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L’histoire falsifiée est comme une vierge de Nuremberg

30 Jan

je pense que j’ai réussi à plus ou moins m’abstraire de la souffrance que m’infligeaient les adhérences à la politique de cette période complexe où se produit un ébranlement général des institutions, des représentations à travers lesquelles vous continuez à percevoir le monde. Cela avait pris la forme obsessionnelle de la torture que représentaient diverses célébrations dans l’année 2020, celle de la victoire sur le nazisme, celle de l’histoire du pCF. J’ai vécu comme une souffrance abominable ce qui était en train de se préparer, la médiocrité, le mensonge comme si ma vie entière était enfermée dans une vierge de Nuremberg…

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J’étais obsédée par des références qui aurait bien étonné mes lecteurs, empruntées à ma studieuse jeunesse, quand j’avais fui à la fois le lycée et des parents en train de divorcer en me prenant plus ou mois en otage de leurs propres interprétations de l’origine de leurs frustrations les plus intimes . je m’étais réfugiée dans la bibliothèque de la place Carli à Marseille, c’était si apaisant, ses boiseries blondes tapissées de livres reliés et des rais de lumière qui tombaient des hautes fenêtres, avec des mouvements de  neige de la poussière qui me faisaient songer au de rerum naturae de Lucrèce que je lisais avec passiin, en découvrant la poèsie du matérialisme (plus tard j’ai lu le texte que marx avait consacré à cet atomisme matérialiste et à Epicure dans sa thèse … )

Mais revenons à la découverte que je fis alors de la partialité de l’Histoire. Il y eut le cas de Néron, je découvris Suétone, la vie des douze césars comme le satyricon de Pétrone, j’en rougis encore, je dois beaucoup de mes connaissances sexuelles (hors normes) à ces ouvrages comme aux Mille et une nuits non expurgées très explicites mais plus traditionnelles.

Mais peu à peu me vint des doutes sur   la manière dont  Suétone, cet archiviste de l’empereur Hadrien avait fabriqué la vie des 12 césars. « À la mort de Pline le Jeune, en 113, Suétone s’attache à un nouveau protecteur, Caius Septicius Clarus, qui lui obtient sous Hadrien l’importante fonction de secrétaire ab epistulis latinis5 (c’est-à-dire responsable de la correspondance de l’empereur en langue latine). Cette charge permit notamment à Suétone d’avoir accès aux archives impériales. Il rédige alors son premier livre, le De viris illustribus (paru vers 113). Entre 119 et 122, paraît la Vie des douze Césars, point culminant de sa carrière. » Il avait donc accès aux sources mais c’était aussi un membre de l’ordre equestre, un réactionnaire qui regrettait le temps archaïque du Sénat et qui voyait dans l’empire romain le triomphe de la plèbe sur l’aristocratie et il avait littéralement fabriquée une histoire salace où les vices des empereurs et de leurs épouses (Agrippine, Messaline, Popée, etc..) de leurs gitons étaient utilisés pour appuyer sa cause.

Cette falsification systématique de l’histoire par des clerc, non seulement appointés par les puissants mais qui nourrissaient en secret   des nostalgies de petits bourgeois fascisants  m’incita à me méfier. Je découvris grâce à une histoire de l’Antiquité publiée aux éditions de Moscou que Socrate pervertissait peut-être effectivement la jeunesse, dans cette histoire je découvris qu’Athènes occupée par Sparte avait été la proue d’un régime de collaboration très durs, les trente Tyrans, dont un certain nombre comme Critias et Alcibiade avaient trahi leur patrie.  Même Platon n’est pas clair. Ensuite je découvris le même travers réactionnaire chez Marc Aurèle et les Stoïciens, bref la plupart des héros que l’on m’apprenait à respecter et dont j’étais gorgée dans mes études classiques s’avéraient des ennemis des petits et des défenseurs d’une élite rapace, quand ils n’étaient pas comme Charles parrain décrit marc Aurèle, de fieffés imbéciles incapables de percevoir la fin du mode de production esclavagiste… Je commençais à traduire des textes mis à l’index par exemple Julien l’apostat et j’ai préparé mon baccalauréat durant deux années seules en fabriquant mon propre programme de lecture. J’ai eu des notes si transcendantes en français, philosophie, histoire, latin et même grec, que cela me permit de surmonter les 0,5 ou 0,25 que je recevais fréquemment en maths, physique et anglais.

Ce long détour pour vous expliquer les conditions personnelles dans lesquelles je prenais position en Histoire. la découverte de marx fut un bonheur de chaque moment parce qu’avec les immenses moyens intellectuels qui étaient les siens, il procédait de même et mieux me fournissait une méthode pour classer les faits sociaux.

pendant très longtemps le pCF fut le lieu où j’alimentais mon goût pour l’histoire et la lutte contre le révisionnisme des puissants.Mais depuis vingt ans ce temps est terminé et j’ai vécu jusqu’au paroxysme de ces dernières semaines la souffrance de me retrouver aussi seule, aussi démunie que quand adolescente j fuyais l’incompréhensible folie des adultes dans les bibliothèques…

Je me disais, ils vont réussir à inventer comme Suétone, et il créeront des Lorent deutsche et des Stéphane berne pour faire de Staline la même monstruosité qu’Hitler… Tout m’était douloureux y compris ces phrases jetées sans y penser à propos de macron, quand gérard Miller croit devoir nuancer le propos en expliquant qu’il n’est certes pas Hitler Mssolini … et Staline… de la part d’un ancien mao qui n’est pas le pire quelle acceptation.

