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En avant première: la préface de notre livre, l’URSS vingt ans après

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Il nous a été proposé de rassembler nos croquis de voyage dans un livre. Ecrits initialement pour notre blog, Histoire et société, il s’agissait de témoignages rédigés à la hâte, parfois sur une valise dans un aéroport. Ces croquis avaient un but : rétablir les faits sur ce qui c’était réellement passé en Ukraine en 2014. Mais nous ne pouvions pas ignorer l’existence d’un problème, mal résolu auparavant pour nous, comme pour bien d’autres : la chute de l’Union soviétique.

Il y eut vers les années 90 une sorte de tribunal intellectuel et moral qui jugea pour nous de ce que fut ou ne fut pas l’URSS. Comme nous avions tant aimé et beaucoup fréquenté ce pays devenu mythique, nous avons décidé, Marianne et moi, en 2014, de revendiquer un droit d’inventaire. J’emploie à dessein le terme « mythique », en effet, la chute de l’Union soviétique a coïncidé avec ce qu’Eric Hobsbawn disait de l’évolution du métier d’historien : « De plus en plus d’individus révisent ou réinventent l’histoire en fonction de leurs propres objectifs. Nous vivons une grande ère de mythologie historique (…) ce qui a été miné c’est la conviction que les recherches des historiens, reposant sur des preuves documentées reconnues par leur profession, doivent distinguer les faits et la fiction, ce qui est véritable et ce qui ne l’est pas, la réalité et nos désirs. »[1]  J’ai raconté par ailleurs cette soirée à Rome où nous avons surpris, Hobsbawn et moi, le complot des dirigeants du PCI en train de poignarder leur parti pour se rallier à la social-démocratie. Accablés mais pas étonnés par ce cours des choses nous avons marché sur le forum le reste de la nuit en devisant sur la manière dont on s’éloignait désormais des explications profondes sur le pourquoi des choses.

Avoir subi une telle contrerévolution nous empêchait de penser notre place dans le monde. Ce qui condamnait plus ou moins le révolutionnaire à l’innocence impitoyable de qui ne peut plus agir qu’à contretemps. Et il n’est pas de meilleur âge que la vieillesse et de meilleur genre qu’être une vieille femme pour exercer cette radicalité. La vieille dame indigne de Brecht dans le bref temps où elle choisit de vivre. Le regard innocent de celui ou de celle que l’âge rend désintéressé, le regard de l’enfant, du sauvage et même de l’animal : un œil stupéfait devant la société insensée que l’on prétend donner pour modèle universel. Nous avons du temps, nous les invisibles, les femmes de l’âge qui ne sommes mêmes plus les personnes du sexe. Il nous en reste si peu pourtant : alors nous pouvons avoir la patience de suivre des lignes brisées, de remonter en deçà des faux départs de l’opinion ordinaire. Par exemple la manière dont on a présenté en France le président Eltsine faisant tirer sur la Douma, le Parlement russe. Comment cet acte a été salué par notre presse comme l’essence de la démocratie. Ou encore le silence fait sur la guerre en Moldavie en 1992, 600 morts passés à la trappe. En cette année 2014, il était prétendu également ignorer la cinquantaine et plus de morts brûlés à Odessa… Les 4000 morts du Donbass, dont une majorité de civils tués par leur propre gouvernement ukrainien, des femmes, des enfants, des vieillards exécutés avec l’assentiment de la France sous l’accusation de « séparatisme » ! Etre « séparatiste » justifie donc le génocide, depuis quand ?

Nous sommes parties toutes les deux sur les grands chemins de l’est de l’Europe nous faire une opinion. Il était temps de savoir à quoi tout cela rimait… Sur les grands chemins est l’expression qui convient, la plupart de nos interlocuteurs sont des rencontres de hasard, beaucoup dans les transports en commun. Ils n’ont été présélectionnés par aucun hôte désireux de nous faire partager leurs opinions.

Une chose essentielle doit être dite maintenant : la quasi-totalité de ceux dont nous rapportons les propos ne parlaient que le russe, et dans le deuxième voyage encore le russe, le moldave ou le gagaouze. Très important en ce qui concerne le regard innocent, le regard par celui de l’autre : ne jamais parler anglais. Cela vous évite souvent d’être confronté à la minorité qui se croit partie prenante de l’élite internationale et dont les propos ne dépareraient pas Courrier International, il faudrait dire Courrier Occidental. Cet hebdomadaire qui s’est fait une spécialité de publier les articles de journaux de tous pays à condition que leur rédaction soit à 90 % d’accord avec la CIA, l’OTAN et l’UE. Nous ne sommes pas beaucoup plus objectives que ce genre de presse, mais à leur différence nous donnons à voir notre point de vue. Il est celui de l’habitant du pays qui ne parle pas l’anglais mais le russe. Grâce à Marianne, et d’ailleurs à sa grande surprise, nos interviews avec sa traduction simultanée et ma pratique de sociologue ont eu un tel succès que ceux qui voulaient parler faisaient la queue comme à confesse. Mais vous vous rendez compte de ce qu’il faut faire pour soulever le voile opaque tendu entre nous Français et la majeure partie de la planète, apprendre la langue du pays et faire du tape-cul dans les vieux cars moldaves.

