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La nouvelle Russie est-elle de droite ou de gauche? (Extrait)

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Les tensions actuelles entre Washington et Moscou sont souvent perçues et présentées selon les catégories mentales répétant ou prolongeant celles qui ont existé à l’époque du monde bipolaire, à l’époque du conflit entre le capitalisme devenu impérialiste sous le joug des États-Unis et le socialisme réel prôné alors officiellement à Moscou. Alors même que l’élément idéologique existant à cette époque a en principe disparu puisqu’on décrète comme si c ‘était une certitude éternelle que le communisme est mort définitivement. Drôle de cadavre puisqu’il excite toujours tant de passions irrationnelles !

L’extrait suivant appartient au chapitre “Puissance de second ordre, puissances émergentes et hyperpuissance vieillissante ?”, du livre La nouvelle Russie est-elle de droite ou de gauche? de Bruno Drweski (ndlR)

Les États-Unis sont devenus après 1991, au moins en apparence et pour un moment, la seule hyperpuissance incontestée, ce qui a permis de définir ce moment de l’histoire comme celui de « l’unipolarité ». La confiance en soi, voire l’arrogance, démontrée par les USA à cette étape du développement historique est cependant vite entrée en contradiction avec les intérêts, les capacités et les sentiments de nombreuses sociétés et de plusieurs États, en particulier lors de la guerre pour le Kosovo, et plus encore à la suite de la malheureuse guerre d’occupation menée par Washington contre l’Irak en 2003. Précédée par le blocus criminel de ce pays qu’il faut garder en mémoire. Après 1991, les USA et leurs supplétifs ont décidé de maintenir en vie l’OTAN et d’autres structures issues de la guerre froide en dépit de la dissolution du Pacte de Varsovie et du CAEM.

On est alors passé d’une légitimité qu’on pouvait faire croire jusque là comme purement défensive à une légitimité ouvertement dominatrice, tentant néanmoins de continuer à s’appuyer sur une vision devenue de fait archaïque car datant de la guerre froide et de l’époque révolue du monde bipolaire. Ce qui a empêché les courants politiques anticommunistes alors en pleine euphorie de percevoir que de nouveaux foyers de puissance étaient en phase d’émergence dans le monde, et aussi qu’une Russie nouvelle était en train de naître. Envers laquelle ils gardaient la hargne de ceux qui s’étaient sentis menacés depuis la Révolution russe dans leur droit à la domination et qui n’étaient donc pas en état de tendre la main à ceux qui en Russie même étaient pourtant prêts à devenir à tous prix leurs partenaires. Sentiment tourné vers le passé donc, prolongeant artificiellement la logique de guerre froide. Sentiment qu’on retrouve aussi dans les milieux réactionnaires, anticommunistes et pro-occidentaux de Russie, d’ex-URSS et de l’ex-bloc de l’Est.

A l’Ouest comme à l’Est, les conservateurs croient en effet toujours que, en dépit de l’émergence de nouveaux pôles de pouvoir dans le monde, « la civilisation occidentale », le « camp démocratique », « le monde libre », « l’Amérique », la « civilisation européenne » et, last but not least, le capitalisme et l’impérialisme constituent le seul horizon indépassable et le seul point de référence fondamental de la politique mondiale. (1) Cette vision ethnocentrique, eurocentrique et occidentalo-centrique liée à une arrogance de classe continue à dominer dans de nombreux cercles dirigeants, décideurs ou intellectuels aussi bien aux USA qu’en Europe occidentale mais aussi parfois en Russie et dans la plupart des pays du monde, en dépit du réveil de sentiments de révolte contre la soumission à cet unilatéralisme politique, économique, idéologique, culturel de plus en plus stérile.

C’est pour cette raison que les tensions actuelles entre Washington et Moscou sont souvent perçues et présentées selon les catégories mentales répétant ou prolongeant celles qui ont existé à l’époque du monde bipolaire, à l’époque du conflit entre le capitalisme devenu impérialiste sous le joug des États-Unis et le socialisme réel prôné alors officiellement à Moscou. Alors même que l’élément idéologique existant à cette époque a en principe disparu puisqu’on décrète comme si c ‘était une certitude éternelle que le communisme est mort définitivement. Alors que des campagnes médiatiques et « scientifiques » de décommunisation se succèdent par vagues, les unes après les autres, en s’acharnant contre ce qui est censé n’être plus qu’un cadavre. Drôle de cadavre puisqu’il excite toujours tant de passions irrationnelles !

Dans son livre, Francis Fukuyama (2) avait développé une vision considérant que toutes les idéologies, à commencer par le marxisme, étaient en train quitter la scène de l’histoire, ce qui était censé annoncer la victoire totale (totalitaire?) et définitive du libéralisme présenté alors comme la « tendance humaine naturelle » opposée aux idéologies. Depuis ce moment pas très éloigné, les conséquences de la domination des dogmes libéraux qui sont loin d’avoir toujours été vécues comme positives par les peuples ont démontré que l’on avait affaire là à une vision tout à fait idéologique, entrant en contradiction au moins sur certains points avec le mouvement de l’histoire et les exigences de l’évolution des sociétés.

Ce qui explique la multiplication des crises, des manifestations de mécontentement et les guerres entraînant le développement depuis cette période de courants et de politiques qui se veulent plus ou moins alternatives et qui tentent de remplir ce vide, tels que les « valeurs asiatiques » ou différentes conceptions politiques qui se basent sur le christianisme, l’islam, le judaïsme, l’hindouisme, ce qu’on appelle « le retour du religieux », en même temps que l’on observe l’émergence en Amérique latine d’une tentative de construire un nouveau « socialisme du XXIe siècle » qui, malgré ses limites, voire ses inconséquences, emprunte beaucoup au modèle cubain. Ce qui apporte de nouveaux éléments nourrissant la réflexion des peuples, des sociétés et des États en phase de renaissance, dont la Russie.

On assiste donc bien à un retour des questions idéologiques qui démontre que les courants sociaux et politiques reflétant les intérêts contradictoires des différents sujets historiques existent bien et continuent à être jugés nécessaires aux yeux d’une masse d’êtres humains voulant devenir des citoyens dans une société où ils sont repoussés constamment dans la position de nouveaux objets, voire de marchandise. Ce qui redonne vie à la méthode marxienne et donc au marxisme. Y compris dans son volet léniniste puisque la question de l’impérialisme apparaît de nouveau comme centrale en cette période de guerres sans fin ayant remplacé la promesse illusoire d’un « nouvel ordre mondial » pacifique faite par Bush père dans la foulée des illusions gorbatchéviennes.

Pour ceux qui veulent voir le monde avec les lunettes déformantes qui leur permettent de continuer à vivre encore un moment dans un passé révolu sans poser la question de l’avenir, qu’ils soient des anticommunistes primaires ou des nostalgiques fixistes de l’Union soviétique, la Russie d’aujourd’hui apparaît effectivement quasi-automatiquement comme un remake de l’URSS. En conséquence, elle constituerait toujours le défi majeur auquel se heurtent les structures capitalistes occidentales. (3) Alors qu’une analyse concrète nous oblige à accepter le fait qu’il est temps de s’éloigner, ne serait-ce que partiellement, de cette vision eurocentrée et occidentalo-centrée.

La Russie est bien sûr redevenue depuis quelques années un centre important de la politique internationale et on observe la renaissance de sa puissance en ruine jusqu’à récemment, mais l’axe principal des contradictions dans le monde ne se trouve plus sur la ligne USA-Occident-Russie (URSS), mais sur la ligne USA-Chine. Et l’Europe n’est plus le lieu principal du face à face entre puissances car c’est l’Océan pacifique, tandis que le lieu d’affrontement privilégié est passé de l’Asie orientale à l’époque de la guerre froide au monde arabo-musulman et à l’Afrique.

La Chine constitue en effet aujourd’hui, comme autrefois l’URSS, le contrepoids principal face à la puissance nord-américaine désormais clairement en phase de déclin, ce que reconnaissent même ses plus brillant stratèges. La Chine est un puissance émergente reprenant en fait sa place dans l’histoire, même si elle reste certes pour le moment plus faible que son rival nord-américain en voie d’essoufflement. Elle constitue une puissance en phase d’ascension économique, financière, stratégique, culturelle, idéologique, technique et scientifique, ce que les gros médias mondiaux de masse concentrés entre quelques mains vieillissantes ne veulent ni voir ni analyser. (4)

En particulier, peu nombreux sont ceux qui analysent la vitalité réelle de la Chine contemporaine, au delà des succès de ses entreprises capitalistes. Peu nombreux sont ceux qui osent constater la force du secteur public chinois. Peu nombreux sont ceux qui veulent voir le travail et les débats idéologiques qui ont lieu en Chine, de la même façon qu’ils ignorent d’ailleurs tous les efforts faits pour développer une légitimité alternative par rapport au modèle anglo-saxon en Russie, en Iran, en Syrie, au Liban, en Inde ou en Amérique latine. Qui témoignent tous de l’importance des questions idéologiques, des questions de représentations idéales, des questions de superstructure, des questions d’hégémonie culturelle dans un contexte où les conflits de classe n’ont pas disparu, puisqu’ils reflètent des intérêts irrémédiablement opposés dont les guerres actuelles sont la manifestation évidente.

Si nous comparons par ailleurs la force et le potentiel de la Russie et de la Chine, nous pouvons constater que le conflit sino-soviétique des années 1960-70 s’est terminé en faveur de la Chine populaire. Ne serait-ce que parce que ce pays a maintenu sa continuité étatique, ce qui lui a assuré une stabilité dans son développement tout en lui permettant d’analyser les causes de la désagrégation du modèle soviétique qui était son modèle originel de référence devenu son concurrent. Alors qu’à Moscou, une cassure fondamentale de la continuité du processus historique et social s’est produite en 1991, à partir de quoi une nouvelle Russie est née, beaucoup moins puissance que l’Union soviétique, que ce soit sur le plan stratégique, économique, social ou idéologique.