Le pCF, y compris la nouvelle direction était devenue massivement inculte, considérant comme secondaire ce trafic des mémoires contre lequel se rebellaient heureusement les Russes.

Mon propre livre de mémoires avait disparu dans la tourmente, il ne m’intéressait plus beaucoup, je l’avais peut-être écrit pour des gens qui n’existaient plus. Je n’avais même plus envie d’en assurer la promotion tant je le considérais comme mal ajusté à l’état réel de la situation…

J’ai décidé alors d’aller jusqu’au bout, je me suis remise comme au temps où j’allais dans la bibliothèque de la place Carli de recopier des livres (je crois qu’à cette époque en une année j’ai recopié des volumes entiers… Le dialogue est beaucoup plus fructueux quand on recopie la pensée de quelqu’un, quand chaque mot est ainsi pesé.

Puis j’ai retrouvé le cinéma, en particulier des films chinois. Il y avait le début de l’épidémie, les énormités qui se disaient, les Chinois qui prenaient des mesures de quarantaine légitimement accusés de « totalitarisme »,ce qui était d’une incroyable stupidité… et il yavait dans le même temps la découverte de la société, mieux de la sensibilité individuelle et collective chinoise d’abord dans « l’adieu » de wang lu, ensuite le magnifique « Séjour dans les monts Fuchun » de Gu xiaogang.

Magnifique bien sur parce que comme tout cinéma, il est espace et temps et celui-ci nous est une découverte, celle d’une peinture classique, un rouleau du XIIème siècle (le jour de Qinming au bord de la rivière) un perspective sans pont de fuite ou des points de fuite multiples (montagne et eau) avec de longs travelling sans fin, mais aussi le déroulement de civilités multiples depuis la vieille dame dont l’on célèbre les 70 ans jusqu’à son enterrement, avec ses enfants, plutôt de la classe ouvrière que de la classe moyenne confrontés à un monde en pleine transformation. Et ce monde chinois dans lequel le drame surgit et s’interrompt au rythme de l’histoire et de ses répercussions nous décrit des être humains complexes dans lesquels le mal et le bien coexistent. L’être humain n’est ni bon, ni mauvais, il est enserré dans des rapports sociaux et seul le collectif donne le sens global comme la relation à la nature apporte le sens véritable qui toujours  échappe.

C’était exactement le contraire des imbécillités déversés sur les plateaux de télévision… de ces commentaires superficiels qui nous rayent le coeur tant ils parlent faux, mais les nôtres sans doute ne valent pas mieux… Autant vaut s’épargner mutuellement.

Puis il y eut ce camarade qui me téléphona et me proposa de venir me chercher pour le débat de Reillanne… Nous avons parlé de l’histoire qui fut la nôtre comme déjà sur la route vers la Haute-Provence. je repensais en l’écoutant à cette remarque de genet dans Notre Dame des fleurs « ce n’est pas ta vie que tu me racontes, mais une part de la mienne que j’ignorais »… Rien ne me choquait, on riait… Puis il y eut le jeue homme rencontré dans le train au retour de béziers qui m’a recherchée, ce soir il vient chez moi avec son amie… est-ce que le moment privilégié reviendra?

Ce fut le début de l’apaisement avec la conscience que j’étais dans une zone périphérique d’un monde en train de basculer dans une nouvelle ère, qu’heureusement ou malheureusement ceux qui contribuaient volontairement ou involontairement à une révision de l’histoire  contre-révolutionnaire (il ne s’agit pas de vérité, mais bien de savoir au profit de qui se joue la ré-interprétation) n’ont pas beaucoup plus de pouvoir que moi. Ceux qui vont jusqu’à m’insulter sans m’avoir lue n’ont aucune importance, moi non plus… Mais il y a quelque chose qui nous pousse vers des valeurs qui sont encore les miennes et qui me font apprécier ces films, parce que l’être humain aura toujours besoin de vivre matériellement, de vaincre ce qui l’en empêche mais aussi de beauté comme une transcendance, le sens d’une vie qu’il doit défendre âprement en terme de survie.

je crois que par les temps qui courent il y a peu de gens pour avoir comme moi une vision non simplificatrice de ce qu’est la géopolitique et pour au contraire revendiquer une réflexion qui dépasse les personnages historiques auxquels on cherche à nouveau à ramener l’Histoire. Si l’on prétend comme c’est le cas aujourd’hui retourner aux temps de la « vie des douze Césars » ou les malheurs de Marie Antoinette, on a toute chance de se retrouver dans les aspects les plus médiocrement réactionnaires, les plus stupides de ce que nous devrions connaitre en nous engageant politiquement. Ceux justement où l’on peut limiter l’histoire d’Hitler à la folie monstrueuse et paranoïaque d’un individu sans jamais s’intéresser à ceux qui ont choisi de le porter au pouvoir, les magnats de la Rhur alors qu’après avoir connu un triomphe en juillet 1932, il avait connu un terrible reflux en décembre 1932, sans jamais avoir la majorité absolue. Et en ayant gommé ce qui donne sens à l’histoire l’identifier à son antthèse historique que l’on a fabriqué lui aussi comme un monstre sans assise sociale.

Voilà cette semaine de réflexion a consisté à retrouver les enjeux réels de ce qui fait une vie.

Voilà, ce furent huit jours importants et il faut poursuivre encore dans cette solitude attentive à ce qui surgit…

danielle Bleitrach

 

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