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Archives de Catégorie: COMPTE-RENDU de LIVRE

Le débat prévu le 6 février à Martigues est supprimé

Voici l’échange qui m’a décidé à supprimer le débat de Martigues, le seul prévu dans les bouches du rhône, trop c’est trop surtout que cela s’est accompagné de quelques autres gâteries du même type de gens que je croyais assez proches et à qui je croyais pouvoir faire confiance.

hier j’écris ce texte:

Je viens de l’entendre, je vous promets… c’était sur la 5 vers I3 heures

rediffusion d’un débat sur la 5, le mec, il s’appelle jean Michel « Aphatie, qui parle des noms des rues et il dit : « vous vous rendez compte, il y a même des rues Maurice Thorez, un déserteur, n’importe qui, on a oublié qui c’était … d’ailleurs Staline avait dit à De Gaulle « fusillez-le en rentrant, mais pas tout de suite, il peut vous servir »…

Incontestablement un vent de créativité souffle à la télé… N’importe qui peut dire n’importe quoi sans risquer d’être contredit…

Un seul commentaire sur le plateau « heureusement qu’on a Jean Michel pour nous rappeler l’Histoire »

Comment sommes-nous tombés si bas, le capital et ses valets n’ont pas changés, mais le fait nouveau est qu’il n’a plus personne pour le contredire… Au point où ils en sont, on pourrait toujours conseiller à l’Humanité et à quelques dirigeants du PCF de reprendre « l’information » dans le cadre de leur révision de l’histoire des communistes et du centenaire du parti avec leur ligne « tous des salauds sauf moi et mes copains, Lucien Sève et Pierre Laurent, sans oublier le génial Trotski.. »

danielle bleitrach

voici la réponse que je reçois d’un camarade dont je tairai le nom par un respect qu’il n’aurait certainement pas avec moi: 

Danielle tes excès sont difficiles à dépasser pour qui voudrait , comme moi, que cette année du centenaire puisse être celle de tous les communistes. Pourquoi devrais je choisir entre Lucien Sève et Danielle Bleitrach; le formidable penseur qui donne envie d’apprendre sans cesse et celle dont le livre récent illustre la complexité des dernières décennies; celle que René Feniche appelait « la belle Danielle ». Pourquoi ces moments terribles de rupture alors qu’à d’autres moments le travail en commun semble possible? Ce qui doit nous rassembler là c’est bien l’attaque anti communiste ignoble d’un journaliste médiocre qui sera balayé par l’histoire. Non ?

voici ma réponse à ce camarade des Bouches du Rhône qui sait très bien la censure totale que j’y subis et qui ma foi s’en accommode volontiers :

Quel beau discours pour quelqu’un qui tolère si aisément que mon livre soit interdit dans les fêtes du parti des bouches du Rhône et dans la presse communiste… discours d’hypocrite qui voudrait faire taire les victimes de ceux qui n’ont cessé de mettre un bâillon sur la bouche de ceux qui protestaient, qui m’ont frappée, déchiré les vêtements t qui me demandent encore et toujours de me taire, le centenaire de tous les communistes alors que les uns sont toujours dans l’humanité et les autres interdits on croirait du Macron… mais ne te fais pas d’illusion vos excès de censure vous jugent plus que mes excès de protestation…

j’ai ruminé toute la journée et puis j’ai pris ma décision , il faut dire que la journée a été plus ou moins placé sous le signe du négationnisme, la protestation de Poutine, l’annonce que même l’UNESCO célébrant la libération d’Auschwitz supprimait dans son annonce le rôle de l’armée rouge. La conviction qui est désormais la mienne que l’équipe qui a en charge la célébration des 100 ans du parti va contribuer au vu de ce qu’elle est au négationnisme ambiant… Que nous allons avoir grâce à ces gens là

FAUT PAS POUSSER…

je dois dire que je n’en suis pas encore revenue du camarade qui est venu me reprocher de ne pas vouloir célébrer les 100 ans du parti communiste dans une réconciliation générale, alors que le même est tout à fait d’accord avec l’interdiction dont je suis victime dans notre département les Bouches du Rhône, toutes les fêtes où mon livre est interdit, l’interdiction dans la Marseillaise, mon nom qui ne doit pas être cité… la même censure impitoyable que je subis depuis plus de vingt ans dans l’humanité, alors que mon blog témoigne de mon attachement au communisme, le fait que je n’ai jamais trahi, simplement quand je suis en désaccord je le dis, ce que cette bande d’hypocrite incultes souvent font tous les jours en me censurant la démonstration de qui ils sont… Ce sont les mêmes à qui a été confié la célébration des cent ans et qu le feront comme ils ont célébré sans doute la Révolution d’octobre en mentant effrontément… Le même camarade me déclare sans sourie: n’y a-t-il pas de la place pour Lucien Sève et Danielle Bleitrach? les bras m’en tombent vu que je ne demande pas que l’on interdise Lucien Sève ni aucun autre du même courant, mais alors que tous les trois jours ils sont interviewés dans l’humanité, eux et quelques trotskistes ou sociaux démocrate, je demeure totalement interdite, et je ne suis pas la seule… ce serait moi l’intolérante, qu’est-ce que ce serait si ces gens là avaient le pouvoir ? On peux tout craindre de pareils Tartuffe… Moi je m’engage si je dirige l’humanité (ce qui n’arrivera pas) à ce que ce soit le lieu d’un véritable débat pour construire un socialisme « à la française », celui qui tolérera mon impertinence et mon franc parler… et surtout donnera à ceux qui luttent les moyens d’intervenir à partir de leur expérience du double langage…

