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Archives de Catégorie: femmes

Soudan : une femme devient l’icône de la contestation et chante la «révolution»

10 avril 2019
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Cette image d'Ala'a Salah, chantant la «révolution» au milieu d'une foule de manifestants à Khartoum, lundi 8 avril, a fait le tour des réseaux sociaux. © Courtesy Lana H. Haroun/via REUTERS
Cette image d’Ala’a Salah, chantant la «révolution» au milieu d’une foule de manifestants à Khartoum, lundi 8 avril, a fait le tour des réseaux sociaux.
© Courtesy Lana H. Haroun/via REUTERS

Au Soudan, depuis samedi dernier, des dizaines de milliers de personnes sont rassemblées sur la place devant le quartier général militaire. Les manifestants ont installé des tentes, ils vivent là et fêtent la parole libérée. Parmi eux, une femme vêtue de blanc est devenue le symbole de cette révolution. Une vidéo la montrant juchée sur une voiture au milieu de la foule a été partagée des milliers de fois.

La révolte soudanaise a désormais son icône : elle s’appelle Ala’a Salah. Elle est devenue le symbole des milliers de femmes soudanaises qui réclament leurs droits en manifestant dans un pays où les femmes sont jugées pour le simple fait de mettre un pantalon.

Toute de blanc vêtue, avec ses bijoux à la manière traditionnelle soudanaise, Ala’a Salah reflète la culture et l’âme de la société soudanaise.

« Nous avons notre statue de la liberté », note un internaute sous la photo de cette étudiante de 22 ans, qui réaffirme le rôle clef joué par la femme dans la contestation. Les femmes participent activement aux manifestations depuis le 19 décembre.

Elle se tient fièrement, débout sur le toit d’une voiture au milieu du rassemblement et chante la révolte en poésie populaire avec spontanéité.

La foule répète derrière elle en refrain : « Thawra ! thawra » (« Révolution ! Révolution ! »).

« La balle ne tue pas, ce qui tue c’est le silence de l’homme », chante encore la jeune femme, avant de répéter : « Ma bien-aimée est une Kandaka ». Kandaka désigne la beauté et la lutte pour les droits des anciennes reines nubiennes.

Depuis le début du mouvement de protestation, les manifestantes sont désignées comme « Kandaka ». Pour beaucoup à Khartoum, « la révolution soudanaise est une femme ».

Source : Par RFI Publié le 10-04-2019 Modifié le 10-04-2019 à 22:53

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Rose Schneiderman, militante syndicale et combattante ouvrière de la cause des femmes

ROSE SCHNEIDERMAN, MILITANTE SYNDICALE, EST NÉE LE 6 AVRIL 1882. SA FAMILLE S’EST INSTALLÉE À NEW YORK ET ELLE EST DEVENUE COIFFEUSE À L’ÂGE DE 13 ANS. ELLE EST FINALEMENT DEVENUE UNE FORCE MAJEURE DE SON SYNDICAT. SCHNEIDERMAN, ORGANISATRICE INFATIGABLE DEPUIS TOUJOURS, A DÉCLARÉ:

« La travailleuse doit avoir du pain, mais elle doit aussi avoir des roses! »

Née dans le shtetl de Sawin, dans la province de Lublin, le 6 avril 1882, elle a immigré dans le Lower East Side avec sa famille à l’âge de 8 ans. Après la mort soudaine de son père deux ans après leur arrivée, Schneiderman fut obligée de quitter l’école et d’aller travailler. À 13 ans, elle commence à travailler comme coiffeuse et se consacre à l’étude des droits des femmes et des travailleurs. En 1903, elle s’organisait pour son syndicat, le United Cloth Hat et Cap Makers.

Le charisme de Schneiderman et son discours enflammé l’ont propulsée à la tête du syndicalisme. Elle est devenue organisatrice en chef de la WTUL (Women’s Trade League) en 1908 et a vigoureusement organisé l’organisation de l’industrie du vêtement à New York et a participé au lancement du fameux «Soulèvement des 20 000» des fabricants de chemisiers en 1909.

Incendie de l’usine Triangle Shirtwaist[modifier | modifier le code]

Avant 1920 affiche pour une Rose Schneiderman événement

Le Triangle Chemisier incendie de l’Usine en 1911, dans lequel 146 travailleurs du vêtement ont été brûlés vifs ou sont morts en sautant du neuvième étage d’un bâtiment d’usine, a dramatisé les conditions dans lesquelles Schneiderman, la WTUL et le mouvement syndical se battaient. La WTUL avait documenté des conditions dangereuses similaires – usines sans issues de secours ou qui avaient verrouillé les portes de sortie pour empêcher les travailleurs de voler du matériel – dans des douzaines d’ateliers clandestins à New York et dans les communautés environnantes ; vingt-cinq travailleurs étaient morts dans un incendie similaire à Newark, New Jersey, peu avant la catastrophe du Triangle. Schneiderman exprima sa colère lors de la réunion commémorative tenue au Metropolitan Opera House le 2 avril 1911, devant un auditoire composé en grande partie des membres bien nantis de la WTUL :

I would be a traitor to these poor burned bodies if I came here to talk good fellowship. We have tried you good people of the public and we have found you wanting. The old Inquisition had its rack and its thumbscrews and its instruments of torture with iron teeth. We know what these things are today; the iron teeth are our necessities, the thumbscrews are the high-powered and swift machinery close to which we must work, and the rack is here in the firetrap structures that will destroy us the minute they catch on fire. This is not the first time girls have been burned alive in the city. Every week I must learn of the untimely death of one of my sister workers. Every year thousands of us are maimed. The life of men and women is so cheap and property is so sacred. There are so many of us for one job it matters little if 143 of us are burned to death. We have tried you citizens; we are trying you now, and you have a couple of dollars for the sorrowing mothers and brothers and sisters by way of a charity gift. But every time the workers come out in the only way they know to protest against conditions which are unbearable the strong hand of the law is allowed to press down heavily upon us. Public officials have only words of warning to us – warning that we must be intensely orderly and must be intensely peaceable, and they have the workhouse just back of all their warnings. The strong hand of the law beats us back, when we rise, into the conditions that make life unbearable. I can’t talk fellowship to you who are gathered here. Too much blood has been spilled. I know from my experience it is up to the working people to save themselves. The only way they can save themselves is by a strong working-class movement.

