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Archives de Catégorie: COMPTE-RENDU de LIVRE

Notre histoire retrouvée : un livre de mémoire, d’histoire et de politique par Pierre Alain Millet

le premier compte-rendu sur mon livre et je suis si heureuse que ce soit celui de Pierre Alain Millet, l’ami de Venissieux que j’ai toujours trouvé là pour rendre concrets mes combats qui auraient pu sans lui et les amis de cette ville ouvrière paraître désespérés… (note de Danielle Bleitrach)

Le livre de Danielle Bleitrach paru cet été 2019, “le temps retrouvé d’une communiste”, est un livre de mémoire, un livre d’histoire, un livre politique, très personnel et très politique, comme cette vie extraordinaire d’une fille d’une vendeuse de prisunic féministe, un grand-père juif mort à Auschwitz, une arrière-grand mère qui avait connue la commune de Paris. Elle deviendra une intellectuelle formée à l’iconographie religieuse, une sociologue liée au prolétariat se consacrant à la vie de ceux qui souffrent, notamment dans cette grande ville de Marseille, une cinéphile qui peut illustrer chaque moment et situation d’une scène de cinéma, une dirigeante du PCF qui a rencontré tant de dirigeants du mouvement communiste international qu’on peut croire qu’elle porte en elle tout ce que nous avons perdu, une vie faite d’art de de luttes sociales, une vie de femme, de fille et de mère.

C’est une approche très personnelle de l’histoire, un livre de multiples rencontres ; Aragon, Alleg, Bourdieu, Juquin, Leroy, Ponomarev, Krasucky, Vovelle, Walesa, Ziouganov… mais aussi Valentina Terechkova, la première femme cosmonaute, un livre aussi de dialogues au long court, avec Marianne, Monika, les amies des voyages récents, son amie dirigeante du PCF Gisèle Moreau et Jorge l’amant d’un long séjour à Cuba… Le marxisme nous dit que l’universel n’est pas dans l’abstrait mais dans le concret du mouvement qui transforme le réel. L’expérience de Danielle dans cette longue période historique depuis la deuxième guerre mondiale qui voit, face au nazisme, l’affirmation communiste emplir la planète avec la construction du socialisme, jusqu’à sa défaite à l’Est, puis les résistances du Sud qui renaissent et cette nouvelle crise historique d’un capitalisme mondialisé destructeur, cette expérience nous aide à relire cette crise du communisme qui nous a frappé et qu’elle nous conduit à penser en quelque sorte comme une crise de jeunesse.

En ce sens, plus que beaucoup d’analyses économiques quantitatives sur la crise, la lecture très personnelle et très politique de l’histoire par danielle nous est indispensable. Comme elle le dit elle-même “je ne parle pas (…) pour passer le temps, petit, qu’il me reste à vivre, mais en poursuivant un but : celui que monte l’exigence collective d’une réflexion sur le passé pour libérer le présent et l’avenir”.

Un livre de mémoire

On naît d’une famille, d’un pays, d’un temps. Danielle est née dans le chaudron du siècle qui a vu naître le socialisme dans les violences des guerres et de la réponse fasciste, dans une tribu de juifs polonais allergiques à tout ce qui n’était pas eux, mais qui avaient quelques raisons de se montrer méfiants, une tapée de prolétaires niçois issus d’un curé défroqué tous plus révolutionnaires les uns que les autres, la fille d’un maître verrier de Baccarat fuyant le Boche et épousant un anarchiste aristocrate italien, n’étais-je pas prédestinée à devenir communiste ?

Sa famille est une famille juive prolétaire nous dit-elle, résumant ce qui fonde pour elle son engagement depuis son enfance : Face au double négationnisme de notre époque, celui qui nie ce que fut l’extermination et les chambres à gaz et celui qui nie la libé­ration par l’Armée rouge, la colère remonte en moi : celle de la petite fille quand elle découvrit le sort que lui réservaient les bourreaux. Ses origines juives ne sont pas une question religieuse, d’autant qu’elle a autant participé enfant aux éclaireuses israélites, aux fêtes du parti, qu’au cours Bastide tenu par les Clarisses. Mais la place qu’elle donne à cette histoire du Yiddishland, dans cette pologne de ses origines communes avec monika, là où nous dit-elle, tout s’est écroulé, nous situe l’antisémitisme comme une question de classe, nous décrit les juifs peuple artisan des villes, faisant face avec les paysans à la noblesse polonaise. On ne peut parler des luttes de classe dans quelque pays que ce soit sans prendre en compte les cultures, les peuples qui se mêlent dans l’histoire d’un pays, et c’est ce que nous permet danielle bleitrach en décrivant ce yiddishland, sa destruction et ses traces.

Elle adhère au PCF en 1956 après avoir vu dans Paris-Match une photographie de communistes hongrois dont les cadavres sont accrochés à des crocs de boucher.

Elle a une riche histoire de dirigeante du PCF au milieu des tentatives de l’eurocommunisme et des rapports avec le PCI qui allait devenir la “cosa” avant de disparaître, de la guerre d’Algérie, des rapports avec les pays de l’Est, de la décolonisation, des batailles idéologiques virulentes contre le PCF, contre Georges Marchais, jusqu’à la mutation de Robert Hue qui conduira à son départ lors de l’intervention de l’OTAN en Serbie en 1999.

Elle a fait depuis le tour de la planète à la recherche d’un mythe, d’une légende, d’une civilisation presque disparue et qui était plus avancée que celle de mes quatre-vingts ans, la civilisation communiste. 

Son cousin Jacques, psychologue lacanien prétend qu’elle est « Le chef-d’oeuvre de l’hystérie. ». Nous sommes nombreux à connaître ses coups de gueule, entre déprime et colère, qui provoquent parfois quelques indignations très sélectives et politiciennes. Mais tous ceux qui savent que la souffrance est humaine, tous les militants donc, reconnaissent la légitimité de celle qui se bat pour les autres, pour que vive son parti, la légitimité de la colère contre l’injustice indispensable à l’engagement, sur tous les plans, le refus du nazisme, des inégalités comme pour le respect des femmes : “Jamais surtout ne tolérer le moindre coup. Effectivement la première fois que mon mari Gérard a tenté de lever la main sur moi, j’ai empoigné une baïonnette, vestige de la guerre de 14-18 qui se trouvait là à titre d’ornement et je lui ai couru après avec tant de conviction, qu’il s’est enfui sans demander son reste. Mon père, lui, avait une longue cicatrice à l’avant-bras, elle témoignait de la manière dont ma mère l’avait empêché à jamais d’esquisser même un revers de main.”

Danielle nous dit comme Agnès Varda que la vieillesse est aussi une extraordinaire liberté d’oublier, de s’en foutre… “Je suis comme elle, une petite vieille rondouillarde qui continue à manifester avec sa pancarte personnelle « J’ai mal partout ». C’est l’idée de vivre jusqu’au bout en étant désormais libérée de bien des choses… 

Profitons de ce jeu de la mémoire qu’elle nous confie avec cette recommandation de Robespierre : « Nos raisons d’exister valent mieux que nos existences. »

Un livre d’histoire

Ce livre d’histoire du siècle du socialisme va de Cuba au Tadjikistan, du Bénin à Malte, rencontre des dirigeants du mouvement communiste international, des artistes et intellectuels. Non chronologique, il nous emmène dans les innombrables rencontres de l’auteur sur toute la planète pour tisser une leçon politique de cette histoire.

Il commence par les sources de l’engagement, la bataille contre le nazisme, le choix communiste, se poursuit par les soubresauts de ce monde socialiste qui semblait indestructible mais dont les failles et les contradictions conduiront à sa défaite, éclaire les tentatives de renouveau communiste, dont l’eurocommunisme, qui se transformeront en renoncement, nous montre l’impact de la chute du mur pour le tiers-monde avant le renouveau des luttes du Chiapas pour finir par Cuba, l’île qui résiste encore et toujours à l’impérialisme et montre que le choix communiste est possible dans les pires difficultés.

Cette longue épopée personnelle sur la planète ne nous dit pas tout de l’histoire, mais apprendra beaucoup à ses lecteurs, et lui donne un sens, illustré de très nombreuses anecdotes.

Saviez-vous qu’un général de l’armée polonaise en URSS obtient en 1939 de Staline le droit de transférer ses soldats en Iran, d’où les britanniques les transportent en Egypte, où un certain Begin organise les soldats juifs pour former les milices du Betjar qui imposeront une vision d’Israël d’extrême-droite ? Saviez-vous que Mitterrand fonda en 1952 « le Comité français pour l’Europe libre » et que son petit parti, l’UDSR réclame que soit déclarée « l’incompatibilité entre l’appartenance au PCF et l’exercice de fonction publique d’autorité et de sécurité » ?

L’auteur éclaire le choix de la stratégie de l’union de la gauche par le PCF, depuis la proposition de Maurice Thorez en 1959 au XVe Congrès, “à la recherche d’une stratégie de conquête de pouvoir comparable à celle qui avait tant apporté à la Libération (…)une échappatoire aux effets de la déstalinisation. Le Parti socialiste déconsidéré avait le choix : poursuivre l’alliance que Defferre nouait à Marseille contre les communistes ou un autre Front populaire, dont les communistes devaient être le fer de lance. En 1971, Mitterrand démontre qu’une autre voie était possible pour en finir avec de Gaulle, il suffisait de se déguiser en révolutionnaire pour mieux entrer dans la voie du néo-libéralisme en se débarrassant des communistes et en transformant totalement le parti socialiste.

Pourtant, les communistes connaissaient son rôle dans la guerre d’Algérie. L’auteur nous le rappelle “Notre lutte contre l’OAS n’était pas un jeu, on en mourait”Combien de fois sommes-nous montées en pleurs au sommet de la Sainte-Victoire pour dire adieu à un garçon de notre âge qui avait reçu ses papiers militaires.

D’ailleurs au début des années 80, lors d’un meeting qui eut lieu à Fabregoule dans la banlieue marseillaise. Marchais interrogea la foule après avoir mis en avant tous les arguments pour l’union de la gauche, « Alors faut-il, oui ou non, faire l’Union ? ». et l’assistance de clamer un « non » convaincu.

Mais les communistes cherchent et le modèle soviétique montre ses fragilités. En 1968 en Pologne, Gomułka a subi la campagne anti-juive orchestrée par Moczar. Il n’était pas antisémite, son pouvoir était sur sa fin. Il l’a d’ailleurs perdu, suite à cette affaire. Il ne se rendait pas compte que Moczar allait nettoyer la structure de l’État des meilleurs cadres communistes et socialistes qui s’avéraient des juifs fidèles à Gomułka.

Le philosophe marxiste hongrois Lukács qui, tout en dénonçant le dogmatisme stalinien, en protestant contre le fait que son pays, la Hongrie, s’était joint aux troupes du Pacte de Varsovie dans l’invasion de la Tchécoslovaquie, déclare en 1969 : « Dans un État socialiste, il n’y a aucune couche qui ait intérêt à la guerre. Ainsi il reste une possibilité de préserver la paix qui n’existe dans aucun État capitaliste. Cette crise tchécoslovaque en 68 “fut un drame personnel pour Waldeck Rochet, il fit tout ce qu’il pouvait pour empêcher l’intervention. On ne comprend pas l’attitude du parti en mai 68 en France si on ignore le contexte de ces tensions au sein de l’internationale. L’esprit de Waldeck n’y résista pas.”

Mais les communistes sont toujours dans la solidarité internationaliste “en 1970, j’aiderai des militants communistes à franchir les cols clandestinement, en les attendant au pied de la montagne. Ils transportaient Mundo Obrero, le journal du Parti communiste espagnol. “

Pourtant la guerre idéologique fait rage, celle que Gaston Defferre vint exposer à la télévision en 1973, les socialistes sont les garants des libertés. Si l’on veut que la gauche l’emporte, il faut que le PS domine et tienne les communistes qui n’auront droit qu’à des strapontins. Il utilise la Constitution mise en place par de Gaulle et qu’il a pourtant dénoncée. Mais il est puissamment aidé par la campagne lancée par les États-Unis sur les droits de l’homme dans les pays socialistes et qui prend une ampleur inusitée en France.

Les communistes innovent pourtant avec le Comité central d’Argenteuil en mars 1966, “les temps étaient au « nouveau », nouveau roman, nouvelle vague, etc. La France résistait aux offensives intellectuelles menées par la CIA et quelqu’un comme Jean-Paul Sartre était le chef de file de cette résistance. Mais le mouvement communiste se divise. Alors même que la polémique sur la réactualisation du programme commun est à son niveau le plus élevé entre le PCF et François Mitterrand, le 24 mars 1979, Berlinguer et Mitterrand se rencontrent à Strasbourg. La « dissidence » qui se développe à l’intérieur du PCF est encouragée par le Parti communiste italien et par l’espagnol.

Lors d’un voyage à Moscou en 1980, danielle rencontre le dirigeant soviétique Ponomarev il ressortait de ses propos que, vu que ce n’était pas demain la veille que nous ferions la révolution, notre rôle de communistes français était d’aider à ce qu’il y ait en Europe une attitude plus favorable à l’URSS. Donc s’il y avait une chance qu’un gouvernement socialiste plus amical que celui de Giscard, qui s’était acoquiné avec Helmut Schmidt pour retourner à l’atlantisme pur et dur, puisse arriver au pouvoir il fallait la jouer.

Quand en 1981 Wałęsa à Paris est reçu par la CGT. Krasucki m’avait invitée à cette rencontre (…) il s’est inquiété des visions médiévales dudit Wałęsa en ce qui concerne les femmes. Le matois Wałęsa lui a répondu en gros : « Vous avez eu votre chance. Comment se fait-il que le peuple polonais se reconnaisse plus en nous qu’en vous ? » 

L’expérience du gouvernement de gauche divise les communistes. Dès 1982, “La fissure entre ceux qui sont solidaires du gouvernement et doivent agir en souplesse pour obtenir un maximum et la direction du Parti qui prévoit où tout cela mène a commencé à poindre ira s’élargissant. Au-delà du désaccord tactique, il y a aussi le sentiment que ce que portait l’URSS était désormais épuisé et que le règne d’une véritable social-démocratie était venu.”

En 1985, Danielle rédige pour le XXVe Congrès la partie consacrée aux pays socialistes, évoquant la crise de l’URSS. « Une crise est là, la situation se durcit, les forces de la réaction et du capital s’enhardissent. Qu’est-ce qu’on fait ? On résiste ou on cède ? » Ainsi posée, la question a entraîné une seule réponse : on résiste. (…) Mais au congrès de Martígues, le nouveau secrétaire Robert Hue affirmait : « Le monde change, il faut s’y adapter. »

A l’Est, les remises en cause se multiplient. En 1988, Pozsgay n° 2 de l’État hongrois avait : « acquis la certitude qu’une réforme du système communiste était impossible et que la Hongrie devait adopter le multipartisme et une démocratie à l’occidentale. En novembre 1988, (…), j’ai déclaré que le soulèvement de 1956, à Budapest, avait bien été une insurrection populaire, et non une contre-révolution, comme l’affirmait l’orthodoxie communiste. En réalité, je testais Gorbatchev, afin de voir sa réaction. Il n’a pas bronché. Et j’ai compris que nous avions le champ libre. »

Les 2 et 3 décembre 1989, Danielle part au titre du PCF à Malte où Gorbatchev vendait l’Allemagne de l’Est pour quelques kopecks. La ‘‘ révolution roumaine ’’ avait fait quelque sept cents morts —. Le bilan de l’attaque américaine au Panamá, qui s’était déroulée au même moment dans l’indifférence générale, s’élevait à près de deux mille morts….

La chute du mur n’est pas la fin de l’histoire. Quand je me suis rendue au Chiapas, dans le quartier général du commandant Marcos, en 1995 (…) trois mouvements s’étaient inscrits en faux face à la « fin de l’Histoire » : en janvier 1994, la révolte des Chiapas ; toujours en 1994, une forte grève ouvrière en Corée du Sud et le mouvement contre le bradage des services publics en France en 1995.

En 1996, Danielle à la tribune du Comité national dit “ce que je pensais à propos de notre discours sur le refus de « corseter le mouvement populaire » : c’était du pipeau et signifiait simplement que le plat était trop chaud qu’il fallait attendre pour réaliser ce qui se tramait en coulisse, la négociation avec le PS d’une nouvelle participation gouvernementale.”

Il ne fallait pas aller au gouvernement, (…) nous aboutirions alors à une alternative entre la droite et Le Pen. (…) Robert Hue lui-même vint avec sa cordiale gentillesse me demander : « Que puis-je faire d’autre ? » J’ai rétorqué : « Si tu ne sais pas quoi faire d’autre, donne ta casquette de secrétaire national. (…) J’avais dit que j’étais contre la participation au gouvernement, mais que si nous choisissions d’y aller, il fallait dès maintenant préparer les militants à ce nouveau cap. C’est le contraire qui fut fait. Nous eûmes droit à un délire qui se poursuit encore aujourd’hui sur le fait que nous n’avions plus à penser à la place des « gens », « à corseter le mouvement populaire ». (…) les discussions de sommet se poursuivaient en coulisse avec le PS et tout était fait dans notre presse, dans les discours officiels pour canaliser les militants vers cette voie de garage. Pour la première fois de ma vie, j’étais en total désaccord, tant avec ce qui se tramait qu’avec l’hypocrisie de faire un Congrès sur la démocratie citoyenne.

En 2002, Daniel Cirera, en charge de la politique internationale du PCF affirmait dans un article que l’Europe empêcherait une guerre en Irak. Nous avons été une vingtaine à écrire pour protester. Pas le moindre droit de réponse ne fut accordé par ceux qui se proclamaient si volontiers ennemis de la censure… dans les « régimes socialistes ». L’Humanité apportait quelque temps après son soutien officiel à un dissident cubain présenté par… Robert Ménard (sic !), alors dirigeant de « Reporters sans frontières ». La rupture était consommée pour Danielle.

Un livre politique

Ce livre politique nous donne des clés pour comprendre ce qui s’est passé entre les conquêtes de l’après-guerre et la contre-offensive de l’impérialisme mettant à genoux l’URSS et le mouvement communiste.

