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La langue française, reflet et instrument du sexisme ?

je dois dire que j’éprouve devant cette manie macronienne et d’autres de dire « ceux et celles », l’irritation épidermique resse,ntie quand la craie raye le tableau noir, c’est la langue française que l’on détruit. Mais il y a plus, j’ai le sentiment en tant que femme que l’on me prend pour une imbécile en s’imaginant que l’on satisfait mon besoin d’égalité avec ce genre de simagrée. Ce n’est pas la seule fois où j’éprouve dans l’usage de la langue ce sentiment de manipulation, c’est constant. Prenez par exemple cet invraisemblable utilisation du verbe « amodier ». Roland Cayrol commentant à C dans l’air le discours de Macron a employé le verbe « amodier », un ce verbe inapproprié à l’usage qu’il prétendait en faire, il jetait « chasuble d’or » et « manteau ou ruban en sautoir », sur l’exploitation du pauvre canut que » sans drap on enterre ». Amodier signifie accepter en location et pas aménager, trafiquer comme ces snobs incultes l’utilisent. J’avais déjà noté l’emploi abusif de ce terme chez Balladur, avec la même vocation à marquer la distance , légitimer les abus du seigneur sur le manant, en harmonie parfaite avec son physique de jars obséquieux et ses chaussettes d’archevêque en soie violette. Maintenant Cayrol, tout ça pour en mettre plein la vue au pauvre, à l’édenté, comme disait l’autre.Et Macron qui renforce les conditions de l’inégalité nous amuse avec cette pitrerie.(note de Danielle Bleitrach)

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Nous publions ce texte sur l’enjeu très médiatique de l’écriture inclusive qui malheureusement, comme souvent dans notre « capitalisme de la séduction » est profondément marqué par les comportements « publicitaires » de ce qui se voit et se différencie pour se faire remarquer sans jamais donner accès ni au réel, ni à sa pensée. Le sexisme est-il dans la langue ? Le mieux est de ne pas s’arrêter au premier exemple venu comme celui qui regarde le soleil tourner autour du ciel… La comparaison du Français actuel et du vieux Français est instructive, tout comme la comparaison entre les langues… Y-aurait-il des langues moins sexistes, et que disent les différences entre les langues des différences entre les sociétés ?

Une lecture utile à tous ceux et celles qui pensent que l’écriture inclusive (tiens au fait, pourquoi ne pas écriture inclusiv.e au cas ou il y ait de l’écriture masculine…) aiderait à faire reculer le sexisme… Et à tous les communistes qui savent qu’on ne triche jamais longtemps avec le réel et qu’en toute chose, il faut un effort de connaissance concrète…

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ANALYSE : Alors que la question du sexisme est aujourd’hui posée dans le débat public à travers le (més)usage de l’écriture inclusive, iPhilo publie un texte d’André Perrin de 2014 dans lequel il interrogeait la thèse selon laquelle la langue serait à la fois le reflet d’une société sexiste et son agent. Dans cet article publié originellement dans Mezetulle, notre partenaire éditorial, le philosophe est conduit à récuser l’idée d’une corrélation pertinente entre langue et sexisme dans la société, mais aussi, généralement, à critiquer la légitimité et la valeur d’une action volontariste sur la langue.

Agrégé de philosophie, ancien professeur de classes préparatoires, André Perrin est inspecteur d’académie honoraire. Contributeur régulier pour la revue Mezetulle, partenariat éditorial d’iPhilo, et pour le magazine Causeur, il a publié un essai remarqué : Scènes de la vie intellectuelle en France : l’intimidation contre le débat (L’artilleur, 2016).

Le 7 octobre 2014 à l’Assemblée Nationale le député Julien Aubert qui persistait à appeler Mme Sandrine Mazetier, vice-présidente de l’Assemblée et présidente de séance, « Madame le président » ou « Madame » et non « Madame la présidente  » comme celle-ci l’exigeait, a fait l’objet d’un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal de la part de cette parlementaire, sanction qui lui a valu d’être privé du quart de son indemnité mensuelle, soit 1400 euros environ. D’aucuns, en particulier dans les milieux les plus réactionnaires de l’Éducation nationale, regretteront qu’on ne puisse priver du quart de leur argent de poche mensuel des collégiens et des lycéens qui s’obstinent à confondre le futur et le conditionnel ou l’infinitif et le passé composé, plutôt qu’un député qui prétendait, lui, se conformer aux règles de l’Académie française. D’autres mettront en doute la solidité du fondement juridique de cette sanction : l’article 19 alinéa 3 du règlement qui a été invoqué pour l’infliger concernait en effet les comptes rendus des séances et s’adressait par conséquent aux fonctionnaires chargés de rédiger ceux-ci, non aux parlementaires durant leurs débats (1).

  • (…) Nous ne reviendrons pas sur un certain nombre de points qui nous paraissent acquis : on aura beau regarder le soleil et la mort en face, le soleil n’a pas de sexe, qui est masculin en français et féminin en allemand, et la mort pas davantage, désignée par un mot de genre féminin en français et masculin en allemand. Toutefois cet arbitraire ne concerne pas les seuls êtres inanimés. Le pou, le grillon et le homard ne sont pas forcément des mâles, de même que les hirondelles, les panthères, les girafes ou les mouches ne sont pas toujours des femelles. Et dans le monde humain si nous disons qu’un homme a été la victime d’une agression, pourquoi une femme ne pourrait-elle pas en être le témoin ? Si le premier n’hésite pas à dire de son agresseur que c’est une canaille, une crapule ou unefripouille, pourquoi ne pourrait-il pas présenter son épouse comme un parangon de vertu ? Quant au grand saint Éloi, s’adressant à son roi, il n’hésite pas à lui signifier que sa Majesté est mal culottée. Il est toutefois exact que les noms masculins qui servent à désigner des êtres de sexe féminin sont plus nombreux que les noms féminins qui désignent des êtres de sexe masculin et c’est sur ce constat qu’on s’appuie généralement pour qualifier la langue de sexiste, c’est-à-dire de « machiste », et parfois pour réclamer qu’on impose par la force du droit la féminisation des noms. Ce sont ces deux points que nous nous proposons d’examiner ici : quelle est la valeur d’une action volontariste sur la langue ? Et quelle est la valeur de la théorie qui fonde ce projet, celle d’une langue qui serait à la fois le reflet d’une société sexiste et son auxiliaire ou son agent ?

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Les lignes qui suivent doivent beaucoup à la lecture du livre de Marina Yaguello Les mots et les femmes (éd. Payot, 1978, « Petite bibliothèque Payot », 1982). Marina Yaguello, professeur émérite à l’Université de Paris-VII, éminente linguiste, féministe, a publié une douzaine d’ouvrages dont la lecture est aussi agréable qu’instructive et qui sont des modèles de clarté pédagogique. Si nous nous écartons à plusieurs reprises de ses conceptions ou de ses conclusions, nous n’en avons pas moins énormément appris en la lisant.

La langue est-elle sexiste ? La théorie de la langue-reflet

A la différence du langage, faculté universelle, la langue est particulière : elle se définit comme le système des règles et des signes qui permettent de communiquer dans une société donnée. Il n’y a donc aucune difficulté de principe à concevoir que chaque langue reflète la pratique sociale des individus qui la parlent. Ainsi nous comprenons sans difficulté pourquoi la langue arabe dispose de « plusieurs centaines de mots pour faire, parmi les chameaux, des distinctions qui nous étonnent et nous échappent, là où nous disposons seulement de chameau, chamelle et parfois chamelon » (2). Si donc une société assigne à l’homme et à la femme des rôles ou des statuts différents et hiérarchisés, si elle accorde davantage de dignité ou de prestige à l’un des deux sexes, en un mot si elle procède à des discriminations sexistes, il n’y aura rien d’étonnant à ce que l’on retrouve la trace de ces discriminations dans la langue sous la forme de dissymétries syntaxiques et sémantiques. Ce n’est donc pas la plausibilité de la théorie de la langue-reflet qu’il s’agit de discuter, mais plutôt la validité des arguments qui ont été utilisés pour l’étayer dans les débats récents. Le premier d’entre eux est que la langue répugne à donner un féminin aux noms des métiers les plus prestigieux (ingénieur, médecin, recteur, professeur, chef d’entreprise) tandis que, comme l’écrit une commentatrice d’un des articles cités plus haut, « ce sont les petits métiers ou professions qui se laissent naturellement féminiser » (3). Le second est celui de l’absorption du féminin par le masculin qui se manifeste d’une part à travers la règle grammaticale en vertu de laquelle « le masculin l’emporte sur le féminin », d’autre part à travers la valeur générique du vocable homme : « L’homme a détourné à son profit le mot qui désignait l’espèce. On peut considérer que cette identification […] entre le mâle et l’espèce est à la fois le résultat d’une mentalité sexiste et le moyen par lequel elle survit », écrit Marina Yaguello (4).

Hiérarchie des professions et féminisation

En premier lieu il n’est pas assuré que la langue répugne à donner un féminin aux noms des métiers les plus prestigieux. Le site Career Cat a publié les résultats d’une enquête qui a abouti au classement de 200 métiers du plus prisé au moins prisé. En tête de liste on trouve Ingénieur logiciel, Actuaire, Mathématicien, Statisticien, Analyste de systèmes, Météorologue, Biologiste, Historien, Sociologue, Physicien, Analyste financier, Philosophe, Économiste, Astronome… On constate sans peine que la plupart de ces noms se laissent plus aisément féminiser que la plupart de ceux qui se trouvent en queue de liste : Pompier, Marin, Peintre en bâtiment, Soudeur, Chauffeur de taxi, Couvreur, Bûcheron, Docker, Manœuvre… On pourra toujours contester les résultats de cette enquête, réalisée dans un milieu anglo-saxon, mais c’est un fait que les professions intellectuelles sont généralement plus « prestigieuses » que les métiers manuels. Or en français les noms qui les désignent sont souvent formés au moyen d’un suffixe tiré du grec logos, la science. C’est le cas en particulier de la plupart de ceux qui correspondent aux spécialités médicales. On ne dira jamais d’une femme qui exerce la profession de cardiologue ou de gynécologue qu’elle est un cardiologue ou un gynécologue, et elle ne le dira jamais non plus d’elle-même. C’est en revanche pour la profession de médecin généraliste – pas plus prestigieuse pourtant que celle de spécialiste – que le problème de la féminisation se pose, car là aucune solution n’est satisfaisante. On ne peut dire une médecine, le mot étant déjà « pris » et une doctoresse se heurte à deux difficultés. D’une part le suffixe -esse souffre d’une connotation dépréciative, ce sur quoi nous reviendrons plus loin, et d’autre part il correspond au mot docteur qui ne signifie pas une profession, mais un titre universitaire. On peut être docteur en médecine sans être médecin – c’était le cas de Georges Canguilhem et c’est celui de François Dagognet – et l’on peut également être docteur en philosophie, en droit ou en géographie. Dès lors si l’on veut bien admettre que le professeur est à l’instituteur ce que le médecin spécialiste est au médecin généraliste, on ne pourra pas non plus soutenir que c’est pour des raisons de prestige que le mot professeur se laisse plus malaisément féminiser en professeuse ou professeure que le mot instituteur en institutrice. Comme le dit Claude Hagège : « il n’est pas vrai que la norme française d’aujourd’hui […] puisse former si naturellement des féminins » (6).

