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Archives de Catégorie: Asie

Turquie : le candidat d’Erdogan concède sa défaite à l’élection d’Istanbul

Défaite historiue et véritable retournement de tendance.Hier très beau portrait d’un maire communiste en Turquie sur Arte qui montre à quel point le monde méditerranéen bouge. (note de Danielle Bleitrach)

Binali Yildrim. REUTERS/Kemal AslanBinali Yildrim. REUTERS/Kemal Aslan
AFP
23/06/2019

Le candidat du président turc Recep Tayyip Erdogan, Binali Yildirim, a concédé dimanche sa défaite aux élections municipales d’Istanbul après la publication de premiers résultats donnant une large avance au candidat de l’opposition Ekrem Imamoglu.

« Selon les résultats, mon rival Ekrem Imamoglu mène la course. Je le félicite et je lui souhaite bonne chance. J’espère qu’il servira bien Istanbul », a déclaré M. Yildirim à la presse.

Selon les résultats publiés par l’agence étatique Anadolu après le dépouillement de plus de 97% des bulletins de vote, M. Imamoglu a obtenu 53,86% des voix contre 45,23% pour M. Yildirim.

M. Imamoglu, 49 ans, confirme ainsi sa victoire obtenu lors du premier scrutin qui avait eu lieu le 31 mars avant d’être annulé sous la pressions du parti AKP de M. Erdogan, pour qui cette défait constitue un cinglant revers.

Cette victoire de l’opposition met fin à 25 ans de contrôle du camp islamo-conservateur à la mairie d’Istanbul, plus grande ville et capitale économique de la Turquie.

Le résultat du scrutin de mars avait été invalidé après des recours de l’AKP, arguant d' »irrégularités massives ». Rejetant ces accusations, l’opposition avait dénoncé un « putsch contre les urnes » et voyait le nouveau scrutin comme une « bataille pour la démocratie ».

M. Imamoglu, issu du parti kémaliste CHP (social-démocrate), a pu compter sur l’appui de la formation nationaliste Iyi et les pro-Kurdes du HDP, canalisant ainsi les principales forces hostiles à M. Erdogan.

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Publié par le juin 23, 2019 dans Europe, Asie

 

Le Havre : le député communiste Jean-Paul Lecoq dénonce un chargement d’armes à destination de l’Arabie Saoudite

et après, nos dirigeants prétendront faire la leçon à tous les pays du monde en matière de droit de l’homme, alors qu’en matière de droits ils ne connaissent que ceux des marchands d’armes qui comme par hasard sont aussi des patrons de presse… pas de hasard si la candidate de la République en marche est une adepte du Blitzkrieg après avoir eu une jeunesse d’extrême-droite… Ils ont beau nous la jouer Europe sur un fond de neuvième symphonie, ils ne sont rien d’autres que leurs actes, étrangler les peuples et le leur en particulier au profit des marchands d’armes (note de Danielle Bleitrach)

© France 3
© France 3

Le cargo saoudien « Bahri Yanbu » doit arriver au Havre pour embarquer des armes. Élus, politiques et ONG dénoncent ce chargement, affirmant que ces armes pourraient être utilisées dans la guerre en cours au Yémen

Par Richard Plumet avec AFP

Quelques heures avant l’entrée du navire dans le port du Havre, la France a reconnu qu’un navire saoudien allait effectuer ce mercredi (8 mai 2019) un chargement d’armes mais assuré qu’elle ne disposait d' »aucune preuve » permettant d’affirmer que des armes françaises sont utilisées dans la guerre meurtrière menée au Yémen par l’Arabie.

« Pas de preuves »

« Il y aura chargement d’armes en fonction et en application d’un contrat commercial », a déclaré sans plus de précisions la ministre française des Armées Florence Parly sur la chaîne BFM TV et la radio RMC, interrogée sur le cargo saoudien Bahri Yanbu qui fait route vers le port du Havre, où il est attendu.

Mme Parly n’a pas précisé la nature des armes qui seront chargées ni leur destination. Selon une source gouvernementale, « il ne peut pas s’agir de canons Caesar puisqu’il n’y a aucune livraison de Caesar en cours« . Le Caesar est un camion équipé d’un système d’artillerie.

La ministre des Armées a de plus répété que, « à la connaissance du gouvernement français, nous n’avons pas d’éléments de preuve selon lesquels des victimes au Yémen sont le résultat de l’utilisation d’armes françaises ».

« La France trahit les traités internationaux pour du business »

Cette vente d’armement a été dénoncée hier à l’Assemblée nationale par le député PCF de Seine-Maritime Jean-Paul Lecoq. Dans son intervention dans l’hémicycle il a interpellé le Premier ministre et dénoncé la coalition militaire avec l’Arabie Saoudite contre le Yémen, et la vente de canons Caesar qui bombardent les populations civiles et demandé au gouvernement les moyens de donner au Parlement le pouvoir de contrôler la vente d’armes.

Vidéo intégrée

Assemblée nationale

@AssembleeNat

Jean-Paul Lecoq (GDR) dénonce la coalition militaire avec l’Arabie Saoudite contre le Yémen, et la vente de canons Caesar qui bombardent les populations civiles et demande au Gvt les moyens de donner au Parlement le pouvoir de contrôler la vente d’armes

Voir les autres Tweets de Assemblée nationale

Ce mercredi après-midi, interrogé par nos confrères de la radio France Bleu Normandie, Jean-Paul Lecoq a déclaré qu’il demandait que la cargaison soit retenue. Evoquant la signature d’un accord commercial il y a plusieurs années, il a précisé :

On s’en fout !
Si c’est pour tirer sur des populations civiles, à la base ça doit être suspendu ! 

Des armes françaises au Yemen ?

Selon le site d’investigation Disclose, le navire doit prendre livraison de « huit canons de type Caesar » que l’Arabie saoudite pourrait utiliser dans la guerre qu’elle livre au Yémen aux rebelles houthis, minorité chiite soutenue par l’Iran, grand rival de Ryad.

La ligne invariablement avancée par Paris est que ces armements ne sont utilisés que de manière défensive et pas sur la ligne de front.

Or, selon une note de la Direction du renseignement militaire (DRM), révélée par Disclose mi-avril, 48 canons Caesar produits par l’industriel français Nexter « appuient les troupes loyalistes, épaulées par les forces armées saoudiennes, dans leur progression en territoire yéménite ». Une carte de la DRM estime que « 436.370 personnes » sont « potentiellement concernées par de possibles frappes d’artillerie », dont celles des canons français.

