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Archives de Catégorie: femmes

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Publicité soviétique pour machine à laver automatique : « le mari attentionné est sympa mais la machine à laver automatique est encore plus belle », 1981

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Ne fais pas attention à moi, je viens d’une autre planète…

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« Ne fais pas attention à moi.
Je viens d’une autre planète.
Je vois toujours des horizons où tu dessines des frontières »
…………………………………………………..
« Est-ce que les verbes peuvent s’inventer? Je veux t’en dire un : je te ciel, et ainsi mes ailes s’étirent, énormes, pour t’aimer sans limites.  »
Frida Kahlo

 

Une bonne nouvelle, un roman et une autre page de mes mémoires…

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Inde, l’homosexualité enfin dépénalisée. Il serait temps dans un pays où il y a 10 hommes pour 7 femmes et où le viol, le meurtre de femmes est un sport national. J’ai haï ce pays, le sort qu’il réservait aux femmes… Mais c’est dans l’avion qui me conduisait à New Dheli puis à Chandighar que j’ai fait la connaissance de Jorge Risquet. Nous ne nous sommes pas quittés, il surveillait ce que je mangeais pour me protéger du choléra. Je lui disais « occupe-toi de pancho! » c’était son garde du corps, il m’a répondu en bon cubain: « Pancho est laid et toi tu es belle! »

Qu’est-ce qu’être une femme? ou un homme qui ne les aime pas, pire encore, celui qui est enfermé dans un corps qui n’est pas le sien? En inde la question ne peut pas être éludée, votre vie en dépend réellement.Le féminisme c’est autre chose que chez nous… comment raconter?

On tue les femmes par avortement avant leur naissance. j’ai vu à New Dheli des affiches sur lesquelles il était indiqué qu’il valait mieux dépenser un faible nombre de roupies pour l’avortement donc faire une échographie,  plutôt que dix huit après  pour la dot quand elle devra se marier… Les femmes mortes dans les « accidents de cuisine », quand leur dot est épuisée… et voici le résultat trop d’hommes pour pas assez de femmes… Mais au lieu que la rareté soit apprécié, elle devient pretexte à violence en toute impunité, une femme c’est  la dot, le trou dans lequel on éjacule, encore plus d’humiliation de viols. J’ai haï cette société… J’arrivais d’un long séjour à Dakar avec des étudiants et l’on m’a envoyé à ce congrès et je me souviens encore au sortir de l’aéroport, cette foule immense qui me donnait le vertige…Cette enfant ravissante à qui j’ai murmuré: « t’as pas de bol d’être née ici, ma pauvre! » La crasse des riches, ces hommes habillés de soie et qui puent dans les ascenseurs…le mépris dans lequel on tient ceux qui nettoient, les parias; Risquet me glissant devant le buffet: « ne prends pas de crudités, l’eau avec lesquels elles sont lavées est croupie! » Lui il pratiquait la désinfection intégrale en noyant tout dans le rhum ou à défaut dans le whisky… Un souvenir de ses explots africains… Du temps où il menait les contingents cubains en Angola, puis sa négociation avec Kissinger, sa haine de tous les colonialismes…

Mais j’ai aussi vu les femmes communistes indiennes se battre et je les respecte.je raconterai tout cela, le choc d’une civilisation, de ce meeting où j’ai parlé cinq minutes devant plus de 500.000 indiens enturbannés, farouches, les adhérents du parti communiste marxiste révolutionnaire réunis à Chandighar. Après une expérience comme celle-là vous ne craignez plus aucun auditoire.

Nul mieux qu’ Arundhati Roy peut vous initier à ce monde avec son dernier roman: les ministère du bonheur suprême– Gallimard 2018 pour la traduction française et 2017 indienne où l’histoire de vies brisées, d’individus massacrés mais qui ne cèdent jamais comme Anjum enfermé dans un corps d’homme comme une prison qui rencontre ce révolutionnaire enfermé dans son impuissance… ou comment dans ce monde où l’enchevêttrement des fils électriques pend au dessus des têtes et où l’incendie est fréquent, cette femme-homme perçoit un autre incendie qui va embraser un pays proche, l’Afghanistan, raviver partout à cause de l’exode les antagonismes entre msulmans et et indhouis, les femmes payent la note… L’origine du séisme est bien une incendie celui des tours new yorkaise… la mondialisation comme l’apprentissage d’un langage de la terreur…Pas celui dont nous parlons en occident non celui qui n’arrête pas de dévaster ce monde et qui a nom les cavaliers de l’apocalypse de l’impérialisme alliés à l’obscurantisme; ce monde où les bébés de sexe féminins sont jetés sur les masses de détritus.

Arundhati, une révolutionnaire, nous dit que dans son adolescence qui fut aussi la mienne, y eut le temps jadis celui où un ascète les reins sanglés d’un morceau de tissus dans une cour d’école pouvait criere: « Notre foi imbécile en des singes et des apparitions à tête d’éléphant ne norrira pas nos masses affamées », aujourd’hui pour moins que ça on l’envérait en prison…

Dans ce pays continent où les communistes étaient si forts, si combatifs et où les femmes sont ce qu’elles sont, la vague safran du nationalisme s’est levé comme jadis se levèrent le svatiska et les gens se font lyncher pour proférer ce genre de propos révolutionnaires nous dit Arundhati Roy… Lisez et contextualisez chaque nouvelle que vous apprendrez sur ce pays.

Alors oui c’est une bonne nouvelle que l’homosexualité soit dépénalisée et plus peut-être en Inde que partout ailleurs… Aujourd’hui, en apprenant cela, j’ai encore écrit quelques feuillets de mes memoires… ce séjour en Inde à Chandighar qui décida paradoxalement de mon histoire cubaine et de tout ce que j’ai vécu en Amérique latine, un complément d’enquête sur ce qu’on appelle le Tiers monde, les pays émergents et dont je m’aperçois que chez moi personne n’a la moindre idée de ce que cela signifie d’appartenir à ce monde là…

danielle Bleitrach

petit souvenez-vous en , j’ai vécu le jour des merveilles celui de cette affiche soviétique de 1960 et puis le monde  a vu ressurgir ses monstruosités d’antan…
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Publié par le septembre 6, 2018 dans Asie, femmes, mon journal

 

La langue française, reflet et instrument du sexisme ?

je dois dire que j’éprouve devant cette manie macronienne et d’autres de dire « ceux et celles », l’irritation épidermique resse,ntie quand la craie raye le tableau noir, c’est la langue française que l’on détruit. Mais il y a plus, j’ai le sentiment en tant que femme que l’on me prend pour une imbécile en s’imaginant que l’on satisfait mon besoin d’égalité avec ce genre de simagrée. Ce n’est pas la seule fois où j’éprouve dans l’usage de la langue ce sentiment de manipulation, c’est constant. Prenez par exemple cet invraisemblable utilisation du verbe « amodier ». Roland Cayrol commentant à C dans l’air le discours de Macron a employé le verbe « amodier », un ce verbe inapproprié à l’usage qu’il prétendait en faire, il jetait « chasuble d’or » et « manteau ou ruban en sautoir », sur l’exploitation du pauvre canut que » sans drap on enterre ». Amodier signifie accepter en location et pas aménager, trafiquer comme ces snobs incultes l’utilisent. J’avais déjà noté l’emploi abusif de ce terme chez Balladur, avec la même vocation à marquer la distance , légitimer les abus du seigneur sur le manant, en harmonie parfaite avec son physique de jars obséquieux et ses chaussettes d’archevêque en soie violette. Maintenant Cayrol, tout ça pour en mettre plein la vue au pauvre, à l’édenté, comme disait l’autre.Et Macron qui renforce les conditions de l’inégalité nous amuse avec cette pitrerie.(note de Danielle Bleitrach)

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Nous publions ce texte sur l’enjeu très médiatique de l’écriture inclusive qui malheureusement, comme souvent dans notre « capitalisme de la séduction » est profondément marqué par les comportements « publicitaires » de ce qui se voit et se différencie pour se faire remarquer sans jamais donner accès ni au réel, ni à sa pensée. Le sexisme est-il dans la langue ? Le mieux est de ne pas s’arrêter au premier exemple venu comme celui qui regarde le soleil tourner autour du ciel… La comparaison du Français actuel et du vieux Français est instructive, tout comme la comparaison entre les langues… Y-aurait-il des langues moins sexistes, et que disent les différences entre les langues des différences entre les sociétés ?