Ce qui explique pourquoi nous pouvons observer actuellement la consolidation de contrepoids autour de la Chine face aux USA et leurs alliés, dans le cadre des structures du BRICS, de l’Organisation de coopération de Shanghaï et de leurs alliés potentiels, l’Iran, l’ASEAN+3, l’ALBA, l’UNASUR, le Mouvement des États non alignés, l’Union africaine, etc. Processus qui se réalise dans une large mesure autour et avec la participation clef de la Chine. La Russie redevient donc une puissance, et elle redevient réellement un facteur essentiel de la politique internationale, mais elle revient sur cette voie non seulement en s’appuyant sur sa propre force qui reste insuffisante mais aussi parce qu’elle a pu trouver l’appui actif d’une Chine en fait plus puissante et toujours plus solide qu’elle.

Il est donc temps d’observer le monde avec un regard élargi et de prendre en compte le fait que le monde nouveau qui est en train de naître n’est plus construit autour de l’Europe et de son prolongement historique que sont les États-Unis placés à la tête de l’ex-monde unipolaire. L’axe du monde se déplace vers le Pacifique, ce que la plupart des décideurs nord-américains prennent d’ailleurs en compte. L’asiatisation mais aussi la latino-américanisation de la société nord-américaine ne fait que renforcer cette tendance devenue irrésistible. Les USA deviennent de plus en plus « californiens » et de moins en moins « nouvelle Angleterre ». Et c’est aussi sous cet angle qu’il faut analyser le développement de la situation en Russie et les efforts de ses dirigeants pour placer sur la carte du monde d’aujourd’hui leur État en phase de refondation.

Notre thèse est que la nouvelle Russie s’est rapprochée de la Chine au début non pas par affinité particulière mais parce qu’elle n’avait pas d’autre choix vu que les élites dominantes l’Occident se révélèrent incapables de sortir de leur mentalité remontant à la guerre froide. Ils en avaient hérité le sentiment arrogant que l’Occident, son régime politique, sa culture, son système social, ses structures économiques avec les États-Unis à leur tête était sorti « victorieux » de la confrontation Est-Ouest avec le système soviétique.

Ne voulant pas prendre en compte que ce sont les dirigeants soviétiques eux-mêmes qui ont décidé, sans y être obligés, de mettre un terme à l’expérience soviétique à la suite d’un processus social inhérent à leur pays lié à l’émergence de nouvelles classes dominantes ayant intérêt à faire disparaître le socialisme. (5) Et acceptant encore moins le fait que c’est un régime incontestablement de type soviétique qui a constitué la base ayant permis l’essor de la dynamique économique, sociale et politique actuelle de la République populaire de Chine.

Certes, il s’agit d’un régime qui s’est métamorphosé par rapport à son modèle initial à plusieurs reprises au cours d’un processus historique complexe, mais c’est un régime qui a su simultanément faire preuve d’une grande continuité, d’une capacité à mieux gérer la diversité de tendances et d’intérêts que l’on trouve dans les processus de construction du socialisme et aussi d’une grande faculté d’adaptation à chaque nouveau tournant de la conjoncture nationale et internationale.

Si la fin de l’Union soviétique et du camp socialiste a donc permis au moins de démontrer que la propagande sur le droit des entités socialistes à la sécession n’était pas qu’un slogan de propagande vide de sens comme le soutenaient tous les anticommunistes, les succès de la Chine populaire démontrent de leur côté qu’il ne peut y avoir de véritable construction des bases de la puissance industrielle et économique et de progrès social sans, au moins au départ, une mobilisation du peuple dans un système assurant discipline, promotion sociale de masse, investissements dans des secteurs décrétés prioritaires et formation idéologique unitaire autour d’objectifs socialistes.

Quoiqu’on pense du développement par la suite de la base sociale exerçant le pouvoir en Chine aujourd’hui ou de celle ayant pris le pouvoir à la fin de la période soviétique, on ne peut nier le rôle absolument fondamental du socialisme réel dans la formation du monde actuel, la promotion de nouvelles classes et l’exacerbation des contradictions auquel il fait face.

Avec le temps cependant, les contradictions liées à la domination de l’impérialisme, stade suprême en phase de devenir aujourd’hui le stade terminal du capitalisme, ont amené le monde vers une phase de tensions incomparablement plus fortes et plus dangereuses que celles qui étaient freinées à l’époque où existait un puissant « camp de la paix ».

La tension actuelle dans les relations américano-russes a commencé avec la guerre en Syrie et s’est prolongée avec la crise en Ukraine. Ces conflits ont entraîné des changements fondamentaux, sans doute fondateurs, dans les attitudes de beaucoup de décideurs russes qui ont du coup été amenés à s’éloigner au moins en pratique des dogmes libéraux et de leur fascination initiale pour l’Occident capitaliste. Ce qui les rapproche de différentes conceptions alternatives face aux pratiques des partisans de l’unipolarité et qui sont plus ou moins clairement formulées derrière ces réalités et ces concepts : eurasianisme, légalité internationale, multipolarité, intérêt national, non alignement, démocratie souveraine, troisième Rome, Charte des Nations unies, droit au développement, paix, désarmement, sécurité collective. Autant de termes dont les racines peuvent se trouver dans l’histoire de la Russie tatare, tsariste et surtout soviétique. Ce qui peut donner pour le moment l’impression d’un certain patchwork.

Ces conceptions peuvent être chacune adaptées à l’actuel jeu international en fonction des différents besoins car elles ne sont pas toutes liées au cercle historique européen ou occidental à l’heure de la mondialisation. Ce sont des conceptions plus universelles (6) qui facilitent la transition de Moscou d’un eurocentrisme de départ vers une conception où la Russie cesse d’avoir le sentiment d’être intrinsèquement liée uniquement au seul monde chrétien et post-chrétien. Sentiment que la période stalinienne avait d’ailleurs déjà préparé à sa façon en ré-enracinant la russité après la première période révolutionnaire purement internationaliste mais néanmoins occidentaliste à sa façon, vers ses horizons à la fois plus continentaux et aussi plus « orientaux ». Car la Russie actuelle constitue réellement une fédération de nationalités et de régions qui sont parfois au moins partiellement plus liées historiquement, géographiquement ou culturellement avec des espaces non européens.

L’ironie de l’histoire voulant qu’il ait fallu que ce soit un président « leningradois » devenu pétersbourgeois, donc plutôt « zapadnik », occidentaliste, au départ, qui émerge du chaos des années post-1991 pour donner corps à cette évolution. Alors même que toute sa biographie était marquée par ses liens privilégiés avec la culture occidentale et allemande et une fascination pour « l’efficacité » du libéralisme.

Le sentiment d’humiliation ressentie dans la Russie profonde après le bradage de ses richesses à des profiteurs sans scrupules soutenus par les puissances impérialistes et le massacre en 1993 des députés et des défenseurs du parlement élu démocratiquement qui avait peu avant donné son aval à l’élection d’Elstine explique pourtant pourquoi son successeur et une partie non négligeable de l’administration étatique russe ont fait le choix d’oublier cette période et de prendre des distances grandissantes avec les puissances occidentales, choix fait au départ sans doute sans grande conviction.

La Russie est comme un navire qui a quitté le port auquel elle était accoutumée et qui semble voguer plus librement que jamais elle n’avait pu le faire dans l’histoire pour des raisons qui tiennent au développement des transports, des communications et des nouveaux pôles de puissance. Ce que favorisent les nouvelles technologies qui, avec les trains à grande vitesse, les autoroutes, les avions, les fusées, les satellites, les spoutniks, les tubes, les nouvelles routes de la soie, donnent à la Russie jusque là enclavée au centre du continent eurasiatique une position pivot lui permettant de voguer désormais sans plus avoir forcément pour cela besoin d’accès aux mers « libres ».

 

Source:

Cet extrait appartient au chapitre “Puissance de second ordre, puissances émergentes et hyperpuissance vieillissante ?”, du livre La nouvelle Russie est-elle de droite ou de gauche? de Bruno Drweski

Reproduit avec l’autorisation de l’auteur en exclusivité pour Investig’Action

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Notes:

1. Cf. < http://www.geneveactive.ch/article/andrei-konchalovski-constate-lechec-du-concept-deurocentrisme > ; consulté 5/06/2015

2. Francis Fukuyama (1992). The End of History and the Last Man, Free Press.

3. De là vient la nécessité d’analyser à deux niveaux la fréquente et grossière comparaison faite dans les médias occidentaux de Poutine avec Staline, voire, ce qui a priori devrait apparaître totalement absurde, de Poutine avec Hitler. Il ne fait aucun doute que de telles comparaisons constituent pour toute personne un tant soit peu cultivée la marque d’une propagande primitive qui n’est pas vraiment différente des amalgames faits par les dictatures totalitaires les plus grossières. Mais si nous prenons en compte l’ethnocentrisme anglo-saxon d’une part et sa tradition géopolitique, Hitler, Staline et Poutine, indépendamment des énormes différentes idéologiques, sociales, systémiques et politiques existant entre les États qu’ils dirigeaient, ont effectivement un trait commun de ce point de vue géographiquement auto-centré : ces chefs politiques étaient ou sont à la tête de puissants États continentaux traditionnellement considérés comme des concurrents face à l’hégémonie des puissances maritimes, hier la Grande Bretagne et aujourd’hui les Etats-Unis. Pour le « pragmatisme » de la vision bourgeoise anglo-saxonne, ce simple fait suffit pour se permettre d’émettre des amalgames simplistes.

4. < http://www.strategicsinternational.com/f3chineusa.htm > < http://fr.sputniknews.com/french.ruvr.ru/2014_07_03/La-guerre-entre-la-Chine-et-les-États-Unis-est-elle-inevitable-8935/ > < http://french.irib.ir/analyses/chroniques/item/327115-inspir%C3%A9e-par-le-mod%C3%A8le-russe,-la-chine-engage-une-confrontation-avec-usa > ; consultés le 5/06/2015.

5. Voir : Bruno Drweski, Claude Karnoouh (dir.) La grande braderie ou le pouvoir de la Kleptocratie à l’Est, Le temps des cerises, 2005, 308 p. ; Bruno Drweski (Dir.) „Gagnants et perdants : une génération après… Le „post-communisme” en Europe du Centre et de l’Est”, in Slovo, Vol. 43-44, 2015, Presses des Langues’O, INALCO, 210 p.

6. D’autant plus que le principe inscrit dans la Charte des Nations unies sur la non ingérence dans les affaires intérieures des États indépendants a été renforcée dans la foulée de la décolonisation par la déclaration de la conférence de Bandung de 1955 à laquelle font en principe référence tous les 120 États appartenant au Mouvement des États non alignés avec lequel la Chine et la Russie entretiennent des rapports étroits.

