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Archives de Catégorie: femmes

Sophia Hocini, écrivaine, féministe, engagée au côté de Ian Brossat. « Etre communiste, c’est être féministe et écologiste : je suis fière d’être communiste »

 

Entretien avec Sophia Hocini, écrivaine, féministe, militante, communiste et engagée au côté de Ian Brossat. Sophia raconte son engagement, ses luttes, son histoire, et son implication dans les élections du 26 mai.
Elle a 26 ans, est née en Algérie et est écrivaine. Son implication auprès de la jeunesse populaire, des sans-papier et des sans-abri, teinté d’un combat féministe fort lui a permis d’intégrer la liste menée par Ian Brossat et Marie-Hélène Bourlard, aux côtés de 78 personnes issues d’horizons très différents. Elle profite de sa formation de professeure de français pour participer à la création de la ZEP, Zone d’Expression Prioritaire, association promouvant l’accès à l’écriture à des jeunes de classe populaire.

De l’immigration à l’engagement communiste

En 2002, Sophia Hocini, alors adolescente, subit de plein fouet en tant que sans papier, la violence du résultat du premier tour des présidentielles. Elle se rappelle :

« Dans mon espèce d’inconscient d’enfant, j’avais peur parce qu’on avait pas de papier ni rien et j’avais peur qu’on me remette dans un bateau et qu’on me renvoie au bled. ».

C’est à cette période qu’elle tombe sur un exemplaire du Manifeste du Parti Communiste au CDI de son collège. C’est une révélation et la jeune femme cherche alors un lieu où rencontrer des gens qui partagent les mêmes valeurs, et c’est par hasard qu’elle tombe sur les communistes de Marseille, où elle vit avec sa famille. Elle raconte :

« j’avais l’habitude tous les 15 jours, d’aller chercher des vêtements à la paroisse pour ma famille, et donc j’allais avec mes frères et sœurs récupérer les cartons. Et il faut savoir que boulevard Ricard à Marseille, il y a cette paroisse du boulevard Ricard, et en face, il y a la section du dixième. ».

C’est grâce à cette section, ainsi qu’à une de ses enseignantes, très à gauche, que Sophia se crée une culture politique et idéologique, lisant Rosa Luxemburg, Albert Camus ou Emma Goldman. Elle évoque, en parlant de ces moments, la création d’un véritable héritage culturel dans sa tête d’adolescente.

Le féminisme comme continuité logique du communisme

« Si tu es communiste, tu es forcément féministe »

Pour Sophia Hocini, le féminisme est une forme de lutte des classes. Elle développe une envie forte de participer à cette lutte, alors qu’elle même explique avoir vécu le sexisme et le mépris. Si la société a progressé depuis le début de son militantisme, la volonté de lutte de Sophia se développe aujourd’hui sur d’autres plans, sur d’autres terrains.

Ainsi, elle est sensibilisée, via la fréquentation de femmes sans abri, à la précarité menstruelle. C’est un fléau qui touche les femmes les plus précaires, puisque avoir ses règles coûtent environ 10 000€ dans une vie (protections périodiques, anti-douleurs, rendez-vous médicaux etc). Sophia Hocini s’insurge :

« Le seul pays qui a commencé à réfléchir un peu à la question, c’est l’Écosse, et ils l’ont fait en août 2018. Août 2018 ! Et ils ont mis en place la gratuité pour les étudiants. Sauf que moi, mon combat c’est de dire que non, en fait, tous les pays, du moins le plus possible, doivent mettre en place la gratuité des protections hygiéniques, dans le milieu scolaire, dans les universités, dans les lieux publics et les entreprise  »

Elle évoque cette question aussi sous l’angle de la santé, rappelant que les protections périodiques contiennent des produits chimiques comme du glyphosate ou du chlore, faisant peser un risque sur les concerné·e·s. Sophia, comme la plupart des féministes veut, en finir avec ce tabou des règles car c’est un danger pour les personnes les ayant.

Au cours de l’entretien, est vite évoquée la question de l’endométriose, cette maladie qui touche plus d’une personne sur 10, et qui est difficilement diagnostiquée. Le tabou mis autour des règles empêchent les femmes de consulter, notamment par honte ou intériorisant la douleur, subissant des remarques du type « c’est normal d’avoir mal ».

