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la chanson anti-Trump de Joan Baez : méchant homme de la tête aux pieds »

 
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Publié par le juin 20, 2017 dans Uncategorized

 

Complément d’enquête sur les traces de l’Union soviétique, patrie et communisme…

Ce qui frappe au Tatarstan au titre de l’empreinte laissée par l’Union Soviétique est d’abord une réussite indéniable, la manière dont a été traitée et presque résolue la question des nationalités, presque parce qu’avec le gouffre des inégalités qui se creuse, il y a des chances que ce tissu de paix et d’amitié entre les peuples se fissure. Pour le moment, parce que le Tatarstan est relativement prospère et parce que chacun est engagé dans une course au bien-être ou à la survie, qui lui laisse peu de temps,  les mentalités demeurent celles d’une mixité tolérante. Pourtant  déjà les nouveaux venus des anciennes républiques d’Asie centrale sont suspects de toutes les radicalités et on note que les Tatars forment une »mafia » qui s’arroge les meilleurs postes partout. L’essentiel demeure néanmoins les mariages mixtes, le refus des clivages religieux, le tout attribué consciement à l’héritage soviétique.  Qu’est-ce donc que cet art d’accommoder les nationalités à la sauce prolétarienne qui paraît avoir été le fruit de la politique de Lénine et plus encore celle de Staline. Nous avons relu pour vous l’excellent livre de Geoffroy Roberts, les guerres de Staline et nous vous conseillons, comme nous l’avons fait nous-même de mettre en regard nos impressions sur le colloque et sur Kazan à la lumière de ce texte et d’autres, pour dépasser si faire ce peut notre ignorance de ce qui se joue encore aujourd’hui dans les mentalités russes.   (1)

« Le terme choisi par Staline était tout simplement « patriotisme soviétique », ce qui faisait référence à la double loyauté des citoyens au système socialiste soviétique et à un Etat soviétique qui représentait et protégeait les diverses traditions et cultures nationales de l’URSS. L’Etat multinational soviétique était « prolétaire dans son contenu, national dans sa forme » déclarait Staline: c’était un Etat fondé sur une base de classe qui défendait autant les cultures et traditions nationales que celles du prolétariat. L’organisation qui intégrait et organisait cette double identité et cette double loyauté était le parti communiste dirigé par Staline.

Staline incarnait parfaitement ces multiples identités et loyautés attendues du côté du citoyen soviétique. Géorgien qui mettait ostensiblement en avant ses traditions maternelles, il avait également épousé la culture, la langue et l’identité russes. Ses origines modestes de fils de cordonnier lui donnaient une identité plébéienne. Comme des millions d’autres, il avait bénéficié de la Révolution bolchevique et de la mobilité sociale rendue possible par la construction socialiste de la Russie. Staline était un homme des régions frontalières qui défendait l’idée d’un Etat soviétique fort, centralisé, en mesure de défendre tous les peuples de l’URSS.  Bref Staline était un géorgien, un ouvrier, un communiste et un patriote soviétique.

Un des premiers signes de ce changement de ligne au sein du parti communiste, et chez Staline même, fut ce discours si souvent cité de Staline en février 1931 sur l’urgence de la nécessité  d’industrialiser et de moderniser le pays, discours qui illustre son maniement  habile et son mélange des thèmes patriotiques et de classe.

L’histoire de l’ancienne Russie consistait, entre autres, en ce que la Russie était continuellement battue à cause de son arriération. Battue par les khans mongols. Battue par les Beys turcs. Battue par les féodaux suédois. Battue par les seigneurs polono-lituaniens. Battue par les capitalistes anglo-français. Battue par les barons japonais. Battue par tout le monde – en raison de son arriération: retard militaire, retard culturel, retard politique, retard industriel, retard agricole. On la battait parce que cela rapportait et qu’on pouvait le faire impunément. Rappelez-vous les paroles du poète d’avant la révolution: « Tu es miséreuse et opulente, tu es vigoureuse et impuissante, petite mère Russie (..) Car telle est la loi des exploiteurs: battre les retardataires et les faibles. Loi féroce du capitalisme. Tu es en retard, tu es faible, donc tu as tort, par conséquent l’on peut te battre et t’asservir (…° Nous avons un retard de  cinquante à cent ans sur les pays avancés; Nous devons parcourir cette distance en dix ans. Ou bien nous serons broyés. Voilà ce que nous disent nos obligations envers les ouvriers et les paysans de l’URSS. « 

Avec Lénine, Staline avait été l’architecte de la politique des nationalités. Avant 1917, Staline avait rédigé la principale  analyse théorique de la question nationale et après la Révolution, il avait été nommé commissaire du peuple aux Nationalités. En tant que révolutionnaire internationalistes, Lénine et Staline croyaient en l’unité des travailleurs par delà les frontières nationales et s’opposaient par principe au séparatisme nationaliste. Cependant, ils reconnaissaient tous deux l’attraction exercée par le sentiment national dans la lutte politique contre le tsarisme et dans la construction d’un Etat socialiste. L’idéologie bolchevique était prête à accepter l’idée d’encourager le nationalisme culturel et linguistique parmi les groupes ethniques et nationaux de l’URSS tout en luttant dans le même temps pour l’unité politique,sur une base de classe, de tous les peuples soviétiques. La première constitution de l’URSS,adoptée en 1922,était extrêmement centraliste mais aussi théoriquement fédéraliste et ostensiblement fondée sur une union volontaire de républiques nationales​. «  (1)

Il me semble que l’on peut s’entendre sur l’idée que jusqu’à Gorbatchev et Elstine, cette architecture n’a pas été remise en cause. Peut-être peut-on également s’entendre sur l’idée que si Khrouchtchev et ses successeurs correspondent à une certaine fin de la mobilisation populaire, ils ne remettent pas en cause la nature socialiste de l’Etat, ni les principes sur lesquels il est fondé. Commence un temps que l’on peut définir comme celui de la stagnation, mais aussi d’un soulagement, d’un art de vivre trop souvent ignoré de ceux qui limitent l’histoire de l’Union soviétique au seul stalinisme.

(1) Geoffroy Roberts, les guerres de Staline, de la guerre mondiale à la guerre froide, 1939- 1953, préface d’Annie Lacroix Riz, éditions Delga, 2015, deuxième édition. Traduit de l’anglais (stalins’wars originally published by yale University press, 2006. pp. 44 et 45).

 

La Russie pouilleuse de Lermontov : Porochenko et Poutine. par André Markowicz

 

Depuis quelques jours, les Ukrainiens n’ont plus besoin de visa pour visiter les pays de l’Union européenne. Et c’est, évidemment, une très bonne nouvelle. Moins il y aura besoin de visas en Europe, mieux nous nous porterons tous.
Mais je veux parler d’autre chose. — Pour le président Porochenko, cette abolition du régime des visas marque un « nouveau tournant historique », et l’adieu « définitif » de l’Ukraine au monde de l’empire russe. Et, pour confirmer cet adieu définitif, il a cité le premier quatrain de l’un des derniers poèmes de Mikhaïl Lermontov (1814-1841), — un poème qui commence par le mot « adieu », et que j’ai traduit dans le « Soleil d’Alexandre ». Je vous cite la traduction :

par André Markowicz
« Adieu, Russie, patrie pouilleuse,
Pays des maîtres et des serfs,
Des policiers à tête creuse
Et du bon peuple qui les sert. »

Il l’a cité dans le corps d’une phrase, je crois bien, comme s’il reprenait le texte à son compte, entouré de drapeau jaunes et bleus, comme Poutine, en face, sait s’entourer de drapeaux tricolores. Et chacun a compris cette citation comme une insulte.

