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Rubén Velázquez : le chant de la mémoire et des racines meurtries…

écrit par Nicolas Coulaud 28 mars 2019 08:08

Grand interprète d’œuvres lyriques, le ténor toulousain Rubén Velázquez tisse aujourd’hui avec son association La Dame d’Aragon des liens culturels forts entre l’Occitanie et la province de Saragosse. Son histoire familiale, ses ascendances castillanes, nous tendent aussi le miroir d’une Espagne tourmentée, de ses mystères et de ses sortilèges.

Ruben Velasquez

La voix est suave, le timbre chaleureux. Attablé dans un café du Vieux Toulouse par une matinée froide et ensoleillée, Rubén Velázquez parle d’un ton posé, marque des silences comme pour mieux laisser vagabonder sa mémoire. Quelques semaines après la double représentation à la Halle aux grains de Hambre, Jota & Zarzuela, spectacle plastique et musical promu par son association La Dame d’Aragon, le ténor international, né dans la ville rose dans les années 50, semble reprendre le fil d’une longue discussion. L’histoire de sa famille (d’un côté des paysans sans terres du village de Navaluenga, dans les environs d’Ávila, et de l’autre les descendants de la noblesse d’épée d’une vieille lignée de Ségovie), son enfance et son adolescence passées en divers lieux de la rive gauche toulousaine, sa carrière de chanteur lyrique, de Barcelone à Milan en passant par Trieste, Madrid ou Venise : les grandes étapes, les faits indélébiles, mais aussi les détails et les anecdotes de sa vie et de son parcours passent tour à tour dans la voix et les mots du chanteur.

Des nombreux souvenirs qui remontent à sa mémoire, Rubén Velázquez évoque immédiatement des rues, des adresses, des numéros. Une façon de fixer sa géographie intime, sa topographie sentimentale, à la manière d’un Patrick Modiano… Naissance à Saint-Cyprien, au 76 rue Réclusane, dans ce quartier populaire peuplé d’exilés espagnols, de gitans, de familles pauvres qui vivent sans eau courante ni électricité dans des pièces souvent borgnes dont le sol n’est fait que de terre battue. « Je suis un enfant de Saint-Cyprien. Après la rue Réclusane, nous sommes allés vivre rue de Cugnaux, où j’ai passé l’essentiel de ma jeunesse, comme mon frère. Tous les jours ma mère partait travailler. Elle vendait notamment des beignets, des bonbons. D’abord de façon ambulante, avant d’ouvrir un stand aux halles de Saint-Cyprien. Quand j’étais petit, vers 4 ou 5 ans, je ne supportais pas que ma mère me laisse seul. Quand je n’étais pas à l’école, je l’accompagnais souvent au cours de ses tournées, dans les music-halls, les cafés, aux arènes du Soleil d’Or, tous les endroits où il y avait des animations» raconte Rubén Velázquez.

De bals en cabarets

Cantatrices, catcheurs, mimes, toreros, le tout jeune Rubén grandit dans un univers où se mêlent artistes et gens du spectacle. « Quand j’ai huit ou neuf ans, j’ai pris l’habitude d’aller tous les dimanches chez une sœur de ma mère qui avait la télévision. Nous regardions un programme de concerts classiques qui passait à 17 heures. Je pense que cela a été un éveil musical très important » poursuit-il. Les années passent. Rubén Velázquez fait la découverte des bals populaires. Aux halles de Saint-Cyprien, il donne parfois un coup de main aux membres d’un petit orchestre tenu par un caviste du marché. Le groupe se produit dans des messes, des apéros-concerts. Il faut transporter le matériel, le sortir, le ranger. Un beau jour, l’adolescent se voit proposer de monter sur scène pour pousser la chansonnette. Il accepte, se révèle doué, reproduit l’expérience dès que l’occasion se présente, écume les bals. La passion s’empare de lui. Le travail et la persévérance feront le reste.

Au début des années 70, il s’inscrit au Conservatoire. Un soir, une femme frappe à la porte de la maison familiale. C’est Caroline, sa tante paternelle, chanteuse émérite au Liban, qui a fui le pays du cèdre où s’abat la guerre civile. Durant tout le temps qu’elle passe à Toulouse, elle donne à son neveu des cours de chant, lui inculque le répertoire classique mais aussi celui du cabaret. En l’espace de quelques années, Rubén Velázquez se perfectionne au point de pouvoir se présenter à divers concours internationaux et de s’y distinguer. Vienne, Pampelune, Madrid, puis la consécration à La Scala de Milan, à Barcelone et à Venise, auprès de Jaime Francisco Puig et Aldo Danielli. A Trieste, il débute dans Mozart et Salieri, l’opéra de Rimski Korsakov, avant d’enchaîner les premiers rôles dans les œuvres de Beethoven, Verdi, Bizet, Offenbach…

