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Archives de Catégorie: sciences

 » Vous avez un nouveau phénomène parce que la classe moyenne fait face à un mouvement descendant  »

Voici l’interview qui a été publié dans le principal média en ligne de Kazan. Le jeune rédacteur en chef, un tatare avait été interviewé en début de séjour et à la fin il m’a à son tour interviewé. Voici ce qu’il en rapporte dans son journal. Il y a un phénomène dont il n’a pas été fait état dans cet interview et qui me préoccupe autant que celui signalé au titre des lacunes de la pré-enquête à savoir la nécessité d’interviewer le monde industriel, c’est celui des campagnes qui retournent en friche tant sur le plan agricole qu’à celui des êtres humains qui l’habitent encore. (note et traduction de l’anglais de Danielle Bleitrach, l’article était en effet publié en russe et en anglais)

https://realnoevremya.com/articles/1608-you-are-having-a-new-phenomenon-when-all-this-middle-class-mass-will-face-a-downward-movement

Une Sociologue française observe les pratiques  des vendeuses à Kazan, la dégradation de la classe moyenne et  l’Union soviétique qui ne reviendra pas.

La sociologue française et journaliste d’opinion Danielle Bleitrach – ancienne membre du Comité central du Parti communiste français et professeur de sociologie à l’Université Aix-Marseille – a travaillé à Kazan pendant 3 semaines. Dans une interview à Realnoe Vremya, le chercheur a raconté ce qu’elle avait vu dans le Tatarstan post-soviétique.

 » Traces de l’URSS  » et  » vérité sur la Russie  »

Danielle, dans quel domaine de sociologie vous spécialisez-vous? Et pourquoi êtes-vous ici?

J’ai commencé avec la sociologie de la classe ouvière. Ensuite, je me suis  intéressée aux liens entre les professions des gens  et leur mode de vie. J’ai accompagné des étudiants dans différents pays du monde, j’ai  écris 15 livres(1). Maintenant, avec Marianne (Note de la rédaction: Marianne Dunlop, linguiste et traductrice), je recherche des traces ou des «itinéraires», comme les gens disent en sociologie, depuis l’Union soviétique jusque dans la vie russe moderne. Y compris avec les questions sur l’ethnicité et la multiethnicité. Cette recherche n’est que la première approche du sujet, l’étude de ces changements constants ayant lieu en Russie et au Tatarstan.

Combien de personnes avez-vous interiewées ?

Il ne s’agit pas d’une enquête mais d’un pré-enquête qui nous permettrait ultérieurement de poser les bonnes questions.Comme il est difficile pour moi de me déplacer dans les transports publics, nous avons eu recours aux  chauffeurs de taxi. Pendant 20 jours, nous avons interviewé trois conducteurs en moyenne par jour. Il y avait aussi six représentants de l’intelligentsia , un politicien (Artyom Prokofiev du bureau régional du Parti communiste de la Fédération de Russie) et un policier.

En plus des entretiens, nous avons essayé d’observer le comportement des gens – leur façon de parler, de plaisanter, comment le personnel du secteur des services se comportait. Les «traces de l’URSS» sont  également lisibles ici – par exemple, les vendeuses dans les magasins pensent souvent qu’elles ont certains droits. Elles peuvent vous reprendre vertement si vous faites quelque chose de mal, par exemple, vous entrez dans une zone interdite dans le magasin. Mais, comprenez-moi bien, nous ne sommes pas venus ici pour recueillir des aspects négatifs. Je pense que dans notre recherche, nous avons fait plus que certains journalistes occidentaux pour dire la soi-disant «vérité sur la Russie» (même dans une telle version préliminaire). De plus, notre objectif, en fait, était de montrer des faits et des événements contradictoires avec une opinion stéréotypée de l’Occident à propos de la Russie.

«Nous avons essayé d’observer le comportement des gens – leur façon de parler, de plaisanter, comment le personnel du secteur des services se comportait. Les traces de l’URSS sont également lisibles . Photo: citifox.ru

Il est clair que notre recherche n’est pas encore suffisante pour affirmer quelque chose. Mais elle aide à poser des questions. C’est pourquoi nous allons passer à une autre phase de la recherche. Mais je suis un peu vieille et je n’ai pas les moyens d’une véritable enquête. Je sais parfaitement l’équipe que je devrais constituer avec moi la prochaine fois. Il doit y avoir au moins 5 personnes pour ce travail. Et elle devraient   avoir des contacts avec vos chercheurs qui se sont  probablement posé des questions comparables.

Stalinisme et ascenseurs sociaux

Qu’avez-vous réussi à voir dans ta première «approche»?

Deux grands moments. Tout d’abord, 80% des répondants disent que c’était mieux pendant l’Union soviétique, mais aussi que ce temps ne reviendra  plus jamais parce qu’ils disent que les gens se sont habitués à la consommation et ont une attitude plus individuelle et égoïste envers la vie.

Curieusement, presque personne n’a lié son approche de  l’URSS avec des problèmes de propriété – collectifs ou privés. En d’autres termes, nos interlocuteurs n’ont pas mentionné la propriété collective comme un élément nécessaire du socialisme. Pour eux, la propriété privée c’est, par exemple, les voitures et d’autres choses qu’ils aimeraient avoir.

Les gens ne se rendent pas compte qu’ils ont perdu quelque chose avec la privatisation. Ils ne se rendent pas compte des faits de corruption qu’ils révèlent et considèrent comme inacceptables et qui sont probablement associés à cette privatisation de la propriété soviétique. Principalement, le choix de l’URSS demeure pour eux une question morale : «C’était mieux en URSS parce qu’il y avait de meilleures relations entre les gens.» C’est une vision morale des choses. Ils ne font pas état de ce qui caractérise le socialisme.

Mais probablement, ce qu’ils disent, ce n’est pas tout ce qu’ils pensent. Ou, au contraire, c’est trop évident pour le mentionner. Ou ils ne se rendent pas compte. Ou nous pourrions peut-être obtenir d’autres réponses si nous avions enquêté, par exemple, dans un monde ouvrier industriel quelque part à Nizhnekamsk. Nous poserions toutes ces questions dans la poursuite de la recherche.

