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Archives de Catégorie: GUERRE et PAIX

Donald Trump et l’industrie de guerre: rien n’a changé par Marcelo Colussi

Voici un article publié par Cubadebate écrit par un philosophe et politologue argentin sur la relation plus que dangereuse entre l’erratique Donald Trump et le complexe industrialo-militaire étatsunien, mais pas seulement. Le nôtre à nous français nous pousse à intervenir à peu près n’importe où et sans mandat, nous sommes considérés non pas au niveau de la dangerosité des Etats-Unis mais dans la même logique (note et traduction de Danielle Bleitrach pour Histoire et societe).

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Donald Trump souligne en outre la politique étrangère militarisée des États-Unis.  Photo: AP.

« Le président a parlé de la façon dont, pendant son administration, les Etats-Unis connaîtront la plus grande accumulation militaire de l’histoire du pays. Qui en  profite? Le Pentagone, les entrepreneurs de la défense et les travailleurs dans certains Etats particuliers  »

Donald Abelson, Université de l’Ontario.

 

Durant sa campagne présidentielle Donald Trump a eu l’audace ( l’outrecuidance?, Peut – être la stupidité?, Erreur de calcul politique?) de se demander s’il convenait de poursuivre la guerre en Syrie et les tensions avec la Russie. Probablement l’idée de mettre l’accent, en substance, dans la stimulation d’une économie nationale lui a-t-elle traversé l’esprit, économie nationale qui s’est mise progressivement à voir descendre le niveau de vie des citoyens américains ordinaires. Ses promesses fiévreuses de faire revenir l’industrie délocalisée vers la patrie ( jusqu’ici transférée dans d’autres parties du monde avec du travail moins cher) ne semblent pas avoir dépassé le cadre d’une offre illusoire. Quelques mois plus tard, moins d’un an après son entrée dans l’administration, on peut voir comment la politique étrangère des États-Unis continue d’être marquée par le tout puissant complexe militaro-industriel et les guerres qui se succèdent sans fin. Et le président est son principal et joyeux défenseur.

Quelques jours après son investiture en tant que président, le 27 janvier, il a publié le «mémorandum présidentiel pour reconstruire les forces armées des États-Unis» une détermination claire à donner des pouvoirs illimités à l’industrie militaire toute-puissante dans son pays. Dans la section 1 de ce document, intitulée « Politique », il est  affirmé que « pour parvenir à la paix par la force, les Etats-Unis auront pour politique de reconstruire les forces armées ». Le message ne laisse aucune place au doute. Presque immédiatement après la signature de ce mémorandum, ont commencé les grandes affaires de l’industrie de la guerre.

Les fabricants de moteurs militaires tels que Lockheed Martin (spécialiste des avions de combat comme les F-16 et des hélicoptères Black Hawk, le plus grand entrepreneur du Pentagone), Boeing (produisant les bombardiers B-52 et des hélicoptères Apache et Chinook), BAE Systems (véhicules aérospatiaux, navires de guerre, munitions, systèmes de la guerre terrestre), Northrop Grumman (premier constructeur de cuirassés), Raytheon (fabricants des missiles Tomahawk), General Dynamics (chars de combat et systèmes de surveillance) Honeywell (industrie spatiale), Dyncorp (Société Monumental fournissant la logistique et l’entretien des équipements militaires) toutes les grandes entreprises qui ont enregistré en 2016 des ventes de près d’un billion de dollars, avec une augmentation depuis 2010 de 60% de leurs gains se sont mise à exulter : la  » guerre sans fin « qui a commencé il y a quelques années avec la » lutte contre le terrorisme « , ne semble pas devoir s’arrêter. Le besoin perpétuel de renouveler l’équipement et tout l’attirail militaire associé promet d’énormes profits. Tout indique que cette branche industrielle continue à être caractéristique de la politique impériale..

Il ne fait aucun doute que la puissance de l’économie américaine aujourd’hui ne ressemble à rien à ce qu’elle était après 1945 juste après la guerre et les premières années de  triomphalisme (jusqu’à  la crise du pétrole dans les années 70), quand la superpuissance était intouchable Cela ne signifie pas que l’empire américain est épuisé, mais qu’il a commencé un lent déclin. D’où la présence militaire qui prétend se répandre sur le monde entier pour lui assurer le maintien de sa suprématie en tant que puissance hégémonique face à de nouveaux acteurs qui lui font de l’ombre (Chine, Russie, Union européenne, BRICS), outre le coup de pouce apporté à sa propre économie ( 3,5% de son produit intérieur brut est fourni par le complexe militaro-industriel, générant des quantités énormes d’emplois).

Le 23 février, un mois après son entrée en fonction à la Maison Blanche, Donald Trump déclarait provocateur – selon son style – que les États-Unis reconstruiraient leur arsenal atomique, puisqu’il avait été «laissé de côté» en comparaison avec la Russie, et ce »sera le meilleur de tous » de s’assurer qu’il resterait placé « à la tête du club nucléaire ».

Pour concrétiser ses bruyantes déclarations, il a proposé une augmentation de près de 17% du budget des forces armées. Ce qui ne peut se faire qu’en sacrifiant des réductions drastiques dans les budgets sociaux, tels que l’éducation, l’environnement, l’investissement dans la recherche scientifique, la culture et la coopération internationale.

Le budget actuel des forces armées est de 639 milliards de dollars, soit 9% de plus que les dépenses militaires du dernier exercice de l’ancien président Barack Obama. Cette dépense monumentale vise essentiellement à acquérir de nouvelles armes stratégiques, à renouveler profondément la marine et la préparation des troupes.

Parallèlement à cette présence de l’industrie de guerre dans les plans stratégiques de la présidence, il est à noter que certains responsables militaires occupent des postes clés dans l’administration de Trump. Son chef de cabinet est John Kelly, général des marines; le conseiller à la sécurité nationale est le général Herbert McMaster, un vétéran des guerres en Irak et en Afghanistan, très respecté au sein de la hiérarchie militaire du Pentagone; le secrétaire à la Défense est le général Jim Mattis, un autre Marine connu pour son surnom de «chien fou», commandant controversé des opérations infâmes en Irak et en Afghanistan, y compris le massacre de Fallujah en Irak, en 2004 (un criminel de guerre virtuel).