Voilà tout est dit ou presque, sinon que l’on peut s’interroger sur ce que j’attendais des camarades, y compris ceux des Bouches du Rhône, rien d’autre que ce que je suis capable de donner quand les camarades sont traités injustement. Un exemple quand Annie Lacroix-Riz a été traitée injustement par le secteur formation de la CGT, je crois avoir avec ce blog contribué à rétablir son droit. J’ai toujours agi ainsi.. et si j’avais vu un cas comme le mien, je ne l’aurais pas toléré, j’aurais écrit, téléphoné à ceux qui se conduisaient ainsi… Pas un mot, pas un geste y compris de gens qui sont des lecteur assidus de ce blog, pas un mot pas un geste y compris de la nouvelle direction du PCF. Comment dois-je interpréter ce silence? De deux solutions ou is sont aussi lâche que mes tortionnaires (parce qu’ils se sont conduits comme des tortionnaires, utilisant jusqu’à la mort et la maladie de mon enfant pour prétendre me détruire), ou des gens convaincus que je ne sers à rien et qu’il vaut mieux entretenir de bonnes relations avec ces gens-là, que de se fatiguer pour une vieille femme trop fidèle à son idéal.

Voilà, il faut savoir tirer un bilan, je suis de plus en plus convaincue qu’ils ne se seraient pas conduits comme ça si j’étais un homme, cela fait partie des moeurs politique d’avoir besoin de concevoir le pouvoir selon une domination machiste et nous sommes loin d’en être débarrassés. Paradoxalement, de cela aussi ce que l’on appelle « le stalinisme »ne nous avait pas débarrassé mais avait au moins créé un contexte plus politique, plus axé sur les classes sociales… ce n’était pas parfait mais c’était nettement mieux, moins hypocrite.

je voudrais ajouter ceci : je lisais dernièrement le texte d’un espagnol ENRIQUE DEL TESO, qui saluait l’entrée d’un communiste au gouvernement en ces termes, il s’agit de ma traduction :

« Aujourd’hui, nous avons un communiste au gouvernement. A aucun moment je ne me suis considéré comme un communiste. Dans toutes ses acceptions, le communisme est toujours une forme très stricte de socialisme. Il y a des pulls très ajustés qui pour être bien portés exigent des corps soignés . Le mot « communiste » est un vêtement qui nécessite un type particulier de biographie et un itinéraire sentimental très précis pour être bien ajusté et ne pas être une imposture ou une banalité. »
Il m’est de plus en plus difficile moi qui ai connu des communistes de me faire à la banalité, voire à l’imposture permanente de ceux qui prétendent représenter ce parti, je trouve que le vêtement n’est pas fait pour eux…
Danielle Bleitrach
 
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Publié par le janvier 20, 2020 dans COMPTE-RENDU de LIVRE

 

De Rimbaud, poème à la gloire de la renaissance de Jugurtha

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Le 2 juillet 1869 Arthur Rimbaud âgé de 14 ans va écrire son premier grand poème intitulé «Jugurtha». C’était le sujet du concours de l’académie des Ardennes dont ce génie, connu dans son collège pour rafler tous les 1ers prix, remporta la meilleure distinction. Son poème en éloge à l’Emir Abdelkader sera publié dans la revue académique.

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :
Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
Du second Jugurtha de ces peuples ardents,
Les premiers jours fuyaient à peine à l’Occident,
Quand devant ses parents, fantôme terrifiant,
L’ombre de Jugurtha, penchée sur leur enfant,
Se mit à raconter sa vie et son malheur :
‘’O patrie ! O la terre où brilla ma valeur !’’
Et la voix se perdait dans les soupirs du vent.
‘’Rome, cet antre impur, ramassis de brigands,
Echappée dès l’abord de ses murs qu’elle bouscule,
Rome la scélérate, entre ses tentacules
Etouffait ses voisins et, à la fin, sur tout
Etendait son empire ! Bien souvent, sous le joug

On pliait. Quelquefois, les peuples révoltés
Rivalisaient d’ardeur et, pour la liberté,
Versaient leur sang. En vain !
Rome, que rien n’arrête,
Savait exterminer ceux qui lui tenaient tête !….’’

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
‘’De cette Rome, enfant, j’avais cru l’âme pure.
Quand je pus discerner un peu mieux sa figure,
A son flanc souverain, je vis la plaie profonde !…
La soif sacrée de l’or coulait, venin immonde,
Répandu dans son sang, dans son corps tout couvert
D’armes ! Et une putain régnait sur l’Univers !
A cette reine, moi, j’ai déclaré la guerre,
J’ai défié les Romains sous qui tremblait la terre !….’’

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :
Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
‘’Lorsque dans les conseils du roi de Numidie,
Rome s’insinua, et, par ses perfidies,
Allait nous enchaîner, j’aperçus le danger
Et décidai de faire échouer ses projets,
Sachant bien qu’elle plaie torturait ses entrailles !
O peuple de héros ! O gloire des batailles !
Rome, reine du monde et qui semait la mort,
Se traînait à mes pieds, se vautrait, ivre d’or !
Ah, oui ! Nous avons ri de Rome la Goulue !
D’un certain Jugurtha on parlait tant et plus,
Auquel nul, en effet, n’aurait pu résister !’’

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :
Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
‘’Mandé par les Romains, jusque dans leur Cité,
Moi, Numide, j’entrai ! Bravant son front royal,
J’envoyai une gifle à ses troupes vénales !…
Ce peuple enfin reprit ses armes délaissées :
Je levai mon épée. Sans l’espoir insensé
De triompher. Mais Rome était mise à l’épreuve !
Aux légions j’opposai mes rochers et mes fleuves.
Les Romains en Libye se battent dans les sables.
Ils doivent prendre ailleurs des forts presqu’imprenables :
De leur sang, hébétés, ils voient rougir nos champs,
Vingt fois, sans concevoir pareil acharnement !’’