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Publié par le juin 11, 2016 dans compte-rendu de livre

 

The USSR, 20 Years After—A Journey in War-Time Ukraine Traduction de notre livre en anglais

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Translation by Cathy Winch

Introduction

It has been proposed that we gather our travel sketches into a book. Originally written for our blog, Histoire et Société [History and Society], these were stories written in haste, sometimes on a suitcase in an airport. These sketches had one goal: get to the facts about what really happened in Ukraine in 2014. But we could not ignore the existence of a problem, still unresolved for us, as for many others: the fall of the Soviet Union.

There was in the 90s a kind of intellectual and moral tribunal that handed us a judgement on what the USSR had been or not been. Since we had so much loved and frequented this country which has become mythical, we decided, Marianne and I, in 2014, to claim a right of inventory. I use the term « mythical » purposely; indeed, the fall of the Soviet Union coincided with what Eric Hobsbawm said about the evolution of the profession of historian: « More history than ever is today being revised or invented by people who do not want the real past, but only a past that suits their purpose. Today is the great age historical mythology. […] It undermines […] the belief that historians’ investigations, by means of generally accepted rules of logic and evidence, distinguish between facts and fiction, between what can be established and what cannot, what is the case and what we would like to be so.’ [1.]

I have recounted elsewhere that evening in Rome where we caught, Hobsbawm and I, the Italian Communist Party leaders conspiring to stab their party and join social democracy. Overwhelmed but not surprised by this course of events we spent the rest of the night walking on the Forum talking about how the way in-depth explanations of why events happen are no longer to be expected.

Having suffered such a counter-revolution prevented us from thinking about our place in the world. Which more or less condemned the revolutionary to the ruthless innocence of those who can only ever act wrong-footed. And there is no better age than old age, and no better gender than being an old woman, to act in this radical manner, like Brecht’s Unseemly Old Lady in the brief time she chooses to live. The innocent eyes of the man or woman whom age makes disinterested, the gaze of the child, of the savage or even of the wild animal: a stunned look at a crazed society presented as a universal model. We have time, we who are invisible, the women of a certain age who are no longer seen as women. Yet we have so little time: so we can have the patience to follow broken lines, to see beyond the false starts of ordinary opinion. For example the way the media presented President Yeltsin’s ordering the shelling of the Duma, the Russian Parliament. How this shelling of elected representatives was hailed in our press as supremely democratic. Or the silence on the war in Moldova in 1992, as if 600 deaths had never taken place. This year 2014, the fifty or more burned alive in Odessa were not mentioned… The 4000 deaths in the Donbass, the majority of them civilians killed by their own Ukrainian government, women, children, old men executed with the assent of France on charges of « separatism »! Does being a « separatist » today justifies genocide? since when has this been the case?

We left together, Marianne and I, for the highways of Eastern Europe in order to form an opinion. It was time to find out what it was all about … « On the highways » is the right word, as most of our interlocutors are chance encounters, many people we just

met on public transport. They were not pre-selected by any guest wishing to make us share their opinions.

An essential thing must said from the outset: almost all of those whose comments we report spoke only Russian, and on the second trip only Russian, Moldavian or Gagauz. This is very important if you want a genuine outlook: you can speak any language, as long as it’s not English. This often saves you from being faced with the minority that think they are stakeholders in the international elite and whose words would not be out of place in Courrier International [International Mail], better called Courrier Occidental [Western Mail]. This weekly has made it a specialty of publishing newspaper articles from all over the world, provided their authors are 90% in agreement with the CIA, NATO and the EU. We are not much more objective than that kind of press, but unlike them we make our point of view clear. Our point of view is the point of view of the locals, who speak Russian and not English. Thanks to Marianne, and indeed to her great surprise, our interviews, with her simultaneous translation and my experience as a sociologist, were so successful that those who wanted to speak to us were queuing as if for confession. But that makes you realize what you have to do to lift the opaque veil stretched between us French and most of the planet: first, learn the language of the country, and then be prepared to endure bumpy rides on old Moldovan buses.

I cannot even imagine what I would have thought, when I joined the French CP in 1956, if someone had told me that at the age of 76, in 2014, I would be bumping  along in buses with suspensions as crippled as my joints, on the broken roads of the former Soviet Union, to track down the traces of History and my stifled memories … History is a very strange passion, it’s a way of approaching reality to my mind not so different from poetry or art. It always comes down to a way of sharing the suffering of unknown shadows, whether Priam kissing the hand of Achilles, who killed his son Hector or imagining the fear of a child under the bombs thousands of kilometres  away. In the modern world, I am being invited to draw away from my empathy, and to forget the past. To the point that I cannot think what in my youth I would have thought of today’s events. People used to jeer, and they still do, at those they accused of being nostalgic for the Soviet Union. That makes them think they don’t need to analyze anything, they can just condemn the memory of the Soviet Union to a hypothetical judgment of history, about which I am still unclear whether the executioners of yesterday are not the judges of today. Yet at least one reason for my commitment is still strong: the role of the Communists during World War II, and the gratitude I felt. The Jewish child who trembled with fear under bombardment, and echoing the terror of her parents on the run, always feels the relief of dawn at the  word Stalingrad, an awakening from the nightmare.

Finally, I have always been attracted by distance and diversity, I am myself only when travelling or else shut up alone in a workplace surrounded by books. This way of looking through the eyes of others is that of Montaigne painting the astonishment of Brazilian cannibals before our civilizations: « They had perceived, that there were men amongst us full gorged with all sortes of commodities, and others which hunger- starved, and bare with need and povertie, begged at their gates: and found it strange, these moyties so needy could endure such an injustice, and that they took not the others by the throat, or set fire on their houses.” [2]

This text of Montaigne says everything that needs saying. However much people tried

explaining to me the end of History, I was convinced that as long as there was injustice—and injustice only increased with what is considered the end of communism—Marx and his class struggle would remain relevant. This perspective, articulated by Derrida in Specters of Marx, pushed me to continue on what was now considered the ways of Utopia, instead of resigning myself to mean little compromises with Capitalism. But what earned me a solid reputation of « Stalinist » was my refusal to act as if the October Revolution had never existed. For if some were willing to preserve the utopia, they wanted it cleaned of the concrete experience of actual Soviet history, and that seemed to me a detestable approach. I couldn’t go down that road. And there remained, obstinate, still intact, the feeling of having worked together on something right and just. That moment remained engraved in art, when artists and intellectuals from around the world were ready to sacrifice their ego to participate in something that transcended them, even if they acknowledged being both the wound and the knife.

Yet they had almost convinced me that the fall of the Soviet Union had not caused the slightest attempt at rebellion. There had not been the slightest protest, that was the worst thing. That was how History was presented. The acceptance of the peoples of the former Soviet Union caused everyone to hang their heads in submission, the entire world admitted defeat and the victory of Capital.

I do not think I ever was Stalinist; what was a problem for me was not so much Stalin as the troubled times that follow such epochs: is the degeneration of the state apparatus the product of autocracy? But at the same time I could not help but wonder what would have become of me, the little Jewish girl, and of all humanity, if in the Second World War, Gorbachev had been in power instead of Stalin. And people like Gorbachev are now ten a penny.

For ten years or so I focused my attention on new beginnings, in particular in Latin America, as indeed on all the various resistance movements in the south hemisphere, born under the influence of China, and the questioning of the hegemony of the United States formed in the aftermath of World War II.

It was in 2008 that I turned my attention again to the countries of the former Soviet Union. At that time, Ossetia and Abkhazia, two enclaves near Georgia, refused to « choose modernity », referring explicitly to the Soviet Union. Also in 2008, I met Marianne for whom the Russian language, among others, has no secret and who for years had been trying to explain that a multitude of people in Russia regretted the Soviet Union. And that Russia had Communists, without power but not without hope. In 2014, on the occasion of the Ukrainian events, we decided, Marianne and I, it was time to go on a journey and build or try and construct a truth instead of the fables that were going to be fed to us. We had just read The End of the Red Man. It seemed to us that the book was an attempt to distract people from the idea that, as revealed by the events in Ukraine, the end of the Soviet Union had been a betrayal imposed on millions of people and that some were not only willing to say that but were willing to die for this reality. That is why Marianne and I, arrived at a venerable age, especially me since I’m over ten years older, wrote these travel notes, for the fighters in Ukraine, Novorossia and beyond … Against Fascism which is present in Ukraine, that is, present in the heart of Europe because, as I keep repeating, the European continent reaches to the Urals, and it is impossible to keep silent about what Nazism means to me and means in these countries where socialism overcame it once for a first time….

Because, and the key is there, what happened and is happening in Ukraine is not an isolated phenomenon, because we are on the threshold of an extremely dangerous era and the faster we convince ourselves of it, the better for all.

Notes

  1. E. Hobsbawm, Interesting Times, a Twentieth-Century Life, 2002.
  1. 2. Montaigne, Essays, 1580, Vol 1, ch.30, English translation 1603.

The First trip

The trip to Crimea in June 2014

In fact we made two trips, each lasting about a fortnight. The first took place in early summer, in June 2014, in the Crimea, the second from mid-October until 10 November. Remember, in early June, everyone was talking about the annexation of the Crimea by Putin. The unfortunate and virtuous little Ukraine, because she had chosen democracy and the West, had suffered an amputation of its territory by its dreadful neighbour, the Muscovite bear. This is at least is how the story was told and became gospel at dinner parties, where, as everyone knows, the opinion of people who matter is formed.

Crimea, the Donbass and the two grandmothers.

We have been in the Crimea for three days already. Last night in our host family, Marianne and I discover Putin’s interview on French TV with the famous presenter Elkabbach : (we are reminded of George Marchais’ interview with the same man « Shut up Elkabbach ! ») But Putin belongs to another political reality. A reality that our media prefer to ignore, not because he is—which nobody denies—a man of the right, the representative of the oligarchy in his country, but because he tries to be independent. To say he is a Gaullist is an analogy which goes only so far, precisely because the Russian world, or more generally the post-Soviet and Eurasian world, is so different.