*

Poutine a eu beau jeu de répondre, même s’il s’est trompé sur la date de mort de Lermontov (il a dit qu’il était mort en 1841 ou 42… il a été tué le 15 juillet 1841) en citant la deuxième strophe :

« Au Caucase où le sort m’emporte
Echapperai-je à tes pachas,
À l’œil qui voit malgré les portes,
À l’oreille qui sait déjà ? »

Il a rappelé qu’à l’époque, l’Ukraine faisait partie intégrante de la Russie, et qu’en parlant de Russie « pouilleuse », Lermontov parlait aussi de l’Ukraine, et donc, a poursuivi Poutine, « il n’y a pas de quoi être fier ». Et puis, à sa façon, il a expliqué les circonstances de l’écriture de ce poème.

Pour lui, Lermontov ne pensait pas du tout à quitter la Russie. Il était un patriote, indigné par les « circonstances qui se présentaient à ce moment-là », et il était sur le chemin du Caucase, territoire russe, — sans doute révolté (mais Poutine ne le dit pas) —, « officier patriote et courageux » à remplir, dans l’armée, son « devoir devant sa patrie».

*

En 1841, Mikhaïl Lermontov, qui n’avait pas 27 ans, venait de publier « Un héros de notre temps », un des plus grands romans de la littérature russe, et un recueil de poèmes salué comme un événement majeur. Il était sous surveillance policière constante. Il était officier, dans l’armée d’active. L’armée russe achevait la conquête du Caucase, qui devenait partie intégrante de la Russie au prix de campagnes sanglantes pendant lesquelles les troupes impériales avaient ordre de brûler les villages et, souvent, tuaient indifféremment hommes, femmes et enfants. Des campagnes qui, en 1841, duraient depuis plus de vingt ans. Pour ne pas participer à ses massacres, Lermontov s’était porté volontaire comme commandant d’une troupe qu’on appellerait aujourd’hui de « commando », et qui ne se battait que contre des combattants. Il ne savait pas que le tsar Nicolas Ier, qui le poursuivait d’une vindicte impitoyable depuis son poème sur la mort de Pouchkine, avait, en juin 1841, donné ordre qu’on lui interdise de rentrer du Caucase, même pour une permission et qu’on accroisse encore la surveillance qui l’accablait déjà.
C’est au Caucase où, depuis l’époque de Pouchkine, le pouvoir envoyait ses « dissidents ». C’est là qu’ils mouraient, tués au combat ou bien de maladie, comme le décembriste Alexandre Odoïevski, à la mort duquel Lermontov a consacré un poème extraordinaire (vous le verrez, là aussi, dans le « Soleil d’Alexandre »).

Ces deux quatrains, terribles, — et tellement vrais ! — ils ont été écrits comme en réponse au récit de Pouchkine sur son voyage à Arzroum quand, en 1829, lui à qui Nicolas Ier, interdisait tout voyage à l’étranger, et qui, lui aussi, était sous surveillance constante de la police, il s’était, de son propre gré, enfui vers l’armée combattante au Caucase, — loin de la Russie européenne : et c’est là qu’il s’était rendu compte qu’il n’y avait pas moyen de fuir, parce que la Russie occupait déjà tout, — la pesanteur du pouvoir impérial était déjà partout.

*

Mais en même temps que ces deux quatrains, Lermontov a écrit un autre chef d’œuvre, qui s’appelle « La patrie » :

« Non, j’aime ma patrie, mais d’un amour bizarre
—–Dont ma raison ne peut venir à bout.
———- Ni le sang versé pour sa gloire
—–Ni l’orgueilleux repos qu’elle affiche partout,
—– Ni les chants familiers de ses siècles de flamme,
—– Rien n’éveille ma joie, rien ne me touche l’âme.

———- Mais j’aime — allez savoir pourquoi —
—– Ecouter le silence de ses plaines
—– Et le tangage infini de ses bois
Et ces fleuves sans bord comme des mers lointaines.
J’aime, d’un long regard perçant l’obscurité,
Me faire cahoter dans une carriole,
Cherchant les feux tremblants comme des lucioles
———- D’un village déshérité.
———- J’aime l’odeur des feux de chaume
———- Et les convois de tombereaux,
———- J’aime, au flanc des collines jaunes,
———- Les jeunes couples de bouleaux,
—– Et j’éprouve une joie particulière
———- A voir les foins dans un hangar,
———- Les toits de paille des chaumières,
———- Leurs contrevents sculptés sans art,
———- Et je suivrais, les nuits de fête,
———- Dans la fraîcheur de la rosée,
———- Les paysans qui, à tue-tête,
———- Hurlent, dansant à s’épuiser. »

*

Du côté de Porochenko, l’insulte pure (même s’il a cité ensuite un extrait d’un poème de Pouchkine, dont il a volontairement déformé la fin — je n’en parlerai pas ici), une insulte que je ne puis qualifier que de raciste. C’est ainsi que sonnait le quatrain de Lermontov dans sa bouche — alors que, naturellement, il est tout sauf cela. Du côté de Poutine, l’exaltation du « devoir patriotique » et de la grande Russie de Nicolas Ier. Dans les deux cas, le même nationalisme aveugle et meurtrier — l’un étant le miroir de l’autre.

Et laisser penser que l’Ukraine peut tourner le dos la Russie, c’est, dans le meilleur des cas, être aveugle.

*

Lermontov, désespéré, épuisé, voyant parfaitement qu’il n’avait pas d’avenir, cherchait, d’une façon ou d’une autre, une issue. Il l’a trouvée dans la personne de l’un de ses camarades officiers, Martynov, qu’il insulta (mais personne ne sait exactement ce qui s’est passé). Martynov le provoqua en duel. Offensé, il avait le droit de tirer le premier : Lermontov mangeait des cerises pendant qu’il visait. Martynov a tiré, Lermontov a été tué net. Il n’avait pas atteint sa 27ème année.

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Publié par le juin 18, 2017 dans Uncategorized

 

Pour Mounir Mahjoubi, le groupe LREM à l’Assemblée jouera aussi le rôle de l’opposition

Publié  le 16 juin 2017

La situation devient si ubuesque, celle d’un président , élu avec 13,7% du corps électoral qui par suite de l’abstention massive risque de se retrouver avec une assemblée à 80% voir 90% de s majorité, avec une bonne part de gens qui lui doivent tout, mais aussi une bande de chevaux de retourissus de la droite, de la gauche et du centre qui s’y entendent pour se faire la peau quand leurs intérêts personnels sont en jeu. C’est si énorme qu’on a envie de pousser la situation jusqu’au bout de sa logique décrite ici par Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique:comme  le comble de la démocratie…Si l’on mesur bien que dans le même temps le dit Macron est en train sans attendre de reformater les médias pour supprimer les rares têtes qui dépassaient encore, qu’il est en train de tenter de mettre u pas les syndicats, on mesure le caractère cocasse mais aussi sinistre de la situation. (note de Danielle Bleitrch)

Pour Mounir Mahjoubi, le groupe LREM à l'Assemblée jouera aussi le rôle de l'opposition
Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique et candidat dans la 16ème circonscription de Paris © BERTRAND GUAY / AFP
Image Le Lab

Loïc Le Clerc pour Le Lab

Invité ce lundi matin des 4 Vérités sur France 2, le secrétaire d’Etat au Numérique et candidat dans la 16ème circonscription de Paris, Mounir Mahjoubi, a exposé sa vision des rapports de force de la prochaine Assemblée nationale.

La République en marche (LREM) aura vraisemblablement la majorité absolue, dimanche 18 juin, lors du second tour des élections législatives. Elle est même donnée au-delà des 400 députés. Une armée de macronistes qui doivent tout à leur président. D’où cette question : va-t-on avoir une Assemblée de godillots ? Mounir Mahjoudi y répond de la sorte :

Je n’ai absolument pas peur d’une Assemblée godillote. Vous allez avoir des gens qui vont débattre, qui ne seront pas toujours d’accord. On va enfin remettre de la vie et du débat à l’Assemblée.

