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Archives de Catégorie: Economie

Portugal : une fin de l’austérité en trompe-l’oeil – Entretien avec Cristina Semblano

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Portugal : une fin de l’austérité en trompe-l’oeil – Entretien avec Cristina Semblano

Cristina Semblano est Docteur ès Sciences de Gestion par l’Université de Paris I, Panthéon-Sorbonne et membre du Bureau National du Bloco de Esquerda, un des partis de la gauche radicale portugaise. Elle est chef du Service Etudes et Planification à la succursale de France de la Caixa Geral de Depósitos, banque publique portugaise. Elle a enseigné l’économie portugaise à l’Université de Paris IV- Sorbonne.

Depuis un an et demi environ, le Bloco de Esquerda, parti de gauche radicale dont vous êtes membre, et le Parti Communiste Portugais, qui ont totalisé près de 20% des voix aux dernières élections législatives, soutiennent de façon critique le gouvernement d’António Costa, issu du PS Portugais. Quel bilan faites-vous de cette année de soutien sans participation au gouvernement ?

C’est, en effet, depuis environ dix huit mois qu’un gouvernement minoritaire socialiste soutenu, au  Parlement, par les partis à sa gauche, Bloco de Esquerda, Parti Communiste et Verts, gouverne le Portugal et ceci contre la volonté du président de la République d’alors, la droite en général et une bonne partie du parti socialiste lui-même qui aurait préféré avoir donné son soutien à un gouvernement de droite. Acteur essentiel du processus qui a mené à la situation actuelle, le Bloco de Esquerda ne peut que se réjouir du bilan de cette longue d’année de « coopération critique », moins par l’ampleur des conquêtes que celle-ci a permis d’obtenir que par les catastrophes supplémentaires qu’elle a su éviter. En effet, la poursuite au gouvernement de la coalition de droite qui pendant quatre années avait  appliqué au pays un programme de destruction massive, allant au-delà du dur mémorandum de la Troïka, signifierait la poursuite de la destruction du pays, de sa vente aux enchères, de l’appauvrissement de sa population qui est déjà l’une des plus pauvres de l’UE et de la zone euro. Cela aurait aussi conduit à la poursuite de la dérégulation du droit du travail, déjà fortement déréglementé par les quatre années de gouvernance de la droite radicale et au creusement des inégalités…

En nous proposant de soutenir le gouvernement, moyennant un accord de principe préalable portant sur certains thèmes qui nous tenaient à cœur –  et des négociations au coup par coup –   nous avons pu faire en sorte que soient rétablis les salaires des fonctionnaires amputés par la Troïka, les 35 heures dans la fonction publique, les  quatre jours fériés qui avaient été supprimés. Cela a également permis l’augmentation graduelle du salaire minimum – lequel, de 505 euros alors, est monté à 557 euros depuis le 1er janvier  et doit poursuivre son augmentation pour atteindre 600 euros à la fin de la législature. Nous avons pu revaloriser certaines pensions, élargir les critères d’attribution des minima sociaux et des allocations familiales et de chômage, ce qui a touché des milliers de personnes que le gouvernement de droite avait fait sortir du périmètre des bénéficiaires. Nous avons, par ailleurs, pu contribuer à faire marche arrière sur certaines privatisations (comme les concessions au privé des transports collectifs de Lisbonne et Porto) ou à réduire leur ampleur (avec, par exemple, l’accroissement à 50%  de la part détenue par  l’Etat dans la Compagnie nationale aérienne, qui venait d’être privatisée en catimini par le gouvernement de gestion de la droite). Des milliers de familles ont pu bénéficier du tarif social de l’énergie et une taxe a été instaurée sur l’énergie et les banques. En ce moment, nous nous battons pour que les travailleurs qui exercent une activité permanente pour l’Etat soient intégrés dans la fonction publique.

Enfin, du point de vue sociétal, nous avons pu rétablir le statut quo en ce qui concerne l’interruption volontaire de grossesse que la droite avait remis en cause en instituant un ticket modérateur et l’obligation pour la femme qui désirait avorter  de suivre un parcours psychologique. Nous avons légalisé l’adoption pleine pour les couples homosexuels et fait voter la loi sur la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, indépendamment de leur état civil ou de leur orientation sexuelle.

Le chemin parcouru est bien timide eu égard à ce que nous aurions souhaité, mais il faut tenir compte du fait qu’en barrant le chemin à la droite radicale, nous l’avons empêché de poursuivre sa politique de paupérisation/destruction, menée de concert avec les institutions européennes et le FMI,  tout en inversant certaines dispositions relatives aux revenus et en permettant l’adoption d’autres mesures au bénéfice de la population et du pays. Cette situation n’a été possible que grâce au score des partis de la gauche de la gauche aux élections législatives, lesquels, forts de 20%, ont pu proposer au parti socialiste, sorti minoritaire des élections face à la droite, un soutien parlementaire moyennant l’acceptation par ce dernier d’accords a minima. On ne peut, en effet, comprendre la possibilité de la naissance de la « geringonça »[1] au Portugal qu’à la lumière du  contexte spécifique dans lequel  elle a vu le jour :   celui, d’une part, d’un parti socialiste sorti minoritaire des élections, après quatre années d’austérité, et qu’un soutien à la coalition minoritaire, mais gagnante, de la droite, n’aurait pu que pasokifier ; et celui, d’autre part, de l’important score obtenu par la gauche de la gauche. En effet, si le parti socialiste avait eu la majorité absolue aux élections, il gouvernerait avec le programme le plus néolibéral de son histoire ; mais, en l’occurrence, les rapports de force n’étaient pas en sa faveur et il jouait sa survie s’il n’acceptait pas de répondre à l’offre de sa gauche qui a saisi là une occasion historique pour barrer le chemin à la droite et contraindre le parti socialiste à des mesures qu’il n’était pas prêt d’embrasser.

Cela dit, la « geringonça »n’est pas un gouvernement d’union de la gauche, mais un gouvernement du parti socialiste soutenu par les partis à sa gauche. Ce soutien est critique et le Bloco de Esquerda a déjà pu le refuser en votant contre des propositions du gouvernement. Pour pouvoir intégrer un gouvernement du PS – ce que ce dernier avait initialement proposé aux partis à sa gauche, mais que ces derniers n’ont pas accepté  – il aurait fallu négocier  des mesures bien plus audacieuses que celles qu’il a été possible de négocier. Ces mesures impliqueraient, au niveau du Bloco,  une remise en cause des traités européens et l’exigence de renégociation de la dette, toutes choses difficilement envisageables pour un parti qui a fait du respect des traités européens et de ses règles, la condition préalable à l’ouverture de négociations avec les partis à sa gauche.

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Le Portugal a été menacé de sanctions pour déficit excessif par la Commission Européenne il y a un an environ. Malgré l’abandon des sanctions, le gouvernement portugais a du annuler certains investissements publics pour être dans les clous fixés par Bruxelles. Peut-on se débarrasser de l’austérité en agissant dans le cadre des institutions européennes ?

Au-delà du principe aberrant des sanctions qui consiste à fragiliser davantage un pays qui est déjà en situation financière fragile, au-delà de la géométrie variable qui préside aux décisions d’appliquer ces  sanctions – laquelle aboutit à épargner  un pays comme la  France, par exemple, « parce que c’est la France » (dixit Junker), au détriment d’un pays périphérique au déficit somme toute inférieur – il y a dans cette menace de sanctions qui a pesé, de façon humiliante,  sur le Portugal un aspect très curieux. En effet, la période visée par les sanctions concernait les années  2014 et 2015, soit une période où le Portugal, bon élève, a appliqué avec zèle les politiques de la Troïka et ses recommandations – notamment dans le cadre du programme d’ajustement (2011-2014). C’est dire qu’en sanctionnant le Portugal comme elle menaçait de le faire, la Commission Européenne s’apprêtait en fait à sanctionner le résultat des politiques d’austérité qu’elle avait préconisées,  et ce faisant, à se sanctionner elle-même. La volonté d’appliquer des sanctions au Portugal ne peut cependant être comprise si l’on ne se réfère pas au contexte  politique nouveau  qui la sous-tend, à savoir celui d’un parti socialiste minoritaire porté au pouvoir par la gauche de la gauche et bénéficiant de son soutien.  Or, c’est bien cette alliance jugée contre nature du  parti socialiste qu’il s’agissait de sanctionner. Comment admettre en effet que des partis qui mettent en cause les Traités européens puissent influencer un gouvernement, quand bien même celui-ci se dit être leur garant ? Surtout si ce dernier a pu, même dans le cadre strict de ces traités montrer qu’il était possible, malgré tout, de revenir sur les salaires coupés, la baisse de la durée du temps de travail, qu’il était possible d’augmenter le salaire minimum et instituer, finalement, des mesures en faveur des plus démunis ?  En effet, il faut avoir présent à l’esprit que si la droite était restée au pouvoir, il y aurait eu un approfondissement des mesures d’austérité dans la droite ligne des desiderata de la CE et du FMI…

Cela étant, une fois précisé  le contexte politique des sanctions et pour répondre  maintenant de façon directe à votre question, je dirai très fermement  non, on ne peut pas se débarrasser de l’austérité en agissant dans le cadre des institutions européennes, car les traités européens – Traité de Maastricht, Pacte de Stabilité et à un degré supérieur dans l’escalade, le TSCG –, en  soumettant les politiques publiques des pays à l’atteinte d’objectifs financiers de déficit et de dette, ont figé l’austérité en lui donnant un caractère perpétuel. Si un Etat veut procéder à des investissements et que leur financement met en cause le respect du  ratio dette publique/PIB, il ne pourra le faire sans enfreindre les traités et s’exposer à des sanctions. De même, la décision d’embauche de nouveaux fonctionnaires, en pesant sur les dépenses publiques, se heurte sans cesse à l’obligation de respecter la barrière des 3% de déficit public et ce d’autant plus que l’on sera en période de crise ou de faible croissance, caractérisées par la chute des  recettes fiscales…