Une lecture utile à tous ceux et celles qui pensent que l’écriture inclusive (tiens au fait, pourquoi ne pas écriture inclusiv.e au cas ou il y ait de l’écriture masculine…) aiderait à faire reculer le sexisme… Et à tous les communistes qui savent qu’on ne triche jamais longtemps avec le réel et qu’en toute chose, il faut un effort de connaissance concrète…

pam

ANALYSE : Alors que la question du sexisme est aujourd’hui posée dans le débat public à travers le (més)usage de l’écriture inclusive, iPhilo publie un texte d’André Perrin de 2014 dans lequel il interrogeait la thèse selon laquelle la langue serait à la fois le reflet d’une société sexiste et son agent. Dans cet article publié originellement dans Mezetulle, notre partenaire éditorial, le philosophe est conduit à récuser l’idée d’une corrélation pertinente entre langue et sexisme dans la société, mais aussi, généralement, à critiquer la légitimité et la valeur d’une action volontariste sur la langue.

Agrégé de philosophie, ancien professeur de classes préparatoires, André Perrin est inspecteur d’académie honoraire. Contributeur régulier pour la revue Mezetulle, partenariat éditorial d’iPhilo, et pour le magazine Causeur, il a publié un essai remarqué : Scènes de la vie intellectuelle en France : l’intimidation contre le débat (L’artilleur, 2016).

Le 7 octobre 2014 à l’Assemblée Nationale le député Julien Aubert qui persistait à appeler Mme Sandrine Mazetier, vice-présidente de l’Assemblée et présidente de séance, « Madame le président » ou « Madame » et non « Madame la présidente  » comme celle-ci l’exigeait, a fait l’objet d’un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal de la part de cette parlementaire, sanction qui lui a valu d’être privé du quart de son indemnité mensuelle, soit 1400 euros environ. D’aucuns, en particulier dans les milieux les plus réactionnaires de l’Éducation nationale, regretteront qu’on ne puisse priver du quart de leur argent de poche mensuel des collégiens et des lycéens qui s’obstinent à confondre le futur et le conditionnel ou l’infinitif et le passé composé, plutôt qu’un député qui prétendait, lui, se conformer aux règles de l’Académie française. D’autres mettront en doute la solidité du fondement juridique de cette sanction : l’article 19 alinéa 3 du règlement qui a été invoqué pour l’infliger concernait en effet les comptes rendus des séances et s’adressait par conséquent aux fonctionnaires chargés de rédiger ceux-ci, non aux parlementaires durant leurs débats (1).

  • (…) Nous ne reviendrons pas sur un certain nombre de points qui nous paraissent acquis : on aura beau regarder le soleil et la mort en face, le soleil n’a pas de sexe, qui est masculin en français et féminin en allemand, et la mort pas davantage, désignée par un mot de genre féminin en français et masculin en allemand. Toutefois cet arbitraire ne concerne pas les seuls êtres inanimés. Le pou, le grillon et le homard ne sont pas forcément des mâles, de même que les hirondelles, les panthères, les girafes ou les mouches ne sont pas toujours des femelles. Et dans le monde humain si nous disons qu’un homme a été la victime d’une agression, pourquoi une femme ne pourrait-elle pas en être le témoin ? Si le premier n’hésite pas à dire de son agresseur que c’est une canaille, une crapule ou unefripouille, pourquoi ne pourrait-il pas présenter son épouse comme un parangon de vertu ? Quant au grand saint Éloi, s’adressant à son roi, il n’hésite pas à lui signifier que sa Majesté est mal culottée. Il est toutefois exact que les noms masculins qui servent à désigner des êtres de sexe féminin sont plus nombreux que les noms féminins qui désignent des êtres de sexe masculin et c’est sur ce constat qu’on s’appuie généralement pour qualifier la langue de sexiste, c’est-à-dire de « machiste », et parfois pour réclamer qu’on impose par la force du droit la féminisation des noms. Ce sont ces deux points que nous nous proposons d’examiner ici : quelle est la valeur d’une action volontariste sur la langue ? Et quelle est la valeur de la théorie qui fonde ce projet, celle d’une langue qui serait à la fois le reflet d’une société sexiste et son auxiliaire ou son agent ?

Lire aussi – La violence du langage s’exerce sans plus se dissimuler (Dominique Lecourt)

Les lignes qui suivent doivent beaucoup à la lecture du livre de Marina Yaguello Les mots et les femmes (éd. Payot, 1978, « Petite bibliothèque Payot », 1982). Marina Yaguello, professeur émérite à l’Université de Paris-VII, éminente linguiste, féministe, a publié une douzaine d’ouvrages dont la lecture est aussi agréable qu’instructive et qui sont des modèles de clarté pédagogique. Si nous nous écartons à plusieurs reprises de ses conceptions ou de ses conclusions, nous n’en avons pas moins énormément appris en la lisant.

La langue est-elle sexiste ? La théorie de la langue-reflet

A la différence du langage, faculté universelle, la langue est particulière : elle se définit comme le système des règles et des signes qui permettent de communiquer dans une société donnée. Il n’y a donc aucune difficulté de principe à concevoir que chaque langue reflète la pratique sociale des individus qui la parlent. Ainsi nous comprenons sans difficulté pourquoi la langue arabe dispose de « plusieurs centaines de mots pour faire, parmi les chameaux, des distinctions qui nous étonnent et nous échappent, là où nous disposons seulement de chameau, chamelle et parfois chamelon » (2). Si donc une société assigne à l’homme et à la femme des rôles ou des statuts différents et hiérarchisés, si elle accorde davantage de dignité ou de prestige à l’un des deux sexes, en un mot si elle procède à des discriminations sexistes, il n’y aura rien d’étonnant à ce que l’on retrouve la trace de ces discriminations dans la langue sous la forme de dissymétries syntaxiques et sémantiques. Ce n’est donc pas la plausibilité de la théorie de la langue-reflet qu’il s’agit de discuter, mais plutôt la validité des arguments qui ont été utilisés pour l’étayer dans les débats récents. Le premier d’entre eux est que la langue répugne à donner un féminin aux noms des métiers les plus prestigieux (ingénieur, médecin, recteur, professeur, chef d’entreprise) tandis que, comme l’écrit une commentatrice d’un des articles cités plus haut, « ce sont les petits métiers ou professions qui se laissent naturellement féminiser » (3). Le second est celui de l’absorption du féminin par le masculin qui se manifeste d’une part à travers la règle grammaticale en vertu de laquelle « le masculin l’emporte sur le féminin », d’autre part à travers la valeur générique du vocable homme : « L’homme a détourné à son profit le mot qui désignait l’espèce. On peut considérer que cette identification […] entre le mâle et l’espèce est à la fois le résultat d’une mentalité sexiste et le moyen par lequel elle survit », écrit Marina Yaguello (4).