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Quels sont donc les obstacles que la norme française d’aujourd’hui oppose à la formation des féminins ? Il y a en premier lieu les cas où la dérivation est difficile parce que le féminin potentiel est déjà « occupé » par une autre signification. On a rencontré plus haut le cas de médecine. Marina Yaguello cite ceux de fraiseuse et de balayeuse qui désignent des outils et ceux des mots qui changent de sens selon qu’ils désignent un animé ou un inanimé, tels manœuvre ou critique. Et lorsque le trompette du régiment est une femme, faut-il l’appeler la trompette ? Là encore le prestige social n’y est pour rien : s’il est prestigieux d’être critique aux Cahiers du cinéma, il l’est beaucoup moins d’être manœuvre ou trompette du régiment.

Ces obstacles ne sont pas décisifs aux yeux de Marina Yaguello : « rien n’empêche d’appeler cuisinière une femme qui fait la cuisine, malgré l’existence de l’appareil ménager du même nom et nul ne songerait à confondre une balayeuse (femme) avec une machine. La langue s’accommode d’ambiguïtés beaucoup plus graves » (7). Il y a cependant un second obstacle qui tient à ce que « la formation des noms d’agent par suffixation […] donne souvent lieu à des connotations dépréciatives pour le féminin » (8). C’est le cas du suffixe -ette que l’anglais a emprunté au français pour former kitchenette, laundrette, suffragette et qui « prend volontiers une valeur diminutive et péjorative. Le mot professorette est apparu à Berkeley vers 1950 pour désigner une assistante d’enseignement (teaching assistant) » (9). C’est aussi le cas en français avec le suffixe -esse que Rabelais utilisait déjà de façon ironique et dont l’évolution historique a fait une arme de dérision : « A partir du moment où le suffixe -esse est perçu comme péjoratif pour les femmes, il change de fonction : il n’indique plus le féminin mais la dérision, dérision envers la femme qui singe l’homme » (10).

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S’il y a eu évolution historique, c’est qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Au Moyen Âge le suffixe -esse était applicable à tous les noms d’agent et avec de multiples variantes, de sorte que le féminin de mire (le médecin) pouvait être aussi bien miresse que mireresse ou mirgesse. Au XVIème siècle, médecine a été utilisé au sens de femme de médecin. Marina Yaguello note que « De nombreux féminins ont disparu ; ainsi : vainqueresse, jugesse, miresse, bourelle (de bourreau), charlatane, tyranne, librairesse, chasseresse… » (11). Il y avait aussi au Moyen Âge des tisserandes, des gantières, des chapelières, des tapissières, des heaulmières, des savetières, des saucissières, des coutelières, des chaudronnières, des potières, des joaillères, des tailleresses d’or, des fromagères, des tavernières, des hôtelières et, s’agissant ici non plus de métiers mais de fonctions, des prudes femmes investies des mêmes prérogatives que les prud’hommes (12). Ce constat pose alors un redoutable problème à la théorie de la langue-reflet : ne faut-il pas en conclure que les sociétés d’ancien régime étaient moins « sexistes » ou plus « féministes » que la nôtre ? Il y aurait là de quoi faire réfléchir celles et ceux qui ont coutume de dénoncer la mentalité « moyenâgeuse » des phallocrates et des machistes. Plus qu’au sexisme, c’est au conservatisme que Marina Yaguello attribue la difficulté de la formation des féminins : « La France a une lourde tradition d’académisme, de purisme et de contrôle sur la langue. Cette situation, on le sait, date de la création de l’Académie française. La question des noms d’agent illustre parfaitement, la grammaire historique nous le montre, le contraste entre la langue pré-académique et la langue post-académique » (13). La langue académique ne s’oppose pas seulement à la langue pré-académique, mais aussi à la langue populaire dont Marina Yaguello et Claude Hagège s’accordent à reconnaître qu’elle est infiniment moins réticente à former des féminins : « Il en va autrement, certes, en français parlé, beaucoup moins bridé par les interdits académiques et par conséquent fidèle encore à une tradition préclassique », écrit Claude Hagège (14). Cette observation redouble la difficulté évoquée plus haut : pour sauver la théorie de la langue-reflet il faudrait admettre non seulement que les sociétés d’ancien régime étaient plus féministes que la nôtre, mais encore qu’on trouve moins de préjugés et de stéréotypes sexistes dans les classes populaires que du côté des élites. Et l’on s’expose à une objection du même type quand on oppose à la langue française, sexiste, forcément sexiste, la langue espagnole qui dérive tout naturellement le féminin du masculin par suffixation du a : jefe (le chef) donne jefa, ingenior, ingeniora, profesor, profesora, doctor, doctora, medico, medica, arquitecto, arquitecta, director, directora, ministro, ministra, embajador, embajadora, juez (le juge), jueza, procurador, procuradora, abogado (l’avocat), abogada, etc. Faut-il en conclure qu’en dépit de l’origine du mot macho la société espagnole, depuis aussi longtemps qu’on y parle le castillan, est moins machiste et plus égalitaire que la société française ?

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Pourtant le conservatisme, cet obstacle externe à la formation des féminins, ne peut être imputé à la seule Académie française. En 1922 Ferdinand Brunot observait déjà : « Ce qui augmente la difficulté, c’est que beaucoup de femmes croiraient n’avoir rien obtenu si l’assimilation n’était pas complète. Elles veulent porter tout crus des titres d’homme » (15). Ainsi Madame de Genlis qui avait été chargée de l’éducation des fils du duc d’Orléans, et en particulier du futur Louis-Philippe, entendait bien en être le gouverneur et non la gouvernante. A l’instar de Madame de Genlis et à la différence de la vice-présidente Mazetier, un certain nombre de femmes qui occupent des postes éminents souhaitent ce que Ferdinand Brunot considérait comme une assimilation complète, même si, à ce que l’on sache, aucune d’entre elles n’a jusqu’ici mis à l’amende celles et ceux qui leur refusent cette satisfaction. Marina Yaguello reprend à son compte ce constat : « souvent, ayant intériorisé la hiérarchie sociale, les femmes sont les premières à faire obstacle à la féminisation des noms d’agent. Se faisant une place minoritaire, exceptionnelle, conquise de haute lutte, dans les domaines réservés aux hommes, elles continuent à considérer ces domaines comme masculins » (16).

Cependant si ces femmes s’opposent à la féminisation des noms d’agent, c’est peut-être parce qu’elles perçoivent que celle-ci est corrélative d’une dépréciation de la profession ou de la fonction dès lors que la langue souligne qu’elle est exercée par une femme. Ainsi les féministes américaines ont mis en évidence que « les noms d’agent conférant un prestige ou encore qui sont réservés aux hommes sont souvent précédés de woman, lady, ou female, lorsqu’il s’agit de femmes » (17). On dira ainsi a lady-analyst pour désigner une psychanalyste ou a woman-doctor pour une femme qui exerce la profession de médecin. Comme on ne dit pas a gentleman-analyst ni a man-doctor, ces féministes protestent contre une féminisation qui, soulignant la différence, suggère une moindre compétence et certaines « vont jusqu’à réclamer la suppression de tous les féminins en -ess ou -ette (ce qui amènerait à dire par exemple : « she is an actor ») » (18). Ces revendications qui, en refusant qu’on introduise dans la langue une visibilité du féminin, s’opposent diamétralement à celles auxquelles nous sommes accoutumés, ont le mérite de mettre en évidence un point important : là où l’on dispose de noms de métiers épicènes, ce qui semble être l’idéal dans une perspective égalitaire, on éprouve le besoin de « marquer » le féminin pour le démarquer du masculin. Tout se passe paradoxalement comme si là où la langue ne reflète pas naturellement les inégalités de la société on s’employait à ce qu’elle les reflétât. Une dernière observation conduira dans le même sens à révoquer en doute la théorie de la langue-reflet. Alors qu’en anglais le suffixe -er est strictement épicène, « il semble qu’une différenciation insidieuse se fasse dans l’esprit des locuteurs sur la base des rôles masculins et féminins dans la société. Ainsi baby-sitter sera perçu comme féminin, alors que par exemple « writer », écrivain, et « philosopher » seront perçus comme masculins » (19). S’il en est ainsi, loin que la langue reflète une pratique sociale inégalitaire, c’est celle-ci qui se rebelle contre l’égalitarisme mensonger de celle-là et conduit les locuteurs à penser contre la langue qu’ils parlent.

L’absorption du féminin par le masculin

Tous les écoliers ont appris qu’en français « le masculin l’emporte sur le féminin », expression malencontreuse comme l’a rappelé Catherine Kintzler (20), car ce qui l’emporte au pluriel, c’est non pas le masculin mais l’absence de marque de genre. En effet dans une langue où le neutre n’existe pas le masculin ne renvoie pas seulement à un être de genre masculin, mais aussi à un ensemble dont le genre est indéterminé : « Le masculin est le genre indifférencié » écrivent les grammairiens Wagner et Pinchon (21). On parle aussi de genre par défaut, de genre non marqué ou de genre extensif. En d’autres termes le masculin tient lieu de neutre. On objectera peut-être que cela ne change rien, que si c’est le masculin et non le féminin qui est le genre extensif, habilité à représenter la totalité, ce n’est pas l’effet d’un hasard mais celui de la domination masculine dans la société. L’objection est recevable à condition qu’on en tire toutes les conséquences dans le cas des langues où le masculin ne l’emporte pas sur le féminin. Ainsi en allemand les déterminatifs der, kein, dieser, jener, welcher prennent au pluriel la forme du féminin et le pronom er (il) se féminise en sie au pluriel. Dire en allemand : « Dieser Junge und dieses Mädchen sind verliebt, sie küssen sich », c’est comme si l’on disait en français : « Ce garçon et cette fille sont amoureux, elles s’embrassent ». Faut-il en conclure à la domination féminine chez nos amis teutons ? De même le hongrois ne fait pas de distinction de genre pour le pronom à la troisième personne : ö signifie indistinctement il/lui/elle et ök ils/eux/elles. Et en iroquois, loin que le masculin l’emporte sur le féminin, c’est tout à l’inverse le féminin qui fait office de générique.