Je n’arrive même pas à m’imaginer ce que j’aurais pensé lorsque j’ai adhéré au PCF, en 1956, si l’on m’avait dit qu’à 76 ans, en 2014, je roulerais dans des cars aux amortisseurs aussi perclus que mes articulations, sur les routes défoncées de l’ex-Union Soviétique pour y retrouver les traces de l’Histoire et de ma mémoire asphyxiée…

C’est une bien étrange passion que celle de l’Histoire, je ne la détache pas d’autres approches comme la poésie, l’art. Cela revient toujours à une manière de souffrir pour des ombres inconnues, qu’il s’agisse de Priam baisant la main d’Achille qui a tué son fils Hector ou d’imaginer la peur d’un enfant sous les bombes à des milliers de kilomètres. Oui mais voilà, on a prétendu me voler cette empathie avec l’humanité en m’invitant à oublier le passé. Au point que je suis incapable de penser ce que m’auraient inspiré dans ma jeunesse les événements d’aujourd’hui. Il y a eu des railleries, il y en a encore envers ceux que l’on accuse d’être des nostalgiques de l’Union soviétique. Ce qui permet de ne rien analyser, de condamner la mémoire à un hypothétique jugement de l’Histoire dont j’ignore encore si les Bourreaux d’avant-hier ne sont pas les juges d’aujourd’hui. Pourtant demeure vivace au moins une raison de cet engagement : le rôle des communistes durant la seconde guerre mondiale, et la reconnaissance que j’en ressentais. L’enfant juive qui tremblait de peur sous les bombardements, et qui en écho à l’effroi de ses parents en fuite, éprouve toujours le soulagement de l’aube en entendant le mot Stalingrad, le réveil du cauchemar.

Enfin, j’ai toujours été attirée par la distance et la diversité, je ne me sens bien qu’en voyage ou alors enfermée seule dans un lieu de travail entourée de livres. Ce regard par les yeux des autres est celui de Montaigne peignant l’étonnement des cannibales brésiliens devant nos civilisations : « ils avoyent aperçu qu’il y avoit parmy nous des hommes pleins et gorgez de toutes sortes de commoditez, et que leur moitié estoient  mendians à leur porte, décharnez de faim et de pauvreté ; et trouvoient estrange comme ces moitiéz icy necessiteuses, pouvoient souffrir une telle injustice, qu’ils ne prinsent les autres à la gorge, ou missent le feu à leur maison »[2]

Tout est dit dans ce texte de Montaigne. On a eu beau tenter de m’expliquer la fin de l’Histoire, j’étais convaincue que tant qu’il y aurait de l’injustice, et celle-ci ne cessait de s’accroître avec ce que l’on estimait la fin du communisme, Marx et sa lutte des classes demeureraient à l’ordre du jour. Cette perspective énoncée par Derrida dans les Spectres de Marx m’a poussée à poursuivre sur ce qui était désormais considéré comme les voies de l’Utopie, au lieu de me résigner à un dérapage de plus en plus irrésistible vers les petits arrangements avec le Capital. Mais ce qui m’a valu une solide réputation de « stalinienne » fut mon refus de faire comme si la Révolution d’Octobre n’avait jamais existé. Car si certains voulaient bien conserver l’utopie, ils la voulaient épurée de l’expérience concrète, ce qui me paraissait une méthode détestable. Impossible de m’y rallier ! Et puis demeurait obstiné, encore intact, le sentiment d’avoir œuvré ensemble à quelque chose de juste. Ce moment restait inscrit dans l’art, quand les artistes, les intellectuels du monde entier étaient prêts à sacrifier leur ego à leur participation à quelque chose qui les transcendait, même s’ils reconnaissaient avoir été la plaie et le couteau.

Pourtant on avait pratiquement réussi à me convaincre que la chute de l’Union Soviétique n’avait pas provoqué la moindre tentative de rébellion. C’était là le pire, il n’y avait pas eu la moindre protestation. C’était ainsi que l’on me présentait l’Histoire. L’acceptation des peuples de l’ex-Union soviétique faisait baisser toutes les têtes, le monde entier passait sous les fourches caudines du capital.