Outre cette présence déterminante de la caste militaire, Donald Trump a favorisé  l’entrée massive de cadres supérieurs du complexe militaro-industriel dans des postes clés de son gouvernement. Par exemple, on peut mentionner  l’actuelle secrétaire à l’éducation, la milliardaire Betsy Devos , la sœur de l’ancien militaire et fondateur de l’entrepreneur de guerre de Blackwater, Erik Prince. En d’autres termes: les généraux et les fabricants de la mort sont ceux qui déterminent la géostratégie de la principale puissance mondiale. La destruction, pathétiquement, est une bonne affaire (pour quelques-uns! Bien sûr).

La militarisation et l’entrée triomphale de l’industrie de guerre est un élément clé de la politique de l’actuel président des États-Unis. Ce qui peut également être observé dans la stratégie de sécurité interne, où Trump a annulé un décret exécutif de la présidence de Barack Obama interdisant l’équipement militaire de la police locale. De cette façon, le complexe militaro-industriel sera en mesure de produire et de vendre aux forces de police des armes de haut calibre, des canonnières et des lance-grenades. L’entreprise, sans aucun doute, se porte très bien.

Si à un certain moment on aurait pu penser que l’arrivée de Trump, avec son idée de revitaliser l’économie nationale, mettrait fin dans une certaine mesure au rôle d’hyper agent militaire et gendarme des États-Unis d’Amérique promu par la candidate Hillary Clinton, la suite a montré autre chose. Deux faits ont indiqué une fois pour toutes qui était réellement responsable: le bombardement inutile d’une base aérienne en Syrie – le 7 avril – (une opération militaire absolument de propagande, sans réel effet pratique en termes d’opérations militaires) et quelques jours plus tard, le 13 avril, le lancement de la «mère de toutes les bombes», GBU-43 / B, le plus puissant de tous les explosifs non nucléaires de l’arsenal américain, en Afghanistan (supposée conduite contre l’ l’Etat islamique, également plus médiatique que présentant une utilité quelconque sur le plan militaire).

Il est plus qu’évident que dans cette phase du capitalisme mondial et de l’impérialisme débridé, la stratégie hyper-militariste garantit à la classe dirigeante américaine une vie que l’économie productive ne peut plus lui garantir. Les nouveaux ennemis s’inventent, maintenant que la guerre froide et le fantôme du communisme ont disparu. Voilà donc l’ordre du jour, «la lutte contre le terrorisme», «la lutte contre le trafic de drogue» et, très prochainement, «la lutte contre le crime organisé». Comme l’a dit le secrétaire à la Défense de l’époque, Leon Panetta, au président Barack Obama en 2014 : «La guerre contre le terrorisme ne durera pas moins de 30 ans».

Le scénario est déjà tracé. Peu importe qui est l’occupant de la Maison Blanche: les plans doivent être remplis. Si, à un moment ou un autre, l’erratique Donald Trump pouvait faire croire qu’il n’était pas un «bon garçon» qui suivrait le plan établi et obstiné (lire les intérêts immuables de ceux qui dirigent le monde), il aurait été mis à bas.

Y aura-t-il une guerre bientôt alors? De nous il dépend que ce ne soit pas le cas. Le soi-disant jour du jugement dernier, élaboré par le Bulletin de Scientifiques atomistes  des États-Unis a été avancé d’une demi-minute pour indiquer que nous sommes à deux minutes et demie (métaphoriquement) d’un holocauste possible thermonucléaire si on continue à jouer à la guerre. Le complexe militaro-industriel américain se sent tout-puissant: il joue le rôle de dieu, joue avec nos vies, joue avec le monde. Mais une petite erreur peut conduire à la catastrophe. Au nom de la survie de l’espèce humaine et de la planète Terre, nous devons lutter avec ténacité contre cette politique insensée. C’est-à-dire, en bref, lutter contre le système capitaliste. Il est clair que dans son cadre il est plus facile d’exterminer toute vie que de trouver une solution au problème ancien de l’humanité. En ce sens, alors, sont aujourd’hui plus prémonitoire que jamais les paroles de Rosa Luxembourg: « socialisme ou barbarie ».

(Tiré de la rébellion )

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Publié par le octobre 15, 2017 dans Etats-Unis, GUERRE et PAIX

 

Vu de Russie : « Il faut compliquer la vie des pays qui ont le droit de veto à l’ONU »

 analyse tout à fait incontournable sur ce qui se joue à l’ONU et dont l’épisode de retrait de l’UNESCO n’est qu’un prélude. (danielle Bleitrach)

Alors que Donald Trump prétend vouloir rendre l’ONU moins « bureaucratique », Alexandre Privalov, dans un billet pour la revue Expert, explique en quoi la réforme qu’il propose ne fera que renforcer l’influence des États-Unis au détriment d’autres États moins puissants.

Nul ne conteste qu’il faille réformer l’ONU. Jouer les Cassandre est une position aussi triste que peu glorieuse – mais on voit bien où mène l’immobilité. Il est clair que la Corée du Nordse procurera tôt ou tard l’arme nucléaire. Après que Kadhafi et Hussein ont été si gentiment récompensés pour avoir renoncé à leurs programmes nucléaires, espérer autre chose serait stupide. Et cela signifie que Séoul et Tokyo se la procureront, elles aussi. Si Trump continue de menacer de rompre l’accord sur le nucléaire iranien, Téhéran s’en dotera également. La Russie et la Chine la possèdent officiellement, l’Inde et le Pakistan, semi officiellement. Résultat : on a huit États possédant l’arme nucléaire, étroitement collés les uns aux et éprouvant les uns pour les autres une amitié et une tendresse frisant l’indescriptible… Et que peut faire l’ONU pour ralentir l’avancée sur cette voie mortellement dangereuse ? Absolument rien – il suffit de constater l’efficacité de ses décisions unanimes sur Pyongyang.

