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Archives de Catégorie: COMPTE-RENDU de LIVRE

Aujourd’hui j’ai 81 ans et mon manuscrit est parti chez l’éditeur

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Danielle Bleitrach
Mémoires d’une communiste
du passé pour le futur

Il devrait paraître en juin chez Delga,qui m’a assuré une édition soignée,, je suis contente parce que quoiqu’il arrive vu mon état de santé j’aurai rempli mon programme: le premier volume qui concerne mes origines familiales et mon engagement communiste, mes responsabilités de dirigeante et aussi et surtout cette aventure collective que fut l’appartenance au PCF sera publié et j’aurais le temps dans une année de rédiger le second volume celui de « l’internationaliste » et j’espère le publier pour mon quatre vingt deuxième anniversaire. . Il s’agira à la fois de mon engagement communiste dans des combats internationaux de l’Algérie à Cuba, mais aussi de mes expériences sur le terrain avec mes étudiants, de mon métier aimé d’enseignant checheur.

Parce qu’il s’agisse de mes mémoires ou de ce travail envisagé, je revendique le fait d’avoir été une femme, une intellectuelle et une communiste et le princxipal mérite que je reconnais à mon engagement communiste c’est qu’il m’a aidé à vivre pleinement les autres dimensions de ma personnalité comme il a réussi à concilier mes origines juives et prolétariennes, rendant toutes les contradictions de toutes ces appartenances dynamiques et orientées vers les autres.

J’espère que ces mémoires d’une communiste contribueront au retour du Parti communiste qui s’amorce, je décris la réalité de ce que fut le combat des communistes, la manière aussi dont celui-ci a été étouffé, les aspects héroïques mais aussi les trahisons. Je ne règle pas de compte, j’essaye d’abord de dire l’essentiel, le positif mais je ne cache rien non plus. Je propose des interprétations de l’Histoire.

je n’attends de la part de la presse aucune publicité y compris de cette presse qui se dit encore communiste quand il s’agit de la sauver de la faillite mais qui depuis des années pratique censure et diffamation sur les communistes comme moi. Ils ne changeront pas mais j’ai survécu à leur censure et je survivrai. je voudrais que chaque communiste, chaque progressiste, chaque jeune à la recherche d’un sens à donner à sa vie sache à quel point ces médiocrités, ces vilénies ne sont rien par rapport à ce que peut représenter un choix de vie qui ne vous appartient qu’à vous et qui se donne à chaque moment les moyens d’agir sur le monde autant que sur vous même.

danielle Bleitrach

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Publié par le avril 17, 2019 dans COMPTE-RENDU de LIVRE

 

La gauche hongroise résiste et célèbre le 100-ème anniversaire de la République des Conseils par Monika Karbowska

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affiche de la République des conseils de ho,ngrie

Je devais me rendre en hongrie pour assister à cette conférence sur la République des Conseils, autour d’un livre auquel Monila et moi avons contribué, malheureusement comme vous le savez j’ai été épuisée par l’écriture de mes « mémoires », mùais heureusement Monika nous envoie un compte-rendu et Judit viendra pour les prochaines rencontres internationales de vénissieux au début octobre. (note de danielle Bleitrach)

Alors qu’en France le soulèvement populaire actuel entre dans son 5ème mois d’action, la gauche hongroise continue de manifester contre les mesures anti-sociales et racistes de Orban. Elle commémore également et sauvegarde la mémoire de son glorieux passé révolutionnaire communiste : du 21 au 23 mars une série d’événements a marqué le 100ème anniversaire de la proclamation de la République Hongroise des Conseils connue sous le nomde« République Soviétique de Bela Kun ».

La dissolution de l’empire Austro-hongrois a abouti à l’indépendance des peuples et la création des Etats nations tchécoslovaque, yougoslave et polonais. Mais les puissances occidentales rendent la Hongrie autant responsable de la défaites des Etats Centraux que l’Autriche et l’Allemagne : les vainqueurs imposent alors une sévère amputation des territoires de l’Est, du Nord et du Sud habités par des populations hongroises au profits des Etats voisins qui formeront l’alliance avec la France appelée la Petite Entente. La nouvelle Hongrie née en novembre 1918 d’une Révolution bourgeoise ne peut contenir mécontentement à la fois national et social du peuple. La voie est ouverte à la Révolution bolchévique et une République des Conseils qui durera de mars à août 1919. La République des Conseils de Hongrie constitue une période très importante de l’histoire des peuples de l’Europe de l’Est. En peu de mois, des dirigeants issus de nulle part, tel le journaliste Bela Kun, prennent le pouvoir à la faveur de grève et de soulèvements populaires. Ils expérimententun nouveau système social et politique rompant avec le capitalisme et la féodalité : des nationalisations à grande échelle des moyens de production et des biens de la bourgeoisie,  y compris des œuvres d’art, une économie de planification, une réforme agraire, une politique sociale et éducative donnant naissance à une sécurité sociale gratuite et une système scolaire laïque et obligatoire, sans oublier le droits des vote des femmes. La période est également un moment intense de création et de recherche de nouvelles formes d’expression artistique, dans le cinéma, la littérature, la poésie, la peinture et l’art graphique comme en témoignent les magnifiques affiches pleines de vigueur et d’optimisme qui sont dupliquées dans les locaux de la salle à Budapest ou se tient la conférence de commémoration. Ces affiches illustrent également le livre publié par le Monde Diplomatique Hongrie qui mêle des contributions hongroises et internationales. Des militants éminents de gauche hongroise comme Tamas Krauz côtoient des diplomates et des historiens (Tibor Hajdu, JanosHajdu, Pal Pritz, György Tverdota, Gyula Hegyi, Robert Zsofia, György Szende, IstvanneSzöllössi).Côté Internationaliste, Danielle Bleitrach, militante communiste française et spécialiste du cinéma présente l’importance du développement du 7 art au cours de Révolution hongroise et pour la civilisation occidentale une fois la République réprimée et les cinéastes hongrois émigrés. Julien Papp, historien franco-hongrois, Peter Pastor, historien franco-américain et Marin Nadea, historien et militant de la gauche communiste roumaine analysent les implications internationales de la République des Conseils qui fait partie d’un soulèvement révolutionnaire général en Europe. L’espoir suscité par la Révolution bolchévique se répand partout en Europe de l’Est et du Centre sous des expériences multiformes comma la République paysanne autogérée de Tarnobrzeg au Sud de la Pologne – décrite dans le livre- ou la République de Bavière ou de Strasbourg.

