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Archives de Catégorie: COMPTE-RENDU de LIVRE

DANS L’EQUIPE DE STALINE DE Sheila Fitzpatrick

DANS L’EQUIPE DE STALINE DE Sheila FITZPATRICK

Je n’ai pas lu cet ouvrage, mais comme je l’explique dans notre livre 1917-2017, Staline, un tyran sanguinaire ou un héros national? Delga, je pense que la « destalinisation a été ratée, et que le rapport Khrouchtchev ne permettait pas d’opérer une véritable critique de la période stalinienne. J’en donne plusieurs exemples, non seulement à l’inverse de ce que réclamait maurice Thorez,les éléments négatifs caricaturaux n’ont jamais permis un véritable bilan de cette période, mais la vision d’un « pouvoir personnel » où tout reposerait sur un seul tyran est totalement erronée; sans doute par’ce que Khrouchtchev participait de cette équipe dirigeante et a voulu en perpétuer les avantages. Si Staline l’emporte sur trotski c’est comme le dit Togliatti parce qu’il sait créer collectif et parce qu’il fait ce qu’il dit. Il sait s’entourer de gens très capables et des bolcheviques sincères. je viens de retrouver dans ma bibliothèque le gros volume consacré au XXe Congrès du PCUS (1956). Le fameux rapport Khrouchtchev secret n’a pas été présenté aux délégués. Le rapport officiel insiste sur le fait que les forces du capital, les pays occidentaux qui espéraient qu’à la mort de Staline, l’uRSS s’écroulerait en sont pour leur frais. Le bilan sur l’état de l’URSS est aussi celui de la période stalinienne à sa manière. Je crois qu’il y a des travaux d’historiens et qu’il faut s’appuyer sur eux, comme il est nécessaire de tenir compte de l’opinion des Russes sur la question. Il est en outre clair que les anglosaxons n’ont pas comme les auteurs français tendance à mener un combat d’abord idéologique sur le sujet à travers le concept qu’ils dénoncent de totalitarisme. C’est à ce travail qui n’a rien d’hagiographique auquel nous convions nos lecteurs.Il devrait au premier chef intéresser les communistes si ceux-ci étaient capables de ce travail indispensable de savoir regarder leur passé avec leur propre lunette et s’en prétendre l’occulter.ce qui leur permet d’ailleurs de poursuivre, ils abandonnent la combattivité « stalinienne » mais gardent l’infaillibilité pontificale, l’opinion du dirigeant devenu dogme, quel que soit par ailleurs le caractère desastreux du dirigeant en question. Oui la destalinisation a été ratée. (note de danielle Bleitrach)

 

Les éditions Perrin continuent leur remarquable travail de traduction d’ouvrages étrangers de premier plan avec  la publication “Dans l’équipe de Staline” de l’historienne américaine  Sheila Fitzpatrick. Cette dernière nous propose une analyse très approfondie  du réseau de dignitaires communistes sur lequel s’appuya Joseph Staline de 1920 jusqu’à 1953. Des hommes qui ont permis au successeur de Lénine de se maintenir à la tête de l’Union Soviétique.

Ce que le travail de Fitzpatrick met en évidence tient principalement au fait  que les hommes qui entouraient  Staline étaient à la fois dévoués, fidèles et compétents.  Au terme de l’ouvrage l’historienne propose un lexique qui recense l’ensemble de ces personnalités. La liste est importante mais surtout si ces hommes sont indispensables, ils sont toujours en équilibre précaire dans des jeux de pouvoir qui peuvent tourner au jeu de massacre. Ainsi le russe Molotov, son dauphin, qui resta à ses côté alors que sa femme avait été arrêtée et exilée par Staline. Il survécut à au maître du Kremlin et mourut à presque cent ans.  De son côté le géorgienBeria  fut l’une des pièces maitresses du dispositif de sécurité soviétique. Il dirigea le NKVD mais fut exécuté peu de temps après la mort de celui qu’il servit avec passion.  Jdanov fut l’un des plus anciens compagnons de route de Staline et fut l’un des idéologues de la reprise en main de la culture par le parti.  Il disparut en 1948. Joukov fut l’un des artisans du succès de l’armée soviétique contre les troupes nazis.  Il avait la confiance de Staline et après sa mort il participa à la liquidation de Béria.

Certaines de ces personnalités ont connu des destins contrastés. Ainsi Kirov  ami intime de Staline et compagnon de route sera assassiné en décembre 1934. Nombreux furent ceux qui furent liquidés ou emprisonnés pour des raisons idéologiques  : Kamenev, Rykov, Svanidzé, Piatakov, Lozoviski. On oublie à quel point il était dangereux d’approcher de près ou de loin Joseph Staline durant la période où il dirigea l’URSS.

Dans l’équipe de Staline” met en exergue les trajectoires d’hommes dévoués à une idéologie, un projet et un homme.  L’ouvrage nous aide à mieux comprendre le cercle rapproché de celui qu’on surnommait le “Vodj” et que Khrouchtchev démantèlera quelques années après la mort  de celui qu’il servit. Un ouvrage utile et éclairant.