« Le droit du plus fort »

En fait, l’ONU semble parfaitement impuissante dès lors qu’un conflit implique un pays un tant soit peu sérieux. Les Américains, mais aussi les Français par exemple, interviennent militairement sur qui leur chante, sans demander l’autorisation du Conseil de sécurité ni craindre le moins du monde une quelconque condamnation de sa part. Ce que l’on appelle le droit international a toujours été et sera toujours le droit du plus fort ; mais dans ses meilleurs années, l’ONU a constitué un mécanisme efficace de conciliation des intérêts des forts et, par la même, une limite significative au bon vouloir de ces derniers. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : précisément pour cette raison, l’ONU est devenue incapable, et précisément pour cette raison, il faudrait s’occuper de la réformer. Si Vanuatu ou le Guyana se lancent dans quelque entreprise funeste, il se trouvera toujours quelqu’un, même sans l’ONU, pour les arrêter ; mais qui, sinon l’ONU, se chargera de rappeler à l’ordre une grande puissance ? Seulement, la réforme actuellement proposée vise, malheureusement, l’objectif inverse. Non seulement elle ne crée pas de mécanismes permettant de limiter le bon vouloir des grandes puissances, mais elle consolide la garantie d’impunité pour les fantaisies de la seule superpuissance actuelle – les États-Unis.

« Un brouillard impénétrable »

Je ne parle ni de la « débureaucratisation » de la gigantesque agence mondiale, ni même de « l’augmentation de son efficacité » dont on parle tant et si volontiers en ce moment. Ce bla-bla doit être ignoré – il ne sera ni plus utile, ni plus nuisible que d’habitude. En revanche, le discours sur les changements importants à apporter à la répartition des pouvoirs au sein de l’institution mérite toute notre attention. On propose par exemple de renforcer le statut des décisions de l’Assemblée générale, qui n’ont aujourd’hui formellement, à la différence de celles du Conseil de sécurité, aucun caractère contraignant. Les débats sur cette réforme ont justement montré la façon dont les Américains emportent quasiment d’office la majorité des voix des pays-membres de l’Assemblée : la déclaration de Washington sur ses intentions réformatrices, incompréhensible et à peine légale, a été signée instantanément par 130 États. Sachant qu’aucun membre de l’Assemblée n’a le droit de veto, les Américains veulent transformer cette dernière en une arme personnelle, contre laquelle leurs adversaires n’auront aucun moyen de se défendre. Cette situation sera-t-elle juste ? Allez savoir. Il sera en tout cas difficile de convaincre tout un chacun sur la planète que la voix de l’Iran peut justement être estimée a la même valeur que celle, mettons, d’Haïti ; que la voix des îles Salomon vaut celle de la Chine.

Le Conseil de sécurité des Nations unies. Crédits : Flickr
LE CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES. CRÉDITS : FLICKR

Quant à la proposition d’augmenter le nombre de membres permanents du Conseil de sécurité – et donc d’États disposant du droit de veto –, elle est entourée d’un brouillard totalement impénétrable. Ni le caractère rationnel ni la nécessité d’accorder un tel statut à l’Allemagne, au Japon ou au Brésil ne sont mis en doute – on ne débat que du fait de savoir si les possesseurs actuels du droit de veto accepteront ou non de soutenir tel ou tel candidat. Mais c’est une approche extrêmement étrange. Les succès économiques ne devraient pas suffire à recevoir le statut de juge et arbitre de la politique mondiale – il faudrait aussi avoir fait preuve de sa souveraineté. Dans le contexte du Conseil de sécurité, une telle preuve pourrait être un vote non conforme à l’opinion du patron, au moins sur quelques questions importantes. Et de ce point de vue, on ne peut pas dire que ces mêmes Allemagne et Japon, malgré leur incontestable grandeur économique, puissent se vanter d’être des États souverains – je ne parle même pas du fait qu’ils sont occupés depuis soixante-dix ans, simplement, je mets quiconque au défi de se souvenir de la dernière fois où ils ont voté différemment des États-Unis. Ainsi, à quoi bon donner à ces pays le droit de veto au Conseil de sécurité ? Pour que les Américains y disposent non plus de deux voix, comme aujourd’hui (en comptant la voix britannique), mais de trois ou quatre ? Même en laissant de côté le fait manifeste que, dans les circonstances actuelles, les changements proposés sont ouvertement dirigés contre la Russie, il est clair, en tout cas, qu’ils n’augmenteront pas le moins du monde « l’efficacité de l’ONU ».

« Compliquer la vie de ceux qui ont le droit de veto »

Il n’est pourtant pas si difficile d’imaginer des changements réellement capables de donner à l’ONU une chance de renaître. Je pense pour ma part qu’il faudrait, pour cela, non multiplier le nombre de possesseurs du droit de veto mais, à l’inverse, compliquer la vie de ceux qui l’ont déjà. Imaginez que n’importe lequel des cinq membres permanents, s’il enfreint une résolution du Conseil de sécurité ou, disons, se lance dans une opération militaire sans son aval, s’expose à des représailles sensibles, du type sanctions économiques, limitation temporaire du droit de veto, etc. Certes, ce ne serait pas la panacée : il est clair que les décisions de ce Conseil de sécurité nouvelle mouture ne seraient tout de même pas toutes-puissantes ; pourtant, une telle évolution pourrait déboucher sur une planète plus prévisible et, avec le temps, peut-être plus ordonnée. Mais débattre des détails d’une telle réforme n’a pas de sens, vu qu’elle est clairement irréalisable. Personne n’est en position de contraindre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité à de telles obligations, et il est encore moins probable qu’ils s’entendent entre eux pour s’y plier d’eux-mêmes. Cela n’arrivera pas.

Ce qui veut dire que les possibilités de l’ONU en termes de maintien de la paix et de la stabilité vont continuer de se dégrader – et ce, désormais, sous couvert de débats sur une réforme radicale de son organisation. Je note toutefois que la réforme soutenue par les États-Unis n’est pas plus réalisable que la mienne : la Russie et la Chine s’y opposeront sans aucun doute. Les Etats-Unis ont déjà menacé, le cas échéant, de créer une « ONU parallèle », ne réunissant que les leurs. Les partisans d’une démocratie « authentique ». Et alors, les Nations Unies ne seraient plus efficaces du tout. Mais il n’y a pas lieu de s’étonner outre mesure. L’ONU a existé longtemps et non sans succès parce qu’elle avait été fondée par les vainqueurs d’une guerre jusqu’alors impensable. La prochaine structure mondiale solide sera vraisemblablement créée par les vainqueurs de quelque secousse future – il ne reste qu’à espérer qu’elle soit moins sanguinaire.