« Je serais un traître à ces pauvres corps brûlés si je venais ici pour parler de bonne camaraderie. Nous avons essayé vous les bonnes gens du public et nous avons trouvé que vous vouliez. L’ancienne Inquisition avait ses crémaillères et ses vis à pouces et ses instruments de torture à dents de fer. Nous savons ce que sont ces choses aujourd’hui ; les dents de fer sont nos nécessités, les vis à main sont les machines rapides et puissantes près desquelles nous devons travailler, et le support est ici dans les structures des pièges à feu qui nous détruiront dès qu’ils prendront feu. Ce n’est pas la première fois que des filles sont brûlées vives dans la ville. Chaque semaine, je dois apprendre la mort prématurée d’une de mes sœurs travailleuses. Chaque année, des milliers d’entre nous sont mutilés. La vie des hommes et des femmes est si bon marché et la propriété est si sacrée. Nous sommes si nombreux pour un seul emploi que peu importe si 143 d’entre nous sont brûlés à mort. Nous vous avons jugés citoyens ; nous vous essayons maintenant, et vous avez quelques dollars pour les mères et les frères et sœurs en guise de don de charité. Mais chaque fois que les travailleurs sortent de la seule façon qu’ils savent pour protester contre des conditions insupportables, la main forte de la loi est autorisée à exercer une forte pression sur nous. Les fonctionnaires n’ont que des mots d’avertissement pour nous – nous avertissant que nous devons être intensément ordonnés et être intensément pacifiques, et ils ont la maison de travail juste derrière tous leurs avertissements. La main forte de la loi nous fait reculer, lorsque nous nous élevons, dans les conditions qui rendent la vie insupportable. Je ne peux pas parler de fraternité avec vous qui êtes réunis ici. Trop de sang a été versé. Je sais par expérience que c’est aux travailleurs de se sauver eux-mêmes. La seule façon dont ils peuvent se sauver eux-mêmes est par un fort mouvement de la classe ouvrière2. »

  • WTU

Les dons d’orateur et la passion enflammés de Schneiderman ont rallié les travailleurs à la cause des syndicats et ont fait progresser la cause du suffrage des femmes. Un de ses discours les plus mémorables a été décrit dans le journal Life and Labor en 1912, où elle a prononcé les paroles inoubliables . Le journal a rapporté: « Ainsi, quand  la petite femme a eut terminé  un silence très approbateur  a envahi cette pièce pendant un moment avant que les applaudissements  éclatent. »

En l’honneur de Rose Schneiderman, voici un enregistrement en direct des soeurs Mimi Fariña et Joan Baez, chantant la chanson «Bread and Roses», inspirée de la célèbre citation de Schneiderman.

Ce que veut la femme qui travaille, c’est le droit de vivre et non pas simplement d’exister – le droit à la vie comme la femme riche a le droit à la vie, au soleil, à la musique et à l’art… La travailleuse doit avoir du pain, mais elle doit aussi avoir des roses . Aidez-vous, femmes de privilège, donnez-lui le bulletin de vote avec lequel se battre.

Rose Schneiderman

Eleanor Roosevelt est devenue membre de la Ligue des syndicats de femmes dans les années 1920 et est devenue une amie de Schneiderman. Après l’élection de FDR, Schneiderman a été nommée au Conseil consultatif national du travail – elle a été la seule femme nommée. Elle deviendra plus tard secrétaire du travail de l’État de New York.

Après avoir pris sa retraite du WTUL, elle s’est consacrée à l’écriture et elle a vécu  avec sa compagne Maud Swartz, une ouvrière syndicaliste comme elle.. Le 11 août 1972, Rose Schneiderman est décédée à New York à l’âge de 90 ans sans jamais avoir rien renié de ses engagements.

 

Lille : Corinne Masiero et des intermittents du spectacle ont dormi dans les locaux de la DRAC

Corinne Masiero et des militants ont dormi dans les locaux de la DRAC. / © Corinne Masiero via FACEBOOK
Corinne Masiero et des militants ont dormi dans les locaux de la DRAC. / © Corinne Masiero via FACEBOOK

L’actrice nordiste ne tourne pas un film mais a mené actuellement une action militante dans les locaux de la Direction régionale des affaires culturelles à Lille.

Par @F3nord 

Ce lundi 16h, une dizaine de militants de la « Coordination des InterLuttants 59-62 » (collectif d’intermittents du spectacle) ont investi les locaux de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) à Lille. Parmi eux, l’actrice Corinne Masiero (connue notamment pour son rôle dans la série Capitaine Marleau). Elle a publié pendant quelques heures des messages sur sa page Facebook avec photos montrant notamment qu’elle avait dormi sur place.

« On vient de se réveiller, on est dans la DRAC, ils ne veulent pas faire rentrer les gens. (…) Venez nous voir les gars. On vous attend avec les pancartes et tout ça », expliquait-elle dans une vidéo publiée ce mardi à 9h30, appelant d’autres militants à venir soutenir leur action. Des forces de police s’étaient positionnés devant les locaux de la DRAC pour empêcher d’autres militants de rentrer à leur tour.

Finalement, vers 11h, Corinne Masiero et les autres militants ont quitté les lieux. Selon la préfecture, un dialogue a été établi et des contacts ont été pris avec le ministère.

Le collectif disait vouloir « dénoncer le scandale de l’essorage de l’assurance chômage et les économies demandés par le gouvernement sur le dos des chômeurs. « 

« Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs du gouvernement, Nous occupons ce lieu … parce que ça suffit ! Parce que nous sentons bien que rester tranquille et conciliant ne nous mènera à rien ! Parce qu’il faut faire du bruit pour se faire entendre : Alors ça suffit ! », écrivait le collectif dans une lettre publiée sur le blog des « Interluttants ».

Occupation de la DRAC de Lille

Corinne Masiero, qui vit à Roubaix, est depuis longtemps une comédienne engagée à gauche. Elle a été candidate « Front de Gauche » aux municipales en 2014. Elle a récemment participé à plusieurs manifestation de Gilets jaunes.

 

Marseille : Zineb Redouane a été tuée par une grenade lacrymogène, son fils s’exprime

Zineb Redouane / © Sami Redouane
Zineb Redouane / © Sami Redouane

Le 1er décembre 2018, Zenib Redouane ferme ses volets alors que manifestants et policiers s’affrontent en bas de chez elle. Agée de 80 ans, elle reçoit une grenade lacrymogène en pleine face et meurt dans la nuit. Sami, son fils, décide maintenant de s’exprimer.