 
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Publié par le juin 16, 2017 dans Uncategorized

 

Albert Einstein : « Si Dieu a créé le monde, sa préoccupation principale n’a certainement pas été de faciliter sa compréhension

je suis tout à fait d’accord avec sa conception des motivations « divines », d’ailleurs je suis à deux doigts de renoncer à lui trouver la moindre logique (note de danielle Bleitrach)

La mise aux enchère de quelques textes rédigés par le scientifique dans les premières années de la décennie de 1950 aura lieu à Jérusalem mardi prochain. On estime que celle-ci risque de dépasser les  20.000 dollars pour l’ensemble.

 

Les lettres, déjà jaunies, ont été écrites entre 1951 et 1954 et leur destinataire était le physicien quantique David Bohm, qui avait fui des Etats-Unis. en direction au Brésil en 1951 après avoir refuser de témoigner sur ses liens avec le Parti communiste devant le Comité d’Activités Antiaméricaines.

« Si  Dieu a créé le monde, sa préoccupation principale n’a  certainement pas été de faciliter sa compréhension »,  lui a écrit Einstein, en février 1954, un an avant sa mort, il(elle) publie le site The Times of Israel.

Dans un autre des textes envoyés à Bohm, avec qui il  avait travaillé dans l’Université de Princeton, il parle d’ Israël, qu’il définit comme « intellectuellement actif et intéressant », mais avec des « possibilités très minces ».

Alors que dans une missive envoyée en février 1953, Einstein compare un « état d’âme actuel  » des Etats-Unis. sous l’anticommunisme macartiste, avec la paranoïa existant en Allemagne au début du XXe siècle.

 

L’épouse de Bohm s’est installée en Israël après la mort de son mari et, après son propre décès, en avril 2016, les missives ont été mises sous scéllée par  la maison d’enchères Winner de Jérusalem.

« Il y a un intérêt formidable pour toutes les choses qui touchent à Einstein. Ses documents, des lettres, des brouillons sont à la vente tout le temps. Il ne passe pas un mois sans que des documents d’Einstein soient présentés dans des enchères ou dans une vente », affirme Roni Grosz, curateur du Centre de Archives Einstein de l’Université Juive de Jérusalem.

 

 

 
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Publié par le juin 15, 2017 dans Uncategorized

 

Le colloque de Saint Péterbourg: Les tensions sociales en Russie vont aller en grandissant, par Boris Kagarlitski

Dans nos précédents compte-rendus du colloque de Saint Petersbourg, nous avons fait état de l’intervention de Boris Kagarlitsky, et aussi de notre désaccord sur son interprétation de la Révolution cubaine (sans parler de son mélenchonnisme un peu échevelé), mais nonobstant ces désaccords, je pense que vous lirez avec plaisir cette vision russe et son point de vue sur l’aspect inexorable de la Révolution (note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop pour Histoireetsociete)

Les tensions sociales en Russie vont aller en grandissant
Les autorités de notre pays ne souhaitent pas de changements. Par conséquent, la révolution est inévitable

L’attaque du Palais d’Hiver. Tableau. (Photo: TASS)
https://svpressa.ru/society/article/167064/
Le monde qui nous entoure est en train de changer de façon spectaculaire, les anciens cadres et règles géopolitiques s’effondrent, plongeant à nouveau notre pays dans de dures épreuves. La Russie sera-t-elle cette fois-ci capable d’y faire face? Quel prix devra-t-elle payer pour cela? A ces questions d’actualité brûlante répond le sociologue, docteur en sciences politiques, directeur de l’Institut de la mondialisation et des mouvements sociaux (IGSO) Boris Kagarlitsky.

« SP »: – Pour ce troisième anniversaire « Maidan » de Kiev, du « Printemps de Crimée », du « printemps russe » au Donbass je voudrais vous demander: que s’est-il réellement passé – était-ce le produit de technologies politiques, une bataille d’idées, un élan spontané des masses?

– Sans aucun doute, le «Maidan» a commencé avec l’apparence d’un mouvement de masse. Mais à un moment donné, il a pu former sa propre base sociale. Le problème est que sa base était très étroite – la jeunesse déclassée des régions de l’Ouest, et le sentiment nationaliste intelligentsia Kiévienne. Ceci, bien sûr, peut être un support pour un projet politique, même pour un coup d’Etat. Mais cette base ne suffit pas pour changer vraiment le pays. Donc tout naturellement tout cela s’est terminé en règlements de comptes inter oligarchiques successifs.

Dans le cas de la Crimée c’est une autre histoire, avec le Donbass – une troisième. En Crimée, un mouvement de masse a commencé à se former, mais a été immédiatement intercepté par les élites locales. Et une partie importante de la population s’en est arrangé, parce que c’était plus tranquille et plus sûr.

Un mouvement populaire en Donbass s’est vraiment déployé, et à un certain moment la république populaire ressemblait à un Etat révolutionnaire. Ce fut une révolte des classes inférieures, clairement anti-oligarchique et même anti-bourgeoise. Il y avait une lutte pour un État social, pour le pouvoir populaire. Il suffit de voir quels étaient les slogans, qui étaient l’épine dorsale des rebelles.

Mais voilà le hic: pour survivre cette insurrection devait faire alliance avec la Russie officielle. Parfaitement bourgeoise et oligarchique. Et cela à la l’a condamnée à perte de son impulsion libératrice initiale.

En outre, il manquait de leaders ayant une vraie formation politique. Des gens comme Alexis Mozgovoï étaient des combattants très sincères et dévoués, mais des politiciens médiocres. Il n’y avait aucune organisation.

En bref, nous pouvons parler d’une Révolution ukrainienne ratée, avec un « Maidan », parodie de Février 1917 et le soulèvement dans le Sud-Est du pays – une révolution d’Octobre manquée sans bolcheviks et sans Lénine.

« SP »: – Comment notre pays, notre peuple ont-ils changé après les événements de 2014 en Ukraine?

– En Russie, les changements sont beaucoup plus grands que beaucoup de gens pensent. Mais ils ne sont que partiellement liés aux événements de la Crimée, de l’Ukraine et de Novorossia. Beaucoup plus important est que le mécanisme économique et social, qui assurerait la stabilité politique, est détruit. Sa base était les prix élevés du pétrole. Avec non seulement une augmentation constante de la consommation, mais aussi la possibilité pour les autorités de maintenir un équilibre entre les élites et la société, de satisfaire tout le monde. Cette situation ne sera plus. Et pas seulement à cause du fait que les prix du pétrole ont chuté. L’économie mondiale est en train de changer de manière irréversible au cours de la crise actuelle. L’économie et la société russe ont également changé. Il y a de nouveaux intérêts, de nouveaux problèmes, de nouveaux conflits.

Cependant, il y a un fait important: ni les dirigeants ni les classes inférieures de la société, ni la classe moyenne n’ont pas encore réalisé qu’ils vivent dans un monde qui a changé. En fait, la société russe est endormie et voit en rêve la stabilité, se voit vivre de retour dans la dernière décennie, « Oui, il y a une crise. Mais elle va finir! Et puis tout sera comme avant.  »

Hélas, cela ne sera pas. Et la crise ne finira pas tant qu’il n’y aura pas de changement radical. À un certain moment, les gens vont commencer à se réveiller. Ce ne sera pas un réveil très agréable, mais la chose importante est que tous les groupes sociaux ne se réveilleront pas en même temps. Certains se réveilleront plus tôt, conscients qu’il est nécessaire de vivre et agir différemment. Et leurs actions, consciemment ou non, réveilleront les autres.