Il nous propose une relecture d’une histoire que nous croyons connaître, les contradictions du socialisme, les révoltes en pologne, l’intervention en Tchécoslovaquie, la stagnation en URSS, et nous fait découvrir que les communistes à l’Est comme à l’Ouest faisait face à une même réalité, la domination du monde par un capitalisme en pleine restructuration. L’eurocommunisme n’est pas seulement une prise d’autonomie impulsée par le PCI mais aussi l’illusion soviétique d’un compromis avec l’Ouest pour sortir de la course aux armements. La conviction que le socialisme doit s’ancrer dans des réalités nationales, qui travaille aussi les communistes de l’Est, conduit malheureusement à l’Est comme à l’Ouest au renoncement, à la soumission à l’idéologie de la “démocratie” occidentale. Le mouvement communiste se met partout sur la défensive, perdant la guerre idéologique sur la question des libertés, mais aussi sur l’efficacité, sur la solidarité et finalement sur la paix.

Danielle nous montre comme dans son livre sur Staline le point de vue des peuples sur la chute de l’URSS. Gorbatchev, Kádár et Imre Pozsgay (…) ont présenté aux populations une réforme du socialisme qui en s’appuyant sur l’histoire nationale aboutirait à conserver les avantages du socialisme joints à ceux du libéralisme. Mais ils ont détruit le socialisme en important le capitalisme le plus sauvage. Et ils seront finalement supplantés par d’autres figures encore plus démagogues : Eltsine, Berlusconi et Orbán. De fait, les citoyens de l’Est ont été trompés par leurs élites et aussi par la communauté internationale, c’est-à-dire l’Occident, l’OCDE et même l’ONU. Donc ils ne sont pas nostalgiques, ils sont furieux et tristes de ce qu’ils et elles ont perdu et d’avoir été grugés.

Et c’est à Cuba que Danielle trouve une réponse communiste à cette crise, à la veille de la venue de Jean-Paul II. J’avais écouté le discours que Fidel adressait aux Cubains à cette occasion. Il leur disait en gros qu’ils devaient accueillir le mieux possible leur hôte, mais qu’ils devaient lui faire comprendre que si en Pologne le socialisme avait été imposé, à Cuba il était l’oeuvre des Cubains eux-mêmes. I

Danielle en tire une conclusion forte “Notre éthique historique, notre grand atout, s’est heurtée non à la force papale, ni même aux manoeuvres de la CIA, mais au fait que celles-ci ont pu être efficaces face à notre impossibilité d’être des révolutionnaires, face à la difficulté à penser une stratégie qui a été la nôtre.” Nous n’avons pas reculé à cause des difficultés du socialisme, ni de la contre-offensive du capitalisme, mais parce que nous n’avons pas construit une stratégie communiste à la hauteur du moment historique, avec la question décisive de l’intérêt populaire. Risquet me disait : « Il faut rester sur l’essentiel. Si un dirigeant chinois oublie qu’il a un milliard trois cents millions de personnes à nourrir, il est foutu, comme si nous, nous oublions que nous avons à notre porte le plus terrible des ennemis qui veut notre mort.

L’existence des partis communistes, du mouvement communiste est une question clé, qu’aucun stratégie électorale ou de rassemblement ne peut suppléer. “Je me souviens de ce que disait Fritz Lang des États-Unis : ils n’ont pas besoin du nazisme, ils ont réussi à transformer les esprits pour avoir un nazisme avec élections démocratiques. Cela se passe quand on élimine les communistes et l’alternative réelle qu’ils représentent, y compris quand le travail est fait par les directions dites communistes, comme cela s’est passé dans l’URSS de Gorbatchev, dans l’Italie d’Ochetto et ailleurs…”

Dans les transformations du PCF avant et après son 22ème congrès, rien n’était joué d’avance. Il y a eu débat sur la stratégie d’union, sur la participation gouvernementale en 1981. Mais les dirigeants de l’époque cherchaient comment permettre au parti d’accéder au pouvoir pour transformer la société. L’auteur nous dit par exemple que le ministre Fiterman a fait le maximum dans les limites de ce qu’il pouvait faire, (…). Non seulement, c’était un travailleur qui avait à coeur de maîtriser lui-même les dossiers, mais il était incontestablement doué pour le dialogue avec des secteurs qui ne lui étaient pas favorables. 

Mais quid de la révolution ? J’ai entendu à plusieurs reprises Gisèle Moreau, Charles Fiterman dire leur admiration pour Louis XI, ce roi obstiné, rusé qui fit la France. Les membres du Bureau politique étaient faits pour être de grands commis de l’État, plutôt que pour songer à le briser. C’était une pente sur laquelle les gens plus médiocres qui leur succédèrent glissèrent sans retenue

Mais la période était globalement aux reculs. Marchais était intelligent, il aurait pu poursuivre dans un approfondissement du socialisme à la française, il était capable de le faire sans s’identifier à la social-démocratie comme les Italiens et les Espagnols, sans rupture avec le camp socialiste, mais dans une autonomie héritée de Maurice Thorez. Malheureusement, il a été confronté à des temps défavorables, celui de l’effondrement de l’URSS annoncé à travers le gorbatchévisme. Il n’a pas su résister déjà à la première participation au gouvernement, tant la contestation à l’intérieur du parti le déstabilisait.

Et les communistes étaient profondément affaibli par le discours de la “modernité” qui leur était opposé et qu’ils tentaient de s’approprier “Ce que nous prenions pour le nouveau, ce qui paraissait la modernité à certains, celle à laquelle ils prétendaient qu’il fallait s’adapter m’apparaît aujourd’hui comme l’ancien, le pourrissement de ce monde en train de se décomposer.

Ce livre esquisse ainsi une leçon historique pour le mouvement communiste, le modèle né de la Résistance, une solide alliance entre les pays socialistes, les non alignés et les luttes sociales des pays capitalistes, ce modèle n’a pas résisté à la contre-offensive impérialiste. Le socialisme n’a pas trouvé comment faire évoluer son modèle de développement vers la réponse aux besoins nouveaux des personnes, a perdu la bataille idéologique sur la démocratie occidentale, les non alignés n’ont pas résisté aux dérives nationalistes attisées par l’impérialisme, les partis communistes des pays capitalistes n’ont pas su proposer une voie démocratique et révolutionnaire au socialisme, ne tirant aucune leçon de la violence du coup d’état au Chili.

C’est pourquoi le livre se termine sur une lettre d’amour à Cuba, qui est une lettre d’amour d’un cubain, Cuba qui de période sociale en ouverture économique inventé toujours le socialisme qui repond a sa situation concrète.

C’est pourquoi il faudrait que Danielle voyage en Chine pour développer son approche à partir des travaux de notre camarade Delaunay sur le socialisme de marché chinois

Ce livre nous appelle à dépasser les divisions qui ont marqué l’histoire communiste pour relever le défi. “il ne reste plus qu’à pousser là où demain existera une brèche. Là où il y a une volonté il y a un chemin !”, sachant que “jamais le capital et la bourgeoisie ne lâcheront le pouvoir sans avoir détruit un maximum de tout ce qui est vivant autour d’eux. Tout l’art politique consiste désormais à se prémunir de cette violence tout en sachant qu’elle est inévitable”.

Retrouver notre histoire

Ce livre interpelle les communistes pour leur dire : nous n’avons pas démérité, le capitalisme a conduit une contre offensive à la hauteur du défi historique d’un monde qui lui échappait, à la hauteur de la défaite que le socialisme soviétique avait infligé à la forme terrible que le capitalisme avait pris avec le nazisme, une contre offensive qui a commencé dès le coup du Chili et les travaux pratiques à grande échelle des “Chicago’s boys” qui s’est généralisé depuis 50 ans sous de multiples formes politiques.

Nous avons pressenti les transformations du capitalisme, et cherché à réinventer le socialisme, tous, sous de multiples formes, déstalinisation, eurocommunisme, mais les tentatives de rénovation se sont trop souvent transformées en leur contraire, leur soumission au capitalisme et la rupture avec le monde que le socialisme avait créé, de la cosa italienne à la mutation du PCF.

Danielle garde bien sûr de la colère contre quelques uns, et notamment ceux qui l’ont interdite de son parti et de son journal, mais elle nous propose de prendre du recul et de ne pas juger trop sévèrement ceux qui ont cherché des voies nouvelles. Elle nous montre que c’est bien la contre offensive capitaliste qui nous a tous dépassé, que le socialisme ne s’est pas effondré tout seul, même pas par les renoncements de ses dirigeants, mais bien parce qu’il avait en face un système resté dominant à l’échelle de la planète, un système qui se renouvellait et créait un monde nouveau assurant sa domination.

Chaque fois que j’ai été confrontée aux contradictions de l’époque, j’ai compris les choix du PCF et je les ai partagés, comme le faisaient Juquin, Lucien Sève et tant d’autres. Nous n’étions pas des dieux de l’Olympe mais nous n’avons pas à rougir de notre histoire de communistes français.

Sans doute faut-il pour cela de l’humour, “Cela dit j’ai beaucoup ri quand Raúl Sangla (réalisateur de télé communiste) est venu dire à la direction du Parti : « Maxime Gremetz est sans doute un excellent camarade, mais celui qui l’expédie à la télévision est, lui, incontestablement un traître qu’il faut impérativement dénoncer. »”

Ce livre de danielle est une contribution historique pour les communistes français au service de la réorientation décidée par le 38eme congrès. Oui, l’enjeu est d’unir les communistes pour reconstruire le parti communiste du XXième siècle.

La nostalgie ne nous suffira pas à lui faire face, les solutions ne seront pas dans le retour en arrière, la reconstruction de ce qui a été défait tel que nous l’avons connu. Mais la leçon décisive de ce siècle passé pour le siècle encours est bien qu’aucune révolution ne peut se faire sans une organisation politique du peuple face au capitalisme, un parti donc et qu’aucun parti ne peut grandir sans une stratégie à la hauteur de la violence d’un capitalisme mondialisé qui ne peut subsister que par la guerre, à la hauteur du défi historique d’une nouvelle période communiste, une stratégie en lien étroit avec sa pratique…

Souhaitons que le temps retrouvé de danielle bleitrach soit l’occasion pour de très nombreux communistes de retrouver leur histoire, pour reconstruire un temps de l’engagement et de la fraternité communiste, retrouvant les raisons d’exister qu’elle expose dans l’introduction :

  • le communisme est une civilisation avec des oeuvres, des réalisations concrètes.
  • l’épopée soviétique joue un rôle fondateur, loin d’être le socialisme dans un seul pays, elle libère les énergies sur toute la planète et rend concrète l’utopie généreuse.
  • avec la chute de l’Union soviétique le capitalisme a perdu ce qui freinait sa capacité de destruction des êtres humains et de leur planète.
  • cette civilisation, combat pour la paix et la justice sociale, a aussi instauré pour la première fois l’alliance entre les exploités et les artistes, les scientifiques..

Être communiste a été le luxe de ma vie, celui de ne jamais oublier la souffrance des petits, des sans voix, de ceux qui ont le courage de dire non, comme ceux qui se taisent écrasés par l’injustice. Je suis encore au parti parce que c’est là où il y a le moins de fascistes et parce que le peu que je pourrais faire vaut mieux que telle une petite bourgeoise, je me drape dans l’excellence de mes aspirations à un idéal impossible ; mais putain, que c’est dur…

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L’unique texte que je publierai aujourd’hui pour vous dire l’essentiel

Aujourd’hui je dois discuter avec deux jeunes communistes qui prennent le train d’un département voisin pour cette rencontre. Jene  peux pas mettre le fait uniquement sur la parution dans cet été caniculaire de mes « mémoires » mais un certain nombre de jeunes gens prennent rendez-vous pour discuter, du parti, de ce qu’on peut en attendre mais aussi de la situation internationale et du rapprochement avec d’autres partis. C’est plutôt un effet conjugué de ce blog et de la conscience planétaire des situations auxquels ils sont confrontés.

Dans le même temps j’ai reçu d’amis algériens, ayant la double nationalité, la proposition de nous réunir dans un café deux fois par mois pour y parler du communisme, un café du quartier « arabe » de belzunce. Là encore je ne suis pas sure que mes interlocuteurs aient dépassé la préface mais ils ont besoin de cette confrontation publique et pensent qu’il suffira de parler pour que les habitués s’agglutinent. Ils sont en fait avides de discussion, de compréhension et pensent qu’il ne faut pas rester enfermés dans les sièges du PCF.

La plupart des librairies de Marseille ont désormais étalés « le temps retrouvé d’une communiste »; l’odeur du temps, Maupetit, la librairie du Mucem, jeanne Lafitte, la librairie des cinq avenues, Bonneveine et j’en passe… Glissons perfidement que le seul endroit où il sera interdit est l’université d’été du PCF dans les locaux de la faculté dont j’ai été enseignante et où j’ai créé l’UEC, les cellules du parti pendant des décennies. ma consolation ‘amère- est que je ne suis pas la seule des animateurs-fondateurs a être exclue du raout… Mais passons ces gens sont sordides et ridicules… ils sont tout sauf communistes.

En revanche des propositions de débat prennent forme, mais c’est à propos de ces débats que je vous écris aujourd’hui. J’ai un rêve modeste et fou. Rompre avec l’ordinaire, avec ces débats qui ont lieu avec des gens qui n’ont pas lu le livre et sont censés l’acheter à la sortie et qui parfois ne le liront même pas. J’en ai assez du monde des réseaux sociaux où personne ne lit ce qui est écrit mais où on place un post sans rapport avec ce qui est écrit, où on joue les trolls avec des selfies…  Quelquefois on me demande où je trouve le temps d’alimenter ce blog en textes de fond, je dois dire qu’avec le temps que certains perdent à s’envoyer n’importe quoi, des caricatures, des photos du chat et surtout de leur profil le plus avantaggeux, il y a le temps d’écrire la comédie humaine et quelques autres oeuvres monumentales. Et les piles de livres non lus s’entassent, cela fait partie du décérébrage.

Moi ce n’est pas ce dont j’ai envie. J’aimerais qu’il y ait des rencontres avec ceux qui l’ont lu et donc savent que je ne raconte pas seulement ma vie, mais que j’ai des analyses sur la crise vécue par le communisme et aussi sur les perspectives. C’est de cela qu’il m’importe de discuter.

J’ai envie de rencontrer des lecteurs qui ont vraiment lu le livre et pas seulement au meilleur des cas quelques pages, non pour parler de ma vie ou même de la leur mais bien du sens politique de ce que nous avons vécu, des clés non seulement pour le passé mais pour aujourd’hui et demain. Par exemple cette affirmation qui court tout au long de mon livre: nous avons tous perdu avec l’effondrement du communisme soviétique et européen, personne ne peut s’en réjouir et s’en faire une raison. Même le capital a perdu son facteur de régulation et il est apparu pour ce qu’il est, un mode de destruction des êtres humains et de l’environnement sans foi ni loi. Donc loin d’être le signe de sa victoire, la contrerévolution a été la marque de sa nocivité. Donc il ne s’agit pas de reconstituer un passé qui ne reviendra jamais, mais bien de percevoir à quel point l’urgence d’une alternative à ce capitalisme qui en termine avec la loi du profit, l’individualisme forcené est là.

Il y a bien d’autres affirmations, par exemple le fait que le communisme n’est pas seulement un parti qui doit poser la nécessité du socialisme, de la rupture avec le capitalisme autrement il n’a aucune raison d’être, mais une civilisation. Ce qui induit deux conséquences, l’une est qu’un parti communiste qui n’a pas de stratégie pour le socialisme n’a pas de raison d’être et un parti sans stratégie qui se joue à chaque élection dans le contexte d’éléctions largement contraintes par la bourgeoisie ne peut que perdre. L’autre est que parler de civilisation c’est poser la relation entre intellectuels, créateurs et classe laborieuse, la bonne et vieille alliance. le communisme a été la seule civilisation où l’on a pas traité les créateurs en courtisans, domestiques, mais où ils ont participé, non sans problèmes, d’ailleurs à la transformation sociale. Il faut repenser la notion d’avant-garde, un retour à Saint Simon opéré par Marx, bref c’est un grand chantier qu’il faut sortir de la niaiserie des plateaux de télévision.

Voilà j’ai envie de discuter avec vous, ceux qui auront le courage de lire plus de dix lignes d’un post et de dire des banalités gentilles mais qui ne correspondent à aucun effort de leur part. Parler d’université sans cette capacité de réflexion, de dialogue et de lecture me parait une escroquerie. J’attends beaucoup de l’Université d’automne de venissieux qui a cerné son objet : le socialisme et l’écologie et qui a fait appel à des pays comme la Chine, Cuba, la Russie et d’autres partis communistes européens pour confronter les expériences.

A bientôt chers lecteurs, camarades et amis

danielle Bleitrach

 
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Publié par le août 11, 2019 dans COMPTE-RENDU de LIVRE

 

A L’université d’été du PCF, à la cité du livre, dans toutes les fêtes du parti la censure continue à frapper…

Il y a peu un certain nombre d’entre vous se sont battus pour que les éditions delga comme d’autres éditions du livre marxiste soient à l’université d’été, dans les fêtes du parti et à la cité du livre, vous avez obtenu gain de cause: il y aura six livres des éditions Delga pour tous ces événements.

Delga a reçu la commande, Roselyne l’ineffable libraire de Toulouse, librairie de la Renaissance,  qui vous inondera de romans policiers et de livres pour enfants a envoyé a commandé deux livres de Boccara, et quatre autres dont deux gramsci, mais en revanche il n’y aura pas mon livre, aucun de mes livres, ni des auteurs les plus récents de delga…  Ce qui est tout de même extraordinaire pour ceux qui ont lu ce livre qui est une ode au parti et dont l’auteur a été enseignante dans l’université où se tient la dite université du PCFdont personne ne connait d’ailleurs le programme…Et désormais il n’y a plus que moi pour parler de cette université là… sous le parrainage d’anastasie la sainte patronne de toutes les censures. et tous ces gens qui depuis 20 ans ont détruit le parti ont ce dernier plaisir, cette censure sans adversaire véritable.  dérioire et douloireux venant du parti dont on a un si urgent besoin…

Mon livre est donc interdit à la librairie de la Renaissance, à l’université d’été du PCF et à la cité du livre de la fête de l’humanité. pas plus que vous connaîtrez une autre analyse de la Chine que celle qui vous est seriné par les médias dominants, ce qui nous vaudra des commentaires imbéciles de militants communistes qui suivent aveuglement ce que la censure ordinaire dans leur presse laisse passer.