1-The journey to Yalta

 

How to being explaining ? But in fact we do not want to explain, but only to share impressions with readers. On Wednesday, we went by trolleybus to Yalta, two and half hours away. The landscape is Mediterranean. The weather is superb, bright without being overwhelmingly hot. There are few advertising boards, but everywhere electoral boards celebrating the referendum. Every 50 meters, similar posters celebrate May 9, the Day of Victory in World War II. One half, sepia coloured, shows young joyful soldiers and the other half, in bright Technicolor, shows the same men today as medal clad veterans. With the legend: « Thank you, grandfather, for Victory!  »

Two young men sitting on the seats in the same row as us, ask if we are French and why we are here. Their attitude is friendly and polite. On the flight from Moscow to Simferopol, we had also been spoken to by our fellow passenger, also a young man around twenty, a kind of genius, on his way to a geology course in Crimea.

Among these young people, we found the same need to explain the political situation, the same consciousness that we were not informed and were victims of a misunderstanding. What they express is not only curiosity, but the belief that when Europe and the Europeans know the truth, they will have no alternative but to agree with the choice Crimea made and denounce what is hatching in the Donbass: a genocide in the worst circumstances, that of civil war.

They are actually a group of four young people, on their way to work on a construction site in Yalta. We proposed to interview them and they agreed. When we get off the bus we sit down together for an hour and a half in a little bar in the bus station. Four fellows, of whom two only speak, Anatoly and Sergei, while Slavik and Alexander approve. They describe a very hard situation in the Donbass. This is where they have come from on the way to meeting their employer this afternoon. The war took them by surprise and their indignation is as great as their surprise: to be

bombarded by your own country, see your schools hit by your own army and suffer the lies of Ukrainian TV, is almost inconceivable.

« It is abominable, but they will hold firm!  » says Sergei. Anatoli adds, laughing, « They’re tough guys. » They are from Droujkovka in the Donetsk oblast. They state « It is a small town of no strategic importance, so it’s still quiet. » Slavjansk has water and gas, Kramatorsk the airport; at home, factories closed, so they have to look for work, as they do every summer. These four friends met at vocational school, from which they emerged turners and welders. Sergei was a policeman. Anatoli jokingly calls him a cop. All approve when Sergei says they will have nothing to do with the government of Kiev. The reason seems obvious to them: « How could we possibly                   agree with people who laugh at our grandparents? They do not celebrate May 9. » Between the young workers from the Donbass, the gifted student on the plane, and our interlocutor met later in the afternoon, a Jewish mathematician who got into trouble in the past for his Zionism, but who presents himself as a Russian patriot, there is a common trait, the same refusal to make a clean sweep of the Soviet past, especially the Great Patriotic War.

While we were talking in the bus station café with the youths from the Donbass, the bar owner got involved, as did a little old veteran sitting there letting the hours pass hoping for a little controversy. Today we are the attraction: imagine, two foreign ladies, quite elderly, sat at table with four young workers, when the tourist season has not even started! When Sergei denounced the lies of Ukrainian TV, the owner who was listening behind the counter came near the tables, strongly approving and came  up with a story of his own: recently, some Ukrainians came to tell him that Crimea was Ukrainian. « No, we are not Ukrainians, we are in the Autonomous Republic of Crimea, we gave you twenty-three years to prove yourselves, and all you did was send us oligarchs and corrupt officials, real bandits, you wanted to take away our autonomy, which is why it was legitimate for us to separate from you. »

The veteran nods with conviction, sipping his glass of coffee. He sits there patiently, like a Russian peasant before an administration building, but he is passionately interested in the topic, as are all those whom we will meet in our journey.

Like the café owner, most of our interlocutors in Crimea welcome the fact that following the coup d’état of February 21, three determined individuals rose from the ranks, three paladins as Zyuganov called them— the party secretary of the Russian Federation who often makes unexpected references. They took everyone by surprise and organized a referendum in their autonomous republic. The café owner insisted on the special status of Crimea. The peninsula was moved administratively from Russia to Ukraine in 1954, without its inhabitants being consulted. Which posed no problem, since the transfer took place within the same state framework. On the dissolution of the USSR in 1991, it was assumed, again without asking anyone’s opinion, that the Crimea would remain in Ukraine, with the recognition of its status as an autonomous republic and respect for the Constitution. And the café owner says vehemently that the regime that emerged from the Maïdan coup, not content with abolishing Russian as a regional language, immediately decided to suspend the autonomy of the republic. On February 21, 2014, there was no qualified authority (the Constitutional Court being dissolved by the new government) and the Rada endorsed the decision of the Maïdan, that is to say of the Americans, without even having the necessary quorum, and appointed a new government. This new government did not by a long way represent all Ukrainians, and those from Russian-speaking areas did not recognize it. In Crimea, they took advantage of the constitutional power vacuum to claim their right to self-determination. All against a background of discontent about this twenty-

year reign of oligarchs: « Twenty-three years to prove themselves and now a catastrophe, we’ve had enough. » Crimea resolved in its own way the contradiction of international law between the inviolability of borders and the right of peoples to self-determination. The authorities of the Autonomous Republic of Crimea considered that driving out an elected president and installing a junta in his place created a new situation in which the rights of Crimea were no longer guaranteed, and they decided  to hold a referendum for the 16 March. Their action was neither legal nor illegal in so far as constitutional order was no more. In fact the real problem, they conclude, is not the choice made by Crimea, but the way the US and the EU endorsed a coup d’état and brought to power a junta associated with the extreme right, which began a reign of terror in all the territories in the East and the Southeast against the Russian  population.

The first fact which we must try and grasp in order to understand what happened here is this panic which gripped the inhabitants of the Crimea but also those in the Russian areas of South and East Ukraine. We don’t mean those who speak Russian, almost everyone speaks Russian in Ukraine and many members of the new government or even the most excited nationalists have trouble speaking correct Ukrainian. We mean Russians, that is to say people who have dual citizenship, inherited from the complex Soviet system. There is the nationality of the Republic in which people live and work, comparable to French territorial rights (jus soli) on the one hand, and on the other hand, family and cultural nationality, inherited from one’s parents. Thus one can be a Russian or Belarussian Ukrainian or a Jewish, Greek, Armenian Ukrainian. Crimea alone has hundreds of nationalities. The wave of nationalism, tainted with Nazi overtones, of a Ukraine über alles has upset the balance between family and civic nationality and sparked a fear of an anti Russian pogrom, which actually happened in Odessa and is now happening in the attack on the Donbass. The overwhelming majority of Crimeans feel they have miraculously escaped a bloodbath, a St.

Bartholomew of Russians and perhaps even of other nationalities also.

A slogan printed on a T-shirt proclaims, « We in the Crimea, we are so smart we brought our peninsula with us when we joined Russia. » Unfortunately if the operation was a success in the Crimea, it has not been a success in Odessa where it produced a terrible massacre in the Trade Union House, let alone in the Donbass where we are dealing with a veritable genocide 1. [Footnote 1. We use here and in the following text the term « genocide » as do the Russians and even the Ukrainian authorities (see below, about Odessa, where a massacre can be qualified as genocide from 50 dead ); words do not always have the same meaning from one language to another.]

Everyone here is anxious for news from the East.

The young workers of the Donbass sitting with us that day in Yalta, do they feel the same as the owner of the bar? Historically the Donbass is far from central power, a state within a state, to the point that in 1917 they wanted to constitute an autonomous Republic. It took Lenin’s authority to make them accept Ukrainian rule.

–     Whom do they trust?

Without hesitation they respond « Ourselves. » After a moment’s silence, Sergei says that he did not vote in the presidential elections because he did not agree with this consultation, but would have voted for the Communist candidate if he had been obliged to vote.

What does the Soviet Union mean to you?

– Peace and equality, we were all equal and that’s very important.

When we shook hands on parting, I said: « I am a communist, » he said: « me too » blushing. His white skin easily turns red at the least emotion. It is not easy to talk about one’s experiences in the Donbass.

The young geology student, on the plane, told us: « The Soviet Union was one of the most glorious periods of our history, why should we turn our backs on it? It put our country on the road to modernity, made it a great power and succeeded in defeating an abominable enemy. » This young man, a ‘fourth generation’ Muscovite, is an avid student of World War II, but he will never speak of the Communists, however many hints we dropped. He admires Putin who he says has shown « wisdom and mastery » but he despises Medvedev. His love for history has nothing to do with any Great Russian fantasies, even if he stresses the chivalrous side of the Red Army. He shrugs when Cossacks are mentioned: « It’s folklore, a reenactment for tourists. » However, he reminds us of the recent display for the opening of the Sochi Olympic Games, « It was very beautiful and very deep. There were scenes of conquest and happiness in the Soviet Union then suddenly the night of the war stretched over it, a silence under a black veil. It was not possible to say more because at this international celebration were present some of the peoples who were guilty of this terrible war. »

  • Sergei, the Communist Cop: what happened on the Maïdan?

Sergei and his friends had opened their hearts to us; they left us their e-mail addresses so we could send them our articles concerning them. Yet they did not want to be photographed for fear that employers would recognize them and withdraw their offers.

When he confided in us that he had been a policeman, I quizzed him: « Berkut? » [1] He shook his head negatively. Sergei is well above average in height, with a clear skin, a round nose like Gagarin, widely spaced bright blue eyes, which give him a thoughtful air; when he speaks he searches for words, in order to be precise and at the same time not offend his interlocutor. Shy, romantic, he takes everything seriously, unlike Anatoly, his friend, a smaller, brown haired young man with a tanned complexion, the Gavroche of the gang.

  • Oh! No, Sergei protests, I am not a Berkut. I would have liked to be, but it wasn’t possible!
  • But why work on a building site instead of carrying in on as a policeman?

He launches into an explanation from which we understand that he does not want to wage war against his own people and that Pravy Sektor hangs policemen who do not obey orders.

Sergei holds up a picture on his mobile phone, showing the shoulders of a young girl lifting her hair to reveal a tattoo on the back of her neck, a phrase in French: « The happiness of a life. » He blushes once again, asking us to translate what it means.

Marianne obliges and Anatoli says with a smile, « That’s our girls! » Anatoli has a smirk at the corner of his lips but at times the mask hardens, and he seems to stare into a future which does not bode well, and his expression seems to say ‘I won’t be fooled again.’ This joker will die for a cause he laughed at a quarter of an hour before. Perhaps to follow and protect his quixotic friend … He intervenes to specify:

Policemen were sacked en masse.