Je ne crois pas avoir jamais été stalinienne, je me suis toujours interrogée moins sur Staline, que sur les temps de troubles qui suivent de tels règnes, en quoi la dégénérescence d’un appareil d’Etat est-elle le produit de l’autocratie ? Mais dans le même temps je ne pouvais m’empêcher de me demander ce qu’il serait advenu de moi la petite juive et de l’humanité toute entière si lors de la seconde guerre mondiale Gorbatchev avait été au pouvoir au lieu de Staline. Et des Gorbatchev, il y en a aujourd’hui comme s’il en pleuvait.

Je me suis focalisée pendant une dizaine d’années sur ce qui naissait ou renaissait en particulier en Amérique latine, comme d’ailleurs sur l’ensemble des résistances diverses venues du sud avec l’effet d’entraînement de la Chine, la remise en cause de l’hégémonie des Etats-Unis née aux lendemains de la seconde guerre mondiale.

Mon retour vers les pays de l’ex-Union soviétique survint en 2008. A cette date, il y eut le refus de deux enclaves proches de la Géorgie, l’Ossétie et l’Abkhazie, de « choisir la modernité » et se référant explicitement à l’Union soviétique. Il y eut en 2008, ma rencontre avec Marianne pour qui la langue russe, entre autres, n’avait pas de secret et qui depuis des années tentait de faire savoir qu’une multitude de gens en Russie regrettait l’Union Soviétique. Et qu’il y avait là-bas des communistes sans pouvoir mais non sans espérances.

En 2014, à l’occasion des événements d’Ukraine, nous avons décidé Marianne et moi qu’il était temps de partir en voyage et de construire ou tenter de construire une vérité sur les fables qui nous seront rapportées. Nous venions de lire « la Fin de l’Homme rouge ». Il nous a semblé que ce livre était un contrefeu à ce que révélait la situation en Ukraine : la fin de l’Union soviétique avait été imposée à des millions d’êtres humains comme une trahison et certains étaient non seulement désireux de le dire mais étaient prêts à mourir pour cette réalité-là. Voilà pourquoi Marianne et moi, à un âge vénérable, surtout moi puisque j’ai dix ans et quelques de plus qu’elle, nous avons écrit ces carnets de voyage pour les combattants en Ukraine, en Novorossia et bien au-delà… Contre le fascisme installé au cœur de l’Europe parce que, comme je ne cesse de le répéter, le continent européen va jusqu’à l’Oural et qu’il est impossible de faire silence sur ce que représente le nazisme dans ma mémoire comme dans ces terres où le socialisme l’a vaincu une première fois… .

Parce que, et l’essentiel est là, ce qui s’est passé et se passe en Ukraine n’est pas un phénomène isolé, nous sommes entrés dans l’ère de tous les dangers et plus vite nous en serons convaincus mieux cela vaudra pour tous.

Danielle Bleitrach

[1] E.Hosbawn. Franc-tireur. Autobiographie, Paris, 2005, p354

[2]  Michel de Montaigne, Essais, présentation, établissement du texte, apparat critique et notes par A.Tournon, Paris, 1998, 3 vol., ici vol. 1,31, p.358

 
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Publié par le avril 27, 2015 dans Uncategorized

 

La reflexion du jour : peut-être que Marianne pourra aller dans le Donbass

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Moi je suis bloquée, mais Marianne sera peut-être prête à temps pour aller représenter les communistes français dans le Donbass. Pas le Parti communiste Français, non les communistes, cette masse désorganisée désormais, plongée dans l’inertie et les quelques initiatives locales qui parfois donnent le change. En effet il y a peu, une invitation a été lancée par les communistes de Lougansk dans le Donbass. Elle a été relayée partout, dans toute l’Europe et même aux Etats-Unis. De nombreuses délégations sont prévues et parmi elles, la plus importante celle des communistes italiens qui depuis le début de la crise ukrainienne font un énorme travail. En france, tout ce que cela a donné c’est une petite querelle mesquine à propos du droit sur traduction, suivie d’ignominie du pseudo dirigeant de la JC, le paltoquet, l’amateur de chanson de Patrick Sébastien, mais aucune intiative, aucune délégation. Les communistes de Lougansk nous ont signalé avoir envoyé une invitation au PCF, ils attendent encore la réponse.