Quant à l’Ukraine, qui fait également partie de notre ancienne patrie commune, elle connaît une désintégration progressive de l’état. Et commence à réaliser que le salut ne viendra pas de l’Occident. L’Occident tel que le voyaient non seulement les masses partisanes du « Maidan », mais aussi les oligarques ukrainiens n’existe plus plus. Il est en train de changer, de façon beaucoup plus radicale et dramatique que nous ne le faisons. Dans de telles circonstances, l’Ukraine a objectivement besoin de la Russie. Mais dans combien de temps et sous quelle forme aura lieu la prise de conscience?


« SP »: – Vous ne pensez pas que de plus en plus de gens sont déçus par les changements qui se sont produits?

– Les changements que réclamaient les gens en 2014 ont été bloqués. Ils ne se sont jamais produits. Mais la particularité de la mentalité russe moderne est l’attente d’un changement par le haut. Du genre, on va tout faire pour nous. On va nous offrir le changement. Mais les élites ne veulent pas de changements. Aucun. Absolument. Leur idéal est le monde immobile modèle 2007. Mais il est parti, et ne reviendra plus. Malgré tous leurs efforts, il faut reconnaître …

Le changement viendra quand les gens cesseront d’attendre et de demander mais commenceront à exiger et à combattre.


« SP »: – Je me risquerais à dire que des deux côtés de la barricade au Donbass on espérait une issue rapide, en Crimée, mais tout a tourné différemment …

– L’avenir de l’Ukraine et de Novorossia, en fin de compte, dépend de la façon dont les choses se passeront en Russie. En 2014, il y a eu un moment où semblait possible l’option inverse : Novorossia changerait la Russie. Cela n’a pas eu lieu, malheureusement. Bien que la possibilité existât, mais elle était faible. Mais maintenant, il est possible de prédire la croissance des conflits en Russie. Et la tentative d’une partie de la société, y compris les grands groupes de la bureaucratie, d’obtenir des autorités qu’elles remplissent leurs propres promesses, cette ligne politique qu’elles avaient proclamée. Parce que des slogans comme le développement de la production nationale comme substitut à l’importation, la modernisation, la ré-industrialisation, tout cela est bien beau, mais le gouvernement actuel par sa nature même, sa structure, est incompatible avec la réalisation de ces objectifs. Si ce n’était pas ainsi, tout cela aurait depuis longtemps été mis en œuvre dès 2006-2008.

C’est comme plan d’électrification GOELRO, les fondations techniques en avaient été réalisées par les ingénieurs sous le Tsar. Seul le renversement de la monarchie a permis la mise en œuvre du plan. Il n’y avait pas de conditions politiques, et sans elles, aucune technique ne fonctionne.

Au niveau de la politique concrète, la question bien sûr est de savoir si Poutine se représentera en 2018.

Dans tous les cas, il existe un besoin objectif d’une restructuration radicale de la société et de l’économie. Il est nécessaire de restaurer l’état social, une nationalisation à grande échelle, la confiscation de la propriété oligarchique, y compris les sociétés dites appartenant à l’Etat, qui servent effectivement les intérêts privés. Si cela ne se fait pas, il sera impossible de concentrer les ressources sur les priorités.

Nous avons besoin d’une refonte radicale des relations entre le centre et les régions, la mise en place d’infrastructures complètement nouvelles, pas limitées à Moscou, nous avons besoin d’une nouvelle réforme de l’éducation, diamétralement opposée à celle qui a été réalisée en 2013-2016. Ces mesures impliquent une structure et une composition du gouvernement qualitativement différentes. En général, des changements à grande échelle sont inéluctables. Et ils ne pourront advenir sans des événements politiques.


« SP »: – Et qui va faire cela?

– La question est, comment les gens vont se comporter quand le temps de la passivité sera terminé. Certains vont répéter les erreurs « ukrainiennes », tandis que d’autres – non. Mais il est évident que nous avons besoin d’une organisation politique et de volonté politique.

Très probablement, ils ne s’exprimeront pas sous la forme de partis. Au moins – au début. Construire un parti sur le modèle bolchevik est se préparer à la dernière guerre. En outre, comme modèle on ne prend pas le vrai bolchevisme, mais les idées à ce sujet formées par l’histoire soviétique du parti dans les années 1930-1950. Cette représentation est simplifiée et fausse. En fait, il y aura une certaine forme de coalitions politiques, des alliances. Il est très important qu’il y ait dedans un noyau politique, capable de réaliser les tâches qui attendent le pays et prendre des mesures décisives.

« SP »: – Peut-il y avoir des révolutions sociales au XXIe siècle?

– Vous savez, c’est comme dans la blague Odessite: «Si je tourne le coin de la rue, il y aura l’Opéra? » – « Il sera là, même si vous ne tournez pas ». Les révolutions accompagnent toute l’histoire du capitalisme. Elles cesseront lorsque le capitalisme n’existera plus. Qui se soucie de ce que je dis ou pense de leur utilité ou inutilité? Elles auront lieu de toute façon.

Si vous avez raté l’occasion de résoudre certains problèmes, éliminer les contradictions accumulées grâce à la réforme, la voie sera révolutionnaire. Une autre question est quelles formes peut prendre la révolution. Notre société n’est pas la même que celle de 1917. On peut espérer une forme plus civilisée de lutte et de transformation. Bien que, si vous regardez l’Ukraine d’aujourd’hui, l’optimisme à cet égard est mince.

« SP »: – Et La révolution d’Octobre, c’était une révolution ou un coup d’Etat?

– Ce qui s’est passé le 7 novembre 1917 (Nouveau style -. Ed) était un coup d’Etat. Cela, même les bolcheviks ne le nient pas. Mais en général dans le pays, une révolution avait lieu. Une des plus grandes, peut-être jusqu’à aujourd’hui – la plus grande dans l’histoire mondiale. Elle n’a pas abouti à la victoire du socialisme, le capitalisme, comme nous l’avons vu, a été restauré. La transition du capitalisme vers une nouvelle société post-capitaliste vient de commencer. Mais la première impulsion a été donnée par les événements de 1917 en Russie. En cela réside la portée mondiale de la révolution russe.

« SP »: – Il y a cent ans, les gens les plus exaltés et les plus décidés se rangeaient à gauche avec les bolcheviks. Aujourd’hui le centre des forces s’est décalé vers la droite – dans les milieux nationalistes on trouve les personnes les plus idéologiques, entraînées, fortes et agressives, prêtes à tout mettre en jeu: la vie et la liberté. Tandis que des communistes aujourd’hui, par exemple, à quelques exceptions près, il ne reste que le nom. Êtes-vous d’ accord avec ce jugement?

– Les gens de gauche sont coupables eux-mêmes d’avoir perdu l’initiative. Au lieu de la lutte des classes – ils manifestent pour les droits des animaux. J’aime les chats, mais cela n’a rien à voir avec l’ordre du jour politique. Cependant, l’idéologie est très conventionnelle. Regardez le Front National en France. Qui écrit ses documents de programme? Les gens qui viennent des partis socialiste et communiste. Et qu’écrivent-ils dans ces documents? La même chose qu’il y a 20 ans. Simplement leurs propres partis ont renoncé à ces idées et ce programme. Soi-disant que cela ne fonctionne pas. Et Marine Le Pen les a récupérés. Non seulement les personnes, mais aussi les idées, l’ordre du jour. En fait, ça marche.

