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que reste-t-il du socialisme du monde arabe? par Adlene Mohammedi

La carte politique du monde arabe laisse peu de place au socialisme. À l’intérieur des sociétés arabes, le socialisme a indéniablement reculé et la rhétorique socialiste séduit moins. Mais évoquer sa disparition pure et simple serait hâtif
Camp de réfugiés palestiniens d’al-Aroub, entre Hébron et Bethléem, en Cisjordanie occupée, le 14 mai 2019 (AFP)

La première difficulté consiste à définir le socialisme dans le monde arabe tant les formes qu’il y a prises sont diverses.

Dans un texte de 1966 intitulé « Problématique du socialisme dans le monde arabe », le penseur marxiste égyptien Anouar Abdel-Malek présentait le lien entre socialisme et libération nationale dans ces termes : « La base de départ de l’évolution en direction du socialisme est celle de l’État national indépendant […]. »

Le socialisme a ainsi été une composante de divers mouvements nationalistes, dont le nationalisme arabe. Cette caractéristique distingue le socialisme arabe des socialismes européens.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de guerre froide, le socialisme était au cœur d’un certain nombre de discours anti-impérialistes. Mais ce socialisme n’impliquait ni alignement total avec Moscou ni soumission à l’orthodoxie marxiste.

Des débuts prometteurs

Comme le souligne Georges Corm, le socialisme apparaît aussi comme « une recette pour sortir le monde arabe de son sous-développement ».

Cela dépasse la question de la justice sociale. Le socialisme pouvait être un vecteur de modernisation économique.

Les fondateurs du Baas  en 1947 promouvaient un « socialisme arabe » distinct du communisme

Michel Aflaq et Salah Eddine Bitar, fondateurs du Baas [résurrection] en 1947, promouvaient un « socialisme arabe » distinct du communisme (matérialiste et athée) et mis au service du nationalisme arabe (de l’unité).

En dépit de cette distinction, le socialisme arabe partage avec le communisme « européen » une certaine méfiance à l’égard des structures et systèmes traditionnels : la religion (certes moins combattue qu’en Union soviétique et en Europe), la féodalité, la tribu, le patriarcat …

« L’âge d’or » du socialisme arabe

Après l’émergence du Baas, qui réussira – sous des formes concurrentes – à conquérir le pouvoir en Syrie et en Irak, c’est le président égyptien Nasser qui apparaît comme le parangon du nationalisme et du socialisme arabes après sa retentissante nationalisation du canal de Suez en 1956.

Une dizaine d’années plus tard, la défaite des armées arabes face à Israël lors de la guerre de 1967 assomme le nationalisme arabe.

Du Maroc à l’Irak, les idées socialistes – à des degrés très différents – ont pu prospérer dans les années 1950, 1960 et 1970.

Sans aller jusqu’à proposer un catalogue exhaustif des représentants du socialisme dans le monde arabe, certains exemples emblématiques méritent d’être cités.

Réunion à Beyrouth en 1975 rassemblant des leaders palestiniens (comme Abou Iyad et Nayef Hawatmeh) et des communistes libanais aux côtés de Kamal Joumblatt (cinquième en partant de la gauche) (AFP)

Au Maroc, Mehdi Ben Barka, assassiné en France en 1965, était une figure du tiers-mondisme et de l’opposition socialiste au roi Hassan II.

En Algérie, jusqu’à la fin des années 1980, les Constitutions insistent sur l’option socialiste (portée par un parti unique, le Front de libération nationale [FLN]). Dans le cas de la constitution égyptienne, les références au socialisme sont atténuées dès 1980.

Au Liban, le Parti socialiste progressiste (PSP), fondé par Kamal Joumblatt en 1949, joue très vite un rôle politique déterminant.

Ce rôle prend une dimension militaire au moment de la guerre du Liban (1975-1990). Pendant cette guerre, les formations se réclamant du socialisme et du communisme (du PSP au Parti communiste libanais) font le choix de la solidarité avec les Palestiniens et militent pour une profonde modernisation du système politique libanais, marqué par le confessionalisme.

Du socialisme à l’islam politique

Seulement, cette promesse de modernisation s’est heurtée à certaines structures traditionnelles. Prenons deux exemples significatifs.

Le premier est libanais. Kamal Joumblatt, assassiné en 1977, était à la fois un socialiste convaincu (proche de l’Union soviétique) et un chef féodal de la communauté druze.

Le second est yéménite. Au Yémen du Sud socialiste, la guerre civile qui éclate en 1986 prend une dimension tribale. Certains observateurs ironisent en parlant de « tribus marxistes ».

Algérie : 30 ans après, les leçons (non apprises) du 5 octobre 1988

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Le socialisme arabe a pâti à la fois du sort du socialisme dans le monde et du contexte arabe. Le délitement du bloc communiste et le triomphe des idées libérales entre la fin des années 1980 et le début des années 1990 ne pouvaient que trouver une expression dans le monde arabe.

À la fin des années 1980, l’Algérie renonce formellement au socialisme. En 1990, l’unification sonne le glas d’un Yémen du Sud indépendant et socialiste.

La spécificité du contexte arabe concerne essentiellement la concurrence de l’islam politique.

Le cas palestinien

Ce dernier a bénéficié de l’émergence des pétromonarchies (la revanche du désert sur la ville) et du soutien formel de la superpuissance américaine, manifeste en Afghanistan dans les années 1980.

La question palestinienne a subi cette évolution à deux niveaux. D’abord, le Hamas a pris le dessus sur l’Organisation de libération de Palestine (OLP). Le résultat des élections législatives palestiniennes de 2006 (victoire nette du Hamas) est là pour en témoigner.

Gamal Abdel Nasser lors d’un discours à Alexandrie le 29 octobre 1954 (AFP)

Ensuite, au sein même de l’OLP et de l’Autorité palestinienne, il faut bien admettre que le socialisme est plus que marginalisé.

Malgré la singularité du socialisme dans le monde arabe, il connaît un sort à bien des égards semblable à celui du socialisme européen.

Entre marginalisation, « ramollissement » et fragmentation

Trois tendances sont assez nettement identifiables. Nous avons déjà évoqué la première : il s’agit de sa marginalisation.

En Europe comme dans le monde arabe, le socialisme a été écarté au profit d’idéologies de substitution : d’un côté, l’européisme et le « progressisme » béat ; de l’autre, l’islamisme.

La deuxième tendance est celle du « ramollissement » du discours et elle est liée à la première.

L’islam politique va suivre la même voie que le nationalisme et le communisme

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Le PSP de Walid Joumblatt est un parti centriste. Les demandes de réformes structurelles, le panarabisme et la rhétorique en faveur de la justice sociale de Kamal Joumblatt ne sont plus d’actualité.

