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TOUT CE QU’IL ME RESTE DE LA RÉVOLUTION : j’ai eu un coup de cœur pour ce film

13 Fév

C’est un film brillant, rythmé qui a reçu le Valois du Jury au Festival Francophone d’Angoulême. C’est un premier film d’une femme, une comédienne Judith Davis! Il a les meilleurs côtés d’un écriture féminine en mêlant intimité, critique sociale et réflexion politique sans jamais étouffer les uns ou les autres, il fait penser à certains films de Diane Kurys comme Diabolo Menthe en plus nerveux.

TOUT CE QU’IL ME RESTE DE LA RÉVOLUTION, premier film de la comédienne Judith Davis, adapté de la pièce de théâtre créée par son collectif “L’avantage du doute”. Du théâtre il conserve des dialogues percutants qui nous font rire aux larmes et aussi les vertus de l’agit pro devant une antenne de Pole emploi puis devant une banque. L’héroïne Angèle a une énergie magnifique, il est interdit non seulement d’interdire mais elle veut changer la ville pour changer la vie. Elle est virée par des patrons soixante-huitards, la gauche caviar.

Notons que ce type de film se multiplie et rappelle l’agit-pro, très influencé par le théâtre, mais c’est une génération qui s’exprime et qui dit comment retrouver le vivre ensemble alors que papa et maman dont on ne renie pas l’héritage se sont heurtés à un mur. Papa reste lui même, de plus en plus infantile, maman a lâché prise quand elle a vu le gouvernement Jospin privatiser à tour de bras. Une des filles s’est ralliée aux vertus de l’entreprise et l’autre poursuit le rêve de révolution avec sa copine sculptrice.

Elle rencontre le lumineux Said (Malik Zidi) à la tête d’une bande d’enfants (il est instit) en gilets jaunes, il lui propose l’engagement, celui d’aimer. Impossible parce que cela aussi a raté chez ses parents, sa mère a lâché prise. Ce qui nous vaut une scène superbe où le jeune couple pris de fièvre se cherche sur un fond de musique qui est « Les partisans russes: A l’appel du grand Lénine se levèrent les partisans ». Elle est totalement coincée, elle et sa copine ont voulu s’engager au parti communiste, mais vu ce qu’il est devenu, il ne leur reste plus qu’à monter un groupe complètement foutraque qui ne sait pas comment on pourrait sortir de ce cauchemar. Le cauchemar, c’est la souffrance au travail dans une société de tueur où la performance est une matière d’élimination. La solitude, celle où chacun tente de faire bonne figure en cachant qu’il est à découvert, la difficulté même de dire, et cette réplique culte : « Est-ce que ce n’est pas un peu réducteur de se présenter par sa profession, je ne dis pas ça parce que je n’en ai pas! » Oui le travail est bien au centre du malaise et c’est bien pour ça que ce film tranche sur l’univers bobo. Tout n’est pas politique, mais parce que la politique est impossible, même les corps ont du mal à se rejoindre.

Le film a été tourné avant qu’éclate la crise des gilets jaunes, mais le groupe de parole est leur rond-point. On se dit qu’ils ne vont pas tenir un mois et puis ils sont là. Les enfants qui avec leur maître ont déserté l’école pour lire les graffitis dans la rue portent des gilets jaunes. Les protagonistes sont de ceux qui alimentent les nuits debout plutôt que les prolos provinciaux du mouvement actuel, mais ils ont déjà dépassé les illusions social démocrate de la « gauche » sous toute ses formes. Idéologiquement et la  réussite du film est déjà dans la manière dont il laisse soupçonner la violence, sous le calme apparent de chacun, la violence subie et celle qui monte.  Les individus sont détruits, ils ignorent pourquoi, malgré tout ils poussent comme du chiendent dans une exigence de Révolution parfaitement drolatique. . Le théâtre de référence n’est pas l’expérience du Splendide qui se termine en apologie franchouillarde de la société telle qu’elle est et de la tolérance bourgeoise, non la référence est celle qui jadis eut cours à Berlin, l’agit-pro. Celle qui fut illustrée par Brecht dans laquelle on dénonce la manière dont le Capital est un gangster de bas étage et un hypocrite qui nous l’a fait avec de bons sentiments. Simplement, ce n’est pas une répétition, c’est autre chose.

Notez-le bien, pas le moindre trotskiste qui passe à l’horizon pour récupérer les restes de l’épopée et les transformer en grenades anti-communistes contre la révolution trahie par ceux qui l’ont faite, l’invite de fait à la révolution en recyclant pour la « gôche » et son union ce qui subsiste après ce passage au laminoir. Non, les références sont celles de la Gauche prolétarienne à la manière d’un Robert Linhart et pas celle d’un Serge July. Pas la moindre critique du stalinisme à l’horizon… Les trois derniers secrétaire du PCF se signeront probablement devant un tel film, mais pas plus que du mouvement des gilets jaunes ils n’en tireront leçon. Et moi je ne suis pas loin de baisser les bras devant l’autophobie qui a détruit ce parti et qui ne laisse aucun espace à sa survie. Quitte à voir tout un peuple et une jeunesse en plein désarroi, des milliers de vie brisées tandis qu’ils poursuivent sur leur lancée en tentant d’étouffer l’espoir qui est né de ce Congrès.

Ce film est totalement synchro avec les mémoires que je tente d’écrire et dans lequel je découvre à quel point j’ai eu effectivement une vie magnifique parce que j’ai bénéficié du combat de mes ainés, de la manière dont ils ont subi la torture mais aussi déjà la fin de la Révolution, l’impression d’être née trop tard, d’être de la génération qui profite de ce qu’ils ont créé dans le sang et les larmes. La génération qui n’a pas su inventer autre chose qu’une parodie soixante-huitarde et qui a fini par tout perdre par absence de stratégie révolutionnaire. Que faire? Sinon aller s’asseoir aux côtés d’eux puisque le PCF se laisse une fois de plus ligoter par la bande d’abrutis qui ressemble furieusement aux patrons de gauche qui nous invitent à considérer la Révolution comme impossible. Il reste à aimer disait déjà un film qui parodiait la confession du siècle de Musset, il ajoutait « et ça c’est terrible ». C’est terrible et magnifique si on ne renonce pas, là aussi je vous parle d’expérience. Autre aspect intéressant, qu’il faut sans cesse explorer dans sa lecture, son écriture, bien sûr ces gens sont des bobos, mais pas seulement, ils s’adressent au parti communiste et à un parti révolutionnaire, pas à la France insoumise, à nuit debout et ce faisant ils revendiquent tout puisqu’ils n’ont rien.

Photo du film TOUT CE QU’IL ME RESTE DE LA RÉVOLUTION

 

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2 Commentaires

Publié par le février 13, 2019 dans CINEMA

 

2 réponses à “TOUT CE QU’IL ME RESTE DE LA RÉVOLUTION : j’ai eu un coup de cœur pour ce film

  1. Delepine

    mars 7, 2019 at 1:47

    Bonjour
    Comment voir ce film?
    Dvd telechargement salle?
    Merci
    Salut communiste

     

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