« Mme Parly dit qu’elle n’a pas de preuves. Mais la question n’est pas de savoir si nous avons des preuves mais de chercher par tous les moyens (à savoir) si des armes françaises sont utilisées contre des civils. On l’avait fait en Syrie quand il y a eu des doutes sur les armes chimiques« , a déclaré à l’AFP le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure.

ONG mobilisées

Les déclarations de Mme Parly ont suscité un tollé parmi les ONG. Cela « montre de nouveau l’obstination de la France à poursuivre ses transferts d’armes à ce pays malgré le risque indéniable et parfaitement connu des autorités françaises qu’elles soient utilisées contre des civils », a commenté dans un communiqué Bénédicte Jeannerod, directrice France de Human Rights Watch. Parmi les dizaines de milliers de personnes tuées au Yémen, on compte de nombreux civils.

Neuf  ONG, dont l’Observatoire des armements, réclament « l’établissement d’une commission parlementaire permanente de contrôle des ventes d’armes, comme en Suède, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas », a indiqué de son côté Tony Fortin, de l’Observatoire des Armements.

Amnesty International appelle de son côté à la suspension du chargement, « afin d’établir notamment s’il s’agit de canons Caesa ». « Un tel transfert serait en effet contraire aux règles du Traité sur le commerce des armes que la France a signé et ratifié », écrit dans un communiqué Aymeric Elluin, d’Amnesty International France.
Ce traité de l’ONU, entré en vigueur en 2014, vise à réguler le commerce des armes dans le monde.

 

Japon 1968 : la révolte étudiante la plus longue et la plus violente du monde

Il est vrai que ce fut la jeunesse du monde entier qui s’embrasa en 1968 et que la guerre du Viet-nam joua un grand rôle, mais la particularité de mai 68 en France fut que la mouvement étudiant fut bientôt relayé par la plus grand mouvement ouvrier qui se puisse imaginer. Mai 68 en France de ce fait symbolise bien la force de ce mouvement qui unissait les forces anti-colonialistes, anti-impérialistes à la classe ouvrière et à une volonté d’émancipation individuelle qui portait les révolutions issues de celles d’Octobre en haut de la vague, mais il est aussi le symbole de l’impossible jonction et de ce qui va être une des principales raisons du ressac: la division sino-soviétique qui va approfondir la manière dont le capitalisme à partir de la crise pétrolière de 1974 va mener une contre-révolution au moins pour un temps victorieuse (note de Danielle Bleitrach)

mediaCes jeunes Japonais qui lisent le Petit livre rouge de Mao Zedong manifestent, en juillet 1968, contre la prolongation du traité de sécurité nippo-américain.Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images

Au printemps 68, la révolte étudiante éclate au Japon, sur fond d’opposition à la guerre américaine au Vietnam. Un an de grèves et de combats, très violents, entre forces de l’ordre, factions d’extrême gauche et d’extrême droite. Une violence qui continue après la fin du mouvement, quand quelques anciens étudiants se radicalisent pour former des groupuscules terroristes. Parmi eux, l’Armée rouge japonaise, responsable de l’attentat de l’aéroport Lod – Tel Aviv en 1972.

Comme souvent, la mobilisation étudiante de 1968 au Japon part d’un évènement anecdotique. En France, ce sont les étudiants de la faculté de Nanterre, en banlieue parisienne, qui veulent avoir le droit d’aller voir les filles dans leurs dortoirs. Au Japon, c’est l’augmentation des frais d’inscription à l’université qui à partir de 1965 fait monter le mécontentement chez les jeunes Japonais. Sont notamment touchées « les classes les plus défavorisées de la population japonaise, qui accèdent pour la première fois aux études supérieures », souligne Michaël Prazan, documentariste et écrivain, auteur du livre Les Fanatiques : Histoire de l’armée rouge japonaise.

 

Opposition à la guerre du Vietnam

 

Les grèves et manifestations étudiantes de 1968 se déroulent sur fond d’anti-américanisme et de refus de la guerre du Vietnam.

Les Japonais et les Américains sont liés depuis 1952 par un traité de défense, qui est renouvelé en 1960. Un traité fortement contesté par les étudiants et les partis de gauche aussi devant leur vive opposition le président américain Dwight Eisenhower devra annuler son voyage dans l’archipel. « Le mouvement étudiant japonais, évidemment de gauche, est à la fois opposé aux conservateurs, au réarmement du Japon et à la guerre du Vietnam », résume Franck Michelin, professeur d’histoire du Japon à l’Université de Teikyô.

 

Pour ce qui est de la guerre du Vietnam, les Japonais sont aux premières loges : la grande île du Sud, Okinawa, est le siège de la principale base américaine en Asie orientale, et c’est de là que partent les B-52 pour aller bombarder le Vietnam. « Le Vietnam est pour le Japonais l’équivalent de ce qu’était le Japon 20 ans avant, quand c’est lui qui était sous les bombes », analyse Franck Michelin : « L’utilisation du napalm par les Américains renvoie à la destruction des villes japonaises par les bombes incendiaires – il faut dire que le napalm a d’abord été utilisé d’une façon massive sur le Japon en 1945 ». Un napalm qui, dans les années 60, transite par Tokyo avant d’être envoyé à Saïgon… Les mouvements pacifistes américains et japonais se coordonnent rapidement, les Japonais cachant les déserteurs américains et leur fournissant des papiers.

 

► Voir sur RFI Savoirs le dossier sur la guerre du Vietnam

 

Dans la jeune génération japonaise, « travaillée par l’air du temps, notamment la révolution cubaine, bref dans un contexte d’extrême gauche, une révolte se met en place » explique Michaël Prazan. Qui note des « causes indirectes » quasi similaires à celles qui ont abouti à la naissance des mouvements étudiants en Allemagne, en Italie et dans une moindre mesure en France avec la guerre d’Algérie : « un passé colonial, un passé nationaliste – ce qu’a été le Japon avant-guerre, et c’est aussi contre la génération des parents que s’élèvent les étudiants ».

