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Archives de Catégorie: GUERRE et PAIX

L’Afghanistan était un champ de bataille pour la domination mondiale

Фото: Андрей Соломонов/РИА Новости

Valery Korovine

Directeur du Centre d’expertise géopolitique

15 février 2019

https://vz.ru/opinions/2019/2/15/964462.html

Marianne nous a traduit ce texte écrit par un homme de droite, si je comprends bien son contenu 1) il marque la nouveauté de la géopolitique par rapport à l’internationalisme qui caractérisait l’URSS. C’est-à-dire que ce sont les intérêts nationaux qui priment et l’on aide dans le cadre de ceux-ci. Mais le même interprète défend l’URSS à sa manière et dénonce ceux qui n’ont pas vu la nature de son combat. Encore un article qui remet en cause les idées préconçues qui sont les nôtres et nous aide à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons (merci Marianne – note de Danielle Bleitrach).

Dès l’époque de la «perestroïka», il était de bon ton de vilipender la campagne militaire afghane, pour nous obliger à nous repentir. En réalité, c’est ce repentir incessant à propos de tout et de rien qui a permis d’ébranler, puis de détruire le bloc soviétique. Et pourtant, 30 ans après le retrait complet et définitif du contingent soviétique d’Afghanistan, il apparaît clairement qu’il n’y avait pas particulièrement de quoi se repentir. Pour l’essentiel, nous avons tout fait à l’époque comme il fallait, il suffisait d’éliminer certaines erreurs et d’ajuster la ligne idéologie générale.

À partir de Khrouchtchev en URSS, il était de coutume de stigmatiser la géopolitique en la qualifiant de «pseudo-science bourgeoise» et de la diaboliser de toutes les manières, la comparant presque au fascisme. Sous Brejnev, la géopolitique était tout simplement tue, comme si elle n’existait pas. Dans le même temps, nos « partenaires occidentaux » ont toujours suivi la logique géopolitique et continuent de le faire à ce jour. Les motifs de l’entrée des troupes soviétiques en Afghanistan étaient aussi essentiellement géopolitiques.

 

La question était de savoir quel camp – atlantiste ou eurasien – établirait son contrôle géopolitique sur l’Afghanistan. Peu de temps auparavant, une révolution dite démocratique avait eu lieu dans ce pays et l’Afghanistan était devenu une république.

 

Ces changements pouvaient être interprétés de deux manières. D’une part, les Américains considéraient la « démocratie » comme leur bannière idéologique. D’autre part, l’URSS ne craignait pas les changements démocratiques s’ils arrivaient à la place de «l’archaïsme» et des traditions, c’est-à-dire ce contre quoi luttait le modernisme soviétique. Chez nous cela s’appelait «démocraties populaires» et cela impliquait un développement sur la voie de transformations socialistes.

 

Se désignant comme la République d’Afghanistan, le nouvel État surgissant à la place d’un pays archaïque, traditionnel, était en quelque sorte ouvert aux transformations. Mais lesquelles? Pour cela, deux superpuissances devaient se battre: le continent eurasien et la puissance atlantique – en langage géopolitique – ou encore le socialisme et le capitalisme – en langage idéologique.

 

On a donc une confrontation géopolitique. Les dirigeants soviétiques craignaient à juste titre une intervention directe des États-Unis en Afghanistan. Il convient de rappeler ici que les interventions militaires américaines à cette époque étaient déjà assez courantes. À la fin des années 1970, ils avaient déjà envahi de nombreux pays.

 

Les interventions les plus importantes comprennent le débarquement des marines américains en Haïti, l’invasion militaire du Japon, de la Corée, du Vietnam et de Cuba avec le soutien des marines américaines et de l’aviation, l’organisation de l’invasion du Guatemala avec la participation de la CIA et de l’US Air Force. Et nous ne parlons ici que de la participation directe des forces armées américaines. Et combien y a-t-il eu d’invasions militaires organisées par les États-Unis par procuration ou en sous main – il est impossible de le savoir. Par conséquent, envahir l’Afghanistan désorganisé par la révolution était pour les Américains simple comme bonjour.

 

En outre, les États-Unis perdaient le contrôle de la région – l’Iran se rebellait et quittait la zone d’influence américaine. Il fallait s’accrocher à une tête de pont. La création d’un État sous contrôle avec des bases militaires américaines aux frontières mêmes de l’Union soviétique aurait constitué un coup de maître. Et l’Afghanistan, qui occupe une position centrale dans la région, était parfaitement adapté à cet objectif. À partir de son territoire, il était possible de poursuivre l’expansion dans les républiques d’Asie centrale soviétique (sur le territoire desquelles se déroulaient régulièrement des attaques depuis l’Afghanistan avec le soutien américain), tout en bénéficiant d’une position forte au Pakistan avec accès à la mer d’Oman et à l’océan Indien. Que demander de mieux.

 

Par conséquent, si l’URSS n’avait pas engagé ses troupes en Afghanistan en 1979, ce sont les Américains qui l’auraient fait. Ce qui s’est produit effectivement un peu plus tard (à l’échelle historique).

 

Mais ce n’est pas tout. En fait, divisant le monde en deux parties, les blocs soviétique et occidental avaient un nombre égal d’actions géopolitiques, environ 50/ 50. Chacun d’entre eux devait recevoir au moins 1% supplémentaire pour avoir une «participation majoritaire». Obtenir cette prééminence, même infime, aurait signifié passer le point critique de la domination. Après cela, le bloc qui aurait obtenu la majorité aurait acquis non seulement un avantage géopolitique, mais également un avantage idéologique.

 

La lutte pour l’Afghanistan revêtait donc une importance fondamentale.

 

    Si l’URSS avait réussi, l’Afghanistan serait devenu socialiste, l’émergence de l’idéologie soviétique dans le monde serait devenue irréversible et le projet idéologique occidental aurait entamé son déclin.

 

Les Américains, qui préparaient leur invasion militaire, mais ont été pris de court, le savaient. C’est maintenant qu’ils essayent de se convaincre et de convaincre le monde entier que c’était justement leur idée, et que c’étaient eux, soi-disant, qui avaient entraîné l’Union soviétique dans une guerre sans espoir …

 

À cette époque, l’Irak, la Libye et la Syrie s’engageaient déjà dans la voie de la construction du socialisme, même s’il s’agissait encore d’un modèle islamiste. Les idées socialistes s’emparaient de l’Amérique latine et renforçaient leur influence en Afrique, dans la région Asie-Pacifique. Tout ce qui se passait était surveillé de près par les pays du Mouvement des pays non alignés, hésitant, choisissant le camp, surveillant qui prenait le dessus.

 

C’est pourquoi l’URSS et les États-Unis ont beaucoup investi en Afghanistan. Le programme d’aide économique à la République démocratique d’Afghanistan de la part de l’URSS est impressionnant : nombreuses centrales hydroélectriques, barrages, lignes électriques, parcs de stockage, gazoducs, entreprises, aéroports, autoroutes, ponts, jardins d’enfants et hôpitaux, établissements d’enseignement et bien plus encore. Tout cela sur un espace nu de sable et de pierres. En fait, nous avons construit en Afghanistan tout ce qui existe encore actuellement, prouvant notre efficacité non pas en paroles mais en actes. Au même moment, les États-Unis investissaient dans l’infrastructure militaire du Pakistan voisin où des groupes paramilitaires étaient formés, dans des livraisons d’armes et dans une campagne d’information antisoviétique.

 

En analysant ce qui s’est passé du point de vue d’aujourd’hui, nous pouvons dire avec certitude à quel endroit nous avons fait des erreurs de calcul, pour quelles raisons  nous avons perdu. L’Afghanistan islamique traditionnel, en grande partie archaïque et tribal, n’était bien sûr pas prêt à accepter le modèle soviétique, athée, matérialiste, marxiste tel que nous l’avons amené ici. Et tandis que Kadhafi, Hussein et Asad Sr., ainsi que Nasser et d’autres dirigeants de l’Orient, adaptaient progressivement le socialisme aux spécificités de leurs pays, nous avons rapidement essayé de construire une république soviétique où même les travaux préparatoires n’avaient pas été effectués.

 

Nous étions pressés et avons donc semblé ridicules avec notre marxisme et notre «assistance internationale», à un endroit où non seulement il n’existait aucune classe de travailleurs avec une conscience politique prolétarienne, mais où l’appartenance au genre et à la tribu revêtait et revêt encore aujourd’hui une importance capitale.

 

Les Américains quant à eux ont fermé les yeux sur tout sauf l’essentiel: assurer leurs intérêts géopolitiques dans la région et ne pas prêter attention aux points de vue et aux caractéristiques de la société afghane. Et tandis que nous qualifiions la géopolitique de «pseudoscience», ne nous reposant que de manière intuitive sur ses lois, les Américains ont fait leur «Grand jeu», dont nous subissons les conséquences jusqu’à aujourd’hui.

 

Après avoir introduit nos troupes suite à plus de 20 demandes et appels répétés du côté des autorités afghanes légitimes, nous avons absolument agi comme il se devait du point de vue de la géopolitique (tout en le niant). De même que nous agissons de manière tout à fait juste aujourd’hui en Syrie, en suivant ouvertement une logique géopolitique. A l’époque, nous avons perdu, empêtrés dans une idéologie moderne qui nous est étrangère, dont le marxisme fait partie. Aujourd’hui, il est important pour nous de clarifier le sens de nos actions, d’opposer à leur idée du globalisme notre alternative eurasienne. Sans imposer nos idées à qui que ce soit, garder la tradition et la foi de ces peuples qui se tournent vers nous pour obtenir de l’aide. Ce sera notre travail principal sur les erreurs de la campagne afghane.

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

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L’enfer libyen

Sept ans après le renversement et l’assassinat de Kadhafi après l’agression de l’OTAN, la Libye est toujours plongée dans la guerre et le chaos. Alors que le soi-disant gouvernement d’unité nationale, reconnu par l’ONU et dirigé par Fayez Sarraj, essaie d’imposer son autorité depuis Tripoli, et que le maréchal Khalifa Haftar dirige la soi-disant Armée de libération nationale, qui contrôle l’est du pays et la Chambre des représentants, à Tobrouk, d’autres groupes armés dominent différentes villes et une partie du pays reste contrôlée par Daesh. Les deux parties, la Chambre des représentants et le gouvernement d’unité nationale, sont en désaccord, bien qu’ils se soient entretenus à Paris en mai 2018 en vue d’organiser des élections qui pourraient avoir lieu au printemps 2019. Cependant, la situation dans le pays reste chaotique: la prolifération de groupes armés, souvent des instruments de féroces chefs de guerre locaux, a transformé la Libye en un enfer.

Tripoli, Tobrouk et Misurata sont des centres de forces combattantes dont les dirigeants s’affrontent pour voler les richesses du pays. Ils achètent et corrompent souvent des groupes armés qui changent de drapeau et de loyauté, enlèvent et tuent, voire occupent des champs pétrolifères (comme ce fut le cas à Sidra et à Ras Lanuf en 2017 et à Sharara en décembre 2018, occupés par la milice Bataillon 30) pour négocier plus tard avec les compagnies occidentales. La corruption et le vol, perpétrés par des chefs de milices et des trafiquants indépendants ou liés aux puissances occidentales, sont constants: le bureau du procureur de Bruxelles enquête sur la disparition de milliards de dollars du pays déposés dans une banque belge.

En septembre dernier, les combats se sont intensifiés dans le cadre d’une « guerre de milices » chaotique et la septième brigade, dirigé par l’ancien gadhafiste Abdel Rahim al-Kani et maintenant un allié de l’islamiste Khalifa al-Ghawil, s’est affronté aux forces de Fayez Sarraj. Le dernier épisode a été le déclenchement d’une voiture piégée au ministère des Affaires étrangères à Tripoli, qui a fait plusieurs morts à la fin du mois de décembre 2018. Le Libanais Ghassan Salamé, chef de la MANUL, la mission d’appui de l’ONU pour la Libye est submergé par l’existence de nombreux groupes armés et par l’action des puissances occidentales et des pays du golfe Persique qui lancent des opérations de combat ou bombardent la population civile et parient sur la tenue d’élections, même s’il est douteux qu’ils résolvent le chaos de la guerre. Un pays détruit qui, dans la pratique, est démantelé et n’existe pas.

La France et l’Italie s’affrontent: Rome, à travers Salvini, a accusé Paris d’ingérence en Libye motivée par des intérêts économiques et agissant conformément à Haftar, tandis que les États-Unis visaient à contrôler les flux de pétrole et à stabiliser la situation avec un gouvernement client, maintient un contingent militaire et bombarde avec son aviation et ses drones. Des informations intéressantes divulguées par les chancelleries occidentales faisaient état du soutien russe à Khalifa Haftar, accusation rejetée par Moscou. La Russie estime que tous les groupes politiques et armés du pays devraient participer aux négociations pour résoudre le chaos, y compris le fils de Kadhafi, Seif al-Islam. À son tour, l’Égypte intervient fréquemment lors des bombardements, de même que le Qatar: tous deux parrainent des groupes armés, et les Émirats arabes unis soutiennent le général Haftar qui se proclame adversaire de l’islamisme terroriste. Le général Ahmad Mismari, porte-parole de l’armée et proche de Haftar, a accusé la Turquie de transférer des mercenaires de Syrie en Libye, via le territoire turc, et à la Belgique d’envoyer des armes aux terroristes, et a appelé la Russie à intervenir comme en Syrie. Dans sa tentative de stabiliser le pays, l’Union européenne a sanctionné le président du Congrès national, le général Nuri Abu Sahmain; le président de la Chambre des représentants, Aqiulah Saleh; et le chef du gouvernement du salut, Khalifa al-Ghawill. L’Union européenne a sanctionné le président du Congrès national, le général Nuri Abu Sahmain; le président de la Chambre des représentants, Aqiulah Saleh; et le chef du gouvernement du salut, Khalifa al-Ghawill. L’Union européenne a sanctionné le président du Congrès national, le général Nuri Abu Sahmain; le président de la Chambre des représentants, Aqiulah Saleh; et le chef du gouvernement du salut, Khalifa al-Ghawill.

La majorité de la population vit dans la misère et l’économie du pays est en ruine et dépend entièrement de la vente de pétrole. La situation reste désespérée: au milieu d’un enchevêtrement d’acronymes et de groupes armés, extorsion de fonds, enlèvements, assassinats, trafic de drogue, sièges de villes, immigrés pris au piège de réseaux d’esclaves et marchés d’esclaves définissent un pays qui, avant l’attaque de l’OTAN, avait le PIB par habitant le plus élevé d’Afrique, et maintenant c’est l’enfer.

 

Evo Morales : les USA prétendent s’emparer des  ressources naturelles du Venezuela

Morales a interrogé les dirigeants qui avaient choisi de soutenir l'autoproclamation de Guaidó en tant que "président en charge" du Venezuela.

Morales a interpelé les dirigeants qui avaient choisi de soutenir l’autoproclamation de Guaidó en tant que « président en charge » du Venezuela. | Photo: @evoespueblo

Publié le 10 Février 2019 (il y a 17 heures 20 minutes)
Selon le président Evo Morales, Les États-Unis pratiquent leur politique interventionniste avec de supposés conflits démocratiques pour s’approprier les ressources naturelles des pays.