Ce phénomène de « ramollissement » (extinction de la radicalité au profit de thématiques consensuelles) est perceptible partout dans le monde arabe.

Il s’est souvent accompagné d’un phénomène de « récupération » par les régimes en place.

Une gauche minée par les divisions

En Algérie, un certain nombre de formations socialistes (ou issues du socialisme) ont « modéré » leurs bréviaires et sont parfois allées jusqu’à soutenir le pouvoir en place, quand elles n’ont pas été tout simplement phagocytées par les services de renseignement.

Enfin, la fragmentation (la division) des partis se réclamant du socialisme est souvent liée à des phénomènes ou des événements précis. Parfois, ils ne font que la révéler.

La guerre syrienne est justement de ces événements qui divisent les gauches arabes et les formations revendiquant un héritage socialiste.

Là encore, les exemples libanais et algérien nous semblent pertinents.

En Algérie, un certain nombre de formations socialistes sont parfois allées jusqu’à soutenir le pouvoir

Au Liban, les socialistes (ou anciens socialistes) ont fait des choix bien différents. Certains ont été attirés par Riyad et le clan Hariri (par exemple, le PSP de Joumblatt dont la position demeure changeante), tandis que d’autres ont fait le choix du Hezbollah et de « l’axe de la résistance ».

En Algérie, la (trop) lente mort du régime en place n’a pour l’instant pas poussé les groupes et les partis socialistes à s’unir et à proposer une véritable plateforme alternative.

Au contraire, elle ravive de vieilles querelles. Les discours socialistes sont très présents dans la révolution en cours, notamment dans les rangs de la jeunesse, mais la traduction en politique rationnelle n’est pas au rendez-vous.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Adlene Mohammedi
Adlene Mohammedi est docteur en géographie politique et spécialiste de la politique arabe de la Russie et des équilibres géopolitiques dans le monde arabe. Il dirige Araprism, site et association consacrés au monde arabe. Il travaille, par ailleurs, sur la notion de souveraineté et sur les usages actuels du droit international
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Publié par le juin 23, 2019 dans Uncategorized

 

Au Brésil, les ramifications du scandale Odebrecht

Dimanche, le site d’investigation The Intercept révélait des documentsdémontrant la duplicité de certains magistrats brésiliens en charge de l’opération anticorruption « Lava Jato » (« lavage à haute pression »). Dans le cadre de cette affaire aux nombreuses ramifications dans toute l’Amérique latine, l’objectif prioritaire du juge Sérgio Moro et des procureurs était bien d’empêcher l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva, favori des sondages, de remporter la présidentielle de 2018 au Brésil (lire « Le Brésil est-il fasciste ? »). Dans les échanges rendus publics, on découvre qu’eux mêmes doutaient des « preuves » de la culpabilité de M. Lula da Silva qu’ils étaient en mesure d’apporter. Le juge Moro est depuis devenu ministre de la justice du président Jair Bolosonaro (lire « Que veulent les militaires brésiliens ? »). M. Moro est responsable de la première condamnation de « Lula », qui purge actuellement une peine de huit ans de prison.

Des pots-de-vin qui ont arrosé tous les partis politiques

Au Brésil, les ramifications du scandale Odebrecht

Depuis 2014, le Brésil vit au rythme des révélations autour d’un scandale de corruption sans précédent. Contrairement à Mme Dilma Rousseff, destituée — à tort — en 2016, l’actuel président Michel Temer, dont la culpabilité ne fait plus vraiment de doute, a pour l’heure échappé à la justice. Bien des pays de la région seraient concernés. Au centre de l’une de ces affaires, le groupe industriel Odebrecht.

Au Brésil, les ramifications du scandale Odebrecht

 

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Gabriel Giucci. – De la série « Desvio » (Détournement), 2016

En décembre 2016, M. Emílio Odebrecht, ancien président du plus grand groupe industriel brésilien (1), s’est présenté devant les procureurs chargés de l’opération « Lava Jato » (« lavage à haute pression »), qui traque la corruption depuis trois ans. L’ambiance aurait pu être tendue : il est accusé, aux côtés de soixante-seize hauts cadres de son entreprise, d’avoir distribué des pots-de-vin pendant des années pour s’assurer les plus grands chantiers du Brésil, en particulier ceux conclus avec l’entreprise pétrolière Petrobras, détenue pour moitié par l’État. Mais c’est décontracté, souriant, blagueur même, qu’il s’est présenté pour offrir sa « collaboration récompensée » : en échange de ses aveux, M. Odebrecht n’ira pas en prison.

Filmé, ce témoignage a été rendu public. On y voit l’homme assurer qu’il a toujours fallu verser des pots-de-vin pour obtenir un chantier, au Brésil comme à l’étranger. « Cela dure depuis trente ans. Toute la presse savait. Pourquoi ces révélations maintenant ? » « Il y a toujours un moment pour commencer », lui répond un juge. Et l’ancien patron de conclure, avec un large sourire et tapant du poing sur la table : « Cela me semble très bien. Vous, jeunes procureurs, vous allez avoir tout l’appui de notre organisation. »

En décembre 2016, un accord judiciaire a été conclu devant la cour fédérale du district de New York entre le Brésil, la Suisse et les États-Unis. Odebrecht est accusé d’avoir versé 780 millions de dollars (662 millions d’euros) de pots-de-vin entre 2001 et 2016. L’amende a été calculée à partir des bénéfices que le groupe aurait réalisés grâce à ces enveloppes : 2,85 milliards d’euros, une somme révisée six mois plus tard à 2,2 milliards d’euros. Mais il a fallu attendre avril 2017 pour savoir à qui, comment et pourquoi Odebrecht avait fait de tels cadeaux, notamment au Brésil.

Après avoir longtemps nié tout délit, la famille Odebrecht s’est « mise à table » pour obtenir la libération de Marcelo, 48 ans, fils d’Emílio et dernier dirigeant de la société, condamné à dix-neuf ans de prison. Mais le tableau avait commencé à se préciser après l’arrestation d’une secrétaire qui avait travaillé onze ans dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler le « département des pots-de-vin ». Lors de l’opération, les policiers ont découvert une liste de surnoms avec, en face, des sommes rondelettes. La stratégie de l’entreprise a soudainement basculé, et 77 de ses cadres sont passés aux aveux. « L’organisation », comme M. Odebrecht aimait à la présenter, n’aurait donc pas toujours été l’incarnation de cette « vertu entrepreneuriale » que ses communicants évoquaient si volontiers…

« La richesse morale est à la base de la richesse matérielle »,expliquait Norberto Odebrecht, le fondateur du groupe et père d’Emílio, dont la « pensée » a été réunie dans trois épais volumes distribués à tous les collaborateurs. Un bon dirigeant devait, selon le grand homme, vivre « une vie exemplaire », consacrée à son entreprise et « au service du client ». « Aujourd’hui, on peut relire autrement les œuvres de Norberto, ironise Malu Gaspar, journaliste à la revue Piauí. Quand il parle de “satisfaire tous les besoins du client”, il avait sans doute également à l’esprit les pots-de-vin. » Le groupe serait donc devenu un géant non pas grâce à la fameuse « technologie entrepreneuriale Odebrecht » développée par son fondateur, mais parce qu’il était parvenu à mettre au point un système de corruption sophistiqué. Système qui, sous le règne de Marcelo, s’est perfectionné.

