RSS

Archives de Catégorie: textes importants

A propos de l’affaire Weinstein, retour sur le jeune Marx

Résultat de recherche d'images pour "le jeune Marx"

Je n’en finis pas d’être stupéfaite par les dérives de la société des Etats-Unis, stupéfaite non par leur étrangeté mais par ce qu’elles sont si proches des nôtres, de nos dérives actuelles. Ce producteur dont on disait qu’il exerçait une influence plus grande sur Hollywood que la scientologie (sic), totalise une soixantaine de statuettes, quatre oscars pour le meilleur film, dont « The Artist ». « C’est un distributeur », dit Michel Hazanavicius, le réalisateur de « The Artist » et de cette pauvre chose sur Godard intitulé « le redoutable », c’est dire si le cinéma français a joué le jeu et s’est plié aux caprices de celui qui faisait la fortune ou non d’un réalisateur, si tout le monde s’est empressé à lui offrir du bétail comme s’ils étaient un quelconque dodo la saumure, ce métier-là chacun l’a fait sans parler d’Hilary Clinton et les Obama et tous les élus démocrates qui ont accepté ses financements quitte après à donner des leçons de vertu sans rien changer sur le fond. Cet hollywood qui vit de ce type d’individu et écarte un Eric Von Stroheim pour immoralité.

Disons le tout de suite ce type, une sorte de DSK, est un malade, un obsédé sexuel qui mérite un traitement comme bien d’autres que l’on met en prison sans autre forme de procès… Mais ce n’est pas de cela dont il est question mais bien de ce que le mal paraît en parfaite concordance avec le type d’individu qui sont les vainqueurs de ce monde. Hollywood étant la représentation et aussi la caricature de cette violence sociale que certains dans leur soif de possession jamais assouvie ont le droit d’exercer sur d’autres.

Il y a quelque chose d’extraordinaire dans ce petit monde démocrate qui prend ses distances avec le « prédateur » par pure hypocrisie puritaine sans jamais s’interroger sur ce qui est à la base de ce viol systématique de la « partenaire ».

Alors voilà, j’ai retrouvé un texte que j’avais écrit sur ce blog à propos du jeune Marx (celui des manuscrits de 1844) et du rapport entre les hommes et les femmes. N’oubliez pas qu’à cette époque-là Proudhon écrit des choses invraisemblables sur les femmes, sur leur infériorité naturelle comme il est violemment antisémite.

Les manuscrits de 1844 sont une œuvre de jeunesse, Marx y aborde l’économie politique, le communisme en humaniste, il pose à chaque détour de phrase la question : qu’est-ce que le capitalisme et sa science de l’enrichissement fait-elle de l’être humain? Sa pensée est d’une grande actualité puisqu’elle s’interroge sur la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793, qui portent une vision de l’être humain comme une « monade isolée repliée sur elle-même » et son fondement est donc le bellum omnium contra omnes, la guerre de tous contre tous, la concurrence. L’économie politique nie l’aliénation dans le travail, elle achète pour un temps déterminé, par contrat des hommes « libres », la vie humaine est un capital qui se vend, l’être humain est une machine à consommer… Cette aliénation teinte de son éther tous les rapports sociaux et parmi eux les plus génériques, celui de l’homme et de la femme…

Danielle Bleitrach

« C’est dans le rapport à l’égard de la femme, proie et servante de la volupté collective, que s’exprime l’infinie dégradation dans laquelle se trouve l’homme vis-à-vis de lui-même. En effet, le secret de ce rapport entre l’homme et lui-même trouve son expression non équivoque, nette, manifeste, dévoilée dans le rapport de l’homme à la femme et dans la manière dont est compris le rapport générique naturel et immédiat (1). Le rapport immédiat, naturel, nécessaire, de l’homme à l’homme se confond avec le rapport de l’homme à la femme. Dans ce rapport générique naturel, le rapport de l’homme à la nature est immédiatement son propre rapport à l’homme, de même que le rapport à l’homme est directement son propre rapport à la nature, sa propre détermination naturelle. Dans ce rapport apparaît donc de façon sensible, comme un fait concret, à quel point l’essence humaine est devenue naturelle pour l’homme, à quel point la nature est devenue essence humaine de l’homme (2). En partant de ce rapport, on peut donc juger le niveau culturel de l’homme. Du caractère de ce rapport résulte la mesure dans laquelle l’homme est devenu pour lui-même être générique, homme, et c’est compris comme tel ; le rapport de l’homme à la femme est le rapport le plus naturel de l’homme à l’homme. On y voit donc jusqu’à quel point le comportement naturel de l’homme est devenu humain, jusqu’à quel point l’essence humaine est devenue pour lui essence naturelle, jusqu’à quel point sa nature humaine est devenue pour lui essence naturelle, jusqu’à quel point sa nature humaine est devenue pour lui-même nature. Dans ce rapport apparaît aussi dans quelle mesure le besoin de l’homme est devenu un besoin humain, donc dans quelle mesure l’autre homme en tant que tel est devenu un besoin pour l’homme, dans quelle mesure l’homme dans son existence la plus individuelle est en même temps un être social. »(3)

Quand il est question des femmes et de la politique il faut toujours en revenir aux catégories fondatrices d’Aristote (dans la Politique), il y distingue deux types de relations : la relation entre les propriétaires de la circonscription administrative appelé Demos (d’où la démocratie) qui sont des relations politiques entre égaux et la relation despotique celle qui unit le propriétaire-citoyen aux femmes, aux enfants et aux esclaves. Sur ces êtres inférieurs à des degrés divers, il a tous les droits, ils font partie de sa propriété. Ils ont une valeur d’usage, celle de la nécessité de la production et de la reproduction. C’est le monde du silence et celui des sans droits, celui dont la parole est inutile, babillage, récriminations, et vaines plaintes. Alors que le monde politique est celui de la loi, du contrat d’égalité, une relation abstraite et largement fictive puisqu’il y a des riches et des pauvres, mais même ce que l’on appellera un jour les « petits blancs » sont plus que les femmes et les esclaves.