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :
Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
‘’Qui sait si je n’aurai remporté la victoire ?
Mais ce fourbe Bocchus… Et voilà mon histoire.
J’ai quitté sans regrets ma cour et mon royaume :
Le souffle du rebelle était au front de Rome !
Mais la France aujourd’hui règne sur l’Algérie !…
A son destin funeste arrachant la patrie.
Venge-nous, mon enfant ! Aux urnes, foule esclave !…
Que revive en vos coeur ardent des braves !…
Chassez l’envahisseur ! Par l’épée de vos pères,
Par mon nom, de son sang abreuvez notre terre !…
O que de l’Algérie surgissent cent lions,
Déchirant sous leurs crocs vengeurs les bataillons !
Que le ciel t’aide, enfant ! Et grandis vite en âge !
Trop longtemps le Français a souillé nos rivages !…’’
Et l’enfant en riant jouait avec un glaive !…

II. Napoléon ! Hélas ! On a brisé le rêve
Du second Jugurtha qui languit dans les chaînes…
Alors, dans l’ombre, on, voit comme une forme humaine,
Dont la bouche apaisée laisse tomber ces mots :
‘’Ne pleure plus, mon fils ! Cède au Dieu nouveau !
Voici des jours meilleurs ! Pardonné par la France,
Acceptant à la fin sa généreuse alliance,
Tu verras l’Algérie prospérer sous sa loi…
Grand d’une terre immense, prêtre de notre droit,
Conserve, avec la foi, le souvenir chéri
Du nom de Jugurtha !…N’oublie jamais son sort :
III. Car je suis le génie des rives d’Algérie !…’’

Poème traduit du latin – Arthur RIMBAUD

 

Annonce de débats-conférence autour de mon livre de mémoires

 

LE CERCLE POPULAIRE JOSEPH LAZARE ET LES SECTIONS DU BITERROIS DU PCF
Vous invitent le :
VENDREDI 17 JANVIER à 18H30
2 rue Votaire à Béziers
La soirée s’achèvera pour ceux qui le souhaitent par un repas fraternel : Choucroute, dessert et vin à 13 €
« LE TEMPS RETROUVÉ D’UNE COMMUNISTE » Mémoires
Présenté par Danielle BLEITRACH
Femme, dirigeante communiste, internationaliste, Danielle dans sa
singularité devient l’écho de millions de voix anonymes qui ont agi tout
au long du XX siècle et agissent partout pour rendre la vie des plus
humbles meilleure, pour l’émancipation du genre humain. Son livre pose
plus de questions qu’il n’en résout : les questions de la résistance au
capitalisme et de la lutte. En cela, il est en pleine actualité.

 

JE VOUS ANNONCE EGALEMENT DEUX PROCHAINS RENDEZ-VOUS

Le 6 Février 2020, à Martigues, ce sera le seul débat qui aura lieu dans les Bouches du Rhône autour de mon livre à 18h 30 librairie alinea, donc s’il y a des amis dans le 13 et limitrophe qui veulent me rencontrer qu’ils profitent de l’occasion…

Le 29 février à Reillane dans les Alpes de Haute Provence, deux jours particulièrement sympathiques organisés par la librairie Regain. Le 29 une séance de cinéma autour d’un film en relation avec mes mémoires. Je leur en avais proposé deux, Santiago-Rome de Nanni Moretti ou Tout ce qu’il me reste de la Révolution.

https://histoireetsociete.wordpress.com/2019/02/13/tout-ce-quil-me-reste-de-la-revolution-jai-eu-un-coup-de-coeur-pour-ce-film/

Ils ont choisi ce dernier film, donc à a suite de la projection on fera le lien entre ce film et mes mémoires.

Le lendemain 30, il y a le marché sur la place de ce magnifique village de Haute Provence et dans la librairie il y aura une séance signature et rencontre avec les habitants.

D’autres rencontres sont en préparation…

 

 

La Chine nous propose un universalisme basé sur la diversité culturelle mais aussi sur le progrès collectif dans une « communauté des destins »

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Un dossier de la revue Esprit dans lequel Anne Cheng aborde la question de l’universalisme chinois mais nous ne nous étonnerons pas si sa savante analyse revient à voir dans l’universalisme revendiqué par les Chinois, une remise en cause de fait de l’universalisme des droits de l’homme de l’occident. On trouve également un dossier publié par la revue Rue Descartes qui lui aussi montre que la quête identitaire hante la philosophie chinoise au point, selon la présentation, que même le courant en faveur de l’universalisme pluraliste conserve les horizons nationaux comme garantie d’une diversité culturelle. Le problème de la relation entre nation et philosophie est d’autant plus intéressant pour un public francophone que nous avons nos propres débats sur la nation et la recherche de valeurs. En effet, quand Gérard Noiriel dénonce tout ce que la quête d’une « identité nationale » efface de l’horizon de la réflexion, nous y retrouvons un nombre de critiques qui pourraient être facilement appliquées par les occidentaux aux intellectuels chinois préoccupés par cette quête identitaire. A l’inverse, Georges Gastaud qui propose une articulation encore plus fouillée entre nation, marxisme et universalisme pourrait nous aider à avancer sur l’analyse de ce que propose la Chine (1). Peut-être un jour Badiou reviendra-t-il sur sa condamnation de la Chine et son choix de la voie stalinienne et capitaliste à la fois. Parce qu’il faut bien mesurer que l’émergence de ce débat savant marque le caractère incontournable de l’ère nouvelle inaugurée par la Chine…

La communauté de destin de l’humanité

Notre propre proposition est bien d’articuler ces réflexions avec non pas l’actualité politique au sens étroit du terme, mais bien au changement d’époque que nous sommes en train de vivre, le travail conceptuel est nécessaire par rapport à ce bouleversement et non comme un jeu entre spécialistes.

