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III – « La matière disparaît » : …le retour par Jean jullien

L’article de notre camarade Amar Bellal ouvrant le débat pour le Congrès du PCF a provoqué un grand intérêt partout mais en particulier dans ce blog, notre ami Pym, prof de chimie à l’université de Kazan m’envoie cette contribution théorique sur la production matérielle .  qui est l »oeuvre de jean Jullien, dont je publie souvent les textes sur la Chine.  Extrait de « contrairement à une idée répandue le soleil brille aussi la nuit ». http://editions-proletariennes.fr/…/contrairement.pdf. De nombreux scientifiques de haut niveau, je pense en particulier à cet ami américain qui est une sommité en matière nucléaire et qui est prêt à travailler avec le parti sur ces questions, sont prêts pour  cette réflexion politique et scientifique loin des lieux communs . Il y a aujourd’hui à la fois la possibilité de renouer avec la base du parti et ses chercheurs les plus qualifiés, si le parti retrouve ses fondamentaux. Une manière essentielle de refuser l’effacement du parti pour le prochain congrès. (note de danielle Bleitrach)

Pour mémoire l’article d’Amar bellal : https://histoireetsociete.wordpress.com/2018/08/08/pour-une-veritable-culture-industrielle-rompre-avec-linfantilisme-technologique-2/

https://histoireetsociete.wordpress.com/2018/08/08/pour-une-veritable-culture-industrielle-rompre-avec-linfantilisme-technologique-2/

En 1908, dans « matérialisme et empiriocriticisme », Lénine critiquait l’idéalisme des néo positivistes de son époque, dissimulé derrière « la matière disparaît ».

«  « La matière disparaît », cela veut dire que disparaît la limite jusqu’à laquelle nous connaissions la matière, et que notre connaissance s’approfondit; les propriétés de la matière qui nous paraissaient auparavant absolues, immuables, primordiales (impénétrabilité, inertie, masse, etc.) disparaissent, reconnues maintenant relatives, inhérentes seulement à certains états de la matière. Car l‘unique « propriété » de la matière, que reconnaît le matérialisme philosophique, est celle d’être une réalité objective, d’exister hors de notre conscience. »

[…]

Il n’y a d’immuable, d’après Engels, que ceci : dans la conscience humaine (quand elle existe) se reflète le monde extérieur qui existe et se développe en dehors d’elle.

Aucune autre « immuabilité », aucune autre « essence », aucune « substance absolue », au sens où l’entend la philosophie oiseuse des professeurs, n’existe pour Marx et Engels.

L’« essence » des choses ou la « substance » sont aussi relatives ; elles n’expriment que la connaissance humaine sans cesse approfondie des objets, et si, hier encore cette connaissance n’allait pas au delà de l’atome et ne dépasse pas aujourd’hui l’électron ou l’éther, le matérialisme dialectique insiste sur le caractère transitoire, relatif, approximatif de tous ces jalons de la connaissance de la nature par la science humaine qui va en progressant.

L’électron est aussi inépuisable que l’atome, la nature est infinie, mais elle existe infiniment ; et cette seule reconnaissance catégorique et absolue de son existence hors de la conscience et des sensations de l’homme, distingue le matérialisme dialectique de l’agnosticisme relativiste et de l’idéalisme ».[1]

 

Aujourd’hui plus aucun physicien n’ose reprendre les naïvetés des néo positivistes mais chassées par la porte elles reviennent par la fenêtre. L’école de Copenhague niait que la matière et ses lois fussent indépendantes de la conscience.

«Il n’y a pas d’univers quantique. Il n’y a qu’une description mécanique quantique abstraite. C’est une erreur de croire que la tâche de la physique est de découvrir comment est la nature. La physique concerne ce que nous pouvons dire de la nature.» [Niels Bohr (cité par Manjit Kumar in Le grand roman de la physique quantique. Ed. Flammarion 2008].

 

Einstein critiquait ainsi cette attitude courante à l’époque chez les physiciens quantiques :

« A la source de ma conception, il y a une thèse que rejettent la plupart des physiciens actuels (école de Copenhague) et qui s’énonce ainsi : il y a quelque chose comme l’état « réel » du système, quelque chose qui existe objectivement, indépendamment de toute observation ou mesure, et que l’on peut décrire, en principe, avec des procédés d’expression de la physique. » dans « Remarques préliminaires sur les concepts fondamentaux ».

 

Dans Physique et matérialisme, Bitsakis relève que l’école positiviste nie toute réalité matérielle en dehors des conditions de l’expérience :

Heisenberg écrivait ainsi dans « Physique et philosophie » : « Les atomes, ou les particules élémentaires elles-mêmes, ne sont pas réels ; ils constituent un monde de potentialités ou de possibilités plutôt qu’un monde de choses ou de faits. » Heisenberg découvre ici un germe de dialectique mais, en même temps et surtout, il s’efforce de justifier une négation de la dialectique objective, quand il parle de la possibilité d’une réalité et, encore plus, quand il rejette toute idée d’une réalité objective. (…) La dichotomie introduite par Heisenberg est conforme à la contradiction formelle entre le potentiel et le réel. (…) Heisenberg a développé systématiquement des conceptions idéalistes et platoniciennes, et ses idées ont eu une grande influence sur ses contemporains. Parlant des conséquences extrêmes de ces idées, A. Landé a dit : « Il n’est pas étonnant que Sir James Jeans, après avoir étudié Bohr et Heisenberg, soit arrivé à la conclusion triomphale que la matière consiste en ondes de connaissance, ou en absence de connaissance dans notre esprit. » (…) La pensée mécaniste sépare l’objet des conditions de son existence. La pensée positiviste (mécaniste d’un point de vue diamétralement opposé) prend la position inverse, quand elle affirme que « l’objet n’existe pas avant l’interaction avec l’instrument » et que « la réalité est création de nos moyens d’observation ». Mais la pensée positiviste contient dans ce cas un germe de vérité. En réalité, l’objet n’a pas d’existence en dehors de conditions concrètes, en dehors de son milieu et de ses relations concrètes avec ce milieu. De ce point de vue, l’instrument d’observation « crée » la particule. Mais il ne la crée pas du néant, il la transforme, et d’un être initial donné, dans des conditions concrètes, il crée divers êtres, selon la nature de la particule initiale et les conditions de l’expérience. Les interactions de la particule avec le milieu, ou avec l’appareil de la mesure, transforment certains de ses éléments de réalité en des éléments différents. Ainsi la particule passe d’un état à un autre, ou se transforme en autre chose. Ce dynamisme interne de la matière a été considéré comme une preuve de non existence !

 

L’idéalisme moderne nie l’existence de la matière en la remplaçant ici par ses relations interdépendantes, ailleurs par des multimondes, ou par des informations.

Ces théories sont niées par les faits. Quelle que soit la forme que prend la matière – y compris ondulatoire à l’échelle subatomique – elle ne cesse jamais d’exister. On peut opposer la lumière et la matière en considérant que la première n’a pas de masse et possède une caractéristique ondulatoire. Pour autant, et au même titre que le vide ou les quatre interactions fondamentales de la physique, la lumière est partie constitutive de la matière, par opposition aux concepts et aux idées. La matière réelle existe hors de notre conscience, qui en émerge et ne la crée pas. En retour, le concept abstrait de la matière – à la différence des matières déterminées existantes – est un produit de la conscience.

 

Inversement le matérialisme-dialectique affirme que la matière existe indépendamment de la pensée, tandis que la pensée naît de la matière. La pensée est le produit et le reflet de la matière et de la société, et non l’inverse.

Notre matérialisme est scientifique, il part du principe que le monde et ses lois sont parfaitement connaissables, s’ils sont vérifiés par l’expérience, par la pratique. Les lois ainsi définies sont des vérités objectives, jusqu’à ce que d’autres définitions plus justes les remplacent.

Contrairement à l’idéalisme qui considère le monde comme l’incarnation de « l’idée absolue », de l’ « esprit universel », de la « conscience », le matérialisme philosophique de Marx part de ce principe que le monde, de par sa nature, est matériel, que les multiples phénomènes de l’univers sont les différents aspects de la matière en mouvement ; que les relations et le conditionnement réciproque des phénomènes, établis par la méthode dialectique, constituent les lois nécessaires du développement de la matière en mouvement ; que le monde se développe suivant les lois du mouvement de la matière, et n’a besoin d’aucun « esprit universel ». [Staline : Matérialisme dialectique et matérialisme historique]

 

 

 

Le théorème du soufflé au fromage

 

Dans « Le Cosmos et le Lotus », l’astrophysicien « réaliste » Trinh Xuan Thuan  écrit :

 

La vacuité : l’absence d’une réalité intrinsèque

 

La notion d’interdépendance nous amène directement à l’idée bouddhiste de la vacuité, qui ne signifie pas néant, (je l’ai dit, c’est par méconnaissance que le bouddhisme a souvent été accusé à tort de nihilisme), mais « absence d’existence propre». Parce que tout est interdépendant, rien n’existe en soi, ni ne peut être sa propre cause. L’idée d’une réalité autonome n’est pas valide.

De nouveau, la mécanique quantique tient des propos étonnamment similaires. Selon Bohr et Heisenberg, nous ne pouvons plus parler d’atomes ou d’électrons en termes d’entités réelles possédant des propriétés bien définies, telles que la vitesse ou la position. Nous devons les considérer comme formant un monde non plus de choses et de faits, mais de potentialités. Pour reprendre l’exemple de la lumière et de la matière, leur nature devient un jeu de relations interdépendantes. Elle n’est plus intrinsèque, mais change par l’interaction entre l’observateur et l’objet observé. La lumière comme la matière n’ont pas d’existence intrinsèque parce qu’elles peuvent apparaître soit comme des particules, soit comme des ondes, selon que l’appareil de mesure est activé ou pas. Leur nature n’est plus unique mais duelle. Ces deux aspects sont complémentaires et indissociables l’un de l’autre. C’est ce que Bohr a appelé le « principe de complémentarité ».

L’observation modifie la réalité du monde atomique et subatomique et en crée une nouvelle. Parler d’une réalité « objective » pour un électron, d’une réalité qui existe sans qu’on l’observe, a peu de sens puisqu’on ne peut jamais l’appréhender. Toute tentative visant à saisir une réalité intrinsèque se solde par un échec cuisant. Celle-ci est irrémédiablement modifiée et se transforme en une fatalité « subjective » qui dépend de l’observateur et de son instrument de mesure. La réalité du monde subatomique n’a de sens qu’en présence d’un observateur. Nous ne sommes plus des spectateurs passifs devant le drame majestueux du monde des atomes, notre présence en change le cours. Bohr parlait de l’impossibilité d’aller au-delà des faits et résultats des expériences et mesures : « Notre description de la nature n’a pas pour but de révéler l’essence réelle des phénomènes, mais simplement de découvrir autant que possible les relations entre les nombreux aspects de notre existence[2] ». La mécanique quantique relativise radicalement la notion d’objet en la subordonnant à celle de mesure, c’est-à-dire à celle d’événement. De plus, le flou quantique impose une limite fondamentale à la précision des mesures. Heisenberg a démontré qu’il existera toujours une incertitude soit dans la position, soit dans la vitesse d’une particule. La mécanique quantique a fait perdre à la matière sa substance. Par là, elle rejoint la notion de vacuité bouddhiste.

 

 

On remarquera l’affirmation directement inspirée de la philosophie positiviste de l’inexistence de la matière, qui n’a pas d’existence intrinsèque puisque sa dualité n’apparaît qu’avec l’interaction entre l’observateur et l’objet observé… Toute tentative visant à saisir une réalité intrinsèque se solde par un échec cuisant… La réalité du monde subatomique n’a de sens qu’en présence d’un observateur…etc.