«Toutes les personnes que j’ai interviewées ici comprennent qu’une transformation profonde de la société a été le résultat de cette période qui s’est accompagnée d’une promotion sociale particulière des personnes.» Photo: visualhistory.livejournal.com

Vous avez parlé des stéréotypes occidentaux que vous souhaitez dépasser .Que vouliez vous dire?

Par exemple, la période stalinienne de votre histoire. Ce phénomène historique, en passant, illustre bien la différence entre l’Ouest et vos approches. En Occident, le stalinisme est compris comme une sorte de terreur. Dans le même temps, toutes les personnes que j’ai interviewées ici comprennent qu’une transformation profonde de la société a été le résultat de cette période qui s’accompagnait notamment d’une promotion sociale des personnes. Même ces événements comme la collectivisation et l’industrialisation allaient dans ce sens. C’était un mouvement ascendant puissant, une masse de paysans est entrée dans un monde complètement différent. La même chose s’est produite en France pendant la Révolution française. Par exemple, tous les maréchaux de Napoléon provenaient de classes non aristocratiques de la société. C’était une percée pour toute la société.

L’apparition de  classe moyenne dans la société est née de l’ URSS alors. Beaucoup de travailleurs et d’anciens paysans sont devenus une petite bourgeoisie qui a joué un rôle majeur dans la dissolution de l’Union soviétique. Cependant, ce n’est qu’une hypothèse qui doit être vérifiée.

Au fait, maintenant, vous avez un nouveau phénomène lorsque toute cette masse de classe moyenne fait  face, au contraire, à un mouvement descendant. Ceux qui ont atteint un niveau supérieur dans le passé, par exemple, les enseignants et les travailleurs universitaires doivent survivre aujourd’hui. Ils se rendent compte que leurs enfants sont tirés  vers le bas socialement. Ils doivent donc se battre avec force  pour tenter de l’empêcher. Ces familles ont un capital éducatif et culturel. Mais il ne suffit pas à maintenir leur niveau d’aujourd’hui. Et c’est probablement pour  cette raison (c’est une autre hypothèse) que la jeunesse n’est pas très intéressé par l’agenda social et politique. Ils ont juste d’autres choses à faire, ils doivent se battre pour la vie. Cependant, ces observations doivent obligatoirement être vérifiées statistiquement, les données statistiques sur la mobilité sociale doivent être relevées.

Les Gastarbeiters ne sont pas nécessaires. Ni la Crimée

Pourquoi avez-vous choisi précisément Tatarstan comme objet de votre recherche?

D’une part, l’affaire est une question d’opportunitéi. Nous avons une connaissance française qui travaille à l’Université fédérale de Kazan. Il nous a donné toutes les informations préliminaires nécessaires. D’autre part, le Tatarstan est l’une des régions russes qui semble avoir été le moins affecté par la dissolution de l’Union soviétique. C’est un endroit où le Parti communiste a recueilli le  moins de votes (après la Tchétchénie, qui est  un cas particulier, bien sûr). Nous étions très intéressés à comparer l’état d’avancement ici avec des territoires tels que Novosibirsk et l’oblast d’Irkoutsk où, par conséquent, le maire et le gouverneur sont membres du Parti communiste.

«Nous voulions comprendre la résistance du monde interethnique au Tatarstan. En ce moment, les gens interviewés ne voient pas un gros problème ici. »Photo: Maksim Platonov

De plus, nous savions que beaucoup de Russes considérent comme un phénomène positif le fait que l’URSS ne connaissait pas de conflits interethniques et interreligieux. Et nous voulions comprendre la cohabitation du monde interethnique au Tatarstan. En ce moment, les interviewés ne voient pas de gros problème ici. Mais l’arrivée des gastarbeiters des anciennes républiques soviétiques est assez pénible. Les gens disent avoir peur de la radicalisation de la communauté musulmane. Nous avons rencontré des libéraux ici qui ont déclaré, par exemple, que la Russie n’aurait pas dû prendre la Crimée, qu’ils devaient être amis avec l’Occident. Dans le même temps, ils sont contre la politique de Poutine qui «apporte des gens de l’Asie centrale».

Bien sûr, le dialogue public sur ces questions n’atteint pas le niveau de  de la France. Mais il se pose déjà et se développe progressivement. Et pour les mêmes raisons, comme des vêtements de femmes musulmanes. En d’autres termes, il semble qu’ils soient des problèmes secondaires qui, pourtant, provoquent la répulsion et la peur.

Par Rustem Shakirov
(1) je me suis permise de corriger le texte qui m’attribue 150 livres. mais un ami français (Patrick Masson) de Kazan me signale que dans la version russe de l’article il est simplement noté une douzaine de livres. Et il se félicite de cet article. Moi aussi, le fait que nous ayons pu ce jeune homme et moi commencer à échanger (grâce en particulier aux compétences de Marianne en matière de traduction simultanée) prouve qu’il peut y avoir des dialogues basés sur une curiosité réciproque et sur « une bienveillance », sans nécessaire adhésion, qui pour moi a toujours fait l’intérêt de mon métier de sociologue, mais aussi de ma  pratique militante. La possibilité d’un dialogue et de sa retranscription sans contresens est aussi un encouragement à la poursuite de la réflexion. C’est même la seule chose qui me fasse sentir le poids des ans, l’impossibilité physique de me donner les moyens de poursuivre ce passionnant dialogue- investigation. une certaine colère m’habite parfois devant la stupidité de ceux qui à la direction du PCF comme de l’Humanité sans parler des autres qui ont exercé une censure impitoyable, de m’avoir empêché pendant plus de vingt ans de dire ce que je retirais de toutes mes rencontres dans le vaste monde en me caricaturant comme un dinosaure « stalinien » J’ai perdu tant de temps, nous avons perdu tant de temps…Ces pseudos anti-staliniens et vrais censeurs de toutes obédiences ne m’ont pas détruit sur le plan individuel et ma vie fut passionnante, l’est toujours, mais ils ont fait pire, ils ont empêché des tas de gens comme moi à nourrir la réflexion collective, ils l’ont appauvrie jusqu’à la sclérose dans le conformisme aux diktats du capital.dans le fond, ils ont agi envers nous, avec toute la bigoterie du monde, exactement selon le programme que Mussolini définissait par rapport à gramsci: » l’empêcher de penser. » parce que nous représentions c’était une autre idée ce la révolution, celle des formidables opportunités qu’elle offre non seulement aux classes dominées mais à des talents individuels qui ne demandent qu’à s’épanouir. C’est toujours vrai… Mais faute d’avoir défendu cette vision, ils ont produit une jeunesse sans espérance ou avec des illusions mortifère sur la nature de l’adversaire…(danielle Bleitrach)
 