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Un certain nombre de féministes réclament qu’on substitue à la règle d’accord qui veut qu’au pluriel le masculin l’emporte sur le féminin une règle dite de voisinage ou de proximité en vertu de laquelle l’adjectif s’accorderait en genre et en nombre avec le plus proche des noms qu’il qualifie et le verbe avec le plus proche de ses sujets. Or cette règle a existé en latin et en ancien français. En latin l’adjectif épithète de plusieurs noms s’accorde seulement avec le plus rapproché. C’est conformément à cette règle qu’on dira Bonus pater et mater et Bona mater et pater. Cet accord subsiste au XVIème siècle, par exemple chez Agrippa d’Aubigné : « Portant à leur palais bras et mains innocentes » (Les Tragiques III, 203) et chez Ronsard : « Au ciel est revollée et justice et raison » (Discours des misères de ce temps v. 182) et encore au XVIIème chez Corneille : « Sa bonté, son pouvoir, sa justice est immense » (Polyeucte v. 849) et chez Racine : « Armez-vous d’un courage et d’une foi nouvelle » (Athalie v. 1269).

Que peut-on en conclure sur les rapports de la langue et de la société ? Dans le cas de l’iroquois où le féminin sert de générique, c’est-à-dire, dans notre langage, l’emporte sur le masculin, on pourrait être tenté de dire que la langue iroquoise reflète une société matrilocale et matrilinéaire dans laquelle les femmes non seulement exercent l’autorité sur les enfants, mais disposent d’un pouvoir économique et politique important puisqu’elles possèdent les terres et choisissent les chefs de clan. Malheureusement, comme le fait remarquer Marina Yaguello, « on ne peut pas dire que la langue iroquoise soit non sexiste car par ailleurs elle classe les femmes dans les inanimés » (22). Et en effet la plupart des féministes, fussent-elles parfaitement matérialistes et athées, goûtent peu qu’on dénie à la femme la possession d’une âme… Et puis faut-il admettre que la domination masculine est inconnue en Allemagne et en Hongrie ? Faut-il croire que dans les sociétés d’ancien régime dont la langue pratiquait l’accord de proximité les rapports entre les sexes étaient plus égalitaires que dans la société française du XXIème siècle ? Sans doute peut-on admettre que la femme jouissait au Moyen Âge d’un statut plus favorable que dans les siècles qui l’ont immédiatement suivi : il est vrai que le progrès du droit romain a représenté pour elle une régression et c’est un édit du Parlement daté de 1593 qui lui a interdit toute fonction dans l’État. Il serait toutefois beaucoup plus difficile de montrer que la syntaxe phallocratique qui s’est imposée depuis l’abbé Bouhours et Nicolas Beauzée a interdit tout progrès de l’égalité et de la liberté et que les rapports entre les sexes sont plus inégalitaires aujourd’hui qu’à l’époque de Corneille et de Racine.

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S’agissant de la valeur générique du mot homme qui désigne à la fois l’être humain en général et l’être humain de sexe masculin, Marina Yaguello s’expose à la même objection lorsqu’elle affirme que cette identification entre le mâle et l’espèce « est à la fois le résultat d’une mentalité sexiste et le moyen par lequel elle survit » (23), car pour qu’on puisse accorder à cette proposition un minimum de consistance théorique, il faudrait pouvoir montrer que les sociétés dont les langues ne procèdent pas à cette identification ont une mentalité moins sexiste que les autres. Or l’allemand distingue Mensch et Mann, le latin homo et vir, le grec άνθρωπος (anthropos) et άνήρ (aner). Peut-on sérieusement soutenir que la mentalité de notre société est plus sexiste que celle de la civilisation grecque où la femme était une éternelle mineure, toute sa vie sous la dépendance d’un κύριος (Kyrios = maître), son père, son mari, voire son fils si elle devenait veuve, exclue de la vie de la cité davantage encore que l’esclave qui, lui, pouvait devenir citoyen s’il était affranchi ?

L’action volontariste sur la langue

Le projet d’une action volontariste sur la langue ne se fonde pas seulement sur le présupposé selon lequel celle-ci reflète les inégalités inscrites dans la société car un reflet est purement passif : on n’a jamais fait maigrir un obèse en mettant son ombre à la diète. Il faut de surcroît attribuer au sexisme de la langue une vertu active, celle d’engendrer, d’entretenir, de développer des stéréotypes qui renforcent les inégalités réelles. Ainsi la féministe Hubertine Auclert disait déjà à la fin du XIXème siècle : « L’absence du féminin dans le dictionnaire a pour résultat l’absence dans le code des droits féminins » (24). C’est apparemment dans un sens analogue qu’une commentatrice d’un article d’Alain Champseix, légitimement préoccupée par l’orientation professionnelle des jeunes filles, écrivait : « L’enjeu de la féminisation des noms de tous les métiers est de convaincre les jeunes filles que tous les métiers sont accessibles, ou tout au moins leur faire apparaître que certains métiers (les plus valorisés et prestigieux) ne sont pas réservés aux seuls hommes ». Mais qu’est-ce qui autorise à penser que les femmes sont dissuadées de s’orienter vers certains métiers ou professions du fait que ceux-ci sont désignés par des mots de genre masculin ? Le français ne connaît pas de féminin au mot peintre tandis que l’italien dispose de pittrice : y a-t-il eu davantage d’Artemisia Gentileschi que d’Élisabeth Vigée-Lebrun et de Berthe Morisot ? Le mot autrice était courant au XVIIIe siècle : y a-t-il moins de femmes écrivains en France aujourd’hui qu’au siècle des Lumières ? Au début du XXème siècle les dictionnaires donnaient le mot secrétaire comme exclusivement masculin : les femmes ont-elles attendu que l’Académie donne le feu vert en en faisant un épicène pour se précipiter dans la profession de secrétaire ? C’est exactement le contraire qui s’est passé. Comme l’écrit Claude Hagège : « La société française n’a pas attendu que ministresse remplace femme-ministre ou que l’on dise Madame la mairesse pour que s’accroisse le nombre des professions asexuées ».

Le projet d’une action volontariste sur la langue repose donc sur une représentation erronée des rapports entre la langue et la réalité sociale. Ce n’est pas l’évolution de la langue qui fait bouger la société, mais c’est l’évolution de la société qui fait bouger la langue, et encore toujours avec du retard, et encore pas toujours. Toujours avec du retard car comme l’écrit Claude Hagège, « La langue n’évolue nullement au rythme des mentalités, lesquelles elles-mêmes changent moins vite que les lois » (27). Et pas toujours. Ainsi à propos du mouvement de création de nouvelles formes féminines Marina Yaguello écrit : « Il semble bien que ce soient les années 20 – qui ont pourtant permis aux femmes de rejeter nombre de contraintes – donc l’immédiat après-guerre, qui ont marqué un coup d’arrêt » (28). Si l’on songe en outre qu’il est d’une manière générale plus difficile de changer les choses que de les conserver en l’état et si l’on considère corrélativement que les efforts déployés par les professeurs au sein de l’institution scolaire pour faire respecter par les élèves les règles syntaxiques existantes et pour lutter contre le relâchement dans l’usage de la langue sont loin d’être toujours couronnés de succès, on est amené à douter des chances de réussite d’une action volontariste sur la langue : « Créer artificiellement des formes grammaticales et les imposer en comptant sur la bonne volonté des locuteurs, c’est autrement plus difficile que de maintenir par la coercition scolaire et administrative des formes en voie de disparition, ce qui n’est déjà pas facile » (29), écrit Marina Yaguello. De semblables créations artificielles font partie des revendications de certaines féministes américaines, revendications que Marina Yaguello juge « pour une part, au mieux utopiques, au pire ridicules » (30). On a ainsi suggéré de substituer aux pronoms masculins et féminins une forme « ambigène » ou neutre qui pourrait être thon (contraction de that one) ou tey ou même she, Dana Densmore ayant estimé dans ce dernier cas que « cela ferait le plus grand bien aux hommes d’être grammaticalement féminisés » (31). On a encore proposé d’éliminer le morphème man des mots où il figure, humankind se substituant ainsi à mankind (l’humanité), adulthood à manhood (l’âge d’homme), chairperson à chairman (le président), tandis que womanity et one-woman-show concurrenceraient humanity et one-man-show. Ce volontarisme linguistique rencontre un double écueil. D’une part les termes créés pour abolir la distinction du masculin et du féminin en arrivent parfois à être utilisés pour désigner le seul féminin : ainsi on continue à dire chairman pour désigner un homme tandis que chairperson s’applique la plupart du temps aux femmes, ce qui, observe Marina Yaguello, revient à féminiser le terme qui était supposé faire office de neutre. D’autre part les adversaires de ce volontarisme linguistique s’emploient à ridiculiser les revendications féministes en modifiant plaisamment les suffixes masculins même là où ils sont dépourvus de toute signification masculine, par exemple à dire Personhattan ou Personchester pour Manhattan et Manchester, ou encore shedonism pour hedonism et girlcott pour boycott. Nul doute que les féministes françaises essuieraient les mêmes quolibets si elles réclamaient qu’on rééditât tel roman de Saint-Exupéry sous le titre Terre des hommes et des femmes ou si elles exigeaient qu’on inscrivît au fronton du Panthéon : Aux grandes personnes la patrie reconnaissante…

Lire aussi – Note sur Wittgenstein (Jacques Darriulat)

Est-ce à dire qu’il faille s’opposer à la féminisation des noms d’agent ? Assurément non. Nous nous rangeons sur ce point à l’avis de Marina Yaguello : « l’option prise par les Américaines : changer la langue afin d’influer sur les structures mentales, précéder et hâter leur évolution, me paraît idéaliste, au moins en ce qui concerne l’emploi de formes fabriquées et non conformes aux structures morphologiques de la langue[…]. Par contre, si l’on s’abstient de violer la langue, on peut obtenir des résultats » (32). Il n’y a donc aucune raison, comme le rappelait Catherine Kintzler (33), de se priver des féminins qui dérivent naturellement d’un masculin comme directrice, rectrice ou inspectrice, ou qui s’y prêtent par leur rime féminine comme ministre. Pour les autres l’usage tranchera et sera comme toujours avalisé par l’Académie lorsqu’il aura tranché. Cependant s’il n’y a guère lieu dans ce débat de distinguer entre métier et profession – la commentatrice Zaza a raison sur ce point – il y a une double distinction qui demeure pertinente : entre la profession et la fonction d’une part, entre la fonction et l’exercice de la fonction d’autre part. Infirmier et pharmacien sont des métiers. Lorsque jadis aucune femme n’exerçait la profession de pharmacien et que celui-ci était un notable de village, la pharmacienne était la femme du pharmacien. Cela n’a plus de sens aujourd’hui et le féminin pharmacienne est disponible pour désigner la femme qui exerce cette profession. En revanche recteur n’est pas une profession. La preuve en est que tous les recteurs d’académie ont une profession, la plupart du temps celle de professeur d’université et le rectorat est une fonction qu’ils exercent à titre temporaire et dont ils sont très souvent démis du jour au lendemain. Il est donc tout à fait normal qu’on écrive que le poste de recteur de l’académie de Montpellier a été attribué à Mme Nathalie Martin et il serait impossible de substituer dans ce cas rectrice à recteur, à moins de laisser supposer que ce poste ne peut être attribué qu’à une femme. En revanche à partir du moment où l’on parle non plus de la fonction, mais de la personne qui l’exerce, on dira tout naturellement qu’on a rendez-vous avec la rectrice et non pas avec le recteur. Il en va de même pour bâtonnier qui n’est pas une profession, mais une fonction exercée par un avocat ou pour ambassadeur qui correspond au métier de diplomate et qui signifie d’une part une dignité, d’autre part une fonction dont l’intéressé ne possède le titre que pour la durée de sa mission. La diplomate Nathalie Martin sera ainsi nommée Ambassadeur de France au Zimbawe, mais si je lui suis présenté dans une réception, je l’appellerai Madame l’Ambassadrice.