 

La révolte

 

A partir de 1965, depuis en fait l’augmentation des frais d’inscription à l’université, la colère monte chez les étudiants, jusqu’à l’explosion de 1968. L’étincelle, c’est la révélation d’un scandale qui touche le plus grand établissement du Japon, l’université Nichidai, qui rassemble à l’époque 100 000 étudiants et qui est plus ou moins réservée aux petites classes moyennes provinciales. En avril 1968 un des étudiants, Akita Meidai, révèle que les autorités de l’université, « sous couvert de l’augmentation des droits d’inscriptions, sous couvert de rendre des diplômes, ont touché de l’argent sur le dos de ces étudiants qui sont parmi les plus défavorisésEt ça, » souligne Michaël Prazan, « c’est ce qui va véritablement finir de mettre le feu aux poudres et déclencher un certain nombre de manifestations monumentales, d’occupations des universités et de batailles rangées contre les CRS japonais (les Kidotai). »

 

170 universités sont touchées à travers tout le Japon, précise Franck Michelin. Certains veulent changer la société, les plus radicaux veulent installer un régime communiste dans le pays… Tous ces mouvements étudiants ont une échéance : 1970, date à laquelle le traité de sécurité nippo-américain doit être une nouvelle fois prolongé. C’est aussi contre cette prolongation qu’ils manifestent, dénonçant une mise sous tutelle du Japon par les Américains. Ce qui n’empêchera pas les mouvements d’extrême gauche de se diviser et de se combattre entre eux. Ils se battront aussi contre des factions d’extrême droite manipulées par des personnalités du Parlement voire du gouvernement.

 

Répression

 

Le mouvement est beaucoup plus long qu’en Occident. D’autant que certains le font même remonter à 1965, avec le début des manifestations et des coups de force. En tous cas les universités se mettent en grève au printemps 1968 et la dernière évacuation, la plus violente et la plus médiatisée, sera celle en janvier 1969 à Tokyo de l’amphithéâtre Yasuda de l’Université Todai (l’équivalent de l’ENA). « Les étudiants se sont retranchés dans le bâtiment principal », raconte Franck Michelin. « C’est une espèce de tour. Il a fallu les déloger : les forces de l’ordre ont utilisé des lances d’incendies, et les ont bombardés sous des tonnes d’eau jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus résister ». Michaël Prazan évoque une véritable « guerre urbaine » avec cocktails Molotov, jets d’acides par des hélicoptères… L’amphithéâtre Yasuda est vidé, tous ses occupants, des étudiants de bonne famille, arrêtés. L’échec de cette bataille marque la fin du mouvement.

 

Terrorisme

 

« En France, on a en 68 cet énorme mouvement qui a pour ambition de changer la société, et qui va avoir une influence relativement longue », analyse Franck Michelin. « Alors qu’au Japon, c’est finalement une espèce d’émeute qui tourne mal et qui pousse une partie des gauchistes à se radicaliser ». Quelquesanciens étudiants entrent alors dans la clandestinité, dans différents groupes qui prêchent la lutte armée. Le plus connu, la Fraction armée rouge, détournera vers la Corée du nord un Boeing 727 d’un vol intérieur de la Japan Airlines. Après une vague d’arrestations, la FAR devient l’Armée rouge unifiée, et sa branche internationale l’Armée rouge japonaise devient l’une des Armées rouges les plus radicales dans le monde. Elle s’alliera avec le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) pour commettre en son nom l’attentat de l’aéroport de Lod, à Tel Aviv, qui fera 26 morts et 80 blessés.

 

Franck Michelin note qu’il est étonnant de voir que les trois pays alliés pendant la Seconde Guerre Mondiale et qui ont été défaits (Allemagne, Italie, Japon) ont nourris les trois extrêmes gauches les plus violentes dans le monde. Il évoque, parmi les explications avancées, « le fait que la violence politique avait été imposée par des régimes fascistes auparavant, et qu’elle avait probablement imprégné les rapports sociaux. »

 

L’évènement le plus traumatisant pour les Japonais reste celui de l’hiver 1972. Une trentaine de membres de l’Armée rouge unifiée, âgés de 20 à 25 ans, se retrouvent dans les montagnes de Nagano pour préparer une révolution armée. Ils ont réussi à se procurer des armes, entre autres en attaquant des commissariats ou des dépôts d’armes. Mais au lieu de planifier de nouveaux attentats, ils finissent, sous les ordres de leurs chefs, par s’entretuer. C’est un véritable massacre : quatorze d’entre eux dont une femme, enceinte de neuf mois, tombent sous les coups de leurs camarades qui les torturent à mort et les enterrent à la va-vite dans les sous-bois. « C’est une révélation d’horreur pour les Japonais », souligne Michaël Prazan : « C’est quelque chose que l’on comprend quand on pénètre une sorte de fanatisme qui demeure depuis la seconde guerre mondiale, mais bien avant certainement, dans une certaine forme de mentalité sacrificielle et radicale japonaise, et qui n’est pas forcément propre à l’extrême-gauche ».

 

Quel héritage ?

 

Selon le documentariste, ce massacre absurde a discrédité toutes les demandes, toutes les revendications portées par le mouvement étudiant : « Cela va faire tomber la mémoire même de ce mouvement dans les oubliettes. C’est l’inverse qui s’est passé en France, en fait : les avancées sociétales que Mai 68 a produites sont revendiquées aujourd’hui. Au Japon, on ne peut revendiquer quoi que ce soit de cet héritage à cause de cet évènement. »
Un évènement qui pour Michaël Prazan va discréditer toute la gauche, qu’elle soit révolutionnaire, communiste ou socialiste. Et fera d’ailleurs chuter le plus grand parti politique d’après-guerre, le Parti communiste japonais, qui ne s’en relèvera pas : « Je crois au fond que le mal est encore plus grave que cela, je crois que cela a durablement discrédité la politique et l’engagement politique ».

 

Pour Franck Michelin, au contraire, les Japonais n’ont jamais considéré les étudiants comme représentatifs de la gauche japonaise, « qui n’avait rien à voir avec le mouvement : la gauche a périclité plus tard, et pour des raisons différentes ».  Par contre, comme Michaël Prazan, l’universitaire précise qu’au Japon il n’y a pas particulièrement de tabou sur le sujet, et évoque une sorte de nostalgie de Japonais ayant vécu 68 ; une période vue comme un peu étrange et exotique par les Japonais d’aujourd’hui, qui ne la comprennent plus vraiment.