Le dernier responsable du « département des pots-de-vin », M. Hilberto Mascarenhas, a expliqué aux juges le fonctionnement des « paiements parallèles ». Ceux-ci passaient par une quarantaine de comptes bancaires implantés pour la plupart dans des paradis fiscaux, puis par de simples agents transportant des sacs remplis de billets. « Marcelo m’a demandé en 2006 de structurer le service. Pour que l’entreprise grandisse, il savait qu’il fallait augmenter les contributions illégales », a ainsi expliqué, un brin gêné, l’ancien haut cadre.

À partir de 2006, toutes les demandes de paiement étaient donc traitées à travers un programme informatique créé à dessein. Pour tromper les contrôles, les paiements ne se faisaient pas à partir du Brésil, mais dans les filiales à l’étranger. Les sommes transitaient ensuite par des paradis fiscaux (Panamá, îles Vierges britanniques et Antigua-et-Barbuda en particulier), mais également par des banques au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Autriche, à Monaco et en Suisse. De là, l’argent était envoyé sur des comptes bancaires administrés par des agents qui travaillaient pour Odebrecht mais n’étaient pas salariés par l’entreprise. Enfin, il arrivait au Brésil, cette fois grâce à des maisons de change.

Des montants « astronomiques »

Un autre système informatique, dont le serveur était installé en Suisse, avait été créé uniquement pour l’échange de messages et de courriels entre les agents de change et le département d’Odebrecht consacré à la distribution. Là encore, tous les agents de change étaient désignés par des surnoms ; seuls les responsables du département connaissaient leur véritable identité. Le système était si complexe que les enquêteurs n’auraient sans doute jamais pu le découvrir sans le dispositif des « collaborations récompensées ». Les sommes sont colossales, et dépassent largement celles estimées par la cour de New York. Selon M. Mascarenhas, de 2006 à 2014, entre les pots-de-vin et les contributions occultes aux partis politiques — pas uniquement brésiliens — 2,8 milliards d’euros auraient été versés.

« J’ai alerté à plusieurs reprises Marcelo sur ces montants astronomiques. C’était devenu un véritable suicide, mais sa réponse a été de continuer », a assuré M. Mascarenhas dans le cadre de sa « collaboration récompensée ». Deux courbes partent bientôt à la hausse : celle du montant des pots-de-vin distribués et celle des contrats gagnés par le groupe. En 2006, les « paiements parallèles » n’atteignaient « que » 51 millions d’euros. En 2013, ils avaient bondi à 620 millions. Quant au chiffre d’affaires, il avait presque quadruplé, passant de 9,6 à 35,1 milliards d’euros.

Aux côtés de M. Marcelo Odebrecht, M. Cláudio Melo Filho a joué un rôle déterminant. Officiellement responsable des « relations institutionnelles » depuis 2004, il se charge de soudoyer les parlementaires pour qu’ils votent — voire pour qu’ils proposent — des mesures favorables au groupe. Le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, droite) de l’actuel président Michel Temer a été le plus grand bénéficiaire de ces largesses. M. Melo Filho raconte qu’il savait pouvoir trouver, chez les sénateurs du PMDB, « les parlementaires les plus dévoués aux intérêts du groupe », mais également ceux « qui demandaient les contributions les plus élevées ». Vénaux mais reconnaissants : en 2012, le Parlement décorait M. Melo Filho de la médaille du mérite législatif, sa plus haute distinction. Au niveau municipal, les largesses d’Odebrecht visaient à « stimuler les privatisations »,comme l’a expliqué l’ancien directeur de la branche environnement du groupe, M. Fernando Reis, qui parvint ainsi à obtenir des contrats de gestion de l’eau et des égouts.

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Gabriel Giucci. – De la série « Desvio » (Détournement), 2016

Les 77 cadres d’Odebrecht entendus par la justice ont dénoncé 415 responsables politiques appartenant à 26 partis (sur 35) dans 21 États (sur 26 au sein de la fédération). Parmi eux, 5 ex-présidents du Brésil : MM. José Sarney, Fernando Collor de Mello, Fernando Henrique Cardoso, Luiz Inácio Lula da Silva et Mme Dilma Rousseff. M. Temer est également cité à de nombreuses reprises, mais il ne peut être mis en cause pour des actes antérieurs à son mandat, selon la Constitution. Huit ministres de son gouvernement ainsi que ses deux plus proches conseillers figurent sur la liste. Enfin, et pour ne mentionner que les plus importants, les présidents du Sénat et de la Chambre des députés, 28 sénateurs, 48 députés et 12 gouverneurs ont été cités. Au cours de sa déposition, M. Marcelo Odebrecht a déclaré avoir versé 100 millions d’euros entre 2008 et 2015 au Parti des travailleurs (PT, gauche), en plus des contributions officielles lors des campagnes électorales.

« Les anciens présidents Lula et Dilma étaient au courant de notre appui, même s’ils n’ont jamais demandé d’argent directement », a-t-il précisé. « Amigo » : tel aurait été le surnom de M. Lula da Silva sur les relevés d’Odebrecht. S’il ne s’est pas directement enrichi, l’« ami » en question aurait bénéficié d’autres avantages, selon les délations : des contributions pour son institut et ses conférences ainsi que pour la rénovation d’une maison de campagne dont il n’est pas propriétaire, mais qu’il a utilisée. Des accusations que l’intéressé nie (2).

Candidat malheureux à la dernière élection présidentielle pour le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB, droite), M. Aécio Neves aurait reçu 50 millions d’euros pour sa campagne, tandis que son parti exigeait des pots-de-vin dans l’État de São Paulo : 3 % du contrat de la ligne 2 du métro sous la gestion de M. José Serra, puis 4 millions d’euros pour les campagnes de M. Geraldo Alckmin, actuel gouverneur, en 2010 et en 2014. Le PMDB, lui, récoltait les pots-de-vin au sein du Sénat, qu’il dominait, « un fait connu de Michel Temer », assure M. Melo Filho. À Rio de Janeiro, le PMDB (au pouvoir) a financé ses campagnes grâce aux chantiers des grands événements sportifs…

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Gabriel Giucci. – De la série « Desvio » (Détournement), 2016

La justice doit désormais distinguer ceux qui ont utilisé ces pots-de-vin pour leur profit personnel (à l’image de l’ancien président de la Chambre des députés Eduardo Cunha, qui détenait des comptes bancaires en Suisse) et ceux qui sont accusés d’être les donneurs d’ordre pour leur parti, comme M. Antonio Palocci, ministre des finances entre 2003 et 2006, condamné par le juge Sérgio Moro à douze ans de prison en tant que « responsable des caisses noires pour le PT », selon les délations Odebrecht, contestées par l’intéressé.