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Marx et les marges du monde par Alain gresh

cet article d’ Alain Gresh, date du  8 août 2011, c’est le compte-rendu d’un livre. Quand je l’avais lu ce texte m’avait beaucoup frappé parce que dans le fond il correspondait à une des raisons de la fascination que Marx avait toujours exercé sur moi au-delà de ses travaux scientifique, du Capital en particulier. On retrouve d’ailleurs dans le Capital cette dimension que je décrirai comme l’intérêt pour les civilisations et la manière dont les mouvements prolétariens, la domination de classe, « les dictatures » sur le modèle de la Révolution française, contribuent à exprimer ce qu’il appelle « les besoins du monde » ou plutôt des « régions du monde où elles se produisaient la France et l’Angleterre » dit-il dans un article de la Gazette rhénane dont je me propose de vous faire connaître des extraits.Ce qui m’intéresse aujourd’hui dans ce qu’il m’arrive d’appeler l’archipel communiste c’est l’extraordinaire plasticité des révolutions communistes,dont l’URSS est à elle seule un modèle, la manière dont elles se sont incarnées dans des situations très hétérogènes.. Ce qui est vrai pour Cuba et dans toute l’Asie y compris en Chine, ce continent millénaire. Si ce blog a une vocation c’est bien celle de cette exploration de la réalité des civilisations communistes, des traces laissées et je dois dire que je me sens de plus en plus désireuse de consacrer les dernières années de mon existence à cette exploration, quitte à abandonner un peu les aspects militants immédiats. (note de danielle Bleitrach).
Marx et les marges du monde

 

Le but de ce blog et de mon compte Twitter est d’essayer faire passer une autre information sur l’Orient. Il ne s’agit pas seulement de tenter de donner des nouvelles différentes, ni d’analyser ce qui s’y passe, mais aussi de changer la grille de lecture à travers laquelle nous regardons l’Orient. Il faut arriver à se défaire de cette vision eurocentriste et occidentalo-centriste qui caractérise souvent les médias et les intellectuels, y compris de gauche.

C’est pour cette raison que j’évoque ici ce livre qui pourrait apparaître bien loin des sujets habituels, celui de Kevin B. Anderson, Marx at the Margins. On Nationalism, Ethnicity, and Non-Western Societies (The University of Chicago, 2010). (Mai 2015, le livre vient d’être traduit en français par les éditions Syllepse, sous le titre Marx aux antipodes).

L’auteur, professeur de sociologie et de science politique à l’université de Californie-Santa Barbara, explore le cheminement de la pensée de Karl Marx, en s’appuyant sur des textes souvent méconnus (une partie importantes de l’œuvre de Marx reste non publiée). Il explore la pensée de Marx sur la Chine et l’Inde, sur la Russie, sur la guerre civile aux Etats-Unis (et les questions de race et de classe), sur l’Irlande (rapport entre nationalisme et classe), sur ces « marges du monde », loin du centre capitaliste. Captivant et stimulant.

Au point de départ, le Manifeste communiste publié en 1848 qui affirme : « Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l’amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elles la prétendue civilisation, c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image. » Malgré les réserves exprimées par le terme « prétendue », le ton est donné : le capitalisme apporte des bouleversements qui sont un progrès et l’Europe montre la voie à toutes les nations du monde.

Quand, en juin 1853, Marx examine la politique britannique en Inde, il suggère que toutes les sociétés, y compris l’Inde, sont destinées à suivre la même voie que l’Europe, celle du développement capitaliste. A ce point de son travail, il s’agit même d’un « grand récit » (marqué par la pensée de Hegel). Marx célèbre les effets positifs de la civilisation supérieure britannique sur la civilisation inférieure indienne
 (1).

Ce n’est qu’à partir de 1856 et de la deuxième guerre de l’opium que Marx commence à écrire plus systématiquement sur la Chine. Alors qu’il a justifié en partie la première guerre de l’opium (1842-1843), en dépit de son prétexte « infâme », car elle entraînait l’ouverture de ce pays au commerce, il condamne beaucoup plus clairement la seconde. Marx reconnaît de plus en plus le caractère destructeur du développement capitaliste et conteste son caractère progressiste.

Sur les mouvements nationaux en Pologne et en Irlande. Marx pensait dans les années 1847-1848 que la libération de la Pologne serait le résultat de la révolution prolétarienne, alors que dans les années 1860, il pensait à l’inverse que la libération de la Pologne serait la condition du développement du mouvement ouvrier, notamment en Allemagne. Il adoptera le même point de vue sur l’Irlande. Dans une lettre à Engels du 10 décembre 1869, il écrit : « Longtemps j’ai cru que la chute du régime en Irlande [rappelons que ce pays faisait partie alors du Royaume-Uni] par l’ascension de la classe ouvrière anglaise. (…) Des études plus approfondies m’ont amené au point de vue contraire. La classe ouvrière anglaise ne pourra rien accomplir avant de s’être débarrassée de l’Irlande. Le levier doit s’appliquer en Irlande. C’est pour cela que la question irlandaise est si importante pour le mouvement social (2). »

C’est que Marx a compris à quel point l’oppression d’une nation par une autre peut affecter la classe ouvrière du pays dominant. Et d’expliquer que « l’ouvrier ordinaire anglais hait l’ouvrier irlandais qu’il voit comme un concurrent qui pèse sur son niveau de vie (en faisant baisser les salaires). Il se sent supérieur à l’Irlandais car il appartient à la nation dominante et devient ainsi un instrument des aristocrates et des capitalistes anglais contre l’Irlande, renforçant ainsi leur pouvoir sur lui-même. (…) Cet antagonisme est le secret de l’impuissance des ouvriers anglais malgré leur organisation. Il est le secret du maintien de la domination capitaliste (3). »