 

De fait, Michaël Prazan a retrouvé au début des années 2000 Akita Meidai, cet étudiant « honnête et sympathique » qui avait révélé le scandale des achats de diplômes et des examens truqués de l’université Nichidai, ce qui l’avait propulsé à la tête du mouvement étudiant. Akita Meidai, auquel beaucoup d’étudiants et sans doute une partie de la population japonaise s’étaient identifiés, est devenu garagiste dans sa ville d’Hiroshima, dans l’anonymat le plus total : « Je l’ai retrouvé en lointaine banlieue d’Hiroshima, dans ce petit garage où il vivait seul. Il sortait d’une longue période alcoolique. On voit bien la différence de traitement qu’il peut exister entre un Cohn-Bendit en France et un Akita Meidai au Japon. Tout cela est évidemment révélateur de l’héritage de 68, dans un cas comme dans l’autre… »

 
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Publié par le mai 6, 2019 dans Asie, INTERNATIONAL

 

Turquie: un maire communiste change la donne

« Est-ce que les capitalistes, les impérialistes sont sur la bonne voie? », demande-t-il simplement. « Je pense que non ».

TUNCELI (TURQUIE) (AFP) 
Fatih Maçoglu, maire communiste de Tunceli, dans l’est de la Turquie, pose devant une photo de Mustapha Kemal, dit Ataturk, père de la Turquie moderne et laïque, à la mairie le 18 avril 2019 – AFP

Après son élection le mois dernier, le premier acte de Fatih Maçoglu en tant que maire de Tunceli, dans l’est de la Turquie, a été de détruire les murs d’enceinte construits autour de la mairie. Un signe, pour lui, de transparence.

Il a également refusé d’avoir une voiture officielle et a prévu d’afficher les comptes publics de la mairie sur le bâtiment, pour que tous voient comment est dépensé son budget.

Seul maire communiste de Turquie, M. Maçoglu, âgé de 50 ans, détonne dans un paysage largement dominé depuis 17 ans par l’AKP, le parti islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan.

« Il n’y a rien d’anormal à ce que le public sache ce qu’il se passe », explique-t-il à l’AFP au cours d’un entretien dans son bureau, une longue file de visiteurs attendant devant sa porte ouverte. « Cela ne devrait pas être (perçu comme) une insulte ».

AFP

La ville de Tunceli, dans l’est de la Turquie, le 18 avril 2019

Aux élections du 31 mars, M. Maçoglu a été élu maire à Tunceli, ex-Dersim, dans l’est de la Turquie, une ville kurde alévie foncièrement laïque et de gauche.

Principale minorité religieuse du pays, les Alévis forment un groupe hétérodoxe et progressiste, dont la pratique religieuse est très éloignée de celle des franges traditionnelles de l’islam.

M. Maçoglu avait déjà été élu maire d’Ovacik, un village de la province de Tunceli, en 2014 pour le Parti communiste de Turquie – qui, marginal, n’a aucun élu au parlement turc. Ses mesures promouvant l’agriculture et les transports publics gratuits y avaient rencontré un franc succès.

Il dit avoir récupéré à Tunceli une municipalité « vidée », aux revenus confisqués. En 2014, la ville avait été remportée par le parti prokurde HDP, mais le gouvernement y a nommé ensuite un administrateur public, comme dans de nombreuses autres municipalités après le putsch manqué de juillet 2016.

Préférant se dire « socialiste » plutôt que « communiste », M. Maçoglu assure toutefois « viser le communisme » mais estime qu' »à une époque de capitalisme sauvage, être communiste ou être vu comme tel apparaît comme excessif ».

– Miel et pois-chiches bios –

La région de Tunceli a une longue histoire de résistance de gauche. En 1938, l’armée y a mené une vaste opération visant à mater une rébellion kurde, qui a causé la mort de quelque 13.800 personnes. En 2011, Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, avait présenté ses excuses « au nom de l’Etat », une première.

Des points de contrôle militaires ont été installés autour de Tunceli, dont la région a été fortement marquée par le conflit entre les forces armées et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe classé « terroriste » par Ankara et ses alliés occidentaux. Ce conflit a fait plus de 40.000 morts depuis 1984.

Niant se sentir isolé parce qu’il défend le communisme, M. Maçoglu dit au contraire recevoir « beaucoup de sympathie » du public. « Si aujourd’hui, même les représentants de la politique bourgeoise parlent de production et de coopératives, c’est une victoire pour nous. »

AFP

Fatih Maçoglu, maire communiste de Tunceli, dans l’est de la Turquie, pose pendant l’ouverture d’une pharmacie le 18 avril 2019

Lors de son mandat à Ovacik, village perché dans les montagnes, il a ouvert une coopérative visant à promouvoir le travail de fermiers produisant du miel et des pois-chiches biologiques. Les revenus dégagés permettaient de financer les études de jeunes issus de familles pauvres.

M. Maçoglu cherche désormais à étendre ce modèle à travers le pays.

Cihan Durna, employé de la coopérative à Ovacik, vante le modèle mis en place par l’ancien maire. « Nous sommes contents qu’il soutienne la production ».

– « Pas sur la bonne voie » –

Senem Yerlikaya, gérante du « Café Cuba » à Ovacik, décrit un sentiment « doux-amer » maintenant que le maire est parti. « Il a fait beaucoup pour les gens ici au cours des cinq dernières années. Les maires sont d’habitude très formels, mais lui s’était bien intégré avec les locaux. »

La population locale est globalement contente de M. Maçoglu: par sa politique, cet homme, marié et père de deux enfants, a permis de faire évoluer la région.

Mahmut Tutan, qui possède un petit hôtel à Ovacik, souvent assimilé aux Alpes suisses, affirme que les touristes sont venus nombreux l’année dernière, grâce au maire. « Il a grandi dans une famille pauvre de cette vallée », explique M. Tutan en pointant du doigt un village au loin. « Un jour, les gens autour de lui lui ont demandé de travailler pour le bien des autres. C’est comme ça que ça a commencé. »

Metin Kahraman, chanteur populaire et chercheur travaillant sur l’histoire orale de la région, espère que M. Maçoglu apportera un « changement positif », décrivant une situation particulière dans cette région « où les Alévis sont majoritaires et respectent leur foi ». Selon lui, jusqu’ici, les maires de tous bords ont négligé la culture locale.

AFP

Un restaurant construit sur les berges d’une rivière à Tunceli, dans l’est de la Turquie, le 18 avril 2019

Impliqué dans le mouvement communiste depuis les années 1980, M. Maçoglu assure ne pas avoir de grandes ambitions. Ce qui lui tient le plus à coeur est l’apiculture. « Si vous me demandez si j’ai d’autres projets, je n’en ai vraiment pas. »

Interrogé sur la politique actuelle, il se refuse à tout commentaire sur le président Erdogan ou sur le leader du principal parti d’opposition, Kemal Kiliçdaroglu, lui-même de Tunceli.