Parallèlement à cette gigantesque enquête au Brésil, au moins douze pays ont reçu, le 1er juin 2017, les confessions des cadres d’Odebrecht concernant des malversations commises sur leur territoire : le Venezuela, la République dominicaine, le Panamá, le Pérou, l’Argentine, l’Équateur, le Guatemala, le Mexique, la Colombie, l’Angola, le Mozambique et… la France. Dans ce dernier cas, il s’agit d’un contrat de transfert de technologie nucléaire pour la construction de sous-marins signé par les présidents Nicolas Sarkozy et Lula da Silva en 2008. L’opération aurait impliqué Odebrecht et la société française DCNS (ex-Direction des constructions navales ) ; une délégation du parquet s’est rendue à Brasília en mai 2017.

Ailleurs, Odebrecht adopte la même stratégie de défense : en échange de sa collaboration, le groupe espère pouvoir continuer à opérer. Le peu d’indépendance de la justice vis-à-vis du pouvoir politique dans ces pays pose déjà problème : comment expliquer la détention préventive de dix-huit mois, décidée en juillet, de l’ancien président péruvien Ollanta Humala (apparenté à la gauche), alors que les plus gros chantiers d’Odebrecht se sont déroulés sous les mandats de MM. Alan García et Alberto Fujimori, qui ne sont pas inquiétés ? L’ancien responsable d’Odebrecht Pérou a reconnu son amitié avec M. García et ne le cite jamais dans ses aveux.

Un groupe au bord de la faillite

Pourquoi, également, la justice brésilienne a-t-elle fait fuiter dans le quotidien O Globo, le 31 juillet, le contenu de la délation du responsable d’Odebrecht Venezuela ? L’entreprise aurait financé la campagne du président Nicolás Maduro pour 29,7 millions d’euros et celle de son opposant Henrique Capriles pour 12,7 millions d’euros, selon ces « révélations » survenues à quelques jours du référendum sur la Constituante au Venezuela.

Pour le groupe, le respect du secret des révélations est pourtant très important s’il veut pouvoir espérer opérer à nouveau. Car sa situation économique n’est guère reluisante. Au Brésil, depuis trois ans, Petrobras a interdit à vingt-trois entreprises nationales faisant l’objet d’enquêtes de la justice, dont Odebrecht, de participer à ses appels d’offres. De plus, le ministère de la transparence, chargé de vérifier les contrats entre l’État et le secteur privé, étudie encore les responsabilités judiciaires d’Odebrecht, ce qui l’empêche de prétendre à tout nouveau contrat avec l’État. Le risque de faillite a fait les gros titres de la presse économique. L’entreprise a licencié 100 000 personnes en trois ans. Elle ne comptait plus que 80 000 salariés à la fin de 2016. Son carnet de commandes s’est réduit comme une peau de chagrin, tandis que la restructuration de sa dette a nécessité la vente de plusieurs de ses branches.

Pour M. Bruno Brandão, directeur de l’organisation Transparency International au Brésil, « Odebrecht est indéfendable » : « On a toujours entendu l’argument selon lequel l’impact d’une enquête pour corruption serait trop fort sur l’économie, qu’il ne fallait donc pas toucher à la société. Sur le long terme, le Brésil devrait sortir gagnant de cette crise. S’il demeure l’un des pays les plus inégalitaires, c’est à cause de cette promiscuité entre élites économiques et politiques, de ces échanges de faveurs constants que décrivent les cadres d’Odebrecht. »

Selon un calcul effectué par l’organisation non gouvernementale brésilienne Contas Abertas, spécialisée dans lutte contre la corruption, les pots-de-vin payés par Odebrecht entre 2006 et 2014 auraient pu permettre l’achat de 83 944 ambulances, dans un pays où l’on meurt encore de ne pas avoir les moyens de se rendre à l’hôpital.

Anne Vigna

Journaliste, Rio de Janeiro, Brésil.

(1Présent dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, de l’eau, de l’agro-industrie, de l’immobilier, de la défense, des transports, de la finance, des assurances, des services environnementaux ou encore de la pétrochimie. Lire « Les Brésiliens aussi ont leur Bouygues », Le Monde diplomatique, octobre 2013.

(2En juillet, le juge Sérgio Moro a condamné l’ancien président à neuf ans et demi de prison pour corruption, considérant que « Lula » allait bénéficier d’un triplex que l’entreprise de construction OAS — qui n’a rien à voir avec Odebrecht — rénovait pour le lui offrir. L’accusation se fonde exclusivement sur la « délation récompensée » au sein d’OAS.

 
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Publié par le juin 16, 2019 dans Uncategorized

 

SUR LES RÉSULTATS DU PCF AUX ÉLECTIONS EUROPÉENNES Mercredi 5 Juin 2019 par Nicolas Maury

Je partage la plupart des points de cette analyse de Nicolas Maury – peut-être à l’exception de la question internationale qui mérite d’être nuancée – en tous les cas cela nous change des appels à l’union de la gauche, véritable fuite en avant qui ne mène nulle part et certainement pas à un changement de politique et de société qui devrait être le souci principal d’un parti révolutionnaire… En ce qui concerne la question internationale, je serais prête à participer à une discussion de fond si elle ne consiste pas comme au dernier congrès à détruire le texte initial pour le rendre inaudible et stupide. Est-ce que ce parti est capable de faire autre chose que de bloquer, censurer, diffamer, tout ce qui ne correspond pas à sa dérive social-démocrate trotskiste de ces dernières années? et de là faire passer pour « communiste » cet alignement indécent sur la politique de la CIA sous couvert des « droits de l’homme », là est la vraie question. Elle renvoie à ce que n’a pu ébranler le dernier congrès, les féodalités mortifères et liquidatrices qui ont la main-mise sur la presse communiste,  la formation des militants,  la main-mise sur la culture, sur les questions internationales et ce qui n’est pas négligeable le PGE et ses financements. Si ces problèmes de base ne sont pas élucidés tout débat risque d’être biaisé et le mécanisme à l’œuvre au dernier congrès, la formation d’une tendance qui sous couvert d’unité du parti impose sa ligne et détruit toute possibilité d’innovation.  (note de Danielle Bleitrach)

Résultat de recherche d'images pour "PCF"
La poussière est retombée, mais les analyses des résultats pâtissent d’une certaine fainéantise intellectuelle. L’échec du PCF et de la gauche (au sens large) serait la conséquence de la désunion et donc la réponse politique serait dans l’union et la recherche d’un « big bang », où l’éternel retour aux stratégies de l’effacement.