Sophia analyse la situation :

« elles acceptent plus facilement la douleur, et donc elles vont moins chez le médecin, elles mettent plus de temps à être soignées. »

Le féminisme est une lutte structurante et transversale, et Sophia est aussi engagée pour les droits LGBTI et notamment pour l’accès à la PMA pour les couples de femmes ou les femmes seules. La candidate est aussi active sur l’aspect de la violence patriarcale subie quotidiennement par les femmes, ayant des conséquences dramatiques. Elle développe :

« Je lisais un papier dans Libé , c’est même pas une  mais quasiment deux femmes sur dix qui ont été victimes de viols. Et ça, ça doit être reconnu, j’espère un jour qu’on pourra faire une commémoration ou organiser un mouvement de résilience vis à vis de ce que ces femmes ont vécu. »

Elle s’engage aussi dans la lutte écologique, et elle ne manque pas d’insister sur le fait qu’être communiste, c’est aussi être écologiste. Elle rappelle :

« Karl Marx disait que le capitalisme, assoiffé, il détruit à la fois la force de la Terre et la force des humains. Si ça c’est pas une réflexion putain d’écolo quoi, je vois pas ce que c’est ! Donc ça c’est aussi inscrit dans notre ADN, et c’est faux quand on nous taxe de parti qui est à fond pour l’industrialisation, c’est faux en fait. »

Le combat de Sophia, c’est la lutte contre la précarité, contre l’injustice envers les femmes et les classes populaires. C’est pourquoi elle s’investit avec force pour le féminisme, l’écologie et le communisme, les portant avec conviction au sein de la liste “L’Europe des gens”.

Une volonté d’action au niveau européen, notamment en matière de droits des femmes

Son engagement au sein de la liste PCF est donc axé sur ces questions. Si le programme mentionne la précarité menstruelle, Sophia souligne également deux points pour aller plus loin en termes de droits des femmes et d’égalité : le SMIC européen et la clause de l’européenne la plus favorisée.

Le premier, sur un plan économique, est un premier pas vers la fin du plafond de verre et de l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes.

La seconde, conçue par l’avocate Gisèle Halimi, est plus précise sur cette volonté d’action féministe à l’échelle européenne. Il s’agit, après études, de déterminer les points forts de chaque pays sur ces questions de droits des femmes, afin d’opérer un nivellement par le haut de toute l’Union Européenne. Et cela pose la question d’un service public de qualité et accessible à toutes et tous.

Comme le souligne Sophia,

« si on arrive à un service public de telle sorte que ne se pose plus la question de « je vais me soigner ou pas », de « je vais chez le médecin ou pas », on aura des femmes qui pourront enfin prendre la place qu’elles méritent au sein de notre société », et de continuer « on se bat pour un service public européen qui soit à la hauteur de nos ambitions et de ce dont ont besoin les gens, et une égalité femmes-hommes concrète. ».

Sophia s’inscrit dans ce que la liste communiste a de plus riche : elle se démarque par son intransigeance sur son combat féministe et contre la précarité. Son engagement est dicté par son vécu et ses expériences. Elle note, à son arrivée en France, des méthodes d’invisibilisation des femmes, et évoque le fait qu’elles portent des couleurs sombres, des vêtements amples. C’est bien une oppression d’un genre qui se trouve dans l’obligation de se cacher. Rapidement, elle s’oppose à cela :

« Très tôt, j’ai décidé aussi que ma coquetterie allait être une forme de résistance. Je me suis dit que j’allais porter des couleurs, que j’allais porter des paillettes, que j’allais mettre du rouge à lèvres, des talons, et voilà. »

C’est avec cette conviction qu’elle crée le blog La Robe Rouge – la robe pour le féminisme, le rouge pour le communisme -, dont les contenus sont rapidement relayés par l’Humanité. Sophia se bat pour les femmes et prône aujourd’hui la solidarité entre elles. C’est d’ailleurs sur ses mots que cet article peut être conclu :

« On peut pas se passer de ça parce que c’est déjà très compliqué quand on parle féminisme, d’éduquer les hommes à comprendre le pourquoi et le comment de ces luttes. Et donc c’est important de faire de l’éducation entre nous, de façon bienveillante, d’expliquer les choses simplement, de raconter, de transmettre les émotions vis à vis de ça, nos expériences personnelles. C’est important de centraliser ces questions là entre femmes, et c’est pour ça que c’est important d’avoir des cercles non mixtes pour pouvoir d’abord réparer entre nous avant de transmettre aux hommes parce que c’est déjà pas évident entre nous. ».