Et c’est là, comme on disait dans les années 1920, qu’est le nœud du problème. Qui a le plus d’énergie, de colère – n’est pas si important. L’essentiel est qu’une stratégie adéquate pour le changement social ne peut être formulée que sur la base d’un programme de gauche classique. Ce n’est pas le problème que ça plaise ou que ça ne plaise pas. Simplement, personne en dehors de la gauche n’a formulé, ou même essayé de formuler un programme de sortie constructive du néo-libéralisme. Les slogans ne suffisent pas. Qu’est-ce un ordre du jour de gauche en fait – c’est un programme constructif pour surmonter le néolibéralisme, et à l’avenir le capitalisme. Le programme ne repose pas sur des valeurs abstraites et pleurnicheries pour réclamer la justice, mais sur l’analyse des contradictions objectives de la société capitaliste et, par conséquent, le développement des moyens de les surmonter. Il est un moyen d’exprimer les exigences objectives du développement social pour la majorité des gens. Personne, sauf la gauche ne s’occupe de ça et ne s’en occupera jamais.
« SP »: – Mais le problème est que beaucoup de gens de gauche aujourd’hui ne s’occupent plus de ça?

– Ils font comme à droite – ils prononcent des slogans vides, se passionnent pour des idées abstraites. La majorité de la gauche moderne devrait tout simplement être ignorée. En fait, c’est ce qui se passe. A juste titre. En cas de changement, ils resteront inévitablement sur la touche et commenceront à geindre – comme nous l’avons vu dans le cas du Donbass – que le changement n’est pas le bon. La classe ouvrière pas comme elle devrait être. Bref, rien ne leur va.

Heureusement, il y a d’autres gens qui sont prêts à se battre, et à travailler avec la réalité imparfaite telle qu’elle est. C’est ce que l’on appelle faire de la politique. Et le plus drôle est que, comme j’en suis certain, les deux tiers des personnes qui se considèrent comme de gauche maintenant ne prendront aucune part dans la politique quand les choses deviendront sérieuses. Les choses seront faites pour les deux tiers par des gens qui aujourd’hui ne réalisent même pas qu’ils sont en réalité par leurs objectifs, leurs idées, leurs valeurs – des gens de gauche. En outre, beaucoup d’entre eux, aujourd’hui encore, ne réalisent pas encore que demain ils seront impliqués dans la politique.

« SP »: – Qu’en sera-t- il du contenu idéologique?

– Un problème commun à la plupart des tactiques proposées par les gauches modernes n’est même pas l’absence d’une stratégie, mais l’incompréhension ou le refus de comprendre deux faits fondamentaux : la destruction de l’ordre capitaliste néolibéral est un processus naturel et irréversible et aucun retour à l’ordre d’avant la crise ne peut avoir lieu. Quels que soient les choix politiques faits par tel ou tel groupe.

Et d’autre part, il y a un retour à la politique de confrontation de classe. Cependant, les classes elles-mêmes engagées dans la lutte sont en grande partie décomposées, désorganisées et ont perdu leur structure organisationnelle et politique habituelle, leur fondement idéologique. Non seulement la classe ouvrière et la masse des salariés, mais dans une large mesure également la bourgeoisie, à l’exception de l’élite oligarchique, est dans cette situation, plutôt une «classe en soi» qu’une «classe pour soi. »

La construction idéologique et organisationnelle se produira à nouveau. Dans les conditions nouvelles, les formes politiques et organisationnelles héritées du passé, non seulement ne favorisent pas ce processus mais contribuent à l’entraver.

« SP »: – Au cours des dernières années, a commencé à croître l’idée d’une restauration monarchique en Russie. À votre avis, est-ce une bonne chose que l’on essaye de nous faire revenir aux sources, ou non?

– Le pays est culturellement dégradé et le sentiment monarchiste est le produit normal de ce déclin culturel. Les gens ne croient pas en eux-mêmes, ne connaissent pas et ne comprennent pas l’histoire, ont peur de l’avenir, ne sont pas conscients de la valeur des organisations politiques, ne comprennent pas la nature de classe de l’Etat et de la société. Mais s’ils commencent à agir, cela passera.

« SP »: – Monarchie et antisoviétisme sont quasiment synonymes. Est-il possible de voir se former un projet réussi de développement blanc rouge en Russie, en unissant les deux parties?

– Mais c’est quoi le projet des Blancs? Laisser tout comme en 1913? Il n’y a pas de projet blanc. Et il n’y en a jamais eu. La contre-révolution n’était pas un projet. C’était essentiellement un anti-projet. Elle est hostile à l’idée même de l’avenir comme quelque chose de fondamentalement différent du présent et du passé. C’est pourquoi elle a été défaite. Toujours. En Angleterre sous Cromwell et en France en 1793, et chez nous en 1918-1920.

Mais un projet rouge et blanc – oui, cela existe. Comme je l’ai dit, c’est un produit de la crise morale, spirituelle et culturelle de la société post-soviétique. Quand il n’y a rien sur quoi s’appuyer, quand on n’a pas le courage ni d’accepter la désagréable, tragique vérité sur l’URSS des camps, des répressions, et ainsi de suite, ni de condamner l’antisoviétisme, parce que l’Union soviétique avec tous ses camps et la répression est encore la meilleure chose qui soit arrivée à l’humanité au XXe siècle.

Traduction MD pour H&S

 
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Publié par le juin 7, 2017 dans Uncategorized

 

Marianne et Danielle suite, le colloque: mais qu’est-ce donc que l’URSS ?

photographie de Vladimir Chevtchenko, le troisième en partant de la gauche.

A propos de la Révolution d’octobre et de la logique formelle ou de la logique dialectique

Pendant trois jours notre vie tournera autour de cette salle au charme désuet des grandes bibliothèques dans lesquelles j’ai passé mon enfance et mon adolescence, un lieu où je me sentais protégée et en même temps déjà en voyage dans le temps et l’espace, enfermée dans des bulles de temps et de l’inconnu familier. Les interventions posent plus de questions qu’elles ne prétendent en résoudre, cela me va. Le réel est la synthèse de nombreuses déterminations et je me souviens de la leçon que Lénine donnait sur l’opposition entre logique formelle et logique dialectique. La logique formelle consiste à prendre un aspect des choses, de ce verre, disait-il ou de l’analyse du rôle des syndicats dans la construction du socialisme. Il s’agissait de la querelle théorique qui l’opposait à Trotski sur cette question et d’une intervention de Boukharine qui avait prétendu clôre le débat entre eux en disant Trotski dit ça et Lénine dit ça sur ce verre, ils ont tous les deux raisons parce que ce verre est à la fois profond et lourd. Il en de même de la définition des syndicats. Lénine s’était levé, excédé par la superficialité du propos et avait dit « Boukharine nous donne une leçon de logique formelle, ce verre est à la fois ceci et cela, mais voilà quelle est la logique dialectique. Il faut prendre si possible TOUS les aspects du verre, il est non seulement profond et lourd, mais il est transparent, non ébréché, ce verre a de multiples aspects, mais il faut en choisir l’aspect principal en logique dialectique, celui qui donne le mouvement du verre, en l’occurrence l’usage que j’en ai, si je veux boire il faut qu’il ne soit pas ébréché, si je veux en faire un presse papier ou un projectile sa qualité principale est autre. En ce moment deux Chinois discutent en Chine sur la guerre, l’un dit la guerre est un art, l’autre répond c’est la lutte des classes, ils ont tous les deux raisons, mais pour nous c’est d’abord la lutte des classes au moment où elle en est dans notre Révolution.  » Je repense à cette analyse de Lénine et je me demande quels sont les aspects principaux de l’analyse que nous faisons de ce sujet aujourd’hui, quelle est notre tâche. Est-elle seulement mémorielle ? Certainement pas en tous les cas pas pour l’adversaire qui s’acharne à en donner une interprétation.