Durant la guerre civile aux Etats-Unis (1861-1864), Marx s’engagea en tant que journaliste et en tant que dirigeant de la Ière Internationale (créée en 1864). Il saluera l’œuvre de Lincoln, même s’il critiqua à plusieurs reprises son refus de s’engager dans une guerre révolutionnaire en intégrant des Noirs dans l’armée ou en appelant les esclaves à se révolter. Dans une adresse au peuple américain de 1865, l’Internationale met en garde : « Faites que tous les citoyens soient déclarés égaux en droit et libres, sans aucune restriction. Si vous échouez à leur donner leurs droits alors que vous leur demandez de respecter leurs devoirs, il restera une lutte pour l’avenir qui peut de nouveau faire verser le sang de votre peuple (4). » La libération des Noirs deviendra une condition de l’émancipation des travailleurs.

Dans ses cahiers pour préparer Le Capital et dans ce dernier ouvrage (le livre I), il affirme de plus en plus que son travail concerne l’Europe et que l’Inde, la Chine ou même la Russie doivent être étudiées de manière spécifique, car leur histoire ne rentre pas dans le cadre des « stades successifs » de développement : sociétés primitives, esclavagisme, féodalisme, capitalisme. Il introduit le mode de production asiatique et revient de manière positive sur les formes de propriété communale qui se sont maintenues dans ce pays (mais aussi en Russie).

Durant la dernière décennie de sa vie, le travail de Marx fut considérable mais, pour l’essentiel, non publié. L’auteur se penche sur son analyse des sociétés iroquoise et grecque ancienne, sur l’Inde, l’Indonésie, l’Algérie, l’Amérique latine, et surtout la Russie. Dans une lettre publiée après la traduction en russe du Capital, Marx note que la fatalité du développement du capitalisme tel qu’il la décrit est « restreinte aux pays de l’Europe occidentale ».

En conclusion de son ouvrage, Anderson écrit : « En résumé, j’ai montré dans cette étude que Marx avait développé une théorie dialectique du changement social qui n’était ni unilinéaire (succession de modes de production), ni fondée uniquement sur les classes. Au fur et à mesure que sa théorie du développement social évoluait dans une direction multilinéaire, sa théorie de la révolution se concentrait de manière croissante sur l’intersection entre classe, ethnicité, race et nationalisme. Certainement, Marx n’était pas un philosophe de la différence au sens post-moderne du terme, car la critique d’une entité supérieure, le capital, était au centre de son entreprise intellectuelle. Mais cette centralité ne signifiait pas l’exclusivité. La théorie sociale du Marx de la maturité tournait autour du concept de “totalité” qui n’offrait pas seulement l’avantage de laisser une grande place aux particularités et aux différences, mais aussi, dans certains cas, faisait de ces particularités – race, ethnie, ou nationalité – des éléments déterminants de la totalité (5). »

Toutes ces réflexions sont importantes pour comprendre le monde d’aujourd’hui et l’articulation entre les problèmes de « classe », de « nation », de « race » et aussi de « genre ». Contre l’idée qu’il suffit de résoudre la question sociale pour résoudre les autres « problèmes », Marx a ouvert la voie à une réflexion bien plus fructueuse et à une articulation des divers niveaux de luttes.

Alain Gresh

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(1« First, Marx suggest that all societies, including India, are destined to tread the same pathway as was the West, that of capitalist development. It is virtually a grand narrative at this point in Marx’s work » (influence de Hegel) ; « Second, he repeatedly extolls the beneficial effects of Brittain’s “higher” civilization on India’s “lower” one. » (p. 20)

(2« For a long time, I believed it would be possible to overthrow the Irish regime by English working class ascendancy. I always took this viewpoint in the New York Tribune. Deeper study has now convinced me of the opposite. The English working class will never accomplish anything before it has got rid of Ireland. The lever must be applied in Ireland. This is why the Irish question is so important for the social movement in general. » (p. 144)

(3« All industrial and commercial centers in England now have a working class split into two hostile camps, English proletarians and Irish proletarians. The ordinary English worker hates the Irish worker as a competitor who forces down the standard of life. In relation to the Irish worker, he feels himself to be a member of the dominant nation and, therefore, make himself a tool of his aristocrats and capitalists against Ireland, thus strengthening their domination over himself. (…) This antagonism is the secret of the powerlessness of the English working class, despite its organization. It is the secret of the capitalist class’s maintenance of its power. And the latter is fully conscious of this. » (pp. 149-150)

(4« Let your citizens of to-day be declared free and equal, without reserve. If you fail to give them their citizen’s rights, while you demande citizen’s duties, there will yet remain a struggle for the future which may again stain your country with your people’s blood. »(p. 113)