Le député Julien Aubert a donc eu tort de refuser à la Vice-Présidente Mazetier la dénomination qu’elle exigeait d’autant plus que l’Académie Française, de l’autorité de laquelle il se réclamait, l’autorisait expressément à faire preuve de délicatesse et de courtoisie (34). Cependant en sanctionnant ce manquement à la façon d’un petit chef (35) mesquin et tyrannique, Madame Mazetier aura obtenu un triple résultat. Elle aura réussi à faire de ce député une victime. Elle aura apporté de l’eau au moulin de ceux qui disent que c’est précisément quand un pouvoir politique est impuissant à changer les choses qu’il s’évertue à jeter de la poudre aux yeux en agissant sur des symboles. Elle aura enfin permis de mettre en évidence les méfaits de l’idéologie lorsque celle-ci, s’appuyant sur les moyens coercitifs dont le pouvoir politique est investi, prétend décider comment les citoyens doivent parler et, de là, penser.

Lire aussi – Le Droit entre système et interprétation (Henri Dilberman)

On objectera peut-être que dans cette querelle l’idéologie ne se trouve pas dans un camp et la science dans l’autre. Marina Yaguello écrit : « Ce qui définit l’action volontariste, cependant, c’est la conscience d’agir délibérément sur la langue dans un but révolutionnaire, réformiste ou conservateur : action pour changer ou au contraire pour maintenir, l’action volontariste , par définition, est une force contraire à l’évolution naturelle de la langue. Elle ne cherche pas à entériner le changement spontané, mais au contraire à le bloquer, à le dépasser ou à le précéder. Elle procède toujours d’une idéologie et se fonde sur la constatation que la langue n’est pas ce qu’elle devrait être » (36). Sans doute peut-on toujours soutenir qu’aucun discours ne peut prétendre échapper à l’idéologie ; sans doute certaines attitudes qui tendent à refuser à la langue toute évolution, à mettre « le français en cage » selon l’expression de Jacques Laurent (37), peuvent-elles être interprétées en termes de conservatisme, voire de volonté de distinction. Cependant il ne semble pas qu’on puisse mettre exactement sur le même plan ce que Marina Yaguello appelle l’action pour changer et l’action pour maintenir. En effet « le conservatisme, pris au sens de conservation, est l’essence même de l’éducation » (38) selon la célèbre formule d’Hannah Arendt. Tout professeur, qu’il soit de droite ou de gauche, marxiste ou libéral, croyant ou athée aura à cœur d’exiger de ses élèves qu’ils respectent les règles d’accord du participe passé et qu’ils n’abandonnent pas le subjonctif au profit du seul indicatif. Une tâche qui est accomplie par tous les professeurs quelle que soit leur idéologie ne peut pas être qualifiée d’idéologique et il n’est pas équitable, quoiqu’il soit habile, de retourner contre eux le qualificatif de policier du langage.

(1) David Desgouilles « Assemblée : Madame le président, vous exagérez » Causeur 8 octobre 2014.
(2) Georges Mounin Clefs pour la linguistique Seghers 1968, p.81.
(3) Zaza Commentaire n° 4 à l’article d’Alain Champseix « Humanité, différence sexuelle et langue » Mezetulle21 août 2014.
(4) Marina Yaguello, Les mots et les femmes, Petite bibliothèque Payot 1982, p. 168.
(5) Claude Hagège, L’homme de paroles, Fayard Folio-Essais 1985, p. 359.
(6) Marina Yaguello op.cit., p. 122.
(7) Ibid. p. 118.
(8) Ibid.
(9) Ibid. p. 133.
(10) Ibid. p. 131.
(11) Cf Régine Pernoud, La femme au temps des cathédrales, Stock 1980 p. 204-211.
(12) Marina Yaguello op.cit. p. 135.
(13) Claude Hagège op.cit. p. 359.
(14) Ferdinand Brunot, La pensée et la langue, Masson 1922 p. 90.
(15) Marina Yaguello op.cit. p.136.
(16) Ibid. p. 119.
(17) Ibid. p. 119-120.
(18) Ibid. p. 119.
(19) Catherine Kintzler, Réponse au commentaire n° 1 de l’article « Novlangue : comment dit-on « la victime » au masculin ? » Mezetulle 4 août 2014.
(20) Wagner et Pinchon, Grammaire du français classique et moderne, Hachette 1962 p.56.
(21) Marina Yaguello op.cit. p. 116.
(22) Marina Yaguello op.cit. p. 168.
(23) Cité par Rémy de Gourmont in Le problème du style, Mercure de France 1902 p. 240-241. Marina Yaguello (op.cit. p. 136) et Claude Hagège (op. cit. p. 358) attribuent à tort à Rémy de Gourmont la phrase qu’il ne fait que citer.
(24) Zaza, commentaire n° 2 à l’article d’Alain Champseix « Humanité, différence sexuelle et langue » Mezetulle21 août 2014.
(25) Claude Hagège op. cit. p. 359-360.
(26) Ibid. p. 360.
(27) Marina Yaguello op.cit. p. 136.
(28) Op.cit. p. 188.
(29) Ibid. p. 186.
(30) Ibid. p. 187
(31) Ibid. p. 188-189.
(32) Catherine Kintzler, Réponse au commentaire n° 5 de l’article « Novlangue : comment dit-on « la victime » au masculin ? » Mezetulle 4 août 2014
(33) Mise au point de l’Académie française datée du 10 octobre 2014.
(34) Je ne dis pas petite chèfe, ni petite chèfesse, ni petite cheftaine parce que, à l’heure qu’il est, Madame Mazetier ne dispose pas du pouvoir de me priver du quart de ma retraite mensuelle.
(35) Marina Yaguello op. cit. p. 184.
(36) Jacques Laurent, Le français en cage, Grasset 1988.
(37) Hannah Arendt « La crise de l’éducation » in La crise de la culture Gallimard Idées 1972 p. 246

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Publié par le juillet 12, 2018 dans civilisation, femmes, SOCIETE, THEORIE

 

Alternative économique : Les filles, les maths et le système soviétique

PHOTO : © iStock/Getty Images
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EDUCATION

MARTIN ANOTA

Depuis les années 1980, à travers le monde, les filles ont fortement réduit (et même inversé) le retard qu’elles ont pu connaître relativement aux garçons en matière d’éducation et investi, notamment pour cette raison, de nombreuses professions où elles pouvaient être jusqu’alors relativement absentes. Il y a toutefois un domaine où les filles restent désavantagées par rapport aux garçons : les mathématiques. Non seulement leurs performances sont moins bonnes dans cette discipline, mais elles restent aussi éloignées des professions utilisant le plus les maths.

Stéréotypes

Deux grandes théories s’opposent pour expliquer les écarts de performances entre filles et garçons en mathématiques. D’un côté, certains estiment que cette inégalité découle de différences biologiques, donc innées. Ils avancent notamment l’hypothèse que les hommes présenteraient naturellement un plus large panel de capacités intellectuelles. Pour d’autres, elle est avant tout culturelle et s’explique par les stéréotypes que véhicule la société1.

En l’occurrence, les filles pourraient aussi bien souffrir de discriminations que d’autocensure : par exemple, elles peuvent penser ne pas être faites pour les maths, si bien qu’elles tendent à se décourager dans cette discipline, mais ce découragement se traduit forcément par de moins bons résultats qui viennent « confirmer » les stéréotypes ; elles peuvent penser qu’elles vont plus facilement réussir dans certains métiers (notamment liés au relationnel, à la santé et à l’enseignement), si bien qu’elles s’investissent davantage dans des activités ou des formations associées à ces professions, comme les langues, la psychologie ou la médecine, etc. L’école elle-même n’est peut-être pas neutre : par exemple, lors des conseils de classes, il serait davantage proposé aux garçons qu’aux filles d’aller en filière scientifique lorsque ces élèves n’osent pas le demander mais que leurs résultats leur permettraient pourtant de le faire [Duru-Bellat, 1990].

Quentin Lippmann et Claudia Senik2 (2018) ont utilisé la division de l’Allemagne en deux blocs, la République fédérale d’Allemagne (RFA) à l’ouest et la République démocratique allemande (RDA) à l’est, comme expérience naturelle pour expliquer les inégalités entre garçons et filles en matière de performances mathématiques. Ils constatent que la mauvaise performance des filles en mathématiques est bien moindre dans les régions qui appartenaient à la RDA que dans les régions ayant appartenu à la RFA.

Des Allemandes de l’Est plus confiantes

Ils relèvent en outre que cet écart s’explique, non pas par des facteurs tels que les différences en matière de conditions économiques, de manière d’enseigner ou d’organisation des classes, mais par les attitudes des filles : relativement à leurs consœurs de l’Ouest, les filles d’Allemagne de l’Est se sentent moins anxieuses et plus confiantes à propos de leurs aptitudes mathématiques et elles font davantage preuve d’un esprit de compétition. Il apparaît en outre que les améliorations des filles en mathématiques ne se sont pas faites au prix d’une détérioration de leur compétence traditionnelle, en l’occurrence celle la lecture. Enfin, en élargissant la focale, Lippman et Senik notent que ces constats ne sont pas propres à l’Allemagne : les inégalités entre les sexes dans les performances économiques sont plus faibles, voire inexistantes, dans les pays qui faisaient partie du bloc soviétique que dans le reste de l’Europe.