L’effondrement des civilisations selon Jared Diamond

 Voilà l’écologie telle que je la comprend, non seulement Jared Diamond  n’a aucun fantasme réactionnaire face au progrès, la connaissance scientifique, le développement technique, mais ils montre que  s’ils peuvent  être et ont été  l’occasion de catastrophes, mais ils  sont aussi des armes pour lutter contre les dévastations qu’ils ont pu occasionner. Je vous recommande en particulier outre l’analyse de civilisations disparues et d’autres ayant trouvé les ressources pour survivre sa réflexion sur la capacité que peut avoir la Chine de faire face à la dégradation accélérée de son environnement.  Si vous n’avez jamais lu cet auteur profitez de l’été pour vous jeter sur ses livres à commencer par effondrement dont vous avez ici un compte-rendu. (note de Danielle Bleitrach)

Effondrement Jared Diamond

L’effondrement des civilisations passées doit avertir les civilisations actuelles. Jared Diamond montre dans Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie que les sociétés humaines ont, à l’échelle globale, une tendance « suicidaire » dans le sens où elles sont capables de sacrifier leur avenir au présent en consommant leurs ressources de manière irresponsable. Si certaines ont bien commis ce « suicide écologique », d’autres l’ont évité en modifiant leurs comportements.

 

L’effondrement des civilisations n’est pas un phénomène exceptionnel. Jared Diamond montre qu’il est même plutôt fréquent à l’échelle de l’humanité. C’est ainsi le point commun des Vikings du Groenland, des Mayas du Yutacan, ou encore des anciens habitants de l’île de Pâques. Il attire d’autant plus l’attention qu’il a concerné des sociétés parmi les plus avancées de leur époque et de leur région, comme l’Empire khmer (effondrement au XVe siècle) ou les civilisations du Moyen-Orient, le fameux Croissant fertile (Iran, Irak, Syrie, Liban, Jordanie, etc.) qui a vu le premier l’émergence d’une société agricole, technicienne, sédentaire et urbaine. Par conséquent, l’effondrement des civilisations n’est pas une perspective à négliger : « Les peuples du passé, écrit Jared Diamond, n’étaient ni de mauvais gestionnaires incultes qui ne méritaient que d’être exterminés ou dépossédés ni des écologistes omniscients et scrupuleux capables de résoudre des problèmes que nous-mêmes ne savons pas résoudre » (Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie). Un des exemples les plus étonnants du géographe est la comparaison entre les Vikings et les Inuits. Alors que les deux peuples se sont installés au Groenland (respectivement au Xe et au XIIIe siècles), dans le même environnement, seul le second a réussi à survivre, grâce au bagage culturel hérité de peuples vivant dans l’Arctique depuis 5000 ans.

 

L’effondrement est pour Jared Diamond un risque maîtrisable

L’effondrement des civilisations s’explique surtout par l’écologie. La dégradation de l’environnement est pour Jared Diamond le premier facteur, par son importance mais aussi chronologiquement, du phénomène. En effet, les dommages écologiques sont susceptibles de créer une réaction en chaîne déclenchant tour à tour les quatre autres facteurs du collapsus (du latin lapsus, « la chute ») : un changement climatique (naturel, ou dû à l’activité humaine) amplifie le déséquilibre environnemental ; les peuples voisins deviennent hostiles ; les relations avec les partenaires commerciaux se dégradent ; les élites n’ont plus la lucidité nécessaire pour résoudre les problèmes. Parmi les exemples évoqués par Jared Diamond, l’aveuglement écologique de certaines civilisations disparues reflète celui des sociétés contemporaines. Ainsi, les Mayas ont péri de leur acharnement à couper tous les arbres jusqu’au dernier et à cultiver toujours plus de maïs : « Cette déforestation a libéré les terres acides qui ont ensuite contaminé les vallées fertiles, tout en affectant le régime des pluies. Finalement, entre 790 et 910, la civilisation maya du Guatemala, qui connaissait l’écriture, l’irrigation, l’astronomie, construisait des villes pavées et des temples monumentaux, avec sa capitale, Tikal, de 60 000 habitants, disparaît » (Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie). L’effondrement des civilisations résulterait donc surtout de la propension de l’homme à épuiser les ressources essentielles à sa survie.

 

L’effondrement des civilisations n’est pas une perspective inéluctable. Jared Diamond met en évidence deux approches différentes pour éviter l’effondrement. Le problème peut tout d’abord être résolu par le bas – c’est l’approche « bottom up » – lorsque, dans des groupes humains relativement restreints, chacun prend conscience de l’enjeu parce qu’il a un intérêt évident à modifier son comportement. Ce mode de résolution a notamment permis la préservation de sociétés confinées sur des îles, comme en Islande, où la population s’est émancipée du modèle du colonisateur norvégien, inadapté à son environnement fragile, par exemple en limitant l’élevage. L’autre approche, de type « top down », correspond davantage à des sociétés plus grandes, plus peuplées et organisées politiquement. Jared Diamond décrit ainsi comment, à partir du XVIIe siècle, le pouvoir japonais a pris conscience du risque lié à la déforestation excessive et introduit dès lors des règles précises à tous les étages de la société pour protéger ses forêts. C’est cette seconde approche qui semble nécessaire pour résoudre le problème environnemental des sociétés contemporaines. « À ce moment-là [retournement de la conjoncture économique], prévient Jared Diamond, nous nous serons peut-être déjà habitués à un mode de vie dispendieux, ce qui ne nous laisserait comme issue qu’une alternative : la réduction drastique de notre mode de vie ou l’effondrement » (Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie).