Le président de la BolivieEvo Morales a déclaré samedi qu’au Venezuela il n’y a pas de conflit démocratique, mais que les États-Unis cherchent à s’approprier les ressources naturelles de la nation sud-américaine, et a dénoncé le député de l’Assemblée Nationale irresponsable, Juan Guaidó, qui, par ses actions, cherche à générer une guerre en Amérique latine.

 

« Au Venezuela, ce n’est pas un problème de démocratie ou de dictature, ce n’est pas un problème de Maduro, le problème est le pétrole vénézuélien et les EtatsUnis veulent s’approprier les ressources naturelles « , a déclaré Evo dans un discours tenu aux usines d’Oruro.

Le dirigeant bolivien a confirmé que le pays d’Amérique du Nord cherchait des prétextes pour appliquer une politique interventionniste, ce qui explique pourquoi les États-Unis soulèvent de supposés conflits démocratiques dans l’intention de s’approprier les ressources naturelles des pays.

Evo Morales a affirmé que lorsqu’il y avait une politique interventionniste américaine, la Bolivie avait perdu « 21 millions de dollars et (…), le loyer du pétrole était de 3 000 millions de dollars ». Cependant, il a répété que pendant son mandat, le montant de la rente du pétrole avait atteint 37 millions.

De même, le président a interpelé ses homologues qui ont choisi de soutenir la proclamation de Guaidó en tant que « président en charge » du Venezuela.

Evo Morales Ayma

@evoespueblo

Rechazamos las declaraciones del autoproclamado Juan Guaidó, que ha afirmado que permitiría una intervención de en . Nos preguntamos qué piensan ahora los hermanos presidentes que han reconocido a Guaidó, de esa declaración que llama a una guerra en América Latina

Après sa déclaration arbitraire, Guaidó a été reconnu par les États-Unis, 13 des 14 pays membres du groupe de Lima et la plupart des États membres de l’ Union européenne, à quelques exceptions importantes comme l’Italie.

La Russie, la Bolivie, la Chine, Cuba, l’Iran et la Turquie, parmi d’autres pays, ont réaffirmé leur soutien au gouvernement constitutionnel et légitime du président Nicolás Maduro.

 

Les événements en Amérique latine et le repartage impérialiste du monde

 

Dans une interview accordée à la Pravda, Dmitry Novikov, vice-président du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie, a répondu aux questions sur le bilan de son voyage au Venezuela et au Nicaragua et sur la nature des processus en cours en Amérique latine.

 

La Pravda, n ° 12, les 5 et 6 février 2019

https://kprf.ru/party-live/cknews/182376.html

Le Venezuela au centre des contradictions mondiales

– Dmitry Georgievich, nous parlons à un moment où l’attention de la planète entière est fixée sur le Venezuela. Ce pays a été l’objet d’une tentative de coup d’État. Vous étiez récemment au Venezuela, vous avez participé à un événement politique important: l’investiture du président Maduro. Cet événement peut-il être considéré comme une revue des forces internes qui soutiennent les autorités légitimes et des forces internationales du point de vue de leur attitude envers la République bolivarienne?

– Bien sûr que oui. De ce point de vue, la première chose à noter est le lieu où l’inauguration a eu lieu. Elle s’est déroulée dans les locaux de la Cour suprême, ce qui reflète bien déjà les particularités de la situation politique intérieure actuelle au Venezuela. La Constitution actuelle de cet État désigne clairement deux plates-formes politiques sur lesquelles la procédure de prise de fonction de président peut être tenue. Il s’agit de l’Assemblée nationale du pays et de la Cour suprême.

En ce qui concerne l’Assemblée nationale, de nombreux événements récents qui suscitent l’attention des médias dans le monde y sont associés. La majorité lors des dernières élections a été remportée par les représentants de l’opposition. Et personne ne conteste la légitimité du vote, y compris les chavistes. Mais d’autres actions du parlement liées au non-respect des prescriptions de la plus haute instance judiciaire ont invalidé la composition actuelle de l’Assemblée nationale. La Cour suprême elle-même a acté le fait. À la suite de cela, ni la majorité des soi-disant députés, ni Nicolas Maduro lui-même ne souhaitaient l’investiture au sein de ce parlement illégal.

La procédure d’entrée en fonction du président s’est déroulée devant la Cour suprême. Avec d’ailleurs la participation de tous les juges sans exception. De nombreux invités étrangers, des délégations très prestigieuses, ont assisté à la cérémonie. Par leur composition, on peut évaluer avec assez de précision l’attitude des autorités des différents États à l’égard du Venezuela. Cuba, le Nicaragua, la Bolivie et le Salvador étaient représentés par leurs chefs d’Etat. Les présidents de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud sont également ont également fait le voyage à Caracas. Le Mexique, la Turquie, l’Iran, l’Afrique du Sud, la Chine, la Russie et la Biélorussie étaient bien représentés. Ce sont ces États qui se sont ensuite prononcés en faveur de la souveraineté du Venezuela, contre l’ingérence des États-Unis dans ses affaires intérieures afin de procéder à un coup d’État. Ils n’ont pas reconnu Juan Guaido qui s’est proclamé président.

Le côté opposé s’est affiché tout aussi clairement. En plus des États-Unis, le Brésil, la Colombie et d’autres alliés de Washington n’ont pas participé à l’inauguration. Quelques jours plus tard, Trump a salué Guaido pour son « accession à la présidence ». Et cela a été fait rapidement, immédiatement après la déclaration de l’imposteur pour la prise de direction du pays.

 

– La liste des États exprimant leur soutien au Venezuela bolivarien dirigé par Maduro est globalement compréhensible. Mais peut-être existe-t-il des questions concernant la Fédération de Russie, dont les autorités poursuivent une politique ouvertement antisocialiste qui n’a rien de commun avec les idées bolivariennes. Le gouvernement russe actuel, le Kremlin, a simplement une nature de classe différente. Comment expliquez-vous le soutien de Maduro par les autorités de la Fédération de Russie?

– Je pense qu’il y a deux raisons. Premièrement, nous devrions être de bien piètres politiciens si nous ne comprenions pas que, dans la politique étrangère des États-Unis vis-à-vis du Venezuela, le monde a affaire à une réincarnation de la doctrine Monroe. L’idée de proclamer le continent américain zone interdite à l’intervention des puissances européennes a été proclamée dès la présidence de Monroe dans les années 1840. L’objectif des États-Unis était de transformer l’Amérique latine en son arrière-cour. Washington n’a pas renoncé à cette doctrine au XXe siècle, tout en se faisant plus discret. Mais au tournant des 20e et 21e siècles, l’Amérique latine s’est teinte de couleurs politiques désagréables pour les États-Unis: de nombreux gouvernements étaient dirigés par des gouvernements de gauche. Leur liste ne se limitait pas à Cuba, au Venezuela et au Nicaragua. Dans la même rang se trouvaient non seulement des États comme le Salvador ou la Bolivie dirigée par Evo Morales, mais également l’Argentine dirigée par Cristina Kirchner, le Brésil dirigé par Lula da Silva. En outre, un certain nombre de structures d’intégration entre États sont apparues sur le continent dans le but de contrer les diktats de Washington.

Tout cela dans son ensemble a démontré les sérieuses possibilités des forces de gauche sur le continent. Cela ne pouvait qu’alarmer les États-Unis. Entre autres choses, le mythe selon lequel l’effondrement de l’URSS avec le socialisme avait pris fin à jamais s’est effondré. face à ce défi, Washington a décidé de réagir. Et nous assistons aujourd’hui à une revanche en Amérique latine. En Argentine, la droite est arrivée au pouvoir et le nouveau président du Brésil, selon certains hommes politiques, experts et personnalités publiques du continent, est un homme d’orientation carrément fasciste.

Mais l’opposition en Amérique latine n’est qu’une partie d’un processus mondial. Les États-Unis ont déjà évalué les principales tendances du 21e siècle. Ils considèrent que leurs principaux rivaux sont la Chine avec sa puissance économique et aussi la Russie qui malgré son affaiblissement économique, poursuit une ligne en politique internationale qui déplaît souvent à Washington. À leur tour, la Chine et la Russie ne peuvent que réagir aux actions dirigées contre elles. Je pense que c’est la première raison qui pousse le Kremlin à soutenir le président légitime du Venezuela. Et cette position est pleinement conforme aux intérêts nationaux de notre pays, elle répond à la tâche de former un monde multipolaire.

La seconde raison est l’intérêt économique des entreprises russes. Le Venezuela est l’un des pays producteurs de pétrole les plus prometteurs. La Russie a investi des fonds importants là-bas. Cela représente environ 17 milliards de dollars, pouvant générer un bon rendement. Il existe d’autres projets économiques au stade de la mise en œuvre. En Russie, certains milieux d’affaires sont donc intéressés à maintenir leurs positions au Venezuela. Et cela détermine également la position active de Moscou vis-à-vis de ce pays sur la scène internationale. Et renforcer la coopération économique est dans l’intérêt de nos deux peuples.

 

Tentative de coup d’Etat

 

– Mais revenons à l’inauguration. Elle s’est déroulée à la Cour suprême du pays. Mais les députés de l’Assemblée nationale y étaient représentés?

 

– La salle n’était pas remplie que d’ambassadeurs d’États étrangers et de membres de la Cour suprême,des ministres, des chefs de missions diplomatiques, des gradés importants de l’armée et des préfets ont assisté à l’inauguration. Il y avait des maires de nombreuses grandes villes du Venezuela. Les dirigeants du Parti de l’unité socialiste et du Parti communiste du Venezuela étaient présents. Quant aux députés de l’Assemblée nationale, je pense qu’ils étaient peu nombreux.

 

– Dans quelle mesure la procédure d’inauguration pouvait-elle laisser prévoir la transformation de l’opposition existante dans le pays en un coup d’État? Y avait-il des signes visibles d’un tel tour des événements?

 

– Pour commencer, les difficultés économiques au Venezuela ne sont nouvelles pour personne. Une situation difficile a été observée ces dernières années. Lorsque nous sommes arrivés à Caracas, on a appris que deux jours auparavant, la monnaie nationale s’était dépréciée de 20%. Les rayons dans les magasins laissent beaucoup à désirer. Le taux de chômage est important. On assiste à une réduction du pouvoir d’achat de la population. Ces problèmes sont activement utilisés par l’opposition à ses propres fins.

Mais nous devons aussi nous rappeler les causes de ces problèmes économiques : ce sont les mesures systématiques prises par les États-Unis pour saper les positions du gouvernement actuel de la République bolivarienne. Des difficultés ont été créées dans la fourniture des biens et technologies nécessaires au Venezuela. Cela a conduit à une réduction de la production de pétrole – principale source de financement national. Bien sûr, le pays extrait encore de l’or, par exemple, mais son rôle dans l’économie est beaucoup moins important.

Les États-Unis ont créé une situation économique difficile pour pouvoir en tirer parti. Déjà l’année dernière, ils ont en fait annoncé qu’ils étaient prêts à renverser le gouvernement de Maduro. En mai dernier, Washington n’a pas reconnu les résultats de l’élection présidentielle au Venezuela, sans aucun fondement, mais de façon radicale. Et en novembre, le célèbre conseiller en sécurité nationale de Trump en Russie, Bolton, a annoncé l’existence d’un «triumvirat de la tyrannie», une «troïka de la terreur». Il a désigné ainsi Cuba, le Venezuela et le Nicaragua.

Lorsque des constructions telles que «l’axe du mal», «le triumvirat de la tyrannie», etc., sont inventées, cela signifie le début d’une nouvelle étape dans la lutte contre les gouvernements qui déplaisent aux États-Unis. Il y a une pression plus sévère sur ceux que Washington considère comme ses adversaires. Mais la tentative de déstabilisation de la situation au Nicaragua, l’an dernier, s’est soldée par un échec pour les États-Unis. Et il est impossible de bouleverser la situation à Cuba, car il existe une solide unité du pouvoir et du peuple fondée sur la voie de la construction socialiste. Dans ces conditions, le Venezuela est devenu la cible principale de Washington en Amérique latine.

 

– À propos, Dmitry Georgievich, qu’est-ce qui explique que les élections présidentielles au Venezuela se soient tenues en mai et que l’inauguration n’ait eu lieu qu’en janvier de l’année suivante?

 

– Ici, bien sûr, il n’y a pas de malentendu, mais il y a une règle de la Constitution. Il est indiqué que l’investiture du président a lieu le premier mois de l’année suivant l’année des élections présidentielles. En d’autres termes, que les élections aient lieu en mai, en février ou, par exemple, en novembre, l’inauguration doit avoir lieu en janvier suivant.

Au fait, il faut garder à l’esprit que Nicolas Maduro a été soutenu par 68% des votants ayant participé au vote. Vous ne pouvez donc mettre en doute la régularité des élections qu’avec un très grand parti pris. Et le Venezuela n’appartient pas aux États où il est possible de falsifier les résultats du vote: l’opposition dans ce pays, bien que divisée, exerce une grande influence.

Je remarque que la création d’un front politique interne uni contre Maduro est longtemps restée sans succès. Maintenant, Washington est en train d’un forger un de manière agressive autour de Guaido. Les dollars américains et une intervention politique déclarée sont les piliers de ce front.

En plus de cette ligne d’attaque, d’autres ont été utilisées. Par exemple, les tensions entre le Venezuela et la Colombie se sont intensifiées à tous les niveaux. Une mention spéciale doit être faite au sujet de l’Organisation des États américains (OEA). Elle comprend les pays d’Amérique latine, les États-Unis et le Canada. Les médias russes ont perdu de vue les vicissitudes des dernières années au sein de cette organisation. En 2017, des tentatives ont été faites pour en exclure le Venezuela. En réponse, la République bolivarienne a elle-même déclaré son retrait de l’OEA, démontrant ainsi qu’elle était disposée à s’opposer à toute tentative d’ingérence dans ses affaires intérieures. Les opposants à Maduro avaient besoin de l’idée d’exclure le Venezuela de l’organisation pour pouvoir lancer une campagne bruyante contre le système politique et les dirigeants de l’État américain indocile. Toutes ces actions « sur le périmètre extérieur » étaient des éléments de la préparation d’un coup d’État.

 

– Est-il possible de considérer l’inauguration de Maduro comme un motif du coup d’État?

 

– Oui, l’inauguration a été utilisée comme un événement et un prétexte médiatique. Elle a été une sorte de déclencheur pour le passage de l’étape préparatoire à la phase de mise en œuvre des plans élaborés depuis longtemps.

Le cynisme des actions de Washington et de ses satellites est frappant. Cette fois, ils sont encore plus débridés que lors de la tragédie chilienne de 1973.

 

 

Protéger la révolution bolivarienne

 

– Les médias russes soulignent constamment que le soutien du président Maduro est l’armée. Bien entendu, en Amérique latine, il s’agit d’un facteur important, notamment en cas de coup d’État. Mais l’inauguration a eu lieu avant le coup d’État. Quelle est votre opinion sur le rôle de l’armée dans la vie politique du Venezuela?

 

– Au Venezuela, il y a une bonne armée – selon les normes de l’Amérique latine, mais pas seulement. Elle est importante en nombre. Elle est bien armée et bien entraînée. Son rôle dans la vie de la société peut être jugé à travers la procédure d’investiture du président du pays, qui comprenait deux parties. Comme nous l’avons déjà mentionné, la première partie s’est déroulée devant la Cour suprême de la République. Son événement principal a été la prestation de serment du nouveau président, la signature de documents par les personnes autorisées et le discours public de Nicolas Maduro.