On dit que le Marx des manuscrits de 1844 est le jeune Marx encore plein de Hegel, en fait le Marx du Capital est en gestation et singulièrement toute la section I du livre I du Capital qui porte justement sur la valeur, sur le contrat qui unit le propriétaire des moyens de production au salarié. C’est l’élaboration d’une nouvelle ère politique, celle de la révolution française, mais aussi celle du Capital une véritable schizophrénie où l’être humain est déchiré entre les aspirations idéalistes des droits de l’homme et la trivialité despotique de l’exploitation. Nous en sommes encore là. Et la dualité du traitement réservé aux femmes, la maman et la putain, le galant caballero hispanique violant avec une rare brutalité ou comme au Mexique, à Juarez multipliant les morts impunies, toutes ces figures de l’insupportable dualité de l’être humain de la « modernité »… C’est pour cela que le mythe de la virginité n’est pas simple voile : tiens le voile, la membrane, le refus de voir, la méduse, le sexe de la femme peint par Courbet, il s’agit toujours du refus de voir sa propre aliénation dont Marx montre le lien avec la religion. Les chiffres officiels montrent que 74% des femmes boliviennes subissent des relations de violence. Une des gloires des communistes qu’il s’agisse des Cubains, des FARC, des Népalais a toujours été de faire avancer l’émancipation de la femme, de les intégrer en tant qu’êtres politiques et combattants, ayant droit à la parole, même si les communistes en tant qu’individus ne sont pas abstraits de l’aliénation du monde qu’ils combattent. Il faut des lois très sévères, ainsi Cuba a hérité du temps de la guérilla une loi qui punit de mort le viol.

(1) Marx considère avec Fourier que le degré d’émancipation est indiqué dans le degré d’émancipation de la femme (cf. La sainte famille).
(2) « l’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individu pris à part. Dans sa réalité c’est l’ensemble des rapports sociaux. Sixième thèse à Feurbach.

Troisième manuscrit, p.145

Publicités
 

Lettre à J. Weydemeyer ; ce que Marx a vraiment apporté: la nécessité de la dictature du prolétariat

Résultat de recherche d'images pour "le jeune karl marx raoul peck"

Par rapport au film de Raoul Peck, ce texte apporte un certain éclairage sur la pensée politique de Marx. Non seulement il traite « d’imbécile » Heinzen et son amour, sa fraternité universelle mais il montre qu’il vaut mieux se référer à la bourgeoisie elle-même qu’à des imbéciles faussement humanistes de cette espèce. Ill affirme qu’il n’a pas « inventé » les classes sociales et leur lutte, mais la dictature du prolétariat. Dans le film de Peck, effectivement Heinzen et Proudhon sont les deux « penseurs » que Marx met en pièces et avec lesquels il refuse tout compromis. Personnellement je préfère Heinzen à Proudhon ne serait-ce que parce que le premier est féministe alors que Proudhon est non seulement antisémite mais misogyne, il est réactionnaire. Mais pour revenir au film, on ne peut pas oublier que Marx emprunte le concept de dictature non seulement à l’antiquité romaine, mais à la Révolution française qu’il analyse comme la dictature de la Bourgeoisie, il n’ignore pas  le rôle de la terreur. Il hait le despotisme et il a des réflexions très dures contre Napoléon dans la retraite de Russie, mais dans le même temps il en fait le successeur de Robespierre et des jacobins. Une dictature de la bourgeoisie ayant un rôle progressiste. Je crois que quand on cherche les filiations de Marx dans le mouvement ouvrier et que l’on décrit comme l’a fait Raoul Peck très justement son refus de la niaiserie pseudo humaniste d’un Heinzen ou le caractère réactionnaire d’un Proudhon, en leur préférant la trivialité franche de la bourgeoisie sur son exploitation, on ne se lance pas dans les médias dans des commentaires que Marx aurait désavoués. Comme je pense que Trotski aurait agi de la même manière que Staline, même si dans sa lutte contre lui il a appuyé successivement les positions gauchistes et droitières. Ce qui les séparait n’était pas l’exercice de la dictature mais ce qu’on pouvait attendre de la Révolution dans un seul pays  (note de Danielle Bleitrach)
5 mars 1852
Ce que Marx a vraiment apporté….
Londres, le 5 mars 1852.
28, Dean Street, Soho.
Cher Weywy,
Je crains que quelque confusion ne se soit produite, parce que having misunderstood thy last letter (ayant mal compris ta dernière lettre), j’ai adressé mes deux derniers envois à  » Office of the Revolution,
.
C’est ce maudit « Box 1817 » qui a provoqué la confusion, car tu m’as écrit d’ajouter cet appendice à « l’ancienne adresse », sans faire la différence entre la première adresse et la seconde. Mais j’espère que la chose se sera arrangée avant que cette lettre n’arrive, d’autant plus que la lettre de vendredi dernier contient le chapitre V, très détaillé, de mon article1. Je n’ai pu terminer cette semaine le nº 6 qui en constitue la conclusion2

. Si ton journal a reparu, ce retard ne saurait être un obstacle, puisque tu es largement pourvu de copie.

Ton article contre Heinzen, qu’Engels m’a malheureusement envoyé trop tard, est très bon, à la fois grossier et subtil, et ce mélange s’impose pour une polémique digne de ce nom. J’ai communiqué cet article à [Ernest]Jones et tu trouveras ci-joint une lettre de lui destinée à être publiée3  Comme Jones écrit très mal, use d’abréviations, et que je suppose que tu n’es pas encore un out-and-out [véritable] Anglais, je t’envoie en même temps que l’original une copie de la main de ma femme et la traduction allemande; tu dois imprimer les deux côte à côte, l’original et la traduction. Après la lettre de Jones tu peux encore ajouter ceci: en ce qui concerne George Julian Harney, dont Monsieur Heinzen invoque également l’autorité, il a publié notre Manifeste communiste en anglais dans son Red Republican, indiquant dans une note marginale que c’était « the most revolutionary document ever given to the world « , « le document le plus révolutionnaire qui ait été publié dans le monde.