>> Le principe responsabilité de Hans Jonas sur un post-it

 

 

© Sonorilon Publishing Limited, 2017
 
 

TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : POURQUOI NICOLAS HULOT NE POURRA PAS TENIR SON OBJECTIF

 j’ai dit ailleurs mes doutes sur Nicolas Hulot, le joker du gouvernement Macron. On a d’ailleurs l’impression d’une accélération dans le dégonflage de la « compétence » jupitérienne » du président et de son entourage. Non seulement son parti est en train de s’avérer un des moins démocratiques (après avoir été celui qui recrute le plus dans les catégories aisées), mais le gouvernement multiplie les preuves d’amateurisme, bref il ne reste plus que la capacité de Macron a maintenir son lien organique avec le MEDEF , les assurances privées, les banques d’affaires et la commission européenne. (note de Danielle Bleitrach)

Transition énergétique : pourquoi Nicolas Hulot ne pourra pas tenir son objectif
Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire. ©Gilles Rolle/REA.

Nicolas Hulot a annoncé lundi 10 juillet qu’il pourrait fermer “peut-être jusqu’à 17 réacteurs” afin de descendre à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité. Notre enquête montre que cet objectif est, dans les faits, complètement irréaliste.

En nommant Nicolas Hulot ministre de la Transition écologique, Emmanuel Macron se doutait bien que ce dernier ne le lâcherait pas une seconde sur la question du nucléaire. Invité sur RTL ce lundi, l’ancien présentateur d’Ushuaïa a marqué les esprits en annonçant la fermeture de plusieurs réacteurs “jusqu’à 17” afin de respecter la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte adoptée en 2015 sous François Hollande. Une loi à laquelle le Président de la République a choisi de se plier. Mais au-delà des discours, cette ambition est-elle réaliste ? Voici les quatre obstacles majeurs au respect de cet engagement.

1) Les énergies renouvelables sont intermittentes

Le recours aux renouvelable est infiniment souhaitable. Il serait presque criminel, par exemple, de ne pas chercher à domestiquer la manne solaire. Jean-Marc Jancovici, qui fut l’un des principaux penseurs du Grenelle de l’environnement, explique qu’il suffirait aux Terriens de capter 0,01% de l’énergie balancée sur leur planète par le soleil pour satisfaire tous leurs besoins. Autrement dit, notre étoile nous envoie 7.000 fois plus d’énergie que nous n’en consommons.

Pourtant, la France n’a produit l’an dernier que 7,4 térawatts/heure (TWh ou milliards de kWh) d’électricité solaire, ce qui ne représente que 1,3% de notre production totale d’électricité. C’est 5 fois moins que l’Allemagne, un pays pourtant peu réputé pour son ensoleillement. Avec 3,8% de la production grâce aux éoliennes, la France n’exploite guère mieux ses vents.

Qu’à cela ne tienne : à écouter les pouvoirs publics, panneaux solaires et éoliennes devraient fleurir partout en France dans les prochaines années. Mais c’est vite oublier leur handicap majeur : l’intermittence. C’est bête, mais dès qu’il fait nuit, la production photovoltaïque tombe à zéro. Et quand il n’y a pas de vent, les éoliennes ne font pas mieux. L’an dernier, leurs pales sont restées en moyenne immobiles 286 jours sur 366. Du coup, elles n’ont atteint que 21,7% de leur puissance théorique.

Une autre source de gaspillage vient de la régulation qu’EDF pratique elle-même. Pour favoriser le renouvelable, le groupe énergétique diminue la production de ses réacteurs nucléaires dès qu’il constate que les éoliennes et les panneaux solaires tournent à plein régime. Vertueux mais pas très économique : le coût de fonctionnement d’une tranche nucléaire est à peu près le même qu’elle fonctionne à 100% ou aux trois quarts de sa puissance. Du coup, durant ces périodes, le prix de revient du kWh nucléaire monte de 4,5 à 6 centimes.

>> En vidéo – Tour d’horizon des énergies renouvelables 

2) Il faudrait 7 fois plus d’éoliennes et 9 fois la surface de Paris en panneaux solaires

Combien d’éoliennes seraient nécessaires pour remplacer un seul réacteur nucléaire ? La France compte 58 réacteurs à eau pressurisée (REP) qui produisent en moyenne 7,2 TWh d’électricité. En comparaison, nos 6.000 éoliennes en ont produit chacune 3,5 MWh – en moyenne toujours – soit 2.060 fois moins qu’un REP. Autrement dit, il faut 2.060 éoliennes pour livrer autant de courant qu’un réacteur. Sauf que la France ne peut se permettre de manquer d’électricité ponctuellement parce que le vent faiblit. Selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER), il conviendrait de disposer d’une réserve de secours stockée, équivalente à la production théorique. Il faudrait donc en fait 4.120 éoliennes pour remplacer un réacteur.

Poursuivons le raisonnement avec l’énergie solaire. Le polytechnicien Jean-Marc Jancovici s’est livré à des calculs savants : compte-tenu de l’ensoleillement moyen de l’Hexagone, nos panneaux solaires fournissent environ 100 kWh d’électricité par mètre carré et par an. Dès lors, pour produire autant qu’un réacteur nucléaire, soit 7,2 milliards de kWh, il faudrait 72 kilomètres carrés de panneaux, soit plus des deux-tiers de la superficie de la capitale, bois de Boulogne et de Vincennes compris. Mais comme pour l’énergie éolienne, il faudrait en fait doubler cette superficie pour garantir la réserve de stockage.