Vous pouvez trouver contradictoire – et je vous l’accorde volontiers- que ce que je viens de dire – à savoir que l’on ne peut se débarrasser de l’austérité dans le cadre des institutions européennes – n’est pas en phase  avec ce que j’ai soutenu par ailleurs, à savoir que le nouveau gouvernement portugais, soutenu par la gauche de la gauche,  a pu, malgré tout, prendre des mesures en faveur de la population, sans mettre en cause les engagements européens. Il faut dire, à ce propos, que  le travail accompli a été essentiellement de rétablir des revenus qui avaient été coupés. Mais il reste presque tout à faire. Les inégalités très importantes qui préexistaient à l’application du mémorandum et qui se sont creusées  avec ce dernier persistent, la pauvreté et l’extrême pauvreté sont parmi les  plus importantes des pays de l’OCDE, le chômage, même s’il a décru  de façon significative, est encore important (+ de 10%) et le travail est de plus en plus précaire. L’émigration se poursuit, alors qu’elle a atteint les dernières années des flux semblables  à ceux observés pendant  la dictature  et de la guerre coloniale. Il reste à  « détroikiser » le Code du travail des mesures ayant facilité les licenciements et changé les règles de leur indemnisation, à revenir sur les règles de rémunération des heures supplémentaires et à faire rentrer des milliers de salariés dans le cadre de conventions collectives du travail desquelles ils ont été exclus…

C’est pourquoi si l’atteinte en 2016 du plus petit déficit public de l’histoire de la démocratie portugaise (2.0%)[2] constitue un motif d’orgueil pour le gouvernement socialiste portugais, il n’en va pas de même pour le Bloco de Esquerda.  Au-delà des facteurs conjoncturels, l’histoire de ce faible déficit est davantage un motif de tristesse pour notre mouvement : car, c’est l’histoire d’un pays qui – même s’il a pu redynamiser quelque peu la consommation intérieure –  n’investit pas, d’écoles qui s’écroulent, d’universités qui sont au bord de la faillite, d’hôpitaux qui manquent cruellement de personnel… C’est l’histoire d’un pays où la qualification de la main d’œuvre est très faible,  les salaires sont très bas et les écarts de salaires, de revenus et de fortune obscènes.

Mais c’est surtout l’histoire d’un pays qui reste amarré à un modèle de développement qui ne peut que le pousser inexorablement vers le fond : un modèle basé sur des productions à faible valeur ajoutée et bas salaires, qui dans le cadre de la division internationale du travail voulue par la mondialisation et de la dépossession de la politique monétaire découlant de son appartenance à la zone euro, le lancent dans une course poursuite prix-salaires sans merci. Revoir ce modèle de développement, notamment en améliorant la formation de sa population, est indispensable pour le Portugal. Cela ne peut se faire néanmoins en l’absence de gros investissements publics rendus impossibles dans le cadre des traités européens et d’une renégociation de la dette. Absorbant des sommes équivalentes au budget de l’éducation et supérieures à celles du budget de la santé,  le seul service de la dette consomme des ressources qui étranglent le pays et l’empêchent de se restructurer. Notons, pour conclure,  qu’il ne s’agit pas de la dette d’un peuple qui aurait vécu au-dessus de ses moyens, car – rappelons-nous –  il s’agit d’un des peuples les plus pauvres de l’UE, mais d’une dette à l’augmentation de laquelle le processus même de construction européenne n’est pas étranger et qui a explosé lors de la crise financière et du sauvetage des banques par l’Etat voulue par l’Union Européenne…

Crédits Photo :
Des petits porteurs du BES
manifestent à l’entrée du Ministère des Finances (27/08/2015), un an
après l’effondrement de la deuxième banque privée du Portugal

En Italie, l’État met actuellement en place un plan de sauvetage des banques italiennes, et notamment de Monte Dei Paschi di Siena, la plus vieille banque européenne, du fait d’un excès de titres pourris dans leur bilan après cinq an de crise économique. On sait que les banques portugaises sont elles aussi très fragiles et que les épargnants portugais sont exposés à une faillite de ces banques. Craignez-vous un effondrement du système bancaire ? L’État portugais peut-il encore sauver les banques portugaises ?

Pour comprendre la situation actuelle des banques portugaises, nous devons faire un bref retour en arrière, aux années 1990 : en premier lieu, la libéralisation des marchés financiers et leur déréglementation se sont traduites par un essor vertigineux du crédit distribué par les banques au Portugal ; deuxièmement, ce crédit s’est dirigé majoritairement vers les secteurs protégés de l’économie et, au premier chef, le bâtiment  et l’immobilier qui bénéficiaient de perspectives de rentabilité plus importantes dans le cadre du processus de déflation asymétrique induit par les critères de Maastricht ;  troisièmement, le Portugal a connu depuis le début du siècle une quasi-stagnation économique, conséquence de son haut niveau  d’endettement mais aussi  de son adhésion à  l’euro, avec la perte de compétitivité qui en a été le corollaire. C’est dans ce contexte d’une économie stagnante coexistant avec un  secteur financier omniprésent où les bilans des banques portugaises regorgeaient de crédits financés par leurs congénères françaises, allemandes, italiennes, que survient la crise qui a fini par déboucher sur  l’intervention de la Troïka. Les politiques pro-cycliques [NDLR : qui renforcent le cycle, à la baisse ou à la hausse] imposées par le mémorandum, en faisant peser une austérité brutale sur une économie déjà à bout de souffle, ont aggravé la situation des agents économiques  et fait exploser  les créances douteuses dans les bilans des banques[3].

Cela étant, les banques portugaises ont bénéficié d’importantes aides publiques[4] : ces dernières représentaient déjà- sans compter les garanties accordées par l’Etat – plus de 10% du PIB fin 2015 et expliquaient près de 20% de l’accroissement de la dette publique dans la seule période 2008-2014.

Est-ce à dire, pour répondre directement à votre question,  qu’avec toutes les  aides dont elles ont  bénéficié, les banques ne représentent  plus un danger pour le système financier et donc les contribuables et les épargnants ? On ne saurait l’affirmer, les fragilités des banques portugaises tenant essentiellement à deux  facteurs : un niveau encore très élevé de créances douteuses (les NPL représentent environ  20%  des encours de crédit, notre pays n’étant dépassé à ce titre que par la Grèce et l’Italie au sein des PIIGS)  et un niveau d’endettement extérieur  très important. Dans ces circonstances et, compte tenu des transferts très substantiels  déjà réalisés  vers le  secteur bancaire d’une part (auxquels il faut ajouter  un nouveau renforcement de capitaux propres dans la banque publique en 2017) et des responsabilités qui pèsent sur l’Etat dans ce domaine (garanties, participation au Fonds de résolution des banques) il n’est pas exclu que l’Etat ait encore à intervenir.  Cela poserait de véritables problèmes, compte tenu de la dette  publique qui, à plus de 130% du PIB, est déjà l’une des plus élevées de la zone (la troisième  après la Grèce et l’Italie) et dans un contexte où la dette privée et la dette extérieure sont parmi les plus élevées au monde. Ceci en dehors du fait que l’on voit mal comment on pourrait encore faire peser de nouvelles mesures d’austérité, sur un peuple qui a déjà été saigné à blanc….

Pour conclure, je dois dire que le gouvernement de la droite qui a exécuté le mémorandum n’a pas pris les mesures qu’il fallait, ayant laissé au nouveau gouvernement la résolution des problèmes de certaines banques qu’il avait dissimulés, en ayant compté, à cet égard, sur la  complicité de la Banque du Portugal, ceci pour pouvoir faire, en mai 2014, une  sortie sèche du programme du mémorandum, en honorant sa réputation de bon élève de la Troïka. Cependant et, malgré les problèmes bancaires hérités, nous considérons que le  gouvernement actuel n’a pas pris les bonnes décisions, ayant obtempéré,  sans sourciller, à la volonté de la BCE et de la Commission européenne (DGComp) qui a imposé à notre pays des solutions qu’elle n’a pas imposées ailleurs et dont certaines ont d’ailleurs été testées pour la première fois au Portugal (comme c’est le cas de la mesure de résolution appliquée à la deuxième banque privée du pays qui s’est effondrée en août 2014). En fait les banques portugaises ont servi la stratégie de renforcement des grands groupes bancaires privés européens (cas du Banif vendue sur injonction de la DGCom à Santander Totta ou de la BPI passé sous le drapeau du catalan La Caixa[5]),  ou du capital international (comme c’est le cas récent du Novo Banco[6] en cours de vente, à hauteur de 75%, à un fonds immobilier spéculatif étasunien et où l’Etat conserve 25% du capital par le biais du fonds de résolution).

Depuis la crise, le Portugal n’a cessé de nationaliser les pertes des banques pour ensuite les renflouer et les vendre enfin en solde ou même les offrir (voire payer pour les offrir) au privé. Et, dans cette nouvelle configuration, on peut de moins en moins parler de banques portugaises, le secteur bancaire étant, dorénavant,  à 60% dans les mains du capital étranger.  A ce jour,  il ne reste seulement en effet que trois banques portugaises : le groupe public, Caixa Geral de Depósitos, et deux petites banques mutualistes, le Montepio Geral et la Caixa Agrícola[7]. Ce qui reste de  la banque portugaise des PME est actuellement sous le coup d’un processus de vente à un  hedge funds immobilier américain. C’est lui qui va décider du crédit des PME portugaises. Selon quels critères cette décision sera-t-elle prise ?  De même, comment seront traités, et selon quel ordre de préférence, les besoins des clients des anciennes banques portugaises appartenant maintenant à des grands groupes bancaires privés espagnols dont les centres de décision se trouvent à Madrid  ou à Barcelone ?