Expert est un hebdomadaire économique national, tiré à 92000 exemplaires. Fondé en 1995 par une équipe de journalistes issus de la rédaction du quotidien KommersantExpert analyse le développement des grandes et petites entreprises en Russie et offre des analyses détaillées de la politique intérieure et internationale.
 
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Publié par le octobre 14, 2017 dans Etats-Unis, GUERRE et PAIX, Russie

 

les « libéraux » s’interrogent encore en Russie sur la manière dont Lénine et les communistes ont conquis les masses…

Lénine intervient devant les troupes de l'Armée rouge avant leur départ en Pologne, le 5 mai 1920. Sur les marches de la tribune se tiennent Trotski et Kamenev. Crédits : Grigori Goldstein

Comment les discours de Lénine ont conquis les masses

Dans l’ex-Union soviétique et plus particulièrement dans la fédération de Russie le mécontentement contre l’actuel gouvernement que le président Poutine jusqu’ici épargné, à la veille de présidentielles, est contraint de changer les dirigeants de son propre parti dont la corruption est avérée. Dans un tel contexte il ne sait plus comment prendre la célébration de la révolution d’Octobre. D’un côté, Poutine a toujours eu le souci de reconnaître la filiation entre la révolution bolchevique et l’Etat russe d’aujourd’hui en particulier à travers la lutte contre le nazisme, par contre Lénine qui est à la fois celui qui a mené la guerre civile et créé les républiques autonomes de l’ex-URSS est plus aisément criticable. Les « libéraux » et les « monarchistes », ceux qui soutiennent l’actuel gouvernement et le passage au capitalisme tentent donc comme dans ce texte de minimiser le rôle de Lénine, quitte à aboutir à des contre vérités. Ce qui est critiqué à la fin de l’URSS et l’exemple du chanteur poète Vladimir Vyssotski, évoqué ici est caractéristique ce n’est pas Lénine ou la Révolution, c’est la bureaucratisation qui a envahi le pays et il est au contraire fait fréquemment appel à Lénine, à l’esprit de Lénine et des bolchviks pour dénoncer la stagnation et le conformisme des années Brejnev..Ce qui explique le regret de l’URSS par rapportà la situation actuelle c’est non seulement la dégradation de la vie pour l’immense majorité mais le fait que personne n’a voulu une telle évolution sauf une minorité de prévaricateurs (note de danielle Bleitrach)

 

En 1917, les bolchéviques n’ont pas fait que s’emparer de la Poste, du téléphone et du télégraphe, ils ont également conquis des millions de leurs concitoyens. Pourquoi les discours de Lénine et de ses compagnons d’armes étaient-ils si convaincants ? La revue Rodina a posé la question à Gueorgui Khazaguerov, docteur en philologie, professeur à l’Université fédérale du Sud et auteur d’essais sur l’art du discours.

Propos recueillis par Elena Iakovleva

Un piètre polémiste

Au sein des milieux scientifiques et intellectuels, Lénine était considéré par ses contemporains comme un piètre polémiste. Néanmoins, à sa mort, en 1924, des philologues russes célèbres de « l’école formelle », comme Chklovski, Eichenbaum ou Kazanski, ont fait l’éloge de la « langue de Lénine », tentant d’établir une parenté entre elle et l’avant-garde russe. Cependant, dès 1925, le poète Vladislav Khodassevitch publiait l’article « La langue de Lénine », qui reprochait aux formalistes leur « grande servilité », affirmant que leurs conclusions revenaient à dire que Lénine simplifiait tout.

Un discours simpliste

Khodassevitch décrit la rhétorique de Lénine de la façon suivante : « cinglante, polémique et de faible prix ». Dans ses interventions, le leader soviétique niait l’existence d’opposants avec qui il aurait pu dialoguer d’égal à égal. L’adversaire y était systématiquement caricaturé à l’extrême. Les discours des leaders gauchistes de l’époque étaient avant tout propagandistes – d’où une langue vulgaire, de piètre qualité. Jusque dans son style, Lénine s’adressait systématiquement aux « masses » : coiffé d’une casquette, debout sur un tank et usant d’un langage simpliste. Et les couches peu instruites de la société, électrisées, ne pouvaient pas ne pas prendre le parti de celui qui leur faisait le plus de promesses, dans la langue la plus primitive.

Des concepts vides de sens

Ce simplisme a joué un rôle majeur dans la victoire des bolchéviques. La langue de Lénine ou celle de Trotski servaient de canevas élémentaires pour élaborer des concepts réducteurs. Et le peuple lui-même s’est mis à répéter à l’envi le terme de « bourgeois » sans être capable de le définir, ou encore celui de « travailleur » dans le sens d’« ouvrier d’usine », niant par-là même que les banquiers, les musiciens, les peintres, les enseignants ou les militaires étaient, eux aussi, des travailleurs. La rhétorique bolchévique utilisait ad nauseam des étiquettes, dont le sens restait pour partie obscur. Celles-ci étaient largement diffusées, fixées dans le langage. Et cela a fonctionné. Les étiquettes ont remplacé, dans la conscience des gens, les notions complexes.

La bonne parole qui ne tolère pas la polémique

De Lénine à Brejnev, tous les dirigeants soviétiques, dans leurs discours, se positionnaient en maîtres. Ils propageaient une « bonne parole » qui ne pouvait être mise en cause. Si Lénine était un éducateur incisif, Staline était plus réfléchi, et son langage plus sophistiqué – mais ils parlaient tous « d’en haut », sermonnant plutôt que dialoguant.

