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Archives de Catégorie: GUERRE et PAIX

Quel parti communiste pour être en phase avec le mouvement ?

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Quand Fabien Roussel prend la parole dans les médias, chacun des communistes se sent représenté et s’en réjouit. Tous les communistes y compris ceux qui ont pourri le Congrès avec leur combat d’arrière garde, leurs manoeuvres pour écrémer les directions locales , le conseil national et décourager l’engagement. Pourquoi il ne passe pas plus souvent protestent-ils ?

Réponse 1 : Nous n’avons rien à attendre des médias, la ligne que développe aujourd’hui le PCF va a contrario de celles que leurs patrons capitalistes défendent heure après heure, nous devons compter sur nous mêmes.. Avec nous, c’est tout le monde du travail que l’on prétend comme l’a fait Macron remettre à sa place, celle de ceux qui n’ont pas la parole et qui sèment le « désordre » face à leur « ordre »…

Réponse 2, compter sur nous mêmes qu’est-ce que cela veut dire?

D’abord avancer sur la voie de notre  Congrès exttaordinaire… Parce que le Manifeste, dont est issue notre nouvelle direction a précédé et était en conformité avec ce qui s’est déclenché en France peu après. Mouvement, cahiers de doléances , nul besoin d’une tendance organisé, cela partait de la base en général comme un feu de broussaille.    Mais l’ancien était prêt à couper en deux le grouûscule qu’était devenu le parti, il s’est accroché et parfois comme chez moi l’a emporté,  le nouveau a tout juste été capable d’entrouvrir la porte. Il faut tirer la leçon de ce que nous vivons pour aller de l’avant. pour parachever cette démarche essentielle qui est simplement orientée vers la défense du monde du travail en priorité.

Bien mesurer la réalité de ce qui se passe dans ce monde du travail, cela fait des années que les combats de classe se multiplient contre la politique du grand capital, code du travail, SNCF, hôpitaux… une combativité qui a du mal à abattre le mur d’argent… Mais voici que sous la pression de l’impossibilité à vivre a surgi une jacquerie…  le mouvement dit des gilets jaunes, ils redécouvrent le collectif, l’appartenance de classe, cela va vite, très vite… le caractère hétéroclite des options idéologiques et politiques, le fatras qui sert de prétexte à certains communistes pour refuser de s’y mêler est celui de tout mouvement à potentialité insurrectionnelle, tout rassemblement de révolte, il est en quelque sorte le miroir dela combativité par temps de division et de destruction de la classe, devenus les « exclus »…

. la frilosité des communistes à le mesurer  fait partie de l’ancien, de ce qui les a affaibli, de leur incapacité à mesurer leur force.

A propos des gilets jaunes, Il va y avoir un test avec le discours de macron, s’y laisseront-ils prendre? Déjà chacun est là pour les inviter à aller dans son sens, pour affaiblir,  le « Rassemblement National » propose son racisme, sa haine des migrants, la France insoumise les jette dans des procédures institutionnelles qui devraient aboutir à élire le tribun…

Fabien Roussel part de ce que ce mouvement hétéroclite a en commun,  leur dimension de classe… .Ce qu’ils ont en commun c’est la conscience qu’il faut TOUT remettre à plat, que leurs revendications sont liées et que le fait que l’on a pas parlé des handicapés, des jeunes, des bas salaires, de tous est déjà une limite, comme le fait que l’ordre demeure celui de macron et qu’il est contre eux. Mais il y a plus encore, ils sont réalistes, ils savent que l’argent doit être pris quelque part et le refus du rétablissement de l’iSF est le symbole de ce qui ne change pas… ce qu’on leur donne d’une main on le reprend de l’autre et pire encore… Ils ont déjà la conscience du temps, près de vingt ans que ça dure….

Tiens comme l’affaiblissement du PCF… l’affaiblissement et la division de leur classe et leur méfiance face au pouvoir politique, à l’organisation, à la représentation qui les protège autant qu’elle les soumet. Fabien Roussel part de là…

L’enjeu est lde partir de à, seul le parti peut agir ainsi, mais quel parti, qui sera entendu? Quelle maturité, quelle compréhension de la situation réelle, de ce qui est l’obstacle à abattre… Il est clair qu’il nous manque un Lénine… .

Cela n’a l’air de rien, mais c’est aussi ce à quoi nous nous heurtons aujourd’hui et qui nous empêche de voir nos atouts rééls et ce qu’il faudrait faire.

Nous communistes, ne nous contentons pas de protester de la rareté de Fabien Roussel dans les médias ou alors allons y en manifestant., envoyons des milliers de lettres, ça s’organise… . N’oublions pas  notre atout principal, nous sommes le seul parti à avoir autant de militants, proches du terrain, à quoi servent-ils? peuvent-ils se contenter ce qui n’est pas si mal de distribuer des tracts justes sur les places ? Non, nous aurions du nous  mêler aux manifestations des gilets jaunes, comme celle de samedi dernier à Marseille qui regroupait les défenseurs du climat et les gilets jaunes. Ces derniers n’étaient pas dans leur majorité des gens jeunes, mais des prolos, des petites gens avec qui la discussion aurait été fructueuse. je le sais par expérience. Mais les communistes craignent de plus être écoutés, on les a incité à s’adapter… A quoi? On leur a raconté que la classe ouvrière n’existait plus, qu’il n’y avait plus que du sociétal et que la question sociale était hors sujet, cela est aussi ce qui les bloque, ce qui les empêche d’agir. on leur a raconté que partout le socialisme mené par des communistes était un échec… Ils sont pétrifiés.

Les communistes des Bouches du rhône n’ont que trop interiorisé leurs incapacités, ils se sentent vieux et ils se réjouissent de défiler avec les jeunes étudiants, spécialistes du socio-culturel en déshérence, c’est le renouveau et ce faisant ils se tiennent soigneusement éloignés de leurs alter-égo que sont les gilets jaunes. Lieu de rassemblement éloigné, départ différé et leur manifestation contre ce qui s’est passé à marseille, au départ juste est incapable de rallier tous les mal logés de la ville, tout au plus le public underground du cours julien, celui que sollicite un Ruffin.

Le parti de la classe ouvrière est le véritable défenseur de cette petite bourgeoisie, de ces couches moyennes qui on le voit bien avec la déclaration de Macron sont en fait condamné à payer jusqu’au déclassement pour elles et leurs enfants, tout ce que le président des riches concède au plus pauvres pour dépouiller tout le monde et engraisser le capital. mais pour cela il faut être’ conscient du rôle de classe, le seul capable de rassembler large et de ne pas laisser les couches moyennes enragées au fascisme..

ce n’est pas un hasard, ceux qui mènent la danse sont des refondateurs, qui ne pensent qu’aux élections municipales et sont en train de les perdre, de réduire un peu plus leur impact dans un ville rongée par la misère et l’abstention. des gens qui pensent que la classe ouvrière n’existe plus et que la seule chose à lui proposer est l’aumone de Friot pour avoir l’air moderne. Le recentrage sur le monde du travail est totalement ignoré et ce qui fait pourtant la force réelle du parti réduit à néant. Et la dirigeante  qu’ils ont mis à la tête de la formation dans les Bouches du rhône appartient à ce courant, c’est dire ce qu’on peut en attendre si quelque nouvel adhérent tombe dans ses filets. une force d’inertie de plus dans un département rongé par la misère, où la CGT est une des plus forte de france et où une classe ouvrière attend un parti capable d’unifier ses luttes. Quel paradoxe!

