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La Russie doit être forte par Andreï I. Foursov

lundi 2 mars 2015, par Comité Valmy

La Russie doit être forte.

L’entretien ci-dessous, accordé par Andreï I. Foursov, Directeur de l’IFPI et membre du Club d’Izborsk, a été publié le 18 février 2015 dans la Magazine « Miroir de Crimée », sous le titre provocateur ‘La puanteur de l’Occident’
« Nous devons être forts. Alors personne ne pourra nous entraîner dans une guerre. »

André Ilitch, si vous le voulez bien, allons directement à l’essentiel. Selon vous quel est le véritable objectif de l’agression américaine en Ukraine ?

Le but principal du coup d’Etat nazi à Kiev et de l’agression américaine contre le Monde Russe qui s’en est suivie est la création d’un avant-poste permettant d’exercer une pression politique, et si possible aussi, militaire sur la Russie, afin de créer un foyer de tension permanente à notre frontière occidentale.

La société internationale admet cela ?

Mais que signifie société internationale ? Il ne faut pas se bourrer le crâne. Derrière cette combinaison de mots se dissimule le sommet financier et aristocratique du monde capitaliste contemporain et ses différents serviteurs, avant tout, les médias [« smi », en russe, sur les initiales de moyens d’information de masse N.d.t.], ou plutôt la puanteur [« smrad » en russe, sur les initiales de moyens de publicité de masse, d’agitation et de désinformation N.d.t.].

L’attention des médias/de la « puanteur » a longtemps été rivée à la crise ukrainienne. Dans quelle mesure l’essence de la confrontation au Donbass a-t-elle été exposée ; a-t-on réellement indiqué la nature de cette crise ou certains éléments ont-ils été laissés de côté ?

La “puanteur” mondiale donne une image absolument fausse de ce qui se produit en Ukraine, mentant de façon cynique et faisant passer le noir pour du blanc et l’inverse. Ce que nous appelons les médias mondiaux, ce sont aussi des départements d’opérations spéciales, des commandos de pointe dans la guerre de l’information. Leur objectif principal consiste à annihiler toute volonté de résistance chez l’ennemi. Charlie Hebdo, par exemple, entre dans cette catégorie. Au cours des années, ils ont délibérément provoqué les musulmans, et on a dû subir la réponse en réaction à cela. Toutefois, cela n’a rien de particulier ; il s’agit d’une provocation des services spéciaux dans le même esprit que les événements du 11 septembre 2001.

Pourriez-vous commenter l’interdiction à la Russie de participer aux votes de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe ?

Cette action doit être placée dans le contexte d’un ensemble complexe de mesures dirigées contre la Russie. Par rapport à cela surgit la question de savoir si nous devons rester membre de cette organisation qui, en échange de notre argent, nous couvre de vilenies et mène contre nous une guerre politique et une guerre d’informations.

Que va-t-il se passer en Ukraine ?

Je pense que l’Ukraine se trouve à la veille d’un krach économique et d’une désintégration de fait. Bref, la ruine.

L’hiver, un krach économique et les autres problèmes objectifs vont-ils rendre l’Ukraine plus accommodante, ou rien ne peut permettre cela ?

Quasiment rien. Le régime de Kiev est un régime de marionnettes, une administration coloniale sous le contrôle des États-Unis d’Amérique. Les marionnettes ne se meuvent pas d’elles-mêmes, on les tient au bout d’un fil. L’hiver, la chaleur, le gaz, ce sont des problèmes pour la population, pas pour les marionnettes, ni pour leurs maîtres d’outre-océan. L’ukrojunte peut regrouper ses forces autant qu’elle le veut, le temps travaille contre elle, et même ses maîtres américains parviennent encore à peine à l’aider. Pourquoi ? Pour que des Slaves tuent des Slaves. Je le répète : rendre Kiev accommodante requiert sa défaite militaire totale, quand les Américains ne les aideront plus.

Comment est-ce possible que ce pays qui a vécu les horreurs de l’occupation fasciste suscite tellement d’adeptes d’Hitler ?

Souvenons-nous aussi que dans ce pays il y eut beaucoup de gens, ceux qui suivirent Bandera, qui se mirent au service des nazis. On n’est pas parvenu à l’époque soviétique à déraciner cette cochonnerie néfaste, et dès le début de l’époque post-soviétique, les services spéciaux occidentaux, et en premier lieu les Américains, avec l’aide active du pouvoir ukrainien, ont remis sur pieds toute cette vermine anti-soviétique et anti-russe. Ils les ont armés et structurés. Le résultat est évident. Il existe une seule façon d’arrêter le nazisme ukrainien : détruire militairement ses structures politico-militaires. Et cela devra être suivi d’un travail très sérieux auprès de la population, sur les plans psychologique et de l’information, dans le sens opposé à celui réalisé en Ukraine par le pouvoir en place et l’Occident au cours du dernier quart de siècle. C’est comme une indispensable chimiothérapie après la résection d’une tumeur maligne.

Dans quelle mesure le conflit au Donbass constitue-t-il une menace pour la Russie, l’Europe et le monde ?

Le conflit au Donbass déstabilise la situation en Europe, creusant un fossé entre l’Europe occidentale et la Russie. En fait, même les experts américains, comme par exemple J. Friedman, l’organisateur et premier dirigeant de « Statfor » (la « CIA privée »), déclarent ouvertement que la tâche principale des États-Unis en Eurasie est la déstabilisation du continent

La Russie peut-elle être une grande puissance sans l’Ukraine ?

Elle le peut. Bien sûr, avec l’Ukraine, ce serait plus aisé, mais c’est possible sans elle. D’autant plus que le potentiel de souveraineté humaine d’une partie significative des masses constituant la population ukrainienne est extrêmement bas.

Le dernier Président de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev est le premier à prévenir le monde de ce que la guerre froide entre la Russie et les États-Unis a atteint un stade critique et il devient possible qu’elle se transforme en guerre réelle entre les deux superpuissances nucléaires : « Malheureusement, je ne suis plus en mesure d’affirmer avec certitude que la guerre froide ne se transformera pas en guerre « chaude ». Je crains que les États-Unis puissent en prendre le risque ». Qu’en pensez-vous ?

Manifestement, Gorbatchev, qui a vendu l’URSS et le camp socialiste à l’Occident, a bien étudié ses partenaires, et il sait de quoi il parle. Toutefois, je ne serais pas étonné qu’il s’agisse d’un double jeu, et que le « meilleur allemand du XXe siècle » essaie d’effrayer le pouvoir russe actuel. Gorbatchev n’est pas une personne que l’on puisse croire ou en qui on puisse faire confiance. Quant à la possibilité d’une guerre froide, il faut toujours être prêts à cette éventualité. Bien sûr, nous sommes des gens polis et pacifiques, mais nos trains blindés doivent en permanence être sur la voie de garage, prêts à partir. Un homme averti en vaut deux.

Comment éviter une grande guerre, et que devrait faire la Russie pour cela ?

En aucun cas la Russie ne doit se laisser entraîner dans une guerre. Nous devons empêcher cela par tous les moyens, légaux et illégaux. Et d’une manière générale, nous devons être forts. Alors, personne ne se risquera à nous entraîner dans une guerre.

Si cela devait malgré tout se passer, qu’est-ce qui pourrait nous faire gagner ? La Russie est-elle capable, dans la situation actuelle, d’effecteur une percée décisive en matière de technologie et d’innovation ?

La condition permettant à la Russie d’effectuer une percée technologique est son retour, de la situation actuelle de fournisseur de matières premières à la situation d’une puissance disposant du développement technique, comme ce fut le cas de l’URSS des années ’50 jusqu’à la première moitié des années ’80, quand la brigade Gorbatchev a commencé à détruire tant l’infrastructure que l’Etat. Mais à son tour, ce retour exige la transformation du régime d’État oligarchique en un autre, dont la composante oligarchique aura disparu ou aura été ramenée à un stade proche de zéro. Une telle transformation est dictée par le fait que le régime oligarchique est incapable de résister efficacement à l’Occident. C’est exactement la raison pour laquelle en 1929, Staline a liquidé la variante soviétique du régime d’État oligarchique corrompu, la NEP. L’oligarchie communiste a continué à résister jusqu’à la fin des années ’30 ; c’est seulement lors du XVIIIe Congrès du Parti Communiste que l’on pu parler de victoire sur elle. Ainsi, la nécessité du changement radical de la Russie est dictée non seulement par les problèmes internes mais aussi par les impératifs de la politique extérieure. L’alternative à ce changement est la victoire de l’Occident et de sa « cinquième colonne » en Russie, suivie du démantèlement du pays. Les prochaines années constitueront un moment de vérité dans notre histoire.

Transformer le régime…. Mais jusqu’à présent, nos dirigeants restent en place (du moins, c’est le cas jusqu’aujourd’hui), les impôts n’ont pas diminué, on n’a pas proclamé la mobilisation, les républiques de Donetsk et de Lougansk n’ont pas été reconnues diplomatiquement… Qui va accomplir tout cela ?

Cette question devrait être adressée à d’autres que moi.

Pour l’Occident, la Crimée est devenue un fameux « cygne noir ». La Russie est-elle en mesure de réserver d’autres surprises du même acabit à ses soi-disant « partenaires » ?

