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Archives de Catégorie: femmes

Macha Brouskina, héroïne de Minsk, pendue à 17 ans le 26 octobre 1941.

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Jeanne Malmont

Lorsque la Wehrmacht arrive en juillet 1941 à Minsk, la jeune fille de confession juive est forcée de vivre dans le ghetto de Minsk avec sa famille. Elle va s’engager dans la résistance, militante convaincue du parti communiste. Elle s’engage comme infirmière à l’hôpital de l’Institut de polytechnique, mis en place pour soigner les victimes de l’Armée rouge. En plus de son rôle d’infirmière, elle va aussi aider de nombreux soviétiques à fuir en utilisant de faux papiers d’identité. Elle est arrêtée le 14 octobre, suite à une dénonciation. Dix résistants sont condamnés à la pendaison et devront défiler en ville comme Macha sur la photo avec une pancarte : « Je suis une terroriste et j’ai tiré sur des soldats allemands ». Je n’ai pas voulu mettre les photos des pendus. Ces photos ont fait le tour du monde et ceux qui le veulent les trouveront sur le net. Les corps resteront exposés plusieurs jours pour marquer les esprits. Quelques jours avant sa mort, Macha réussit à écrire à sa mère :
« Je suis tourmentée par la pensée que je t’ai causé de grands soucis. Pardonne moi. Rien de mauvais ne m’est arrivé. Je te jure que vous n’aurez pas de désagréments supplémentaires à cause de moi. Si tu peux, fais-moi parvenir ma robe, ma blouse verte, et des chaussettes blanches. Je veux partir d’ici en uniforme scolaire…  »
A ses côtés seront pendus ses camarades Volodia Chtcherbatsevitch 16 ans et Kiril Trus, vétéran de la guerre 14-18

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A propos de l’affaire Weinstein, retour sur le jeune Marx

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Je n’en finis pas d’être stupéfaite par les dérives de la société des Etats-Unis, stupéfaite non par leur étrangeté mais par ce qu’elles sont si proches des nôtres, de nos dérives actuelles. Ce producteur dont on disait qu’il exerçait une influence plus grande sur Hollywood que la scientologie (sic), totalise une soixantaine de statuettes, quatre oscars pour le meilleur film, dont « The Artist ». « C’est un distributeur », dit Michel Hazanavicius, le réalisateur de « The Artist » et de cette pauvre chose sur Godard intitulé « le redoutable », c’est dire si le cinéma français a joué le jeu et s’est plié aux caprices de celui qui faisait la fortune ou non d’un réalisateur, si tout le monde s’est empressé à lui offrir du bétail comme s’ils étaient un quelconque dodo la saumure, ce métier-là chacun l’a fait sans parler d’Hilary Clinton et les Obama et tous les élus démocrates qui ont accepté ses financements quitte après à donner des leçons de vertu sans rien changer sur le fond. Cet hollywood qui vit de ce type d’individu et écarte un Eric Von Stroheim pour immoralité.

Disons le tout de suite ce type, une sorte de DSK, est un malade, un obsédé sexuel qui mérite un traitement comme bien d’autres que l’on met en prison sans autre forme de procès… Mais ce n’est pas de cela dont il est question mais bien de ce que le mal paraît en parfaite concordance avec le type d’individu qui sont les vainqueurs de ce monde. Hollywood étant la représentation et aussi la caricature de cette violence sociale que certains dans leur soif de possession jamais assouvie ont le droit d’exercer sur d’autres.

Il y a quelque chose d’extraordinaire dans ce petit monde démocrate qui prend ses distances avec le « prédateur » par pure hypocrisie puritaine sans jamais s’interroger sur ce qui est à la base de ce viol systématique de la « partenaire ».

Alors voilà, j’ai retrouvé un texte que j’avais écrit sur ce blog à propos du jeune Marx (celui des manuscrits de 1844) et du rapport entre les hommes et les femmes. N’oubliez pas qu’à cette époque-là Proudhon écrit des choses invraisemblables sur les femmes, sur leur infériorité naturelle comme il est violemment antisémite.

Les manuscrits de 1844 sont une œuvre de jeunesse, Marx y aborde l’économie politique, le communisme en humaniste, il pose à chaque détour de phrase la question : qu’est-ce que le capitalisme et sa science de l’enrichissement fait-elle de l’être humain? Sa pensée est d’une grande actualité puisqu’elle s’interroge sur la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793, qui portent une vision de l’être humain comme une « monade isolée repliée sur elle-même » et son fondement est donc le bellum omnium contra omnes, la guerre de tous contre tous, la concurrence. L’économie politique nie l’aliénation dans le travail, elle achète pour un temps déterminé, par contrat des hommes « libres », la vie humaine est un capital qui se vend, l’être humain est une machine à consommer… Cette aliénation teinte de son éther tous les rapports sociaux et parmi eux les plus génériques, celui de l’homme et de la femme…