Comment arbitrer entre les deux énérgies renouvelables ? Pour l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le dispositif optimal combine 60% d’éolien avec 40% de solaire. Pour y parvenir, il faudrait donc planter 143.376 éoliennes et couvrir 3.340 kilomètres carrés de panneaux pour se passer complètement du nucléaire. Et si l’on s’en tient à la proposition de Nicolas Hulot – 17 réacteurs fermés en 2025 – la France devrait commencer par construire 42.000 éoliennes nouvelles, soit sept fois notre parc actuel, et couvrir 980 kilomètres carrés (neuf fois et demie la ville de Paris) de cellules solaires en huit ans. Sans parler des moyens de stockage qui, aujourd’hui, n’existent pas…

>> En images – Villes du futur : spectaculaires, écolos, innovantes… 8 projets pour 2050

3) Le stockage de l’électricité n’est pas au point

On l’a vu : impossible de développer les énergies renouvelables sans s’assurer qu’une réserve de secours est mobilisable. “Au dessus de 25% d’électricité intermittente, on est obligé de stocker à l’échelon local », estime Catherine Ponsot-Jacquin, la grande spécialiste de la question à l’IFP Energies nouvelles. Mais il y a un hic : les scientifiques ne savent toujours pas très bien stocker l’électricité. Nous n’exploitons aujourd’hui que des technologies déjà anciennes comme les stations de transfert d’énergie par pompage (Step) qui “constituent 98% des moyens actuels”, précise Catherine Ponsot-Jacquin. Le Step est une sorte de barrage hydraulique : une pompe électrique permet de remonter, à plus de 100 mètres de hauteur, l’eau dans le lac servant de réservoir. En cas de besoin, on ouvre les vannes qui la font chuter sur une turbine. EDF possède 6 Step qui cumulent 5 GW de puissance et envisage d’en construire 2 GW supplémentaires, mais l’entreprise n’ira guère plus loin, faute de sites disponibles.

On pourrait aussi comprimer de l’air dans de gros réservoirs (à l’aide d’électricité intermittente), puis le relâcher pour faire tourner une turbine. L’IFP Energies nouvelles a un projet de cette nature, mais aucun n’a encore été construit dans le monde. Comme les Step, ce sont des dispositifs de grande capacité qui pourraient être couplés avec des fermes éoliennes ou des centrales solaires.

En parallèle, il faudra des outils de taille plus modestes, de nouvelles générations de batteries. Elles permettront de stocker l’électricité sur les lieux de consommation et aux particuliers de reverser dans le réseau les excédents de leurs propres panneaux photovoltaïques. Tesla a déjà prévu d’en produire dans son usine du Nevada. Elon Musk, son patron, vient aussi d’annoncer la livraison à l’Australie d’un modèle géant de batterie lithium-ion capable d’alimenter 30.000 foyers aux heures de pointe. La difficulté, c’est que la France compte près de 30 millions de ménages… Et que pour alimenter les réseaux internet, l’industrie et les transports, la puissance des moyens de stockage devra être décuplée, sans compter qu’ils devront aussi disposer d’une durée de vie bien supérieure et pouvoir être recyclés après usage. En d’autres termes, la plupart des batteries nécessaires ne sont pas encore disponibles.

Pas de quoi tempérer l’optimisme de Moussa Bagayoko, le directeur général du Groupe Yélé, un cabinet de consultants spécialisé dans la transition énergétique : “Des innovations de rupture devraient être accessibles d’ici à une dizaine d’années, vu le nombre d’équipes de R&D qui travaillent sur le sujet en Chine, aux Etats-Unis, comme au Japon”.

>> À lire aussi – Les innovations qui nous promettent une énergie plus verte

4) Impossible de rattraper le retard accumulé

Fermer “jusqu’à 17 réacteurs” comme le propose Nicolas Hulot est techniquement possible, mais il ne faut pas trainer. Comme on l’a vu pour Fessenheim, une fermeture définitive prend du temps : EDF doit pour cela constituer un dossier puis le transmettre à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui peut mettre 5 ans pour rendre son avis…

En parallèle, où en sommes-nous sur le renouvelable ? A l’horizon 2020, la France ne devrait pouvoir produire que 16 Gwatt de puissance éolienne contre 25 promis à l’Europe. 6 parcs en mer qui devaient être opérationnels à cette échéance ne seront pas au rendez-vous, principalement à cause du refus des riverains. “Les exploitants se heurtent aux recours en justice des associations hostiles à leur installation”, résume Jean-Louis Bal, le président du Syndicat des énergies renouvelables. “Cela nous fait perdre des années”. Sur l’île de Sein, actuellement alimentée en électricité par des groupes électrogènes fonctionnant au fioul, l’administration étale tous ses paradoxes. Ses habitants réclament depuis des décennies l’autorisation d’ériger une éolienne qui, au large du Finistère, n’aurait aucun mal à tourner toute l’année. Mais EDF est freiné par la loi Littoral, par Natura 2000 et par les Monuments historiques…

>> À lire aussi – Ces éoliennes que certains ne veulent plus voir autour des monuments historiques

La France est moins en retard dans le solaire. Nous pourrions même atteindre nos objectifs européens de 2020. Et produire 27 TWh d’électricité après avoir installé 270 kilomètres carrés de panneaux photovoltaïques. Les technologies s’améliorent, les coûts diminuent et le rythme des installations s’accélère. Si la perspective de couvrir 710 kilomètres carrés supplémentaires pour rentrer dans les clous de 2025 est ambitieuse, elle n’est pas hors de portée. En revanche, la disponibilité des moyens de stockage ne sera pas – on l’a vu – accessible à cet horizon.

>> Polémique : Pour ou contre l’énergie nucléaire ? Les arguments pour vous faire votre propre avis

Par Etienne Gingembre

 
 

La NASA annonce la découverte de 219 planètes, dont 10 semblables à la Terre

Ces mondes font partie du recensement planétaire du télescope Kepler, qui a détecté un total de plus de 4 000 planètes en l’espace de quatre ans. Mardi, 20 juin

De Nadia Drake
Une planète semblable à la Terre orbite autour de son étoile sur cette illustration de la NASA.

La NASA vient d’ajouter 219 planètes potentielles à son catalogue listant les mondes au-delà de notre système solaire. Dix d’entre elles pourraient être des planètes rocheuses tempérées présentant des similitudes avec la Terre.

Dans ce nouvel échantillon on observe une planète qui pourrait être la plus similaire à la Terre jamais observée : KOI 7711.01, seulement 30 % plus large que notre frêle oasis. Elle orbite autour d’une étoile semblable à notre soleil, à 1 700 années lumière.

Cette planète qui fait plus ou moins la taille de la Terre gravite autour de son étoile et se réchauffe ainsi suffisamment pour produire de l’eau liquide et potentiellement en recouvrir sa surface.