Par Nathalie Deumier 

Zenib Redouane habitait au 4ème étage, tout près de la Canebière. Elle a succombé à une blesssure au visage provoquée par une grenade lacrymogène. Deux mois plus tard, son fils Sami décide de raconter comment se déroulent les procédures, en France et en Algérie.

La mâchoire fracturée par la grenade

Le 1er décembre 2018, Zenib Redouane ferme ses volets pendant que policiers et gilets jaunes s’affrontent violemment en bas de chez elle. Agée de 80 ans, elle vit rue des Feuillants, tout près de la Canebière. Son fils Sami nous raconte :  » Les rues étaient bloquées tout autour, les pompiers ont eu du mal à la rejoindre. Ils l’ont transportée à l’hôpital de la Timone où on lui a fait 10 points de suture sur le visage. »

Zenib Redouane / © Sami Redouane
Zenib Redouane / © Sami Redouane

Dans la nuit, elle est transférée à l’hôpital de la Conception pour être opérée en urgence car sa mâchoire est fracturée. Mais Zenib Redouane décède avant l’intervention.

La « police des polices » ouvre une enquête

Une autopsie est ordonnée. Deux ou trois jours après le décès, l’IGPN, Inspection Générale de la Police Nationale, surnommée la « police des polices » contacte la famille de la victime. Sami Redouane sait que beaucoup de témoins étaient présents, et tout a été filmé. L’appartement est placé sous scellés. Des frangments de grenades sont retrouvés à l’intérieur.

Toujours selon Sami Redouane, le procureur d’Alger a également ouvert une enquête et demandé une deuxième autopsie.

Zenib et son fils Sami Redouane / © Photo de la famille Redouane
Zenib et son fils Sami Redouane / © Photo de la famille Redouane

« Il faut clore le dossier », réclame la famille

Sami Redouane, le fils de Zenib, est imprimeur à Alger. Il se rend régulièrement à Marseille pour l’enquête et a pris un avocat. Il souhaite que les responsables soient jugés, que la police reconnaisse ce tir. La famille a attendu le permis d’inhumer pendant plus de 20 jours avant de pouvoir enterrer leur mère en Algérie. Aujourd’hui, Sami Redouane souhaite que sa famille s’apaise « Il faut clore ce dossier, et que justice soit faîte ».

 
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Publié par le février 11, 2019 dans actualités, femmes, Marseille, SOCIETE

 

Et maintenant louons une grande femme : Pauline Lumumba

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Ce matin, une photo celle d’une vieille femme africains, le visage rond, marqué, des cernes sous les yeux, un corps lourd… avec la légende : mort de Pauline Lumumba. Elle est morte le 23 décembre à 71 ans et elle a vécu 47 ans dans le veuvage de son amour. Il s’agit bien sûr du grand Patrice Lumumba assassiné le 17 janvier 1961.

Après l’exécution de son mari par les puissance impérialistes et le colonialisme belge, elle a du s’exiler en Egypte où elle a élevé seule ses quatre enfants. Ils étaient mariés depuis quinze ans, en un jour tout s’est effondré mais silencieuse elle a assumé. Elle a d’abord été soignée à Paris mais est retournée mourir à Kinshasa.

Je la revois si belle, les cheveux ras, les seins nus comme dans le deuil africain, les reins ceints d’un pagne, elle était montée sur un camion aux côtés du cercueil. Elle était si belle, plus belle que vous ne pouvez l’imaginer.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le janvier 20, 2019 dans Afrique, femmes, HISTOIRE

 

Plus sauvage que Caravaggio: la femme qui s’est vengée dans la peinture à huile par jonathan Jones

traduit pour histoire et societe par danielle Bleitrach

Artemisia Gentileschi a transformé les horreurs de sa propre vie – répression, injustice, viol – en peintures bibliques brutales qui constituaient également un cri de guerre pour les femmes opprimées. Pourquoi son génie extraordinaire a-t-il été négligé?

Vengeance in oil… détail de Judith et Holopherne de Gentileschi.
 La vengeance est à moi… un détail de Judith et Holopherne, représentant Gentileschi et l’homme qui l’a violée. Cliquez ici pour voir l’image complète . Photographie: Rex / Museo Nazionale di Capodimonte, Naples

deux  femmes bloquent un homme sur un lit. L’une d’elle  presse son poing contre sa tête , il ne peut donc pas le lever du matelas, tandis que sa compagne bloque son torse. Elles sont  bien baties avec des bras puissants, mais malgré cela, il faut leur force combinée pour maintenir leur victime immobilisée, car l’une d’elle lui  coupe la gorge avec une épée brillante. Le sang jaillit des geysers d’un rouge profond il est encore en vie  Elle ne s’arrêtera pas tant que sa tête ne sera pas complètement coupée. Les yeux de sa victime sont grands ouverts. Il sait exactement ce qui lui arrive.

Le mourant est Holopherne, un ennemi des Israélites dans l’Ancien Testament, et la jeune femme qui le décapite est Judith, son assassin désigné de manière divine. En même temps, c’est aussi un peintre italien appelé Agostino Tassi, tandis que la femme avec l’épée est Artemisia Gentileschi,  celle qui a peint ce tableau. C’est effectivement un autoportrait.

Deux grandes peintures sanglantes de Judith et Holopherne de Gentileschi survivent, l’ une au Capodimonte à Naples, l’autre aux Uffizi à Florence. Elles sont presque identiques à l’exception de petits détails – à Naples, la robe de Judith est bleue, en jaune à Florence – comme si cette image était un cauchemar qu’elle gardait, l’acte final d’une tragédie qui se répète sans cesse dans sa tête.

«C’est la bague que vous m’avez offerte et ce sont vos promesses!» A hurlé Gentileschi alors qu’elle était torturée dans un tribunal de Rome en 1612. Des cordes étaient enroulées autour de ses doigts et resserrées. Le juge avait conseillé l’utilisation modérée de la sibille , comme on l’appelait torture, car elle avait tout de même 18 ans. De l’autre côté de la cour était assis l’homme qui l’avait violée. Personne n’a pensé à le torturer. En le défiant, Gentileschi lui disait que les vis serrant ses doigts  étaient la bague de mariage qu’il lui avait promise. Elle a répété à maintes reprises que son témoignage sur le viol était fiable: «C’est vrai, c’est vrai, c’est vrai, c’est vrai. »

Gentileschi était la plus grande artiste féminine de l’époque baroque et l’une des plus brillantes adeptes de l’artiste incendiaire Caravaggio, dont la peinture terrifiante de Judith et Holopherne a influencé la sienne. Elle est l’une des stars de Beyond Caravaggio, une enquête épique sur ses rivaux et ses disciples sur le point de s’ouvrir à la National Gallery de Londres. Avec des mots et des images, elle lutta contre la violence masculine qui dominait le monde dans lequel elle vivait.