D’ailleurs en Angleterre, on n’a pas besoin de se référer seulement aux « extrémistes « . Lorsqu’un membre du Parlement devient ministre en Angleterre, il doit se faire réélire. Ainsi Disraeli, le nouveau ministre des Finances, Lord of the Exchequer [de l’Echiquier], écrit à ses électeurs à la date du 1er mars : « We shall endeavour to terminate that strife of classes which, of late years, has exercised so pernicious an influence over the welfare of this kingdom ». « Nous nous efforcerons de mettre fin à une lutte des classes qui a exercé une influence aussi néfaste sur le bien-être du royaume au cours des dernières années ».

À ce propos, le Times du 2 mars remarque : « If anything would ever divide classes in this country beyond reconciliation, and leave no chance of a just and honourable peace, it would be a tax on foreign corn. » » Si quelque chose pouvait diviser les classes de ce pays à un point tel qu’aucune réconciliation ne serait plus possible, ce serait un impôt sur le grain étranger « .6
Et pour qu’un « homme de caractère », ignorant comme Heinzen, n’aille pas s’imaginer que les aristocrates sont pour, et les bourgeois contre les lois sur les grains, parce que ceux-là veulent le « monopole », ceux-ci la « liberté » – les braves gens ne connaissent d’autres antagonismes que ceux qui existent sous cette forme idéologique – il suffit de remarquer qu’au XVIIIème siècle les aristocrates anglais étaient pour la « liberté » (du commerce) et les bourgeois pour le *monopole », position identique à celle que nous trouvons actuellement en « Prusse » de la part de ces deux classes s’agissant des lois sur le blé. La Neue Pr [eussische] Z[eitung][Nouvelle Gazette prussienne] est le partisan du Freetrade [libre-échange] le plus acharné qui soit.
Enfin, si j’étais toi, je ferais remarquer à MM. les démocrates en général qu’ils feraient mieux de se familiariser eux-mêmes avec la littérature bourgeoise avant de se permettre d’aboyer contre ce qui en est le contraire. Ces messieurs devraient par exemple étudier les œuvres de Thierry7 , Guizot, John Wade 8 , etc., et acquérir quelques lumières sur « l’histoire des classes » dans le passé. Ils devraient se familiariser avec les rudiments de l’économie politique, avant de prétendre se livrer à la critique de l’économie politique.Il suffit, par exemple, d’ouvrir le grand ouvrage de Ricardo 9 pour, à la première page, tomber sur les lignes par lesquelles commence l’avant-propos : « The produce of the earth-all that is derived from its surface by the united application of labour, machinery
and capital, is divided among three classes of the community; namely, the proprietor of the land, the owner of the stock or capital necessary for its cultivation and the labourers by whose industry it is cultivated. » [Le produit de la terre, tout le profit que l’on peut tirer de sa surface par l’application conjuguée du travail, des machines et du capital se répartit entre trois classes de la société, à savoir : le propriétaire du sol, le possesseur des capitaux qu’exige sa culture et les travailleurs qui, par leur industrie, cultivent ce sol.]
À quel point la société bourgeoise aux États-Unis manque encore de la maturité nécessaire pour rendre la lutte des classes sensible et compréhensible, c’est ce que démontre de la plus éclatante façon C. H. Carey 10 (de Philadelphie), le seul économiste important de l’Amérique du Nord. Il attaque Ricardo – le représentant (interprète) 11 classique de la bourgeoisie et l’adversaire le plus stoïque du prolétariat – comme un homme dont les œuvres serviraient d’arsenal aux anarchistes, aux socialistes, et à tous les ennemis de l’ordre bourgeois. Ce n’est pas seulement à lui, mais encore à Malthus, Mill, Say, Torrens, Wakefield, Mac Culloch, Senior, Whately, R. Jones 12 , etc., tous ces chefs de file de la science économique en Europe, qu’il reproche de déchirer la société et de préparer la guerre civile en démontrant que les bases économiques des différentes classes sociales ne peuvent que susciter entre elles un antagonisme nécessaire et sans cesse croissant. Il tente de les réfuter, non certes comme cet imbécile d’Heinzen 13 , en rattachant l’existence des classes à l’existence de privilèges politiques et demonopoles, mais en voulant exposer que les conditions économiques : rente (propriété foncière), profit (capital) et salaire (travail salarié), loin d’être des conditions de la lutte et de l’antagonisme, sont bien plutôt des conditions de l’association et de l’harmonie. Naturellement, il réussit seulement à prouver que les rapports « encore incomplètement développés » des États-Unis représentent à ses yeux des « rapports normaux ».
Maintenant, en ce qui me concerne, ce n’est pas à moi que revient le mérite d’avoir découvert l’existence des classes dans la société moderne, pas plus que la lutte qu’elles s’y livrent. Des historiens bourgeois avaient exposé bien avant moi l’évolution historique de cette lutte des classes et des économistes bourgeois en avaient décrit l’anatomie économique. Ce que j’ai apporté de nouveau, c’est :
 de démontrer que l’existence des classes n’est liée qu’à des phases historiques déterminées du développement de la production ;
 que la lutte des classes mène nécessairement à la dictature du prolétariat; que cette dictature elle-même ne représente qu’une transition vers l’abolition de toutes les
classes et vers une société sans classes.

