de tous les organismes militant contre l’intervention avait la base la plus vaste continua de le soutenir, et il demeura le prosélyte le plus populaire  de ses arguments en faveur de la neutralité. Beaucoup de membres de cette association croyaient dur comme fer, et au mépris des faits, que, comme le soutenait Lindbergh, les Juifs constituaient un danger majeur en raison de leurs capitaux et de leur influence dans l’industrie du cinéma la presse, la radio et le gouvernement. Lorsque dans ces écrits, ajoute Philip Roth, Lindbergh faisait fièrement état du sang européen qui est notre héritage, lorsqu’il mettait ses concitoyens en garde contre sa dilution par des races étrangères et son infiltration par un sang inférieur. Roth, en 1939,  note ce que décrit le film déjà dans les années 70 comment Stallworth et Zimmerman se sentent frappés de schizophrénie entre leur patriotisme américain et leur identité face à la proclamation de l’America First.

L’America First, Spike Lee dans tous ses interview insiste sur le fait que Trump a emprunté à ces gens là son slogan.

BlacKkKlansman  tire son efficacité de l’enchevêtrement des temps pour décrire cet impossible unité et l’apparition in fine de Trump, le retour de la bête immonde, stupide, vulgaire, et c’est un cri de rage venu du fond des mémoires, celle de l’auteur du film, mais avec sa charge mythique de cette Amérique qui continue à défiler et c’est la fin du film sur des images des émeutes de Charlottesville, qui virent s’affronter le 12 août 2017 en Virginie l’extrême droite et des militants antiracistes et au cours desquelles fut tuée la jeune Heather Heyer, à qui le film est dédié

.C’est parce que ce film apporte cette force essentielle  et parce que vous y éprouverez du plaisir, qu’il est absolument essentiel que vous alliez le voir.

Pourtant sur le plan strictement politique, le film demeure à bien des égards insuffisant, il reste  dans l’imaginaire hollywoodien, mais a perdu l’ancrage des luttes populaires qui ont créé l’unité entre juifs et noirs, les militants syndicaux, il est de ce fait  dans l’identitaire, il décrit l’impossibilité d’accomplir ce qu’a tenté et pratiquement réalisé Cuba, l’oeuvre  de José Marti et celle de Fidel castro, prenant conscience qu’il ne pouvait y avoir de nation cubaine sans la fin de l’esclavage, sans le combat uni des anciens maîtres et esclaves contre l’Espagne d’abord puis le socialisme, la lutte contre  l’impérialisme yankee mais aussi la necessité d’une égalité réelle (d’ailleurs aujourd’hui sans cesse menacée par la montée des inégalités à Cuba aussi) étant la seule possibilité pour achever l’unité de cette nation caribéenne qui s’est toujours conçue comme la sentinelle de « nuestra america » celle qui refuse l’América First. J’ajouterai s’il y a eu deux réussites incontestables en Union soviétiques, c’est celle de la culture et de l’éducation pour tous comme et peut-être cela va avec une des meilleures intégrations des nationalités. Ce ne fut parfait nulle part mais il est évdent que le communisme apporte plus que le repliement identitaire.

Danielle Bleitrach

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Publié par le août 30, 2018 dans CINEMA

 

Tangui Perron : « La politique n’a pas disparu de la Croisette »

Encore une page de l’histoire méconnue des communistes : la lutte pour le cinéma français. (note de danielle Bleitrach)

Manifestation pour la sauvegarde du cinéma français et contre les accords Blum-Byrnes à Paris, le 4 janvier 1948. De gauche à droite : Jean Marais, Simone Signoret et Roger Pigaut. ©Pigiste/AFP

Avec « l’Écran rouge », Tangui Perron revient sur l’enfance méconnue du cinéma français. Du Front populaire à la Libération, une histoire à la fois artistique et militante, à laquelle le 7e art français, l’un des plus vivants au monde, doit beaucoup.