C’est incontestablement le livre de Xi Jinping dont l’un des concepts-clés «la communauté de destin de l’humanité» (renlei mingyun gongtongti) sert de titre à l’ouvrage qui a sans doute provoqué cette floraison de réflexions.

C’est en mars 2013 à Moscou que Xi Jinping a pour la première fois évoqué sur la scène internationale une communauté de destin, parlant de « l’interdépendance mutuelle » des nations dans le « village planétaire ». En mars 2015, lors du Forum de Bo’ao, il avait précisé les quatre principes de la communauté de destin : respect mutuel et traitement d’égal à égal des différents pays ; coopération gagnant-gagnant et développement commun ; réalisation d’une sécurité commune, générale, coopérative et durable, ainsi que coexistence et apprentissage réciproque des différentes civilisations.

Depuis, ce concept s’est étoffé et approfondi : il concerne non seulement des domaines spécifiques (le cyberespace par exemple), mais aussi des projets de développement de dimension régionale (le Forum pour la Coopération sino-africaine) et mondiale (l’initiative chinoise de « la Ceinture et la Route »).

La communauté de destin de l’humanité préconise le multilatéralisme, l’ouverture, le dialogue et la paix. C’est la proposition de la Chine au reste du monde sur la base de ses réussites au cours de 70 années de développement pacifique, qui ont conduit le pays sur la voie de la prospérité et vers l’éradication de la pauvreté. C’est aussi la réponse de la Chine aux tendances à l’unilatéralisme, à l’hégémonisme et au protectionnisme qui émergent ici et là, remettant en cause toute capacité de l’occident à l’universalisme que proclamaient les droits de l’homme et la création de l’ONU.

Pour le parti communiste chinois (PCC), le monde est entré dans une «nouvelle ère». Il lui faut donc une «nouvelle pensée» pour un «monde nouveau». Tout cela a été validé lors du récent congrès du PCC, à Pékin, qui a permis au président Xi Jinping de revendiquer l’héritage de Mao Tsé-toung comme celui de Deng Xiao Ping.

Le livre a été traduit dans de nombreuses langues et grâce à une amie, nous avons pu Marianne et moi bénéficier d’un exemplaire traduit en français. Incontestablement la Chine souhaite que le débat s’ouvre sur sa proposition, elle invite les délégations étrangères et multiplie les missions pour commenter cette proposition, à la fois théorique mais aussi politique puisqu’il s’agit d’un acte équivalent à celui qui a fondé la modernité: la déclaration des droits de l’homme, c’est-à-dire y compris sur ce quoi a été bâtie l’ONU, et qui devrait commander officiellement les droits entre Etats et individus dans un monde qui s’affirme multipolaire.

Un monde où la plus vieille des civilisations encore existante mais qui a subi le colonialisme, l’autre versant de la modernité occidentale, qui de surcroit revendique plus que jamais sa filiation avec le marxisme autant que le confucianisme est en train de devenir la première puissance du monde et dans la foulée propose pour elle et pour le monde jusqu’ici soumis à l’arbitraire des valeurs occidentales le droit à une existence culturelle différente de celle jusqu’ici imposée.

C’est donc à partir de la reconstruction de l’identité nationale chinoise que se pose la question de l’universalisme. Une pensée en gestation encore pour le moment réservée à des spécialistes mais qui déjà en France donne lieu à une mobilisation idéologique qui dit bien l’importance de la réflexion, dont est pourtant encore éloigné le grand public, sans doute parce que le PCF et d’autres groupes politiques comme lui influencé par le trotskisme et par la social démocratie n’ont à l’égard de la Chine que des stéréotypes.

Si l’on suit le dossier de la revue Descartes qui est le plus fouillé sur la question, on mesure à que point sauf les derniers articles, la plupart témoignent de la constitution dans la pensée chinoise contemporaine d’une relation étroite entre horizon national et horizon philosophique : « la nation (dans un sens culturel) est articulée avec la philosophie sous forme de projection d’un horizon, que ce soit dans le passé ou dans l’avenir.

Cette articulation est en effet l’un des piliers de ce que l’on pourrait appeler l’« universalisme pluraliste » du troisième tournant de la philosophie chinoise, qui, tout en proposant une certaine forme d’universalité, conserve les horizons nationaux comme garantie d’une diversité culturelle. La revue Descartes publie ainsi un article de Xu Jilin, « Valeurs universelles ou valeurs chinoises ? Le courant de pensée de l’historicisme dans la Chine contemporaine »

Cet article témoigne des paradoxes de l’universalisme pluraliste qui caractérise les discours du troisième tournant de la philosophie chinoise : d’une part, il y aurait dans la pensée chinoise une visée universaliste ; de l’autre, il y aurait la difficulté à se défaire de l’horizon national, Xu Jilin affronte ce paradoxe.

Xu Jilin prend ainsi parti pour l’universalisme des valeurs. Mais cette prise de position, paradoxalement, ne revient pas à se défaire de la nation comme substrat de l’universalité des valeurs. En effet, pour concilier son universalisme avec l’horizon national de la réflexion, il revendique le pluralisme culturel : « il existe des valeurs communes qui peuvent communiquer entre des valeurs différentes. Bien que les différences entre les cultures nationales soient grandes, la partie centrale se superpose ; ces valeurs cruciales et ces buts ultimes sont ouverts, et c’est ce que l’humanité recherche communément » (p. 66). Si dans la recherche des « valeurs ultimes » Xu Jilin brise les horizons nationaux pour se tourner vers des « valeurs universelles », dans sa vision pluraliste de cette recherche les nations restent intactes, aussi bien comme traditions que comme projection dans l’avenir. C’est pourquoi « la Chine devrait reconstruire des valeurs chinoises dans la perspective de la civilisation universelle » (p. 66) : aspiration à l’universel qui conserve pourtant la nation comme horizon de la réflexion.