Sources Avant Garde

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« Castaner, ma mère est morte à cause de vos armes ! »


Entretien inédit pour le site de Ballast

Yeux crevés, mains arrachées, journalistes matraqués : c’est le bilan, en à peine deux ans, d’un président élu pour « faire barrage à l’extrême droite ». Et quand le pouvoir ne cogne pas, il ment. Il ment par la voix de son ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Lorsqu’un auditeur l’interpelle un jour de mars 2019, sur France Inter, et lui demande ce qu’il en est de Zineb Redouane — morte à Marseille le 1er décembre 2018 des suites d’un tir de grenade lacrymogène en plein visage —, le ministre répond : « Je ne voudrais pas qu’on laisse penser que les forces de l’ordre ont tué Zineb Redouane, parce que c’est faux. Elle est morte d’un choc opératoire après […] avoir, semble-t-il, reçu une bombe lacrymogène qui avait été envoyée, qui arrivait sur son balcon. » Puis il conclut : « Il faut arrêter de parler des violences policières. » À Marseille, nous rencontrons sa fille, Milfet Redouane. Elle se bat pour que toute la lumière soit faite sur le décès de sa mère, qui fermait les volets de sa fenêtre pour se préserver des gaz que la police répandait sur les habitants, rejoints par des gilets jaunes et des syndicalistes, révoltés par la mort de huit personnes dans l’écroulement de deux immeubles de la rue d’Aubagne.


Vous étiez au téléphone avec votre mère lorsqu’elle a reçu la grenade en plein visage…

J’ai assisté en direct à tout ça. On se parlait, on riait ensemble au téléphone ; elle m’a dit : « Attends, je vais fermer les fenêtres, il y a trop de gaz. » En tendant sa main vers la fenêtre, elle a croisé le regard de deux policiers armés — ça, elle me l’a raconté après. Et un d’eux a tiré vers elle. Le tir l’a atteint en plein visage, la grenade a explosé, ça l’a défigurée et fait saigner abondamment. Par voie de conséquence, ça a causé sa mort. Elle a vu le policier partir avec son collègue. Moi, j’étais au téléphone sans pouvoir rien faire, sans pouvoir lui porter secours. J’ai entendu ses cris… Heureusement, son amie Imen a pu l’aider par téléphone en appelant les pompiers, et la voisine est montée. Les pompiers ne sont pas intervenus tout de suite à cause de la manifestation — il a fallu les rappeler plusieurs fois pour leur dire que ma mère perdait du sang, que c’était urgent, qu’ils devaient venir à pied. Ils sont arrivés plus d’une heure après. Imen a attendu à l’hôpital de la Timone jusque 22 heures, avant qu’on lui permette de la voir, des points de suture à la mâchoire, tuméfiée de partout.

Elle parlait encore ?

« La manière dont elle est décédée, tout le silence qui règne autour de cette histoire, ce n’est pas normal. Ce silence est complice à mes yeux. »

Oui. Sans la voir de face, il n’était pas possible, d’après Imen, de s’imaginer la violence reçue : elle avait le visage déformé, je l’ai vu en photo. Les infirmières ont expliqué à Imen qu’ils étaient en attente d’un verdict du chirurgien pour une opération. À 4 heures du matin, elle a été transférée à l’hôpital de la Conception pour se faire opérer. Jusqu’au lendemain midi, elle était consciente. Imen a parlé avec le chirurgien, qui lui a expliqué la nécessité de l’opération : il y avait des risques d’étouffement, un déplacement de son maxillaire : son palais était en train de descendre. Elle est entrée au bloc à 14 heures. C’est Imen qui m’a appris son décès. Je n’ai pas pu le croire, jusqu’à ce que je la vois mise en cercueil… Ta tête n’accepte pas. Elle était consciente jusqu’à la dernière minute ! Et en colère contre les policiers. Elle se demandait quoi faire ! À son amie, elle a dit être capable de reconnaître le visage du tireur. Ma mère avait une très bonne vue. À 80 ans, elle ne portait pas de lunettes. Je suis arrivée en France en février [2019] : je veux vraiment savoir la vérité, mettre la lumière sur le décès de ma mère. Je n’ai rien contre personne, mais je crois que c’est un droit de savoir la vérité. Son décès m’a choqué, je n’arrive toujours pas à réaliser. La manière dont elle est décédée, tout le silence qui règne autour de cette histoire, ce n’est pas normal. Ce silence est complice à mes yeux.

Comment était-elle, votre mère ?

Elle ne passait pas inaperçue, tout le monde l’aimait. Elle était très généreuse, et présente pour son entourage, ses voisins. En venant à Marseille, j’ai découvert beaucoup de choses que je ne savais pas sur elle, sur ses liens, ses amitiés ici. Je ne réalisais pas qu’ici aussi, en France, elle était respectée. Ma mère était une personne très aimée, cultivée. Elle parlait volontiers de politique, de religion, de société. Elle aimait même le foot ! C’était une bonne vivante, elle aimait beaucoup rire. On avait programmé beaucoup de choses pour cette année. La façon dont elle est partie est anormale. Elle avait longtemps travaillé ici, avec mon père ; ils étaient arrivés dans les années 1980, ils avaient travaillé dans des hôtels, des librairies. Quand mon père est mort à Marseille, ma mère a géré l’Hôtel Européen plusieurs années après. Puis elle a tout vendu, et loué un appartement. Elle avait un statut de résidente en France et faisait des aller-retours entre la France et l’Algérie, pour des soins. Ça faisait cinq ans qu’elle habitait cette adresse. Elle était revenue en France en septembre 2018 pour des rendez-vous, et devait rentrer à Alger le 7 décembre : elle a dû rester à cause d’un souci d’électricité à gérer dans sa maison.