Pour le Bloco de Esquerda, il ne fait  aucun doute : le secteur financier doit être nationalisé. Seul un secteur bancaire public peut être le garant de la sauvegarde de la souveraineté nationale et de l’intérêt collectif. Les décisions concernant les banques ne peuvent être laissées dans les mains de la BCE et de la CE.

 

Des élections locales vont avoir lieu le 1er octobre  2017. Les positions politiques respectives du PCP et du Bloco de Esquerda semblent s’être rapprochées depuis la crise grecque, notamment sur la critique des institutions européennes. Assisterons-nous à un front des gauches au cours de ces élections ?

Notre critique des  institutions européennes ne date pas de la crise grecque, elle a pu, tout au plus, monter en puissance après cette crise. Une chose est sûre : s’il devait être confronté à une situation semblable à ce qui fut celle du gouvernement grec à l’été 2015, le Bloco de Esquerda ne capitulerait pas : plutôt que de céder au chantage de l’Europe, il quitterait l’EuropeNotre mot d’ordre est d’ailleurs « plus aucun sacrifice pour l’euro ». Mais la vérité est que nous n’en sommes pas là, nous ne sommes pas (pas encore !) au pouvoir, nous limitant à soutenir de façon critique un gouvernement socialiste minoritaire qui, tout en ne voulant pas affronter l’Europe,  est lui-même la cible d’attaques des institutions européennes qui auraient préféré la poursuite de la politique de destruction de notre Etat social menée par le gouvernement qui a exécuté le mémorandum.

Cela étant et, pour répondre maintenant à votre question concernant les élections locales du 1er octobre prochain au Portugal : il  n’y a pas de listes d’union de la gauche.  Le Bloco participera  à ces élections, soit en présentant ses propres candidats, soit en soutenant des candidatures de la société civile. Une fois les élections réalisées, le Bloco pourra faire des alliances avec d’autres partis, à l’exclusion, bien entendu des partis de la droite et à condition qu’il n’y ait pas d’incompatibilité avec les principes fondamentaux de son agenda politique au niveau local.

Notre participation à ces élections prétend, en effet, contribuer, de façon décisive,  à l’ouverture d’un nouveau cycle politique au niveau local, en projetant les villes vers un nouveau rôle social et écologique, une capacité à garantir des droits essentiels à tous, à promouvoir l’inclusion, la participation citoyenne et la démocratie.

Le succès de la gouvernance locale ne doit pas, dès lors – et contrairement à ce qui se passe jusqu’ici –  être mesuré par la quantité de commandes de béton passées, mais par la satisfaction des droits des citoyens, les indicateurs d’égalité et de cohésion sociale, le développement écologique, et la participation citoyenne aux  décisions et à la vie des communautés humaines.

[1] Dans son sens original, geringonça désigne une invention « mal foutue », peu solide et destinée à se désagréger ; utilisée par un ex-député social-démocrate (PSD), pour désigner la solution de gouvernement du PS soutenu par les partis à sa gauche – jugée précaire et artificielle – la « geringonça » a été rapidement adoptée par tous, ayant été sacrée mot de l’année 2016 au Portugal. Dans la dimension politique qu’elle a acquise, la « geringonça » contredit son sens étymologique, résistant déjà depuis environ dix-huit mois à la désagrégation promise aux inventions brinquebalantes qu’elle désigne

[2] En  mai 2017, la Commission Européenne a décidé la sortie du Portugal de la Procédure pour Déficit Excessif , dans laquelle  le pays se trouvait depuis huit ans

[3] A ces facteurs, il faut ajouter un autre, spécifique, à savoir la gestion abusive  des banques  qui trouve sa  source dans les défaillances de la supervision bancaire.

[4] Et ceci même si, seule une faible partie (eu égard aux besoins)  des prêts internationaux (UE et FMI), soit 12/78 milliards d’euros  a été réservée à la capitalisation des banques privées portugaises dans le cadre du mémorandum  (à noter que la banque publique était exclue de la possibilité d’utilisation de cette ligne de crédit –entièrement dédiée aux banques privées –devant, en cas de besoin,  se capitaliser par ses propres moyens)

[5] Ici, la main de la BCE – en exigeant à la BPI d’abandonner le gros de la participation qu’elle détenait dans sa  filiale  angolaise, d’où provenaient  80%  de ses résultats –  a forcé à la recomposition de l’actionnariat de la banque qui a abouti en fin de compte à la prise de contrôle total de son capital par La Caixa

[6] Banque de transition regroupant les actifs jugés sains du BES (deuxième banque privée du pays, ayant fait l’objet d’une mesure de résolution en août 2014).

[7] En effet, la première banque privée du pays (BCP), est dominée par les capitaux chinois et angolais, même si son siège est au Portugal.

Propos recueillis par Lenny Benbara pour LVSL

Crédits photos :

Paulo Pimenta, in Portugal é isto, Público.

Daniel Rocha,  in  Público.

Tiago Petinga,  Lusa

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Publié par le septembre 23, 2017 dans Economie, Europe

 

Les ouvriers chinois gagnent désormais presque autant que leurs collègues portugais

intéressant article de l’Express qui décrit la progression des salaires en Chine qui n’a pas d’équivalent ailleurs (note de Danielle Bleitrach)

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Un ouvrier du secteur manufacturier chinois gagne maintenant plus que ses collègues brésiliens, argentins et mexicains. C’est ce qui ressort d’une étude d’Euromonitor, dont le Financial Times a dévoilé les résultats. Entre 2005 et 2016, le salaire horaire moyen d’un ouvrier manufacturier chinois est passé de 1,2 $ à 3,6 $, soit une hausse de 300%.

Dans les pays d’Amérique du Sud (à l’exception du Chili) et en Afrique du Sud, les salaires horaires ont au contraire diminué. Au cours de la même période au Brésil, les ouvriers ont perdu 20 cents sur leur salaire horaire (de 2,9 dollar à 2,7 dollars / heure), au Mexique, ils ont perdu 10 cents (de 2,2 $ à 2,1 $ / heure) et en Afrique du Sud, plus de 70 cents (de 4,3 $ à 3,6 $ / heure).

Les salaires chinois horaires ont aussi dépassé ceux de l’Argentine, de la Colombie et de la Thaïlande au cours de la même période, à la faveur de l’entrée de la Chine dans l’Organisation Mondiale du Commerce en 2001.

L’ouvrier chinois gagne encore 20% de moins que ses collègues au Portugal

Avec un tel taux horaire, l’ouvrier chinois se rapproche progressivement des niveaux de salaires des pays en difficultés de la zone euro. Au Portugal, le travailleur local a perdu près de 2 $ de salaire horaire depuis 2005. En 2016, la rémunération moyenne horaire était de  4,5 $ / heure, alors qu’elle était de 6,3 dollars il y a 10 ans.

La hausse du salaire horaire de la Chine est inédite. Même en Inde, qui a pourtant connu une forte croissance, année après année, le salaire horaire a stagné autour de 0,7 $ pendant 10 ans.

Screenshot 2017-02-27 08.05.15

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Publié par le septembre 19, 2017 dans Chine, Economie, INTERNATIONAL

 

Guennadi Ziouganov: Sauver la Russie passe par un changement de cap

12 septembre 2017 13h00 – le Parti communiste
Guennadi Ziouganov: Sauver la Russie a besoin d'un changement de cap

Message du Président du Comité central du Parti communiste Guennadi Ziouganov, l’ouverture de la session ordinaire de la Douma d’Etat

Nous n’avons jamais commencé une session parlementaire ordinaire dans une telle complexité, dans une situation aussi alarmante pour notre pays. Pour parler franchement, la guerre a été déclarée à la Russie . Nos adversaires ont utilisé l’arme économique, mais c’est une vraie guerre. Nous devons être conscients de cela. Les sanctions américaines visent ouvertement à infligent une attaque à grande échelle sur le secteur des produits de base russe, dans notre accès au marché mondial, en déstabilisent complètement notre économie. Et cela signifie – et le pays dans son ensemble. C’est une lutte avec la Russie pour la destruction. Dans cette situation, il est nécessaire de manifester la plus grande responsabilité dans le rassemblement de toutes les forces, toutes les ressources disponibles du pays. Et tout de suite, il faut  résoudre le problème de l’auto-développement qui nécessite une nouvelle industrialisation, et une révision fondamentale du modèle socio-économique, qui nous est imposée par l’effondrement de l’URSS. Sans elle, nous sommes condamnés à la stagnation et à la dégradation.Ces dernières années, les autorités cherchent avec insistance  à séparer les questions de politique étrangère avec les problèmes socio-économiques internes. Mais en fait, ces problèmes sont reliés entre eux, étroitement liés et relèvent d’une menace commune à la sécurité de l’Etat russe. Alors ouvertement est mise  la pression sur nous, alors la menace déchaînée de   l’Occident permet exactement ce qui s’est passé il y a vingt cinq ans  quand le pays a été entraîné dans un système de « capitalisme mondial ». Ils l’ont forcée à renoncer à l’indépendance économique et financière. Il a été plongé dans l’orgie criminelle oligarchique. Nous avons été forcés à accepter les règles du capital transnational prédateur avec les droits qui lui sont subordonnés aux  matières premières. Et nous poursuivons sur le même chemin, en dépit du fait que ce cours  à plusieurs reprises s’est avéré être nocif et alors que son maintien  est de plus en plus dangereux pour la Russie.