S’agissant de vacuité, on mesurera davantage celle de la démonstration en citant le fameux théorème du soufflé au fromage :

Faisons cette expérience de pensée suivant laquelle la vitre du four a été lavée à la vitesse de la lumière et à une époque indéterminée. Il en résulte qu’il est impossible d’observer la cuisson du soufflé au fromage à l’intérieur, à moins d’ouvrir la porte du four.

Or il s’avère que « Toute tentative visant à saisir une réalité intrinsèque se solde par un échec cuisant. Celle-ci est irrémédiablement modifiée » et le soufflé subit un effondrement gravitationnel.

Une seule ressource subsiste alors : balancer le soufflé à la poubelle et annoncer aux invités qu’il n’a « pas d’existence intrinsèque ».

 

Que l’appareil de mesure fasse apparaître tel ou tel aspect contradictoire de la matière nous renseigne sur sa nature dialectique, corpusculaire ou ondulatoire par exemple, et non sur son existence intrinsèque, sans laquelle il n’y aurait ni mesure ni apparition d’aucune sorte pour le physicien, lequel ne serait pas là non plus pour spéculer sur l’existence intrinsèque de la matière.

« A l’heure actuelle beaucoup de chercheurs subissent encore, parfois à leur insu, l’influence de la doctrine positiviste. (…) Elle tend à atténuer sinon à supprimer la notion de réalité physique objective indépendante de nos observations. » [Louis De Broglie dans « Sur les sentiers de la science »]

 

La révolution informationnelle et la matière

 

Le développement de la transformation matérielle par des outils numériques, de la représentation numérisée des processus, multiplie notre capacité d’abstraction et d’action, mais il nous détache en même temps de la réalité, donnant l’illusion que l’action virtuelle accomplit la transformation matérielle.

 

Les délires d’Elon Musk sur l’inexistence de la terre et sa simulation informatique trahissent plutôt l’existence cloîtrée d’un geek. Mais les divagations idéalistes ont d’autres implications.

Certains économistes ont déduit de l’introduction du numérique la fin de la lutte de classe et une série de théories sur « une société future de partage » (Paul Boccara) qui ne nécessiterait pas une révolution socialiste mais se déroulerait en douceur à travers une « révolution informationnelle »

« L’atelier sur la révolution informationnelle se situe dans le cadre du colloque « alternatives, émancipation et communisme ». Cependant, selon moi il n’y a pas un « a priori » de société communiste, de façon sectaire, mais des enjeux de civilisation nouvelle de nos jours pour toute la société. Et peut-être, alors, y a-t-il un « a posteriori » de l’analyse des potentiels de partage, de mise en commun jusqu’à chacun, et donc des caractéristiques d’un communisme de liberté pour chacun de cette civilisation qui deviendrait possible, face aux conditions nouvelles de l’humanité, vers laquelle on pourrait avancer avec des transformations démocratiques radicales » . (P. Boccara)

 

« Le Capitalisme a changé de base, il n’est plus le capitalisme de la révolution industrielle mais un capitalisme informationnel aux prises avec les contradictions engendrées par les usages marchands, élitistes, du travail de l’information » (J.Lojkine).

 

Le vecteur de cette « révolution » serait l’information elle-même à cause de sa nature non-marchande.

 « Mais une information, vous la donnez et vous la gardez encore. Elle peut être partagée indéfiniment, jusqu’à l’échelle de toute l’humanité. Ce serait une des bases d’une société future possible de partage, que l’on pourrait aussi appeler société communiste de liberté de chacun » (P.Boccara)

 

Cette révolution informationnelle avait aussi été définie depuis 1982 par des intellectuels sociaux-démocrates dans le cadre du groupe des dix et Transversales[3].

L’e-commerce a ruiné ces thèses accordant à l’information un caractère fétichiste, qu’on retrouve dans certaines philosophies des sciences.

Le rêve du « partage des informations » s’est traduit financièrement par les trafics gigantesques et frauduleux des chambres de compensation et les transferts de capitaux à très grande vitesse.

Le « partage » dans le système capitaliste n’est en rien un progrès vers le communisme, mais relève encore d’un reliquat du troc tel que le défendent certaines thèses décroissantes : je t’échange mon aquarelle texturée de sable et de pâte à modeler contre tes picodons et ton gilet en poils de chèvre. Dépourvues de valeur d’échange[4], ces marchandises qui n’en sont pas restent à la marge du marché capitaliste, ou ne peuvent se développer que sous forme de marchandises réelles mais dans le process social de production capitaliste.

Mais surtout, la numérisation a des implications dans la productivité et la simplification du travail, aboutissant à une exploitation accrue dans ce mode de production.

 

La révolution sans le prolétariat

 

Quelques rapprochements au prix d’une petite digression permettront de mieux comprendre la nature idéaliste de ce genre de révolution.

L’illusion de passer de transformer la société par le biais de la science ou de la technologie, se retrouve aussi chez des non communistes, comme Le Corbusier ou Monod.

Nous avons déjà signalé le chapitre dans Le congrès Solvay et la lutte idéologique la position pour le moins ambigüe de l’architecte et urbaniste Le Corbusier : « Architecture ou révolution. On peut éviter la révolution ». [Vers une architecture – 1925]

Revenons  de façon plus détaillée sur l’argument résumé dans l’introduction de ce chapitre :

 

« ARCHITECTURE OU RÉVOLUTION

Dans tous les domaines de l’industrie, on a posé des problèmes nouveaux, créé un outillage capable de les résoudre. Si l’on place ce fait en face du passé, il y a révolution.

Dans le bâtiment, on a commencé à usiner la pièce de série; on a, sur de nouvelles nécessités économiques, créé des éléments de détail et des éléments d’ensemble : des réalisations concluantes sont faites dans le détail et dans l’ensemble. Si l’on se place en face du passé, il y a révolution dans les méthodes et dans l’ampleur des entreprises.

Alors que l’histoire de l’architecture évolue lentement à travers les siècles, sur des modalités de structure et de décor, en cinquante ans, le fer et le ciment ont apporté des acquisitions qui sont l’indice d’une grande puissance de construction et l’indice d’une architecture au code bouleversé. Si l’on se place en face du passé, on mesure que les « styles » n’existent plus pour nous, qu’un style d’époque s’est élaboré; il y a eu révolution.

 

Les esprits ont consciemment ou inconsciemment pris connaissance de ces événements; des besoins sont nés, consciemment ou inconsciemment.

Le rouage social, profondément perturbé, oscille entre une amélioration d’importance historique ou une catastrophe.

L’instinct primordial de tout être vivant est de s’assurer un gîte. Les diverses classes actives de la société n’ont plus de gîte convenable, ni l’ouvrier, ni l’intellectuel. C’est une question de bâtiment qui est à la clé de l’équilibre rompu aujourd’hui : architecture ou révolution. »

 

Le Corbusier avait une forte influence dans l’architecture soviétique et le mouvement constructiviste jusqu’en 1931, où le style néo classique prit le dessus.

A sa mort en 1965, la Pravda écrivit : « L’architecture moderne a perdu son plus grand maître ».

Dans Le Corbusier et la mystique de l’URSS: théories et projets pour Moscou, 1928-1938, Jean-Louis Cohen raconte les voyages de Le Corbusier en URSS et cite ses commentaires sur les réalisations soviétiques lors de ses visites, notamment  sur le programme des clubs ouvriers instaurés depuis le début des années vingt, pour réaliser la « révolution culturelle » :

« J’ai visité les entrepôts du Centrosojuz, fourmilière où tout le monde travaille. Dans les vestibules des affiches intéressantes pour leur multiple imagerie. Lutte contre l’alcool, lutte contre l’église = ignorance et capital. Est affiché chaque semaine le « journal de l’Institut de la firme » (…) tapé à la machine, aquarelle, exposés de thèses, propositions aux chefs, les discussions des mesures à prendre… La conséquence de la journée finissant à 3 h c’est la fondation des clubs. Les clubs commencent le principe des écoles du soir complémentaires… Il n’y a pas de café à Moscou. Impossible d’aller boire un verre. Le monde ne rigole pas. Chez eux ils ont l’air de savoir s’arranger. Et dans les clubs la grande idée… 1 club = salle de cinéma, théâtre (la scène ouvre dedans et en plein jour), culture physique… »

 

Mais l’enthousiasme un peu paternaliste de Le Corbusier n’en fait pas pour autant un révolutionnaire communiste. Jean-Louis Cohen cite David Arkin.

« Arkin décrit les multiples registres de l’activité de Le Corbusier et rapporte les positions théoriques de Vers une architecture sur l’ « esthétique de l’ingénieur », mais il ne fait pas mystère de ses réserves sur le volet politique de ses convictions lorsqu’il évoque l’impossibilité de réaliser les idées contenues dans Urbanisme dans un pays où la propriété privée du sol est la règle. Le Corbusier a-t-il à ce sujet des réponses aussi révolutionnaires qu’à propos de l’esthétique ? Sa pensée critique, aigüe et originale, s’arrête au seuil des conclusions décisives. Et le Corbusier pose la question à l’envers : il incline à donner à l’architecture elle-même le rôle de facteur révolutionnaire, il attend d’elle une « révolution dans le mode de vie » qui rendrait superflue la révolution sociale ! A ce point, l’audacieux profanateur des idoles esthétiques de la société bourgeoise s’enferme dans l’impasse de la phrase esthétique. »

Il ajoute :

« Arkin reste relativement modéré dans ses réserves, alors que l’analyse du livre faite par N. Ljamin dans Architektura SSSR  juge Le Corbusier beaucoup plus proche de la réaction fasciste qu’il ne le laisse entendre lorsqu’il combat les « académistes », et relève à propos des remarques aigres qu’il fait sur l’épisode soviétique, le « refus conscient » qui serait le sien de comprendre les « gigantesques tâches créatrices» de l’architecture soviétique ».

 

De son côté, le biologiste Jacques Monod fondait les progrès de l’humanité sur la science, mais indépendamment des rapports sociaux de production et de la lutte des classes. Evidemment il proscrit absolument la révolution prolétarienne :

« Les sociétés modernes sont construites sur la science. Elles lui doivent leur richesse, leur puissance et la certitude que des richesses et des pouvoirs bien plus grands encore seront demain, s’il le veut, accessibles à l’Homme …Une fois pour toutes, il faut renoncer à cette illusion qui n’est que puérile lorsqu’elle n’est pas mortelle. Comment un socialisme authentique pourrait-il jamais être construit sur une idéologie inauthentique par essence, dérision de la science sur quoi elle prétend, sincèrement dans l’esprit de ses adeptes, s’appuyer ? Le seul espoir du socialisme n’est pas dans une « révision » de l’idéologie qui le domine depuis plus d’un siècle, mais dans l’abandon total de cette idéologie.

Où donc alors retrouver la source de vérité et l’inspiration morale d’un humanisme socialiste réellement scientifique sinon aux sources de la science elle-même, dans l’éthique qui fonde la connaissance en faisant d’elle , par libre choix, la valeur suprême, mesure et garant de toute les autres valeurs ? Ethique qui fonde la responsabilité morale sur la liberté même de ce choix axiomatique. Acceptée comme base des institutions sociales et politiques, donc comme mesure de leur authenticité, de leur valeur, seule l’éthique de la connaissance pourrait conduire au socialisme » p185 et 194.