NnoMan, 29 décembre 2018

Comment êtes vous entrée en contact avec le Collectif du 5 novembre, qui lutte aux côtés des habitants délogés1 ?

Quand j’ai créé la page de soutien, Flora Carpentier — de Révolution Permanente — m’a contactée dès le premier jour. Ils ont été les premiers à parler du sujet sur leur page. Elle m’a beaucoup aidée et m’a présentée à des personnes du collectif à Marseille, qui nous soutiennent aujourd’hui inconditionnellement dans ce combat. Nous avons aussi eu beaucoup de soutien de gilets jaunes et de personnes mutilées pendant les manifestations. J’étais très émue à la Bourse du Travail de Paris2.

Un « combat », c’est désormais le mot…

Je commence à réaliser que ça va être un long chemin, pas facile. Il va falloir avoir du courage et de la force. Elle me manque : j’essaie de tenir, mais parfois je flanche.

Qu’espérez-vous, vous et ceux qui vous épaulent ?

« Si un citoyen français était touché de la même façon, et mort en Algérie dans le cadre d’une manifestation, il y aurait des réactions ! »

Nous voulons la reconnaissance du crime qui a eu lieu. Il est indigne de parler de la « santé fragile3 » de ma mère. Bavure ou tir volontaire : ce doit être reconnu. Ma mère a croisé le regard de celui qui a tiré, je le redis. Je ne vais pas la démentir. Elle n’avait aucun intérêt à mentir.

Santé ou non, ce n’est pas la question : la police doit être la seule à assumer sa mort.

C’est en effet une affaire de responsabilité à assumer. Il faut des démentis, de la lumière sur tout ça. On n’a reçu aucune excuse de personne. Aucunes condoléances pour une citoyenne de nationalité algérienne résidente à Marseille, qui a travaillé presque 40 ans ici en payant ses impôts… Si un citoyen français était touché de la même façon, et mort en Algérie dans le cadre d’une manifestation, il y aurait des réactions ! L’Europe exigerait des excuses, comme le Maroc a dû le faire dans le cadre de la mort de deux jeunes Européennes sur son sol !4 Ma mère était quelqu’un, elle avait une place dans la société. Comment fermer les yeux ? Elle n’était pas dans la manifestation mais chez elle. Personne n’a cherché à savoir ce qui était arrivé à cette dame. Mais les condoléances, nous les avons reçues de milliers de Français, de toutes les régions du pays : des messages, des témoignages.

La mort de votre mère s’inscrit, en plus, en pleine répression du mouvement des gilets jaunes. On ne compte plus les blessés, les éborgnés, les mutilés…

En Algérie, les répressions policières existent depuis des années, mais c’est peut-être la première fois que ça se passe ainsi, en France… Il n’y a aucune sagesse, aucune dignité dans les déclarations qui sortent de la bouche des responsables. Ils n’ont aucune empathie, aucune honte. Ils continuent de dire que la police ne touche personne. Quand j’entends ça, j’ai envie de monter sur la tour Eiffel et de lui dire : Castaner, ma mère est morte à cause de vos armes ! Vous faites semblant !

NnoMan, 19 janvier 2019

Vous avez fait le choix de changer d’avocat. Quelle tournure prend l’enquête, avec Yacine Bouzrou5 à vos côtés ?

On a commencé par démentir les premières déclarations du procureur, affirmant que la mort de ma mère n’avait aucun lien avec le tir reçu au visage. L’avocate précédente n’avait rien fait : aucune plainte n’avait été déposée, aucune enquête engagée. Je l’ai su par le juge. Le corps de ma mère autopsié a été laissé pendant 22 jours à la morgue, sans aucun motif, sans formuler de demande de rapatriement. Si je n’avais pas fait une demande par lettre, elle y serait encore. L’autopsie avait été faite. C’est une négligence de notre ancienne avocate. J’ai bon espoir en ce changement d’avocat. Je voudrais que l’histoire de ma mère permette de faire avancer l’interdiction de l’usage de ces armes. Quand on se renseigne, on voit que ce sont des armes vraiment dangereuses. Les utiliser sur des personnes qui manifestent sans rien dans leurs mains… D’autres habitants ont vu les policiers tirer sur les façades, alors que le tir doit normalement former une cloche6, ne pas viser les habitations ! Ils n’ont pas le droit de tirer vers les façades et les fenêtres. Ce n’était pas un hasard.