Tout cela pèse sur les organisations de classe telles qu’elles sont, épuisées de devoir tirer, encline depuis tant d’années au compromis, tout est fait pour contraindre à rentrer à la niche, à négocier aux côtés des autres.Parce que ce que pose ce mouvement c’est bien le rôle réel d’un parti communiste et ce n’est certainement pas celui que les dirigeants communistes de mon département  ont dans la tête et qui commande leur action. faute d’avoir mené le congrès jusqu’au bout,  Ils sont à la remorque d’une petite bourgeoisie agitée et pour le reste sont satisfaits quand ils ont organisé le loto et le repas des vétérans dans une salle municipale; Ils ne pensent qu’aux élections municipales et pourtant depuis qu’ils mènent cette politique, il y a de moins en moins d’élus communistes.

le Congrès a vu cette droite du parti  dénoncer avec conviction la notion d’avant garde comme étrangère au rassemblement. le refus du parti guide, identifié au « stalinisme » et au « totalitarisme » soviétique, leur idéologie de base a créé une incapacité à penser le rôle du parti dans un tel mouvement.

Il va y avoir trois jours de lutte de la CGT départementale forte de ses bons résultats… Nous devons tous nous y impliquer… Il est possible de balayer tout le système corrompu et clientéliste qui règne sur la ville, mais c’est le monde du travail qui le fera, Marseille propre comme après un coup de minstral…

Est-ce que les gilets jaunes y verront une opportunité, ils ont été capables de venir la semaine dernière avec les défenseurs du climat, seront-ils là, le dialogue aura-t-il lieu? Je l’espère. Sinon ne vous étonnez pas si les troupes de Soral et Dieudonné s’occupent d’eux, si un chouard est leur prophète, bref si tout cela tombe aux élections dans l’escarcelle de l’extrême-droite y compris aux européennes, élections  qui semblent faites exprès pour un tel débouché, à la fois à cause de l’abstention et surtout parce que l’Europe nous conduit à ce dévoiement, il est inscrit dans sa crise globale, dans le renforcement de l’OTAN, dans tout ce que le parti communiste doit combattre. . .Là encore il faut poursuivre les réflexions du congrès… arrêter de « visser les boulons »…

Ce que représente fabien Roussel et que tout le monde se réjouit de voir dans les médias c’est une autre conception du parti à laquelle il faudrait laisser les  chance d’exister. Alors qu’il y aurait eu avec le congrès la possibilité d’avoir des militants prêts à mener un combat qui aille dans ce sens là.

danielle Bleitrach

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jusqu’où ira l’écriture inclusive? la guerre de 14-18 et les « poilues »

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Publié par le novembre 13, 2018 dans GUERRE et PAIX, HISTOIRE, humour

 

Pourquoi la France est-elle le pays qui a le plus fusillé « pour l’exemple » pendant la Grande guerre ?

PAR OLIVIER FAVIER

  • t été exécutés entre 1914 et 1918. Ce qui fait de l’armée française celle qui a le plus fusillé, avec l’armée italienne, loin devant l’Allemagne et les pays anglo-saxons, selon la comptabilité officielle. Si plusieurs soldats condamnés à mort ont, depuis, été réhabilités, le sujet, un siècle plus tard, suscite toujours la controverse. Tour d’Europe des « fusillés pour l’exemple ».

Quelques 918 militaires français ont été fusillés pour l’exemple pendant la « Grande guerre ». La grande majorité n’a pas été exécutée pendant les mutineries de 1917, mais pendant la première année du conflit, de septembre 1914 à octobre 1915. 918 fusillés pour l’exemple : cela peut sembler statistiquement dérisoire par rapport aux 1,3 million de soldats « morts pour la France ». Mais cette pratique de l’état-major fait peser sur la troupe une menace permanente, quand bien même le recours aux exécutions capitales n’a jamais été systématique. Facilitée par le rétablissement des Conseils de guerre entre 1914 et 1916, la peine de mort est froidement réglementée par un décret de 1909. Une réglementation qui précise même les modalités du coup de grâce, administré « avec un revolver dont le canon est placé juste au-dessus le l’oreille et à cinq centimètres du crâne ».

Un siècle plus tard, les fusillés pour l’exemple continuent de hanter l’imaginaire littéraire et cinématographique. Leur réhabilitation fait toujours débat, montrant une continuité de fait entre l’institution militaire capable de fusiller ses soldats et une République qui se refuse à en désavouer les actes. Durant l’entre-deux-guerres, quelques 40 soldats ont bien été réhabilités, au cas par cas. En juin dernier, une proposition de loi sur le sujet, portée par le groupe communiste, a été repoussée, malgré le soutien du groupe écologiste. La chose est d’autant plus surprenante que les sympathisants du Parti socialiste sont, d’après un sondage réalisé fin 2013, de loin les plus favorables à la réhabilitation, à 87% (75% pour l’ensemble des Français). Ce débat n’est pas spécifique à la France et touche d’autres pays européens. Si la France figure parmi les pays qui ont le plus fusillé durant la Grande Guerre, elle a bénéficié d’une cohésion nationale supérieure à celles de bien d’autres belligérants. Ce paradoxe est une clé essentielle pour comprendre l’ampleur des débats qui la traversent encore aujourd’hui.

Les limites d’une comptabilité macabre

Toute comparaison du phénomène entre belligérants se heurte d’emblée au caractère lacunaire des études et des sources. Les chiffres font défaut pour des acteurs majeurs de la guerre comme l’Autriche-Hongrie et surtout la Russie, où le phénomène a pu être massif, avec et sans jugement, si l’on en croit par exemple les exécutions sommaires de1914, suite aux pillages de la ville de Tarnobrzeg. Une récente étude a aussi permis de montrer que l’armée bulgare a multiplié les exécutions : on en compte 600 entre septembre 1915 et octobre 1916, pour « seulement » 650 000 mobilisés.

Parmi les belligérants où une estimation globale est possible, seule l’armée italienne s’est montrée aussi cruelle que l’armée française, avec quelques 750 cas répertoriés, auxquels s’ajoutent des centaines d’exécutions sommaires et de décimations, pour un total avoisinant les 1 100 morts. Ce nombre est d’autant plus impressionnant que les effectifs mobilisés sont de 40 % inférieurs à ceux de l’armée française et que l’entrée en guerre a eu lieu presque un an plus tard, en mai 1915. En Grande-Bretagne et dans ses dominions, on relève officiellement 306 cas, dont 26 Irlandais, 25 Canadiens et cinq Néo-Zélandais. Il y a eu 35 fusillés aux États-Unis pour une seule année de guerre – dont dix seulement sur le front –, douze en Belgique pour un nombre de condamnations à mort vingt fois supérieurs.

En Allemagne, un débat éclipsé par les horreurs du nazisme

En Allemagne, on s’accorde à dire que le chiffre officiel de 48 exécutions est largement sous-estimé, mais la recherche est rendue difficile par la destruction de nombreuses archives durant la seconde guerre mondiale. Cette question, tout comme celle des 6 000 victimes des exactions allemandes durant l’été et l’automne 1914, a été du reste éclipsée par les horreurs du nazisme : entre 1933 et 1945, on compte près de 20 000 militaires allemands passés par les armes.

Les troupes coloniales françaises ont fait l’objet d’au moins deux cas de décimation – exécution d’un soldat sur dix tiré au hasard – sans passage par des conseils de guerre. 22 tirailleurs algériens et tunisiens ont ainsi été passés par les armes, en septembre et décembre 1914. Il faudrait rappeler enfin la guerre méconnue du Bani-Volta en 1915-1916 (zone à cheval sur le Mali et le Burkina-Faso), un vaste mouvement de rébellion inter-tribal dont l’origine a été le recrutement forcé. La répression dans ce cas est allée bien au-delà de la justice militaire [1].