En revanche, des circonstances familiales, le travail de correction de nos livres et l’écoeurement nous ont poussé à fermer ce blog tant nous étions conscientes que cette petite querelle et ces injures avaient pour unique vocation d’empêcher toute initiative. Bref le résultat de cette affaire est catastrophique sur tous les plans, les communistes ukrainiens ont été privés d’un véritable relais actif et n’ont pas reçu le moindre soutien des instances officielles qui se sont contentées de venir massacrer ceux qui comme nous agissaient. Avec le fin du fin, le conflit de génération, les jeunes contre les vieux qui ont le tort d’être « démodés » et à qui ont attribue toutes les difficultés des dirigeants actuels pour qu’ils puissent continuer leur grande œuvre de dissolution de la mémoire en flattant l’absence de référence historique d’une génération…

Cela fait des années que cela dure… Qu’il s’agisse de Cuba, de l’Amérique latine, de l’Ukraine et plus généralement de tous ceux qui dans le monde se réclament du communisme tout est fait non seulement pour étouffer leur voix mais pour déshonorer ceux qui agissent. l s’agit d’apporter sa contribution à la grande oeuvre de ceux qui de l’extrême-droite au socialistes, en passant par les trotskistes et les verts veulent absolument nous convaincre de la nocivité du communisme, tous derrière le Capital pour faire croire qu’il n’y a pas d’alternative, que ceux qui se battent sont au meilleur des cas des utopistes et au pire des criminels. Je pourrais penser être poursuivie si j’étais la seule, mais les campagnes de diffamation sur tous ceux qui ont mené un tel combat en montrent le caractère systématique.

Marianne a pris contact avec les amis du Donbass, elle ne sait pas si elle aura à temps le visa qui lui permettra de rejoindre le Donbass par Rostov et d’être ainsi une présence des communistes français, mais les contacts sont pris et de toute manière elle fera enfin savoir aux communistes du Donbass que la France est représentée par autre chose que des aventuriers d’extrême-droite ou des petits coqs qui pérorent pour mieux étouffer toute solidarité et initiative…Elle leur portera non seulement notre livre mais un autre sur l’Ukraine publié par les éditions Delga, elle leur dira qu’il y a des communistes, des intellectuels, des ouvriers, des régions entières de notre pays révolutionnaire qui suivent avec passion leur héroïsme d’aujourd’hui en mémoire de celui de hier…

Voilà, avec ou sans ce blog, nous continuons le combat avec vous,il est tout de même étonnant que les communistes français en soient réduits à attendre de Marianne la bien nommée une présence aux côtés des héros communistes du Donbass,   faute d’avoir un parti organisé capable de rassembler au lieu de diviser et d’insulter ceux et celles dont la vie fut et reste un combat..

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le avril 27, 2015 dans actualités, mon journal

 

Nouvelles de travail, actualité et projets

Les bourreaux meurent aussi, film de Fritz Lang, Bertolt Brecht et hanns Eisler

Marianne est en pleine correction de copies, avec l’épuisement lié à cette activité mais aussi les moments de cocasserie, comme cet étudiant qui place Moscou comme une des principales villes de Chine en gros dans la zone tibétaine. En outre notre infatigable Marianne est en train de préparer des interviews sur notre livre et des présences dans les fêtes du Pas de calais. Notre livre : URSS, vint ans après, retour de l’Ukraine en guerre est à l’imprimerie. Il sera sorti en mai…

Personnellement j’ai devant moi 400 pages de correction du second livre. Les corrections sont ce  que je déteste le plus. Le second livre, les tirés à part à corriger avant impression et le bon à tirer. : Brecht et Lang, le nazisme n’a jamais été éradiqué. L’éditeur a fait un énorme travail, je dois dire que c’est la première fois depuis Maspéro que je tombe sur deux éditeurs (Delga et Lettmotiv) qui prennent leur profession au sérieux à ce point. Lettmotiv travaille essentiellement avec les bibliothèques universitaires et il veut un livre parfaitement utile aux étudiants. A ce titre, il  me demande un index des films cités, titre, date de sortie et réalisateur. Rien que l’oeuvre de Fritz lang tient au minimum sur quatre pages. Puisque ce livre porte sur la collaboration entre Brecht et Lang dans une oeuvre antinazie pourquoi ne pas faire un index des oeuvres théâtrales? Et puisque le travail de sociologie du cinéma porte sur la relation entre champ artistique et Histoire, pourquoi se limiter au cinéma et au théâtre? Pour quelqu’un comme Lang la peinture et l’architecture sont essentiels, pour Brecht, la musique…