à la fête de l’humanité, heureusement il y sera au stand Delga…Et le pRCF avec lequel je suis pourtant en désaccord politique m’accueillera pour un débat avec Annie Lacroix Riz et d’autres auteurs Delga à son stand samedi de 14 heures à 16 heures.

Voilà que dire sinon que le ridicule ne tue pas ces gens là sont au-delà de ce qui immaginable… Cela fait vingt ans que les militants communistes sont soumis à la dictature non pas du prolétariat mais de pareils imbéciles. Parce ceux qui dirigent la librairie officielle du parti, l’université d’été ce sont ceux qui ont été battus au dernier congrès malgré leur triche massive et ils continuent dans l’Humanité, dans l’université d’été , dans la fédération des bouches du rhône à faire la loi, leur loi celle qui s’aligne sur celle de la social démocratie et de la CIA contre tous ceux qui se battent.Ils ont conservé des positions, pourquoi pas si justement ills ne poursuivaient pas selon la méthode et la ligne qui les a fait battre au dernier congrès: un fait inédit dans l’histoire du pCF… ils n’ont rien appris, rien compris…

Cela n’est plus mon problème mais le votre à vous militants communistes, vous dirigeants du PCF, vous élus …

Un ami m’indique  qu’à Aix en provence, dans la ville où se tient l’université d’été la librairie Goulard, sur le cours Mirabeau a mon livre et m’accueillera volontiers. Je le sais . je lui réponds ; cher ami Dupuy; bien sur que mon livre est chez Goulard, les deux exemplaires en dépot ont déjà été vendus et ils sont en réassort… C’est la même chose dans la plupart des librairies de Marseille et dans bien d’autres librairies de France, désormais les livres marxistes qui sont interdits dans les fêtes du parti jouissent d’une bonne diffusion dans le circuit des libraires. Mais il faut bien mesurer que les fêtes du parti et les stands présentés à cette occasion sont parfois le seul contact que le monde ouvrier celui des couches populaires a avec le livre et cette censure ne me cause qu’un tort minimime mais un tort immense à la masse des militants. Cela contribue à notre effacement, à l’absence de formation des militants, parce que dans le fond mes mémoires n’ont d’ »intérêt que parce qu’elles posent sous une forme aisé à lire des questions stratégiques.

Personnellement je n’ai pas besoin du pCF , de l’humanité pour vendre mes livres, pour lesquelles je le répète je ne touche pas un centime de droits d’auteur, donc je considère que la censure qui une fois de plus me frappe est l’affaire de la direction du PCF. En effet tout ce qui s’écrit sur l’URSS, sur le mouvement communiste internatrional, sur la Chine entre autres est interdit à la masse des militants communistes dont ces événements et les tables de tlittérature comme la lecture de l’humanité sont le seul contact avec le livre. Cela participe de l’absence de formation des militants, de l’effacement du PCF. Je ne suis pas à moi seule chargée de résoudre un tel problème.

les auteurs qui perdent le contact avec le monde ouvrier et populaire ont tendance à céder à la dictature médiatique et on mesure la vassalisation que cela entraîne dans le débat d’idées.

Comme le prouve une discussion qui se poursuit les militants communistes sont plongés dans l’ignorance, en particulier sur la Chine et d’autres enjeux de cette importance. Allons-nous continuer cette politique menée par l’ancienne direction et qu’elle poursuit aux postes qu’elle conserve ? Cela me dépasse.

Mais membre du PCF je suis et je demeurerai jusqu’à mon dernier jour parce que ces gens là n’en sont pas les copropriétaires. Et je puis dire que j’ai bien plus qu’eux contribué à son audience et au respect de ce qu’est un communiste. Ce livre poursuit sur cette ligne.

je suis sereine,  je vais très bien, ce livre m’a fait un bien fou même si l’écrire a été une rude éprouve… Je marche beaucoup et j’ai commencé à maigrir. A la mort de mon enfant en 2013 j’ai pris 40 kilos avec unoedème douloureux, il est en train de doucement (deux ou trois kilos par mois) de se résorber… Je suis entourée d’amis et j’ai une belle vie, je ne laisserai pas ces gens là détruire ce que je suis en train de reconquérir… à la rentrée j’espère être disponible pour de nombreux débats.

Je sors d’un magnifique film de Ozu Herbes flottantes…C’est un de ses derniers films, en couleur, mais un remalke d’un de ses anciens… Plus proche de Mizoguchi que de la filmographie d’ozu, ce qui n’est pas pour me déplaire… Mais que l’on se rassure Ozu reste plus proche de Tati que de tout autre.ce que le cinéma, la peinture, la lecture m’apportent c’est outre le caractère apisant de la beauté, de ce moment où l’on atteint le vrai, c’est la conviction que le criètre de la pratique tranchera et que nous serons tous confrontés à des choses qui dépassent ces imbécilités.

 

 
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Publié par le août 2, 2019 dans COMPTE-RENDU de LIVRE

 

QU’ai-je à dire à un jeune qui veut résister

hier j’ai été interviewé par un jeune camarade, je me suis tout au long de l’interview et du repas pris ensemble interrogée sur ce que j’avais à dire à des jeunes de cet âge… il faut tant se prémunir contre le pessimisme de ceux qui ont tendance à confondre leur court avenir avec celui de la jeunesse à qui l’espace ne parait pas compté, il l’est pourtant… Mais je pense que l’inquiétude qui est la mienne sur le sort de ceux qui prétendent résister n’est pas alarme inutile. Ils faut qu’ils s’organisent et prennent très vite conscience de leur véritable ennemi, de sa puissance, autrement ils seront fauchés par hasard au détour de la machine à abattre comme un Stève.

C’est ce qui fait dans le fond mon ashésion au communisme: la désignation de l’adversaire, l’organisation et enfin la posssibilité de nouer des liens internationaux dans ce renforcement.

Lui dire que tout problème énergétique, technique, climatique que se pose l’humanité dans nos sociétés capitalistes a toute chance d’être pourri dans la manière de le poser par le fait que le capital y voit l’occasion d’une recomposition de son capital pour faire plus de profit, il en fut ainsi de la crise dite pétrolière de 1974, il en a été ainsi de la crise bancaire de 2008, il peut en être ainsi de la crise climatique, il faut garder à chaque fois le cap sur ‘observation des es solutions préconisées par le capital, la manière dont il nous culpabilise individuellement pour mieux imposer SES solutions qui ne font qu’aggraver le mal. Le parti communiste là encore a un rôle essentiel à jouer.

Ce que j’ai appris du passé doit de ce fait être reconnu mais pas pour reproduire un temps qui ne reviendra jamais, mais pour faire que ces exigences: désignation de l’adversaire et de ses pièges, ses répressions, son mensonges idéologies, l’organisation de ceux qui devront le combattre en première ligne, et la possibilité de nouer des liens internationaux doivent assumer ce passé et refuser tous les négationnsiemes pour libérer nos luttes dans le présent et dans le futur.

Que toute résistance de ce fait ne peut être efficace que si elle correspond à une stratégie de changement de société. La leçon de mon livre est que la contrerévolution n’a pu triompher que parce que nous manquions d’une stratégie en ce sens. Et cela est plus essentiel que jamais.

Je ne sais s’il a comrpris ce message.

On voit que tout reste à construire et il y a tant de choses qui reposent sur ses frêles épaules. .

 
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Publié par le juillet 31, 2019 dans COMPTE-RENDU de LIVRE

 

Chine: Mais qu’est qu’une marchandise capitaliste? Qu’est-ce qu’une marchandise socialiste? par Jean Claude delaunay

Voici un texte très important ‘après son livre paru chez Delga) de notre camarade Jean Claude delaunay. Il l’intitule lui-même « devoirs de vacances »Une question est-ce que jean claude et ses livres sur la chine seront à l’Université d’été du PCF, est-ce que remy Herrera et ses travaux sur le même sujet seront à ce garden party où il s’agit surtout d’éviter tout ce qui peut mettre en cause le consensu social démocrate sous toutes ses formes. Et on ose appeler ça une université? Non croyez le bien je ne bat pas pour mes oeuvres mais pour qu’enfin saute le baillon que dans l’ensemble de la société et d’abord à l’intérieur du PCF on met sur ce qui se passe dans le monde, les « tudes dignes d’être portées à la connaissance des communistes.heuresement il y aura le 4 et le 5 octobre l’université d’automne à Vénissieux pour que les bouches s’ouvrent et les censures de plus de 20 ans ne soient plus à l’ordre du jour (note de danielle Bleitrach)

Pour saisir pleinement le sens du concept «d’économie de marché socialiste», deux autres concepts doivent être, selon moi, évoqués et développés.

 

Le premier est celui de «dictature démocratique du peuple». Ce principe ainsi que les moyens qui lui sont associés indiquent qu’un tel marché doit viser avant tout, et dans la durée, la satisfaction des besoins populaires.

 

Le deuxième est celui de «marchandise socialiste» ou de «production marchande socialiste». Il indique que sur ce marché s’échangent principalement des marchandises socialistes selon le principe de guidage de la dictature démocratique du peuple.

 

Mais qu’est-ce donc qu’une marchandise socialiste? Telle est la question que l’observation de l’économie chinoise contemporaine conduit à soulever, sans trouver, chez les économistes chinois des textes répondant à cette interrogation.

 

Comme l’a noté Sombart, la «loi de la valeur» est née lorsque le travail vivant est devenu le facteur général de la production. Parler de la valeur, parler des marchandises, c’est donc parler du travail, vivant et mort, ainsi que des rapports sociaux à l’intérieur desquels et à l’aide desquels ces formes du travail sont déployées, mobilisées et dépensées dans la société. Pour les analyser, 2 phenomenes au moins sont à considérer : 1) le temps. La quantité de travail est toujours relative à un intervalle donné de temps, l’année par exemple. 2) le niveau de la dépense. S’agit-il d’une dépense de type microéconomique (celui de l’entreprise) ou d’une dépense de type macroéconomique (celui de la société)?

 

Viennent alors les questions de savoir quelles relations les rapports sociaux déterminent entre ces 2 niveaux? Le niveau microéconomique est-il le plus important? Est-ce au contraire celui de la société? Comment ces deux niveaux sont-ils en interaction?

 

Ce texte contient est structuré autour de 2 parties principales. La première est consacrée à la marchandise capitaliste et la deuxième à la marchandise socialiste. En conclusion, je dirai quelques mots sur la dictature démocratique du peuple. Pour faciliter la lecture de ce texte, je propose de publier séparément chacune de ses parties.

 

 

 

 

La marchandise capitaliste

 

Marx aborda le sujet de la marchandise capitaliste, sans le traiter vraiment, dans un chapitre initialement prévu pour le Capital, chapitre qu’il ne publia pas et qu’il a sans doute considéré comme n’étant pas au point[1].

 

Outre l’imperfection de cet écrit initial, il estima peut-être qu’il n’avait pas besoin d’une analyse fouillée du concept de marchandise capitaliste pour exposer l’essence de l’exploitation capitaliste et qu’un texte de ce genre compliquerait la lecture de son livre plus qu’elle ne la simplifierait. La publication de cette analyse aurait donc, vraisemblablement, été, par lui, reportée à plus tard.

 

Il donna cependant, dès le début du Capital, de très importantes indications sur la marchandise capitaliste en montrant que le profit capitaliste avait seulement le travail des salariés pour origine. Le profit, expliqua-t-il alors, était cette partie du travail vivant total dépensé dans l’entreprises que le chef d’entreprise, le capitaliste, était en mesure de s’approprier «gratuitement», cela pour 2 raisons.

 

La première était que le capitaliste était le propriétaire privé du capital, le salarié étant, par définition, dépourvu de toute propriété sur les moyens techniques, sur les matières premières, sur les bâtiments servant à produire, et de tout accès conséquent au crédit bancaire.

 

La deuxième était que le salarié vendait régulièrement au capitaliste le droit de le faire travailler pendant un certain temps. Le salarié, dit Marx, vend l’usage de sa force de travail pendant un certain temps.

 

Au total, le premier chapitre du Capital, même s’il ne traite pas explicitement de la marchandise capitaliste, accomplit les 2 fonctions suivantes.

 

  • Il permet de dire que toutes les composantes de la valeur d’une marchandise, quelle soit capitaliste ou autre, sont les résulats et les manifestations du travail. Le profit que contient la valeur de la marchandise capitaliste a donc le travail pour origine.

 

  • Il part de l’expérience courante de chacun., à savoir les marchandises. Le capitalisme, écrit-il, est une immense accumulation de marchandises. Il prépare ainsi l’exposé de l’exploitation capitaliste en montrant, dans les chapitres qui suivent, comment le travail produit le profit.

 

Poursuivre l’œuvre de Marx

 

Cela dit, le besoin d’approfondir ce concept se fait aujourd’hui sentir, pour trois raisons.

 

La première est que le monde des marchandises capitalistes est en pleine expansion. Notre époque est celle du capitalisme industriel de la maturité. Par rapport à ce que Marx observait, les capitalistes cherchent à étendre à de nouveaux domaines, ceux de la nature par exemple, la sphère de la production capitaliste.

 

Il est clair, ensuite, que le capitalisme n’est plus seulement une immense accumulation de marchandises réelles. C’est aussi une immense accumulation de marchandises financières.

 

Ensuite encore, les entreprises, travailleurs inclus, deviennent à leur tour des marchandises courantes. Les salariés d’une entreprise sont de plus en plus souvent, dans le cadre de la mondialisation, vendus 2 fois: 1) Ils se vendent comme salariés ordinaires sur le marché du travail, 2) Dans le cadre de la mondialisation capitaliste, ils sont vendus comme salariés de telle ou telle entreprise dont on estime le “goodwill”.

 

Ensuite encore, en raison du développement des forces productives, «l’information», ou «le grand nombre» (ce qu’on appelle les effets de club), deviennent des sources de profits, ce qui conduit à les considérer comme des marchandises.

 

Enfin, chacun peut faire l’expérience que le capitalisme a donné naissance, au cours du 20ème siècle, à des marchandises particulières, formellement contradictoires des marchandises capitalistes courantes. Ce sont des «marchandises publiques», ou des «marchandises de services publics». Il s’agit de comprendre la signification de ces formes marchandes particulières au moment où la bourgeoisie dirigeante en opére la retroversion accélérée en marchandises capitalistes ordinaires.

 

En bref, le monde des marchandises a beaucoup changé depuis Marx. Et puisque dans les faits le problème de la fin du capitalisme est concrètement posé, il semble d’autant plus approprié de comprendre en profondeur la marchandise capitaliste que l’on devrait pouvoir ainsi mieux en esquisser les transformations nécessaires.

 

La deuxième raison de cet approfondissement est que Marx a seulement permis de comprendre les traits essentiels de la marchandise capitaliste. Mais son analyse est statique. Il y manque le mouvement de la valeur des marchandises, sa circulation, ce qu’il projetait de faire dans le livre III du Capital. La marchandise capitaliste, et donc la valeur de cette marchandise, est un processus. La marchandise est non seulement produite (avec un profit), elle est aussi consommée et sa valeur circule.

La troisième raison de cet examen est que le marché et la marchandise ne sont pas, selon moi, des formes exclusivement réservées au capitalisme. Il existe un marché socialiste et une forme marchandise socialiste. Mon hypothèse est donc que l’économie de marché socialiste est autre chose qu’une économie de marché capitaliste qui serait dirigée à la trique, cette dernière ayant pour nom la dictature démocratique du peuple. Il est vrai que dans une économie socialiste, toutes les entreprises, capitalistes ou socialistes, ont pour obligation de satisfaire les besoins populaires et de respecter la loi socialiste. Cette orientation doit être scrupuleusement suivie quitte à mettre en oeuvre les moyens de pression nécessaires. Cela dit, le socialisme doit être compris, me semble-t-il, comme une formation composite, expérimentale, socialement innovante. Je tiens que la marchandise socialiste fait partie de ces innovations. Ce qui siuppose de bien comprendre ce qu’est une marchandise capitaliste.

 

Approfondir le concept de marchandise capitaliste

Quand Marx, au tout début du Capital, étudie la marchandise, il n’en retient que les traits essentiels, déjà mentionnés. Ces traits sont ceux de la production.

 

Mais la marchandise n’est pas seulement produite. Elle est aussi consommée et sa valeur circule entre le moment de sa production et celui de sa consommation.

 

Approfondir le concept de marchandise capitaliste suppose donc, pour chaque marchandise capitaliste, non seulement de faire une coupe instantanée sur le moment de sa production (ce que fait Marx dans le chapitre 1 du Capital), mais de la considérer comme un tout. La marchandise capitaliste est la forme valeur d’une quantité de travail, laquelle doit circuler pour être consommée et ainsi transformée en valeur monétaire.

 

Cela suppose également de passer du point de vue microéconomique au point de vue macroéconomique. Car l’aspect remarquable du processus de circulation capitaliste est que, en circulant, la valeur de chaque marchandise particulière se trouve en contact et en confrontation nécessaire avec celle de toutes les autres marchandises capitalistes. Dans le capitalisme, la production est micro-économique et la consommation, bien qu’individualisée, est macroéconomique. Chacun consomme, à titre individuel, des marchandises qui furent, toutes ensemble, portées sur le marché.

 

Le moment de la macro-économie (la consommation) influence à son tour celui de la microéconomie (la production). Ce va-et-vient permanent entre le niveau de la microéconomie et celui de la macroéconomie est la forme particulière que prend la «socialisation» du travail dans le système capitaliste.

 

Le tableau 1 ci-dessous, prend appui sur les écrits de Karl Marx et de Mickal Kalecki relatifs à la dynamique économique. Mickal Kalecki (1899-1970) était un économiste polonais, très intéressé par Marx, comme le furent Joan Robinson et Nicholas Kaldor. Les idées que Keynes présenta dans sa Théorie Générale, en 1936, faisaient alors partie de l’air du temps, comme l’indiqua Michel Luftalla dans sa préface à la traduction française de l’oeuvre maîtresse de Kalecki[2]. Le tableau 1 visualise les étapes du processus suivi par chaque marchandise et, simultanément, par l’ensemble des marchandises. Ce processus est social et fait intervenir les diverses classes de la société. La société capitaliste dont je décris le mouvement de la valeur marchande est ici une société simplifiée à 2 classes sociales. Je retiens en plus l’hypothèse, elle aussi très simplificatrice mais souvent faite dans les raisonnements économiques, que les salariés sont les seuls à consommer à titre final (les capitalistes ne mangent pas, etc.) et que les capitalistes sont les seuls à investir.