Une dernière chose à dire ?

L’histoire de ma mère n’est pas compliquée, elle est même très claire. Celui qui veut vraiment le voir a juste à ouvrir les yeux. On va essayer de les ouvrir à ceux qui les ferment.


Photographie de bannière : NnoMan
Photographie de vignette : Les Squales


REBONDS

☰ Lire notre entretien avec le collectif Désarmons-les : « 2018, année de la mutilation », janvier 2019
☰ Lire notre carnet : « Gilets jaunes : carnet d’un soulèvement », décembre 2018
☰ Lire notre témoignage « Violences policières, un élu raconte », décembre 2018
☰ Voir notre portfolio : « Jaune rage », novembre 2018
☰ Lire notre entretien avec Issa Bidard : « Un jeune de Neuilly ne va jamais courir s’il est contrôlé », mars 2017
☰ Lire notre entretien avec Mathieu Rigouste : « Les violences de la police n’ont rien d’accidentel », février 2017
☰ Lire notre entretien avec Assa Traoré : « Allions nos forces », décembre 2016

1. Le Collectif du 5 novembre agit dans le but d’interpeller les pouvoirs publics : il organise des rencontres avec les habitant·e·s et les délogé·e·s de Marseille afin de les informer sur leurs droits, de dénoncer les violences policières, d’accompagner des démarches juridiques. Plus d’informations sur le site Internet du Collectif.
2. Le 9 avril 2019.
3. Le Procureur de Marseille avait déclaré que Zineb Redouane avait été « victime d’un arrêt cardiaque sur la table d’opération », et que « le décès [résultait] d’un choc opératoire et non d’un choc facial ». Aussi, il avait fait état de la « santé fragile » de l’octogénaire.
4. Louisa Vesterager Jespersen, une étudiante danoise de 24 ans, et Maren Ueland, une Norvégienne de 28 ans, ont été retrouvées mortes, assassinées par des militants de Daech, le 17 décembre 2018 : elles séjournaient en vacances au Maroc.
5. Yacine Bouzrou est également l’avocat de la famille Traoré.
6. Les grenades lacrymogènes doivent être tirées « en cloche », c’est-à-dire en tirant vers le haut pour que les projectiles se dispersent avant de retomber au sol ; ceci en opposition au « tir tendu ».
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Soudan : une femme devient l’icône de la contestation et chante la «révolution»

10 avril 2019
Commentaires ferméssur Soudan : une femme devient l’icône de la contestation et chante la «révolution»
Cette image d'Ala'a Salah, chantant la «révolution» au milieu d'une foule de manifestants à Khartoum, lundi 8 avril, a fait le tour des réseaux sociaux. © Courtesy Lana H. Haroun/via REUTERS
Cette image d’Ala’a Salah, chantant la «révolution» au milieu d’une foule de manifestants à Khartoum, lundi 8 avril, a fait le tour des réseaux sociaux.
© Courtesy Lana H. Haroun/via REUTERS

Au Soudan, depuis samedi dernier, des dizaines de milliers de personnes sont rassemblées sur la place devant le quartier général militaire. Les manifestants ont installé des tentes, ils vivent là et fêtent la parole libérée. Parmi eux, une femme vêtue de blanc est devenue le symbole de cette révolution. Une vidéo la montrant juchée sur une voiture au milieu de la foule a été partagée des milliers de fois.

La révolte soudanaise a désormais son icône : elle s’appelle Ala’a Salah. Elle est devenue le symbole des milliers de femmes soudanaises qui réclament leurs droits en manifestant dans un pays où les femmes sont jugées pour le simple fait de mettre un pantalon.

Toute de blanc vêtue, avec ses bijoux à la manière traditionnelle soudanaise, Ala’a Salah reflète la culture et l’âme de la société soudanaise.

« Nous avons notre statue de la liberté », note un internaute sous la photo de cette étudiante de 22 ans, qui réaffirme le rôle clef joué par la femme dans la contestation. Les femmes participent activement aux manifestations depuis le 19 décembre.

Elle se tient fièrement, débout sur le toit d’une voiture au milieu du rassemblement et chante la révolte en poésie populaire avec spontanéité.

La foule répète derrière elle en refrain : « Thawra ! thawra » (« Révolution ! Révolution ! »).

« La balle ne tue pas, ce qui tue c’est le silence de l’homme », chante encore la jeune femme, avant de répéter : « Ma bien-aimée est une Kandaka ». Kandaka désigne la beauté et la lutte pour les droits des anciennes reines nubiennes.

Depuis le début du mouvement de protestation, les manifestantes sont désignées comme « Kandaka ». Pour beaucoup à Khartoum, « la révolution soudanaise est une femme ».