Des sots ignorants, comme Heinzen, qui ne nient pas seulement la lutte des classes, mais l’existence même de celles-ci, montrent seulement qu’en dépit de toute leur bave sanglante, de leurs glapissements quiveulent se faire passer pour des déclarations humanistes, ils tiennent les conditions sociales dans lesquelles la bourgeoisie assure sa domination, pour le résultat ultime, pour le nec plus ultra de l’histoire ; ils prouvent qu’ils ne sont que des valets de la bourgeoisie, servitude d’autant plus répugnante que ces crétins comprennent moins la grandeur et la nécessité passagère de ce régime bourgeois lui-même.
Prends dans les commentaires ci-dessus, ce qui te paraît bon. À part cela, Heinzen nous a emprunté la  » centralisation  » à la place de sa « république fédérative « 14, etc. Quand les points de vue sur les classes sociales que nous répandons actuellement auront été vulgarisés et seront devenus des éléments du  » sens commun », ce butor les proclamera à grand bruit comme étant le dernier produit de sa « propre sagacité  » et aboiera contre nos développements qui auront alors dépassé ce stade. C’est ainsi que sa « propre sagacité » l’a fait aboyer contre la philosophie hégélienne, aussi longtemps qu’elle était progressiste. Maintenant il se nourrit de ses reliefs fades que Ruge a recrachés avant de les avoir digérés.
Tu trouveras ci-joint la fin de la correspondance hongroise. Tu dois d’autant plus essayer d’en publier un extrait – si ton journal existe – que Szemere, l’ancien président du Conseil de Hongrie, m’a promis de Paris de rédiger pour toi un article détaillé signé de son propre nom.
Si ton journal a vu le jour, envoie-moi davantage d’exemplaires afin qu’on puisse mieux le diffuser.

Ton K. MARX.
Mes meilleurs souvenirs à toi et ta femme de la part de tous les amis d’ici et de ma femme en particulier. À propos. Je te fais parvenir les Notes 15 et quelques exemplaires de mon discours aux Assises 16 (ces derniers pour Cluss, à qui je les ai promis) par l’ex-montagnard Hochstuhl (Alsacien). Rien à tirer de ce bougre.

1Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, chap. 5.
2 Apparemment, Marx a modifié son plan primitif durant la rédaction de la conclusion du 18 Brumaire.
L’ouvrage ne comprend pas 6 mais 7 chapitres. Marx envoya le septième et dernier chapitre à New York le
25 mars 1852.
3 L’article de Weydemeyer contre Heinzen fut publié le 29 janvier 1852 dans le New-Yorker Demokrat.4 The Democratic Review of British and foreign Politics, History and Literature [Revue démocratique de
politique, d’histoire et de littérature anglaises et étrangères] : revue mensuelle chartiste, éditée de juin 1849
à septembre 1850 par G. J. Harney. Marx cite la phrase de Harney en anglais en la faisant suivre de la
traduction allemande.
5 Le journal des Chartistes, The Red Republican, publia en novembre 1850 la première traduction anglaise
du Manifeste du Parti communiste. Dans la note de la rédaction qui le précédait et qui fut rédigée par Harney,
rédacteur de cette revue, Marx et Engels sont nommés pour la première fois comme les auteurs du
Manifeste. Dans le magazine publié par Harney, The Democratic Review, furent présentés aux lecteurs des
extraits de l’ouvrage de MARX : Les Luttes de classes en France de 1848 à 1850. Les commentaires de Harney
mentionnés ci-dessus sont contenus dans sa critique du livre de Louis BLANC : « Historic pages from the
French Revolution of february 1848 » [Pages d’histoire de la révolution de février 1848], qui fut publiée
dans The Democratic Review de mai 1850.
6 Comme plus haut, Marx donne la citation en anglais et la fait suivre d’une traduction en allemand.
7 Augustin Thierry : historien français (1795-1856).
8
John Wade : économiste et publiciste anglais contemporain de Marx (1788-1875).
3

9 David Ricardo:On the Principles of Political Economy and Taxation.[Des principes de l’Economie politique
et de l’Impôt.] Londres 1821.
10 H. C. Carey : économiste américain, théoricien de l’harmonie entre les classes, souvent cité et critiqué
dans Le Capital (1793-1879). Marx a interverti l’ordre des prénoms. Il se réfère à l’ouvrage Essay on the rate
of wages[Essai sur le taux des salaires], Philadelphie, 1835.
11 Marx a écrit « interprète » au-dessus du mot « représentant ».
12 À part Jean-Baptiste Say (qui est français), économistes et publicistes anglais dont les noms reviennent
souvent dans Le Capital.
13 Karl Heinzen fut en 1842-1843 collaborateur de la Gazette rhénane. Fixé en Amérique à partir de 1849.
Violent adversaire de Marx et d’Engels (1809-1880).

14 Allusion à la polémique de Marx et Engels contre Heinzen qui a pris position dans la Deutsch-BrüsselerZeitung
[Gazette allemande de Bruxelles], en 1847, contre le combat mené par les communistes pour
l’unification démocratique de l’Allemagne (voir aussi l’article d’ENGELS : « Die Kommunisten und Karl
Heinzen » [Les Communistes et Karl Heinzen], et celui de MARX : « Die moralisierende Kritik und die
kritisierende Moral » [La Critique moralisante et la morale critique].
15 Notes to the People.
16 Brochure éditée en 1849 à Cologne sous le titre « Deux procès politiques »; elle contenait les plaidoiries
de Marx et d’Engels lors du premier procès contre la Neue Rheinische Zeitung le 7 février 1849 et le procès
contre le Comité rhénan des démocrates du 8 février 1849.
5
PS :
Ci-joint les statuts17 : je te conseille de les ordonner de façon plus logique. Londres a été désigné comme
centre directeur pour les États-Unis. Jusqu’à présent nous ne pouvions qu’exercer nos pouvoirs in
partibus18
.
Si ce n’est pas encore fait, ne publie p

 
5 Commentaires

Publié par le octobre 3, 2017 dans HISTOIRE, textes importants, THEORIE

 

1871 : MARX À PROPOS DE LA COMMUNE DE PARIS

Publié le 29/03/2017
Affiche de Le Dernier jour de la Commune, Paris 1871, Grand panorama, par Castellani ; 1883 – source Gallica BnF

 

DANS UNE INTERVIEW PARUE PEU APRÈS LES ÉVÉNEMENTS, LE PENSEUR DU MOUVEMENT OUVRIER DONNE SON SENTIMENT SUR L’INSURRECTION PARISIENNE.