Plutôt que de reconnaître la nécessité de changer de cap, d’améliorer la situation de l’économie, la reprise de l’industrie nationale, le gouvernement ne dit rien de l’ampleur réelle de la crise. Et même, il essaie de convaincre les gens que nous sommes sur la bonne voie. On tente de nous persuader  que l’économie commence à croître, que l’inflation est tombée à zéro, que dans le pays il n’y a pas la pauvreté de masse. Mais la question se pose: si tout est si bien, alors pourquoi le gouvernement a fait preuve d’une crainte aussi évidente face aux élections régionales tenues le 10 Septembre? Pourquoi a t-il voulu aussi clairement faire en sorte que ces élections soient aussi peu accessibles aux électeurs? La réponse est que le gouvernement sait que les gens peuvent ne pas approuver la politique actuelle et ses effets destructeurs.

Élections – une manière pacifique, démocratique d’aborder  la crise grave. Nous, le Parti communiste, nous avons proposé un choix  responsable. Notre programme « 10 étapes pour une vie décente » a été présenté à tous les électeurs en Russie. Dans le cadre de ce programme, nous avons présenté les moyens. Les électeurs ont apprécié notre position constructive et  l’importance de nos offres. Le Parti a amélioré ses résultats en Extrême-Orient, la Sibérie et dans d’autres régions du pays. Et ce malgré le fait que, pendant la campagne et le jour du scrutin, il y a au beaucoup de manipulations et de violations flagrantes.

Nous croyons que l’élection peut avoir un sens  s’il y a un véritable programme public qui offre une perspective  entièrement nouvelle  c, s’il y a une équipe solide capable de tenir un débat, s’il y a un nombre honnête de vote. Nous avons formé une équipe solide de candidats et des gouverneurs. Nous avons offert au parti au pouvoir de mener un débat sur le fond. Mais ils ont refusé un débat significatif  sur les problèmes,  pratiquant  le diktat administratif et  l’exploitation de l’autorité du président.

Les gens ne supportent pas  la baisse des revenus dont le taux s’accroit sans cesse depuis plus de trois années consécutives. 22 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Et il y en  2 millions de plus que l’an dernier. Presque chaque seconde, une  famille est au bord de la pauvreté. Regardez, quels sont les résultats des sondages d’opinion réalisés ces derniers mois. Même ceux des enquêtes menées par les sociologues étroitement associé au gouvernement. 10% des citoyens disent qu’ils sont sous-alimentés. Une personne sur trois n’a pas assez d’argent pour acheter des vêtements. 70% ne peut pas se permettre de voir des événements culturels. C’est une véritable honte pour les pays les plus riches du monde, le système actuel dans le pays va vers le vol et l’humiliation. . La pauvreté, la hausse des prix et l’inégalité  sociale sont  flagrante – c’est ce que dit la grande majorité. Les problèmes majeurs sui contredisent  les rapports de propagande officielle sur la reprise économique inexistante.

Même sur les réseaux sociaux on voit que  les enfants de guerre ne trouvent pas de fonds dans le budget. Hitler a pris leur enfance, mais aujourd’hui le capitalisme sauvage les prive d’une vieillesse digne, celle-ci est vouée à la pauvreté. le  Parti communiste a proposé des lois  pour les enfants de la guerre par quatre lois  à la Douma d’Etat. Et toujours le, « parti au pouvoir » a refusé de les accepter.  Pour la cinquième fois, est ignorée à nouveau notre demande de protéger ceux qui en ont le plus besoin?

Il y a le vol éhonté du peuple pour plaire à l’oligarchie insatiable. Des millions de personnes sont pauvres, et un groupe de nouveaux riches continuent de s’enrichir fabuleusement. Au cours de la dernière année 200 plus riches propriétaires russes ont ajouté à leurs capitaux plus de 100 milliards $. Et dans leurs mains déjà 460 milliards – deux fois et demi le budget fédéral. Depuis le début de cette année, 28 oligarques majeurs se sont enrichis de 17 milliards $. Et rien n’est donné en retour au pays auquel les ressources manque. Rien ne s’investit . Il font encore en déduire la ponction du  capital étranger.  les sociétés offshore étrangères ont raflé pour plus de 60 billions de roubles. L’équivalent de cinq budgets fédéraux . Un système qui transforme le pays et les poches du peuple en lieu ouvert au capitalisme mondialisé. Et  ce dans un souci de renforcer les économies étrangères. Tout est fait pour satisfaire ceux qui en maniant des sanctions menacent de nous mettre à genoux.

En conséquence, le budget de l’Etat d’aujourd’hui ont seulement 13500000000000 roubles. Alors que le développement du budget devrait être  au moins de 22 billions de dollars. Les investissements continuent de diminuer dans l’économie réelle. Dans tous les secteurs, à l’exception de la matière première,dans la première moitié de 2017 – on a assisté àune baisse brutale des bénéfices des entreprises. base matérielle et technique de l’économie . Même dans l’industrie pétrolière – dans le secteur le plus prospère – un tiers de toute la puissance, selon les réglementations en vigueur, est complètement obsolète et pratiquement inutilisable.

Le pays a recommencé de nouveau une baisse rapide de sa population. Au cours du premier semestre de cette année, il est accéléré en quadruplant par rapport à l’année précédente . Dans chaque région, la mortalité russe est à moitié   deux fois plus élevé que le taux de natalité. Des régions entières sont vides en raison de cette extinction et à cause du fait que les gens immigrent hors de là, fuyant la pauvreté et  la ruine. Il y a quelques jours s’est tenu le Forum économique de l’Est. Le Président, parlant dans son discours d’ouverture, a déclaré des projets à grande échelle, qui sont prévus  en Extrême-Orient. Mais il a été forcé d’admettre qu’il y a une pénurie catastrophique des ressources humaines pour répondre aux graves problèmes économiques et sociaux. Au cours des 25 dernières années, l’Extrême-Orient a perdu 2 millions de personnes.

La Russie contribue directement à l’extinction par l’ « optimisation » de la sphère médicale – la réduction des effectifs, la baisse de la qualité des soins, les réductions des dépenses  du budget. Cette année, le financement de la médecine du budget fédéral  a été réduit de 17% au cours de l’année 2016. Et à partir du budget régional, il lui a été  alloué 44% de plus il y a moins d’un an.

Mais ce budget de lutte face à la pauvreté et la dégradation n’est pas réalisé, et il est volé, utilisé de façon inappropriée. L’an dernier, la Chambre des comptes a révélé des violations d’un montant de 965 milliards de roubles dans l’utilisation des fonds budgétaires. la  violation de la seule  première moitié de 2017 se révèle être plus étendue que pour toute l’année dernière. les programmes prioritaires du gouvernement financés sur un seul tiers moyen des fonds qui leur sont alloués cette année. Alors que le financement n’est pas encore commencé.

La dégradation de l’économie et de la sphère sociale, la paupérisation de masse, le chapardage des ressources financières russes par les sociétés offshore et les banques étrangères, la corruption colossale – ce sont des alliés internes des ennemis étrangers russes, qui nous attaquent par des sanctions. Et ceux qui contribuent à l’approfondissement de la crise dans notre pays, qui ne fait rien pour lui résister, aussi, agfissent comme leurs alliés. Cette politique est contraire aux intérêts nationaux du pays et est un jouet dans les mains de nos détracteurs outre-mer.

Récemment, le gouvernement russe a changé sa position sur la scène internationale. Mais si elle ne correspond pas à un changement de cap fondamental dans le pays, nous ne pouvons pas résister aux plus graves défis.

Pendant ce temps, le gouvernement continue de considérer les extrémistes libéraux comme les garants d’un redressement  de l’économie, alors que ces programmes se traduiront par une crise encore plus profonde. Il y a quelques jours, l’ancien ministre des Finances Koudrine a dévoilé les détails de son programme de « développement » de la Russie jusqu’en 2024. Il dit vouloir clairement  « optimiser » le budget et  les investissements dans les soins de santé et l’éducation, sont presque complètement éliminés dans la gestion économique, il veut relever l’âge de la retraite, réduire les dépenses de la sécurité nationale et de la défense. Et convertir une force armée ordinaires sur une base contractuelle, pour rendre l’armée mercenaire. Voici les recettes qui nous sont imposées à un moment où l’OTAN  est  toujours plus proche de nos frontières, la situation internationale devient de plus en plus explosive, pleine de conflits militaires à grande échelle. Et même la menace d’une nouvelle guerre mondiale.

Les libéraux ne passent pas seulement sous silence le fait que l’ont peut  s’assurer un flux d’énormes fonds  et obtenir un plein développement du budget, en arrachant des mains de l’oligarchie  la base des ressources minérales, en mettant un terme au retrait incontrôlé de capitaux à l’étranger et l’adoption d’une nouvelle loi fiscale, où les riches seront lourdement imposés . Ils ne rejettent que la demande de redistribution équitable des richesses nationales, qui est maintenant contrôlé par un petit groupe de NOUVEAUX RICHES. Ils cherchent à affaiblir la Russie a finalement la désarmer complètement sous le  prétexte de « reprise » de l’économie que leurs propres efforts ont entraînés dans une crise.