Mais il y avait une deuxième partie. Elle a eu lieu à l’Académie militaire de Caracas. C’est l’un des lieux centraux des forces armées du Venezuela, leur symbole. Ici, ce n’est plus le président qui a prêté serment, mais l’armée qui prêtait serment au président lui-même. Tout cela combiné avec un défilé. Toute la procédure était menée par le ministre de la Défense, Vladimir Padrino Lopez.

Après la cérémonie, nous avons pu communiquer avec le général Lopez. C’est l’une des personnes les plus populaires et les plus influentes du Venezuela. Avec tout son comportement, il fait preuve de loyauté envers le peuple, la loi et le président.

 

– Mais pour un fonctionnement stable du système politique, quelle que soit l’importance de l’armée, sa loyauté ne suffit pas. Quelles forces soutiennent le président légitime aujourd’hui?

 

– Eh bien, parcourons la liste.

Je tiens à vous rappeler qu’après avoir été élu président, Hugo Chavez, politicien exceptionnellement populaire, a considéré pendant un certain temps son autorité personnelle, étayée par un statut officiel, comme suffisante pour la direction effective du pays. Mais il s’est ensuite rendu compte que le processus politique nécessitait une interaction durable avec le peuple, avec la société. Alors il a décidé de créer un parti qui soutenait les idées du « socialisme du XXIe siècle ».

Le parti unifié socialiste du Venezuela est aujourd’hui une structure politique de masse. Il est dynamique par lui-même et a de bonnes occasions de mobiliser les citoyens. Cela a été clairement démontré dans les derniers temps par les milliers de manifestants en faveur de Maduro. Le parti est monolithique, il n’est pas déchiré par des contradictions internes. Il est clair qu’il y a des discussions au sein de l’organisation, car il est nécessaire, par exemple, de rechercher collectivement des moyens de résoudre les problèmes économiques. Mais cela n’entraîne pas de conflits détruisant l’unité du parti.

Un certain nombre d’autres organisations de gauche n’ont pas rejoint le parti uni socialiste. Par exemple le Parti communiste du Venezuela. Il a sa propre histoire, sa propre idéologie. Ayant dans certains cas leur propre vision des problèmes urgents, les communistes et d’autres organisations de gauche soutiennent la révolution bolivarienne, le régime anti-impérialiste progressiste actuel et le président Maduro. Cela contribue également à la consolidation des travailleurs autour du président.

Au niveau municipal, des conseils publics ont été créés, qui constituent une forme de représentation populaire. Cela crée des conditions favorables à l’activité de ceux qui comprennent ce qu’ils peuvent perdre si les partisans d’une politique libérale pro-américaine étouffent les réformes initiées par Hugo Chavez. C’est la raison pour laquelle, le 10 janvier, nous avons vu dans les rues de Caracas une foule de gens venus saluer l’investiture de Maduro à la présidence. Leur comportement a clairement démontré qu’ils sont descendus dans la rue de leur plein gré et non à cause de pressions.

J’ai eu l’impression que les travailleurs au Venezuela sont conscients de leurs intérêts de classe, évaluent correctement la situation, déterminent assez précisément l’équilibre des forces. Et tout cela malgré la propagande bourgeoise libérale massive. Il ne faut pas oublier que nombre des principaux médias du pays sont aux mains des libéraux bourgeois, pas des socialistes. Mais les gens n’ont pas la mémoire courte.

Après le début des réformes de Chavez, qui ont vraiment amélioré la vie du peuple, 20 ans ont passé. Et bien que ces dernières années, le niveau de bien-être social n’ait pas augmenté et que les problèmes économiques se soient aggravés, les gens n’ont pas oublié tout ce qui avait été fait dans leur intérêt. Ils se souviennent que des quartiers entiers de logements pour les pauvres ont été construits. En fait, ils sont passés des bidonvilles à des maisons de bonne qualité. Ils se souviennent comment ils ont commencé à être éduqués et soignés. À propos, cela a été fait avec l’aide active de Cuba, qui dispose d’une médecine moderne très développée. Des milliers de médecins cubains sont venus aider le peuple et le gouvernement du Venezuela à créer des soins de santé efficaces. Et les gens n’ont pas oublié cela. Leur mémoire fournit un soutien populaire à la ligne Chávez, que Maduro personnifie aujourd’hui.

En niant cette thèse, les libéraux, y compris les Russes, poussent les hauts cris au sujet des deux, trois ou quatre millions de citoyens du Venezuela qui ont émigré de leur pays au cours des dernières années. Il n’existe pas de statistiques exactes sur la migration, mais les partisans de Maduro sont d’accord avec le fait que près d’un million et demi de personnes sont partis. Cependant, ses adversaires sont silencieux sur autre chose. Lorsque les transformations de Chavez ont élevé le niveau de vie des larges masses, environ 5 700 000 Colombiens sont venus de Colombie au Venezuela. Ils ont migré vers le pays voisin à la recherche d’un sort meilleur. Ici, ils ont trouvé du travail, se sont installés et ont obtenu la citoyenneté. Et maintenant, lorsque des difficultés économiques sont apparues au Venezuela, certains d’entre eux, utilisant des liens de parenté, ont commencé à quitter le pays qui les abritait. Donc, une proportion importante des personnes qui ont émigré du Venezuela sont des Colombiens,retournés dans leur pays d’origine. Ce détail important doit être pris en compte si nous voulons comprendre les événements dans toute leur polyvalence.

 

– Je voudrais que vous précisiez l’influence du Parti communiste du Venezuela. Quelle est son attitude vis-à-vis du cours social et politique poursuivi par les héritiers de Chavez? Comment la classe ouvrière exprime-t-elle ses positions?

 

– Selon son influence politique, il est nettement inférieur au Parti socialiste unifié du Venezuela. Dans les organismes gouvernementaux, le PCV est représenté sur une base limitée. Mais le parti protège activement les intérêts des travailleurs. Et parfois, cette mission est très risquée. On m’a donc dit que, dans les zones frontalières avec la Colombie, il y a eu des cas d’assassinats de militants paysans qui défendaient les transformations du territoire entamées sous Chavez. Parmi les victimes de cette lutte, il y a des communistes.

En ce qui concerne la profondeur des transformations au Venezuela, le gouvernement doit, selon le Parti communiste, aller plus loin, en défendant les intérêts des travailleurs et en revendiquant la démocratie. Mais il sera possible de revenir à la solution de ce problème lorsque la vie reprendra un cours normal. Maintenant, l’essentiel est de surmonter la crise et de sauver la révolution bolivarienne.

 

Le Nicaragua sur la carte politique

 

– Les événements vénézuéliens peuvent difficilement être isolés des derniers changements survenus en Amérique latine. Le balancier politique a basculé vers la droite. Vous étiez au Nicaragua. C’est une sorte de test décisif qui montre l’influence du vecteur de changement socialiste en Amérique latine. Quelles sont vos impressions sur le Nicaragua?

 

– En effet, après le Venezuela, je suis immédiatement allé au Nicaragua, où se tenait un Forum pour la paix et la solidarité. Des représentants de nombreux pays y participaient. Immédiatement après le forum, j’ai rencontré le président du Nicaragua, Daniel Ortega, et la vice-présidente, Rosalia Murillo. Nous avons discuté en détail des problèmes les plus importants. Daniel Ortega a transmis au président du Comité central du parti communiste de la Fédération de Russie, Guennadi Ziouganov des paroles de remerciement pour la remise de l’Ordre de l’amitié entre les peuples, et une invitation à se rendre au Nicaragua. Il y a eu également une conversation intéressante avec le président de l’Assemblée nationale, Gustav Cortes, le ministre des Affaires étrangères, Denis Moncade, le ministre des Finances et le coprésident de la Commission intergouvernementale russo-nicaraguayenne, Ivan Acosta, et le représentant spécial du président pour les affaires économiques, Laureano Ortega.

Soit dit en passant, le ministre des Affaires étrangères Moncada a d’abord été un militaire important, puis il a été envoyé à la tête du ministère des Affaires étrangères, qu’il dirige à un haut niveau professionnel. Lors de notre rencontre, il rentrait d’un voyage dans plusieurs pays d’Amérique latine, et d’une réunion de l’Organisation des États américains. Le président de l’OEA, Almagro, tente de soulever la question de l’exclusion du Nicaragua, mais jusqu’à présent, il a échoué.

Ainsi, les sandinistes résistent avec confiance aux pressions croissantes de l’extérieur. L’année dernière, ils ont très efficacement mis un terme à une tentative d’organiser une révolution «de couleur» au Nicaragua. Les troubles à Managua et dans d’autres villes ont duré d’avril à juillet. Cela a provoqué de graves dommages, mais la situation a été rectifiée et la situation économique s’est stabilisée à l’automne.

En ce qui concerne la situation sur le continent. Nous avons beaucoup parlé avec les participants du Forum de la paix et de la solidarité avec le Nicaragua, venus de différents pays. À en juger par la composition des présidents des États d’Amérique latine, il existe un glissement à droite dans la région. La situation de la gauche sur le continent s’est détériorée. Et ce n’est pas la conséquence d’échecs fondamentaux en politique, bien que tout le monde puisse avoir des erreurs. Le facteur le plus important dans l’affaiblissement du mouvement de gauche dans le monde a été la destruction de l’Union soviétique. Des succès locaux de forces socialistes dans des pays petits et pas très riches sont possibles, mais, comme le montre la pratique, ils peuvent être réduits à néant par le grand capital. Les événements de ces dernières années ont montré que l’impérialisme pouvait changer la situation en sa faveur. Lorsque les États-Unis ont compris qu’ils avaient affaibli leur attention sur l’Amérique latine, ils se sont davantage concentrés sur cette région et ont obtenu certains résultats.

Mais il est faux de supposer qu’il s’agit d’une tendance unidirectionnelle. Tandis que les représentants des forces de droite remplaçaient les présidents de gauche dans un certain nombre de pays, des changements opposés se sont produits au Mexique. Et c’est le plus grand État d’Amérique latine en termes de population. Plus de 133 millions de personnes y vivent. En Europe occidentale, il n’existe pas un seul pays comptant autant de citoyens. L’année dernière, le représentant du bloc de gauche, López Obrador, a été élu président du Mexique. De plus, sa victoire n’était pas inattendue, elle avait été annoncée par presque tous les analystes objectifs.

Il est important de comprendre que le basculement à droite des gouvernements ne signifie pas des changements fondamentaux dans l’humeur des travailleurs, des masses latino-américaines. Leurs positions restent les mêmes. Et la cause de la gauche n’est pas perdue ici.

 

– Il y a un autre aspect. En discutant avec des représentants des partis communistes et de gauche des pays latino-américains qui participaient en tant qu’invités aux travaux de congrès du KPRF, lors de «tables rondes» organisées par le Comité central de notre parti, nous avons remarqué une chose : même lorsque, en réalité, seuls le président et deux ou trois ministres du gouvernement représentent l’idéologie de gauche et que le reste de ses membres est ouvertement bourgeois, ils nous disent souvent que le pouvoir dans le pays appartient à la gauche. L’exemple du Brésil est étonnant: le gouvernement de gauche était plus une légende qu’une réalité. Et dès qu’il a été possible de renvoyer le président du Parti travailliste, Dilma Rousseff a été automatiquement remplacée au poste présidentiel par un représentant des forces de droite. Ces coalitions, même si elles sont dirigées par des présidents de gauche, sont trop limitées pour mettre en œuvre des politiques de gauche. Leur alliance avec la bourgeoisie ne permet pas un parcours indépendant.

 

– Dans les situations politiques difficiles, la tactique des actions joue un rôle important. Prenez le Nicaragua. Comme prétexte à manifester, l’opposition a invoqué la décision du gouvernement de limiter le financement de certains programmes sociaux. Immédiatement, l’ambassade des États-Unis s’est déchaînée. Leur soutien aux organisations à but non lucratif ayant une position anti-gouvernementale s’est considérablement accru. Des pressions ont été exercées sur les entreprises, menacées d’interdiction de commercer avec les États-Unis. En bref, les classiques du genre. L’étape suivante a été les barricades dans les rues. La capitale Managua a été livrée au pillage, bien que le Nicaragua soit considéré comme l’un des pays les plus sûrs de la région. Le gouvernement Ortega avait jugulé depuis longtemps la criminalité, vaincu la mafia de la drogue. Aux Etats-Unis, où ils affichent une lutte sans compromis contre la drogue, ils sont extrêmement mécontents du fait que Daniel Ortega ait réussi à mettre fin au trafic.

Managua est une ville avec des immeubles de faible hauteur. Les immeubles de grande hauteur ont été détruits lors d’un tremblement de terre. Pour donner à la ville un aspect plus élégant, à l’initiative de la vice-présidente du pays, Rosario Murillo, on a installé des arbres décoratifs en métal dans les rues, symbolisant l’arbre de vie. Leur aspect diurne et leur illumination la nuit embellissait la ville. Ces structures décoratives étaient un symbole non seulement de la ville, mais aussi de la préoccupation du gouvernement à l’égard de la population. L’opposition a décidé de détruire ce symbole. Les arbres ont été abattus, détruits. Le vandalisme se développait.

L’armée et la police sont restées du côté du parti sandiniste au pouvoir. Mais l’intervention de l’armée n’était pas requise. La réponse calme du gouvernement aux manifestations a été l’occasion de « relâcher la vapeur ». Quelques semaines plus tard, il n’y avait plus de femmes dans les rues de quartiers riches pour manifester avec des casseroles vides en soutien aux émeutiers. Ces « actes de solidarité » avec les manifestants ont été remplacés par l’indignation des citadins devant les barricades qui paralysaient les plus importantes artères du pays. En conséquence, l’humeur du public a changé. La tentative d’organiser un coup d’État a échoué.

Mais ici, bien sûr, il est important de savoir qu’il existe un gouvernement homogène au Nicaragua. Il est complètement contrôlé par le front sandiniste. Il n’est pas difficile d’imaginer ce qui se passerait si les ministres bourgeois dominaient sa composition. Il est à noter que dans le « triumvirat de la tyrannie » selon Bolton, les gouvernements n’ont pas de représentants des forces de droite. Ainsi, à Cuba, le parti communiste est à la tête, les sandinistes gouvernent le Nicaragua et le Venezuela n’a pas non plus de coalition gouvernementale avec des organisations bourgeoises.

 

Offensive du capital et forces de gauche

 

– Passons des problèmes relativement locaux aux problèmes généraux. Selon Lénine, la planète est entrée dans une nouvelle phase du capitalisme, non pacifique. Elle est basée sur la nécessité pour le système mondial d’exploitation d’un repartage du monde. Toutes les ressources dont l’impérialisme s’est emparé suite à la restauration du capitalisme dans les républiques de l’URSS et les pays de l’Europe de l’Est ont été détruites en un quart de siècle. Les événements du Brésil et du Venezuela peuvent-ils être considérés comme le signe d’une nouvelle offensive de la réaction mondiale, comme une des facettes de la redistribution impériale du monde?

 

– Les événements de ces dernières années en Amérique latine font certainement partie intégrante de la redistribution du monde qui a commencé. Et au Venezuela, il y a une menace directe d’intervention étrangère. Les États-Unis n’excluent pas une invasion militaire directe. Mais bien que la richesse pétrolière du Venezuela attire les capitaux nord-américains, ce serait une entreprise très risquée pour eux.