En 1871, quelques mois après l’insurrection de la Commune, Karl Marx est interrogé par le New York HeraldL’interview est reprise dans Le Gaulois du 22 août [Voir l’archive]. On lui demandequels étaient les liens entre l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), dont il est le chef, et le mouvement parisien, que Marx a célébré dans le pamphlet La Guerre civile en France, paru en mai :

« On a dit et écrit, a répondu Karl Marx, beaucoup d’absurdités sur les grands projets de révolte tramés par l’Internationale. Il n’y a pas là un mot de vrai. La vérité est que l’Internationale et la Commune ont fonctionné ensemble pendant une certaine période, parce qu’elles combattaient le même ennemi ; mais il est tout à fait faux de dire que les chefs de l’insurrection agissaient en vertu des ordres reçus du Comité central de l’Internationale de Londres. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-gaulois/22-aout-1871/37/661607/3?fit=494.1090.984.630

Marx, qui depuis Londres a suivi attentivement l’évolution de la situation à Paris, dit ensuite avoir conseillé aux insurgés, dès le début du mouvement, de marcher sur Versailles :

« S’ils avaient fait cela, le succès était certain… Ils ont perdu cette magnifique occasion par l’incapacité de leurs chefs, et à partir de ce moment je prévis le résultat et j’en fis la prédiction à nos comités. »

« L’incapacité de leurs chefs« . Tel est le message que Marx entend faire passer : il n’a rien à voir avec les leaders de l’insurrection, qu’il accable de reproches parce qu’ils n’ont pas suivi ses orientations. Ainsi Flourens, d’après lui, n’était « pas plus capable de conduire une armée qu’un enfant de dix ans« , Bergeret s’est révélé « complètement incapable« , Assi était « un idiot« , Rochefort « une espèce de bohème littéraire« , Pyat un « déclamateur » et un « lâche« … Et quant à Victor Hugo, « sans contredit un grand poète« , c’est aussi selon Marx « un de ces hommes toujours prêts à épouser une cause qui plaît à leur imagination. On ne peut compter sur lui.« 

Enfin, l’auteur du Capital réaffirme les principes de l’Internationale :

« La féodalité, l’esclavage, la monarchie, le capital, le monopole, tous doivent s’évanouir successivement de la face de la terre. La féodalité a disparu la première ; la monarchie s’en va si vite que nous la jugeons à peine digne de nos coups. Le monopole et le capital suivront bientôt. La lutte sera terrible ; mais elle est nécessaire et inévitable… […] Si notre parti arrivait au pouvoir, le premier acte du Parlement serait de déposer la reine et de proclamer la République. Ensuite nous mettrions toutes les grandes propriétés entre les mains de l’État, qui les exploiterait au profit des producteurs. Quant aux oisifs, il n’y aurait rien pour eux. »

 La même année, la défaite de la Commune et sa répression provoquera la scission de l’AIT, divisée entre la tendance marxiste et la tendance anarchiste défendue par Bakounine.

 
Poster un commentaire

Publié par le septembre 14, 2017 dans HISTOIRE, textes importants

 

Pier Paolo Pasolini : « Le vide du pouvoir » ou « L’article des lucioles »

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

 

Leggere in italiano in fondo pagina  :
« Il vuoto del potere » ovvero « l’articolo delle lucciole »
Corriere della Sera, 1 febbraio 1975.

La distinction entre fascisme adjectif et fascisme substantif remonte en fait au journal Il Politecnico, c’est-à-dire à l’immédiat après-guerre… » Ainsi commence une intervention de Franco Fortini sur le fascisme (L’Europeo, 26 décembre 1974) : intervention à laquelle, comme on dit, je souscris complètement et pleinement. Je ne peux pourtant pas souscrire à son préambule tendancieux. En effet, la distinction entre les « fascismes » établie dans le Politecnico n’est ni pertinente, ni actuelle. Elle pouvait être valable il y a encore une dizaine d’années : quand le régime démocrate-chrétien était encore la pure et simple continuité du régime fasciste. Mais, il y a une dizaine d’années, « quelque chose » est arrivé. « Quelque chose » qui n’était pas auparavant, qui n’était pas prévisible, non seulement à l’époque du Politecnico, mais un an même avant que cela n’arrive (ou carrément, comme on le verra, pendant que cela arrivait).

La confrontation réelle entre les « fascismes » ne peut donc être « chronologiquement », entre le fascisme fasciste et le fascisme démocrate-chrétien, mais entre le fascisme fasciste et celui, radicalement, totalement et imprévisiblement nouveau, né de ce « quelque chose » survenu il y a une dizaine d’années.

Comme je suis écrivain, que dans mes écrits je polémique ou, tout au moins, je discute avec d’autres écrivains, que l’on me permette de définir d’une manière poético-littéraire ce phénomène survenu en Italie, il y a environ dix ans. Cela servira à simplifier et à abréger notre propos (à mieux le comprendre aussi, probablement).

Au début des années 60, à cause de la pollution atmosphérique et, surtout, à la campagne, à cause de la pollution des eaux (fleuves d’azur et canaux transparents), les lucioles ont commencé à disparaître. Le phénomène a été fulminant, foudroyant. Au bout de quelques années, c’en était fini des lucioles. (Elles sont aujourd’hui un souvenir quelque peu poignant du passé : qu’un vieil homme s’en souvienne, il ne peut se retrouver tel qu’en sa jeunesse dans les jeunes d’aujourd’hui, et ne peut donc plus avoir les beaux regrets d’autrefois).

Ce « quelque chose » survenu il y a une dizaine d’années, je l’appellerai donc « disparition des lucioles ».