Mais le cabinet ne s’est pas interdit  de les écouter, d’adopter leur programme. Et notre programme anti-crise « 10 étapes pour une vie décente », continue d’être ignoré  obstinément par le régime. Bien que ce soit le seul programme cohérent de développement, qui servirait   vraiment les intérêts de l’Etat et ceux de la majorité des citoyens. Le seul programme qui est conçu pour remplir le budget . Comment parvenir à de véritables importations. Comment assurer la croissance des investissements dans l’économie nationale. Comment augmenter la part  de l’agriculture à au moins 10%  des dépenses du budget, et le coût des soins de santé, la science et de l’éducation – au moins jusqu’à 7% des dépenses.

Il est temps de se rendre compte que le temps nous oblige à adopter de telles lois, ce qui facilitera le retour du contrôle de l’Etat sur la société et les industries d’importance stratégique et les ressources financières du pays. Les lois qui supprimeront l’oligarchie irresponsable et le pillage de la gestion économique. Si nous continuons à retarder –  la Russie ne pourra se soustraire à une catastrophe qui affectera tout le monde. Y compris chacun de ceux qui aujourd’hui continuent de résister à un changement de politique socio-économique. On continuera à  nier le caractère inévitable historique du virage à gauche et revenir aux principes de justice sociale et de la démocratie, sans laquelle il est impossible de sauver le pays et assurer un avenir digne.

Guennadi Ziouganov, président du Comité central du Parti communiste

 
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Publié par le septembre 13, 2017 dans Economie, GUERRE et PAIX, Russie

 

Portugal : un redressement économique et social qui prend Bruxelles à contre-pied

Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines. 

Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines.
(Photo Patricia de Melo Moreira / AFP)

Le Portugal n’a presque plus de déficit budgétaire, bénéficie d’une des meilleures croissances de la zone euro, a fait baisser son chômage et attire les investisseurs. Le petit miracle économique et social portugais s’est réalisé en moins de 2 ans avec une politique pourtant opposée aux demandes de la Commission européenne. Doit-on parler désormais du modèle portugais plutôt que du modèle allemand ou suédois ?

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Il y a un an, en juillet 2016, la Commission européenne entamait une procédure pour « déficit excessif » contre le gouvernement de Lisbonne. Le Portugal risquait une amende, selon Bruxelles, puisque il était censé ramener son déficit à 2,5 % de son PIB en 2015 au lieu des 4,4 % annoncés. La procédure a été abandonnée un mois plus tard. Etonnement, la France n’était pas soumise à la même pression, alors qu’elle n’avait pas — elle non plus — tenu ses engagements : 3,4% de déficit au lieu des 3% requis. Depuis, le phénomène s’est radicalement inversé : le Portugal a réduit son déficit à 2,1% en 2016 et devrait le ramener à 1,5% cette année. La France, elle, a abaissé péniblement son déficit à 3,3% en 2016 et table sur 3,2% cette année quand elle s’est engagée à atteindre… 2,8%. L’Espagne est encore à 4,5%.

Mais l’économie portugaise n’a pas réussi à réduire ses déficits par la baisse des dépenses publiques, des réformes structurelles du travail visant à « assouplir » les droits des salariés, ou en abaissant les protections sociales, comme le préconise la Commission européenne. C’est même l’inverse qui a été pratiquée au Portugal depuis un an et demi. Un choix qui explique certainement l’irritation très nettement affichée par Bruxelles au printemps 2016, lors des annonces de Lisbonne.

> Portugal : les audaces de la gauche irritent à Bruxelles​

Mesures socio-économiques

Depuis novembre 2015, c’est un gouvernement socialiste qui est au pouvoir au Portugal, soutenu et poussé par une union des gauches, composée du Parti communiste portugais, des écologistes, et du « Bloco de esquerda », le bloc de gauche (gauche radicale). Les choix économiques et sociaux de ce gouvernement se sont portés sur une politique clairement anti-austéritaire et antinomique avec celle pratiquée par le gouvernement précédent, de droite, qui avait gelé le salaire minimum et les pensions de retraites, augmenté les impôts, et réduit les aides publiques. Ce qui n’avait pas permis de réduire le déficit budgétaire ni le chômage significativement, mais avait fait exploser la précarité et la pauvreté dans le pays.

Le gouvernement du nouveau premier ministre, António Costa, depuis 2 ans, a donc appliqué des réformes qui avaient été déclarées dans son programme de coalition, en parfaite opposition avec la politique précédemment menée, comme le souligne cet extrait : « La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs. »

Le salaire minimum a été augmenté en 2016 puis de nouveau en 2017, en échange de baisses de cotisations pour les employeurs, de 23% à 22%. Ces deux augmentations du SMIC portugais ont passé le salaire minimum de 505€ à 557 €. Puis des mesures économiques à vocation sociale — mais aussi de relance du pouvoir d’achat — ont été prises : augmentation des retraites et des allocations familiales, renforcements du droit du travail, baisses des impôts pour les salariés les plus modestes, arrêt des privatisations de services et d’infrastructures publics, programme de lutte contre la précarité. Il est aussi prévu de supprimer les coupes dans les revenus des fonctionnaires et de ramener leur temps de travail à 35 heures par semaine. Sur le plan purement économique, la stratégie portugaise n’a pas été non plus en accord avec les demandes de la Commission, et se sont pourtant avérées payantes.

Politique anti-austéritaire de relance par la demande

Le chômage se situait à 14,4% en 2014, après une année noire à plus de 16% en 2013, puis s’était stabilisé en 2015 — mais toujours à un niveau élevé — à 12,2%. En 2016, une nouvelle décrue l’a fait parvenir à 11,1%, et en 2017, le chômage est à 8,8% au deuxième trimestre, ce qui laisse envisager, selon les spécialistes, un taux pour de 9,4% pour l’année entière. Un chômage potentiellement inférieur à celui de la France. Les projections actuelles des instituts tablent sur un chômage portugais à 7% en 2019, le plus bas depuis 2004.

Le virage actuel des politiques économiques du pays n’est pas étranger à cette nette amélioration des créations d’emplois sur deux années consécutives avec pour conséquence la progression de la croissance du PIB, évaluée pour 2017 à 2,5%, contre 1,9% pour la zone euro et seulement 1,5% pour la France. Le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici a confirmé ces bons résultats en juillet à Lisbonne, indiquant que « la réduction du déficit au Portugal est durable » et que « la croissance sera probablement supérieure à 2,5% en 2017« . Malgré tout, l’ancien ministre français de l’économie de François Hollande a tenu à dire au gouvernement portugais que « sur le plan du marché du travail, il faudra veiller à mieux intégrer les chômeurs de longue durée. »

Le ministre de l’économie du Portugal, Caldeira Cabral, explique cette reprise économique par plusieur facteurs. Le premier est celui d’un renouveau d’industries orientées à l’export telles que l’automobile, les chaussures ou encore le textile qui avaient quasiment disparu du paysage. Les industriels, installés depuis des années dans les pays de l’Est pour la main d’oeuvre très bon marché, sont en train de revenir vers le Portugal, à la recherche d’une meilleure qualité professionnelle tout en conservant des coûts salariaux avantageux. Les investissements sont effectivement en hausse depuis deux ans, particulièrement dans l’industrie automobile. Caldeira Cabral pense que la hausse des revenus joue aussi, en redonnant confiance aux investisseurs, aux entreprises, avec une demande interne qui augmente et une progression de la consommation vers des produits de meilleure qualité.

Cette politique de relance par la demande, confortée par une politique sociale du mieux-disant est dans le même temps tirée par une revitalisation du tourisme grâce — entre autres — à des projets immobiliers haut de gamme. Plutôt miser sur la qualité, donc que sur les prix bas. Pierre Moscovici, sur ce plan, a tenu à souligner, toujours lors de sa visite de juillet dernier, « Le retour de l’investissement à la fois externe et interne, les bons résultats des exportations ainsi que le boom du tourisme« . Mais sur le plan budgétaire, le Commissaire français a étrangement déclaré que « les efforts doivent être poursuivis pour réduire le déficit structurel« , alors que le pays est devenu l’un des meilleurs élèves de la classe sur ce sujet, tandis que la France ou l’Espagne ne le sont toujours pas…

Nouveau modèle portugais très discret

Depuis la crise financière de 2008 et celle des dettes souveraines de 2010, la plupart des pays du sud de l’Europe n’ont pas réussi à sortir la tête de l’eau : les déficits budgétaires sont souvent supérieurs aux critères européens, le chômage y est toujours très élevé, les problèmes sociaux causés par la précarité persistent. Les prêts concédés par le FMI, sous l’égide de la BCE et de la Commission européenne pour aider ces pays à retrouver un peu de vigueur et payer leurs dettes ont été tous accompagnés d’obligations de réductions des déficits, par une baisse des dépenses publiques et des demandes précises, comme le gel des salaires des fonctionnaires, des pensions de retraite, la baisse des prestations sociales.

Ces politiques dites d’austérité ont été doublées de réformes structurelles du marché du travail visant à assouplir les droits des salariés pour améliorer la compétitivité des entreprises. Ces réformes du marché du travail sont elles aussi une demande de Bruxelles. La Grèce, l’Italie ou l’Espagne ont effectué ces politiques d’austérité et ces réformes sans succès concret. Tout comme le Portugal jusqu’en 2015. L’Italie, si elle a baissé ses dépenses et a atteint un déficit inférieur à 3% en 2016, n’arrive pas à faire baisser son chômage qui est supérieur à 11%. En Espagne, le chômage est à 18,7% au premier trimestre 2017, et le déficit public ne colle toujours pas aux critères de Bruxelles : 3,6% en 2016. L’échec des politiques de rigueur budgétaire accompagnés des « assouplissements du marché du travail » ne permettent visiblement pas de faire repartir ces économies.