Gentileschi a réalisé quelque chose de si improbable, si proche de l’impossible, qu’elle mérite d’être l’un des artistes les plus célèbres au monde. Ce n’est pas simplement qu’elle est devenue une artiste très célèbre  à une époque où les guildes et les académies fermaient  leurs portes aux femmes. Elle a également fait ce qu’aucune des autres – rares – femmes de la Renaissance et du baroque qui oeuvraient comme  artiste en tentant de s’en sortir: elle a communiqué une vision personnelle puissante. Ses peintures sont évidemment autobiographiques. À l’instar de Frida Kahlo, de Louise Bourgeois ou de Tracey Emin , elle a consacré sa vie à son art.

Et quelle vie brutalement endommagée c’était. Dans le monde de l’art sauvage de la Rome du Caravage, les artistes étaient riches, arrogants et pouvaient faire presque tout ce qui leur plaisait tant qu’ils restaient dans les bons papiers du pape. Gentileschi a dû rencontrer le Caravage à plusieurs reprises lorsqu’elle était enfant: il l’a peut-être même encouragée à peindre. Son père, Orazio, également artiste talentueux, était l’ami intime de Caravaggio. En 1603, Orazio et Caravaggio ont comparu devant le tribunal après avoir griffonné des propos diffamatoires sur un artiste ennemi dans les rues de Rome. Dans son témoignage, Orazio a mentionné avec désinvolture que Caravaggio était venu chez lui pour emprunter une paire d’ailes d’ange.

Preuve de traumatisme… Susanna et les aînés de Gentileschi.
 Preuve de traumatisme… Susanna et les aînés de Gentileschi. Photographie: © Collection de la maison Burghley

Cela nous donne un bel instantané de l’enfance de Gentileschi: le grand Caravaggio qui défile pour ses accessoires. Née en 1593, elle avait 10 ans quand cela s’est passé. Quand elle avait 13 ans, le maljheur  a frappé le cercle de Caravaggio. Il était toujours au bord du danger – il portait une épée et était prêt à l’utiliser – mais en 1606, il tua un homme qui avait des amis à la cour papale. Il a fui. Orazio et sa fille ne verront plus jamais leur inspirateur.

Être la fille d’un artiste était le seul moyen pour une jeune femme d’espérer acquérir les compétences complexes nécessaires pour peindre de manière professionnelle à l’âge baroque. Il semble qu’Orazio avait de l’ambition pour sa fille – après tout, il lui a donné un nom saisissant et classique. Et au fur et à mesure que ses compétences se développaient, il engagea un élève artiste  Agostino Tassi, pour lui donner des leçons. Puis, en 1612, Orazio accusa Tassi d’avoir violé sa fille.

Le procès qui en a résulté a duré sept mois et a choqué Rome. Cela a fait de Gentileschi une célébrité – de la pire façon possible. Étonnamment, chaque mot de cette affaire judiciaire a survécu, dans une transcription qui ouvre une fenêtre sur la vie des artistes à l’ère du Caravage. Gentileschi nous parle de ce document vieux de 400 ans avec une voix éloquente, courageuse et convaincante. C’est un exemple rare de femme à l’ère pré-moderne qui prenait position contre l’oppression qui faisait partie de la vie quotidienne.

Elle a témoigné que Tassi se frayait un chemin dans sa chambre et commençait à faire des offres de sexe non souhaitées. «Il m’a ensuite jeté sur le bord du lit, me poussant avec une main sur ma poitrine et il a mis un genou entre mes cuisses pour m’empêcher de les fermer. Levant mes vêtements, il a placé une main avec un mouchoir sur ma bouche pour m’empêcher de crier.

Elle a riposté. «Je lui ai griffé le visage», a-t-elle déclaré à la cour, et je lui ai tiré les cheveux et, avant qu’il ne me pénètre à nouveau, j’ai saisi son pénis en le serrant de telle sorte  que je lui ‘ai même retiré un morceau de chair. «Mais elle ne pouvait pas l’arrêter. Ensuite, elle s’est précipitée vers un tiroir et a sorti un couteau. « J’aimerais te tuer avec ce couteau parce que tu m’as déshonoré », cria-t-elle. Il ouvrit son manteau et dit: «Je suis là.» Gentileschi jeta le couteau mais se protégea. «Sinon, dit-elle, je l’aurais peut-être tué. »

Le procès comportait également des mois d’interrogatoires sinistres. Des amis, des locataires, des artistes et des membres de leur famille ont construit une image du ménage de Gentileschi. Elle est décrite comme une adolescente qui a passé tout son temps à peindre et à sortir rarement. Son violeur, quant à lui, est apparu comme un personnage encore pire qu’il ne le semblait au début. Plusieurs témoins ont affirmé qu’il avait assassiné sa femme et qu’il ne pouvait offrir aucune défense valable.

Pourtant, Gentileschi a été torturé et Tassi a été libéré. Pourquoi? Il était protégé par le pape, car son art, oublié aujourd’hui, était coté à l’époque. Tout le monde savait qu’il était un méchant. «Tassi est le seul de ces artistes à ne jamais me décevoir», a déclaré le pape Innocent X. D’autres artistes ont prétendu être des hommes d’honneur, a-t-il expliqué, mais l’ont laissé tomber. Avec l’irremplaçable Tassi, il savait où il en était.

Gentileschi, encore adolescente à la fin du procès, était couverte de honte   dans une culture où l’honneur était tout. Mais cela lui a aussi fourni une sorte de publicité monstrueuse. Dans les années 1620, elle est une artiste célèbre qui travaille aussi loin que possible de Rome. Et elle se vengeait avec la seule arme dont elle disposait: un pinceau. Elle ne pouvait pas écrire son histoire car, comme elle l’avait révélé lors du procès, elle était plus ou moins analphabète. Elle pouvait cependant la peindre et en changer la fin, comme le montrent ses peintures de Judith et Holopherne.