Le régime démocrate-chrétien a eu deux phases tout à fait distinctes, qui, non seulement, ne peuvent être confrontées, ce qui impliquerait une certaine continuité entre elles, mais qui sont devenues franchement incommensurables sur le plan historique. La première phase de ce régime (comme, à juste titre, les radicaux ont toujours tenu à l’appeler) est celle qui va de la fin de la guerre à la disparition des lucioles, la seconde, de la disparition des lucioles à aujourd’hui. Observons-les l’une après l’autre.

Avant la disparition des lucioles.

La continuité entre le fascisme fasciste et le fascisme démocrate-chrétien est totale et absolue. Je ne parlerai pas de ce qui pouvait se dire, alors, à ce sujet, peut-être même justement dans le Politecnico : l’épuration manquée, la continuité des codes, la violence policière, le mépris pour la Constitution. Et je m’arrête sur ce qui, en définitive, a compté pour une conscience historique rétrospective. La démocratie que les antifascistes démocrates-chrétiens opposaient à la dictature fasciste était, en toute impudeur, formelle.

Elle se fondait sur une majorité absolue obtenue par les votes d’énormes couches des classes moyennes et d’énormes masses paysannes, gérées par le Vatican. Cette gestion du Vatican n’était possible que si elle se fondait sur un régime totalement répressif. Dans cet univers, les « valeurs » qui comptaient étaient les mêmes que pour le fascisme : l’Église, la patrie, la famille, l’obéissance, la discipline, l’ordre, l’épargne, la moralité. Ces « valeurs » (comme d’ailleurs durant le fascisme) étaient « aussi réelles » : elles appartenaient aux cultures particulières et concrètes qui constituaient l’Italie archaïquement agricole et paléoindustrielle. Mais du moment qu’elles étaient promues en tant que « valeurs » nationales, elles ne pouvaient que perdre toute réalité, et devenir un atroce, stupide et répressif conformisme d’État : le conformisme du pouvoir fasciste et démocrate-chrétien. Provincialisme, grossièreté et ignorance, que ce soit des élites comme, à un niveau différent, des masses, étaient les mêmes pendant le fascisme comme pendant la première phase du régime démocrate-chrétien. Les paradigmes de cette ignorance étaient le pragmatisme et le formalisme vaticans.

Tout cela semble clair et sans équivoque aujourd’hui, alors qu’à l’époque, on nourrissait, du côté des intellectuels et des opposants des espérances insensées. On espérait que tout cela ne fût pas complètement vrai et que la démocratie formelle comptât au fond pour quelque chose. Maintenant, avant de passer à la seconde phase, je dois consacrer quelques lignes au moment de transition.

Pendant la disparition des lucioles.

Au cours de cette période, la distinction entre fascisme et fascisme élaborée dans Il Politecnico pouvait même fonctionner. En effet, aussi bien ce grand pays qui était en train de se former à l’intérieur du pays (c’est-à-dire la masse ouvrière et paysanne organisée par le P.C.I.), aussi bien les intellectuels, même les plus avancés et les plus critiques, ne s’étaient aperçus que « les lucioles étaient en train de disparaître ». Ils étaient assez bien informés par la sociologie (qui, dans ces années-là, avait mis en crise la méthode d’analyse marxiste) : mais il s’agissait d’informations non encore vécues, formalistes, en somme. Personne ne pouvait mettre en doute la réalité historique qu’aurait été le futur Immédiat ; ni identifier ce que l’on appelait alors le « bien-être » avec le « développement » qui aurait dû réaliser en Italie pour la première fois totalement le « génocide » dont parlait Marx dans Le Manifeste.

Après la disparition des lucioles.

Les « valeurs » nationalisées, et donc falsifiées, du vieil univers agricole et paléocapitaliste, d’un seul coup, ne comptent plus. Église, patrie, famille, obéissance, ordre, épargne, moralité, ne comptent plus. Elles ne servent même plus en tant que fausses valeurs. Elles survivent dans le clérico-fascisme marginalisé (même le M.S.I., en somme, les répudie). Les remplacent, les « valeurs » d’un nouveau type de civilisation, totalement « autre » par rapport à la civilisation paysanne et paléoindustrielle. Cette expérience a déjà été faite par d’autres États. Mais, en Italie, elle est tout à fait particulière car il s’agit de la première « unification » réelle subie par notre pays, alors que dans les autres pays elle se superpose, avec une certaine logique, à l’unification monarchique et aux unifications ultérieures de la révolution bourgeoise et industrielle. Le traumatisme italien du contact entre l’« archaïcité » pluraliste et le nivellement industriel n’a peut-être qu’un seul précédent : l’Allemagne d’avant Hitler. Là aussi, les valeurs des différentes cultures particularistes ont été détruites par la violente homologation de l’industrialisation : d’où la formation en conséquence de ces énormes masses qui ne sont déjà plus anciennes (paysannes, artisanes) mais pas encore modernes (bourgeoises), et qui ont constitué le sauvage, l’aberrant, l’imprévisible corps des troupes nazies.

En Italie, il est en train de se passer quelque chose de semblable : avec une violence d’autant plus grande que l’industrialisation des années 60/70 constitue une « mutation » décisive même par rapport à celle de l’Allemagne d’il y a cinquante ans. Nous ne faisons plus face, comme tout le monde le sait maintenant, à des « temps nouveaux », mais à une nouvelle époque de l’histoire humaine, de cette histoire humaine dont les échéances sont millénaristes. Il était impossible que les Italiens réagissent de pire manière à ce traumatisme historique. Ils sont devenus (surtout dans le Centre-Sud), en quelques années, un peuple dégénéré, ridicule, monstrueux, criminel — il suffit de descendre dans la rue pour le comprendre. Mais, naturellement, pour comprendre les changements des hommes, il faut les aimer. Moi, malheureusement, ce peuple italien, je l’avais aimé, aussi bien en dehors des modèles du pouvoir (au contraire d’ailleurs, en opposition désespérée avec eux), que des modèles populistes et humanitaires. Il s’agissait d’un amour réel, enraciné dans ma façon d’être. J’ai donc vu avec « mes sens » le comportement forcé du pouvoir de la société de consommation remodeler et déformer la conscience du peuple italien, jusqu’à une irréversible dégradation. Quelque chose qui n’était pas arrivé durant le fascisme fasciste, période au cours de laquelle le comportement était totalement dissocié de la conscience. En vain, le pouvoir « totalitaire » réitérait, réitérait sans cesse ses impositions comportementales : la conscience n’y était pas impliquée. Les « modèles » fascistes n’étaient que des masques à mettre et à retirer. Quand le fascisme fasciste est tombé, tout est redevenu comme avant. On l’a vu aussi au Portugal : après quarante années de fascisme, le peuple portugais a célébré le 1er mai comme si le dernier l’avait été l’année d’avant.