« Est-ce que les capitalistes, les impérialistes sont sur la bonne voie? », demande-t-il simplement. « Je pense que non ».

 

Xi Jinping rencontre le PM vietnamien

http://mouvementcommuniste.over-blog.com/2019/04/xi-jinping-rencontre-le-pm-vietnamien.html

Si vous voulez mesurer le degré d’hypocrisie de nos médias à l’égard de la Chine, je vous conseille de consulter le canal 550 ou la chaine chinoise en français. Hier c’était Hollande qui était interviewé et il a dit le plus grand bien de la route de la soie, tout le problème de notre époque viendrait selon lui du protectionnisme hostile de Trump (note de Danielle Bleitrach)

BEIJING, 25 avril (Xinhua) — Le président chinois Xi Jinping a rencontré jeudi le Premier ministre vietnamien Nguyen Xuan Phuc, qui est à Beijing pour participer au deuxième Forum de « la Ceinture et la Route » pour la coopération internationale.

Notant que la Chine et le Vietnam forment une communauté de destin d’importance stratégique, M. Xi a appelé aux efforts conjoints pour écrire un nouveau chapitre dans le développement de la coopération stratégique globale entre les deux pays.

Les deux côtés doivent renforcer le rôle du mécanisme d’échange entre les deux partis au pouvoir pour apprendre les uns des autres en matière de discipline des partis et de gouvernance de l’État, a déclaré M. Xi, ajoutant que les deux parties devraient également se concentrer sur la tâche principale consistant à aligner l’initiative « la Ceinture et la Route » avec le plan « deux Couloirs et un Cercle économique » du Vietnam, et poursuivre la coopération dans des domaines clés, comme les infrastructures, la capacité de production et les zones de coopération économique transfrontalières.

Le président chinois a appelé à des échanges plus larges entre les peuples afin de transmettre l’amitié entre les deux pays aux générations futures, ainsi qu’à des actions des deux parties pour sauvegarder la paix et la stabilité maritime.

M. Nguyen Xuan Phuc a déclaré pour sa part que le Vietnam et la Chine étaient des voisins fraternels, et partageaient la même cause socialiste et des objectifs communs de développement, ajoutant que la partie vietnamienne était prête à établir une plus grande synergie entre l’initiative « la Ceinture et la Route » et le plan de développement de son pays.

Le Vietnam est disposé à suivre le consensus entre les deux parties et à collaborer avec la Chine pour gérer de manière appropriée les questions maritimes afin de ne pas affecter le développement global des liens bilatéraux, a-t-il noté.

source :

http://french.xinhuanet.com/2019-04/25/c_138009247.htm

 
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Publié par le avril 28, 2019 dans Asie, Chine, INTERNATIONAL

 

LES COMMUNISTES LANCENT UN APPEL AU CALME APRÈS L’ATTENTAT LÂCHE ET BARBARE AU SRI LANKA Mardi 23 Avril 2019

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Après l’important article de Jean Pierre page publié hier voici le communiqué des communistes du Sri Lanka. Dans le cadre du retour de notre parti communiste Français, il serait temps d’avoir des responsables de la politique internationale à la hauteur de ce qui bouge dans le monde et capables de nouer des relations en vue de la paix et de la justice sociale.Quand on voit la complaisancxe de ceuxx qui sont à la tête aujourd’hui de ce secteur pour les pires exactions des USA comme dans le cas de l’affaire Assange, on se dit que là aussi un vent de renouveau est nécessaire .  (note de Danielle Bleitrach)

Communiqué du Janatha Vimukthi Peramuna (Front de libération populaire – parti d’obédience communiste, scission pro-chinoise du Parti Communiste du Sri Lanka et actuellement 3ème force politique du pays) – traduction Nico Maury

Les communistes lancent un appel au calme après l’attentat lâche et barbare au Sri Lanka
Les attaques lâches et barbares visant des civils dans plusieurs endroits de l’île, doivent être condamnées et sacntionnées, déclare le JVP dans un communiqué publié par le Bureau politique du Parti.

Le JVP déclare qu’il incombe au gouvernement de diligenter une enquête rapide sur l’attentat, de révéler la vérité au pays, d’engager des poursuites judiciaires contre les responsables et d’ajouter qu’il est également de la responsabilité du gouvernement de prévenir toute détresse susceptible de se produire en raison des incidents.

Déclaration du JVP:

Nous condamnons les attaques barbares perpétrées à plusieurs endroits dans le pays aujourd’hui (21ème).

On signale que près de 310 personnes ont été tuées et plus de 500 personnes blessées dans les explosions qui se sont produites aujourd’hui (le 21) dans plusieurs endroits, dont trois églises catholiques du pays. Ces attaques lâches et barbares, menées avec quelque intention que ce soit, visant des civils doivent être condamnées et sanctionnées. Par conséquent, nous condamnons fermement cette attaque lâche et barbare.

Il incombe au gouvernement de diligenter une enquête rapide sur l’attentat, de révéler la vérité au pays et d’engager des poursuites à l’encontre des coupables. Il incombe également au gouvernement d’empêcher toute détresse qui se produirait dans le pays en raison des incidents.

En outre, nous appelons toutes les masses sri-lankaises à ne pas s’engager dans des conflits fondés sur cet attentat et à ne pas être partie si cet attentat est utilisé pour créer des affrontements inter-religieux.

Enfin, nous condamnons de nouveau l’attaque barbare, exprimons nos plus sincères condoléances aux parents et aux proches de ceux qui sont morts et souhaitons un prompt rétablissement pour les blessés.

Le Bureau politique du JVP, représenté par Sunil Handunneththi, Nalinda Jayatissa,a rendu un dernier hommage aux victimes des attentats-suicides.

 
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Publié par le avril 25, 2019 dans Asie, INTERNATIONAL

 

Sri Lanka : à qui profite le crime ? par Jean-Pierre Page

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« Aucune cause ne justifie la mort de l’innocent ! » La chute, Albert Camus, 1956

La nouvelle est tombée le jour de Pâques: un carnage a eu lieu à Colombo, un autre « massacre des innocents », une tragédie, une épreuve. Il peut être difficile vu de Paris, de Londres, de New York de mesurer l’état de choc qu’il provoque dans toute une population. Pourtant il se passe quelque chose d’indéfinissable, de tangible, de palpable et d’oppressant difficile à décrire. On a connu ça ailleurs.