Danielle Bleitrach

« C’est dans le rapport à l’égard de la femme, proie et servante de la volupté collective, que s’exprime l’infinie dégradation dans laquelle se trouve l’homme vis-à-vis de lui-même. En effet, le secret de ce rapport entre l’homme et lui-même trouve son expression non équivoque, nette, manifeste, dévoilée dans le rapport de l’homme à la femme et dans la manière dont est compris le rapport générique naturel et immédiat (1). Le rapport immédiat, naturel, nécessaire, de l’homme à l’homme se confond avec le rapport de l’homme à la femme. Dans ce rapport générique naturel, le rapport de l’homme à la nature est immédiatement son propre rapport à l’homme, de même que le rapport à l’homme est directement son propre rapport à la nature, sa propre détermination naturelle. Dans ce rapport apparaît donc de façon sensible, comme un fait concret, à quel point l’essence humaine est devenue naturelle pour l’homme, à quel point la nature est devenue essence humaine de l’homme (2). En partant de ce rapport, on peut donc juger le niveau culturel de l’homme. Du caractère de ce rapport résulte la mesure dans laquelle l’homme est devenu pour lui-même être générique, homme, et c’est compris comme tel ; le rapport de l’homme à la femme est le rapport le plus naturel de l’homme à l’homme. On y voit donc jusqu’à quel point le comportement naturel de l’homme est devenu humain, jusqu’à quel point l’essence humaine est devenue pour lui essence naturelle, jusqu’à quel point sa nature humaine est devenue pour lui essence naturelle, jusqu’à quel point sa nature humaine est devenue pour lui-même nature. Dans ce rapport apparaît aussi dans quelle mesure le besoin de l’homme est devenu un besoin humain, donc dans quelle mesure l’autre homme en tant que tel est devenu un besoin pour l’homme, dans quelle mesure l’homme dans son existence la plus individuelle est en même temps un être social. »(3)

Quand il est question des femmes et de la politique il faut toujours en revenir aux catégories fondatrices d’Aristote (dans la Politique), il y distingue deux types de relations : la relation entre les propriétaires de la circonscription administrative appelé Demos (d’où la démocratie) qui sont des relations politiques entre égaux et la relation despotique celle qui unit le propriétaire-citoyen aux femmes, aux enfants et aux esclaves. Sur ces êtres inférieurs à des degrés divers, il a tous les droits, ils font partie de sa propriété. Ils ont une valeur d’usage, celle de la nécessité de la production et de la reproduction. C’est le monde du silence et celui des sans droits, celui dont la parole est inutile, babillage, récriminations, et vaines plaintes. Alors que le monde politique est celui de la loi, du contrat d’égalité, une relation abstraite et largement fictive puisqu’il y a des riches et des pauvres, mais même ce que l’on appellera un jour les « petits blancs » sont plus que les femmes et les esclaves.

On dit que le Marx des manuscrits de 1844 est le jeune Marx encore plein de Hegel, en fait le Marx du Capital est en gestation et singulièrement toute la section I du livre I du Capital qui porte justement sur la valeur, sur le contrat qui unit le propriétaire des moyens de production au salarié. C’est l’élaboration d’une nouvelle ère politique, celle de la révolution française, mais aussi celle du Capital une véritable schizophrénie où l’être humain est déchiré entre les aspirations idéalistes des droits de l’homme et la trivialité despotique de l’exploitation. Nous en sommes encore là. Et la dualité du traitement réservé aux femmes, la maman et la putain, le galant caballero hispanique violant avec une rare brutalité ou comme au Mexique, à Juarez multipliant les morts impunies, toutes ces figures de l’insupportable dualité de l’être humain de la « modernité »… C’est pour cela que le mythe de la virginité n’est pas simple voile : tiens le voile, la membrane, le refus de voir, la méduse, le sexe de la femme peint par Courbet, il s’agit toujours du refus de voir sa propre aliénation dont Marx montre le lien avec la religion. Les chiffres officiels montrent que 74% des femmes boliviennes subissent des relations de violence. Une des gloires des communistes qu’il s’agisse des Cubains, des FARC, des Népalais a toujours été de faire avancer l’émancipation de la femme, de les intégrer en tant qu’êtres politiques et combattants, ayant droit à la parole, même si les communistes en tant qu’individus ne sont pas abstraits de l’aliénation du monde qu’ils combattent. Il faut des lois très sévères, ainsi Cuba a hérité du temps de la guérilla une loi qui punit de mort le viol.

(1) Marx considère avec Fourier que le degré d’émancipation est indiqué dans le degré d’émancipation de la femme (cf. La sainte famille).
(2) « l’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individu pris à part. Dans sa réalité c’est l’ensemble des rapports sociaux. Sixième thèse à Feurbach.

Troisième manuscrit, p.145

 

quand la nuit, la télévision offre un chef d’oeuvre et permet de reparler des scénaristes en lutte contre le maccartysme

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hier soir au cinéma de minuit sur FR3, vu un très beau Max Ophuls, « pris au piège », c’était un max Ophuls que je n’avais pas vu.Max Ophuls, né allemand , réfugié parce que juif en France en 1933, puis aux Etats-Unis en 1940 est bien sûr considéré comme un « maître », il y a ses travelling,  mais rien de besogneux, tout est fluide et élégant comme ses personnages féminins, s’es valses et ses « ronde ».  Effectivement  ce film est un véritable bijou, une mise en scène raffinée au point que la caméra paraît se faire oublier et pourtant approfondit la description des stéréotypes féminin sur la réussite sociale. Ainsi la midinette ayant épousé un richissime puéril et sadique.individu, l’autre pôle de l’aliénation au prince charmant de la femme enfant, est prise dans le décor, dans ce luxe qui la broie, elle se blottit sur un lit dans une encoignure pour lui échapper. Il y a des audaces invraisemblables pour l’époque, en particulier comment une fausse couche peut être une libération de cette femme qui a cédé au piège d’un mariage, réussi selon le point de vue socialement inculqué aux femmes. Le travail, l’indépendance économique des femmes, mais aussi le droit au divorce, à refaire sa vie, à échapper à tous les pièges de la condition féminine sont exposés comme une évidence. C’est la lutte d’une femme pour ne pas être simplement un objet dans les mains des hommes, et à ce titre il fait partie du combat mené par les scénaristes communistes d’Hollywood tout autant qu’à max Ophuls l’auteur du splendide Lola Montes ou lettre d’une inconnue, madame de et tant d’autres, mais chez max Ophuls, elles rentrent dans le rang alors qu’ici, elles échappent au piège… Et ça c’est le scénario… . 