There were two types of dismissals, those by the Kiev people, and those in the Republic of Donetsk, deemed « self-proclaimed« , a generic category in this most unclear period of Ukrainian history.

Sergei turns out to be a strong supporter of the new Donbass authorities:

« It is a government trying to create something new. Corrupt people have got to be got rid of. The insurgents are people like us, very simple people, and they took up arms to defend their homes and their families; they want to establish a new order. There is too much corruption, you can’t imagine it; there was an official body that was supposed to fight against drug trafficking, in fact, they were organizing the traffic and they themselves were the godfathers of the business. »

Sergei idolises the Berkut. « Competent men, above the fray, the protectors of ordinary people in distress. » He is insistent in his desire to make us understand who seized power in the Donbass, and we cannot drag out of him a single word about outside help or the presence of foreign troops. « These are simple people who took up arms to defend their homes, their schools, their children, » he repeats.

  • But who have they taken up arms against?
  • But against the Maïdan, of course!

Anatoli says in a harsh voice, no longer laughing:

  • We should have nipped the Maïdan in the bud. You heard what Poroshenko said: « We must crush the Donbass, shoot first and talk afterwards. There is no alternative if we want to have done with these people. »

Gavroche is not sentimental … he is convinced it’s a fight to the death, while his friend still has dreams; the other two are silent.

Sergei continues his train of thought:

  • Let me give you a piece of advice: look at Ukrainian TV, listen to the rubbish they come out with, it’s unbelievable! They bombed a kindergarten. That becomes either: « Terrorists seized a kindergarten” or “Russian aircraft disguised as Ukrainian aircraft bombed a kindergarten! « 

Then there is Pravy Sektor [2], which he hates.

Sergei says « The Ukrainian army does not want to fight against the people of the Donbass, anymore than young policemen like him do, so Pravy Sektor does the dirty work. They are high on drugs, » he says.

The fear that gripped the south and east of Ukraine has a name, that of ultra- nationalist movements who make explicit reference to WW2 Nazi collaborators, movements such as Pravy Sektor but also the Svoboda party and also the punitive battalions who weigh increasingly heavily in all the « democratic » that is to say, pro- Western, parties, as the situation deteriorates.

What we can confirm of Sergei’s account of the refusal of the Ukrainian army to fight is that sending young people to the eastern front is becoming increasingly unpopular. Some young people, called up for short periods, are sent to the front and there is now, including in the West of the country, a movement of mothers who demand the return of their children. They are not political, they simply demand the return of their children. This weekend, according to Russian TV, the only TV people listen to here, they took action and stopped military convoys. They are particularly active among minorities in the West of the country, Romanians and the Ruthenes of Transcarpathia, who dream of being reattached to Hungary.

This state of affairs, like the massive support of the population of Crimea, is difficult to contest, but I still have trouble being completely convinced of the existence of the assault sections of the extreme right. We quiz all our interlocutors systematically on the reality of the omnipresence of Pravy Sektor. One imagines rumours, similar to the great waves of panic of the Middle Ages, that spread from village to village, of an invisible enemy. It will take the second voyage and the discovery of what really happened in Odessa for us quite to believe in the existence of these Nazi hordes.

Have you seen these Pravy Sektor people, with your own eyes, not by hearsay? That is the question I ask my interlocutors.

Sergei saw them twice, when he went to Kiev as a young policeman, during the events of Maïdan. He was the target of their Molotov cocktails. Around him his      colleagues were burned. They had no weapons, only simple shields. He describes the far-right activists as junkies. These are the same people who lurk in our Donbass villages in gangs, they use « propeller » fragmentation bombs. He returns to what he saw on the Maïdan, « These people were paid a hundred dollars a day, more than we earn in a month, not to mention all the drugs they wanted … » And he sums up: for  him the Maïdan is these Bandera types, Nazis, and corrupt politicians who are making fortunes at the expense of the people, appointing officials who are themselves corrupt.

« They threw Molotov cocktails at us, young unarmed policemen. When they took power, they disbanded the Berkut. Except the one in the Western region who promised to serve them. The Berkut is the power of the state. They had to go. The  most famous Berkut was that of Kharkov. They put a price on the head of their leader, who eventually escaped to Russia. In a demonstration, six Berkuts can isolate provocateurs, get them out of a crowd of hundreds of individuals and prevent them from causing trouble.

Have you seen the photos of men with their clothes off in Kharkov? They were

Pravy Sektor people; when they saw they were recognised and could not escape, two of them doused themselves with petrol, threatening to become living torches in the crowd. The Berkuts isolated them in no time at all, took off their clothes and used that to tie them up.”

Who fights in Slavyansk according to them? The population, responds Sergei, and his comrades agree and approve his description. « Former army soldiers, young people and even old people.

You see in the newspaper that killing is taking place, all of a sudden you can’t stand it any longer and then you go to a place where you know you can join up and you find yourself on the front line.  From that point on the priority is to send the women and children away, this is the most urgent, send them to Rostov or the Crimea where they will be safe.  »

To Sergei, and his is the general opinion, corruption is pervasive, from the top of a failed state to the base. It means a permanent taxation of the fruits of labour together with the humiliation of the weakest, resulting in despair at daily suffered injustice; the worst is this accumulation of small humiliations. For years they have bent the shoulders, alcoholism has spread … until the explosion, the context of fear and the unexpected resistance of apparently quiescent populations.

Some days ago, Marianne translated a text, I placed it on the blog with the link to the original. A wise guy commented: « I don’t trust this, given its origin, the Cyrillic writing, Russia. » In terms of indoctrination, we have nothing to envy the Russians now. Their press is a lot more diverse than ours, since the pro-Western oligarchs own some of the newspapers, and defend the Western point of view as faithfully as our own obedient press.

The government press, as well as that of the Communists, second political force in the country, are forced to argue, to fight the battle of ideas. The Russian public is often more keen on culture and debate than we are. All these factors produce a lively press, keen on giving the facts, in a very direct tone. This man posting comments on my  blog did not know that. We must get used to the idea that despite our tendency to judge everything, we are ignorant of almost all the things we talk about.

Notes.

    1. Berkut, (in Ukrainian: Беркут, « Golden Eagle ») are former special riot police units serving in the Ukrainian Militsia under the Ministry of Interior. They were accused of perpetrating the massacres on the Maïdan but other theories— which neither Kiev nor the EU seem eager to investigate, although they were corroborated by exchanges between the European Commissioner and the Latvian Prime Minister and other testimonies—attribute the murders of demonstrators and police to snipers belonging to the extreme right.
    2. Pravy Sektor. It would take too long to explain Right Sector, which our readers will discover throughout this book. Let us quote what Wikipedia says: The right sector is a far-right Ukrainian nationalist political party that originated in November 2013 as a paramilitary confederation at the Euromaidan protests in Kiev. The coalition became a political party on 22 March 2014.The billionaire Igor Kolomoïski, a character we’ll see frequently mentioned, is close to this movement.
    3. Founding groups included extreme right-wing Trident (Tryzub), led by Dmytro Yarosh and Andriy Tarasenko; and the Ukrainian National Assembly–Ukrainian National Self-Defense (UNA–UNSO), a political/paramilitary organization. Other founding groups included the Social-National Assembly and its Patriot of Ukraine paramilitary wing, White Hammer, and Carpathian Sich. It is essentially anti- Russian. It is headed by Dmytro Yarosh. The ideas defended by Right Sector refer to the independence of the Ukrainian nation vis-à-vis Russia, the fight against people linked to the former regime of President Viktor Yanukovych, but not along economic lines. The Israeli newspaper Haaretz reported that Right Sector and Svoboda distributed recent translations of Mein Kampf and the Protocols of the Elders of Zion on the Maïdan, and expressed concern about the significant presence of members of both ultra-nationalist movements among the demonstrators.
 
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Publié par le novembre 9, 2015 dans compte-rendu de livre

 

Le monde musulman, Marx et le socialisme

« Islam et capitalisme », de Maxime Rodinson

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Paru en 1966, « Islam et capitalisme », du célèbre orientaliste Maxime Rodinson, auteur, entre autres, d’une biographie du prophète Mahomet (1), n’avait encore jamais été réédité (2). Cet ouvrage pose des problèmes d’une brûlante actualité : quels rapports entretiennent islam, développement économique et capitalisme dans le monde musulman ? Pourquoi ces sociétés sont-elles « en retard » ou « sous-développées » ? L’islam fait-il obstacle à l’adoption de mesures sociales, voire au socialisme ? Réfutant l’idée selon laquelle il existerait des règles propres à ces pays, radicalement distinctes de celles qui régissent l’Occident, ou selon laquelle cet « Orient compliqué » s’illuminerait grâce au déchiffrage des sourates du Coran, Rodinson préfère adopter pour son analyse les sciences sociales, et prendre comme fil rouge une pensée marxiste non dogmatique. Nous publions ici un extrait de la préface à cette nouvelle édition.

Le monde musulman, Marx et le socialisme

 

Maxime Rodinson analyse minutieusement non seulement les rapports entre islam et capitalisme, mais aussi entre socialisme et islam. Ce dernier serait-il favorable au partage des richesses ? La question peut sembler saugrenue aujourd’hui, tant les perspectives d’une révolution paraissent lointaines, pour ne pas dire utopiques, et tant l’islamisme semble éloigné de toute ambition sociale radicale. Elle ne l’était pas au moment de la publication de ce livre.

Nous sommes alors à la veille de la guerre de juin 1967, et le nationalisme arabe révolutionnaire incarné par le président égyptien Gamal Abdel Nasser est à son apogée. Nassérisme, baasisme, socialisme arabe, communisme : sous ces différentes dénominations, la gauche plus ou moins radicale domine la scène idéologique. Officiers, intellectuels, journalistes, fonctionnaires, classes moyennes des villes s’en réclament ardemment, même s’ils se disputent, voire s’entretuent, à propos de telle ou telle interprétation de la doctrine. Des expériences de transformation révolutionnaire se mettent en place en Egypte, en Algérie, en Syrie, en Irak, au Yémen du Sud ; les monarchies semblent à la veille d’être emportées par une vague révolutionnaire.