Il est donc ridicule que Fortini antidate la distinction entre fascisme et fascisme à l’immédiat après-guerre : la distinction entre le fascisme fasciste et le fascisme de la deuxième phase du pouvoir démocrate-chrétien ne connaît rien de comparable non seulement dans notre histoire, mais probablement aussi dans l’histoire toute entière.

Mais je n’écris pas le présent article dans le seul but de polémiquer sur ce sujet, même s’il me tient très à cœur. J’écris cet article, en réalité, pour une raison bien différente. La voici :

Tous mes lecteurs se seront certainement aperçus du changement des notables démocrates-chrétiens : en quelques mois, ils sont devenus des masques mortuaires. C’est vrai : ils continuent à étaler des sourires radieux, d’une incroyable sincérité. Dans leurs pupilles grumelle la véritable et bienheureuse lumière de la bonne humeur. Quand il ne s’agit pas de la lumière sous-entendue du bon mot ou de la fourberie. Une chose qui plaît, paraît-il, aux électeurs, tout autant que le plein bonheur. Par ailleurs, nos notables poursuivent, imperturbables, leurs palabres incompréhensibles où flottent les flatus vocis de leurs habituelles promesses stéréotypées. Mais ce sont bel et bien, en réalité, des masques. Je suis certain que si on ôtait ces masques, on ne trouverait même pas un tas d’os ou de cendres : il y aurait le néant, le vide. L’explication est simple : Il y a, en réalité, aujourd’hui en Italie un dramatique vide du pouvoir. Mais nous y voilà : pas un vide de pouvoir législatif ou exécutif, pas un vide de pouvoir dirigeant, ni, pour finir, un vide de pouvoir politique, qu’il soit pris dans n’importe quel sens traditionnel. Mais un vide de pouvoir en soi.

Comment en sommes-nous arrivés à ce vide ? Ou, mieux, « comment les hommes du pouvoir en sont-ils arrivés là » ?

L’explication, encore une fois, est simple : les hommes de pouvoir, démocrate-chrétiens, sont passés de la « phase des lucioles » à celle de la « disparition des lucioles » sans s’en apercevoir. Si proche de la criminalité que cela puisse paraître, leur inconscience sur ce point a été absolue : ils n’ont pas soupçonné le moins du monde que le pouvoir, qu’ils détenaient et qu’ils géraient, ne subissait pas simplement une évolution « normale », mais qu’il était en train de changer radicalement de nature.

Ils se sont illusionnés que sous leur régime tout serait resté, en substance, pareil : que, par exemple, ils auraient pu compter éternellement sur le Vatican : sans se rendre compte que le pouvoir, qu’eux-mêmes continuaient à détenir et à gérer, ne savait plus que faire du Vatican en tant que centre de vie paysanne, rétrograde, et pauvre. Ils s’étaient illusionnés pouvoir compter éternellement sur une armée nationaliste (tout comme leurs prédécesseurs fascistes) : et ils ne voyaient pas que le pouvoir, qu’eux-mêmes continuaient à détenir et à gérer, manœuvrait déjà pour jeter les bases d’armées, nouvelles d’être transnationales, c’est-à-dire presque des polices technocratiques. Et l’on peut dire la même chose pour la famille, contrainte, sans solution de continuité depuis l’époque du fascisme, à l’épargne et à la moralité : à présent, le pouvoir de la société de consommation lui imposait des changements radicaux, jusqu’à l’acceptation du divorce et dorénavant, potentiellement, de tout le reste, sans plus de limites (ou tout au moins dans les limites autorisées par la permissivité du nouveau pouvoir, bien pire que totalitaire, car violemment totalisant).

Les hommes du pouvoir, démocrate-chrétiens, ont subi tout cela, croyant administrer et surtout manipuler. Ils ne se sont pas aperçus que ce nouveau pouvoir était « autre » : sans commune mesure non seulement avec eux mais encore avec toute une forme de civilisation. Comme toujours (cf. Gramsci), il n’y eut de symptômes que dans la langue. Dans la phase de transition — soit « durant la disparition des lucioles » — les hommes de pouvoir, démocrate-chrétiens, ont changé presque brusquement leur façon de s’exprimer, adoptant un langage complètement nouveau (aussi incompréhensible que le latin, du reste) : tout spécialement Aldo Moro : c’est-à-dire (en une corrélation énigmatique) celui qui apparaît comme le moins impliqué de tous dans les horreurs organisées de 1969 à aujourd’hui, dans la tentative, jusqu’à présent formellement réussie, de conserver, de toute façon, le pouvoir.

Je dis « formellement » parce que, je le répète, dans la réalité, les notables démocrates-chrétiens recouvrent, par leurs manœuvres d’automates et leurs sourires, le vide. Le pouvoir réel avance sans eux : il ne leur reste entre les mains que ces appareils inutiles ne livrant plus d’eux que la réalité de leurs funestes complets vestons.