Effectivement si la Chine ne cesse de travailler la relation entre nation et universalisme, la nouveauté est que le pouvoir chinois se sent désormais suffisamment solide pour diffuser à grande échelle ses vues hors du territoire national et la réflexion philosophique ne peut s’abstraire ni en Chine, ni en Europe, ni en France de cette nouvelle donne et des débats auxquels dès aujourd’hui elle donne lieu.

Cependant à travers « la communauté de destin » de l’ouvrage de Xi Jinping, le président chinois évite une critique frontale de ces «valeurs occidentales». Il ne manque pas néanmoins de le faire dans diverses occasions comme dernièrement dans l’intervention de Trump en Irak, comme d’ailleurs en soulignant à la fois à quel point au nom de l’universel des droits de l’homme, les Etats-Unis violent les deux principes de souveraineté des nations sur laquelle est fondée la paix et celui des droits réels de l’individu y compris par le racisme.

On peut difficilement s’abstraire de ce contexte quand on lit les revues pour le moment réservée à des spécialistes.

La «communauté de destin» a tout de suite été interprétée comme une machine de guerre ayant pour objectif de modifier de l’intérieur du système international les normes héritées de l’après-Deuxième Guerre mondiale. D’où la montée au créneau de ces philosophes et intellectuels chargés de préparer l’angle d’attaque contre ce modèle chinois.

Pourtant Xi Jinping ne cesse d’affirmer que si ce modèle chinois peut inspirer d’autres pays, il ne cherchera pas à s’imposer, ce sera essentiellement à travers de grands défis que la Chine affrontera victorieusement sur son propre territoire que le modèle gagnera de l’audience, mais aussi en apportant paix et prospérité. Ainsi depuis 2015, le défi que la société chinoise s’est lancée est non seulement un développement scientifique et technique d’une grande ampleur mais également la possibilité de résorber toute la pauvreté et d’offrir à chaque Chinois une société de moyenne aisance en 2020, ce qui est également une garantie face à la crise de l’occident avec l’ouverture d’un marché chinois interne. Ce qui est privilégié est le facteur de développement et de stabilité qu’un tel modèle peut désormais offrir à la Chine mais aussi pour devenir conquérant par rapport à la crise économique et politique du modèle occidental, en s’appuyant d’abord sur les pays sous-développés arrachés à l’attraction occidentale qui n’arrive à maintenir son hégémonie que par la guerre et la corruption, voire la régression sociale contre lesquelles s’insurgent les peuples.

Si la Chine s’est donné cette date de 2020 comme celle où sera résorbée la pauvreté c’est aussi dans le cadre assumé de « la dictature du prolétariat » menée par le parti communiste. Comme le signale G. Gastaud à propos de MARX, il ne s’agit pas d’ouvriérisme mais bien d’élever le prolétariat à la difficile mission qui est la sienne, celle dans laquelle son internationale coïncide avec le genre humain. La classe la plus économiquement et culturellement dominée doit dans la phase socialiste et dans les contradictions les plus grandes devenir classe dominante. Il faut tout le temps prendre garde à ce que cette contradiction dominant-dominé tant sur le plan matériel que sur le plan idéologique reste « motrice » parce que l’avant-garde en reste consciente ou alors entre en régression. Il faut lire beaucoup de textes du parti communiste chinois, en particulier ceux de Xi Jinping à la lumière de cette tâche de la révolution socialiste, beaucoup plus compliquée que la révolution bourgeoise dans laquelle une domination succède à une autre domination et où l’unité des dominants peut se réaliser dans l’exploitation. Si on peut parler de « disparition de la classe ouvrière » (abusivement), en Chine nous en sommes loin, mais les contradictions internes à cette classe sont exaspérées par la vitesse même du développement.

Cependant cette ère nouvelle comme celle que Goethe célébrait à Valmy, a incontestablement un aspect doublement national, celui de la libération du territoire autant que la résurrection d’une culture millénaire et celui d’un sort commun de ce fait avec tous les peuples ayant subi le colonialisme et l’impérialisme, d’où le caractère « conquérant » mais dans le même temps l’affirmation du refus de s’imposer. La relation doit être négociée comme l’est un contrat commercial autant que le respect des souverainetés.

L’idée est celle d’une cohabitation, dans un monde multipolaire, de divers modèles de «civilisation» qui œuvrent ensemble à leur prospérité commune sans volonté hégémonique. Ce que répondent ses détracteurs c’est qu’il s’agit pour le pouvoir chinois, comme pour tout pouvoir autoritaire, de saboter les notions mêmes de démocratie et de libertés individuelles ou collectives jusqu’ici associées aux normes universelles. Oui mais il suffit de comparer par exemple la manière dont les Chinois signent des accords par exemple pour l’exploitation du lithium en Bolivie, alors que les Etats-Unis pour empêcher cette signature fomentent un coup d’Etat avec l’aide d’une oligarchie fasciste et raciste. Ou encore la récente intervention contre l’Iran que l’on peut interpréter comme un enjeu pour freiner le développement de la route de la soie au moyen orient.

L’UE se présente comme le dernier pôle de défense des valeurs universelles, cette réflexion sur nation et universalisme participe bien évidemment d’un combat idéologique et c’est pourquoi nous devrions réellement nous donner les moyens sur ce problème comme bien d’autres de sortir de la crise dans laquelle a été plongée la pensée marxiste pour voir de quoi nous parle aujourd’hui la Chine, ce qu’il est impossible d’ignorer aujourd’hui.