 

 

Tableau 1 : La circulation de la valeur des marchandises, de la production à la consommation (pendant une année)
Production

(Les Capitalistes)

Consommation

(Les 2 classes fondamentales)

v1= α1k1 + s1 +pr1

v2= α2k2 + s2 +pr2

.

.

.

vn= αnkn + sn +prn

 

 

 

 

VP

 = αK + S + PR

Ouvriers  Capitalistes Marché
O1= β1S

O2= β2S

.

Om= βmS

La somme des salaires = S

C1 = INV1

C2 = INV2

.

Cn = INVn

La somme des investissements = INV

 

 

VC

= S + INV

 

Voici le commentaire de ce tableau.

 

Les 2 premières colonnes sont consacrées à la production, qui est l’affaire des n capitalistes de la société considérée. Dans la 1ère colonne figure la valeur de la production de chaque entreprise. Cette valeur est égale au prix unitaire des produits de chaque entreprise multiplié par la quantité produite. C’est une image du travail dépensé globalement dans chacune d’elles, et payé, mais c’est aussi une image de la quantité de travail gratuit que chacune espère récupérer sur le marché, soit pr, compte tenu du capital k qu’elle a mis en oeuvre. L’entreprise 1, par exemple, a utilisé la quantité k1 de capital fixe. Elle en a consommé que la quantité αk1 (usure des machines pendant i an). De plus, elle a embauché des salariés et leur a versé la masse salariale s1. Elle espère bien, eu égard aux lois économiques du capitalisme, récupérer la quantité de profit pr1. Mais c’est seulement une anticipation,ce n’est pas une réalisation. C’est un espoir, ce n’est pas une réalité. Comme l’écrit Marx, la marchandise capitaliste doit effectuer «le saut de la valeur».

 

La colonne 2 indique le point de vue macroéconomique relativement à la production. C’est la quantité totale de valeur qui se prépare à sauter, ou encore la somme de la valeur marchande anticipée de la production de toutes les entreprises.

 

Les 3 dernières colonnes montrent comment s’effectue le saut de la valeur, comment la valeur marchande anticipée de la production est consommée ou ne l’est pas. Elles montrent si les espoirs de tous les capitalistes sont acceptés ou non par le marché.

 

En réalité, le marché est une institution, ce n’est pas une personne. Il n’a pas de volonté. Ce qui se produit est le processus suivant. D’un côté, les capitalistes, qui agissent séparément les uns des autres, produisent globalement une certaine quantité de produits et de valeur marchande. Mais comme ils sont séparés et indépendants les uns des autres, ils peuvent très bien vouloir consommer ou permettre de consommer une quantité de produits et de valeur marchande différente de celle que, globalement, ils ont produite.

 

Voici l’explication de cet éventuel écart entre les espoirs (la production) et la réalité (la consommation, les achats). D’une part, côté production, les capitalistes ont utilisé une quantité K de capital. Ils en ont consommé (détruit) une partie : αK. Cela dit, le profit rémunère l’utilisation du capital et non l’usure du capital. Ayant utilisé une quantité K de capital, ils espèrent obtenir une rémunération pour ce capital utilisé. Globalement, cette rémunération s’élève à PR, correspondant à un taux de profit moyen PR/K. Les capitalistes ne connaissent pas clairement ces quantités macroéconomiques. Ils ne connaissent avec certitude que le pr et le pr/k de leur entreprise. Mais l’observateur de l’économie capitaliste, qui fait la théorie du marché capitaliste et des marchandises qui s’y échangent, sait que cette quantité existe. La récupération de cette quantité, pr, ou PR pour l’ensemble, est certes une quantité espérée, mais ce n’est pas une quantité imaginaire, pas plus que les taux de profit correspondants. Car il y a bien eu une quantité K de capital qui fut utilisée pendant l’intervalle de temps considéré. PR est la rémunération d’ensemble de ce capital dans les conditions de taux de profit du moment.

 

D’autre part, côté consommation, ou achats, les deux classes sociales caractéristiques du capitalisme se retrouvent sur le marché.

 

Les m ouvriers ont reçu la promesse d’un salaire au début de l’année. Le total de la masse salariale versée aux salariés est S. Chacun en reçoit une part β conformément à ses capacités, au secteur où il travaille, au temps pendant lequel il est employé, etc. Cela dit, cette quantité est connue. Les salariés, comme on dit, dépensent ce qu’ils gagnent. Je n’entre pas ici dans le détail de ce qu’on appelle l’épargne des salariés. Je m’en tiens au raisonnement suivant : on leur a promis S pendant l’intervalle considéré, ils (elles) dépensent S pendant cet intervalle pour consommer à titre final.

 

Les capitalistes, de leur côté, ne se sont faits aucune promesse de revenu. Ils ont, chacun, un espoir de revenu, pr et donc PR pour l’ensemble. Mais comment cet «espoir de revenu» peut-il devenir «réalité de revenu»? La réponse que les économistes classiques, depuis les physiocrates, ont donné à cette question, est la suivante.

 

Pour que les capitalistes puissent disposer d’un revenu, ils ont besoin d’une source d’argent, d’un trésor initial, qui leur permette de faire tourner la machine économique, de dépenser. C’est lorsque, grâce à ce trésor initial, ils ont eu fait tourner la machine économique, qu’ils disposent du revenu leur permettant de dire si leurs espoirs de revenu (de profit) sont satisfaits ou ne le sont pas. Ce ne sont pas les espoirs actuels de profit qui déterminent les investissements réalisés. Ce sont les investissements réalisés (la dépense en investissements) qui déterminent la quantité de profit finalement perçue, et donc le taux de rentabilité à la fin de l’intervalle.

 

Reprenons ce raisonnement. Dans le monde moderne, le trésor initial, la source nécessaire de fonctionnement de la machine économique capitaliste, ce sont les banques, dispensatrices de monnaie via le crédit. A quoi sert le crédit? A acheter des biens d’investissement, des machines, des matières premières, des bâtiments, à payer des salaires. En fonction de quoi ces achats sont-ils effectués?

 

Cette question reçoit plusieurs réponses. La première raison de l’achat d’équipements nouveaux est le remplacement des équipements anciens usés. La deuxième raison est l’anticipation que les entrepreneurs font, chacun de leur côté, des perpectives de profit et de taux de profit dans leur secteur et dans l’ensemble de l’économie. Ils en déduisent les investissements devant être réalisés dans ce but. Encore faut-il qu’ils trouvent le crédit leur permettant de réaliser leurs investissements.

 

L’objet de la 4ème colonne du tableau 1 est de montrer le total des investissements réalisés par chaque capitaliste et par tous les capitalistes pendant l’intervalle, en fonction des taux de rentabilité anticipés.

 

Au total, il apparaît que le marché capitaliste a reçu la quantité VP de biens marchands et qu’il en a été acheté la quantité VC. Le marché est équilibré si VP=VC, ou encore si :

 

S + PR = S + INV, c’est-à-dire si PR = INV (là encore, pour simplifier, je ne tiens pas compte de αK, l’usure du capital fixe et des matières premières).

 

L’économiste britannique Nicholas Kaldor a résumé ce processus en disant que «les salariés dépensent ce qu’ils gagnent alors que les capitalistes gagnent ce qu’ils dépensent». L’accès au crédit bancaire est donc le complément nécessaire de l’exploitation capitaliste dans l’entreprise. Si les capitalistes investissent la quantité INV en biens capitaux divers, alors la classe capitaliste réalise la quantité PR de profits. Comme le montrent les schémas de la reproduction, des investissements ont été produits. Mais la quantité de ces investissements qui sera vendue dépendra des perspectives de rentabilité.

 

S’ils investissent une quantité INV > PR, les capitalistes réalisent un profit monétaire supérieur à ce qu’ils espéraient. Les affaires sont stimulées même si l’excédent de profit monétaire par rapport aux anticipations se traduit par de la hausse des prix.

 

Le résultat est inverse si INV < PR. Dans ce cas, l’économie est en difficulté. En système capitaliste, les prix ne sont théoriquement pas flexibles à la baisse en raison de l’exigence de rentabilité. Si INV < PR, le taux de profit général tend à baisser.

 

Cette approche de la dynamique de la marchandise capitaliste débouche, par conséquent, sur une première esquisse de la théorie des cycles en économie capitaliste.

 

On peut aussi montrer comment cette dynamique est à l’origine de ce que Marx appelait la tendance à la suraccumulation capitaliste. C’est la réponse aveugle de producteurs capitalistes, séparés les uns des autres et concurrents entre eux, aux effets macroéconomiques de leurs décisions microéconomiques, elles-mêmes prises dans l’aveuglement des conditions générales de la production et de la consommation. Je laisse de côté ces deux immenses domaines de la théorie.

 

La relation entre PR et INV (INV ==> PR)

 

Lorsque j’ai écrit ci-dessus : S + PR = S + INV, j’ai écrit une égalité et j’en ai immédiatement déduit, en reprenant sans discussion les conclusions de Kalecki, que l’investissement global déterminait la profit global. En réalité, ce que j’ai considéré comme évident ne l’est pas et doit être expliqué. Tout capitaliste dira que c’est le profit par lui réalisé qui détermine son investissement et non l’inverse. Il en déduira que c’est l’ensemble des profits réalisés par toutes les entreprises qui est déterminant de l’investissement total et non ce qu’a écrit Kalecki.

 

Pour affirmer comme il l’a fait sa conclusion théorique, Kalecki a donc dû affronter la critique que tout capitaliste ne manquera pas d’énoncer à son propos, et cela au nom du bon sens. Les capitalistes se trompent, pourtant, de penser ainsi de la même façon qu’ils sont dans l’erreur lorsqu’ils estiment tous, que la réduction des salaires dans leur entreprise est un moyen de sortir d’une crise économique. Keynes a fort bien montré le caractère illusoire de cette compréhension du système capitaliste lui-même. Par définition de leur place et de leur rôle, décentralisés et séparés, dans le mode de production capitaliste, les capitalistes ont une approche inversée de son fonctionnement d’ensemble. Ils croient que ce sont leurs décisions qui le déterminent alors que c’est le fonctionnement de l’ensemble qui détermine le périmètre de leur capacité à décider.

 

Je vais d’abord indiquer la façon que Kalecki a eu de comprendre la relation entre PR et INV, à savoir PR déterminé par INV. J’ajouterai ensuite quelques remarques, nécessaires me semble-t-il, pour résoudre ce problème théorique conformément à la pensée de Marx.

 

Pour Kalecki, la relation entre PR et INV doit être comprise dans le sens INV==>PR pour la raison que les capitalistes ont un pouvoir de décision concernant leurs investissements mais n’en ont pas concernant leurs profits. Cette explication est tout à fait valable.

 

Mais voici les remarques que je crois nécessaire d’ajouter à cette explication. Le point de vue du capitaliste selon lequel c’est le profit qui ferait l’investissement reflète simplement l’inversion des phénomènes qu’engendre le système capitaliste dans la conscience de ses agents. Elle reflète aussi la méconnaissance de leur situation d’exploiteur du travail humain .

 

D’une part, les capitalistes ont une approche microéconomique de la situation générale. Chacun d’entre eux se perçoit comme un primum movens (un premier moteur) dans l’ensemble social. D’autre part, ils n’ont aucunement conscience de s’approprier du temps de travail. Pour eux, la valeur est une catégorie en soi. Elle existe et existera de tout temps. Puisque la valeur existe, il est inutile d’en concevoir la source. La valeur fait partie des choses et contient un profit, point à la ligne

 

Le système conduit donc ces agents à considérer que c’est le profit individuel qui permet d’investir à titre individuel. Si la valeur d’un produit ne contient pas de profit, ce n’est pas une marchandise.

 

Le mouvement réel, selon les marxistes, est l’inverse de cette représentation. C’est la macroéconomie qui décide du sort de chaque capitaliste. C’est l’investissement global qui fait le profit global et par suite le profit individuel. La raison de l’antériorité de l’investissement global par rapport au profit global, puis de l’antériorité du profit global par rapport au profit individuel s’explique, me semble-t-il, de la manière suivante.

 

Le profit est la forme d’un travail non payé. Mais ce travail, qui fut dépensé à produire, n’a aucune existence concrète. On ne trouve aucun atome de travail, dit Marx, dans une marchandise. On peut dire que la valeur n’est qu’une ruse du marché et que le profit n’est qu’une ruse du marché capitaliste. En utilisant le mot “ruse”, je veux simplement exprimer que la valeur est à la fois vraie, tangible (c’est du travail) et qu’elle est simultanément totalement imaginaire, relative. C’est la forme que prend le travail dans certains rapport sociaux. Le travail dépensé pendant la production a réellement été dépensé, mais il est invisible dans les produits.

 

Pour que le travail privativement approprié par les capitalistes devienne visible, il lui faut revêtir la forme d’une ou de plusieurs valeurs d’usage qui le concrètisent. Ici, par hypothèse, la valeur d’usage permettant de concrétiser la valeur que les capitalistes s’approprient gratuitement (leur profit) est l’investissement. Par hypothèse, ils ne consomment pas à titre final, et l’investisement dont ils sont les propriétaires est situé au cœur du processus d’exploitation du travail. Après que les capitalistes aient acheté leurs investissements grâce au crédit bancaire, le profit global devient réel. Il prend corps. C’est ensuite qu’ils se le partagent, chacun en fonction de son propre capital et dans la concurrence.

 

Certes, la réalité ne se déroule pas de cette façon, de manière séquencée et successive. Le mouvement est continu au cours d’un intervalle de temps. Il est le mélange intime et rétroactif des comportements microéconomiques et de la macroéconomie. Cela dit, la relation de Kalecki entre INV et PR, puis entre PR et les différents pr, relation qu’il est commode et pédagogique de reconstruire ainsi, trouve son fondement dans la réalité économique. Ce n’est pas une construction intellectuelle imaginaire.

 

En effet, le système bancaire reçoit plus d’informations de la part du système économique que chaque capitaliste n’en perçoit. Or ce système est au coeur du fonctionnement concret du capitalisme industriel. Par conséquent, les entreprises empruntent de l’argent dont le taux de l’intérêt varie au cours du temps en fonction de la situation générale. De plus elles font l’expérience du marché, de sa capacité à absorber leurs produits. Enfin, une opinion générale se dégage relative au climat des affaires. Au total, les entreprises, qui disposent d’un capital initial font des plans de production et cherchent à rentabiliser leur capital, à dégager une certain quantité de profit. Mais les conditions générales de la production, le coût du crédit, le climat des affaires, l’état du marché, les conduisent à investir de telle ou telle manière, en sorte que les investissements totaux qui se dégagent finalement de leurs décisions déterminent le montant du profit réalisé par elles au cours de l’intervalle. Or ces 2 quantités peuvent être différentes.

 

 

De l’importance des concept de macroéconomie et de circulation du capital

 

Je souhaite, ici, mettre en lumière un autre point de théorie. C’est l’apport de Keynes et de tous les économistes de son époque sensibles à cet aspect du fonctionnement économique que d’avoir insisté sur le rôle primordial de la Demande pour la reproduction du système. Il s’agit en réalité de la Dépense car, en système capitaliste, la Demande doit toujours être, comme disent les économistes, «armée d’un pouvoir d’achat». Quoiqu’il en soit, après Keynes, la compréhension que les marxistes avaient de la théorie de Marx a dû évoluer d’autant. Il ne s’en suit pas que les spécificités de la théorie marxiste aient disparu.

 

Marx a étudié le fonctionnement de l’Offre : l’exploitation capitaliste. Il a eu l’intuition, avec les schémas de la reproduction (le Livre II du Capital) de ce que les économistes appellent aujourd’hui la macroéconomie. Keynes a eu, lui aussi, un raisonnement de type macroéconomique, tout en apportqnt l’idée fondamentale suivante : pour comprendre la dynamique du système capitaliste, il ne suffit pas d’analyser l’Offre économique, car l’aspect déterminant de cette dynamique est la Demande, la dépense.

 

Cette conclusion est générale. On la retrouve au niveau de l’analyse de la marchandise capitaliste et du mouvement de sa valeur, comme je viens de le montrer.

 

Une question théorique est alors soulevée. Le rôle primordial de la Demande et de la Monnaie signifierait-il que ce sont les flux de monnaie qui engendrent le profit? Peut-on, par conséquent, concilier la théorie de Marx selon laquelle le travail est à l’origine de la valeur, et donc du profit, et les théories de la Demande selon lesquelles c’est l’accès au crédit et la Dépense qui déterminent le profit?

 

Je crois que l’existence de cette interrogation théorique résulte de la présentation qui est généralement faite du processus de la production marchande capitaliste. La production y est représentée en valeur, avec ses 3 composantes principales (amortissements, salaires, profits). C’est une quantité abstraite. C’est le niveau de l’essence. La consommation, en revanche, y est représentée en valeur et en valeur d’usage. C’est une quantité concrète, tangible. C’est le niveau du phénomène. Les observateurs du capitalisme peuvent considérer que seul le phénomène est connaissable, en sorte que la référence au niveau essentiel serait un choix parmi d’autres mais que ce serait uniquement un choix, l’essence n’étant pas connaissable scientifiquement. Puisque le phénomène (la Demande) serait seul connaissable, il s’en déduirait que son rôle serait primordial, déterminant.

 

En réalité, tant la production que la consommation sont à la fois mesurées en valeur et en valeur d’usage. La production est, elle aussi, concrètement connaissable. Elle est faite de biens de consommation et de biens d’investissements. Ce n’est pas uniquement une quantité «en valeur».

 

Mais si l’on commence par privilégier la dimension valeur de l’économie, tout semble se passer, lorsqu’on analyse la dynamique du capitalisme et de la marchandise capitaliste, comme si les achats de capitaux (la valeur d’usage) «faisaient» le profit (la valeur), comme si les emprunts effectués par les capitalistes auprès du système bancaire en étaient la source. Le profit (l’exploitation du travail) ne serait plus la conséquence de la forme marchandise de la force de travail en liaison avec la propriété privée des moyens de production. Ce serait l’un des résultats engendrés par la dépense du revenu.