En plus de leur autoritarisme — la « démocratie bourgeoise » est condamnée sans appel —, tous ces régimes allient un désir tenace de consolider l’indépendance nationale et de clore définitivement l’ère de la domination étrangère à une volonté de transformer la société. Ils mettent en œuvre des réformes agraires et impulsent un développement économique, notamment de l’industrie lourde, fondé sur le rôle central de l’Etat. Ils pilotent une politique résolue de redistribution sociale, d’éducation et de santé pour tous. Dans tout le tiers-monde, alors, « le fond de l’air est rouge » ; l’heure est aux changements radicaux et, des maquis castristes d’Amérique latine aux « zones libérées » d’Indochine en passant par les guérillas d’Afrique australe, les forces révolutionnaires promettent des lendemains qui chantent socialistes, voire communistes.

Dans le monde arabe, pour justifier leurs entreprises révolutionnaires auprès de populations restées profondément croyantes et en majorité agraires, les pouvoirs se devaient de mobiliser les ressources de l’islam. Comme le remarque Rodinson, « ce que permet la fidélité des masses à la religion traditionnelle en vertu de facteurs d’identification nationalitaire, c’est l’utilisation démagogique (au sens strict) du slogan islamique, du prestige de l’islam comme drapeau pour couvrir des options plus ou moins socialisantes issues d’autres sources ».

Cette hégémonie idéologique du socialisme ou de ses interprétations allait contraindre même des organisations se situant hors de toute perspective révolutionnaire à se réclamer d’un « socialisme islamique ». L’un des best-sellers de l’époque, écrit par un dirigeant des Frères musulmans syriens, Moustapha Al-Sibai, s’intitule Le Socialisme de l’islam. Dieu, écrit l’auteur, « a prescrit la coopération et la solidarité sous toutes ses formes. (…) Le Prophète a établi l’institution de la solidarité sociale dans son sens plein ». Et il conclut : « Le principe de solidarité sociale dans le socialisme musulman est une des caractéristiques qui distinguent ce socialisme humaniste et moral de tant de socialismes connus aujourd’hui. S’il était appliqué, notre société serait idéale et aucune autre n’approcherait son élévation. » Ce qu’il ne dit pas, c’est comment il compte atteindre cet idéal, ni pourquoi ces principes n’ont pas été mis en œuvre.

Ce discours ne surprend pas Rodinson. « Certains courants de l’islam ont envisagé des restrictions drastiques au droit de propriété, sous la forme d’une limitation imposée des richesses », et la source de ces demandes peut se trouver dans tel ou tel texte, « dans l’idée religieuse que les biens de ce monde détournent de Dieu, qu’ils exposent au péché ».

Est-ce à dire que les partisans du socialisme peuvent se servir de la religion de la même manière que les forces de la réaction ? Non, rétorque Rodinson : « Les interprètes réactionnaires bénéficient de tout le patrimoine du passé, du poids de siècles d’interprétation dans le sens traditionnel, du prestige de ces interprétations, de l’habitude qu’on a de les lier à la religion proclamée, affichée, pour des raisons nullement religieuses. » Et d’insister sur le caractère le plus souvent conservateur des hommes de religion, caractère qui sera renforcé par la suite avec le poids grandissant de l’Arabie saoudite et la « wahhabisation » de l’islam.

Par une interprétation particulièrement réactionnaire des préceptes religieux, par l’exportation, grâce à la manne du pétrole, de milliards de dollars et de dizaines de milliers de prêcheurs à travers le monde, le royaume a imposé à l’échelle internationale sa vision rigoriste, alliant défense de principes rétrogrades, notamment pour les femmes, adhésion à l’économie néolibérale et ancrage dans le camp occidental. Faut-il rappeler l’alliance stratégique entre les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et les groupes islamistes à deux occasions au moins : la lutte contre le nassérisme dans les années 1960 et l’aide aux moudjahidins afghans dans les années 1980 ?

Rodinson en conclut que l’expérience historique comme son analyse « n’encouragent pas à voir, à l’époque actuelle, dans la religion musulmane un facteur de nature à mobiliser les masses pour la construction économique, particulièrement alors que celle-ci se révèle nécessairement révolutionnaire, destructrice de structures établies ».

Alain Gresh

 

Jérusalem terrestre par André Markowicz

Pourquoi ne pas soutenir ces gens-là ? Peut-être parce qu’il n’ont que trop laissé faire, mais que pourrait-on dire aujourd’hui de nous communistes français face à la situation mondiale autant que de ce que nous avons laissé détruire dans notre pays?


Jérusalem terrestre

Voilà dix ans de ça, j’avais vu un documentaire sur l’orchestre de jeunes palestiniens et israéliens réunis par Daniel Barenboïm, dans une initiative remarquable. J’avais été sidéré par la remarque d’un enfant palestinien, à qui le cinéaste demandait si ça lui plaisait d’être avec des musiciens israéliens. Il avait répondu quelque chose comme ça : « je pense bien ! c’est la première fois que je vois des Juifs qui ne sont pas un uniforme. »

Il y a des phrases, comme ça, qui vous marquent pour la vie. C’était après quarante ans d’occupation, et la réponse de cet enfant — de ce musicien — marquait pour moi la faillite totale du rêve d’Israël. Si, pendant quarante ans, tout ce que les gens qui habitent en Palestine avaient vu d’Israël, c’était l’armée, ça voulait qu’Israël n’avait rien fait pour eux, à part les maintenir dans un état d’insoumission et de révolte, — dans un climat de haine qui nécessite, ne serait-ce que pour le maintien de l’ordre, la présence quotidienne de l’armée (pas de la police). Pour cet enfant, dans sa remarque immédiate, les Juifs, avant l’initiative de Daniel Barenboïm, ce n’étaient pas des gens, c’était des uniformes. Quelle condamnation plus terrifiante du rêve de libération sioniste ? Est-ce que les gens exsangues, les survivants des camps et des persécutions, rejetés de partout et débarqués en Israël juste après la guerre, y étaient venus pour que leurs enfants et leurs petits-enfants soient transformés en soldats et en gardes d’autochtones haineux ?

*

Ensuite, combien de mes amis, allant en Israël et dans les « territoires », pour toutes sortes de raisons, en revenaient, littéralement, terrorisés, et accablés — accablés en décrivant ce que c’est, réellement, concrètement, qu’un check-point (sachant qu’eux-mêmes, le plus souvent, avaient des points de passage qui n’étaient pas ceux des Palestiniens), la durée d’attente, le regard des gens entre eux, et ceux des militaires israéliens (des jeunes gens, évidemment).

*

Et le nombre de vidéos qu’on voit passer sur Facebook, de soldats israéliens, armés, casqués, se mettant à cinq ou six pour arrêter un civil (quoi que ce civil ait pu faire), — toutes ces images désastreuses… et, si elles passent en boucle, si les soldats continuent de battre le gars à terre, alors qu’ils savent qu’ils sont filmés, c’est que, pour eux, le fait d’être filmés, et donc de faire détester leur pays dans le monde entier, ce n’est pas grave — c’est qu’ils vivent déjà derrière le mur de la détestation. En quelque sorte, ces vidéos, ce sont des défis au monde : oui, nous nous mettons à six, armés de pistolets mitrailleurs (ou comment ça s’appelle ?) pour arrêter un gosse censé nous avoir lancé des pierres, et ça va continuer comme ça. Et vous qui nous regardez, et qui vous indignez, vous tous qui protestez — vous êtes nos ennemis. Et ça va continuer — mais jusqu’à où ?

*

Il y a ce livre qui m’obsède, d’Emmanuel Ruben, que j’ai pris chez Inculte — « Jérusalem terrestre ». Le récit d’un séjour, cartes à l’appui, en Israël, pas qu’à Jérusalem ; passant, en géographe, de la carte au terrain, et du terrain aux gens, pour voir comment ils vivent, les gens, dans leur vie quotidienne, dans ce territoire aux frontières aussi floues que meurtrières, dans une situation où le mur, dit de sécurité, vous oblige à mettre des heures et des heures pour atteindre un point qui, sur la carte, est à dix minutes en voiture, juste parce qu’il y a les « check-points », les contrôles, les séparations, la paranoïa mutuelle, je ne dis pas « réciproque », mais mutuelle, et comment les gens vivent, malgré tout, dans une vie fragmentée, — déchiquetée, ici, serait plus juste… Un livre qui décompose, — c’est le cas de le dire — le rêve sioniste d’un pays pour les Juifs. Mais aussi le rêve délirant des cartes palestiniennes, qui ne mentionnent pas l’existence de l’Etat d’Israël.

Une carte, théoriquement, ça sert à se repérer dans un espace, ou à aller d’un point à l’autre. Ici, elle sert à montrer les impasses : évidemment qu’il ne peut pas y avoir deux états, quand les colonies empêchent toute communication entre ce qui est devenu une suite d’enclaves palestiniennes. Et quand les routes, là encore, théoriquement, tracées pour faciliter le communication, servent, concrètement, à l’empêcher, pour une partie de la population… et à empêcher tout mélange entre les Juifs et les Arabes. Il faut voir comment ça « marche » dans le détail, dans les petites choses, comme chaque détail est politique, devient un instrument de guerre, ou, justement, — pas de guerre. Un instrument d’humiliation.

Le livre d’Emmanuel Ruben, on l’ouvre, et, tout de suite, on est pris par la langue — et l’on sait que celui qui écrit, c’est un écrivain. Un écrivain, c’est-à-dire pas quelqu’un qui fait du beau style, mais quelqu’un qui a des yeux, et une tête, et un cœur, et une mémoire, et qui sait trouver les mots pour les transmettre, ensemble, à chaque instant, dans un tout qui est construit, impitoyable — dans un tout construit au prix sa propre destruction, ou, du moins, de sa déconstruction. Il y a, me semble-t-il, deux mouvements simultanés dans ce livre : le récit de la faillite d’un grand roman qu’Emmanuel Ruben voulait écrire sur Israël, — la faillite de la fiction par le regard sur la réalité, — et, en parallèle, la faillite de son propre rêve, et du rêve de sa famille, celui d’un foyer sioniste. Il n’y aura, à la fin de son livre, ni roman, ni foyer — juste une suite de voyages, interminables, avec des distances qui deviennent infinies alors que, sur la carte, elles n’existent pratiquement pas. Une suite de voyages qui nous confrontent très simplement à la façon dont, dans ce pays où aucune carte, israélienne ou palestinienne, ne correspond au terrain, le système d’occupation militaire et la force des colons amènent les gens à vivre une vie qui n’est qu’une succession d’obstacles, d’impasses et d’interdits, au nom d’un dogme qu’on appelle sécurité. Oui, tout est fait pour rendre la vie invivable — dans ses moindres détails. Je ne vais pas vous raconter son livre (il faut absolument le lire), mais, parmi des dizaines et des dizaines d’exemple, Emmanuel Ruben raconte ainsi comment les quelques centaines de colons fanatiques d’Hébron — il faudrait dire de fascistes (parce qu’ils sont d’abord et avant tout des fascistes), ville entièrement palestinienne de plus de 160.000 habitants, s’installant précisément au centre de la ville, la désorganisent totalement, et la transforment en une suite de quartiers d’une banlieue privée de centre.