Les « cygnes noirs » sont des phénomènes rares, mais plus on pourra en envoyer à l’Occident, plus forte sera notre position.

2 mars 2015

Sources :

http://zerkalokryma.ru/lenta/people/interview/smrad_zapada/

Russie Sujet Géopolitique


                                    

 
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Publié par le mars 2, 2015 dans Uncategorized

 

La Chine et la Russie ont décidé de promouvoir leurs propres analyses de la seconde guerre mondiale

La Chine et la Russie ont décidé de promouvoir leur propre vision de la seconde guerre mondiale, en détruisant des mythes créés par l’Occident.

Ekaterina Blinova,:  Pékin et Moscou envisagent d’organiser des commémorations conjointes pour le 70e anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale ; des experts observent que ces pays défendent ouvertement leur point de vue sur l’événement historique, afin de démystifier les mythes créés par l’Occident.

Selon les experts, la décision de la Chine et la Russie de commémorer ensemble l’événement historique devrait tenir compte de leur expérience de la guerre. Les deux pays ont subi des pertes massives sévères, sur une échelle qui pourrait difficilement être imaginée par l’Occident. Alors que la guerre a coûté la vie de 418 000 américains, 600 000 ressortissants français et 450 000 britanniques, les  victimes de l’URSS s’élevaient à 27 millions et celles de la Chine – presque 20 millions de morts.

Toutefois, le publiciste Paul Letters a noté que bien d’autres ont pu être tués par les forces militaires nazies et leurs alliés dans ces régions stratégiques eurasiennes. À titre de comparaison l’Allemagne, qui a lancé la guerre, a perdu un total de 7,3 millions de personnes tandis que le Japon a perdu 2,7 millions, selon certaines estimations.

Cependant, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, beaucoup de mythes ont émergé, il y a eu des distorsion des faits historiques. Pour en citer le plus récent, certains « experts » et les médias ont avancé l’hypothèse que le camp de concentration Nazi d’Auschwitz a été libéré par les forces de l’US Army. En outre, en 2015 certains fonctionnaires polonais et ukrainiens ont ouvertement remis en question le rôle de l’armée soviétique dans la libération du camp de concentration. En réponse, le ministère russe de la défense pour la première fois rendu publics des documents historiques fiables couvrant l’événement. Les documents déclassifiés ont indiqué que c’étaient les troupes soviétiques, qui ont libéré 7 600 prisonniers d’Auschwitz-Birkenau, le plus grand symbole de l’Holocauste hideux, et leurs forces militaires ont expulsé  les forces militaires nazies.

« L’Occident a longtemps été aveugle en ce qui concerne les rôles que la Chine et l’URSS ont joué dans la seconde guerre mondiale, » a souligné Paul Letters. Les jeunes Américains peuvent grandir en pensant  que les USA « Flying Tigers » (le 1er American Volunteer Group) a gagné la guerre en Asie, le publiciste a mis en garde, soulignant que c’était l’Union soviétique qui avait soutenu la République de Chine dans la période entre 1937 et 1942.

La Chine et la Russie sont très attentives à leur histoire et leurs valeurs traditionnelles. Elles comprennent l’importance exceptionnelle des informations complètes et non faussées sur le passé.

« Aujourd’hui, Pékin et Moscou veulent promouvoir leur propre vision historique  — et à venir — récit distinct de n’importe quelle version occidentale, » le publiciste a souligné. « Il y a soixante-dix ans les deux plus grands pays de l’Asie ont fini dans le camp des vainqueurs, et le reste, comme on dit, n’est que littérature, » a conclu Paul Letters.

http://sputniknews.com/analysis/20150301/1018924519.html

 
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Publié par le mars 2, 2015 dans Uncategorized

 

Russie, une opposition sous influence

signalé par Olivier Berruyer dans Les crises… Première mais abondante partie à poursuivre avec le lien
En couverture : photographies des manifestations ayant suivi les élection législatives de décembre 2011 (en bas) et l’élection présidentielle de mars 2012 (en haut). Les drapeaux de l’URSS côtoient ceux des libéraux de Yabloko, du mouvement Oboron (copié sur celui des dissidents serbes d’Otpor), des marxistes du Levy Front, des LGTB (Lesbiens, Gays, Trans, Bi) et les drapeaux de la Russie impériale symbole de ralliement des nationalistes.
 
Russie : une opposition sous influence. Au terme de l’élection présidentielle russe du 4 mars 2012, Vladimir Poutine a été élu dès le premier tour avec 63% des suffrages exprimés, devançant le premier de ses quatre concurrents, Guennadi Ziouganov (Parti Communiste) de 46 points. L’édition 2012 du suffrage suprême de la Fédération de Russie a connu un fort retentissement dans les médias du monde entier, du fait du renouveau entamé par le pays et, aussi, de manifestations inédites en Russie dénonçant l’honnêteté du parti au pouvoir, celui du candidat Poutine. Le fait que ce dernier ait déjà effectué deux mandats présidentiels dans le passé ajoutant à la lassitude des opposants russes et de leurs soutiens à l’extérieur. Le mouvement de contestation à l’œuvre était né à l’issue des élections législatives à la Douma de décembre 2011. Porté par des ONG, les leaders des partis d’opposition et des figures de la société civile, il contestait les conditions d’organisation du scrutin jugées opaques et malhonnêtes, à l’avantage du parti Russie Unie. Le relatif affaiblissement de la majorité (49% contre 64% en 2007) était le signal déclencheur pour ses opposants. Durant les trois mois séparant les deux votes, l’on a vu se greffer à la légitime aspiration de certains citoyens russes à une autre société, à une autre classe politique, les voix d’ONG et d’officiels américains leur apportant leur soutien et dénonçant la répression menée à leur encontre. Les médias américains et européens se sont dans le même temps intéressés à ce mouvement et cette répression avec beaucoup d’intérêt. La « Marche des millions » du 5 mai 2012 à Moscou, qui devait marquer la poursuite de la critique du pouvoir après les élections n’a réuni que 20 000 personnes selon les organisateurs et 8000 pour la police. En février, 120 000 personnes défilaient dans la capitale russe d’après l’opposition (14 000 pour la police). Cet échec, symbolique de l’essoufflement du mouvement, a révélé ses failles et ses lacunes, que la surexposition médiatique avait mises au second plan. La présente étude a pour objectif de mettre en lumière des éléments ayant jusqu’ici été minorés ou seulement effleurés. La première partie retrace l’évolution du rapport de Washington à Moscou depuis la fin de l’URSS en vue d’expliquer l’instrumentalisation systématique des groupes contestataires dans le voisinage de la Russie, et plus récemment sur son propre territoire. Puis, dans une seconde partie, la focale est portée sur les personnalités et groupes d’opposition russes, analysant avec précision leurs origines et leurs soutiens. De ce tableau ressort la grande désunion de l’opposition russe.
 
Une troisième partie interroge le traitement journalistique des élections russes, se démarquant par l’hémiplégie de la couverture médiatique et une absence de profondeur que les auteurs espèrent voir corrigée à l’avenir.
 
I . M A N Œ U V R E S  A M É R I C A I N E S  C O N T R E  L A  R U S S I E ***
Z . B r z e z i n s k i , t h é o r i c i e n  d u  r a p p o r t  d e  W a s h i n g t o n  à  M o s c o u
Pour comprendre la posture des États-Unis vis-à-vis de la Russie, Le  Grand échiquier de Zbigniew Brzezinski (1) est d’une grande aide. En 1997, son auteur plaide pour l’établissement de l’hégémonie américaine sur le monde, seule à même d’assurer sa stabilité. Dans cette optique, aucune puissance ne doit pouvoir venir contester cette dernière. Au sortir de la Guerre froide, la menace russe est affaiblie, mais pas éteinte et il résume dans ce livre ce qu’a été la position des États-Unis et ce qu’elle devra être afin d’éviter le renouveau d’une Russie antagoniste, puissante, impérialiste et concurrente. L’essentiel consistera d’une part à poursuivre l’effort américain déjà placé dans la modernisation de la Russie, en y favorisant la démocratie, la décentralisation (devant aboutir dans l’idéal à une partition en trois entités fédérales) et l’économie de marché. D’autre part, à « renforcer le pluralisme géopolitique » prévalant dans l’espace post-soviétique par un soutien économique et politique aux nouveaux États indépendants. Dans ce qu’il appelle les Balkans  eurasiatiques (2) , ainsi qu’en Ukraine, considérée comme un pivot géopolitique majeur, les États-Unis doivent refouler l’influence de la Russie s’ils veulent avoir la paix.
Dans cet ouvrage est déjà envisagée l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. En somme, la manœuvre sera réussie s’ils parviennent à rallier la Russie à leur modèle socio-économique tout en parvenant à l’encercler géopolitiquement, coupant l’herbe sous le pied à toute velléité néo-impériale. Les écrits de Zbigniew Brzezinski ne sont pas anecdotiques. Ayant été conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter (puis à la campagne de George H. Bush), actuel soutien de Barack Obama, il fait partie des artisans de la politique étrangère américaine et a toujours joui d’une aura importante auprès de ses décideurs jusqu’à maintenant. S’il est ardu de mesurer le poids effectif de ses théories sur les décisions de politique étrangère américaine depuis la chute du mur de Berlin, force est de constater qu’elles s’y reflètent largement.
 