La comptabilité macabre des victimes est provisoire ! Près de 320 morts dont 45 étrangers, plus de 600 blessés, sans doute plus compte tenu du nombre de disparus et des victimes que l’on ne peut identifier. Des églises sont fracassées, des hôtels dévastés, la peur, partout le sentimentqu’on n’est pas au bout de ce calvaire. N’a t’on pas trouver dimanche soir une bombe à proximité du terminal de l’aéroport international Bandanaraïke, puis lundi matin 87 détonateurs à la gare routière de Colombo, et plus tardprès d’une église une nouvelle bombe dans un « van » que des artificiers ontfait exploser!

Est-ce possible ailleurs ? Quand ? Comment le savoir ?

Le couvre feu a été décrété, les écoles et les universités, les administrations sont fermés, les réseaux sociaux interrompus, tous les trains de nuit sont annulés,
les « check points » de l’armé et de la police ont refait leur apparition, le Conseil national de Sécurité et le Parlement sont convoqué en urgence. Toutes les règlementations anti terroristes sont réactivées.
Le 23 avril sera une journée de deuil national, au Sri Lanka.

Evidemment ce carnagea ravivé dans l’esprit de chacun un traumatisme toujours sensible. Celui, d’un passé pas si ancienmarqué par 30 ans de guerre, 80 000 morts, des centaines de milliers de victimes, les destructions effroyables d’une culture cinq fois millénaire, un pays ravagé économiquement et socialement, la disparition d’intellectuels et d’artistes de talents, d’hommes politiques visionnaires assassinés, toute une nation, un peuple martyrisé par ceux là même qui voulaient imposer la division du pays pour des calculs sordides, des ambitions géopolitiques, en faisant prévaloir le séparatisme,l’intolérance, l’injustice, le sectarisme comme programme politique. Le prix de ces longues années de souffrances fut d’autant plus lourd si l’on tient compte d’un tsunami sans précédent qui lui provoqua la mort de 40 000 personnes en décembre 2004 !

Le Sri Lanka, l’ancienne Ceylan dont Octave Mirbeau aimait à dire « qu’elle était le paradis sur terre » sera-t’il éternellement condamnéà subir ses malheurs comme une fatalité tout comme si il s’agissait pour lui de pousser sans fins son rocher de Sisyphe?

Après la défaite politique et militaire des « Tigres » du LTTE en 2009, il fallureconstruire un état et une nation menacée de dislocation, redonner du sens à l’unitédu pays, retrouver une cohésion. 10 années plus tard le chemin est loin d’être achevé même si le souvenir du conflit tendait à s’effacer. Aujourd’hui, une chose est déjà certaine le carnage du jour de Pâques donne le sentiment que la société est proche de faire un bond en arrière, que la page n’est pas tournée. La barbarie a frappé partout et sans distinctions!Une prise de conscience se dessine : il faut empêcher le retour à la case départ?

A qui, cette fois le crime profite t’il ? Telle est la véritable question que beaucoup se posent !

Comme dans d’autres cas similaires,la folie meurtrière n’est jamais aveugle, et c’est bien là tout le problème. La recherche du chaos est toute sauf innocente, elle n’est jamais le résultat d’une génération spontanée. Evidemment, les déclarations, les rumeurs ne manquent pas, les interprétations se multiplient comme les jugements définitifs des experts « ès terrorisme » qui se gardent souvent de replacer les évènements dans leur contexte et les rapports de force. Au Sri Lanka,régionalement et internationalement, les commentaires se succèdent à cadence répétée entre sincérité, simulation, hypocrisie et calculs partisans. La dictature des médias s’exerce sans limites avec une seule et même interprétation. On cherche à nous refaire le coup du « choc des civilisations ».

Dès dimanche le Premier Ministre RanilWickremensinghe avait stigmatisé les attentats et leurs conséquences prévisibles. Il ajoutait à la manière surprenante d’une auto critique que la menace d’attentats terroristes était connue, les services de
police et de sécurité en étaient informés
maispersonne ne les avait pris en compte sérieusement.Il lançait immédiatement un appel à l’aide étrangère à laquelle Donald Trump répondait immédiatement, ce fut aussi le cas de l’Union Européennetoute prête à apporter son aide , pendant que la marine indienne, elle, mobilisait une bonne partie de sa flotte aux larges des côtes sri lankaises pour officiellement prévenir tout débarquement de commandos terroristes .

Bizarrement en octobre 2018, au début d’une crise politique majeur qui avait vu son éviction le même Ranil avait refusé d’enquêter, d’anticiper et de prendre en compte le complot visant l’assassinat du Président Sirisena . Pire, il avait fait interpeller et placer en détention des responsables des services d’intelligence et de sécurité du pays.

Faisant suite aux évènements du 21 avril et à la suite les propos du chef de gouvernement, le Ministre de la défense Ruwan Wijewardane confirmait que l’on ignorait qui étaient les commanditaires. Etaient-ils étrangers ? « ISIS (Daesh) avec des connections locales » accusait immédiatement le Dr. Rohan Gunaratna .

Par contre on connaissait parfaitement les auteurs des attaques dont les arrestations étaient en cours ou imminentes. Parmi eux plusieurs « kamikazes » musulmans, tous Sri Lankais à l’identité établie qui pour certains avaient loués la veille des chambres dans les palaces de Colombo visés par les attentatsnotamment au « Cinnamon Grand » et au « Shangri-La ». Dès le milieu de la journée de premières arrestations intervenaient, 8 individus, puis 13 et depuis 28. La location d’une maisonétaitidentifiée à Panadura dans la banlieue de Colombo, elle constituait en effet la base arrière de toute l’opération. Sa location selon le propriétaire coutait 45 000 roupies,l’un des locataires suspect d’intégrisme religieux, mais protégé par un politicien local avait servi d’intermédiaire. On l’avait donc laissé tranquille.

Il était enfin confirmé que dix jours auparavant les services secrets américains et indiens avaient informés les autorités sri lankaises. CNN a ainsi révélé l’existence d’une note de l’adjoint de l’Inspecteur General de la Police à Colombo adressé à différents services y compris ceux du ministère de la défense ou était évoqué le projet d’une attaque suicide revendiquée par Mohamed Saharan, le dirigeant du « Nation’s Thwahid Jaman ».

On aurait donc laissez- faire ? Mais qui et pourquoi ?