Ce qui fait consensus et ce qui provoque le débat

Un autre sujet que celui des méfaits du capitalisme fait consensus et donnera lieu à de nombreuses interventions, il s’agit de l’excellence de la culture dans l’ex-URSS. La matinée du deuxième jour est consacrée à cette question et comme c’est la coutume dans les colloques universitaires, chacun traite de sa de thèse ou de ses recherches, ce qui nous balade de l’intelligentsia d’avant la Révolution et son influence sur l’évolution de la société soviétique pendant la NEP du docteur en histoire, madame Yerochkina à la politique éducative et culturelle de l’Etat dans les années 20 et 30 et son influence sur le développement des petits peuples du Nord, de la Sibérie et de l’extrême orient par le docteur Nabok de Saint Pétersbourg, en passant par l’influence de la révolution de 1917 sur l’éducation et les sciences pédagogiques ou l’art russe à l’époque du communisme de guerre par Panoutin, un autre historien.

Le consensus est plein et entier sur la grande réussite qu’a été la politique culturelle et de l’éducation en Union soviétique, mais le débat se passionne à nouveau sur une question qui a été abordée hier dès la deuxième intervention d’une manière très convaincante par le docteur en philosophe Vladimir Chevtchenko dans une communication qui porte le titre: « interprétation marxiste et libérale: débat d’experts ou confrontation idéologique. » En fait ce dernier dont nous allons vous faire connaître les textes grâce aux traductions de Marianne témoigne sur ou plutôt contre la doxa qui tend à s’imposer sur le bilan de la Révolution d’octobre, ce qu’on enseigne aux étudiants, aux écoliers sous couvert de vérité scientifique et qui n’est que propagande idéologique. A l’autre bout du spectre, il y aura l’intervention de la vedette du colloque, le sociologue Boris Kagarlitski auquel nous allons nous opposer et dont nous ferons également connaître un texte. Celui qu’il présente au colloque sous le titre « l’énigme d’un parti révolutionnaire » n’en étant qu’une redite abrégée.Lisez donc son interview traduit par Marianne et que nous allons publier ici, il en vaut la peine c’est roboratif.

Entre ces deux spécialistes en sciences politique se joue l’équivalent de la querelle entre logique formelle et logique dialectique à propos non seulement de l’interprétation de ce qu’a été l’URSS, la révolution bolchevique avec au centre le rôle du parti hier et aujourd’hui, pour la mère de toutes les Révolution et sa postérité. Le dialogue n’est pas direct entre eux, ce sera paradoxalement à propos de notre propre exposé sur la « déstalinisation ratée » qu’il apparaîtra avec la question que pose Vladimir Chevtchenko : est ce que la déstalinisation est un concept socialiste ou libéral?

Avec ces deux positions, nous avons non seulement deux manières « révolutionnaires » de traiter de la postérité de la Révolution d’octobre, mais deux projets de société concernant l’avenir avec l’idée centrale que les choses ne peuvent pas rester en l’état, quels sont les aspects principaux de la situation de hier comme d’aujourd’hui et sur quoi les analyses s’opposent-elles?


Le réveil de la réflexion russe sur l’URSS

Ce que reflète le colloque y compris les interrogations sur l’URSS c’est d’abord le choc de 1991, suivi de l’histoire d’un anéantissement de la réflexion sur leur propre expérience. Ces universitaires ont passé dix ans dans le coma complet devant l’incompréhensible chute de l’Union soviétique, dix ans à s’en remettre et cela fait 5 ans qu’ils commencent à réfléchir à ce qui est réellement advenu. Durant ces 5 ans ils ont passé plus de temps à réfléchir au choc des années quatre vingt dix, qu’à se demander ce qu’avait été l’URSS. Ils commencent à peine à le faire et la célébration de 1917 les y incite. Elle a été précédée d’un autre réveil douloureux, la crise ukrainienne et la conscience de l’hostilité de l’Occident, des Etats-Unis mais aussi de l’Europe. Tous les jours on leur déverse à la télévision des « louches » d’antistalinisme et de dénonciation de la terreur bolchevique et ce n’est pas gratuit. Boris Kagarlitski affirme, » qu’on le veuille ou non l’idée d’une stabilité est illusoire », chacun le sait donc la pression sur l’histoire, la manière dont on privilégie la révolution libérale par rapport à celle d’octobre n’a rien d’innocent, c’est le fruit de cette tension qui monte dans le pays face aux injustices et à la dégradation de la vie de la majorité ». Il est rejoint dans ce constat par le docteur Chevtchenko qui interroge la Révolution d’octobre à partir des problèmes de l’heure et même de ce qu’a réalisé la révolution chinoise.

Le constat de cette situation qui veut que l’historiographie d’un événement révolutionnaire est encore un enjeu dans les tentatives pour étouffer les luttes d’aujourd’hui est proche de celui que dresse Annie Lacroix Riz à propos des travaux de l’historien irlandais Geoffroy Roberts « la teneur de ces travaux tranche avec l’effroyable portrait de l’URSS « stalinienne » dressée par l’historiographie française à l’ère Courtois-Furet-Werth du livre noir du communisme et popularisé par la grande presse. Car le dossier soviétique ne relève pas en France de l’étude historique mais de la lutte idéologique ou de la propagande politique. Pour empêcher le public de s’informer, rien ne vaut le barrage linguistique, censure scientifique insurmontable » (1). Si la barrière linguistique est réelle entre la France et les travaux édités en anglais, que dire des Russes et de leurs réflexions. Celle d’une presse qui fait silence sur les travaux existants dont les nôtres parce qu’il faut ne jamais laisser filtrer la manière dont des peuples entiers regrettent le socialisme. Le monde scientifique lui-même subit une véritable terreur dont le point central a fini par concerner notre propre révolution selon l’évangile de Furet qui veut que les révolutionnaires, depuis « les débuts français de l’ère maudite des révolutions, auraient, afin de justifier leur ‘système de pensée extrêmement violent’ instrumentalisé l’ennemi contre-révoltionnaire sur une base largement voire exclusivement fantasmagorique (2).

La permanence de l’URSS dans la Russie d’aujourd’hui

Oui, mais cette opération est plus difficile à mener dans l’ex-URSS, en Russie en particulier qui reste l’épicentre du mouvement. Le sociologue Boris Kagarlitski ne manque pas de verve et il reprend l’interrogation d’un grand nombre de Russes: « nous n’avons plus de masses, plus de parti, plus de leader », à laquelle il répond: « Il y a un fait important: ni les dirigeants, ni les classes inférieures de la société, ni la classe moyenne n’ont encore réalisé qu’ils vivent dans un monde qui a changé. En fait la société russe est endormie et voit en rêve la stabilité, se voit vivre un retour à la stabilité et se dit « Oui, il y a une crise. mais elle va finir! Puis tout sera comme avant« . Il dénonce cette illusion et d’une part affirme qu’aujourd’hui heureusement un certain nombre de gens sont prêts à se battre avec cette réalité imparfaite « cela s’appelle faire de la politique », mais également sa conviction que les deux tiers des personnes qui se considèrent comme de gauche maintenant ne prendront aucune part dans la politique quand les choses deviendront sérieuses.  »