Il  est d’Abraham Polonsky. On ne se souvient que très rarement à quel point les scénaristes d’Hollywood formèrent la corporation la plus progressiste et Abraham Polonsky fut une victime du Mac carthysme. Ces scénaristes ont tenté d’imposer une autre conception des femmes, des relations inter-raciales Avant « pris au piège » qui date de 1949, Polonsky participe à « L’Enfer de la corruption » (1948) dont il rédige également le scénario. A l’aube du maccarthysme, ce film, qui dénonce les dérives du capitalisme, est l’occasion d’une campagne des bien pensants. Convoqué devant la Commission des activités antiaméricaines, le cinéaste se retrouve sur la liste noire des artistes soupçonnés d’être communistes.Ainsi le scénario  de I Can Get it for You Wholesale (vendeur pou dame, 1951) est la dernière fois où le nom d’Abraham Polonsky paraît sur l’écran ,il disparaît pendant 20 ans.   Indésirable aux Etats-Unis, Abraham Polonsky s’installe en Europe où il écrit plusieurs livres puis il retournera aux Etats-Unis, il y sera un de ces cinéastes de l’ombre écrivant sous des prête-noms, ce qui permet de les sous payer.

Danielle Bleitrach

PS. En début de soirée j’avais vu que Arte le film de Robert Altman : « Gosford Park ». Une sorte de remake de la  « Règle du jeu » de Renoir avec  une partie de chasse dans l’aristocratie permettant une plongée subtile dans  les relations complexes entre le monde de l’aristocratie et des serviteurs. OUi mais au bout des deux tiers, il bifurque vers une sorte de pastiche des dix petits nègres d’Agatha Christie. Une mise en appétit en somme pour le chef d’oeuvre de max Ophuls au cinéma de minuit.

 
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Publié par le octobre 2, 2017 dans CINEMA, femmes, HISTOIRE

 

ORDONNANCES : LE CONGÉ MATERNITÉ POURRAIT ÊTRE RÉGI PAR UN ACCORD D’ENTREPRISE

Ordonnances : le congé maternité pourrait être régi par un accord d'entreprise
Pixabay/CC0 Creative Commons/StockSnap

Par , 22 septembre 2017 | 19h29

Bien que le gouvernement s’en défende, la durée et l’indemnisation des congés de maternité pourraient, dans certains cas, être régis par des accords d’entreprise, moins avantageux que les accords de branche.

Emmanuel Macron a signé en direct, vendredi, les ordonnances réformant le Code du travail. Elles ont été publiées au Journal officiel dès ce samedi, journée de mobilisation à l’appel de La France insoumise. D’ores et déjà, plusieurs mesures rencontrent l’opposition de certaines organisations syndicales : les ruptures conventionnelles collectives, la réduction du délai de recours en cas de licenciement, le passage au périmètre national pour les groupes qui licencient en France, mais aussi la délicate question du congé maternité.

 

Selon le quotidien Libération, contrairement à ce que clame le gouvernement et La République en Marche (comme en témoigne la vidéo ci dessous), la durée et l’indemnisation des congés de maternité pourront être régis par des accords d’entreprise, et non uniquement par des accords de branche. Et donc être moins-disant que les accords actuels.

 

«C’est ce que l’on dit depuis des semaines», confirme au Parisien Sophie Binet, secrétaire générale adjointe de la CGT «cadre techs», jointe par téléphone. «Les thèmes verrouillés dans le cadre des ordonnances ne prennent pas en compte la question du droit des familles, qui n’est pas seulement de l’ordre de la prévoyance», poursuit la responsable cégétiste. Dans la nouvelle loi, onze thèmes concernant entre autre les salaires minima, les classifications, l’égalité femmes-hommes ou la prévoyance sont en effet verrouillés par l’accord de branche au détriment de celui de l’entreprise.

 

Un flou autour de la «prévoyance»

 

Le code du travail tel qu’il est actuellement donne droit à seize semaines de congé de maternité : six semaines avant la date présumée de l’accouchement, et dix semaines après. Mais des accords de branche peuvent être plus favorables et prévoir par exemple dix-huit semaines de congés payés ou une indemnisation à 100 % du salaire net, sans que les entreprises ne puissent y déroger. C’est le cas dans certains secteurs pour le congé parental également, comme le secteur bancaire ou des mutuelles où les entreprises prennent parfois à leur charge six mois supplémentaires de congé à 100 % du salaire.

 

C’est cette prise en charge potentielle par les entreprises qui suscite des inquiétudes. Le recours à un organisme de prévoyance n’est pas systématique dans les accords de branche offrant un allongement ou une rémunération supérieure à ce que prévoit la loi. Dans ce cas particulier, mais finalement assez répandu dans l’univers des entreprises, le congé maternité pourrait être régi par un accord d’entreprise, et se soustraire à un accord de branche qui était plus avantageux pour les salariés. Pas certain que la mesure soit très populaire.

 

«En l’état, ce n’est pas seulement le congé maternité qui est concerné, mais aussi le congé enfants malades, la protection de la femme enceinte en général, la réduction du temps de travail au 3e mois de grossesse, le congé paternité, qui ne sont pas verrouillables par un accord de branche, précise Sophie Binet. La syndicaliste précise aussi avoir fait remonter à la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa, ces questions au début du mois de septembre, sans réponse de sa part.