 

Sous une autre forme, Bernard Friot noie lui-aussi le poisson de la classe révolutionnaire dans le « salariat »…du manœuvre au directeur :

« Salariat » me semble donc le terme adéquat, meilleur que « classe ouvrière ». Est-ce que celle-ci a disparu ? Oui, si l’on considère les syndicats et les partis qui l’ont organisée et qui aujourd’hui ne sont plus révolutionnaires. Il n’empêche que c’est à partir des institutions du salaire qu’elle a créées que le salariat se constitue aujourd’hui dans la lutte de classes. » [Entretien avec Bernard Friot « Une autre pratique de la valeur économique »]

 

Le caractère révolutionnaire de la classe ouvrière dépend d’abord de sa position dans les rapports de production qui définit en soi. Sa conscience de classe pour soi ne disparaît pas en vertu de la direction révisionniste du PCF ; c’est son caractère d’avant-garde pour l’ensemble de la société qui est dissimulé. Mais ceci ne justifie pas que le concept de salariat s’impose et encore moins que la classe ouvrière ait disparu.  Toutes ces thèses ont fait long feu. Comme on peut le constater, chacun tire la couverture à soi dans une sorte de corporatisme ou de messianisme d’élite qui ferait sourire si on les mettait ensemble. Il ne manque plus que les économistes atterrés, les décroissants, et autres insoumis, pour renverser la table du capitalisme chacun à sa façon. Mais on observera que les uns et les autres ont pour point commun de rejeter le rôle révolutionnaire dirigeant de la classe ouvrière.

 

Il en est de même pour le très modeste apôtre de la « révolution tranquille » Pierre Rabhi :

 « Nous, croyons profondément qu’un changement de société adviendra par le changement des individus.  C’est  la  raison  pour  laquelle  nous  n’aurons  recours au vieux réflexe du bouc émissaire, vieux comme le monde, qui nous dédouanerait de notre propre responsabilité.

Le poing levé et les barricades ne garantissent pas des tyrannies qui, trop souvent, ont fleuri sur le terreau des révoltes, comme l’histoire nous l’a jusqu’à aujourd’hui abondamment démontré. Certaines dictatures parmi les plus féroces ont pris prétexte, pour s’installer, d’une révolte tout à fait légitime contre l’oppression. Malheureusement les opprimés sont des oppresseurs en devenir, et il en sera toujours ainsi tant que chaque individu n’aura pas éradiqué en lui-même les germes de l’oppression.

Nous espérons que tous nos efforts serviront de révélateur aux énergies créatives diffuses sur tout le territoire national et ailleurs, dont la fédération mettra en évidence l’ampleur, mais aussi la puissance. Nous espérons que celles-ci inspireront à la gouvernance politique des options et des décisions qui prennent en compte cette énergie omniprésente et latente, pour orienter le navire-monde vers la bonne étoile… » [août 2011 – éloge du génie créateur de la société civile – p 40]

 

Toutes ces positions aboutissent à des solutions réformistes parce qu’elles considèrent la société de façon idéaliste, une société irréelle, vidée de la réalité de la lutte des classes entre le prolétariat et la bourgeoisie. Et d’autre part elles ignorent la réalité de la classe ouvrière pour soi [5], sa caractéristique inédite dans l’histoire de n’être pas propriétaire des moyens sociaux de production et de ne pouvoir s’en rendre maître que collectivement, en renonçant à tout autre mode de propriété.

 

Réalités industrielles de la « révolution informationnelle »

 

L’automatisation et l’informatisation vont du simple vers le complexe dans toutes leurs applications.[6]
Il ne s’agit pas d’intelligence artificielle, y compris sous la forme auto adaptative,  mais de l’application de scénarios prédéterminés à des variables de commande ou à des conditions environnantes, afin d’obtenir la réponse souhaitée. Ce sont fondamentalement des recettes paramétrables. La somme et la combinaison de dizaines d’automatismes dans un process industriel, somme qui peut être multipliée par la mise en parallèle de plusieurs chaînes de production, confère à tout l’ensemble une grande complexité.

Cela aboutit à un changement qualitatif, au miracle apparent d’une immense machine obéissant au doigt et à l’œil, dans un laps de temps très réduit, avec précision et reproductibilité.
Mais en même temps la conduite du procédé suit le chemin inverse pour remplacer la grande variété de techniques et de matériels par une interface simple et standardisée, dont l’apprentissage est plus rapide. Standardisation et simplification des matériel, gain d’espace, de mise en œuvre, diminution des pannes et du stock de pièces détachées.

La suppression de pièces en mouvement entraine la réduction drastique des effectifs mécanos. La maintenance est simplifiée moyennant une formation sommaire des électriciens aux automates programmables, la programmation étant réservée aux informaticiens industriels, lesquels interviennent ponctuellement et sont externalisés. Les qualifications des électroniciens ne sont plus utiles, puis celles des régleurs avec des régulations « auto-adaptatives » et la simplification de réglage des capteurs de mesure.

Certaines compétences d’ingénierie restent indispensables notamment au moment de la conception et de la mise en œuvre, mais lorsque l’installation est rôdée elles ne sont plus nécessaires.

Les tâches des ouvriers paraissent allégées à production égale, mais de fait une même dépense d’énergie physique et intellectuelle produit davantage de valeur ajoutée ; puis leurs effectifs diminuent. Ce sont d’ailleurs leurs postes de travail – là où est créée la plus value – qui sont prioritairement réduits.

L’automatisation ne se traduit donc pas par un travail moins pénible mais par des licenciements, et la redistribution des tâches entre ceux qui restent, soit une augmentation de la productivité et une charge de travail individuelle plus élevée qu’avant, à savoir la conduite simultanée de plusieurs machines et l’ajout de tâches annexes (contrôle, prélèvement, compte-rendu, suivi d’incidents, Assurance Qualité, approvisionnement, entretien et nettoyage, dépannage de première intervention, etc.). Les ouvriers sont moins nombreux mais leur poids dans la production sociale est plus lourd qu’avant.

Une partie des savoir-faire spécifiques à l’entreprise et liés à l’utilisation d’une grande variété de matériels et de technologies devenus caducs disparaissent avec eux. Précisons quand même que les vues synoptiques, les courbes d’enregistrement des salles de contrôle, ne sont pas le process proprement dit mais sa représentation ou une extension déportée des actionneurs électriques, mécaniques, hydrauliques ou pneumatiques, qui agissent directement sur lui. De ce point de vue la numérisation donne l’illusion de l’immatérialité.

Les opérations les plus courantes peuvent être exprimées en modes opératoires, ce qui permet la sous-traitance d’une grande partie de la maintenance soit par une entreprise extérieure, soit par du personnel « au forfait » et l’introduction d’un volant d’intérimaires en fabrication. Il vient que la maintenance sous-traitée devient alors productrice de plus-value, le donneur d’ordre en récupère même une partie par le biais du paiement différé et de la concurrence sur les devis, voire directement par la régie déguisée.

 

L’aliénation des connaissances de l’homme à la machine s’effectuant souvent dans le contexte de licenciements, pour ceux qui restent la charge de travail s’accroît à salaire constant.

L’introduction du numérique n’entre pas en conflit avec les « usages marchands » du capitalisme comme l’affirmait Lojkine mais accentue la contradiction Capital Travail.

 

Dans cette transformation des modes de travail le savoir-faire ouvrier intégré auparavant dans son travail vivant disparaît, remplacé par l’algorithme intégré à la machine, qui relève du travail mort et ne crée pas de plus-value, suivant la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Et cela même si un seul ouvrier, au lieu de quatre il y a 20 ans, peut conduire plusieurs machines.

« En résumé, la baisse tendancielle du taux de profit va de pair avec une hausse tendancielle du taux de plus-value, donc avec un accroissement du degré d’exploitation ». [Le Capital – III, troisième section – X – influences contraires]

L’automatisation accroît les contradictions du capitalisme.

 

Enfin, les transformations matérielles s’accompagnent d’un bourrage de crâne pompeusement baptisé philosophie d’entreprise : rationalisation des modes d’intervention, de rangement, de nettoyage, etc. destinée à refiler aux ouvriers le boulot de l’encadrement, des anciens services annexes, voire de l’entretien. La « tortue de Crosby », les 5S[7] et la Total Productive Maintenance ont pour finalité l’augmentation de la productivité à salaire égal ou inférieur et l’ajout de tâches supplémentaires.

« 35 % de l’effectif  impliqué ! »… « Ils ont été souvent surpris du nombre d’actions qu’ils pouvaient mener eux-mêmes, sans  coût élevé, alors qu’ils étaient habitués à appeler la maintenance au moindre problème »… «  les opérateurs ont pris goût à cette méthode qui redistribue les rôles dans leur espace de travail », etc. [tract d’autosatisfaction de la succursale polonaise d’un groupe français]

 

Lancée au Japon en 1971, la TPM se développe ici comme par hasard dans les années 80 et d’abord dans l’automobile, pour faire pièce à la concurrence mondiale, mais aussi pour récupérer au centuple  la 5e semaine et des RTT : « acquis » chèrement payés par la hausse inégalée de la productivité, le blocage des salaires et la dégringolade des grilles de classification. L’ouvrier de fabrication se voit chargé d’effectuer la « maintenance de premier niveau », tandis que – côté entretien – le mécanicien et l’électricien se transforment en un électromécanicien, puis en électromécanicien…fabricant. Une surveillance accrue s’ajoute. Adieu l’apéro amical et l’arrosage fraternel du mariage, de la naissance, de la nouvelle voiture ou de la rallonge, et le dicton gouailleur « on n’est pas payé cher mais on rigole ! ». A quelque chose malheur est bon, les prolos et les techniciens auront pu profiter de ces heures de boniment pour buller aux frais du patron.

 

Ce mouvement n’a rien d’extrêmement nouveau, il prolonge et accélère ce que le capitalisme a initié depuis sa naissance, à la fois dans ce qu’on appelle de nouvelles « révolutions technologiques » et dans la destruction des formes antérieures de production :

« La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les  rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l’ancien mode de  production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce  bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelle distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes. » [Le Manifeste du Parti Communiste]

Les bases d’une société future possible de partage ne résident pas dans la révolution informationnelle. Seul le socialisme peut permettre un bénéfice collectif dans le progrès et les innovations.

 

 

L’idéalisme contemporain : l’information

 

Le caractère immatériel de l’informatique permet de renouveler un genre usé jusqu’à la trame, repris en biologie sous forme d’information traversant les âges, voire transportant une finalité, un projet venu d’on ne sait où, comme dans la thèse de Monod sur la téléonomie :

« L’objectivité cependant nous oblige à reconnaître le caractère téléonomique des êtres vivants, à admettre que, dans leurs structures et performances, ils réalisent et poursuivent un projet. Il y a donc là, au moins en apparence, une contradiction épistémologique profonde. Le problème central de la biologie, c’est cette contradiction elle-même, qu’il s’agit de résoudre si elle n’est qu’apparente, ou de prouver radicalement insoluble si en vérité il en est bien ainsi. » [Monod – le hasard et la nécessité p. 3]

 

« quelque chose constitue le fil de la vie. De quoi est-il fait ? De rien. De rien de matériel. Il est comme une information. L’information est portée par la matière, mais elle dépend peu de la matière qui la porte. L’information perdure quand les objets passent et se transforment. Analyser le monde en termes d’information plutôt qu’en termes d’objets, c’est regarder au-delà des apparences… »[Le fil de la vie – la face immatérielle du vivant – Gaucherel & Gouyon]

 

Le langage courant est envahi des spéculations les plus diverses sur la nature de la révolution informatique, ou informationnelle ou dématérialisée que nous vivons. La multiplication des informations, l’accélération de leur transmission (c’est-à-dire la transformation quantitative et qualitative de leur transmission), ont fait prendre le résultat pour la cause, et l’information elle-même comme la source des transformations qui l’ont affectée.

Depuis la nuit des temps d’autres transformations, comme l’écriture cunéiforme, le papier ou l’imprimerie, avaient déjà affecté la transmission de l’information, sans qu’on parlât de révolution informationnelle pour autant.

 

L’origine réelle de cette nouvelle transformation réside dans les progrès scientifiques et technologiques en électronique.  Ils ont permis en l’espace de 30 ans de passer un ordinateur individuel d’une capacité de quelques Kilo octets[8] au téraoctet et de communiquer instantanément au bout de la terre, via plusieurs réseaux.