Hiérarchie des professions et féminisation

En premier lieu il n’est pas assuré que la langue répugne à donner un féminin aux noms des métiers les plus prestigieux. Le site Career Cat a publié les résultats d’une enquête qui a abouti au classement de 200 métiers du plus prisé au moins prisé. En tête de liste on trouve Ingénieur logiciel, Actuaire, Mathématicien, Statisticien, Analyste de systèmes, Météorologue, Biologiste, Historien, Sociologue, Physicien, Analyste financier, Philosophe, Économiste, Astronome… On constate sans peine que la plupart de ces noms se laissent plus aisément féminiser que la plupart de ceux qui se trouvent en queue de liste : Pompier, Marin, Peintre en bâtiment, Soudeur, Chauffeur de taxi, Couvreur, Bûcheron, Docker, Manœuvre… On pourra toujours contester les résultats de cette enquête, réalisée dans un milieu anglo-saxon, mais c’est un fait que les professions intellectuelles sont généralement plus « prestigieuses » que les métiers manuels. Or en français les noms qui les désignent sont souvent formés au moyen d’un suffixe tiré du grec logos, la science. C’est le cas en particulier de la plupart de ceux qui correspondent aux spécialités médicales. On ne dira jamais d’une femme qui exerce la profession de cardiologue ou de gynécologue qu’elle est un cardiologue ou un gynécologue, et elle ne le dira jamais non plus d’elle-même. C’est en revanche pour la profession de médecin généraliste – pas plus prestigieuse pourtant que celle de spécialiste – que le problème de la féminisation se pose, car là aucune solution n’est satisfaisante. On ne peut dire une médecine, le mot étant déjà « pris » et une doctoresse se heurte à deux difficultés. D’une part le suffixe -esse souffre d’une connotation dépréciative, ce sur quoi nous reviendrons plus loin, et d’autre part il correspond au mot docteur qui ne signifie pas une profession, mais un titre universitaire. On peut être docteur en médecine sans être médecin – c’était le cas de Georges Canguilhem et c’est celui de François Dagognet – et l’on peut également être docteur en philosophie, en droit ou en géographie. Dès lors si l’on veut bien admettre que le professeur est à l’instituteur ce que le médecin spécialiste est au médecin généraliste, on ne pourra pas non plus soutenir que c’est pour des raisons de prestige que le mot professeur se laisse plus malaisément féminiser en professeuse ou professeure que le mot instituteur en institutrice. Comme le dit Claude Hagège : « il n’est pas vrai que la norme française d’aujourd’hui […] puisse former si naturellement des féminins » (6).

Lire aussi – Expliquer est-ce (un peu) excuser ? (André Perrin)

Quels sont donc les obstacles que la norme française d’aujourd’hui oppose à la formation des féminins ? Il y a en premier lieu les cas où la dérivation est difficile parce que le féminin potentiel est déjà « occupé » par une autre signification. On a rencontré plus haut le cas de médecine. Marina Yaguello cite ceux de fraiseuse et de balayeuse qui désignent des outils et ceux des mots qui changent de sens selon qu’ils désignent un animé ou un inanimé, tels manœuvre ou critique. Et lorsque le trompette du régiment est une femme, faut-il l’appeler la trompette ? Là encore le prestige social n’y est pour rien : s’il est prestigieux d’être critique aux Cahiers du cinéma, il l’est beaucoup moins d’être manœuvre ou trompette du régiment.

Ces obstacles ne sont pas décisifs aux yeux de Marina Yaguello : « rien n’empêche d’appeler cuisinière une femme qui fait la cuisine, malgré l’existence de l’appareil ménager du même nom et nul ne songerait à confondre une balayeuse (femme) avec une machine. La langue s’accommode d’ambiguïtés beaucoup plus graves » (7). Il y a cependant un second obstacle qui tient à ce que « la formation des noms d’agent par suffixation […] donne souvent lieu à des connotations dépréciatives pour le féminin » (8). C’est le cas du suffixe -ette que l’anglais a emprunté au français pour former kitchenette, laundrette, suffragette et qui « prend volontiers une valeur diminutive et péjorative. Le mot professorette est apparu à Berkeley vers 1950 pour désigner une assistante d’enseignement (teaching assistant) » (9). C’est aussi le cas en français avec le suffixe -esse que Rabelais utilisait déjà de façon ironique et dont l’évolution historique a fait une arme de dérision : « A partir du moment où le suffixe -esse est perçu comme péjoratif pour les femmes, il change de fonction : il n’indique plus le féminin mais la dérision, dérision envers la femme qui singe l’homme » (10).

Lire aussi – Langage technique et humanisme (Bruno Jarrosson)

S’il y a eu évolution historique, c’est qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Au Moyen Âge le suffixe -esse était applicable à tous les noms d’agent et avec de multiples variantes, de sorte que le féminin de mire (le médecin) pouvait être aussi bien miresse que mireresse ou mirgesse. Au XVIème siècle, médecine a été utilisé au sens de femme de médecin. Marina Yaguello note que « De nombreux féminins ont disparu ; ainsi : vainqueresse, jugesse, miresse, bourelle (de bourreau), charlatane, tyranne, librairesse, chasseresse… » (11). Il y avait aussi au Moyen Âge des tisserandes, des gantières, des chapelières, des tapissières, des heaulmières, des savetières, des saucissières, des coutelières, des chaudronnières, des potières, des joaillères, des tailleresses d’or, des fromagères, des tavernières, des hôtelières et, s’agissant ici non plus de métiers mais de fonctions, des prudes femmes investies des mêmes prérogatives que les prud’hommes (12). Ce constat pose alors un redoutable problème à la théorie de la langue-reflet : ne faut-il pas en conclure que les sociétés d’ancien régime étaient moins « sexistes » ou plus « féministes » que la nôtre ? Il y aurait là de quoi faire réfléchir celles et ceux qui ont coutume de dénoncer la mentalité « moyenâgeuse » des phallocrates et des machistes. Plus qu’au sexisme, c’est au conservatisme que Marina Yaguello attribue la difficulté de la formation des féminins : « La France a une lourde tradition d’académisme, de purisme et de contrôle sur la langue. Cette situation, on le sait, date de la création de l’Académie française. La question des noms d’agent illustre parfaitement, la grammaire historique nous le montre, le contraste entre la langue pré-académique et la langue post-académique » (13). La langue académique ne s’oppose pas seulement à la langue pré-académique, mais aussi à la langue populaire dont Marina Yaguello et Claude Hagège s’accordent à reconnaître qu’elle est infiniment moins réticente à former des féminins : « Il en va autrement, certes, en français parlé, beaucoup moins bridé par les interdits académiques et par conséquent fidèle encore à une tradition préclassique », écrit Claude Hagège (14). Cette observation redouble la difficulté évoquée plus haut : pour sauver la théorie de la langue-reflet il faudrait admettre non seulement que les sociétés d’ancien régime étaient plus féministes que la nôtre, mais encore qu’on trouve moins de préjugés et de stéréotypes sexistes dans les classes populaires que du côté des élites. Et l’on s’expose à une objection du même type quand on oppose à la langue française, sexiste, forcément sexiste, la langue espagnole qui dérive tout naturellement le féminin du masculin par suffixation du a : jefe (le chef) donne jefa, ingenior, ingeniora, profesor, profesora, doctor, doctora, medico, medica, arquitecto, arquitecta, director, directora, ministro, ministra, embajador, embajadora, juez (le juge), jueza, procurador, procuradora, abogado (l’avocat), abogada, etc. Faut-il en conclure qu’en dépit de l’origine du mot macho la société espagnole, depuis aussi longtemps qu’on y parle le castillan, est moins machiste et plus égalitaire que la société française ?