(1) BRZEZINSKI Zbigniew,The Grand Chessboard, American Primacy and its Geostrategic Imperatives, 1997.
(2) Composés des pays de l’Asie centrale et du Caucase, ainsi nommés en raison de l’enchevêtrement de minorités et des rivalités de puissances qui s’y jouent.
L ’ é c h e c  d e  l a  s a t e l l i s a t i o n  v o l o n t a i r e
Dès l’émergence d’idées réformistes derrière la figure de Mikhail Gorbatchev, les États-Unis se sont enthousiasmés, lui apportant un soutien sans précédent, renouvelé à Boris Eltsine une fois l’URSS disparue. La mort du régime a permis l’accélération du processus, Washington trouvant des relais fidèles au sein de l’équipe Eltsine : Andreï Kozyrev (ministre des Affaires étrangères), Anatoli Tchoubaïs (ministre chargé des privatisations) et Iegor Gaïdar (ministre de l’Économie et des Finances, puis premier ministre). À l’époque, le Harvard Institute for International Development fut sollicité par le gouvernement, à  travers l’USAID (United States Agency for International Development) (3), pour dépêcher des économistes auprès des dirigeants russes afin d’accompagner l’effort de conversion au libéralisme politique et à l’économie de marché. On comptait parmi eux Jeffrey Sachs, conseiller de Gaïdar et artisan de la « thérapie de choc », ainsi qu’Andrei Schleifer, conseiller de Tchoubaïs et auteur du programme de privatisations. Le projet d’Harvard était placé sous la surveillance du juriste Jonathan Hay, qui en profita, comme Schleifer, pour réaliser des investissements en Russie, occasionnant de multiples conflits d’intérêts. Ces protagonistes firent l’objet d’un procès au terme duquel fut établie leur culpabilité dans l’abus de leur position et des fonds de l’USAID à leur profit personnel. Ce qui contribuait à véhiculer une mauvaise image auprès des Russes selon le jugement.
La décennie Eltsine fut une catastrophe pour le pays et un échec pour les États-Unis : libération des prix, convertibilité du rouble et vagues de privatisations, qui constituaient les piliers de la « thérapie de choc », n’eurent pas les effets escomptés. En fait de décentralisation, le pouvoir d’Eltsine était centralisé au sein d’un formidable embrouillamini institutionnel. Les mafias et la corruption prospérèrent sur fond d’une hausse de la criminalité. Des monopoles se constituèrent entre les mains de quelques hommes : les oligarques. Et à partir de 1994, les tensions qui couvaient en Tchétchénie éclatèrent, menant à une guerre. Tout cela entraîna un essor du néocommunisme, à rebours des intérêts américains.
Sur le front de la réforme démocratique, la Russie post-soviétique a fait des avancées notables par rapport à l’URSS, mais elle ne se caractérise pas par un triomphe de la liberté politique. En fait, dès septembre 1993 les promesses démocratiques sont fortement égratignées quand Eltsine envoie l’armée contre le Parlement après le rejet par celui-ci d’un projet de réforme constitutionnelle. Par la suite, fraudes électorales et utilisations des télévisions à des fins de propagande n’améliorent pas la situation. Ceci n’empêche pas les États-Unis de renouveler leur soutien au gouvernement. Faute de mieux ?
 
(3) Héritière du plan Marshall, créée en 1961 par le président John F. Kennedy, l’Agence des Etats-Unis pour le développement international a pour vocation d’aider des pays étrangers « se relevant de catastrophe, essayant d’échapper à la pauvreté et s’engageant dans des réformes démocratiques » (www.usaid.gov).
  
Mais au plan international, les avancées sont plus concrètes et profitent aux Américains. La Russie adhère au FMI et à la banque mondiale en 1992, avant d’entrer dans le G7 en 1998. Le 3 janvier, elle signe le traité START II de limitation des armements et le 27 mai 1997, l’acte fondateur sur les relations, la coopération et la sécurité mutuelle entre l’OTAN et la Russie. Même si la crise de 1998 a raison d’Eltsine et des espoirs qu’il a fini de porter, et même s’il existe bien sûr des motifs de divergence (démembrement de la Yougoslavie, Irak, élargissement de l’OTAN en Europe centrale, etc.), les États-Unis ne peuvent être inquiétés par la Russie à l’aube des années 2000. Puissance totalement exsangue, dans une situation économique plus grave que sous l’URSS, et plus assez puissante diplomatiquement pour imposer ses vues, la Russie est symboliquement impuissante au moment où l’OTAN bombarde son allié serbe en mars 1999.
L e s  É t a t s – U n i s , u n  p a r t e n a i r e  a m b i g u
En 2000, les gouvernements russe et américain sont renouvelés, amenant à leurs têtes Vladimir Poutine et George W. Bush. Ce changement participe au réchauffement des relations entre les États, effaçant la brouille de 1999. Malgré un désaccord persistant sur la défense antimissile et l’OTAN, les deux hommes témoignent de leur confiance mutuelle au cours d’une rencontre en Slovénie, le 16 juin 2001. Au-delà de cet échange d’amabilité, le rapprochement va être consacré par le grand imprévu du 11 septembre 2011, dont il découle comme beaucoup d’autres évolutions de la politique américaine. Du côté russe, le Kremlin avait placé au sommet de son agenda la résolution du problème terroriste sévissant à partir du Caucase et Poutine est le premier homme d’État à apporter son soutien et proposer son aide aux Américains le jour de l’effondrement des tours jumelles. Le 24 septembre, il déclare que les événements de Tchétchénie « ne peuvent être considérés en dehors de la lutte contre le terrorisme international ». En échange de ce soutien, Washington cesse officiellement de soutenir les rebelles du Caucase nord et inscrit leur leader sur la liste des terroristes internationaux. Plus tard, en 2002, des militaires américains seront envoyés à la frontière russo-géorgienne pour sécuriser les zones à partir desquelles les terroristes opèrent. Le contexte particulier de l’après 11 septembre permet aux États-Unis de se retirer du traité ABM pour développer leur propre système de défense antimissile sans susciter trop de contestation du côté russe. Ils obtiennent la signature du traité de Moscou (ou SORT), version évoluée de START III. Ce traité est le point de départ de ce qu’on a appelé la « nouvelle coopération stratégique ». La relation russo-américaine passe alors largement par la relation interpersonnelle entre Bush et Poutine, amenant la création du conseil OTAN-Russie le 24 mai 2002 visant à traiter de questions relatives à la sécurité et à développer des projets communs. Dans la même veine, la Russie permet aux États-Unis d’installer des bases au Kirghizistan et en Ouzbékistan pour ses opérations en Afghanistan. Cette coopération ne doit pas occulter le fait que la Russie nourrit un ressentiment à l’égard des États-Unis sur l’OTAN et à la suite du retrait du traité ABM. Néanmoins la coopération est bien là, dans laquelle les deux parties trouvent leur compte, avec un profit plus élevé du côté américain.
Malgré le rapprochement des deux États, la bannière étoilée s’est échinée à déstabiliser le voisinage immédiat de la Russie, tentant de faire émerger des élites dirigeantes favorables au camp occidental. En parallèle de leur tentative d’arrimage de la Russie au wagon occidental, les États-Unis ont mis en œuvre une stratégie d’influence dans le voisinage de la Russie, en vue de réaliser l’objectif de pluralité géopolitique régionale. Dans les années 1990, elle passe par des investissements dans la formation des futures élites et dans un soutien ciblé à certaines factions de pays en guerre. Moscou n’étant pas prête à tirer un trait sur ses intérêts dans les régions autrefois soviétiques (elle a mis en place la CEI – Communauté des États Indépendants – en décembre 1991 pour assurer la transition), il en est résulté des luttes d’influence où les Américains assurèrent l’offensive, les Russes la défensive.
Cette pression est également à l’œuvre dans les anciens satellites de l’URSS, avec l’élargissement de l’OTAN à la République tchèque, à la Hongrie et à la Pologne le 12 mars 1999. George Soros joue ici un rôle très important. Hongrois d’origine, il a fait fortune aux États-Unis dans la finance à partir de la fin des années 1950. Piqué de philanthropie, il utilise sa fortune pour contribuer aux développements de sociétés ouvertes et démocratiques à travers le monde. Avant même la chute de l’URSS, il finançait et supportait des dissidents en Pologne (Solidarnosc), République tchèque (Charte 77) et en Russie (Andreï Sakharov), et implantait en 1984 son premier Open Society Institute à Budapest. À partir de 1991, il a continué à propager ses idées en Europe de l’Ouest et dans l’espace post-soviétique, notamment en Géorgie, à travers le financement et le développement de la presse, des droits de l’homme, des arts, de la culture, d’Internet, etc. La lutte d’influence est forte, mais il n’y a guère que l’Ouzbékistan qui a ostensiblement pris parti pour les États-Unis. Ailleurs, les pays sont sur la corde et, dans un environnement géopolitique très instable, leur positionnement dépend de l’habileté des deux camps à les influencer.
L’administration Clinton a suivi une politique russe inspirée par Strobe Talbott, alors ambassadeur extraordinaire et conseiller spécial sur les nouveaux États indépendants auprès du secrétaire d’État. Aujourd’hui président de la Brookings, celui-ci a suscité deux types de critique. D’un côté, l’une portant sur une trop grande rigidité à l’égard de Moscou : Washington aurait dû temporiser dans l’élargissement de l’OTAN puisque cela revenait à offenser les Russes. Et il aurait fallu développer une aide accrue à la Russie (Michael Mandelbaum et George Kennan étant à ranger dans ce camp). De l’autre, l’administration aurait fait preuve de trop de clémence, voire de cécité envers la Russie et ses dirigeants, avis véhiculé notamment par Condoleeza Rice. On retrouve Condoleeza Rice et les comptenteurs du talbotisme au pouvoir à compter de l’élection de George W. Bush en 2000. Même si les relations russo-américaines vont paradoxalement atteindre leur meilleur sous cette administration, les deux mandats de Bush vont être marqués par l’approfondissement de la stratégie de refoulement de la Russie dans son étranger proche.
L e s  r é v o l u t i o n s  c o l o r é e s : i n s t r u m e n t s e t  m é t h o d e s  d e  l ’ i n f l u e n c e   a m é r i c a i n e
Les révolutions colorées sont l’instrument de cette stratégie. Elles consistent en des mouvements populaires ayant pour points communs : d’intervenir dans le contexte d’élections dont les résultats sont dénoncés comme frauduleux par des observateurs indépendants (ONG) ; d’être menés par des groupes financés et formés par les Américains ; de reprendre les techniques théorisés par Gene Sharp (4) ; d’être formés par des activistes ayant déjà mené ce genre d’opérations ; d’être relayés par des « nouveaux médias »; de recevoir l’appui des ambassadeurs américains sur place (5) . Les méthodes des révolutions colorées, à commencer par le recours à une couleur symbolisant la protestation, ont été théorisées par le Machiavel de la guerre non violente, Gene Sharp. Le professeur de science politique de l’université du Massachusetts inspirera les groupes à la base des révolutions colorées à venir, jusqu’aux révoltes arabes (6). Son manuel « De la dictature à la démocratie » a influencé le mouvement Otpor, ayant participé à l’éviction de Milosevic. Les Serbes ayant même été formés par l’Institut Albert Einstein, créé par Sharp en 1983. Son président de l’époque, le colonel Robert Helvey, se rendit ainsi en 2000 à Budapest, ville d’exil de l’ambassade américaine en Serbie, où il anima des ateliers auprès des opposants serbes (7). Ces ateliers étaient financés par l’IRI (International Republican Institute), à travers le National Endowment for Democracy (NED). La NED joue un rôle clé dans chacune des révolutions colorées, comme elle avait joué un rôle dans le soutien au mouvement polonais Solidarnosc. L’organisation a été lancée en 1983, pour donner suite à la volonté affichée par Reagan de créer un instrument capable de renforcer la démocratie dans le monde. Mandatée par l’USAID, l’American Political Foundation mena alors le Democracy Program, recommandant la création d’une organisation bipartisane, privée et à but non lucratif pour propager la démocratie. C’est le rôle que jouera la NED.
(4) SHARP Gene, The Politics of non-violent action, Boston, Extended horizons books, 1980.
(5) Les nominations des ambassadeurs sont d’ailleurs intrigantes. Ainsi, Richard Miles, ambassadeur américain en Géorgie au moment de la révolution des roses était ambassadeur en Serbie au moment de la destitution de Slobodan Milosevic. Il conseillait directement M. Saakachvili.
(6) SHARP Gene, From Dictatorship to Democracy, A Conceptual Framework for Liberation, The Albert Einstein Institution, 1993.
( 7) Fondé en 1983 par Ronald Reagan, l’IRI a pour objectif de « faire avancer la démocratie dans le monde ». Vaste programme pour lequel il reçoit des fonds du département d’Etat, de l’USAID et de la NED, moins d’un pour cent de ses fonds provenant de donations privées. Quoique les Républicains y soient fortement représentés, avec l’ancien candidat républicain John McCain à sa présidence, l’IRI se présente comme indépendant.
  