D’autres technologies sont envisagées, davantage miniaturisées et accélérées, pour remplacer le principe d’une mémoire constituée de transistors polarisés positivement ou négativement, de façon volatile ou non, réversible ou pas, on parle de transfert de mémoire sur un électron unique, de transmission quantique, de cryptographie quantique, voire d’ordinateur quantique. Ces progrès correspondent aux découvertes théoriques et pratiques réalisées dans la décomposition des atomes et des particules, dans l’identification de leurs états de polarisation ou de spin, et dans la manipulation de ces états.

Mais, mise à toutes les sauces, des jeux vidéo aux particules et à l’acide désoxyribonucléique, l’information est présentée par l’idéologie dominante comme le Deus ex machina de l’univers. En fait derrière cet envahissement simplificateur circule encore la notion idéaliste selon laquelle l’idée prime sur la matière et l’information sur son support, et qu’elle est de surcroît indépendante de la matière.

Il est nécessaire de préciser un peu de quoi on parle, par exemple dans le domaine informatique.

L’information ou les data de l’informatique ne constituent qu’une partie de toutes les données traitées et transmises par la machine, qui traite indifféremment le contenu, la forme, le format de transmission, mais aussi le BIOS, le système d’exploitation, les progiciels et leurs applications, etc. Ces derniers sont aussi le fruit d’un savoir-faire cristallisé dans la mémoire de la machine et transformé en outil.

Mais à chaque instant toutes ces formes de la pensée sont transformées en matière et restituées, l’information se transforme en matière et inversement.

 

On parle par commodité de langage informatique entre l’homme et la machine. Mais la notion de langage induit une communication entre deux être pensants, ce qui n’est pas le cas.

Derrière cette ambiguïté se dissimule toute une littérature de science fiction transformant l’informaticien en démiurge et la carte mère en alter ego. Mais qui parle hexadécimal ?

Le langage dont il est question est en réalité une interface pratique permettant soit au programmeur soit à l’utilisateur de manipuler et de transformer des états électriques. C’est un outil évolué.

Le langage binaire ou hexadécimal, les instructions, etc. ne parlent pas à la machine mais à son utilisateur, constituent une traduction intelligible, comme la pierre de Rosette, des écritures et des lectures effectuées en dur par l’homme sur les composants de la machine.

L’intelligence artificielle apparente est la manifestation d’une intelligence humaine, qui a préalablement associé chaque touche du clavier ou chaque pixel de l’écran à un code dans une  table, anticipé la signification de chaque signal en fonction d’une configuration donnée, défini la séquence de lecture de ces signaux, leur décodage et leur transformation en données binaires, le traitement à leur attribuer dans les circuits de calcul, et en sens inverse les signaux de retour, etc. La machine n’est qu’un prolongement du cerveau et de la main.

 

Un logiciel est donc un ensemble d’instructions écrit dans un langage évolué de programmation. A l’aide d’un langage encore plus évolué, plus parlant et destiné à l’utilisateur, il permet de traiter les données, par exemple rédiger et mettre en forme un texte.

En sens inverse le logiciel n’est utilisable dans l’ordinateur qu’à travers sa compilation en langage machine, puis dans une combinaison d’états électriques binaires correspondant à des basculements électroniques. A ce stade le logiciel est évidemment matérialisé dans le disque dur, dans les mémoires, dans les registres du processeur. Mais du reste il l’est aussi tout au long de sa création sur une machine, à travers les divers codages et leur enregistrement, dans son stockage et dans sa transmission, quel qu’en soit le support. Où devient-il immatériel ? Dans le cerveau du programmeur ? Non plus.

 

[1] Matérialisme et Empiriocriticisme, p. 271.

[2] Niels Bohr, Atomic Theory and the Description of Nature, Woodbridge, Conn. : Ox Bow Press, 1987, traduit pas mes soins. (Note de l’auteur Trinh Xuan Thuan)

[3]  Voir l’interview de Jacques Robin « un autre monde est possible ». Et son article « du groupe des dix à Transversales »

[4] De la même façon que les activités bénévoles des retraités, présentées par Bernard Friot comme partie constituante d’une « valeur économique » qui ne serait pas propre au capitalisme contrairement à la valeur d’échange. Or la valeur d’échange n’est pas non plus propre au capitalisme et ne disparaît pas avec lui. Les thèses de Friot aboutissent à « dépasser le capitalisme » en faisant l’économie de la société socialiste…

[5] Bien que Pierre Rabhi fût un temps lui-même ouvrier spécialisé, membre de la classe ouvrière en soi, mais non pour soi c’est-à-dire conscient de son appartenance de classe, comme son enfance et son histoire personnelle le conduisit à se tenir à l’écart de la lutte de libération nationale du peuple algérien.

[6] Le mouvement du simple vers le complexe vaut aussi de la particule vers l’infiniment grand mais inversement vers l’infiniment petit puisqu’elle se divise à son tour et de plus en plus.

[7] (Seiri  = ranger, Seiso  =nettoyer, Seiketsu = conserver en ordre proprement, Shitsuke = formaliser et impliquer)

[8] En 1980 le ZX80 ne dépassait pas 1,5 Ko et le Commodore Vic20 doté d’un processeur MOS 6502, n’avait que 5Ko de mémoire vive. Les bricoleurs devaient s’imprimer une carte additive pour aller plus loin et les programmes étaient stockés sur une cassette. Par contre le fonctionnement et la matérialité de ces machines étaient accessibles au profane.

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L’ADN du chimpanzé révèle une part de l’humain

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Le premier séquençage du génome d’un grand singe vient d’être achevé par un consortium international. Sa comparaison avec celui de l’homme pourrait permettre de mieux comprendre l’évolution de ces espèces soeurs. En attendant, peut-être, des retombées médicales

LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par Hervé Morin

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Charles darwin fut caricaturé en singe pour avoir osé agripper l’homme sur une simple branche de l’arbre de l’évolution des espèces. Dès 1871, le grand savant avait pourtant raison de faire de l’être humain et des grands singes des cousins et la génétique moléculaire n’a fait que conforter sa vision. La publication, dans la revue Nature , jeudi 1er septembre, de la séquence du génome du chimpanzé, et sa comparaison avec celle de l’homme, en offre une nouvelle illustration. En ne levant encore qu’un coin du voile sur la grande question : « Qu’est-ce qui fait de nous des humains ? »

Le chimpanzé commun (Pan troglodytes ) et le bonobo (Pan paniscus ), qui ont divergé il y a environ 2 millions d’années, sont nos parents les plus proches sur le plan évolutif. Au point que certains, iconoclastes, ont proposé de les classerdans le genre Homo (Le Monde du 27 juin 2003). Nous sommes, en effet, issus d’un ancêtre commun qui a vécu, selon les paléontologues, il y a 6 à 8 millions d’années. C’est pourquoi les généticiens ont imaginé, au milieu des années 1990, alors que les projets de séquençage du génome de l’homme et de la souris étaient lancés, de décrypter aussi celui des grands singes.

Un consortium international ­ principalement américain ­ a été mis sur pied pour séquencer celui du chimpanzé. Les 67 chercheurs associés au projet ont choisi d’analyser le patrimoine génétique de Clint, un pensionnaire du Centre national de recherche sur les primates d’Atlanta. Ce descendant d’une sous-espèce originaire d’Afrique de l’Ouest (P. troglodytes verus ) est mort en 2004, d’une crise cardiaque, à 24 ans. Un décès précoce pour un animal en captivité.

Ses cellules sanguines n’en ont pas moins permis de livrer la première séquence d’un primate non humain, après celle d’Homo sapiens en 2001, et la quatrième d’un mammifère ; celle de la souris avait été décrite en décembre 2002 et celle du rat en mars 2004.

« Le séquençage du génome du chimpanzé est un accomplissement historique qui conduira à de nombreuses découvertes excitantes ayant des implications pour la santé humaine » , se félicite Francis Collins, le directeur de l’Institut de recherche sur le génome humain américain, partenaire du projet. Mais « cela ne représente que la partie émergée de l’iceberg dans l’exploration des racines génétiques de nos différences biologiques » , estime LaDeana Hillier (université de Washington), coauteur de l’étude.

Qu’a-t-on découvert ? Sans surprise, il se confirme que le chimpanzé et l’homme ont en partage la très grande majorité de leur patrimoine génétique. Sur les quelque 3 milliards de paires de bases formant la trame de la double hélice d’ADN dont les chromosomes sont constitués, une très faible proportion diffère : si l’on déroulait les deux séquences, elles seraient identiques à presque 99 %. Les substitutions ponctuelles que l’on peut observer entre les copies du génome humain et celui du chimpanzé ne représentent que 1,23 %. Si l’on prend comme critère de mesure les insertions et les délétions ­ des mécanismes de mutation ­, la similarité s’élève encore à 96 %.

Pour l’exprimer autrement, les différences génétiques entre les humains et les chimpanzés sont 60 fois moindres qu’entre l’homme et la souris ­ et dix fois moindres qu’entre la souris et le rat. Mais la différence entre le génome du primate Clint et celui de l’humain Craig Venter ­ le généticien qui a soumis son ADN au séquençage ­ est dix fois plus grande que celle existant entre deux génomes humains.

Cette faible distance génétique entre homme et chimpanzé n’est que relative. Elle peut aussi être analysée en valeur absolue. Le catalogue des différences génétiques dressées par le consortium culmine à 35 millions de changements de nucléotides isolés et à 5 millions d’insertions et de délétions. L’analyse de ces différences génétiques n’aura donc rien de trivial.

Ce travail a commencé. Nature en présente les premiers résultats. Les chercheurs ont constaté que les humains, comme les chimpanzés, ont accumulé au cours de l’évolution un nombre de mutations potentiellement délétères plus élevé que les rats et les souris. Ce qui constitue, en principe, un handicap mais peut aussi se transformer en avantage en cas de changement rapide de l’environnement.

Certaines classes de gènes semblent avoir évolué plus rapidement chez les humains que chez les chimpanzés ­ il s’agit notamment des facteurs de transcription qui régulent l’activité de cascades de gènes. Par ailleurs, une cinquantaine de gènes présents chez l’homme manquent purement et simplement chez le chimpanzé. Certains sont impliqués dans la réponse immunitaire et les phénomènes inflammatoires. A l’inverse, l’homme a perdu un gène protégeant les autres mammifères de la maladie d’Alzheimer.

La comparaison des deux génomes, espèrent les chercheurs, pourrait donc avoir des implications médicales importantes, à condition d’identifier les mutations significatives, parmi des millions, dont la plupart sont neutres.

Dans un article publié par Science , les généticiens Edwin McConkey et Ajit Varki, pionniers de l’étude du génome du chimpanzé, rappellent abruptement que la comparaison de ces génomes « n’a encore offert aucun aperçu majeur des éléments génétiques qui sous-tendent la bipédie, un gros cerveau, des capacités linguistiques, des pensées abstraites élaborées, ou tout ce qui rend l’homme unique » . Cela peut sembler décevant, poursuivent-ils, « mais ce n’est que le dernier exemple de ce que la recherche en génomique a déjà établi : l’interprétation des séquences d’ADN requiert des informations fonctionnelles sur cet organisme qui ne peuvent pas être déduites de la séquence elle-même ».

En résumé, il faut étudier où, quand et à quel degré les gènes sont exprimés au cours du développement de l’animal et en quoi l’environnement influe sur cette activité génétique. Il faudra aussi élargir le spectre des génomes à d’autres grands singes, pour affiner l’histoire évolutive des primates. Le séquençage du génome de Clint, pas plus que celui de l’homme, ne peut être considéré comme un aboutissement. S’ils ne constituent qu’un point de départ, ils n’en restent pas moins essentiels.