 

Murielle Pénicaud, ministre du Travail a toutefois annoncé que l’impact des ordonnances seraient «évaluée», des travaux d’experts indépendants seront coordonnés par France Stratégie, tandis que trois personnalités – Marcel Grignard (ex-CFDT), Jean-François Pilliard (ex-Medef) et l’économiste Sandrine Cazes (OCDE) – seront chargés de la «supervision» de la mise en oeuvre des ordonnances.

laparisienne.com
Sur le même sujet :
 
 

La matière noire est-elle une illusion ?

 Non seulement ce questionnement est intéressant mais l’article met en évidence le rôle d’une femme scientifique dont les travaux sont pionniers dans cette matière. En considérant tous les génies qui ont été massacrés parce qu’ils étaient pauvres, exploités, on a dit « c’est Mozart que l’on assassine », que dire alors de la situation faite aux femmes et de la moitié de l’humanité systématiquement sacrifiée dans ses potentialités depuis l’aube des siècles. Que dire de notre propre société où existent désormais les potentialités pour libérer l’humanité de la nécessité et l’aider à se consacrer à la connaissance, à l’art, aux recherches pour le bien être et qui organise au contraire une oppression renforcée de la majorité de l’humanité, cela s’appelle le capitalisme. (note de danielle Bleitrach)

Le physicien théoricien Erik Verlinde suggère que la gravité est un phénomène émergent et que la matière noire n’existe pas. Cette idée vient de passer un premier test avec succès.

Sean Bailly

Matière noire
Shutterstock.com/Maxim Grek

D’après la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, la force gravitationnelle est une conséquence de la courbure de l’espace-temps. Malgré les nombreux succès de cette théorie, les physiciens sont confronté au défi insoluble de la concilier avec la physique quantique. Par ailleurs, de nombreuses observations en cosmologie, non sans lien avec la gravité, ont conduit les chercheurs à supposer que l’Univers contient deux composantes dont la nature reste inconnue, la matière noire et l’énergie sombre. La plupart des physiciens tentent de résoudre ces énigmes en imaginant ce que peuvent être la matière noire et l’énergie sombre, mais d’autres ont choisi de repenser les lois de la relativité générale. C’est le cas d’Erik Verlinde, qui a récemment proposé un changement radical de définition de la force gravitationnelle. Conséquence spectaculaire : dans sa théorie, la matière noire n’est qu’une illusion, résultant de la dynamique qui lie l’énergie sombre et la matière ordinaire. Reste à mettre à l’épreuve cette nouvelle théorie. Pour cela, Margot Browser, de l’université de Leyde, aux Pays-Bas, et son équipe ont analysé l’effet de « lentille gravitationnelle » lié à près de 30 000 galaxies. Cet effet est habituellement interprété comme la déformation de l’espace-temps – et donc de la trajectoire des rayons lumineux émis par les sources d’arrière plan – due à la matière noire entourant ces galaxies, mais la théorie d’Erik Verlinde semble être en accord avec ces observations.

Une pionnière ignorée

L’hypothèse de la matière noire a été émise une première fois dans les années 1930 par l’astronome Fritz Zwicky, puis a été oublié pendant plusieurs décennies avant de revenir sur le devant de la scène grâce aux travaux menés à la fin des années 1960 par l’astronome Vera Rubin. Cette chercheuse, disparue en décembre 2016, a mené une carrière exceptionnelle dans un milieu masculin plutôt hostile (son inscription dans le cursus d’astronomie à Princeton n’a jamais été considérée, la discipline n’étant pas ouverte aux femmes avant 1975 !). Pour de nombreux physiciens, elle aurait du recevoir le prix Nobel pour ses travaux pionniers sur le mouvement de rotation des galaxies spirales, qui ont été à l’origine de l’idée de matière noire. Alors à l’institut Carnegie de Washington, elle a mesuré la vitesse des étoiles dans des galaxies spirales en fonction de leur distance au centre de ces galaxies, avec un spectromètre mis au point par l’astronome Kent Ford. D’après les lois de Newton, cette vitesse devrait décroître à mesure que l’on s’éloigne du centre, sinon la force centrifuge expulserait les astres trop rapides. Or les observations de Vera Rubin montrent que, à partir d’une certaine distance, cette vitesse est relativement constante : les étoiles périphériques tournent plus vite qu’elles ne devraient ! La force gravitationnelle de la matière visible dans les galaxies semble insuffisante pour retenir ces étoiles périphériques. James Peebles, de l’université Princeton, et ses collègues ont alors suggéré que ces galaxies étaient entourées d’un halo sphérique de matière invisible qui n’interagit pas avec la matière ordinaire, et que l’on a nommé matière noire.

Depuis, la matière noire est devenue un ingrédient omniprésent en astronomie et en cosmologie. Elle représente 25 % du contenu de l’Univers, soit cinq fois plus que la matière ordinaire. Elle explique le mouvement de rotation des galaxies spirales mais aussi la dynamique des amas de galaxies, certains effets de lentille gravitationnelle, la formation des grandes structures de l’Univers dans lesquelles se regroupent les galaxies, ou encore le spectre des anisotropies du fond diffus cosmologique, c’est-à-dire la distribution des irrégularités de température dans le premier rayonnement émis par l’Univers, alors qu’il était âgé de 380 000 ans. Mais si la matière noire semble incontournable pour expliquer toutes ces observations, sa nature reste inconnue.