Lire aussi – Le totalitarisme est d’abord un langage (Laurence Hansen-Löve)

Pourtant le conservatisme, cet obstacle externe à la formation des féminins, ne peut être imputé à la seule Académie française. En 1922 Ferdinand Brunot observait déjà : « Ce qui augmente la difficulté, c’est que beaucoup de femmes croiraient n’avoir rien obtenu si l’assimilation n’était pas complète. Elles veulent porter tout crus des titres d’homme » (15). Ainsi Madame de Genlis qui avait été chargée de l’éducation des fils du duc d’Orléans, et en particulier du futur Louis-Philippe, entendait bien en être le gouverneur et non la gouvernante. A l’instar de Madame de Genlis et à la différence de la vice-présidente Mazetier, un certain nombre de femmes qui occupent des postes éminents souhaitent ce que Ferdinand Brunot considérait comme une assimilation complète, même si, à ce que l’on sache, aucune d’entre elles n’a jusqu’ici mis à l’amende celles et ceux qui leur refusent cette satisfaction. Marina Yaguello reprend à son compte ce constat : « souvent, ayant intériorisé la hiérarchie sociale, les femmes sont les premières à faire obstacle à la féminisation des noms d’agent. Se faisant une place minoritaire, exceptionnelle, conquise de haute lutte, dans les domaines réservés aux hommes, elles continuent à considérer ces domaines comme masculins » (16).

Cependant si ces femmes s’opposent à la féminisation des noms d’agent, c’est peut-être parce qu’elles perçoivent que celle-ci est corrélative d’une dépréciation de la profession ou de la fonction dès lors que la langue souligne qu’elle est exercée par une femme. Ainsi les féministes américaines ont mis en évidence que « les noms d’agent conférant un prestige ou encore qui sont réservés aux hommes sont souvent précédés de woman, lady, ou female, lorsqu’il s’agit de femmes » (17). On dira ainsi a lady-analyst pour désigner une psychanalyste ou a woman-doctor pour une femme qui exerce la profession de médecin. Comme on ne dit pas a gentleman-analyst ni a man-doctor, ces féministes protestent contre une féminisation qui, soulignant la différence, suggère une moindre compétence et certaines « vont jusqu’à réclamer la suppression de tous les féminins en -ess ou -ette (ce qui amènerait à dire par exemple : « she is an actor ») » (18). Ces revendications qui, en refusant qu’on introduise dans la langue une visibilité du féminin, s’opposent diamétralement à celles auxquelles nous sommes accoutumés, ont le mérite de mettre en évidence un point important : là où l’on dispose de noms de métiers épicènes, ce qui semble être l’idéal dans une perspective égalitaire, on éprouve le besoin de « marquer » le féminin pour le démarquer du masculin. Tout se passe paradoxalement comme si là où la langue ne reflète pas naturellement les inégalités de la société on s’employait à ce qu’elle les reflétât. Une dernière observation conduira dans le même sens à révoquer en doute la théorie de la langue-reflet. Alors qu’en anglais le suffixe -er est strictement épicène, « il semble qu’une différenciation insidieuse se fasse dans l’esprit des locuteurs sur la base des rôles masculins et féminins dans la société. Ainsi baby-sitter sera perçu comme féminin, alors que par exemple « writer », écrivain, et « philosopher » seront perçus comme masculins » (19). S’il en est ainsi, loin que la langue reflète une pratique sociale inégalitaire, c’est celle-ci qui se rebelle contre l’égalitarisme mensonger de celle-là et conduit les locuteurs à penser contre la langue qu’ils parlent.

L’absorption du féminin par le masculin

Tous les écoliers ont appris qu’en français « le masculin l’emporte sur le féminin », expression malencontreuse comme l’a rappelé Catherine Kintzler (20), car ce qui l’emporte au pluriel, c’est non pas le masculin mais l’absence de marque de genre. En effet dans une langue où le neutre n’existe pas le masculin ne renvoie pas seulement à un être de genre masculin, mais aussi à un ensemble dont le genre est indéterminé : « Le masculin est le genre indifférencié » écrivent les grammairiens Wagner et Pinchon (21). On parle aussi de genre par défaut, de genre non marqué ou de genre extensif. En d’autres termes le masculin tient lieu de neutre. On objectera peut-être que cela ne change rien, que si c’est le masculin et non le féminin qui est le genre extensif, habilité à représenter la totalité, ce n’est pas l’effet d’un hasard mais celui de la domination masculine dans la société. L’objection est recevable à condition qu’on en tire toutes les conséquences dans le cas des langues où le masculin ne l’emporte pas sur le féminin. Ainsi en allemand les déterminatifs der, kein, dieser, jener, welcher prennent au pluriel la forme du féminin et le pronom er (il) se féminise en sie au pluriel. Dire en allemand : « Dieser Junge und dieses Mädchen sind verliebt, sie küssen sich », c’est comme si l’on disait en français : « Ce garçon et cette fille sont amoureux, elles s’embrassent ». Faut-il en conclure à la domination féminine chez nos amis teutons ? De même le hongrois ne fait pas de distinction de genre pour le pronom à la troisième personne : ö signifie indistinctement il/lui/elle et ök ils/eux/elles. Et en iroquois, loin que le masculin l’emporte sur le féminin, c’est tout à l’inverse le féminin qui fait office de générique.

Lire aussi – Ce que je dois au latin et au grec (Daniel Guillon-Legeay)

Un certain nombre de féministes réclament qu’on substitue à la règle d’accord qui veut qu’au pluriel le masculin l’emporte sur le féminin une règle dite de voisinage ou de proximité en vertu de laquelle l’adjectif s’accorderait en genre et en nombre avec le plus proche des noms qu’il qualifie et le verbe avec le plus proche de ses sujets. Or cette règle a existé en latin et en ancien français. En latin l’adjectif épithète de plusieurs noms s’accorde seulement avec le plus rapproché. C’est conformément à cette règle qu’on dira Bonus pater et mater et Bona mater et pater. Cet accord subsiste au XVIème siècle, par exemple chez Agrippa d’Aubigné : « Portant à leur palais bras et mains innocentes » (Les Tragiques III, 203) et chez Ronsard : « Au ciel est revollée et justice et raison » (Discours des misères de ce temps v. 182) et encore au XVIIème chez Corneille : « Sa bonté, son pouvoir, sa justice est immense » (Polyeucte v. 849) et chez Racine : « Armez-vous d’un courage et d’une foi nouvelle » (Athalie v. 1269).

Que peut-on en conclure sur les rapports de la langue et de la société ? Dans le cas de l’iroquois où le féminin sert de générique, c’est-à-dire, dans notre langage, l’emporte sur le masculin, on pourrait être tenté de dire que la langue iroquoise reflète une société matrilocale et matrilinéaire dans laquelle les femmes non seulement exercent l’autorité sur les enfants, mais disposent d’un pouvoir économique et politique important puisqu’elles possèdent les terres et choisissent les chefs de clan. Malheureusement, comme le fait remarquer Marina Yaguello, « on ne peut pas dire que la langue iroquoise soit non sexiste car par ailleurs elle classe les femmes dans les inanimés » (22). Et en effet la plupart des féministes, fussent-elles parfaitement matérialistes et athées, goûtent peu qu’on dénie à la femme la possession d’une âme… Et puis faut-il admettre que la domination masculine est inconnue en Allemagne et en Hongrie ? Faut-il croire que dans les sociétés d’ancien régime dont la langue pratiquait l’accord de proximité les rapports entre les sexes étaient plus égalitaires que dans la société française du XXIème siècle ? Sans doute peut-on admettre que la femme jouissait au Moyen Âge d’un statut plus favorable que dans les siècles qui l’ont immédiatement suivi : il est vrai que le progrès du droit romain a représenté pour elle une régression et c’est un édit du Parlement daté de 1593 qui lui a interdit toute fonction dans l’État. Il serait toutefois beaucoup plus difficile de montrer que la syntaxe phallocratique qui s’est imposée depuis l’abbé Bouhours et Nicolas Beauzée a interdit tout progrès de l’égalité et de la liberté et que les rapports entre les sexes sont plus inégalitaires aujourd’hui qu’à l’époque de Corneille et de Racine.