La photographie de couverture de votre livre montre, entre autres, Jean Marais et Madeleine Sologne manifestant pour le cinéma français. Quel est son contexte ?

Celui d’une manifestation syndicale, professionnelle et populaire, sur les grands boulevards à Paris, pour la défense du cinéma français, le 4 janvier 1948. Cette manifestation a rassemblé des milliers d’ouvriers du film, de techniciens, de réalisateurs et de producteurs, d’acteurs et de spectateurs rassemblé·es par les comités de défense du cinéma. Cette photo est restée longtemps dans les mémoires et symbolise encore l’unité de la profession et l’implication du public.

Qu’est-ce qui explique l’implication d’autant de protagonistes à tous les échelons du milieu du cinéma ?

Sans doute un sentiment d’urgence et une politique syndicale unitaire remarquable. Le cinéma français est alors en crise et se sent légitimement menacé par l’arrivée massive de films américains favorisée par une annexe des accords Blum-Byrnes de 1946, accords gouvernementaux qui renégociaient la dette de la France vis-à-vis des États-Unis, dans le cadre de la reconstruction du pays après la guerre.

La profession s’est regroupée avec la Fédération du spectacle CGT alors très implantée dans les milieux du cinéma. Le Parti communiste a mobilisé les spectateurs et les spectatrices. Cette manifestation n’a pas été le point d’orgue mais plutôt le point de départ d’une intense mobilisation dans les cinémas et les ciné-clubs et au sein du Parlement.

Cela a abouti à une révision des accords Blum-Byrnes dans un sens un peu plus favorable au cinéma français et surtout au vote, à l’unanimité du Parlement, d’une loi originale d’aide au cinéma. Cette loi votée en septembre 1948 et confirmée en 1953 puis pérennisée explique pour partie l’existence du cinéma français encore aujourd’hui. Une taxe prélevée sur l’achat de tous les billets de cinéma, quelle que soit l’origine des films, est ainsi réinvestie nationalement dans l’économie du cinéma. C’est un pilier, souvent envié dans les autres pays, de la diversité culturelle.

« La Bataille du rail » de René Clément (1946), « la Grande Illusion » de Jean Renoir (1937), « la Marseillaise » à la une de « Regards », fév. 1938. Source : gallica.bnf.fr/BNF

Qui sont les Joyeux grévistes des studios de Boulogne-Billancourt ?

Là, nous ne sommes plus après-guerre mais avant, au moment du Front populaire, en 1936, quand les ouvrières et les ouvriers, les employées et les employés ont occupé, pour la première fois dans l’histoire sociale, leur lieu de travail. Cette grève a aussi été une joie.

Quel rôle joue le mouvement syndical dans la défense du cinéma pendant cette période ?

Le syndicalisme s’implante réellement dans les milieux du cinéma durant le Front populaire. Les ouvrières et les ouvriers du film sont les premier·ères à arracher une convention collective, suite aux occupations des studios et des labos de cinéma, en juin 1936. La Fédération du spectacle CGT se définit également durant cette période, rejointe par le syndicat des acteurs et celui des techniciens, indépendants jusque-là.

Pour la fédération – ce point est d’ailleurs défendu par le cinéaste Jean Renoir – l’amélioration des conditions de travail des ouvrier·ères et des technicien·nes du film est un gage de qualité des films. Par ailleurs, la grande production cinématographique est en crise depuis le milieu des années 1930. Pour la CGT, l’aventure collective de « la Marseillaise » de Jean Renoir (1938), sur laquelle ne travaillent que des ouvrier·ères et des technicien·nes syndiqué·es, est déjà le début d’une réponse à cette crise économique. Parallèlement, le gouvernement et le Parlement envisagent une refonte complète de l’administration du cinéma.