Les expériences tenues en échec

Dans la plupart des modèles, la matière noire est formée de particules exotiques, encore inconnues mais potentiellement observables. Les expériences de détection directe reposent sur l’idée que ces particules de matière noire peuvent interagir – certes très rarement – avec la matière ordinaire. Ainsi, avec un détecteur assez grand et beaucoup de patience, il devrait être possible de voir une particule de matière noire percuter une particule de matière ordinaire. Plusieurs équipes dans le monde améliorent sans cesse leurs détecteurs. Les expériences LUX, aux États-Unis, ou PandaX, en Chine, ont permis de poser des contraintes si fortes sur certains modèles de matière noire, les wimps (Weakly interacting massive particle), que ce type de candidats est maintenant mis en difficulté.

Aucun signal n’a non plus été observé jusqu’à présent dans les accélérateurs de particules, notamment au LHC, où on espère créer de la matière noire lors des collisions de protons à très haute énergie. Ni dans les rayons cosmiques, dont certains pourraient résulter de l’annihilation de particules de matière noire dans des régions du cosmos où elle est présente en quantité. Les résultats de l’expérience AMS – installée dans la Station spatiale internationale –, publiés en décembre 2016 après cinq ans d’observation, pourraient être compatibles avec un wimp d’une masse d’environ un téraélectronvolt, mais il est encore trop tôt pour écarter la possibilité que le signal observé proviennent de pulsars, des étoiles denses en rotation rapide qui émettent un flot de particules.

Bref, aucune expérience n’a pour l’instant livré d’indice solide de l’existence de particules de matière noire. Les modèles les plus simples semblent exclus, mais les physiciens sont encore loin d’avoir éliminé toutes les possibilités.

L’hypothèse de la matière noire est confrontée à d’autres difficultés. Si l’idée a émergé de l’étude des profils de vitesse des galaxies spirales, c’est aussi dans ces structures qu’elle est mise à mal. Par exemple, d’après les simulations numériques, la matière noire devrait s’accumuler à l’excès au centre des galaxies, dans des proportions incompatibles avec les observations. Et, en présence de matière noire, les simulations prévoient la formation de nombreuses petites galaxies satellites autour des galaxies spirales. Or on n’en connaît une vingtaine autour de la Voie lactée, au lieu de plusieurs centaines attendues. Certains physiciens pensent que ce dernier problème est d’ordre observationnel : ces galaxies satellites très peu lumineuses échapperaient encore au regard des astronomes. Une explication renforcée par la découverte en 2015 de 11 galaxies naines.

Par ailleurs, en octobre dernier, Stacy McGaugh, de l’université Case Western Reserve, aux États-Unis, et ses collègues ont comparé, dans 153 galaxies aux caractéristiques très variées, l’accélération centripète (liée à la force gravitationnelle) déduite du profil de vitesse des étoiles visibles et correspondant à l’ensemble de la matière ordinaire plus la matière noire, et la part calculée de l’accélération centripète produite uniquement à partir de la matière ordinaire seule. Ils ont ainsi mis en évidence que ces deux accélérations sont reliées par une formule assez simple. Elles ne sont pas égales, ce qui suggère bien qu’il y a besoin de matière noire pour décrire le profil de vitesse des galaxies spirales. Mais il n’y a pas non plus de raison évidente pour que ces deux accélérations soient corrélées par une relation simple, sachant qu’elles ont été calculées dans des galaxies plus ou moins riches en matière noire. Cela impiquerait un lien entre la distribution de matière ordinaire et celle de matière noire, alors que ces deux composantes interagissent très faiblement, uniquement par l’interaction gravitationnelle (et éventuellement par l’interaction faible). Comment l’expliquer ?

Deux équipes ont déjà montré que des simulations avec de la matière noire pouvaient reproduire la relation mise en évidence par Stacy McGaugh et ses collègues. Elles prennent en compte des effets de rétroaction (ou feedback) de la matière ordinaire sur la matière noire. Reste à montrer que leur résultat est universel et s’applique à de vraies galaxies aux propriétés variées.

Le règne galactique de MOND

En revanche, le résultat de Stacy McGaugh s’accorde parfaitement avec une théorie concurrente à celle la matière noire, la théorie MOND (MOdified Newtonian Dynamics). Celle-ci fut proposée par Mordehai Milgrom, de l’institut Weizmann, en Israël, en 1983. Elle suppose que la deuxième loi de Newton (la somme des forces qui s’applique sur un système est égale au produit de la masse et de l’accélération) n’est plus valable et doit être corrigée lorsque les accélérations sont très faibles, en deçà d’un certain seuil plusieurs ordres de grandeur inférieur à la pesanteur terrestre. Un tel régime serait effectivement en vigueur dans les parties les plus externes des galaxies spirales, et cette gravité modifiée expliquerait le profil de vitesse mesuré par Vera Rubin sans avoir besoin de recourir à la matière noire.

Un autre succès de la théorie MOND est qu’elle retrouve naturellement une loi empirique, dite de Tully-Fisher, qui établit une relation entre la luminosité intrinsèque d’une galaxie spirale et sa vitesse de rotation. Cette relation s’explique parfaitement avec la modification des lois de la dynamique newtonienne, alors qu’elle s’accommode mal de l’hypothèse de la matière noire.

Malheureusement, la théorie MOND (ou ses versions relativistes) n’est pas non plus dénuée de problèmes. Si elle fonctionne bien à l’échelle des galaxies, elle rencontre des difficultés à des échelles plus vastes. Elle ne permet pas de reproduire la dynamique des amas de galaxies sans y ajouter une composante de matière noire. Et il en va de même pour expliquer le spectre des anisotropies du fond diffus cosmologique.

