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François Ruffin l’insoumis des « Insoumis »

Où l’on apprend que non content de ne pas signer la charte des Insoumis, François Ruffin verse ses indemnités d’élu au PCF. Mais il est clair que ce député-là n’appartient à personne et qu’il veut l’union qui a permis son élection. Nous sommes au début d’un processus et il est bon que chacun à la veille du Congrès du PCF réagisse en son âme de conscience (note de Danielle Bleitrach)

Paris Match| Publié le 06/07/2017 à 07h00 |Mis à jour le 06/07/2017 à 09h41

Dimanche 25 juin, match de foot à Naours (80). A l’affiche : Whirlpool contre Picardie debout !, l’équipe de François Ruffin.
Dimanche 25 juin, match de foot à Naours (80). A l’affiche : Whirlpool contre Picardie debout !, l’équipe de François Ruffin.Eric Hadj / Paris Match

Avec sa rentrée tonitruante à l’Assemblée, le réalisateur militant s’annonce déjà, auprès de Jean-Luc Mélenchon, comme un député incontrôlable. Rencontre.

«Qui veut des crampons ? » lance à la cantonade François Ruffin. En ce dimanche matin, la pelouse du petit terrain de foot de Naours (Somme) est un peu humide pour accueillir le match du jour : les Whirlpool face à Picardie debout !, l’équipe de celui qu’on appelle ici François. En caleçon et torse nu, le nouveau député de la Somme enfile ses protège-tibias. Par précaution. Il n’est pas question de risquer le mauvais coup : l’auteur du documentaire à succès « Merci patron ! » n’entend pas jouer les remplaçants lors de cette législature.

Lire aussi :Tout le monde se lève pour de Rugy… sauf Ruffin

« Les bourrins, derrière ! » : dernières consignes de l’« insoumis » avant le coup d’envoi. Ruffin joue, lui, au milieu du terrain. « Il ne faut pas le dire, je ne suis pas centriste », ironise-t-il, prêt à mouiller le maillot. Celui du « Réveil des betteraves », à la fois cri de révolte et symbole de ralliement dans ce morceau de France laminé par la désindustrialisation. Accoudé à la rambarde, un ex de l’usine Goodyear, trente-deux ans à la production, le regarde : « François ? C’est un électron libre et il doit rester comme il est, député ou pas », dit l’ouvrier entre deux photos. N’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, le patron du groupe des 17 députés « insoumis » de ­l’Assemblée.

Certes, l’ex-journaliste est à l’unisson de ses collègues unis par la même volonté d’en découdre avec Emmanuel Macron. Lundi, dans la salle des séances du château de Versailles où le Parlement est réuni en Congrès, Ruffin ne siège pas, désireux lui aussi de dénoncer la dérive de celui qu’il surnomme « le Roi-Soleil ». Mais lors de la rentrée parlementaire, il a ajouté sa petite « provoc » personnelle au refus de ses amis de porter la cravate : lui a débarqué dans l’hémicycle… en baskets. Ses (rares) apparitions aux Quatre Colonnes, où se croisent journalistes et députés, ne passent pas inaperçues. « Mélenchon a parfaitement conscience que c’est un bâton de dynamite », confie l’un des fidèles du député de Marseille. La discipline, les consignes de vote ? « C’est pas mon truc, je préfère qu’on cherche à me convaincre », affirme le Picard.

Fort de sa notoriété, Ruffin a refusé de signer la charte imposée par les « insoumis »

Formé loin des appareils politiques, il veut faire ses choix « en [son] âme et conscience ». Ses velléités d’indépendance transparaissent. En annonçant être un député « payé au smic », promesse de sa campagne, Ruffin n’a pas seulement renoncé à une partie de ses 7 000 euros brut d’indemnités mensuelles, il a aussi pris de court les « insoumis ». « C’est une décision individuelle », souligne ainsi Martine Billard qui chapeaute les élections. Quitte à faire peser le soupçon de démagogie. « Je ne donne pas de leçons aux députés, ­souligne-t-il. Les autres font ce qu’ils veulent, ce n’est pas mon problème. » Avec le succès commercial de « Merci patron ! », Ruffin n’est, il est vrai, pas un smicard comme les autres… Par ailleurs, le nouveau député ne doit rien à Mélenchon. Son élection ? Le fruit d’un travail d’implantation.

Formé loin des appareils, le picard veut faire ses choix « en [son] âme et conscience »

« Il est avec nous depuis le début », confirme Christophe, chez Whirlpool depuis vingt-sept ans, qui reprend son souffle sur le banc de touche. Fort de sa notoriété, Ruffin a refusé de signer la charte imposée par les « insoumis » pour bénéficier de leur soutien aux législatives. Elu avec l’appui du PCF, d’EELV, ­d’Ensemble (une composante de l’ex-Front de gauche), le candidat incarne une union de la gauche « new look », débarrassée du PS. « Je suis un point de jonction », dit-il. Ruffin a d’ailleurs décidé de verser les 37 000 euros de dotations publiques données à tout député pendant cinq ans au titre du financement des partis politiques… au PCF. Au nez et à la barbe de Mélenchon. « Ça fait longtemps qu’il ne m’a pas engueulé », ironise-t-il.

C’est à ses électeurs que Ruffin entend rendre des comptes. « Ma ­première lettre écrite à un ministre ­portera sur le comportement de la famille Mulliez (fondateur du groupe Auchan) et le licenciement de 70 personnes au Simply Market d’Amiens », annonce-t-il. Un mélange de démocratie directe façon Nuit debout et de troisième mi-temps autour d’une Kronenbourg pour célébrer la victoire : 5 buts à 1 pour Picardie debout ! Avec un but de Ruffin. D’une frappe du gauche, évidemment.