Le Portugal a démontré depuis 2 ans, qu’une politique — inverse aux politiques austéritaires, et donc basée sur une relance par la demande et l’amélioration des protections sociales — pouvait fonctionner. Ce que le FMI avait déjà confirmé en 2016 en annonçant à propos de la Grèce que « l’austérité ne fonctionnait pas« . De là à préconiser une politique sociale de relance en Europe, le pas est un peu grand pour l’institution internationale qui a toujours été favorable au désengagement financier social des Etats et à la privatisation de leurs infracstructures et services.

Malgré tout, si l’exemple portugais était mis en avant, il pourrait être une piste intéressante de redressement « par le haut » des Etats de la zone euro encore affectés par la crise. Une sorte d’espoir de changement économique et social permettant une sortie de crise. A moins que le modèle économique allemand, de plus en plus contesté pour ses effets sociaux négatifs, ne cède la place au modèle suédois qui semble attirer des dirigeants politiques, dont Emmanuel Macron ?

>Suivre le modèle allemand ? Chiche ! (Article de février 2012)

Le modèle suédois reste malgré tout difficile « à vendre », bien que sa réussite économique soit réelle : ce pays n’est pas dans la zone euro, possède depuis longtemps l’un des niveaux de vie les plus élevés du monde, et surtout, ses salariés sont syndiqués à 80%.

Il n’est donc pas certain qu’appliquer les méthodes sociales et économiques en cours en Suède soit possible si facilement pour des pays de la zone euro. Le Portugal, par contre, applique lui, des politiques économiques et sociales connues, et ce, au sein de la zone de la monnaie unique, l’euro… Pour l’instant, aux vues de ses résultats et de la vitesse à laquelle ils ont été acquis, il semble que le Portugal ait surtout un seul défaut : il ne suit pas la ligne dictée par la Commission européenne.

 
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Publié par le septembre 13, 2017 dans Economie, Europe

 

M. Trump s’est fait mater

Toujours ce site qui conseille les investisseurs pour placer leur argent, non seulement ces spécialistes des questions financières non seulement prévoient une nouvelle crise des subprimes, mais ils sont également convaincus que les forces qui agissent en faveur de la guerre sontt en train de gagner la partie aux Etats-Unis et donc en Europe. (note de danielle Bleitrach

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LES NOTES DE BILL BONNER


Bannon est parti. Priebus, Spicer et Scaramucci… aussi.

Et Donald J. Trump ?

Téméraire, vain, puéril, sans instruction, grossier, sa stupidité était rafraîchissante.

Maintenant, il n’est peut-être plus là, lui non plus… après s’être fait dompter par les « grandes personnes ».

Toujours plus de guerre, toujours plus de dette

Oui, les sensations fortes ont disparu… la spontanéité… les mensonges en toute bonne foi… et les surprises dénuées de pertinence. M. Trump s’est fait dresser.

Kelly, Mattis, McMaster, Cohn et Mnuchin sont aux commandes. Il se pourrait toutefois que ces bureaucrates du Pentagone et escrocs de Wall Street soient pires qu’un président incontrôlable.

Plus dangereux. Plus sinistres. Plus rapaces et impitoyables. Et pas amusants du tout.

A présent, nous savons quelle orientation prend ce gouvernement : toujours plus de guerre, de dette, de réglementation, de cette bonne vieille corruption et de ce bon vieux baratin.

L’ascension de la dette fédérale américaine va pouvoir reprendre

Evolution de la dette publique américaine depuis que le dollar s'est détaché de l'or

Autrement dit, l’orientation n’a pas changé.

Et nous savons ce que cela signifie, du moins pour l’économie.

Le marigot s’étend

Revenons un peu en arrière pour les nouveaux lecteurs… Le problème auquel est confrontée l’économie américaine, c’est le « marigot » : ces réglementations, législations et obstacles financiers provoqués par l’argent falsifié et la répression financière.

Le marigot est empoisonné par le double jeu. Il grouille d’idées loufoques politiquement correctes. Il couvre de fange tout le système de marché.

Si vous tentez de vous y frayer un chemin, vous vous enlisez très rapidement. La Loi Dodd-Frank, à elle seule, a alourdi de 848 pages la Loi Glass-Steagall qui en comptait 39… ajouté 22 000 pages de réglementations supplémentaires !

Avec cette forêt de lianes qui vous entrave, il est difficile de créer une nouvelle entreprise (selon la Brookings Institution, on ferme davantage d’entreprises que l’on en crée aux Etats-Unis). Sans nouvelles entreprises, la croissance du PIB stagne.
[NDLR : comment aider de jeunes entreprises à croître ? Rejoignez les « nouveaux millionnaires » qui y investissent en dehors des marchés financiers et des banques… et multiplient leur investissement par 10 et plus, obtiennent un rendementquatre fois supérieur à celui d’une assurance-vie. Pour connaître et appliquer leur méthode, cliquez ici.]

Le marigot n’est pas le fruit du hasard. Il n’est pas apparu par enchantement. Au contraire, il s’est développé à mesure que les fameuses « grandes personnes » se rendaient compte qu’elles pouvaient utiliser le pouvoir du gouvernement pour obtenir ce qu’elles voulaient.

Petit rappel supplémentaire : il n’existe que deux façons d’avancer. Soit vous produisez, soit vous prenez.

Vous pouvez conclure un accord gagnant-perdant avec vos voisins : un accord volontaire dont chaque partie pense sortir gagnante. Les gens travaillent les uns pour les autres. Ils échangent les uns avec les autres. Ils épargnent et investissent leur argent mutuellement.

Ils font aux autres… vous connaissez la suite.

Ces accords nous enrichissent et améliorent notre situation. Voilà pourquoi nous les concluons.

Certaines personnes, toutefois, trouvent qu’il est plus facile de prendre l’argent des autres que de le gagner elles-mêmes.

Traditionnellement, elles se tournent vers la politique. Le gouvernement a le monopole de la force. Donc la grande majorité des accords gagnants-perdants sont conclus avec la connivence de l’Etat.

Au fil du temps, l’influence de ceux qui se servent augmente : il y a davantage de lois, de réglementations et de programmes qui récompensent uniquement les initiés. Pour ces personnes, le gouvernement devient un instrument leur permettant d’obtenir ce qu’elles veulent en le prélevant sur l’économie productive gagnante-gagnante.

L’instinct mis de côté dans le Bureau Ovale

Nous avons vu ce processus à l’oeuvre lundi dernier, lors du discours capital de Donald Trump à propos de l’Afghanistan.

Le citoyen Trump a affirmé pendant des années qu’intervenir en Afghanistan relevait du « gaspillage » et qu’il fallait « se sortir de là ».

A présent, les choses ont changé. C’est le président Trump, désormais. Et il n’est pas fou. Voici ce qu’explique le président :

« Mon premier instinct était de sortir de là, et historiquement, j’aime bien suivre mon instinct. Mais toute ma vie, j’ai entendu que les décisions sont très différentes lorsque vous êtes assis dans le Bureau Ovale. »

C’est juste. Lorsque vous êtes président, vous obéissez au Deep State et non au peuple qui vous a élu.

Le public crée de la richesse ; le Deep State s’en empare. Les électeurs élisent leur président ; le Deep State lui dit ce qu’il doit faire.

Dans une démocratie, le gouvernement tient son autorité des citoyens. Le Deep State s’en fiche totalement. C’est lui qui prend les décisions importantes.

C’est ainsi que la politique étrangère que M. Trump souhaitait conduire, et que les électeurs avaient choisie, a été rejetée au profit de la politique privilégiée par les initiés.

Même le Washington Post – la référence du Deep State – a applaudi :

« Lors de son discours sur l’Afghanistan, lundi, M. Trump a indiqué qu’il corrigeait son opinion, chose rare mais appréciée. Son ‘premier instinct’, a-t-il dit, avait été de ‘sortir de là’, mais après avoir étudié la question avec ses conseillers pendant plusieurs mois, il s’est rendu compte que ‘les conséquences d’une sortie rapide étaient à la fois prévisibles et inacceptables’.

C’était la bonne conclusion, et il faut reconnaître que M. Trump a du mérite, de modifier sa position au risque de contrarier certains de ses soutiens politiques. »

Les Gendarmes et les Goldmen

Mais pourquoi le Deep State voudrait-il poursuivre une guerre si improductive ?

La réponse est simple : cela rapporte.

Ce n’est pas un conflit respectable, de type Deuxième Guerre mondiale… et aucune armée de conscrits n’y combat.

Aujourd’hui, la « guerre » permet aux « huiles » d’obtenir des privilèges et un pouvoir que seul un milliardaire pourrait avoir au sein d’une économie productive. Et les prestataires de la défense, leurs compères, l’utilisent pour engranger des bonus et des stock-options !

Les compères prestataires sont deux fois et demie plus nombreux que les véritables troupes présentes en Afghanistan. Tout compris, ils ont déjà ponctionné 1 000 Mds$ sur l’économie du quotidien.

Cette année, ils obtiendront environ 45 Mds$ supplémentaires, soit plus du double de ce que produit annuellement l’économie afghane tout entière.

Le voilà, le « marigot » que Trump avait promis d’assainir. Hélas, c’est Trump qui a été contaminé.

Les gens ne sont pas systématiquement mauvais ou bons, mais ils sont toujours sous influence. M. Trump, qui n’est pas un ange, est désormais totalement sous l’influence des démons à qui il a ouvert la porte : ses Gendarmes et ses Goldmen — ceux qui tiennent les cordons de la bourse.

Ce mois-ci, les Gendarmes ont recadré le président ; les guerres étrangères du Deep State ne seront pas remises en question.

Le mois prochain, le président devra faire face à une nouvelle épreuve : l’argent va manquer et le plafond de la dette empêchera d’en emprunter davantage.