En partant du constat que MOND fonctionne mieux à l’échelle des galaxies et la matière noire aux plus grandes échelles, des physiciens ont proposé diverses approches pour concilier ces théories concurrentes. L’une d’elle a été développée par Justin Khoury, de l’université de Pennsylvanie, en 2014 : la matière noire superfluide. Les superfluides sont des liquides dont la viscosité devient nulle une fois refroidis à des températures assez basses, 2 kelvins (-271 °C) pour l’hélium 4 par exemple. Ces liquides ont donc deux comportements différents, une idée que Justin Khoury a appliqué à la matière noire. Dans son modèle, la matière noire est superfluide dans les galaxies mais à l’échelle des amas de galaxies, elle est trop chaude et perdrait ses propriétés superfluides si bien qu’elle retrouve le comportement de la matière noire classique. D’autres physiciens avaient avancé l’idée de la matière noire superfluide, mais le modèle de Justin Khoury a l’avantage de reproduire parfaitement les prédictions de MOND dans les galaxies sans avoir à modifier la gravité. Dans le Système solaire, la force gravitationnelle est plus intense qu’en moyenne dans la Galaxie, de sorte que la matière noire n’est pas superfluide et on ne devrait donc pas avoir de déviation aux lois newtoniennes, en accord avec les observations.

Gravité émergente

D’autres pistes sont encore bien plus radicales, à l’image de la récente proposition d’Erik Verlinde. Le physicien théoricien de l’université d’Amsterdam n’en est pas à son premier coup d’éclat. En 2010, il avait émis l’hypothèse que la gravité est un phénomène émergent relié à l’entropie. La gravité n’est plus une force fondamentale, mais découle d’une autre structure plus fondamentale de l’Univers. Il y a plusieurs façons d’imaginer une gravité émergente, mais le rapprochement avec la thermodynamique, et en particulier l’entropie, remonte aux travaux de Jacob Bekenstein et Stephen Hawking sur les trous noirs, mais surtout à ceux de Ted Jacobson, qui a montré qu’il était possible de retrouver les lois de la relativité générale en combinant des considérations générales de la thermodynamique avec le principe d’équivalence (les effets d’une accélération sont identiques à ceux d’un champ gravitationnel). Erik Verlinde ajoute à cette idée certains concepts venant de la gravité quantique, tel le principe holographique.

Au cœur de sa théorie, on trouve des bits quantiques, ou qubits. Contrairement à un bit classique qui est soit dans l’état « 0 » soit dans l’état « 1 », un qubit est dans une superposition quantique des états « 0 » et « 1 », pondérés par des coefficients (en termes mathématiques, on parle de la fonction d’onde du qubit). Lorsque l’on mesure l’état du qubit, la fonction d’onde est modifiée (ou « réduite »), la superposition d’états disparaît et le qubit observé prend, de façon aléatoire (avec des probabilités liées aux coefficients de la fonction d’onde), la valeur « 0 » ou la valeur « 1 », comme on s’y attend pour un objet usuel.

Un élément essentiel de la théorie d’Erik Verlinde est la possibilité que les qubits soient intriqués. Deux qubits forment un système intriqué lorsque leurs fonctions d’onde sont liées, et ce même si les qubits sont éloignés l’un de l’autre. Que se passe-t-il lors de la mesure dans un système intriqué ? Considérons par exemple un système intriqué formé de deux qubits dont les états sont toujours opposés quand on les mesure (si l’un vaut « 0 », l’autre vaut « 1 »). Ainsi, si initialement deux qubits intriqués sont des superpositions indéterminées des états « 0 » et « 1 », et que l’on mesure l’état du premier qubit, sa fonction d’onde est réduite et on obtient une valeur de façon aléatoire. Instantanément, l’état de l’autre qubit prend l’état opposé, même si les qubits sont trop éloignés l’un de l’autre pour avoir le temps d’échanger une quelconque information, même à la vitesse de la lumière. Dans la théorie de Verlinde, l’intrication de qubits voisins en un réseau donne naissance à un espace plat. La présence de matière perturbe la structure d’intrication et produit des défauts qui courbent cet espace-temps. La gravité émerge ainsi et se comporte comme prévu par la théorie de la relativité générale.

Dans un article paru en 2016, Erik Verlinde reprend ses idées précédentes et explique comment on obtient une forme d’énergie sombre (la composante qui explique l’expansion accélérée de l’Univers) et comment cette dernière donne l’illusion de la matière noire. L’énergie sombre serait une énergie thermique associée aux intrications de qubits à longue distance. La présence de matière perturberait ces intrications à longue distance, rendant inopérante l’énergie sombre dans les régions où la matière est présente. En revanche, dans ces zones, l’énergie sombre essaye de se ré-établir en exerçant une force sur la matière qui serait équivalente à une force gravitationnelle supplémentaire, celle que l’on attribue à la matière noire.

Erik Verlinde a calculé que cet effet commencerait à être perceptible à l’échelle des galaxies et influerait la courbe de rotation des galaxies spirales. Il retrouve ainsi la loi de Tully-Fisher et de façon plus générale toutes les relations de la théorie MOND introduites de façon ad hoc par Mordehai Milgrom en 1983. Plus fort encore, il retrouve le coefficient d’accélération de la théorie MOND à partir duquel le régime newtonien n’est plus valable.

L’idée est séduisante. Il reste cependant beaucoup à faire. L’article d’Erik Verlinde est loin de proposer une théorie complète et de nombreuses difficultés des modèles de gravité émergente ne sont pas discutées. Et même certains tests de la théorie de la relativité générale (une théorie très bien éprouvée par ailleurs) ne sont pas vérifiés.