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Publié par le juillet 7, 2017 dans Uncategorized

 

Poutine et Xi, Message à Trump: le monde unipolaire américain c’est terminé

 Voici quelques années où il est question  d’une alliance stratégique entre la Russie et la Chine, mais les commentaires ont tendance également à en montrer les limites. Cependant la situation en Corée, l’attitude de Trump ont incontestablement accéléré cette union et cet article correspond à la conclusion qu’en tire la presse russe et chinoise, la rencontre avant le sommet du G20 entre les deux présidents a véritablement débouché sur une attitude commune. (note et traduction de Danielle Bleitrach pour Histoire et société) 

Finian Cunningham (né en 1963) a beaucoup écrit sur les affaires internationales, avec des articles publiés en plusieurs langues. Originaire de Belfast, en Irlande, il est diplômé en chimie agricole et a travaillé comme rédacteur scientifique pour la Royal Society of Chemistry, Cambridge, en Angleterre, avant de poursuivre une carrière dans le journalisme. Depuis plus de 20 ans, il a travaillé comme éditeur et écrivain dans les principaux organismes de presse, dont The Mirror, Irish Times et Independent. Maintenant, journaliste indépendant basé en Afrique de l’Est, ses articles sont repris par  RT, Sputnik, Strategic Culture Foundation et Press TV.
  publié 5 juil., 2017 14:39
Poutine, message Xi à Trump: le monde unipolaire américain est terminé
La stratégie américaine a consisté à isoler la Russie à l’échelle internationale. Évidemment, c’est Washington qui devient de plus en plus isolé sur la scène mondiale. Cette semaine, à la veille du sommet du G20 en Allemagne, l’inversion des  positions favorables ne pouvait pas être plus flagrante.

Alors que la Corée du Nord défiait ouvertement Washington avec un test de missile balistique révolutionnaire, et le président américain Donald Trump était impliqué dans ses relations sexuelles juvéniles habituelles, la Russie et les dirigeants de la Chine ont fièrement consolidé leur alliance stratégique pour un nouvel ordre mondial multipolaire.

Les médias occidentaux ne le reconnaîtront pas pour autant, mais la réunion cette semaine à Moscou entre Poutine et Xi Jinping était d’une importance historique. Nous assistons à une transition mondiale du pouvoir. Et pour le bien commun.

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue chinois Xi Jinping s’accordent sur le sens profond et apparent du respect mutuel et sur la sagesse face aux défis politiques auxquels est confronté le monde d’aujourd’hui. Les deux dirigeants se sont réunis à plus de 20 reprises au cours des quatre dernières années. Le président Xi a mentionné la Russie comme l’allié le plus important de la Chine et a déclaré que, dans un monde en crise, l’amitié entre les deux pays était une source de stabilité compensatoire.

Sur les dernières nouvelles de test de son premier missile balistique intercontinental (ICBM) en Corée du Nord, Poutine et Xi ont appelé au calme. En revanche, le président américain Trump a pris à Twitter pour railler Kim Jong-Un. « Est-ce que ce mec n’a rien de mieux à faire de sa vie? » A déclaré Trump avec des mots qui pourraient s’appliquer plus pertinemment au président américain.

Ensuite, les États-Unis et leur allié en Corée du Sud ont également lancé leurs missiles balistiques dans un exercice militaire visant à montrer leur force à Pyongyang. Kim Jung-Un a répondu que l’ICBM était un «cadeau pour les bâtards américains» durant leurs vacances de quatre jours autour de la  journée de l’indépendance de juillet et qu’il y aurait plus de cadeaux

Plutôt que les tensions croissantes, Poutine et Xi ont avancé la proposition éminemment raisonnable selon laquelle la Corée du Nord devrait geler ses tests de missiles et les États-Unis devraient également arrêter leurs exercices militaires sur la péninsule coréenne. Toutes les parties doivent se réunir dans des négociations avec un engagement en matière de non-violence et sans conditions préalables pour s’efforcer d’un règlement global du différend décennal.

Le contraste entre la réponse digne, intelligente de Poutine et Xi avec celle exhubérante de Trump est une preuve évidente que la Russie et la Chine exercent un  leadership mondial réel, alors que les Américains ne sont qu’une partie du problème.

Mais le drame coréen n’a été qu’une illustration cette semaine de la façon dont les ambitions américaines de la domination unipolaire sont devenues redondantes.

L’acccueil avant le  sommet du G20 Xi à Moscou par Poutine a été suivi par une visite d’Etat du président chinois en Allemagne mercredi deux jours avant le rassemblement à Hambourg. Xi et la chancelière allemande Angela Merkel auraient signé de nouveaux accords commerciaux entre les deux principales économies d’exportation au monde.

« Les relations entre la Chine et l’Allemagne sont à leur meilleur niveau  historique », a déclaré Michael Clauss, l’ambassadeur d’Allemagne à Pékin. « La dynamique économique et politique du point de vue allemand se dirige vers l’est ».

De l’importance également, cette semaine, du fait que l’Union européenne se prépare à finaliser un important pacte commercial avec le Japon.

Il est également important que le Premier ministre du Japon, Shinzo Abe, demande à la Chine et à la Russie d’aider à la médiation de la crise coréenne immédiatement après le lancement du test ICMB de Pyongyang.

Évidemment, le Japon, malgré qu’il soit un allié de Washington, se tourne vers une solution multilatérale proposée par Moscou et Pékin.

De multiples façons, par conséquent, que ce soit en matière de sécurité, de commerce et d’économie, le monde semble se déplacer inexorablement vers un mode  multipolaire comme la réponse la plus appropriée aux défis.