(5« In sum, I have argued in this study that Marx developed a dialectical theory of social change that was neither unilinear nor exclusively class-based. Just as his theory of social development evolved in a more multilinear direction, so his theory of revolution began over time to concentrate increasingly on the intersectionality of class with ethnicity, race, and nationalism. To be sure, Marx was not a philosopher of difference in the postmodernist sense, for the critique of a single overarching entity, capital, was at the center of his entire intellectual enterprise. But centrality did not mean univocality or exclusivity. Marx’s mature social theory revolved around a concept of totality that not only offered considerable scope for particularity and difference but also on occasion made those particulars – race, ethnicity, or nationality – determinants for the totality. Such was the case when he held that an Irish national revolution might be the “lever” that would help to overthrow capitalism in Britain, or when he wrote that a revolution rooted in Russia’s rural communes might serve at the starting point for a Europe-wide communist development. » (p. 244)

 

Gaston Bachelard – Apprendre de ses erreurs par Thomas Lepeltier

  • j’ai toujours plaidé pour cette démarche et en tous domaines, encore faut-il avoir le courage d’organiser cette rupture avec ses propres préjugés ou encore l’illusion d’un savoir immédiat..C’est en ce sens que voyager dans le vaste monde, écouter ce qu’il a à dire est l’acceptation d’une déstabilisation totalement étrangère à l’esprit français marqué par tant de siècles de colonialisme.  Apprendre de ses erreurs mais encore faut-il les reconnaître, mais ce n’est pas la démarche habituelle, on peut le regretter aujourd’hui plus que jamais et pas seulement dans l’apprentissage scolaire. je dois avouer que ce qui me rend le plus pessimiste sur les actuels résultats du Congrès du PCF, c’est cette incapacité non seulement à assumer ses erreurs mais à en tirer leçon pour avancer. les dirigeants communistes trouveront toujours quel que soit leur bilan et celui-ci est calamiteux, des gens prêts à les conforter sous prétexte de préserver l’unité du parti. C’est mortifère. J’en suis à me demander s’il est même utile que je me rende à la réunion fédérale de mardi sur « le bilan », je sais déjà comment ils vont tenter de prendre le virage pour que tout reste en place.   (note de Danielle Bleitrach)

Article issu du numéro

Philosophe des sciences épris de poésie, Gaston Bachelard affirme que la connaissance progresse par rupture. Du coup, apprendre consiste à bien identifier ses erreurs pour mieux les dépasser.

Avec sa barbe fournie, son œil rieur et son accent provincial, Gaston Bachelard (1884-1962) incarne la figure du professeur chaleureux et affable. Mais derrière son air bonhomme se cache un philosophe qui peut être très critique envers l’éducation. De sa conception des grands bouleversements de la physique et de la chimie au cours des siècles, il tire en effet des principes éducatifs qui peuvent entrer en conflit avec les pratiques classiques d’enseignement. Par exemple, il se dit « frappé du fait que les professeurs de science, plus encore que les autres si c’est possible, ne comprennent pas qu’on ne comprenne pas ». La raison de cette incompréhension pédagogique est que les professeurs sont peu nombreux à avoir « creusé la psychologie de l’erreur, de l’ignorance et de l’irréflexion. (…) Les professeurs de science imaginent que l’esprit commence comme une leçon, qu’on peut toujours refaire une culture nonchalante en redoublant une classe, qu’on peut faire comprendre une démonstration en la répétant point par point (1) ». Cette erreur pédagogique des professeurs est, selon Bachelard, liée à une mauvaise conception de l’activité scientifique.

L’obstacle pédagogique

De fait, pour Bachelard, la recherche scientifique ne consiste pas à approfondir ce que l’on sait déjà, mais à rejeter le savoir acquis pour laisser place à une nouvelle façon d’appréhender la réalité. Cette recherche incite ainsi à se déprendre de ce que l’on connaît, ou croit connaître ; elle pousse à dépasser les façons de réfléchir associées au sens commun ou aux anciens modes de pensée ; elle apprend à dire non aux idées spontanées. Autrement dit, la science progresse par rupture. Comme l’écrit Bachelard, « on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites ». Ces dernières sont ce que Bachelard appelle des « obstacles épistémologiques ». Par exemple, avec son analyse du mouvement, Galilée s’en prend aux représentations issues de la physique d’Aristote. Ou encore, avec ses travaux sur la pression atmosphérique, Pascal marque une rupture avec toute la tradition qui estime que la nature a horreur du vide.

Or Bachelard considère que ce qui est vrai de la démarche scientifique l’est aussi de l’enseignement des sciences, au sens où la notion « d’obstacle épistémologique » renvoie directement à celle « d’obstacle pédagogique ». Dans cet enseignement, il faut aller contre l’opinion des élèves pour la simple raison qu’ils ne sont pas des esprits vierges. Bachelard écrit ainsi : « Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés. » Autrement dit, les élèves sont imprégnés d’idées fausses ; ils sont porteurs de représentations et de préjugés formés au cours de leur vie quotidienne. La nature spontanée et familière de ces images et conceptions rend ces dernières bien souvent attachantes ; elles deviennent donc autant d’obstacles pédagogiques pour la compréhension des idées nouvelles que l’enseignant veut transmettre. Comme personne ne rompt facilement avec ses habitudes de pensée, il faut que les professeurs réfléchissent sérieusement à ces obstacles pour mieux les surmonter. Inversement, s’ils méconnaissent les préjugés des élèves, il leur est difficile de leur apprendre à les dépasser. Ils pourront répéter leurs leçons, le contenu de leur enseignement ne passera pas. Bref, pour Bachelard, la formation de l’esprit scientifique ne s’apparente pas à une accumulation de connaissances, mais à une mutation, à une transformation fondamentale qui encourage l’élève à rompre avec le passé et à réfléchir autrement.