La plupart de ces réformes aboutiront après-guerre : développement d’une école du cinéma [l’Idhec, intégrée à la Fémis en 1986, ndlr], création du Centre national de la cinématographie (CNC) et du Festival de Cannes, lois d’aide de 1948 et 1953…

Les réalisateur·rices des deux premiers tiers du XXe siècle sont souvent en butte à la censure. Est-elle un frein à leur créativité ?

Bien sûr. C’est aussi un facteur favorisant l’autocensure et l’aliénation des publics privés de sujets sociaux, sociétaux et politiques. Néanmoins, la nécessité de contourner la censure – en empruntant les sentes de l’allégorie ou de la polysémie – peut, paradoxalement, stimuler la créativité. On le voit par exemple aujourd’hui dans le cinéma iranien, de grande qualité.

Pour l’histoire du cinéma durant les premiers tiers du XXe siècle, on peut dire, très schématiquement, que la censure a d’abord voulu interdire une critique de l’armée et du colonialisme et qu’elle s’est opposée à une vision trop directe de la sexualité et de la question sociale. L’Église a aussi agi pour interdire des films ou des séquences et pour empêcher ses fidèles de voir tel ou tel film.

Vous écrivez : « Sous le sable de la Croisette et la vanité des paillettes, il y a toujours un cœur rouge qui bat. » Pourquoi ?

Dans ce livre collectif, deux articles sont consacrés à l’existence du Festival de Cannes. L’historien Olivier Loubes montre par exemple très bien les origines des antifascismes qui président à la création du festival en 1939 (complètement prêt mais annulé in extremis à cause de l’entrée en guerre de la France). Après la Libération, en 1946 et surtout en 1947, c’est le mouvement ouvrier – la CGT et le PCF, très influents à l’époque – qui contribuent à cette renaissance.

Si les mondanités, les pressions diplomatiques ou le pouvoir de l’argent ont tôt pesé sur la destinée du festival, la politique ou le goût populaire pour le cinéma n’ont pas totalement disparu, pour autant, de la Croisette. 1968 et les années 1970 ont été de grandes années politiques du festival. Encore aujourd’hui, la présence de la Fédération du spectacle CGT au sein du conseil d’administration du Festival de Cannes, l’existence des cheminots cinéphiles ou l’excellente programmation au festival Visions sociales de la CCAS sont des indices de cette cinéphilie et de cette histoire sociale et syndicale.


Pour aller plus loin

« L’Écran rouge, syndicalisme et cinéma de Gabin à Belmondo »
Sous la direction de Tangui Perron, Éditions de l’Atelier, 2018, 240 p., 30 euros.
Préface de Costa-Gavras, postface de Philippe Martinez.

 
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Publié par le août 5, 2018 dans CINEMA, HISTOIRE

 

mercredi 13 juin 2018 Sur ARTE diffusion du film : Un homme est mort

L’occasion en même temps de rendre hommage à René VAUTIER

mercredi 13 juin 2018

Sur ARTE diffusion du film : Un homme est mort

L’occasion de découvrir un très beau film d’animation sur les luttes ouvrières à Brest en 1950 et le documentaire que René Vautier en a fait… à voir absolument !
N’hésitez pas à partager cette bonne nouvelle !

L’HISTOIRE


Brest 1950. La ville est en pleine reconstruction après les bombardements de la guerre.
Lors d’une manifestation revendiquant de meilleures conditions salariales, la situation avec les forces de l’ordre dégénère et le jeune ouvrier Édouard Mazé est abattu d’une balle en pleine tête.
René Vautier, cinéaste militant communiste, vient alors filmer la situation des ouvriers avec la collaboration, pas toujours aisée, de P’tit Zef et Désiré, les amis d’enfance d’Édouard.
Une fois le film terminé, ils improvisent un cinéma ambulant et projettent les images sur les chantiers et les piquets de grèves dans toute la Bretagne.
Le film insufflera un nouvel élan dans la lutte.

