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Sortir l’Europe du ventre fécond des marchés : incontournable pour combattre le capitalisme mondialisé Editorial d’André Chassaigne

par  André Chassaignepopularité : 100%

L’éditorial de la revue « Economie et Politique » rédigé par André Chassaigne vient à point dans le débat du 38ème congrès, et aidera les communistes à s’approprier le « Manifeste pour un parti communiste du 21ème siècle » qu’ils viennent de choisir comme base commune, « Manifeste » dont André Chassaigne était un des porteurs les plus connus.

Car les débats du dernier conseil national ont montré que Pierre Laurent et quelques autres ne veulent pas entendre que le vote des communistes est le choix d’une réorientation politique ! Elle reste à construire avec le maximum de communistes pour un congrès vraiment extraordinaire, mais certains veulent revenir sur ce choix en disant que le « Manifeste » devenu base commune serait « vieux », « identitaire » et pire parce qu’il ouvre le débat sur l’Europe entre autres.

Les communistes mèneront le débat de leur congrès sans se laisser intimider par ces qualificatifs insultants ; et cet éditorial d’André Chassaigne donne des bases solides pour construire une position communiste sur l’Europe au service de la lutte contre le capital en France, en Europe et dans le monde.

Ce texte commence par l’internationalisme et se conclut sur l’affirmation qu’il faut abroger les traités européens, non pour un repli nationaliste, mais pour une autre coopération en Europe et dans le monde… Il est important pour unir les communistes, enjeu souligné par le texte même du « Manifeste » évoquant les communistes qui cherchent comment « transformer radicalement l’Union européenne et ses traités ; agir pour une refondation de la construction européenne avec des propositions alternatives » et ceux qui affirment « le droit pour chaque nation de désobéir aux traités jusqu’à sortir de l’Union européenne si nécessaire pour respecter la souveraineté populaire ».

Et comme toujours, c’est dans l’action commune que les communistes dépassent les contradictions qui surgissent de la bataille politique. Le prochain congrès peut justement être « extraordinaire » en construisant une position communiste forte contre le piège macroniste de la fausse opposition entre progressiste proeuropéen et populiste nationaliste.

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Pour les internationalistes que nous sommes, la construction d’une coopération entre les peuples va de soi. Une coopération fondée sur un idéal de justice sociale, de paix partagée et de recherche du bien commun. Cet idéal est celui du mouvement ouvrier. Il est aussi celui de grands intellectuels et hommes politiques qui l’ont accompagné, à l’instar de Marx et Jaurès. Mais il est à l’opposé de ce qui est depuis 30 ans la colonne vertébrale de l’Union européenne (UE), à savoir la mise en œuvre active de toutes les exigences du capital financier et le déploiement de l’idéologie néolibérale.

De l’opposition à l’Acte unique européen de 1986, aux grandes batailles démocratiques contre le Traité de Maastricht de 1992, puis contre le Traité établissant une constitution pour l’Europe de 2005, les communistes ont sans aucun doute été les plus constants opposants à une construction européenne qui tournait le dos aux intérêts des peuples. Ils l’ont été en cherchant toujours à faire vivre une voie politique et sociale alternative, à l’opposé de réponses simplistes et populistes. Aujourd’hui, la dictature du marché, défendue sans relâche par les libéraux qui se sont succédés au pouvoir, n’a jamais autant produit de conséquences désastreuses sur la vie et la conscience des peuples européens comme sur ceux du Sud ou de l’Est. L’idéologie des vertus innées des marchés et des effets inclusifs supposés de la concurrence libre et non-faussée, recouvre une dictature féroce du capital et de son bras armé, les marchés financiers. Dans les faits, c’est la course au moins-disant salarial, social, fiscal et écologique au sein même du cadre communautaire. Pris en défaut par la réalité économique et sociale du modèle politique qu’ils défendent, pris en flagrant délit de montée des nationalismes et de la xénophobie au sein même de l’Union européenne, les serviteurs politiques des forces d’argent, comme Emmanuel Macron, n’ont d’autre choix que de parer leur européisme de la toge de « progressistes », opposants aux replis nationalistes, pour tenter de prolonger la mise en œuvre de la doxa néo-libérale dont ils sont les dévots.

Cette tentative entend imposer aux autres forces politiques un cadre déterminé et binaire pour le débat politique européen qui s’ouvre jusqu’aux prochaines élections de mai 2019 : « plus ou moins d’Europe » sans parler contenu, pouvoirs, institutions.

Quelle tromperie ! La fuite en avant dans le fédéralisme, tout autant que le repli nationaliste, entretiennent la domination du capital et s’opposent à la coopération entre peuples et nations librement associées que notre époque exigerait pourtant. Cette opération peut tétaniser les vrais progressistes refusant cette UE tout autant que les égoïsmes nationaux. Il faut la déjouer, car elle cible l’ensemble du mouvement social et progressiste européen, et plus particulièrement les communistes que nous sommes, porteurs d’une construction politique alternative permettant de contester efficacement l’hégémonie du capitalisme financier mondialisé.

Plus que jamais, il nous appartient donc de démontrer que nous ne plongerons pas dans le piège qui nous est tendu. Ne cédons pas à la tentation de replis dans le combat d’idées, quel que soit le confort politique qu’ils puissent procurer. Repli sur un combat politique « nationalisé » sur des bases populistes, sous-entendant qu’il suffirait de régler les choses « entre nous » avec « notre » patronat français, ou repli autour d’une perspective européenne fantasmée, les deux occultent d’un revers de main tout projet émancipateur européen et son adversaire : la domination du capital.

Aussi, je crois que nous devons répondre par la force de l’intelligence collective aux côtés de toutes celles et tous ceux qui luttent déjà, en s’appuyant sur leurs combats et en rassemblant leurs volontés de changer les choses au niveau européen. Pour une véritable mutualisation européenne, visant la promotion de l’emploi, des capacités humaines et des biens communs et non pour viser « la concurrence libre et non faussée ». Bref une toute autre mondialisation.

Car le plus grave risque est de déboucher demain sur une Europe néolibérale sans vision autre que les calculs égoïstes de taux de profit, une Europe tancée et corsetée en permanence par des gouvernements nationalistes et leurs appuis au sein des institutions européennes, une Europe qui dresse des murs entre tous les peuples tout en restant une vaste zone de circulation du capital et de concurrence anti-sociale, appuyant de fait le dollar US, une zone d’aspiration de dividendes captés en Europe ou dans des pays dominés.

Soyons exigeants dans la construction d’une vision progressiste de l’Europe. Mettons dans le débat public de véritables propositions d’action.