 
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Publié par le août 4, 2018 dans sciences

 

François-Marie Bréon : «La lutte pour le climat est contraire aux libertés individuelles»

Par Aurore Coulaud —  (mis à jour le )
Vague de chaleur à Karachi, au Pakistan, le 29 mai.
Vague de chaleur à Karachi, au Pakistan, le 29 mai. Photo Rizwan Tabassum. AFP

Pour le climatologue François-Marie Bréon, atténuer le réchauffement impose des choix drastiques, coûteux et impopulaires.

François-Marie Bréon, chercheur en climatologie et directeur adjoint du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), énonce les mesures radicales à mettre en œuvre dans la lutte contre le réchauffement climatique ayant pour conséquence la multiplication des vagues de chaleur dans le monde.

Sans faire de «fiction climatique», à quel scénario doit-on se préparer dans les années qui viennent ?

La fréquence des vagues de chaleur va s’accroître. L’amplitude de la canicule actuelle n’est pas exceptionnelle. Celle qu’a connue l’Europe en 2003 était beaucoup plus intense. Les simulations climatiques indiquent que, dans les années 2050, on subira une année sur deux en moyenne un épisode du type de 2003.

Ce réchauffement climatique est-il irréversible ?

Nous ne pourrons jamais revenir à des températures dites normales, sauf si on divise la population par dix, ce qui aura forcément pour effet de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Moins d’avions, moins de logements chauffés, etc. Aujourd’hui, il faudrait diviser nos émissions par quatre pour stabiliser le climat à un réchauffement limité à 2°C [le niveau que recommande l’accord de Paris sur le climat signé en 2015 à la COP 21, ndlr]. Même la France, pourtant sensible à la question, a augmenté l’année dernière ses émissions de 2 %.

Quelles mesures faudrait-il adopter ?

Il faut décourager les gens de prendre l’avion et la voiture. On sait que la baisse de la vitesse sur les routes permet de diminuer les gaz à effet de serre. Il faudrait également augmenter le prix du gaz, de l’essence mais aussi multiplier celui des billets d’avion par trois, améliorer l’isolation des bâtiments existants. Mais toutes ces mesures ne seraient pas bonnes pour l’économie et seraient clairement impopulaires. La lutte contre le changement climatique est incompatible avec le tourisme international et de nombreux secteurs économiques. Les mesures qu’il faudrait prendre seront difficilement acceptées. On peut dire que la lutte contre le changement climatique est contraire aux libertés individuelles et donc sans doute avec la démocratie.

Les climatiseurs connaissent un regain d’intérêt. Pourtant on sait que certains rejettent des fluides responsables de l’augmentation des gaz à effet de serre…

La climatisation utilise surtout beaucoup d’énergie qui elle-même émet des gaz à effet de serre. En France, cet usage n’est pas vraiment un gros problème écologique, car notre électricité est décarbonée, c’est-à-dire que sa production n’émet pas de CO2 ou très peu. Le problème vient des énergies fossiles, comme en Allemagne où l’électricité est majoritairement produite par des centrales à charbon ou au gaz.

Selon vous, les centrales nucléaires seraient donc nécessaires dans la lutte contre le changement climatique, malgré les risques qu’elles représentent ?

Il ne faut pas fermer les centrales que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a considérées comme «sûres». La lutte contre le changement climatique doit se concentrer, en France, sur les transports et le chauffage qui sont de gros émetteurs de dioxyde de carbone. Non sur l’électricité.

Et l’énergie solaire dans tout ça ?

C’est de l’argent jeté par les fenêtres. Les panneaux photovoltaïques fournissent peu d’électricité en hiver lorsque la consommation est maximale, et beaucoup en été lorsque la consommation est minimale.

Aurore Coulaud

 
 

la sécurité nucléaire n’est pas un jeu par Amar Bellal

GREENPEACE ET SON DRONE « SUPERMAN » : LA SÉCURITÉ NUCLÉAIRE N’EST PAS UN JEU.

Imaginons qu’un bateau à moteur télécommandé, un simple jouet pour adulte, dirigé à distance par des militants de Greenpeace, fonce sur un immense navire GNL (gaz naturel liquéfié) contenant une quantité fantastique de gaz, potentiellement, l’équivalent de plusieurs fois l’explosion d’Hiroshima en énergie thermique. Imaginons aussi que ce petit bateau miniature soit en plus recouvert d’un déguisement représentant « flipper » le petit dauphin ou tout autre héros de dessins animés. Une telle scène serait, reconnaissons-le, assez coquasse à filmer. Quelle serait alors notre réaction et l’écho que donneraient les médias à la diffusion d’une telle vidéo ?

Elle apparaitrait comme naturellement insignifiante : on comprendrait sans mal qu’il faudrait mobiliser des moyens bien plus conséquents (et donc bien plus visibles) pour vraiment commencer à menacer un tel navire, à savoir percer sa coque, et en plus, déclencher une explosion suffisante pour servir de détonateur à un cataclysme, et ce à proximité d’un port d’une grande ville.

Et pourtant l’action menée récemment par Greenpeace avec un drone déguisé en Superman (qui révèle en creux les motivations ludiques de l’action de ces militants, et leurs références culturelles) , sur une centrale nucléaire, est bien plus inoffensive si on y regarde de plus près, compte tenu de la protection de béton dont bénéficie la piscine abritant le combustible, blindage bien supérieur à celui d’un navire GNL flottant sur l’eau, doté d’une double coque de quelques centimètres d’acier seulement. Mais dans le cas du drone et de la centrale nucléaire, cela fera la une des médias, on relaiera volontiers la vidéo sur les réseaux sociaux, en se faisant peur, et on réussira l’exploit de faire passer cela comme une démonstration de la vulnérabilité de nos installations nucléaires face à une attaque terroriste .

Je ne reviendrai pas sur les actions d’intrusion de militants de Greenpeace sur les sites nucléaires, cela a déjà été traité dans un autre article (voir ci-dessous le lien), et action qui ne démontre rien, et s’apparente plus à un jeu assez dangereux de la part de cette organisation qu’à une réelle démarche constructive visant à améliorer la sécurité.

Revenons plutôt à nouveau sur le survol par un drone de la piscine du réacteur afin d’éclairer quelques points autour de la protection de ces sites.

Pour percer le mur de protection de béton de la piscine de stockage du combustible, il faudrait une vraie arme de guerre, qu’on ne peut pas vraiment acheminer par voie aérienne et beaucoup moins discrète qu’un petit drone acheté à la FNAC. Un avion, un vrai, pas un drone donc, qui s’écrase sur un mur de béton, l’endommagerait sur quelques centimètres d’épaisseur, mais ne pourrait pas le percer. C’est de la mécanique assez simple : un avion n’est rien d’autre qu’une enveloppe somme toute très mince, et surtout, légère (pour que ça puisse voler, cela se comprend) Une telle enveloppe jetée sur une paroi en dur comme du béton , même à plusieurs centaines de km/h, s’écrasera provoquant une explosion à la surface de la paroi (des tests d’avions de chasse lancés contre un mur en béton à plusieurs centaines de km/h montrent bien ce phénomène, en conformité avec les simulations de logiciels de crash test). C’est ce que l’on voit lors des catastrophes aériennes comme celle survenue dans les Alpes avec le suicide du pilote écrasant volontairement un avion de ligne : pas de cratère au sol mais des milliers de débris éparpillés sur des km2. On n’a pas ici l’effet « obus », arme destinée à détruire avec une pointe en dur et une forte masse pour acquérir un maximum d’inertie. Pour vraiment percer un tel mur en béton (plusieurs dizaines de centimètres d’épaisseur dans le cas de ces piscines, par contre pour le bâtiment réacteur, c’est plusieurs mètres d’épaisseur de béton…pour contenir la pression éventuellement provoquée par un accident), il faut donc un appareil vraiment étudié pour ça, un avion de ligne ne suffit pas.

D’autant que les sites sont surveillés et un tel avion serait vite abattu, l’aviation militaire étant en alerte permanente sur ces espaces aériens particulièrement sensibles et surveillés : moyens militaires qu’on ne mobilise pas pour un drone qui décolle à quelques centaines de mètres du site. Précisions aussi que cela n’a rien à voir ici avec un appareil qui s’écrase et s’engouffre dans les étages d’une structure métallique comme les tours du World Trade Center : il s’agit ici encore une fois de béton, sans compter qu’entre viser des énormes tours de grande hauteur et viser une cible au sol aussi petite qu’une piscine de ce type, et ce à une vitesse de 800km/h, pour le deuxième cas, il faut être un pilote exceptionnel (en plus d’avoir le profil psychologique si particulier d’un terroriste…).

Bref, il faut une arme volante, un avion de combat par exemple, doté de missiles étudiés pour cela, et piloté par un professionnel, un militaire. Dans ce cas, c’est une tout autre histoire : le pays est en guerre et une puissance militaire étrangère a réussi à pénétrer l’espace aérien national. Toutes les installations sont alors concernées : sites seveso, barrages hydrauliques, et les cibles bien plus efficaces et directes, les villes et centres urbains… on sort complètement du cadre de la prétendue démonstration de Greenpeace.

Mais allons plus loin, imaginons vraiment qu’une arme de guerre puisse être acheminée suffisamment près d’un site nucléaire sur terre, et qu’elle n’ait pas été détectée à temps. Comme expliqué dans un précédent post (voir lien ci dessous), les autorités ont depuis longtemps mis en place un dispositif de surveillance 24/24, avec des groupes GIGN dédiés pour chacune de la vingtaine de sites concernées en France : une telle action serait donc assez vite neutralisée. Mais admettons que cela se produise vraiment, et que des terroristes réussissent à percer un tel mur de béton, et en plus, percer la paroi de la piscine derrière, ce qui relève d’une véritable action militaire rappelons-le. Dans ce cas, même si le groupe terroriste est vite neutralisé, le mal sera déjà fait : la brèche provoquera une fuite d’eau de la piscine qui se videra dangereusement. Ici le problème sera alors de maintenir les colis de combustible dans l’eau, et intervenir très vite dans un espace qui n’a heureusement rien a voir avec celui d’un réacteur encore sous pression où il est difficile d’entrer (cas de l’accident de Fukushima). Acheminer plusieurs mètres cube d’eau par hélicoptère toutes les 15 minutes, dans l’heure qui suit l’acte terroriste, est somme toute réalisable et certainement déjà prévu : en effet l’éventualité d’une telle attaque est prise très au sérieux contrairement à ce qu’affirme Greenpeace (cas d’une attaque au lance roquette contre une piscine de réacteur et de fuite d’eau qui en résulterait) et des plans d’interventions existent, avec du matériel de secours, des pompes, des réservoirs d’eau, des hélicoptères porteur d’eau etc dédiés. Ces actions d’urgence seront ainsi prises, le temps de déplacer les colis ou même de colmater la fuite. Et bien-sûr, un tel acte de guerre provoquerait une hausse de plusieurs niveaux de la surveillance et une présence militaire qui deviendrait constante autour des sites.

Mais rappelons que ce raisonnement peut aussi être appliqué pour les centaines de sites Seveso sur le territoire (avec dans ce cas de réels risques d’explosion, pas simplement une fuite d’eau à gérer), les dizaines de grand barrages menaçant des villes de plusieurs centaines de milliers d’habitants, les grosses installations pétrolières et gazières (exemple du navire GNL plus haut). On comprend alors que la démarche de Greenpeace est une fuite en avant, et c’est surtout un jeu dangereux, car elle demanderait une telle transparence dans les dispositifs de sécurité, qu’elle rendrait tous ces sites au contraire de plus en plus vulnérables, le travail des forces de surveillance et de renseignement de plus en plus difficile, et pourrait susciter des idées d’actes pour quelques groupes d’allumés. Le déguisement en Superman du drone, montre d’ailleurs le niveau d’inconscience de ces militants qui considèrent cela comme un jeu. Non, on ne joue pas avec ces sujets, et si on veut vraiment améliorer la sécurité de ces sites et qu’on pense être suffisamment compétents sur ce sujet et avoir des choses valables à dire, il y a alors les lieux de réunions et les commissions dédiés qui existent dans les institutions.