Se confronter à l’erreur

Pour Bachelard, le dépassement des obstacles pédagogiques doit donc être au cœur de l’enseignement des sciences. Mais dépassement ne veut pas dire délaissement ou mépris. Bachelard estime en effet qu’on ne peut pas connaître sans passer par l’erreur. Il faut s’y confronter pour la dépasser. L’obstacle est ainsi une étape de la connaissance, un passage obligé. D’où la nécessité de bien connaître ces obstacles pour ne pas en être prisonnier. Cela explique l’intérêt que Bachelard porte, en tant que philosophe, à l’histoire des sciences et aux idées fausses, allant jusqu’à développer une philosophie historique des sciences qui se concentre sur les erreurs passées et les décrit avec considération. Toutefois, si la pédagogie scientifique de Bachelard consiste ainsi à combattre un imaginaire poétique, notamment celui qui s’est formé dans l’enfance et qui nourrit ces erreurs, toute son œuvre sur le monde onirique qu’il a développée en parallèle à celle sur les sciences consiste à retrouver et à revivifier ces séductions de l’enfance. Cette tension dans l’œuvre de Bachelard n’a pas été sans dérouter certains lecteurs. Elle est aussi un signe de sa richesse…

Bref, par l’attention bienveillante qu’il porte à tout ce qui égare la pensée scientifique, Bachelard apparaît finalement comme un professeur qui n’est jamais hautain à l’égard de ce qu’il critique. Pas étonnant qu’il incarne encore de nos jours cette figure du professeur chaleureux et affable.

 

Marseille, la ville, les traces et l’état d’exception

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Pour ceux qui auront eu la patience d’écouter notre conférence sur Staline à Paris (ils sont plus d’une centaine déjà sur ce blo), vous aurez compris qu’il s’agit de « méthode » pour dégager le passé des strates d’idéologie déposées sur lui. A plusieurs reprises je fais référence aux « traces », ce terme renvoie à quelques théoriciens, Ernst Bloch, Walter benjamin et Carlo Ginzburg. Dans les trois cas, il s’agit de dépasser les discours auxquels se résume trop souvent le politique et de trouver une approche qui témoigne de cette actualité du passé comme le ferment de la lutte des classes d’aujourd’hui.

J’ai commencé mes recherches en sociologie en travaillant sur l’urbanisation et cette approche se situait dans le prolongement de mon mémoire de maîtrise sur l’évolution des mentalités du 11 e au 15e siècle à partir de l’étude des chapiteaux de cloîtres provençaux.

J’ai commencé à travailler sur Marseille, c’est aussi le cas de Walter Benjamin. Il écrit un texte sublime « Faubourgs ». Il décrit le paysage de l’arrière port, du secteur d’Arenc jusqu’à Saint Antoine, mais jugez-en plutôt:

Les murs: La discipline à laquelle ils sont soumis dans cette ville est digne d’admiration. Dans le centre, les meilleurs d’entre eux portent livrée et sont à la solde de la classe dominante.Ils sont recouverts de motifs criards, et se consacrent, plusieurs centaines de fois, sur toute leur longueur, au dernier anis, aux « dames de France », au « chocolat meunier » ou à Dolores Del Rio. Dans les quartiers les plus pauvres, ils sont mobilisés à des fins politiques et leur vastes lettres rouges sont postées, tels des avant-coureurs des gardes rouges devant les chantiers navals et les arsenaux. »

ou encore faubourgs : PLus nous nous éloignons du centre, plus l’atmosphère devient politique. Voici venir les docks, les bassins du port, les entrepots, les cantonnements de la pauvreté, les asiles dispersés de la misère: la banlieue. Les banlieues sont l’état d’exception de la ville…  »

Walter Benjamin emploie ce terme « l’état d’exception » qui n’a rien d’anodin, il l’emprunte à Carl schmitt (1). C’est quelque chose de l’ordre de la dictature. Walter Benjamin dans « sur le concept d’histoire » définit la Révolution comme le véritable état d’exception (l’équivalent de la dictature du prolétariat) et il fait par opposition à tous les « décrets d’urgence » par lesquels sous la République de Weimar, la social démocratie a ouvert le chemin au nazisme. L’Etat d’exception conforte une vision apocalyptique du monde. Dans le paysage urbain de la description des faubourgs prolétariens de Marseille devient un champ de bataille où s’affrontent Etat d’exception ouvrant la porte au nazisme par opportunisme social démocrate et dictarure du prolétariat, révolution, le paysage n’est que siège, tranchées.

Voilà ce que l’on peut attendre d’une lecture des « traces » dans un paysage urbain, mais l’invite de walter benjamin et en général de ceux qui se sont référés au marxisme va plus loin. Elle nous interdit toute nostalgie.

Ce qui va être le terreau du nazisme c’est non seulement l’aspiration à une harmonie perdue, à la célébration de la nature opposée à la décadence actuelle mais aussi une esthétisation de la guerre comme moyen de renouer avec le temps des « dieux » . L’apocalypse de 14-18 et son rejeton sanglant Hitler fut la volonté de célébrer de nouvelles noces avec la nature.