Pas du point de vue américain, surtout sous la direction de Donald Trump. Toutes les nations semblent ne plus être qu’un repose-pieds pour les Américains «exceptionnels» qui se sentent autorisés à faire preuve d’empêchement et d’imposer à tous les autres ce qu’ils veulent.

L’isolement de l’Amérique dans le monde a été aperçue au sommet du G7 plus tôt cette année en mai, lorsque les autres nations divergèrent de Trump sur sa décision maladroite de retirer les États-Unis de l’accord climatique mondial. Deux mois plus tard, l’isolement de Washington est encore plus marqué sur la scène mondiale alors que les dirigeants du G20 se réunissent à Hambourg ce week-end.

Un titre de Bloomberg News l’a expliqué succinctement: «Trump risque d’unir les alliés et les ennemis de la guerre froide contre lui».

La politique de Trump en faveur de «l’Amérique d’abord» par le biais du protectionnisme commercial et son unilatéralisme étroit vis-à-vis des questions de sécurité mondiale ont placé l’Amérique sur un jeu à part en ce qui concerne le reste du monde.

Où est le «joueur d’équipe» américain , le «leader du monde libre» supposé ? Toutes les vertus autoproclamées sont vues pour ce qu’elles ont toujours été: un bombardement exagéré, prétentieux et belliciste.

L’Amérique n’est considérée que comme un géant égoïste. Ses déséquilibres commerciaux avec le reste du monde ne sont pas liées à des «transactions pourries»,  comme Trump l’affirmait, mais plutôt parce que l’économie américaine s’est ruinée au fil des décennies. L’élimination des emplois par les sociétés américaines et l’éviscération des travailleurs américains avec des salaires de pauvreté en font partie.

Lorsque l’Amérique parle maintenant du maintien du droit international et de la sécurité, le reste du monde se moque d’elle avec une ironie amère. Les guerres à travers le Moyen-Orient et le parrainage du terrorisme sont en grande partie des produits américains d’intrigues de changement de régime criminel. Qui est ce remue méninge menteur à Washington?

Le même remue méninge menteur qui a dégusté un « beau gâteau au chocolat » avec le président de la Chine dans une station balnéaire en Floride, puis procède à des sanctions contre la Chine et fait des incursions militaires provocatrices sur son territoire. Ce n’est pas seulement Trump. C’est l’ensemble du leadership politique américain. La classe dirigeante américaine est devenue si aveuglée par l’héroïne qu’il ne peut même pas voir comment le monde qu’il prétend dominer est en train de lui fermer la porte au nez et de s’enfuir.

Washington n’a pas de réponse pour les défis mondiaux d’aujourd’hui. Parce que tout simplement, Washington est la source de nombreux problèmes d’aujourd’hui. Il n’a même pas la modestie de reconnaître sa responsabilité. La seule chose dont les États-Unis semblent capables est de rendre les problèmes actuels encore pires. La crise coréenne est une leçon de choses en la matière..

Les présidents Poutine et Xi ne cherchent pas à usurper la domination mondiale, ce que Washington tente de nous faire croire. C’est seulement pour Washington, qu’une vision d’un ordre mondial multipolaire et plus démocratique est considérée comme menaçante et sinistre. C’est parce que les ambitions américaines de la «domination du spectre complet» unipolaire sont réellement menaçantes et sinistres.

Le monde peut être reconnaissant, il a des leaders authentiques comme Poutine et à Xi qui tentent de créer un ordre global multipolaire. Heureusement, l’alliance stratégique entre la Russie et la Chine est soutenue par une formidable capacité militaire. Les exercices maritimes communs effectués ce mois-ci dans la mer Baltique sont une police d’assurance vitale pour soutenir ce que Moscou et Pékin sont de plus en plus audacieux à dire aux Américains.

Ce message, comme Poutine et Xi ont effectivement donné à Trump cette semaine, est que les ambitions américaines de la domination mondiale ne sont plus acceptables et ne sont plus tenables. Les jours d’intimidation du monde avec son hypocrisie morale et son agression militaire sont terminés.

Les énoncés, opinions et opinions exprimés dans cette colonne sont uniquement ceux de l’auteur et ne représentent pas nécessairement ceux de RT.

 

La véritable histoire de la Sécurité sociale

En ces temps de contre-révolution politique et sociale il est plus que jamais nécessaire d’avoir présent à l’esprit, les attendus et les principes qui ont présidé à la construction des bases de la protection sociale au sortir de la résistance, à l’ombrage et sous la protection du programme du Conseil National de la Résistance.

A un moment décisif où le PCF est le premier parti de France et où la CGT rassemble 5 millions d’adhérents.

Et pas mieux placés que Bernard Friot & Christine Jakse pour faire le point à ce sujet dans le Monde diplomatique de Décembre 2015 :

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Dans son roman Les Lilas de Saint-Lazare, paru en 1951, l’écrivain Pierre Gamarra met en scène Mme Récompense, gardienne d’un immeuble parisien. « Porte-moi cette lettre à la petite dame du troisième, et tu auras une récompense », dit-elle souvent aux gamins, qui raffolent de ses bonbons. La politique, la lutte des classes, ça n’est pas son affaire. Pourtant, en ce jour de février 1951, elle se joint au formidable cortège qui, sous une pluie battante, rend un dernier hommage à Ambroise Croizat.

Le peuple de Paris s’est reconnu dans celui qui a mis en œuvre la Sécurité sociale… et qui, depuis, a disparu de la photographie. Ouvrier d’usine à 13 ans, militant syndical et communiste, Croizat est nommé en 1928 secrétaire de la fédération des métaux de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) et négocie en juin 1936 les accords de Matignon. Quel danger présente son action en tant que ministre du travail et de la sécurité sociale, du 21 novembre 1945 au 4 mai 1947, pour que l’histoire officielle ait décidé de l’ignorer ?