Une inconnue demeure, qui dit les limites de toute enquête chiffrée : combien d’exécutions sommaires ont-elles été perpétrées sans ordre écrit ni trace ? Combien d’ordres ont été donnés comme « moyens d’exécutions indirectes », pour reprendre la formule de l’historien Stéphane Audouin-Rouzeau ? Une chose est sûre. De tous les acteurs de la Grande Guerre, seule l’Australie ne s’est livrée à aucune exécution, n’ayant envoyé sur le front européen que des soldats volontaires.

Un tabou en Italie

Pareille disparité se retrouve, avec des modalités diverses, dans les intérêts portés au phénomène dans les différents pays. En Allemagne ou en Bulgarie, les travaux sont le fait de chercheurs isolés, tout comme en Italie [2] où la presse offre pourtant un large écho en 1998 au souhait du Premier ministre français Lionel Jospin de voir réhabiliter les fusillés du Chemin des Dames. « Que ces soldats,  » fusillés pour l’exemple « , au nom d’une discipline dont la rigueur n’avait d’égale que la dureté des combats, réintègrent aujourd’hui, pleinement, notre mémoire collective nationale », avait déclaré le Premier ministre socialiste [3].

En 1970, le film de Francesco Rosi, Les hommes contre, fait déjà la part belle aux fusillés. On y voit notamment un capitaine simuler l’exécution d’un innocent pour satisfaire aux ordres d’un général mégalomane et sanguinaire, un peloton se retourner contre l’officier qui le commande, et une décimation. Le film, scrupuleusement documenté, reste parfois trompeur dans sa volonté de rassembler en une seule histoire des témoignages spectaculaires vécus sur l’ensemble du front.

Mémorial et pardon au Royaume-Uni

Du point de vue institutionnel, le débat d’après-guerre, si vif en France, n’a pu avoir lieu en Italie sous le régime fasciste. Aussi l’historienne Irene Guerrini se réjouit de l’irruption de cette question à l’occasion du centenaire : « Ces deux derniers mois, on a commencé à parler des fusillés chez les historiens, à la radio et dans quelques journaux. C’est une bonne chose car avant de parler de réhabilitation ou de pardon il est nécessaire d’approfondir le sujet d’un point de vue scientifique afin de faire connaître au grand public le déroulé des faits. »

Au Royaume-Uni, les archives militaires ont été déclassifiées en 1990, mais il faut attendre 2006 pour qu’un « pardon » ne soit accordé par voie législative, lequel n’affecte cependant « aucune conviction ni sentence ». En 2001, un Shot at dawn memorial – un « mémorial des fusillés à l’aube » – est inauguré à Alrewas, dans le Staffordshire. D’une manière générale, les pays de culture anglo-saxonne, même quand ils ont eu recours de manière plus ou moins sélective et progressive à la conscription, ont pu laisser place à l’objection de conscience – c’est le cas pour des communautés religieuses aux États-Unis – ou du moins faire preuve d’une plus large tolérance à l’égard des « refus de guerre ».

Pourquoi certains pays ont-ils plus fusillé que d’autres ?

À la suite d’un congé de convalescence en 1917, lorsque le poète anglais Siegfried Sassoon se refuse à retourner au front, il écrit à son supérieur sa « Déclaration d’un soldat ». Communiquée à la presse, elle sera lue au Parlement par un député qui lui est favorable. Pour seule conséquence de ses actes, on le déclare inapte au service. Il passe le reste du conflit dans un hôpital militaire. À la même époque en France, les blessés psychiques de guerre sont perçus comme des « simulateurs » et traités massivement à « l’électricité » [4]

L’entrée tardive dans le conflit de la Bulgarie ou de l’Italie n’a rien d’une évidence. Si la première se retrouve à faire la guerre à une nation slave et orthodoxe dont elle est traditionnellement proche, la seconde est normalement l’alliée de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. En changeant de camp, le gouvernement espère annexer les terres italophones demeurées sous contrôle de Vienne. Pays d’unité tardive, littéralement saigné par l’émigration – 900 000 départs pour la seule année 1913 – l’Italie ne révèle qu’un faible sentiment national.

Plus l’état-major est incompétent, plus il y a de fusillés

Dans un tel contexte, le tabou de la désertion est moins fort. Mario Monicelli s’en souvient en 1959 lorsqu’il dresse dans La Grande Guerre le portrait de deux fuyards sympathiques. À titre de comparaison, deux ans plus tôt, Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick est interdit en France. On ne peut donc s’étonner, comme le fait remarquer André Loez, que « pour l’armée italienne, l’arbitraire soit perçu comme le meilleur moyen de tenir les hommes ».

La question de l’incompétence des officiers supérieurs entre aussi en ligne de compte. « Je les grignote » explique le général Joffre, pour répondre des offensives sanglantes de 1915 et de l’enlisement de la guerre de tranchées. Je donne des « coups d’épaule » lui fait écho le général Cadorna sur le front autrichien. Ces bourrades inutiles, onze en tout, débouchent sur le désastre de Caporetto en 1917, avec pour conséquence inattendue le ralliement d’une partie des socialistes italiens à la guerre, au nom de la patrie en danger. Quoi qu’il en soit, c’est bien dans cette période qu’ont lieu le plus grand nombre de ces exécutions.

En France, le difficile débat de la réhabilitation

Patrick Cabouat, dans son documentaire Fusillés pour l’exemple, le fait ainsi remarquer : « Dans toutes les armées alliées, on constate une corrélation systématique entre les échecs du commandement et l’augmentation du nombre d’exécutés pour l’exemple. » Devant la médiocrité éclatante de l’encadrement français dans la Bataille des Frontières, les limogeages s’accompagnent de l’abandon total de toute autorité civile sur la justice militaire. Ainsi que l’écrit le Ministre de la guerre à son chef d’état major : « Vous voulez la victoire. Prenez-en les moyens rapides, brutaux, énergiques et décisifs. »

Pierre Roy ne décolère pas. Ce professeur à la retraite et historien du pacifisme s’étonne de la tiédeur du Président de la République François Hollande quant à la réhabilitation des fusillés pour l’exemple. « Cela n’est pas conforme au vote qu’il a fait passer au Conseil général de Corrèze – comme c’est d’ailleurs le cas aujourd’hui dans 29 conseils généraux et 3 conseils régionaux – ni même à la réponse donnée en 2013 à Marc Blondel et à mes camarades de La Libre Pensée. » Quand de nombreux conseils municipaux se prononcent à leur tour, « on ne peut se contenter d’une salle au Musée des Invalides et d’une mention sur un écran d’accueil ». Seize ans après le discours de Lionel Jospin à Craonne, rien n’a vraiment bougé [5]« Il est difficile pour ceux qui se proclament les héritiers de Jaurès, mais qui le sont beaucoup plus d’Édouard Vaillant et de Jules Guesde [soutiens indéfectibles à l’Union sacrée], de rompre le fil. Pour autant, ce devrait être plus simple aujourd’hui, maintenant que le rapprochement français allemand ne fait plus aucun doute », poursuit Pierre Roy.