La théorie de Verlinde face aux observations

La théorie d’Erik Verlinde doit encore être examinée de près. Elle doit notamment reproduire toutes les observations expliquées par la présence de matière noire ou MOND. Une première étape semble avoir été franchie par Margot Browser et ses collègues. Ils ont étudié 33 613 galaxies qui déforment l’image des galaxies en arrière plan par effet de lentille gravitationnelle faible, tel que le prédit la relativité générale. Les chercheurs ont comparé la mesure de la masse des galaxies qui servent de lentille avec les prédictions de la théorie de gravité émergente de Verlinde sur la déformation des galaxies d’arrière plan. Les chercheurs trouvent un bon accord entre les observations et les calculs. Ceux-ci corroborent également des résultats similaires réalisés par Mordehai Milgrom en 2013 dans le contexte de MOND. Une autre équipe, rassemblant des chercheurs d’Italie, de France et de Suisse, a comparé, pour les amas de galaxies Abell 2142 et Abell 2319, les observations et la distribution de matière calculée à partir de la théorie de Verlinde, et là aussi, l’accord est bon.

Le plus grand défi à relever pour la théorie d’Erick Verlinde sera celui du spectre des anisotropies du fond diffus cosmologique. Ces fluctuations de température sont la marque des conditions régnant dans le cosmos à l’époque. En particulier, ce spectre indique comment le plasma primordial oscillait sous l’effet de la contraction imposée par la force gravitationnelle et de la répulsion engendrée par la pression des photons. Et c’est avec l’hypothèse de la matière noire – qui contribuait à la contraction – que l’on décrit le mieux le spectre des anisotropies mesuré par diverses expériences, notamment par le satellite Planck. Pour la théorie MOND et ses variantes relativistes, reproduire le spectre des anisotropies est une gageure. Selon Erik Verlinde, sa théorie pourrait y parvenir puisqu’elle contient de la matière et un comportement de gravitation attractive pour l’énergie sombre. Cependant, à l’heure actuelle, le physicien n’a pas développé une théorie dynamique qui prend en compte l’évolution de l’Univers. Sa description restitue les conditions actuelles où la densité d’énergie du cosmos est dominée par l’énergie sombre, mais ce n’était pas le cas à l’époque de l’émission du fond diffus cosmologique.

Alors la matière noire est-elle une illusion ? La question est loin d’être tranchée…

 
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Publié par le septembre 25, 2017 dans femmes, sciences, THEORIE

 

“Le Viol” sur France 3 : “Aujourd’hui, le droit des femmes recule”

hier soir j’ai vu ce télefilm qui m’a beaucoup émue, parce que j’ai vécu à nouveau cette période, nos combats, notre solidarité. Une remarque cependant par rapport à ce qu’en dit l’héroïne dans l’interview: oui elle a raison, le droit des femmes recule, elle a raison. La réaction emplit de nouveaux les mentalités, oui mais pourquoi? Parce que le combat des femmes ne saurait être détaché de celui de la justice sociale, de la revendication à la fin de l’exploitation. Oui nous avons eu raison de nous battre pour que nos corps soient à nous, mais la dépossession est générale et avec l’extension du chômage, de la misère, les femmes sont parmi les premières touchées. La bataille pour les droits, pour le code du travail, contre la précarité généralisée fait partie de notre condition, tout doit être conquis ensemble. Quand au combat pour la paix, contre la violence on sait à quel point il a toujours été en priorité celui des femmes, en leur nom et celui de leurs enfants.  (note de Danielle Bleitrach)

Le viol, de Alain Tasma.

Féministe ardente, Anne Tonglet est l’une des victimes du viol de 1974 qui a inspiré le film d’Alain Tasma, “Le Viol”, diffusé ce mardi soir sur France 3. Selon elle, le droit des femmes recule, et la lutte doit continuer.

Elle était l’une des deux victimes du viol qui a inspiré le téléfilm d’Alain Tasma. Aujourd’hui âgée de 68 ans, Anne Tonglet reste une militante féministe convaincue et n’a rien oublié. Elle livre son point de vue sur le film et l’évolution de la société à l’égard du viol.

Qu’avez-vous pensé du téléfilm réalisé par Alain Tasma, inspiré de votre histoire, quarante-trois ans après les faits ?

L’histoire est dans l’ensemble rendue fidèlement, si ce n’est que certains détails ont été modifiés, comme nos noms. Le film reste très proche de ce qu’Araceli et moi avons vécu à différents niveaux : personnel, politique et juridique. Le procès, par exemple, n’était effectivement qu’une parodie de justice où, suspectées, nous devions constamment nous justifier et prouver qu’il n’y avait jamais eu consentement de notre part. C’était une période atroce, peuplée de cauchemars et d’envies de suicide. Je dois avouer que je ne me suis reconnue que partiellement dans mon personnage car j’ai évolué depuis. Le temps y est pour beaucoup. J’avais 24 ans au moment des faits. Depuis, je suis devenue une lesbienne radicale, politiquement incorrecte, engagée dans la lutte pour le droit des femmes. Je ne lâche pas l’os tant que je ne l’ai pas rongé jusqu’à la moelle. Le film est très important par la puissance de son sujet, et j’espère de tout cœur qu’il fera l’effet d’une bombe.
Le téléfilm a-t-il omis de relater des faits essentiels de votre histoire ?