La réponse tient en quelques mots : la mise en place d’un régime général de couverture sociale qui non seulement mutualise une part importante de la valeur produite par le travail, mais qui en confie aussi la gestion aux travailleurs eux-mêmes. Croizat n’invente pas la sécurité sociale, dont les éléments existent déjà ; il rassemble en une seule caisse toutes les formes antérieures d’assurance sociale et finance l’ensemble par une cotisation interprofessionnelle à taux unique.

Les allocations familiales, l’assurance-maladie, les retraites et la couverture des accidents du travail du régime général ont ceci de renversant que la collecte des cotisations ne dépend ni de l’Etat ni du patronat, mais d’une caisse gérée par des représentants syndicaux. La puissance du régime général est redoutable : selon l’estimation de l’Assemblée consultative provisoire en août 1945 (1), il socialise dès le départ le tiers de la masse totale des salaires. Ce système unique sera effectif de 1946 jusqu’au milieu des années 1960. Entre-temps, il aura fait l’objet d’un travail de sape systématique.

Pour l’histoire officielle, tout paraît simple. L’affaiblissement de la droite et des patrons, les cinq millions d’adhérents de la CGT, le « plan complet de sécurité sociale » prévu par le Conseil national de la Résistance et l’ordonnance du 4 octobre 1945 qui l’institue auraient ouvert un boulevard aux architectes du régime général. C’est une fable. La mise en œuvre concrète s’avère herculéenne. Avec Pierre Laroque, directeur de la sécurité sociale au ministère, Croizat supervise l’installation du nouveau système en lieu et place du méli-mélo préexistant : un millefeuille de couvertures par profession, par branche, par catégorie de salariés, par type de risque, auxquelles s’ajoutent les mutuelles et les caisses syndicales et patronales (2). L’unification repose sur les seuls militants de la CGT, la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) s’étant déclarée hostile à la caisse unique. Les crocs-en-jambe ne manquent pas. Quand les militants dénichent un local vide pour héberger une nouvelle caisse, il arrive qu’une administration le préempte (3).

Des résistances inouïes

Pourtant, fin août 1946, les hussards rouges ont mis sur pied 123 caisses primaires de sécurité sociale et 113 caisses d’allocations familiales (CAF). Leurs administrateurs, d’abord désignés par le syndicat, seront bientôt élus par les salariés. Parallèlement se négocie, sous l’arbitrage de Croizat, une convention collective pour les personnels des deux instances nationales employeuses : la Fédération nationale des organismes de sécurité sociale et l’Union nationale des caisses d’allocations familiales, ce qui permettra de reclasser plus de 70 000 agents issus des anciennes caisses.

Pourquoi cette séparation entre caisses primaires et CAF, alors que le projet initial prévoyait une caisse unique ? C’est que l’idée d’un seul organisme concentrant un tel pouvoir aux mains d’ouvriers se heurte à une résistance inouïe. Les membres de la commission réunie en juin 1945 pour préparer les ordonnances sur la Sécurité sociale ne parviennent pas à se mettre d’accord. A l’Assemblée consultative provisoire, une majorité obtient qu’on sépare les allocations familiales des assurances sociales (maladie et vieillesse) et des accidents du travail. La démocratie sociale en ressort affaiblie, car les allocations familiales forment alors la composante la plus puissante du régime (plus de la moitié des prestations), et leurs conseils d’administration ne comptent qu’une moitié d’élus salariés contre trois quarts dans les autres caisses.

Au sein même de la CGT, les appréciations divergent. La direction confédérale pousse à l’extension maximale du régime général. Mais les logiques professionnelles portées par les cadres, les fonctionnaires et les branches comme l’énergie, les mines et les chemins de fer résistent. Ces dissensions pèsent d’autant plus que plane sur la CGT la menace d’une scission. Celle-ci intervient en 1947, au début de la guerre froide, et donne naissance à Force ouvrière (FO). Faisant allusion aux « sérieuses polémiques » internes, un document confédéral publié en avril 1946 explique qu’en vue de la « réalisation de l’unité des assurances ouvrières », « il convient de ne pas créer de nouvelles cloisons financières entre les cadres et le personnel d’exécution, ni entre les professions à taux de salaire relativement élevé et celles dont le taux de salaire ne dépasse pas le minimum vital (4) ». La direction confédérale sera battue ; l’Association générale des institutions de retraite des cadres (Agirc) est créée en mars 1947.

Quant aux fonctionnaires, si la confédération obtient la même année leur intégration dans le régime général pour la maladie, leurs mutuelles en sont exfiltrées dès 1947 — les mutuelles, rendues obligatoires à partir de 2016 par le gouvernement actuel, sont un adversaire majeur du régime général en matière de santé. La création en 1958 de l’Union nationale interprofessionnelle pour l’emploi dans l’industrie et le commerce (Unedic), puis, en 1961, d’un régime complémentaire de retraite réclamé par le patronat allié à FO et à la CFTC, l’Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés (Arrco), s’effectue contre le régime général. Or la maîtrise de cette institution par les salariés reposait sur le taux unique de cotisation interprofessionnelle et sur la caisse unique, qui unifient le salariat et réduisent le pouvoir d’initiative des employeurs.

Promoteur de la division des caisses qui fissure l’autonomie ouvrière, le patronat s’appuie également sur le gouvernement, qui, en dernière instance, fixe les taux de cotisation et le montant des prestations. Une telle prérogative n’allait pas de soi, puisqu’il fut question en 1945 que le taux de cotisation soit décidé par les salariés eux-mêmes. Sensibles aux arguments des employeurs, les gouvernements successifs gèlent le taux de cotisation au régime général durant toute la décennie 1950. Ce sabotage de l’institution attise le mécontentement des assurés, qui perçoivent des remboursements très inférieurs à leurs dépenses de santé réelles.