Danielle Bleitrach

(1) Georges Gastaud, marxisme et universalisme, classes, nations, humanités, éditions Delga, 2015

 
 

La revue en phase avec le renouveau du PCF

Progressistes N°26

Pour télécharger l’intégralité du numéro cliquez ici ou sur l’image ci -dessous

 

 


SOMMAIRE

(Tous les articles seront progressivement accessibles)

ÉDITO Réapprendre à écouter l’herbe qui pousse Amar Bellal

POLITIQUE  Du côté des Progressistes N°26

ZOOM SUR…
Climat: Distinguer le vrai du faux Jean Poitou

DOSSIER TERRITOIRES ET ECOLOGIE
ÉDITO Tel Monsieur Jourdain faisant de la prose… Jean-Claude Cheinet
Comment penser la multimodalité localement? Françoise Meymerie
La rénovation thermique des bâtiments, un enjeu pour les communes Alain Tournebise
Construire une alimentation digne de notre temps Pascal Lachaud
Les transports en Île-de-France : un siècle de retard à rattraper Jacques Baudrier .
Les bus Tango à Nîmes : enjeux d’une lutte Michel Perfettini
Vénissieux et l’environnement local Pierre-Alain Millet
Rennes : un mandat de transition écologique dans la gestion de l’eau Yannick Nadesan
Fabriquer à Paris Nicolas Bonnet Oulaldj
Eau de Paris : premier bilan Jean-Noël Aqua .
Faire le Pari.s des transports écologiques Jacques Baudrier

L’IMAGE DU NUMÉRO
DECOUVERTE: Un brin d’herbe de très bonne humeur!

JEUX
ÉCHECS  Zugzwang ou l’art de laisser l’adversaire périr Taylan Coskun

BRÈVES
Brèves (N°26)

SCIENCE ET TECHNOLOGIE
HISTOIRE Pourquoi le socialisme? Albert Einstein
BIOLOGIE Commentaires sur l’évolution et l’activité constructive du vivant Evariste Sanchez-Palencia
NUMÉRIQUE Logiciels libres : un enjeu politique et économique Georges Vincents

TRAVAIL – ENTREPRISE – INDUSTRIE
INDUSTRIE Dans l’intimité du nuage, l’âpre bataille des dresseurs de puces Sébastien Elka.
SERVICE PUBLIC Mobilier national. La marchandisation de la culture entraînerait une perte irréparable de savoir-faire Clément Chabanne

ENVIRONNEMENT & SOCIÉTÉ
SANTÉ Nanomatériaux, santé et environnement Aurélie Biancarelli-Lopes
BIODIVERSITÉ Amazonie : endgame (fin du jeu) Stéphen Rostain
POLITIQUE Ruffin, le rouge et le vert Sylvestre Huet

LIVRES
Livres (N°26)

LES SCIENCES ET LES TECHNIQUES AU FÉMININ
Helen O’Connell Claude Frasson

 
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Publié par le décembre 23, 2019 dans COMPTE-RENDU de LIVRE, pcf, SOCIETE

 

A quoi ça sert une vie ? ne pas avoir honte de ce qu’on a été même si on est devenu différent.

Avec Aragon, à quoi cela sert le bilan d’une vie ? si mes mémoires ont un sens c’est celui-là, elles sont pleines d’erreurs, de rires et de souffrances et sont construites comme un puzzle dans lequel je puise à partir des questions du présent pour tenter de voir s’il y a quelque chose du passé qui peut m’aider à agir dans le présent… Et le JE ici est un NOUS, nous les communistes mais aussi nous les Français, du moins cette part de la France qui donnait aux peuples le vertige et dont monsieur Thiers ne cesse de répéter « qu’on la fusille »… Cette part de nation qui fait de nous des anti-colonialistes, des anti-impérialistes, des internationalistes convaincus…

Ces derniers temps deux ou trois amis, qui ont prétendu ignorer mes combats, m’ont écrit pour protester de leur « amitié » en affirmant simplement qu’ils se protégeaient de mon « mauvais caractère », l’un vante la pureté de mes engagements, l’autre mon « talent » j’ai répondu à l’un d’entre eux: Tu parles de « talent », quel talent je me suis battue avec courage et désintéressement, je n’ai jamais rien revendiqué et je ne regrette rien, les coups que j’ai pris étaient normaux dans un tel contexte, si l’on se bat on prend des coups. Mais pas toujours quand ils venaient de ceux qui censément étaient dans mon camp et qui encore aujourd’hui alors qu’ils se sont mal conduits avec quelqu’un qui sur le fond leur a toujours donné, n’a fait aucun mal au contraire, quelle stupide envie d’être les seuls, les pousse à détruire leurs alliés ?  Ils ne trouvent qu’une excuse j’aurais mauvais caractère, oseriez vous dire cela à un homme? voilà c’est tout, laissons tomber parce que j’ai le sentiment que nous n’avons pas compris les mêmes choses hier comme aujourd’hui.

Sans parler des têtes légères qui voient passer une idée et la chaussent pour avoir l’air d’être originaux, d’avoir une familiarité avec ceux qu’ils stigmatisent… Tout cela n’a aucun sens. Mais probablement les ai-je parfois moi aussi commises, mais le combat fut et reste si dur que j’ai dû tenter de changer.

Ces erreurs qui m’ont créée, transformée, entendons toujours NOUS, sont dues au fait que je ne me suis pas contentée de penser, j’ai tenté d’agir pour faire face à ce qui me semblait insupportable et qui concernait autant les autres, les opprimés, les victimes de toute l’injustice du monde que moi-même… je ne suis pas restée à juger sur le bord de la route, je me suis jetée dans la mêlée et c’est aussi comme cela que je comprends ce que nous déclare ici Aragon. Et il parle de NOUS, lui qui tous les soirs démissionnait et ré-adhérait le matin à ce qui lui donnait le pouvoir d’agir.