Alors, les Goldmen lui diront ce qu’il doit faire.

 
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Publié par le août 25, 2017 dans Economie, Etats-Unis

 

La « guerre économique » pour les Nuls (et les journalistes) par Maurice Lemoine – Partie 3

par Les-crises.fr DT

Source : Mémoire des luttes, Maurice Lemoine, 13-08-2017

PARTIE 3

Des dirigeants de l’opposition aux prélats (bien nourris !) de la Conférence épiscopale vénézuélienne en passant par le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), le grand ami de Washington Luis Almagro, monte un même cri : il faut d’urgence ouvrir un « canal humanitaire » pour permettre l’approvisionnement du pays en matériel et en produits médicaux. D’après Freddy Ceballos, président de la Fédération pharmaceutique du Venezuela, la dette de l’Etat envers le secteur serait colossale : plus de 5 milliards de dollars. En conséquence, les stocks de médicaments disponibles ne correspondent qu’à 15 % des besoins.

En mai 2012, sous Chávez, les mêmes acteurs dénonçaient déjà une coupe de 42 % des devises dans le secteur de la santé ; en 2013, ils annonçaient un niveau de pénurie de 40 % ; en 2014 de 60 %, en 2015 de 70 %. Ce à quoi, après examen des chiffres et statistiques, Pasqualina Curcio répond : « Ils ne correspondent pas au niveau d’importations enregistrés (…) et encore moins aux rapports financiers annuels des grandes corporations transnationales responsables de l’importation de ces produits. »

Ces « grandes corporations » reçoivent des devises à taux préférentiel, achètent les produits à l’extérieur et les vendent en bolivars tant au Système public national de santé (SPNS) qu’aux établissements privés. Alors que, de 2003 à 2014, l’importation de produits pharmaceutiques a connu en dollars une augmentation de 463 %, Henry Ventura, ex-ministre de la santé et actuel directeur de l’Ecole de médecine Salvador Allende, chiffres lui aussi en main, signalait en janvier dernier : « En 2004, les laboratoires ont reçu 608 millions de dollars sans qu’on note de pénuries. » En revanche, plus rien ne va lorsqu’ils obtiennent « un total de 3,2 milliards de dollars en 2013 et 2,4 milliards de dollars en 2014 [1 ». Raison pour laquelle, un an auparavant, alors député, il avait déjà exhorté la Procureure de la République Luisa Ortega à enquêter, « vu qu’on ne trouve plus de médicaments nulle part ». Semblerait-il sans grand résultat.

« Aucune des grandes corporations pharmaceutiques responsables de l’importation de 50 % des produits pharmaceutiques au Venezuela n’a enregistré des pertes, une diminution des bénéfices ou une chute des ventes durant 2015, note Curcio ; pas plus qu’en 2012, 2013 et 2014. » Des propos difficilement contestables car confirmés dans son ouvrage par la reproduction des rapports financiers des firmes en question – Abbott Laboratories C.A., Productos Roche, Novartis de Venezuela S.A., Bayer S.A., Pfizer Venezuela S.A., Sanofi-Aventis de Venezuela S.A., Merck S.A., etc [2].

Le 2 septembre 1973, neuf jours avant le coup d’Etat de Pinochet, les Chiliens pouvaient lire dans le quotidien Clarín : « “Grâce au travail volontaire, les samedis et dimanches, puis au travail de nuit, nous augmenterons la production du sérum dont notre pays a besoin”, affirment unanimement les 45 travailleurs du Laboratoire Sanderson, unique producteur de ce médicament vital au Chili », tandis que leur syndicat, se référant à la pénurie artificiellement créée par ce monopole, ajoutait : « Nous affirmons devant l’opinion publique que notre mouvement légitime (…) a pour objet la défense du pouvoir exécutif lorsqu’il entend réquisitionner les entreprises qui boycottent la production et qui sont vitales et stratégiques pour le pays [3]. »

Comparaison n’est pas raison ? En juin 2017, au Venezuela, les représentants de la Fédération des travailleurs de l’industrie chimique pharmaceutique (Fetrameco) accusaient les laboratoires Calox, Leti, Vargas, Behrens et Cofasa de diminuer leur production de médicaments prioritaires pour la population. De son côté, Richard Briceño, du syndicat des laboratoires Calox, dénonçait : « Ils utilisent la matière première pour fabriquer des produits vétérinaires et abandonnent l’élaboration des médicaments essentiels [4].  »

Au mois de février précédent, après une enquête des services de renseignements, plus de six tonnes de médicaments et de matériel chirurgical avaient été saisies dans deux habitations de Maracaibo (Etat de Zulia). Importés grâce aux dollars préférentiels, ils étaient destinés à partir en contrebande, comme le font d’énormes quantités détournées vers la Colombie.

Rien de plus démoralisant pour quiconque que d’être privé de ce qui rend la vie agréable – savon, déodorant, shampoing, dentifrice ou crème à raser. Quatre grandes entreprises contrôlent le marché des produits d’hygiène au Venezuela : Procter & Gamble, Colgate, Kimberly Clark et Johnson & Johnson. D’après leurs rapports financiers annuels, y compris ceux de 2105, aucune n’a enregistré de pertes ni de diminution des ventes. Entre 2004 et 2011, le firme Johnson & Johnson a reçu du gouvernement environ 2,8 millions de dollars par mois ; en 2014, elle en empoche 11,6 millions pour une même période, quatre fois plus que ce qu’elle recevait habituellement : tous ses produits manquent sur les lieux habituels d’écoulement.

En 2014 encore, Procter & Gamble s’est vu octroyer au taux préférentiel 58,7 millions de dollars, 5,3 fois plus que ce qu’elle recevait entre 2004 et 2011 (11 millions de dollars). S’ils mentionnent les difficultés et incertitudes dues aux taux de change évolutifs (et parfois erratiques), ses rapports annuels n’enregistrent ni diminution des ventes ni pertes opérationnelles au Venezuela [5]. En juillet 2015, en plein marasme affectant les consommateurs, la firme publie ce communiqué : « Ces dernières années, la compagnie a fait dans le pays d’importants investissements destinés à augmenter la capacité locale de production et à offrir des innovations dans nos produits. Il en résulte que notre capacité locale de production a augmenté de plus de 50 % et que nous jouissons aujourd’hui d’une absolue préférence des consommateurs vénézuéliens, qui ont fait de nos marques les leaders dans les catégories où elles sont en compétition [6].  »

En ce qui concerne le papier hygiénique, on offrira ici un sujet d’enquête aux journalistes que ce sujet fascine et qui ont du mal à se renouveler : en 2014, l’entreprise responsable de son importation et de sa distribution, Kimberley Clark de Venezuela, a reçu 958 % de devises de plus que celles qui lui ont été assignées entre 2004 et 2011. On pourrait même suggérer un titre : « Qui a piqué les rouleaux ? » Voire une autre investigation : comment se fait-il que dans tous les restaurants, de la plus modeste « cantina » à l’établissement le plus luxueux en passant par les innombrables « fast food », on trouve sur toutes les tables, à profusion, des serviettes en papier ?

Comme celui de Chávez, le gouvernement de Maduro se caractériserait par une violente hostilité envers le monde des affaires. Pour preuve : en faisant approuver en 2011 (Chávez) une loi organique sur « les prix juste », le pouvoir impose un plafond aux prix des produits de première nécessité et, en établissant en février 2014 (Maduro) une marge bénéficiaire maximum de 30 % sur les biens et services vendus, il ruine les commerçants. Plus personne ne produit ni ne travaille, les prix étant désormais inférieurs aux coûts de production.

Vue sous un autre angle, on ne jurerait pas que l’occupation de la chaîne Daka en novembre 2013 a été totalement injustifiée : après avoir obtenu plus de 400 millions de dollars d’argent public de 2004 à 2012 pour importer des biens électrodomestiques à bas prix, cette chaîne présente à Caracas, Punto Fijo, Barquisimeto et Valencia surfacturait jusqu’à 1000 % ses produits. Quant aux problèmes du magasin d’électronique et d’audio-visuel Pablo Electronica avec les autorités, ils ont commencé à la même époque lorsque a été découverte une augmentation injustifiée – de 400 % à 2 000 % des prix.

Création du chavisme en 2003, les contrôles ont été longtemps limités aux produits de première nécessité. Le pas supplémentaire effectué par Maduro a eu pour objectif, outre la lutte contre les usuriers et les spéculateurs, de limiter l’inflation (la plus haute d’Amérique latine).

Petites ou moyennes, certaines entreprises ont effectivement des problèmes parce qu’en compétition, dans un contexte hyper-spéculatif, avec de puissants concurrents. De véritables monopoles très souvent. Mais, plus globalement, l’analyse des données de n’importe quelle firme, où qu’elle opère dans le monde, permet de constater que le taux de marge moyen se situe non à 30 %, mais autour de 10 % ou 11 %. Pour tout capitaliste, il s’agit d’un bon résultat. Les économistes néolibéraux devant d’ailleurs reconnaître que les marges bénéficiaires sont élevées au Venezuela, ils objectent que « c’est à cause du risque » – l’argument théorique de la spéculation.

Sur les quarante-deux marchandises mises sur le marché par Polar, seules quatre ont un prix « régulé » : la farine de maïs, le riz, l’huile et les pâtes alimentaires. Cela n’a pas empêché que, avant l’élection présidentielle d’avril 2013, l’ensemble de sa production, et non ces seuls produits, ait reculé de 37 % ; au moment de « La Salida » (2014), de 34 % ; avant les législatives de décembre 2015 de 40 % [7].