Pour cela, il nous faut mettre au cœur de la bataille idéologique les points d’affrontement les plus saillants avec l’Europe du capital.Car sous les « marchés » il y a le capital : dénoncer non pas le niveau des dettes mais leurs conditions anti-sociales illégitimes et le poids des intérêts qui vampirisent les peuples ; les méfaits de la compétition fiscale et sociale au sein de l’Union Européenne ; le contresens économique d’une Banque Centrale Européenne (BCE) au service du capital financier, celui des banques et des multinationales ; une course aux délocalisations et exportations de capitaux, à l’évasion fiscale qui empêche toute coopération ; une Europe des monopoles sur l’utilisation de l’argent et sur les données ; le chômage de masse, la précarité, le creusement des inégalités sociales et territoriales ; l’accélération des impacts écologiques du capitalisme financier ; l’alignement sur la politique militaire de l’OTAN… Levons le voile sur cette supposée toute-puissance des « marchés » et le manque de leviers disponibles. Qui peut croire à la fable de l’impuissance quand 14.600 milliards d’euros de richesses ont été produites l’an dernier, faisant de l’UE la seconde zone économique mondiale. C’est le fruit de l’activité des travailleurs et des créateurs d’Europe, dans les services publics comme dans les entreprises. Il faut admettre que c’est à eux, comme à celles et ceux qui y vivent, et non aux marchés, de décider quelles richesses produire, avec quelles techniques, et quels financements. Révolutionnaire !

Première priorité : porter la perspective d’un développement des services publics à la hauteur des défis de notre siècle dans tous les pays d’Europe. Cette nécessité pose inévitablement deux questions : celle des ressources nouvelles à affecter et permettant d’ouvrir la porte de nouvelles dépenses financées en coopération ; celle de la nature et des objectifs de ces nouvelles dépenses.

Commençons par le scandale absolu que représentent les milliards d’euros déversés à des taux nuls, voire négatifs, par la BCE ― institution publique ― sur les marchés financiers pour être accaparés par les grandes banques et les multinationales, qui les utilisent pour spéculer, délocaliser, racheter des entreprises en supprimant des emplois, ou… pour écraser les États en les leur reprêtant plus cher. La raison en est que la BCE les accorde sans contrepartie ni fléchage sérieux sur ce qu’elles en font. Et le résultat est là : les effets de l’action de la BCE sur l’économie réelle sont quasi-invisibles, sauf pour les détenteurs d’actifs qui voient la valeur de leurs portefeuilles grimper en flèche, aggravant encore les inégalités. Être innovant et audacieux sur le plan européen, ce n’est pas faire abstraction de ce problème de fond.
- C’est proposer que les 700 milliards de crédits bancaires refinancés par la BCE aillent à des investissements répondant à des critères précis en matière économique (création de valeur ajoutée dans les territoires), sociale (sécurisation des emplois et des revenus, formation) et environnementale (réduction des émissions de gaz à effet de serre, des pollutions et des atteintes à la biodiversité).
- C’est appeler à la lutte pour créer une nouvelle institution, un Fonds européen pour le développement solidaire des services publics, afin que les 2.600 milliards déversés par la même BCE sur les marchés financiers sous forme d’achats de titres servent à financer des projets démocratiquement élaborés dans chaque pays membre, avec le soutien de la population, en faveur du développement des services publics : enseignement, formation, recherche, santé, transports, énergie, environnement, culture…
- Hors zone euro, il faut un mécanisme similaire pour appuyer l’élévation du niveau de protection sociale dans l’Europe de l’Est afin de calmer le jeu de la concurrence au moins-disant social.

C’est clairement une politique de rupture.

Deuxième priorité : ce Fonds européen, comme les budgets nationaux, devrait être renforcé par une lutte sérieuse contre l’évasion fiscale et une taxe sur les transactions financières conséquente. La fraude fiscale concerne les plus riches européens, actionnaires des grands groupes et héritiers des grandes familles, qui spolient les budgets publics de 510 millions d’Européens. Ce trou noir fiscal représente chaque année 1.000 milliards d’euros de recettes soustraites au bien public dans l’Europe des 28 ! C’est plus, en une seule année, que la totalité du budget actuel de l’Union sur six ans ! Poussons avec détermination la construction d’un programme d’harmonisation fiscale vers le haut et d’une vraie force européenne d’intervention contre l’évasion fiscale à l’appui de services fiscaux nationaux renforcés. Faisons sauter les verrous comme celui de Bercy, maintenu en l’état malgré les effets de manche. Que l’Europe prenne l’initiative d’une COP fiscale mondiale, associant très largement les citoyens, les syndicats, les ONG, les États. Portons ainsi jusqu’au bout une ambition fiscale fidèle aux valeurs de progrès européennes et de coopération entre les peuples.

Fonds européen, autre refinancement des banques, sérieuse lutte anti évasion fiscale et harmonisation vers le haut, permettraient ainsi d’orienter nos investissements d’avenir. Mais avec une ambition forte, dans la clarté, brisant le marbre du dogme néolibéral de l’austérité et de la rentabilité financière par une stratégie économique, sociale et écologique portée dans la durée. C’est la bataille politique autour de cette ambition qui rendra possible une remise en cause du Pacte de stabilité et son remplacement par de nouveaux traités de coopération.

Troisième priorité : répondre au défi du réchauffement climatique par une « Politique de l’Energie Commune » qui soit puissamment contributrice à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. La maison brûle, mais les néolibéraux pointent encore et toujours le doigt vers les vertus du marché. L’énergie, à la base de toute activité et de toute perspective de développement humain durable, doit être définie comme un « bien commun » au niveau européen et être dégagée des logiques de rentabilité et de concurrence promues actuellement. Il s’agit de marcher sur deux jambes : un financement dégagé des marchés financiers avec leur dogme de rentabilité, des règles de coopération territoriale, sociale et écologique s’opposant au dogme de la concurrence. Les contraintes actuelles de la concurrence amplifient en effet les déséquilibres au sein de l’UE comme la précarité et les inégalités d’accès à ce besoin fondamental. Cette « Politique de l’Energie Commune » nécessite à la fois un grand plan européen d’investissement matériel, de recherche, d’embauches et de formation, en faveur de la transition énergétique et le déploiement d’infrastructures communes, notamment en matière de transport (électrique, ferroviaire…). Elle exige une mise en réseau publique européenne des acteurs de l’énergie, au sein d’un pôle public démocratique, permettant la coopération depuis la production jusqu’à la distribution, indispensable aussi pour maîtriser la demande d’énergie et être en capacité de répondre aux objectifs de réduction drastique des émissions de CO2, sinon ils ne seront jamais atteints. Seule cette politique coordonnée et solidaire sera en capacité de convaincre tous les pays de renoncer à court terme aux énergies carbonées.

Quatrième priorité : les droits des salariés. Pas seulement le droit du travail qui doit être protecteur, les salaires qui doivent être tirés vers le haut et encadrés par un salaire minimum calculé dans chaque pays de l’UE. Mais aussi de tout autres droits d’information, d’intervention et de décision des travailleurs comme des citoyens sur les décisions des entreprises de taille européenne ou mondiale.