Lire aussi – Comment naissent les idées ? (Bruno Jarrosson)

S’agissant de la valeur générique du mot homme qui désigne à la fois l’être humain en général et l’être humain de sexe masculin, Marina Yaguello s’expose à la même objection lorsqu’elle affirme que cette identification entre le mâle et l’espèce « est à la fois le résultat d’une mentalité sexiste et le moyen par lequel elle survit » (23), car pour qu’on puisse accorder à cette proposition un minimum de consistance théorique, il faudrait pouvoir montrer que les sociétés dont les langues ne procèdent pas à cette identification ont une mentalité moins sexiste que les autres. Or l’allemand distingue Mensch et Mann, le latin homo et vir, le grec άνθρωπος (anthropos) et άνήρ (aner). Peut-on sérieusement soutenir que la mentalité de notre société est plus sexiste que celle de la civilisation grecque où la femme était une éternelle mineure, toute sa vie sous la dépendance d’un κύριος (Kyrios = maître), son père, son mari, voire son fils si elle devenait veuve, exclue de la vie de la cité davantage encore que l’esclave qui, lui, pouvait devenir citoyen s’il était affranchi ?

L’action volontariste sur la langue

Le projet d’une action volontariste sur la langue ne se fonde pas seulement sur le présupposé selon lequel celle-ci reflète les inégalités inscrites dans la société car un reflet est purement passif : on n’a jamais fait maigrir un obèse en mettant son ombre à la diète. Il faut de surcroît attribuer au sexisme de la langue une vertu active, celle d’engendrer, d’entretenir, de développer des stéréotypes qui renforcent les inégalités réelles. Ainsi la féministe Hubertine Auclert disait déjà à la fin du XIXème siècle : « L’absence du féminin dans le dictionnaire a pour résultat l’absence dans le code des droits féminins » (24). C’est apparemment dans un sens analogue qu’une commentatrice d’un article d’Alain Champseix, légitimement préoccupée par l’orientation professionnelle des jeunes filles, écrivait : « L’enjeu de la féminisation des noms de tous les métiers est de convaincre les jeunes filles que tous les métiers sont accessibles, ou tout au moins leur faire apparaître que certains métiers (les plus valorisés et prestigieux) ne sont pas réservés aux seuls hommes ». Mais qu’est-ce qui autorise à penser que les femmes sont dissuadées de s’orienter vers certains métiers ou professions du fait que ceux-ci sont désignés par des mots de genre masculin ? Le français ne connaît pas de féminin au mot peintre tandis que l’italien dispose de pittrice : y a-t-il eu davantage d’Artemisia Gentileschi que d’Élisabeth Vigée-Lebrun et de Berthe Morisot ? Le mot autrice était courant au XVIIIe siècle : y a-t-il moins de femmes écrivains en France aujourd’hui qu’au siècle des Lumières ? Au début du XXème siècle les dictionnaires donnaient le mot secrétaire comme exclusivement masculin : les femmes ont-elles attendu que l’Académie donne le feu vert en en faisant un épicène pour se précipiter dans la profession de secrétaire ? C’est exactement le contraire qui s’est passé. Comme l’écrit Claude Hagège : « La société française n’a pas attendu que ministresse remplace femme-ministre ou que l’on dise Madame la mairesse pour que s’accroisse le nombre des professions asexuées ».

Le projet d’une action volontariste sur la langue repose donc sur une représentation erronée des rapports entre la langue et la réalité sociale. Ce n’est pas l’évolution de la langue qui fait bouger la société, mais c’est l’évolution de la société qui fait bouger la langue, et encore toujours avec du retard, et encore pas toujours. Toujours avec du retard car comme l’écrit Claude Hagège, « La langue n’évolue nullement au rythme des mentalités, lesquelles elles-mêmes changent moins vite que les lois » (27). Et pas toujours. Ainsi à propos du mouvement de création de nouvelles formes féminines Marina Yaguello écrit : « Il semble bien que ce soient les années 20 – qui ont pourtant permis aux femmes de rejeter nombre de contraintes – donc l’immédiat après-guerre, qui ont marqué un coup d’arrêt » (28). Si l’on songe en outre qu’il est d’une manière générale plus difficile de changer les choses que de les conserver en l’état et si l’on considère corrélativement que les efforts déployés par les professeurs au sein de l’institution scolaire pour faire respecter par les élèves les règles syntaxiques existantes et pour lutter contre le relâchement dans l’usage de la langue sont loin d’être toujours couronnés de succès, on est amené à douter des chances de réussite d’une action volontariste sur la langue : « Créer artificiellement des formes grammaticales et les imposer en comptant sur la bonne volonté des locuteurs, c’est autrement plus difficile que de maintenir par la coercition scolaire et administrative des formes en voie de disparition, ce qui n’est déjà pas facile » (29), écrit Marina Yaguello. De semblables créations artificielles font partie des revendications de certaines féministes américaines, revendications que Marina Yaguello juge « pour une part, au mieux utopiques, au pire ridicules » (30). On a ainsi suggéré de substituer aux pronoms masculins et féminins une forme « ambigène » ou neutre qui pourrait être thon (contraction de that one) ou tey ou même she, Dana Densmore ayant estimé dans ce dernier cas que « cela ferait le plus grand bien aux hommes d’être grammaticalement féminisés » (31). On a encore proposé d’éliminer le morphème man des mots où il figure, humankind se substituant ainsi à mankind (l’humanité), adulthood à manhood (l’âge d’homme), chairperson à chairman (le président), tandis que womanity et one-woman-show concurrenceraient humanity et one-man-show. Ce volontarisme linguistique rencontre un double écueil. D’une part les termes créés pour abolir la distinction du masculin et du féminin en arrivent parfois à être utilisés pour désigner le seul féminin : ainsi on continue à dire chairman pour désigner un homme tandis que chairperson s’applique la plupart du temps aux femmes, ce qui, observe Marina Yaguello, revient à féminiser le terme qui était supposé faire office de neutre. D’autre part les adversaires de ce volontarisme linguistique s’emploient à ridiculiser les revendications féministes en modifiant plaisamment les suffixes masculins même là où ils sont dépourvus de toute signification masculine, par exemple à dire Personhattan ou Personchester pour Manhattan et Manchester, ou encore shedonism pour hedonism et girlcott pour boycott. Nul doute que les féministes françaises essuieraient les mêmes quolibets si elles réclamaient qu’on rééditât tel roman de Saint-Exupéry sous le titre Terre des hommes et des femmes ou si elles exigeaient qu’on inscrivît au fronton du Panthéon : Aux grandes personnes la patrie reconnaissante…

Lire aussi – Note sur Wittgenstein (Jacques Darriulat)