Des campagnes de presse imputent aux gestionnaires ouvriers les conséquences d’une pénurie organisée par le gouvernement. Par exemple, ce dernier maintient les pensions à un niveau extrêmement faible en refusant au régime général la reconstitution de carrière pratiquée à l’Agirc. L’assurance-vieillesse affiche donc un excédent considérable, que l’Etat ponctionne goulûment. Henri Raynaud, secrétaire de la CGT chargé du dossier, montre en avril 1950 que les neuf seizièmes de la cotisation ne sont pas affectés aux pensions, mais autoritairement versés à la Caisse des dépôts pour couvrir des dépenses courantes de l’Etat. Leur cumul représente à ce moment 155 milliards de francs (5), soit plus de 20 % du produit intérieur brut (PIB).

Depuis la fin de la guerre, l’administration fiscale rêve de mettre la main sur la collecte des cotisations. En 1945, la CGT avait réclamé — en vain — un statut mutualiste pour une caisse nationale afin de garantir sur le long terme le contrôle de l’institution par les intéressés. Coupant la poire en deux, les ordonnances d’octobre 1945 dotent la caisse nationale du statut d’établissement public à caractère administratif, tandis que les caisses locales ressortissent du droit privé. Les relais du ministère des finances bataillent au cours des années 1950 pour obtenir le transfert des cotisations (gérées par les travailleurs) vers l’impôt (géré par l’Etat). Cette offensive fera long feu jusqu’à la création de la contribution sociale généralisée (CSG), un impôt affecté au régime général institué en 1990 par le gouvernement de M. Michel Rocard.

Une autre bataille, mobilisant les mêmes acteurs, fait rage pour restreindre l’emprise de la CGT. Des cinq élections organisées au sein des caisses primaires entre 1947 et 1962 la confédération sort majoritaire, recueillant d’abord 60 % des suffrages (puis 50 % après la création de FO), devant la CFTC (20 %), ainsi que divers acteurs, dont la mutualité (20 %). Le patronat s’attache à évincer cet adversaire encombrant de la présidence des caisses en apportant systématiquement ses voix aux candidats de la CFTC, de FO et de la Confédération générale des cadres (CGC), avant de se heurter au rapprochement entre la CGT et la minorité progressiste de la CFTC. La centrale chrétienne entame en effet une déconfessionnalisation qui aboutit en 1964 à la création de la Confédération française démocratique du travail (CFDT). C’est d’ailleurs l’élection de présidents de caisse issus de l’unité CGT-CFDT qui précipitera la reprise en main gouvernementale et patronale de cette expérience d’autonomie ouvrière.

Au demeurant, l’intervention de l’Etat ne fut jamais absente. D’abord légère, elle s’accentue au fil des ans : contrôle financier (1948), mise sous tutelle des caisses déficitaires (1950), création de l’Inspection générale de la Sécurité sociale (6) (1960), réduction des pouvoirs des conseils et professionnalisation des dirigeants des caisses (1960). Le coup de grâce est porté en août 1967 par les ordonnances Jeanneney, qui imposent le paritarisme. Auparavant, les syndicats élisaient deux fois plus de représentants que le patronat dans les caisses primaires ; chacun en désignera désormais un nombre égal. Cette réforme, portée par le Conseil national du patronat français et par FO — son secrétaire général André Bergeron revendiquera la copaternité du dispositif —, s’accompagne de la suppression des élections des conseils, amputant ainsi les administrateurs de leur légitimité auprès des salariés (7). Le patronat cogérera ainsi la plus symbolique des institutions ouvrières. Alors, comme par enchantement, l’assiette et le taux de cotisation au régime général progresseront de nouveau…

Soixante-dix ans plus tard, on saisit mieux l’acharnement de la sainte alliance réformatrice contre le régime général géré par les travailleurs et contre ses architectes. Des textes syndicaux publiés à l’époque ressort la fierté des ouvriers qui prouvent leur capacité à gérer un budget équivalant à celui de l’Etat. Même appauvri et mutilé de son caractère autogestionnaire, ce régime a posé les bases d’une toute nouvelle pratique du salaire, contraire à la pratique capitaliste courante. En 1946, le revenu salarié d’une famille de trois enfants (la moyenne dans les familles populaires) est constitué pour plus de la moitié par des allocations familiales, dont le montant se calcule comme un multiple du salaire de l’ouvrier non qualifié de la région parisienne.

Le travail parental est ainsi reconnu par du salaire : on peut être producteur de valeur sans aller sur le marché de l’emploi. De la même manière, l’assurance-maladie paie le salaire à vie des soignants et subventionne l’équipement hospitalier, préservant ainsi le domaine de la santé du chantage à l’emploi et du recours au crédit, deux institutions vitales pour le capital. Contre les comptes individuels de l’Arrco-Agirc qui organisent la retraite comme un revenu différé, le régime général instaure le droit au salaire continué des retraités, eux aussi reconnus comme producteurs de richesse. Cette dimension subversive de la cotisation reste farouchement combattue. Une mobilisation non seulement pour sa défense, mais aussi pour sa généralisation à l’ensemble de la production raviverait le souffle qui fit sortir Mme Récompense de sa loge et changea profondément la société d’après-guerre.

 

Bernard Friot & Christine Jakse

 

La Chine a commencé la construction de la première ville-forêt du monde

Toujours dans le cadre de ce gigantesque laboratoire qu’est la Chine. Si quelque chose est bien socialiste, au vrai sens du terme, c’est cet aspect laboratoire de la modernité que l’on retrouve dans toutes les expériences socialistes (note de Danielle Bleitrach).