En RDA, les filles auraient réduit leurs difficultés en mathématiques parce que les institutions ont cherché à réduire les inégalités entre hommes et femmes

Ce changement de l’attitude des filles face aux mathématiques trouve une explication institutionnelle : en RDA, les filles auraient réduit leurs difficultés en mathématiques parce que les institutions ont cherché à réduire les inégalités entre hommes et femmes. En RDA, comme dans bien d’autres pays du bloc soviétique, l’Etat a fait de l’emploi un droit universel tout autant qu’un devoir, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Il a ainsi mis en œuvre plusieurs mesures visant à rendre compatibles la vie professionnelle et la vie domestique pour les femmes, afin que ces dernières puissent autant s’impliquer dans leur vie professionnelle que les hommes. Ces politiques se sont traduites par une modification des représentations des rôles sociaux associés à chaque sexe. Parallèlement, l’image de l’homme pouvoir de ressources (breadwinner) a pu se renforcer en RFA, notamment avec l’adoption de politiques compliquant l’entrée et le maintien des femmes dans la vie active.

Bien évidemment, Lippmann et Senik ne cherchent pas à démontrer et ne démontrent pas que le modèle soviétique était globalement favorable aux femmes. En revanche, ils aboutissent à deux conclusions particulièrement importantes. D’une part, une grande part des écarts de réussite entre filles et garçons dans les mathématiques découle des stéréotypes de genre. D’autre part, les institutions peuvent modifier ces stéréotypes.

Martin Anota est professeur de sciences économiques et sociales (SES) au lycée René-Descartes, à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne).

  • 1.Marie Duru-Bellat, Marie (1990), L’école des filles ? Quelles formations pour quels rôles sociaux ? ; Ainara Gonzalez de San Roman et Sara de la Rica (2012), « Gender Gaps in PISA Test Scores : The Impact of Social Norms and the Mother’s Transmission of Role Attitudes », IZA, Discussion paper n° 6338 ; Luigi Guiso, Ferdinando Monte, Paola Sapienza et Luigi Zingales (2008), « Culture, Gender, and Math »,  Science, vol. 320 ; Quentin Lippman et Claudia Senik (2018), « Math, Girls and Socialism », IZA, Discussion paper n° 11532 ; Natalia Nollenberger et Núria Rodriguez-Planas (2017), « Let the Girls Learn ! It is Not Only About Math… It’s About Gender Social Norms », IZA, Discussion paper n° 10625.
  • 2.Quentin Lippman et Claudia Senik (2018), « Math, Girls and Socialism », IZA, Discussion papern° 11532, mai.
 
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Publié par le juin 6, 2018 dans femmes, HISTOIRE, sciences, SOCIETE

 

21 avril 1944 : les Françaises obtiennent le droit de vote

  • au point où ils en sont de leur destruction de tout ce qui a été mis en place à la libération (programme de la résistance+ ministres et députés communistes), est-ce qu’ils iront jusqu’à supprimer le droit de vote des femmes? Est-ce que ça comme le statut de la fonction publique, celui du rail,  la sécurité sociale et tant d’autres dispositions qui ont changé la France peuvent être considérées comme dépassées ? On peut s’interroger, la condition féminine a toujours évolué quand les combats de classe pour le progrès social et l’émancipation humaine ont avancé et elles ont rétrogradé quand la réaction a avancé. ce qui nest sûr aujourd’hui c’est qu’avec les bas salaires, la précarité, les inégalités, la destruction de la santé, la condition féminine se dégrade. La fonction publique a été le lieu des avancées en matière d’égalité des femmes. (note de danielle Bleitrach)
le 20/04/2018 par Michele Pedinielli

Paris 1937 : manifestation pour le droit de vote des femmes françaises – source : Gallica-BnF

C’est depuis Alger que le Comité français de libération nationale publie son plan d’organisation de la France après la Libération. L’article 17 donne aux Françaises le droit de voter et d’être éligibles aux élections.

C’est une simple phrase. Un article d’une ligne qui va bouleverser la vie de millions de Françaises. Dès la Une, les lecteurs et les lectrices de L’Echo d’Alger du 23 avril 1944 comprennent que quelque chose est en train de se passer.

Le Comité français de libération nationale, présidé par Charles de Gaulle, a rédigé le 21 avril une ordonnance  sur l’organisation des pouvoirs publics en France après la libération. La première déclaration donne le ton :

« L’Assemblée nationale constituante sera élue au bulletin secret et à un seul degré par tous les Français et Françaises majeurs. »

La lecture de l’article 17 ne laisse pas place au doute.

« Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. »

On doit la rédaction finale de cet article 17 à un membre du Parti communiste, Fernand Grenier. Résistant, représentant du PCF et des FTP auprès du général de Gaulle à Londres, il devient bientôt commissaire à l’air (civil et militaire) du gouvernement provisoire.

Fernand Grenier s’est battu, y compris au sein du Conseil national de la Résistance, pour l’attribution pleine et entière du droit de vote aux femmes. La première rédaction de l’article en mars 1944 ne mentionnait que l’éligibilité des femmes (« les femmes sont éligibles dans les mêmes conditions que les hommes »), le droit de vote n’étant pas clairement exprimé. Fernand Grenier dépose et fait adopter un amendement qui donne sa forme finale à l’article 17.

Cet article est l’aboutissement de 150 années de luttes pour le droit de vote depuis Olympe de Gouges et sa « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ».

Les débats au sein des différents mouvements de la Résistance ont fini d’accélérer le processus, malgré l’opposition de plusieurs sensibilités comme les radicaux, craignant un vote féminin influencé par l’Église catholique.

Ce n’est pas une coïncidence si l’amendement final est rédigé par un communiste. Aux élections municipales de 1925, ce parti présentait déjà des femmes en position éligible, une dizaine d’entre elles entrant alors dans les conseils municipaux avant que leur élections ne soit invalidée [voir notre article].

Et dès 1936, le quotidien communiste national L’Humanité affirme : « La femme française doit voter ! »

« Rappelons que les députés communistes ont été les seuls à voter sans réserve le droit de vote et d’éligibilité pour les femmes.

Notre camarade Ramette, dans l’excellent discours qu’il prononça à cette occasion à la Chambre, dit :

“Notre parti veut que les femmes puissent voter, non seulement aux élections municipales, mais à toutes, les consultations pour la formation des assemblées délibérantes. Et nous voulons qu’elles y soient éligibles.” »

Le 29 avril 1945, les Françaises peuvent enfin exercer leur droit aux élections municipales. Sous le titre « Pour la première fois, les Françaises ont voté », le journal de gauche L’Aubeconstate qu’elles votent en masse et, ô miracle, qu’elles arrivent à se débrouiller toutes seules dans l’isoloir, avant « d’aller vaquer aux soins du ménage ».

« Dans toutes les sections, les Françaises sont venues, très nombreuses. La plupart ont voté, dès l’ouverture du scrutin avant de faire leurs courses et d’aller vaquer aux soins du ménage, d’autres sont allées l’après-midi dans les sections de vote, en compagnie de leur mari, et parfois même des enfants.[…]

Et les religieuses elles-mêmes, dont certaines n’avaient pas franchi les portes de leur monastère depuis leur prise de voile, ont tenu à venir déposer leur bulletin dans l’urne.

Les hommes, il faut bien le dire, s’amusaient à l’avance de l’attitude embarrassée des femmes au moment de voter. Eh bien ! Reconnaissons que nos compagnes ont su se tirer d’affaire fort convenablement.

Et si quelques dames ont un peu hésité entre les listes et se sont embrouillées avec leurs bulletins dans le secret de l’isoloir, la grande majorité d’entre elles savaient fort bien ce qu’elles voulaient et l’ont prouvé. »

Ce premier suffrage universel voit arriver plusieurs femmes à la tête de municipalités, issues des mouvements de la Résistance et du Parti Communiste : Odette Roux aux Sables d’Olonne ou Pierrette Petitot à Villetaneuse. En Côte d’Or, la petite commune d’Echigey élit un conseil municipal entièrement féminin.

« Les femmes prennent chaque jour et sont appelées à prendre une part de plus en plus importante à la vie politique du pays.

Aux élections municipales d’avril, elles ont obtenu plus de 5 des sièges, Il existe en France, à Echigey, dans la Côte d’Or, par exemple, des municipalités entièrement féminines.

Dans la Seine, un certain nombre de femmes sont maires adjointes, et la séance de l’Assemblée Consultative a émis, tout récemment, le vœu que l’accès à la magistrature leur soit également ouvert. »

Ironie grinçante de l’Histoire : si c’est à Alger que le droit de vote a été attribué aux Françaises, un million et demi d’Algériennes musulmanes ne pourront exercer ce droit qu’en 1958, sur demande expresse du président du Conseil Charles de Gaulle.

 
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Publié par le avril 21, 2018 dans femmes, HISTOIRE, POLITIQUE

 

LES SCIENCES ET LES TECHNIQUES AU FÉMININ: ROSALIND FRANKLIN

Née le 25 juillet 1920 à Notting Hill, Rosalind Franklin est promise à un grand avenir. Après l’obtention d’un doctorat de physique-chimie à Cambridge (Royaume-Uni) en 1945, elle passe trois années en France, entre 1947 à 1950, au Laboratoire central des services chimiques de l’État, afin d’y apprendre les techniques de diffractométrie de rayons X, une technique que la jeune biologiste moléculaire appliquera à l’étude des matériaux biologiques au King’s College de Londres, où elle obtient un poste en 1951.

Une ombre vient alors noircir le tableau. En 1952, elle avait réalisé plusieurs remarquables radiographies aux rayons X de l’ADN et, à son insu, Maurice Wilkins montra ces clichés à James Dewey Watson. Ce dernier, en compagnie de Francis Crick, les utilise afin de résoudre l’énigme de la structure de l’ADN et découvrir ainsi sa structure à double hélice. L’année 1953 est une année noire pour Rosalind : en raison d’une mauvaise ambiance, elle quitte King’s College pour Birkbeck College, d’un côté, et elle est fortement incitée par John Randall à abandonner ses recherches sur l’ADN, de l’autre.

Enfin, l’histoire des clichés connaît des suites. En effet, une semaine après les avoir vus, James Dewey Watson et Francis Crick publient le résultat de leur découverte dans Nature (avril 1953). Cette publication leur ouvre la voie du prix Nobel de médecine, obtenu en 1962, prix auquel Wilkins est associé. Il est alors trop tard pour Rosalind – elle est morte prématurément quatre ans plus tôt d’un cancer de l’ovaire, très certainement lié à sa surexposition aux rayons X – pour être elle-même associée à la récompense.

Ses anciens collègues du King’s College se gardent cependant bien de lui rendre hommage, et il faut attendre 2008 pour que Rosalind reçoive enfin, à titre posthume, le prix d’honneur Louisa Gross Horwitz. 