 

On observe, en effet, que les théories de la Demande ont nourri une sorte de radicalisme théorique, critique du capitalisme (cf. par exemple en France les écrits du Doyen Barrère), mais différent du radicalisme révolutionnaire de Marx, pour la raison qu’elles évacuaient le travail comme source de la valeur.

 

Car pour Marx, il ne suffit pas de changer les conditions de l’accès à la monnaie pour changer le système. Cela peut sans doute conduire à le corriger de manière provisoire, mais n’en supprime pas les contradictions antagoniques. Tel est le fin fond de la critique que l‘on peut apporter au keynésianisme de gauche et que je me suis efforcé de développer dans de précedents textes publiés sur ce site. Pour révolutionner le capitalisme en profondeur, il faut modifier totalement les conditions de son fonctionnement marchand, et notamment le statut marchand de la force de travail, ainsi que la propriété privée des moyens de production. Il ne suffit pas de modifier la Demande.

 

C’est pourquoi l’approche marxiste, selon moi, ne peut être désignée formulée comme étant simplement une théorie celle de l’Offre. Le marxisme n’est pas seulement une théorie de l’Offre dans laquelle il serait fait état de l’exploitation du travail humain. C’est une théorie de la contradiction entre l’Offre (exploitation du travail humain) et la Demande (réalisation monétaire de ce travail), de leur unité et de leur opposition au sein du processus de circulation du Capital, lui-même décrit au sein des schémas de la reproduction. Le concept marxiste de la contradiction vivante entre l’Offre et la Demande est celui de la Circulation Macroéconomique du Capital, avec tout ce que le concept de Capital implique concernant l’exploitation du travail.

 

Principales conséquences de cette analyse

 

  • Le retour au peuple de la gestion de la monnaie est l’une des conditions nécessaires d’exercice de la démocratie économique et du socialisme. Ce retour est l’un des aspects importants de ce que les Chinois appellent la dictature démocratique du peuple. L’absence de souveraineté monétaire dans chacun des pays composants l’Union européenne signifie que la gestion du capitalisme est désormais organisée au niveau global de tous les pays membres de cette Union. Elle est dans les mains de la Banque Centrale Européenne. Les banques nationales locales n’en sont que les supplétifs. Il est banal mais nécessaire de rappeler que la lutte pour le socialisme en France suppose que la souveraineté monétaire soit reconquise et que l’accès des capitalistes au crédit soit contrôlé par les ministères compétents et placé dans les cadres généraux de la planification de la production et de la dépense.

 

  • La dynamique du produit marchand éclaire la façon dont se mettent en oeuvre le processus de suraccumulation du capital ainsi que les crises économiques. Dans l’oeuf de la marchandise capitaliste existent la vie du capitalisme, ses excès et ses crises.

 

  • Dans la mesure où la marchandise capitaliste est nécessairement porteuse d’un profit décentralisé, l’accès de la masse des consommateurs à des marchandises de meilleur prix suppose toujours qu’un certain nombre des travailleurs produisant ces marchandises soient chassés de la production ou surexploités. Avec la forme marchandise capitaliste, les réductions de prix sont, en moyenne, antagoniques du travail en place.

 

  • Dans les rapports marchands capitalistes, le travail est mis en oeuvre d’une façon entièrement déterminée par le système de la valeur des marchandises capitalistes et donc par le profit qu’il rapporte. D’abord cette mise en oeuvre est décentralisée. Chaque entreprise embauche selon son gré. L’emploi global n’est qu’une résultante des embauches locales, et celles-ci sont d’abord déterminées par le taux de rentabilité attendu. Le capitalisme ne produit pas pour la valeur d’usage. Il produit pour le profit, comme l’indique a contrario l’exemple des maladies rares, par définition peu rentables, et donc peu investies par les entreprises capitalistes.

 

  • L’emploi est dépendant de l’investissement

 

  • Cette mise en oeuvre décentralisée met en contradiction les salaires versés et les profits réalisés. En effet, chaque capitaliste est incapable de comprendre, en raison de sa position microéconomique, qui le rend aveugle à l’ensemble de l’économie, que les salaires qu’il verse, en tant qu’entrepreneur, contribuent à la dépense d’ensemble.

 

  • Par conséquent, comme l’ont très bien compris Marx et Keynes, la réponse apportée par chaque capitaliste est inévitablement celle de la surexploitation, de la réduction des salaires, pour affronter la concurrence, aujourd’hui mondialisée, pour investir à nouveau. Ce faisant, les capitalistes, chacun dans leur coin, ignorent qu’ils rendent les conditions macroéconomiques de réalisation de la valeur encore plus difficiles.

 

  • Ensuite encore, ce mode de fonctionnement du travail qu’est la marchandise capitaliste, entraîne une série de ruptures et de discontinuités relativement aux forces de travail, elles aussi marchandes. Dans ce système, la force de travail fonctionne de manière «heurtée». Elle est toujours dans l’a posteriori, comme l’est le marché capitaliste. Alors que le progrès des forces productives supposerait une planification socialisée, diligente, anticipatrice et continue de l’amélioration et de l’accroissement des qualifications, des savoir-faire et des compétences, les rapports sociaux capitalistes tendent à inverser ce processus, voire à l’empêcher. Mais alors, comment développer massivement les qualifications si le système cherche, tout aussi massivement, à dévaloriser la force de travail? Cette forme de fonctionnement n’est-elle pas aujourd’hui antagonique des progrès techniques en cours?

 

Le texte suivant (deuxième partie) aura pour but de montrer comment la marchandise socialiste diffère de ce shéma et le contredit dans la mesure où elle tend à reposer sur la socialisation de l’investissement.

 

 

La marchandise socialiste

 

Le socialisme est une forme de société transitoire entre la société capitaliste et la société communiste. Bien que l’économie n’en soit certainement pas la seule dimension, c’est d’elle dont je vais traiter dans cette deuxième partie, avec la conviction que le socialisme sera nécessairement marchand, eu égard aux phénomènes de rareté qui s’y feront jour pendant un temps pouvant être très long à l’échelle humaine et au rôle que les consommateurs peuvent y jouer pour l’orientation de la production. Les dirigeants chinois, par exemple, estiment que leur pays, qui fonctionne dans le cadre d’une économie de marché socialiste, n’en est qu’à la première phase du socialisme et que celle-ci pourra durer un siècle.

 

Cette deuxième partie est divisée en 4 sous-parties.

 

En premier lieu, je vais montrer qu’il existe au moins 2 sortes de marchés distincts, le marché socialiste et le marché capitaliste.

 

J’indiquerai ensuite quelles sont les principales caractéristiques d’une marchandise socialiste.

 

Puis je rappellerai diverses théories et notions élaborées au sein du capitalisme industriel de la maturité. Elles sont une introduction à la théorisation du marché et des marchandises socialistes.

 

Enfin, je traiterai des marchandises qui, à mon avis, sont situées au coeur d’un marché socialiste à notre époque et que j’appelle, après Heinrich Storch, les services de «civilisation».

 

 

Le socialisme sera marchand et le marché n’est pas uniforme : marché capitaliste et marché socialiste.

 

Mon hypothèse, au vu tant des débuts de l’expérience soviétique que de l’expérience chinoise d’après 1978, est que le socialisme à venir devra être marchand. Je crois toutefois que cette formation sociale reposera sur une base marchande différente de celle des formations sociales capitalistes. Selon moi, le marché capitaliste n’est pas le marché socialiste. Cela dit, tout le monde n’en est pas convaincu. Je vais donc argumenter ce point et indiquer les raisons pour lesquelles cette différence existe. Je vais le faire en deux temps.

 

Je dirai tout d’abord que l’observation permet de conclure à la possibilité de cette différence. En effet, le marché est d’essence duale. Certes il rassemble des producteurs isolés, indépendants, propriétaires de leurs produits. C’est la caractéristique qui plaît aux capitalistes et c’est la seule que ces derniers retiennent pour parler du marché. Mais une autorité supérieure doit nécessairement contribuer à son organisation et à son fonctionnement global. Les Etats sont intervenus pour sécuriser les routes d’accès aux marchés, pour contrôler le poids métalliques des monnaies utilisées dans l’échange, pour contrôler les balances, etc. La muraille de Chine est un exemple d’une construction étatique qui fut à l’origine d’importantes relations commerciales entre la Chine et l’Occident. Cette caractéristique ne plaît pas aux capitalistes, qui l’oublient dès qu’il s’agit de définir le marché, même si la forme sociale à laquelle ils adhèrent en a besoin.

 

Par conséquent, puisque le marché est dual par essence, qu’il est à la fois et indissociablement de nature «privée» et «publique», on peut comprendre que l’évolution historique ait orienté les sociétés marchandes tantôt dans un sens et tantôt dans l’autre. L’histoire des marchés montre que la différence entre ces deux modalités est possible. Le marché étatique est l’une d’elles. C’est la forme d’organisation marchande dans laquelle la collectivité et l’Etat, qui en est le bras armé, ont le pouvoir relativement aux agents décentralisés du marché capitaliste. Dans ce dernier, au contraire, les forces sociales privées sont dominantes et dominatrices. L’Etat, la collectivité leur sont subordonnés.

 

Cette dualité n’est jamais, cependant, qu’une possibilité de différence. Un marché étatique n’est pas nécessairement un marché socialiste. D’autres facteurs doivent intervenir pour que que le marché soit un marché socialiste. Pour que le socialisme et que le marché socialiste existent, en rupture avec le capitalisme, encore faut-il que certains principes politiques, appuyés sur des institutions adaptées, soient mis en oeuvre.

 

Le principe de guidage et de structuration du marché faisant de celui-ci une structure socialiste est celui de la dictature démocratique du peuple.

 

Je reprends ici le terme utilisé par les Chinois et figurant dans leur constitution. Je ne m’engage donc pas dans une discussion visant à savoir s’il convient ou non de parler de dictature du prolétariat ou du peuple, s’il n’est pas logiquement contradictoire de parler simultanément de démocratie et de dictature, etc… Je crois que ces problèmes mériteront qu’on s’y arrête, et sans doute longuement.

 

Cela dit, en anticipant sur le résultat de ces débats indispensables (bien que pour moi d’une grande clarté), je souhaite simplement exprimer que pour rompre avec le capitalisme, les agents en charge du socialisme doivent affirmer, avec détermination, constance et fermeté, tout en prenant appui sur des institutions adéquates et dans le cadre d’un état de droit, que les intérêts du peuple sont désormais les plus importants à prendre en compte, que les capitalistes n’ont plus, et à jamais, la capacité d’en décider.

 

C’est ça, la dictature démocratique du peuple! La fermeté sans faille à l’égard des puissants d’hier, et, à partir d’aujourd’hui, la démocratie et le bien-être, également sans faille, pour le peuple. Tout le contraire de la gogoche, en quelque sorte. C’est précisément parce que, pour des raisons génétiques, la bourgeoisie refuse cette démocratie spécifique, qui serait synonyme de sa disparition, qu’elle se refuse à reconnaître l’existence de marchés socialistes. Pour cette classe sociale, il n’existe qu’une seule forme de marchés, ceux qu’elle contrôle et qui servent ses intérêts, lesquels sont antagoniques des intérêts populaires.

 

Encore une précision. Certes, le mode de production capitaliste doit disparaître définitivement dès les premiers jours du socialisme. On ne doit cependant pas exclure qu’une société socialiste, tant pour des raisons économiques que politiques, puisse laisser une place à la fois secondaire et non marginale à des entreprises capitalistes. En raison même de l’existence possible de ce type d’entreprises, il vient que, sous le socialisme, subsistent des marchés capitalistes. Ceux-ci ne devraient toutefois pouvoir fonctionner, à l’intérieur des pays concernés, que dans le contexte de marchés socialistes dominants, dans le strict respect de la loi socialiste et de la mise en oeuvre de la dictature démocratique du peuple.

 

 

 

 

Quelles sont les caractéristiques des marchandises échangées sur un marché socialiste?

 

En Chine, la raison historique, c’est-à-dire l’existence d’une formation sociale asiatique aux caractéristiques chinoises, s’est conjuguée avec la raison politique, la mise en place d’une démocratie populaire en 1949, pour aboutir en 1992, après une longue maturation, au concept «d’économie de marché socialiste».

 

Mais le socialisme remplacera le capitalisme dans d’autres zones que celles qui, comme la Chine, ont été historiquement marquées par une très forte présence du pouvoir d’Etat. Si l’histoire moderne de la Chine s’est faite avec l’Etat, celle des pays d’Europe occidentale s’est faite contre l’Etat et celle des Etats-Unis s’est faite (apparemment) sans Etat. Pour dégager quelles peuvent être les caractéristiques des marchandises socialistes, je me suis donc efforcé ici de raisonner en toute généralité, sans chercher à prendre appui sur l’exemple chinois. Voici les conclusions auxquelles j’aboutis.

 

  • Une économie socialiste doit globalement fonctionner de façon marchande. Il me semble que c’est et que c’est et que ce sera la règle. Le marché n’y sera toutefois pas une exigence de même nature et de même intensité que dans une économie capitaliste.

 

En effet, dans une économie capitaliste, le marché est une exigence absolue, et cela pour toutes les productions. C’est le marché qui y socialise toutes les décisions décentralisées prises par les entreprises, lesquelles sont privées et indépendantes les unes des autres. Dans une économie socialiste, le marché n’est pas la seule façon de socialiser le travail de production. La société a aussi le pouvoir d’y socialiser directement la production et de la mettre en rapport avec la consommation. Le marché y est de la nature d’un choix politique et non d’une exigence structurelle. C’est une garantie de fonctionnement optimal des rapports de consommation et dans une certaine mesure, des rapports de production. Mais les partisans du socialisme considèrent que l’intervention de la société peut être aussi une garantie d’optimalité.

 

Il découle de cette différence qu’un certain nombre de produits, considérés comme stratégiques pour la collectivité, y seront obtenus ou diffusés de manière directe, sans passer par le marché. A niveau technique égal, le nombre des marchandises devrait être moindre dans une économie socialiste que dans une économie capitaliste. Alors que le marché est une exigence absolue du fonctionnement d’une économie capitaliste, en raison de sa structure sociale privée et décentralisée, les marchandises d’une économie socialiste n’occupent pas la totalité de son espace économique. La proportion entre produits marchands et non-marchands va notamment dépendre du niveau des forces productives, de la maturité technique et politique des agents, de leur capacité à satisfaire les besoins de la consommation sans passer par le marché.

 

2) Dans une économie socialiste, abstraction faite des entreprises capitalistes qui y prennent place, généralement dans la sphère des biens de consommation finale, les marchandises ne sont pas d’abord produites pour rapporter un profit. Elles le sont pour satisfaire les besoins de la population. Elles peuvent être vendues à un prix égal à leur prix de production ou différent de lui. C’est par exemple, en Chine, le cas du riz. Certaines qualités de riz sont subventionnées en sorte que leur prix figure parmi les prix les plus bas de toutes les catégories de riz.

 

3) Sans doute une économie socialiste doit-elle respecter les règles de fonctionnement et d’équilibrage liées à “la loi de la valeur”, qui y prévaut encore. Elle doit, par exemple, respecter, sauf aide particulière ou acceptation de la dégradation de la valeur de sa monnaie, le principe selon lequel on ne peut consommer que ce que l’on a produit. Mais elle assure cet équilibre avec d’autres repères et selon d’autres cheminements que ceux d’une économie capitaliste.

 

Dans une économie capitaliste, le principe économique de guidage de l’économie, tant au plan individuel (microéconomique) que social (macroéconomique) est le taux de profit individuel (pr/k) et le taux de profit moyen général (PR/K).

 

Dans une économie socialiste, le principe économique de guidage des entreprises peut être pr/k, mais cette règle n’est pas absolue. Au plan de la société, ce principe tend à être Y/K, la productivité du Capital total en Revenu. J’essaierai de développer ce dernier point dans la suite de ce texte.

 

  • Les sociétés doivent non seulement produire, elles doivent investir. Une société capitaliste, puisqu’elle repose sur le principe de l’investissement privé et décentralisé, entraîne un processus spontané de suraccumulation microéconomique puis macroéconomique du capital et les gaspillages qui s’en suivent. L’équilibrage marchand de ce processus, nécessairement effectué a posteriori et dans la concurrence, est inévitablement générateur de pertes de travail et de matières. Les entreprises sur-investissent, ce qui entraîne un excès général de capital au plan de la société. Cet excès social de capital entraîne à son tour la baisse du taux moyen de profit, ce qui retroagit alors sur l’investissement et les modalités de l’exploitation du travail dans chaque entreprise. Ce processus est apparemment sans fin et, à progrès technique constant, il se traduit par la suraccumulation générale du capital et la baisse continue du taux de profit. A un moment donné, les entreprises ne peuvent plus vendre. L’efficacité marginale de leurs nouveaux investissements tend vers zéro. Ce processus doit être suivi, pour que l’économie fonctionne à nouveau de manière équilibrée, d’un processus contraire, correcteur, de dévalorisation et de destruction de l’excès de capital ainsi que de changements techniques et d’organisation.

 

En revanche, dans une économie socialiste, la marchandise «investissement» est non seulement planifiée «en valeur d’usage», mais «sa valeur» tend à être gérée socialement, sans recours au marché, ce qui ne veut pas dire de manière anarchique et illimitée. L’investissement nécessaire à la croissance de l’économie considérée étant déterminé a priori, il peut être socialement contrôlé, orienté, financé. L’investissement socialiste est, théoriquement, anticipateur et économe dans son principe. L’amélioration technique en est recherchée systématiquement, sans que celui nuise à la stuation des travailleurs.

 

  • Les marchandises socialistes sont des marchandises produites nationalement. Les importations et les exportations de marchandises, capitalistes ou socialistes, réalisées par une société socialiste sont effectuées dans le cadre d’une stratégie de développement national et pour la satisfaction prioritaire des besoins du peuple.