Crédits : Stefano Boeri Architetti

Un projet inédit est en marche dans la province chinoise du Guangxi, au sud de la Chine. Dans la préfecture de Liuzhou, la première ville-forêt du monde est en cours de construction pour lutter contre la pollution. Designée par le cabinet d’architecte italien Stefano Boeri Architetti, qui développe des projets du même type  partout dans le monde, cette Ville Forêt futuriste accueillera une communauté d’environ 30 000 personnes. Elle devrait être inaugurée en 2020.

Couverte de verdure, la construction abritera près d’un million de plantes de plus de 100 espèces différentes, ainsi que 40 000 arbres. Ils absorberont ensemble chaque année près de 10 000 tonnes de dioxyde de carbone et 57 tonnes d’agents polluants, tandis qu’ils produiront 900 tonnes d’oxygène. La Ville Forêt aidera par conséquent à faire baisser la température de l’air moyenne, à améliorer la qualité de l’air local. En plus de générer des espaces d’habitation, la zone créera des écrans acoustiques naturels et améliorera la biodiversité dans la région. En tant que centre industriel de la province du Guangxi, la qualité de l’air actuelle à Liuzhou est préoccupante.

La Ville Forêt de Liuzhou sera également auto-suffisante et alimentée grâce aux énergies renouvelables telles que l’énergie solaire et géothermique. La ville connectée inclura des zones commerciales, des quartiers résidentiels, des espaces récréatifs, un hôpital et deux écoles. Elle sera reliée à la ville de Liuzhou par une ligne ferroviaire électrique ouverte aux voitures électriques.

  

Source et crédits : Stefano Boeri Architetti

 
 

Complément d’enquête sur les traces de l’Union soviétique, patrie et communisme…

Ce qui frappe au Tatarstan au titre de l’empreinte laissée par l’Union Soviétique est d’abord une réussite indéniable, la manière dont a été traitée et presque résolue la question des nationalités, presque parce qu’avec le gouffre des inégalités qui se creuse, il y a des chances que ce tissu de paix et d’amitié entre les peuples se fissure. Pour le moment, parce que le Tatarstan est relativement prospère et parce que chacun est engagé dans une course au bien-être ou à la survie, qui lui laisse peu de temps,  les mentalités demeurent celles d’une mixité tolérante. Pourtant  déjà les nouveaux venus des anciennes républiques d’Asie centrale sont suspects de toutes les radicalités et on note que les Tatars forment une »mafia » qui s’arroge les meilleurs postes partout. L’essentiel demeure néanmoins les mariages mixtes, le refus des clivages religieux, le tout attribué consciement à l’héritage soviétique.  Qu’est-ce donc que cet art d’accommoder les nationalités à la sauce prolétarienne qui paraît avoir été le fruit de la politique de Lénine et plus encore celle de Staline. Nous avons relu pour vous l’excellent livre de Geoffroy Roberts, les guerres de Staline et nous vous conseillons, comme nous l’avons fait nous-même de mettre en regard nos impressions sur le colloque et sur Kazan à la lumière de ce texte et d’autres, pour dépasser si faire ce peut notre ignorance de ce qui se joue encore aujourd’hui dans les mentalités russes.   (1)

« Le terme choisi par Staline était tout simplement « patriotisme soviétique », ce qui faisait référence à la double loyauté des citoyens au système socialiste soviétique et à un Etat soviétique qui représentait et protégeait les diverses traditions et cultures nationales de l’URSS. L’Etat multinational soviétique était « prolétaire dans son contenu, national dans sa forme » déclarait Staline: c’était un Etat fondé sur une base de classe qui défendait autant les cultures et traditions nationales que celles du prolétariat. L’organisation qui intégrait et organisait cette double identité et cette double loyauté était le parti communiste dirigé par Staline.

Staline incarnait parfaitement ces multiples identités et loyautés attendues du côté du citoyen soviétique. Géorgien qui mettait ostensiblement en avant ses traditions maternelles, il avait également épousé la culture, la langue et l’identité russes. Ses origines modestes de fils de cordonnier lui donnaient une identité plébéienne. Comme des millions d’autres, il avait bénéficié de la Révolution bolchevique et de la mobilité sociale rendue possible par la construction socialiste de la Russie. Staline était un homme des régions frontalières qui défendait l’idée d’un Etat soviétique fort, centralisé, en mesure de défendre tous les peuples de l’URSS.  Bref Staline était un géorgien, un ouvrier, un communiste et un patriote soviétique.

Un des premiers signes de ce changement de ligne au sein du parti communiste, et chez Staline même, fut ce discours si souvent cité de Staline en février 1931 sur l’urgence de la nécessité  d’industrialiser et de moderniser le pays, discours qui illustre son maniement  habile et son mélange des thèmes patriotiques et de classe.

L’histoire de l’ancienne Russie consistait, entre autres, en ce que la Russie était continuellement battue à cause de son arriération. Battue par les khans mongols. Battue par les Beys turcs. Battue par les féodaux suédois. Battue par les seigneurs polono-lituaniens. Battue par les capitalistes anglo-français. Battue par les barons japonais. Battue par tout le monde – en raison de son arriération: retard militaire, retard culturel, retard politique, retard industriel, retard agricole. On la battait parce que cela rapportait et qu’on pouvait le faire impunément. Rappelez-vous les paroles du poète d’avant la révolution: « Tu es miséreuse et opulente, tu es vigoureuse et impuissante, petite mère Russie (..) Car telle est la loi des exploiteurs: battre les retardataires et les faibles. Loi féroce du capitalisme. Tu es en retard, tu es faible, donc tu as tort, par conséquent l’on peut te battre et t’asservir (…° Nous avons un retard de  cinquante à cent ans sur les pays avancés; Nous devons parcourir cette distance en dix ans. Ou bien nous serons broyés. Voilà ce que nous disent nos obligations envers les ouvriers et les paysans de l’URSS. « 