Ruben

Vicente Pradal, Rubén Velázquez et Serge Guirao

L’Espagne, tableau tragique…

D’une telle carrière, accomplie pendant près de trente ans sur les plus grandes scènes du monde, ponctuée également d’œuvres personnelles telle YedraHispanias miticas ou encore La Nuit obscure avec Vicente Pradal et Serge Guirao, Rubén Velázquez évoque des épisodes qu’il relate sans aucune vanité. « Quand on sait d’où je viens, quand on y pense… » confie-t-il soudain au gré de la conversation, avec le regard voilé de ceux qui n’oublient pas leurs racines, ni les sacrifices consentis par leurs aïeux. Car l’histoire de cet « enfant de Saint-Cyprien », celle de sa famille, convoque peu ou prou tous les éléments du tableau tragique de l’Espagne du siècle écoulé. Côté maternel, c’est « l’exil de la famine » qui pousse dans les années 1910 le grand-père de Rubén Velázquez, Antonio de Pinto, à quitter les environs d’Ávila, l’immensité écrasante de la Vieille Castille, sa sécheresse et son aridité, pour s’installer à Trèbes, dans l’Aude, afin de travailler dans les vignes comme manœuvre dans l’espoir de nourrir enfin femme et enfants.

Vingt ans plus tard, dans une famille noble des alentours de Ségovie qui ne cachait pas ses sympathies franquistes et phalangistes, deux frères âgés de 16 et 17 ans, fascinés par Marx et Engels, décident en 1936 de prendre les armes pour défendre la cause républicaine. Luis et Antonio Velázquez montent au front. Le jeune Luis y sera blessé et une jambe broyée le laissera en partie invalide. En 1939, lors de la « Retirada » dont on commémore en ce moment-même les 80 ans, il connaît parmi tant d’autres l’internement dans les camps d’Argelès-sur-Mer, au sud de Perpignan, et de Noé, en Haute-Garonne. A Noé justement, durant l’hiver 39/40, une jeune femme depuis longtemps déracinée de sa Castille natale vient en aide aux Républicains vaincus et humiliés. C’est ainsi que Juliette de Pinto et Luis Velázquez, les futurs parents de Rubén, se rencontrent. Parti rejoindre son frère Antonio dans le maquis auvergnat où tous deux serviront en 1944 parmi les guerilleros espagnols engagés dans les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), Luis Velázquez ne reviendra à Toulouse qu’une fois la guerre terminée. Antonio restera quant à lui à Clermont-Ferrand, où il entrera chez Michelin avant de s’envoler un jour pour l’Argentine.

Ruben Velasquez

La faim, l’exil, les conflits armées, la famille déchirée, la diaspora, les ruptures, les adieux, les tabous, les aveux : il y a sans aucun doute dans l’histoire de Rubén Velázquez tout ce qu’une trajectoire individuelle peut révéler d’un destin collectif. Celui de l’Espagne contemporaine, ses racines meurtries, sa dictature, mais aussi sa transition démocratique symbolisée par la « movida » des années 70 et 80, que d’aucuns disent inachevée… « L’Espagne est une douleur énorme, profonde, diffuse » écrivait José Ortega y Gasset. Rubén Velázquez, dans l’évocation discrète de sa mémoire et de ses souvenirs ensevelis, pourrait entièrement faire sienne cette si belle phrase du philosophe madrilène…

Nicolas Coulaud

photos  ©  Pierre Beteille  /  Culture 31

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Au Yémen, l’épidémie de choléra redouble d’intensité

Mais où sont fonc passés nos vertueux droits de l’hommistes toujours prêts à cautionner une invasion nord américaine ou des expéditions françaises et qui proposent de fermer les yeux sur nos ventes d’armes tytout en nous chauffant à blanc pour préparer une guerre contre la Russie et la Chine? (note de danielle Bleitrach)

Un enfant de trois ans touché par le choléra et soigné dans un hôpital de Sanaa, au Yémen, le 28 mars 2019. REUTERS/Mohamed al-Sayaghi

Les ONG sur place font état de plus de 2000 nouveaux cas de choléra chaque jour au Yémen. Un quart des personnes touchées sont des enfants de moins de cinq ans.

Depuis 2016, le Yémen, ravagé par la guerre, fait face à une terrible épidémie de choléra. Et depuis le début de 2019, la situation sanitaire du pays s’est encore aggravée, alerte The Guardian ce mercredi 17 avril. “Le Yémen est confronté à une résurgence à grande échelle du choléra, avec plus de 137 000 cas suspectés et près de 300 morts lors des trois premiers mois de l’année”, écrit le quotidien britannique.