Bien qu’elle soit une ONG, son financement est voté par le Congrès et il figure dans le budget du département d’État (8). Pour appuyer son action à l’étranger, elle s’appuie sur quatre organisations créées en même temps qu’elle et auxquelles elle adresse la moitié de son budget : l’IRI (International Republicain Institute), le NDI (National Democratic Institute), le CIPE (Center for International Private Enterprise), rejoints en 1997 par le Solidarity Center (syndicats). L’autre moitié du budget de la NED sert à financer des ONG étrangères. On retrouvera donc la patte de la NED, en direct ou via ses affiliations, dans chacune des révolutions de couleurs, tantôt pour des activités de conseils et de formation à l’opposition, tantôt dans le financement d’ONG locales, tantôt dans l’organisation d’observations des scrutins. Aux côtés de la NED agit une nébuleuse d’organisations américaines aux intentions similaires, à savoir « l’émergence d’une société civile et la promotion de la démocratie ». Le Projet pour les démocraties en transition a été mis en place par la Maison Blanche en 2002, et Bruce P. Jackson placé à sa tête. Il vise à « accélérer la mise en œuvre des réformes dans les démocraties postsoviétiques et à avancer la date (9) de leur intégration dans les institutions euroatlantiques » . Collaborant avec la CIA et les ambassades des pays visés par les révolutions de couleur, l’association est alimentée par l’USAID et des sources non gouvernementales telles que la Fondation Soros et la Freedom House. La Freedom House, datant de 1941, supporte pour sa part la transition démocratique, recherche la liberté et promeut la démocratie et les droits de l’homme partout dans le monde. Elle supporte des initiatives civiques non violentes dans des sociétés où la liberté est bafouée ou menacée et elle se dresse face aux idées et aux forces qui remettent en cause le droit des peuples à la liberté (10). L’organisation a joué un rôle en Serbie, en Ukraine, au Kirghizistan et plus récemment en Égypte et en Tunisie. Son financement est très largement fédéral et elle édite chaque année une carte des libertés pour le moins orientée et simpliste (11). Ajoutons-y l’International Foundation for Elections Systems (1987), le Caucasus Institute for Peace Democracy & Development par l’USAID, l’ (sponsorisé Open Society et la NED), l’US Institute for Peace, la Fondation Carnegie pour la paix internationale ou la Rand Corporation autres et think tanks disposant de représentations dans l’espace postsoviétique et l’on obtient un formidable attirail de promotion de la démocratie

(8) Executive Budget Summary, Fiscal Year 2013, US Department of State.
(9) Page d’accueil du site du Projet pour les démocraties en transitions, aujourd’hui désactivé : Version 2003 consultable ici : http://web.archive.org/web/20030802104806/http://www.projecttransitionaldemocracy.org/PTD_In dex.htm
(10) Les militants serbes d’Otpor se sont vu financés parFreedom Housepour aller former les opposants ukrainiens (cf. Ian Traynor, « US Campaign behind the turmoil in Kiev »,The Guardian, 26 nov. 2004.)
(11) Report 2010, Freedom House.
 
 .L e r e s e t un nouveau départ de courte d u r é e
Face à cette action d’influence à grande échelle, la Russie n’est évidemment pas restée dupe, ni spectatrice passive. Les révolutions colorées de Géorgie, d’Ukraine et du Kirghizistan ont été des signaux d’alarme pour les dirigeants de la fédération.
Le 23 décembre 2005, la Russie a logiquement renforcé le contrôle administratif sur les ONG locales et étrangères. En retour, Moscou a fait sentir aux gouvernements mis en place avec l’aide des Américains qu’elle ne se laisserait pas pour autant avoir. Fin 2005, alors que le gouvernement ukrainien pro-occidental entendait revoir à la baisse le prix des livraisons du gaz russe, le pays fut privé d’alimentation jusqu’à l’abandon de ses revendications en janvier 2006.
En Géorgie, Moscou a favorisé les provinces sécessionnistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. En juillet 2005, les républiques d’Asie centrale soutenues par Poutine demandèrent la fermeture des bases américaines sur leurs sols, obligeant ensuite les Américains à augmenter le prix de leur location. Sauf en Ouzbékistan, dont le gouvernement qui avait été en proie à une révolution de couleur avortée deux mois auparavant ferma la base de Karchi Khanad utilisée pour les opérations en Afghanistan dès le 1 août avant de signer un traité d’alliance militaire avec la Russie en 2005.
L’affrontement culminera à l’été 2008 au cours de la guerre éclair russo-géorgienne. Galvanisée par le soutien de l’OTAN, dont le sommet du 3 avril 2008 aurait dû voir le dépôt de candidature officielle de la Géorgie et de l’Ukraine, la Géorgie envoie ses forces militaires en Ossétie du Sud et en Abkhazie, ouvrant le feu sur des troupes russes de l’OTSC. En représailles, la Russie enfonce l’armée géorgienne jusqu’à la signature d’un cessez-le-feu. À la résolution du conflit, les deux provinces se voient reconnaître leur indépendance par Moscou, désormais garante de celle-ci. Après cet épisode, les arrivées au pouvoir de Barack Obama à Washington, et de Dmitri Medvedev à Moscou, vont assouplir des relations russo-américaines qui s’étaient tendues au maximum suite aux opérations d’influence dans le voisinage immédiat de la Russie et à des points de fixation tels que la négociation des traités de désarmement et la question du Kosovo. Le tout dans le contexte de la campagne présidentielle américaine, traditionnelle occasion d’un dérèglement des discours de politique étrangère (12)
.
La visite d’Obama à Moscou en juillet 2009 a amorcé un réchauffement. Le nouveau président y déclara que les deux pays n’étaient pas destinés à être ennemis et affirma sa volonté de repartir à zéro, d’opérer à un reset, une « remise à zéro », inaugurant une nouvelle phase de la coopération internationale. Dans la foulée, un nouveau traité de réduction des armements fut trouvé et l’approche pragmatique de l’administration américaine permit de coopérer sur des dossiers comme l’Iran, la Corée du Nord ou la lutte contre le terrorisme international.
(12) Le candidat républicain John McCain avait ainsi fait profession d’opposition à la Russie durant sa campagne, prônant son éviction du G8 et déclarant avoir vu trois lettres dans les yeux de Poutine : K. G. B.
 