Avec Lénine, Staline avait été l’architecte de la politique des nationalités. Avant 1917, Staline avait rédigé la principale  analyse théorique de la question nationale et après la Révolution, il avait été nommé commissaire du peuple aux Nationalités. En tant que révolutionnaire internationalistes, Lénine et Staline croyaient en l’unité des travailleurs par delà les frontières nationales et s’opposaient par principe au séparatisme nationaliste. Cependant, ils reconnaissaient tous deux l’attraction exercée par le sentiment national dans la lutte politique contre le tsarisme et dans la construction d’un Etat socialiste. L’idéologie bolchevique était prête à accepter l’idée d’encourager le nationalisme culturel et linguistique parmi les groupes ethniques et nationaux de l’URSS tout en luttant dans le même temps pour l’unité politique,sur une base de classe, de tous les peuples soviétiques. La première constitution de l’URSS,adoptée en 1922,était extrêmement centraliste mais aussi théoriquement fédéraliste et ostensiblement fondée sur une union volontaire de républiques nationales​. «  (1)

Il me semble que l’on peut s’entendre sur l’idée que jusqu’à Gorbatchev et Elstine, cette architecture n’a pas été remise en cause. Peut-être peut-on également s’entendre sur l’idée que si Khrouchtchev et ses successeurs correspondent à une certaine fin de la mobilisation populaire, ils ne remettent pas en cause la nature socialiste de l’Etat, ni les principes sur lesquels il est fondé. Commence un temps que l’on peut définir comme celui de la stagnation, mais aussi d’un soulagement, d’un art de vivre trop souvent ignoré de ceux qui limitent l’histoire de l’Union soviétique au seul stalinisme.

(1) Geoffroy Roberts, les guerres de Staline, de la guerre mondiale à la guerre froide, 1939- 1953, préface d’Annie Lacroix Riz, éditions Delga, 2015, deuxième édition. Traduit de l’anglais (stalins’wars originally published by yale University press, 2006. pp. 44 et 45).

 

La Russie pouilleuse de Lermontov : Porochenko et Poutine. par André Markowicz

 

Depuis quelques jours, les Ukrainiens n’ont plus besoin de visa pour visiter les pays de l’Union européenne. Et c’est, évidemment, une très bonne nouvelle. Moins il y aura besoin de visas en Europe, mieux nous nous porterons tous.
Mais je veux parler d’autre chose. — Pour le président Porochenko, cette abolition du régime des visas marque un « nouveau tournant historique », et l’adieu « définitif » de l’Ukraine au monde de l’empire russe. Et, pour confirmer cet adieu définitif, il a cité le premier quatrain de l’un des derniers poèmes de Mikhaïl Lermontov (1814-1841), — un poème qui commence par le mot « adieu », et que j’ai traduit dans le « Soleil d’Alexandre ». Je vous cite la traduction :

par André Markowicz
« Adieu, Russie, patrie pouilleuse,
Pays des maîtres et des serfs,
Des policiers à tête creuse
Et du bon peuple qui les sert. »

Il l’a cité dans le corps d’une phrase, je crois bien, comme s’il reprenait le texte à son compte, entouré de drapeau jaunes et bleus, comme Poutine, en face, sait s’entourer de drapeaux tricolores. Et chacun a compris cette citation comme une insulte.

*

Poutine a eu beau jeu de répondre, même s’il s’est trompé sur la date de mort de Lermontov (il a dit qu’il était mort en 1841 ou 42… il a été tué le 15 juillet 1841) en citant la deuxième strophe :

« Au Caucase où le sort m’emporte
Echapperai-je à tes pachas,
À l’œil qui voit malgré les portes,
À l’oreille qui sait déjà ? »

Il a rappelé qu’à l’époque, l’Ukraine faisait partie intégrante de la Russie, et qu’en parlant de Russie « pouilleuse », Lermontov parlait aussi de l’Ukraine, et donc, a poursuivi Poutine, « il n’y a pas de quoi être fier ». Et puis, à sa façon, il a expliqué les circonstances de l’écriture de ce poème.

Pour lui, Lermontov ne pensait pas du tout à quitter la Russie. Il était un patriote, indigné par les « circonstances qui se présentaient à ce moment-là », et il était sur le chemin du Caucase, territoire russe, — sans doute révolté (mais Poutine ne le dit pas) —, « officier patriote et courageux » à remplir, dans l’armée, son « devoir devant sa patrie».

*

En 1841, Mikhaïl Lermontov, qui n’avait pas 27 ans, venait de publier « Un héros de notre temps », un des plus grands romans de la littérature russe, et un recueil de poèmes salué comme un événement majeur. Il était sous surveillance policière constante. Il était officier, dans l’armée d’active. L’armée russe achevait la conquête du Caucase, qui devenait partie intégrante de la Russie au prix de campagnes sanglantes pendant lesquelles les troupes impériales avaient ordre de brûler les villages et, souvent, tuaient indifféremment hommes, femmes et enfants. Des campagnes qui, en 1841, duraient depuis plus de vingt ans. Pour ne pas participer à ses massacres, Lermontov s’était porté volontaire comme commandant d’une troupe qu’on appellerait aujourd’hui de « commando », et qui ne se battait que contre des combattants. Il ne savait pas que le tsar Nicolas Ier, qui le poursuivait d’une vindicte impitoyable depuis son poème sur la mort de Pouchkine, avait, en juin 1841, donné ordre qu’on lui interdise de rentrer du Caucase, même pour une permission et qu’on accroisse encore la surveillance qui l’accablait déjà.
C’est au Caucase où, depuis l’époque de Pouchkine, le pouvoir envoyait ses « dissidents ». C’est là qu’ils mouraient, tués au combat ou bien de maladie, comme le décembriste Alexandre Odoïevski, à la mort duquel Lermontov a consacré un poème extraordinaire (vous le verrez, là aussi, dans le « Soleil d’Alexandre »).