Je voudrais parler de dizaines de cas, mais, là, maintenant, je me contenterai de citer une anecdote sur une jeune femme, Nariman, que l’auteur rencontre au camp d’Aïda, à Bethlééem. Cette jeune femme étudie l’anglais Al Qods et fait du théâtre (et donc, qui est une privilégiée).

Je cite Emmanuel Ruben : « Elle pratique la danse et le théâtre. Grâce aux invitations de sa troupe à l’étranger, elle s’est rendue en Europe en 2009 : direction l’Autriche et le Luxembourg.

[…] Les seuls Israéliens auxquels elle a affaire, qu’elle voit tous les jours, sont des soldats. Elle n’a obtenu que quelques autorisations de déplacement, à chaque fois en groupe. C’est ainsi qu’elle s’est rendue à Saint-Jean-d’Acre et à Jaffa, et qu’elle a vu la mer. En coup de vent : le sauf-conduit durait de neuf heures à dix-sept heures : une demi-heure de retard et elle était assurée de ne plus jamais la revoir, la mer. La dernière fois qu’elle a obtenu la permission d’aller prier à la mosquée Al-Aqsa, c‘était en 2011. Selon elle, le mur n’a pas changé grand-chose dans la vie de tous les jours. La vie était impossible avant, à l’époque du couvre-feu et des barrages volants, qui pouvaient survenir partout et à n’importe quel moment. Au moins, lui, le mur, n’est pas volant. Cela dit, il lui faut désormais compter une heure et demie pour se rendre à la fac, au lieu de vingt minutes. La route contourne le mur par l’est ; mais, comme ce serait trop beau, il faut quand même traverser un check-point interne, de ce côté-ci du mur […] »

Pourquoi n’a-t-elle pas le droit de se déplacer ? En quoi cette personne est-elle une menace à la sécurité d’Israël ? Pourquoi doit-elle (combien de fois par jour ?) prouver son identité, se faire fouiller, se faire humilier en restant silencieuse ? Et pour quel résultat ? Et qu’est-ce qui lui donne, à elle, dans sa vie, un sentiment de dignité ?

*

Le résultat de ces interdits mesquins, qu’on croirait imbéciles mais qui, pour quelqu’un qui a connu la vie quotidienne en URSS, sont tout sauf imbéciles, c’est que la seule force qui existe réellement en face, ce n’est pas la démocratie (quelle démocratie ?), c’est l’islam fanatique, — pas le Fatah, mais le Hamas, et une radicalisation toujours plus grande, toujours plus agressif. Ça ne peut être qu’une surenchère de violence et de haine.

Il y a la haine quotidienne, — et les gosses qui, lançant des pierres, deviennent des héros ; et puis, ils ne lancent plus des pierres, mais ils se jettent sur les gens, un couteau à la main, et ils deviennent, en égorgeant, même au prix de leur vie, encore plus héroïques. De toute façon, leur vie, qu’est-ce que c’est, qu’est-ce qu’elle vaut ? Ils sont habitués à le savoir, qu’elle ne vaut rien — finalement, pour personne, du moins tant qu’ils sont vivants. Ensuite, on a le culte des martyrs. Ils auront leurs portraits sur les bâtiments en ruine que les autorités d’occupation ne permettent pas de reconstruire. Et eux, les futurs morts, eux, ils auront le Paradis avec les je ne sais plus combien de vierges.

Oui, la folie de la haine, d’une haine sans autre issue possible qu’une haine encore plus grande.

*

Je n’ai pas voulu commenter le jour même la phrase de Nétanyahou sur le grand mufti et Hitler. Mais n’est-il pas évident qu’elle est tout sauf une bourde ? La haine en est arrivée à un point tel que, comme bien des observateurs le font remarquer, les Palestiniens qui n’existent pas en tant que tels pour les autorités israéliennes, sont désignés comme les héritiers et ( !…) les inspirateurs d’Hitler. Cette rhétorique, j’en avais déjà parlé ici dans ma chronique sur Schmuel Trigano (voyez ma chronique du 8 janvier 2014), qui considérait que les partisans du boycott des produits israéliens, en fait, appelaient à la réouverture des chambres à gaz. Nétanyahou ne s’est pas excusé, il a, au contraire, revendiqué sa phrase.

En Europe occidentale, un homme politique qui dirait ça devrait démissionner le jour même. En Israël, il reste en place. On le critique, oui, mais on dit qu’il a tort. On dit pas qu’il a franchi une limite insupportable. Non, en Israël, juste, il a tort.

En même temps, je vois passer, ici, sur FB, dans toutes sortes de groupes de discussions sionistes, des propositions de quitter l’ONU pour Israël, et d’assumer son isolement : les Juifs, depuis les temps immémoriaux, ont été les parias des nations — nous, les nouveaux Juifs, les Juifs forts, les Juifs armés, nous le sommes aussi, n’est-ce pas, mais, cette fois, même si nous sommes seuls, et si tous les autres nous haïssent, nous avons les armes, et nous sommes les plus forts. La prochaine étape, en toute logique, devrait être l’exode forcé, ou l’expulsion de tous les habitants non-Juifs des territoires.

Nétanyahou dirige un gouvernement dans lequel, ne l’oublions pas, la ministre de la Justice appelait, pas plus tard que l’année dernière, à tuer les mères palestiniennes, parce qu’elles pouvaient enfanter des terroristes — elle a retiré ces propos, officiellement, mais elle les a bien tenus. Le gouvernement israélien, d’une façon délibérée, pour avoir le soutien de la minorité de fascistes qui lui donnent sa majorité, grâce à la proportionnelle, (système de vote le plus antidémocratique qui soit, dès lors qu’il donne, de fait, tout le pouvoir aux groupes les plus minoritaires), choisit la confrontation avec le reste du monde (à part les USA) et mise, sans doute à juste titre, sur la passivité des puissances de l’Europe. Personne ne sait si cette « intifada des couteaux » qui s’annonce va déboucher sur un massacre encore plus grand. Mais dans le monde actuel, l’exemple des USA est clair : face aux puissances les mieux armées du monde, ce qui gagne, au bout du compte, c’est le fanatisme du couteau, avec sa folie destructrice à lui. Et le couteau se fiche du prix de sa victoire.

*

On sent pourtant, dans la société civile (mais est-ce qu’elle existe vraiment, la société civile, et qu’est-ce que c’est, en Israël ?) des mouvements très importants, même s’ils sont ultra-minoritaires. Des mouvements de fraternisation, des mouvements de refus — des appels à une unité qui ne soit pas religieuse ou ethnique… Je l’ai déjà dit ici, là encore, la seule solution, ce n’est pas deux états, c’est un seul, ni Juif ni Arabe, mais non confessionnel, civil, démocratique — un régime où le droit de vote soit donné à chacun et chacune, d’où qu’il vienne. Un état laïc, construit sur une nouvelle citoyenneté, à l’image de ce qui se passe en Afrique du Sud. Et cela, je le répète, ce n’est pas demain la veille que ça arrivera, puisque personne n’en veut. En tout cas, aujourd’hui.

 
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Publié par le octobre 23, 2015 dans compte-rendu de livre

 

Svetlana Alexievitch serait-elle une propagandiste de l’URSS pour le lectorat français?

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Nous discutons au  téléphone avec Marianne à propos de Svetlana Alexievitch, le prix Nobel de littérature si fortement idéologisé. En ce moment elle n’a pas le temps de traduire des textes mais elle m’avoue son embarras, les textes russes sont totalement négatifs et dénoncent l’opération politique et le manque de caractère littéraire de « l’œuvre », n’y voyant qu’une série « d’enquêtes » pour les besoins de la cause : démontrer que les Russes sont massivement des demeurés qui n’aiment que les tyrans alors qu’elle-même souligne l’excellence de la formation soviétique, la passion du livre.

Marianne me dit qu’ils sont peut-être trop critiques sur le plan littéraire, qu’il y a là un genre… Peut-être inconsciemment défend-elle notre propre livre : URSS, vingt ans après, retour de l’Ukraine en guerre que nous avons voulu très consciemment cette fois, formellement assez proche de celui de Svetlana Alexievitch. Parler de l’histoire ou plutôt en recueillir les traces dans la conscience de ceux qui l’ont vécue et la manière dont cela oriente le présent et l’avenir. Cela peut-il être un genre littéraire? Ce qui est sûr, c’est qu’il paraît exprès fait pour les combats d’aujourd’hui et il est clair que ce que cherche Svetlana Alexievitch a toute chance de correspondre au système de propagande qu’est la quasi totalité de la presse occidentale et visiblement le jury du Nobel. Notre propre travail a toute chance en revanche de se heurter à la déroute idéologique communiste et aux clans qui ont engendré la débâcle autant qu’au conformisme de ceux qui recensent les livres sans toujours les lire. Simplement nous ne nous y résignons pas, ce qui prouve à quel point nous sommes de vieilles héroïnes d’Agatha Christie complètement dépassées, écrirait le journaliste de l’humanité. Et ce malgré le bouche à oreille des militants qui ne se résignent pas et qui assurent plusieurs éditions dans le silence et le mépris médiatique. Littérature et propagande, vaste question.