 
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Publié par le avril 2, 2018 dans femmes, sciences, THEORIE

 

Brésil: l’assassinat de Marielle

15 mars 2018 – 13h10 . Tandis que l’on nous amuse avec l’assassinat d’un espion dont tout le monde se moque, au Brésil où il y a eu un coup d’Etat aux apparences légales, où Lula est menacé de prison d’une manière tout aussi stupéfiante, l’assassinat d’une jeune femme qui oeuvre parmi les pauvres et dénonce les escadrons de la mort dans la police, une jeune femme proche des communistes vient d’être assassiné mais là cela ne mérite aucun « sujet »‘ sur BMTV, même si cela soulève l’indignation de tout un continent (note et traduction de danielle Bleitrach)

Le Parti socialisme et liberté (en portugais : Partido Socialismo e Liberdade, abrégé en PSOL) est un parti politique brésilien fondé en 2004 par une scission de l’aile gauche du Parti des travailleurs. Et il est en fait associé au Parti communiste Brésilien. A ce titre il représente un courant militant qui rallie des intellectuels et jouit d’un certain prestige même s’il a peu d’élus et s’il dépasse rarment les 7%. Le Parti des travailleurs de Lula représentant le vote utile.

Nous sommes tous Marielle

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Le meurtre de la conseillère municipale Marielle Franco, du PSOL, est un crime qui nous concerne tous. Femme, noire, « créatrice de bidonvilles », mère, militante des droits de l’homme et du progrès social, les coups de feu qui lui ont pris la vie ont atteint le coeur de la démocratie et de la lutte contre l’intolérance généralisée du pays. Ils ont atteint tous ceux qui luttent contre la volonté et l’illégalité.

Marielle a été exécutée exactement à cause de son combat pour les droits de tous. Son courage, son visage joyeux et gai, sont le portrait des Brésiliens qui luttent contre l’arbitraire. Contre l’injustice et l’illégalité. militante historique, bien que encore jeune (38 an) pour l’ égalité, elle était en pleine campagne de plaintes contre les violences policières à Acari à Rio de Janeiro, et elle multipliait les accusations contre l’action de la police militaire qui affligent la communauté, et aussi contre l’intervention fédérale à Rio de Janeiro.

Le crime odieux commis à Rio de Janeiro, mercredi soir (14), ne peut être ignoré par personne; la conscience démocratique et légaliste exige qu’elle soit rigoureusement soumise à enquête et punie.

Son exemple de lutte et d’abnégation nous inspire tous et souligne l’obligation de continuer la lutte, de garder le drapeau debout.

Les coups de feu qui ont marqué sa vie ont marqué de son sang l’étendard de la résistance démocratique. La trace  courageuse et intrépide de son sang marque la lutte démocratique. Marque de rouge, la couleur de ceux qui se battent pour le peuple et pour la démocratie. Du sang qui rejoint celui d’innombrables combattants dont la mort est souvent dénoncée. Jusqu’à quand la citoyenneté sera-t-elle traitée par des balles? Marielle et le chauffeur Pedro Gomes sont les victimes les plus récentes de la sanha intolérante qui se répand dans tout le pays. Jusqu’à quand?

« Nous sommes tous Marielle, arrêtez de nous tuer »

 

Les Espagnoles en pyjama rayé

« Nous ne savions pas comment valoriser ce que nous avions fait. C’est pourquoi nous sommes restés silencieux, même après la mort de Franco.  » Qui parle comme cela est l’une des femmes qui a le plus combattu et qui a le plus souffert pour avoir défendu la liberté en Espagne et dans le reste de l’Europe. Sur le point d’atteindre le siècle de sa vie, Neus Català me sourit de son fauteuil roulant. Ses soignants l’ont juste sortie de la triste salle dans laquelle une douzaine de personnes âgées somnolaient devant la télévision, pour l’emmener dans la lumineuse salle de visite de la résidence gériatrique où elle passe les dernières années de sa longue et orageuse existence. «Nous ne nous sommes pas affirmés comme des hommes. Les gens ne savent pas qu’il y avait aussi des Espagnols dans les camps de concentration de Hitler « , ajoute-t-elle d’une voix ferme.

Il n’y a pas d’amertume dans ses paroles, simplement une résignation prolongée . Sept ans après avoir recouvré la liberté dont elle avait rêvée, Neus est conscient qu’elle et ses compagnes sont les oubliées parmi les oubliés. Si l’Espagne a enterré l’histoire des plus de 9.000 compatriotes qui ont traversé les camps de la mort du Troisième Reich, encore plus ignorée était l’histoire que les femmes ont écrite . Mieux vaut tard que jamais et, pour cette raison, le gouvernement catalan vient de lui accorder la médaille d’or de la Generalitat. Madrid, cependant, continue à regarder de l’autre côté.

Ignoré par Franco, méprisé par notre démocratie

« Je fus surpris de savoir que ces deux femmes s’étaient battu dans la guerre d’Espagne, puis dans la Résistance … Je pensais qu’à l’époque, les femmes en Espagne avaient été enfermés à la maison en attendant leur mari. Je ne savais pas qu’il y avait autant d’égalité pendant la République.  » Isa est originaire de Séville, a 25 ans et étudie la gestion et l’administration des affaires.

Comme la grande majorité des jeunes et moins jeunes Espagnols, elle a été victime de plans éducatifs qui ont effacé l’histoire la plus récente de notre pays. Je suis moi-même d’une génération qui, à l’école, à l’institut et à l’université, a vu comment les cours s’achevaient sans avoir  le temps d’expliquer ce qui s’est passé dans l’Espagne du XXe siècle. Est-ce que l’histoire ? Bien sûr que oui.

Les historiens franquistes ont écrit pendant quarante ans une histoire manipulée et profondément fausse qui n’a pas été corrigée avec l’arrivée de la démocratie. La vieille antienne de «ne pas soulever passé» n’était ni plus ni moins que cela, laissant les choses telles qu’elles étaient, c’est-à-dire comme les franquistes voulaient qu’elles soient. Et aujourd’hui, nous payons le prix de cette erreur: nous sommes le seul pays démocratique avec des rues et des places dédiées aux fascistes et aux génocides; le seul dans lequel les victimes et les bourreaux sont assimilés; le seul dans lequel notre gouvernement rend hommage à ceux qui se sont battus côte à côte avec les troupes nazies et méprise ceux qui se sont battus pour la liberté en Europe.

Route vers l'enfer
Route vers l’enfer

Seulement après avoir expliqué ce contexte , il est compréhensible que Neus et plus de 300 Espagnoles qui ont souffert et sont morts dans les camps de concentration d’Hitler ne sont pas reconnues pour ce qu’elles sont: des héroïnes qui devraient être mis comme un modèle et un exemple pour les nouvelles générations. Une nouvelle génération qui a été spoliée, simplement,de  la vérité. Car dire que Franco était un dictateur sanguinaire n’est pas une opinion politique, c’est une réalité historique. Parce que  dire que pendant la Seconde République, les plus hauts niveaux de liberté et de droits sociaux ont été atteints de l’histoire, ce n’est pas un jugement de valeur, c’est un fait . Comme pour rappeler que cette démocratie éphémère dotait les femmes d’égalité, le droit de vote était inclus, ce qui faisait l’envie des mouvements féministes européens. Comme la vérité, et non l’opinion, c’est-à-dire que Franco a mis fin à toutes ces avancées sur le coup de paseíllo, des tortures et une répression qu’il a coordonné avec un allié et un mentor nommé Adolf Hitler.

Gratuit, combattants et résistants

Neus et le reste des futurs déportés ont grandi dans cette atmosphère de liberté et d’égalité qui a émergé pendant la Seconde République. La plupart d’entre eux étaient profondément impliqués dans la politique qui régnait dans toutes ces années intenses et turbulentes. Après le soulèvement d’une partie de l’armée, les républicains prirent les armes avec la même conviction que leurs camarades.

Elles savaient ce qu’elles risquaient  contre un ennemi qui a crié « Vive la mort » un  général comme Queipo de Llano félicitait ses « braves légionnaires » pour avoir violé des femmes, « maintenant au moins ils savent ce qu’ils sont les vrais hommes et non les Milices mariales », a déclaré ce sinistre soldat qui, aujourd’hui, reste cependant enterré à la place d’honneur de la basilique sévillane de La Macarena.

Dans l’arrière-garde ou sur les fronts de bataille, ielles ont essayé d’arrêter l’avance franquiste, jusqu’à ce que l’amère défaite les pousse à franchir les Pyrénées. La démocratie française a reçu un demi-million d’Espagnols comme des chiens et les Espagnoles comme des putains. Car ce n’était, ni plus ni moins, ce que représentaient les femmes républicaines pour les secteurs les plus conservateurs de la société française. « Les journaux de la région, comme El Patriota de los Pirineos, les accusaient d’être des criminels, des criminels qui allaient contaminer les gens. On disait que les Espagnoles étaient des prostituées parce qu’elles avortaient ou parce qu’elles fumaient », se souvient l’hispaniste français Jean Ortiz.

Dolors Casadella était confinée sur les plages de Saint-Cyprien: «Nous devions dormir directement sur le sable. Assise par terre, j’ai passé la nuit avec ma fille à genoux. Les enfants espagnols sont rapidement morts. Ma fille a vécu 15 jours ». Comme le bébé de Doloers, plus de 14 000 hommes, femmes et enfants sont morts du froid, de la faim et de la maladie.

Malgré les mauvais traitements reçus, le début de la Seconde Guerre mondiale et l’occupation f de l’Allemagne ont poussé des centaines de femmes espagnoles à rejoindre immédiatement la Résistance contre l’envahisseur nazi. Des femmes qui ont accompli toutes sortes de missions, comme Neus l’a raconté dans son livre Sur la Résistance et la Déportation: «En général, les femmes servaient de maillons au sein du dense réseau d’information, dans les passes à travers les montagnes et les frontières, solidarité dans les prisons (…). Les contrôles de la police française et les patrouilles allemandes ont été assumées par nous d’abord. Mais c’était aussi le transport d’armes et de propagande. Les femmes portaient également des armes dans des batailles célèbres comme La Madeleine. « 

70 ans plus tard, Neus pose avec sa photo
70 ans plus tard, Neus pose avec sa photo

Si il y a quelque chose de surprenant chez ces combattantes, c’est la manière dont elles minimisent ce qu’elles ont fait; Peut-être parce que personne n’a reconnu leur rôle héroïque. Je n’oublierai jamais quand Pepita Molina m’a raconté son histoire dans son petit appartement à la périphérie de Paris; C’était la première fois que quelqu’un s’intéressait à sa vie: « Le mari de ma soeur Lina s’appelait Luis González. Il était très impliqué dans la guérilla et nous avons l’aidé dans toute la mesure de notre possible. Un jour, Luis attendait la Gestapo à la porte de la maison. Nous avons entendu les coups de feu et quand nous sommes partis, nous étions déjà morts. Dans la doublure de son imperméable, ils ont trouvé des pamphlets avec une propagande anti-nazie. Je me souviens que ma soeur Lina nous a dit: « Nous ne connaissons personne ici. » Peu de temps après, ils ont fouillé la maison et nous ont arrêtés à trois heures. Ils nous ont interrogés séparément mais nous n’avons rien dit et, à la fin, ils nous ont laissé partir. Je ne pouvais même pas aller à l’enterrement de Luis parce que les Allemands craignaient que cela ne devienne un acte de protestation contre l’occupation. Ils ont seulement laissé deux personnes assister et, bien sûr, c’étaient ma soeur et ma mère. Quelques jours plus tard, des membres de la Résistance nous ont prévenus que les nazis allaient revenir pour nous prendre et que nous devrions partir le plus tôt possible. Nous avons pris quelques petites choses et réussi à nous échapper avec l’aide de plusieurs compagnons résistants ».