Autre priorité enfin, à laquelle je suis très attaché, trop souvent occultée. Le volet agricole et alimentaire. Il nous faut porter la perspective d’une transformation de la PAC en Politique Agricole et Alimentaire Commune (PAAC). Ne laissons pas filer entre nos doigts la seule politique européenne coordonnée, progressivement défaite par le fanatisme de marché. Replaçons la « souveraineté alimentaire » et la « transition écologique de l’agriculture » au cœur de cette politique. Pour cela, la rupture avec tous les accords de libre-échange ratifiés ou en cours de négociation est indispensable. Mais cela ne suffit pas. La refondation d’une PAAC doit s’appuyer sur des mesures structurelles avec une garantie des prix d’achat et de revenus pour les actifs agricoles, et une stratégie assumée de montée en gamme de toutes nos productions européennes, qui s’appuie notamment sur le développement de l’ensemble de nos productions sous signes officiels de qualité et d’origine. Voilà des bases solides pour garantir à la fois la qualité de l’alimentation de 510 millions d’Européens et changer globalement et efficacement nos pratiques culturales et modes de production.

Plus généralement, on le voit, il faut de toutes autres relations économiques de l’Europe avec le reste du monde : une politique de co-développement, de paix, d’accueil. Cela appelle deux priorités : de nouveaux traités instaurant une maîtrise des investissements et du commerce à la place des accords actuels à abroger, et une monnaie commune mondiale alternative à l’impérialisme du dollar, en agissant pour transformer les institutions internationales (OMC, FMI…) et pour de nouvelles relations avec les BRICS et les pays du Sud.

Je mesure certes les difficultés de notre tâche dans cette bataille idéologique de grande ampleur. Mais l’enjeu est énorme. Pas seulement dans la perspective des prochaines élections européennes, mais aussi parce que c’est l’avenir des peuples européens qui est en jeu. C’est aussi, plus largement, l’avenir de la vie sur notre planète, livrée aux prédateurs sans scrupules, qu’ils soient les agents du capitalisme mondialisé ou des aventuriers de la politique.

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Quand Marseille brade la mémoire de ses communards pour gentrifier

 
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Publié par le octobre 18, 2018 dans HISTOIRE, Marseille

 

Le Che et l’économie mondiale par Rémy Herrera

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La Plaine : une « zone à défendre » au coeur de Marseille résiste à la mairie et aux promoteurs immobiliers

PAR CHRISTOPHE GOBYÉMILIEN BERNARD

Sous prétexte de « rénovation », la mairie de Marseille a lancé tronçonneuses et engins de chantier, escortés des forces de l’ordre, à l’assaut de La Plaine. Objectif : transformer ce quartier au coeur de de la cité, qui accueille pourtant un marché populaire, des espaces de jeux et de sortie prisés des habitants, toutes classes sociales et générations confondues, en zone « attractive ». Comprenez : sans ses habitants pauvres et son ambiance un peu trop « populo ». Mais la municipalité est tombée sur un os : la résistance des habitants organisés en assemblée populaire. Récit de la naissance de cette « zone à défendre » urbaine.

« Touchez pas à la Plaine ! » entend-on depuis une semaine, la plupart du temps dans un brouillard de lacrymogène, dans le centre de Marseille. La Plaine, c’est un quartier symbole d’une certaine résilience marseillaise à l’aménagement bureaucratique et anti-pauvre. Trois fois par semaine, la place Jean-Jaurès, dite La Plaine, située en plein centre-ville, accueillait un marché qui attirait des gens de toute la cité phocéenne. Le reste du temps, la longue place se faisait espace de rencontres, de discussions, de pétanque, pour tous : familles, badauds, amoureux des arbres, fêtards s’y croisaient, généralement en bonne intelligence, réjouissant mélange des genres. Mais depuis le 11 octobre, le paysage a changé : dehors le marché et ses forains, exit les familles en vadrouille et les enfants jouant au foot, place à un chantier appelé à durer au moins deux ans et demi. Plots de bétons, palissades, tronçonnage des arbres ont banni les cagettes et les jeux.

Aux manettes, une équipe municipale décidée à réaliser au forceps leur idée du Grand Marseille, de laquelle les populations les plus pauvres sont exclues. L’objectif est simple, plusieurs fois claironnée : la « montée en gamme ». Le projet veut, comme le vantait la ville dans un document pour la concertation publique organisée en 2011, « créer des surfaces de commerce, d’activité et de services pour renforcer l’attractivité économique et touristique » de la cité phocéenne, « restaurer la chalandise dans un centre-ville apaisé, animé et convivial », et vise pour les espaces publics une « meilleure gestion » dans le sens de « maintenance, propreté, sécurité ». Cet aménagement du centre-ville a toutes les chances d’éloigner les populations pauvres pour leur substituer des portefeuilles mieux garnis, qu’il s’agisse de cadres sup’ ou de touristes. La Plaine, avec son ancrage populaire, devait donc tomber. Mais depuis que les travaux ont commencé, la grogne ne cesse de monter. La détermination des opposants s’élargit au quartier entier.

Des barricades de fortune pour empêcher l’avancée des travaux

Jeudi 11 octobre, dès la fin du dernier marché, les opposants bloquent le camion qui transporte les plots en béton censés inaugurer les travaux. Un homme se hisse sur le véhicule et brandit un drapeau en soutien à la Plaine. La police le maitrise, direction garde à vue. Il est inculpé pour rébellion parce qu’il s’est agrippé au camion. Pendant toute l’après-midi, chaque mètre carré est difficilement gagné par les forces de l’ordre, malgré leur équipement de pointe, leur appétence pour le gazage dans les yeux et leur nombre impressionnant. À chaque entrée de la place, des barricades de fortune sont érigées pour empêcher l’avancée des travaux. Jeunes et vieux opposent leurs chants à cette violence. À 18h, le travail patiemment réalisé par les terrassiers et leur escorte policière se conclut par… un réinvestissement populaire de la place. En un jeu de tir à la corde, une cinquantaine de personnes déplace en moins d’une heure les énormes plots : la Place est libérée.

Lors de l’assemblée du quartier qui se tient le soir-même, Anouk, enseignante, réclame l’utilisation de l’argent des travaux pour la réfection des écoles de la ville (lire notre enquête : Plus de 30 écoles offertes aux géants du BTP : le plan à un milliard d’euros de la mairie de Marseille). Chacun exprime sa colère et sa consternation face au déploiement policier. Deux enfants de six ans prennent le micro pour annoncer qu’ils comptent bien défendre le quartier : « On a fait une cabane dans les arbres et on lancera des cailloux sur les policiers. » Quand à Carmen, dix ans, née sur la place, elle pleure devant le spectacle du siège policier.