The Guardian affirme que l’épidémie de choléra s’est encore aggravée ces derniers temps, avec plus de 2000 nouveaux cas présumés chaque jour, “soit deux fois plus qu’au début de l’année”. D’après le journal, l’une des principales préoccupations des ONG sur place est qu’un quart des personnes touchées sont des enfants de moins de cinq ans :

La prolifération de cette maladie véhiculée par l’eau a été aggravée par la destruction du système de santé yéménite, dans un pays où 17,8 millions de personnes manquent d’accès à l’eau potable et aux services sanitaires.”

Les chiffres avancés par le journal britannique se rapprochent de l’épidémie de choléra qu’a connu le Yémen en 2017 avec un million de cas signalés, contre 371 000 l’année dernière.

The Guardian rappelle que les combats dans le pays n’en finissent pas et que des millions d’habitants souffrent du manque de nourriture et de soins médicaux : “le Yémen se trouve au bord de la famine.”

 

 
 

JR colle à La Havane un enfant géant qui regarde les toits de la ville

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox

Mis à jour le 12/04/2019 à 10H46, publié le 12/04/2019 à 10H39

Un collage géant du street-artiste français JR à La Havane (11 avril 2019)© Yamil Lage / AFP

Deux semaines après son trompe-l’oeil monumental autour de la Pyramide du Louvre, l’artiste français JR frappe encore : pour la Biennale de La Havane qui ouvre ce vendredi 12 avril, il expose la photo géante d’un enfant cubain épiant les toits de la ville. Et il a prévu de revenir à Cuba pour réaliser une grande fresque avec les habitants de l’île.

Dans un entretien à l’AFP, JR, star mondiale du collage photographique, revendique « une relation directe à l’oeuvre et sans chichis » et raconte ce projet d’habiller un mur du quartier chinois de La Havane, à l’invitation de l’Italien Lorenzo Fiaschi, directeur de la galerie Continua.

L’idée de cette oeuvre – la photo d’un petit garçon pieds nus, collée à l’horizontale avec la tête qui dépasse pour regarder au-delà – lui est venue « très simplement », assure l’artiste de 36 ans aux lunettes noires, coiffé de son éternel chapeau.

Car derrière ce mur jaune incliné, ce sont les toits décrépits du centre de la capitale cubaine qu’on aperçoit. Donc il fallait forcément une photographie de « quelqu’un qui regarde ». « Il y avait cet enfant qui était sur le balcon (d’une maison voisine), et qui regardait. On l’a appelé, en lui demandant ‘Tu descends ?’. On lui a dit ‘fais comme si tu étais sur le mur’, il s’est mis sur la pointe des pieds et on a fait la photo comme ça. »

Le petit garçon cubain collé par JR regarde les toits de La Havane (11 avril 2019)Le petit garçon cubain collé par JR regarde les toits de La Havane (11 avril 2019)

 © Yamil Lage / AFP

A Cuba, pas de publicités sur les murs

Ce petit garçon, d’à peine 10 ans, est venu voir cette semaine le résultat final. Se découvrir en géant, « ça l’a fait rigoler, mais sans être tout excité… sa mère avait un téléphone et elle n’a pas pris une photo », note JR.

« La France, les Etats-Unis sont des pays où on a été habitués à l’autoproclamation de soi par l’image, par les selfies, par des célébrités en grandeur nature. » Mais rien de tout cela dans l’île, sous gouvernement communiste depuis 1959. « Quand on n’a pas grandi avec ça, l’impact est complètement différent. »

A Cuba, la notion d’espace public a une connotation particulière : pas de publicités sur les murs, mais des messages de défense de la révolution menée par Fidel Castro en 1959, ou des portraits de ses compagnons de combat, Ernesto « Che » Guevara et Camilo Cienfuegos.

L’artiste français dit y trouver un certain repos. « Quand je rentre à Paris ou à New York, on est tellement abreuvés de publicités partout. Ici notre esprit est laissé à penser, à rêver. »

Pour les Cubains, voir leurs murs ainsi rhabillés par de l’art contemporain, c’est encore assez nouveau.

En 2012, déjà à La Havane, JR avait collé des portraits de personnes âgées

« Quand j’étais venu faire un projet ici pour la Biennale de 2012, j’avais mis des portraits de personnes âgées sur 15 ou 20 murs dans la ville », se souvient JR. « C’était la première fois que d’autres portraits que ceux du Che, de Fidel ou Camilo étaient agrandis sur les murs et donc c’était fascinant parce que les gens demandaient : ‘Je ne reconnais pas qui c’est, Fidel ou Che ?’ Je leur disais : ‘Ben non c’est José, il habite à l’angle ici.' »

Une manière pour JR de continuer à jouer sur son terrain préféré : la rue. En 2008, il avait habillé les murs d’une favela de Rio de Janeiro avec des portraits de femmes.