Gentileschi, cependant, fait ressortir un élément de l’histoire biblique sur lequel aucun artiste masculin ne s’était jamais attardé. Dans la plupart des peintures, y compris le rendu hallucinatoire du Caravage, Judith a une servante qui attend de récupérer la tête coupée. Mais Gentileschi fait de la servante  une jeune femme forte qui participe activement au meurtre. Cela fait deux choses. Cela ajoute un réalisme farouche auquel même Caravage n’avait jamais pensé: il faudrait deux femmes pour tuer cette brute. Mais cela donne aussi à la scène une implication révolutionnaire. «Quoi, se demande Gentileschi, si les femmes se réunissent? Pourrions-nous nous battre contre un monde gouverné par des hommes?

Armé d'un pinceau… Autoportrait, allégorie de la peinture, de Gentileschi.
 Armé d’un pinceau… Autoportrait, allégorie de la peinture, de Gentileschi. Photographie: Royal Collection Trust

Beyond Caravaggio présentera une autre œuvre de Gentileschi, son tableau de Susannah  et les veillards de 1622. Ici encore, elle utilise une histoire biblique pour dramatiser ce qu’était une femme au 17ème siècle. Deux vieillards espionnent une jeune femme en train de se baigner, mais Gentileschi accentue encore plus la peur en plaçant les   hommes entrain de se regarder et de regarder, alors que d’autres artistes ont tendance à montrer qu’ils se cachent à distance. Pourquoi montre-t-elle les voyeurs comme totalement dénués de gêne, sans chercher à dissimuler leur désir et à s’introduire dans l’espace de Susanne?

C’est un effet troublant, rappelant étrangement sa propre persécution. Lors du procès, il est apparu que Tassi avait un complice qui la convoitait également. Ils restèrent tous les deux dans les parages, la regardant, comme les voyeurs qui troublaient Susannah. Le traumatisme provoqué par le viol de Gentileschi et le procès qui ne la rendit pas justice hantent son art. Pourtant, elle n’a pas été écrasée par ses souffrances. Au contraire, le pouvoir viscéral de ses peintures en fait l’une des artistes les plus célèbres d’Europe.

Même la cour britannique lointaine avait entendu parler d’elle. En 1638, Charles Ier l’invita personnellement à Londres pour travailler pour lui. Gentileschi y a peint ce qui est peut-être son œuvre la plus originale et la plus importante. Dans son autoportrait en tant qu’allégorie de la peinture – exposée le mois prochain à la galerie Queen’s à Buckingham Palace dans le cadre de l’exposition intitulée Portrait of the Artist – elle se présente comme un personnage musclé, dynamique et énergique, à l’instar des femmes qui tiennent Holopherne . Au lieu d’une épée, elle est armée d’un pinceau. Des siècles avant le féminisme, Gentileschi se déplace dans l’espace avec une fluidité extraordinaire, le créateur de sa propre image, le héros de sa propre vie.

 

Ce mercredi 09 janvier 2019 Annie Lacroix-Riz a été visée par une attaque nominale émanant de la direction de la CGT.

Chacun sait à quel point j’ai peu de complaisance pour les rouge-bruns, les antisémites patentés comme le sieur Bricmont, mais je trouve inimaginable que l’on puisse confondre quelqu’un comme Annie Lacroix-Riz avec pareils individus. Qu’il se trouve des spécialistes de ce genre d’amalgame n’a rien d’étonnant tant tout est fait depuis des années pour confondre les « deux totalitarismes », avec l’assentiment de ceux qui auraient dû protester, à commencer par la direction du PCF et de la CGT. Mais ce genre d’amalgame leur permettait de se soumettre toujours plus à la social-démocratie, et cela continue… Donc je voudrais d’abord dire ma solidarité pleine et entière à Annie Lacroix-Riz. Une telle ignominie frappant une historienne de haut niveau et une femme d’un courage exceptionnel qui depuis des années démonte avec une compétence que chacun lui reconnait dans les milieux « académiques » les montages négationnistes d’une histoire devenue terrain de falsification. Trop c’est trop, un jour on retrouvera ces dossiers et chacun s’étonnera du temps où certains « camarades » se jetaient comme des chiens haineux contre ceux qui parmi les intellectuels n’avaient jamais trahi. Heureusement un tract ne représente pas la totalité de la CGT, c’est pourquoi la direction de la CGT doit présenter ses excuses à Annie Lacroix-Riz et demander à ses adhérents d’en faire autant (note de Danielle Bleitrach).

Tous les éléments de ce dossier ainsi que sa réponse se trouvent ici :

http://www.historiographie.info/calomnies.html

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Les documents de référence se trouvent aussi joints à ce mail.

dans une fiche CGT interne anonyme consacrée à la lutte contre l’extrême droite notre camarade Annie Lacroix-Riz est directement mise en cause et accusée de naviguer dans les mouvances conspirationnistes
Extrait :

Ce qui est effectivement une accusation infamante.

Dans le texte suivant Annie Lacroix-Riz elle même fait part de son émotion et de son indignation.

Nous entendons lui témoigner en ces circonstances toute notre solidarité et faire part de l’écœurement qu’une telle accusation suscite en nous.

Cette manière accusatrice procédant par amalgames injustifiés est devenue l’attitude commune de forces diverses, le plus souvent au service de l’ordre existant et qui se servent de la lutte contre l’extrême-droite, lutte au demeurant nécessaire, pour permettre l’exclusion du débat, des médias, du cercle prétendu de la respectabilité ceux qu’ils considèrent comme leurs adversaires.

Ainsi procèdent les forces qui à l’intérieur de la CGT s’accrochent au « dialogue social », à la CES, à la CFDT et freinent des 4 fers pour empêcher la convergence avec l’actuel mouvement populaire.

Se préservant ainsi d’avoir à se battre loyalement sur le terrain de la confrontation des idées.

Aveu de faiblesse et de lâcheté !

Face à une telle ignominie nous attendons comme Annie, une prise de position de la direction confédérale et de Philippe Martinez .

Le Front Syndical de Classe
*****************
La réponse d’Annie Lacroix-Riz

Réponse à une attaque inqualifiable de la direction de la CGT,

Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 7
Le Pecq, le 10 janvier 2019

 

J’ai été avisée, le 9 janvier 2019 d’une attaque nominale lancée contre moi par une fiche anonyme, à l’en-tête officiel de la CGT, intitulée Fiche n° 17 / Extrême droite et médias — Campagne contre l’extrême droite. Extrême droite et médias (texte ci-joint).