Cependant, si les discours fonctionnaient aussi bien, c’est que les personnalités mêmes étaient mythifiées, déifiées. Dès l’abandon du culte de la personnalité, avec l’avènement de Khrouchtchev, le discours politique, lui aussi, a flanché. La rhétorique a commencé de faner, et la propagande, à être raillée. La population s’est mise à démonter les expressions et métaphores soviétiques. Si l’on répète inlassablement aux gens que Le communisme, c’est le pouvoir des Soviets plus l’électrification de tout le pays, ils pensent un temps que c’est vrai. Mais un beau jour, c’est précisément ce cliché qu’ils attaquent – et transforment en plaisanterie : Le communisme moins l’électrification de tout le pays, c’est le pouvoir des Soviets… À la fin de l’ère soviétique, les Russes inventaient calembour sur calembour. C’est d’ailleurs dans ce contexte que s’est épanoui l’art de l’acteur et chanteur Vladimir Vyssotski – à cette époque où les gens ont pris conscience que tous les slogans dont on les avait gavés n’étaient que des mots vides.

Traduit par Maïlis Destrée
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La revue Rodina est un mensuel illustré de 160 pages, adressé à tous les passionnés d’Histoire. Publié depuis 1989, le mensuel poursuit la tradition de la revue éponyme, fondée à Saint-Pétersbourg en 1879. Dans chaque numéro, sous la plume d’historiens professionnels, d’archéologues et d’écrivains, Rodinarevient sur des pages inconnues de l’histoire russe et propose un regard nouveau sur des personnages célèbres. SiteRodina fait partie du holding média Rossiïskaïa Gazeta.

RODINA

 

Dialogue sur le nucléaire civil, militaire et le terrorisme

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Hiroshima… après

le nouvel observateur publie un de ces articles sensationnels dont il a le secret pour expliquer à quel point nos centrales nucléaires (civiles) sont peu sûres face aux attaques terroristes (par parenthèse on pourrait en dire autant de la pétrochimie). les dégâts peuvent être comparables, mais ce qui permet d’apeurer l’opinion publique avec le nucléaire civil est justement que tout le monde pense à la nocivité des bombes, on les utilise au niveau du fantasme sans prendre aucune mesure contre elles.

j’interviens sur le fil des débats pour souligner que j’ignore la sureté ou la dangerosité des centrales nucléaires civiles, mais je suis convaincue de la dangerosité de l’arme nucléaire et je m’étonne que le Nouvel observateur ne fasse pas campagne pour que la france ratifie à l’ONU le traité contre ces armes nucléaires.

J’ai deux types de contradicteurs, le premier dit que l’arme nucléaire est sécurisée alors que les centrales ne le sont pas. J’engage un débat avec lui sur l’évolution du secteur de l’armement, la privatisation grandissante de ce secteur et le fait qu’une véritable contrebande s’est engagée dans ce domaine et qu’avoir un arsenal déjà capable de faire sauter la planète devrait ne rassurer personne. Surtout si on a quelques inquiétudes sur les véritables moyens des bailleurs de fond du terrorisme…

quant à la sécurité de l’arsenal militaire, histoire et societe avait publié un article sur le sujet:

https://histoireetsociete.wordpress.com/2016/12/04/un-arsenal-nucleaire-sur-nexiste-pas-par-pavel-podvig/

le second type de contradicteur déclare que l’existence de l’arme nucléaire a maintenu la paix; je lui signale que les Etats-Unis l’ont utilisé à Hiroshima et que la paix on l’a déjà effectivement eu quand l’URSS a possédé à son tour l’arme nucléaire. Et qu’il doit donc appuyer la stratégie du dirigeant de Corée du nord, qui estime que la possession par son pays de cette arme de disuassion massive est la seule garantie de n’être pas envahi par les bienfaiteurs de l’humanité que sont les etats-Unis mais aussi la France. Donc si je suis bien la démonstration : inutile de ratifier le traité à l’ONU, il suffit de tabler sur la prolifération de l’arme nucléaire pour perpétuer l’équilibre de la terreur et on doit alors se contenter de lutter contre le véritable danger « les centrales nucléaires civiles »

Et enfin je demande à mes deux contradicteurs s’ils ne s’inventent pas une situation dépassée, celle où l’Etat avait la main mise sur le secteur militaire (mais aussi civil) pour en assurer la sécurité, alors que nous sommes entrés dans l’ère de la délégation de toutes les mission aux monopoles financiarisés (dont les liens avec le terrorisme ne sont pas aussi distendus qu’il y paraît. Ils tablent sur l’équilibre de la disuassion comme quand il y avait le camp socialiste et pas un capitalisme aux abois flanqués de quelques nihilistes fascisants.

 
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Publié par le octobre 10, 2017 dans GUERRE et PAIX, HISTOIRE

 

Les forces alliées connaissaient l’Holocauste deux ans avant la découverte des camps de concentration, révélent les documents secrets 

 https://www.facebook.com/TheIndependentOnline/?hc_ref=ARQgCZukoGsIg9XU8Ho34MCaAnBiNLg4TFNmW7_labO7UDP15SBvg1JLAEAa7hHhqYI&fref=nf

Le journal The independant rapporte ici comment l’exploitation d’archives ignorées jusqu’ici par un chercheur obstiné prouve que les Britanniques et les Américains n’ignoraient pas que l’extermination des juifs avaient lieu en particulier avec l’avancée des nazis en Europe de l’Est et sur les territoires soviétiques. Ces archives montrent que Adolf Hitler a été inculpé pour crimes de guerre en 1944. On songe qu’au même moment Staline ne cessait de réclamer l’ouverture d’un Front en Europe et que les deux puissances le lui refusaient. Il a fallu que l’armée rouge fasse la preuve de ses victoires et que son assaut contre le nazisme soit victorieux pour qu’un tel front et un débarquement allié ait lieu. Ce genre de « révélations » témoigne de ce que disaient Hitler lui-même et Goebbels dans son journal: les « alliés » occidentaux me laissent les mains libres parce qu’ils sont bien contents que je les débarrasse des juifs. L’antisémitisme était en effet virulent dans les plus hautes sphères du gouvernement (par exemple le père de Kennedy) et surtout il fallait préserver les bonnes relations avec le capital allemand et conserver des nazis pour lutter contre le communisme, ce qui fut fait partout y compris avec les nazis transférés en Amérique latine, comme ceux qui furent les piliers de la lutte contre le communisme dans les ex-pays socialistes de l’est. Révéler ces faits dans les actuelles alliances et dans le négationnisme ambiant, double négationnisme, celui qui nie ou relativise les crimes nazis et celui qui nie le rôle de l’Union soviétique dans la deuxième guerre et va jusqu’à une identification criminelle entre nazisme et communisme, avec la complicité il faut bien le dire de gens qui se prétendent communistes, est une tâche urgente (note et traduction de Danielle Bleitrach)