« Coller dans les rues, ça permet d’avoir une relation directe avec les habitants, mais aussi d’avoir une conversation autour de l’art en dehors de tout cadre, tout musée, toute structure. »

A La Havane, son oeuvre appelle à « continuer au-delà du mur, à dépasser le mur » tout comme dépasse la tête du petit garçon. « Et cette image, quand on la retourne, c’est la ville qui est de côté et l’enfant se penche pour regarder toutes les strates. » Combien de temps durera-t-elle ? « Tout dépend du soleil et de la pluie. » Mais « moi, c’est toujours éphémère ».

Un projet de grande fresque avec les Cubains

Le collage de JR à la Pyramide du Louvre n’aura ainsi survécu que quelques heures, suscitant de nombreuses réactions en France. « C’était voulu : on a laissé 50.000 personnes marcher dessus pour récupérer les bouts, ça fait partie de l’oeuvre. Quand est-ce que dans votre vie vous aurez la chance d’aller marcher sur l’oeuvre d’un artiste et la déchirer ? »

Son histoire avec Cuba ne s’arrête pas là : JR prépare une grande fresque d’habitants de l’île, à l’image de son travail sur ceux de Montfermeil (en banlieue parisienne), exposé au Palais de Tokyo à Paris, et de San Francisco, présenté au SFMoma (Musée d’art moderne de San Francisco) le mois prochain.

« C’est un travail titanesque, ça prend deux ans donc je vais revenir travailler en profondeur à travers le pays. Ce serait pour le musée des Beaux-Arts de La Havane, l’idée c’est une fresque où l’on pourra aussi écouter les histoires de chaque personne. »

 

Ian Brossat explique sa proposition de « clause de non-régression sociale »

Si une telle mesure s’appliquait cela signifierait la fin de l’UE telle qu’elle est, comme d’ailleurs l’autre mesure : la dénonciation de l’OTAN. Au concret en finir avec l’UE, ce n’est pas seulement en sortir c’est aussi se battre pour la miner en tant que base des intérêts capitalistes et mise en concurrence des travailleurs. Aurons-nous les moyens d’une telle politique? sans un parti communiste certainement pas (note de Danielle Bleitrach).

Européennes : Ian Brossat, le "communiste 2.0" qui veut sauver la gauche

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Invité de l’émission Territoire d’Infos sur Public Sénat et les Indés Radios, Ian Brossat, chef de file du parti communiste aux élections européennes, explique sa proposition de « clause de non-régression sociale ».

Par Yann Quercia
3mn

C’était hier soir le premier grand débat entre les douze têtes de liste pour les élections européennes. Les échanges, parfois cacophoniques, ont vu émerger des propositions de la part des candidats. « On doit pouvoir dire non aux reculs sociaux » a affirmé Ian Brossat sur France 2 en évoquant l’idée d’une clause de non-régression sociale.

Ce matin, pour défendre cette idée, le candidat du PCF prend exemple sur la fermeture des petites lignes : « Depuis l’après seconde Guerre mondiale, la France s’est dotée d’un secteur public puissant avec des entreprises publiques qui disposaient d’un monopole dans un certain nombre de secteurs comme l’énergie ou le ferroviaire. L’Union européenne nous a forcés à les mettre en concurrence. C’est le cas du quatrième paquet ferroviaire qui fait que nous allons devoir fermer beaucoup de petites lignes non rentables. »

Ian Brossat pointe du doigt la mise en concurrence et voudrait pouvoir s’y opposer grâce à cette clause : « Notre système va se dégrader à cause de la mise en concurrence. Nous devrions pouvoir dire que nous avons un système qui marche, que nous ne voulons pas mettre en concurrence et opposer cette clause de non-régression sociale. »

Il conclut : « L’Union européenne doit accepter qu’il puisse y avoir, dans notre espace, des modèles économiques différents. L’Union européenne veut imposer un moule libéral qui ne correspond pas à la tradition de la France. »

 

La Hongrie, pays membre de l’Union Européenne par Judit Morva

Dans la première partie de mes mémoires, je consacre une part importante à la Hongrie non seulement parce que ce qui s’est passé dans ce pays joue un rôle important dans mon adhésion, mais parce qu’effectivement autant que la Pologne c’est un laboratoire dans la chute des pays de l’est et je participe en 1989 aux prémices de ce qui va se dérouler à Berlin, à la veille des événements de Tian An Men. Ce petit pays qui a été amputé de son hinterland et dont la tête Budapest reste une des cités les plus magnifiques de l’Europe centrale est encore aujourd’hui un laboratoire que Judit décrit ici très bien (note de Danielle Bleitrach).