A la fin d’un paragraphe intitulé « Plusieurs exemples de publications liées à l’extrême droite », je suis ainsi désignée, pour avoir été interviewée ‑‑ comme mon excellente et vaillante collègue belge Anne Morelli, qui a lutté contre les guerres impérialistes contre la Yougoslavie et l’Irak et s’est rendue sur place en pleins bombardements ‑‑ par « Béatrice Pignède, qui a travaillé pendant quinze ans pour la télévision (France 3, Arte) avant de se rapprocher de Soral, Dieudonné et Thierry Meyssan, auteur d’un livre complotiste sur le 11 septembre et lui aussi favorable à la liberté d’expression des négationnistes. En 2004 elle réalise un documentaire, “Propagande de guerre, propagande de paix”, où interviennent notamment Annie Lacroix-Riz et Jean Bricmont. Tous deux naviguent dans des mouvances conspirationnistes et ont participé en 2005 à la conférence anti-impérialiste “Axis for Peace » organisée par Thierry Meyssan. »

Notons que même Wikipédia (voir ci-dessous) rend compte de façon factuelle de ce documentaire de 2004 de Béatrice Pignède, décédée en 2015, dans les termes suivants : « Son documentaire Propagande de guerre, propagande de paix en 2004 fait intervenir notamment deux historiennes Anne Morelli et Annie Lacroix-Riz, comparant les thèmes de propagande lors de la guerre en Irak avec ceux développées lors d’autres conflits. »

https://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9atrice_Pign%C3%A8de

Naturellement, je n’ai rien à retrancher de ce que j’ai déclaré dans cette interview, et je ne suis responsable à aucun titre de l’évolution politique de cette journaliste, qui avait été exclue de la télévision pour esprit critique, que je ne connaissais que comme telle, et que je n’ai pas revue depuis 2005.

Le document accusateur de la CGT semble avoir été établi à l’usage de la formation de ses cadres, supposés conduire, grâce aux préceptes ainsi dispensés, une efficace lutte idéologique « contre l’extrême droite ».

Je serais donc « rouge brune », ainsi qu’il ressort de mon compagnonnage de septembre 2018 avec nombre d’amis et camarades qui sont l’honneur du mouvement ouvrier et des intellectuels progressistes?

https://www.youtube.com/watch?v=CRvwFM8A1-4

L’amalgame

Le texte de la CGT est inspiré par le même esprit de terrorisme intellectuel que celui du Decodex du Monde, des Check News (en anglais, naturellement, langue maternelle des intéressés) de Libération et de leurs surgeons multiples de divers organes de « grande presse ». Il fleure également bon,d’une part, la détestable fiche Wikipédia, cas fréquent, la mienne comprise (voir lien ci-dessus), rédigée par des scripteurs d’extrême droite.

Ceux-ci ont définitivement interdit de séjour tout « discutant » de bonne foi qui osait contester ma mutation en fascisto- négationniste (les amateurs de « discussion » sur ce site peuvent essayer de contester le contenu de ma fiche, ils en comprendront d’emblée les méthodes), et d’autre part, la littérature de la mouvance prétendument « antifasciste ».

Mouvance extrêmement hétéroclite, puisque s’y retrouvent des conservateurs ou réactionnaires de la « Nouvelle » ou de l’« Ancienne » droite, tel Pierre-André Taguieff, aux côtés de  membres du parti socialiste ou directement utilisés par ses organisations, tel Rudy Reichstadt, « lancé » par le ministère de l’éducation nationale sous la présidence Hollande, et qui a déjà mené contre moi une campagne ignominieuse me taxant de « conspirationniste », au motif que j’aurais inventé une « synarchie » qui n’existe pas, comme l’écrit mon collègue Olivier Dard, professeur à Paris 4, et conférencier favori de l’Action française (voir le document ci-joint « Lettre ouverte à mes amis de l’UJRE sur une curieuse invitation, samedi 10 mars 2018 »).

Je signale pour mémoire que la « fiche n°17 » fustige Maurras, « Maître » dont Olivier Dard vante les mérites en tout lieu, manifestement sans choquer l’historiographie dominante issue de l’Institut d’études politiques, qui a cautionné sa fiche de commémoration du centenaire de Maurras et a été fort fâchée de la renonciation à la publication, devant l’ampleur du scandale.

Mes camarades du PRCF savent d’ailleurs que cet universitaire avait été invité (mais pas moi) il y a quelques mois à Montreuil, municipalité dirigée par le PCF, à un « débat » sur l’extrême droite, à laquelle il appartient : c’est un Montreuillois qui m’en a informée, information qui nous a permis de réagir à cette invitation unilatérale.

L’épisode de la tentative de commémoration de Maurras est conté ici : « Apparences et réalités de la commémoration de Charles Maurras », paru les 15-17 mai 2018 sur le site Lescrises.fr,

https://www.les-crises.fr/de-charles-maurras-a-son-biographe-olivier-dard/

https://www.les-crises.fr/apparences-et-realites-de-la-commemoration-de-charles-maurras-2e-partie-une-commemoration-celebration-par-un-biographe-faisant-lunanimite-des-historiens-du-consensus/

https://www.les-crises.fr/de-lurgence-de-la-reedition-des-collabos-au-role-du-haut-comite-aux-commemorations-nationales-de-2011-a-2018/

La littérature qui me qualifie de « rouge brune », à l’exemple de la « fiche n° 17 » de la CGT, est toujours caractérisée par l’amalgame entre, d’une part, la droite et l’extrême droite, et, d’autre part, la vraie « gauche », c’est-à-dire celle qui se bat pour la suppression du capitalisme, but officiel initial, à ma connaissance, de la CGT, longtemps maintenu.

La fraction « européiste » de la Confédération ne supporte plus la gauche qui récuse l’orientation de la Confédération européenne des syndicats, à laquelle elle appartient depuis l’ère Thibault. Elle juge aussi intolérable la mise en cause de l’orientation « occidentale », adhésion à l’OTAN incluse, qui viole pareillement toutes les traditions de lutte et d’analyse de la CGT-CGTU.