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Gazage du cortège, poussettes et grand-mères comprises

Samedi 13 octobre, un millier de manifestants partent en cortège contre le projet de la ville pour La place de La Plaine. Ils chantent « Touchez pas à la Plaine », l’hymne de l’opposition au projet de la mairie et de la Soleam, la Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine, une société publique locale. Composé par le musicien Manu Théron et popularisé par la chorale militante La Lutte Enchantée, ce tube local n’y va pas par quatre chemin, prophétisant une victoire finale contre les bulldozers : « Le peuple ici a toujours la peau dure / Non jamais vous ne nous ferez plier. »

Joyeuse et déterminée, la manifestation sillonne les points chauds : la Canebière, le commissariat de Noailles où la foule réclame la libération de cinq personnes alors en garde à vue, passe par la rue de la République, soumise il y a quelques années à des expulsions en masse et, évidemment, le siège de la Soleam, légèrement bousculé. Rue Adolphe-Thiers, un esclandre provoque le gazage du cortège, poussettes et grand-mères comprises.

Ici comme ailleurs, la ville est la proie des investisseurs immobiliers et de plans urbanistiques

Quand l’on revient sur La Plaine, le dépôt des plots a repris sous escorte policière. Devant les rangées de CRS, les habitants continuent à chanter. Cette fois, on entend « Les Penn’ sardines », une chanson sur les sardinières de Douarnenez qui ont gagné par la grève de meilleures conditions de travail. C’est alors qu’un volley s’improvise devant le cordon policier. La bonne humeur des « plainards » fait un temps redescendre la pression. Des policiers armés continuent à filtrer les rues.

Il y a eu Euromediterranée, gigantesque projet qui a quasiment détruit les quartiers de la Joliette et du Canet, celui du quartier du Rouet qui n’en finit plus de mourir sous les immeubles de dix étages qui emprisonnent les petites maisons, ou la muséification du quartier du Panier. Ici comme ailleurs, la ville est la proie des investisseurs immobiliers et de plans urbanistiques sans considérations pour les habitants. Membre de la très active Assemblée de la Plaine, Bruno insiste : « C’est un projet de requalification, pas de rénovation. »

Un contre-projet bien moins cher, rationnel, fédérateur

Car la rénovation, tout le monde est pour, sachant que La Plaine est depuis longtemps sciemment laissée à l’abandon par la municipalité. Les gens se foulent les chevilles, les cyclistes tombent dans les trous, les réverbères ne fonctionnent pas… Les opposants au chantier proposent depuis des mois un contre-projet bien moins cher, rationnel, fédérateur. Ils ont travaillé sur l’aspect légal, ont tout tenté, allant jusqu’à sortir un journal à 10 000 exemplaires, Le Journal de la Plaine. Comme tout le monde, ils veulent aussi garder les 80 arbres qui égayaient le lieu, dont l’abattage a finalement commencé mardi 16 octobre.

Habitante du quartier, Gabrielle n’est venue à la lutte que depuis quelques jours : « Ce n’était plus possible de rester à la maison. Il est temps de résister, de mener une lutte contre la gentrification. La Plaine est un symbole, une imagination, une convivialité, basée sur une diversité humaine. » Et Michel de renchérir : « Je n’aime ni le fond ni la forme du projet. Requalifier, c’est chasser les pauvres. » Depuis une semaine, la Plaine résiste à cette gentrification qui prive de marché toute la ville, va laisser les enfants sans aire de jeux pendant des années et faire dépérir les commerçants.

Lundi 15 octobre, sous la pluie, les premières palissades sont détruites. Le lendemain matin des opposants font reculer le prestataire en charge des palissades alors qu’une vingtaine d’arbres sont abattus. Au moins dix personnes réussissent à monter sur des arbres pour tenter de les protéger et trois personnes sont interpellées. Un appel à une manifestation nationale « pour des villes vivantes et populaires » est lancé pour ce samedi 20 octobre. Le mot d’ordre ? « Appel à la tempête ». Comme les paroles de « Touchez pas à la Plaine » : « Bulldozers, architectes de mafia, ce quartier ne vous regarde pas ! »

Émilien Bernard et Christophe Goby

Photos : © Patxi Beltaiz

 
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Publié par le octobre 17, 2018 dans Marseille

 

j’ai fait un rêve modeste et fou dans lequel les êtres humains et les arbres pourraient pousser en paix…

L’image contient peut-être : arbre, plein air et nature

A Marseille, dans le quartier de mon enfance, la Plaine, on abat des arbres magnifiques, des tilleuls, personne ne sait ce qui se fait là, au profit de qui? La société chargée des travaux à un coût exorbitant refuse de répondre aux habitants. Hier ils étaient sous une pluie battante en train de tenter de s’opposer aux tronçonneuses… Les forains ont été chassés… L’autre soir dans le réunion de section, nous avons parlé de ça dans le cadre de la préparation du Congrès… Nous avons tant à faire et ce monde est fou, malade du profit. De ça et de la jeune femme qui n’a plus sa place dans l’EHPAD depuis qu’elle a témoigné de la maltraitance. Elle a vu Ian brossat. Elle est dans notre quartier. Que de temps perdu alors qu’il y a tant à faire, sans parler de nos quartiers nord rongés par la misère, les plafonds des écoles qui tombent, des enfants exclus du droit à apprendre, une jeunesse que l’on condamne, des arbres que l’on abat…

Comment vous expliquer ce que sont ces arbres pour moi…

Enfant j’habitais rue Abbé Faria et j’allais à l’école à la rue de Lodi… J’avais une accompagnatrice, une petite vieille minuscule, je commençais à la dépasser malgré mes huit ans et je voulais aller seule à l’école en protestant « Elle est plus petite que moi »… Ma mère avait pour moi des rêves d’élégance et elle me coiffait d’un chapeau en feutre , « un Deana Durbin », elle me faisait enfiler un manteau bleu marine que je m’obstinais à porter renvoyé en arrière et des gants blancs que je perdais donc elle me les cousait aux manches et je les rongeais, j’en faisais des mitaines. Je ressemblais à Shirley temple, mais ma mère prétendait qu’en fait j’avais l’allure d’un curé de campagne…. Mais revenons-en la plaine… En fait c’est un plateau, au sommet d’une colline marseillaise, deux ou trois fois par semaine, il s’y tient un marché et l’après-midi « de mon temps », on louait des vélos pour faire les fous dans les allées. Il y a tout autour des commerces, de bouche en général, c’était le « ventre » de Marseille. Dans un immeuble, j’allais à cette époque prendre des leçons de piano, avec une vieille fille qui s’obstinait à me faire jouer « plaisir d’amour ne dure qu’une moment, chagrin d’amour dure toute la vie »et je devais chanter avec elle qui chevrotait mais chantait juste alors que moi je beuglais d’une voixc irrémédiablement fausse. Elle s’appelait mademoiselle Isnard et elle avait perdu son fiancé à la guerre de 1914-18, d’où la  chanson…