 

– Et la dernière question. Au sein de chaque pays d’Amérique latine, il existe une expérience de formation de gouvernements sur la base d’un «front large» fondé sur l’idéologie de l’antiaméricanisme. Par exemple, certains camarades qui se sont exprimés il y a un an et demi à la 19e réunion internationale des partis communistes et ouvriers à Saint-Pétersbourg ont déclaré que les formations regroupant un large éventail de partis étaient un succès politique. La question se pose: est-il possible sur cette base d’assurer l’unité des exploités et des exploiteurs? Ou, au contraire, cela témoigne-t-il de l’inefficacité de telles coalitions?

 

– Probablement, dans certaines conditions, de larges coalitions ont été un succès. Mais chaque succès a besoin de développement. Il y a des situations où les positions ne peuvent être tenues que lorsque vous avancez. Et dans le cadre d’un «front trop large», les partis sont liés par des accords de coalition.

Mais examinons les choses. Cuba a eu du succès et a suivi la voie socialiste lorsqu’il existait dans le monde une avant-garde de la construction socialiste en la personne de l’Union soviétique. Il serait difficile aujourd’hui à des pays d’Amérique latine comme le Honduras, le Panama et le Salvador de se lancer indépendamment dans une construction socialiste sans une avant-garde aussi puissante mondialement que l’URSS. La gauche est au contraire en train de résoudre une autre tâche aujourd’hui: procéder à des transformations politiques et économiques progressives, résister à l’offensive de l’impérialisme. Et de tels succès sont possibles dans l’environnement actuel. C’est dans ce but les forces de gauche entrent dans des blocs de coalition.

Pour aller plus loin, un regroupement des forces est nécessaire. En conséquence, les coalitions temporaires ont deux résultats. Soit la droite prend le contrôle de la situation entre ses mains, soit la gauche parvient à limiter considérablement les forces exprimant les intérêts du capital. Présente au pouvoir, la gauche a plus de possibilités pour organiser les masses ouvrières. Les organiser de manière à ce qu’elles soient plus résolues, plus audacieuses et plus claires dans leurs revendications. C’est cette activité des masses, le fait de s’appuyer sur elle, qui permet de réviser les accords de coalition antérieurs en faveur de la majorité des citoyens et de suivre de plus en plus vigoureusement une ligne de gauche.

Sur la photo: Dmitry Novikov, vice-président du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie, et Vladimir Padrino Lopez, ministre de la Défense du Venezuela.

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

 

 

Le Venezuela obtient l’appui de l’ONU pour la souveraineté et le dialogue

Je me souviens de Fidel disant qu’il y avait plus d’honneur dans les petits pays des Caraïbes que dans certains grands pays d’Amérique. Il notait aussi l’attitude des Africains qui malgré leur pauvreté avaient toujours résisté aux pressions contre Cuba de la part des Etats-Unis. Tous ces pays sous la menace des Etats-Unis, de la France et d’autres gangsters de la même espèce, témoignent en effet d’un courage que je leur envie. Que l’on ne me raconte pas de niaiseries, rien n’empêcherait que nous allions ne serait-ce qu’à une centaine  dire notre amitié à l’ambassade du Venezuela, à ce personnel diplomatique qui tient bon. Nous sommes en attendant bien contents d’avoir des pays comme la Russie et la Chine pour tenir bon, cela calmera peut-être nos ardeurs et celle de certains membres de la direction du PCF à jouer les défenseurs de droits de l’hommisme face à ceux qui tiennent bon (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Le ferme refus des positions américaines de la Russie et de la Chine, ainsi que le soutien des pays d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes, ont conforté une position majoritaire contre les ingérences étrangères au Venezuela.

Le ferme refus des positions américaines par la Russie et la Chine, ainsi que le soutien des pays d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes, ont conforté une position majoritaire contre les ingérences étrangères au Venezuela. | Photo: EFE

Publié le 26 janvier 2019
Lors de la réunion extraordinaire convoquée par les États-Unis Au Conseil de sécurité, 19 pays sur 35 ont rejeté l’ingérence étrangère au Venezuela.

Le gouvernement vénézuélien a obtenu samedi le soutien de sa  souveraineté devant le Conseil de sécurité des Nations Unies ( ONU ), où 19 pays sur 35 ont exprimé leur opposition à l’ingérence dans les affaires intérieures de la nation sud-américaine et leur appui à un processus de dialogue entre les acteurs nationaux.

La réunion extraordinaire de haut niveau au sein de cet organe a été convoquée à la demande du secrétaire d’État américainMike Pompeo, afin de rechercher un consensus international pour légitimer le coup d’état en cours au Venezuela et la reconnaissance de l’imposition d’un « gouvernement fantoche ».

Cependant, la représentation des États-Unis, de ses gouvernements alliés dans le soi-disant groupe de Lima et d’une partie de l’Union européenne (UE) n’a pas atteint ses objectifs au sein du Conseil de sécurité, où la plupart des pays de tous les continents ont exigé le respect de la souveraineté vénézuélienne.

De cette manière, le ferme refus de la position américaine des grandes puissances dotées du droit de veto, la Russie et la Chine, ainsi que le soutien des pays d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes, ont conforté une position majoritaire contre l’ingérence étrangère au Venezuela.

Le monde a opté pour la démocratie

La Russie était l’une des 19 nations qui ont soutenu le dialogue entre les Vénézuéliens au sujet de l’ingérence. L’ambassadeur de Russie à l’agence, Vasili Nebenzia, a déclaré que « la véritable menace à la paix réside dans les États-Unis et leur volonté de participer au coup d’Etat ».

Avis également appuyé par la Bolivie, qui a dénoncé devant le Conseil que le véritable intérêt de la session convoquée par Mike Pompeo contre le Venezuela réside dans ses ressources naturelles et dans les divergences idéologiques et politiques avec le gouvernement bolivarien. « Quel pays est meilleur après une intervention américaine? », s’est interrogé le représentant bolivien, Sacha Llorenti.

CUBAONU

@CUBAONU

🇨🇺 en no considera que la situación en sea objeto del Consejo de Seguridad; mientras llama a la solución pacífica de las diferencias, así como al pleno respeto al Estado de derecho.

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La représentation diplomatique de la Chine a également apporté son soutien. « Nous soutenons les efforts du gouvernement vénézuélien pour défendre la souveraineté et la stabilité du pays (et) nous nous opposons à l’ingérence dans les affaires du Venezuela », a déclaré le diplomate Ma Zhaoxu. « La situation au Venezuela est interne et ne menace pas la paix internationale », a-t-il ajouté.

Pour sa part, l’ambassadeur permanent de Cuba, Anayansi Rodriguez, a déclaré que les agressions contre le gouvernement vénézuélien constituaient une tentative désespérée d’appliquer « une politique infructueuse de changement de régime », qui a été contrecarrée à plusieurs reprises « par la résistance inébranlable de la population vénézuélienne et sa volonté de défendre la souveraineté nationale.  »

Alina R. Duarte@AlinaTelesur

El Salvador: La solución pacífica de los conflictos, el pleno respeto a la no intervención y a la soberanía, y no el uso, o la amenaza del uso de la fuerza son el mejor camino para superar dificultades. 🇸🇻 🇻🇪

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Autres phrases à l’appui de la souveraineté du Venezuela

« La situation au Venezuela est un problème interne et ne constitue pas une menace pour la paix et la sécurité internationales. » Guinée équatoriale.

« Ils devraient promouvoir des moyens permettant de créer un environnement favorable au dialogue et à la coopération, qui facilite la résolution des difficultés du peuple vénézuélien. » Afrique du Sud.

« Pour répondre pacifiquement à la situation au Venezuela, le dialogue des parties est nécessaire et la Dominique offre ses bons offices pour faciliter ce processus. » Dominique.

« Nous exigeons le respect de la constitutionnalité du président Nicolás Maduro au Venezuela. » Nicaragua.

Alina R. Duarte@AlinaTelesur

Dominica: “Reconoce al Gobierno reelecto de la República Bolivariana de Venezuela”, “No puede haber un gobierno paralelo en Venezuela”, “La comunidad internacional debe ampliar esfuerzos para consolidar la paz, consolidar la reconciliación sin derramamiento de sangre” . 🇩🇲

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« C’est le peuple du Venezuela qui doit choisir son propre parcours sans aucune ingérence ». Mexique

« Les dirigeants des Caraïbes resteront attachés à la situation au Venezuela. Nous appelons à un dialogue pacifique et rejetons toute ingérence dans les affaires intérieures de ce pays. » La Barbade.

« La pire solution pour le Venezuela est de renforcer son isolement international. » Uruguay.

« La solution pacifique des conflits, le respect intégral de la non-intervention et de la souveraineté, et non le recours ou la menace du recours à la force, constituent le meilleur moyen de surmonter les difficultés. » El Salvador.

>>  Arreaza à l’ONU dénonce le coup d’État et affirme « Le Venezuela est irrévocablement libre! »

 

Réunion d’urgence au Conseil de sécurité sur le venezuela: compte-rendu officiel de l’ONU

Réunion d’urgence au Conseil de sécurité: Les délégations affichent leurs divisions sur la situation au Venezuela

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Les délégations ont affiché, ce samedi matin, devant le Conseil de sécurité, réuni à la demande des États-Unis, de très profondes divergences autour de la crise politique au Venezuela, lors d’une séance de cinq heures marquée par des échanges d’une rare acrimonie, en présence notamment du Ministre des affaires étrangères du Venezuela, M. Jorge Arreaza, et du Secrétaire d’État des États-Unis, M. Michael Pompeo.

Si les États-Unis et une majorité de pays latino-américains ont en effet appuyé M. Juan Guaidó, président « autoproclamé » du Venezuela, la Fédération de Russie, l’Afrique du Sud ou bien encore Cuba ont souligné la légitimité du Président Nicolas Maduro.  « Personne ne nous imposera une décision », a appuyé le Ministre vénézuélien, qui a assuré que son pays ne sera pas le « trophée de guerre de Donald Trump. »

Les divisions se sont révélées avant même le débat, puisque le délégué de la Fédération de Russie, estimant que la situation au Venezuela n’est pas une menace à la sécurité internationale, a demandé que ce point de l’ordre du jour soit mis aux voix.  Ce dernier a été adopté par 9 voix en faveur, 4 voix contre et 2 abstentions.

Première oratrice à s’exprimer, la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, Mme Rosemary DiCarlo, a rappelé les derniers développements de la crise institutionnelle et politique au Venezuela, qui est entrée dans une phase « critique », selon l’expression du délégué de la Côte d’Ivoire.

Alors que le Président sortant Maduro a été investi pour un second mandat le 10 janvier 2018, le Président de l’Assemblée nationale, M. Guaidó, a, le 23 janvier, indiqué qu’il ne reconnaissait pas M. Maduro, et s’est déclaré Président par intérim du pays en appelant à la tenue d’élection, a expliqué Mme DiCarlo, en dénonçant les violences ayant émaillé les manifestations.

Pour les États-Unis, « véritables amis » du peuple vénézuélien, l’heure est venue de reconnaître le nouveau Président, a déclaré le Secrétaire d’État américain.  Accusant M. Maduro d’avoir réduit « les Vénézuéliens à fouiller les poubelles pour se nourrir », le Secrétaire d’État a fait remarquer que de nombreux États ont d’ores et déjà reconnu le gouvernement par intérim de M. Guaidó.

« Les pays doivent désormais choisir, soit rester aux côtés de M. Maduro, soit se ranger derrière le peuple », a dit M. Pompeo, en accusant la Chine et la Fédération de Russie d’avoir empêché le Conseil de parvenir à un compromis.  Une position partagée par la France, la Belgique et le Royaume-Uni, ce dernier estimant, par la voix de son Ministre d’État pour l’Europe et les Amériques, M. Alan Duncan, que M. Guaidó est la « bonne personne » pour le Venezuela.

De son côté, le délégué du Pérou a rappelé la position des pays de la région, exprimée le 10 janvier dernier, selon laquelle le pouvoir du Président Maduro est « illégitime ».  Il a aussi mentionné la demande faite à la Cour pénale internationale (CPI) d’enquêter sur son régime.  « Le Président Guaidó, qui a été reconnu, doit désormais s’atteler à l’organisation de nouvelles élections transparentes », a déclaré le délégué péruvien, appuyé par le Ministre des affaires étrangères de la République dominicaine, M. Miguel Vargas Maldonado, qui présidait le débat.

Dénonçant le « simulacre d’élections » ayant conduit au second mandat de M. Maduro, les représentants de la France et de l’Allemagne ont également demandé l’organisation « immédiate » d’une nouvelle élection présidentielle.  Si ce n’est pas le cas, l’Allemagne se tient prête dans un délai de huit jours à reconnaître Juan Guaidó comme « Président en charge » du Venezuela, a déclaré le délégué allemand.

« Pourquoi huit jours, pourquoi pas 15 ou 30 jours? » a ironisé le délégué de la Fédération de Russie, avant de dénoncer en des termes très vifs cette violation de la souveraineté du Venezuela.  « Que penseriez-vous si la Russie demandait que la question des gilets jaunes en France soit inscrite au programme de travail du Conseil? » a-t-il lancé à la déléguée française, avant de la « rassurer », en disant que son pays ne le ferait pas.

Mais c’est aux États-Unis que le délégué russe a réservé ses mots le plus durs, en accusant ce pays de vouloir déstabiliser le Venezuela et de mêler le Conseil à ce « jeu sale ».  « Le Venezuela a osé mener une politique indépendante qui ne sied pas aux États-Unis », a-t-il dit.  Dénonçant « une réincarnation de la doctrine Monroe » évoquée par le Président Trump, il a indiqué que le « changement de régime » est « le jeu favori des États-Unis ».

Plusieurs délégations se sont engouffrées dans la brèche, dont celle de la Guinée équatoriale qui a rappelé les conséquences négatives que peut avoir une intervention externe provoquée par un recours du Conseil de sécurité, comme dernièrement en Libye.  « Le Conseil ne doit pas devenir un instrument de validation d’un changement inconstitutionnel de Gouvernement au Venezuela », a appuyé le représentant de l’Afrique du Sud.

Une position pleinement partagée par le Ministre des affaires étrangères vénézuélien qui a fustigé la tentative de « coup d’État » des États-Unis et de ses « pays satellites », en rappelant que M. Guaidó s’est « autoproclamé » Président.  Il a en outre dénoncé la menace de recourir à la force militaire contre le Venezuela agitée par le Président des États-Unis, ainsi que « l’ultimatum » des pays européens en vue de nouvelles élections.

« D’où l’Europe tient-elle une telle autorité? » a-t-il déclaré, en qualifiant cet position d’« infantile ».  « Vous n’arriverez pas à fomenter une guerre civile au Venezuela et nous nous battrons pour défendre notre souveraineté », a conclu M. Arrazea, en assurant qu’il n’y avait pas eu de fraude électorale au Venezuela.

Les divisions sur le dossier vénézuélien ont enfin été de mise au sein des pays de l’Amérique latine et des Caraïbes.  Si les délégations de l’Argentine, du Brésil, de la Colombie ou bien encore du Chili ont appuyé le Président par intérim pour mettre fin à « l’usurpation », selon le mot du Ministre des affaires étrangères colombien, celles de Cuba et de la Bolivie ont de leur côté apporté leur soutien au Président Maduro.