Danielle Bleitrach

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Une leçon du débat d’Avignon: la longue marche devient de plus en plus collective

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Lors du débat que les amis de l’Humanité d’Avignon avaient organisé le 12 décembre autour de mes mémoires, j’oserais dire de NOS mémoires à nous communistes français, le premier intervenant, mon camarade Jean Dufour qui suit attentivement ce blog, a lu et bien lu mes mémoires, m’a interrogée sur la Chine.

Je l’ai intérieurement maudit parce que je n’avais pas de fiches sur le sujet et mon livre parlant peu de la Chine, je n’étais pas préparée, et comme on le sait mon talon d’Achille ce sont les chiffres et les noms propres, je craignais de mal argumenter en disant des choses erronées, ce qui n’a pas manqué puisque les 600 millions de Chinois sortis de la misère sont devenus 600 mille chinois, ce qui est de l’ordre d’une petite ville de province, voire un village à l’échelle de la Chine. Et tout à l’avenant.

Pourtant ce malicieux de Jean n’avait pas tort de m’inciter à oser parler de la Chine puisque j’avais choisi le « bilan ».

Ce que m’a enseigné ce débat et les différentes interventions, c’est à quel point aujourd’hui ce sujet est incontournable pour les communistes.

Nous avons commencé avec Marianne d’apporter des informations, d’autres comme les camarades de Vénissieux et Hervé Fuyet en font autant, il y a des relais. Il y a des livres incontournables, ceux entres autres de Delaunnay et de Remy Herrera, les camarades qui me recevaient m’ont parlé d’un débat avec Tony Andreani.

Pourtant ce que m’a inspiré ce débat c’est cette nécessité d’en faire encore plus sur cette question, comme celle d’un nouveau monde avec de nouveaux rapports sud-sud en train de bouleverser des siècles de domination occidentale. La Chine, ai-je tenté de dire, c’est à la fois la plus vieille des civilisations, mais aussi un pays qui a connu l’humiliation néo-coloniale, un autre poids de l’histoire avec le plus jamais ça.

Quand j’ai tenté de défendre le fait que la Chine n’avait jamais porté les armes pour piller un pays, un débat s’est ouvert sur le rôle réel de la Chine en Afrique, le géant goulu et destructeur, l’achat du port du Pirée. De là, je n’avais pas les éléments pour contredire mais certainement ceux de comparaison entre la Chine nouant un contrat avec la Bolivie pour l’exploitation du lithium et les USA faisant face avec un coup d’état meurtrier et raciste. La Chine achète mais qui vend et à quelles conditions.

Tout cela restait encore en surface et j’en oubliais presque ce que je disais dans mon livre sur la contre révolution, la manière dont elle démarre à partir du Chili et comment les tortionnaires, ceux qui pillent et détruisent des continents entiers se font passer pour les défenseurs des droits de l’homme contre le totalitarisme soviétique. Là aussi la tentation est grande ne parlons plus du passé… Pourtant, eux n’oublient pas et tentent de ré-utiliser les ficelles qui leur ont permis d’avoir trente ans de sursis. Staline est mort en 1953, mais le personnage créé de toute pièce, un pouvoir personnel s’imposant à un immense continent et présentant un danger pour le monde entier est encore utilisé pour Xi Jinping, l’idée pourtant essentielle du collectif politique aussi bien que la complexité d’une société, tout est résumé à cette caricature « totalitaire ». Au moment même où l’on assiste depuis 1991 à une offensive sans foi ni loi sur toute la planète pour mieux piller, comme en 1974 après le Chili, ils se présentent en Droits de l’Homme contre le « péril jaune ».

Comment cela peut-il encore fonctionner ? Mais on assiste bien à une tentative de conviction que tout le mal vient des privilégiés de la SNCF, de la dictature que leur grève fait peser sur la Noël, il y a même eu une député de la République en marche pour dénoncer le grand nombre d’agents musulmans recrutés par la RATP qui donc veulent saccager les fêtes de la Noël, si cela peut marcher imaginer ce que l’on peut créer sur la situation internationale. Il est nécessaire de démonter tout ça, oui mais comment quand on enseigne à ce point l’amour de la servitude par l’entretien d’un « savoir immédiat » qui nie le rôle du capital et crée des murs pour le protéger d’imaginaires assaillants.

PARCE QUE LE FOND DE L’AFFAIRE EST BIEN DE FAIRE CROIRE QU’IL N’Y A PAS D’ALTERNATIVE AU CAPITALISME, L’UTOPIE IRREALISABLE OU LA DICTATURE SANGLANTE. MONTREZ QU’IL Y A ET Y A EU DES EXPERIENCES, LEURS APPORTE , LEUR ECHECS CONTEXTUALISES? PASSEZ IL N’Y A  TIEN A VOIR. C’EST POUR LE CAPITAL UNE QUESTION DE SURVIE.

Ce débat m’incite aussi à une réflexion sur les obstacles que nous devions affronter pour aborder ce pays continent : d’abord bien sûr le poids des campagnes médiatiques qui tablent sur un travers bien français, la superficialité, la prétention néo-coloniale à feindre de savoir ce qu’ils ignorent, l’incapacité à sortir du franco-français, et à ce titre l’intervention d’une dame qui prétendait avoir vu le travail des enfants en Chine alors qu’une de ses compagnes de voyage m’a signalé qu’elles n’avaient rien vu du tout, mais que la dame tenait à être un témoin politique à partir d’un voyage touristique, ce qui est un travers assez fréquent.