Une justice spéciale en opposition avec les principes du droit moderne

Des réticences se font jour aussi chez les historiens. À l’instar d’Antoine Prost, auteur d’un rapport destiné au secrétaire d’État Kadel Arif, André Loez est partagé quant à une décision globale : « Quel sens y aurait-il pour la mémoire d’un pacifiste à ce qu’il obtienne la mention « mort pour la France » ? » Il ajoute néanmoins : « Cette réhabilitation serait un choix politique extrêmement fort. » Dans la réédition de 2009 de son livre sur les Fusillés de la Grande Guerre, Nicolas Offenstadt, qui a pourtant consacré à la question quantité d’articles et d’interventions radio ou télévisées, va beaucoup plus loin : « On est en droit de s’étonner que des esprits critiques, antimilitaristes surtout, accordent tant d’importance à la parole des autorités militaires et à ses verdicts. » Il conclut : « On peut encore remarquer que la commémoration des horreurs du passé risque de servir à masquer l’indifférence à celles du présent, à fabriquer des consensus lénifiants. »

On pourrait s’étonner, précisément, qu’une telle confusion s’opère encore entre la République et une justice militaire agissant sans contrôle de septembre 1914 à janvier 1915, date à laquelle le Président de la République est avisé des condamnations. En pratique, les conseils de guerre spéciaux ont continué d’œuvrer jusqu’en avril 1916. En juin 1917, le général Pétain a enfin obtenu du gouvernement la suspension du recours pour les condamnés à mort lors de la répression des mutineries. C’est dans ce cadre que les soldats du Chemin des dames ont été fusillés.

Il ne s’agit donc pas de décider au cas par cas, à cent ans de distance, qui a été la victime d’une décision arbitraire – et il y en eut beaucoup – ou qui a manifesté un véritable « refus de guerre », mais de s’en tenir aux simples mots qu’Anatole France avait écrit en 1909 : « L’armée étant une administration comme l’agriculture, les finances ou l’instruction publique, on ne conçoit pas qu’il existe une justice militaire quand il n’existe ni justice agricole, ni justice financière, ni justice universitaire. Toute justice particulière est en opposition avec les principes du droit moderne. Les prévôtés militaires paraîtront à nos descendants aussi gothiques et barbares que nous paraissent à nous les justices seigneuriales et les officialités. »

Olivier Favier

– Photos :

Une : Couverture du livre « Fusillés pour l’exemple 1914-1915 » (André Bach, Ed. Tallandier).

1ère photo : Le sous-lieutenant Jean-Julien Chapelant, fusillé sur un brancard le 11 octobre 1914, alors qu’il est revenu du front grièvement blessé. Non réhabilité en 1934, il est déclaré « mort pour la France » en 2012. CC wikicommons.

2ème photo : Emilio Lussu en 1916. Cet officier « interventionniste » devient après la guerre un antifasciste militant. Il est l’auteur de Un Anno sull’altipiano (1938), « Les hommes contre » (traduit par Emmanuelle Genevois), adapté au cinéma par Francesco Rosi. CC wikicommons.

3ème photo : Le Shot at dawn memorial, en Angleterre sur la base d’une sculpture d’Andy de Comyn. CC wikicommons.

4ème photo : Exécution à Koritza (Albanie). Les soldats portent l’uniforme français. Vers 1917. Image trouvée sur un forum.

Notes

[1Sur cet épisode oublié, voir cet article de Patrick Royer de 2003.

[2Voir pour l’Allemagne l’article de Christoph Jahr (en allemand), paru dans Die Zeit, le 15/06/2014, pour la Bulgarie, les recherches de Snezhana Dimitrova – et ce rapport du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre 14-18 en 2004 –, pour l’Italie, le livre d’Irene Guerrini et Marco Pluviano, Le fucilazioni sommarie nella prima guerra Mondiale, Udine, Gaspari, 2004 – compte-rendu en français.

[3Extrait du discours du 5 novembre 1998, consultable ici.

[4Voir le livre de Laurent Tatu et Julien Bogousslavsky, La folie au front. La grande bataille des névroses de guerre (1914-1918), Paris, Imago, 2012. Entretien avec Laurent Tatu.

[5Pour l’évolution du débat en France, voir l’excellente rubrique du site de la LDH Toulon

 
2 Commentaires

Publié par le novembre 11, 2018 dans GUERRE et PAIX, HISTOIRE

 

La danse macabre des provocations

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Robert Ménard est allé jusqu’à légitimer la torture en Irak sans perdre ses alliés de gauche et sa réputation de troskiste, au point que l’Humanité n’a pas craint de le soutenir en parrainant un « dissident » cubain, vrai espion de la CIA sur une île qui résistait avec courage;  il a fallu qu’il rejoigne Marine Le Pen pour que le doute s’insinue.

J’ai des doutes ou plutôt quelques connaissances des pays et gens concernés: quand on connait l’histoire tragique du Honduras (1) qui non seulement en tant que colonie des USA a abrité l’endroit où la CIA formait des tortionnaires avant de les rapatrier, l’endroit où sont intervenus d’ailleurs des spécialistes français aguerris par les guerres coloniales, l’endroit où récemment malgré les protestations de la population à coup de répression par l’armée on a éliminé un dirigeant progressiste pour lui substituer un fasciste, en recommençant tortures et meurtres d’opposants politiques, quand on sait qu’aux élections de la mi-mandat des caravanes de migrants partent pour affronter l’armée de Trump aux Etats-Unis, le doute vous prend sur la nature spontanée du phénomène migratoire et qui l’a provoqué et surtout sur le fait que les pays fuis y compris en risquant la mort sont des pays capitalistes où règne un régime proche de celui que veut étendre Trump au reste de l’Amérique latine et… au monde.

C’est comme au Brésil, le juge qui a organisé le maintien de Lula en prison se retrouve bizarrement ministre de la justice. Et les juifs progressistes de Pittsburg ont beau manifester contre la politique de Trump, son soutien au Klux klux klan à laquelle sa famille a toujours appartenu, en disant qu’ils n’ont rien à voir avec la politique de Netanayou, ce dernier plus le brésilien et Trump sont copains comme cochons et Netanayoun va avoir avec lui tous les vrais antisémites et racistes du monde.

La lutte des classes est là plus violente que jamais mais on tente de la canaliser vers le fascisme pour sauver les meubles. C’est un scénario bien connu et dont on sait où il mène?

Dans notre pays, la France, les forces se liguent pour que disparaisse du paysage le PCF. Hier je ne dormais pas j’ai écouté « stupéfiant » sur la 2, de Léa Salomé, sur Johnny Halliday et ses relations difficiles avec « l’élite », j’ai guetté la reconnaissance du rôle d’Aragon dans les lettres Françaises de la qualité du chanteur et l’influence que cette prise de position avait eu sur des gens comme Godard qui à l’époque dans une de ses boutades célèbres disait « avec les communistes j’irai jusqu’à la mort mais pas au-delà », pas un mot, sur cette position d’Aragon si sensible à ce qui est typiquement français tout en s’ouvrant sur le monde. Pas plus d’ailleurs que sur le paradoxe de la célébration d’un des évadés fiscaux les plus célèbres, il est vrai que s’acharner sur lui permet de ne pas parler de la famille Mulliez, de Carrefour, dont on apprend qu’un des actionnaires a financé le fasciste brésilien. Mais je parlais d’Aragon!, oublié, au placard le plus grand écrivain du siècle dernier, l’immonde Céline ne cesse d’être réhabilité, alors qu’Aragon est nié… jamais il ne sera question de lui à la télévision, pour éviter tout ce qui peut fâcher. Le parti est effacé du présent comme il l’est du passé. Le pire est sans doute que cela se fait  avec l’assentiment d’une direction qui nous mène sans plus se cacher vers un destin à l’italienne. L’antichambre du fascisme et de la résurrection des monstres.