J’étais fascinée par les forains, les camelots qui vendaient des engins bizarres destinés à favoriser le travail de la ménagère, des produits d’entretien. Un jour l’un d’entre eux avisant mes chaussures blanches m’avait fait approcher et m’avait nettoyé le pied droit et laissé l’autre en état, tout en m’exhibant au public: regardez la différence, montre tes chaussures petite! » ma mère avait peu apprécié parce que j’avais peu de temps pour déjeuner à midi. Comme elle s’était désespérée que j’échange ma chaîne en or et sa médaille contre un porte plume où l’on voyait dans un oeillet la vierge de la garde. mais rien n’y faisait badaud, j’étais, badaud je reste et prête à me laisser fasciner par n’importe quelle saloperie pourvu qu’elle ouvre des horizons sur un ailleurs…  Puis il faisait si bon dans ces allées sous les grands arbres, des micocouliers, des tilleuls et des magnolias, le vrai luxe provençal: de l’ombre et un verre d’eau fraiche, des senteurs… A propos de fragances, comment vous dire à quel point j’étais gournmande mais là encore je lâchais la proie pour l’ombre… Ma mère n’a cessé de me décrire ce repas de midi qui refroidissait sur la table en m’attendant, l’inquiétude qui montait, une heure était passée et je n’étais toujours pas là… Elle a couru à ma rencontre le coeur battant et elle m’a retrouvée le nez collé sur une devanture de patisserie d’où s’échappaient des odeurs savoureuses, chaudes. Elle prétendait que j’avais une concinelle sur l’épaule et qu’un papillon valetait autour de moi…

Les arbres que l’on coupe c’est toute une enfance et pas seulement la mienne, celle de tous ces gens qui hier sont venu sous la pluie tenter d’empêcher les tronçonneuses… ce n’est pas grand chose par rapport aux malheurs du monde, à tout ce que cette malheureuse ville subit, à ce qui se passe dans les quartiers, à ces pauvres vieux qui ne sortent plus de chez eux… Ils ont si peu de colère… disait Aragon… mais jusqu’à quand ça va durer ? Cette arogance des copains et des copains, ce refus de s’expliquer?

J’ai fait une rêve modeste et fou pas politique du tout, mais dans le fond est-ce que j’ai jamais compris quelque chose à la politique? Je voudrais un Parti Communiste en état de marche ayant une démarche stratégique offensive qui n’en fasse plus le supplétif de tous les aventuriers à la recherche de glorification personnelle… Non je veux des objectifs clairs, des buts, des dirigeants en qui avoir confiance ne serait pour pouvoir de temps en temps m’occuper d’autre chose, une bonne organisation qui nous rende efficace… je ne demande pas à ce que l’on partage toutes mes visions, mes sensibilités, mes errances sur la planète, ce que je veux c’est avoir confiance et je n’ai plus confiance.

Pour le reste, il faut se faire une raison il y a des choses que je perçois en général c’est ce qui nécessite une longue vue, un téléscope, mais pour le concret, les petites manoeuvres, je suis inapte, j’ai le nez collé sur la vitreine de la patisserie, j’échange mon collier d’or contre de la verroterie… Je suis incapable de voir ce qui se passe dans un petit collectif et je me fait rouler dans la farine par n’importe qui. Comme me disait mon cher compagnon pascal Fieschi: « Tu as de la chance d’avoir l’air impériale, parce que s’ils te connaissaient il feraient de la charpie de toi! »Ils ont fait effectivement de la charpie de moi… mais rien ne me décourage, l’injustice m’est insupportable… Je ne demande ni gloire, ni pouvoir, ni responsabilité, non simplement que nous soyons ensemble pour mener de justes combats, des gens prêts à rendre ce monde un peu plus supportable…

danielle Bleitrach

 
3 Commentaires

Publié par le octobre 17, 2018 dans mon journal

 

« Fidélité aux principes. » Article de Dmitri Novikov dans  » Russie soviétique » sur le renforcement des fondements idéologiques du parti communiste chinois

16-10-2018

Novikov Dmitri Gueorguievitch, vice-président du comité central du parti communiste russe

https://kprf.ru/international/new-world/179688.html

 

Face à la pression croissante des États-Unis, le Parti communiste chinois accorde une attention accrue à l’état idéologique, moral et psychologique de la société. La Conférence nationale sur la propagande et le travail idéologique était consacrée à cette question.

 

La direction du pays et le parti ont réaffirmé leur attachement au marxisme et ont souligné la nécessité d’intensifier le travail avec les masses.

 

L’axe central des relations internationales est la confrontation entre les États-Unis et la Chine. Les événements les plus importants qui se déroulent non seulement dans la région Asie-Pacifique, mais également en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient, etc., sont, à un degré ou à un autre, liés à l’approfondissement des contradictions russo-américaines.

 

Il ne fait aucun doute que cette tendance se poursuivra au cours des prochaines années, voire des prochaines décennies. La principale raison est le refus des États-Unis à perdre leur statut d’unique superpuissance qu’ils ont acquis après l’effondrement de l’Union soviétique. L’État qui lance un défi à l’hégémonie mondiale politique, économique et culturo-idéologique américaine est désormais la Chine.

 

Au cours des réformes, qui atteignent cette année l’âge de 40 ans, le pays s’est placé en tête pour un certain nombre d’indicateurs économiques et technologiques. La Chine d’aujourd’hui est une immense puissance industrielle et commerciale. Cependant ce n’est pas tant cela qui suscite la crainte des dirigeants américains et du capital américain mais plutôt deux tendances qui se sont dégagées après l’arrivée au pouvoir du président en exercice de la République populaire de Chine, Xi Jinping.

 

Premièrement, Pékin s’est fixé pour tâche le développement prioritaire des technologies de pointe. Dans les années à venir, les secteurs traditionnels de l’économie – la métallurgie, la production de matériaux de construction et d’autres industries à forte intensité de main-d’œuvre et à forte intensité énergétique devraient céder le pas aux industries de haute technologie de pointe – microélectronique, construction aéronautique et navale, industrie spatiale, biotechnologie, etc. Le programme «Made in China – 2025» s’appuie sur ces domaines.

 

Deuxièmement, la Chine entre de plus en plus avec confiance sur la scène mondiale. La stratégie «Une ceinture – Une route» et le concept de «Communauté de destin unique pour l’humanité» jettent une base fondamentalement nouvelle pour l’ordre mondial. Contrairement à la mondialisation libérale, qui bénéficie au «milliard privilégié», elle repose sur des intérêts et une prospérité réciproques. La République populaire de Chine lance des projets d’infrastructure et industriels conjoints avec des dizaines de pays à travers le monde, sans revendiquer un rôle dominant. Lors du 19ème congrès du Parti communiste chinois, Xi Jinping a souligné: «Quel que soit le niveau de développement que la Chine puisse avoir, elle ne prétendra jamais être un hégémon, ne poursuivra jamais une politique d’expansion … La Chine continuera à défendre activement l’égalité et la justice dans les relations internationales, à promouvoir la résolution de tous les problèmes du monde par le biais de consultations entre les peuples des différents pays.  »

 

S’appuyant sur une planification tactique et stratégique, la direction de la République populaire de Chine voit clairement les objectifs visés. Le principal est la transformation de la Chine en un puissant État socialiste au milieu de ce siècle.