« La souveraineté du peuple vénézuélien l’emportera contre l’impérialisme », a martelé la déléguée de Cuba, qui a comparé la région à une vaste « zone sèche » que la moindre étincelle pourrait embraser.  Les pays des Caraïbes ont été nombreux à rejeter « toute tentative d’évincer des leaders démocratiquement élus », comme l’a indiqué le délégué de Saint-Vincent-et-les Grenadines.

« La reconnaissance d’un gouvernement autoproclamé en dehors d’un processus électoral est une répudiation claire de la volonté du peuple », a renchéri la représentante de la Dominique.  S’il a eu le premier mot de la réunion, le délégué de la Fédération de Russie a peut-être eu le dernier lorsque, dans une ultime prise de parole, il a indiqué avoir dénombré aujourd’hui 11 pays d’Amérique latine et des Caraïbes qui soutiennent le Gouvernement Maduro, 10 étant contre.

LA SITUATION AU VENEZUELA

Adoption de l’ordre du jour

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a indiqué que son pays ne peut appuyer l’initiative américaine de tenir la présente réunion sur un tel ordre du jour, « la situation au Venezuela ».  Pour la délégation russe, la situation interne de ce pays ne relève pas du Conseil de sécurité et on ne voit pas comment la situation peut être taxée de menace à la paix et la sécurité internationales.  S’il y a menace, a-t-il poursuivi, c’est du fait des actions américaines et de leurs alliés qui essayent de faire un coup d’État et de remplacer le Président élu.  C’est fort de ces raisons que la Fédération de Russie a demandé un vote de procédure sur le point à l’ordre du jour, a-t-il expliqué, arguant que « la situation au Venezuela » ne fait pas partie du programme de travail du Conseil de sécurité.

M. MICHAEL R. POMPEO, Secrétaire d’État des États-Unis, a souligné que le rôle du Conseil de sécurité est de préserver la paix et la sécurité internationales.  Selon lui, « le régime de Maduro » réprime son peuple depuis des années et les populations s’exilent.  Ainsi, « l’ancien Président Maduro » assume toute la responsabilité de cette tragédie.  Pour les États-Unis, le Venezuela a un nouveau Président, M. Juan Guaidó, qui a promis de ramener la sécurité et la paix.  M. Pompeo a estimé que le débat du Conseil doit se tenir car « toute l’attention du peuple vénézuélien est portée sur nous ».

L’ordre du jour, « la situation au Venezuela », a ensuite été mis aux voix et été adopté par 9 voix pour (Allemagne, Belgique, États-Unis, France, Koweït, Pérou, Pologne, République dominicaine et Royaume-Uni), 4 contre (Afrique du Sud, Chine, Fédération de Russie et Guinée équatoriale) et 2 abstentions (Côte d’Ivoire et Indonésie).

Exposé

Mme ROSEMARY DICARLO, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, a souligné la gravité de la situation au Venezuela.  Les efforts récurrents pour amener le pouvoir et l’opposition autour de la table des négociations ont échoué, a-t-elle dit.  Les 30 millions de Vénézuéliens sont frappés par l’hyperinflation, la baisse des salaires et la détérioration des soins de santé.  La chute de la production de pétrole s’est accentuée, avec une baisse corrélée des recettes publiques.  Le PIB du pays devrait baisser de 18% cette année, a-t-elle dit, notant également le doublement du taux de mortalité infantile.

Mme DiCarlo a ensuite rappelé les derniers développements politiques dans le pays, marqués notamment par une Assemblée nationale passée aux mains de l’opposition et la tenue de l’élection présidentielle.  Alors que le Président sortant Maduro a été investi pour un second mandat le 10 janvier 2018, le Président de l’Assemblée nationale, M. Guaidó, a, le 23 janvier, indiqué qu’il ne reconnaissait pas M. Maduro et s’est déclaré Président par intérim du pays en appelant à la tenue d’élection, a expliqué Mme DiCarlo.

Les résultats de cette élection n’ont pas été reconnus par l’opposition et les manifestations ont éclaté dans le pays, débouchant sur des violences meurtrières.  Au moins 20 personnes auraient été tuées dans ces violences, a indiqué Mme DiCarlo, en avertissant que la situation peut dégénérer et échapper à tout contrôle.  Il est impératif de garantir la liberté de réunion, a déclaré la Secrétaire générale adjointe.  Tous les acteurs du pays doivent urgemment dialoguer pour mettre un terme à cette crise, a-t-elle insisté.  Elle a ensuite évoqué la mise en place, par le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) notamment, d’un mécanisme d’appui aux Vénézuéliens qui fuient le pays, avant d’exhorter les différents acteurs à faire preuve de retenue.  « Il faut agir à l’unisson », a conclu la Secrétaire générale adjointe, en plaidant pour une « solution politique » au Venezuela.

Déclarations

M. MICHAEL R. POMPEO, Secrétaire d’État des États-Unis, a estimé que cette réunion aurait dû être organisée depuis fort longtemps, puisque l’ancienne Ambassadrice Nikki Haley en avait fait la demande.  « Mais le Conseil a fait la sourdre oreille. »  Il a dit que M. Maduro avait réduit les Vénézuéliens à fouiller les poubelles pour se nourrir.  Il a cité des exemples de Vénézuéliens connaissant un sort misérable, avant de dire que la situation humanitaire exige une action immédiate de la communauté internationale.  Trois millions de Vénézuéliens ont dû fuir leur pays et ces déplacements constituent une menace pour la paix et la sécurité dans toute la région, a—t-il estimé.

Pour les États-Unis, l’heure est venue de reconnaître le nouveau Président et d’aider le peuple vénézuélien.  De nombreux États ont reconnu le gouvernement par intérim de M. Guaidó, a-t-il argué, ajoutant que les nations doivent désormais choisir entre rester aux côtés de M. Maduro ou alors s’aligner derrière le peuple.  M. Pompeo a affirmé que ce matin, la délégation américaine avait essayé de trouver un compromis au sein du Conseil sur la question, mais qu’elle s’était heurtée à l’intransigeance de la Chine et la Fédération de Russie.  Pour lui, ces pays appuient un régime en faillite et les fonds qu’ils y envoient n’aident pas le peuple, mais plutôt les dirigeants.

M. Pompeo a aussi accusé Cuba d’être le plus grand soutien du régime Maduro car il forme les forces de sécurité vénézuéliennes.  « C’est Cuba qui a aggravé la situation dans le pays, et ce sont les États-Unis qui sont les véritables amis du peuple vénézuélien », a-t-il clamé.  « Que les choses soient claires, le Président Trump et moi-même entendons que nos diplomates soient protégés en vertu des normes internationales », a déclaré le Secrétaire d’État, avant d’exhorter le Conseil de sécurité à appuyer la transition démocratique au Venezuela.

M. ALAN DUNCAN (Ministre d’État pour l’Europe et les Amériques du Royaume-Uni) a détaillé « l’effondrement total du Venezuela », qu’il a imputé au « socialisme de Nicolas Maduro et de ses sbires », le pays étant désormais plongé dans une pauvreté abjecte.  Rejetant toute accusation de néocolonialisme, il a indiqué vouloir aider le peuple vénézuélien, qui est privé de sa liberté et de sa démocratie.  « Maduro a tenté d’ôter toute légitimité à l’Assemblée nationale, a truqué les élections et réprimé l’opposition. »  Le monde peut voir que la Présidence de Nicolas Maduro n’est pas légitime, a-t-il affirmé, en soulignant le pouvoir légitime de l’Assemblée nationale.

Le Ministre a invité les membres du Conseil de sécurité à promouvoir un changement positif dans le pays et un règlement politique.  « L’Assemblée nationale et son Président Juan Guaidó sont les mieux placés pour rétablir la démocratie; Juan Guaidó est la bonne personne pour faire avancer le pays », a-t-il dit.  En conclusion, M. Duncan a indiqué que, si de nouvelles élections ne sont pas bientôt organisées, son pays reconnaîtra M. Guaidó comme Président constitutionnel par intérim du Venezuela.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a jugé normal que le Conseil se saisisse de la situation au Venezuela.  Il a dénoncé « la politique de répression du régime illégitime du Président Maduro contre son propre peuple ».  Il a évoqué les trois millions de réfugiés qui sont le fruit de cette situation, sachant qu’on en annonce deux millions de plus après la dernière flambée de violence.  Certains pays de la région sont obligés de gérer cet afflux de réfugiés, a-t-il fait remarquer, citant le cas du Pérou qui accueille pas moins de 700 000 Vénézuéliens.  Le représentant a ensuite dénoncé l’utilisation de la violence pour terroriser le peuple et écraser toute opposition.  Il a rappelé qu’en septembre dernier, le Pérou, avec d’autres pays de la région, avait demandé que le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) lance une enquête contre le régime du Président Maduro pour ses actions depuis 2014.

Le représentant a dit que le « Groupe de Lima » n’a pas reconnu la légitimité des élections de mai 2018 et il a donc souligné « l’illégitimité du régime ».  Il a aussi déploré « la réaction du régime face aux manifestations du peuple », avant de lancer un appel pour la fin des violences et la libération des prisonniers politiques.  Il a exigé une enquête indépendante pour traduire en justice les auteurs de meurtres sur les manifestants.  La position des pays de la région a été publiée le 10 janvier dernier et celle-ci précise que le pouvoir du Président Maduro est illégitime, a-t-il indiqué.  De ce fait, « le Président Juan Guaidó qui a été reconnu doit désormais s’atteler à l’organisation de nouvelles élections transparentes », a-t-il plaidé, des élections qui garantissent la participation de tous, dans le respect des normes internationales.

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) a rappelé que les partis politiques au Venezuela s’étaient accordés sur les règles de conduite de l’élection présidentielle qui a vu la victoire du Président sortant Maduro.  Il a déclaré que son pays a le respect le plus élevé qui soit pour l’état de droit.  « Nous sommes par conséquent très préoccupés par ce qui est une tentative évidente, au Venezuela, de circonvenir aux mécanismes constitutionnels du pays gouvernant la conduite des élections. »  Tout différend doit être tranché d’une manière pacifique par le biais des procédures prévues par la Constitution du pays, « sans influence extérieure », a-t-il martelé.

Le délégué a appelé toutes les parties au Venezuela à participer au processus de dialogue national afin de promouvoir l’unité et la réconciliation, avant de se dire préoccupé par la situation humanitaire.  « L’Afrique du Sud est fermement opposée à toute tentative visant un changement inconstitutionnel ou indu au Venezuela.  Le Conseil ne doit pas devenir un instrument de validation d’un changement inconstitutionnel de Gouvernement. »

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a souligné l’urgence, pour toutes les parties, de s’abstenir d’actes de violence et de provocation.  Il a appelé le Gouvernement, les partis politiques de l’opposition, la société civile et le peuple du Venezuela à s’armer de valeurs et de sagesse pour surmonter la situation en cours et trouver une solution pour la paix et la sécurité, en respectant les droits de l’homme et les libertés des citoyens.

« La situation au Venezuela est une question interne qui ne représente pas une menace pour la paix et la sécurité internationales », a affirmé le délégué.  Il a donc exhorté le Conseil de sécurité et la communauté internationale à se montrer prudents et à tenir compte des expériences récentes au Moyen-Orient et en Afrique pour éviter que la situation dans le pays ne dégénère.  Le rôle des Nations Unies devrait être, selon lui, de se concentrer sur le soutien à apporter aux efforts du pays en faveur d’un dialogue franc et inclusif entre les Vénézuéliens pour régler les différends.  Les pays voisins et la communauté internationale ne doivent pas jeter de l’huile sur le feu et doivent éviter un incident de grande ampleur, a-t-il poursuivi, en expliquant que l’ingérence extérieure ne facilitera pas le règlement.

Le représentant a appelé au dialogue interne sur la base des réalités suivantes.  Tout d’abord, les expériences récentes, en Libye notamment, ont montré comment a dégénéré une situation provoquée par une intervention externe provoquée par un recours du Conseil de sécurité sur la base de la responsabilité de protéger.  Ensuite, sachant que le Conseil de sécurité et l’ONU défendent le principe de la primauté du droit, et comme, au Venezuela, toutes les institutions appuient le Gouvernement au pouvoir, la communauté internationale doit respecter cette position et le droit.  Enfin, un changement de régime tel que l’on tente de le faire au Venezuela créerait un grave précédent qui pourrait avoir des conséquences délétères dans de nombreux pays.

La Guinée équatoriale appuie les efforts du Gouvernement vénézuélien pour défendre la souveraineté nationale, l’indépendance et la stabilité.  Le pays défend le principe de non-interférence dans les affaires internes d’autres pays et espère que les parties pourront régler leur différend par le dialogue.  Le représentant a invoqué le principe de subsidiarité pour demander que l’action des pays de la région se fasse dans le respect du droit national et de la Charte des Nations Unies.  Enfin, il a lancé un appel au Secrétaire général de l’ONU pour qu’il utilise ses bons offices de facilitateur et de médiateur dans cette crise.

Mme ANNE GUEGUEN (France) a estimé que la première priorité n’est autre que le respect de la volonté du peuple vénézuélien.  Ainsi, a-t-elle demandé, « M. Nicolas Maduro qui prétend assumer un second mandat sur la base d’un simulacre d’élections doit immédiatement annoncer l’organisation de nouvelles élections présidentielles, démocratiques cette fois ».  Elle a rappelé les propos du Président Macron qui a dit, ce matin, que sans annonce des élections d’ici huit jours, il sera prêt à reconnaître Juan Guaidó comme « Président en charge » du Venezuela pour enclencher un processus politique.

La France exhorte par ailleurs les autorités vénézuéliennes à respecter les droits de l’Assemblée nationale, « seule institution démocratiquement élue », en particulier le principe d’immunité de ses membres, et à cesser toute action de répression à l’égard de la population.  Le peuple vénézuélien a le droit de faire entendre sa voix, a-t-elle dit, en rappelant à cet égard son attachement à la liberté de la presse et à la protection des journalistes qui doivent pouvoir exercer leur métier librement.

La France insiste aussi sur la fin de la crise humanitaire au Venezuela.  La représentante a salué la solidarité des pays de la région, en particulier la Colombie, l’Équateur, le Pérou, le Brésil, face à cette tragédie humaine.  La France, a-t-elle ajouté, et l’Union européenne, contribuent également à cet effort humanitaire en vue de diminuer les souffrances du peuple vénézuélien.  La France exhorte également les autorités du pays à autoriser et faciliter le travail des acteurs humanitaires internationaux et des organisations non gouvernementales en mesure de fournir l’assistance humanitaire aux femmes et hommes les plus vulnérables, y compris les enfants, les personnes en situation de handicap et les personnes âgées.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a insisté sur le rôle clef de la diplomatie préventive joué par le Conseil de sécurité.  Cette diplomatie préventive est l’un des instruments essentiels d’une intervention rapide avant qu’une crise ne s’aggrave, a-t-il dit.  Il a souligné la nécessité de voir garantir les libertés de rassemblement et d’expression au Venezuela.  Il a indiqué que son pays appartient à une région qui a connu des manifestations ayant débuté de manière pacifique mais qui ont ensuite dégénéré.  Le Conseil doit agir pour éviter que de tels événements ne se reproduisent, tout en respectant le principe de souveraineté, a conclu le délégué du Koweït.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a déclaré que la réunion de ce jour avait été convoquée par la délégation américaine dans le but de « poursuivre sa déstabilisation du Venezuela et changer le pouvoir en place ».  Il a déploré ce « jeu sale » des États-Unis auquel le Conseil est ainsi mêlé.  Il a estimé que le thème de la réunion n’est pas la situation au Venezuela, puisque le Conseil est divisé sur la question.  Il a aussi rappelé que les auteurs de la Charte des Nations Unies, dont les États-Unis, avaient mis en garde contre la situation actuelle d’ingérence.  Mais « de toute évidence cela fait longtemps que Washington n’a pas ouvert ce document », a—t-il ironisé.