Alors même que les statuts votés au 36e congrès disent que les dirigeants ne peuvent excéder 9 ans et que Pierre Laurent est là depuis dix ans, ils tentent de dévoyer le congrès autour d’un légitimisme mortifère, le culte du chef et le mensonge habituel sur les bolchéviques qui veulent prendre le pouvoir.

Nous sommes entrés dans la danse macabre qui préside les grands massacres et partout le forces qui tendent vers l’affrontement tentent de le créer pour conserver leur pouvoir, c’est la classe dominante qui mène le bal et ceux qui ne croient plus à l »offensive contre la monstruosité qui nous menace laissent croire que le statu quo est un moindre mal, parce que le reste serait le retour vers une URSS dont il ont fait l’équivalent de la monstruosité nazie d’une manière folle et irresponsable, en utilisant simplement le fait que les communistes veulent une mise à plat de leur histoire faite par eux avec des historiens qui ne soient pas des idéologues haïssant les Révolutions.

Dans une société qui meurt et qui ne trouve pas d’issue prolifèrent les monstres disait à peu près Gramsci. Je ne sais où tout cela ira mais nul ne peut continuer ainsi sans aller vers le désastre. Ma réflexion se situe hors congrès du PCF parce qu’elle ne prétend pas identifier ce qui se passe dans ce Congrès terme à terme avec les convulsions impérialistes mondiaux. Ma réflexion part simplement de quelqu’un qui a beaucoup vécu et voyagé dans les pays où le néolibéralisme a été imposé par des dictatures sanglantes et prétend l’être à nouveau, alors que chez nous ce sont des gouvernements socialistes dont les communistes ont dû se dégager des pièges une première fois qui ont promu cette phase du capital caractérisée par la concurrences féroce intermonopoliste financiarisée et s’imposant par leur puissance aux Etats et nations. Le temps où l’Europe, alliée privilégiée croyait pouvoir y échapper est révolu et ceux qui militant pour un statu quo pour eux, pour leurs places nous mènent au désastre.

Danielle Bleitrach

(1) la CIA a contribué à la formation de centaines d’officiers de police des dictatures latino-américaines via ses fameux manuels de formation et l’École des Amériques, désormais renommée Institut de coopération pour la sécurité de l’hémisphère occidental (WHINSEC). [5]

Caballero a décrit le rôle de la CIA comme ambigu. « Caballero a déclaré que ses supérieurs avaient ordonné aux conseillers de la CIA de dissimuler leur participation aux escadrons de la mort, ainsi que d’autres membres des unités du renseignement de l’armée. Il a été envoyé à Houston pendant six mois en 1979 pour y être formé par les instructeurs de la CIA aux techniques d’ interrogatoire.

« Au cours de mon interrogatoire, ils m’ont préparé à mettre fin à l’utilisation de la torture physique au Honduras – ils ont enseigné les méthodes psychologiques », a déclaré M. Caballero à propos de sa formation américaine. « Alors quand nous avions quelqu’un d’important, nous l’avons caché des Américains, interrogé nous-mêmes et ensuite lui avons donné la mort à un escadron de la mort. »

« La CIA avait accès à des prisons secrètes de l’armée et à des rapports écrits résumant l’interrogatoire de présumés gauchistes, selon M. Caballero et deux responsables américains. Les Américains ont également déclaré que la CIA savait que l’armée hondurienne était en train de tuer des prisonniers. La CIA a demandé un arrêt des massacres à un moment donné en 1983. En 1984, un agent de la CIA a été rappelé du Honduras après qu’un parent du prisonnier l’ait identifié comme ayant visité une prison secrète, ont déclaré deux responsables américain et un hondurien. Il existait un contact régulier entre les interrogateurs et la CIA. Il semble donc probable que la CIA était au courant du fait que les meurtres se poursuivaient.

 

Macron dit que nos ventes d’armes ont à voir avec ça… et il continue…

Au Yémen en guerre, la famine frappe et tue des enfants

L’ONU a réclamé « un cessez-le-feu humanitaire » autour des installations participant à la distribution d’aide alimentaire, mais ni les rebelles ni Ryad n’ont répondu à l’appel

Un enfant yéménite souffrant de malnutrition à l'hôpital de Sanaa, le 6 octobre  2018. (Crédit ! MOHAMMED HUWAIS / AFP)

Un enfant yéménite souffrant de malnutrition à l’hôpital de Sanaa, le 6 octobre 2018. (Crédit ! MOHAMMED HUWAIS / AFP)

Ahmed Hassan hurle de douleur au moment où le médecin le pose délicatement sur une balance pour le peser. Le visage et le corps décharnés, ce bébé yéménite de quelques mois est affamé.

A l’hôpital Sabaeen de Sanaa, les infirmières préparent du lait en poudre et remplissent des seringues, rationnant ainsi les portions données aux enfants malnutris qui arrivent pour des traitements d’urgence.

Parfois même incapables d’avaler tellement leur corps est affaibli, les enfants sont nourris à l’aide de sondes.

« La vie est devenue très difficile (…) mais nous faisons de notre mieux, compte tenu des circonstances », confie Oum Tarek, dont le bébé de neuf mois est pris en charge pour malnutrition.

« Nous ne sommes pas d’ici, nous louons une très vieille maison pour 10 000 riyals (environ 35 euros) à Hiziaz », au sud de Sanaa, dit-elle à l’AFP.

Son bébé, raconte-t-elle, est tombé malade car elle n’avait plus les moyens de lui acheter du lait en poudre, compte tenu de l’importante somme que représente la location de la maison.

Un enfant yéménite souffrant de malnutrition dans un hôpital de Hajjah, le 25 octobre 2018. (Crédit : ESSA AHMED / AFP)

Les quatre années de guerre entre le gouvernement yéménite et les rebelles Houthis ont plongé le pays au bord d’une « famine géante et imminente », selon l’ONU qui estime que 14 millions de personnes, soit la moitié de la population, pourraient en être victimes.

Le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, a affirmé lundi que le risque de famine au Yémen est « plus important que tout ce qu’un professionnel du secteur a pu voir au cours de sa carrière professionnelle ».

« Porte de la mort »

A l’hôpital de Sabaeen, le pédiatre Charaf Nachwan affirme que certaines familles n’ont même pas les moyens de payer le transport pour arriver à la clinique.

« Leurs enfants sont donc laissés des jours, des semaines, souffrant de malnutrition, jusqu’à ce que quelqu’un les aide avec un peu d’argent. A ce stade, nous faisons face à des cas très graves », se désole-t-il.

Depuis l’intervention en mars 2015 d’une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite en soutien au gouvernement yéménite, le conflit a fait selon l’ONU près de 10 000 morts, des ONG de défense des droits humains estimant que le bilan serait cinq fois plus important, en majorité des civils, et provoqué la pire crise humanitaire au monde.

L’ONU a réclamé cette semaine « un cessez-le-feu humanitaire » autour des installations participant à la distribution d’aide alimentaire, mais ni les rebelles soutenus par l’Iran, ni Ryad et ses alliés ne semblent avoir répondu à l’appel.

Les deux parties se disputent le contrôle du pays qui partage une frontière avec l’Arabie saoudite et possède plusieurs ports stratégiques.

Les rebelles contrôlent la capitale Sanaa et d’importantes régions dans le nord et l’ouest du pays, où se trouve notamment la ville de Hodeida. Près des trois quarts de l’aide humanitaire entrant au Yémen transite par son port.

Le port de la ville de Hodeida, au Yemen, le 24 juin 2018. (Crédit : AFP PHOTO / ABDO HYDER)

La coalition sous commandement saoudien, qui contrôle l’espace aérien au Yémen, impose un blocus quasi-total à ce port, ainsi qu’à l’aéroport de la capitale.

Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une baisse de 2,6 % de la croissance du Yémen en 2018, tandis que l’inflation devrait atteindre 42 %.

Face à cette situation, le docteur Nachwan assure que le personnel médical fait son maximum pour sauver les enfants.

« Les cas que nous traitons ici à l’hôpital sont graves. A la porte de la mort parfois. Nous faisons notre travail, nous faisons tout ce que nous pouvons pour rendre (aux enfants) leur santé », dit-il.

« Certains s’en sortent. D’autres meurent ».

 
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Publié par le octobre 30, 2018 dans Asie, GUERRE et PAIX, SOCIETE

 

LE 6 OCTOBRE 1955 À ROUEN : LA RÉVOLTE DES RAPPELÉS DE LA CASERNE RICHEPANSE

Manifestation contre la guerre d’Algérie
FRANCE
Décidemment tout m’incite aujourd’hui à écrire mes mémoires, je me souviens de ces nuits enfièvrées où nous grimpions au sommet de la sainte victoire, à Aix-en Provence, et où nous les jeunes de l’uEC, nous allumions un feu et nous chantions des chants révolutionnaires et le déserteur. Qaund j’ai adhéré au PCF au moment de la HOngrie, il y a eu à la fac de droit un procès fictif à propos de la Hongrie, celui qui défendait l’intervention soviétique s’appelait Boldiche et peu de temps après il a choisi de déserter pour ne pas aller faire la guerre en Algérie. je me demande ce qu’il est devenu, j’étais en ce temps là passionnement avec lui, contre ceux qui à Budapest pendaient les communistes à des crocs de boucher et ceux qui prétendaient nous envoyer contre le peuple algérien. Ce sont les bases de mon adhésion.et je ne les ai jamais reniées. (note de Danielle Bleitrach)

LES PEUPLES FACE AUX COLONS

Partout dans les territoires colonisés par la France la révolte gronde, les indépendantistes s’organisent. En France la CGT et le PCF font vivre la solidarité internationale, les dockers de Rouen, du Havre, refusent notamment de charger le matériel destiné à la guerre d’Indochine. En Algérie le PPA (Parti populaire Algérien) manifeste à Sétif et trouve sur sa route la répression et la mort donnée par les gendarmes français. Tout comme à Paris lors de la manifestation du 14 juillet 1953.

Face à la volonté d’indépendance, la France répond par la guerre, elle massacre et torture. L’armée compte peu de volontaires, Pierre Mendès France, président du conseil, envoie donc le contingent (l’ensemble des jeunes en service militaire). Le service militaire, déjà de 12 mois, est rallongé de 6 mois en 1950, l’amenant à 18 mois. Ceux qui ont déjà effectué leurs 12 mois doivent repartir au service, c’est pourquoi on les surnomme les rappelés. En 1955 le gouvernement d’Edgar Faure exige le maintien sous le drapeau de plus de 100 000 soldats.

Les jeunes rappelés refusent leur sort et organisent des protestations, en février 1955 un train transportant 1000 soldats aura 7 heures de retard, les soldats ont tiré 17 fois l’alarme. A Tulle, les cheminots débrayent pour empêcher l’envoi d’armes en Algérie. L’UJRF (futur MJCF) soutient les soldats catholiques qui distribuent un tract disant « leur honte à servir par la violence la cause qui n’est pas celle de l’ensemble des Français« . Dans les casernes et dans l’opinion c’est la colère, chacun connaît un soldat, fils, ami ou frère. Les jeunes communistes ne se cantonnent pas à soutenir d’autres actions ils sont à l’initiative de nombre d’entre elles. Nombre d’entre eux décident alors d’opposer leur refus au départ pour cette Guerre. Des amicales des appelés se mettent en place, des numéros spéciaux de leur Journal Avant Garde sont édités à destination des jeunes rappelés. Distribués depuis la France et se répandant jusque de l’autre côté de la Méditerranée, “Le Conscrit” devient un outil de lutte important. Quelques temps plus tard, un journal intitulé “La voix des soldats” édité sur place en lien avec le Parti Communiste Algérien naîtra à son tour.

LIRE AUSSI : GUERRE D’ALGÉRIE : LE CONTINGENT, LES JC ET LE PCF

A ROUEN, LA RÉVOLTE PREND UN TOURNANT MAJEUR.

Depuis plusieurs semaines, appelés et rappelés cohabitent dans la caserne Richepanse située sur la rive gauche de Rouen. Ils ont déjà manifesté et obtenu satisfaction sur la qualité de la nourriture servie. Nombreux sont ceux qui fréquentent les locaux des jeunes communistes à deux pas. Le 5 octobre, annonce leur est faite que les rappelés partiront dès le lendemain au Maroc et les appelés en manœuvre dans la Somme. Le commandant propose aux appelés de prendre la place des rappelés, «ces pères de famille ».Pensant que ceux-ci retourneraient à la vie civile, nombre d’appelés acceptent, en réalité ils viennent juste compléter l’effectif destiné à combattre au Maroc.

Le 6 octobre alors que le départ est prévu le soir même, les soldats refusent d’embarquer, le départ est alors reporté au lendemain.

Le 7 octobre, les soldats défoncent le mur à l’aide d’un camion et partent se balader en ville. Une première bataille entre policiers et soldats s’engage.

La population apprend la nouvelle, la CGT appelle à la grève en solidarité, dockers, communaux, cheminots, etc débrayent et viennent soutenir le contingent. A 18h, une heure après l’appel au soutien, ils sont 6000 devant la caserne à ramener vivres et solidarité aux soldats juchés sur le toit. La foule très diverse: jeunes, curés, militant·e·s communistes, travailleurs, etc déborde vite les gendarmes.

Les manifestant·e·s scandent «pas de soldats au Maroc » ou encore «le Maroc aux marocains ».

Alors qu’un meeting de la CGT et du PCF s’improvise un renfort de CRS fait son arrivée. Lacrymogènes et matraques ont raison de la foule, mais pas des soldats toujours sur le toit. Plusieurs sources rapportent que les soldats ont pris le contrôle des armes de la caserne et n’hésitent pas à s’en servir. C’est seulement le 9 octobre après deux jours d’émeute que la police en très grand nombre réussira à faire embarquer les soldats. La CGT renouvelle alors son soutien en exaltant les intérêts communs des peuples français, marocain et algérien pour la paix.

UNE RÉPRESSION À LA HAUTEUR DE L’ÉVÈNEMENT

Une telle action ne pouvait pas rester sans réponse, trente manifestant·e·s seront condamné·e·s à des peines de prison. Dix huit des soldats sont accusés de «mutinerie » et de «révolte militaire », neufs bénéficieront d’un non lieu, l’autre moitié sera emmenée en prison à Casablanca. Le maire communiste de la ville attenante, Petit Quevilly, est lui démis de ses fonctions pendant deux mois pour avoir appelé à participer à la manifestation.

Plusieurs mois plus tard, en janvier de l’année suivante, neuf soldats sont de nouveau arrêtés, ils sont emmenés dans la prison de Fresnes. Ils viennent chercher Jean Meaux à son travail, à Sotteville où, après deux mois de prison au Maroc, il est revenu à la vie civile et est devenu cheminot. Le lendemain son atelier créé un comité de soutien, non seulement pour leur camarade mais pour l’arrêt de toutes les condamnations et la libération de tous les prisonniers.