Le livre « La République des Conseils 1919-2019 » sera présenté à une conférence de presse le jeudi 21 mars à l’Association des journalistes en présence des auteurs et d’un public assez nombreux. L’événement est suivi par une soirée buffet au local du Parti des Travailleurs Hongrois dans une ambiance chaleureuse et décontractée. Les locaux du parti garde la mémoire de l’histoire communiste de la Hongrie par les drapeaux, les portraits de Lénine, ceux des héros communistes et résistants hongrois, ainsi qu’avec les reproductions des affiches de 1919. La vendredi 22 nous nous retrouvons au cinéma d’un centre culturel pour le lancement de la Conférence Internationale «100 ans de la République des Conseils Hongroise – mémoire historique et conséquences » organisée par la fondation de gauche Eszmelet. Le film d’ouverture est un document unique de 1969, « le Dimanche des Rameaux » » de Imre Gyöngyössy reconstituant la lutte émancipatrice d’un village pour la terre du seigneur et pour la dignité des paysans. La terrible répression qui s’abat sur les villageois est également montrée dans ce qu’elle préfigure de plus hideux, le fascisme européen. Les corps nus des paysans suppliciés par la milice aristocratique de Horthy, armée et soutenue par la France bourgeoise, sont une métaphore des camps de concentrations fascistes qu’annoncent la terreur du régime violemment anticommuniste de Horthy.

Le lendemain 23 mars la Conférence se déroule à la Faculté des Lettres. Une vingtaine d’interventions chercheurs hongrois, roumains, français, et slovène font le point sur les réalisations économiques (Ana Maria Artner), politiques (le rôle des conseils ouvriers dans la gestion des usines par Lajos Csomas) ; la politique sociale, la politique vis à vis des intellectuels, des artistes (Viktor Arslanov), l’importance de cette expérience pour toute l’histoire de la gauche européenne enfin. SavasMatsas, philosophe et leader du Parti Ouvrier Grec EEK, Raquel Varela, chercheuse au Portugal et Roberto Della Santo, chercheur brésilien analysent les leçons que nous pouvons apprendre pour la lutte révolutionnaire actuelle. RastkoMocnik décrit la République de la vallée de Mura, une vallée du sud du pays peuplée majoritairement par des paysans slovènes, qui au lieu de rejoindre une nouvelle Yougoslavie vite monarchiste, préfèrent faire partie d’une une République soviétique hongroise. La Conférence est clôturée par des contributions de jeunes chercheurs et militants de gauche, Gaspard Roland et Peter Csunderlik qui nous rendent vivants les personnalités des créateurs de la République des Conseils comme Bela Kun, journaliste idéaliste dont la propagande fasciste a tellement dressé un portrait noir, que les traces en sont encore restée dans l’idéologie officielle des Etats du réalisme socialiste : en Pologne Populaire, la République Hongroise a été enseignée dans les écoles, mais d’une façon presque honteuse, comme une flambée de violence aussi soudaine que brève. Tout au long de cette rencontre il est question d’une autre « flambée de violence soudaine » – du soulèvement populaire français dont nous suivons la manifestation du samedi avec inquiétude et tension. Il n’y a pas de Révolution sans détermination et colère du peuple, et il n’y a pas de Révolution réussie sans Solidarité Internationale, telle est aussi la leçon du 20ème siècle. Le 21ème ne fait que commencer….

 

Article de Danielle Bleitrach en Français

https://histoireetsociete.wordpress.com/2019/02/06/la-republique-des-conseils-et-la-reconciliation-avec-la-realite-par-danielle-bleitrach/

 

Monde Diplomatique Hongrie

https://www.magyardiplo.hu/68-le-monde-diplomatique/kozeleti-programajanlo/2657-a-magyar-tanacskoztarsasag-kikialtasanak-szazadik-evforduloja-megemlekezes-es-vita-konferencia-iii-22

Fondation Eszmelet

https://www.facebook.com/eszmelet/

www.eszmelet.hu/elofizetes/

 

La France et le bonapartisme par Domenico Losurdo

AU FIL DES JOURS ET DES LECTURES N° 215

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25 mars 2019

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Démocratie ou bonapartisme

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La crise politique actuelle (en France bien sûr mais dans de nombreux pays européens)  suscite un intérêt renouvelé et de nombreux débats sur la constitution, les pouvoirs présidentiels, les référendums, les modes de scrutin.

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Le philosophe italien Domenico Losurdo, décédé en 2018 avait consacré en 1993  un ouvrage à l’ensemble de ces questions.

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En repartant de la période de la Révolution française il suit les progrès dans le monde, avec ses avancées et ses reculs, du suffrage universel. Il en conclut qu’aujourd’hui le suffrage universel est un acquis incontournable et que la classe dominante, incapable de le supprimer, en est réduite à le contourner, à en déformer l’expression, à le manipuler avec toutes sortes de techniques (découpage électoral, médias, sondages, fausses nouvelles). Le point d’arrivée en est un système politique que LOSURDO appelle le « bonapartisme » invention française  puisque le modèle en est Napoléon III.

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Ce bonapartisme a refait vigoureusement surface dans la République française avec le coup d’état de 1958. Il en est issu une constitution toujours en vigueur dont le caractère de dévoiement du suffrage universel est de mieux en mieux compris par les électeurs.

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Cette compréhension a conduit jusqu’à présent à un repli abstentionniste de plus en plus massif. Ce qui se joue dans la crise politique actuelle est la recherche de nouvelles règles du jeu constitutionnelles permettant au suffrage universel de recouvrer un rôle déterminant dans la définition de la politique nationale.

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L’extrait qui suit est un rappel utile des conditions de  l’installation du bonapartisme dans la République française.