Il n’a pas tort, la Russie s’est endormie, elle est en train de se réveiller étonnée de ce qu’elle voit et qui lui déplait, rien ne correspond à ce qu’elle avait espéré, parce qu’il n’y a effectivement aucun espoir à voir dans ce monde là… ses rêves sont peuplés de cauchemars incompréhensibles. Tout à changé, des gens se sont mis à prendre en main ce monde-là mais le fond reste aussi le même. D’ailleurs est-ce que quelque chose a réellement changé? A Kazan, comme ailleurs, il y a toujours une avenue Karl Marx et la statue de Lénine bras tendu vers l’avenir veille sur la place centrale, la gare est toujours décorée de faucilles et de marteaux. Quand Marianne veut aller voir derrière l’étal les fruits et les légumes, elle se fait rabrouer: « Femme, c’est interdit de passer par là! » Elle s’excuse et proteste qu’il faudrait un écriteau. Là c’est l’indignation: parce qu’en plus il vous faudrait un écriteau ». Après le côté presque obséquieux des serveurs de Saint Pétersbourg habitués aux touristes, nous voici à nouveau en Union soviétique avec ses rudes matrones qui refusent de vous servir parce qu’elles sont fatiguées et qu’elles ont accompli leur temps moyen nécessaire pour la collectivité et qu’elles ne céderont pas à votre consumérisme excessif… Nous rions avec Marianne de ce retour vers l’URSS de jadis, cette mini application de la dictature du prolétariat que chaque personnel de service se croyait en droit de vous imposer. Le seul changement c’est qu’avant on vous interpellait avec des « citoyennes », « camarades », aujourd’hui c’est avec le terme « femme » (женщина), madame eut été trop céder à l’adversaire de classe, et il fallait tenir compte des changements. Il n’y a pas qu’en province, à Kazan en particulier, où la référence à l’Union soviétique permet de tenir ensemble cette moitié de population tatare et l’autre moitié russe, parce que l’Union soviétique a développé l’amitié entre les peuples. Chaque personne rencontrée, le chauffeur de taxi, le praticien de l’espéranto que contacte Marianne nous décrit la fusion opérée entre tatares et russes… Oui mais il y a au cœur du Kremlin local magnifique une mosquée assez hideuse récemment construite, avec les crédits saoudiens dont notre chauffeur Alexandre nous dit la laideur, en affirmant ce qui est inexact que toutes les mosquées sont hideuses sauf Sainte Sophie (parce que ce fut une église), cette irritation palpable y compris chez certains tatares devant l’enseignement obligatoire du tatare.

A Saint Pétersbourg quand l’avion arrive, il s’agit de la compagnie Rossia, l’hôtesse annonce : « Leningrad, la ville héros » et au-dessus des bâtiments de l’aéroport, il y a bien en lettres énormes Leningrad. Quand nous avons quitté la ville en taxi pour nous rendre à la gare, nous avons demandé au jeune chauffeur, un arménien qui a reçu une formation d’ingénieur et qui pour vivre pratique deux métiers, chauffeur et architecte d’intérieur sans arriver à s’en sortir comment il appelle la ville. Il nous répond « par son petit nom Piter » et il ajoute mais si nous parlons d’elle, nous l’appelons Leningrad. » Le passé résiste, est-ce qu’il meurt au milieu de nous, se décompose ou au contraire est-il le terreau sur lequel chacun prend conscience du caractère insupportable de la situation actuelle? les deux peut-être avec des temps différents pour les groupes sociaux affirme Boris Kagarlitski.

Et tout est à l’avenant, en fait ne pas toucher trop au passé fait partie de cette recherche de stabilité, de ce besoin de croire que tout cela va passer.

C’est pourquoi identifier la situation russe à le situation française serait inexact. Les Libéraux tiennent des positions, par exemple les programmes du ministère de l’éducation nationale sur la présentation scolaire de la Révolution d’octobre dont nous parle Vladimir Chevtchenko, et ils contrôlent une partie des émissions de télévisions, en France il n’y a plus le moindre espace de contestation de la doxa officielle sur « le livre noir du communisme ». Cela s’est accompli avec l’intellectuel médiatisé qui a remplacé le modèle républicain meritocratique » de l’Universitaire issu du peuple et faisant une longue thèse et des travaux argumentés. En Russie, il existe quelque chose de cet ordre et les différences entre Vladimir Chevtchenko et Boris Kagarlitski sur le rôle du parti léniniste dans la Révolution, relèvent aussi semble-t-il de cette différence de statut entre un intellectuel médiatisé avec des contacts en Europe et le travail universitaire, on peut se le demander?  Mais ce qui crée la différence entre la Russie et la France c’est comment au nom de la stabilité on n’ose pas encore trop toucher à la mémoire populaire… Ainsi en a-t-il été de la proposition de fermer le tombeau de Lénine y compris ceux qui disent que son épouse Kroupskaia ne voulait pas d’un tel embaumement. Il n’en est pas question, cela diviserait inutilement la société. C’est sans doute encore plus vrai si l ‘on considère la question des nationalités avec le partage des Républiques entre tatares musulmans et russes orthodoxes dans le Tartastan. La référence à l’Union soviétique demeure le ciment dans une situation qui pourrait devenir périlleuse, l’équilibre lié à l’Union soviétique doit être préservé.

La stratégie du Parti communiste de la fédération de Russie et un certain gauchisme universitaire : de la guerre de mouvement à celle de position?

Mais là dessus je vous renvoie à l’excellent article que Marianne est en train de traduire de Vladimir Chevtchenko et qui sera suivi ultérieurement d’un article du même auteur sur le stalinisme. Cette approche théorique permet de mieux éclairer la stratégie du Parti communiste de la fédération de Russie et celle de son leader Ziouganov tant dans ses relations avec la Chine que dans la stratégie suivie à propos de la Russie elle-même qui donne lieu à de nombreux débats et critiques dans ce colloque.

Quand dans le colloque, j’ai fait remarquer que les premiers travaux du monde académique regroupés par le parti de la fédération de Russie avaient remis en cause l’abandon de la dictature du prolétariat, un de mes interlocuteurs communiste opposé au parti de la fédération de Russie me répond: « Mais Ziouganov n’y croit pas lui même à la dictature du prolétariat! ». Et là on m’a ressorti l’éternel reproche adressé à ce dirigeant: quand il avait gagné les élections et que Poutine les avait trafiquées en 1996, il n’a même pas eu la volonté de s’emparer de force du pouvoir. Ce à quoi Ziouganov répond qu’il a voulu éviter une guerre civile et ses adversaires ont beau jeu de lui rétorquer que Staline et Lénine n’auraient pas hésité. Autre reproche adressé à Ziouganov, il serait un nationaliste. Bref non seulement ce seraient les communistes dont Ziouganov porte l’héritage qui auraient vendu l’Union soviétique, mais il aurait été incapable de reprendre le pouvoir à l’oligarchie qui avait tronqué les votes.

En écoutant Vladimir Chevtchenko, et nous espérons Marianne et moi que celle-ci vous inspirera autant de réflexion, on pense à une autre stratégie du dirigeant du KPRF. J’ai du mal à imaginer Ziouganov en lecteur de Gramsci, mais pourtant sa stratégie peut faire irrésistiblement songer à ces concepts gramsciens sur la manière dont la Révolution française passe de la guerre de mouvement à la guerre de position et de la dictature de la bourgeoisie à l’hégémonie radicale sous la troisième République. A partir de la guerre de mouvement comme l’a montré la première guerre mondiale, la guerre devient toujours plus une guerre de position. Celle-ci rappelle les réflexions de Gramsci dans les Cahiers de prison sur les deux moments de la révolution française. Le moment jacobin, avec Robespierre qui mène contre l’aristocratie et la féodalité « une guerre de mouvement », puis malgré le retour des rois cette autre étape de la guerre dite guerre de position ou de tranchées. Les radicaux comme Jules Ferry et d’autres vont inscrire dans le territoire à travers l’école laïque entre autres la réalisation pas à pas des objectifs de la révolution française dans la lutte contre la féodalité. Le bloc de la Révolution bourgeoise en France excède non seulement l’opposition traditionnelle entre 1789 et 1793 et sa terreur, mais également se déploie sur tout le XIXe siècle, alors même qu’en son sein monte un nouvel acteur, le prolétariat. En fait les radicaux, malgré le retour des rois, ont pu mener un tout autre type de guerre pour faire triompher les buts de la révolution française et ils ont pu le faire parce qu’il y avait de fait un consensus sur le modèle républicain inauguré par la Terreur et poursuivi à sa manière par Napoléon. La société russe témoigne d’un large consensus autour de la Révolution et de l’URSS, il n’est pas besoin d’une nouvelle guerre civile ou terreur. Il en sera de même puisque 1917 a eu lieu avec sa terreur, de la guerre de position pour l’hégémonie que doit mener le prolétariat mondial . « il se passe dans l’art politique ce qui se passe dans l’art militaire : la guerre de mouvement devient toujours davantage une guerre de position »8, celle-ci est « imposée par les rapports généraux des forces qui s’affrontent » dit Gramsci et peut-être pense Ziouganov, l’hégémonie est une guerre de position qui implique la stabilité du front, sa dimension nationale sans doute et qui paraît requérir une certaine stabilité. En écoutant Vladimir Chevtchenko nous parler de cette lutte menée pied à pied entre libéraux et communistes autour de l’interprétation de la Révolution d’octobre et de ce que fut l’URSS dans le contexte de la Russie d’aujourd’hui qui rêve de stabilité tout en étant la proie de l’idée que c’était mieux en ce temps-là et surtout que les Américains veulent la guerre, c’est de cette lutte pour l’hégémonie dans une guerre de position qui s’est imposée et qui est rendue possible par l’existence de celui que Gramsci désigne comme le « prince  » des temps modernes, le Parti.