POUR EN SAVOIR PLUS sur le grand René VAUTIER voir par exemple :

https://7our.wordpress.com/2015/01/12/10-choses-a-savoir-sur-le-cineaste-rene-vautier/

ET interview suivante :

https://www.youtube.com/watch?time_continue=39&v=SijlzHSheio

 
 
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Ce que J.L.G a attendu du cinéma… Lui au moins il l’a dit.

L’image contient peut-être : 3 personnes, personnes debout et foule

 
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Publié par le juin 6, 2018 dans CINEMA

 

La Mort de Staline et celle de l’Humanité sur le plan du débat d’idées…

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Ce matin, les actualités matinales de France 2, font de la publicité à la fête de l’Humanité, on nous annonce que cette fête va promouvoir le cinéma. Reveillez-vous Jean Grémillon, Louis Daquin, Leon Moussinac, Georges Sadoul, et tant d’autres, le journal jadis comme vous communiste nous présente cette pantalonnade, ce navet intitulé la mort de Staline.

L’Humanité, toujours plus trotskiste, interdit toute publicité à des livres sur Staline, ceux qui permettraient d’ouvrir un véritable débat sur le bilan de l’URSS qui ne se résume pas au seul stalinisme malgré ce qu’en pense Pierre Laurent, l’ineffable secrétaire du PCF pour qui l’URSS est une bonne idée mais qui a foiré à partir de Staline… Ce qui par parenthèse ne la victoire sur le nazisme et le rapports des forces qui a permis les décolonisations, nos conquêtes sociales aujourd’hui gravement remise en cause. Donc le journal l’humanité étouffe tout bilan, tout débat, mais va faire la fête autour du stupide »la mort de Staline »… Tout ça parce que les Russes n’en ont pas autorisé la diffusion en Russie, alors l’humanité se fait un devoir de surenchérir autour de ce navet…

En attendant, à l’inverse de Cause commune qui a daigné faire un compte-rendu intelligent de notre livre montrant qu’il appelait au débat nécessaire, l’Humanité , ce journal jadis communiste organise la censure sur tous les travaux autour du stalinisme, interdit le débat sous prétexte d’amour de la démocratie… A vomir et bien digne d’un Patrick Le hyarec qui a organisé la promotion des bonnes œuvres de Robert Ménard contre CUba…

Et quand je dis trotskiste, bien sûr il n’est même pas question des troupes qui aujourd’hui tiennent dans une cabine téléphonique avec le sieur Besancenot et autre Filoche, voir les égarés du lambertisme avec Melenchon, mais bien de la tentatve de faire ressurgir les pires obsessions de ces diviseurs professsionnels, faute d’une social démocratie elle -même en crise.

le paradoxe est que je ne suis absolument pas « stalinienne », mais j’ai l’esprit critique et quand je vois les stupidités, le négationnisme historique qui est déployé pour des raisons idéologiques autour de ce personnage historique qui est mort il y a plus de 60 ans, cela me met hors de moi. Sentiment que j’éprouve dans bien des cas de manipulation historique (cela va de l’interprétation de Robespierre à l’apologie du féminisme de cette réactionnaire évaporée qu’est OLympe de Gouges, en passant par la résurrection actuelle de Proudhon). Je suis en général indignée par les falsifications historiques et peu à peu je découvre qu’elles ont toujours un sens, en finir avec l’hypothèse même de Révolution, nous infliger des « valeurs » libertaires qui en fait ont pour vocation de désarmer tout prolétariat.

Le fait que la fête de l’humanité organise une séance de cinéma autour de navet,indéfendable sur le plan historique et que soient interdits non seulement notre livre mais ceux de gens très compétents sur le sujet fait partie du crétinisme ambiant, de l’autodestruction du PCF, et je ne parle pas seulement du cas Staline mais de l’abrutissement intégral qui est organisé parmi les militants y compris avec l’invraisemblable politique des trois derniers secrétaires du PCF, l’antistalinisme étant un prétexte à l’autodestruction, ce suicide qui sera un jour étudié comme un cas d’école…

Danielle Bleitrach

 

Une journée « En guerre », VOUS et NOUS ?