Les puissances alliées connaissaient l’ampleur de l’Holocauste juif deux ans et demi plus tôt que ce qui est généralement supposé, et avaient même préparé des accusations de crimes de guerre contre Adolf Hitler et ses plus hauts commandants nazis.

Les archives consultées récemment provenant des Nations Unies – ignorées depuis environ 70 ans – montrent que dès le mois de décembre 1942, les gouvernements américain, britannique et soviétique savaient qu’au moins deux millions de Juifs avaient été assassinés et cinq millions risquaient être tués et avaient préparé des accusations. En dépit de cela, les puissances alliées ont fait très peu pour essayer de sauver ou de fournir un sanctuaire aux personnes en danger mortel.

En mars 1943, le vicomte Cranborne, ministre du cabinet de guerre de Winston Churchill, a déclaré que les Juifs ne devraient pas être considérés comme un cas particulier et que l’Empire britannique était déjà trop rempli de réfugiés pour offrir un refuge à d’autres en plus.

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Plusieurs pays ont accusé Hitler et d’autres hauts responsables nazis de crimes de guerre (CNUCC)

« Les grandes puissances ont commenté [sur le meurtre en masse de Juifs] deux ans et demi avant qu’il ne soit envisagé par le grand public », a déclaré à l’indépendant Dan Plesch, l’auteur du Human Rights After Hitler récemment publié .

« On a supposé qu’elles avaient appris cela quand elles ont découvert les camps de concentration, mais elles ont fait ce commentaire en décembre 1942. »

M. Plesch, professeur au Centre d’études internationales et de diplomatie de l’Université SOAS de Londres, a déclaré que les grandes puissances ont commencé à établir des accusations de crimes de guerre basées sur des témoignages  provenant clandestinement des camps et des mouvements de résistance dans divers pays occupés par les nazis. Parmi ses découvertes figurent des documents accusant Hitler pour des crimes de guerre qui datent de 1944.

À la fin de décembre 1942, après que les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres aient publié une déclaration publique sur l’extermination juive, le ministre britannique des Affaires étrangères Anthony Eden a déclaré au parlement britannique: « Les autorités allemandes ne se contentent pas de nier aux personnes de race juive dans tous les territoires dont la règle barbare s’étend, les droits de l’homme les plus élémentaires, ils mettent maintenant en vigueur l’intention souvent répétée d’Hitler d’exterminer le peuple juif « .

Même Hitler n’a pas «coulé» à l’utilisation d’armes chimiques comme Assad, Sean Spicer affirme

M. Plesch a déclaré que, malgré la collecte de preuves et la poursuite de centaines de nazis – un processus judiciaire qui a été occulté par le procès des dirigeants nazis à Nuremberg – les puissances alliées ont peu tenté d’aider les personnes en péril. Il a déclaré que les efforts de l’envoyé du président Franklin D Roosevelt à la Commission des crimes de guerre des Nations Unies (UNWCC), Herbert Pell, ont été repoussés par des antisémites au Département d’Etat américain.

M. Pell a affirmé  plus tard que les individus au sein du Département d’Etat craignaient que la relation économique de l’Amérique avec l’Allemagne après la guerre ne soit mise en cause si de telles poursuites se poursuivaient. Après que M. Pell ait menacé d’un  scandale public, le Département d’Etat a accepté la poursuite des dirigeants nazis à Nuremberg,  qui s’est accélérée après la libération très médiatisée des camps de concentration au cours de l’été 1945.

« Parmi les raisons invoquées par les décideurs américains et britanniques pour limiter les poursuites contre les nazis, il était nécessaire de comprendre qu’au moins pour certains d’entre eux la priorité était de reconstruire l’Allemagne et faire face au communisme qui, à l’époque, était considéré comme un danger majeur », écrit M. Plesch.

M. Plesch a déclaré que les archives sur lesquelles il basait sa recherche étaient fermées aux chercheurs depuis 70 ans. Ceux qui souhaitaient lire les archives de l’UNWCC ont exigé la permission non seulement du gouvernement national, mais aussi du Secrétaire général de l’ONU. Alors même, les chercheurs n’étaient pas autorisés à prendre des notes pendant plusieurs années.

L’ancien ambassadeur américain à l’ONU Samantha Powers a décidé de l’action qui a rendu l’archive disponible.

M. Plesch a déclaré que le nouveau matériel fournissait une autre « cargaison de clous pour marteler dans les cercueils » du déni de l’Holocauste – aucune autre preuve n’était nécessaire.

Yad Vashem, le mémorial du souvenir de l’Holocauste en Israël, déclare sur son site web que «l’information concernant les meurtres en masse de Juifs a commencé à atteindre le monde libre peu de temps après que ces actions nazies aient commencé à être opérées en Union soviétique à la fin de juin 1941 et que le volume de ces descriptions ait augmenté avec temps ».

Il se réfère à la déclaration de décembre 1942 condamnant l’extermination du peuple juif.

« Nonobstant cela, il reste peu clair de mesurer dans quelle mesure les leaders alliés et neutres ont compris la totalité de leurs informations », ajoute-t-il. « Le choc des hauts commandants alliés qui ont libéré des camps à la fin de la guerre peut indiquer que cette compréhension n’était pas totale ».

Les archives de l’UNWCC sont présentées cette semaine à la Wiener Library de Londres , la plus ancienne archive de l’Holocauste au monde et la plus grande collection britannique à l’ère nazie, où les chercheurs pourront accéder en ligne.