 

Le développement rapide de la Chine suscite la résistance toujours croissante de Washington. Comme l’a récemment déclaré le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, Pékin représente à long terme la plus grande menace pour le mode de vie des Américains et crée des risques pour la croissance économique américaine.

 

La pression sur la République populaire de Chine est exercée de différentes manières. Des droits de plusieurs milliards de dollars ont été imposés sur les produits chinois, l’accès de Pékin aux technologies de pointe est bloqué et le séparatisme taïwanais est encouragé. Les principaux médias occidentaux ont lancé une véritable guerre de l’information contre la Chine et publient des faux comme une scission à la tête de la RPC et la création de « camps de rééducation » où des millions de non-Chinois sont jetés.

 

Pékin est bien conscient du fait qu’ils sont confrontés à un adversaire fort et cynique qui n’a pas l’habitude de lésiner sur les moyens d’atteindre cet objectif. Cela nécessite des mesures efficaces pour protéger la souveraineté et la voie de développement choisie par le pays. Depuis le 18e Congrès du PCC, les autorités chinoises ont intensifié leurs efforts pour renforcer la discipline et l’esprit socialiste parmi les travailleurs du parti et de l’État. Une guerre sans merci contre le luxe, l’hédonisme et la corruption a été déclarée et de hauts responsables sont souvent sur le banc des accusés. En outre, les dirigeants chinois insistent constamment sur l’engagement envers le marxisme et sur l’impossibilité de se détourner de la voie socialiste du développement.

 

La lutte contre les attaques antichinoises a été le thème central d’une série d’événements survenus ces derniers mois. Le plus important d’entre eux est sans doute la Conférence nationale sur la propagande et le travail idéologique tenue récemment à Pékin. Elle s’est déroulée du 22 au 23 août. Des réunions similaires ont lieu tous les cinq ans. Elles déterminent les grandes orientations de la propagande et du travail idéologique pour plusieurs années. Par exemple, lors de la précédente réunion tenue en août 2013, Xi Jinping avait défini la tâche d’intensifier les travaux sur la diffusion des idées du PCC parmi les larges couches de la population, de protéger l’autorité du parti mais de ne pas masquer les lacunes (« établir une ligne de démarcation nette entre le juste et l’erroné »), et demander leur éradication décisive. Une attention particulière a été accordée à la lutte contre la subversion via Internet. Comme Xi Jinping l’a souligné, le World Wide Web est devenu un champ de bataille pour l’opinion publique et sa conquête a un lien direct avec la sécurité idéologique du pays.

 

Le fil conducteur de la Conférence panchinoise actuelle était la nécessité de renforcer la cohésion idéologique et morale de la société face aux nouvelles menaces. Dans son discours, Xi Jinping a exhorté « à mener une propagande approfondie et un travail idéologique afin d’unir les personnes partageant des idéaux, des croyances, des valeurs et des attitudes morales communs ». «Unir les esprits et accumuler des forces», a-t-il expliqué de la manière laconique traditionnelle.

 

Le président de la République populaire de Chine a hautement évalué l’activité des structures idéologiques au cours des cinq dernières années, mais a noté que les nouvelles circonstances exigent de nouvelles approches de la part des travailleurs du parti, une initiative et une activité accrues. La situation générale dans le pays et le parti en dépend directement, a souligné Xi Jinping.

 

En général, la position pivot du Parti communiste devrait être renforcée, le PCC devrait maintenir et renforcer son rôle de courroie de transmission dans le système d’administration de l’État. Selon Xi Jinping, il est «nécessaire de renforcer la direction centralisée unifiée du parti dans le domaine de la primauté du droit». « Les organisations du parti à tous les niveaux doivent agir sans négligence et exercer un contrôle constant », a-t-il ajouté. « La pratique a montré que la politique de la direction du parti en matière de propagande et de travail idéologique est tout à fait correcte. »

 

Mais la pureté idéologique et morale est extrêmement importante à maintenir au sein même du parti. Elle est assurée par la fidélité aux principes communistes. «Nous devons tenir haut les bannières du marxisme et du socialisme avec les caractéristiques chinoises, persister dans la promotion des idées socialistes. Un parti armé de ces idées a le devoir de les diffuser parmi les masses », a déclaré Xi Jinping.

 

Une attention particulière a été accordée à la culture et à l’art. Le chef du pays a appelé les artistes, les écrivains et les compositeurs à renoncer à la vulgarité, au kitsch et à l’imitation et à créer des œuvres hautement artistiques.

 

La réunion a également abordé les questions de politique internationale. Le président de la République populaire de Chine a souligné l’importance croissante de l’influence culturelle de la Chine sur la planète et de l’utilisation du « soft power » pour renforcer l’autorité du pays à l’étranger.

 

Il convient de noter que quelques jours avant cette Conférence nationale sur la propagande et le travail idéologique, le Conseil militaire central de la République populaire de Chine s’était réuni. A cette occasion, Xi Jinping, qui dirige cette structure, s’est également fixé pour tâche de renforcer le rôle dirigeant du parti dans l’armée. Selon lui, il s’agit d’un préalable à la construction d’un État fort avec des forces armées fortes.

 

Après avoir soigneusement étudié l’histoire de l’Union soviétique, les communistes chinois ont tiré la bonne conclusion: dans des conditions où s’aggrave la situation internationale et s’accroit la pression extérieure, il est mortellement dangereux d’affaiblir la direction du parti. La mobilisation idéologique générale et le rassemblement autour du programme du PCC sont les mesures qui renforceront le mécanisme de protection de la société chinoise et permettront au pays de résoudre toutes les tâches.

 

Traduction Marianne Dunlop pour Histoire et Société

 

Comment un historien peut changer la société: entretien avec Gérard Noiriel

Gérard Noiriel à l’EHESS. Capture d’écran Canal-U.
SOCIÉTÉ

Retour avec Gérard Noiriel sur le rôle et la perception de l’histoire dans la société française à l’occasion de la parution de son livre « Une histoire populaire de la France ». Un entretien sur l’histoire populaire plutôt que communautaire.