Pour conquérir Walter benjamin, pour recréer l’harmonie, impossible de retourner en arrière, il faut au contraire élargir notre conception de la nature au monde faconnée par l’industrie. La ville et la lecture de ses paysages est une seconde nature, il faut s’égarer dans la modernité, dans la ville comme dans une forêt. Il faut lire ce qui surgit à l’improviste, savoir effacer ses traces comme le recommande Bertolt Brecht, refuser de « déblayer » toutes les expériences accumulées.

(1)Carl Schmitt, théoricien de l’état d’exception rejoint le parti nazi en 1933.

 

De quoi Staline fut-il le nom ?

Malgré son titre « 1917-2017, Staline tyran sanguinaire ou héros national ? » ne porte pas seulement sur Staline, mais pose des questions sur la nature du pouvoir soviétique de 1917 à la chute de l’Union soviétique. Il présente des faits, des arguments. La notion de totalitarisme qui va jusqu’à identifier ce pouvoir à celui du nazisme, doit être dénoncée.
Le livre part d’une interrogation sur la différence d’opinion entre ceux qui ont vécu l’URSS et l’image que nous en avons en France. 67 % des habitants de la Fédération de Russie en septembre 2017 regrettaient l’Union soviétique et 38 % d’entre eux plaçaient Staline et Lénine en tête des plus grands hommes de l’histoire. Pourquoi ? Ce que tous les sondages affirment, nous l’avons constaté sur le terrain. Staline est l’homme d’une époque, l’Union soviétique ne se limite pas à sa seule domination, mais incontestablement Lénine et Staline ont opéré une rupture et créé les conditions d’une autre société dans un encerclement permanent et une violence de quatorze États ligués contre elle. Un état des lieux s’impose. On ne peut pas ignorer cette extraordinaire tentative de changement de pouvoir et de société. Prétendre effacer la mémoire des peuples est aussi destructeur que d’imposer aux individus l’ignorance de leur passé et de leurs origines. Ce livre est donc une présentation des pièces du dossier en vue de l’ouverture d’une véritable analyse scientifique mais aussi politique, d’une expérience qui continue de marquer notre présent et qui conditionne notre avenir.

Conférence de présentation de l’ouvrage par ses auteures, suivie d’un débat :

Danielle Bleitrach, universitaire à la retraite, sociologue, journaliste, blogueuse, ancienne dirigeante politique du PCF, globe-trotter et écrivain. Auteur, entre autres, de L’Usine et la vie avec Alain Chenu (Maspero ; 1980), Classe ouvrière et social-démocratie, avec Alain Chenu et Jean Lojkine (Éditions sociales, 1985), Cuba est une île, avec Viktor Dedaj (Le Temps des cerises 2004, et traduit en espagnol en 2005 chez Viejo Topo), Cuba, Fidel, le Che ou l’aventure du socialisme, avec J.-F. Bonaldi (Le Temps des cerises 2006). À paraître également, en juillet 2015, Fritz Lang et Bertolt Brecht, le nazisme n’a jamais été éradiqué chez LettMotif.

Marianne Dunlop est Agrégée de russe, a fait de l’étude des langues et des peuples le cœur de sa vie. Grâce à des bourses d’études, elle passe un an en URSS et deux ans en Chine. Sa curiosité l’a ensuite amenée à apprendre, entre autres, le turc, le coréen, le persan… et même l’Espéranto. Elle enseigne aujourd’hui le chinois à l’Université d’Artois, tout en assurant des missions d’interprète et de traductrice assermentée.

Tag(s) : #politique#histoire#russie#communisme#Marianne Dunlop#Danielle Bleitach
 

Paris, un débat, une expédition, une rencontre presque magique

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Je suis rentrée épuisée de ma virée parisienne, la poitrine sifflant comme une forge, la bronchite dont je croyais m’être débarrassée repartie de plus belle. C’était prévisible. Il y avait dans ce rendez-vous à la Librairie tropique au coeur d’une tempête de neige quelque chose de totalement gratuit, un de ces défis adolexscents auquels je n’ai jamais su résiter et aujourd’hui moins que jamais.

Cela s’est poursuivi d’ailleurs le lendemain matin quand il m’a fallu rejoindre la gare de Lyon sans le moindre taxi à l’horizon? 500 mètres de trottoirs verglacés pour m’engouffrer dans la station du métro. Le 14 e arrondissement avait le charme de cette ville Piemontaise dans Amarcord de fellini. Moi petite vieille, mal assurée, c’est une litote, posant un pied après l’autre, j’étais un poupon octogénaire engoncé dans ses pelures de vêtement, un gros culbuto s’appuyant contre les murs. Il y avait aussi un moi profond convaincu que tout cela n’était que déguisement et que j’étais restée la folle créature qui dans le froid terrible de 1956 était allée me baigner aux catalans à Marseille, alors que le bord de la mer était gélé. Je venais d’adhérer au parti communiste, et le rapport Khrouchtchev avait lancé la « destaninisation », tandis que les troupes du pacte de varsovie entrait en Hongrie où l’on pendait les communistes à des croc de boucher. De ce temps là, j’avais tout de même acquis certaines expériences de combat, rester calme, un pas après l’autre, chercher une position asurée et continuer.