L ’ i n g é r e n c e  d a n s  l e s  é l e c t i o n s  r u s s e s , u n e  s t r a t é g i e  s a n s  p r é c é d e n t
Les révolutions arabes ont fourni la matière à de nouvelles crispations entre les États-Unis et la Russie. La bannière étoilée s’est à nouveau immiscée dans des processus démocratiques, au risque de ternir à nouveau son image auprès de la Russie, de la Chine, et des autres « émergents », inquiétés par cette tendance à provoquer des changements. L’intervention de l’OTAN en Libye et sa manière n’a pas davantage suscité l’adhésion. Mais c’est surtout la campagne des Occidentaux contre le régime de Bachar el Assad, qui cristallise l’opposition entre les États-Unis et la Russie. Est-ce ce contexte qui a poussé les Américains à passer à un stade inédit jusqu’alors, le soutien à une tentative de révolution de couleur en Russie même ? Les élections législatives de décembre 2011 et celles présidentielles de mars 2012 ont été l’occasion de l’émergence d’un mouvement contestataire, inédit en Russie par son ampleur, calqué sur le modèle des révolutions de couleur, selon le triptyque : dénonciation du processus électoral — manifestations riches de contenu symbolique (13) — financements et soutiens américains. Très ouvertement, les officiels américains ont remis en cause l’honnêteté des élections et les méthodes employées par Moscou pour mettre un terme aux agissements d’ONG soucieuses de vérifier la validité du scrutin, malgré la présence d’observateurs internationaux de l’OSCE.
Le jour des élections, au cours d’une visite à Bruxelles, la secrétaire d’État Hillary Clinton exprimait sans ambages les graves inquiétudes de son pays quant aux événements entourant les élections législatives russes. Étaient visées des fraudes enregistrées par les militants de l’ONG Golos (« la Voix ») victime d’un piratage informatique la veille du scrutin et dont certains membres avaient été arrêtés le soir même au cours de manifestations non autorisées.
Les éléments du discours de Clinton étaient ce jour-là caractéristiques de l’orientation prise par la diplomatie américaine depuis l’élection de Barack Obama : la défense de la démocratie et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes érigée en doctrine. La secrétaire d’État, en parlant de Golos, s’estime très fière « de ces citoyens russes ayant participé de manière constructive au processus électoral pour assurer qu’il soit fort, juste, libre et crédible ». Ajoutant que « le peuple russe, comme tous les peuples, mérite le droit de voir leurs voix et leurs votes pris en compte » (13).
(13) Ces événements font l’objet d’un développement approfondi plus loin.
  
Entre ces élections législatives et les présidentielles, le nombre de personnes dans les rues de Moscou et de Saint-Pétersbourg ira croissant. En Europe et en Amérique du Nord, chaque jour apporte son lot d’images de manifestations présentées comme les signes flagrants de l’impopularité du pouvoir et de son champion, Vladimir Poutine. Parmi les figures de la contestation, le nom de Golos reviendra souvent dans les médias occidentaux, aux côtés d’Alexandre Navalny, de Boris Nemtsov, de Gary Kasparov ou de Mikhaïl Gorbatchev.
Golos,créé en 2002, reçoit des financements de fondations américaines déjà évoquées. La NED lui a ainsi attribué, en 2010, 65 000 dollars de financement en vue d’établir des analyses détaillés des élections d’automne 2010 et du printemps 2011 — et il y a fort à parier qu’une mise à jour du site de la NED nous informera que les dons ont été renouvelés pour les deux dernières élections. Depuis 2005, Golos est membre du Réseau européen de surveillance des élections (ENEMO) et depuis 2010 du Réseau mondial d’observation des élections nationales (GNDEM). S’y retrouvent chacune des ONG d’observation des élections impliquées dans les révolutions de couleurs et toutes subventionnées par des fonds américains. Le soutien américain à Golos ne date pas d’aujourd’hui, le NDI, par exemple, finançait déjà l’ONG en 2005 (14) .
Du soutien au mouvement de contestation russe, les États-Unis ne s’en cachent pas, ou pas tout à fait. Interrogé par la radio Voice of America le 23 mars 2003, l’ambassadeur américain à Moscou, Michael McFaul, botte en touche. Selon lui, son pays « ne finance pas l’opposition russe » contrairement à des rumeurs de plus en plus insistantes, formalisées dans le reportage « Anatomie d’une contestation », diffusé le 15 mars sur la chaîne de télévision NTV. C’est-à-dire que « les États-Unis n’accordent de subsides à aucun parti, aucune organisation politique, ni l’organisation des manifestations ». Néanmoins, ils financent effectivement « des organisations indépendantes et non gouvernementales contribuant à construire une société civile en Russie ». Connaissant la proximité entre les partis d’opposition et les ONG, proximité idéologique, proximité physique (dans les manifestations) et proximité financière, on ne peut pas dire que la frontière soit bien épaisse, et pas davantage que le résultat soit très différent. Les révolutions de couleurs n’étaient-elles pas portées par des alliances de partis et d’ONG ? Et, on le verra, le traitement médiatique des élections en Occident ne fait que très rarement la distinction entre les partis politiques et les ONG. Le mouvement de contestation qui naît en Russie en décembre 2011 et court jusqu’à l’élection présidentielle de mars 2012, avant de s’évaporer, présente de multiples similitudes avec les « révolutions de couleurs », laissant envisager la tentative d’une répétition du scénario, en tout cas la volonté de déstabiliser une classe dirigeante jugée hostile à la diffusion du modèle américain de société et d’économie.
(14) Annual Report 2005, National Democratic Institute.
I I . A N A T O M I E  D E  « L ’ O P P O S I T I O N  R U S S E » ***

Les médias occidentaux se sont longuement attardés sur les manifestations qui secouent Moscou (et dans une moindre part le reste de la Fédération de Russie) depuis les élections législatives controversées du 4 décembre 2011. Des figures pour la plupart encore inconnues en occident comme le « blogueur anti Poutine » Alexeï Navalny, l’« agitateur des réseaux sociaux » Ilya Yashine, l’« ancien proche de Eltsine » Boris Nemtsov, « le franc tireur » Édouard Limonov (15) ou le « joueur d’échecs » Gary Kasparov sont apparues comme les leaders d’un mouvement de contestation citoyen spontané, présentés comme des résistants de la société civile agissants de manière indépendante et dépassant les clivages partisans. Mais qui sont réellement ces nouvelles figures médiatiques qui prennent part activement aux manifestations ? Quels sont les liens qui rassemblent ces figures hétéroclites, nouveaux « héros » du mouvement démocratique russe ? Assiste-t-on à une réelle vague de contestation citoyenne, ou s’agit-il d’un mouvement organisé, voire planifié depuis l’étranger comme le suggère le président (ré-)élu Vladimir Poutine (16) ? Rappelons auparavant que la fameuse «Karta Narushenii na Vyborakh» (Carte des fraudes électorales) sensée démontrer l’étendue des fraudes des élections du 4 décembre 2011 est entièrement financée et mise en place par la filiale russe du magazine américain Forbes, ainsi que par l’ONG Golos, elle-même financée par l’ONG américaine, National Endowment for Democracy (NED) (17) ce qui constitue un bien étrange « projet citoyen ».