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Hier une journée ordinaire essayée à tenter de comprendre mes contemporains. D’abord qu’est ce que le ramadan,est-ce aussi fatigant qu’on le dit? Je me réveille à 5 heures et je ne prend pas la moindre goutte d’eau, la moindre nourriture jusqu’à 12 h 30. Je suis en pleine forme et je descend à pied jusqu’aux réformés, toujours fascinée par ce boulevard de la Libération avec ses nombreuses friperies, ses magasins où l’on vend des choses que l’on ne trouve pas ailleurs, par exemple cette animalerie où pour le prix d’un bébé rat on en a un second. J’ai un hérissement de répugnance. Et une interrogation en passant devant le numéro 30, le portail brûlé, couvert de graffitis, et une cour pavée que je devine, me donne envie de le pousser pour retrouver ce lieu où toute petite j’ai dû partir avec mes parents parce qu’une main errante avait écrit: « Il y a des juifs cachés ici »… Il faudra qu’un jour je pousse ce portail.

Pour le moment je pense à a réunion de cellule de la veille, à la manière dont il m’a été reproché amicalement de dire VOUS et pas NOUS. Comme on m’a traité jadis de RACHA, le fils du repas du seder que l’éternel ne sauvera pas d’Egypte parce qu’il pose mal la question, il demande pourquoi VOUS avez été sauvé de l’esclavage. Sous entendu « pourquoi vous croyez à ces choses là? » et la réponse est : « toi tu ne seras pas sauvée puisque tu t’extrais de la communauté des croyants! »

J’ai dit VOUS parce que ma cellule, comme ma fédération des Bouches du Rhône, finit toujours par voter avec la direction. Et que moi je considère ne porter aucune responsabilité dans la destruction des cellules au Congrès de Martigues. Je n’ai aucune part dans la lâcheté mise par la direction à ne pas assumer notre histoire et celle de l’Union soviétique. Aucune responsabilité dans le choix de s’aligner à propos de cette histoire sur les trotskistes pour mieux reproduire les alliances avec une social démocratie que l’on ne peut que vomir, de Hollande à Benoit Hamon en passant par Faure, pas un poil de différence sur l’Europe et sur la vision internationale de Macron. je récuse  toute responsabilité dans la promotion de Melenchon et les querelles médiocres qui ne cessent d’émailler cette relation, etc… ET tout cela en occultant les questions internationales, de l’Europe à la Chine. J’aime beaucoup les membres de ma cellule, ce sont des êtres droits, humains, chaleureux, j’ai toujours apprécié la vie des cellules, vivante, amicales et je considère comme un privilège de pouvoir avoir encore une cellule, je le leur dois. Mais il n’empêche même si comme ils le disent ils sont à 90% d’accord avec moi, je sais qu’ils poursuivront sur leur ligne légitimiste et je n’ai pas envie de me disputer avec eux. Dois-je dire ma pensée jusqu’au bout,ils se sont mis dans cette mauvaise passe, qu’ils s’en sortent s’ils le peuvent. 

Mais il n’empêche qu’au-delà de ces bonnes raisons, il m’a toujours été difficile de dire NOUS, tant j’étais étonnée par les comportements que l’on croit humains et qui en sont souvent à un stade que Marx nomme animal. L’idée que la politique pourrait être ce dépassement vers l’émancipation et le constat que n’en remontent aujourd’hui que des puanteurs de charogne.