Est-ce à dire qu’il faille s’opposer à la féminisation des noms d’agent ? Assurément non. Nous nous rangeons sur ce point à l’avis de Marina Yaguello : « l’option prise par les Américaines : changer la langue afin d’influer sur les structures mentales, précéder et hâter leur évolution, me paraît idéaliste, au moins en ce qui concerne l’emploi de formes fabriquées et non conformes aux structures morphologiques de la langue[…]. Par contre, si l’on s’abstient de violer la langue, on peut obtenir des résultats » (32). Il n’y a donc aucune raison, comme le rappelait Catherine Kintzler (33), de se priver des féminins qui dérivent naturellement d’un masculin comme directrice, rectrice ou inspectrice, ou qui s’y prêtent par leur rime féminine comme ministre. Pour les autres l’usage tranchera et sera comme toujours avalisé par l’Académie lorsqu’il aura tranché. Cependant s’il n’y a guère lieu dans ce débat de distinguer entre métier et profession – la commentatrice Zaza a raison sur ce point – il y a une double distinction qui demeure pertinente : entre la profession et la fonction d’une part, entre la fonction et l’exercice de la fonction d’autre part. Infirmier et pharmacien sont des métiers. Lorsque jadis aucune femme n’exerçait la profession de pharmacien et que celui-ci était un notable de village, la pharmacienne était la femme du pharmacien. Cela n’a plus de sens aujourd’hui et le féminin pharmacienne est disponible pour désigner la femme qui exerce cette profession. En revanche recteur n’est pas une profession. La preuve en est que tous les recteurs d’académie ont une profession, la plupart du temps celle de professeur d’université et le rectorat est une fonction qu’ils exercent à titre temporaire et dont ils sont très souvent démis du jour au lendemain. Il est donc tout à fait normal qu’on écrive que le poste de recteur de l’académie de Montpellier a été attribué à Mme Nathalie Martin et il serait impossible de substituer dans ce cas rectrice à recteur, à moins de laisser supposer que ce poste ne peut être attribué qu’à une femme. En revanche à partir du moment où l’on parle non plus de la fonction, mais de la personne qui l’exerce, on dira tout naturellement qu’on a rendez-vous avec la rectrice et non pas avec le recteur. Il en va de même pour bâtonnier qui n’est pas une profession, mais une fonction exercée par un avocat ou pour ambassadeur qui correspond au métier de diplomate et qui signifie d’une part une dignité, d’autre part une fonction dont l’intéressé ne possède le titre que pour la durée de sa mission. La diplomate Nathalie Martin sera ainsi nommée Ambassadeur de France au Zimbawe, mais si je lui suis présenté dans une réception, je l’appellerai Madame l’Ambassadrice.

Le député Julien Aubert a donc eu tort de refuser à la Vice-Présidente Mazetier la dénomination qu’elle exigeait d’autant plus que l’Académie Française, de l’autorité de laquelle il se réclamait, l’autorisait expressément à faire preuve de délicatesse et de courtoisie (34). Cependant en sanctionnant ce manquement à la façon d’un petit chef (35) mesquin et tyrannique, Madame Mazetier aura obtenu un triple résultat. Elle aura réussi à faire de ce député une victime. Elle aura apporté de l’eau au moulin de ceux qui disent que c’est précisément quand un pouvoir politique est impuissant à changer les choses qu’il s’évertue à jeter de la poudre aux yeux en agissant sur des symboles. Elle aura enfin permis de mettre en évidence les méfaits de l’idéologie lorsque celle-ci, s’appuyant sur les moyens coercitifs dont le pouvoir politique est investi, prétend décider comment les citoyens doivent parler et, de là, penser.

Lire aussi – Le Droit entre système et interprétation (Henri Dilberman)

On objectera peut-être que dans cette querelle l’idéologie ne se trouve pas dans un camp et la science dans l’autre. Marina Yaguello écrit : « Ce qui définit l’action volontariste, cependant, c’est la conscience d’agir délibérément sur la langue dans un but révolutionnaire, réformiste ou conservateur : action pour changer ou au contraire pour maintenir, l’action volontariste , par définition, est une force contraire à l’évolution naturelle de la langue. Elle ne cherche pas à entériner le changement spontané, mais au contraire à le bloquer, à le dépasser ou à le précéder. Elle procède toujours d’une idéologie et se fonde sur la constatation que la langue n’est pas ce qu’elle devrait être » (36). Sans doute peut-on toujours soutenir qu’aucun discours ne peut prétendre échapper à l’idéologie ; sans doute certaines attitudes qui tendent à refuser à la langue toute évolution, à mettre « le français en cage » selon l’expression de Jacques Laurent (37), peuvent-elles être interprétées en termes de conservatisme, voire de volonté de distinction. Cependant il ne semble pas qu’on puisse mettre exactement sur le même plan ce que Marina Yaguello appelle l’action pour changer et l’action pour maintenir. En effet « le conservatisme, pris au sens de conservation, est l’essence même de l’éducation » (38) selon la célèbre formule d’Hannah Arendt. Tout professeur, qu’il soit de droite ou de gauche, marxiste ou libéral, croyant ou athée aura à cœur d’exiger de ses élèves qu’ils respectent les règles d’accord du participe passé et qu’ils n’abandonnent pas le subjonctif au profit du seul indicatif. Une tâche qui est accomplie par tous les professeurs quelle que soit leur idéologie ne peut pas être qualifiée d’idéologique et il n’est pas équitable, quoiqu’il soit habile, de retourner contre eux le qualificatif de policier du langage.

(1) David Desgouilles « Assemblée : Madame le président, vous exagérez » Causeur 8 octobre 2014.
(2) Georges Mounin Clefs pour la linguistique Seghers 1968, p.81.
(3) Zaza Commentaire n° 4 à l’article d’Alain Champseix « Humanité, différence sexuelle et langue » Mezetulle21 août 2014.
(4) Marina Yaguello, Les mots et les femmes, Petite bibliothèque Payot 1982, p. 168.
(5) Claude Hagège, L’homme de paroles, Fayard Folio-Essais 1985, p. 359.
(6) Marina Yaguello op.cit., p. 122.
(7) Ibid. p. 118.
(8) Ibid.
(9) Ibid. p. 133.
(10) Ibid. p. 131.
(11) Cf Régine Pernoud, La femme au temps des cathédrales, Stock 1980 p. 204-211.
(12) Marina Yaguello op.cit. p. 135.
(13) Claude Hagège op.cit. p. 359.
(14) Ferdinand Brunot, La pensée et la langue, Masson 1922 p. 90.
(15) Marina Yaguello op.cit. p.136.
(16) Ibid. p. 119.
(17) Ibid. p. 119-120.
(18) Ibid. p. 119.
(19) Catherine Kintzler, Réponse au commentaire n° 1 de l’article « Novlangue : comment dit-on « la victime » au masculin ? » Mezetulle 4 août 2014.
(20) Wagner et Pinchon, Grammaire du français classique et moderne, Hachette 1962 p.56.
(21) Marina Yaguello op.cit. p. 116.
(22) Marina Yaguello op.cit. p. 168.
(23) Cité par Rémy de Gourmont in Le problème du style, Mercure de France 1902 p. 240-241. Marina Yaguello (op.cit. p. 136) et Claude Hagège (op. cit. p. 358) attribuent à tort à Rémy de Gourmont la phrase qu’il ne fait que citer.
(24) Zaza, commentaire n° 2 à l’article d’Alain Champseix « Humanité, différence sexuelle et langue » Mezetulle21 août 2014.
(25) Claude Hagège op. cit. p. 359-360.
(26) Ibid. p. 360.
(27) Marina Yaguello op.cit. p. 136.
(28) Op.cit. p. 188.
(29) Ibid. p. 186.
(30) Ibid. p. 187
(31) Ibid. p. 188-189.
(32) Catherine Kintzler, Réponse au commentaire n° 5 de l’article « Novlangue : comment dit-on « la victime » au masculin ? » Mezetulle 4 août 2014
(33) Mise au point de l’Académie française datée du 10 octobre 2014.
(34) Je ne dis pas petite chèfe, ni petite chèfesse, ni petite cheftaine parce que, à l’heure qu’il est, Madame Mazetier ne dispose pas du pouvoir de me priver du quart de ma retraite mensuelle.
(35) Marina Yaguello op. cit. p. 184.
(36) Jacques Laurent, Le français en cage, Grasset 1988.
(37) Hannah Arendt « La crise de l’éducation » in La crise de la culture Gallimard Idées 1972 p. 246