Mais là où nous nous interrogeons sur les effets de la propagande de Svetlana Alexievitch, c’est sur la différence de ce qui peut se colporter en France et dans les pays de l’ex-Union Soviétique. Là-bas, Svetlana Alexievitch doit tenir compte de l’opinion favorable quasi majoritaire au point que Poutine a choisi d’asseoir le sien sur l’aigle à deux têtes autant que l’hymne soviétique et la guerre patriotique : la tradition russe, monarchique, orthodoxe et pratiquement à égalité l’Union soviétique, la grandeur, l’égalité, les valeurs et l’éducation. Elle tente de lutter contre cette opinion massive même dans la jeunesse au nom de son cher Occident, elle qui a reçu les financements de Soros (1), en leur expliquant qu’il s’agit d’une illusion, que certes un peuple fruste peut regretter, mais pas l’élite économique et culturelle, celle qui a toujours vu naître en Occident le renouveau tandis que le moujik incarne la réaction. Vieux débat dans la Russie éternelle…

Ce qui est sûr c’est qu’il risque de se passer à propos des livres de Svetlana Alexievitch la même chose que lors de l’ouverture des jeux olympiques, après des mois de dérision où l’on hésitait entre une pseudo défense des homosexuels avec boycott sous panneau couleur arc en ciel (2) et présentation en boucle des deux chiottes comme preuve de la débilité et de la barbarie russe… Non seulement la cérémonie d’ouverture est grandiose, mais elle réserve une place de choix à la représentation de l’Union soviétique, le bonheur, l’industrialisation. Stupéfaction générale : Poutine a osé présenter favorablement l’URSS, c’est bien la preuve de sa tyrannie…

C’est pourquoi quand un Français et plus encore quelqu’un qui a été ou reste proche du PCF, de la gauche, lit ses livres, il découvre avec stupéfaction ce que tout le monde y compris la direction du PCF et les partis de gauche n’ont cessé de lui cacher : loin d’être vécu comme une catastrophe, le souvenir de l’URSS empreint d’une nostalgie quasi universelle non seulement les Russes, mais beaucoup de citoyens de l’ex-Union soviétique, voire des pays de l’est (y compris les Polonais, les Baltes, la violence de la réaction nationaliste tient pour beaucoup à la nécessité de lutter contre les comparaisons chez des couches populaires déçues). D’où l’enthousiasme que l’on peut constater chez certains militants particulièrement croyants en l’infaillibilité de leur direction quelle qu’elle soit.

Alors la lecture de Svetlana Alexievitch, pas ses interviews beaucoup plus explicites mais ses livres écrits en priorité pour les lecteurs de l’ex-Union soviétique, peut produire des effets idéologiques complexes sur le lectorat français, y compris la découverte de ce qu’on tente de lui cacher sur la véritable opinion de ceux qui ont été citoyens de l’Union soviétique et même leurs enfants.

Peut-être alors y a-t-il là littérature puisque le discours alors porte une part de la complexité du réel, un univers, mais ce n’est pas de la faute à Svetlana Alexievitch et au jury du Nobel, ni la presse imbécile français qui d’interview en interview en fait une fidèle propagandiste de la fondation Soros.

Voilà pourquoi dans ce blog, nous donnons la parole à des tas de gens dans la mesure où ils contribuent à créer un peu d’esprit critique pour notre malheureux peuple soumis à une vaste campagne de propagande sur tout et n’importe quoi…

Danielle Bleitrach

(1) Nous ne sommes pas en crise de complotisme, nous nous contentons de citer sa fiche Wikipédia : Sviatlana Aliaksandrauna Aleksievitch) née le 31 mai 1948 à Stanislav[1], est une personnalité littéraire et journaliste russophone soviétique puis biélorusse, dissidente soutenue par le PEN club et la fondation Soros. [A ce titre, il est peu de prix émanant de l’occident qui ne lui ait été attribués; NDA].

(2) Avez-vous déjà constaté pareille campagne en faveur du sort réservé aux homosexuels par exemple en ce qui concerne l’Arabie Saoudite et d’autres pays alliés où ils sont exécutés? La campagne portait exclusivement sur le refus de la publicité en faveur de l’homosexualité touchant des mineurs ; qu’en particulier sous l’influence de l’église orthodoxe il y ait des préventions dans la société contre l’homosexualité on peut le déplorer et s’y opposer mais le transformer en une répression légale, laisser croire qu’un homosexuel peut être mis en prison pour cette seule raison, est un abus évident. Et tenter d’utiliser les gays comme des agents de l’étranger comme on pu le faire des juifs est une ignominie dont ne se prive pas la CIA et la presse occidentale qui sur le fond sont prêtes à les sacrifier à leur propagande.

 

ROAD MOVIE DE DEUX GRAND-MÈRES PARTIES SUR LES TRACES DU PAYS DES SOVIETS

 

Nous sommes vingt ans après la fin de l’URSS, l’Ukraine est en guerre. Pour Marianne et Danièle qui avaient tant aimé ce pays et qui l’avaient tant fréquenté, un retour s’imposait pour un droit d’inventaire, pour dire et entendre dire ce qui se passait véritablement. Pour le voir aussi. Pour déjouer cette manière bien dans l’air du temps de réinventer l’histoire en fonction des nécessités idéologiques du moment, quitte à mettre sous le boisseau les explications sur le pourquoi des choses. Il s’agissait par ce voyage de repenser une place dans le monde, de remonter en deçà de l’opinion ordinaire, de se mettre à distance de cette contre révolution dont nous subissons depuis tant d’années les effets sans contredits.

 

Elles sont parties, non sans se demander ce qu’il serait advenu de l’humanité, si, pendant la seconde guerre mondiale Gorbatchev au lieu de Staline avait été au pouvoir. Elles sont parties faire ce voyage pour tenter de reconstruire une vérité sur les fables que nous rapportent les faiseurs de guerre. Elles sont parties, parce qu’il est impossible de faire silence sur le nazisme resurgi. C’était impossible tant pour le respect de la mémoire  que pour cette terre de la patrie socialiste qui l’avait vaincu une première fois(1).

 

De nouveau une ère de danger s’ouvre. Marianne et Danièle dans ces carnets de voyages écrits à la va vite, sur une valise ou dans le fond d’une auto car, l’une traduisant, l’autre écrivant, nous transmettent ce que leur disent des gens ordinaires sur ce qui se passe réellement en Ukraine en 2014 . Ces gens nous disent que les bourreaux de hier sont redevenus les juges d’aujourd’hui. Ils nous disent qu’ils se sont battus mais qu’ils avaient perdu l’outil qu’il leur aurait fallu. Il nous disent qu’ils avaient la paix et l’égalité mais qu’ils ont été trahis, abandonnés par ceux du parti et qu’il leur faut maintenant tout reconstruire . Ils nous disent qu’ils défendront leur terre les armes à la main parce qu’ils savent que ,sinon, ils ont tout à perdre. « L’URSS vingt ans après » est donc le titre d’un livre qui trouve ses lettres dans cette histoire de larmes, de sang de destruction et de terreur.

 

Marianne Dunlop la femme de toute les langues, viendra nous dire le 7 novembre à la MJC Saint Jean à 15h30, le bruit et la fureur dont ces pages sont remplies . Elle nous dira aussi la tendresse et l’humour, la fraternité et l’espoir. Enfin elle viendra nous dire comment, en partageant le pain et le sel avec ces femmes et ces hommes de toutes nationalités qui sont le fond de la citoyenneté soviétique, elle et Danièle ont commencé a entrevoir une autre réalité que celle rapportée par les médias. Une autre réalité certes mais aussi cette sombre vérité entendue auprès de témoins du massacre d’Odessa « Pour faire s’opposer les gens, il fallait faire couler le sang ». Croyez bien qu’il s’agit de l’authentique signature du nazisme, cet ordre de la mort.  Elle viendra nous dire que«  Plus vite nous en serons convaincus mieux cela vaudra » (2)

 

Gilbert Rémond

 

(1)Un complément de lecture indispensable et sur lequel nous reviendrons, l’autre livre que Danielle Bleitrach a récemment publié : Bertolt Brecht et Fritz Lang «Le nazisme n’a jamais été éradiqué»paru chez Lettmotif

(2) L’URSS vingt ans après. Delga

 
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Publié par le septembre 29, 2015 dans compte-rendu de livre, Europe, femmes, histoire

 

ENCORE UN LECTEUR QUI OUVRE LE DIALOGUE….

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Bonjour. Je viens de terminer votre livre. Je vous confirme d’abord sa présence dans les rayons de la librairie ou je l’avais commandé, ce qui m’a ravi, aux côtés de quelques autres des éditions Delga. Concernant le livre en lui-même il m’a passionné de bout en bout. La partie sur le premier voyage m’a donné l’impression de lire un livre à la croisée de plusieurs disciplines, entre journalisme et histoire immédiate et même populaire. Bref, la rencontre avec des individus aux histoires différentes qui donnent leur sentiment sur ce qu’il se passe en Ukraine et bien heureusement nous sommes loin des discours pompeux de nos chaînes infos et de nos journaux qui en nous « balançant » quelques grandes idées sur l’Europe, la démocratie et les droits de l’homme cherchent à nous aveugler…
Si je devais oser une critique sur le contenu de la première partie du livre ce serait cette impression que vous cherchez absolument à trouver de l’antisémitisme en Ukraine… Le sujet revient inlassablement et souvent pour constater que vous n’en trouvez pas… Sur la seconde partie, la vision est plus globale et éclaire sur la situation géopolitique de l’Ukraine et de ses frontières, là où l’on nous montre la seule Ukraine (dans « nos » médias) sans comprendre les conséquences du fascisme de Kiev. Malgré cette prise de « hauteur » le discours est toujours chargé d’émotions, les mamas Odessa incarnant dans la fatalité de leurs vies l’absence de renoncement face à ce qu’il se passe en Ukraine. Difficile de ne pas être d’accord avec vos analyses politiques même si le seul discours qui peut résonner aujourd’hui en France est celui du capital… Votre livre m’a remis en mémoire une phrase d’Howard Zinn que je vous livre : « Que ce soit en tant qu’enseignant ou écrivain, je n’ai jamais été obsédé par l’objectivité, qui ne m’a jamais paru ni possible ni désirable. J’ai compris assez tôt que ce qu’on nous présente comme l’histoire ou l’actualité à nécessairement été sélectionné parmi une quantité infinie d’informations, et que cette sélection reflète les priorités de celui qui l’a réalisée » Je me réjouis ainsi d’avoir pu lire vos priorités, avec à chaque page, en ligne de mire, votre humanisme, votre engagement socialiste, votre refus d’abdiquer, votre obstination à dire la vérité… Pour tout cela merci.

 
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Publié par le septembre 27, 2015 dans compte-rendu de livre, dialogue

 
 
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