J’ai relu les 200 premières pages avec enthousiasme, puis à ce moment-là j’ai été de nouveau envahie par les contrariétés de la vie quotidienne et le plaisir est tombé avec des bouffées de l’auteur en crise d’infanticide…

Dans le fond c’est un peu pareil avec la politique. C’est au moment où la vie vous réserve des situations familiales ou autres les plus catastrophiques, qu’il se trouve toujours un abruti pour en rajouter. Alors on se dit, dans le fond je n’ai jamais rien attendu de la camaraderie, de mes engagements sociaux et politiques, ni solidarité, ni la moindre main tendue, mais ils ont le chic pour vous accabler aux moments les plus inopportuns. Il ne vous manque jamais un imbécile malotru qui vient gâcher tous vos choix les plus fondamentaux par une mesquinerie qui redouble celles de la vie. Il ignore me dit Marianne le contexte, certes mais comment fait-il ce crétin pour tomber aussi à pic?

Bref, la vue de ces deux manuscrits m’est apparue néanmoins comme une consolation. Quand je pense aux souffrances physiques et morales auxquelles j’ai arraché ces pages, les discussions avec mes co-auteurs, une thérapeutique essentielle. Comment j’ai pu rencontrer à cette occasion des gens formidables qui à travers ce travail en commun, ces voyages dans l’ex-URSS mais aussi dans l’Europe et les traces du nazisme, m’ont portée un temps hors du chagrin. J’ai l’impression d’une ascension, d’une cordée héroïque. Qu’ils soient remerciés ceux qui ont été là et même ces deux éditeurs.

Pour ce qui concerne la sociologie du cinéma, tout a commencé à la mort d’un ami très cher Armand Paillet. Je l’ai connu à vingt ans, ma culture était des plus classiques, il m’a initié à la modernité, au cinéma, au théâtre… Depuis qu’il est mort je n’ai plus réellement d’interlocuteur, je continue à la sortie d’un spectacle à en débattre avec lui. Il avait pratiquement achevé un travail sur Jean Grémillon et m’avait demandé d’en peaufiner la problématique. Comment vous expliquer à quel point elle est d’actualité, il s’agit d’une réflexion sur le parti communiste et le cinéma français. Il est au coeur de toutes les confusions actuelles contre lesquelles nous nous débattons. Je viens d’avoir plus ou moins l’autorisation d’accomplir le travail sur son manuscrit.

Voilà est-ce que j’aurai la force qui a été la mienne durant ces dernières années: mener de front deux projets. L’un sur l’espace post-soviétique en particulier la Sibérie mais aussi la route de la soie, le monde euroasiatique. L’autre sur cette sociologie du cinéma qui porte sur l’identité française avec un cinéaste que l’on a considéré comme « maudit ». Une déformation qui une fois de plus tente de transformer en malédiction ce qui est simplement la loi d’une classe dominante imposant à l’industrie du cinéma ses options. Ce n’est pas si éloigné du livre sur Brecht et Lang, sur le refus de la « shoah » comme relevant d’une malédiction pesant sur le peuple juif, mais au contraire de partir de la nature capitaliste du nazisme. Affirmer comme Klaus Mann, ce n’est pas parce qu’ils sont antisémites que les nazis sont pourris, mais parce qu’ils sont pourris qu’ils sont antisémites. Ce pourrissement est à rechercher dans la nature capitaliste. Bref, comme vous le voyez j’ai du travail sur la planche

Danielle Bleitrach

PS; je viens de découvrir que « l’infâme' »Nicolas Maury qui décidemment n’a aucun sens du ridicule vient de me faire suspendre de Facebook pour quatre jours… comme un quelconque joueur de foot…

 

Marianne et moi, la suite de notre collaboration…

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Nous venons d’avoir une longue discussion avec Marianne, comme d’habitude nous sommes d’accord. Il nous est difficile dans la situation actuelle de nous préoccuper du plan politique dont le moins que l’on puisse dire est que nous sommes devant une absence de perspectives immédiates.  Ce qui ne manque pas d’exaspérer les tensions individuelles. Que ceux qui ont la force d’œuvrer dans un tel marécage le fassent, nous les en remercions sincèrement.