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Après la chute du mur de Berlin, la bascule d’un régime socialisme en un système capitalisme dans les années 1988-1991, dans la zone de l’Europe de l’Est, a grandement surpris la majorité des populations, à l’Est comme à l’Ouest. Gorbatchev ayant accédé au pouvoir en 1985, les prémices au changement se sont manifestés dès cette époque.

En Hongrie, l’Open Society Fondation, le bras agissant de George Soros, a été autorisée à opérer en 1984. Ce qui signifia en pratique que les occidentaux ont commencé à former une nouvelle élite – à l’époque d’idéologie libérale – pour mettre sur la touche et plus tard, marginaliser, voire même exclure, les dirigeants marxistes. Bien sûr, à coté des institutions de Soros – donc des Américains – d’autres intervenants occidentaux ont également été actifs : nous pouvons à cet égard mentionner les fondations des partis politiques allemands qui, bien que plus discrètes que les américains, ont été non moins présentes et efficaces.

L’objectif a très clairement été de sélectionner et de former des nouveaux dirigeants politiques, économiques et administratifs. Le critère a été leur bon vouloir à coopérer avec les pays occidentaux. Ce projet a été mené à grande échelle, plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de personnes ont participé à des programmes de formation plus ou moins longs, d’une journée à plusieurs années.  Viktor Orbán et son coéquipier de toujours, László Kövér – actuellement président de l’Assemblée Nationale – ont été sélectionnés, formés et mis sur orbite par la Fondation Soros.  En tant que boursier, Orbán a ainsi passé l’année scolaire 1989-90 en Angleterre, à Oxford. Il s’affiche alors comme un « libéral » – tout comme son parti, le FIDESZ – et il est même un des vice-présidents de l’Internationale Libérale.

Viktor Orbán ne s’est tourné vers la droite et vers le nationalisme qu’en 1992. A cette époque, il lui apparait clairement que les organisations et les partis politiques qui se revendiquent d’une filiation directe avec les années précédant la 2ème guerre mondiale sont devenus trop archaïques. Il y avait donc, aux yeux d’Orbán une place à prendre, sur la droite de l’échiquier politique, pour une formation nouvelle incarnant les valeurs de la classe moyenne traditionnelle, rassemblant élitisme, nationalisme et appartenance à la communauté religieux locale.

Ce virage idéologique va cependant ouvrir un espace assez étroit pour Orbán. Il doit apparaitre comme le courageux défenseur de la Nation, un souverainiste traditionnel, alors que la Hongrie est un pays économiquement dépendant. De ce fait, tout dirigeant politique qui veut se maintenir au pourvoir doit collaborer étroitement avec les occidentaux. La suite lui donnera raison. En effet, les dirigeants des multinationales installées en Hongrie sont, selon tous les sondages, absolument satisfaits du gouvernement d’Orbán. Bien qu’Orban, personnellement, avec la majorité de son équipe, ait été sélectionné par des américains, il semble qu’actuellement ce soit le soutien de l’Allemagne – il est en bons termes surtout avec les politiciens de la Bavière – qui l’aide à se maintenir au pouvoir.

La dépendance économique du pays se pose en termes très clairs : la Hongrie – comme toute la région des anciens pays socialistes de l’Europe de l’Est – est un pays de la semi-périphérie de l’Union Européenne, c’est à dire un réservoir de main d’œuvre bon marché pour l’Europe occidentale. L’appauvrissement est tellement marqué que ces pays ont perdu au moins 10% de leur population. Les jeunes émigrent massivement et des usines d’assemblage des multinationales occidentales s’installent dans la région pour profiter du bas niveau des salaires, qui est à peine le tiers à ce qui est pratiqué dans l’Ouest de l’Europe. C’est une situation structurelle stable qui n’offre aucune perspective d’évolution de rattrapage des salaires et donc de niveau de vie avec celui des voisins de l’Europe de l’Ouest.

Cette réalité crée une situation politique forcément instable. En effet, il est difficile de faire accepter par la population que, même à long terme, il faudra s’accommoder d’un niveau de vie fortement inférieur à celui des pays situés à seulement quelques kilomètres.
Pour maintenir cette situation, l’Union Européenne accorde à la Hongrie un financement annuel substantiel, de l’ordre de 4 % du budget de l’État. Ainsi, tandis qu’Orbán apparaît à l’intérieur du pays, voire dans toute l’Europe, comme un politicien qui tient tête, qui est téméraire et défend les intérêts de son pays contre la colonisation occidentale, contre la bureaucratie de Bruxelles et, depuis 2015, contre des migrants, dans la réalité il doit veiller à maintenir ce flux de financement une année sur l’autre. Il est très volontiers provocateur – comme l’a revélé Wikileaks – et a ouvertement annoncé aux diplomates en poste à Budapest en 2006 : „Ne faites pas attention à ce que je dis, la seule chose dont vous devez prendre en compte est ce que je fais”. Il y a donc un clivage très net entre les actions du gouvernement et la propagande politique destinée à maintenir sa popularité.