 
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Publié par le juillet 12, 2018 dans civilisation, femmes, SOCIETE, THEORIE

 

Alternative économique : Les filles, les maths et le système soviétique

PHOTO : © iStock/Getty Images
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EDUCATION

MARTIN ANOTA

Depuis les années 1980, à travers le monde, les filles ont fortement réduit (et même inversé) le retard qu’elles ont pu connaître relativement aux garçons en matière d’éducation et investi, notamment pour cette raison, de nombreuses professions où elles pouvaient être jusqu’alors relativement absentes. Il y a toutefois un domaine où les filles restent désavantagées par rapport aux garçons : les mathématiques. Non seulement leurs performances sont moins bonnes dans cette discipline, mais elles restent aussi éloignées des professions utilisant le plus les maths.

Stéréotypes

Deux grandes théories s’opposent pour expliquer les écarts de performances entre filles et garçons en mathématiques. D’un côté, certains estiment que cette inégalité découle de différences biologiques, donc innées. Ils avancent notamment l’hypothèse que les hommes présenteraient naturellement un plus large panel de capacités intellectuelles. Pour d’autres, elle est avant tout culturelle et s’explique par les stéréotypes que véhicule la société1.

En l’occurrence, les filles pourraient aussi bien souffrir de discriminations que d’autocensure : par exemple, elles peuvent penser ne pas être faites pour les maths, si bien qu’elles tendent à se décourager dans cette discipline, mais ce découragement se traduit forcément par de moins bons résultats qui viennent « confirmer » les stéréotypes ; elles peuvent penser qu’elles vont plus facilement réussir dans certains métiers (notamment liés au relationnel, à la santé et à l’enseignement), si bien qu’elles s’investissent davantage dans des activités ou des formations associées à ces professions, comme les langues, la psychologie ou la médecine, etc. L’école elle-même n’est peut-être pas neutre : par exemple, lors des conseils de classes, il serait davantage proposé aux garçons qu’aux filles d’aller en filière scientifique lorsque ces élèves n’osent pas le demander mais que leurs résultats leur permettraient pourtant de le faire [Duru-Bellat, 1990].

Quentin Lippmann et Claudia Senik2 (2018) ont utilisé la division de l’Allemagne en deux blocs, la République fédérale d’Allemagne (RFA) à l’ouest et la République démocratique allemande (RDA) à l’est, comme expérience naturelle pour expliquer les inégalités entre garçons et filles en matière de performances mathématiques. Ils constatent que la mauvaise performance des filles en mathématiques est bien moindre dans les régions qui appartenaient à la RDA que dans les régions ayant appartenu à la RFA.

Des Allemandes de l’Est plus confiantes

Ils relèvent en outre que cet écart s’explique, non pas par des facteurs tels que les différences en matière de conditions économiques, de manière d’enseigner ou d’organisation des classes, mais par les attitudes des filles : relativement à leurs consœurs de l’Ouest, les filles d’Allemagne de l’Est se sentent moins anxieuses et plus confiantes à propos de leurs aptitudes mathématiques et elles font davantage preuve d’un esprit de compétition. Il apparaît en outre que les améliorations des filles en mathématiques ne se sont pas faites au prix d’une détérioration de leur compétence traditionnelle, en l’occurrence celle la lecture. Enfin, en élargissant la focale, Lippman et Senik notent que ces constats ne sont pas propres à l’Allemagne : les inégalités entre les sexes dans les performances économiques sont plus faibles, voire inexistantes, dans les pays qui faisaient partie du bloc soviétique que dans le reste de l’Europe.

En RDA, les filles auraient réduit leurs difficultés en mathématiques parce que les institutions ont cherché à réduire les inégalités entre hommes et femmes

Ce changement de l’attitude des filles face aux mathématiques trouve une explication institutionnelle : en RDA, les filles auraient réduit leurs difficultés en mathématiques parce que les institutions ont cherché à réduire les inégalités entre hommes et femmes. En RDA, comme dans bien d’autres pays du bloc soviétique, l’Etat a fait de l’emploi un droit universel tout autant qu’un devoir, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Il a ainsi mis en œuvre plusieurs mesures visant à rendre compatibles la vie professionnelle et la vie domestique pour les femmes, afin que ces dernières puissent autant s’impliquer dans leur vie professionnelle que les hommes. Ces politiques se sont traduites par une modification des représentations des rôles sociaux associés à chaque sexe. Parallèlement, l’image de l’homme pouvoir de ressources (breadwinner) a pu se renforcer en RFA, notamment avec l’adoption de politiques compliquant l’entrée et le maintien des femmes dans la vie active.

Bien évidemment, Lippmann et Senik ne cherchent pas à démontrer et ne démontrent pas que le modèle soviétique était globalement favorable aux femmes. En revanche, ils aboutissent à deux conclusions particulièrement importantes. D’une part, une grande part des écarts de réussite entre filles et garçons dans les mathématiques découle des stéréotypes de genre. D’autre part, les institutions peuvent modifier ces stéréotypes.

Martin Anota est professeur de sciences économiques et sociales (SES) au lycée René-Descartes, à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne).

  • 1.Marie Duru-Bellat, Marie (1990), L’école des filles ? Quelles formations pour quels rôles sociaux ? ; Ainara Gonzalez de San Roman et Sara de la Rica (2012), « Gender Gaps in PISA Test Scores : The Impact of Social Norms and the Mother’s Transmission of Role Attitudes », IZA, Discussion paper n° 6338 ; Luigi Guiso, Ferdinando Monte, Paola Sapienza et Luigi Zingales (2008), « Culture, Gender, and Math »,  Science, vol. 320 ; Quentin Lippman et Claudia Senik (2018), « Math, Girls and Socialism », IZA, Discussion paper n° 11532 ; Natalia Nollenberger et Núria Rodriguez-Planas (2017), « Let the Girls Learn ! It is Not Only About Math… It’s About Gender Social Norms », IZA, Discussion paper n° 10625.
  • 2.Quentin Lippman et Claudia Senik (2018), « Math, Girls and Socialism », IZA, Discussion papern° 11532, mai.
 
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Publié par le juin 6, 2018 dans femmes, HISTOIRE, sciences, SOCIETE

 

21 avril 1944 : les Françaises obtiennent le droit de vote

  • au point où ils en sont de leur destruction de tout ce qui a été mis en place à la libération (programme de la résistance+ ministres et députés communistes), est-ce qu’ils iront jusqu’à supprimer le droit de vote des femmes? Est-ce que ça comme le statut de la fonction publique, celui du rail,  la sécurité sociale et tant d’autres dispositions qui ont changé la France peuvent être considérées comme dépassées ? On peut s’interroger, la condition féminine a toujours évolué quand les combats de classe pour le progrès social et l’émancipation humaine ont avancé et elles ont rétrogradé quand la réaction a avancé. ce qui nest sûr aujourd’hui c’est qu’avec les bas salaires, la précarité, les inégalités, la destruction de la santé, la condition féminine se dégrade. La fonction publique a été le lieu des avancées en matière d’égalité des femmes. (note de danielle Bleitrach)
le 20/04/2018 par Michele Pedinielli

Paris 1937 : manifestation pour le droit de vote des femmes françaises – source : Gallica-BnF

C’est depuis Alger que le Comité français de libération nationale publie son plan d’organisation de la France après la Libération. L’article 17 donne aux Françaises le droit de voter et d’être éligibles aux élections.