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Extrait de

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Démocratie ou bonapartisme

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Triomphe et décadence du suffrage universel

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Domenico Losurdo

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(Le temps des cerises – 2007  – édition originelle italienne 1993)

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> Gaullisme et république présidentielle en France

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Pour ce qui concerne la marche du bonapartisme soft dans le second après-guerre, ce qui se passe en France est particulièrement significatif. Les évènements qui portent au changement constitutionnel ont leur origine dans un pronunciamiento militaire à Alger, le 13 mai 1958, aux cris de « L’armée au pouvoir ». Ils se développent avec le débarquement, dix jours après, des parachutistes dans une Corse rapidement occupée, et aboutissent à l’arrivée au pouvoir d’un général encore entouré de la gloire conquise au cours de la seconde guerre mondiale. C’est le scénario classique du bonapartisme. Le recours au referendum pour légitimer les résultats du coup d’État, et la nouvelle constitution fondée sur une personnalisation radicale du pouvoir, est également classique. La propagande officielle explique de façon obsédante que dire oui à de Gaulle signifie dire « oui à la France ». C’est la technique ordinaire de l’externalisation du conflit qui tend à faire passer les adversaires du coup de force comme substantiellement étrangers à l’âme nationale. Ce n’est pas par hasard que le général-président se pose tout de suite en interprète privilégié de la France éternelle et de sa grandeur nationale. Mais voici comment se déroule le referendum qui signe l’acte de naissance de la Cinquième République :

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« La campagne fut brève, mais ardente, à la hauteur de l’importance de l’enjeu. Le Oui submergea le Non, tant par le nombre des mouvements qui le soutenaient (…) que par la supériorité des moyens mis à leur disposition par les pouvoirs publics. Manifestes, tracts, diffusion à des millions d’exemplaires d’un journal rédigé pour la circonstance, imposèrent le Oui avec une insistance obsessionnelle dont les adversaires dénoncèrent l’abus. En effet, le pli officiel envoyé à chaque citoyen contenait, en plus du matériel électoral et du texte de la constitution objet du referendum, le discours prononcé le 4 septembre par le général de Gaulle recommandant son adoption« (René Rémond Le retour de De Gaulle –Complexe Bruxelles 1987)

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 Comme l’a montré Weber, le chef césarien n’arrive pas au pouvoir par « une « élection » ou un « vote » normal », mais bien par un plébiscite. Dans l’organisation de celui-ci intervient le pouvoir d’État, quand l’hégémonie détenue au niveau de la société civile et dérivant en premier lieu du monopole des moyens de production matériels et spirituels ne suffit pas à garantir le contrôle des moyens d’information. Le chef césarien — souligne toujours Weber — est élevé au pouvoir non sur la base d’un programme ou de contenus politiques déterminés, mais bien en vertu d’une « profession de « foi »» ; et la presse française la plus autorisée parle, au lendemain du referendum, de « chèque en blanc » à de Gaulle. Comme au temps de Louis-Napoléon, sont visés les partis et tout système électoral qui, en les favorisant, introduit un écran pénible dans le rapport direct et immédiat entre masse atomisée et leader, gênant la « profession de foi » qui doit unir la première au second. La nouvelle constitution, élaborée aussi sur la base de l’étude de la constitution bonapartiste de 1852, introduit tout de suite le système uninominal. A ce propos, on enregistre un changement significatif dans l’attitude de De Gaulle, qui en 1945, polémiquant contre l’instabilité de la Troisième République, fondée sur le scrutin uninominal, avait introduit la représentation proportionnelle, bien qu’altérée et modifiée de manière à favoriser les grands partis. À treize années de distance, le général change radicalement d’idée, ayant désormais pleinement compris la fonctionnalité du système uninominal par rapport au régime bonapartiste qu’il s’apprête à réaliser. À la différence de Louis-Napoléon, le général-président instaure non pas une dictature bonapartiste incapable de durer dans le temps et d’assurer une succession ordinaire, mais bien un régime, et un régime qui fonctionne si bien qu’il verra ensuite l’arrivée et la permanence au pouvoir, pour deux septennats, de ce François Mitterrand qui pourtant avait dénoncé, dans un pamphlet batailleur, l’inspiration bonapartiste de ce qu’il définissait avec raison comme le « coup d’État » de 1958 ». Et dans ce cas aussi, on peut constater la souplesse avec laquelle, dans le cadre du bonapartisme soft, il est possible de passer de la normalité à l’état d’exception : au moment le plus aigu de la crise qui s’ouvre en 1968, de Gaulle disparaît mystérieusement, pour ne réapparaître qu’après avoir eu à Baden-Baden, hors de France, une conversation rassurante pour lui avec le général Massu, le chef des troupes les plus efficaces et les plus éprouvées : le président est prêt à se transformer en dictateur à l’occasion d’un état d’exception, dont il est lui-même le seul juge de la réalisation.

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Les traducteurs doivent-ils redouter la concurrence de l’intelligence artificielle ?

Portrait du traducteur, Laurent de Premierfait, de l’ouvrage, Des Cas des nobles hommes et femmes, de Jehan Bocace. Vers 1495. WikipédiaCC BY-SA

À la fin de l’année dernière, le programme DeepL a, grâce à l’intelligence artificielle (IA) et à l’apprentissage profond (deep learning), traduit en une douzaine d’heures seulement un ouvrage de théorie informatique de 800 pages.

S’il est légitime de s’interroger à cette occasion sur la possible concurrence entre l’homme et la machine sur le marché du travail intellectuel (comme on l’a déjà fait dans d’autres secteurs d’activité), le discours médiatique est très vite emphatique dès qu’il s’agit de relayer les avancées de l’IA. En l’occurrence, on a pu parler d’une « grosse râclée », expression qui préfère souligner la menace plutôt que l’exploit technologique, comme s’il était plus important de souligner la concurrence entre les traducteurs humains d’un côté et les concepteurs du programme de l’autre que de suggérer que l’humanité pourrait marquer là un point collectif.

Ailleurs, sous le titre « Traduction automatique, robots écrivains… voilà la littérature du futur ! » s’imagine un futur de plus en plus proche où, les humains étant dépossédés de leur créativité, l’otium studiosum propice à la traduction de la poésie ou à l’écriture des romans céderait sa place au désœuvrement et à la consommation passive des chefs-d’œuvre des IA. Et inversement, l’appel à la sobriété des spécialistes de l’IA eux-mêmes semble être devenu un genre en soi.

Les universitaires spécialistes des littératures étrangères sont, entre autres, des traducteurs. Nous avons dans notre cursus été formés à la traduction littéraire (à côté, et c’est important, d’autres pratiques, comme l’histoire culturelle ou le commentaire de texte) ; nous enseignons d’une manière ou d’une autre la traduction, nous publions des traductions sous une forme ou une autre, et c’est une activité que nous pratiquons aussi pour le plaisir.

Mais si nous sommes des professionnels de l’écrit, nous ne sommes pas, pour la plupart, des spécialistes de la traduction automatique. Une partie de l’inconfort lié à l’IA vient sans doute de cette relation asymétrique : le robot s’invite dans le champ de compétence d’experts humains et semble y exceller, alors que les experts humains du domaine concerné se sentent, eux, souvent incompétents pour parler du robot. Dans ce cas, l’IA est pour eux une boîte noire.