Torturé et déporté

Lina a eu de la chance. Entre 300 et 500 Espagnols , cependant, ont été arrêtés, torturés et envoyés dans les camps de concentration. Neus a été arrêtée en novembre 1943 avec son mari: « C’était terrible. Je n’ai pas reçu un seul coup, mais j’ai dû contrôler mes nerfs pendant plus d’une demi-heure, avec un pistolet sur chaque tempe et une mitraillette sur le dos. Ils m’ont dit: « Parle, ne sois pas bête, si ton mari a tout dit et qu’il te charge tout … Il te trompe avec d’autres femmes » ».

Pratiquement tous ces Espagnols ont été déportés, dans des wagons à bestiaux, à Ravensbrück, le pont des corbeaux. Leur condition de femme est un facteur aggravant du traitement sadique que les détenus ont eux-mêmes reçu. À l’arrivée, un produit chimique leur a été injecté pour que  les menstruations soient terminées . Dans le cas de Neus, elle n’a retrouvé ses règles qu’en 1951. Pire encore, Alfonsina Bueno a traîné des séquelles tout au long de sa vie: «Ils m’ont emmené à l’infirmerie avec quatre autres déportés. Une infirmière russe a été forcée de nous injecter dans le vagin, ou plutôt dans le col de l’utérus, un liquide dont elle ne savait certainement pas ce que c’était. Ce que je sais, c’est que lorsque j’ai quitté l’infirmerie, des gouttelettes jaunes sont tombées entre mes jambes et ont brûlé la peau en même temps.

Les femmes étaient spécialement utilisées comme cobayes par les médecins SS . Ils ont amputé les bras et les jambes et ont ensuite essayé de les réimplanter; ils ont causé des blessures infectées par des bactéries afin d’essayer de nouveaux médicaments; Ils coupent les muscles et cassent les os pour étudier les processus de régénération et pratiquer les techniques de transplantation.

Une autre menace qui pesait toujours sur eux était de faire partie de l’ armée des prostituées qui approvisionnaient les maisons closes ouvertes par le Troisième Reich pour «répondre aux besoins de leurs troupes». Dolores Casadella, qui avait perdu sa petite fille dans les camps français, avait clairement décidé de mettre fin à sa  vie plutôt que servir dans l’ un de ces bidonvilles: « Un matin, au réveil, le responsable de la caserne criait: » Ceux qui veulent à aller dans une maison de prostitution passent par mon bureau.  » Nous crions tous: « Hum ». « Je vous préviens que s’il n’y a pas de volontaires, nous vous prendrons de force ». C’était terrible, surtout les plus jeunes nous avons décidé de nous tuer s’ils nous emmenaient ».

Dolores n’a pas eu à se suicider, mais elle a vu comment d’autres compagnes l’ont fait, après avoir contemplé avec horreur la façon dont leurs enfants ont été assassinés . Neus se souvient: « Les mères qui ont donné naissance à ce moment-là ont noyé le bébé dans un seau d’eau (…). Lorsque le crématoire n’a pas donné plus que lui-même, une tranchée a été ouverte, remplie d’essence et incendiée. Ainsi, un grand nombre d’enfants juifs ou tsiganes ont disparu. Les SS les firent descendre dans les fossés, avec un chocolat à la main, sous le prétexte cynique de les protéger d’un bombardement. Une fois qu’ils ont fait si près du champ que leurs mères ont entendu leurs cris et elles sont   devenues folles de douleur ».

Solidarité et résistance

Comme les hommes, les déportées mettent en avant la solidarité comme l’un des principaux facteurs qui les ont aidés à sortir vivantes. Simone Vilalta me montre son trésor; le cadeau que ses compagnons lui ont fait pendant son séjour à Ravensbrück: «Quand j’ai eu 21 ans, ils m’ont donné ce petit livre qu’ils avaient fait à la main et dans lequel ils avaient écrit une brève histoire. Je me souviens de beaucoup de la solidarité que nous avions entre nous. Il y avait une femme plus âgée que moi qui est devenue comme ma mère. Ce sont les seuls bons souvenirs que j’ai du terrain. « 

Simone Vilalta nous montre sa robe rayée
Simone Vilalta nous montre sa robe rayée

Cette solidarité allait du partage de la maigre nourriture qu’elles recevaient pour la protection des compagnons les plus faibles. Mais cela les a également conduits à mettre en place une organisation clandestine pour collecter des informations et organiser des actions de sabotage.

Beaucoup de prisonniers travaillaient dans des usines d’armement qui nourrissaient la Wehrmacht. Toute petite action visant à retarder ou à paralyser la production était considérée comme un succès par les Espagnoles en pyjama rayé. Neus s’est spécialisé dans la neutralisation des projectiles qu’il a fabriqués dans le sous-champ de Holleischen: «Nous avons saboté les balles que nous devions fabriquer. Certaines compagnes ont été chargées  d’attraper les mouches, puis elles  les ont placées dans la zone où se trouvait le détonateur. Quand nous n’avions pas de mouches, nous avons craché. Je suis sûr que beaucoup de boîtes à balles qui sont sorties de là ne pourraient jamais être utilisées. Quand nous sommes retournés à la caserne nous nous sommes demandé: Combien de mouches avez-vous tué aujourd’hui? « Vingt, trente, cinquante. » Chaque mouche était une balle qui ne servirait pas à mettre fin à la vie d’un camarades. Ces petites choses représentaient une grande victoire pour nous. C’était dangereux et s’ils t’ont attrapé, tu ne l’as pas compté, mais nous avons continué à le faire jusqu’à la fin ».

Et cette fin est venue en 1945 quand les troupes soviétiques et alliées ont libéré, un par un, les camps de concentration. La liberté est venue pour les Espagnols mais pas le bonheur. Pas de patrie où revenir à la plupart se sont  installés en France où elles ont  dû faire face des difficultés économiques qui ont été aggravées par le déracinement social et les terribles effets physiques et psychologiques de crainte de leur  expulsion. Certains n’y ont pas résisté et elles se sont suicidés. D’autres, comme Neus, tentent de reconstruire leur vie sans s’arrêter à l’Espagne qui croupissait sous la dictature de Franco.

Ses compagnons ont ressenti la plus amère des trahisons après la mort de Franco. Ils pensaient que leur moment était enfin arrivé. Ils croyaient qu’ils seraient reconnus comme le reste des déportés avait été pour leurs nations il y a 30 ans. Les combattants comme Neus n’y pensaient même pas. Comme elle l’a dit au début de cet article: « Nous ne savions pas comment valoriser ce que nous avions fait ». Quarante ans plus tard, c’est l’État espagnol qui ne veut toujours pas les valoriser , sans vouloir les reconnaître. Ce n’est pas l’ignorance, ce n’est pas le hasard, ce n’est pas l’abandon … C’est une attitude préméditée d’oubli . J’oublie d’essayer d’enterrer la vérité et de continuer à assimiler les victimes et les bourreaux.

(Cet article a été préparé avec des extraits et des témoignages recueillis dans le livre Les Derniers Espagnols de Mauthausen of Ediciones B)

 

souvenez vous de cette sacrée bonne femme : Charlotte Despard, elle avait 89 ans en 1933

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Une magnifique photo : 89 ans antifasciste, communiste, féministe Charlotte Despard parlant lors d’un rassemblement antifasciste organisé par le parti communiste de grande-Bretagne sur Trafalgar Square en 1933.
Elle était en ce moment un secrétaire de l’organisation des amis de la Russie soviétique, membre de la cpgb et elle  a activement milité contre la montée du fascisme au Royaume-Uni.
En 1933, sa maison à Dublin a été brûlée par une foule anti-communiste.
Son histoire est celle d’une sufragette issue de la bourgeoisie comme la plupart des femmes de ce mouvement, mais qui à la fois par compassion pour le sort de la classe ouvrière, par goût de la liberté, par pacifisme va rejoindre le parcours d’une Rosa Luxembourg et devenir une des fondatrice du parti communiste de grande bretagne.
Voici donc son histoire

Charlotte French, la fille de William french, commandant des forces navales de l’ Irlande , est né à Ripple , Kent , en 1844. Alors qu’elle a dix ans son père meurt et sa mère est internée dans un asile d’ aliénés et elle a été envoyée à Londres pour y vivre avec des parents.

Elle avait reçu une éducation conventionnelle. Plus tard elle devait raconter: « J’ai demandé à ma gouvernante pourquoi Dieu avait fait des esclaves, et j’ai été promptement couchée Oh, comme je détestais les nurses et les gouvernantes, je me tenais devant la porte de ma maison et j’enviais les petits enfants du village Ils étaient libres, ils jouissaient de la liberté … Les enfants du village pouvaient courir comme ils le voulaient et ne semblaient pas être commandés par ces personnes supérieures, nurses et gouvernantes, je me suis rendu à la gare la plus proche et j’ai essayé d’acheter un billet., On m’a recherchée, mais j’étais allé si loin que je ne pouvais pas revenir cette nuit-là, et je l’ai passé seule dans une auberge de poste.Après cela, de peur d’infecter mes sœurs avec mon esprit d’insubordination, je fus isolée  pendant trois ou quatre jours, puis renvoyée en pension.  »

Plusieurs années après, alors qu’elle visitaot le continent avec ses soeurs célibataires. Charlotte rencontra Maximilian Carden Despard, un homme d’affaires anglo-irlandais qui avait fait fortune en Extrême-Orient. Le couple se marie le 20 décembre 1870. Avec les encouragements de son mari, elle publie son premier roman,Chaste comme la glace, pure comme la neige en 1874. Au cours des seize années suivantes, Charlotte a écrit dix romans. La plupart de ces romans étaient des histoires d’amour romantiques, mais A Voice from the Dim Millions traitait des problèmes d’un jeune ouvrier pauvre. Charlotte n’a pas pu trouver un éditeur pour ce roman.