Peut-être est-ce cela la blessure dont on ne guérit jamais, celle dont parle Pierre Goldman. Je suis née juive en danger de mort. je n’avais pas l’âge de combattre, mais à peine née, j’eus l’âge de pouvoir périr dans les crématoires de Pologne, traquée par cet écriteau que l’on continue d’afficher sous moi au titre de tous les péchés d’Israël. Et je sais à quel point certains se foutent des Palestiniens, ignorent tout du monde arabe qu’ils prétendent soutenir, mais voudraient bien achever les boulot entamé par leurs parents collaborateurs ou qui auraient mérité l’être. Les Polonais sont devenus le symbole de cette traque et je ne supporte pas l’hypocrisie d’un Bruno Drewski et d’autres. Quand je vois un Bruno Guigue tout de même chassé par son emploi pour antisémitisme, ce qui n’est tout de même pas courant devenu le chantre exclusivement des Palestiniens à l’exclusion de tout autre cause, comme un Bricmont, je me dis que moi je ne peux une fois de plus que dire VOUS. VOUS à ces fanatiques qui tirent sur les habitants de Gaza qui sont rendus fous et n’ont plus que de l’eau croupie à boire. VOUS à ceux qui se réjouissent d’avoir une bonne raison de continuer à traquer les juifs, alors qu’ils sont nombreux à être dans le coup.

Ce NOUS impossible à propos du sionisme, je me souviens l’avoir dit à mon père. Je n’avais pas plus de 12 ans, je lui ai demandé: « Pourquoi aller là-bas dans ce petit coin de terre, nous enfermer alors que nous avons le monde à nous, que tous les frères de Grand père ont une nationalité différente et que Grand père lui même est Cubain? Mon père m’a répondu: « nous devons être comme les autres, y compris avoir nos fascistes! » Moi je refusais d’être « comme les autres ». J’ai retrouvé quelque chose de ce refus quand Fernandez a dit ses regrets de voir l’homosexualité considéré comme la norme. Il désignait quelque chose que je connaissais bien, le fait de devenir la norme rendait plus violentes les haines ordinaires et n’invitait pas à s’interroger sur son irréductible étrangeté et sur la nécessité que la tolérance soit celle d’une élite alors que la masse est contrainte de plus en plus aux drames quotidiens et à sa recherche de boucs émissaires. Accepter l’étrangeté comme un moyen de dépassement vers l’internationalisme à partir du refus d’être limité à une seule dimension de soi.

Le sionisme est une erreur tragique: devenir comme les autres est une hérésie quelle que soit ce qu’on vous reproche et cela me condamne à dire VOUS au lieu de NOUS. En attendant cela a permis un vrai débat au sein de la cellule, sur ce qu’on peut attendre du Congrès.

Je m’assied à la terrasse des danaïdes, et je note mes réflexions sur un petit cahier Moleskine. Le garçon se penche et s’exclame « Comme vous avez une belle écriture? » Je hoche la tête et je lui dis c’est comme le prénom Danielle, malheureusement cette écriture va avec le physique. Un jour il en sera ainsi des Kevin, c’est l’art de dater que d’être trop à la mode! » il est midi trente, le marche aux fleurs de termine, les pivoines flétris sont répandues autour de moi comme pour mon catalfaque. 80 ans, combien de jours d’années encore à vivre, moi qui aime chaque instant de cette vie qui fut si belle? Et je décide de rompre le jeune en me disant qu’il n’est pas malin à mon âge de jouer avec ses reins en ne buvant pas.

Après je vais voir le film aux Variétés En guerre.

Godard a dit quelque chose d’essentiel, le cinéma c’est l’art de montrer les faits, ceux que l’on voit et ceux qui ne sont pas accomplis et qui pèsent. Oui mais voilà la caméra débute par ce que l’on voit en boucle sur BMTV et tout de suite après d’autres faits qui ne sont jamais montrés, les conditions réelles de la guerre entre classe, celle qui fait le plus de morts au quotidien.