C’est une simple phrase. Un article d’une ligne qui va bouleverser la vie de millions de Françaises. Dès la Une, les lecteurs et les lectrices de L’Echo d’Alger du 23 avril 1944 comprennent que quelque chose est en train de se passer.

Le Comité français de libération nationale, présidé par Charles de Gaulle, a rédigé le 21 avril une ordonnance  sur l’organisation des pouvoirs publics en France après la libération. La première déclaration donne le ton :

« L’Assemblée nationale constituante sera élue au bulletin secret et à un seul degré par tous les Français et Françaises majeurs. »

La lecture de l’article 17 ne laisse pas place au doute.

« Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. »

On doit la rédaction finale de cet article 17 à un membre du Parti communiste, Fernand Grenier. Résistant, représentant du PCF et des FTP auprès du général de Gaulle à Londres, il devient bientôt commissaire à l’air (civil et militaire) du gouvernement provisoire.

Fernand Grenier s’est battu, y compris au sein du Conseil national de la Résistance, pour l’attribution pleine et entière du droit de vote aux femmes. La première rédaction de l’article en mars 1944 ne mentionnait que l’éligibilité des femmes (« les femmes sont éligibles dans les mêmes conditions que les hommes »), le droit de vote n’étant pas clairement exprimé. Fernand Grenier dépose et fait adopter un amendement qui donne sa forme finale à l’article 17.

Cet article est l’aboutissement de 150 années de luttes pour le droit de vote depuis Olympe de Gouges et sa « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ».

Les débats au sein des différents mouvements de la Résistance ont fini d’accélérer le processus, malgré l’opposition de plusieurs sensibilités comme les radicaux, craignant un vote féminin influencé par l’Église catholique.

Ce n’est pas une coïncidence si l’amendement final est rédigé par un communiste. Aux élections municipales de 1925, ce parti présentait déjà des femmes en position éligible, une dizaine d’entre elles entrant alors dans les conseils municipaux avant que leur élections ne soit invalidée [voir notre article].

Et dès 1936, le quotidien communiste national L’Humanité affirme : « La femme française doit voter ! »

« Rappelons que les députés communistes ont été les seuls à voter sans réserve le droit de vote et d’éligibilité pour les femmes.

Notre camarade Ramette, dans l’excellent discours qu’il prononça à cette occasion à la Chambre, dit :

“Notre parti veut que les femmes puissent voter, non seulement aux élections municipales, mais à toutes, les consultations pour la formation des assemblées délibérantes. Et nous voulons qu’elles y soient éligibles.” »

Le 29 avril 1945, les Françaises peuvent enfin exercer leur droit aux élections municipales. Sous le titre « Pour la première fois, les Françaises ont voté », le journal de gauche L’Aubeconstate qu’elles votent en masse et, ô miracle, qu’elles arrivent à se débrouiller toutes seules dans l’isoloir, avant « d’aller vaquer aux soins du ménage ».

« Dans toutes les sections, les Françaises sont venues, très nombreuses. La plupart ont voté, dès l’ouverture du scrutin avant de faire leurs courses et d’aller vaquer aux soins du ménage, d’autres sont allées l’après-midi dans les sections de vote, en compagnie de leur mari, et parfois même des enfants.[…]

Et les religieuses elles-mêmes, dont certaines n’avaient pas franchi les portes de leur monastère depuis leur prise de voile, ont tenu à venir déposer leur bulletin dans l’urne.

Les hommes, il faut bien le dire, s’amusaient à l’avance de l’attitude embarrassée des femmes au moment de voter. Eh bien ! Reconnaissons que nos compagnes ont su se tirer d’affaire fort convenablement.

Et si quelques dames ont un peu hésité entre les listes et se sont embrouillées avec leurs bulletins dans le secret de l’isoloir, la grande majorité d’entre elles savaient fort bien ce qu’elles voulaient et l’ont prouvé. »

Ce premier suffrage universel voit arriver plusieurs femmes à la tête de municipalités, issues des mouvements de la Résistance et du Parti Communiste : Odette Roux aux Sables d’Olonne ou Pierrette Petitot à Villetaneuse. En Côte d’Or, la petite commune d’Echigey élit un conseil municipal entièrement féminin.

« Les femmes prennent chaque jour et sont appelées à prendre une part de plus en plus importante à la vie politique du pays.

Aux élections municipales d’avril, elles ont obtenu plus de 5 des sièges, Il existe en France, à Echigey, dans la Côte d’Or, par exemple, des municipalités entièrement féminines.

Dans la Seine, un certain nombre de femmes sont maires adjointes, et la séance de l’Assemblée Consultative a émis, tout récemment, le vœu que l’accès à la magistrature leur soit également ouvert. »

Ironie grinçante de l’Histoire : si c’est à Alger que le droit de vote a été attribué aux Françaises, un million et demi d’Algériennes musulmanes ne pourront exercer ce droit qu’en 1958, sur demande expresse du président du Conseil Charles de Gaulle.

 
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Publié par le avril 21, 2018 dans femmes, HISTOIRE, POLITIQUE

 

LES SCIENCES ET LES TECHNIQUES AU FÉMININ: ROSALIND FRANKLIN

Née le 25 juillet 1920 à Notting Hill, Rosalind Franklin est promise à un grand avenir. Après l’obtention d’un doctorat de physique-chimie à Cambridge (Royaume-Uni) en 1945, elle passe trois années en France, entre 1947 à 1950, au Laboratoire central des services chimiques de l’État, afin d’y apprendre les techniques de diffractométrie de rayons X, une technique que la jeune biologiste moléculaire appliquera à l’étude des matériaux biologiques au King’s College de Londres, où elle obtient un poste en 1951.

Une ombre vient alors noircir le tableau. En 1952, elle avait réalisé plusieurs remarquables radiographies aux rayons X de l’ADN et, à son insu, Maurice Wilkins montra ces clichés à James Dewey Watson. Ce dernier, en compagnie de Francis Crick, les utilise afin de résoudre l’énigme de la structure de l’ADN et découvrir ainsi sa structure à double hélice. L’année 1953 est une année noire pour Rosalind : en raison d’une mauvaise ambiance, elle quitte King’s College pour Birkbeck College, d’un côté, et elle est fortement incitée par John Randall à abandonner ses recherches sur l’ADN, de l’autre.

Enfin, l’histoire des clichés connaît des suites. En effet, une semaine après les avoir vus, James Dewey Watson et Francis Crick publient le résultat de leur découverte dans Nature (avril 1953). Cette publication leur ouvre la voie du prix Nobel de médecine, obtenu en 1962, prix auquel Wilkins est associé. Il est alors trop tard pour Rosalind – elle est morte prématurément quatre ans plus tôt d’un cancer de l’ovaire, très certainement lié à sa surexposition aux rayons X – pour être elle-même associée à la récompense.

Ses anciens collègues du King’s College se gardent cependant bien de lui rendre hommage, et il faut attendre 2008 pour que Rosalind reçoive enfin, à titre posthume, le prix d’honneur Louisa Gross Horwitz. 

 
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Publié par le avril 2, 2018 dans femmes, sciences, THEORIE