Sur les résultats du PCF aux élections européennes
2,49% des votes exprimés se sont reportés sur notre liste pour les élections européennes. Ce sont 564.717 preuves qu’il y a encore un place pour le PCF dans ce pays.

Déçus nous le sommes toutes et tous, d’autant plus qu’une belle dynamique militante s’est mise en place ces derniers mois avec Ian Brossat et ses colistier.e.s.

Nous subissons de plein fouet plusieurs facteurs politiques :

1- Le recul du mouvement communiste international.

Notre faible score est aussi connu dans d’autres pays, européens comme extra-européens. Rappelons-nous des résultats des communistes en Inde la semaine dernière, rappelons-nous le revers du Parti Communiste Japonais l’an dernier… Aujourd’hui, au niveau international, l’idée communiste a reculé et connaît une période de régression sans précédent depuis les années 90. Des outils internationaux nouveaux doivent se développer pour reprendre pied.

2-La puissance des médias, et des faiseurs d’opinion.

Une fois de plus, sans militer plus que cela, des partis médiatiques ont remporté les élections. Voulus par les médias, le RN et LREM se sont imposés et ont été imposés comme seul créneau politique. Là aussi, il nous faut continuer notre pratique médiatique développée avec brio lors des élections européennes. Nous avons trouvé des portes-paroles efficaces, une équipe nationale de communication brillante, et il y a encore beaucoup à faire pour briser le blocus médiatique qui nous touche.

3- 12 années d’absence en politique nationale.

Qui aurait pu croire, il y a seulement six mois, que le Parti Communiste Français après douze ans d’absence dans des élections nationales (présidentielles) réussirait simplement à exister ? Mais de longues années d’absence à des élections nationales nous ont coûté cher et notre effacement au nom de « l’union à tout prix de la gauche » nous a effacés au profit d’autres forces, notamment, hier du Parti socialiste et aujourd’hui de la France insoumise.

4- Une idéologie trop floue et peu lisible

Pas grand chose nous distingue des forces de la gauche « radicale » et des forces social-démocrates dites de « gauche ». Or avec le même discours politique, les électeurs et les électrices préféreront toujours la force politique la plus crédible et la plus médiatique. C’est pour cela qu’une partie, non négligeable, de notre électorat traditionnel a soutenu la France insoumise.

Il devient donc très important de réaffirmer notre engagement communiste, à ne pas le réduire à une injonction « d’unité de la gauche », sans réaffirmer au préalable notre utilité politique, notre originalité, nos buts et en quoi la société que nous voulons n’est pas celle de social-démocratie radicale, ni celle d’un capitalisme social, mais une société sans classe, sans aliénation, tournée vers la coopération, la répartition du travail et des richesses qui en découlent, et enfin de paix.

Continuer à reconstruire le Parti Communiste

Dans la période actuelle, nous devons donc nous interroger sur notre idéologie et continuer les travaux du congrès. Revenir dessus, invalider ses thèses sans autocritique ne provoquerait qu’un retour à statu-quo politique qui a conduit à notre effacement.

Nous avons trouvé dans cette campagne de nombreuses et nombreux portes-paroles du PCF. Avec le travail remarquable de Ian Brossat, de ses candidat.e.s, et même d’une grande partie de notre direction nationale, nous avons à notre disposition une puissante réserve de communistes en capacité de construire des dynamiques nouvelles.

Mais il convient de réaffirmer nos valeurs et de nous distinguer de nos concurrents « radicaux ».

Les Partis communistes tirent leur puissance de plusieurs facteurs :

1- De l’idéologie communiste et du modèle de société que nous voulons.

A travers le marxisme et le léninisme (j’insiste sur ces termes) nous disposons de grilles d’analyses fortes, qui permettent de rejeter les fausses alternatives du populisme post-moderniste, cet anti-matérialisme outil de la bourgeoisie pour diviser le prolétariat et l’éloigner de la lutte des classes.

Méfions-nous de la sur‑responsabilisation des individus, au détriment du collectif et de la puissance de la conscience de classe. La bourgeoisie sait rester unie pour défendre ses intérêts comme classe sociale détenant les moyens de production et d’échange. Elle sait aussi diviser le prolétariat en utilisant des moyens idéologiques redoutables, sans rentrer ici dans le détail, le post-modernisme est aujourd’hui utilisé comme un puissant facteur jouant en faveur de ses intérêts pour éloigner le prolétariat des combats pour son émancipation. A chaque fois la bourgeoisie manœuvre et continue tranquillement d’arracher la plus-value du travail.

2- Des militant.e.s et de son implantation dans le prolétariat.

Nos 50.000 adhérent.e.s sont une force, mais nous avons subi des années de chute de nos effectifs (décès, mais aussi abandon) et nous rencontrons de plus en plus de difficulté à tenir le terrain et organiser des campagnes longues. Cette chute du nombre d’adhérent.e.s, liée à des choix politiques catastrophiques ces dernières années (mutation, effacement, Front de gauche …) nous ont conduits à perdre notre lien avec les organisations historiques du prolétariat (syndicats et apparentés) et à reculer dans les lieux de vies de ce dernier, sans non plus comprendre la mutation de la classe ouvrière et l’émergence d’un lumpenprolétariat dans les quartiers populaires.

3- De l’organisation d’une contre-société, ce qu’en France nous avons connu avec le communisme municipal.

La force du PCF est d’avoir su organiser, dans ses villes, des sociétés nouvelles au service de la classe ouvrière et en opposition aux ravages du capitalisme. Aujourd’hui, avec la mutation de l’économie et le recul de la production manufacturée au profit de la production de services, restriction dans les dotations, perte de revenus, nos villes ont connu d’importants changements sociaux. Or, avec cette profonde mutation, nous sommes passés du communisme municipal créant une contre-société à une politique de gestion d’un filet social face aux coups porté contre le prolétariat, d’une visée communiste à une visée humaniste.

Ce qu’il ne faut pas faire :

Proclamer, à partir d’arithmétique électorale, que la « gauche » auraient été plus forte si elle avait été unie. C’est faux pour plusieurs raisons :

1- La « gauche » signifie quoi aujourd’hui ? Comment s’inscrit-elle dans ce monde ravagé par le néolibéralisme et le triomphe intellectuel du postmodernisme ?

2- Les principales formations dites ou supposées de gauche s’en détachent (FI, EELV).

3- Notre échec n’est pas du fait de notre division, mais bien d’un recul de la conscience de classe qui a amené les ouvriers-ouvrières et les employé.e.s vers l’abstention (60%) et vers le Rassemblement National (20%).

4- Enterrer les conclusions du dernier congrès du Parti à partir de ces logiques d’arithmétiques.