Vincent Lindon est le seul acteur professionnel et il introduit par sa performance l’essentiel « le mentir vrai ». Quand Brecht et Lang prétendent ensemble montrer l’assassinat de Heydrich, le nazi de la solution finale, ils inventen une fiction. Là dessus, ils sont totalement d’accord, il faut une fiction, une fable pour dire ce qu’est le nazisme, à savoir le capitalisme, mais aussi le mal pour Lang. Seule la fiction parle haut et dit l’essentiel. Lindon assume ce poids des sentiments, des contradictions de l’être humain pour donner sa vérité à la lutte des classes. Comment la loi d’airain de la rentabilité capitaliste au seul profit des actionnaires est devenu le Moloch que décrit Lang dans Metropolis, celui dans les flancs brulant duquel on jette les individus. La rencontre entre de véritables allégories du capital. Les cadres disent à la fois qu’il sont eux aussi des salariés, NOUS sommes comme VOUS proclament-ils. ET dans le même temps, ils énoncent la LOI, celle de la concurrence internationales pour attirer les capitaux, le fatalisme des chiffres et du marché auquel il serait vain de prétendre se souscrire. Les Ouvriers qui crient qu’ils s’en foutent et qu’eux ils veulent savoir comment répondre aux besoins élmentaires du prolétaire pour lui et ses enfants, habiter, se nourrir. Ils ne veulent pas d’argent, ils veulent un travail qui assure la vie.

Le prolétaire, dit aussi NOUS. Et quand on a réussi à diviser ce NOUS, l’affaire est bouclée, ils ont perdu. ET face à l’enfant qui vient de naître, face à ce collectif qui a cru en lui, il ne reste plus au héros qu’à se suicider en devenant un brasier devant le siège du patron qui a obten la fermeture de l’Usine en jouant sur les nerfs et la souffrance des ouvriers. Vincent Lindon est non seulement le seul acteur professionnel mais celui qui échappe à ce terrible face à face de la guerre, divorcé, seul, devenu grand père. Une lutte devenue sens de sa vie, une sorte de luxe moral qu’il pousse jusqu’au bout c’est-à-dire jusqu’à la politique, la nécessité de changer ce système, alors que d’autres sont condamnés à l’immédiateté de la survie et le lui disent avec colère.

Nous sommes peu nombreux dans la salle et il n’y a pas le débat pourtant nécessaire après, celui qui rendrait tout son sens au film en proclamant le NOUS de ceux qui veulent changer le monde.

En sortant je suis prise dans le tourment de transports collectifs bloqués parce qu’il y a eu un attentat à la bombe à la gare saint Charles, une station de métro. Au vu de la foule marseillaise qui se presse vers les tramways, je me dis qu’un attentat ici ce serait comme  un attentat à Bagdad. Nous discutons de tout et de rien, je leur parle du film « En guerre »…

En rentrant je fais tomber mon portable dans l’évier. Me voici isolée jusqu’à l’achat d’un autre. L’illustration, la sanction divine pour avoir osé le défier? Nous sommes toujours devant le même problème, celui de la totale hétérogénéité entre la créature et le créateur même à supposer qu’il existe et donc la vanité de toute prière et la conscience de l’imbécillité qu’il y a à supposer une quelconque communauté d’intérêt entre lui et NOUS. Pire encore, le supposer revanchard et tatillon au point de s’en prendre à mon portable. Il n’est pas le patron d’une multinationale  et de sa loi du marché.

Toute la soirée je poursuis une méditation sur la possibilité d’être et la blessure historique qui, à la différence de ces blessures de l’esprit qu’évoque la phénoménologie de Hegel, ne peut guérir. Peut-être est-ce un bien même si cela incite l’individu à se précipiter tête baissée en avant en ignorant les conséquences de son geste et le poids de l’histoire réelle que l’on découvre quand il est trop tard, mais sans regrets si ce n’est celui d’une fin que l’on ne peut partager.

Danielle Bleitrach

 

 
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Publié par le mai 20, 2018 dans CINEMA, mon journal