 
(15) GIRARD Quentin, “Qui sont les figures de la contestation russe »,Libération, 09 décembre 2011 http://www.liberation.fr/monde/01012376664-qui-sont-les-figures-de-la-contestation-russe
(17) -russie-le-chaos-am%C3%A9ricain?tmpl=component&print=1(texte français) 17 http://www.kartanarusheniy.org/
L e s   o r i g i n e s   d ’ u n e  c o n t e s t a t i o n   d u   s y s t è m e   p a r   l ’ é t r a n g e r
 
Le parti Yabloko : Première pierre d’une opposition libérale Depuis sa création en 1993, le parti libéral Yabloko est souvent présent dans les médias occidentaux comme l’un voire le principal parti d’opposition au parti «Edinaya Rossiya» (Russie Unie) de Vladimir Poutine. Cependant, ses très maigres scores aux différentes élections nationales ne lui ont jamais permis d’apparaitre crédible aux yeux des citoyens russes. Bien que Grigori Yavlinski, l’un de ses membres fondateurs ayant représenté le parti aux élections présidentielles de 1996 et 2000, ait pu apparaitre comme le quatrième homme en 1996 avec un peu plus de 7 % des voix, puis comme troisième homme en 2000 avec moins de 6 %, son parti n’a eu de cesse de chuter aux différentes élections législatives auxquels il a participé. À sa création en 1993, le parti enregistrait plus de 7 % des voix et obtenait 27 sièges à la Douma. Aujourd’hui, il ne dépasse pas la barre des 5 % requis pour être représenté au parlement russe. Formé par Grigori Yavlinski, Yuri Boldriev (qui quitta le parti à peine deux ans après sa création) et Vladimir Lukin (ancien ambassadeur de Russie aux États-Unis de 1992 à 1993), ce parti d’opposition libérale est toujours en activité aujourd’hui bien que ses sources de financements se soient taries notamment depuis les arrestations de MM. Khodorkovski et Gusinski, deux oligarques  comptant parmi les plus fidèles donateurs du parti (18). Deux oligarques dont les relations entretenues avec les États-Unis d’Amérique restent particulières et font déjà l’objet de nombreux livres, articles ou commentaires. Le premier, ayant notamment résidé aux États-Unis durant plusieurs années, avait déclaré lors de son interpellation par la police espagnole en décembre 2000 (19) être « un ami de Bill Clinton » . Le second, ancien PDG du groupe pétrolier Yukos dont le rapprochement avec les États-Unis l’avait mené à proposer de ventes de pétrole à « prix d’ami » (20) au gouvernement américain ou encore à proposer la vente de 40 % des actions de Yukos à son concurrent Exxon-Mobil (21) (dont les liens avec la famille Bush ne sont plus à prouver) en 2003 , possède d’autres liens troubles avec les structures américaines. Le rôle clé de l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski : En 2001, Mikhaïl Khodorkovski et d’autres actionnaires du groupe pétrolier Yukos ont créé l’Open Russia Foundation, dont le modèle s’inspire largement de la fameuse fondation américaine de Georges Soros. Son but était de développer la « philanthropie » des entreprises, de nourrir le développement de la société civile et d’encourager le développement de l’éducation. Derrière ces bonnes volontés, son Conseil d’Administration se composait notamment de personnalités comme Henry Kissinger (ancien secrétaire d’État américain), ou encore Lord Jacob Rotschild. Le lancement de cette fondation russe a eu lieu à la Librairie du Congrès Américain, et elle était notamment destinée à financer des écoles, instituts et d’autres organisations œuvrant à la promotion des valeurs occidentales selon un article du journal britannique « The Telegraph »( 22). L’oligarque travaillait également comme conseiller sur le secteur énergétique auprès du Carlyle Group, société d’investissement américaine fondée en 1987 et comptant parmi ses prestigieux membres des personnalités comme Georges Soros, Georges W. Bush ou Franck Carlucci (ancien Directeur adjoint de la CIA (23) et ancien secrétaire à la Défense américain) . Son implication dans le financement du parti Yabloko est telle, que Grigori Yavlinski déclara en était novembre 2003 : « Avec l’arrestation de Khodorkovski, le soutien finanier de Yabloko s’est arrêté » (24). Cette déclaration souligne à quel point le parti Yabloko a été dépendant des seuls financements des oligarques, ceux-ci étant bien plus proches des centres d’intérêts et de réflexions américains que des Russes. Les interconnections entre les financiers russes et des groupes de lobbying américains tiennent au simple fait que la loi russe interdisant le financement de partis politiques par de l’argent étranger, il est nécessaire de trouver des relais légaux sur place afin d’acheminer ces financements. Cependant, contournant cette règle, le National Democratic Institut américain a été notamment en mesure de financer et organiser des séminaires deYabloko sur des sujets comme la construction de partis régionaux (25). Durant cette période, l’opposition politique en Russie fait face à une montée de la cote de popularité de Vladimir Poutine auprès des citoyens russes. Boosté par la reprise économique, le versement des salaires et la réaffirmation du rôle de l’État en Russie, la confiance que les Russes expriment envers leur président ne permet pas au parti d’opposition de s’affirmer durant les années 2000. C’est pourtant durant cette période qu’une nouvelle classe de futurs activistes politiques fréquente les bancs du partiYabloko. Des noms désormais célèbres en occident comme Ilya Yachine (Leader du mouvement des jeunes de Yabloko à l’échelle moscovite de 2001 à 2005, puis à l’échelle nationale de 2005 à 2008) (26) et Alexeï Navalny (Leader de la branche moscovite de Yabloko de 2004 à 2007).(27)
18 WHITE David, « The Russian Democratic Party Yabloko : Opposition in a Managed Democracy”,Ashgat 2006, p. 170.
(19) Selon un article d’El Pais, repris sur le site d’informationNews 24: LANNIN Patrick et Hayley Julia, « Will Russia get Gusinski ? », 14 décembre 2000 http://www.news24.com/xArchive/Archive/Will-Russia-get-Gusinsky-20001213#
(20) “Yukos ready to sell oil to USA at $19 per barrel”,Pipelines International, 10 mars 2003 http://pipelinesinternational.com/news/yukos_ready_to_sell_oil_to_usa_at_19_per_barrel/009637/ #
(21) “ExxonMobil nears deal with Russians”,The Telegraph, 03 octobre 2003 http://www.telegraph.co.uk/finance/2864866/ExxonMobil-nears-deal-with-Russians.html
(22) APPLEBAUM Anne, « This man is now the people’s billionaire”,The Telegraph, 13 juin 2004 http://www.telegraph.co.uk/comment/personal-view/3607189/This-man-is-now-the-peoples-billionaire.html23 SCHNEIDER Greg, « Arrested russian businessman is Carlyle Group adviser »,The Washington Post, 10 novembre 2003 http://www.washingtonpost.com/ac2/wp-dyn/A20638-2003Nov10?language=printer
(24)  «СарестомХодорковскогоЮКОСпрекратилфинансировать« Яблоко« ,нопартияприметучастиевпрезидентскихвыборах»,Newsru, 5 novembre 2003 http://www.newsru.com/russia/05nov2003/grig.html
(25) Ibid 18
( 26) ИльяЯшинисключенизпартии«ЯБЛОКО»,Moskovskoe Yabloko, 19 décembre 2008 http://www.mosyabloko.ru/archives/162927 Alexeï Navalny profile,The Moscow
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Publié par le mars 2, 2015 dans Uncategorized

 

Moscou, le gang du chou-fleur et les perdants défilent avec nos médias par Danielle Bleitrach

Quelques réflexions sur un temps historique au bord de l’explosion, comme on dit d’une crise de nerf… Mais quelle perspective politique pour ce moment autodestructeur où la référence à la démocratie n’est plus qu’une manière de revendiquer le droit au pillage?

En Crimée, au printemps dernier, un homme nous a dit : « les communistes ne reviendront plus au pouvoir, il l’ont perdu par leur faute, tant pis pour eux… » Quelques instants après, ce même homme nous disait que les Etats-Unis n’avaient pas la possibilité de vaincre une union entre la Chine et le Russie… Il protestait : la Russie est un pays immense qu’ils ne pourront pas envahir, quant à la Chine, elle a une population énorme et elle est dirigée par un parti communiste. » A peine avait-il prononcé ces paroles que nous avons ri, Marianne lui et moi… il a compris la contradiction dans ses propos et s’est repris : « un vrai parti communiste pas celui qui a perdu l’Union soviétique ». Il reste dans les ex-pays socialistes des vestiges d’une formation politique de haut niveau parfois submergée dans les jeunes générations par une sorte de syncrétisme idéaliste. Attitude de confusion qui fait étrangement songer à des mouvements spontanéistes surgis en Europe, à gauche et à l’extrême-droite…

L’analogie historique en matière de lutte des classes vue par Marx, est à rechercher en 1948, on y retrouve certains traits communs. D’abord cette base de couches moyennes en perte de vitesse, le caractère européen avec la question des nationalités et le désordre ambiant avec des aspects romantiques parfois réactionnaires, le rôle joué par un phénomène antérieur, la Révolution française et la difficulté à penser la situation présente, d’adopter un programme de rupture..

Et encore et toujours la même question, celle posée par Marx dans le manifeste : « quel parti? » et donc en filigrane qu’est-ce que être communiste dans ce contexte historique? Le tout dans une situation où la  concurrence inter-monopoliste financiarisée a atteint un point de rupture comme à la veille des deux précédentes guerres mondiales.

Ce long préambule pour dire que si la Chine propose de nouvelles relations internationales centrées sur le gagnant-gagnant au lieu de l’actuelle concurrence destructrice, nous en sommes loin. Ce qui se passe en Ukraine, à savoir l’assaut des Etats-Unis et de leurs alliés, l’hégémonie issue de la deuxième guerre mondiale, contre le bloc eurasien et plus largement les rapports sud-sud, témoigne au contraire du perdant-perdant généralisé.