Pourtant ce débat d’Avignon n’avait rien à voir avec le cauchemar que j’avais vécu en 1996 dans le Gard voisin. Il y avait un homme qui pour la première fois de sa vie était parti dans un pays étranger à Cuba, cette année là. Il avait vu et il savait, il dénonçait la misère des Cubains, elle était hélas bien réelle. C’était la période spéciale, ils crevaient de faim, la prostitution des jeunes filles battait son plein. A toutes mes descriptions abstraites du blocus, il répondait par ce qu’il avait vu et l’attribuait à Fidel castro, un dictateur comparable à Staline. Il avait été jadis un électeur communiste on ne l’y reprondrait plus. J’ai été battue à plate couture, personne ne m’aidait… Cet homme avait pour lui le poids du tourisme tel qu’il nous donne des certitudes et de ce que les médias lui racontaient tous les jours. Depuis les choses ont un peu évolué mais il y a d’autres traquenards en particulier quand je tente de dire la stricte vérité à savoir que les Russes regrettent l’uRSS. Alors la Chine…

Car  le paradoxe est que dans le PCF nous avons un autre blocage. D’abord depuis 20 ans l’influence du trotskisme, version de la social-démocratie dans nos directions, avec la haine du « stalinisme » reconnu et dénoncé partout pour mieux nous isoler, mais aussi paradoxalement dans un parti qui a vieilli le reste d’une rancune tenace contre la Chine quand elle s’opposait à l’URSS ; il est donc intéressant de voir comment le parti issu de cet ex-URSS est lui en train de discuter sur le passé mais aussi de préparer l’avenir et tous les textes sur le sujet que Marianne traduit du russe peuvent aider à percevoir les choses différemment.

Cela dit il est aussi frappant de voir à quel point le dialogue sans concession mais avec écoute réciproque peut être fructueux aujourd’hui. Il y a une évolution, surtout quand le mouvement social vous aide à penser autrement. A quel point ceux qui comprennent qu’ils ont peut-être des stéréotypes construits découvrent vite un autre monde, et pour revenir à mon introduction perçoivent à quel point tout souvenir est pris nécessairement dans un collectif d’appartenance qui introduit des biais. Je retrouve alors un travail de déconstruction que je faisais nécessairement avec mes étudiants de sociologie et dont j’étudie les effets en politique.

par exemple, dernièrement je discutais avec une électrice socialiste de toujours, elle me dit tout le mal qu’elle pense de macron, du personnel politique qui l’entoure , delavoye qui se fait acheter pour nous voler nos retraite: « il faudrait que ces gens là soient condamnés à vivre ce que vivent les gens qui ont des salaires de misère ». mais quand tout à coup je tente de lui parler de bernard Arnault qui ne déclare pas ce qu’il devrait, elle me répond « c’est son argent, il en fait ce qu’il en veut et il donne du travail, ce qui est ignoble ce sont les politiques qui prennent l’argent du peuple ». J’ai compris à quel point l’idée du capital avait disparu de son esprit. Alors quand vous expliquez qu’en Chine, il ya la planification, que le parti tient les rènes de l’investissement et du dévelopement et l’oriente vers le progrès et la résorbtion de la misère, à quel type de pensée avez -vous affaire?

cela fonctionne par répétition, puis un jour quelque chose devient problématique et là ça va vite très vite…

Je ne suis jamais aussi ravie que quand quelqu’un vient m’expliquer ce que je m’évertue à lui faire partager depuis des années.

Je me dis que si tout se passe comme je l’espère les communistes dans peu de temps viendront m’expliquer ce que je m’évertue avec tant de mécomptes de leur faire partager depuis tant d’années et ils ne se souviendront de rien, ils en conserveront peut-être malheureusement l’idée que je ne suis pas quelqu’un de sûr, un mélange de répression « stalinienne » et de dissidence anti-parti.

Heureusement, nous sommes un certain nombre à vivre cela depuis des années et dans ce débat j’ai senti à quel point les organisateurs ne me laissaient pas me débattre seule parce qu’ils vivaient aussi cette situation et en avaient acquis beaucoup de patience et la conviction qu’en tant que communistes nous devions continuer dans l’action, qu’un possible s’ouvrait et qu’il fallait le faire avancer.

J’apprends tellement des autres dans des débats et cela renforce mon optimisme. « Être optimiste n’est pas un métier, m’avait reproché Aragon ».

C’est là qu’être sociologue et connaitre ce qu’est pernicieux le sentiment d’un savoir immédiat sur toute chose comme d’ailleurs le poids de la rumeur n’est supportable qu’à condition d’être un objets d’étude.

Danielle Bleitrach

PS. A ceux qui sans avoir lu NOS mémoires cherchent de mauvaises raisons pour contribuer à sa censure, je signale que l’argument de mon narcissisme ne tient pas, parce que je défie quiconque d’aimer les autres sincèrement s’il ne s’aime pas lui-même. Et en outre peut-être que cela permet d’échapper à un mal général, celui d’être prêt à n’importe quoi pour exister médiatiquement. Quant à l’argument de mon mauvais caractère ou de ma contribution à des répressions, la lecture de mon livre aiderait sans doute à lever des idées préconçues à partir de faits.  je n’aurais pas les problèmes que j’ai dans des débats si mon trait de caractère – hérité d’années de pédagogie n’était pas de m’intéresser si fortement à la manière dont mon interlocuteur raisonne que j’en oublie l’objet de ma démonstration. J’ai hérité de mon métier d’enseignant une manie d’écoute que je compare souvent à celle du garagiste écoutant le bruit du moteur et en déduisant les pannes possibles. J’ai parfois envie d’aider à construire quelque chose de plus cohérent y compris dans un domaine dont je ne partage pas la formulation initiale… cela dit mes sautes d’humeur sont simplement le constat que quelque chose est mal parti et qu’il vaut mieux ne pas perdre son temps, elles épargnent la personne sauf si vraiment il en fait trop. Veuillez m’excuser ce plaidoyer pro domo, mais la nature de ce qui m’est reproché est malheureusement aussi peu étayé que cela.