Le représentant a ensuite dénoncé « une réincarnation de la doctrine Monroe » que le Président Trump avait évoquée au cours de son discours à l’Assemblée générale en septembre dernier.  « Le Venezuela a osé mener une politique indépendante qui ne sied pas aux États-Unis », a-t-il dit avant d’affirmer que la réelle politique des États-Unis, celle du « changement de régime », est « le jeu favori des États-Unis », comme cela a été documenté par le passé dans le cas du Nicaragua par exemple.  Il a noté que les États-Unis ne s’intéressent pas seulement à l’Amérique latine, mais également à l’Afrique, à l’Asie et à l’Europe.

Il a rappelé que le 20 mai 2018, le peuple vénézuélien avait apporté son suffrage au Président Maduro, estimant que Washington avait tout fait pour décrédibiliser le scrutin et ajoutant que les États-Unis avaient lancé leur plan de renversement du pouvoir.  La presse américaine, a-t-il argué, a même fait état du rôle actif des membres du Congrès américain dans cette initiative.  Il a aussi accusé les États-Unis d’avoir mis à contribution l’Organisation des États américains (OEA) dans cette tentative, ainsi que les pays voisins du Venezuela.  Notant également que le Président de l’Assemblée nationale du pays s’est autoproclamé Président par intérim, et que les États-Unis et d’autres pays l’ont immédiatement reconnu, il a estimé que « cela laisse croire qu’ils ont pris une part active à cette entreprise ».  Selon la Fédération de Russie, le Président du Venezuela a toujours l’appui des masses, tandis que l’Assemblée nationale a perdu le soutien de 70% de la population.

« En appuyant le Venezuela, nous soutenons les normes du droit international », a déclaré le délégué.  Il a relevé que les représentants américains évoquent l’utilisation éventuelle de la force en disant que « toutes les options sont sur la table ».  À M. Pompeo, M. Nebenzia a demandé « si les États-Unis étaient prêts à utiliser la force contre un État souverain, et à violer ainsi la Charte ».  Pour lui, le droit international désigne de telles actions comme une violation de la Charte.  S’adressant ensuite aux « partenaires américains en Amérique latine », il a dit qu’appuyer de telles actions c’est courir le risque de voir que demain, ce sera leur tour.

Pour gérer la crise, la Fédération de Russie propose un dialogue interne et la réconciliation nationale, avec un rôle accru des voisins du Venezuela.  Enfin, le représentant a indiqué au Secrétaire d’État américain que son pays n’a pas bloqué une déclaration présidentielle du Conseil de sécurité, mais a plutôt fait des amendements constructifs.  Il a aussi demandé que certains États « modèrent leurs propos et arrêtent de donner des ultimatums au Venezuela ».

M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a affirmé que l’Assemblée nationale du Venezuela est la seule « institution démocratiquement élue et crédible du pays ».  « Maduro a montré que les élections peuvent se tenir sans démocratie », a-t-il observé.  Il a appuyé l’appel du Président de l’Assemblée nationale, M. Juan Guaidó, pour la tenue de nouvelles élections.  Si elles ne se tiennent pas dans huit jours, nous reconnaîtrons ce dernier comme Président du pays, a-t-il déclaré.  Il a appelé à la protection du droit fondamental à la liberté d’expression, en particulier le droit à tenir des manifestations pacifiques, avant de plaider pour une solution politique.  Enfin, le délégué de l’Allemagne a évoqué la situation désastreuse dans le pays, où des médicaments coûtent un mois de salaire et où manifester peut entraîner la prison.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a indiqué que la crise au Venezuela est une menace à la paix.  L’Assemblée nationale du Venezuela est la seule institution démocratiquement élue et crédible du pays, a-t-elle dit, en reconnaissant ses prérogatives.  Elle a insisté sur les aspirations démocratiques du peuple vénézuélien, reconnu M. Juan Guaidó comme la voix légitime du pays et appelé à la tenue de nouvelles élections dans les jours à venir.  Si cela n’est pas le cas, alors la Pologne prendra des dispositions s’agissant de la reconnaissance des dirigeants du pays.  « Le peuple du Venezuela réclame la démocratie et nous ne pouvons pas faire la sourde oreille », a-t-elle conclu.

M. ZHAOXU MA (Chine) a souhaité qu’une solution soit trouvée à la crise au Venezuela dans la paix et le dialogue, appelant tous les pays à respecter les buts et principes de la Charte des Nations Unies, dont la non-ingérence dans les affaires internes.  La Chine défend toujours ce dernier principe et note que la situation au Venezuela n’est pas une menace à la paix et la sécurité internationales.  La délégation ne souhaite pas que cette question soit inscrite au programme de travail du Conseil.  La Chine, a ajouté le représentant, espère que la communauté internationale pourra créer des conditions favorables à la résolution de la crise.

Le représentant a ensuite noté que les États-Unis avaient accusé la Chine dans leur discours.  Répondant à cette interpellation, il a indiqué que la Chine ne s’ingère pas dans les affaires internes d’autres pays.  Il a dit espérer que ces pays qui en accusent d’autres pourraient en dire autant.

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie), qui s’est abstenu lors du vote de l’ordre du jour de cette réunion du Conseil, a estimé qu’il aurait fallu l’inscrire au point de l’ordre du jour intitulé « Coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales dans le maintien de la paix et la sécurité internationales ».  Il a réaffirmé l’importance du respect des principes de non-ingérence, de souveraineté et d’intégrité territoriale de tous les pays, y compris du Venezuela.  Dans le même temps, l’Indonésie reconnaît la gravité de la situation humanitaire au Venezuela, avec pour preuve les plus de trois millions de Vénézuéliens qui ont cherché refuge dans d’autres pays de la région.  « Il faut s’occuper de cette situation. »

Pour l’Indonésie, la réunion d’aujourd’hui du Conseil devrait cependant avoir pour principale priorité d’exhorter les parties à faire preuve de retenue et d’éviter l’escalade des tensions.  Le Conseil devrait encourager la promotion d’une solution politique dans laquelle toutes les parties prenantes participeraient à un dialogue national à travers un processus démocratique crédible et transparent.  Le moment est venu pour le Conseil de jouer son rôle pivotal qui consiste à rapprocher les vues différentes, a-t-il conclu.

Lorsque trois millions de personnes fuient leur pays à cause de l’effondrement économique et politique, la menace pour la stabilité de la région devient évidente, a déclaré d’emblée M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique).  Pour la Belgique, le mandat du Conseil de sécurité inclut clairement de traiter la situation au Venezuela, qui constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales.  Le représentant a appelé les membres du Conseil à travailler ensemble pour promouvoir une sortie pacifique aux évènements récents, saluant au passage la solidarité et la générosité des pays de la région qui accueillent des Vénézuéliens.  Il a appelé à la retenue et la désescalade, ainsi qu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel et au lancement d’un processus de réconciliation.  Il a également invité la communauté internationale à écouter les Vénézuéliens et insisté sur le respect des droits fondamentaux de ces derniers.

L’élection présidentielle de mai dernier au Venezuela n’était « ni libre, ni équitable, ni crédible » privant ainsi le Gouvernement de Nicolas Maduro de sa légitimité démocratique, a affirmé M. Pecsteen de Buytswerve.  « Le Venezuela a besoin de toute urgence d’un gouvernement qui représente véritablement la volonté du peuple et entame un processus de réconciliation. »  La Belgique reconnaît et soutient pleinement l’Assemblée nationale en tant qu’institution élue démocratiquement et demande instamment que ses pouvoirs soient restaurés et respectés, a-t-il ajouté.  « Elle appelle en outre à garantir les droits civils, la liberté et la sécurité de tous les membres de l’Assemblée nationale, y compris son Président, Juan Guaidó, en respectant l’immunité garantie par la Constitution. »

Avec l’Union européenne, la Belgique appelle à la tenue urgente d’élections présidentielles libres, crédibles et transparentes dans le plein respect de la Constitution et la conformité avec les normes démocratiques.  En l’absence d’une annonce sur l’organisation de nouvelles élections avec les garanties nécessaires au cours des huit prochains jours, la Belgique et les autres membres de l’Union européenne prendront des mesures supplémentaires, notamment la reconnaissance du rôle constitutionnel, selon l’article 233, du Président de l’Assemblée nationale, Juan Guaidó.

M. GBOLIÉ DÉSIRÉ WULFRAN IPO (Côte d’Ivoire) a appelé, au regard de la gravité de la situation, à mobiliser les efforts de la communauté internationale, en mettant en œuvre tous les mécanismes prévus par la Charte des Nations Unies, en vue du règlement pacifique de cette crise et d’atténuer la souffrance des populations vénézuéliennes.  Il a exhorté toutes les parties prenantes au Venezuela à la retenue et à s’inscrire résolument dans la voie du dialogue.  Il a appelé à utiliser tous les moyens légaux et pacifiques afin de trouver des solutions idoines au conflit politique entré dans une « phase critique » ces derniers jours.

L’ONU doit jouer un rôle de premier plan en appuyant les efforts de la sous-région, dans le cadre de la diplomatie préventive, a souhaité M. Ipo.  Seule la voie du dialogue dans un esprit de compromis permet de régler durablement tous les différends, a-t-il rappelé.  Aussi a-t-il engagé à nouveau tous les acteurs du conflit vénézuélien à surmonter leurs divergences et à s’engager dans des négociations franches de sortie de crise.

M. MIGUEL VARGAS MALDONADO (Ministre des affaires étrangères de la République dominicaine), a dit que son pays avait accueilli un dialogue intervénézuélien, mais précisé que cette initiative avait échoué faute de volonté politique des deux parties.  Il a aussi rappelé que la dernière réunion de l’Organisation des États américains avait insisté sur le dialogue inclusif pour une réconciliation nationale et la reprise du processus électoral qui doit être crédible et transparent.  Il a demandé l’appui de la communauté internationale à cet effet et a déploré que cette crise menace désormais la stabilité de la région.  Pour la République dominicaine, de nouvelles élections doivent être organisées au plus vite au Venezuela.  De même, a-t-il ajouté, sur le plan humanitaire, il faut garantir l’approvisionnent du pays en médicaments.

M. NEBENZIA (Fédération de Russie) a repris la parole pour réagir à la déclaration de l’Allemagne qui a « longuement cité la Fédération de Russie dans son discours ».  Bien que la diplomatie préventive soit importante, a-t-il dit, on ne peut régler une crise par des ultimatums.  Il a ainsi dénoncé le délai de « huit jours » que ce pays et d’autres ont donné au Venezuela pour l’organisation de nouvelles élections.  C’est une violation de la souveraineté du pays, a-t-il estimé, en déplorant aussi que le pouvoir légitime soit invité à reconnaître le pouvoir de l’opposition.  « Que penseriez-vous si la Fédération de Russie demandait que la question des gilets jaunes de France soit inscrite au programme de travail du Conseil de sécurité? ».  Le délégué russe a ironisé en rassurant la représentante de la France que son pays n’entendait pas engager une telle initiative.  Il a appelé enfin à respecter les autorités légitimes du Venezuela et a demandé de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures de pays tiers, et à ne pas non plus imposer des solutions venant de l’extérieur.

M. HEUSGEN (Allemagne) a repris la parole pour marquer sa surprise de voir que son collègue russe n’avait pas évoqué la violation des droits de l’homme et la crise humanitaire au Venezuela dans sa reprise de parole.

M. JORGE ARREAZA, Ministre des affaires étrangères du Venezuela, a fustigé l’ingérence extérieure « grossière » des États-Unis au Venezuela.  Ce pays n’est pas derrière le coup d’État au Venezuela mais « aux avant-postes de ce coup d’État », a-t-il précisé.  Les autorités américaines ont donné le feu vert à ce coup d’État, a-t-il affirmé, en fustigeant également les pays satellites des États-Unis en Amérique latine.  Brandissant tour à tour la Constitution de son pays et la Charte des Nations Unies, il a demandé « quels sont les fondements juridiques de l’autoproclamation en tant que Président à laquelle cette personne s’est livrée au Venezuela? »

Il a rappelé la menace du Président des États-Unis, M. Donald Trump, de recourir à la force militaire contre le Venezuela, alors que « mon pays a respecté sa Constitution et la Charte ».  Il a ensuite égrené la longue liste des interventions américaines en Amérique latine et dans les Caraïbes au fil des ans, avant de montrer les tweets des autorités américaines, qui espéraient selon lui un soulèvement militaire.  Mais elles ont échoué, a-t-il déclaré.  Il a notamment évoqué « le tweet dans lequel M. Trump reconnaissait ce député comme Président », y voyant là le signe clair d’un coup d’État que ce Conseil aurait dû condamner.  Il s’agit là d’une tentative des plus grossières, a déclaré M. Arreaza.

« Mais l’Europe?  L’Europe? », a-t-il ensuite martelé.  « Comment l’Europe peut-elle nous adresser un ultimatum d’organiser de nouvelles élections d’ici à huit jours?  D’où l’Europe tient-elle une telle autorité? »  Le Ministre a jugé tout cela « infantile ».  « M. Macron, a-t-il suggéré, devrait se préoccuper des manifestations du peuple ouvrier français par le biais du mouvement des gilets jaunes plutôt que du Venezuela ».

Le Ministre a assuré qu’il n’y avait pas eu de fraude électorale au Venezuela, avant de fustiger le « grand retour de la doctrine Monroe », ainsi que les sanctions, en particulier bancaires, qui frappent son pays.  « Certains membres veulent ériger un mur idéologique autour du Venezuela. »  Il a imputé à ces sanctions la gravité de la situation économique et les migrations qui se déroulent actuellement.  « Une guerre est livrée contre le Venezuela. »

Le Ministre a demandé: « qui a vraiment assassiné les personnes qui ont trouvé la mort dans les manifestations? ».  Il n’y a pas eu d’effusion de sang à Caracas, a-t-il déclaré.  « Vous n’arriverez pas à fomenter une guerre civile au Venezuela.  Et non, le Venezuela ne deviendra pas le trophée de guerre de Trump », a tonné M. Arreaza.  « Nous nous battrons pour défendre notre souveraineté. »  Il a ironisé sur le fait que personne ne connaît M. Guaidó, le Président du Paraguay n’arrivant même pas à prononcer correctement son nom.  Il a ensuite fait lecture d’un passage de la Constitution de son pays sur la transition du pouvoir, en critiquant cette imposition dangereuse de la force sur le droit.  « Personne ne nous imposera un ordre ou une décision, car ce Monsieur Guaidó s’est autoproclamé. »

M. ELLIOT ABRAMS (États-Unis) a repris la parole après l’intervention du Ministre vénézuélien pour dénoncer « un discours de haine marqué par des insultes » à l’endroit d’États qui sont présentés comme des « pays satellites ».  Pour lui, c’est le Venezuela qui est devenu un satellite de Cuba et de la Fédération de Russie.  Le représentant américain a assuré que son pays continuerait à défendre la démocratie.