C’est cette relation ambiguë entre le traducteur et l’IA traductive que je voudrais explorer ici.

Trois raisons de s’inquiéter

Le traducteur littéraire est un professionnel de l’écrit parmi d’autres, et un bon point de départ pour comprendre de quoi les professionnels de l’écrit ont peur est l’article du Guardian, paru en février dernier, où Hannah Jane Parkinson décrit le frisson qui l’a saisie quand le logiciel expérimental GPT2 a composé un article de presse complet sur la base d’un paragraphe qu’elle avait écrit. Sa première réaction est ainsi :

(a) it turns out I am not the unique genius we all assumed me to be ; an actual machine can replicate my tone to a T ; (b) does anyone have any job openings ?

(a) Il semblerait que je ne sois pas, contrairement à ce que nous croyions tous, un génie unique : une simple machine peut reproduire mon style à la lettre ; (b) est-ce que quelqu’un recrute ?

  • Le point (a) décrit une blessure narcissique : alors qu’on admet traditionnellement que la créativité stylistique (le ton, le style) définissent des individualités littéraires, la machine (qui n’a a priori pas de personnalité) peut émuler assez facilement ce genre de qualités ; on retrouve là la crainte du « chômage créatif » exprimée dans l’article de Marianne cité plus haut.
  • Le point (b) évoque un chômage beaucoup plus littéral : les performances impressionnantes du robot-écrivain en font un candidat viable pour remplacer un certain nombre d’acteurs humains du secteur de l’écrit – journalistes, traducteurs ou écrivains.
  • Il existe, sur le cas de GPT2, un troisième problème (c), auquel H.J. Parkinson consacre la seconde moitié de son article : celui des fake news, puisque l’IA forge complètement ses citations et ses analyses. GPT2 sait écrire en anglais non seulement correctement, mais en reproduisant des habitudes stylistiques, ce qui est une des compétences de la journaliste ; en revanche, GPT2 ne sait pas vérifier ses sources et n’a pas de déontologie, ce qui sont d’autres compétences de la journaliste.

Pour résumer : l’activité de la journaliste met en œuvre un ensemble de compétences à des niveaux divers (linguistique, stylistique, cognitif, éthique), et l’IA est (très) performante sur un certaines d’entre elles (mais pas toutes) ; d’où la crainte, en partie justifiée, d’une concurrence créative et économique.

La concurrence économique de l’IA

La dimension économique de la concurrence de l’IA au travail humain est l’un des problèmes les plus immédiats et les plus sérieux ; c’est sur celui-ci que Sylvie Vandaele, professeur de traduction scientifique à l’Université de Montréal, conclut son analyse du phénomène.

L’inquiétude de S. Vandaele vient moins de la prise en main de la traduction-machine par le traducteur humain que de la dévaluation, en terme de reconnaissance professionnelle et financière, de sa compétence. C’est un cas particulier des conséquences économiques indésirables des progrès de l’IA que Kai-Fu Lee, par exemple, envisageait à l’échelle mondiale en 2017. En somme, la menace économique est la plus immédiate parce que la décision de remplacer le travail humain par le travail automatique peut être prise à court terme.

Sylvie Vandaele souligne aussi que le remplacement économique des traducteurs humains par les machines procéderait, entre autres, d’une incompréhension de la « complexité » de la traduction, c’est-à-dire de ce que représente l’expertise traductologique : en d’autres termes, la décision de remplacer précipitamment le travail humain par le travail machine négligerait certains facteurs, comme la compétence généralisée des travailleurs humains.

Blessure narcissique et généralisation abusive

Parce que les IA qui composent des textes (ou les traduisent) atteignent très rapidement des résultats coûteux (en temps et en effort cognitif) pour l’homme, on a spontanément tendance à les considérer comme des rivaux en termes de créativité linguistique. Il y a cependant, à en croire certains spécialistes de l’IA, de sérieuses raisons de considérer qu’il s’agit là d’une généralisation abusive.

Cette généralisation repose sur le malentendu de la boîte noire. Impressionnés par les résultats fulgurants de l’IA, nous lui prêtons les capacités qu’il faudrait à un humain pour atteindre les mêmes résultats avec la même efficacité. Ce faisant, nous négligeons que l’IA fonctionne d’une manière très différente de la cognition humaine, et que nous ne pouvons pas prêter aux machines nos propres processus mentaux : il faut donc ouvrir la boîte noire.

Rodney Brooks oppose ainsi l’expérience humaine du frisbee à ce que peut en dire une machine qui génère automatiquement des légendes pour des photographies (il commente les résultats présentés par cet article) :

« Supposons qu’une personne nous dise que telle photo représente des gens en train de jouer au frisbee dans un parc. Nous supposons spontanément que cette personne peut répondre à des questions comme “Quelle forme a un frisbee ?”, “À quelle distance en gros peut-on lancer un frisbee ?”, “Peut-on manger un frisbee ?”, “Un enfant de trois mois peut-il jouer au frisbee ?”, “Le temps qu’il fait aujourd’hui se prête-t-il bien à une partie de frisbee ?”

Les ordinateurs qui peuvent légender une image “Joueurs de frisbee dans un parc” n’ont aucune chance de répondre à ces questions. »

Impressionnés par la performance du logiciel, nous ne voyons pas, ajoute Rodney Brooks, ses limitations. Or l’IA en apprentissage profond a un domaine d’action très étroit ; elle est extrêmement performante sur des « champs clos », c’est-à-dire « un type de données extrêmement limité », dans les termes de Gary Marcus et Ernest Davis.

De manière plus imagée, Kai-Fu Lee propose de voir ces IA comme « des tableurs sous stéroïdes entraînés sur le big data, qui peuvent surpasser les humains sur une tâche donnée ». Une IA à qui l’on pourrait effectivement prêter des processus cognitifs humains serait une « IA généralisée », c’est-à-dire « un ordinateur doué d’une conscience de soi, capable de raisonner à partir du sens commun, d’acquérir des connaissances dans des domaines variés, d’exprimer et de comprendre les émotions, etc. ».

On est loin, en d’autres termes, des robots qui rêvent et écrivent spontanément de la poésie, parce que le traitement de données massives par la machine n’est pour l’instant pas comparable à l’expérience cognitive du monde par l’homme. Si la concurrence économique est un problème immédiat, la concurrence existentielle n’est pas encore là.