 

Un marché socialiste est donc un marché visant à satisfaire les besoins d’une population, dans un cadre territorial donné et stable, celui de la vie concrète de la population. C’est aussi un marché visant à préserver l’indépendance économique, politique et culturelle de ce cadre. L’intimité du lien entre socialisme et nation (ou Etat), et donc entre marchandise socialiste et nation (ou Etat) est une exigence d’aujourd’hui comme d’hier. La grande bourgeoisie mondialisée prétend le contraire. Pour elle, les nations, les Etats, n’auraient plus de justification, étant contredits et dépassés par le niveau et le mouvement des forces productives.

 

Il est vrai que dans une société capitaliste, ce sont les forces productives qui semblent déterminer tant le niveau optimal du marché capitaliste que celui de la décision politique et du champ politique correspondant. Mais de quelles forces productives s’agit-il? Ce déterminisme territorial, exercé en France aujourd’hui, que ce soit au niveau national ou régional et local, n’est qu’une illusion engendrée par les rapports sociaux capitalistes. Les forces productives matérielles, qui sont celles auxquelles la bourgeoisie fait référence, sont dotées d’une puissance technique mais elles n’ont pas de volonté politique autre que celle de la classe qui les possède. Les solutions territoriales associées à un certain niveau des forces productives matérielles ne sont pas uniques et sont la conséquence d’autres impulsions que celles de la technique.

 

Les forces productives matérielles contemporaines élargissent considérablement le champ d’intervention des agents et des individus de la société. Mais cet élargissement n’est pas en lui-même un facteur de remise en cause des principes antérieurs, nationaux ou locaux, d’organisation territoriale.

 

Si les classes dirigeantes remettent en cause le territoire national comme lieu de la décision politique, c’est surtout qu’elles remettent en cause le pouvoir, fut-il minime, du peuple à décider de ce qui lui convient. Car le peuple ne maîtrise pas la production et les rapports de production. En revanche, il connaît de manière pratique la consommation et les rapports de consommation. Il lutte pour améliorer sa consommation.

 

Or aujourd’hui, les capitalistes veulent produire au delà du cadre national. Ils cherchent à remodeler en conséquence les rapports de consommation, alors que les travailleurs continuent de consommer à l’intérieur de ce cadre. Les premiers disent : «Le cadre national est dépassé». Mais les seconds répondent : «Nous ne faisons que consommer dans le cadre national et bien que, désormais, vous produisiez ailleurs et cherchiez à réduire notre consommation nationale par référence à ce qui se passe ailleurs, nous, nous continuons à consommer dans ce cadre. Le cadre national, contrairement à ce que vous dites, n’est pas dépassé en ce qui nous concerne. Et puisque vous cherchez à réduire notre consommation, tant individuelle que publique, nous allons même chercher à le contrôler mieux».

 

La rupture territoriale et quantitative introduite par la mondialisation capitaliste entre les rapports de production et les rapports de consommation est à l’origine de la revendication nationale spécifique des couches populaires. En France, un parti tel que le Rassemblement national est bien incapable de satisfaire cette revendication. Quant à ceux des dirigeants communistes, qui, jusqu’à ce jour, n’ont rien trouvé de mieux que de soutenir, directement ou indirectement, la politique de la grande bourgeoisie, on ne voit pas pourquoi le peuple leur accorderait sa confiance.

 

Dans une société capitaliste, le soit-disant déterminisme des forces productives matérielles et le dépassement des nations dont elles seraient la cause ne font qu’exprimer la volonté de la fraction capitaliste dominante de rentabiliser son capital autrement que dans le cadre national et de réduire la consomation nationale.

 

En effet, ce sont ses membres qui possèdent la fraction matérielle de ces forces productives, qui en contrôlent le fonctionnement et qui, si l’on peut dire, « les font parler ». S’ils prétendent que les nations forment un cadre «dépassé», c’est parce que ce cadre est devenu pour eux, et pour eux seulement, une menace politique ou un empêchement économique de rentabilité. L’idéologie du dépassement des nations est un choix de classe, lié aux circonstances de la mise en valeur du capital.

 

Mais les travailleurs sont aussi des forces productives. Pourquoi seules les forces productives matérielles, qui ne parlent pas, auraient-elles droit à la parole, alors que les forces productives vivantes, les seules qui pensent et qui parlent, c’est-à-dire les travailleurs, n’auraient pas ce droit?

 

La bourgeoisie mondialisée de chaque Etat-Nation vise aujourd’hui à dissocier cette entité historique qu’est l’Etat-Nation. Chaque segment de cette classe sociale mondiale tend à nier sa propre Nation, tout en affirmant son Etat, pour prendre place au sein des contradictions inter-impérialistes. Le socialisme au contraire valorise l’Etat-Nation. La Chine, aujourd’hui, prend appui sur son Etat pour construire économiquement la Nation chinoise. La forme de l’Etat-Nation est la garantie que tous les peuples du monde, qu’ils soient grands, moyens ou petits, ont et auront droit à l’existence, au respect et à la parole. La marchandise socialiste est une marchandise nationale faite par un peuple souverain et pacifique.

 

La marchandise capitaliste, au contraire, est devenue une marchandise mondiale, faite pour le profit de la grande bourgeoisie mondialisée. Elle porte la guerre dans son sillage. Car la grande bourgeoisie voudrait que ces marchandises fussent produites par des peuples soumis, exploités, et simultanément, «dénationalisés».

 

  • Je vais terminer cet énoncé des principales caractéristiques d’une marchandise socialiste par deux remarques relatives à la force de travail. Celle-ci est sans doute une marchandise particulière mais elle est quand même une marchandise, et cela, même dans une société socialiste. Je ne crois pas, pour ma part, que le dépassement du marché, sous ses multiples formes, soit imminent, comme d’autres l’ont défendu.

 

A mon avis, le travail théorique consiste non pas à décider que le marché est une forme dès aujourd’hui moribonde, mais, sur la base de l’observation des contradictions propres au marché capitaliste, à cerner les changements radicaux devant y être introduits de telle sorte que l’on puisse caratériser le marché qui y fonctionne et les marchandises qui s’y échangent comme socialistes. C’est grâce à ces médiations formelles que le capitalisme sera effectivement nié par le socialisme. Le socialisme est certainement une phase transitoire entre le capitalisme et le communisme. Cela dit, cette formulation est trop générale pour être satisfaisante. Je dirai que, par exemple et pour essayer d’être plus précis, le socialisme est le processus de la négation graduelle, économique, politique, culturelle, du capitalisme et de ses marchandises, à commencer par la marchandise force de travail.

 

Ma première remarque concernant la force de travail a trait aux phénomènes suivants. Dans une société capitaliste, les forces productives matérielles déterminent absolument l’essence et le fonctionnement des forces productives humaines. Or je crains que le discours du Manifeste de 1848, en raison de sa puissance intellectuelle, mais en raison aussi de son illustration concrète (le moulin à eau, etc…), conduise un grand nombre des marxistes à ignorer que les forces productives sont matérielles et humaines. Contrairement à l’approche appauvrissante consistant à identifier les  forces productives aux forces productives matérielles, je dirai que le concept de forces productives est celui de la contradiction entre les forces productives matérielles et les forces productives humaines ainsi que de la dynamique de cette contradiction au fur et à mesure que les modes de production se déploient.

 

Mon hypothèse est que le socialisme devrait permettre l’épanouissement des nouvelles forces productives dans le renversement du rapport antérieurement existant entre les forces productives matérielles et les forces productives humaines. De dominées qu’elles étaient dans la phase industrielle du mode de production capitaliste, la composante humaine des forces productives deviendrait dominante. Au lieu que le travail vivant fût placé sous la dépendance complète du travail mort, c’est le travail vivant qui tendrait à commander au travail mort. La relation entre Y et K tendrait à s’inverser, dans la contradiction et la lutte, cela va de soi.

 

Dans un marché capitaliste, les caractéristiques de la force de travail sont développées de manière aveugle. Les «bons métiers» deviennent soudainement pour les travailleurs d’un certain âge de «mauvais métiers». Ils sont brutalement déclassés. La vie des travailleurs les plus âgés et formés dans les anciennes techniques tend à devenir misérable. Quant aux travailleurs plus jeunes, le déclassement des anciens ne leur procure aucun avantage. Rien ne leur garantit que, malgré leur maîtrise fraîchement acquise des nouveaux savoirs, ils puissent en vendre l’exercice.

 

Dans un marché socialiste, au contraire, l’investissement matériel serait potentiellement en rapport non antagonique avec l’emploi dans la mesure où l’investissssement déterminant tendrait à devenir celui de l’école et de la formation, de la recherche scientifique, technique, sociale, de la connaissance de l’environnement, social et naturel, de la culture et du sport, de la santé, de l’administration générale. Le fonctionnement marchand de la force de travail, qui y est encore la règle, ne devrait pas se faire au détriment de la vie des travailleurs, car c’est ce fonctionnement même qui serait à l’origine de la richesse marchande. Eu égard aux évolutions affectant les forces productives contemporaines et qui tendent à faire de la force de travail la force productive déterminante du procès de travail, on peut envisager que la formation des travailleurs devienne la cause de l’investissement matériel, et non l’inverse.

 

  • Ma deuxième remarque, concernant la marchandise force de travail dans une société socialiste, est la suivante. La vie d’un travailleur est l’unité contradictoire de sa force de travail individuelle et de sa personne en tant qu’individu concret. Or d’une part, la valeur de sa force de travail est composée de la valeur de marchandises de plus en plus complexes et coûteuses, supposant pour être acquises, que chaque travailleur puisse travailler sur une base de long terme. L’acquisition d’un logement, en France par exemple, suppose que le remboursement de la dette constituée dans ce but soit étalé sur 20 ans. Mais d’autre part; la possibilité de vendre sa force de travail se fait sur des séquences de plus en plus courtes et, souvent même, de moins en moins rémunérées.

 

D’un côté, par conséquent, la durée de vie tend à s’allonger et les éléments constitutifs de la valeur de la force de travail sont de plus en plus complexes et de long terme. Les travailleurs de Ricardo étaient payés avec du grain. Les travailleurs modernes doivent être payés certes avec des fractions de nourriture, mais aussi avec des fractions de logement, des fractions de voiture, des fractions de retraite, des fractions de soins, etc. Aux travailleurs modernes s’applique, si l’on peut dire, la théorie du revenu permanent. Mais d’un autre côté, c’est la force de travail, marchandise, dont les propriétés changent rapidement, qui détermine la capacité à financer cette valeur de long terme. Or le montant ainsi procuré ne permet pas toujours, fut-ce l’achat de pommes de terre, de grains ou de haricots. Le revenu courant entre en opposition complète avec le revenu permanent. Telle est la deuxième contradiction propre à la force de travail qu’une société socialiste devrait tendre à résoudre durablement, en même temps que serait inversé le rapport entre investisement matériel et force productive humaine.

 

En résumé, sans exclure d’autres éclairages, les marchandises socialistes auraient les caractéristiques moyennes suivantes (12 points) :

 

  • Elles ne seraient pas la forme nécessaire du produit et n’occuperaient pas tout l’espace économique;

 

  • Elles ne seraient pas produites pour le profit mais pour leur utilité sociale, individuelle et nationale;

 

  • Le marché ne serait pas une modalité nécessaire de vérification de leur valeur mais une modalité nécessaire de vérification de leur utilité;

 

  • Elles seraient produites dans un cadre global de planification souple;

 

  • Elles pourraient être vendues en dessous de leur prix de production de façon à en faciliter l’accès à la population;

 

  • Les investissements exigés par leur production pourraient être directement gérés au niveau social, de façon à l’être de manière plus économe et rationnelle que dans une société capitaliste;

 

  • Les marchandises socialistes seraient autant que possible produites nationalement pour la satisfaction des besoins du peuple, souverain et pacifique;

 

  • Parmi les marchandises socialistes, le force de travail devrait être l’objet d’un traitement particulier et attentif. Le socialisme doit, d’une part, tendre à inverser la dynamique capitaliste de la domination des forces productives humaines par les forces productives matérielles. Cette formation sociale doit, d’autre part, tendre vers l’établissement d’une relation harmonieuse entre le travail et la vie des travailleurs;

 

  • Enfin, s’il est vrai que, dans une société socialiste, les marchandises socialistes peuvent coexister avec des marchandises capitalistes, ces dernières doivent être cantonnées dans certains secteurs de l’économie et leur production doit être effectuées dans des conditions rigoureusement respectueuse de la loi socialiste.

 

  • De manière générale, qu’il s’agisse d’entreprises capitalistes ou socialistes, les syndicats doivent être conçus comme des institutions participant à la dictature démocratique du peuple et non comme des courroies de transmission des décisions du pouvoir central.

 

  • Sous l’angle économique, il serait notamment utile de disposer des tableaux de comptabilité nationale permettant de juger de l’interpénétration de ces 2 catégories de marchandises et de leurs effets réciproques.

 

Défailllances du Marché Capitaliste et Introduction au Marché Socialiste

 

 

Le marché socialiste n’est pas une création imaginaire. C’est une structure naissant des contradictions et défaillances du marché capitaliste, ainsi que des changements induits par les luttes sociales que cette situation stimule. Je voudrais, dans cette sous-partie, répertorier les principales notions et théories ayant eu pour objectif de rendre compte de ces défaillances tout en montrant combien le capitalisme répugne à les résoudre ou à les surmonter dans le sens des intérêts populaires, au contraire du socialisme. Les notions et théories ayant visé, au sein du capitalisme, à rendre compte de ces processus contradictoires sont, me semble-t-il, les suivants.

 

1) Le service public

 

La notion de service public est d’origine juridique. Elle a été engendrée dans un certain contexte politique. C’est dans l’intervalle correspondant à la fin du 19ème siècle-début du 20ème siècle que la bourgeoisie française l’adopta. Cette classe sociale combinait alors une bourgeoisie industrielle, urbaine et conquérante, et une bourgeoisie d’implantation rurale, fortunée mais encore proche de la petite paysannerie radicale et républicaine. Il fut élaboré sous l’impulsion intellectuelle de Duguit, professeur de droit à la Faculté de   , et de son épuiqe. Ces juristes créérent ce qui fut appelé par la suite “L’Ecole du Service Public”.

 

Il existe toute une jurisprudence relative au service public. Je n’en reprends que quelques traits : Un service public 1) doit satisfaire l’intérêt général, 2) est rattaché à une adminisration, 3) est soumis à un régime juridique de droit public. Ce concept a été étendu à l’industrie grâce aux notions de “mission de service public” et de “service public à caractère industriel et commercial”. Certaines entreprises peuvent bien fonctionner sous le régime de la propriété privée mais le droit peut leur reconnaître “une mission de service public” et en tirer diverses conséquences.

 

La notion de service public est devenue populaire, plus peut-être que celle de natioalisation. L’idée de l’intérêt général qu’elle contient, bien que floue, a permis de capter un certain nombre d’aspects de la socialisation capitaliste de la production. Elle a permis d’adapter la consommation des produits des services publics aux intérêts populaires, soit à l’aide de prix jugés raisonnables, soit en raison d’une dispersion territoriale des agences du service public permettant à chacun d’en bénéficier. Aujourd’hui, le segment français de la bourgeoisie mondialisée cherche à en réduire avec brutalité tant la répartition sur le territoire que le prix et la qualité.

 

  • La nationalisation

 

La notion de nationalisation a pris forme bien avant la première moitié du 20ème siècle. Mais c’est à cette époque, au moment du Front Populaire et après la Deuxième Guerre Mondiale, qu’il atteint sa force maximale. Cette procédure, qui fut comprise comme le retour à la nation de la gestion privée de certaines activités a reçu plusieurs interprétations.

 

La première est celle selon laquelle la nationalisation concernerait les activités qui seraient devenues des “monopoles de fait”. Leur socialisation aurait atteint un degré tel que leur fonctionnement nuirait au caractère concurrentiel du capitalisme. La nationalisation, comme on le voit, est peut être anti-monopoliste mais elle n’est pas nécessairement anti-capitaliste. Selon une autre interprétation, la nationalisation permettait de surmonter certaines défaillances du marché. Walras, par exemple, recommandait la nationalisation de la terre en raison des particularités de ce “bien”.

 

Je vais prendre un autre exemple selon lequel la nationalisation serait souhaitable au sein du capitalisme. Dans la première partie de ce texte, j’ai montré, en effet, que «le saut de la valeur» des marchandises supposait, dans le mode de production capitaliste, la présence d’un système bancaire alimentant l’économie en crédit de manière suffisante. Proud’hon croyait que l’économie capitaliste serait radicalement transformée si les banques étaient nationalisées. Cette croyance était exagérée. La nationalisation du crédit est seulement une condition nécessaire, mais non suffisante, de transfomation de la marchandise monnaie en marchandise socialiste.

 

Cela dit, quelles que soient les limites économiques et politiques de cette procédure dans le cadre du système capitaliste, c’est elle qui pousse le plus loin l’atteinte au prinipe de la propriété privée des moyens de production. C’est pendant les périodes au cours desquelles les nationalisations ont été les plus nombreuses que la notion de service public a atteint son ampleur concrète maximale.

 

Il est clair qu’aujourd’hui, la nationalisation est d’autant plus refusée par les entreprises capitalistes que leur taille a considérablement augmenté, qu’elles sont largement sorties des frontières nationales et que le mouvement populaire est affaibli. La concurrence oligopolistique mondiale a remplacé la concurrence pure et parfaite de dimension nationale. La mise en place d’uns société socialiste suppose au contraire que ces nationalisations aient lieu pour redonner au peuple son pouvoir entier de décision économique générale au plan national et de contrôle du fonctionnement des entreprises.

 

  • Le secteur non marchand.

 

La notion de secteur non marchand est une notion statistique, issue, me semble-t-il, de celles de service public, de nationalisations et les prolongeant. Elle a pris de l’importance au fur et à mesure que l’organisation statistique de la France fut mise en place, après 1945.

 

Comme le montre l’examen des notions précédentes, le système capitaliste s’est adjoint un certain nombre d’activités dites «non-marchandes» en même temps que se développait le capitalisme industriel. Les problèmes théoriques soulevés par ces activités commencèrent d’être débattus par les économistes dès le début du 19ème siècle. Fallait-il, par exemple, que les fonctions régaliennes traditionnelles fussent rendues aux capitalistes ou fallait-il qu’elles fussent gérées de manière publique et pour certaines d’entre elles, gratuitement pour leurs usagers?