Ces deux quatrains, terribles, — et tellement vrais ! — ils ont été écrits comme en réponse au récit de Pouchkine sur son voyage à Arzroum quand, en 1829, lui à qui Nicolas Ier, interdisait tout voyage à l’étranger, et qui, lui aussi, était sous surveillance constante de la police, il s’était, de son propre gré, enfui vers l’armée combattante au Caucase, — loin de la Russie européenne : et c’est là qu’il s’était rendu compte qu’il n’y avait pas moyen de fuir, parce que la Russie occupait déjà tout, — la pesanteur du pouvoir impérial était déjà partout.

*

Mais en même temps que ces deux quatrains, Lermontov a écrit un autre chef d’œuvre, qui s’appelle « La patrie » :

« Non, j’aime ma patrie, mais d’un amour bizarre
—–Dont ma raison ne peut venir à bout.
———- Ni le sang versé pour sa gloire
—–Ni l’orgueilleux repos qu’elle affiche partout,
—– Ni les chants familiers de ses siècles de flamme,
—– Rien n’éveille ma joie, rien ne me touche l’âme.

———- Mais j’aime — allez savoir pourquoi —
—– Ecouter le silence de ses plaines
—– Et le tangage infini de ses bois
Et ces fleuves sans bord comme des mers lointaines.
J’aime, d’un long regard perçant l’obscurité,
Me faire cahoter dans une carriole,
Cherchant les feux tremblants comme des lucioles
———- D’un village déshérité.
———- J’aime l’odeur des feux de chaume
———- Et les convois de tombereaux,
———- J’aime, au flanc des collines jaunes,
———- Les jeunes couples de bouleaux,
—– Et j’éprouve une joie particulière
———- A voir les foins dans un hangar,
———- Les toits de paille des chaumières,
———- Leurs contrevents sculptés sans art,
———- Et je suivrais, les nuits de fête,
———- Dans la fraîcheur de la rosée,
———- Les paysans qui, à tue-tête,
———- Hurlent, dansant à s’épuiser. »

*

Du côté de Porochenko, l’insulte pure (même s’il a cité ensuite un extrait d’un poème de Pouchkine, dont il a volontairement déformé la fin — je n’en parlerai pas ici), une insulte que je ne puis qualifier que de raciste. C’est ainsi que sonnait le quatrain de Lermontov dans sa bouche — alors que, naturellement, il est tout sauf cela. Du côté de Poutine, l’exaltation du « devoir patriotique » et de la grande Russie de Nicolas Ier. Dans les deux cas, le même nationalisme aveugle et meurtrier — l’un étant le miroir de l’autre.

Et laisser penser que l’Ukraine peut tourner le dos la Russie, c’est, dans le meilleur des cas, être aveugle.

*

Lermontov, désespéré, épuisé, voyant parfaitement qu’il n’avait pas d’avenir, cherchait, d’une façon ou d’une autre, une issue. Il l’a trouvée dans la personne de l’un de ses camarades officiers, Martynov, qu’il insulta (mais personne ne sait exactement ce qui s’est passé). Martynov le provoqua en duel. Offensé, il avait le droit de tirer le premier : Lermontov mangeait des cerises pendant qu’il visait. Martynov a tiré, Lermontov a été tué net. Il n’avait pas atteint sa 27ème année.

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Publié par le juin 18, 2017 dans Uncategorized

 

Pour Mounir Mahjoubi, le groupe LREM à l’Assemblée jouera aussi le rôle de l’opposition

Publié  le 16 juin 2017

La situation devient si ubuesque, celle d’un président , élu avec 13,7% du corps électoral qui par suite de l’abstention massive risque de se retrouver avec une assemblée à 80% voir 90% de s majorité, avec une bonne part de gens qui lui doivent tout, mais aussi une bande de chevaux de retourissus de la droite, de la gauche et du centre qui s’y entendent pour se faire la peau quand leurs intérêts personnels sont en jeu. C’est si énorme qu’on a envie de pousser la situation jusqu’au bout de sa logique décrite ici par Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique:comme  le comble de la démocratie…Si l’on mesur bien que dans le même temps le dit Macron est en train sans attendre de reformater les médias pour supprimer les rares têtes qui dépassaient encore, qu’il est en train de tenter de mettre u pas les syndicats, on mesure le caractère cocasse mais aussi sinistre de la situation. (note de Danielle Bleitrch)

Pour Mounir Mahjoubi, le groupe LREM à l'Assemblée jouera aussi le rôle de l'opposition
Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique et candidat dans la 16ème circonscription de Paris © BERTRAND GUAY / AFP
Image Le Lab

Loïc Le Clerc pour Le Lab

Invité ce lundi matin des 4 Vérités sur France 2, le secrétaire d’Etat au Numérique et candidat dans la 16ème circonscription de Paris, Mounir Mahjoubi, a exposé sa vision des rapports de force de la prochaine Assemblée nationale.

La République en marche (LREM) aura vraisemblablement la majorité absolue, dimanche 18 juin, lors du second tour des élections législatives. Elle est même donnée au-delà des 400 députés. Une armée de macronistes qui doivent tout à leur président. D’où cette question : va-t-on avoir une Assemblée de godillots ? Mounir Mahjoudi y répond de la sorte :

Je n’ai absolument pas peur d’une Assemblée godillote. Vous allez avoir des gens qui vont débattre, qui ne seront pas toujours d’accord. On va enfin remettre de la vie et du débat à l’Assemblée.

 
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Publié par le juin 16, 2017 dans Uncategorized