Loin de contribuer à faire la clarté les rivalités au sein de l’élite politique allaient rendre les choses plus confuses encore. L’heure des règlements de compte était venue. Selon plusieurs membres du gouvernement le Président hostile au Premier Ministre était informé mais n’aurait rien fait. En voyage à l’étranger, il n’aurait pris aucune dispositions pratiques, oublié de réunir le Conseil National de sécurité, laissé vacant ses responsabilités en matière de défense. Quant au ministre de l’économie et homme lige des américains Mangala Samaraweera, l’ancien président de centre gauche et chef de l’opposition Mahinda Rajapaksa, chercherait à exploiter la situation. Les morts ne sont pas encore enterrés que la politique politicienne sri lankaise avec la médiocrité qui la caractérise s’en donne a cœur joie. Elle s’agite et comme toujours sans dignité. Comme à l’habitude tout le monde y va de son couplet. !

On reste confondu par ces découvertes et ces révélations quelques heures à peine après le carnage. Ainsi comme en d’autres lieux à Paris, Londres ou Bruxelles, on connaissait les « terroristes », les filières, les structures, l’organisation de l’opération, les contacts et même les relations politiques locales des terroristes . Fort opportunément ils avaient signé leurs forfaits en laissant sur place leurs papiers d’identité et bien d’autres objets confondants pour des terroristes aussi bien organisés.Bien étrange « remake »déjà joué ailleurs!

Face aux interrogations et aux questions qui pleuvent ! Le Président et le Premier Ministre ont annoncé sans tarder la mise place d’une commission d’enquête. « Si vous voulez enterrer un problème, nommer une commission » avait l’habitude de dire Georges Clemenceau ! A la recherche d’un bouc émissaire et pour faire bonnemesure, le pouvoir a exigé la démission de l’Inspecteur General de Police (IGP), haut fonctionnaire pourtant sous la responsabilité du gouvernement . A Colombo commeà Paris, Castaner fait des émules, lui fait démissionner le Préfet de Police, ici l’IGP. On a les inspirateurs que l’on mérite !

Ainsi et comme ce fut le cas ailleurs, on découvre en moins de 48 heures« le modus operandi », ilest chaque fois le même. Il s’agiraitd’un groupe djihadiste, des combattants d’origine sri lankaise survivants de la guerre en Irak et Syrie. Du moins c’est ce qu’affirmela très informée Nirupama Subramaniumjournaliste du Indian Express. Selon celle-ciles services de renseignements Indiens, le trop fameux RAW avaient informés leurs partenaires Sri lankais sur la menace imminente d’attentats devant frapper des églises catholiques, des touristes à travers de grands hôtels de la capitale, l’Ambassade Indienneétaitégalement visée.Les terroristes étaient connus disait elle, toutefois, elle n’alla pas jusqu’ à mettre en cause les rebelles kashmiris qui selon Delhi seraient soutenus en sous mains par le Pakistan, mais suivez son regard.En politique, il n’y a pas de petits bénéfices ! L’Inde n’est elle pas au milieu d’une bataille électorale que l’on dit difficile pour Narendra Modi, son premier ministre. En conflit ouvert avec le Pakistan, il menace si il le fallait d’utiliser la bombe atomique pour régler leurs éternels différents frontaliers. Le contexte régional n’est donc pas indiffèrent, il faut le prendre en compte!

Pendant ce temps le gouvernement Sri Lankais, lui, est aux abois. La perspective des prochaines élections présidentielles et celles provinciales maintes fois reportées sont dans toutes les têtes. L’avenir est en effet incertain pour les néo libéraux de Ranil Wickremesinghe dont le parti UNP est en proie auxambitions multiples. Cette inquiétude est également perceptible chez leurs protecteurs américains pour qui le Sri Lanka gérédorénavant comme une extension des Etats Unis est dirigé en fait depuis l’Ambassade des Etats-Unis avec la collaboration de US Aid, des Peacecorps au budget impressionnant, avec l’appui de l’Open Society de Georges Soros, d’ONG et de nombreuses fondations tentaculaires comme la société du Mont Pellerin à laquelle appartient Ranil Wickremesinghe et qui s’héberge directement dans les bureaux du premier ministre.

A ce stade de la réflexion, il n’est pas inutile de rappeler que la fin justifiant les moyens on découvre dans la longue histoire politique du Sri Lanka, comment les politiciens de droite ont souvent non sans cynisme et violence provoquer des évènements leur permettant de rester indéfinimentau pouvoir. Un des moyens consiste à reporter systématiquement et pendant plusieurs années les échéances électorales. Mais il y a eu bien pire, on le fit aussi en s’accaparant tous les pouvoirs politiques, en muselant les libertés fondamentales, en interdisant les partis et les syndicats, en foulant au pied la démocratie, en assassinant les opposants et de nombreux intellectuels. Ce fut le cas par exemple du Président J.R Jawardana, ce grand ami de Ronald Reagan qui fit amender la constitution en 1978, afin de faire main basse sur tout l’appareil d’état, le plaçant exclusivement et unilatéralement à son service, il initia le « Prevention Terrorism Act », puis prolongea indéfiniment la survie de son gouvernement en reportant définitivementtoutes les consultations électorales, il changea même la capitale de place en lui donnant son nom. En 1983 il fut l’inspirateur et l’organisateur du « Black July » un pogrom anti tamoul , qui ne fut pas indiffèrent aux causes de la guerre qui ensanglanta le pays pendant 30ans. A cette époque et dans son gouvernement J.R comme on l’appelait communément comptait un jeune ministre ambitieux, aux dents longues et plein d’avenir : Ranil Wickremensinghe. Tout semble confirmer que l’élève a retenu la leçon du maitre.

Apres les évènements politiques de novembre 2018 et le limogeage dont il fut l’objet, Ranil cherche depuisune réponse existentielle au maintien de son pouvoir exclusif. La situation est compliquée car il doit faire face au mécontentement et au rejet personnel dont il fait l’objet. Ce sentiment est en effet très fort dans le pays. Avec le soutien des pays occidentaux il a pu jusqu’à présent se maintenir mais au prix de l’éclatement de la majorité dont il disposait au parlement et de concessions qu’il du faire à l’opposition, notamment en admettant à sa tète, le toujours charismatique Mahinda Rajapkasa. Il le le sait, il a gagner du temps mais la partie décisive n’est que remise. A travers leur exploitation les évènements tragiques que connaît le pays peuvent peut être offrir une porte de sortie à l’impasse politique dans laquelle il se trouve.Il faut donc s’attendre à ce qu’il ne la néglige pas, même si il doit faire tomber quelques têtes. C’est là une autre dimension du contexte à prendre en compte.