Aujourd’hui, à titre d’exemple, il y a eu la conférence de presse de françois Hollande où il a comparé le FN au discours des communistes des années soixante et dix et c’était pour lui visiblement une stigmatisation de l’extrême-droite qu’une telle référence. La direction du PCF s’indigne, mais ce qui ‘est extraordinaire, c’est que les mêmes, la direction nationale du PCF, celle du Rhône approuve un Nicolas Maury quand il insulte les dirigeants des années soixante et dix et quatre vingt, quand il monte la jeunesse communiste contre eux. la direction du parti communiste ne récolte que ce qu’elle a semé. et ce qu’elle continue à semer, le mépris du passé… Dans le même temps, Marion Maréchal minimise la part des juifs morts dans la shoah, là dessus aussi elle a bénéficié de quelques complicités dans la jeunesse faute de respecter le passé. Comment voulez-vous que François hollande et le PS et même l’extrême-droite respectent des communistes qui ne se respectent pas eux mêmes, comment lutter contre la prégnance du négationnisme qui revient à faire un signe d’égalité entre communiste et nazisme?  Nous ne pouvons pas remonter à nous seules un tel courant…

En revanche, nous sommes d’accord pour plus nous investir sur la question qui nous préoccupe et qui est celle de l’espace post-soviétique et euroasiatique. Notre réflexion reste d’abord théorique bien qu’avec des implications politiques. Il s’agit de contribuer à une meilleure appréhension de l’histoire du communisme et il s’agit de mieux faire connaître par nos voyages, traductions, compte-rendus de lecture, conférences ce qui est en train de naître dans ces espaces profondément marqués par la première expérience socialiste.

Si nous avons à ce titre de temps en temps un article ou un récit d’expérience qui nous paraît intéressant, nous le publierons, mais pour le reste ce blog demeurera en sommeil. Nous allons nous préoccuper toutes les deux de la diffusion et des débats autour de notre livre « Urss vingt ans après, retour de l’Ukraine en guerre » et sans doute de notre voyage à Novossibirsk et en Asie centrale. Peut-être cet été mais sûrement cet hiver. Comme je l’ai indiqué par ailleurs, en outre, nous pensons lors de la rentrée universitaire prochaine, suivre le séminaire de Jean Salem à la Sorbonne. Et à ce moment-là nous diffuserons les travaux et réflexions, comme d’ailleurs les compte-rendus des livres des éditions Delga qui font un gros travail sur notre champ de réflexion. .

Mais il n’est plus question, si faire ce peut, de mêler nos activités ou non activités politiques à la situation au demeurant navrante du champ politique français. Nous restons ce que nous sommes, moi une communiste sans parti, Marianne une communiste du Pas de Calais, c’est tout.

Donc pas question de réouvrir le blog tant qu’il n’y aura pas un texte qui nous paraîtra utile à la réflexion théorique qui est la nôtre et celle de bien des lecteurs et lectrices de ce blog. Si vous souhaitez poursuivre le débat, lisez notre livre, faites nous part de vos remarques, avant le mois d’octobre et la fréquentation du séminaire de jean Salem où ce blog retrouvera une utilité.

Voici mon numéro de courriel où vous pourrez me transmettre vos analyses et commentaires:

bleitrach.danielle@wanadoo.fr

A la fête de l’humanité nous sommes en train de réfléchir à notre présence et à celle de notre livre. Comme nous sommes en train de mettre en place quelques débats, Marianne à la fête d’Avion au stand d’Arras et nous deux à Beziers, puis à Aix en Provence à la librairie de Provence, peut-être à paris 20 e pour Marianne le 28 mai. Il est peut-être aussi question de l’Algérie en septembre…

Voilà et merci de vos encouragements et de votre véritable amitié, mais j’aimerais que vous fassiez l’effort de réfléchir à tout ça pour préparer ce travail collectif de rentrée. Puisque le rassemblement en faveur de quelques fondamentaux, la paix, la justice sociale, est impossible sur le plan politique, que les concurrences mesquines s’y exaspèrent, sans parler parfois de l’acceptation plus ou moins ouvertes de proximités nauséabondes faute de l’affirmation actuelle de la dimension de classe, espérons en un lieu d’échange intellectuel ouvert à tous; où, rêvons un peu, tels les copistes du Moyen Age, anonymes, nous transmettrons notre expérience à la génération qui saura en faire quelque chose.  Après la barbarie….

Danielle Bleitrach

Et comme il disait: « Les choses ne sont pas si douloureuses, ni difficiles d’elles-mêmes ; mais notre faiblesse et lâcheté les fait telles. Pour juger des choses grandes et hautes, il faut une âme de même, autrement nous leur attribuons le vice qui est le nôtre. Un aviron droit semble courbe en l’eau. Il n’importe pas seulement qu’on voie la chose, mais comment on la voit. »
( Montaigne Essais 1.14, p.123, Folio n°289)

 
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Publié par le avril 19, 2015 dans mon journal, Uncategorized

 

Devant l’ignominie il n’y a que le silence… se battre pour qui, pourquoi?