Gérard Noiriel est l’auteur, en 2018, d’Une histoire populaire de la France, une histoire « de la domination, entendue comme l’ensemble des relations de pouvoir qui lient les hommes entre eux ». L’historien français, directeur d’étude à l’EHESS (l’École des Hautes Études en Sciences Sociales), croit en « l’émancipation par la connaissance« . Son ouvrage a été écrit pour « aider les lecteurs, non seulement à penser par eux-mêmes, mais à se rendre étrangers à eux-mêmes, car c’est le seul moyen de ne pas se laisser enfermer dans les logiques identitaires« .

Un tel discours, une telle ambition, abordés avec une sérénité certaine, une volonté d’honnêteté intellectuelle indéniable nous ont fait éprouver le besoin d’aller à la rencontre de cet universitaire. Il s’est fait une règle de consacrer une partie de son travail à faire le pont entre le monde de la recherche universitaire et du grand public. Il est l’auteur de Chocolat, clown nègre, qui fut adapté au cinéma par Roschdy Zem avec Omar Sy dans le rôle titre. L’homme, qui se revendique de ce qu’il appelle les « transfuges sociaux » – il vient d’un milieu modeste – se soucie de ses lecteurs et de « la fonction sociale de l’histoire« , quitte à, parfois, se faire violence, pour être entendu dans l’espace public.

 

Revenant à la fois sur son ouvrage et sur des questions d’actualité, nous avons échangé, avec Gérard Noiriel, par écrit. Il a été question des minorités, des liens entre politique et savoir, du monde scientifique… Sans jugement – une pratique que Marc Bloch tenait pour étrangère au travail historique – il nous parle ici de l’abrutissement par « l’information-spectacle », là de la figure de l’intellectuel, tout en déplorant le retour des conservateurs et en se souciant de l’évolution la plus récente de l’enseignement de l’histoire. Toujours, le discours est réfléchi et mesuré. L’outrance et la polémique passent leurs chemins.

Dans votre livre, face aux histoires « des minorités », vous essayez de préserver « l’histoire des classes populaires » en vous attachant au primat de la lutte des classes : cette démarche d’historien est-elle, aussi, politique ?

Gérard Noiriel – Non ce n’est pas une démarche « politique », même si je défends la fonction civique de l’historien. A partir de 1968, les intellectuels ont étendu abusivement le sens du mot « politique ». Plutôt que d’affirmer, comme beaucoup d’entre eux, que « tout est politique », je préfère dire que toute relation sociale est une relation de pouvoir. Mais j’utilise ce dernier terme dans un sens neutre, sans jugement de valeur. Une relation de pouvoir peut déboucher sur des rapports de domination, mais aussi sur des liens de solidarité entre les gens. C’est à partir de cette grille de lecture que j’ai construit mon Histoire populaire de la France. Ce n’est pas une histoire des classes populaires, mais une histoire des relations de pouvoir entre les dominants et les dominés. Je montre dans ce livre que la définition même du « populaire » a été un enjeu de lutte constant depuis le Moyen Age. C’est cette dialectique, souvent arbitrée et codifiée par l’Etat, qui a été le moteur de notre histoire nationale.

L’historien doit tenir à distance les jugements de valeur, mais il est évident que l’histoire s’écrit toujours à partir d’un point de vue particulier. Comme Max Weber l’avait fortement affirmé dès la fin du XIXe siècle, l’Objectivité avec un grand O n’existe pas. L’histoire personnelle et les engagements propres à celle ou à celui qui écrit l’histoire conditionnent évidemment son regard sur le passé. Néanmoins, dans mon Histoire populaire de la France, je ne défends aucune cause et je ne dénonce personne. Le but civique de ce livre n’est pas de dire aux citoyens ce qu’ils doivent penser, encore moins de choisir à leur place leurs affiliations identitaires. Le but est de leur fournir des outils pour les « aider à mieux vivre » (comme disait aussi Marc Bloch), c’est-à-dire pour qu’ils s’orientent dans leur vie de façon plus lucide. Ce processus d’émancipation exige que chacun soit capable de combattre ses propres préjugés. C’est ce que j’appelle dans mon livre « se rendre étranger à soi-même ». Je reste convaincu que la production et la diffusion des connaissances sont des outils essentiels pour progresser dans cette voie.

Vous dénoncez les « logiques identitaires » qui sont présentes dans la vie publique et celle universitaire : connaissons-nous une fragmentation du monde des chercheurs ? Avec quel écho dans la société ? 

C’est plus un constat historique qu’une « dénonciation ». Il faut commencer par rappeler que la grande majorité des chercheurs en sciences sociales, comme c’est le cas pour les sciences physiques, n’interviennent pas dans les polémiques qui agitent constamment le landernau politique. Ceux qui le font sont des intellectuels, c’est-à-dire des gens qui estiment que les compétences qu’ils ont acquises dans l’exercice de leur métier d’enseignant-chercheur légitiment leur intervention dans la vie publique, bien qu’ils n’aient été mandatés par personne. Historiquement, les intellectuels ont connu leur heure de gloire grâce au mouvement ouvrier (le plus souvent comme « compagnons de route ») et dans leur combat contre l’antisémitisme.

Aujourd’hui, l’affaiblissement du mouvement ouvrier et la multiplication des causes qui sont défendues dans l’espace public conduisent effectivement à une fragmentation qui affecte le monde des chercheurs. Je montre dans mon livre que depuis le XVIe siècle et les guerres dites de « religion », les dominants ont exploité les clivages identitaires pour diviser les mouvements sociaux qui contestaient leurs privilèges. Je pense qu’il en va de même aujourd’hui. C’est pourquoi les intellectuels qui parlent au nom des « minorités » en occultant les facteurs socio-économiques rendent un mauvais service à la cause qu’ils prétendent défendre.

Qu’avez-vous pensé de cette expérience de chercheurs américains étant parvenu à publier des articles « absurdes », mais « suffisamment à la mode politiquement » ?

Ce type d’expérience agite régulièrement le petit monde des universitaires. Il y a une vingtaine d’années, le physicien Alan Sokal avait proposé un article absurde à une revue d’études culturelles post-moderne. Cet article ayant été publié, il déclencha une intense polémique. Cela prouve que les chercheurs en sciences sociales, qui se présentent pourtant comme des savants, ont du mal à fabriquer un langage commun, ce qui est pourtant une nécessité quand on exerce ce type de métier. C’est une question que j’avais abordée dans un livre ancien (Sur la « crise » de l’histoire, Belin, 1996), sans susciter beaucoup d’écho.

En fait les disciplines universitaires (philosophie, sociologie, histoire, etc) sont des étiquettes administratives qui masquent une multitude de petits réseaux d’enseignants-chercheurs n’ayant guère de rapports entre eux. Au sein de ces petits groupes, les chercheurs partagent un langage commun et respectent le plus souvent les règles du travail scientifique. Les exemples que vous évoquez ne concernent qu’une infime minorité d’universitaires, mais ils sont mis en avant par ceux qui cherchent à discréditer les sciences sociales dans leur ensemble.