Ce qu’il faut faire

– Sortir de ces analyses arithmétiques d’addition de scores électoraux ou de sondages.

– Poser les bonnes questions : Pourquoi le prolétariat ne vote pas et s’il vote pourquoi il préfère le RN ?

– Reconstruire une conscience de classe, dans les luttes, dans les lieux de vie, et aussi dans nos rangs.

– Continuer les travaux du Congrès et appliquer les décisions de ce dernier.

– Revoir notre apport théorique, sortir de l’ornière de la gauche radicale pour retrouver notre exception communiste qui doit faire de nous un parti de classe (et non de gauche), de masse (et non du peuple de gauche) et révolutionnaire (et non réformiste).

 
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Publié par le juin 8, 2019 dans Uncategorized

 

Programme estival du blog

Durant cet été j’envisage de suspendre mon blog en matière d’actualité mais de la consacrer à deux de mes centres d’intérêt:

d’abord les découvertes en matière d’exposition, de théâtre, de cinéma. J’aimerais en particulier vous faire connaitre la critique d’art en Chine et partager avec vous ces découvertes estivales. Il y a dans ma région beaucoup de festivals, et je sais déjà qu’à la fin du mois de juin grâce à des amies parisiennes je vais aller voir l’exposition sur l’art soviétique.

En effet il est vraisemblable que je reste chez moi durant ces temps de canicule ; je préfère voyager, aller contempler des paysages quand les touristes ont déserté les lieux… outre le fait que les prix sont alors plus abordables.

ensuite après l’épreuve qu’a été l’écriture de mes mémoires, je n’aurai pas la force de vous narrer toutes mes pérégrinations et je n’ai surtout pas envie de me confronter aux problèmes de l’édition et de la diffusion, aussi, j’envisage de publier sur mon blog certains de mes voyages avec en particulier mes étudiants. Il y a le Sénégal, l’Algérie, le Mexique, le Tadjikistan pour ne citer que ceux dans lesquels j’ai pu dépasser l’aspect superficiel du tourisme occidental.

je commencerai par mes étranges aventures au Bénin, le pays de l’effroi et du vaudou… Mais aussi celui où un parti communiste mène des luttes.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le juin 2, 2019 dans Uncategorized

 

je m’associe à cette action en faveur d’Assange

Chères et chers camarades,

            Je me permets de vous écrire car vous avez signé le texte Demande d’intervention du PCF en faveur de Julian Assange.

            Depuis le 25 avril, la position du PCF concernant Assange n’a guère évolué. Je viens donc d’écrire la lettre ci-jointe que j’enverrai par courrier postale lundi à Fabien Roussel, à Pierre Laurent et à la direction de ma fédération, avec le texte de la Demande du 25 avril.

            Maintenant que la séquence de la campagne des élections européennes, dans laquelle nous nous sommes beaucoup investis, est terminée, j’espère que la direction donnera suite à cette demande.

            En attendant, la seule réponse possible face à l’urgence et le manque de réaction du sommet du Parti serait, à mon avis, une prise d’initiative par la base du parti en faveur d’Assange.

            C’est pourquoi je me permets de vous demander s’il y a des camarades qui seraient prêts de prendre une initiative de ce genre, par exemple en manifestant devant l’ambassade britannique à Paris ou Marseille le jour de la prochaine audience d’extradition prévu à Londres le 12 juin.

            Je vous informe également que le groupe des gilets jaunes qui a organisé la délégation française à la manifestation devant le tribunal de Westminster à Londres, lors de la première audience d’extradition, organise actuellement un car Paris-Londres pour manifester à Londres le 12 juin, pour le prix de 62 € par billet. L’on pourra, s’il y a des camarades qui s’y intéressent, envisager d’y envoyer une délégation des militants du PCF. Un évènement Facebook est organisé pour le car à https://www.facebook.com/events/324035201597717/ et l’on peut également prendre contact avec les organisateurs en envoyant un mail à Sylvia Schaal sylvia.schaal@gmail.com (ou via son profil Facebook : Luluzinha Cdo).

            Je serais très heureux de recevoir vos retours éventuels à ce sujet.

            Recevez chers et chères camarades mes salutations révolutionnaires

Stephen CHALK

Julian Assange présente des symptômes de « torture psychologique »

Le rapporteur des Nations unies sur la torture, qui a rencontré Julian Assange en prison, dénonce une « campagne implacable et sans retenue d’intimidation et de diffamation » contre le fondateur de WikiLeaks.

Le Monde avec AFP Publié le 31 mai 2019 à 13h36 – Mis à jour le 31 mai 2019 à 16h40

Nils Melzer, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, après sa rencontre avec Julian Assange, fondateur de Wikileaks, à la prison de haute sécurité de Belmarsh, à Genève (Suisse), le 31 mai 2019.
Nils Melzer, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, après sa rencontre avec Julian Assange, fondateur de Wikileaks, à la prison de haute sécurité de Belmarsh, à Genève (Suisse), le 31 mai 2019. DENIS BALIBOUSE / REUTERS

Julian Assange présente « tous les symptômes de torture psychologique », à laquelle il a été exposé « pendant plusieurs années », a affirmé, vendredi 31 mai, le rapporteur des Nations unies sur la torture, qui a pu le rencontrer en prison, avec des médecins. « La persécution collective de Julian Assange doit finir maintenant ! », a exigé, dans un communiqué, Nils Melzer, expert indépendant de l’ONU et professeur de droit international.

Depuis la diffusion de documents confidentiels sur les forces américaines par WikiLeaks en 2010, « il y a eu une campagne implacable et sans retenue d’intimidation et de diffamation contre M. Assange, non seulement aux Etats-Unis, mais aussi au Royaume-Uni, en Suède et, plus récemment, en Equateur », a-t-il déploré.

Ce rapporteur de l’ONU, qui parle en son nom, a rendu visite le 9 mai au fondateur australien de WikiLeaks, accompagné de deux experts médicaux spécialisés dans l’examen des victimes de torture, environ un mois après l’arrestation de M. Assange par la police britannique à l’ambassade d’Equateur.

Lire aussi  Après l’arrestation de Julian Assange, les réponses à vos questions

Après un « examen médical approfondi » des experts médicaux, M. Melzer a jugé « évident que la santé de M. Assange a été gravement affectée par l’environnement hostile auquel il a été exposé pendant plusieurs années »« En plus de maux physiques, M. Assange présente tous les symptômes typiques d’une exposition prolongée à la torture psychologique, une anxiété chronique et des traumatismes psychologiques intenses », a relevé M. Melzer, jugeant que « les preuves sont accablantes et claires ».