Quant au nationalisme prêté à Ziouganov c’est un paradoxe pour celui qui fait tout pour renouer les liens avec la révolution chinoise, retissant des liens que Khrouchtchev avait distendus. Là encore ce qui est pris en compte c’est la globalité de la Révolution bolchevique dans le temps et dans l’espace, cette révolution qui a rendu possible toutes les autres, mais que le devenir des autres éclaire aussi parce que le prolétariat y a fait la preuve qu’il était capable de prendre le pouvoir d’en exercer y compris la dictature. .

Sur l’interprétation de la Révolution cubaine

Boris Kagarlitski croit-il en revanche à une nouvelle guerre de mouvement déclenchée par des masses pures de tout compromis avec l’ordre existant et qui balayerait ceux qui ont accepté d’exercer le compromis politique durant nos temps obscurs? C’est séduisant mais je ne peux m’empêcher « à force de vouloir avoir les mains propres, ces gens là n’ont plu de mains du tout »… Nous écoutons sa démonstration dont le fin du fin est de démontrer que la Révolution aura lieu qu’on le veuille ou non et qu’on n’a pas besoin pour cela d’un parti. Ainsi péremptoire, il dit avec des traits rapides et percutants ce qui selon lui s’est passé et est actuellement déjà en train de se passer dans ce monde qui ne peut plus rester en état… non seulement Mélenchon est son nouvel héros mais il affirme que jamais les Français ne pardonneront au PCF et à Pierre Laurent d’avoir appelé à voter Macron. Si nous ne sommes pas Marianne et moi des fans du secrétaire du PCF, nous trouvons le jugement un peu rapide ne serait-ce qu’à cause de tout un prolétariat issu de l’immigration qui avait réellement peur de ce que représentait Marine Le Pen mais même sans se référer à ce prolétariat, il est clair qu’il y une masse de prolétaires, d’ouvriers, y compris dans les territoires qu vivent délocalisation et désindustrialisation, mise en concurrence des forces de travail, qu’il faut impérativement arracher au fascisme et à son désespoir. Dans la situation des présidentielles françaises entre les deux tours, n’y avait pas de bon choix et il fallait surtout empêcher de s’opposer sur ces questions. Le problème que pose la direction du PCF est bien antérieur à ce moment et justement pose la question du parti, de son utilité. Je trouve que Boris Kagarlitski en prend à son aise avec la complexité de la société française. Mais là où mon désaccord devient plein et entier c’est quand dans le cadre de sa problématique visant sur le fond à nier l’importance d’un parti révolutionnaire, il explique que le vieux parti communiste cubain s’est montré totalement hostile à Fidel Castro.

Je lui demande d’où il tire cette conviction. Il me répond que son épouse faisait une recherche sur Mikoyan et l’art de la cuisine et qu’en consultant sa correspondance, elle avait par hasard trouvé une lettre de deux Cubains appartenant à l’ancien parti communiste cubain qui dénonçaient « l’aventurier Fidel Castro ». Je trouve la référence un peu courte et sa conclusion trop rapide. Qu’il y ait eu des éléments hostiles dans les partis communistes traditionnels à la guérilla castriste puis guévariste est une réalité qui va s’accentuant dans la période de division entre la Chine et l’URSS, mais il est faux de ne pas envisager les racines multiples de la Révolution castriste, sur quoi s’ancre la résistance dont elle a fait preuve y compris à la chute de l’URSS.

je lui demande s’il sait que Raoul Castro était lui membre de ce parti y compris quand il participe à l’assaut de la Moncada ? Que Fidel qui était marxiste depuis longtemps l’y avait encouragé. J’explique que mon ami Jorge Risquet, qui avait été le plus jeune membre de la jeunesse communiste cubaine, à 13 ans, était depuis toujours à ses côtés. Se contenter de cette lettre dans les papiers de Mikoyan alors que le sujet de la recherche est tout autre est pour le moins léger. Il y manque l’analyse de ce qu’était cet ancien parti communiste, son implantation dans le port de la Havane mais aussi dans le syndicalisme africain des coupeurs de canne et des ouvriers du sucre, autant que dans l’industrie du tabac, chez les étudiants, tout cela est irresponsable. Ce parti fondé par Julio Antonio Mella qui était aussi marxiste-martiste que les frères Castro et Risquet, mérite une autre analyse, s’en priver c’est ne pas comprendre toute une part des racines de la révolution cubaine. En revanche plus intéressant serait de voir le rôle joué par l’armée révolutionnaire dans la prise du pouvoir mais aussi dans la période spéciale, celle où Cuba, à la chute de l’Union soviétique, sans l’aide du COMECON, à une encablure des Etats-Unis son pire ennemi a résisté et a entraîné et soutenu l’élan qui s’annonçait en Amérique latine. Cette armée a joué un rôle essentiel, s’est autofinancée, a fourni les cadres y compris sous l’impulsion de Raoul Castro dans la résistance à l’impérialisme.

Boris Kagarlitski ignore visiblement tout cela, il essaye de se débarrasser de moi et de mon intervention intempestive en déclarant « Intéressant, je ne savais pas que les Castristes avaient ainsi pratiqué l’entrisme dans le vieux parti communiste! » Là je suis accablée, j’imagine la tête de mon vieux camarade stalinien qu’a été toute sa vie Jorge Risquet en train de se faire accuser d’entrisme trotskiste dans le parti communiste cubain, alors que sa famille des ouvriers du tabac habitant dans les Solares cubains, ces bidonvilles autour du port de la Havane poussaient si loin l’engagement communiste que sa sœur née le jour de l’assassinat de Mella n’avait jamais vu fêter un si funeste anniversaire… lui qui avait dirigé les contingents cubains en Afrique sous les ordres de Fidel et aimait tant l’URSS, mais affirmait que l’intervention cubaine dans ce continent qui avait aidé à la libération de Mendela et à la libération de l’Afrique du sud de l’apartheid et « était repartie seulement avec les os de ses soldats morts », n’avait jamais agi sur ordre de l’URSS dans ce continent… Cet amour de l’URSS, de sa révolution passait chez les Cubains de l’exigence du respect, le respect du mode révolutionnaire cubain… Je crois le connaissant qu’il aurait été capable de gifler celui qui l’aurait à ses yeux insulté en travestissant l’Histoire, leur histoire. .

Mais nous reviendrons sur ces passionnants débats demain à propos du stalinisme.

(1) Geoffroy roberts, les guerre de Staline, de la guerre mondiale à la guerre froide 1939-1953, préface d’Annie Lacroix-Riz. Editions Delga. Paris 2015, p. préface page II.
(2) idem page IV.

 
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Publié par le juin 6, 2017 dans Uncategorized