Cela va être mon anniversaire, cela me fait souvenir d’autres anniversaires plus douloureux et puis pourquoi le cacher je suis écœurée par les mœurs contemporaines, avant-hier j’ai été une fois de plus insultée gratuitement par un individu du nom de Nicolas Maury. Il est habituel de ces mœurs, j’ignore pourquoi peut être pour faire carrière auprès des dirigeants du PCF. Il m’a déjà accablée de tous les noms comme en témoigne le net, il recommence en me disant en toute simplicité que les communistes de sa génération sont obligés de réparer le mal qu’a fait la mienne… C’est le coup de pied de l’âne au lion devenu vieux, deux fois la mort quand l’insulte vient de si bas… Comment puis-je être le jouet de ça, pourquoi est-il là alors qu’un autre a disparu?…

Visiblement il ignore tout de moi puisqu’il me prend pour une ancienne permanente du PCF, son opinion est le produits de cancans… Alors que j’étais prof à l’Université et que je n’ai jamais rien accepté du PCF même pas les émoluments de conseillère régionale que je reversais au parti. Quant aux communistes de ma génération, je n’ai cessé d’en dénoncer les abandons et j’ai été et suis toujours interdite de L’Humanité pour cela… Les insultes, les calomnies ont commencé quand j’ai mis en cause la politique de Robert Hue… Ils se sont lâchés sur moi comme des chiens ceux qui aujourd’hui attribuent à Robert Hue leur malheur… Robert Hue est ce qu’il est mais il n’aurait pas pu détruire le parti sans la complicité de ceux qui aujourd’hui prétendent le sauver en continuant à accabler des gens comme moi… Rien n’a changé, et l’infaillibilité du dirigeant actuel sert à ne pas corriger ses erreurs.

Dans un tel contexte de cécité politique, de lâcheté et de suivisme, les choses se perpétuent et les jeunes gens sont déformés avant d’avoir mené le moindre combat. Certains de ma génération avaient pour exemple des héros auxquels ils voulaient ressembler… A cause de ces exemples, interdite, injuriée je suis envers et contre tous ces gens-là restée communiste et j’ai lutté contre mes ennemis de toujours pour défendre nos idéaux communs. J’ai tout sacrifié à mes convictions et je n’ai cessé de me battre pour rétablir les faits sur les combats des communistes comme je le fais aujourd’hui. Pour rien par gratitude pour les communistes et les soviétiques qui m’ont sauvé la vie enfant, parce que je crois toujours que ce sont les petits, les victimes, les humiliés qui feront le monde meilleur… J’ai été poursuivie par les ragots ignominieux des dirigeants, même la maladie de mon enfant, sa mort leur a servi de prétexte à détraction, « j’étais folle comme lui »…  Oui ils sont allés jusque là, …Mais je me suis dit comme Eluard, nous sommes les gens des temps obscurs…Il faut changer le monde et j’ai poursuivi le combat malgré eux… mais aujourd’hui je vois avec quelqu’un comme Nicolas Maury qu’ils se perpétuent, s’améliorent dans leur capacité destructrice…

quand je vois aujourd’hui ce paltoquet s’acharner sur quelqu’un comme moi, sans que personne ne songe à le remettre en place alors qu’il prétend à une position de cadre dans la fédération du Rhône et qu’il m’interpelle non en son nom mais en celui d’un collectif…  je me dis : mais à quoi tout cela sert-il pourquoi et pour qui je lutte, cela devient du pur masochisme. Il n’en vaut pas la peine, c’est vrai mais c’est bien là le pire, voir ce que sont devenus les communistes… malheureusement le diagnostic que je fais aujourd’hui sur les communistes de cette espèce est sévère, au lieu de combattre ensemble les adversaires, ils sont la proie de concurrences misérables, leur ego prend le pas sur tout, ils se divisent en sectes se combattant les uns et les autres… Ils sont devenus des dames de bonnes œuvres, prônant de plus en plus la tolérance, l’humain d’abord pour être de plus en plus incapables de respect et de vérité, plus hypocrites, à la manière dont Marx dit que le Capital c’est à la fois celui qui transforme les hommes en marchandise comme Ricardo et en idées comme Hegel. La dame patronnesse, le missionnaire va avec l’exploitation et son acceptation. On fait les banlieues en ne posant jamais la question de classe mais en cherchant des clients raciaux… On a perdu la base de classe alors on donne dans les grands sentiments. Et on attaque une combattante comme moi en ignorant tout d’elle et des autres, elle est une marchandise usée, pourquoi est-ce qu’elle ne crève pas? Je ne suis pas la seule, malheureusement nous sommes des centaines, voire des milliers à subir de tels traitements iniques, l’arbitraire des minables qui dénoncent les « staliniens » en reproduisant le modèle dans ce qu’il a de pire et en ignorant le sacrifice.