Une distinction fondamentale : performance vs compétence

Ouvrir la boîte noire permet ainsi de mettre le doigt sur la distinction fondamentale entre performance et compétence. On pourra difficilement contester qu’une IA qui traduit 800 pages en quelques heures soit performante, et même beaucoup plus performante qu’un humain (ou même une équipe de traducteurs humains) ; on peut douter, en revanche, qu’elle soit vraiment compétente : c’est un argument fondamental dans les appels à la sobriété de spécialistes de l’IA comme Rodney Brooks.

Pour revenir à l’exemple de ce dernier : l’humain est compétent pour parler du frisbee ; pas la machine. En termes de philosophie de l’esprit : l’humain, pour parler comme Umberto Eco, possède un « type cognitif » du frisbee dans son « encyclopédie » personnelle. L’IA qui a impressionné H.J. Parkinson du Guardian est performante pour reproduire le style de la journaliste, mais elle n’est pas compétente pour remplacer la journaliste, parce que l’IA ne sait pas distinguer une information sourcée ou une citation authentique d’une fake news ou d’un propos forgé. Bref, il manque aux IA un ensemble très diversifié de compétences (qui sont liées à d’autres dimensions de la cognition humaine, comme notre affinité pour le vrai) pour se substituer globalement à l’humain.

C’est, entre autres, cette compétence généralisée des travailleurs humains qui fournit la base de l’argument de Sylvie Vandaele pour défendre la traduction humaine. Outre le fait que l’IA elle-même est le produit de la compétence des informaticiens et linguistes qui ont travaillé à son élaboration, l’expertise traductologique humaine a été convoquée à toutes les étapes du processus automatique :

  • en amont du processus, il a notamment fallu élaborer « un dictionnaire de 200 termes spécifiques » des domaines mathématiques et informatiques, ce qui suppose une maîtrise a priori du texte-source et des deux langues, pour introduire dans sa traduction cohérence et continuité au niveau du lexique le plus technique ;
  • pendant le processus lui-même, la machine travaille et « apprend » grâce à la compilation d’un impressionnant corpus de référence constitué de textes rédigés et traduits par l’homme. L’apprentissage profond est avant tout l’interprétation statistique d’un vaste échantillon du travail humain : sans cette masse de données, dont la qualité (et donc la compétence de ses auteurs humains) détermine la performance de la machine, l’IA ne serait pas aussi performante ; comme l’explique l’un des concepteurs du logiciel : « La performance de Deepl tient à son corpus très bien traduit ».
  • en aval du processus, il a fallu relire et corriger la traduction pour la valider définitivement, ce qui est un processus standard aussi pour la traduction humaine. Il a notamment fallu ajuster la ponctuation et « élargir le contexte ». Quoique ces modifications soit présentées comme « marginales », elles sont révélatrices : la ponctuation rythme le texte et, en fluidifiant la lecture, facilite son assimilation par le lecteur ; la notion vague de contexte renvoie, encore une fois, au fonctionnement « encyclopédique » (U. Eco) de la connaissance humaine. En d’autres termes, il a fallu réajuster le produit du travail machine pour qu’il s’insère au mieux dans le rythme et l’univers cognitifs humains, ce que l’IA est incapable d’évaluer.

Conclusion provisoire

Pour résumer : la compétence de la machine est, quand on ouvre la boîte noire, d’une nature différente de la compétence humaine ; et la performance de la machine repose, en dernière analyse, sur la compilation des produits de la compétence humaine. Le danger vient moins d’une concurrence existentielle immédiate d’une IA qui est très loin d’être généralisée que de décisions économiques… qui seront prises par des hommes.

 

un livre à ne pas rater

 
 

Conclusion de mes « mémoires »

avec Gisèle Moreau, le 17 avril 1980 à Moscou. Gisèle est la quatrième en partant de la droite, moi la septième, nous allons rencontrer Ponomarev et nous sommes avec les femmes soviétiques.

En 2013, j’ai repris ma carte sans la moindre illusion, vu que ceux qui avaient agi ainsi étaient toujours là, mais j’ai considéré et je considère toujours qu’ils ne sont pas propriétaires du parti. Que tout cela dépasse les individus mais est un problème politique, celui de la manière dont on peut faire la révolution dans le monde et dans la France du XXIème siècle. 2013, l’année de la mort de mon enfant d’une embolie pulmonaire , je lui devais bien ça, lui qui avait tant cru en nous son père et sa mère, je l’entends encore me demander si j’étais une espionne du KGB. Il espérait tant que je lui répondrais oui et qu’il pourrait partager ce secret avec moi. Quand il a adhéré à la jeunesse communiste, Jean Léo s’est engagé dans la libération de Mandela de toute son âme. Ce dernier était né un 18 juillet comme lui, chaque fois qu’à cette date dans les réseaux sociaux on rappelle le héros de la lutte contre l’apartheid, je me dis que mon enfant a eu au moins cette chance : participer à un combat juste, s’y dévouer sans mesure.

Par ailleurs, j’ai retrouvé avec grand plaisir mes camarades, dans la cellule du quatrième arrondissement dans laquelle j’ai fini par atterrir, leur honnêteté et leur simplicité, quand il m’arrive de protester et de récriminer, à juste raison – parce que chaque congrès dans les Bouches du Rhône  est l’occasion d’une triche systématique, d’un bourrage d’urne, auquel je devrais m’être fait depuis longtemps si je n’étais pas aussi candide- l’une d’elle devenue une amie me remet à ma place : c’est le collectif, il faut savoir le vivre et le respecter parce qu’autrement on ne fera jamais rien. Elle ajoute aussitôt, mais on ne te changera pas et c’est tant mieux.

J’ai tenté de comprendre mes contemporains, les gens s’imaginent volontiers que je ne les écoute pas, c’est faux, j’éprouve au contraire de l’avidité à leur encontre et une forme d’empathie telle que je suis littéralement envahie par leurs propos. Au bout de quelques secondes je pense ou je crois penser comme eux et je sais avant eux où ils veulent en venir et je trépigne d’impatience à les voir s’enfoncer dans un luxe de détails inutiles. Parfois, je m’aperçois que mon interprétation est fallacieuse, rarement sur le moment mais après en reprenant mentalement le fil de notre discussion. Après les avoir quittés, je peux ruminer durant des heures.  J’approfondis, et quand j’ai le sentiment d’avoir raté quelque chose il n’est pas rare que je leur téléphone pour avoir une précision ; elle cadre en général assez mal avec leur propre perception. Il ne s’agit pas d’eux, mais de leur être au monde qui est sensé m’ouvrir à un quelconque universel. Ce devrait être cela auquel ma mère faisait allusion quand elle me disait sur son lit de mort : »je n’ai jamais rien compris à ce que tu racontes ». Je suis le Bouvard et Pécuchet de l’amitié la plus désintéressée, en train d’édifier sans cesse des systèmes, des galaxies, alors qu’il suffirait d’un geste d’affection, d’un baiser que je suis incapable de donner au moment opportun. Ces mémoires n’ont cessé de me confronter avec cette particularité de mon rapport à autrui : comment dire le plus important de ceux que j’ai aimés et ne pas trop faire de tort à ce que je continue de détester pour des raisons qui tiennent parfois à un rejet spontané et peut-être injuste ?