Pour importer, on l’a vu, les négociants doivent acheter leurs dollars au gouvernement. Nul ne niera ici que le processus bureaucratique complexe ou les changements de règles permanents constituent un casse-tête pour un individu normalement constitué [8]. Ni que la masse globale des devises à octroyer a diminué. Ce qui a provoqué – ou plutôt accentué – un marché parallèle sur lequel la monnaie américaine se négocie bien au-dessus du cours officiel.

En décembre 2012, 1 dollar s’échangeait légalement contre 4,30 bolivars et, au taux parallèle, contre 10 bolivars. En 2013, on passait de 6,30 bolivars au cours légal à 20 dollars au marché noir. Durant les deux derniers mois de 2014, le dollar « libre » était 28 fois plus haut que le dollar « gouvernemental ». A la veille des élections législatives du 6 décembre 2015, il culmine à prés de 900 bolivars pour un dollar, soit une augmentation de 8 900 % en a peine deux ans ! A l’heure actuelle, il atteint 5 000 bolivars (contre 10 au cours officiel) !

Faute de devises obtenues à travers les mécanismes d’Etat, des particuliers, en quête de valeur refuge, achètent des dollars sur le marché noir. De leur côté, certains acteurs économiques – essentiellement les petites entreprises – se voient dans l’obligation de se tourner eux aussi vers ce monde parallèle. Une fois leur marchandise achetée à l’étranger, ils établissent leur prix de vente : salaires, frais généraux et montant de la facture en dollars reconvertie en bolivars, mais en fonction du taux de change prohibitif, ce qui fait exploser la valeur finale du produit. Dans ce cas précis, on peut légitimement attribuer une part de la responsabilité de l’explosion des prix « à la crise » et à un gouvernement dépassé par les événements.

Toutefois, le phénomène ne s’arrête pas là, ce qui en rendrait les effets relativement limités. Il s’aggrave lorsque les importateurs majeurs, bien qu’ayant reçu des devises au taux préférentiel, calculent leurs prix… en fonction du taux illégal. Pour l’explosion de leurs de profits illicites, pour le plus grand malheur du consommateur, qui voit s’écrouler son pouvoir d’achat. Sachant par ailleurs que nombre de corporations, lorsqu’elles reçoivent cinq dollars du pouvoir, n’en utilisent qu’un pour l’importation, et spéculent avec les quatre autres sur ce marché mafieux. Leur « business » n’est pas de pourvoir le pays en aliments, nous explique-t-on, mais « d’acheter et de vendre des dollars, sous prétexte d’acquérir des aliments ».

Les difficultés deviennent définitivement insolubles pour les autorités quand, par ailleurs, le taux de change parallèle explose parce que manipulé.

Sur ce fameux marché, le taux de change a enregistré une tendance constante à la hausse de 1999 à juillet 2012. Mais, de 26 % en moyenne jusqu’à 2011, cette variation annuelle dérape de 2012 à 2015, passant à 223 % (423 % entre 2014 et 2015), affectant la consommation finale et les processus de production. « Les variations les plus importantes, note Curcio dans son ouvrage, ont été enregistrées en octobre 2012 (présidentielle de Chávez), décembre de la même année (élection des gouverneurs des 24 Etats du pays), avril 2013 (nouvelle présidentielle) et décembre 2013 (élections municipales). » A partir de la fin 2013, l’augmentation sera soutenue et disproportionnée jusqu’à janvier 2016 (les élections législatives perdues par le chavisme ayant eu lieu en décembre 2015).

« La valeur de la monnaie sur le marché illégal, dénonce Curcio, ne répond à aucun critère économique ni aux variables associées, ne correspond en rien à la réalité, mais obéit à une intention politique qui cherche la déstabilisation à travers la distorsion des marchés et de l’économie en général. »

L’instrument de cette guerre (pas vraiment) invisible s’appelle Dollar Today (DT).

 

Photographie : Maurice Lemoine

NOTES

[1]  El Universal, Caracas, 29 janvier 2017.

[2]  La Mano visible del Mercado. Guerra económica en Venezuela, op. cit (pages 101 à 106).

[3] Miguel González Pino et Arturo Fontaine, Los mil días de Allende, Centro de Estudios Públicos, Santiago, 1997.

[4]  Últimas Noticias, Caracas, 6 juin 2017.

[5] P & G, 2015, Annual Report.

[6] « Comunicado de P & G », La Patilla, Caracas, 30 juillet 2015.

[7]  El Telégrafo, Quito, 19 novembre 2016.

[8] On est ainsi passé en 2013 de deux taux de change (l’un officiel, l’autre au marché noir) à quatre taux de change (trois officiels et un au marché noir).

Source : Mémoire des luttes, Maurice Lemoine, 13-08-2017

 

Les-crises.fr DT | 25 août 2017 à 4 h 00 min | Étiquettes : guerre économiqueVenerzuela | Catégories : GéoPolitique | URL : http://wp.me/p17qr1-Mta
 
 

CET INDICATEUR D’UN PRIX NOBEL D’ÉCONOMIE QUI FAIT CRAINDRE UN KRACH À WALL STREET

encore une annonce sur une nouvelle bulle financière comparable aux subprimes concernant la surévaluation des actions des monopoles financiarisés par rapport à leurs profits rééls. Par parenthèse, pour ceux qui se souviennent encore de Marx et de la loi de la valeur en  contradiction avec la loi du marché… (note de danielle Bleitrach)

Cet indicateur d’un prix Nobel d’économie qui fait craindre un krach à Wall Street
Atomic Imagery / Getty Images

Les actions cotées à Wall Street ont rarement été aussi chères, d’après un indicateur de valorisation méconnu du grand public. Depuis un siècle, à chaque fois qu’il a atteint ou dépassé le niveau actuel, un krach est survenu.

Le rally des actions à Wall Street a-t-il du plomb dans l’aile ? Depuis le plancher majeur de 2009, l’indice phare S&P500 a connu une envolée quasi-ininterrompue et surtout phénoménale, avec une multiplication par… 3,7 des cours. Une évolution permise par la reprise économique intervenue sur la période et la politique monétaire ultra-accommodante de la Réserve fédérale, qui a comprimé les taux d’intérêt à long terme, entraînant des arbitrages en faveur des actions et au détriment des obligations.

Résultat, les sociétés cotées de l’indice S&P 500 se paient actuellement, en moyenne, “18,4 fois les bénéfices estimés pour 2017 et 16,5 fois ceux attendus pour 2018”, rapportait récemment Frédéric Guignard, gérant actions chez Aviva Investors France. Si ces niveaux indiquent que les actions américaines ne sont pas bradées, ils ne semblent pas excessifs… à première vue. Las, un PER (valeur boursière d’une entreprise, rapportée à ses bénéfices) de près de 18 est moins attractif quand le cycle économique devient très mature (les profits ont déjà largement eu le temps de se redresser) – comme c’est le cas actuellement outre-Atlantique – qu’en phase de redémarrage de la croissance (quand la dynamique de hausse des bénéfices ne fait que commencer).

Aux Etats-Unis, la reprise dure depuis 8 ans (de gauche à droite : ampleur et durée de la progression du S&P500 depuis le creux de 2009, durée d’expansion du PIB en mois et évolution des profits des entreprises en pourcentage du PIB), cliquez sur l’image pour agrandir

BNY Mellon (Sources Bloomberg et Newton, 2016)

>> A lire aussi – Pourquoi il faut miser sur le CAC40 et les actions de la zone euro plutôt que sur Wall Street

Pour corriger ce biais, le prix Nobel 2013 d’économie et professeur de l’Université de Yale Robert Shiller a élaboré une jauge de valorisation des actions jugée plus fiable. Le “PER de Schiller” (ou PER ajusté du cycle économique) vise à s’affranchir de l’impact du cycle économique en rapportant la capitalisation boursière des sociétés à la moyenne de leurs bénéfices des 10 dernières années (avec une prise en compte de l’inflation). Or, à Wall Street, il vient de se hisser à 30, bien au-delà de la moyenne de longue période (16,8), d’après multpl.com.

>> A lire aussi – Les actions européennes ont un bien plus fort potentiel que Wall Street

En 100 ans, ce niveau n’a été atteint ou dépassé qu’à deux reprises : lors du pic précédant le krach d’octobre 1929 (qui a marqué le début de la Grande Dépression des années 30) et lors de la bulle de la fin des années 90, quand le PER de Schiller a grimpé jusqu’à 44, record historique. Même lors du pic d’octobre 1987 (qui a précédé le lundi noir du 19 octobre, marqué par un plongeon de 23% du Dow Jones), le PER de Schiller se limitait à 18…

Evolution du PER de Schiller du S&P 500 depuis 1880, cliquez sur l’image pour agrandir

multpl.com

>> A lire aussi – 2 scénarios pour une revanche des actions européennes sur Wall Street, selon Russell Investments

En comparaison, la situation sur les marchés d’actions de la la zone euro est moins inquiétante. D’après les données du gestionnaire d’actifs allemand Star Capital, le PER de Schiller ressortait, fin juin, à 19,8 à la Bourse de Paris, 19,4 à Francfort, 14,6 à Milan et 13,5 à Madrid. Selon cet indicateur, le marché d’actions russe apparaît comme le moins cher de la planète, avec un ratio de… 4,9. Pour autant, un krach à Wall Stret ne serait pas sans conséquences sur les Bourses mondiales. Comme dit le dicton, “quand Wall Street éternue, Paris s’enrhume”…

>> En vidéo – Les Bourses européennes vont-elles continuer d’être à la traîne ?, par Olivier Passet, directeur des synthèses chez Xerfi

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Publié par le août 24, 2017 dans Economie