Le débat, le repas après, ce retour au bras de mes amis et camarades jusqu’à l’hôtel et le regret d’être si faible alors que je n’aurais rien rêvé tant que de poursuivre à leur côté ce moment miraculeux où j’ai tout de suite perçu qu’ils avaient compris ce que je cherchais. Le pourquoi de tant de voyages, d’écriture, ils lisaient tous ce blog et ils partageaient.

Souvent dans les débats, les rencontres intellectuelles c’est le positionnement de Fichte « le moi se pose en s’opposant ». Là c’était différent, chacun tentait de compléter cette recherche de l’histoire, notre histoire, ses traces, ce qui était vraisemblable, ce qui ne l’était pas comme si personne n’avait rien à prouver si ce n’est l »urgence de comprendre pour transformer.

Comment dire? Nous étions une trentaine à avoir affronté ce déchaînement de 15 centimètres de neige qui semblent avoir bloqué la capitale. Vous allez avoir la video de nos interventions Marianne et moi mais aussi de l’intelligent débat qui a suivi. Je ne sais si c’est cette sensation de nous retrouver blottis au coeur de la tourmente, personne ne sachant très bien où il dormirait le soir même et s’en moquant un peu, mais tout en était à la fois plus essentiel et plus léger, nous avions vraiment envie d’échanger, de comprendre et pas de prendre la pose.

Ils comprenaient ou du moins je le crois ce que signifiait ce projet fou, aller en Russie et y dénoncer « une destalinisation ratée » en laissant flotter les questions non résolues: est-ce que cela signifiait qu’il aurait fallu destaniliniser ou non? Si oui qu’est-ce que c’est réellement le stalinisme? Ce qui est sûr c’est que la manière dont tout cela est dit, décrit, affirmé est indéfendable… Il n’est pas question de « réhabilitation », non simplement du fait que politiquement ce qui ce dit n’a pas de cohérence, que tout est idéologisé à l’extrême et dans un sens qui ne peut convenir à ceux qui souhaitent une émancipation humaine.

Mais vous allez avoir la vidéo et vous en jugerez.

Avant de m’endormir le soir à l’hôtel, j’ai revu en pensée Jorge Risquet, mon ami cubain, me disant avec son accent sud américain: « Que l’on ait peur de Staline, que l’on vénère Fidel, passe encore, oui, mais  Robert Hue?  » Ce qui est sûr c’est que sans aller plus loin dans la démonstration, il y a là une des illustrations possible de mon affirmation sur « la destalinisation ratée ». Quand de surcroît, le parti communiste français issu de ce refus de penser, va jusqu’à l’extraordinaire bilan de la révolution doctobre par l’actuel secrétaire du PCF, bilan qui revient à considérer qu’après l’élan libertaire détourné par le méchant Staline, il n’y a plus grand chose à sauver, on reste stupéfait. Toute la deuxième guerre mondiale, toute la modernisation de l’Union soviétique, le rapport de forces institué par cette épopée qui a permis l’élan des conquêtes ouvrières et même en matière de mode de vie, la multiplication des révolutions dans le tiers monde, la Chine, etc…

Tout cela passé au prisme de la nécessité des prochaines élections, à la niaiserie des coeurs en écharpe pour ne rien dire,  et avec l’unique obsession de la porte étroite des alliances de sommet avec crêpage de chignon…

le plus terrible c’est cette inertie, ce balbutiement, ces gens épuisés que l’on jette dans tous les sens à la fois sans stratégie, sans but autre que ce très réel temps où le capital et ses petites mains font ripaille alors qu’il y a encore tant de bonne volonté, tant de force en eux.

OUi, la destalinisation a visiblement été ratée et ceux qui étaient là dans cette nuit parisienne avaient envie de se poser les problèmes autrement, calmes, entêtés et cordiaux, partout des gens qui réflechissent parce qu’ils sont conscients que ce n’est pas du passé dont il est question mais bien de leur capacité à agir, à faire partout le peu qui s’impose.

Au fait j’allais oublier cette information, le livre 1917-2017, Staline tyran sanguinaire ou héros national est épuisé, il est en ré-impression… Sans rien, sans journaux, sans réclame… Merci à vous tous et aux éditions Delga.

Danielle Bleitrach

 
5 Commentaires

Publié par le février 9, 2018 dans COMPTE-RENDU de LIVRE, mon journal

 

A ce soir, Chers amis et néanmoins souvent camarades, mais pas toujours…

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Voilà j’aurai reculé mon départ à Paris jusqu’à la dernière limite, celle de la fin du traitement (cortisone et antibiotique) contre la bronchite, celle de mon arrivée, semble-t-il dans la neige et le blizzard dans le 14 e arrondissement, métro perinety à quelques centaines de mètre du lieu du débat. A un trimestre de mes quatre vingt ans, ce n’est pas Alexandra Neel sur les routes du Tibet au même âge, mais c’est assez pour nous faire entrevoir que le communisme reste bien le secret de jouvence proclamé et tenu. La véritable  manière de jusqu’au bout refuser l’obsolescence à laquelle le capitalisme veut condamner l’être humain marchandise. Un refus qui n’est pas seulement celui de l’esprit, mais l’utilisation de  la seule possibilité offerte à lui de le refuser,  inventer autre chose collectivement. Je plaisante mais à peine. (1)

Librairie Tropique adresse : 56 et 63 Rue Raymond Losserand, 75014 Paris

Ce mardi 6 févier à 19h30
débat avec Marianne autour de notre dernier livre :
1917-2017, Staline un tyran sanguinaire ou un héros national?