L’urgence est impérative, car la pression de la part des occidentaux et des Indiens est grande pour maintenir leur contrôle et leur hégémonie sur cette ile si stratégique. Ces derniers doivent faire face aux ambitions économiques, militaires et politiques de la puissance montante dans la région : la Chine et a son grandiose projet de nouvelle route de la soie que soutiennent entre autre ses alliés Russe Pakistanais, Iranien.

Le problème c’est que l’ingérenceoccidentale, la mise en cause ouverte de la souveraineté du pays provoque une mobilisation croissante et sans précèdent de l’opinion Sri Lankaise contre ce qui fait figure d’abdication, de reniement et de trahison de son élite au pouvoir. Depuis 2015 et le vote d’une résolution au Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU à Genève, très contraignante pour le Sri Lanka mais soutenu par lui même et les USA, le gouvernement a du mal à se dépêtrer de cet aveu de soumission aux exigences occidentales. Elles sont vite devenues insupportables, à fortiori pour un peuple ayant subi 450 ans de colonisation.

Washington à travers ses ambassadeurs agissant comme de véritables “missi dominici” se comporte donc avec la condescendance anglo saxonne habituelle, comme il le ferait d’une ancienne « républiquebananière ». Par ailleurs, la crise économique et sociale s’est aggravéedans tous les domaines. Les “Chicago boys” de Milton Friedman et les réseaux de la Fondation du Mont Pèlerin orientent les décisionsmais avec les conséquences politique que l’on imagine! Rien ne doitéchapper à l’ouverture aux dogmes du libéralisme sous le contrôle draconien du FMI, de la Banque Mondiale, d’une union européenne tatillonne comme à celui des institutions financières internationales. Mais il y a un prix à payer, et il est très lourd.

Le résultat est spectaculaire, en 2 années le pays est au bord de la faillite, la roupie a perdu près de 20% de sa valeur en un an, un effondrement de l’économie est en vue, larégression sociale est l’horizon immédiat, l’épidémie de dengue fait des ravages, la liquidation de la production agricole entre autre celle du riz, du thé, des épices est organisé, les inégalités ont explosé, les riches promoteurs d’une finance facile et artificielle sont devenus plus riche pendant que la population elle s’est appauvrit dangereusement, la corruption a grande échelle a ainsi été marquée par le holdup up historique sur la Banque centrale, le Sri Lanka est devenu une des plus importantes plate formes au monde pour le blanchement d’argent, les trafics en tout genre : drogue, armes, organes, l’instabilité politique permanente tourne à la farce, le pays est vendu à la découpe ouvrant la possibilité dorénavant aux sociétés transnationales de s’accaparer la propriété nationale sans limites les meilleurs terres du pays, ses ressources naturelles.

Face à la colère et l’exaspération que cette politique suscite, la situation peut devenir à hauts risques. Elle pourrait ainsi sonner le glas des ambitionsgéo politiques des Etats Unis dans une région stratégique C’est à dire une des zones aux défis géopolitiques les plus élevés de la planète. 100 000 tankers y empruntent chaque année les corridors maritimes. La moitié du trafic international dont les 2/3 représente celui des hydro carbures.On sait depuis la guerre en Yougoslavie ce que représente le contrôle des corridors à l’échelle mondiale.

L’échec de la fameuse “Indo-Pacific régional architecture” , des USA pourrait entrainer du même coup un nouveau succès d’importance pour la Chine en ouvrant un nouvel espace à son influence. C’est là l’enjeu de cette partie d’échecsqui se joue aujourd’hui au milieu de l’Océan Indien. Elle avait en fait commencé depuis 2002 sous l’impulsion de Georges Bush, puis poursuivie avec Barack Obama et sa stratégie de « Pivot Asia »! En 2015 après la victoire électorale de la droite, les négociations entre Washington et Colombo entendaient arrimer solidement le Sri Lanka aux ambitions géostratégiques de l’Empire en particulier au plan militaire. C’est donc avec une certaine fébrilité que Washington a du faire accélérer à Trincomalee, l’installation d’infrastructures dans le plus grand port en eau profonde de l’Asie. Celui-ci pourrait à termes abriter la 7e flotte face aux formidables et rapides investissements chinois en matière maritime, commerciale et militaire. C’est pourquoi le dispositif mis au service des américains par le gouvernement s’accompagne d’avantages extra territoriaux considérables et exclusifs aubénéfice du contingent américain .

Si ces objectifs demeurent plus que jamais à l’ordre du jour, le contexte lui a changé de manière imprévue. L’horoscope est il toujours aussi favorable pour les prévisionnistes de Washington? On en est plus certain! C’est là aussi une dimension du contexte à méditer.

Il semble qu’au Sri Lanka malgré les incessantes campagnes en faveur d’un droitde’hommismeoccidental dans l’air du temps, ne fassent pas recette. On est pasarriver à casser des briques comme le font les chinois et depuis des siècles au fameux monastère de Shaolin !

On oublie trop souvent dans l’histoire, comment des peuples dans des pays qui semblent éloignés, peuvent jouer un rôle décisif dans le renversement des équilibres internationaux. On peut se poser la question si, dans le cas du Sri Lanka, nous n’avons pas affaire également à un conflit d’importance géostratégique majeure pour l’avenir de cette région si décisive pour l’avenir de l’humanité

D’où la nécessité de comprendre la complexité des enjeux et de sortir de la vision manichéenne qui vise à tuer la réflexion et à aveugler ceux qui jugent les questions « lointaines », au regard de leurs seules « bonnes intentions » ou encore des apparences véhiculées le plus souvent par les lobbies médiatiques les plus riches et les plus puissants.

Loin de nous éloigner de cette tragédie de Pâques, nous devons pour en comprendre les causes réfléchir à un contexte qui n’est pas indifférent à ces évènements douloureux et au carnage auquel il a donné lieu.

Par conséquent et comme on le voit, les raisons ne manquent pas pour affaiblir le Sri Lanka, le faire douter de lui même, le diviser, à l’écarteler entre l’Inde, la Chine, les Etats Unis, le manipuler, en cherchant à opposer les communautés entre elles, en rejouant le thème éculé d’une nouvelle guerre ethnico-religieuse.

Mais à travers les épreuves qui sont les siennes, le peuple Sri Lankais a aussi acquis une maturité, une lucidité et une clairvoyance qui il faut l’espérer lui permettra de mettre en échec une nouvelle fois ceux qui veulent lui faire renoncer à être lui même.

Jean-Pierre Page