 

Les activités dites non marchandes sont à la fois une forme de négation du marché capitaliste et une modalité de son fonctionnement. Je souhaite expliquer en quoi ces activités contredisent le capitalisme, d’où les limites de leur développement dans ce système, et même, aujourd’hui, la tendance à reconvertir ces activités en activités capitalistes à part entière. Une société socialiste peut, au contraire, en assurer le plein développement, et cela de manière continue.

 

Dans la société capitaliste actuelle, les produits des activités non-marchandes ont une valeur monétaire, disent les comptables nationaux, mais cette valeur serait juste celle de leurs coûts de production (matières premières et salaires). Ces produits ne seraient pas marchands. En effet, leur valeur ne contiendrait aucune part de profit et n’exécuterait aucun «saut» sur un marché particulier. Ce serait une valeur prédéterminée, socialisée à l’avance, en quelque sorte.

 

On connaît la réticence voire le refus, par les capitalistes, de concevoir qu’il pût y avoir des marché et des marchandises qui ne fussent pas porteurs d’un profit (voir le début de ce texte). Il est extérieur à leur mode de pensée comme au mode de production capitaliste que puisse exister une autre forme de marché que celle du marché capitaliste. J’ai également expliqué (première partie) les raisons théoriques de ce refus. Pour les capitalistes, c’est le profit qui fait l’accumulation alors que le processus vrai est le contraire. C’est l’accumulation qui fait le profit.

 

Au total, le secteur non marchand présente une certaine utilité pour les capitalistes et le fonctionnement du système capitaliste. Les activités concernées sont des activités d’ampleur sociale. Toutes les classes de la société en tirent avantage, même si cet avantage est différent d’une catégorie sociale à l’autre. Cela dit, pour les mêmes capitalistes, ces activités présentent d’horribles défauts. Elles ne sont porteuses d’aucun profit individuel. Leur financement, total ou partiel, se fait par l’impôt. Aujourd’hui, au moment où le grand capital mondialise la production et les procès de travail, l’impôt lui est insupportable. Le périmètre du secteur non marchand est soumis à des réductions drastiques. Une société socialiste est, au contraire, en mesure de libérer le déploiement de cette contradiction dans le sens des intérêts populaires.

 

En premier lieu, le fondement territorial d’une telle société est national. L’impôt fait intégralement partie de ses règles de fonctionnement.

 

Ensuite, le guidage de la décision y est la productivité du capital total en valeur totale (Y/K), et non la productivité de la somme des capitaux en profits individualisés totaux (Ʃpr/Ʃk). Plus le travail mort met en oeuvre de travail vivant, plus il y a de marchandises, à productivité constante, et plus il y a, par conséquent, de produits disponibles. Une société socialiste recherche la production maximale de biens et de services pour une même quantité globale d’équipements.

 

Enfin, le socialisme introduit des formes de gestion de la valeur (du temps de travail, de sa rémunération, de son organisation, de son efficacité, de sa dynamique, de la responsabilisation sociale des travailleurs) nouvelles par rapport à celles ayant cours dans le mode de production capitaliste.

 

Une société capitaliste recherche la rentabilité individuelle maximale de capitaux dispersés et séparés les uns des autres. L’antagonisme entre capital et travail fait partie de sa génétique, à son niveau le plus fin. En revanche, parce que la société socialiste recherche le revenu total maximal, elle ne met pas en opposition frontale les salaires distribués ou la responsabilité des travailleurs dans la production et la valeur de la production ainsi que la vente de leurs produits .

 

  • Le Capitalisme Monopoliste d’Etat

 

Dans la première moitié du 20ème siècle et jusqu’après la 2ème guerre mondiale, prend forme ce que l’on a appelé, après Lénine, le Capitalisme Monopoliste d’Etat. L’économiste marxiste Paul Boccara s’est efforcé, en France, pendant les années 1960, de renouveler la théorie léniniste. Selon cet auteur, le CME d’après la 2ème guerre mondiale eut la fonction historique d’organiser la dévalorisation systématique du capital grâce à l’intervention de l’Etat et à des dépenses sociales réclamées par les classes populaires pour satisfaire leurs besoins, mais négligeés ou refusées par le Capital.

La mise en place adaptée de ces dépenses, sous la pression des luttes populaires, auraient contribué à contrecarrer de manière structurelle, inscrite dans les institutions, la tendance longue à la surracumulation du capital ayant fait suite à la première guerre mondiale.

 

L’expérience du CME au cours des années 1950-1980 semble avoir nourri l’idée que pouvait exister un “keynésianisme de gauche”. Mais cette même expérience, telle qu’elle s’est déroulée à partir des années 1970, a permis aussi de comprendre que les rapports capitalistes de production étant toujours dominants, la suraccumulation du capital avait repris son cours normal. Le CME est entré en crise pendant ces années. En France, après l’échec des forces politiques de gauche à lui trouver une issue progressiste, les forces capitalistes ont repris la main au cours des années 1980. Dans le double contexte d’une stratégie de mondialisation capitaliste et de construction d’une Union européenne dominée et dirigée par la grande bourgeoisie, il est devenu clair que le soit disant keynésianisme de gauche n’avait plus aucune possibilité d’existence.

 

Pour conclure cette sous-partie, je dirai que les points examinés illustrent, au plan des idées économiques, les raisons pour lesquelles le capitalisme est à la fois favorable à des solutions nouvelles au fur et à mesure qu’il avance en âge, se socialise et prend du ventre, comme disait Sombart, mais qu’il n’est pas capable de les mener à leur terme ou de les tolérer longtemps. Ils illustrent donc le caractère contradictoire et restreint de ces solutions. La grande crise que traverse aujourd’hui le monde entier montre que ces solutions anciennes sont désormais en régression prononcée. Le capitalisme engendre la surraccumulation durable du capital et ne trouve meilleure et immédiate solution pour y faire face que la dévalorisation de la force de travail.

 

Le socialisme correspond à une phase de prise en charge de ces contradictions, liées à la socialisation de la production par le capitalisme mais que le capitalisme ne sait pas résoudre durablement autrement que par la surexploitation des masses laborieuses et une recherche cacophonique de nouveaux progrès techniques et d’organisation. Le socialisme libère et harmonise les possibles solutions de ces contradictions dans le sens des intérêts populaires et de la nation, elle-même réaffirmée à cette occasion comme lieu fondamental de la décision économique et politique.

 

 

 

 

 

Les services collectifs modernes au cœur de la production marchande socialiste

 

 

 

Je voudrais, dans cette dernière sous-partie, répondre à la question suivante : quelles sont les activités les plus importantes dans le cadre de la société socialiste?

 

Ces activités sont, me semble-t-il, les services collectifs. J’entends par services collectifs (une désignation que m’a suggérée Gilles Questiaux il y a quelques années) des activités de production non matérielle, effectuées sous la direction de la société et de ses institutions, organisées collectivement quoique donnant lieu, la plupart du temps, à des consommations individuelles. Elles ont un effet que les économistes considèrent comme particulièrement stimulant sur le fonctionnement économique d’ensemble et le bien-être général sans savoir comment le mesurer et surtout le traduire au plan individualisé des entreprises.

 

Au 19ème siècle, les activités les plus importantes pour la.société capitaliste ont été ce que Marx appelait les investissements généraux : les moyens de transports, les routes, les ponts, l’administration générale. Les autres productions majeures de cette époque furent celles des machine-outils et celles situées en amont (acier, charbon, électricité). Il n’y avait pas lieu de s’interroger sur leur importance. Le fait que les machine-outils soient achetées par les capitalistes était un signe suffisant de leur utilité pour la société capitaliste.

 

Progressivement, cependant, au fur et à mesure de la socialisation des productions propres au mode de production capitaliste, les activités collectives d’éducation, de recherche, de santé, de transport, émergèrent comme des activités socialement indispensables. Alfred Sauvy, dans son Histoire Economique de la France, a montré cette évolution en ce qui concerne la recherche, indiquant comment, peu à peu, les chercheurs individuels «de génie» furent remplacés par les laboratoires, et d’externes à l’administration et aux entreprises, devinrent peu à peu des départements de ces institutions.

 

Voici l’énumération de ces services collectifs, que je regroupe en 3 sous-catégories : 1) les activités de formation à la connaissance et les activités de connaissance (éducation et recherche). Ces services formeraient «la couche profonde» des services collectifs, celle sur laquelle reposerait l’ensemble des sociétés modernes. 2) les activités de développement et de bien-être individuel (santé, sport, culture, environnement, gestion de l’eau). Cette deuxième catégorie de services serait la justification même du socialisme au plan individuel. Pourquoi la population d’un pays donné adopterait-elle un régime socialiste si ce n’est pour bénéficier de ses bienfaits à titre individuel? 3) les activités de gestion et de développement planifiés de la société (administration, banques et assurances, transports). A titre indicatif, j’ai repris dans le tableau ci-dessous, l’emploi total correspondant à ces activités pour la Chine (2017) et la France (   ), en unités d’emploi et en % de la population active. On voit que ce bloc d’emplois représente respectivement % de la population active, en Chine et en France.

 

Tableau 2 : L’emploi dans les Services collectifs par Grands groupes, en Chine et en France (unités : millions d’emplois et % de la population active) (Sources : BNS et INSEE)

 

  Chine (2017) France () Différence pts %
Groupe 1          
Groupe 2          
Groupe 3          
Total          

 

 

Cinq traits majeurs caractérisent, selon moi, les activités ainsi désignées.

 

Le premier est que ce sont les emplois de la révolution intellectuelle, technique et sociale en cours. Les forces productives motrices de la société sont en train de changer radicalement par rapport à ce qu’elles furent à la fin du 18ème siècle, et certains servicesc collectifs constitueraient l’épine dorsale de ces changements.

 

Il n’est d’ailleurs pas simple de définir la révolution actuelle concernant les forces productives. Je vais en donner une esquisse très simplifiée, et certainement discutable, en m’inspirant toutefois de la littérature courante et des écrits d’ingénieurs et professeurs français des matières concernées.

 

La révolution industrielle du 18ème siècle, dont est issu le capitalisme industriel, fut une révolution mécanique déterministe, celle de la machine-outil industrielle. Aujourd’hui, cette mécanique, de toute part pénétrée d’automatismes, aurait atteint ses limites de développement.

 

Une nouvelle révolution serait en cours, celle de machines non déterministes. Elle aurait un double fondement. Le premier serait de nature intellectuelle et concernerait les formes contemporaines du calcul, de la capacité à calculer et de la nature du calcul. Le deuxième, complémentaire du précédent, serait de nature plutôt technique et pourrait être appréhendé à l’aide des domaines suivants : l’Electronique, Internet, la 5G (accroissement considérable de la capacité et de la vitesse de strockage et de traitement des données sur un mobile), l’Intelligece Artificielle. Ces domaines sont, d’une manière ou d’une autre, intimement liés aux formes contemporaines du calcul, qui constituent le cœur de la révolution en cours.

 

Son aboutissement serait la construction de machines universelles, non déterministes. Les noms de Thunig (la machine universelle) et de Wiener (la cybernétique) lui sont associés.

 

La deuxième caractéristique des services collectifs est la forme socialisée de leur fonctionnement. La société capitaliste et les grandes entreprises qui la structurent sont en mesure de s’intégrer ces activités, de les privatiser. Mais elle agissent ainsi avec de nombreuses limites et avec de lourdes conséquences sur les activités concernées. Ces activités leurs sont indispensables mais elles sont également très perturbatrices des rapports sociaux capitalistes. Elles préfèrent donc mondialiser leurs laboratoires et ramasser dans le monde les forces de travail hyper-qualifiées dont elles ont besoin plutôt que de faire reposer la satisfaction de leurs besoins fondamentaux en recherches et innovations sur des productions natonales dans ces domaines.

 

La troisième caractéristique est que ces services collectifs ne porteraient pas seulement sur les forces productives. Ils auraient trait aux consommations populaires de bien-être ainsi qu’au fonctionnement et au développement de la société. Ce devrait être, me semble-t-il, un trait majeur d’une société socialiste que d’établir une forte liaison entre ces 3 domaines de la vie individuelle et collective : les forces productives humaines, le bien-être, le fonctionnement de la société.

 

La quatrième caractéristique des services collectifs, venant en prolongement de la caractéristique précédente, serait que la révolution en cours tendrait à inverser le rôle respectif des forces productives matérielles et des forces productives humaines. Ce sont les hommes, leur formation, leurs connaissances, leurs capacités intellectuelles, les résultats de leurs recherches, et non plus les machine-outils déterministes, qui deviendraient, qui deviennent, le moteur de la société. Si les hommes sont ainsi rétablis dans leur dignité première par rapport aux machines, il est compréhensible qu’ils bénéficient des activités de bien-être et qu’ils contrôlent mieux leur administration et leur planification de la société.

 

Le développement de la société reposerait toujours sur la production matérielle. Cela dit, cette dernière, dèsormais servante des forces productives humaines, tendrait notamment à satisfaire mieux les besoins collectifs de bien-être et à valoriser la production de relations territoriales, administratives et monétaires nouvelles entre les hommes.

 

La cinquième caractéristque des services collectifs a trait à la forme économique de leurs produits. Les services collectifs devraient être le lieu de l’expérimentation des formes les plus nouvelles et les plus contradictoires de la production. Principalement mis en oeuvre pour accroître le revenu social ainsi que la consommation populaire et non le profit individualisé, associant étroitement les usagers de ces services au processus de leur production, leurs dépenses tant de fonctionnement que d’investissement doivent être socialisées au maximum et combiner, dans des proportions variables d’un service collectf à l’autre et d’une catégorie de consommateurs à l’aure, contribution monétaire individuelle et impôt.

 

C’est ainsi que, personnellement, je comprends l’unité essentielle du pôle contemporain des services collectifs. Le socialisme serait la formation sociale prenant réellement en charge le développement simultané des forces productives humaines ainsi que le bien-être des hommes et leur vie en société, compte-tenu du niveau déjà atteint des forces productives. Il ne serait pas, comme c’est le cas dans le capitalisme industriel, centré sur le développement des richesses de manière extérieure à ceux qui les produisent. Le développement des hommes deviendrait endogène au développement des richesses.

 

Les services collectifs, que je situe au cœur de la société socialiste, me semblent exprimer tous ces changements, qu’une société de ce type doit libérer, expérimenter, aménager, développer. En reprenant le terme utilisé par un économiste russe du début du 19ème siècle (Henrich Storch), je les appelle des services «de civilisation». Aussi grandiloquent que puisse paraître ce terme, c’est bien d’une nouvelle ére dont il est question.

 

Le socialisme est la société grâce à laquelle les classes populaires se proposent de chasser de leurs murailles en or les bourgeois stupides et arrogants voulant empêcher tout autre qu’eux de passer. Il s’agit d’entrer enfin, massivement et sans retour, dans la civilisation.

 

 

Conclusions

 

  • Des notions telles que celles de service public, de production non marchande, de nationalisation, témoignent des solutions que le capitalisme a dû élaborer, le plus souvent sous la pression des luttes populaires, pour tenter de dépasser les contradictions du capitalisme industriel de la maturité. La théorie du CME qui fut élaborée en France au cours des années 1960 en a donné une interprétation théorique intéressante. L’observation montre toutefois combien la bourgeoisie a toujours refusé que ces notions aient une traduction pratique prolongée. Il lui est structurellement impossible d’admettre, sauf à accepter de se suicider en tant que classe sociale, que la solution aux contradictions engendrées par le fonctionnement du capitalisme puisse être la mise en cause du profit capitaliste et non la surexploitation des travailleurs.

 

  • La mission historique du socialisme est donc de prendre en charge le processus de socialisation croissante engendré par le fonctionnement même du mode de production capitaliste, de le développer et de le porter à son terme, tout en dépassant la contradiction entre Capital et Travail que ce processus de socialisation avive.

 

  • Le socialisme n’est cependant pas un mode de production. C’est une formation sociale transitoire et composite. Elle contient des entreprises capitalistes ainsi que des entreprises socialistes. On y échange des marchandises capitalistes mais aussi des marchandises socialistes. Toutefois, malgré son caractère composite, cette société repose sur une orientation dominante, celle de la satisfaction des intérêts et des besoins populaires. Elle a pour finalité de garder le cap de cette orientation et la dictature démocratique du prolétariat ou du peuple en est le moyen principal.

 

  • Pour rendre compte de ce caractère composite, il m’a semblé théoriquement indispenssable de réfléchir à la définition tant de la marchandise capitaliste que de la marchandise socialiste. Un certain nombre de marxistes, de communistes, tiennent pour impossible que le marché, dans une société socialiste, puisse être autre chose qu’un marché capitaliste. Ils (elles) refusent le concept d’économie de marché socialiste. Pour ces communistes, le marché, dans une économie de type socialiste, ne peut être que l’expression d’un phénomène de rattrappage. Il leur échappe que le marché dans une telle société, puisse être une façon nouvelle et progressiste de prendre en compte les aspirations les plus authentiques des consommateurs. Il leur échappe que le marché socialiste, en favorisant l’échange de marchandises non porteuses de profits, puisse être un mécanisme socialement intégré de lutte contre la suraccumulation du capital, phénomène dont une société socialiste n’est pas exempte.

 

  • Pourtant, les modes de guidage de l’économie capitaliste et de l’économie socialiste diffèrent. L’économie capitaliste a pour principe directeur le profit individualisé et séparé de chaque entreprise, ce profit étant globalement contraint par le profit de toutes les entreprises (PR) et le taux moyen de profit qui s’en déduit (PR/K), lesquels sont l’image, au plan des investissements réalisés, des anticipations produites par le fonctionnement capitaliste. L’économie socialiste, en revanche, reflète au plan des investissements, les propres anticipations de la société en fonction de ses besoins et non de leur rentabilité décentralisée. L’investissement dans une économie socialiste tend à être socialisé, tout comme le profit global qu’il engendre. Ces deux quantités sont nécessairement égales. Cela ne signifie pas que l’on puisse faire n’importe quoi dans une société socialiste. La loi de la valeur s’y applique encore et sa population ne peut, en moyenne, consommer plus qu’elle ne produit. Mais le principe de son guidage est celui de sa capacité à faire produire du revenu global (Y/K) et non de sa capacité à faire produire du profit global (PR/K) et ensuite du profit individuel (pr).