« M. Assange a été délibérément exposé, pendant plusieurs années, à des formes graves de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, dont les effets cumulatifs ne peuvent être décrits autrement que comme de la torture psychologique. »

Lire notre éditorial : La trajectoire ambivalente de Julian Assange

Risque de violations graves de ses droits humains

A la suite d’une demande d’extradition formulée par les Etats-Unis, Julian Assange a été interpellé le 11 avril à l’ambassade d’Equateur à Londres. Il s’y était réfugié en 2012, en partie pour fuir la justice américaine après la publication par WikiLeaks de 250 000 câbles diplomatiques et d’environ 500 000 documents confidentiels portant sur les activités de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan.

Au début de mai, il a été condamné à cinquante semaines de prisonpar un tribunal britannique pour violation de ses conditions de liberté provisoire. Et la Suède a relancé des poursuites à son encontre pour viol présumé en 2010.

De son côté, la justice américaine a annoncé, la semaine dernière, 17 nouveaux chefs d’inculpation contre Julian Assange, notamment en vertu des lois anti-espionnage.

Lire aussi  « Les inculpations contre Julian Assange sont sans précédent, effrayantes, et un coup porté à la liberté de la presse »

S’il venait à être extradé aux Etats-Unis, il « serait exposé à un risque réel de violations graves de ses droits humains, y compris de sa liberté d’expression », a estimé M. Melzer, qui s’est dit « particulièrement alarmé » par les 17 nouvelles inculpations. « Cela pourrait bien aboutir à une peine d’emprisonnement, ou peut-être même à la peine de mort, si d’autres accusations devaient être portées à l’avenir », s’est inquiété M. Melzer.

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Publié par le juin 2, 2019 dans Uncategorized

 

Exposition Rouge, Art et utopie au pays des Soviets


Gustav KLUTSIS, L’URSS est la brigade de choc du prolétariat du monde entier, © Collection du musée national des Arts de Lettonie
FLUX D’ACTUALITÉS

Est-ce qu’une ou un ami parisien veut bien me retenir une place pour cette exposition à la fin du mois de juin… je ne veux pas la rater… Ce serait le plus beau cadeau que l’on pourait me faire et bien sur je rembourserai le prix du biller…

Au Grand Palais, jusqu’au 1er juillet 2019

Quelle place pour la création artistique dans l’expérience communiste ? L’exposition Rouge, Art et Utopie au pays des Soviets, restitue aux différentes formes d’art nées en URSS entre 1917 et la mort de Staline en 1953, une spécificité et une richesse méconnues, inattendues, et même déroutantes.

Lénine en promenade avec des enfants, 1938  Crédits : Alexandre Deïneka – Adagp, Paris, 2019, Musée Central des Forces Armées, Moscou

 

Au lendemain de 1917 et dans les années 1920, les expérimentations artistiques sont radicales dans les formes comme dans les déclarations des artistes. L’art bourgeois est mort, vive l’art pour tous ! Tatline, Maïakovski, Rodchenko, Malevitch, Eisenstein, prennent l’initiative eux-mêmes pour « changer la vie » et créer un « homme nouveau ». Comment cet idéal initial a-t-il si vite attiré la suspicion du pouvoir ? Le « formalisme » constructiviste a-t-il été un échec artistique et/ou politique ?

 

Nicolas Liucci-Goutnikov et Hélène Mugnier
Nicolas Liucci-Goutnikov et Hélène Mugnier. © Revue Esprit

 

Dès avant les années 1930 et jusqu’à la mort de Staline, le ton change du tout au tout. Les formes artistiques convoquent des références plus classiques, la figuration est de retour en peinture, l’architecture redevient monumentale. Le « Réalisme socialiste » est-il vraiment le résultat contrôlé d’un régime totalitaire ? Comment les artistes ont-ils oeuvré sous la contrainte de cette injonction plus floue qu’il n’y paraît ? L’exposition montre avec force combien l’opposition binaire entre liberté de l’art et joug de la censure ne résiste pas à l’observation des œuvres produites.

De l’épuration formelle des constructivistes aux images lénifiantes de la période stalinienne, efficacité et utilité ressortent peut-être comme les deux seuls maîtres-mots de continuité de l’exposition. Mais dans quelles conditions, et à quel prix, un art devient-il efficient ? Si l’art est un fait politique, comment impacte-t-il la société où il émerge ? Et si l’art est un acte de liberté, que devient-il quand il se revendique d’intentions ? Rares sont les expositions qui osent déranger nos habitudes esthétiques et culturelles, en voilà une qui donne à voir et à découvrir au moins autant qu’à penser.

 

Musique : Sergueï Rachmaninov, Prélude no. 12 Op. 32.
Podcast enregistré en mai 2019.

 
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Publié par le mai 30, 2019 dans Uncategorized

 

Déclaration de Ian Brossat et de Fabien Roussel

Déclaration de Ian Brossat :

 

Mesdames, Messieurs,

Je souhaite ce soir remercier très chaleureusement les centaines de milliers d’électrices et les électeurs qui nous ont fait confiance.

C’est une belle campagne qui s’achève, après 12 ans d’absence à une élection nationale. C’est une campagne que nous avons voulue sincère, combative, fidèle aux combats et aux valeurs de la gauche. En dépit de nos efforts, il arrive que la marche soit parfois trop haute pour être franchie du premier coup. Ce soir, nous n’atteignons pas encore nos objectifs.

Première leçon. L’extrême-droite arrive en tête de ce scrutin. Rappelons-nous, il y a encore 10 ans, la liste du Front National ne dépassait pas les 6%. Le score d’aujourd’hui est le résultat d’un pari perdu, un pari forcément perdant et dramatique pour notre pays. Cette stratégie, c’est celle d’Emmanuel Macron, qui impose aux Français ce face-à-face avec Marine Le Pen pour assurer sa survie politique. Non, ce n’est pas un duel comme on cherche à nous le faire croire, c’est un duo : un duo imposé par les deux camps, un duo mortifère pour notre pays et pour la démocratie. A force de jouer avec le feu, Macron s’est brûlé.

Deuxième leçon. La gauche a également sa part de responsabilités. Je prends ma part de responsabilité, il ne s’agit pas de se dédouaner. Ce soir, la gauche est affaiblie, tout est à reconstruire.

J’ai l’intime conviction que l’avenir passe par l’humilité, le travail collectif, le respect mutuel, le refus de la tentation hégémonique. Ecoutons-nous, respectons-nous, travaillons ensemble.

Cette gauche, cette gauche que nous devons reconstruire, que nous allons reconstruire, doit placer au coeur de son projet la justice sociale et l’urgence écologique.

Et soyons clairs: cette reconquête des coeurs et des esprits ne sera possible que dans la rupture avec le libéralisme.

 

Reconstruire une gauche digne de ce nom en France, c’est à cet objectif que le Parti Communiste doit consacrer tous ses efforts, dans les semaines et dans les mois à venir.