Source : Par RFI Publié le 10-04-2019 Modifié le 10-04-2019 à 22:53

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Rose Schneiderman, militante syndicale et combattante ouvrière de la cause des femmes

ROSE SCHNEIDERMAN, MILITANTE SYNDICALE, EST NÉE LE 6 AVRIL 1882. SA FAMILLE S’EST INSTALLÉE À NEW YORK ET ELLE EST DEVENUE COIFFEUSE À L’ÂGE DE 13 ANS. ELLE EST FINALEMENT DEVENUE UNE FORCE MAJEURE DE SON SYNDICAT. SCHNEIDERMAN, ORGANISATRICE INFATIGABLE DEPUIS TOUJOURS, A DÉCLARÉ:

« La travailleuse doit avoir du pain, mais elle doit aussi avoir des roses! »

Née dans le shtetl de Sawin, dans la province de Lublin, le 6 avril 1882, elle a immigré dans le Lower East Side avec sa famille à l’âge de 8 ans. Après la mort soudaine de son père deux ans après leur arrivée, Schneiderman fut obligée de quitter l’école et d’aller travailler. À 13 ans, elle commence à travailler comme coiffeuse et se consacre à l’étude des droits des femmes et des travailleurs. En 1903, elle s’organisait pour son syndicat, le United Cloth Hat et Cap Makers.

Le charisme de Schneiderman et son discours enflammé l’ont propulsée à la tête du syndicalisme. Elle est devenue organisatrice en chef de la WTUL (Women’s Trade League) en 1908 et a vigoureusement organisé l’organisation de l’industrie du vêtement à New York et a participé au lancement du fameux «Soulèvement des 20 000» des fabricants de chemisiers en 1909.

Incendie de l’usine Triangle Shirtwaist[modifier | modifier le code]

Avant 1920 affiche pour une Rose Schneiderman événement

Le Triangle Chemisier incendie de l’Usine en 1911, dans lequel 146 travailleurs du vêtement ont été brûlés vifs ou sont morts en sautant du neuvième étage d’un bâtiment d’usine, a dramatisé les conditions dans lesquelles Schneiderman, la WTUL et le mouvement syndical se battaient. La WTUL avait documenté des conditions dangereuses similaires – usines sans issues de secours ou qui avaient verrouillé les portes de sortie pour empêcher les travailleurs de voler du matériel – dans des douzaines d’ateliers clandestins à New York et dans les communautés environnantes ; vingt-cinq travailleurs étaient morts dans un incendie similaire à Newark, New Jersey, peu avant la catastrophe du Triangle. Schneiderman exprima sa colère lors de la réunion commémorative tenue au Metropolitan Opera House le 2 avril 1911, devant un auditoire composé en grande partie des membres bien nantis de la WTUL :

I would be a traitor to these poor burned bodies if I came here to talk good fellowship. We have tried you good people of the public and we have found you wanting. The old Inquisition had its rack and its thumbscrews and its instruments of torture with iron teeth. We know what these things are today; the iron teeth are our necessities, the thumbscrews are the high-powered and swift machinery close to which we must work, and the rack is here in the firetrap structures that will destroy us the minute they catch on fire. This is not the first time girls have been burned alive in the city. Every week I must learn of the untimely death of one of my sister workers. Every year thousands of us are maimed. The life of men and women is so cheap and property is so sacred. There are so many of us for one job it matters little if 143 of us are burned to death. We have tried you citizens; we are trying you now, and you have a couple of dollars for the sorrowing mothers and brothers and sisters by way of a charity gift. But every time the workers come out in the only way they know to protest against conditions which are unbearable the strong hand of the law is allowed to press down heavily upon us. Public officials have only words of warning to us – warning that we must be intensely orderly and must be intensely peaceable, and they have the workhouse just back of all their warnings. The strong hand of the law beats us back, when we rise, into the conditions that make life unbearable. I can’t talk fellowship to you who are gathered here. Too much blood has been spilled. I know from my experience it is up to the working people to save themselves. The only way they can save themselves is by a strong working-class movement.