Quel rôle attribuez-vous aux professeurs d’histoire ? Sont-ils des serviteurs de la République  encore aujourd’hui ?

J’ai enseigné pendant dix ans dans des collèges et lycées de banlieue, avant d’entrer dans la carrière universitaire. Je sais d’expérience combien ce métier est difficile. Mais à l’instar de toutes celles et tous ceux qui travaillent dans les centres socio-culturels, les médiathèques, les associations sportives, etc, les enseignants constituent à mes yeux les intermédiaires culturels dont le rôle est absolument vital pour maintenir la cohésion sociale et pour résister à l’abrutissement général que nous infligent désormais chaque jour les professionnels de « l’information spectacle ».

Des voix, d’enseignants notamment, se sont fait entendre dans les médias récemment contre des programmes d’histoire jugés rétrogrades, excluant l’histoire de l’immigration, quel regard portez-vous sur ce sujet ?

Les nouveaux programmes sont encore en gestation, mais les premières informations qui ont filtré sont en effet très inquiétantes. Dans les années 1980, j’ai moi-même participé à plusieurs commissions visant à réformer l’enseignement de l’histoire pour que la question de l’immigration y trouve enfin sa place, ce qui semblait tout à fait légitime puisqu’au XXe siècle la France a été l’un des premiers pays du monde pour le taux d’immigration. Les progrès qui ont été accomplis dans cette direction au cours des deux dernières décennies sont aujourd’hui remis en cause par les nouvelles orientations du ministère de l’Education nationale.

En 2005, suite à la loi sur les effets positifs de la colonisation, vous aviez cofondé le CVUH (Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire), qu’en est-il aujourd’hui ? 

Nous avons fondé le CVUH pour combattre les manipulations de l’histoire que pratiquent les acteurs de la scène publique pour défendre et légitimer leurs intérêts partisans. La première action de notre comité a été de s’opposer à la loi qui voulait contraindre les enseignants à souligner les « aspects positifs de la présence française outre-mer ». A mes yeux, la fonction principale d’un comité comme le CVUH est de défendre l’autonomie de la recherche historique (et son enseignement) face aux multiples pressions mémorielles que nous subissons chaque jour. J’aurais réagi de la même manière si on avait voulu nous obliger à présenter les aspects négatifs de la colonisation car si l’on veut respecter les règles de notre métier, nous devons, en tant qu’historiens, nous tenir à distance de ce que Marc Bloch appelait « la manie du jugement« .

La Nouvelle librairie a ouvert ses portes dans le quartier latin voulant se réapproprier le lieu, Marion Maréchal a ouvert son institut et on parle d’un groupe de réflexion « conservateur » dans les milieux intellectuels de droite : la vie intellectuelle est-elle en passe de devenir un lieu de conflit politique et mémoriel ?

Après la Seconde Guerre mondiale, les universitaires engagés dans la vie publique ont rallié massivement le camp des « intellectuels de gauche ». Du coup, on a oublié qu’en France surtout, les conservateurs avaient mené un virulent combat pour apparaître comme de véritables savants aux yeux de l’opinion publique. Je montre, dans mon dernier livre, qu’au cours des années 1930, l’intensité de la lutte des classes a eu des répercussions considérables dans le vie intellectuelle française avec pour principal enjeu la définition légitime du peuple français. Le clivage entre les sociologues (plutôt de gauche) et les médecins ou les anthropologues (plutôt de droite ou d’extrême droite) a atteint alors son paroxysme. Alexis Carrel, qui avait obtenu en 1912 le prix Nobel de médecine, devient à ce moment-là le chef de file de ceux qui dénoncent la sociologie comme une fausse science et prétendent la remplacer par une science de la société fondée sur la race et les « lois » de la biologie. Son ouvrage, L’Homme cet inconnu, est plébiscité par la grande presse et devient l’un des plus grands best-sellers du XXe siècle. L’institut Alexis Carrel, fondé sous Vichy, se donnera pour objectif d’appliquer son programme « scientifique ».

Aujourd’hui, le retour en force des conservateurs dans la vie intellectuelle française se situe dans un contexte heureusement plus pacifique que celui des années 1930. Mais il repose sur une stratégie comparable : mobiliser les clivages identitaires en les déconnectant des réalités socio-économiques pour tenter de séduire l’électorat populaire.

Au temps des fake news et des vérités alternatives, quel rôle peut remplir un historien voulant s’inscrire utilement dans sa société ? Et comment ?

Il faut bien distinguer les deux types de rôle que peut remplir un historien dans l’espace public. Le premier concerne les enjeux de connaissance. Il s’agit de défendre l’autonomie de la recherche savante car nous avons tous besoin de connaissances pour comprendre le monde dans lequel nous vivons. Le second rôle qu’un historien peut jouer dans la société concerne la transmission du savoir. Le problème majeur qui se pose à nous est d’ordre pédagogique : il faut « traduire » les connaissances savantes dans des langages qui puissent être accessibles aux non-spécialistes et susciter leur intérêt. Depuis plus de trente ans, j’ai multiplié les expériences pour avancer dans cette voie : documentaires pour la télévision, expositions, bandes dessinées, spectacles vivants, etc.

J’ai été l’un des co-fondateurs du musée de l’immigration dont j’ai démissionné en 2007, avec 7 collègues, pour protester contre la création du ministère de l’identité nationale par Nicolas Sarkozy. J’ai fondé ensuite le collectif DAJA (Des acteurs culturels jusqu’aux chercheurs et aux artistes), une association d’éducation populaire qui regroupe des chercheurs en sciences sociales, des artistes et des militants associatifs. Le but est de transmettre au sein des classes populaires des connaissances savantes sur des sujets sensibles, en mobilisant des formes artistiques susceptibles de toucher le public auquel on s’adresse. Nous avons ainsi sorti de l’oubli dans lequel elle était tombée, l’histoire extraordinaire du clown Chocolat. Nous en avons fait un spectacle, qui tourne toujours aujourd’hui dans les médiathèques, les centres socio-culturels, les théâtres.

J’ai raconté ensuite l’histoire de cet artiste dans un ouvrage, lequel a été adapté au cinéma par Roschdy Zem, avec Omar Sy dans le rôle titre. Le souci de toucher un public qui ne lit pas les livres des historiens nous conduit aujourd’hui à organiser des « conférences gesticulées » pour présenter, sous une forme ludique, les grands thèmes de mon Histoire populaire de la France.

Ce genre d’engagement est difficile, souvent ingrat, très peu soutenu par les pouvoirs publics et généralement ignoré (pour ne pas dire plus) par les intellectuels. Néanmoins, si l’on veut rompre avec l’entre-soi que pratiquent habituellement les élites, il faut en passer par là.

Propos recueillis par Nicolas Bove

 
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Publié par le octobre 17, 2018 dans HISTOIRE