Oui on ne me changera pas, parce que, pour reprendre une phrase célèbre, je crois toujours qu’il faut agir local mais penser aussi global et qu’il y a urgence.

Pour clore ces mémoires, cette plongée dans le passé  à partir de mes origines, de mon engagement, je voudrais dire que nous militants communistes avons été ceux qui ont le plus haï la tyrannie et qui  avons le  plus donné en l’affrontant sous toutes ses formes et sous tous les continents.

La mémoire ne se confond pas avec la démarche historique, mais  lui accorder la part qu’elle mérite libère l’avenir si elle ne momifie pas le passé en espérant le revivre. J’aurais pu en tant que sociologue, ayant travaillé une bonne partie de sa vie sur l’actualité de la classe ouvrière, insister sur ce point dans mes « mémoires »[1]. Est-ce qu’un parti de classe et de masse a encore un sens par rapport à l’espérance révolutionnaire ? J’ai dit mon scepticisme sur « le mouvement » sans force organisée mais sans beaucoup avancer sur celle-ci, en particulier sur son assise de classe. J’ai beaucoup plus tablé sur la capacité collective à tirer parti de l’expérience, mon imparfait du subjectif en appelle à d’autres.

La « mutation », ce grand bouleversement, cet abandon sans perspective autre que la soumission, là encore nous a enfermés dans un moment aujourd’hui en voie d’être dépassé, celui de la fin de la classe ouvrière. Je me suis toujours élevée contre cette vision, en montrant comment chaque phase d’accumulation du capital engendrait ses « invalides » et des modifications dans les procès de travail. Là encore la rupture catastrophique avec les cellules d’entreprise nous a coupés non seulement des lieux de l’exploitation et de la lutte des classes, mais de ceux de l’innovation. Le crépusculaire capitalisme tend à nous faire peur avec les avancées de l’intelligence artificielle qui rendrait l’être humain inutile. Nous pouvons au contraire dans cette nouvelle phase du développement des forces productives être confrontés à une nécessaire ré-industrialisation, la classe ouvrière sera différente, elle devra intégrer des filières entières, projets, sécurité, une autre relation aux ressources de la planète et aux formes actuelles de la mondialisation.  Mais elle ne pourra le faire tant que le capital impulse les finalités concédées à l’inhumanité.

J’ai déjà à plusieurs reprises dans ces « mémoires » défendue une idée dont les implications sont multiples à savoir qu’avec l’effondrement de l’Union soviétique tout le monde avait perdu y compris le capitalisme, l’impérialisme et son bras armée les Etats-Unis avec leurs vassaux. Ce qui a été perdu est le facteur de régulation assurant sa survie. Et pour comprendre cela il faut en revenir au constat de Lukacs sur la manière dont l’URSS « stalinienne » a sauvé deux fois l’humanité, la première en luttant contre le nazisme, la seconde en ayant la bombe atomique, l’équilibre de la terreur. Ce qui ne signifie pas une adhésion à tous les aspects du « stalinisme » qui mérite par ailleurs d’autres analyses que celle d’un simple croquemitaine, mais la régulation elle aussi nécessite une analyse en ce que sa disparition impose. La social-démocratie ne lui survit pas, elle n’est en rien une alternative, mais un simple contrefeu. Cette régulation objective tient à ce que Lukacs  esquisse également à savoir la nature de classe de l’Etat. Il reprend le constat de Lénine : « Les racines les plus profonde de la politique tant intérieure qu’extérieure de notre Etat sont déterminées par les intérêts économiques, par la situation économique des classes dominantes de notre Etat »[2]. La classe ouvrière, les couches populaires n’ont rien à attendre de la guerre à l’inverse des capitalistes dont le profit a un besoin vital. Elargir l’exploitation à d’autres continents, trouver de nouveaux débouchés, des bases de mise en valeur de masses de capitaux quitte à affamer, à tuer, à détruire plus encore qu’il ne créé. C’est une loi générale même si l’on peut toujours suggérer des bémols à cette affirmation, l’Histoire témoigne de son respect. Comme là encore l’a affirmé Lénine, l’uRSS est un Etat socialiste avec dictature du prolétariat à « déformation bureaucratique », son existence n’a jamais été en capacité de renverser la domination planétaire de l’impérialisme, « stade suprême du capitalisme », mais elle lui a imposé des limites qui ont assuré sa survie et ont pu même nous laisser penser qu’il y aurait un passage pacifique au socialisme.

Est-ce que la Chine joue le même rôle, appuyée sur de nouveaux rapports sud-sud ? Nous sommes dans un temps périlleux.

Ma vie, mon engagement s’est déroulé dans le court XXIème siècle, celui qui va de 1917 à 1991. A ce moment-là j’ai eu la chance de découvrir Cuba et donc la possibilité d’aborder un monde transformé et de le faire en ayant choisi de résister. En France peu de gens ont eu cette chance et ceux qui ont continué à se battre l’ont fait dans de pires conditions que celles que je découvrais à Cuba.

La peur ne mène nulle part et je ne sais si les communistes tels qu’ils sont aujourd’hui sont capables de relever le défi, mais je ne vois aucune autre force politique en capacité de le faire donc il ne reste plus qu’à pousser là où demain existera une brèche. La où il y a une volonté il y a un chemin.

« De quoi as-tu peur ? » m’a demandé ma mère.

Ma conviction est que jamais il n’y aura de changement révolutionnaire sans violence et ce non pas parce que les révolutionnaires auront une stratégie violente et multiplieront les actes de destruction gratuits, comme des petits bourgeois, mais parce que jamais le capital et la bourgeoisie ne lâcheront le pouvoir sans avoir détruit un maximum de tout ce qui est vivant autour d’eux. Tout l’art politique consiste désormais à se prémunir de cette violence tout en sachant qu’elle est inévitable.