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Publié par le juillet 8, 2018 dans sciences

 

Alternative économique : Les filles, les maths et le système soviétique

PHOTO : © iStock/Getty Images
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EDUCATION

MARTIN ANOTA

Depuis les années 1980, à travers le monde, les filles ont fortement réduit (et même inversé) le retard qu’elles ont pu connaître relativement aux garçons en matière d’éducation et investi, notamment pour cette raison, de nombreuses professions où elles pouvaient être jusqu’alors relativement absentes. Il y a toutefois un domaine où les filles restent désavantagées par rapport aux garçons : les mathématiques. Non seulement leurs performances sont moins bonnes dans cette discipline, mais elles restent aussi éloignées des professions utilisant le plus les maths.

Stéréotypes

Deux grandes théories s’opposent pour expliquer les écarts de performances entre filles et garçons en mathématiques. D’un côté, certains estiment que cette inégalité découle de différences biologiques, donc innées. Ils avancent notamment l’hypothèse que les hommes présenteraient naturellement un plus large panel de capacités intellectuelles. Pour d’autres, elle est avant tout culturelle et s’explique par les stéréotypes que véhicule la société1.

En l’occurrence, les filles pourraient aussi bien souffrir de discriminations que d’autocensure : par exemple, elles peuvent penser ne pas être faites pour les maths, si bien qu’elles tendent à se décourager dans cette discipline, mais ce découragement se traduit forcément par de moins bons résultats qui viennent « confirmer » les stéréotypes ; elles peuvent penser qu’elles vont plus facilement réussir dans certains métiers (notamment liés au relationnel, à la santé et à l’enseignement), si bien qu’elles s’investissent davantage dans des activités ou des formations associées à ces professions, comme les langues, la psychologie ou la médecine, etc. L’école elle-même n’est peut-être pas neutre : par exemple, lors des conseils de classes, il serait davantage proposé aux garçons qu’aux filles d’aller en filière scientifique lorsque ces élèves n’osent pas le demander mais que leurs résultats leur permettraient pourtant de le faire [Duru-Bellat, 1990].

Quentin Lippmann et Claudia Senik2 (2018) ont utilisé la division de l’Allemagne en deux blocs, la République fédérale d’Allemagne (RFA) à l’ouest et la République démocratique allemande (RDA) à l’est, comme expérience naturelle pour expliquer les inégalités entre garçons et filles en matière de performances mathématiques. Ils constatent que la mauvaise performance des filles en mathématiques est bien moindre dans les régions qui appartenaient à la RDA que dans les régions ayant appartenu à la RFA.

Des Allemandes de l’Est plus confiantes

Ils relèvent en outre que cet écart s’explique, non pas par des facteurs tels que les différences en matière de conditions économiques, de manière d’enseigner ou d’organisation des classes, mais par les attitudes des filles : relativement à leurs consœurs de l’Ouest, les filles d’Allemagne de l’Est se sentent moins anxieuses et plus confiantes à propos de leurs aptitudes mathématiques et elles font davantage preuve d’un esprit de compétition. Il apparaît en outre que les améliorations des filles en mathématiques ne se sont pas faites au prix d’une détérioration de leur compétence traditionnelle, en l’occurrence celle la lecture. Enfin, en élargissant la focale, Lippman et Senik notent que ces constats ne sont pas propres à l’Allemagne : les inégalités entre les sexes dans les performances économiques sont plus faibles, voire inexistantes, dans les pays qui faisaient partie du bloc soviétique que dans le reste de l’Europe.

En RDA, les filles auraient réduit leurs difficultés en mathématiques parce que les institutions ont cherché à réduire les inégalités entre hommes et femmes

Ce changement de l’attitude des filles face aux mathématiques trouve une explication institutionnelle : en RDA, les filles auraient réduit leurs difficultés en mathématiques parce que les institutions ont cherché à réduire les inégalités entre hommes et femmes. En RDA, comme dans bien d’autres pays du bloc soviétique, l’Etat a fait de l’emploi un droit universel tout autant qu’un devoir, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Il a ainsi mis en œuvre plusieurs mesures visant à rendre compatibles la vie professionnelle et la vie domestique pour les femmes, afin que ces dernières puissent autant s’impliquer dans leur vie professionnelle que les hommes. Ces politiques se sont traduites par une modification des représentations des rôles sociaux associés à chaque sexe. Parallèlement, l’image de l’homme pouvoir de ressources (breadwinner) a pu se renforcer en RFA, notamment avec l’adoption de politiques compliquant l’entrée et le maintien des femmes dans la vie active.

Bien évidemment, Lippmann et Senik ne cherchent pas à démontrer et ne démontrent pas que le modèle soviétique était globalement favorable aux femmes. En revanche, ils aboutissent à deux conclusions particulièrement importantes. D’une part, une grande part des écarts de réussite entre filles et garçons dans les mathématiques découle des stéréotypes de genre. D’autre part, les institutions peuvent modifier ces stéréotypes.

Martin Anota est professeur de sciences économiques et sociales (SES) au lycée René-Descartes, à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne).

  • 1.Marie Duru-Bellat, Marie (1990), L’école des filles ? Quelles formations pour quels rôles sociaux ? ; Ainara Gonzalez de San Roman et Sara de la Rica (2012), « Gender Gaps in PISA Test Scores : The Impact of Social Norms and the Mother’s Transmission of Role Attitudes », IZA, Discussion paper n° 6338 ; Luigi Guiso, Ferdinando Monte, Paola Sapienza et Luigi Zingales (2008), « Culture, Gender, and Math »,  Science, vol. 320 ; Quentin Lippman et Claudia Senik (2018), « Math, Girls and Socialism », IZA, Discussion paper n° 11532 ; Natalia Nollenberger et Núria Rodriguez-Planas (2017), « Let the Girls Learn ! It is Not Only About Math… It’s About Gender Social Norms », IZA, Discussion paper n° 10625.
  • 2.Quentin Lippman et Claudia Senik (2018), « Math, Girls and Socialism », IZA, Discussion papern° 11532, mai.
 
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Publié par le juin 6, 2018 dans femmes, HISTOIRE, sciences, SOCIETE

 

POUR UNE VÉRITABLE CULTURE INDUSTRIELLE, ROMPRE AVEC L’INFANTILISME TECHNOLOGIQUE

Contribution pour le congrès du PCF – Amar Bellal

   

 

Un enjeu central

L’industrie est le cœur de la production de richesse d’un pays : nous pouvons tirer n’importe quel fil de l’activité humaine, l’enseignement, le secteur de la santé, le transport, au bout se trouvera immanquablement un processus de production, une usine pour le dire plus simplement. Le secteur des services, bien souvent, n’est en effet qu’au service d’un processus industriel ou en dépend très étroitement  : sans un secteur industriel fort, l’équilibre se situant autour de 10-15%, un pays est condamné, à plus ou moins long terme, car obligé d’importer massivement les produits qu’il consomme, avec le déséquilibre de la balance commerciale et l’appauvrissement qui s’en suivent. Un pays qui ne vivrait qu’avec un secteur primaire et un secteur secondaire, ne pourrait pas survivre longtemps. Cela doit occuper une place importante dans notre réflexion

Un défaut grave de culture industrielle dans le parti

On se heurte pourtant à une difficulté. La sociologie du parti a beaucoup changé, et plus particulièrement parmi ceux qui animent les groupes d’idées et ceux chargés de rassembler notre réflexion sur ce sujet: beaucoup d’enseignants, de camarades issus des sciences humaines, qui n’ont pas toujours beaucoup d’expérience dans ces secteurs. Il ne s’agit ici pas de les blâmer bien sûr, l’auteur de ces lignes en est d’ailleurs issu. Mais convenons- en : il en découle souvent un désintérêt et un manque d’expertise autour de ces enjeux dans le parti. Cette perte d’expertise est dramatique car elle est la porte ouverte à toutes sortes d’utopies faciles d’accès, qui donnent l’impression de fournir une culture dans ce domaine à peu de frais. Cette culture, souvent, se limite à la lecture du dernier livre à la mode qui met en avant telle ou telle vison utopiste de ce que serait l’industrie de demain par exemple. Ainsi en est il de la fascination autour des imprimantes 3D, des Fablab, de la société du « tous producteurs », de certaines visions proudhoniennes de l’économie, des graves sous-estimations des défis énergétiques… Il faut dire que les philosophes et les sociologues, spécialisés dans la narration de certaines utopies technologistes, ne manquent pas : Besnier, Rifkin, Morin, Stiegler … pseudo-visionnaires qui ont pour point commun de ne pas comprendre grand-chose aux réalités industrielles et au monde de la recherche, pour ne s’y être jamais vraiment frotté, et pour tout dire, n’y avoir jamais travaillé et n’ayant jamais réalisé le moindre projet concret. Et ce sont, hélas, les livres de chevet de beaucoup de dirigeants à gauche, qui s’imaginent ainsi être à la pointe de l’avant-gardisme avec ce genre d’idées

Pourtant, il suffit d’échanger avec quelques ingénieurs, ou chercheurs d’école d’ingénieur, d’institut de technologie, en process de production, en génie productique, pour comprendre que ces visions, sont surtout idéologiques et ne s’appuient sur rien de vraiment crédible. Les évolutions de l’industrie et ses bouleversements sont ailleurs, ce qu’on recouvre par le terme générique d’usine du futur, beaucoup plus difficile à appréhender, mais dont les germes sont déjà là, aux conséquences indiscutables sur les conditions de travail, lorsqu’on prend la peine de discuter avec des salariés ou des militants syndicaux sur le terrain.

Ici faisons une liste des « égarements » les plus fréquemment rencontrés sur le sujet : un premier pas serait en effet de déconstruire les visions simplistes  et erronées autour de la production et de l’industrie.

 

La paillasse de laboratoire et la grande échelle

Ce qui fonctionne sur une paillasse de laboratoire ne fonctionne pas forcément à grande échelle. Ainsi en est-il par exemple des utopies sur la « société hydrogène » et la production d’énergie décentralisée qui nous permettraient, selon certains, de nous passer des grandes unités de productions. La pile à combustible existe, la voiture à hydrogène existe, et ce depuis plusieurs dizaines d’années, mais si cela ne se généralise pas, ce n’est pas parce qu il y aurait un complot contre cette technologie fomenté par les industriels de l’automobile par exemple, mais tout simplement parce que c’est très cher et d’un rendement médiocre, et que les chercheurs du monde entier ne trouvent tout simplement pas de solution pour qu’il en soit autrement. Le domaine de l’énergie est d’ailleurs un des secteurs les plus propices à ces visions qui font fi des ordres de grandeurs et de l’état réel des technologies à plus ou moins long terme. Comment expliquer cela à un dirigeant politique qui, ayant lu le dernier livre de Rifkin, ne jure que par cela, et s’imagine ainsi être un avant-gardiste visionnaire avec ces idées, face à des scientifiques ringards et frileux selon lui, qui lui expliquent le contraire  ? C’est très difficile… (c’est du vécu)

Notre penchant pour la science fiction et le sensationnel

On pourrait aussi citer le délire autour de l’homme augmenté et du transhumanisme. C’est la première chose qui nous vient à l’idée lorsqu’on évoque les progrès de la robotique appliquée à l’homme sous forme de prothèses évoluées. Mais l’écrasante majorité des chercheurs en robotique, dans ce domaine précis, cherchent tout simplement à améliorer le quotidien de personnes qui ont perdu un membre et sont gravement handicapées, ou bien ils cherchent par exemple à fabriquer un cœur artificiel le plus fiable possible: non pas pour créer de nouvelles émotions artificielles, dans un délire puéril de film de science fiction, mais plus prosaïquement pour prolonger la vie de milliers de personnes. Et nous passons à coté de cela, de toute une filière, nous focalisant sur l’accessoire, en contribuant à véhiculer les fantasmes de certains philosophes qui voient venir la fin de l’humanité ou une menace pour l’espèce humaine. Pour qu’il en soit autrement il faudrait fréquenter vraiment les chercheurs de cette discipline et s’y intéresser sincèrement, débattre avec eux, quitte à écrire des livres moins sensationnels. Peut-être aussi faire un stage de découverte pour s’immerger dans le monde de la recherche et de l’industrie : il n’y a pas de honte à cela, et cela éviterait d’écrire et de professer des contrevérités.