M. NEBENZIA (Fédération de Russie) a de nouveau pris la parole pour préciser que son pays n’a pas de « satellite », contrairement aux États-Unis.  Il a dit au délégué américain que la Fédération de Russie respecte la souveraineté des pays lors des débats au Conseil de sécurité, ce que les États-Unis ne font pas, a-t-il estimé, puisqu’ils utilisent leurs « satellites » pour préserver leurs intérêts.  Pour lui, un pays habitué à de telles pratiques n’a pas le droit de faire usage du terme « satellite ».

Le Ministre des affaires étrangères du Venezuela a repris la parole pour souligner que c’est bien son pays qui reçoit des insultes quotidiennes de la part des États-Unis.  Il a dit que le Président Maduro avait réitéré sa volonté d’établir un dialogue avec le Président Trump.  Or, a-t-il regretté, le Venezuela n’a reçu en retour qu’insultes, sanctions et menaces, « et maintenant, ce coup d’État ».

M. CARLOS HOLMES TRUJILLO GARCÍA, Ministre des affaires étrangères de la Colombie, a salué le processus qui vise à « mettre fin à l’usurpation, la transition et le rétablissement de l’ordre constitutionnel qui se déroule dans notre pays frère », avec le leadership du « président en charge Juan Guaidó », et de l’Assemblée nationale, avec la participation des forces politiques démocratiques et la mobilisation citoyenne éloquente.  La Colombie veut, en parlant aujourd’hui au Conseil de sécurité, accompagner la juste voix du peuple vénézuélien et exprimer son ferme appui au « président en charge du Venezuela », M. Juan Guaidó, et aux compétences législatives de l’Assemblée nationale élue le 6 décembre 2015.

La Colombie entend aussi assumer son devoir en tant que membre de l’Organisation des États américains qui obligent ses membres à agir, dans le cadre légal prévu, en cas d’interruption irrégulière de la démocratie, comme ce fut le cas au Venezuela au démarrage du processus électoral de mai 2018.  De même, dans le cadre du Groupe de Lima, la Colombie appuie la création de conditions qui permettent au peuple vénézuélien de vivre dans la démocratie et la liberté.  La dictature au Venezuela est une menace à la paix et la sécurité et à la stabilité de la région, outre le fait qu’elle est contraire à la légalité internationale, a ajouté le Ministre.

« La Colombie, en tant que pays voisin, en connaît les conséquences et en souffre. »  Le Ministre a dit que « cette tyrannie » s’empare des propriétés des entrepreneurs colombiens qui ont investi légitimement, et entraîne les niveaux les plus bas d’échanges commerciaux qui étaient auparavant bénéfiques pour les deux pays.  Il a aussi dénoncé les conséquences des abus de la dictature sur les plans économique, politique et social, en prenant pour preuve l’exode de 3,5 millions de personnes, dont plus d’un million a été accueilli par la Colombie malgré ses ressources limitées.  « La Colombie continuera de participer à une réponse régionale pour gérer cette crise migratoire. »

Le Ministre a apprécié que, grâce aux décisions prises par le « président en charge » Juan Guaidó, l’aide nécessaire peut être fournie à ceux qui en ont besoin.  Il a pointé le devoir moral et politique de la communauté internationale de se mobiliser diplomatiquement et politiquement pour appuyer les efforts d’un peuple qui réclame la liberté et la prospérité.  Il a demandé un appui pour l’entrée au Venezuela de l’aide humanitaire, ainsi que pour le soutien aux mesures de protection des actifs confisqués à la dictature et à la corruption.  La Colombie demande aussi un appui politique international à la mobilisation du peuple et à un processus électoral transparent et sûr.

M. PAUL OQUIST KELLY, Ministre et Secrétaire personnel du Président du Nicaragua, a estimé que le Venezuela ne représente pas une menace à la paix et la sécurité internationales, avant de demander que les décisions souveraines du peuple vénézuélien soient respectées.  Il a rappelé que l’ancien Président américain Jimmy Carter avait qualifié le système électoral vénézuélien de « meilleur au monde ».

Pour le Nicaragua, la demande de tenir cette réunion est une interférence claire dans les affaires internes des États, en violation des principes et buts de la Charte des Nations Unies et du droit international.  Il a accusé les États-Unis de vouloir faire un coup d’État contre le Président Maduro, dénonçant des tentatives de détruire les acquis sociaux au Venezuela dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’habitat, de la réduction de la pauvreté et de la famine.  Des efforts qui ont été menés par le « Commandant éternel » Hugo Chavez.  Il a conclu en disant qu’en ce moment, « le Venezuela est l’Amérique latine et les Caraïbes ».  Le Venezuela symbolise aussi le monde entier, a-t-il ajouté.

Mme ANAYANSI RODRÍGUEZ CAMEJO (Cuba) a fustigé toute intervention dans les affaires intérieures d’un pays, ainsi que la « doctrine Monroe » qui est de nouveau prônée par l’Administration des États-Unis.  Pour elle, « la région ressemble à une zone sèche que la moindre étincelle pourrait embraser ».  La représentante a rappelé la tentative d’imposer un gouvernement à la solde des États-Unis au Venezuela et souligné la légitimité constitutionnelle du Président Maduro.  La souveraineté du peuple vénézuélien l’emportera contre l’impérialisme, a, en conclusion, martelé la déléguée de Cuba.

M. GARETH BYNOE (Saint-Vincent-et-les Grenadines) a réaffirmé l’importance du respect des principes fondamentaux de la non-ingérence dans les affaires internes de toute nation souveraine, de la souveraineté et de l’état de droit ainsi que des droits de l’homme et de la démocratie.  Conscient de la complexité de la crise vénézuélienne, il a appelé à un dialogue significatif entre tous les acteurs du pays en vue d’une désescalade des tensions.

Dans le contexte imprévisible actuel, la délégation exhorte à catégoriquement rejeter toute tentative d’évincer des leaders démocratiquement élus par des impositions, des interventions et l’ingérence.  L’histoire de l’Amérique latine et des Caraïbes ne connaît que trop bien l’imposition des « puissants » contre les « gentils », a regretté le représentant en évoquant les interventions militaires par le passé et les gouvernements dictatoriaux qui en ont résulté.

« Ne perdons pas de vue la forêt au nom des arbres et faisons en sorte que l’Amérique latine et les Caraïbes restent une zone de paix », a demandé le représentant.  Il a regretté la convocation de la réunion d’aujourd’hui, parce qu’elle émerge dans « le contexte d’une ironie sans ambiguïté »: Nicolas Maduro a été élu en bonne et due forme le 18 mai 2018 et son investiture a eu lieu le 10 janvier 2019.  Il s’est indigné de voir une véritable « croisade » contre ce Président légalement et légitimement élu, orchestrée par l’OEA qui cherche selon lui à imposer, de l’extérieur et de manière unilatérale, un gouvernement présidentiel parallèle non élu et à déstabiliser l’état de droit au Venezuela.

À ses yeux, l’OEA a actuellement abdiqué de son rôle d’arbitre et a renoncé à son leadership dans l’hémisphère pour désamorcer la situation au Venezuela.  Mais, fort heureusement, un grand nombre de ses membres n’ont pas renoncé à la possibilité d’un dialogue ni abandonné les principes directeurs de l’OEA et de la Charte des Nations Unies, a-t-il constaté.  En effet, le Mexique et l’Uruguay ont indiqué leur volonté d’assumer les fonctions de médiateurs dans cette crise politique, alors que des groupes régionaux comme la CARICOM et l’Union européenne ont offert leurs bons offices pour faciliter un dialogue entre toutes les parties.  Saint-Vincent-et-les Grenadines appuie ces initiatives responsables, a précisé le représentant.

M. MARC-ANDRÉ BLANCHARD (Canada) a rejeté la revendication du pouvoir par le « régime illégitime de Nicolas Maduro », affirmant que l’élection présidentielle de mai 2018 était frauduleuse.  Le Canada soutient l’Assemblée nationale vénézuélienne qui a été démocratiquement élue, et réitère son plein soutien à « Juan Guaidó, son Président, en tant que Président par intérim du Venezuela ».

« Alors que la communauté internationale forme un front commun et dénonce la dictature de Nicolas Maduro, il ne faut pas perdre de vue l’état critique dans lequel se trouvent des millions de Vénézuéliens qui souffrent de la crise économique et politique et n’arrivent plus à satisfaire leurs besoins les plus basiques », a rappelé le représentant.  Si Nicolas Maduro est sourd aux appels du Groupe de Lima et de la communauté internationale, peut-être alors entendra-t-il les trois millions et plus de Vénézuéliens qui ont fui leur patrie à la recherche d’une vie meilleure, a-t-il remarqué en soulignant qu’il s’agit du plus important exode de l’histoire moderne de la région, avec une estimation de 5,3 millions de réfugiés et migrants du Venezuela d’ici à la fin 2019 si la situation persiste.

Face à cette crise, la communauté internationale doit faire preuve de solidarité avec l’Assemblée nationale qui a été démocratiquement élue, et avec « le Président par intérim, Juan Guaidó », ainsi qu’avec le peuple vénézuélien dans sa recherche d’une solution pacifique à la situation.  C’est dans cet esprit que la Canada a pris des mesures concrètes comme des sanctions ciblées visant 70 officiels du régime, et, à l’instar de l’Argentine, du Chili, de la Colombie, du Paraguay et du Pérou, a saisi la Cour pénale internationale de la situation.  De plus, le Canada va accueillir la prochaine réunion du Groupe de Lima qui aura lieu à Ottawa.

« Il est temps pour les pays qui continuent de soutenir politiquement et matériellement le régime illégitime de Maduro de réfléchir à la façon dont l’histoire jugera leurs actions », a mis en garde le représentant, qui a réaffirmé le soutien sans réserve du Canada aux Vénézuéliens ainsi que son attachement aux principes universels de la démocratie, de l’état de droits et des droits de l’homme.

La situation au Venezuela n’est pas une menace à la paix, a déclaré M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie), jugeant par conséquent qu’elle n’a pas à être inscrite à l’ordre du jour du Conseil.  Il a fustigé l’interventionnisme des États-Unis, ainsi que l’illégalité des sanctions unilatérales prises contre le Venezuela.  Il a rappelé les conséquences négatives des interventions passées des États-Unis comme en Libye ou en Iraq.  La Charte des Nations Unies doit être respectée intégralement, a-t-il demandé.  « Si nous pouvons avoir des divergences idéologiques, en revanche des divergences d’interprétation du droit international sont inacceptables », a conclu le délégué.

M. JULIO CÉSAR ARRIOLA RAMÍREZ (Paraguay) a dit son attachement au droit international et à la Charte des Nations Unies.  Il a déploré l’effondrement de l’état de droit au Venezuela, sans manquer de dénoncer « un processus électoral illégitime qui n’a pas vu la participation de tous les acteurs politiques ».  Il a rappelé que son pays fut le premier à rompre ses relations avec le Venezuela le 10 janvier dernier.  Le Paraguay est aussi l’un des six États ayant demandé au Procureur de la CPI d’ouvrir une enquête sur les crimes commis au Venezuela, a-t-il ajouté.  Le représentant a dit que le Paraguay reconnaît le Président Guaidó, espérant que ce dernier lancera le processus électoral, en y associant toutes les parties.  Il a terminé en exhortant le « régime du Président Maduro » à éviter de faire usage de la violence.

Faisant part de ses préoccupations face à la dégradation de la situation au Venezuela, Mme KITTY SWEEB (Suriname) a néanmoins réaffirmé l’attachement du Suriname aux principes universels du droit international et de sa propre Constitution, à commencer par la non-ingérence et le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de tous les pays.  Par conséquent, le Gouvernement du Suriname rejette toute agression armée et toute forme de pression politique et économique, ainsi que toute ingérence directe ou indirecte dans les affaires internes d’autres pays.

C’est la raison pour laquelle, le Suriname ne saurait reconnaître un gouvernement qui n’a pas été élu par un processus démocratique et des procédures conformes aux constitutions respectives, a expliqué la représentante, avant de reconnaître Nicolas Maduro en tant que Président démocratiquement élu du Venezuela.  S’agissant du conflit interne que vit le pays en ce moment, le Suriname appelle à un dialogue sincère pour trouver une solution pacifique et durable à cette crise.

M. MARTÍN GARCÍA MORITÁN (Argentine) a indiqué que son pays n’avait pas reconnu la légitimité du régime de M. Nicolas Maduro et avait reconnu M. Guaidó comme Président par intérim du pays.  Seize pays de l’Organisation des États américains ont d’ailleurs reconnu M. Guaidó comme Président par intérim du pays, a-t-il fait remarquer.  Il a appelé de ses vœux une transition politique débouchant sur la tenue d’élections dans les plus brefs délais.  Il a fustigé la répression perpétrée par le « régime Maduro » et rappelé la demande faite à la Cour pénale internationale (CPI) afin qu’elle enquête sur les évènements au Venezuela.  « Le Conseil ne peut rester indifférent », a conclu le représentant de l’Argentine.

M. JUAN JOSÉ IGNACIO GÓMEZ CAMACHO (Mexique) a dit souscrire à l’approche du Secrétaire général de l’ONU qui appelle tous les acteurs politiques au Venezuela au dialogue, tout en condamnant tout type de violence.  Le Mexique lance un appel pour trouver une issue pacifique à la crise.  Le représentant a souhaité que le peuple vénézuélien puisse prendre son destin en main, sans ingérence extérieure.  Les Gouvernements du Mexique et de l’Uruguay ont proposé un nouveau processus de négociations crédible, a-t-il noté, avant d’insister sur l’importance de la stabilité, du bien-être et de la paix au Venezuela.

M. LUIS GALLEGOS CHIRIBOGA (Équateur) a dit soutenir l’initiative du Parlement vénézuélien et reconnaître comme Président M. Guaidó.  Il a rappelé l’autorité constitutionnelle de l’Assemblée nationale démocratiquement élue au Venezuela.  Le représentant de l’Équateur a donc demandé le gel des avoirs des autorités vénézuéliennes, avant de rappeler que son pays accueille plus de 200 000 Vénézuéliens.  Il a plaidé pour que le nouveau Président vénézuélien convoque au plus vite des élections afin d’inaugurer ainsi une nouvelle ère de prospérité pour le pays.  Il a conclu en disant que l’on ne peut rien imposer au peuple par la torture et les assassinats.

Mme ELIZABETH THOMPSON (Barbade), qui s’exprimait au nom des présidents des pays membres de la CARICOM, a repris la déclaration qu’ils ont faites le 24 janvier dans laquelle ils font part de leur profonde préoccupation par rapport au sort des Vénézuéliens et la volatilité croissante de la situation dans le pays qui pourrait conduire à plus de violences, de confrontations et de souffrances.  Ils ont également réaffirmé les principes de la non-ingérence dans les affaires internes d’un pays, ainsi que leur adhésion à l’état de droit et au respect des droits de l’homme et de la démocratie.  Pour les membres de la CARICOM, la sortie de crise au Venezuela passe par un dialogue sincère et la diplomatie.  Ils ont d’ailleurs offert leurs bons offices pour faciliter un tel dialogue entre toutes les parties.