« Elle est à peu près aussi chauffée que notre planète l’est pas le soleil » explique Susan Thompson de l’institut SETI, qui fait partie de l’équipe d’astronomes qui ont annoncé la découverte de ces planètes lundi 19 juin. Mais « il reste beaucoup d’inconnues sur cette planète. Il est difficile d’affirmer qu’il s’agit véritablement d’une planète jumelle de la Terre. Nous devons d’abord en savoir plus sur son atmosphère, et vérifier la présence d’eau sur cette planète. »

Observée pour la première fois par le télescope Kepler de la NASA, KOI 7711.01 n’est qu’une pépite dans le long catalogue de l’équipe de recherche, qui compile les découvertes permises par les observations de Kepler ces quatre dernières années.

« La plupart des planètes trouvées par Kepler sont plus petites que Neptune. Le télescope nous a permis de réaliser l’existence de ces petites planètes, » explique Thompson.

Le catalogue comprend également – et c’est peut-être là le plus important – suffisamment d’informations pour que les scientifiques commencent à déterminer une démographie exoplanétaire ou à recenser diverses formes de vies peuplant les autres mondes plutôt que de se concentrer sur des curiosités isolées.

« Nous passons de la volonté de découvrir des nouveaux systèmes individuels à celle de comprendre la démographie des mondes présentant des similarités avec notre planète bleue, » continue Thompson.

LA TERRE IL Y A 1 MILLIARD D’ANNÉES

LE RECENSEMENT GALACTIQUE

Kepler a été conçu et envoyé dans l’espace en 2009 précisément pour orbiter autour du soleil et détecter des exoplanètes. Le télescope a ensuite passé quatre ans à observer plus de 200 000 étoiles et des bouts de ciel près des constellations du Cygne et de la Lyre. Sa mission : déterminer la similitude entre la Terre et les exoplanètes observées dans la Voie Lactée.

Pour ce faire, le télescope a comptabilisé les absences de luminosité causées par le passage des planètes entre leurs étoiles et la Terre. Selon la durée et la fréquence de l’interruption de luminosité, les scientifiques ont pu déterminer la taille des planètes vagabondes et à quelle distance elles orbitaient autour de leurs étoiles.

Une autre « Terre », selon les critères du télescope, est un monde rocheux situé dans la zone habitable – une région qui n’est ni trop chaude ni trop froide pour que l’eau liquide puisse se former à sa surface. Au fil des années, Kepler a trouvé plusieurs planètes candidates, apportant un peu plus chaque jour des éléments de réponse aux astronomes.

Des 4 034 mondes possibles, près de 50 sont rocheux et se blottissent contre leur étoile dans la zone habitable. Plus de 30 ont d’ores et déjà été confirmés comme étant de réels sujets d’étude.

« Ce nombre aurait pu être ridiculement petit… Je suis donc extatique que l’on ait trouvé 50 mondes habitables potentiels tournant autour d’étoiles proches, » estime Courtney Dressing.

Ce nombre peut sembler modeste mais considérez ceci : Kepler a observé une toute petite partie du cosmos, un champ d’étoiles couvrant à peine 1/400e de la totalité du ciel. Le télescope ne pouvait détecter que les planètes passant entre leurs étoiles et la Terre. D’après Dressing, il n’y a qu’une chance sur 200 pour que cela se produise dans un système planétaire comme le nôtre.

Pendant les prochains mois, les scientifiques vérifieront les chiffres trouvés par Kepler et partiront de cette population de 50 mondes rocheux pour, en extrapolant, arriver à un recensement galactique de planètes similaires à la Terre. Même si nous n’avons pas encore de réponse finale, le résultat probable est que l’on peut trouver des milliards de « Terre » dans notre galaxie.

« Y a-t-il d’autres planètes sur lesquelles nous pourrions vivre, hormis cette planète que nous considérons comme notre foyer ? » demande Thompson.

Il est remarquable que les scientifiques puissent poser cette question à l’échelle de milliards de planètes. Après tout, nous avons appris qu’il y avait des mondes en dehors du système solaire il y a seulement 25 ans. Maintenant, plus nous observons, plus nous cherchons, plus il apparaît évident que notre galaxie est remplie de planètes qui pourraient nous être très familières, ce qui rend encore plus probable la thèse selon laquelle que nous ne sommes pas seuls dans le cosmos.

 
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Publié par le juin 26, 2017 dans sciences

 

VIDEO. Yves Coppens réagit à la découverte du premier des Homo sapiens

Le découvreur de Lucy Yves Coppens commente la trouvaille de l’homme de Jebel Irhoud, au Maroc, le plus vieux des Homo sapiens, qui fait reculer l’âge de notre espèce de 100.000 ans. Voilà le genre de nouvelle qui je ne sais pourquoi a le don de m’apaiser, ça et l’astrophysique à laquelle je ne comprends rien à mon grand regret, relativise toutes les petites mesquineries et les grandes catastrophes dont l’espèce humaine est capable (note de Danielle Bleitrach).

https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/paleontologie/yves-coppens-reagit-a-la-decouverte-du-premier-des-homo-sapiens-vieux-de-300-000-ans_113691

Yves Coppens

Yves Coppens parle de l’homme de Jebel Irhoud.

© Habib Achour

Des restes d’Homo sapiens, très semblables aux hommes d’aujourd’hui, ont été mis au jour au nord-ouest du Maroc, sur le site de Jebel Irhoud. Ils sont impeccablement datés de 300.000 ans. C’est un sacré coup de vieux pour notre espèce, qui vieillit de 100.000 ans. « Cette découverte représente la racine même de notre espèce, l’Homo sapiens le plus vieux jamais trouvé en Afrique ou ailleurs« , explique le Français Jean-Jacques Hublin, directeur du département d’Evolution humaine à l’Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne), coauteur des travaux et professeur invité à la chaire de paléoanthropologie du Collège de France. Pour autant, cette découverte ne fait pas de l’Afrique du Nord le berceau de notre humanité : il y a 300.000 ans en effet les Homo sapiens semblent avoir été déployés dans tout le continent noir, comme en témoigne la découverte d’outils de pierre du Middle stone age qui semble avoir été son apanage. Pour les chercheurs français, allemands et marocains, notre espèce serait pan-africaine.