Nous pourrions citer des dizaines d’exemples de ce type où, y compris au PCF, nous naviguons entre absence complète d’analyse et analyses complètement erronées qui se focalisent sur des aspects périphériques en passant à coté de l’essentiel.

Une utopie technologiste emblématique : les Fablab

L’avenir serait aux fablab et aux associations de quartier de type « do it yourself » (faites-le vous-même), le tout sous couvert d’une aspiration à l’ émancipation de chacun, enfin libre de produire soi- même la poignée de porte cassée de son logement dans son Fablab de quartier, plutôt que d’aller l’acheter à Castorama, acte très aliénant il va sans dire, et selon son désir bien sûr et pour l’usage voulu: ça c’est pour le volet « émancipation »… Ce serait annonciateur de la fin des usines telles qu’on les connaît, la fin des gros centres de production : place à la décentralisation des productions, au partage des savoirs et des connaissances, qui feront que n’importe qui pourra produire ce que bon lui semble en s’improvisant ingénieur, technicien et ouvrier spécialisé, dans la branche qu’il veut, selon la pièce ou l’objet qu’il veut produire soi-même, et en téléchargeant le plan de fabrication sur internet sur des plateformes collaboratives etc (dans ce cas, il ne faut pas avoir peur de sacrifier ses congés de Noël, si les freins de son vélo lâchent, et qu’on ne veut surtout pas passer chez Décathlon…).

C’est évidemment une vision naïve du monde qui nous entoure, car elle sous-estime le haut niveau de technicité des objets les plus banals qui nous entourent et les problèmes ardus qu’ont dû résoudre nos ingénieurs et techniciens pour produire des objets avec des cahiers des charges de plus en plus exigeants. En termes de résistance des matériaux, de fiabilité, de normes sanitaires, de sécurité et avec la nécessité de les produire à des centaines de milliers d’exemplaires avec le même niveau de qualité : autant dire que ce n‘est pas à la portée du bricoleur du dimanche ne serait-ce que pour fabriquer un « simple » pédalier de vélo, un stylo-bic ou même un pot de yaourt… Faut il rappeler qu’on a justement inventé la division du travail pour cela, des normes, des métiers très pointus, qui interdisent toute utopie de ce genre à moins d’accepter un recul de civilisation sans précédent avec un retour à l’artisanat. Bien sûr, on peut rétorquer que la Nasa a une imprimante 3D à bord de l’ISS, que la médecine produit des prothèses à partir d’imprimante 3D, qu’Airbus produit également des pièces à partir de ce type de procédé, et s’imaginer qu’on est avant-gardiste en voyant là les prémisses d’une nouvelle révolution des modes de production. Mais justement, c’est parce que dans ces cas très précis et spécifiques, cela a un réel intérêt, c’est ce qu’on appelle des « niches », rien à voir avec un bouleversement général (encore moins une « révolution »). Ainsi, pour la Nasa, l’isolement de l’ISS exige qu’une pièce aussi spécifique soit-elle puisse être produite en urgence en dépannage à bord : en effet, à 400 km d’altitude, les garagistes sont rares. En médecine, une prothèse est unique, pour un être humain, unique lui aussi, qui va la recevoir. Enfin Airbus a les moyens de se payer une imprimante extrêmement performante, très chère et très spécifique aux pièces qu’elle va réaliser, et qui ne serviront que là. D’ailleurs pour que les centres Fablab soient vraiment efficaces, il faudrait disposer de machines et d’ imprimantes 3D très coûteuses et performantes, se spécialiser dans la production de quelques objets précis pour optimiser la matière et en faire beaucoup, et ensuite que ces machines très chères se regroupent dans un même lieu avec du personnel qualifié sachant piloter ces appareils et assembler les pièces du produit fini (pour faire ne serait qu’un vélo il faudrait des dizaines d’imprimantes 3D vus les différentes pièces et matériaux nécessaire). Comment appellera-t-on de tels lieux ? …des usines tout simplement!… On revient ainsi à la case départ, et avec le questionnement des Fablab on rejoue le débat autour du passage de l’artisanat à l’ère moderne de l’efficacité industrielle, depuis longtemps résolu. On se fait plaisir avec un vernis de modèle alternatif rebelle/contestataire. Avec de telles idées, autant dire que les financiers tremblent… L’illusion ici vient du fait qu’on confond l’imprimante 3D du TP de collège du professeur de technologie, soucieux de faire réaliser des « activités » à des élèves, et l’imprimante 3D de l’atelier de PSA ou d’Airbus, qui n ‘est rien d’autre qu’une évolution de l’usinage à commande numérique qui existe déjà. Mais pour le comprendre il faut un minimum de culture technologique et une notion sur les contraintes que pose une ligne de production. Ne pas confondre progrès, niches et révolution technologique.

Appréhender le « temps industriel »

Le temps industriel est un temps long : déployer une technologie, développer une filière, fiabiliser un produit, de l’Airbus A380, au réacteur EPR, en passant par le TGV, ou le dernier moteur à combustion qui sera produit par millions, c’est long et n’est pas souvent compatible avec certaines incantations et impatiences exprimées par des idéologues (surtout âpres au gain et profit immédiats) qui proposent de remplacer des secteurs entiers par des filières qui ne sont pas mûres  et ne dépassent même pas le stade de la paillasse de laboratoire ou du prototype. Ces discours « de la table rase » ont des effets catastrophiques car mettant sous pression des industries entières sommées constamment de justifier de leur utilité, devant sans cesse s’excuser d’exister, provoquant ainsi de graves crises des vocations (la meilleure façon de tuer une filière : envoyer le signal qu’on n’investira plus dans ce domaine, vous videz alors les écoles d’ingénieurs). Comment s’étonner que les facultés de sciences se vident de façon aussi dramatique ? Faut il rappeler qu’il faut 5-6 générations d’effort, de travail, pour développer une filière industrielle d’excellence dans un pays, mais seulement 5 à 10 ans pour la détruire ? C’est ainsi qu il faut veiller à ne pas relayer des discours faciles d’anticipation de la fin de telle ou telle technologie. Ce n’est pas faire preuve d’avant-gardisme de prôner le « nouveau » systématiquement et de vouloir tout remplacer avec une nouvelle idée tous les 2 ans : ce n’est pas sérieux. On devient les idiots utiles du système car ce sont ces discours qui déclenchent en silence la disparition du peu d’industrie qui nous reste : on rejoue en version moderne la fable de « Perrette et le pot au lait », en perdant ce qu’on sait déjà faire avec la promesse de nouvelles filières qui ne verront pas le jour car non viables. Et la finance, s’intéressant de moins en moins aux usines, à la rentabilité médiocre par rapport à la spéculation, s’en frotte les mains.

Un oubli fréquent : le support matériel de la « révolution numérique »

C’est une figure de style au parti : quand on parle de révolution numérique , on parle de bla-bla-car, d’Uber, de Waze, on parle des Gafa, on explique qu’il y a d’immenses potentialités avec les « communs » grâce aux logiciels libres…avec des formules favorites « un autre internet est possible ! si on se donnait les moyens d’une maitrise publique » etc etc ..mais dans ces Rdv et colloques, journées d’étude, on évite soigneusement d’inviter un syndicaliste d’Orange, ou d’Alcatel (maintenant racheté par Nokia), ou un ingénieur des télécom, de l’industrie informatique ou des nouvelles technologies : il n’y a de place que pour les hackers, ou les militants du logiciel libre . C’est symptomatique d’un parti qui n’a plus les moyens d’appréhender le cœur des évolutions profondes dans des pans entiers de l’économie faute de salariés y travaillant, mais plus grave encore, faute même de réelle volonté de comprendre ce qui s’y joue. Il est en effet à la portée de n’importe qui, même de quelqu’un qui n’a jamais travaillé dans ces secteurs, d’avoir la présence d’esprit d’inviter un ingénieur de cette filière afin de nous parler du support de cette révolution numérique : la fabrication des serveurs, des réseaux, des fibres optiques, des composants électroniques, sans lesquels internet et tout le reste n’existeraient pas. Une entreprise comme Alcatel a été rachetée 3 fois déjà, peut être serait-il temps de s’y intéresser et de comprendre que les « données » et leurs traitements sont une dimension essentielle, mais que les « tuyaux » les transportant et ceux qui les fabriquent, sont tout aussi importants. De grands mouvements se font dans le monde impitoyable du capitalisme, pour récupérer des brevets et des savoir-faire précieux de cette industrie. A défaut de pouvoir/vouloir aborder ces sujets, de sincèrement et collectivement les travailler, on se limite tout au plus à la réflexion d’un ou deux camarades, et on se contente des aspects périphériques à notre portée, et flattant ce qu’on croit déjà savoir, ce qu’on a entendu mille fois ici ou là dans les médias. Et ne cachons pas ce penchant : ce sont surtout les idées les plus compatibles avec une culture de type cyber-punk, proche de l’univers d’anarchistes « hacker » de la côte ouest états-unienne, qu’on favorise et valorise, celles qui sont à la portée d’utopistes contemplant le monde du haut de leur bureau, mais n’ayant jamais vraiment travaillé dans ces secteurs.

L’économie immatérielle est de plus en plus ….matérielle.

Il est toujours frappant de voir des personnes avec de forts penchants vers la décroissance exposer leurs thèses sur les réseaux sociaux, par mail, par blog, en expliquant que l’économie est de plus en plus immatérielle et qu’on peut économiser énormément d’énergie et de matière première grâce aux nouvelles technologies. Pourtant, c’est tout le contraire, ces technologies pour exister, nécessitent énormément de matière première et d’énergie. Derrière les heures passées sur les réseaux sociaux, il y a une consommation énergétique phénoménale pour faire fonctionner les serveurs et centres de données. D’autre part l’exigence de miniaturisation, paradoxalement, est un facteur aggravant sur le plan environnemental : elle demande d’aller chercher des matériaux de plus en plus rares, et derrière l’apparence « anodine » d’un smartphone, cet accès à internet qui tient dans notre poche, il y a toutes ces mines en Afrique, en Chine, de plus en plus immenses pour justement assouvir notre soif d’« économie immatérielle » : internet, smartphone, écrans plats…. Bien sûr, si un jour on avait idée d’ouvrir de telles mines en France : nous aurions à coup sûr des ZAD partout et des millions d’internautes mobilisés pour dire « non », avec des outils nécessitant donc massivement ces métaux rares: relevons cette absurdité. Mais tant que les mines sont ailleurs qu’en France …

Le « pétrole de demain » ce sera… le pétrole !

C’est l’expression la plus agaçante qu’on entend ici et là dans les média mais aussi reprise dans nos milieux militants : « les données informatiques sont le pétrole de demain », pour sensibiliser aux enjeux autour du « big data ». On peut traiter un enjeu sérieux (le traitement des données) sans être obligé de verser dans le sensationnel. Non, le pétrole de demain, ça restera encore le pétrole… et pour longtemps ! en effet, comme dit plus haut, pour maintenir toutes ces technologies en fonctionnement, ce seront surtout les matières premières et d’énergie qui manqueront cruellement demain à l’Humanité. On fera des guerres de plus en plus dures pour acquérir les dernières ressources pétrolières, car cette ressource restera indispensable dans certaines applications. Et il en va de même pour toutes les matières premières : y compris un minerai aussi banal que le cuivre !