Lorsque son mari est décédé en 1890, Charlotte a décidé de consacrer le reste de sa vie à aider les pauvres. Elle a quitté sa luxueuse maison à Esher et elle a déménagé à Wandsworth  pour y vivre avec les personnes qu’elle avait l’intention d’aider. Selon sa biographe, Margaret Mulvhil: « Elle a financé et géré une clinique de santé, organisé des clubs de jeunes travailleurs, et une soupe populaire pour les chômeurs locaux. Pendant la semaine, elle vivait au-dessus de l’un de ses magasins d’aide sociale. À la fin de 1894, elle a été élue au conseil d’administration de l’union des pauvres de Lambeth à la fin de 1894. Elle s’est révélée une brillante femme de comité, apportant une rare combinaison de compassion, d’expérience pratique, de services organisés militairement  et l’efficacité aux délibérations du conseil.  »

En 1894, Despard fut élue protecteur des pauvres  à Lambeth. Charlotte est devenue amie avec George Lansbury et, au cours des quelques années qui ont suivi, elle s’est impliquée dans la campagne de réforme du système de la loi sur les pauvres. Charlotte Despard a rejoint la Fédération Sociale démocrate et plus tard le Parti travailliste Indépendant  . Despard est devenue aussi l’amie de Margaret Bondfield, , la dirigeante syndicale, et de Keir Hardie, le nouveau chef du Parti travailliste. .Despard est devenu membre de l’ Union nationale des sociéts de suffrage des femmes(NUWSS). Cependant, en 1906, frustrée par le manque de succès du NUWSS, elle rejoint l’Union Sociale et politique des femmes  (WSPU), une organisation créée par Emmeline Pankhurst et ses trois filles, Christabel PankhurstSylvia Pankhurst et Adela Pankhurst.. .

 

Le 23 octobre 1906, Charlotte Despard fut arrêtée avec Mary Gawthorpe lors d’une réunion de protestation à la Chambre des communes . Comme l’a expliqué plus tard Sylvia Pankhurst : «Mary Gawthorpe est  monté un des fauteuils près de la statue de Sir Stafford Northcote et elle a commencé à s’adresser à la foule de visiteurs qui attendaient d’interviewer plusieurs membres du Parlement. des douzaines de policiers sont descendus vers elle, ils ont arraché la minuscule créature à son pêrchoir et l’ont rapidement expulsée du vestibule.Aussitôt, Mme Despard a foncé vers eux la brèche, mais elle a aussi été brutalement entraînée.

En 1907, elle a été emprisonnée deux fois dans la prison de Holloway . Cependant, comme d’autres membres importants de l’UPMS, elle a commencé à remettre en question le leadership d’ Emmeline Pankhurst et de Christabel Pankhurst . Ces femmes se sont opposées à la façon dont les Pankhurst prenaient des décisions sans consulter les membres. Ils ont également estimé qu’un petit groupe de femmes riches avaient trop d’influence sur l’organisation.

Une réunion de la WSPU (de gauche à droite) Christabel Pankhurst, Jessie Kenney, Nellie Martel, Emmeline Pankhurst et Charlotte Despard.
Une réunion de la WSPU (de gauche à droite) Christabel Pankhurst , Jessie Kenney ,
Nellie Martel , Emmeline Pankhurst et Charlotte Despard.

Lors d’une conférence en septembre 1907, Emmeline Pankhurst a déclaré aux membres qu’elle avait l’intention de diriger la WSPU sans interférence. Comme Emmeline Pethick-Lawrence« Elle a appelé ceux qui avaient foi en sa direction à la suivre et à se consacrer au seul but de gagner le  droit de vote. » Cette annonce a été accueillie par une protestation digne de Mme Despard qui affirmait que l’égalité devait concerner tout le monde., Mme Despard affirmait calmement sa croyance en l’égalité démocratique et Mme Pankhurst a affirmé qu’il n’y avait qu’un seul sens à la démocratie, à savoir l’égalité de la citoyenneté dans un État, qui ne pouvait être atteinte que par une direction inspirée.Elle a mis au défi tous ceux qui n’acceptaient pas le leadership d’elle-même et de sa fille de démissionner de l’Union qu’elle avait fondée et de former leur propre organisation.  » résultat, à la suite du speech de Despard une vingtaine de membres du WSPU forment la Women’s freedom League (WFL), une organisation à la gauche  du WSPU.. Une centaine de membres  ont été conduites en prison après une démonstration sur le refus de payer les impôts. C’était une organisation totalement non-violente à l’inverse  des campagnes de vandalisme du WSPU contre la propriété privée et commerciale.

Dans un discours en 1910 Despard a déclaré: « fondamentalement toutes les questions sociales et politiques sont économiques. Avec des salaires égaux, le travailleur(l’ouvrier) masculin ne craindrait plus que sa collègue féminine puisse lui prendre son travail et ‘ des hommes et les femmes s’uniront pour effectuer une transformation complète de l’environnement industriel … Une femme a besoin de l’indépendance économique pour vivre comme un égal avec son mari. Il est en effet déplorable que le travail de la femme et de la mère ne soit  pas rétribué. J’espère que le temps viendra où il sera  illégal pour cette forme vigoureuse d’industrie d’être non rémunéré. »

Despard a passé beaucoup de temps en Irlande et, en 1908, elle s’est jointe à Hanna Sheehy Skeffington et Margaret Cousins ​​pour former l’Irish Women’s Franchise League. En 1909, Despard rencontra Gandhi et fut influencé par sa théorie de la «résistance passive». En tant que figure de proue du WFL. Despard a exhorté les membres à ne pas payer d’impôts et à boycotter le recensement de 1911. Despard a soutenu financièrement les travailleurs qui subissaient un  lock-out pendant le conflit de travail à Dublin et a également aidé à établir l’Irish Workers ‘College dans la ville.

La Ligue pour la liberté des femmes a connu une croissance rapide et comptait bientôt 60 succursales à travers la Grande-Bretagne avec un effectif total d’environ 4 000 personnes. La WFL a également créé son propre journal, The Vote. Teresa Billington-Greig et Charlotte Despard étaient des écrivains talentueux et étaient les principales responsables de la production du journal. Il a été utilisé pour informer le public des campagnes de la WFL telles que le refus de payer des impôts et de remplir les formulaires du recensement de 1911. Un autre contributeur était l’un des principaux auteurs britanniques, Cicely Hamilton .

Le 4 août 1914, l’Angleterre déclarait la guerre à l’ Allemagne . Deux jours plus tard, le NUWSS a annoncé qu’il suspendait toute activité politique jusqu’à la fin de la guerre. La direction de l’ UPMS a commencé à négocier avec le gouvernement britannique. Le 10 août, le gouvernement a annoncé qu’il libérait toutes les suffragettes de prison. En retour, l’UPMS a accepté de mettre fin à ses activités militantes et d’aider  à l’effort de guerre.

Emmeline Pankhurst a annoncé que tous les militants devaient «se battre pour leur pays et renoncer à se battre pour le droit de vote». Ethel Smyth a souligné dans son autobiographie, Female Pipings for Eden(1933): « Mme Pankhurst a déclaré que maintenant on se battait plus pour le  votes pour les femmes, mais pour que le pays ait le droit de voter. Le navire Suffragette a été mis hors service pour la durée de la guerre, et les militantes ont commencé à s’attaquer à la tâche commune.  »

Annie Kenney a rapporté que des ordres venaient de Christabel Pankhurst : « Les Militantes, quand les prisonnières seront libérées, se battront pour leur pays comme elles se sont battues pour le Vote. » Kenney écrit plus tard: « Mme Pankhurst, qui était à Paris avec Christabel, est revenue et a commencé une campagne de recrutement parmi les hommes du pays.Ce mouvement autocratique n’a pas été compris ou apprécié par beaucoup de nos membres.   »

Après avoir reçu une subvention de 2 000 £ du gouvernement, la WSPU a organisé une manifestation à Londres . Les membres portaient des banderoles avec des slogans tels que «Nous demandons le droit de servir», «Pour que les hommes puissent se battre et les femmes doivent travailler» et «Que personne ne soit les pattes de chat de Kaiser». Lors de la réunion, à laquelle ont assisté 30 000 personnes, Emmeline Pankhurst a appelé les syndicats à laisser les femmes travailler dans les industries traditionnellement dominées par les hommes.

Despard, comme la plupart des membres de la Women’s Freedom League , était pacifiste , et pendant la Première Guerre mondiale, elle refusa de participer à la campagne de recrutement de l’armée britannique. L’ironie de l’affaire, son frère, le général John French , était chef d’état-major de l’ armée britannique et commandant de la force expéditionnaire britannique envoyée en Europe en août 1914. Sa soeur, Catherine Harley, était aussi une partisane de la guerre et servait dans les femmes écossaises. dans des hôpitaux en France.

Despard a fait valoir que le gouvernement britannique ne faisait pas assez pour mettre fin à la guerre et a soutenu la campagne du Women’s Peace Council pour une paix négociée. Après l’adoption de la loisur la qualification des femmes en 1918, Charlotte Despard est devenue candidate du parti travailliste à Battersea lors des élections d’après-guerre. Cependant, dans l’euphorie de la victoire de Grande-Bretagne, les opinions anti-guerre de Despard étaient très impopulaires et, comme tous les autres candidats pacifistes , qui se sont présentés aux élections, elle a été battue.

Margaret Mulvihill , biographe de Despard , a déclaré: «Parmi les leaders des suffragette, elle s’était distinguée en tant que partisane de la souveraineté  irlandaise et quand ce mouvement a cédé la place à la lutte pour l’indépendance complète, elle est devenue un partisan actif de l’organisation de solidarité britannique. La ligue d’autodétermination Sa sympathie pour le mouvement républicain irlandais l’a mise en conflit direct avec son frère, qui avait été envoyé comme lieutenant en Irlande en 1918. Alors qu’il se préparait à écraser les rebelles, sa sœur les soutenait.

En 1920, Despard a visité l’Irlande en tant que membre de la commission d’enquête du parti travailliste. Avec Maud Gonne , elle a recueilli des preuves de première main des atrocités de l’armée et de la police à Cork et Kerry . Les deux femmes ont également formé la Women’s Prisoners ‘Defense League pour soutenir les prisonniers républicains. Dans les années 1920, Despard s’est impliqué dans la campagne du Sinn Fein pour une Irlande unie.

En 1930, Despard et Hanna Sheehy Skeffington ont fait le tour de l’ Union Soviétique . Impressionnée par ce qu’elle a vu, elle a rejoint le Parti communiste de Grande-Bretagne et est devenue secrétaire de l’organisation des Amis de la Russie soviétique .

Charlotte Despard est décédée le 10 novembre 1939, après une chute dans sa nouvelle maison près de Belfast .