Ben Barkow, le directeur de la bibliothèque, a déclaré que les résultats de M. Plesch ne changeraient pas la compréhension générale de l’Holocauste, mais étaient intéressants et avaient une importance pour les chercheurs.

Il a déclaré que M. Plesch avait obstinément continué à explorer des archives difficiles d’accès que la plupart des chercheurs avaient supposées ne contenir rien de nouveau. « Les gens n’avaient pas imaginé la valeur de celles-ci », a-t-il déclaré.

Il a déclaré que le matériel découvert par M. Plesch était particulièrement intéressant car il montrait  qu’il y a 70 ans, la communauté internationale envisageait la question des crimes  génocidaires dans le cadre du récit plus vaste des crimes de guerre. Il a déclaré: « Cela montre que ce n’est pas quelque chose qui a été pensé après des événements comme le Rwanda ».

 

Washington rappelle ses diplomates à Cuba, touchés par un mal mystérieux

 on se croirait dans « notre agent secret à la havane »… cette histoire d’un vendeur d’aspirateur contacté par les services secrets britanniques qui leur refile contre de gras émoluments les plans d’aspirateurs. Ce serait loufoque si on ne s’interrogeait pas sur le sens de cette histoire et qui peut en être à l’origine. Raoul Castro et les Cubains sont des êtres rationnels, en revanche la CIA est capable de n’importe quoi et sous l’ère Trump son imagination ne doit pas avoir de limite pour torpiller les relations diplomatiques… et allumer des feux partout de la Corée à l’Iran en passant par Cuba et le vénézuela (danielle Bleitrach)

Vingt et un employés de l’ambassade américaine à La Havane ont été victimes d’énigmatiques « attaques », selon le département d’Etat.

Le Monde.fr avec AFP |  • Mis à jour le 

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image: http://img.lemde.fr/2017/09/30/0/0/3863/2477/534/0/60/0/69f85aa_21767-1pgqn6c.2mrg47k3xr.jpgDevant l’ambassade américaine à La Havane (Cuba), le 29 septembre.

L’intrigue semble tirée des plus grands romans d’espionnage. Vingt et un employés de l’ambassade des Etats-Unis à La Havane ont été atteints d’un mal mystérieux, qui aurait débuté à la fin de 2016, se caractérisant par des maux de tête, des nausées ou encore des étourdissements. Un phénomène qui inquiète Washington, au point que le département d’Etat américain a rappelé, vendredi 29 septembre, « plus de la moitié » des diplomates américains en poste à La Havane.

Evoquant des « attaques » ciblant la santé du personnel de l’ambassade, perpétré dans des résidences diplomatiques mais aussi dans des « hôtels fréquentés par des citoyens américains », le secrétariat d’Etat américain, Rex Tillerson, a expliqué que le personnel non essentiel et toutes les familles des employés seront rapatriés.

« Tant que le gouvernement cubain ne pourra pas assurer la sécurité de nos diplomates à Cuba, notre ambassade sera limitée au personnel indispensable afin de minimiser le nombre de diplomates exposés. »

Le département d’Etat a également annoncé dans la foulée que l’octroi de visas de routine américains à Cuba sera « suspendu » sine die, en lien avec l’affaire. Les Etats-Unis ont aussi appelé leurs ressortissants à éviter de se rendre sur cette île touristique des Caraïbes en raison des risques liés à ces « attaques ». Les voyages sur place de responsables gouvernementaux américains seront en outre limités, pour l’instant, aux nécessités de l’enquête sur cette troublante affaire.

L’hypothèse d’une attaque sonique

Car le mystère ne désépaissit pas. Malgré une enquête menée par le FBI, la police canadienne et les autorités cubaines, l’énigmatique mal, révélé seulement au mois d’août, reste inexpliqué. « Nous ne connaissons ni les objectifs, ni les méthodes, ni le mode opératoire de ces attaques », a répété vendredi le haut responsable du département d’Etat, qui a fait savoir que cinq familles canadiennes sont également concernées.

Par le passé, des rapports avaient évoqué la piste d’une attaque sonique, notamment à travers des « vagues d’ultrasons » qui auraient provoqué des lésions auditives. Une hypothèse que n’a pas confirmée le département d’Etat vendredi.

 Lire aussi :   Trump, frein au rapprochement américano-cubain ?

Preuve que l’énigme est loin d’être résolue, l’embarras est flagrant lorsqu’il s’agit de qualifier ces « attaques ». Le département d’Etat parlait jusque-là d’« incidents » ayant provoqué plusieurs « symptômes », et Rex Tillerson avait évoqué des « attaques contre l’intégrité physique » des diplomates. L’administration américaine s’en est tenue vendredi à dénoncer des « attaques précises »« ciblées » mais d’« une nature inconnue ».

« Ces employés ont subi des lésions importantes », notamment des pertes d’audition, des vertiges, des maux de tête ainsi que des problèmes cognitifs, d’équilibre ou de sommeil, a souligné un haut responsable du département d’Etat. Certains ont dû être rapatriés.

Une décision qui « va nuire aux relations bilatérales »

Après cette annonce du département d’Etat, le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, a pris soin de confirmer, dans un communiqué, le maintien des relations diplomatiques avec Cuba, rétablies en 2015 après un demi-siècle de rupture. Il a présenté le rappel des diplomates comme une mesure préventive pour les protéger.

Mais cette décision « est précipitée et va nuire aux relations bilatérales », a aussitôt protesté le gouvernement cubain. A plusieurs reprises ces dernières semaines, le président cubain, Raul Castro, a répété que son pays n’était pas responsable de ce mystérieux mal. Les Cubains, qui avaient appelé à ne pas « politiser » cette affaire, assurent remplir « rigoureusement » leurs « obligations » de protection du personnel diplomatique. « Nous ne pouvons exclure la possibilité qu’un troisième pays soit impliqué dans cette affaire », a déclaré vendredi le département d’Etat américain.