Il s’agit du même amalgame que celui qui a eu cours dans l’entre-deux-guerres, et qui a conduit ses initiateurs à la collaboration (de classe puis tout court), alors que ses victimes ont compté parmi les héros, français et étrangers, de la Résistance : je renvoie pour cette comparaison à mon ouvrage « De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940 »,  Paris, Armand Colin, 2008, 408 p.,

et à la contribution « La défaite de 1940 : l’interprétation de Marc Bloch et ses suites », au colloque Marc Bloch, Rouen, 8-10 février 2012 ».

Cette dernière figure dans le récent ouvrage de 2015, « Scissions syndicales, réformisme et impérialismes dominants, 1939-1949 », Montreuil, Le Temps des cerises, 2015, 250 p., épuisé, mais qui sera réédité chez Delga.

Ces travaux montrent, pièces d’archives à l’appui, l’opposition entre syndicalisme de lutte et syndicalisme de collaboration de classe, opposition particulièrement nette à la fin des années 1930 préludant à la guerre générale.

La russophobie

Notons avec intérêt que la CGT, dans ses documents de « formation » des cadres, désigne à la vindicte les ennemis russes de la France , ce qui nous ramène au temps où René Belin, second de Jouhaux et promis à sa succession, et futur « ministre du Travail et de la Production industrielle » dissolvant la CGT par décret, le 10 novembre 1940, hurlait « Sus aux Russes » et « À bas les Sénégalais de Staline » avec les siens.

Ceux-ci le suivirent sous l’Occupation et bénéficièrent d’énormes prébendes étatiques et patronales après l’interdiction de la CGT (voir mes ouvrages Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, 2013, 816 p., et « Les élites françaises, 1940-1944 ». « De la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance américaine », Paris, Dunod-Armand Colin, 2016, 496 p., index Belin).

La Russie de Poutine offrirait l’exemple-type de la distribution d’argent étranger irriguant une information malhonnête et tronquée.

La CGT n’a, à ma connaissance, jamais protesté contre ce qui caractérise l’information d’aujourd’hui, c’est-à-dire la gigantesque influence, financière et idéologique, dont disposent les États-Unis et toutes les institutions qu’ils contrôlent pour corrompre l’information en général et nos « élites » journalistiques en particulier.

Il est parmi elle nombre de spécimens des French-American Young Leaders, qui ont remplacé la grossière propagande de Guerre froide d’après-guerre du Reader’s Digest par une intoxication « française » à flots continus. Ne manquez pas, je vous prie, d’en consulter la liste instructive,

https://frenchamerican.org/young-leaders/earlier-classes/

Alors, par exemple, je suis également nazie parce que j’ai été accueillie plusieurs fois sur le site Les.crises, dont le responsable, Olivier Berruyer, est harcelé par les chouchous des médias – telle Cécile Vaissié, dont l’ahurissant ouvrage Les réseaux de Poutine en France (2016), a bénéficié d’un écho énorme, de la gauche « Médiapart » à l’extrême droite ‑‑ et qui est accusé par ces mêmes médias de répandre des « fausses nouvelles » (Fake News, c’est mieux) et de se soumettre aux diktats d’un Poutine prêt à fondre sur la France?

Alors, par exemple, je suis également nazie parce que, jamais invitée sur le service public de télévision quand Frédéric Taddeï y animait une émission, j’ai été invitée par lui à participer à une émission de « débat » (d’indéniable débat) sur l’extrême droite, sur RT, le 17 octobre 2017 :

https://francais.rt.com/magazines/interdit-d-interdire/54680-interdit-dinterdire-montee-nationalismes-droites-extremes-retour-annees-30

https://www.youtube.com/watch?v=Csu-lbTum8k .

J’y ai figuré aux côtés de Thomas Guénolé, aujourd’hui traité par LREM en délinquant,*
Après la saisie gouvernementale de tous fichiers et adresses de LFI, démarche exorbitante des droits et libertés des citoyens qu’on avait peu vue mise en œuvre depuis la répression anticommuniste 1° de 1939-1940, sous la pression explicite de Berlin (voir De Munich à Vichy) et 2° des années 1950, sous la pression explicite de Washington, on passe à la case prison pour subversion? Avec les approbations et encouragements de la CGT contre ces « rouges-bruns »? J’assure ce politiste de toute ma solidarité.

https://francais.rt.com/france/57708-il-y-a-pire-que-ceux-qui-tabassent-aurore-berge-saisit-justice-contre-cadres-insoumis

Je profite aussi de l’occasion pour rendre hommage au grand politiste-historien progressiste américain, William Blum, ancien du Département d’État et honnête homme, qui a, à partir de 1967, mis sa vie (en ruinant sa carrière) au service de la vérité sur l’impérialisme américain, et qui vient de mourir. Je recommande vivement à mes correspondants la lecture des Guerres scélérates, Lyon, Parangon,‎ 2004 (Killing Hope: U.S. Military and CIA interventions since World War II, Monroe, Maine, Common Courage Press, 2003, édition complétée de son ouvrage essentiel, The CIA: A Forgotten History, Londres et New Jersey, Zed Books, 1986). Ils connaîtront ainsi mieux le principal corrupteur de la planète de l’après-Deuxième Guerre mondiale. Rouge-brun, aussi, feu William Blum?

 

Mon éditeur, ami et camarade Aymeric Monville serait aussi un « rouge-brun » pour avoir sur RT Royaume-Uni exposé clairement et honnêtement depuis octobre 2018 la transformation du présent régime en dictature de droite, puis les développements du mouvement social en cours? Qu’il soit également assuré de mon soutien :

https://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/giletsjaunes-notre-camarade-aymeric-monville-explique-la-situation-sur-russia-today-international/
https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/video-prcf-russia-today-francais-attaches-aux-refus-de-lamericanisation-aymeric-monville/

https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/le-bilan-de-lannee-macronique-par-a-monville-et-rt-video/

Historienne marxiste et communiste

Je rappelle à mes lecteurs et correspondants que je compte parmi les rarissimes historiens marxistes de France, et, horresco referens, communistes en sus. Nul n’a jamais pu trouver dans un mes écrits ou une mes interventions la moindre complaisance pour le fascisme et le racisme. Je me permets à cet égard de renvoyer à la liste de mes travaux, qu’ils trouveront sur

http://www.historiographie.info/cv.html

et sur le texte ci-joint (CV de mes travaux).