Un « ordre de pouvoir semi-féodal »

En dehors du financement régulier que lui accorde Bruxelles, Orbán et l’Union Européenne travaillent main dans la main sur le projet d’assouplissement du code du travail. L’appauvrissement d’une partie importante de la population exige que l’Etat s’occupe de son sort, car 10 à 12% des gens vivent dans une grande misère et dans l’ensemble 40% de la population vit autour du niveau du seuil de pauvreté.
Orbán a mis en place un système de travail dit « d’utilité publique », qui connait un succès indéniable et renforce la stabilité du gouvernement. L’État emploie dans ce cadre des centaines de milliers de personnes en chômage de longue durée, et remplace de fait l’indemnisation du chômage qui est limitée à trois mois. Les salaires de ces travaux ne sont pas uniformes et sont nettement inférieurs au salaire minimum. La tâche à réaliser peut être utile ou complètement inutile, et il arrive que le travailleur soit placé dans une entreprise privée où il ne recevra pas le salaire de ses collègues. Le système repose sur un traitement individuel et une dépendance personnelle importante. Ce qu’une sociologue de renom, Erzsébet Szalai, appelle un « ordre de pouvoir semi-féodal ». L’essence de ce système consiste à diluer le champ d’application du code du travail, à rendre les salaires, les horaires et autres conditions de travail, occasionnels et arbitraires. De plus, le gouvernement peut augmenter ou diminuer très rapidement le nombre de ces emplois d’utilité publique, ce qui constitue un outil d’influence politique immédiate. A la veille d’élections, l’État recrute plus largement. Dans les régions les plus pauvres, il s’agit souvent de la source de revenus la plus importante pour la population. Avec ce système de travail d’utilité publique, Orbán a réussi à obtenir le soutien des plus grands perdants du capitalisme : ceux qui  sont vulnérables et mènent une vie dans la  pauvreté. Paradoxe de cet état de fait : ces derniers votent massivement pour Orbán.

Depuis le mois de décembre 2018, des manifestations sont massives dans la Capitale, à Budapest et, fait nouveau, également dans les villes de la province. Tout cela ne semble pas trop inquiéter Orbán et son équipe. Car le soutien de l’Union Européenne est infaillible. Qualifiée hier de « baraque la plus gaie du camp socialiste », la Hongrie est devenu un des ateliers industriels de l’Europe capitaliste. Tandis que les gens battent le pavé dans le froid et sous la neige, l’UE a viré une forte somme, de près de 3 milliards d’euros au gouvernement d’Orbán.

Cette réponse à la colère des Hongrois a choqué bien des manifestants. Il est probable que les drapeaux européens, qui flottaient régulièrement dans les manifestations à Budapest, seront moins nombreux à l’avenir !

JM

 

 

 
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Publié par le avril 15, 2019 dans Europe

 

L’arrestation d’Assange est une mise en garde de l’histoire

L’image de Julian Assange traîné hors de l’ambassade de l’Equateur à Londres est emblématique de notre époque. La force contre le droit. La brutalité contre la loi. L’indécence contre le courage. Six policiers malmenant un journaliste malade, ses yeux plissés contre sa première lumière naturelle depuis près de sept ans.

Que ce scandale se soit produit au cœur de Londres, dans le pays de la Magna Carta, devrait faire honte et mettre en colère tous ceux qui se soucient pour les sociétés « démocratiques ». Assange est un réfugié politique protégé par le droit international, le bénéficiaire de l’asile en vertu d’un pacte strict dont la Grande-Bretagne est signataire.

L’Organisation des Nations Unies l’a clairement indiqué dans la décision juridique de son Groupe de travail sur les détentions arbitraires.

Mais au diable tout ça. Laissez entrer les voyous. Dirigée par les quasi-fascistes de l’administration Trump, en collaboration avec l’Équatorien Lenin Moreno, un Judas latino-américain et menteur qui cherche à camoufler l’état moribond de son régime, l’élite britannique a abandonné son dernier mythe impérial : celui d’équité et de justice.

Imaginez Tony Blair traîné hors de sa maison géorgienne de plusieurs millions de livres à Connaught Square, Londres, menotté, pour être ensuite expédié à La Haye. Selon l’exemple de Nuremberg, le « crime suprême » de Blair est la mort d’un million d’Irakiens. Le crime d’Assange est le journalisme : demander des comptes aux rapaces, dénoncer leurs mensonges et donner aux gens du monde entier les moyens d’agir avec la vérité.