M’abattre pour ce jeune opportuniste est devenu plus important que la cause qu’il prétend défendre, les communistes que j’ai connus étaient exactement le contraire, ils étaient prêts à tout sacrifier à la cause commune et la fraternité naissait de ce but commun. C’est fini le temps en France, l’époque comme me disait mon enfant: « dis maman comment c’était l’époque?  celle où son père partait à Dachau dans le train de la soif, celle où sa mère adhérait parce qu’elle avait vu sur Match des communistes pendus à des crocs de boucher, où la veuve de Lumumba pleurant le crime… Aujourd’hui,. le principal ennemi n’est plus l’adversaire de classe, mais le concurrent dans la lutte des places, la tendance a gagné tous les partis y compris celui qui jadis était révolutionnaire Celui qui fut celui des héros et des poètes, le réalisme associé au romantisme de l’épopée… .il fut au point que  Maury et ses pareils n’existent plus que parce que nous avons été …  Ils mourront sans avoir mené d’autres combats que celui contre une vieille femme en se parant  de la feuille de vigne de « l’humain d’abord » pour masquer leur absence de perspective et leurs mœurs de spadassins … Le capital et ses valeurs lui  sont devenus irrésistibles: l’être humain est une marchandise, s’il est vieux, malade, obsolescent, pas « vendable » quoi il doit être rejeté et le seul argument que l’on ait contre lui est son côté démodé… on invente le passé, on révise, négationne à tour de bras en croyant exister… Mais on meurt d’inhumanité imbécile… le capital et ses concurrences liberticides règne en maître dans les esprits quand ils ont cette fragile veulerie.

Danielle Bleitrach

PS. Il y a aussi les mœurs du web dans la « modernité », … Personne n’est capable à commencer par les directions qui se gorgent d’âneries comme « l’humain d’abord » de garder à la politique les limites de la décence…Personnellement j’en ai assez tant que les directions ne feront pas amende honorable en ce qui me concerne y compris celle du Rhône, je tire ma révérence trop c’est trop. … piètre victoire, Aragon me disait jadis : pour des gens comme vous et moi ce parti devient parfois un mauvais lieu, un coupe gorge… que les voyous restent entre eux puisqu’ils sont impunis…

 
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Publié par le avril 16, 2015 dans Uncategorized

 

La réflexion du jour : j’espère que Cuba conserve les USA sur leur liste des pays terroristes…

A l’annonce du fait qu’Obama supprime – enfin- Cuba sur la liste des pays terroristes, deux réflexions s’imposent : 1) Comment les pays « démocratiques » dont la France ont-ils pu s’accommoder d’un tel déni de droit, une telle injustice politique et aux conséquences économiques abominables sur le peuple cubain et sont prêt à glorifier les Etats-Unis de ce geste alors que l’essentiel de l’injustice est encore là avec toutes les lois du blocus, la possession illégale de Guantanamo (le seul lieu à Cuba où l’on torture… )

2) mais j’espère bien que Cuba n’a pas retiré les États Unis de sa liste des terroristes et salopards en tous genres…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le avril 15, 2015 dans Uncategorized

 

L’épuration de la justice ukrainienne par les nazis de pravy sektor…

 L’épuration de la Justice. Lynchage public d’un juge qui a pour seul tort de ne pas être du « bon » parti. L’incident a eu lieu le 9 avril. C’est pour l’instant des faits isolés, mais il est révélateur de l’ambiance qui règne en Ukraine. Le fait que des militants ultra nationalistes (Praviy Sektor) puissent faire cela sans que la police intervienne est assez symptomatique d’une société à la dérive. L’homme en question, un juge de la ville d’Ivano-Frankivsk, a été trainé hors de son bureau, mis dans une poubelle, molesté, obligé à se déshabiller en partie et promené ainsi dans la ville. Les militants ont conditionné sa libération au fait qu’il signe une lettre de démission (youtube, youtube, youtube, korrespondent.net).

Noter le sympathique signe très « européen compatible » et « valeurs communes de l’UE » d’un des militants épris de liberté et de tolérance en début de vidéo.

extrait de Les-Crises.fr PL | 15 avril 2015 à 1 h 57 min | Tags: Actu’Ukraine, Ukraine | Catégories: Crise Politique | URL: http://wp.me/p17qr1-iHk

 
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Publié par le avril 15, 2015 dans Uncategorized

 
 
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