Lire aussi :   Raul Castro dénonce un « recul » des relations entre Cuba et les Etats-Unis

Deux ans après le dégel de leurs relations diplomatiques, le lien entre les deux pays pourrait toutefois pâtir de cette énigme. D’autant que les relations entre le président cubain et Donald Trump se sont récemment tendues. Au début de l’été, le chef de l’Etat américain avait décidé une limitation des voyages des citoyens américains vers l’île, et l’interdiction de toute négociation avec des entreprises dirigées par les militaires cubains.

Les auteurs des « attaques », « quels qu’ils soient, tentent clairement de saper le processus de normalisation entre les Etats-Unis et Cuba », a estimé vendredi le sénateur démocrate américain Patrick Leahy.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/09/29/washington-rappelle-ses-diplomates-a-cuba-ou-un-mysterieux-mal-touche-son-ambassade_5193798_3222.html#ksJkmfdPBVCb2ocl.99

 
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Publié par le septembre 30, 2017 dans Amérique, Etats-Unis, GUERRE et PAIX

 

Moscou cherche à se poser en médiateur dans la crise nord-coréenne

Une haute diplomate nord-coréenne, responsable du département nord-américain à Pyongyang, a été longuement reçue dans la capitale russe.

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)

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image: http://img.lemde.fr/2017/09/11/0/0/5532/3605/534/0/60/0/bb76b89_367f7e94371a40b09b45e149704d0ac7-367f7e94371a40b09b45e149704d0ac7-0.jpg

Donald Trump et Kim Jong-un sur une affiche, à Séoul, en Corée du Sud.

Arrivée discrètement à Moscou deux jours plus tôt, la diplomate nord-coréenne Choe Son-hui, spécialiste des Etats-Unis, a été reçue pendant plus de quatre heures, vendredi 29 septembre, au ministère des affaires étrangères russe par Oleg Bourmistrov, ambassadeur itinérant et l’un des principaux négociateurs du Kremlin sur les questions nucléaires. Officiellement, il s’agissait d’un « échange de points de vue sur la situation en Asie du Sud-Est ». Officieusement, la Russie cherche à jouer un rôle de médiateur dans la crise nord-coréenne.

La venue de l’envoyée spéciale de Kim Jong-un, qui participa comme conseillère et interprète entre 2003 et 2009 aux pourparlers à six entre Pyongyang, Séoul, Washington, Pékin, Tokyo et Moscou, sur la dénucléarisation nord-coréenne, a été précédée d’une salve de prises de position russes dans la presse anglo-saxonne autour d’un même thème : quoique pesant bien moins que son puissant voisin chinois sur le dossier, la Russie serait « bien placée » pour faire retomber la pression entre Washington et Pyongyang.

Lire aussi :   Corée du Nord : onze ans de sanctions, qui n’ont rien changé à la détermination de Pyongyang

La position particulière de la Russie

« La Russie est généralement considérée comme relativement peu importante dans la plupart des discussions sur la crise nucléaire nord-coréenne, mais elle occupe une position unique pour aider à la désescalade », écrit ainsi Dmitri Trenine, directeur du centre de réflexion Carnegie de Moscou, dans une tribune parue dans le New York Times, le 18 septembre. « Le Kremlin comprend la psychologie nord-coréenne, affirme Fiodor Loukianov, président du Conseil russe pour la politiqueétrangère et de défense, proche du Kremlin, dans le Financial Times du 20 septembre. Puisque les dirigeants russes se sont sentis aussi historiquement assiégés. »

« La crise des missiles nucléaires en Corée du Nord n’a pas de solution facile, mais la gestion est à la fois possible et nécessaire, poursuit-il. Si la Russie le fait habilement, elle renforcera sa position en Asie-Pacifique et franchira une autre étape face à l’hégémonie américaine dans les affaires internationales. Moscou le perçoit, et cela explique certaines déclarations contradictoires. »

De fait, la Russie a — tout comme la Chine, principale alliée et partenaire commerciale de la Corée du Nord — approuvé la huitième salve de sanctions votées par le Conseil de sécurité de l’ONU, après le dernier et le plus puissant des six essais nucléaires réalisés par Pyongyang, le 3 septembre. Mais dans le même temps, Vladimir Poutine a toujours pris soin de décrire ces sanctions comme « inutiles et inefficaces ».

Lire aussi :   La Chine impose la fermeture des entreprises nord-coréennes sur son territoire en application des sanctions de l’ONU

« Des garanties de sécurité qui conviennent à Pyongyang »

« En Corée du Nord, ils sont prêts à manger de l’herbe plutôt que de renoncer à leur sécurité », avait-il déclaré au début de septembre, rappelant le sort du dictateur irakien Saddam Hussein, condamné à mort et pendu, et celui du Libyen Mouammar Kadhafi, lynché à mort, tous deux ayant été dépouillés de leurs armes de destruction massive. « Dans cette situation, il est nécessaire de trouver des garanties de sécurité qui conviennent à Pyongyang. Cela ne peut être fait que d’une manière politico-diplomatique », a assuré, vendredi, Mikhaïl Oulianov, directeur du département du contrôle et de la non-prolifération de l’armement nucléaire au ministère des affaires étrangères russe, où Mme Son-hui a également rencontré le vice-ministre Igor Morgoulov.

Le président russe se prévaut aussi d’avoir toujours poursuivi le dialogue avec la Corée du Nord, où il s’était rendu peu de temps après son arrivée au pouvoir, en 2000. Au lendemain de la visite du secrétaire d’Etat Rex Tillerson en Chine, le chef du Kremlin entend se poser en médiateur précieux. « L’attention se tourne habituellement vers la Chine (…), mais pour une foule de raisons stratégiques, il existe des limites inhérentes à ce que Pékin fera », assure Dmitri Trenine. Selon l’analyste, l’influence de la Russie est certes bien moindre que celle de son puissant voisin chinois, mais elle suscite en même temps « moins de ressentiment nationaliste et de soupçons parmi les Nord-Coréens ».

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/international/article/2017/09/29/moscou-cherche-a-se-positionner-en-mediateur-dans-la-crise-nord-coreenne_5193835_3210.html#gMYj3RzLX7DVTJBJ.99

 
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Publié par le septembre 30, 2017 dans Asie, GUERRE et PAIX, Russie