« Je serais un traître à ces pauvres corps brûlés si je venais ici pour parler de bonne camaraderie. Nous avons essayé vous les bonnes gens du public et nous avons trouvé que vous vouliez. L’ancienne Inquisition avait ses crémaillères et ses vis à pouces et ses instruments de torture à dents de fer. Nous savons ce que sont ces choses aujourd’hui ; les dents de fer sont nos nécessités, les vis à main sont les machines rapides et puissantes près desquelles nous devons travailler, et le support est ici dans les structures des pièges à feu qui nous détruiront dès qu’ils prendront feu. Ce n’est pas la première fois que des filles sont brûlées vives dans la ville. Chaque semaine, je dois apprendre la mort prématurée d’une de mes sœurs travailleuses. Chaque année, des milliers d’entre nous sont mutilés. La vie des hommes et des femmes est si bon marché et la propriété est si sacrée. Nous sommes si nombreux pour un seul emploi que peu importe si 143 d’entre nous sont brûlés à mort. Nous vous avons jugés citoyens ; nous vous essayons maintenant, et vous avez quelques dollars pour les mères et les frères et sœurs en guise de don de charité. Mais chaque fois que les travailleurs sortent de la seule façon qu’ils savent pour protester contre des conditions insupportables, la main forte de la loi est autorisée à exercer une forte pression sur nous. Les fonctionnaires n’ont que des mots d’avertissement pour nous – nous avertissant que nous devons être intensément ordonnés et être intensément pacifiques, et ils ont la maison de travail juste derrière tous leurs avertissements. La main forte de la loi nous fait reculer, lorsque nous nous élevons, dans les conditions qui rendent la vie insupportable. Je ne peux pas parler de fraternité avec vous qui êtes réunis ici. Trop de sang a été versé. Je sais par expérience que c’est aux travailleurs de se sauver eux-mêmes. La seule façon dont ils peuvent se sauver eux-mêmes est par un fort mouvement de la classe ouvrière2. »

  • WTU

Les dons d’orateur et la passion enflammés de Schneiderman ont rallié les travailleurs à la cause des syndicats et ont fait progresser la cause du suffrage des femmes. Un de ses discours les plus mémorables a été décrit dans le journal Life and Labor en 1912, où elle a prononcé les paroles inoubliables . Le journal a rapporté: « Ainsi, quand  la petite femme a eut terminé  un silence très approbateur  a envahi cette pièce pendant un moment avant que les applaudissements  éclatent. »

En l’honneur de Rose Schneiderman, voici un enregistrement en direct des soeurs Mimi Fariña et Joan Baez, chantant la chanson «Bread and Roses», inspirée de la célèbre citation de Schneiderman.

Ce que veut la femme qui travaille, c’est le droit de vivre et non pas simplement d’exister – le droit à la vie comme la femme riche a le droit à la vie, au soleil, à la musique et à l’art… La travailleuse doit avoir du pain, mais elle doit aussi avoir des roses . Aidez-vous, femmes de privilège, donnez-lui le bulletin de vote avec lequel se battre.

Rose Schneiderman

Eleanor Roosevelt est devenue membre de la Ligue des syndicats de femmes dans les années 1920 et est devenue une amie de Schneiderman. Après l’élection de FDR, Schneiderman a été nommée au Conseil consultatif national du travail – elle a été la seule femme nommée. Elle deviendra plus tard secrétaire du travail de l’État de New York.

Après avoir pris sa retraite du WTUL, elle s’est consacrée à l’écriture et elle a vécu  avec sa compagne Maud Swartz, une ouvrière syndicaliste comme elle.. Le 11 août 1972, Rose Schneiderman est décédée à New York à l’âge de 90 ans sans jamais avoir rien renié de ses engagements.

 

Lille : Corinne Masiero et des intermittents du spectacle ont dormi dans les locaux de la DRAC

Corinne Masiero et des militants ont dormi dans les locaux de la DRAC. / © Corinne Masiero via FACEBOOK
Corinne Masiero et des militants ont dormi dans les locaux de la DRAC. / © Corinne Masiero via FACEBOOK

L’actrice nordiste ne tourne pas un film mais a mené actuellement une action militante dans les locaux de la Direction régionale des affaires culturelles à Lille.

Par @F3nord 

Ce lundi 16h, une dizaine de militants de la « Coordination des InterLuttants 59-62 » (collectif d’intermittents du spectacle) ont investi les locaux de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) à Lille. Parmi eux, l’actrice Corinne Masiero (connue notamment pour son rôle dans la série Capitaine Marleau). Elle a publié pendant quelques heures des messages sur sa page Facebook avec photos montrant notamment qu’elle avait dormi sur place.

« On vient de se réveiller, on est dans la DRAC, ils ne veulent pas faire rentrer les gens. (…) Venez nous voir les gars. On vous attend avec les pancartes et tout ça », expliquait-elle dans une vidéo publiée ce mardi à 9h30, appelant d’autres militants à venir soutenir leur action. Des forces de police s’étaient positionnés devant les locaux de la DRAC pour empêcher d’autres militants de rentrer à leur tour.

Finalement, vers 11h, Corinne Masiero et les autres militants ont quitté les lieux. Selon la préfecture, un dialogue a été établi et des contacts ont été pris avec le ministère.