Le secours populaire et les auberges de jeunesses, se joignent à la population et particulièrement à la CGT cheminots pour organiser des réunions publiques de soutien et diffuser des tracts. Après 20 jours de prison, il fête sa liberté dans le locaux du secours populaire. L’ancien soldat remercie l’action de ces soutiens mais surtout demande la liberté de ces huits camarades toujours enfermés pour «rébellion », ils seront libérés quelques jours plus tard.

Remerciement à l’IHS CGT de Seine Maritime pour avoir garder la mémoire de cette histoire.

 

 

Le monde Diplomatique : Washington relance l’escalade nucléaire

Lundi 22 octobre 2018.En annonçant le retrait prochain des États-Unis du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, signé avec Moscou en décembre 1987, le président Trump est en phase avec la stratégie du ministère de la défense. « Tandis que les démocrates et les médias ne cessent de s’affoler d’un complot russe contre la démocratie américaine, le Pentagone instrumentalise cette obsession pour gonfler les dépenses militaires et obtenir de nouveaux armements, conventionnels et nucléaires ».

Analyse de la stratégie du Pentagone

Washington relance l’escalade nucléaire

La pression politique intérieure oblige chaque jour davantage M. Donald Trump à s’opposer frontalement au Kremlin, soupçonné d’avoir manipulé l’élection présidentielle américaine de 2016. Dans un tel climat, l’augmentation massive du budget militaire des États-Unis ne suscite guère d’opposition. D’autant que le Pentagone met en avant le danger des cyberattaques étrangères et la nécessité de moderniser son arsenal nucléaire, déjà considérable.

Washington relance l’escalade nucléaire
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Ingo Günther. – « Nuclear Comprehensive Test Ban Treaty Monitoring Network » (Réseau de surveillance du traité d’interdiction complète des essais nucléaires), 2013
© Worldprocessor par Ingo Günther (Foresight Magazine [Shinchosha])

Pendant près d’un demi-siècle, de la destruction d’Hiroshima, le 6 août 1945, à l’effondrement de l’Union soviétique, le 25 décembre 1991, une bonne partie de la population mondiale a vécu dans la crainte d’un anéantissement nucléaire. Pour réduire ce risque, on organisa des sommets entre grandes puissances, on signa des accords sur le contrôle des armements… Mais la crainte d’une catastrophe ne se dissipa jamais véritablement. Il fallut attendre la fin de la guerre froide pour que la situation s’apaise. Des stocks d’armes colossaux subsistaient, mais on s’en souciait moins… Or, depuis quelques mois, le péril nucléaire semble de retour.

Les principales puissances détentrices de l’arme atomique — États-Unis, Russie et Chine — se sont récemment lancées dans un processus de modernisation de leurs équipements, et Washington n’hésite plus à envisager leur utilisation. C’est ce que révèle le rapport sur l’« Évaluation du dispositif nucléaire » des États-Unis (« Nuclear Posture Review », « NPR ») publié par le Pentagone le 2 février 2018 (1).

Le ministère de la défense range sous le terme « dispositif nucléaire » à la fois une évaluation de la sécurité dans le monde, une déclaration officielle de la politique américaine en matière d’armes atomiques et un inventaire des équipements dont le développement est jugé nécessaire. Sur chacun de ces points, le nouveau « NPR » se montre particulièrement alarmiste. Les États-Unis seraient confrontés à des menaces plus nombreuses que jamais, à commencer par l’hostilité et le bellicisme de la Russie et de la Chine. Il conviendrait donc qu’ils révisent de fond en comble leur politique nucléaire et qu’ils développent de nouvelles munitions, afin d’accroître la marge de manœuvre de leur président et de lui permettre de passer à l’acte si nécessaire.

Le « dispositif nucléaire » présenté par l’administration Trump rompt avec la stratégie définie par le précédent gouvernement. Publié en avril 2010, le « NPR » de M. Barack Obama se donnait pour but de diminuer l’importance des armes nucléaires dans la doctrine militaire américaine, mais aussi de réduire l’arsenal au niveau mondial, en ouvrant des négociations avec les autres grandes puissances. « Pour mettre un terme à l’esprit de la guerre froide, nous réduirons le rôle des armes nucléaires dans notre stratégie de sécurité nationale et nous inciterons les autres pays à faire de même »,affirmait M. Obama dès le 5 avril 2009, lors d’un discours à Prague. Cette décision s’inscrivait dans une vision optimiste de l’avenir de la diplomatie. Elle supposait que les relations entre grandes puissances pouvaient s’améliorer, que la perspective d’une guerre nucléaire s’éloignait et qu’il était devenu possible de réduire les stocks d’armes en toute sécurité. Le rapport publié huit ans plus tard rejette ces trois propositions. Véritable manifeste pour une nouvelle ère nucléaire, il affirme même l’exact inverse.

« Depuis 2010, peut-on y lire, nous constatons le retour des rivalités entre grandes puissances. À des degrés divers, la Russie et la Chine ont fait comprendre qu’elles cherchaient à bouleverser l’ordre international post-guerre froide et les normes de comportement. »Quelques exemples sont mentionnés à l’appui de cette thèse, en particulier l’annexion de la Crimée par la Russie et l’implantation de bases militaires chinoises sur des îles disputées avec le Japon en mer de Chine méridionale. Moscou et Pékin « cherchent à se doter de moyens asymétriques pour contrer les capacités conventionnelles des États-Unis, augmentant ainsi les risques d’erreur de calcul et le potentiel de confrontation militaire avec les États-Unis, leurs alliés et leurs partenaires », affirme le Pentagone.

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Ingo Günther. – « Nuclear Range » (Portée nucléaire), 2012 Remerciements à Nova Rico SpA, Florence
© Worldprocessor par Ingo Günther (Foresight Magazine [Shinchosha])

À aucun moment le « NPR » ne reconnaît le rôle joué par les États-Unis et leurs alliés dans la dégradation supposée des relations internationales. Le rapport omet ainsi de mentionner l’expansion de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou encore le « pivot » provocateur des États-Unis dans la région Asie-Pacifique (2). Rien non plus sur leur supériorité écrasante en matière d’armement nucléaire, ni sur leurs investissements massifs dans les armements conventionnels et la conquête de l’espace.

On pourrait presque conclure, en lisant ce rapport, que les États-Unis souffrent d’un retard sur la Russie et la Chine et doivent donc renforcer leur armée. Or, en 2016, ils occupaient, et de loin, la première place au palmarès mondial des dépenses militaires. Avec 611 milliards de dollars, ils dépassaient la somme des huit pays suivants. La seule augmentation de 80 milliards de dollars décidée pour 2018 excède le budget militaire de n’importe quel pays, à l’exception de la Chine. Le Pentagone dispose de bases militaires éparpillées aux quatre coins de la planète, et maintient des forces de combat prêtes à agir à la périphérie de la Russie et de la Chine — qui, elles, ne massent pas des troupes au Mexique ou au Canada. Et pourtant, selon le « NPR », les États-Unis sont sévèrement menacés par Moscou et Pékin, seuls responsables de l’escalade de la tension nucléaire.

La Russie se voit accusée de chercher à dominer ses voisins, de préparer une guerre contre l’OTAN et d’accorder une importance disproportionnée aux armes nucléaires afin d’intimider l’Occident et de s’imposer sur le champ de bataille. « La stratégie et la doctrine russes mettent l’accent sur le potentiel coercitif et les usages militaires des armes nucléaires », assène le « NPR », tout en affirmant que Moscou serait en train de procéder à une « modernisation totale de son arsenal nucléaire », notamment à « des mises à niveau multiples de toutes les composantes de la triade nucléaire russe comprenant des bombardiers stratégiques et des missiles basés en mer et au sol ». Le rapport évoque enfin le développement par la Russie d’armes nucléaires « non stratégiques » destinées à être utilisées sur de futurs fronts européens contre les forces conventionnelles de l’OTAN.