Le film ne dit pas tout, mais il est impossible de tout relater en une heure et demie. On ne saurait transcrire quatre ans de procès dans leur totalité. Et d’ailleurs, cela serait inutile. Le seul élément sur lequel j’aurais voulu qu’il insiste est la formidable solidarité des femmes dans les années 1970, le combat exemplaire qu’elles ont mené. Cette entraide était magnifique : le président de la cour d’assises ne s’en sortait plus tellement il croulait sous le poids des télégrammes nous soutenant dans notre lutte. L’association Choisir a été d’une grande aide, sans oublier le rôle déterminant de Gisèle Halimi, la plus grande avocate féministe du XXe siècle. Je n’ai jamais rencontré une personnalité aussi lumineuse et passionnée.

Pensez-vous que le procès a eu un véritable impact sur la société ?

L’effervescence autour de la question des femmes a duré quelques années après un procès très médiatisé. S’en est suivi un black-out complet, aussi bien en France qu’en Belgique. J’en reste toujours très étonnée et je ne comprends pas pourquoi. C’était un procès hors norme, qui a osé radicalement remettre en question une vision patriarcale de la société. Il a fallu une énergie inouïe pour affronter ce long chemin de croix. C’était une souffrance de tous les instants. Aujourd’hui, le combat est relancé car le droit des femmes recule. Il y a péril en la demeure. Peu de choses ont véritablement changé. Nous vivons dans une société phallocrate qui met l’homme au pinacle. C’est pourquoi la lutte doit continuer. Ce film en est un des moyens.

 
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Publié par le septembre 20, 2017 dans CINEMA, femmes, HISTOIRE

 

Après avoir été pris pour un homme pendant plus de 130 ans, des chercheurs découvrent que ce puissant chef guerrier viking était en fait… une guerrière

Par Nathan Weber il y a 2 jours

Le « guerrier » de Birka était en fait… une guerrière ! Depuis plus de 130 ans, historiens et archéologues supposaient que les restes d’un grand chef guerrier viking retrouvé dans un tombeau en Suède appartenaient à un homme. Mais grâce à de nouveaux tests ADN effectués sur les ossements, on en sait un peu plus sur son identité. Et les tests sont formels : ce personnage militaire de haut rang était en fait une femme !

Si les archéologues étaient partis du principe que le défunt personnage était de sexe masculin, c’est parce qu’il avait été enterré avec une impressionnante panoplie de guerre : une épée, une hache, une lance, des flèches perforantes spécialement conçues pour transpercer les armures, un couteau de guerre, deux boucliers, ainsi que deux chevaux.

Ces attributs étant considérés comme « masculins », il ne leur est pas venu à l’esprit que le tombeau pouvait en fait appartenir… à une femme.

Armstreet

« L’image du guerrier comme étant un individu de sexe exclusivement masculin, dans une société très virile et patriarcale, a été renforcée par les préjugés contemporains. C’est pourquoi le sexe de cet individu était tenu pour acquis », ont expliqué les chercheurs dans la revue spécialisée American Journal of Physical Anthropology.

Les restes de la guerrière avaient été découverts dans les années 1880, mais son ADN n’avait pas été analysé jusqu’à aujourd’hui. En plus d’un conséquent attirail de guerre, d’autres objets symboliques se trouvaient à ses côtés, et notamment une sorte de jeu de table guerrier qui laissent à penser qu’il s’agissait d’une grande stratège, ou tout au moins d’un personnage militaire très influent.

« À côté de la panoplie complète de guerre qui se trouvait avec elle, se trouvait une sorte de jeu de réflexion qui était utilisé pour essayer des tactiques et des stratégies de bataille, ce qui indique qu’il s’agissait vraisemblablement d’un puissant chef de guerre. Elle n’a pas seulement pris part à des batailles : elle les a aussi probablement dirigées et planifiées, » explique Charlotte Hedenstierna-Jonson, archéologue de l’Université suédoise d’Uppsala, au journal scandinave The Local.

History

Alors, Lagertha a-t-elle vraiment existé, et si oui, ressemblait-elle au personnage badass incarné par Katheryn Winnick dans la série Vikings ? Depuis longtemps, la question de la place des femmes au cœur de la société viking divise les historiens. En effet, beaucoup de zones d’ombre demeurent dans notre compréhension actuelle du fonctionnement social des sociétés préchrétiennes de Scandinavie. De nombreux témoignages s’appuient sur des sources secondaires, des bribes de légendes nordiques, des récits mythologiques, ou encore des témoignages datant du moyen âge, soit longtemps après l’ère païenne. Les historiens en sont donc parfois réduits à interpréter les découvertes archéologiques, et à tenter de reconstituer la réalité à partir de fragments découverts ici et là, autant dire que bon nombre de certitudes peuvent aisément être bousculées

On trouve, cependant, de nombreux rapports de femmes guerrières dans les légendes scandinaves : ainsi, les Valkyries, ces femmes guerrières vivant parmi les dieux, sont des personnages prépondérants de la mythologie nordique. De même, dans les anciens récits, on parle également des skjaldmö ,de fameuses femmes guerrières armées de boucliers (le personnage de Lagertha de la série Vikings est d’ailleurs inspiré de l’histoire d’une légendaire skjaldmö).

Certains historiens avancent l’hypothèse que ces légendes sont basées sur une participation active des femmes (ou tout du moins de certaines femmes) dans les actes guerriers et militaires. D’autres voient davantage l’existence des femmes guerrières comme étant relativement marginale et exceptionnelle, la société Viking s’articulant sur un modèle patriarcal orienté autour de l’agriculture, dans laquelle la femme était la maîtresse et la gardienne du foyer.

Quoi qu’il en soit, la guerrière de Birka n’a probablement pas fini de faire parler d’elle…