Y figure notamment mon ouvrage en relecture, consacré à La non-épuration, particulièrement éclairant, je crois, sur l’appareil d’État, notamment policier et judiciaire, qui, après la Libération, a été chargé de rétablir un total statu quo, de gommer la Collaboration des plus grands coupables, et de bafouer, à un degré qu’il est difficile d’imaginer, les anciens résistants, morts ou survivants.

Lesquels avaient été en majorité des militants, français et étrangers, du PCF et de la CGTU, puis de la CGT réunifiée, puis de la CGT clandestine de Frachon et Costes. Cet ouvrage sera dédié aux FTP-MOI (et je pense particulièrement à mon cher ami et camarade Léon Landini, lutteur infatigable) et au grand magistrat Paul Didier, honneur unique d’une « Magistrature déshonorée », pour reprendre le titre d’un ouvrage de Virginie Sansico (La justice déshonorée 1940-1944, Paris, Tallandier, 2015).

J’ai par ailleurs, par mes travaux sur la CGT dans l’après-guerre, objet d’une thèse d’État, seule thèse d’État consacrée à ce sujet, et par de nombreux autres travaux, relatifs aux années 1930-1950, montré mon attachement au mouvement syndical et mon admiration pour la CGT combative des Frachon, des Costes et des Croizat : « CGT et revendications ouvrières face à l’État, de la Libération aux débuts du Plan Marshall (septembre 1944-décembre 1947).

« Deux stratégies de la Reconstruction », 4 vol. (2 de texte: 1215 p., 2 de notes: 978 p. + table des matières, index et errata), thèse d’État soutenue à l’Université de Paris I, le 7 novembre 1981. Jury: J. Bouvier, J.-M. Mayeur, A. Prost, R. Trempé, C. Willard.

Cette thèse a été publiée en deux ouvrages: « La CGT de la Libération à la scission (1944-1947) », Paris, Éditions Sociales, 1983, 400 p., et Le choix de Marianne: les relations franco-américaines de 1944 à 1948, Paris, Éditions Sociales, 1986, 222 p., qui va faire l’objet, en 2019, d’une réédition chez Delga.

Sans oublier, et il est d’autres contributions, « Scissions syndicales  » déjà mentionné, et « Aux origines du carcan européen, 1900-1960 ».

« La France sous influence allemande et américaine », Paris, Delga-Le temps des cerises, réédition augmentée, 2016, 165 p., où j’évoque les prestations comparées, dans les années 1950, du syndicalisme de connivence, sous stricte tutelle patronale, étatique et américaine, et de la CGT de Frachon alors résolument anti-« européiste ».

 

La direction de la CGT s’est, à cette date, sa position sur le mouvement social en cours le démontre avec éclat, ralliée à une conception du syndicalisme que ses refondateurs de la Libération, les lutteurs de la CGTU, ont combattue pendant leurs longues décennies d’honneur (pas d’honneurs) : elle a abdiqué ses traditions, et classerait aujourd’hui ses anciens chefs, héros de la Résistance intérieure, parmi les communistes qu’elle ose qualifier de « rouges-bruns ». Léon Landini aussi ?

Il ne s’agit évidemment pas la première attaque contre moi : mes correspondants et les habitués de mon site ont été informés de nombreux autres assauts, et ont eu à plusieurs reprises, je les en remercie à nouveau, l’occasion de me soutenir contre d’autres assaillants, de fausse gauche, de droite et d’extrême droite (« Ukrainiens » cléricaux compris).

Je ne cache pas cependant ma sidération et mon indignation de ce que la direction de la CGT, Confédération au service de laquelle j’ai encore récemment, contre les insupportables prétentions des héritiers de Louis Renault (2011-2014), mis mon travail d’historienne, ait eu l’audace de me classer à l’extrême droite. Témoignent de ce travail au service de la science historique et du mouvement ouvrier les articles

http://www.historiographie.info/renaultcharst.pdf

et

http://www.historiographie.info/mediapart0711.pdf

(sans oublier « Industriels et banquiers français sous l’Occupation », Paris, Armand Colin, 2013, 816 p., où Renault occupe une place notable, et les luttes ouvrières un chapitre entier, le 10).

La CGT, dont j’ai été membre précoce de l’Institut d’histoire sociale, m’en a chassée sans tambours ni trompettes, à la fin des années 1990, dans la discrétion nécessaire à l’arrivée, prévue en vue d’adhésion imminente à la Confédération européenne des syndicats, de Bernard Thibault : non pas parce qu’elle me trouvait « brune », mais parce qu’elle me trouvait beaucoup trop « rouge ».

Sollicitant avec succès d’autres historiens plus conformes à ses nouvelles conceptions de l’histoire socio-économique (et qui apprécient légitimement de se voir reconnus et honorés par les représentants les plus éminents de la classe ouvrière et des salariés de France), elle m’a systématiquement effacée, dans des conditions qui seraient comiques si elles n’étaient honteuses, de ses bibliographies et de ses colloques : notamment, en 2013, d’un colloque sur Croizat, pour lequel elle a invité des historiens dont aucun n’avait jamais travaillé sur Croizat, un des personnages importants de ma thèse sur la CGT, scandale étendu à Michel Étiévent, auquel j’ai réagi, en vain (texte joint sur la réplique piteuse de l’IHS à propos de ce seul dernier, sans réponse à ma propre protestation).

La CGT est désormais passée, avec ce document censé « former » ses militants responsables, à la charge ouverte, absolument inqualifiable.

J’ai naturellement l’intention d’interroger Philippe Martinez, ancien militant et responsable CGT de Renault, sur les raisons de cet affront anonyme, et de mettre au défi la direction de la Confédération de trouver une déclaration ou un écrit de ma part qui ait pu donner lieu à cette accusation infamante.

Je remercie par avance tous mes correspondants de diffuser au maximum cette adresse de protestation. J’ai besoin de leur soutien contre une initiative qui s’inscrit dans une entreprise de destruction et de criminalisation de la gauche, la vraie, et de l’histoire scientifique et indépendante des financements des puissants, français ou étrangers.

Cette dernière sera assurément sévère sur le changement de camp (que nous savons tous momentané, si durable qu’il ait été) de la vieille Confédération.

Amitiés et remerciements anticipés à tous,

Annie Lacroix-Riz, historienne et syndicaliste (Snes, 1967-1985, Snesup, 1985 jusqu’à cette date).

S’il est des fautes de frappe, vous les imputerez à mon émotion.

 
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Publié par le janvier 11, 2019 dans actualités, femmes, POLITIQUE