Yves Coppens réagit en vidéo pour Sciences et Avenir

Ancien titulaire de la chaire de paléoanthropologie du Collège de France, le célèbre Yves Coppens commente pour Sciences et Avenir cette découverte qui bouscule l’histoire de notre espèce et va obliger à la réécriture des manuels scolaires. « C’est la première datation aussi importante d’un Homo sapiens où que ce soit dans le monde », souligne dans la vidéo ci-dessous le découvreur de Lucy. Selon lui, il va falloir réexaminer tous les Homo sapiens archaïques fossiles connus à la lumière de la nouvelle datation. Le chercheur s’interroge également sur les relations que l’homme de Jebel Irhoud entretenait avec une autre espèce africaine contemporaine, Homo naledi.

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01667468/zone/1/showtitle/1/src/rxfpuv

 
 

La Chine met en fonctionnement la plus grande centrale solaire flottante du monde

Dans le même temps la Chine annonce la réduction de son exploitation du charbon plus polluant, ce qui prouve qu’à l’inverse des Etats-Unis la Chine prend au sérieux les accords de Paris; Meme si dans toute l’Asie du sud est le charbon reste une ressource incontournable. (note de Danielle Bleitrach)

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/developpement-durable/la-chine-met-en-fonctionnement-la-plus-grande-centrale-solaire-flottante-du-monde_113632

Construite dans une mine de charbon désaffectée et inondée, cette centrale a été connectée en mai 2017 au réseau électrique chinois.

Une ferme solaire flottante en Chine

Une ferme solaire flottante en Chine

Crédit : Sungrow

 Œuvre de la société chinoise Sungrow, une nouvelle ferme solaire vient d’être mise en activité à proximité de la ville de Huainan à environ 200 kilomètres au nord-ouest de Shanghai. En plein cœur de la province d’Anhui, une zone agricole assez pauvre autrefois, mais qui à partir des années 1950 a commencé à prospérer en partie grâce à l’exploitation de ses gisements miniers ainsi que de son… charbon. Or, c’est justement dans une mine de charbon à ciel ouvert, désaffectée puis inondée que cette centrale a été rapidement mise en place en 2016. Les milliers de panneaux solaires cumulent une puissance de 40 mégawatts. De quoi alimenter en électricité environ 15.000 foyers, chiffrent les médias chinois. Elle aurait été connectée au réseau du pays en mai 2017, et, de part sa capacité, serait désormais la plus puissante centrale solaire flottante du monde. Le précédent record était détenu par une autre installation très similaire, également située à Huainan et installée dans une mine de charbon désaffectée. Mise en place par le fabricant chinois Xinyi Solar, la capacité de cette centrale atteint les 20 MégaWatts. Un record qui risque d’être de courte durée puisque l’entreprise Sungrow a annoncé début juin que des travaux étaient en cours (dans la même région) pour la construction d’une nouvelle centrale flottante d’une capacité de… 150 Mégawatts. Un projet qui devrait s’achever « à la fin de l’année », selon nos confères du site pv-Tech.org.

Des panneaux plus efficaces

L’intérêt d’installer ainsi des panneaux solaires sur l’eau plutôt que sur la terre ferme présente plusieurs avantages. Tout d’abord, ces imposantes installations (800.000 mètres carrés pour la plus récente) n’empiètent pas sur des terres qui pourraient être consacrées à d’autres usages (bâtiments, exploitations agricoles…). La réverbération de la lumière sur l’eau accroît l’efficacité des panneaux, tandis que la proximité immédiate de l’eau offre une solution optimale pour refroidir l’installation. Ultime avantage : la surface de l’eau étant plate, aucun relief du terrain ne risque de venir faire de l’ombre sur les panneaux solaires. Depuis 2015, la Chine est devenue, en passant devant l’Allemagne, le plus grand producteur d’énergie solaire du monde. Et depuis, l’écart se creuse. La Chine a atteint ainsi une capacité de plus de 77 Gigawatts en énergie solaire installée fin 2016 chiffre l’administration nationale de l’énergie dans le pays. Et bien que le charbon constitue encore la principale source énergétique du pays (60%), les énergies renouvelables progressent. Elles représentent à ce jour 11% du mix énergétique chinois et pourraient doubler d’ici 2030.

 

 
 

Détection des premiers instants de l’Univers : « une découverte majeure » selon A.Barrau, astrophysicien

http://www.notre-planete.info/actualites/3979-ondes-gravitationnelles-univers-big-bang

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big bangReprésentation du Big Bang
© NASA
Une équipe de scientifiques américains s’est approchée, grâce au télescope BICEP2, des premiers instants de l’Univers. Ils ont mis au jour l’existence d’ondes gravitationnelles primordiales, la signature des secousses dans l’espace-temps engendrées par le Big Bang, qui ont accompagné la création de l’Univers et son expansion. Retour sur cette découverte majeure avec Aurélien Barrau, astrophysicien.

Des astrophysiciens américains dirigés par John Kovac du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics ont détecté la première preuve formelle de l’existence des ondes gravitationnelles, les premiers soubresauts du Big Bang. Pour le chercheur, la « détection de ce signal est l’un des objectifs les plus importants de la cosmologie d’aujourd’hui ».

Pour mieux comprendre et mesurer la portée de cette découverte, nous avons interrogé Aurélien Barrau, Professeur à l’Université Joseph Fourrier de Grenoble et astrophysicien au laboratoire de Physique Subatomique et de Cosmologie du CNRS.

Monsieur Barrau, pensez-vous vraiment qu’il s’agit d’une découverte « majeure » dans l’histoire de la cosmologie ? Cette découverte permet-elle définitivement de valider le scénario du big bang : cette inflation cosmique considérable qui a engendré notre univers il y a 13,8 milliards d’années ?

Aurélien Barrau : « Je pense qu’il est effectivement légitime d’y voir une découverte majeure. Ce signal était cherché et espéré depuis des décennies et il apparaît enfin ! De plus, la détection n’est pas « marginale », elle est claire et presque indiscutable. Comme toute première mesure, elle doit être confirmée par une expérience indépendante avant d’être considérée comme tout à fait fiable. Mais en l’état, rien ne permet de douter qu’il s’agisse d’un travail sérieux et probant.