J’ai hésité à reporter cette recontre vu qu’à Marseille quand il pleut personne ne sort, le plan orsec est déclenché et les activités sont reportées (c’est une galéjade mais à peine). Mais de tout côté des amis m’ont confirmé leur venue certains depuis de lointaines banlieues. Comment résister à une telle vertu citoyenne alors mêmes que nous célébrons dans un même élan Stalingrad et la fin du siège de léningrad, qu’à Moscou dont la neige recouvre le kremlin et saint bazile, il sont 60.000 à défiler dans les rues pour dire leur dignité, celle de leurs parents pour avoir accompli cela.Au moins il y aura la couleur locale.

Combien serons-nous je l’ignore, mais je pense à Fidel après le naufrage du granma faisant le compte de sa troupe déjà pourchassée par Batista et contemplant les quelques fusils et la douzaine de révolutionnaires résolus déclara: nous sommes douze, si nous sommes convaincus cela est suffisant pour faire une Révolution.On n’a pas été élevé chez les jésuites pour rien et si la référence est à Cespedes, le père de la patrie, le dernier repas du Christ n’est pas loin…

Mais aurait-il imaginé que ces douze et plus auront été réunis par deux dames qui, intrépides, voulaient renouer des liens effacés pour le malheur de tous avec cette histoire qui fut la notre et qui marque à jamais l’humanité? A partir d’un principe simple, celui qui oublie son passé non seulement est condamné à le revivre comme un cauchemar, mais aussi perd le sens des possibles du présent avec la perspective de l’avenir, but et moyen pour y parvenir. A ce titre, l’aventure de nos voyages, le livre écrit a toujours été suivi d’une série d’activités, marianne vous en parlera.

mais cette conception du livre ouvert sur des pratiques, penser et transformer, change complètement la nature du débat et fait que l’on a autant envie de parler de celui-ci que de ce qui est en chantier, des questions non abordées et qui pourtant s’avèrent essentielles et auxquelles en tant que lecteurs de ce blog, dans lequel personne n’écrit pour ne rien dire, vous avez largement contribué à poser.

Tout sauf le dogme ou la certitude même si nous en avons quelques unes… Donc mes amis pour ceux qui le pourront rendez vous ce soir. Par parenthèse il y aura d’autres rencontres pas seulement à paris, celle des Marseillais est déjà fixée le 2 juin sur la Canebière à la librairie Maupetit.

Donc parisiens à ce soir et dites vous bien que je me fais une joie de vous rencontrer parce que vous avez aussi répondu à mon appel pour Adlane, cela compte pour moi, cela crée la différence entre les enfileurs de perles de veroterie, qui se gorgent de citations humanistes et qui ne font rien, et ceux qui avaient jadis l’habitude dans le silence, partout d’amplifier l’élan jusqu’à le rendre irrésistible. C’est un choix communiste, celui proposé à l’adhésion de la jeunesse, est-ce que nous leur offrons l’espoir égotiste de celui qui aura son bâton de Maréchal comme élu, ou l’apprentissage de la force de celui qui accomplit le petit acte anonyme exigé de lui et qui comme le paysan chinois rase la montagne? Un parti pour les plateaux de télévision auquel nous n’aurons plus accès faute de savoir respecter la force réelle des masses et de leur organisation au quotidien?

Nous ne pouvons pas ignorer ces exigences venues du passé comme perspective d’avenir aujourd’hui plus que jamais et ce dans le contexte d’un congrès alors que l’offensive contre les conquêtes de nos pères et mères se fait plus ample tous les jours ? Il sera question de Staline et surtout d’une déstalinisation totalement ratée mais aussi d’aujourd’hui et de demain en particulier à l’échelle internationale parce que si plus que jamais nous devons agir local, il nous faut penser global lutte des classes et fait national.

Danielle Bleitrach

(1) Cette année 2018 sera celle de karl Marx, pour illustrer mon propos, je voudrai me référer aux premiers textes de Marx dont on ait conservé la trace. Il s’agit d’une réflexion sur « la vocation », c’est en 1835, il a 17 ans. Il affirme devoir « être guidé par le devoir, le sacrifice de soi, le bien être de l’humanité, le souci de notre propre perfection ». Si on rate ce chemin on risque d’être malheureux toute une vie et cela s’aggrave parce que nous sommes mortels, nos possibilités s’épuisent. Il inaugure dans l’exaltation adolescente une pensée entre tension vers l’idéal et contraintes matérielles incontournables.  Il vient de déclarer son amour à jenny, il lui écrit des poèmes. Il travaille sans arrêt et a un solide humour, un esprit critique devant les enflures de l’âme tout cela tempère pour le meilleur les bouffées d’exaltation creuse et les hypocrisies. C’est un plaidoyer pour un engagement dans une vie de Révolutionnaire auquel dans mon âge vénérable je ne puis qu’apporter mon assentiment.