 

[1]a vec Alain Chenu, L’usine et la vie : luttes régionales : Marseille et Fos, Paris, François Maspéro, collection « Luttes sociales », 1979, 217 p.

avec Jean Lojkine, Ernest Oary, Roland Delacroix, Christian Mahieu, Classe ouvrière et social-démocratie : Lille et Marseille, collection « Problèmes », Paris, Éditions sociales, 1981, 329 p.

avec Mustapha El Miri, Défaite ouvrière et exclusion, L’Harmattan, 2000, 220 p.

[2] V.Lénine. œuvres.Paris.Moscou, t27, P.382

 

En attendant les robots – Enquête sur le travail du clic, notes de lecture… par Mireille Popelin

Résultat de recherche d'images pour "l'intelligence artificielle"

par  Mireille Popelinpopularité : 24%

Le travail va-t-il disparaître ?

Le travail des êtres humains va-t-il être remplacé par des robots ?

L’auteur, avec ce livre très riche, assez difficile d’accès (avec cet anglais du « management ») tente de répondre à ces questions.

Pour nous aider à comprendre, l’auteur se sert de l’exemple d’un stagiaire qui intègre une start-up spécialiste de l’intelligence artificielle (IA). « Pourquoi l’entreprise n’emploie-t-elle pas un ingénieur en IA » ?

Eh bien voilà : ce travail de l’ingénieur en IA est en fait réalisé par « des travailleurs étrangers indépendants » à Madagascar.

Cette intelligence artificielle (IA) est une IAA (intelligence d’Antananarivo)

Nous voilà donc intrigués. Ainsi ce travail du doigt (digital labor) se cache derrière ces machines ?

Ce travail numérique est propulsé par les bénéfices de grands oligopoles numériques. A l’aide de ces plates-formes numériques.

La plateforme prolonge certaines notions de théologie politique du XVII e siècle (comme un programme) mais aussi la doctrine d’une église ou d’une congrégation .

Mais les plateformes actuelles déforment ces valeurs initiales.

La récupération capitaliste capte la valeur générée par leurs producteurs, fournisseurs, et consommateurs

  • Valeur de monétarisation (prélèvement de commissions, revente de données)
  • Valeur d’automation (utilisation de ces données des usagers pour entraîner l’IA)
  • Valeur de qualification (les usagers trient, notent)

Une plateforme numérique est un hybride marché / entreprise

Le premier usage politique du terme se trouve dans un texte fondateur du mouvement des Bêcheux : faction de chrétiens de la 1ere révolution anglaise, fondée en 1649 par Gérard Winstanley (les diggers), ils prônaient la mise en commun des biens.

Mais le terme aujourd’hui s’est affranchi de sa connotation religieuse. Il désigne désormais un pacte entre une pluralité d’acteurs politiques pour une négociation collective.

La plateforme numérique est un écosystème coordonné, elle arbore une neutralité et une absence de hiérarchie sur la prétendue horizontalité des membres :

  • Les clients et les fournisseurs
  • Les artistes et les spectateurs
  • Les modérateurs et les contributeurs
    Des mécanismes captent la valeur générée par les utilisateurs en imposant 3 types de travail
    • Le travail à la demande
    • Le micro-travail
    • Le travail social en réseau.

Le travail à la demande

L’exemple de l’entreprise UBER est caractéristique ; la « pub » vantait les gains, 2 fois le SMIC ! Mais la réalité, c’est parfois 60 heures par mois. A tel point que les chauffeurs veulent redevenir salariés. Pour avoir l’assurance maladie, les congés payés, l’assurance accidents. Comment fonctionne cette plateforme ?- Sélection des chauffeurs ; la vitesse et la performance des véhicules, la localisation des chauffeurs, leur bonne présentation. Uber vérifie si le chauffeur ne travaille pas pour la concurrence.

Le chauffeur ; il renseigne lui-même son profil, ce travail du clic, c’est les 2 /3 de sa journée, il l’appelle « le temps mort »

Les usagers lui attribuent une note (0 à 5 étoiles). « C’est le marché qui fixe le prix » dit le fondateur d’Uber.

Parfois, le prix monte et descend : pour un concert, le taxi est très demandé, le prix est très élevé au début quand il y a une forte demande, puis il baisse quand le flot se calme ; c’est le « surge pricing », la houle, il monte et descend. (1)

Mais les usagers aussi sont notés par les chauffeurs ! Ainsi cette journaliste qui s’entend reprocher par son chauffeur « Vous n’avez que 4,2 étoiles, vous ne donnez pas toujours une bonne impression de vous-même »

L’entreprise Uber prend une commission de 25 % !

Uber dit qu’elle participe à l’innovation en vue de la voiture autonome.

Mais avec cette voiture autonome, c’est l’abonné qui doit démarrer, contrôler sur l’écran ou stopper. L’humain est toujours là !

En somme l’usager améliore les cartes, l’automation fabrique des données retransmises par la plateforme aux sous-traitants qui emploient les micro-travailleurs.

Mais ce sont des robots humains qui font la signalétique, la météo, les panneaux routiers etc…

(1) Facebook héberge « les reines du shopping ». Les jeunes femmes sont des « influenceuses » c’est-à-dire des modèles qui travaillent pour des marques de vêtements. Elles portent ces vêtements et comptent le nombre de clics « j’aime », le nombre de leurs « followers » c’est-à- dire le nombre de celles qui les suivent. Elles ont souvent un faible niveau de vocabulaire en français et parlent un « globish » de mode qui ressemble vaguement à l’anglais ! Elles sont bien payées, se vantent-elles si elles sont… bien notées par les clientes avec leur clic !

L’anglais est la langue du « management » c’est-à-dire la langue des entreprises, la seule hélas ! Un anglais fabriqué, souvent déformé, mal prononcé. Chirac avait protesté contre cette domination de l’anglais, en son temps, mais en vain !

Le micro-travail

Amazon est la plateforme représentative de ce micro-travail : c’est une délégation de tâches pour des activités standardisées. Exemples ; annotations de vidéos, tri de tweets (messages) réponses à des questionnaires en ligne. L’investisseur cherche à reléguer ces tâches en dehors du « vrai travail ». Ce sera un complément de revenu.

Les micro-travailleurs sont utilisés par toutes les plateformes pour réduire les coûts et le temps de travail.

Ces tâcherons peuvent être payés pratiquement à la pièce : ce sont des galériens du clic ! De 1 centime à quelques euros.