Il n’est pas pour autant possible de considérer que le scénario du Big Bang est maintenant validé ou prouvé. Pour la simple raison qu’aucune théorie scientifique n’est jamais prouvée. Il n’est jamais possible d’exclure qu’une future mesure vienne invalider l’ensemble de l’édifice. Ce délicieux inconfort est même constitutif de la pense scientifique ! La science pense toujours sur la brèche. Nous n’énonçons pas de vérités éternelles en physique. Nous tentons de créer du sens avec le réel.

Mais, clairement, cette découverte vient en effet conforter et étayer notre compréhension de l’Univers primordial. Ces ondes gravitationnelles ont été émises seulement un milliardième de milliardième de milliardième de secondes après le Big Bang ! C’est extrêmement tôt. Une nouvelle fenêtre sur nos origines est donc en train de s’ouvrir. C’est une opportunité inespérée car nous craignions que le signal soit trop faible pour être visible.

De plus, et à mon sens c’est peut-être le point nodal, ces ondes gravitationnelles sont un effet de gravitation quantique. Et c’est le premier observé dans toute l’histoire ! En effet, on tente depuis près d’un siècle d’établir la gravité quantique. C’est un peu le graal de la physique théorique. Mais c’est une tâche extraordinairement ardue, en particulier parce que nous manquons de guides expérimentaux. Or, il y a quelles semaines, un tel effet a enfin été détecté. Ce n’est pas un détail mais bel et bien une première dans cette direction qui est absolument centrale pour comprendre la nature ultime de l’espace et du temps. »
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ondes gravitationnellesEmpreintes des ondes gravitationnelles
© Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics

Dans le cadre de vos travaux, vous indiquez que le big-bang pourrait-être considéré comme un grand rebond : c’est à dire une phase de contraction suivie d’une phase d’expansion de l’univers. Comment cette découverte s’inscrit-elle dans vos théories ? Comment conceptualisez-vous l’avant big-bang ?

Aurélien Barrau : « Je travaille sur une théorie de gravitation quantique inventée il y a environ vingt-cinq ans par les grands physiciens Smolin et Rovelli. Celle-ci tente de concilier simplement les grands principes de la théorie d’Einstein, d’une part, et de la physique quantique d’autre part. La première fonctionne généralement correctement pour décrire les phénomènes astrophysiques tandis que la seconde est utilisée pour les particules élémentaires. Il est pourtant indispensable de les considérer simultanément pout décrire l’intérieur des trous noirs et l’origine de l’Univers.

Quand on applique cette approche de gravitation quantique, qui demeure spéculative mais s’avère être mathématiquement cohérente et bien définie, à l’Univers dans son ensemble, le résultat est remarquable : le Big Bang disparaît. Ce n’est pas si étonnant : le Big Bang est une singularité, une divergence mathématique, autrement dit… une pathologie ! Ici, il est « régularisé » et remplacé par un Big Bounce c’est-à-dire un grand rebond. Il existerait donc une phase en amont du Big Bang ou de ce qui en tient lieu ! Ce serait une phase de contraction avant l’expansion actuellement observée.

A ce stade, la découverte récente ne corrobore ni ne défavorise cette hypothèse. Pour aller de l’avant et chercher d’éventuelles traces de cette phase « pré Big Bang », il faut vraiment étudier de plus près les caractéristiques fines de ces ondes gravitationnelles. »

Aujourd’hui l’univers est en expansion, c’est à dire que l’espace se dilate. Est-ce la poursuite du phénomène d’inflation du big-bang ? Risque t-il de s’inverser menant l’univers à se contracter pour reproduire un nouveau cycle de big-bang ?

Aurélien Barrau : « Il est vrai qu’en ce moment l’Univers est en expansion et même en expansion accélérée ! Mais cette accélération n’est pas directement liée à celle qui eut lieu dans l’Univers jeune et causa les ondes gravitationnelles observées par l’expérience BICEP2. Cette inflation primitive a eu pour conséquence notre propre existence ! C’est elle qui a créé les petits grumeaux qui sont à l’origine des galaxies et de toutes les grandes structures dont nous faisons partie.

Il n’est pas impossible que l’Univers soit cyclique et qu’un effondrement se dessine à l’horizon. Mais rien ne plaide aujourd’hui en ce sens. Il semble au contraire que l’expansion soit de plus en plus rapide et puisse de poursuivre ainsi éternellement. »

Pour un certain nombre de citoyens, cette découverte reste malheureusement obscure et sans grand intérêt. Pourriez-vous nous éclairer sur ses conséquences d’un point de vue plus métaphysique voire pratique ?

Aurélien Barrau : « Cette science n’a pas d’application pratique et n’a pas à en rougir ! Quelle est l’application pratique d’une fugue de Bach ou d’une toile de Kandinsky ? C’est la même chose ici. Bien évidemment, il n’est pas impossible que les moyens techniques ou mathématiques inventés pour mener à bien ces études puissent un jour avoir des applications. Mais ce n’est pas notre but et ce n’est pas à ce titre qu’il faut défendre ou faire connaître ces recherches.

Il s’agit avant tout de réenchanter le monde ! Il s’agit d’écrire notre grande histoire. Il s’agit penser nos origines. Il s’agit de donner du sens au réel. Mais, au-delà de cette quête minutieuse de faits ou de modèles, il s’agit également d’une activité créatrice. Il est en effet également question de construire un monde – élégant et cohérent – qui fasse écho à la Nature. La science n’est pas la quête froide et abstruse de la Vérité : elle est une création sous contrainte. Rien n’est plus exaltant et subversif. »

Merci Aurélien Barrau pour vos précieux éclairages sur cette découverte majeure qui pousse un peu plus loin notre quête de la création de l’univers.

Aurélien Barrau est notamment l’auteur d’un ouvrage passionnant « BIG BANG et au-delà – Balade en cosmologie », une véritable invitation à vagabonder dans les méandres de l’univers et de ses mystères.

 
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Publié par le mars 26, 2014 dans sciences, THEORIE