L’arrestation choquante d’Assange est un avertissement pour tous ceux qui, comme l’écrivait Oscar Wilde, « sèment les graines du mécontentement [sans lesquels] il n’y aurait pas de progrès vers la civilisation« . L’avertissement est explicite à l’égard des journalistes. Ce qui est arrivé au fondateur et rédacteur en chef de WikiLeaks peut vous arriver dans un journal, ou à vous dans un studio de télévision, ou vous à la radio, ou vous qui diffusez un podcast.

Le principal bourreau médiatique d’Assange, The Guardian, collaborateur de l’État secret, a montré sa nervosité cette semaine avec un éditorial qui a atteint de nouveaux sommets en termes d’hypocrisie. The Guardian a exploité le travail d’Assange et de WikiLeaks dans ce que son précédent éditeur appelait « le plus grand scoop des 30 dernières années« . Le journal s’inspira des révélations de WikiLeaks et s’attira louanges et fortune.

Sans verser un sou pour Julian Assange ou WikiLeaks, un livre largement promu du Guardian donna lieu à un film hollywoodien lucratif. Les auteurs du livre, Luke Harding et David Leigh, se retournèrent contre leur source, le maltraitèrent et divulguèrent le mot de passe qu’Assange avait confié au journal en toute confidentialité, conçu pour protéger un fichier numérique contenant des câbles des ambassades des États-Unis.

Alors qu’Assange était piégé à l’ambassade de l’Équateur, Harding se joignit à la police à l’extérieur et se réjouit sur son blog que « Scotland Yard aura le dernier mot ». The Guardian a depuis publié une série de mensonges à propos d’Assange, notamment une affirmation discréditée selon laquelle un groupe de Russes et l’homme de Trump, Paul Manafort, avaient rendu visite à Assange à l’ambassade. Ces réunions n’ont jamais eu lieu ; c’était faux.

Mais le ton a maintenant changé. « L’affaire Assange est une toile moralement enchevêtrée« , estime le journal. « Il (Assange) croit en la publication de choses qui ne devraient pas être publiées… Mais il a toujours fait la lumière sur des choses qui n’auraient jamais dû être cachées. »

Ces « choses » sont la vérité sur la façon meurtrière dont l’Amérique mène ses guerres coloniales, les mensonges du Foreign Office britannique dans son déni des droits des personnes vulnérables, comme les habitants des îles Chagos, la dénonciation d’Hillary Clinton comme une partisane et bénéficiaire du jihadisme au Moyen-Orient, la description détaillée par des ambassadeurs américains sur la façon dont les gouvernements en Syrie et au Venezuela pourraient être renversés, et beaucoup plus. Tout cela est disponible sur le site de WikiLeaks.

The Gardien est nerveux, et on le comprend. La police secrète a déjà rendu visite au journal et exigé et obtenu la destruction rituelle d’un disque dur. Sur ce point, le journal n’en est pas à sa première. En 1983, une commis du Foreign Office, Sarah Tisdall, a divulgué des documents du gouvernement britannique indiquant quand les armes nucléaires américaines de croisière arriveraient en Europe. Le Gardien fut couvert d’éloges.

Lorsqu’un tribunal a exigé de connaître la source, au lieu de laisser le rédacteur en chef aller en prison sur la base d’un principe fondamental de protection des sources, Tisdall fut trahie, poursuivie et condamnée à six mois de prison.

Si Assange est extradé vers les Etats-Unis pour avoir publié ce que The Guardian appelle des « choses » véridiques, qu’est-ce qui empêchera la rédactrice en chef actuelle, Katherine Viner, de le suivre ou l’ancien rédacteur en chef, Alan Rusbridger, ou le propagandiste prolifique Luke Harding ?

Qu’est-ce qui empêchera les rédacteurs en chef du New York Times et du Washington Post, qui ont également publié des bouts de vérité provenant de WikiLeaks, et le rédacteur en chef de El Pais en Espagne, de Der Spiegel en Allemagne et du Sydney Morning Herald en Australie. La liste est longue.

David McCraw, avocat principal du New York Times, a écrit : « Je pense que la poursuite [d’Assange] constituerait un très, très mauvais précédent pour les éditeurs… d’après ce que je sais, il est en quelque sorte dans la position classique d’un éditeur et la loi aurait beaucoup de mal à distinguer le New York Times de WilLeaks. »

Même si les journalistes qui ont publié les fuites de WikiLeaks ne sont pas convoqués par un grand jury américain, l’intimidation de Julian Assange et Chelsea Manning suffira. Le vrai journalisme est criminalisé par des voyous, au vu et au su de tous. La dissidence est devenue une indulgence.