Les plateformes utilisent beaucoup les jeux. Les utilisateurs évaluent eux-mêmes les jeux en les utilisant. Ils renseignent à la fois sur la qualité du jeu et l’intelligence artificielle. Le robot plus intelligent que le joueur ?

Le père de l’informatique moderne Babbage est cité pour servir de repoussoir : le baron Von Kempelen présenta à la cour impériale de Vienne en 1769 un automate joueur d’échecs, affublé d’un costume ottoman avec turban, qui pouvait battre un joueur chevronné. Las ! Le Turc était un humain caché dans la machine et jouait à la place de l’automate enturbanné !

Ce canular entouré de mystère est l’illustration parfaite du travail humain pour que les machines robots puissent fonctionner. Pas étonnant qu’Amazon ait baptisé sa plateforme

Mechanical Turk !

J’suis le poinçonneur de l’IA !

Amazon capte une forme de valeur en remplaçant des experts qu’il faudrait payer cher par des millions de tâcherons du clic. Faire évaluer des sites touristiques, par exemple, par les touristes eux- mêmes.

Le travail des tâcherons est souvent externalisé en Inde, au Pakistan etc.

Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) utilisent des sous-traitants par externalisation.

Le micro-travail peut voisiner avec d’autres activités (travail chez soi)

Les entreprises traditionnelles utilisent le Freelancing, c’est-à-dire une force de travail plus qualifiée, donc mieux payée (ex : le graphisme )

Les estimations du nombre de « tâcherons » et de « freelances » ne sont pas fiables.

Il y a des milliers de micro-usagers qui travaillent au noir et ne gagnent que quelques dollars ou euros par mois (80% environ). Un petit nombre gagne beaucoup plus.

Les recruteurs proviennent de pays riches. La délocalisation se fait par un clic ! Ils recrutent aux Philippines, au Pakistan etc.

La ludification : Amazon utilise des tests divertissants entre requérants (ceux qui achètent) et les « turkers ». Cette ludification constitue en une mise en concurrence (contrôle réciproque) qui permet à Amazon de rester neutre.

Le Travail gratuit :

Alphabet Google a su développer mieux que d’autres plateformes le micro-travail non-rétribué. Le logiciel installé, l’usager peut choisir des tâches à effectuer ; traduire des phrases, renseigner des images etc. Les concepteurs se rémunèrent sur le travail effectué !

Pour certains usagers captifs, il s’agit de participer, à hauteur d’homme, au grand œuvre de l’intelligence artificielle !

Le travail social en réseau

Ce travail social en réseau, ce sont les sites de rencontres, le partage des vidéos, des images, des textes, les « blogs ». Ces blogs permettent aux usagers de publier des textes, de gérer une liste de diffusion, une communauté de discussions, d’échanges.

Sur les plateformes, on vous exhorte à ne pas être des spectateurs passifs. Il faut enrichir, modifier. L’analyste Alvin Toffler estimait que les figures du consommateur et du producteur étaient artificiellement séparées.

L’exemple de Wikipédia : elle emploie plusieurs salariés qui s’occupent de l’aspect technique et administratif. Mais ce sont les usagers qui alimentent le site. D’autres plateformes se servent de Wikipédia, Google s’en sert pour son moteur de recherche. Ces usagers ne sont pas rétribués. Il y a eu une grève des usagers en 2002.

L’appropriation du numérique est différente selon le milieu social. Les enfants de familles aisées sont intéressés par l’expérimentation et la recherche. Les enfants de milieux populaires utilisent le numérique plus par nécessité, pour vérifier une information ou rechercher un emploi.

De multiples médias sociaux naissants paient leurs utilisateurs ou leur font des cadeaux (ils doivent regarder des vidéos publicitaires, ou vendre leur photo etc.)

J’ajoute : il faut se méfier des photos. On peut facilement transformer votre photo, la transporter sur une autre silhouette la faire parler ! C’est très dangereux (émission télé)

Il faut évidemment faire attention aux fausses rumeurs, calomnies, les « fake news ».

« Les fermes à clics »

(Expression amusante employée par l’auteur)

Les fermes à clics recrutent des travailleurs en réseau comme les autres plateformes.

Ce sont des » meuniers » de contenus. Il s’agit de cliquer sur des contenus, faire augmenter le visionnage d’une vidéo.

Ce ne sont pas des écrivains freelances mais des micro-travailleurs qui produisent quelques mots sur des sujets variés : ces mots vont servir d’exploration à des moteurs de recherche. Ils sont rémunérés de 0,1 à 3 centimes par mot.

Conclusion :

Quelle sera la destinée de l’intelligence artificielle ?

La machine a-t-elle la capacité de raisonner, de résoudre les problèmes, d’apprendre, de créer, de jouer ?

L’intelligence contemporaine est « faible ». L’IA, star d’IBM a beau comprendre des questions pour assister des médecins (par exemple) elle se limite à une recherche de mots-clés¸ ce qui déçoit les professionnels.

Pour essayer de faire la différence entre IA faible et IA forte, je joins le schéma du site fort bien fait de Popsciences.université-lyon.fr

On voit que nous en sommes à l’IA faible (test de Turing).

Mais il nous faut réfléchir au travail du net, (à la demande, au micro-travail, au travail en réseau, au travail gratuit).

La souris du clic se fera-t-elle attraper par la souricière des plateformes capitalistes ?

Comment organiser ces travailleurs du numérique, quelques-uns bien payés, mais une multitude d’exploités, ces tâcherons du clic ?

L’auteur suggère d’aller vers des règles internationales pour interdire le commerce des données, le travail au noir, bref, réintégrer les travailleurs du net sous le bouclier du droit du travail

Ma réflexion va plus loin. Ces plateformes veulent externaliser le travail, le parcelliser, le

« tâcheronniser » pour réduire le nombre de salariés et baisser le coût du travail. Ce sont des capitalistes !

Il faut donc aussi réfléchir avec les ingénieurs qui conçoivent ces robots : sont-ils d’accord avec toutes ces innovations ? Qui risquent de faire des emplois en moins, y compris les leurs ?

L’Intelligence artificielle doit être utile à l’homme. Et seulement à l’homme ! Elle ne doit pas être un moyen pour faire de l’argent !

Ces plateformes, il faut aussi, comme le demande le PCF, leur faire payer des impôts !

Puisqu’elles gagnent de l’argent, qu’elles contribuent, comme les autres entreprises, à l’effort commun, l’impôt !

 

« En attendant les robots, Enquête sur le travail du clic » 
Antoine A. Casilli
(Ed. Seuil) 22 €