Il suffit de voir le dernier épisode de cette grotesque et criminelle stratégie, à savoir l’assassinat d’un homme politique devant les murs du Kremlin. Comme si tel était le contrat, déposer un ancien personnage de l’assaut victorieux de la guerre froide contre l’URSS, au pieds du pouvoir actuel en disant « rien ne nous arrêtera! » Des mœurs de gangsters, la mafia, mais pas seulement celle qui a pris ses quartiers en Russie à coup de privatisations illicites, l’accumulation primitive… Non, la mafia planétaire dans laquelle on se fait la peau, quelque chose comme le trust du chou-fleur décrit par Brecht dans la résistible ascension d’Arturo UI; Souvenez vous c’est la crise à Chicago, le chou-fleur se vend mal. Les dirigeants du trust des choux-fleurs se réunissent pour évoquer les moyens de sortir de la crise. Arturo Ui propose de relancer les affaires par l’usage de la force. Le trust refuse l’offre de Ui et espère un prêt de la ville pour la construction de quais de port, par l’intermédiaire du politicien respecté Hindsborough. Mais celui-ci refuse la demande. Il ne reste plus qu’à se donner au gang, au point de ne plus savoir les limites…

Eh bien il est clair que nous sommes en plein dans la mévente du trust du chou-fleur, avec ses points forts, le pétrole, la drogue, les armes. Le trust du chou-fleur est mondialisé, il agit aussi bien à travers la fondation caritative rassemblée autour de la candidature d’Hilary Clinton que dans les divers clans qui se sont affrontés autour du dépeçage de l’ex-URSS. Certains ont perdu et ils cherchent à se vendre au plus offrant pour continuer l’enrichissement. S’il faut la guerre, allons vers la guerre.

La manifestation qui s’est rassemblée à Moscou hier pour célébrer la dernière victime de ce gang du chou-fleur planétaire était une troupe de has-been. Ils dénonçaient la dictature sous le regard complaisant des caméras occidentales mais c’étaient des perdants comme le défunt… Il avait perdu parce que le gang du chou-fleur russe avait préféré jouer Poutine contre lui qui aurait pu être le dauphin, le maître des ressources naturelles du pays. Il était la proie du démon de midi avec ça ne s’invente pas un mannequin juvénile ukrainien qui a peut-être été un des éléments clés du contrat passé avec ses assassins professionnels. Difficile de faire de ce personnage l’image de la vertu comme l’ont tenté avec obstination nos médias. Possible en Europe où on nous refile du storystelling à la place de toute analyse politique, difficile en Russie où tout cela est connu. Bref Moscou, la ville où se concentre tout ce qui a gagné dans les privatisations, tous les leviers médiatiques aux mains des oligarques et de Poutine, Moscou en crise a fait une manifestation de perdants. Comme celui qu’ils pleuraient. Le gang du chou-fleur avait un nouveau maître que « la famille » s’était donné en choisissant le plus neutre, le plus petit fonctionnaire imaginable et qui les avait tous eu. Pire encore, il a voulu s’opposer à la division programmée de la Russie en tronçons à s’approprier comme un quelconque port d’Odessa… Il a voulu reprendre la parole et le monde russe s’est repris à espérer un autre destin.

Le gang du chou-fleur planétaire, celui des Etats-Unis, mais avec pétro-dollars et fascisme à multiples facettes, flanqué de ses oligarques néo-nazis, des juifs bandéristes ukrainiens, on trouve de tout dans le supermarché du profit, a attaqué son bureau de Moscou, dont le chargé de pouvoir avait des velléités d’indépendance… Ils n’en veulent plus, il est le dos au mur, peut-être Est-ce une chance? L’isoler?  Nemstov en a fait les frais, il ne valait même plus deux kopecks, mais le message était clair « à qui le tour? » Et tout le petit personnel corrompu, journaleux, cadres, gagne-petits de la corruption s’est demandé comment tout cela allait finir tant la partie de perdant-perdant était clairement engagée. Parce que le problème est peut-être là cette alliance entre le gang du chou-fleur et les « élites » des villes mondialisée est en train de connaître ses limites. D’où la référence à 1848, le « enrichissez vous » de la restauration de Guizot est de plus en plus remis en question, la concurrence plus âpre, plus violente… Les partis ne sont plus que des sacs de chats sauvages … Et même si la « réforme », la « démocratie », valeurs qui excusent toutes les crapuleries,  consistent à s’entendre pour toujours plus tondre le prolétaire, le héros déchu de la saga communiste, l’entreprise offre de moins en moins de bénéfices aux « élites » occidentalisées et à leur progéniture. Il arrive que le prolétaire n’ait plus pour bien que sa patrie et ses enfants et qu’il se rebelle comme dans le Donbass, plus loin que ce qu’on l’imaginait…

Les seuls qui dans cette mélasse tiennent un discours différent sont les communistes, et le gang du chou-fleur fera tout pour qu’ils n’accèdent pas au pouvoir. Elle flattera même les mouvements spontanéistes, ceux dont le discours confus plaît à tout le monde parce qu’il ne bouscule rien. Un mode de production n’est pas seulement l’exploitation, la domination d’une poignée, il est aussi la manière dont la classe dominante arrive à maintenir son pouvoir en faisant partager ses « valeurs » par le plus large spectre de la population. Si le gang du chou-fleur trouve des gens pour flatter à la fois les nostalgiques de l’Union soviétique tout en étant foncièrement anti-communiste, des gens qui attribueront à la race ce que le communisme dénonçait comme une dimension de classe, des gens individualistes forcenés qui verront dans toute organisation l’ennemi, ils pourront maintenir leur pouvoir dans les circonstances invraisemblables y compris en faisant réélire un ivrogne qui détruisait son pays comme Yelstine.

La seule question est celle de notre interlocuteur en Crimée : est-ce que les communistes qui ont perdu le pouvoir, j’ajouterais ceux qui comme en France semblent en état de coma dépassé, ont la moindre chance face au gang du chou-fleur même quand il est en train de se déchirer et de porter partout la violence et la misère?

Voilà hier j’ai eu l’impression que nos médias, et beaucoup de nos « élites » locales pleuraient leur propre mort mais le véritable problème reste « Quel parti? »

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le mars 2, 2015 dans Uncategorized

 

Fascistes de tous pays unissez-vous: ukrainiens et Venezueliens amis de la CIA à Toulouse

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ça y est ils ont fait jonction, les amateurs de coup d’Etat et les défenseurs du monde libre. Ils se sont rassemblés dans la ville rose à Toulouse hier après-midi…

 
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Publié par le mars 1, 2015 dans Uncategorized

 

Assassinat à Moscou par Jacques Sapir

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1 mars 2015

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Il est aujourd’hui prématuré de vouloir désigner un coupable dans l’assassinat de Boris Nemtsov, mais au vu de l’émotion que cet acte odieux a provoqué, on peut néanmoins poser un certain nombre de questions. Ayant connu personnellement Nemtsov au début des années 1990, quand il fut élu maire de Nijni-Novgorod, puis l’ayant rencontré à plusieurs reprises jusqu’à son entrée au gouvernement, j’ai été ému, comme bien d’autres.

Je n’oublie pas non plus que le ralliement de Nemtsov aux idées libérales qui avaient cours en Russie à cette époque en fit un des responsables (même s’il ne fut pas, et de loin, le principal responsable) de la détestable politique économique qui conduisit le pays à la ruine et sa population à la misère, jusqu’à la crise financière de 1998. A partir de 2004, et de la « révolution orange » en Ukraine, il s’était rapproché de l’équipe de Victor Ioutchenko et des « pro-occidentaux » en Ukraine, au point de devenir un éphémère conseiller du gouvernement ukrainien. Son opposition à Poutine l’avait conduit à fréquenter les milieux oligarchiques et des gens étranges à Kiev. Plus récemment, il avait pris fait et cause pour le mouvement dit « de Maïdan » et il critiquait la position du gouvernement russe à propos de la crise ukrainienne.

Son opposition systématique à Vladimir Poutine l’avait marginalisé et il était bien moins connu que d’autres figures de l’opposition comme Zyuganov (le dirigeant du Parti Communiste de Russie ou KPRF), Alexeï Koudrine, l’ancien ministre des finances, ou même Navalny. Aux dernières élections son micro-parti avait eu moins de 1% des suffrages et, de fait, n’avait aucun poids. Il n’était donc nullement « la » principale figure de l’opposition à Vladimir Poutine comme on cherche à le présenter en France et aux Etats-Unis, mais, en dépit de son jeune âge (il avait 55 ans) il était en fait un « homme du passé ». Il faut avoir ces éléments en tête quand on réfléchit à « qui aurait eu intérêt à tuer Nemtsov ».

Un meurtre mis en scène ?

Les premières questions qui viennent à l’esprit concernent le scénario de son assassinat. On sait qu’il avait diné avec un mannequin ukrainien au restaurant qui se trouve dans l’enceinte du GOUM, dont une des sorties donne sur la Place Rouge. A partir de là, les choses semblent avoir été les suivantes :

  1. Nemtsov et son amie sont sortis à pieds du restaurant, sont passés devant l’église de Basile le Bienheureux et ont pris le grand pont qui traverse la Moskova. Vu l’heure (entre 23h et 24h) et la saison, il n’y avait pas grand monde sur le pont.
  2. Nemtsov a été tué par un tireur qui était dans une voiture, suivant Nemtsov vraisemblablement, et qui a tiré 8 ( ?) balles dont 4 ont fait mouche dans le dos de Nemtsov. L’arme utilisée semble avoir été un pistolet automatique de type Makarov.
  3. La compagne de Nemtsov n’a pas été touchée dans le tir.