 

A tous les communistes, à celles et à ceux venus d’autres horizons et qui nous ont rejoint , je voudrais vous témoigner de ma profonde gratitude.

Être vôtre candidat, vous représenter, fut un honneur et un privilège.

Je voudrais dire à chacune et chacun de nous ce soir : le combat continue — il continue partout, il continue toujours.

 

Je voudrais remercier chaleureusement Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste, pour son aide, pour son engagement, pour son énergie. Je voudrais avoir une pensée à destination de ma chère Marie-Hélène Bourlard, lui dire que nous y étions presque et que demain nous y arriverons.

 

Nous formons une belle et une formidable famille, mes amis, mes chers camarades.

Camarade, c’est un joli nom.

C’est uni, comme une famille, que je veux vous demander ce soir deux choses. Je vous le demande du fond du cœur.

 

Ce soir, demain, cette semaine, dans les prochains mois : conservons en nous ce formidable état d’esprit et cette énergie qui fut le nôtre durant cette campagne. Faisons-les vivre ! Conservons-en nous cette joie d’être ensemble, cette envie, ce bonheur de nous être retrouvés.

 

La deuxième chose que je vous demande et j’en terminerai ainsi : dans cette période politique trouble, n’oublions jamais que nous n’avons aucun adversaire à gauche. Conservons la bienveillance qui fut la nôtre, conservons cette envie sincère de tendre la main, de réussir le rassemblement demain.

 

Nous avons réalisé une formidable campagne. Ne nous arrêtons pas là !

 

Je vous remercie.

 

 

Déclaration de Fabien Roussel :

 

Au soir de ce scrutin, la domination des forces réactionnaires, marquée par le score élevé du Rassemblement national qui arrive en tête, deux ans après le séisme de 2017, doit interpeller toutes les forces de gauche. Cette situation est très grave pour l’avenir de la France. L’aspiration à un changement de politique, pourtant largement majoritaire en France et en Europe, ne s’exprime pas pour le moment en faveur d’une issue politique de progrès social et démocratique.

La responsabilité première de la progression du RN incombe à Emmanuel Macron qui a tout fait depuis plusieurs mois pour installer un face-à-face avec le parti de la haine. Non seulement LREM connaît un échec, mais en faisant ce choix ainsi qu’en mettant en œuvre une politique néolibérale, profondément antisociale, le Président de la République aura offert au RN un regain de crédit politique. Ce jeu cynique a un prix catastrophique : il met en danger la République au moment même où des formations autoritaires et xénophobes viennent d’obtenir des résultats préoccupants dans plusieurs pays d’Europe. Nous n’en sommes que plus inquiets de la place qu’ont pris, dans la campagne électorale, les propos démagogiques ou mensongers, les discours racistes et les appels à la stigmatisation des réfugiés.

Les estimations connues à cette heure indiquent une forte hausse de la participation par rapport à ce qui était attendu. Cela n’efface pas pour autant la crise démocratique dans laquelle s’enfonce, depuis des années, notre pays. Plusieurs dizaines de millions d’électeurs.trices, notamment dans les catégories populaires comme parmi les jeunes et dans l’électorat de gauche, ne se sont pas sentis concernés, laissant ainsi la droite, qu’elle soit macroniste ou LR, et l’extrême-droite rafler l’essentiel des sièges au Parlement européen.

Malgré la très belle campagne de Ian Brossat et de ses colistier.e.s, la participation des militant.e.s du PCF et de République et Socialisme, ainsi que de citoyen.ne.s de tous horizons, le score de notre liste Pour l’Europe des gens contre l’Europe de l’argent est en deçà de nos espérances. Les propositions que nous avons portées, notre travail de terrain pour promouvoir les exigences populaires, notre respect de toutes les forces de gauche constituent un atout pour construire une alternative de gauche à la politique d’Emmanuel Macron.

Du fait d’un mode de scrutin inique, qui élimine toute liste ayant obtenu moins de 5 %, notre résultat ne nous permet pas d’envoyer des députés au Parlement européen. Ces élus manqueront pour conduire les combats plus que jamais indispensables pour construire l’Europe des gens contre l’Europe de l’argent. Ce combat ne s’en poursuivra pas moins, avec nos partenaires du Parti de la gauche européenne et du groupe de la Gauche unitaire européenne, dans les luttes et les batailles qu’il faudra mener contre le néolibéralisme et le nationalisme qui menacent l’Europe et la France.

La grande leçon de ce scrutin est donc le besoin de reconstruire la gauche, afin d’ouvrir une issue à la grave crise que vit notre pays.

Au total, les différentes listes s’en réclamant, qui étaient divisées sur la question européenne, atteignent à peine un tiers des suffrages exprimés. Il convient maintenant de travailler au rassemblement. C’est le sens de l’appel solennel que nous lançons ce soir à l’ensemble des forces de gauche, à leurs électrices et à leurs électeurs.

Notre pays est en proie à une colère profonde devant les inégalités que provoquent des politiques au service exclusif de la finance et du capital. Rien n’est plus indispensable que d’empêcher son dévoiement en proposant à notre peuple une perspective de progrès social et de justice, d’égalité et de fraternité retrouvées, de démocratie et de défense des équilibres écologiques menacés par un capitalisme cupide. C’est la seule manière de faire renaître un espoir majoritaire et de pouvoir battre, en même temps, le président des ultra riches et ses faux adversaires d’extrême droite.

Dans le respect de notre diversité, nous devons, nous pouvons construire un large rassemblement sur des propositions de gauche en rupture avec les politiques néolibérales. Nous pouvons construire et obtenir des avancées importantes et attendues avec les salarié.e.s en lutte dans les entreprises, leurs organisations syndicales, de nombreux citoyen.ne.s mobilisés dans le mouvement des gilets jaunes et les actions pour le climat, le mouvement associatif. Nous pouvons mettre en échec le projet gouvernemental de contre-réforme des retraites, comme les reculs démocratiques contenus dans les réformes institutionnelles en préparation, gagner ensemble une augmentation générale des salaires et des pensions, une sécurité sociale étendue, un plan d’urgence pour les services publics, le retour sur les privatisations imposées aux Français à commencer par celle d’ADP, une lutte déterminée contre l’évasion fiscale et pour une autre utilisation de l’argent public, des banques et des entreprises. Le PCF prendra toute sa part dans ce travail de reconstruction de la gauche. Nous proposons à toutes les forces de gauche et écologistes de se rencontrer rapidement pour échanger sur les initiatives à prendre et nous appelons nos concitoyens à s’appliquer dans cette reconquête.

Passons ensemble à l’action. Commençons ainsi à esquisser l’union populaire qui pourra demain changer le destin du pays et de l’Europe. C’est avec détermination que le Parti communiste français s’engage dans la bataille pour la transformation sociale.

 
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Publié par le mai 26, 2019 dans Uncategorized