La matière reste essentielle

Oui la révolution numérique a un impact dans pratiquement tous les métiers, elle permet un travail collaboratif plus important, une meilleur réactivité, des projets conçus en amont avec une précision de plus en plus fine, les logiciels sont de plus en plus ergonomiques et capables de véritables prouesses de calcul. On est loin du temps où il y a 40-50 ans, des équipes entières de techniciens et ingénieurs dans les bureaux d’étude, faisaient et re-faisaient des calculs à la main, et derrière, les re-vérifiaient encore une fois , et ceci pendant des semaines. Aujourd’hui cette étape peut se faire en quelques heures et par une seule personne, grâce à des logiciels dédiées. C’est un progrès spectaculaire, mais qui ne doit pas non plus nous illusionner sur la part qui relève du « numérique » et celle qui relève de « la mise en œuvre de la matière » qui reste malgré tout essentielle dans la valeur ajoutée : elle conditionne même toute la chaîne de production. Prenons un exemple: pour faire un réacteur EPR, il y a des années de calcul, de conceptions, d’essais, de prototypages, avec des logiciels puissants, du travail impliquant des dizaines d’équipes, des milliers d’ingénieurs et de chercheurs, où le numérique va effectivement jouer un grand rôle. Mais une fois le projet stabilisé, il faut le réaliser concrètement, cela implique de savoir couler du béton de qualité, de produire et souder de l’acier de haute qualité, sur place de s’assurer de la qualité de la réalisation en conformité avec les plans, affiner les systèmes électro-mécaniques, l’électricité de haute puissance etc etc… et savoir faire travailler des dizaines d’entreprises à la fois, effectuer tous les contrôles…. et tout cela devra être répété pour des dizaines de réacteurs (si on part sur l ‘hypothèse d’un renouvellement du parc nucléaire en France), et même sur des centaines d’exemplaires, si on vise un objectif de déploiement mondial. On comprend alors que la part de conception restera mineure face à la réalisation concrète de ces exemplaires (même si la part du numérique ne disparaît pas complètement loin de là). L’exemple de l’EPR reste valable pour les grands projets industriels. Et c’est le grand problème en France : on perd ce « savoir-faire » de mise en oeuvre, il suffit de voir les retards de l’EPR avec toute une génération qui doit réapprendre à traiter ce type d’ouvrage, les retards de différents chantiers et les multiples erreurs et bug dans l’industrie. On manque de main d’œuvre qualifiée au sens large, d’ingénieurs de terrain, le « savoir-faire français » bat de l’aile. Cela est en partie dû au fait qu’on a longtemps cru que « tout était numérique » et que l’essentiel s’y jouait, qu’il suffisait d’avoir un beau dessin technique sur son écran d’ordinateur en 3 D avec des détails et une anticipations de tous les paramètres très poussée, aboutissement d’années d’études et de recherches d’équipes d’ingénieurs, pour se donner l’illusion que le plus dur était fait. Non, il faut aussi que la réalisation sur place puisse suivre, et elle exige peut-être des compétence encore plus poussées : la nature, le terrain, ça ne pardonne pas, et ils sont incomplètement restitués à travers les logiciels.

Le PCF doit renouer avec le monde du travail, loin des illusions technologistes

L industrie, c’est en effet la grande question, le grand enjeu, auquel fait face notre pays.

La France est-elle condamnée à être un pays parsemé de ronds-points et de centres commerciaux sans usine avec des « job à la con » (jobs qu’on retrouve dans ces même centres commerciaux) ?

Doit-on condamner toute une génération à des métiers absurdes et dévalorisants, et devenir, comme le prédisait Condoleezza Rice, un grand parc d’attraction Dysneyland pour riches touristes du monde entier ?

Doit-on pointer le problème de la désindustrialisation, juste durant les analyses de lendemain d’élections pour déplorer le vote massif pour le FN dans les territoires périphériques, ceux frappés le plus durement par la désindustrialisation, et l’oublier quelques semaines plus tard, jusqu’à la prochaine élection ?

Un parti communiste, digne de ce nom, doit avoir ce sujet comme une des préoccupations centrales, au cœur de son projet.

Cette question est souvent la grande oubliée de nos textes de congrès. Une fois tous les 2- 3 ans un colloque lui est consacré durant un WE au siège du PCF, et nous nous quittons en nous promettant de poursuivre le travail et d’y consacrer des campagnes de longues durées. Pourtant il n‘en est rien. Il y a bien des initiatives comme celle de la commission économique et tout le travail autour d’Alstom et maintenant autour de la SNCF et la reprise de sa dette, avec des pétitions et des démarches rassembleuses : mais ces initiatives devraient être démultipliées et avec des moyens et un soutien politique d’une toute autre ampleur.

Il faut changer d’état d’esprit, renoncer aux utopies faciles, technologistes, et retrouver le chemin du dialogue avec les syndicalistes, les professionnels, osons même un « gros mot » : avec les experts de ces domaines. C’est un chemin plus difficile, mais c’est le seul valable si on veut que la gauche, notre parti en particulier, retrouve force et crédibilité.

 
 

L’intelligence artificielle au service de l’économie planifiée, façon Karl Marx

j’avais écrit un article sur le sujet que j’ai proposé à la Marseillaise  et en tenant compte de la censure qui me frappe dans le presse communiste, j’avais proposé de ne pas le signer. Je voulais que les militants communistes des Bouches du Rhône soient un peu plus au fait de ces questions. le texte non seulement a été refusé mais sans même être lu, ces sombres crétins croyaient que ma gloire avait quelque chose à gagner dans cette publication. Dérisoire et stupéfiant de crétinisme parce que c’est effectivement une question importante.  (note de danielle Bleitrach=

intelligence artificielle économie planifiée Karl Marx

C’est à Pékin, et donc sous l’égide du parti communiste chinois, que s’est tenue une conférence sur l’intelligence artificielle où il a été question de l’utilité de la nouvelle technologie pour « donner vie aux idées de Karl Marx », titre choisi par la source russe Sputnik à l’article rapportant cette intéressante information. L’intelligence artificielle (AI) pourrait donner toute sa mesure dans le cadre d’une économie planifiée, telle est la promesse présentée en Chine : en Chine communiste, ce n’est pas un hasard.

Ces remarques ont été présentées par Jack Ma, PDG du géant de la distribution en ligne chinois, Alibaba. Il a expliqué que l’intelligence artificielle offre moins d’intérêt dans le cadre d’une économie de marché libre que dans une économie dirigée – comme l’est l’économie chinoise – à qui elle pourrait donner une « efficacité » sans précédent.

L’intelligence artificielle, outil pour installer le communisme

Jack Ma, lui-même à la tête d’une entreprise privée, vient de s’associer avec plusieurs autres poids-lourds de l’économie chinoise pour prendre la tête d’une fédération nationale des sociétés de l’Internet, s’engageant à ce titre à « nettoyer » le cyberespace pour y assurer le respect des « valeurs fondamentales du socialisme », une opération de censure voulue par le parti communiste et à laquelle souscrivent docilement Alibaba, Baidu et Tecent. La liberté en Chine est toute relative, fût-elle celle du marché.

Le magnat du web a déclaré lors de la conférence de Pékin qu’en dépit des idées largement répandues au siècle dernier selon lesquelles la « main invisible » des mécanismes de marché régulerait l’ensemble du système du marché libre tandis que la planification économique serait incapable de correctement distribuer les ressources, l’économie dirigée par l’Etat pourrait bien jouer un rôle croissant au cours de la trentaine d’années à venir, précisément grâce à l’essor de l’intelligence artificielle.

Selon lui, rapporte Sputnik, l’analyse qu’elle permet des Big Data permettra d’optimiser la distribution des ressources, éliminant le principal inconvénient d’une économie planifiée.

La nouvelle actualité de Karl Marx selon les communistes chinois

Le professeur Feng Xiang de l’université de Tsinghua, qui passe pour être l’un des plus prestigieux professeurs de droit en Chine, en était entièrement d’accord. Selon lui, il faut éviter à tout prix que l’intelligence artificielle et les Big Data ne tombent dans des mains privées. Si l’AI tombe sous le contrôle des forces du marché, il craint l’apparition de nouveaux oligopoles qui permettront à de nouveaux oligarques de récupérer la totalité de la richesse matérielle créée par les robots, tandis que les gens ordinaires perdront leur emploi et vivront en parias.

La seule réponse serait selon lui le modèle chinois de l’» économie de marché socialiste » qui assurerait la distribution équitable à la fois des ressources et de la valeur ajoutée pour tous. Ainsi, soutient le Pr Feng, les idées de Karl Marx connaîtraient une nouvelle vie, permettant de résoudre les problèmes créés par l’avènement de l’intelligence artificielle : des problèmes heureux, on l’aura compris.

Dans une tribune publiée le 3 mai par le Washington Post au titre du partenariat entre le Berggruen Institute, organisatrice d’une conférence à Pékin sur l’intelligence artificielle au mois de mars, et ledit quotidien américain, Feng Xiang assurait carrément que l’intelligence artificielle signera la fin du capitalisme.

De l’économie planifiée par l’intelligence artificielle au socialisme mondial

Feuille de route de l’installation du socialisme mondial ? Cela y ressemblait fort. Comme l’écrivait Feng dans cette tribune : « Plus l’intelligence artificielle se transforme en technologie à usage polyvalent s’immisçant dans les moindres recoins de la vie, moins il sera acceptable de permettre qu’elle reste entre des mains privées pour servir les intérêts du petit nombre plutôt que de la majorité. Plus que tout, l’inéluctabilité du chômage de masse et la demande d’allocations sociales universelles vont favoriser l’idée de socialiser ou de nationaliser l’AI. »

Et de revisiter la phrase de Marx : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins. » Au XXIe siècle, il faudrait dire selon lui : « De l’incapacité d’une économie de l’AI à fournir du travail et un salaire de subsistance à chacun, à chacun selon ses besoins. » Chose qui ne se fera pas, a-t-il insisté, si on laisse faire les grands acteurs d’Internet, « qui ne sont guère des parangons de responsabilité sociale ».

« Ces sociétés doivent leur impunité, malgré leur irresponsabilité sociale, au fait que le système judiciaire et ses failles en Occident sont taillés sur mesure pour protéger la propriété privée par-dessus tout. Evidemment, en Chine, nous avons de grosses sociétés privées d’Internet comme Alibaba et Tencent. Mais à la différence de ce qui se passe en Occident, elles sont surveillés par l’Etat et ne se considèrent pas comme au-dessus ou au-delà du contrôle social », assure Feng Xiang.

Karl Marx, la nouvelle vedette des politiques aux commandes au XXIe siècle

« Lorsque les robots se mettront en place, l’industrie ne produira plus que du chômage et il n’y aura pas d’autre choix que l’intervention de l’Etat… Le rêve du communisme est l’élimination du travail salarié. Si l’intelligence artificielle est contrainte à servir la société plutôt que des capitalistes privés, elle promet d’y parvenir en libérant l’immense majorité de ses corvées tout en créant la richesse capable de subvenir aux besoins de chacun », estime ce marxiste convaincu, persuadé de voir enfin la possibilité de la réalisation des « vraies aspirations communistes ».

L’idée progresse dans de nombreux pays, notamment en Occident où l’on voit de plus en plus évoquer la mise en place du revenu universel, projet dont le substrat communiste est ici clairement mis au jour.

Voilà pourquoi il faudrait célébrer l’avènement de l’intelligence artificielle, condition du rêve collectiviste et de la toute-puissance de l’Etat. Sauf que c’est un cauchemar.

Jeanne Smits
 
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Publié par le mai 15, 2018 dans Chine, civilisation, sciences