 

  • Parce qu’il vise à donner de plus en plus de pouvoir au peuple en tant que consommateur individuel et collectif, le marché socialiste fonctionne sur une base nécessairement nationale. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il fonctionne en autarcie. Seuls les imbéciles font semblant de croire à cette ineptie, qu’ils (elles) adorent décliner dans les micros et les journaux que financent leurs patrons, à la fois philantropes et multi-milliardaires. Le marché socialiste aujourd’hui est nécessairement partie prenante du marché mondial. Toutefois, ses principes d’insertion dans le marché mondialisé sont ou ne devraient être que ceux du développement national.

 

  • Parmi les marchandises socialistes, la marchandise force de travail est celle pouvant être le plus profondément transformée par le socialisme en même temps que celle ayant le plus grand pouvoir transformateur des marchandises capitalistes en marchandises socialistes. Les services collectifs, à la condition que leur gestion et leur développement ait pour finalité de satisfaire les besoins populaires, sont et seront le socle sur lequel le socialisme devra prendre appui. J’ai indiqué dans ce texte que ce socle me semblait être la réunion des 3 fonctions les plus importantes de la société à venir : le développement des forces productives nouvelles, le développement du bien-être individuel et collectif, le développements des relations sociales.

 

De façon immédiate, les dirigeants de la société socialiste devraient et pourraient, se servir de ce socle comme d’un point d’appui tant pour donner aux forces productives humaines la prééminence sur les forces productives matérielles que pour associer durablement le fonctionnement encore marchand des hommes comme forces de travail et la qualité dans la durée de leur vie personnelle. Je dois dire au passage, et sans vouloir choquer qui que ce soit, que la liaison restrictive établie, quelquefois avec tonitruance, entre le socialisme et l’écologie, me paraît une ânerie, tout à fait représentative des effets de l’idéologie dominante actuelle sur la façon de penser des communistes français. Certes, le socialisme devra être écologique. Mais il devra être tout autant scientifique. Il devra être hospitalier et médical. Il devra être électronique. Il devra être nourri de trains à grandes vitesses. Il devra d’abord et avant tout être au service du peuple. Il devra être sportif et culturel. Il devra reprendre à son compte celle belle parole de Danton lequel, “après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple”. Ce sera un socialisme des services de civilisation.

 

 

 

[1]Karl Marx, 2010, Manuscrits de 1863-1867, Le Capital, Livre 1, Le Chapitre VI, Editions Sociales, Paris.

[2]Mickal Kalecki, Théorie de la Dynamique Economique, traduction française de la 2ème édition anglaise, Gauthiers-Villars, 1966.

 

Aux camarades impatients et qui doutent de notre capacité, à agir…

 


Mes chers camarades,

je reçois des échos de mon livre, ils sont plus que positifs, la plupart des librairies des Bouches du rhône par exemple sont déjà en réassortiment et plus intéressant encore non seulement il est lu mais les camarades après lecture se le font passer et m’adressent leurs remarques. Si la tendance se confime, ce pourquoi je l’ai écrit est déjà en passe d’être gagné: un livre qui parle de NOUS et nous aide à penser non seulement le passé, ce qui n’aurait qu’un intérêt que relatif mais à envisager le monde, notre pays, notre parti tel qu’il est confronté aux défis d’aujourd’hui. Un livre qui permettrait le dialogue pour mieux agir.

C’est peu dire que certains camarades, les premiers à s’être jeté sur ce livre s’interrogent y compris sur les changements intervenus au dernier congrès et se demandent s’il y a vraiment eu changement. Souvent comme à Marseille où la situation a des allures caricaturales ils ont l’impression que non seulement rien n’a évolué mais que la tendance « liquidatrice » est plus que jamais aux manettes. Il y a de l’impatience et beaucoup de confusion, le tout nourrit une campagne de dénigrement systématique de l’actuelle direction. Des camarades viennent me voir sous prétexte de me faire dédicacer mon livre, je les entends et je vois bien à quel point la situation des municipales avec les pourparlers entre appareils déconsidérés n’aident pas à la prise de conscience, la peur du Front national et les fausses solutions pour y faire face sont un facteur de régression.

A tous je dis la même chose: les élections sont importantes, elles sont une des bases avec les luttes sociales sur laquelle, les exploités, les salariés, la jeunesse, toutes les victimes du capital tentent d’empêcher la violence de ce capital, sa soif de profit, une violence qui impose ses choix destructeurs des êtres humains et de l’environnement, mais aussi la violence grandissante des forces de répression. Mais un des problèmes des élections c’est qu’on ne refait pas le terrain mais on l’utilise. Le terrain est particulièrement pourri avec la fausse alternance entre la république en marche et le rassemblement national, l’abstention massive des couches populaires. En ce qui concerne la très belle campagne de Ian Brossat c’est ce à quoi nous nous sommes heurtés . je le dis comme je le pense, je ne crois pas que la bataille des municipales telle qu’elle est menée à Marseille permette la moindre avancée par rapport à cette situation. Cela dit il y a une autre règle d’or électorale: le meilleur moyen de perdre c’est de changer de stratégie en route, alors quelles que soient mes réticences face à cette tactique là, je dois laisser ceux qui en ont pris la responsabilité la mener.

Pourtant si vous permettez encore une remarque de « fond », ce que montre mon livre c’est que depuis pas mal d’années nous souffrons d’une absence de stratégie. Une stratégie révolutionnaire doit se penser sur 50 ans minimum autrement nous serons toujours perdants, condamnés à nous jouer à chaque élection et à nous diviser initulement sur des tactiques à la petite semaine. Il est clair que dans ce domaine par rapport aux défis de l’heure, il nous faudrait un Fidel Castro ou un Maurice Thorez. je ne suis pas sure que nous ayons l’article en magasin mais nous avons des communistes sincères, désintéressés. La campagne de Ian Brossat, l’attention nouvelle portée aux couches populaires, à la classe ouvrière, un langage nouveau fait surface, ce n’est pas rien, même si ce n’est pas assez et cela nécessite l’intervention de tous les militants et de tous ceux qui ne se résignent pas. L’essentiel est qu’un certain nombre d’entre eux de la base à la direction sont convaincus comme moi que l’on ne pourra pas faire face au capital sans un parti communiste autonome, capable de dégager une ligne de paix et de justice sociale et de tenir bon. Toutes choses dont l’expérience prouve que nous ne pouvons faire confiance à aucune autre force de gauche pour le réaliser. Parce que la seule réponse au capital tel qu’il est c’est le SOCIALISME, la capacité matérielle de contraindre les appetits forcenés et le bellicisme du profit des grandes multinationales financiarisées.

C’est selon moi là-dessus qu’il faut garder le cap en particulier par rapport aux luttes contre la politique de macron et à la grande échéance électorale qu’est la présidentielle. Ce sont ces deux batailles que nous préparons y compris dans les échéances municipales et leur fondamental est de s’adresser aux couches populaires, à la classe ouvrière parce que c’est de leur mobilisation que tout dépend. Il faut que nos directions soient à la fois très concrètes mais en ayant une perspective large pour l’avenir et dans le monde tel qu’il est.

Pour vaincre il faut bien connaitre l’adversaire et celui-ci aux abois tente de nous entraîner dans des guerres, de diviser les exploités entre eux, ils vendent nos pays et nous font croire que ce sont les victimes qui nous menacent, la question de la souveraineté nationale est donc importante mais si on lui donne bien sa dimension de classe et le refus de nourrir les mythes identitaires. C’est pourquoi l’internationalisme est plus que jamais indispensable et la rencontre entre partis communistes et forces progressistes doit se substituer à un droit de l’hommisme qui accompagne bruyamment les bonnes oeuvres de la CIA. Autre point fort de mon livre. L0 encore ce qui est posé c’est la question du Socialisme comme facteur de paix et de coopération entre les peuples.

Il est normal que nous n’arrivions pas en quelques jours à secouer tout ce que nous avons subi depuis plus de vingt ans mais nous devons garder le cap sur ce qui a motivé le volonté de changement du dernier congrès et qui est bien là.

Danielle Bleitrach

PS, un exmpke de mon mode de raisonnement. Je suis convaincue qu’il faut garder l’humanité et donc se battre pour le titre, mais je ne verserai pas le moindre centimes tant que je ne saurai pas qui est propriétaire du titre et à ce jour personne n’a réussi à m’éclairer sur la question.

 

je savais que tout cela était inutile vu ce que le pCF est devenu : il a gagné et d’abord sur nos âmes

Ils ont gagné et je le savais, j’ai tenté de vous réveiller dans la mesure de mes moyens mais c’était vain, leur arme fut notre soumission et surtout notre incapacité à penser, à lire désormais plus de 10 lignes, à faire autre chose qu’à nous envoyer des selfies, des caricatures débiles et des posts slogans pour mieux tout accepeter…Vous trouvez normal de la base au sommet que l’on m’intyerdise dans mon université, que mon livre qui n’est qu’une ode au communisme, à son apport soit interdit avec tous les autres livres marxistes, dans ce que vous osez ba^tiser une université et que voulez-vous encore que je supporte de vous, de votre silence complice…  Allez donc dans votre université d’été vous incliner devant toutes les censures d’être médiocres que vous faites rois de vous mêmes, ce sera sans moi, je le savais voici ce que j’écris dans mon livre de la page 168 à 171, il annonce ce dont vous êtes tous capables vous qui des communistes usrpez le nom… Alors imaginez l’état des autres… (note de Danielle Bleitrach)

Au moment où j’écris ces lignes, en mars 2019, est sorti un très beau documentaire de Nanni Moretti, non pas sur les années soixante-dix mais sur aujourd’hui. Sur le Chili, mais surtout l’Italie mais pas seulement, il nous parle de la France aussi.
Méditation sur « Mais que s’est-il donc passé ? »
Au Chili ce fut clair, évident… Les États-Unis ont imposé leur ordre avec la complicité de Pinochet. Ce ne fut pas une guerre civile, d’un côté il y avait des tanks, des armes et de l’autre rien pour se défendre.

Alors il y eut l’annonce de cette contre-révolution qui allait déferler sur le monde et qui prenait la gueule des tortionnaires de Pinochet, les chiens des États-Unis et les Chicago boys qui inventaient la révolution conservatrice du néo-libéralisme… Reagan et Thatcher derrière ces ordures se prenant pour les droits de l’homme et dénonçant le totalitarisme marxiste et ça a marché… En France le néo-libéralisme a été introduit par un président socialiste et nous avons eu beaucoup de mal à nous dégager de son étreinte, puis nous avons remis ça… Là-bas, le socialiste s’appelait Salvador Allende, il mourait les armes à la main, ici il s’appelait Mitterrand, était l’ami de Bousquet et avait pour but de réduire les communistes, de transformer les intellectuels en courtisans.
Dans les années soixante-dix, nous frémissions de tous les combats de la planète, nous pensions créer les conditions de l’émancipation des paysans, des ouvriers, les artistes couvraient les murs de peinture, les poètes chantaient et nous nous sommes réveillés dans l’atrocité d’un stade où l’on coupait les mains de Victor Jara. Avec Nanni Moretti je me suis souvenue de ce dessin que j’avais fait : une main, cinq doigts sanglants traçant le mot Chili, je l’ai photocopié sur une feuille et l’ai affiché, le coeur déchiré d’angoisse.

Neruda succombait quelques jours après Allende. Mais la vague de sang ne s’est pas arrêtée là, elle ne s’est pas contentée de détruire le Chili. Peu à peu elle a rongé nos âmes et transformé les pays solidaires que nous étions en lieux de l’égoïsme, de l’individualisme où l’on n’attend rien de personne… Les communistes se sont effacés et la vie de chacun en a été réduite. C’est ça l’histoire réelle de ce film, celle de réfugiés chilien, d’abord dans l’ambassade puis dans un pays en pleine effervescence, l’Italie avec son Parti communiste, l’Emilie rouge qui donne du travail, les meetings pleins… et nous nous réveillons dans l’Italie de l’extrême-droite, la victoire réelle de Pinochet et de l’impérialisme américain.

Nous en sommes là, mais Nanni Moretti reste lui-même, comme moi et comme tant d’autres et dit : « Je ne suis pas impartial. » Moi non plus et je refuse les bons sentiments, l’hypocrisie qui m’assurent la publicité du politiquement correct et les oscars du plus petit commun dénominateur. Tels que nous sommes; Nanni Moretti et tous ceux qui sont restés « non impartiaux », communistes, nous n’aurons droit à rien, aucune publicité, je n’attends rien pour mes mémoires, la censure continuera de plus belle dans une Humanité qui en appelle au vendeur du dimanche après lui avoir depuis des années craché dans la gueule, allant jusqu’à soutenir un poulain de Robert Ménard contre Fidel Castro, un ami des tortionnaires et assassins de la CIA plutôt qu’un combattant.

Vous dites que j’exagère et vous détournez le regard, mais vous avez continué à considérer que celui qui soutenait Robert Ménard contre la résistance cubaine était digne de diriger un journal communiste et aujourd’hui, regardez ce qui se dit sur le Venezuela. Demain, le danger est grand que sur le Venezuela règne un Pinochet, la torture sera infligée aux militants, comme au Chili, les droits des pauvres à la santé et à l’éducation seront anéantis, mais les grandes compagnies américaines auront mis la main sur les richesses du sous-sol de ce pays, comme sur jadis le Chili… Et maintenant il se trouvera à l’inverse de hier des communistes pour dire que Maduro est un dictateur et que les Vénézuéliens ont droit à la démocratie à l’américaine… Et vous voulez que j’apporte le moindre kopeck à ceux qui me font accepter une telle complicité ? Depuis tant d’années…

Nous sommes nombreux à applaudir à la fin du film, mais nous sommes isolés, le Parti a été détruit.

Et ceux qui ont fait cela, ceux qui sont allés à la rencontre des souhaits de la bourgeoisie, ont agi en son nom et place, le directeur qui a déshonoré L’Humanité est toujours en place avec son équipe de journalistes qui se prennent pour les propriétaires du journal. Ceux qui pensent que le communisme « coco, c’est pas vendeur »… jusqu’à la faillite…

Oui, comment sommes-nous tombés si bas ?

Nanni Moretti nous parle de hier mais aussi d’aujourd’hui, il sait raconter du rire aux larmes, les jours des réfugiés passés dans l’ambassade d’Italie, la cocasserie du vécu, celui qui se fait exclure du Parti parce qu’il refuse d’éplucher les patates, le couple qui divorce, mais aussi les séances de torture. Il dit ce que j’ai reçu en héritage de tous ceux qui ont résisté à la torture : « Si l’aveu d’un camarade a pu faire cesser sa souffrance, alors il a bien fait de parler. »

Toute ma vie, j’ai revécu l’horreur de la guerre, et là encore j’ai fermé les yeux pour ne pas voir les sous-titres et je me suis bouché les oreilles pour ne pas entendre le récit des tortures vécues par cette femme qui conseille à une amie de résister, parce que la douleur physique s’efface mais pas la douleur morale de la trahison.

J’espère que ceux dont la vie n’a été que trahison d’un idéal, compromissions et petits arrangements avec la « mode » des vainqueurs peuvent se regarder en face dans une glace. Je sais, mes chers camarades, qu’une fois de plus personne ne vous parlera de ce que j’écris pour vous, j’ai l’habitude de ce coussin qu’on a mis sur mes lèvres, il y a même sur les réseaux sociaux ceux qui à mon nom disent leur haine et ajoutent : « Elle n’est pas encore morte ? » Sur moi et sur ceux de tant d’autres non seulement de la part de la presse bourgeoise, mais de ceux qui se sont voulus les copropriétaires de notre presse et qui ont fait régner « leur » ordre. Tous ceux qui aujourd’hui soutiennent ce journal le font au nom de ce qu’il a été et dont la mémoire fait effectivement partie de notre patrimoine national. Il n’y a que très peu de personne à qui j’en veuille réellement, nous avons vécu des temps compliqués et ceux qui faisaient des choix n’étaient pas si différents de ceux qui paraissaient aux antipodes. Nous étions moralement proches, nous cherchions à sortir du piège qu’à partir de sa propre crise le capital nous tendait partout. Mais il y eut des gens qui furent des conformistes et contribuèrent à ce qu’il soit fait silence sur les combats. Ceux-là, je n’arrive pas à leur pardonner.

Comme depuis Palombella rossa, Nanni Moretti s’escrime à en appeler à ce passé et à l’espérance qu’il représente encore et toujours d’un autre possible. Il a fallu effectivement que ce que nous avons été soit bien fort pour qu’il demeure comme utile dans les mémoires, y compris de ceux qui, comme lui, n’ont pas été adhérents du PCI ou du PCF, mais qui refusent « la chose » et clament le besoin d’un réveil du cauchemar de ce à quoi vous avez adhéré au nom de la « modernité ». Vous avez tout détruit et aujourd’hui nous sommes démunis…

Je me souviens de ce que disait Fritz Lang des États-Unis : ils n’ont pas besoin du nazisme, ils ont réussi à transformer les esprits pour avoir un nazisme avec élections démocratiques. Cela se passe quand on élimine les communistes et l’alternative réelle qu’ils représentent, y compris quand le travail est fait par les directions dites communistes, comme cela s’est passé dans l’URSS de Gorbatchev, dans l’Italie d’Ochetto et ailleurs…

La preuve est faite que vous ne ferez rien pour que votre presse change. Encore hier, un article de moi a été interdit dans Cause commune, il osait simplement citer Lukács et dire ce qu’avait représenté l’Union soviétique… Si les communistes agissent ainsi, quelle espérance reste-t-il à notre peuple ? C’est de ça dont parle le film de Nanni Moretti. Vous vous tairez comme d’habitude, je le sais… d’ailleurs pour moi et pour ceux qui me ressemblent, il est déjà trop tard, en revanche vous pouvez peut-être faire quelque chose pour le Venezuela.

Je ne demande rien, si ce n’est que l’on m’aide à voir l’aurore au lieu de m’enfoncer dans la nuit d’hier… Comme Electre sur Thèbes dévastée…
« La Femme Narsès : (…) Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?
Électre : Demande au mendiant. Il le sait.

Le mendiant : Cela a un très beau nom, femme Narsès… Cela s’appelle l’aurore. »
(Jean Giraudoux, Électre, 1937).

 
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Publié par le juillet 23, 2019 dans COMPTE-RENDU de LIVRE