Ceci soulève plusieurs questions. Un tir depuis une voiture en mouvement implique que l’on ait parfaitement identifié la « cible » et surtout que l’on connaisse son parcours. Cela implique aussi un degré d’expertise dans le maniement des armes qui n’est compatible qu’avec le meurtre par « contrat ». Le risque de manquer la « cible » ou de ne lui infliger que des blessures non mortelles est élevé. De ce point de vue on peut se demander pourquoi ne pas attendre que Nemtsov soit rentré chez lui ? Le mode classique de l’assassinat par « contrat » se fait dans un lieu où l’on est sûr de trouver la victime, la cage d’escalier de son appartement ou quand la personne sort d’un restaurant en règle générale. Or, ce n’est pas ce qui a été fait. Le choix du lieu du crime pourrait impliquer une intention démonstrative. Comme celle d’impliquer Vladimir Poutine dans ce meurtre ? En tous les cas il est évident que les assassins ont pris des risques qui semblent indiquer une intention politique. Tout ceci fait penser à une mise en scène.

Les conditions techniques du meurtre.

On peut certes comprendre que les assassins ne tirent pas sur Nemtsov à sa sortie du restaurant. C’est un lieu où il y a toujours du monde et qui est très surveillé. Mais, le modus operandi soulève lui aussi plusieurs questions.

  1. Comment les assassins pouvaient-ils être sûrs du trajet qu’allaient suivre Nemtsov et sa compagne ? Si un fort degré de certitude existait, cela pouvait permettre aux tueurs effectivement d’intervenir sur le pont au moment voulu. Mais, si aucune certitude n’existait, comment pouvaient-ils être sûrs que Nemtsov serait, au moment voulu, sur le pont. On voit que cela impliquait un niveau d’organisation important.
  2. La voiture, une Lada blanche, ne pouvait en effet circuler sur la Place Rouge. Nemtsov n’a donc pas pu être suivi par les tueurs de sa sortie du restaurant jusqu’au moment ou il rejoint la voie routière. Pendant plusieurs centaines de mètres la voiture ne peut suivre ni précéder Nemtsov. Elle a donc dû intercepter la trajectoire du couple. Cela implique très probablement un ou plusieurs complices qui suivent Nemtsov et qui indiquent (par téléphone mobile ?) aux futurs tueurs la situation de Nemtsov et de sa compagne. Mais, on peut aussi penser à une autre hypothèse, qui est techniquement possible. Ainsi, une balise aurait pu être emportée à son insu (ou volontairement ?) par Nemtsov ou la jeune femme, qui aurait donné à la voiture des tueurs la position et le déplacement exact du couple.
  3. La différence de vitesse entre des piétons et une voiture implique de plus une synchronisation parfaite pour que la voiture vienne à la hauteur de Nemtsov quand ce dernier est sur le pont. Ici encore, ceci est compatible tant avec l’hypothèse de complices qu’avec celle d’une balise.

On le voit, sauf si pour une raison ou une autre les tueurs savaient parfaitement quelle était la destination de Nemtsov et de la jeune femme, le meurtre impliquait une organisation sophistiquée, impliquant soit des complices (certainement un pour indiquer le moment de sortie du restaurant et un autre pour indiquer le moment où Nemtsov et sa compagne se sont engagés sur le pont) soit des moyens électroniques de surveillance et de localisation (une balise). Ceci explique pourquoi la justice russe a tout de suite privilégié l’hypothèse d’un meurtre organisé.

Quelles hypothèses ?

La presse, en France et dans les pays occidentaux, privilégie l’hypothèse d’un meurtre soit commandité par le Kremlin, soit par des mouvements nationalistes proches du Kremlin. Disons tout de suite que la première hypothèse n’est pas cohérente avec le lieu du crime. De plus, on voit mal quel intérêt aurait le gouvernement russe à faire assassiner un opposant, certes connu, mais désormais tombé à l’arrière-plan politique. Quand Vladimir Peskov, porte-parole du Président Poutine dit que Nemtsov ne représentait aucun danger, aucune menace, pour le pouvoir, c’est parfaitement exact. Si, à travers l’assassinat de Nemtsov on cherchait à terroriser les autres opposants, il aurait été plus simple de le tuer chez lui. L’hypothèse d’une implication, directe ou indirecte, du gouvernement russe apparaît donc comme très peu probable.

Une autre hypothèse, privilégiée par l’opposition russe, est que le crime aurait été commis par une fraction extrémiste, proche mais non directement reliée, au pouvoir russe. Effectivement, des groupes extrémistes ont menacé divers opposants, dont Nemtsov. Ces groupes reprochent d’ailleurs à Vladimir Poutine sa « tiédeur » dans le soutien aux insurgés du Donbass, et alimentent en volontaires l’insurrection. Il est parfaitement possible de trouver dans les rangs de ces mouvements des personnes capables de commettre ce meurtre. Mais alors il faut répondre à plusieurs questions :

  1. Comment un groupe de ce genre peut-il disposer des moyens sophistiqués qui ont été employés pour tuer Nemtsov ?
  2. Pourquoi ces gens, dont on peut penser qu’ils sont viscéralement anti-ukrainiens, auraient-ils épargné la jeune femme accompagnant Nemtsov ?

Ici encore, si l’assassinat avait eu lieu à la sortie du restaurant, ou chez Nemtsov, on pourrait croire à cette hypothèse. Mais, les conditions de réalisation de l’assassinat, et la mise en scène implicite qui l’entoure, semblent difficilement compatibles avec l’acte d’un groupe extrémiste. Disons-le crument : le niveau d’organisation de cet assassinat porte probablement la trace de l’implication de « services », que ces derniers soient d’Etat ou privés (et les oligarques ont les moyens de faire appel à des services « privés »).

Il faut le répéter, l’implication des services russes ne fait aucun sens. Du point de vue de Poutine et du gouvernement cet assassinat est une catastrophe à la fois politique mais aussi en termes de guerre de l’information.

Une provocation ?

L’hypothèse d’une provocation a été tout de suite avancée par Vladimir Poutine et par le gouvernement russe. Bien entendu, on peut comprendre l’intérêt pour Poutine de cette hypothèse. Mais il faut avoir l’honnêteté de dire que c’est elle qui est, en l’état de nos connaissances sur les conditions de la mort de Boris Nemtsov, la plus cohérente. Cette provocation aurait pu être organisée par beaucoup de monde, car bien des pays, et bien des gens, ont intérêt à faire un croc-en-jambe de ce type à Vladimir Poutine.

Cet assassinat, à la veille d’une manifestation d’opposition, peut parfaitement déstabiliser la situation politique, non pas en Russie mais du moins sur Moscou. Il concentre l’attention sur Vladimir Poutine, qui va devoir maintenant faire la preuve de son innocence tant la suspicion dont il est l’objet est forte. L’émotion est importante à Moscou, ce que montre l’ampleur de la manifestation en hommage à la mémoire de Boris Nemtsov, qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes ce dimanche 1er mars. C’est pourquoi, il est de l’intérêt de Vladimir Poutine de faire la lumière le plus vite possible sur ce crime

 
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Publié par le mars 1, 2015 dans Uncategorized

 

Iatseniouk a dû reconnaître que l’Occident dépouillait l’Ukraine

 
iatsenouk qui prétend par ailleurs que les Russes ont envahis l’Ukraine et l’Allemagne durant la deuxième guerre mondiale est un de ces admirateurs des collaborateurs des nazis qui sur le fond a choisi de vendre le pays aux Etats-Unis… Paradoxe apparent du national socialisme…

http://tvzvezda.ru/news/vstrane_i_mire/content/201502281515-eskx.htm

Le Premier ministre ukrainien Iatseniouk a reconnu que les créanciers occidentaux prenaient à l’Ukraine en intérêts une somme supérieure aux prêts alloués, écrit le magazine économique ukrainien Ua-Banker. Comme l’a déclaré le premier ministre, l’Ukraine en 2014, a reçu des organisations internationales $ 8,6 milliards de prêts et payé en intérêts sur sa dette 9,1 milliards de dollars.

«En tout nous avons maintenant reçu 8,6 milliards de dollars, avec lesquels nous avons payé en intérêt des dettes passées, dont nous ne sommes pas responsables – $ 9,1 milliards. Je tiens également à noter qu’un montant supplémentaire de $ 1,67 milliards a servi à payer les dettes de » Naftogaz  » le mois dernier.

Comme l’a souligné la publication, à la place de l’assistance promise à l’Ukraine, les prêteurs internationaux ont volé au peuple ukrainien plusieurs millions de dollars.

«On ne nous a même pas offert de retarder les paiements sur les dettes, disons 5-6 ans, mais au contraire on a commencé à nous prendre nos derniers biens » – dit l’économiste Alex Luponosov.

Il rappelle que Iatseniouk a été élu premier ministre, en promettant de lever des fonds pour le pays, mais à la place il a juste réglé les dettes faites par Ianoukovitch, prenant aux gens leur dernier morceau de pain.

En outre, en tenant compte des nouveaux prêts, le fardeau de la dette sur le budget de l’Ukraine ne fera qu’augmenter, a déclaré l’économiste.

 
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Publié par le mars 1, 2015 dans Uncategorized

 
 
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