Dans la déclaration précitée, les membres de la CARICOM appellent aussi la communauté internationale à renoncer à l’usage de la force et de la menace, et soulignent l’importance qu’ils attachent à ce que les Caraïbes restent une zone de paix.  Ainsi ils exhortent tous les acteurs, internes et externes, à éviter toute action qui pourrait conduire à l’escalade des tensions dans une situation qui est déjà explosive, redoutant les conséquences négatives de grande portée que cela pourrait avoir pour toute la région.

M. MILENKO ESTEBAN SKOKNIC TAPIA (Chili) indiqué que la défense de la démocratie est au cœur de la politique étrangère de son pays.  Le Chili, a-t-il indiqué, n’a pas reconnu la légitimité de l’élection de l’année dernière au Venezuela, qui a vu M. Nicolas Maduro entamer un nouveau mandat.  Il a appuyé M. Guaidó, qui s’est proclamé Président par intérim du pays.  Le délégué a condamné la répression dans le pays et appelé au rétablissement des valeurs démocratiques.  Il a plaidé pour une action internationale forte visant à la reconnaissance du Président par intérim Guaidó et à la tenue d’élection.

M. MAURO VIEIRA (Brésil) a rappelé que, quelques minutes après l’annonce de M. Guaidó, le Brésil et de nombreux autres pays attachés au respect de l’état de droit, à la légitimité et à la transition démocratique, l’avaient immédiatement reconnu comme Président par intérim du Venezuela.  C’est le résultat d’un très long processus d’un dialogue et d’une action diplomatiques pour aider le Venezuela et son peuple, a-t-il dit.  Il a estimé que la situation au Venezuela peut poser des risques réels et immédiats pour la paix et la sécurité en Amérique latine et dans les Caraïbes, ce qui exige des efforts collectifs et des actions urgentes.  Le représentant a souligné notamment que le peuple vénézuélien est « réprimé par une police brutale et corrompue ».

Le Gouvernement brésilien et les pays du Groupe de Lima ont reconnu l’Assemblée nationale vénézuélienne, légitimement élue le 3 décembre 2015, comme le seul parti démocratiquement élu au Venezuela, a-t-il rappelé avant de se dire favorable au dialogue avec le président par intérim et avec l’opposition démocratique au Venezuela.  En revanche, le Brésil est fermement opposé à tout type de dialogue avec Nicolas Maduro et « ses complices », a-t-il précisé.

M. ELBIO OSCAR ROSSELLI FRIERI (Uruguay) a souligné que la question du Venezuela n’est pas inscrite au programme du Conseil de sécurité et que ce n’est donc pas le lieu de discuter de cette question.  L’Uruguay estime que la pire solution pour le peuple vénézuélien est d’aggraver son isolement international.  C’est pourquoi le Gouvernement uruguayen, avec celui du Mexique, a invité tous les acteurs politiques à renouer le dialogue, dans le cadre d’un processus ouvert.

Il n’y aura pas de paix au Venezuela sans un accord politique, a-t-il argué, en disant que le dialogue n’est pas une succession de monologues.  L’Uruguay exhorte donc toutes les parties à suivre cette voie, dans le respect du droit.  Il n’a pas manqué de saluer la réaction des sociétés de la région qui ont ouvert leurs portes aux réfugiés vénézuéliens, promettant que son pays n’appuierait jamais une intervention armée dans un pays tiers.

M. RODRIGO A. CARAZO (Costa Rica) a indiqué que son pays ne reconnaît pas la légitimé du Gouvernement qui a pris ses fonctions le 10 janvier dernier au Venezuela.  Il s’est dit favorable à des mesures de transition au Venezuela en vue de la tenue d’élection.  Il a plaidé pour le rétablissement de l’ordre constitutionnel, en avertissant que toute solution à la crise doit émaner de la population.  Le délégué a enfin condamné toute violence.

Mme LOREEN RUTH BANNIS-ROBERTS (Dominique) a réaffirmé l’attachement de son pays au principe de non-ingérence dans les affaires internes de tout État souverain.  Il estimé que l’élection présidentielle du 20 mai 2018 au Venezuela avait reconduit le Président Maduro au pouvoir, assurant que son pays respecte pleinement la volonté du peuple de toute nation souveraine telle qu’exprimée dans le cadre d’un processus électoral.  Par conséquent, le représentant s’est dit préoccupé par les marques de soutien à un gouvernement de transition au Venezuela et les déclarations relatives à « l’illégitimité du Gouvernement Maduro ».  « La reconnaissance d’un gouvernement autoproclamé en dehors d’un processus électoral est une répudiation claire de la volonté du peuple », s’est-il indigné, ajoutant qu’il ne peut y avoir de « gouvernement parallèle » au Venezuela.  La Dominique estime que toute sortie de crise pacifique au Venezuela passe par un dialogue entre les parties, et elle propose ses bons offices à cet égard.

M. RUBÉN ARMANDO ESCALANTE HASBÚN (El Salvador) a jugé « triste » que le Conseil de sécurité soit réuni aujourd’hui pour discuter d’une question en rapport avec l’Amérique latine.  Il a souhaité que les problèmes du Venezuela soient réglés par la voie du dialogue.  Il a rappelé que son gouvernement appuie l’initiative diplomatique des pays qui sont engagés dans le règlement pacifique de la crise au Venezuela.

Mme MARY ELIZABETH FLORES (Honduras) a remarqué que le Président de l’Assemblée nationale, M. Juan Guaidó, a pris les fonctions de Président par intérim du pays, dans un contexte marqué par des manifestations d’une ampleur « monumentale ».  Elle a affiché sa confiance envers le Venezuela pour que le pays entame un processus conduisant à la tenue d’élections justes et crédibles.  La déléguée a enfin invité le Conseil à se saisir résolument de la situation au Venezuela, laquelle a des répercussions dans toute la région.

Pour M. WALTON ALFONSO WEBSON (Antigua-et-Barbuda), la promesse d’une zone de paix en Amérique latine et aux Caraïbes ne doit pas s’effondrer.  Ainsi, le représentant s’est-il insurgé contre des velléités d’imposer la paix dans des pays tiers, rappelant que ce genre d’interventions externes avait entraîné par le passé le chaos dans de nombreuses sociétés.  La Charte des Nations Unies rejette l’usage de la force, a-t-il souligné en expliquant que son pays rejette toute tentative, de toute instance politique nationale, de prendre le pouvoir par des moyens autres que les processus constitutionnels.  Il a insisté sur le fait que le Gouvernement vénézuélien doit poursuivre son travail, dans le cadre du mandat qui lui a été confié.

Mme ISBETH LISBETH QUIEL MURCIA (Panama) a reconnu la légitimité du Président de l’Assemblée nationale au Venezuela, M. Juan Guaidó, en tant que Président par intérim du pays.  Elle a condamné les actes de violence commis dans le pays, avant de noter l’acuité de la crise migratoire qui a découlé de la crise politique et économique au Venezuela.  Enfin, la déléguée du Panama a appelé tous les acteurs politiques à s’engager dans la voie du dialogue.

Mme RODRÍGUEZ CAMEJO (Cuba) a repris la parole pour réagir au discours des États-Unis.  Elle a demandé si cette dernière délégation pourrait démentir le fait que c’est bien le Gouvernement américain qui a voulu imposer un président inconnu au Venezuela.  Elle a aussi affirmé que c’est le Gouvernement des États-Unis qui a entravé la signature d’un accord entre les parties vénézuéliennes en République dominicaine.  Elle a affirmé que Cuba apporte son soutien aux peuples de la région, y compris au Venezuela, avant de rappeler que ce dernier est un État libre qui ne peut être le satellite de quiconque.  La grande menace à la paix et la sécurité en Amérique latine vient des États-Unis, a-t-elle souligné, en dénonçant le retour de la doctrine Monroe.

Le Ministre des affaires étrangères du Venezuela a repris la parole pour dénoncer le fait que, selon le Président Trump, la doctrine Monroe est de nouveau en vigueur.  Selon cette doctrine, notre Amérique est l’arrière-cour des États-Unis, a–t-il dit, en demandant que le Conseil condamne ladite doctrine.  « La révolution bolivarienne du Président Maduro sera toujours à la disposition du peuple colombien pour régler le conflit armé dans ce pays, le seul sur notre continent », a-t-il déclaré à son homologue colombien, et ce, « malgré les insultes proférées par la Colombie contre son pays ».  Enfin, il a dénoncé la « persécution » de son pays par les États-Unis et exhorté les États Membres à ne pas reconnaître « un gouvernement anticonstitutionnel » au Venezuela.  « Le Venezuela est en paix. »

M. TRUJILLO GARCÍA (Colombie) a repris la parole pour rappeler que son pays entend poursuivre la mise en œuvre de l’Accord de paix signé avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), et respecter ses obligations internationales en matière de lutte contre le terrorisme.

M. NEBENZIA (Fédération de Russie) a de nouveau pris la parole et ironisé sur les propos du Secrétaire d’État Pompeo qui a affirmé que peu de pays soutiennent le Président Maduro.  Il a dit que le débat de ce jour prouvait le contraire, puisque la majorité des délégations s’est prononcée en faveur du Gouvernement vénézuélien légitime et contre l’ingérence extérieure du Gouvernement américain et leurs alliés.  « Pourquoi avoir donc convoqué cette réunion? »  Le représentant s’est félicité de la tenue de cette séance qui fut « une bonne occasion pour faire voir aux Américains ce que pense la communauté internationale de la crise au Venezuela ».  Il a dénombré 11 pays d’Amérique latine et des Caraïbes qui se sont prononcés aujourd’hui en soutien au Gouvernement Maduro, surtout des pays des Caraïbes, et 10 qui avaient un avis opposé.  Il a de nouveau dénoncé cet ultimatum de huit jours lancé par certaines délégations.  « Est-ce un chiffre magique? » s’est-il enquis en se demandant pourquoi pas 15 ou 30 jours.  Il a enfin remercié le Mexique d’avoir offert ses bons offices pour une sortie de crise.

 

COMMENT EST-CE QU’ON COMBAT PAREILLE BANDE DE SALOPARDS ? 


Le président soudanais Omar el-Béchir (qui est un criminel et est en train de réprimer son peuple qui réclame de vivre dans la dignité), est en Egypte en quête de soutien auprès d’un dictateur. Il va peut-être rencontrer Emmanuel Macron. Le président que je n’ose dire français ne craint pas d’aller cautionner pareils régimes de tortionnaires et dans le même temps fomente un coup d’Etat au Venezuela sous des prétextes « démocratiques » voire humanitaires…

Il y a dans cette tartufferie de l’ignominie, et on est chaque fois étonné de ce dont ce genre d’individu est capable. On ne peut que partager les propos indignés du ministre des Affaires étrangères du Venezuela Jorge Arreaza. Ecoutez ce qu’il a dit à l’Onu. «L’Europe qui nous donne 8 jours? Pourquoi? D’où le sortez-vous? Vous avez la moindre autorité vis-à-vis d’un peuple souverain? […] Le Président Macron au lieu de se pencher sur les manifestations permanentes des Gilets jaunes, du peuple ouvrier français vient s’occuper du Venezuela? Occupez-vous de vos affaires, nous ne nous mêlons pas de vos affaires, respectez la charte des Nations unies. Respectez le droit des peuples à l’autodétermination», a-t-il lancé.

 

Fort heureusement, le Venezuela l’a emporté au Conseil de sécurité contre les Etats-Unis, l’Union européenne et la France à l’ONU. Le Conseil de sécurité de l’ONU a choisi de respecter la souveraineté du Venezuela en rejetant une résolution des Etats-Unis visant à promouvoir une intervention impérialiste. 19 pays membres du Conseil de sécurité ont soutenu la légitimité du Président Maduro contre 16 pour l’ingérence étrangère. Cela ne les empêchera de poursuivre leur assaut contre un pays souverain. Que ferons-nous Français si Macron agit comme Sarkozy, nous avons l’habitude, mais déjà le thème du « dictateur » ne prend plus et nos propres sociaux-démocrates sont de plus en plus décrédibilisés.

Le monde n’en peut plus de ces sangsues… Mais chers Français, vous qui ne craignez pas de donner des leçons à l’ensemble de l’humanité, comme si quelque chose autre que votre morgue de colonialiste vous autorisait à vous prendre pour des juges, alors même qu’en votre nom on joue les gangsters, comment tolérez-vous que l’on agisse ainsi en votre nom y compris quand en tant que communistes vous condamnez de pseudos dictatures derrière la bonne conscience de nos maîtres.

Aujourd’hui, nous communistes français nous sommes impuissants à faire respecter par nos dirigeants, ce droit dont nous nous gorgeons et nous nous retournons vers la Russie, la Chine en espérant qu’ils bloqueront la folie etatsunienne, une autre fois… Pour les remerciements que les Russes et les peuples soviétiques ont reçu de nous quand ils ont été dans le malheur, les crétins qui nous dirigent n’ont cessé de les accabler, joignent leurs coups à la social-démocratie sous toutes ses formes y compris trotskiste… Combien de coups les Russes ont reçu pour avoir sauvé le monde et l’avoir fait deux fois, déjà: la première quand ils ont vaincu le nazisme, la seconde quand ils ont empêché que les Etats-Unis soient la seule puissance nucléaire, alors qu’ils venaient de tuer des femmes, des enfants et des vieillards à Hiroshima et Nagasaki. C’est le socialisme stalinien qui a rendu à l’humanité ces deux services et par quel négationnisme de ce que nous leur devons, avons-nous payé notre dette, nous communistes français?

Toutes nos conquêtes sociales à la Libération, nous les devons à quelques uns de nos héros comme Ambroise Croizat, mais aussi au rapport de forces que l’URSS de Staline avait créé à la fin de la guerre avec le sang de ses 26 millions de morts. Nous ne l’avons que trop oublié occupé comme nous l’étions à cracher sur l’ex-URSS, coupable d’avoir été vaincue par nos ennemis et nous nous sommes avérés de plus en plus incapable de défendre les conquis trempés du sang des « staliniens » ou que nous baptisions tels.

Résultat, nous Français assistons impuissants à l’engagement de notre pays dans de telles violations du droit international et des droits humains et nous savons, enfin les plus lucides d’entre nous que notre peuple français, les travailleurs, la jeunesse, personne ne sera épargné par ces gens-là. 

Tandis que la police de Castaner énucle volontairement un gilet jaune, alors que nous en sommes au douzième mort et à des milliers de blessés dont certains seront marqués à vie, la macronie organise un défilé ridicule de ses partisans, même pas capables de réaliser le rassemblement que de Gaulle avait suscité sur les champs Elysées, Marx avait raison, la première fois ce fut une tragédie, la seconde une comédie. Mais ces gens-là sont dérisoires et immondes. 


Hier soir j’ai vu sur Arte un excellent documentaire sur le plan Marshall et la manière dont il a créé la vassalité de l’Europe occidentale, financé la démocratie chrétienne contre les communistes en Italie, à cette époque-là il y avait un PCF qui se battait, c’était peut-être sur ordre de Staline mais incontestablement celui-ci ne manquait pas de flair… Est-ce qu’il faut des hommes de cette trempe pour faire face à l’ignominie des capitalistes qui nous gouvernent…

Comme disait Fidel Castro apprenant que les communistes français avaient renoncé à « la dictature du prolétariat »: s’ils peuvent s’en passer tant mieux pour eux..

 

Danielle Bleitrach