Le collectif disait vouloir « dénoncer le scandale de l’essorage de l’assurance chômage et les économies demandés par le gouvernement sur le dos des chômeurs. « 

« Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs du gouvernement, Nous occupons ce lieu … parce que ça suffit ! Parce que nous sentons bien que rester tranquille et conciliant ne nous mènera à rien ! Parce qu’il faut faire du bruit pour se faire entendre : Alors ça suffit ! », écrivait le collectif dans une lettre publiée sur le blog des « Interluttants ».

Occupation de la DRAC de Lille

Corinne Masiero, qui vit à Roubaix, est depuis longtemps une comédienne engagée à gauche. Elle a été candidate « Front de Gauche » aux municipales en 2014. Elle a récemment participé à plusieurs manifestation de Gilets jaunes.

 

Marseille : Zineb Redouane a été tuée par une grenade lacrymogène, son fils s’exprime

Zineb Redouane / © Sami Redouane
Zineb Redouane / © Sami Redouane

Le 1er décembre 2018, Zenib Redouane ferme ses volets alors que manifestants et policiers s’affrontent en bas de chez elle. Agée de 80 ans, elle reçoit une grenade lacrymogène en pleine face et meurt dans la nuit. Sami, son fils, décide maintenant de s’exprimer.

Par Nathalie Deumier 

Zenib Redouane habitait au 4ème étage, tout près de la Canebière. Elle a succombé à une blesssure au visage provoquée par une grenade lacrymogène. Deux mois plus tard, son fils Sami décide de raconter comment se déroulent les procédures, en France et en Algérie.

La mâchoire fracturée par la grenade

Le 1er décembre 2018, Zenib Redouane ferme ses volets pendant que policiers et gilets jaunes s’affrontent violemment en bas de chez elle. Agée de 80 ans, elle vit rue des Feuillants, tout près de la Canebière. Son fils Sami nous raconte :  » Les rues étaient bloquées tout autour, les pompiers ont eu du mal à la rejoindre. Ils l’ont transportée à l’hôpital de la Timone où on lui a fait 10 points de suture sur le visage. »

Zenib Redouane / © Sami Redouane
Zenib Redouane / © Sami Redouane

Dans la nuit, elle est transférée à l’hôpital de la Conception pour être opérée en urgence car sa mâchoire est fracturée. Mais Zenib Redouane décède avant l’intervention.

La « police des polices » ouvre une enquête

Une autopsie est ordonnée. Deux ou trois jours après le décès, l’IGPN, Inspection Générale de la Police Nationale, surnommée la « police des polices » contacte la famille de la victime. Sami Redouane sait que beaucoup de témoins étaient présents, et tout a été filmé. L’appartement est placé sous scellés. Des frangments de grenades sont retrouvés à l’intérieur.

Toujours selon Sami Redouane, le procureur d’Alger a également ouvert une enquête et demandé une deuxième autopsie.

Zenib et son fils Sami Redouane / © Photo de la famille Redouane
Zenib et son fils Sami Redouane / © Photo de la famille Redouane

« Il faut clore le dossier », réclame la famille

Sami Redouane, le fils de Zenib, est imprimeur à Alger. Il se rend régulièrement à Marseille pour l’enquête et a pris un avocat. Il souhaite que les responsables soient jugés, que la police reconnaisse ce tir. La famille a attendu le permis d’inhumer pendant plus de 20 jours avant de pouvoir enterrer leur mère en Algérie. Aujourd’hui, Sami Redouane souhaite que sa famille s’apaise « Il faut clore ce dossier, et que justice soit faîte ».

 
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Publié par le février 11, 2019 dans actualités, femmes, Marseille, SOCIETE

 

Et maintenant louons une grande femme : Pauline Lumumba

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Ce matin, une photo celle d’une vieille femme africains, le visage rond, marqué, des cernes sous les yeux, un corps lourd… avec la légende : mort de Pauline Lumumba. Elle est morte le 23 décembre à 71 ans et elle a vécu 47 ans dans le veuvage de son amour. Il s’agit bien sûr du grand Patrice Lumumba assassiné le 17 janvier 1961.

Après l’exécution de son mari par les puissance impérialistes et le colonialisme belge, elle a du s’exiler en Egypte où elle a élevé seule ses quatre enfants. Ils étaient mariés depuis quinze ans, en un jour tout s’est effondré mais silencieuse elle a assumé. Elle a d’abord été soignée à Paris mais est retournée mourir à Kinshasa.

Je la revois si belle, les cheveux ras, les seins nus comme dans le deuil africain, les reins ceints d’un pagne, elle était montée sur un camion aux côtés du cercueil. Elle était si belle, plus belle que vous ne pouvez l’imaginer.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le janvier 20, 2019 dans Afrique, femmes, HISTOIRE