Cette insistance sur la menace russe peut surprendre quand on se souvient des propos bienveillants de M. Donald Trump à l’égard de M. Vladimir Poutine pendant la campagne présidentielle de 2016. Mais le Pentagone n’a jamais accepté cette attitude conciliante. Tandis que les démocrates et les médias ne cessent de s’affoler d’un complot russe contre la démocratie américaine, il instrumentalise cette obsession pour gonfler les dépenses militaires et obtenir de nouveaux armements, conventionnels et nucléaires.

Postulat douteux

Tout l’édifice du « NPR » repose sur une affirmation non étayée : la Russie et la Chine accorderaient une place croissante au nucléaire dans leurs stratégies de défense respectives. « Tandis que les États-Unis ont continué de réduire le nombre et l’importance de leurs armes nucléaires, d’autres pays, comme la Russie et la Chine, ont adopté la stratégie opposée. Ils ont ajouté de nouveaux types de capacités nucléaires à leur arsenal. (…) La doctrine et les stratégies de sécurité nationale de la Russie, qui insistent sur la menace d’une escalade nucléaire limitée, sont très préoccupantes », s’inquiète le Pentagone. En cas de guerre avec l’OTAN en Europe, Moscou envisagerait même d’utiliser en premier des armes atomiques « tactiques »,notamment des « munitions nucléaires de faible puissance », pour contraindre les Occidentaux à abandonner le combat — une stratégie parfois appelée à Washington « escalade-désescalade ». Aucune preuve ne vient pourtant appuyer cette théorie, jugée fantaisiste par nombre d’analystes indépendants. Lesquels rappellent que la doctrine militaire de Moscou prévoit certes l’utilisation, en premier, des armes nucléaires, mais seulement dans l’éventualité d’une frappe contre le territoire russe. Soit un principe comparable à celui de l’OTAN, qui l’envisage dans le cas d’une « attaque stratégique non nucléaire » de la Russie contre l’Occident.

Mais c’est sur ce postulat douteux que le « NPR » s’appuie pour réclamer plus de « flexibilité » dans la politique d’utilisation des armes atomiques et plus de « diversité » dans la gamme des systèmes d’armement. Selon le document, la Russie serait fondée à estimer qu’un président américain hésiterait à faire usage de l’une des puissantes armes nucléaires en sa possession en réponse à l’utilisation par Moscou d’une arme plus faible : une telle réaction entraînerait mécaniquement une surenchère du Kremlin, et donc la guerre totale. Les auteurs insistent alors sur la nécessité pour Washington de disposer d’armes plus modestes afin d’éliminer cette disparité supposée des moyens de dissuasion.

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Ingo Günther. – De la série « Nuclear Shadows » (Ombres nucléaires), 2009
© Worldprocessor par Ingo Günther (Foresight Magazine [Shinchosha])

La Chine fait l’objet d’un traitement comparable. Bien qu’elle n’ait jamais menacé d’utiliser, en premier, son arsenal nucléaire — lequel est d’ailleurs moins développé que celui de la France (3) —, le « NPR » affirme que les États-Unis doivent pouvoir la menacer avec un plus grand choix d’armes atomiques, et cela dans un objectif de dissuasion : « La stratégie que nous avons mise au point concernant la Chine vise à empêcher Pékin de conclure à tort qu’il pourrait obtenir un avantage grâce à l’usage limité d’armes nucléaires sur le théâtre des opérations. » Parmi les cibles du Pentagone figure également la Corée du Nord. Le « NPR » souligne ainsi que Pyongyang protège son système militaire grâce à des infrastructures souterraines, avant d’ajouter : « Les États-Unis continueront de déployer des capacités conventionnelles et nucléaires vers ces cibles. »

Pour rendre cette stratégie crédible, le « NPR » préconise de renouveler en profondeur l’arsenal américain, en se dotant de nouvelles munitions. Conçues il y a plusieurs décennies, la plupart des armes actuelles arriveront bientôt en fin de vie. Aussi faudrait-il remplacer tous les éléments de la « triade nucléaire » par des systèmes plus performants : missiles balistiques intercontinentaux lancés du sol (intercontinental ballistic missiles, ICBM), missiles mer-sol balistiques stratégiques (submarine launched ballistic missiles, SLBM), bombes et missiles de croisière aéroportés (air launched cruise missiles, ALCM).

Nouveaux équipements

Dans l’espoir de convaincre le Congrès de soutenir la diminution du nombre d’armes nucléaires, M. Obama avait accepté d’entreprendre la conception de nouveaux équipements : des sous-marins lanceurs d’engins (classe Columbia), des bombardiers stratégiques (B-21), des missiles de croisière aéroportés à longue portée ou encore un système de « dissuasion stratégique basée au sol », destiné à remplacer les missiles balistiques intercontinentaux à ogive nucléaire Minuteman. Mais l’ancien président avait laissé à son successeur le soin de décider s’il fallait vraiment se les procurer. L’administration Trump a choisi de les développer tous.

La conception et la production de cette artillerie s’étaleront sur de nombreuses années, pour une facture totale estimée, au minimum, à 1 200 milliards de dollars (4). Dans sa proposition budgétaire pour 2019, l’administration Trump a d’ores et déjà prévu 2,3 milliards de dollars pour les bombardiers B-21, 3,7 milliards pour les Columbia, 600 millions pour les missiles à longue portée et 300 millions pour le système de dissuasion, soit un premier acompte de 6,9 milliards de dollars. Pour mettre en œuvre sa stratégie de dissuasion « flexible » et « sur mesure », le Pentagone devrait enfin se doter de munitions nucléaires de faible puissance, utilisables contre la Russie ou la Chine lors d’un éventuel conflit. Dans le cadre de leur engagement au sein de l’OTAN, les États-Unis stationnent pourtant déjà en Europe des avions à double capacité (notamment des avions de chasse F-15), qui peuvent lâcher des bombes nucléaires de faible puissance B61 sur l’ennemi russe.

Le Congrès doit encore affecter un budget à tous ces programmes, et il est possible que les objectifs du « NPR » ne soient pas tous atteints. Toutefois, l’atmosphère antirusse qui enivre la classe politique américaine rend muette toute opposition à cette relance de la course aux armements, comme en témoigne l’approbation quasi unanime, par les parlementaires des deux partis, d’une augmentation massive des dépenses militaires en 2018. Les dirigeants russes et chinois, entre autres, ne manqueront pas de s’inspirer de cette stratégie pour étoffer leurs propres arsenaux.

Michael Klare

Professeur au Hampshire College, Amherst (Massachusetts), auteur de The Race for What’s Left. The Global Scramble for the World’s Last Resources, Metropolitan Books, New York, 2012.

(1« Nuclear Posture Review 2018 », ministère de la défense américain, Washington, DC, 2 février 2018. Sauf mention contraire, les citations qui suivent sont extraites de ce document.

(2Lire « Quand le Pentagone met le cap sur le Pacifique », Le Monde diplomatique,mars 2012.

(3La Chine posséderait approximativement 270 ogives nucléaires, et la France environ 300. Cf. « Nuclear weapons : Who has what at a glance », Arms Control Association, Washington, DC, janvier 2018.

(4Cf. Aaron Mehta, « America’s nuclear weapons will cost $1.2 trillion over the next 30 years », Defense News, Vienna (Virginie), 31 octobre 2017.

 
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Publié par le octobre 23, 2018 dans GUERRE et PAIX