En Australie, l’actuel gouvernement pro-américain poursuit deux dénonciateurs qui ont révélé que les espions de Canberra avaient mis sur écoute les réunions du cabinet du nouveau gouvernement du Timor oriental dans le but de priver ce petit pays pauvre de sa part des ressources en pétrole et en gaz de la mer du Timor. Leur procès se déroulera en secret. Le Premier ministre australien, Scott Morrison, est tristement célèbre pour son rôle dans la mise en place de camps de concentration pour les réfugiés dans les îles de Nauru et Manus, dans le Pacifique, où les enfants s’auto-mutilent et se suicident. En 2014, Morrison a proposé des camps de détention de masse pour 30 000 personnes.

Le vrai journalisme est l’ennemi de ces scandales. Il y a dix ans, le ministère de la Défense de Londres a publié un document secret qui décrivait les « principales menaces » à l’ordre public, au nombre de trois : les terroristes, les espions russes et les journalistes d’investigation. Ces sont ces derniers qui étaient désignés comme la principale menace.

Le document fut dûment divulgué à WikiLeaks, qui l’a publié. « Nous n’avions pas le choix« , m’a dit Assange. « C’est très simple. Les gens ont le droit de savoir et le droit de remettre en question et de contester le pouvoir. C’est ça la vraie démocratie. »

Et si Assange et Manning et les autres dans leur sillage – s’il y en a d’autres – étaient réduits au silence et « le droit de savoir, de questionner et de contester » était retiré ?

Dans les années 1970, j’ai rencontré Leni Reifenstahl, amie proche d’Adolf Hitler, dont les films ont contribué à jeter le sort nazi sur l’Allemagne.

Elle m’a dit que le message de ses films, la propagande, ne dépendait pas « d’ordres venus d’en haut » mais de ce qu’elle appelait le « vide apathique » du public.

« Ce vide apathique s’étendait-il à la bourgeoisie libérale et éduquée ? » lui ai-je demandé.

« Bien sûr, répondit-elle, surtout l’intelligentsia… Quand les gens ne posent plus de questions sérieuses, ils sont soumis et malléables. Tout peut arriver. »

Et arriva.

Le reste, aurait-t-elle pu ajouter, c’est de l’histoire.

 

 

Soudan : une femme devient l’icône de la contestation et chante la «révolution»

10 avril 2019
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Cette image d'Ala'a Salah, chantant la «révolution» au milieu d'une foule de manifestants à Khartoum, lundi 8 avril, a fait le tour des réseaux sociaux. © Courtesy Lana H. Haroun/via REUTERS
Cette image d’Ala’a Salah, chantant la «révolution» au milieu d’une foule de manifestants à Khartoum, lundi 8 avril, a fait le tour des réseaux sociaux.
© Courtesy Lana H. Haroun/via REUTERS

Au Soudan, depuis samedi dernier, des dizaines de milliers de personnes sont rassemblées sur la place devant le quartier général militaire. Les manifestants ont installé des tentes, ils vivent là et fêtent la parole libérée. Parmi eux, une femme vêtue de blanc est devenue le symbole de cette révolution. Une vidéo la montrant juchée sur une voiture au milieu de la foule a été partagée des milliers de fois.

La révolte soudanaise a désormais son icône : elle s’appelle Ala’a Salah. Elle est devenue le symbole des milliers de femmes soudanaises qui réclament leurs droits en manifestant dans un pays où les femmes sont jugées pour le simple fait de mettre un pantalon.

Toute de blanc vêtue, avec ses bijoux à la manière traditionnelle soudanaise, Ala’a Salah reflète la culture et l’âme de la société soudanaise.

« Nous avons notre statue de la liberté », note un internaute sous la photo de cette étudiante de 22 ans, qui réaffirme le rôle clef joué par la femme dans la contestation. Les femmes participent activement aux manifestations depuis le 19 décembre.

Elle se tient fièrement, débout sur le toit d’une voiture au milieu du rassemblement et chante la révolte en poésie populaire avec spontanéité.

La foule répète derrière elle en refrain : « Thawra ! thawra » (« Révolution ! Révolution ! »).

« La balle ne tue pas, ce qui tue c’est le silence de l’homme », chante encore la jeune femme, avant de répéter : « Ma bien-aimée est une Kandaka ». Kandaka désigne la beauté et la lutte pour les droits des anciennes reines nubiennes.

Depuis le début du mouvement de protestation, les manifestantes sont désignées comme « Kandaka ». Pour beaucoup à Khartoum, « la révolution soudanaise est une femme ».

Source : Par RFI Publié le 10-04-2019 Modifié le 10-04-2019 à 22:53

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