Toutefois, dans l’histoire, le « vide » ne peut perdurer : on ne peut l’invoquer que dans l’abstrait ou par l’absurde. Il est probable qu’effectivement le « vide » dont je parle soit déjà en train de se remplir, par le biais d’une crise et d’une reprise qui ne peuvent pas ne pas bouleverser la nation tout entière. On peut y voir un indice, par exemple, dans l’attente « morbide » de coup d’État. Comme s’il s’agissait seulement de « remplacer » le groupe d’hommes qui nous a si épouvantablement gouvernés pendant trente ans en menant l’Italie au désastre économique, écologique, urbaniste, anthropologique !

En réalité, le faux remplacement de ces « marionnettes » par d’autres « marionnettes » [teste di legno] (pas moins, mais plus encore funèbrement carnavalesques), réalisé par le renforcement artificiel des vieux appareils du pouvoir fasciste, ne servirait à rien (et qu’il soit bien clair que, dans pareil cas, la « troupe » serait, de par sa composition même, nazie). Le pouvoir réel, que depuis une dizaine d’années les « marionnettes » ont servi sans se rendre compte de sa réalité : voilà quelque chose qui pourrait avoir déjà rempli le « vide » (rendant également vaine une possible participation au gouvernement du grand pays communiste né dans la débâcle de l’Italie : car il ne s’agit pas de « gouverner »). De ce « pouvoir réel », nous nous faisons des images abstraites et, au fond, apocalyptiques : nous ne savons pas nous figurer « quelles formes » il emprunterait en se substituant directement aux domestiques qui l’ont pris pour une simple « modernisation » de techniques. Quoi qu’il en soit, en ce qui me concerne (si cela représente quelque intérêt pour le lecteur), soyons clair : moi, et même si c’est une multinationale, je donnerai toute la Montedison pour une luciole.

Pier Paolo Pasolini

Corriere della sera, sous le titre « Le vide du pouvoir en Italie », 1er février 1975.

« Scritti corsari », Garzanti Libri. 1976 – ISBN 978881169705-3
« Écrits corsaires » Pier Paolo Pasolini, Flammarion – EAN
9782080815057
« Survivance des lucioles » de Georges Didi-Huberman, Les Éditions de Minuit – ISBN : 9782707320988 pour mieux comprendre le sens des mots et les concepts évoqués à l’époque.

***

Corriere della Sera, 1 febbraio 1975. « Il vuoto del potere » ovvero « l’articolo delle lucciole »di Pier Paolo Pasolini

La distinzione tra fascismo aggettivo e fascismo sostantivo risale niente meno che al giornale « Il Politecnico », cioè all’immediato dopoguerra… » Così comincia un intervento di Franco Fortini sul fascismo (« L’Europeo, 26-12-1974) : intervento che, come si dice, io sottoscrivo tutto, e pienamente. Non posso però sottoscrivere il tendenzioso esordio. Infatti la distinzione tra « fascismi » fatta sul « Politecnico » non è né pertinente né attuale. Essa poteva valere ancora fino a circa una decina di anni fa : quando il regime democristiano era ancora la pura e semplice continuazione del regime fascista. Ma una decina di anni fa, è successo « qualcosa ». « Qualcosa » che non c’era e non era prevedibile non solo ai tempi del « Politecnico », ma nemmeno un anno prima che accadesse (o addirittura, come vedremo, mentre accadeva).

Il confronto reale tra« fascismi » non può essere dunque « cronologicamente », tra il fascismo fascista e il fascismo democristiano : ma tra il fascismo fascista e il fascismo radicalmente, totalmente, imprevedibilmente nuovo che è nato da quel « qualcosa » che è successo una decina di anni fa.

Poiché sono uno scrittore, e scrivo in polemica, o almeno discuto, con altri scrittori, mi si lasci dare una definizione di carattere poetico-letterario di quel fenomeno che è successo in Italia una decina di anni fa. Ciò servirà a semplificare e ad abbreviare il nostro discorso (e probabilmente a capirlo anche meglio).

Nei primi anni sessanta, a causa dell’inquinamento dell’aria, e, soprattutto, in campagna, a causa dell’inquinamento dell’acqua (gli azzurri fiumi e le rogge trasparenti) sono cominciate a scomparire le lucciole. Il fenomeno è stato fulmineo e folgorante. Dopo pochi anni le lucciole non c’erano più. (Sono ora un ricordo, abbastanza straziante, del passato : e un uomo anziano che abbia un tale ricordo, non può riconoscere nei nuovi giovani se stesso giovane, e dunque non può più avere i bei rimpianti di una volta).

Quel « qualcosa » che è accaduto una decina di anni fa lo chiamerò dunque « scomparsa delle lucciole ».

Il regime democristiano ha avuto due fasi assolutamente distinte, che non solo non si possono confrontare tra loro, implicandone una certa continuità, ma sono diventate addirittura storicamente incommensurabili. La prima fase di tale regime (come giustamente hanno sempre insistito a chiamarlo i radicali) è quella che va dalla fine della guerra alla scomparsa delle lucciole, la seconda fase è quella che va dalla scomparsa delle lucciole a oggi. Osserviamole una alla volta.

Prima della scomparsa delle lucciole

La continuità tra fascismo fascista e fascismo democristiano è completa e assoluta. Taccio su ciò, che a questo proposito, si diceva anche allora, magari appunto nel « Politecnico » : la mancata epurazione, la continuità dei codici, la violenza poliziesca, il disprezzo per la Costituzione. E mi soffermo su ciò che ha poi contato in una coscienza storica retrospettiva. La democrazia che gli antifascisti democristiani opponevano alla dittatura fascista, era spudoratamente formale.

Si fondava su una maggioranza assoluta ottenuta attraverso i voti di enormi strati di ceti medi e di enormi masse contadine, gestiti dal Vaticano. Tale gestione del Vaticano era possibile solo se fondata su un regime totalmente repressivo. In tale universo i « valori » che contavano erano gli stessi che per il fascismo : la Chiesa, la Patria, la famiglia, l’obbedienza, la disciplina, l’ordine, il risparmio, la moralità. Tali « valori » (come del resto durante il fascismo) erano « anche reali » : appartenevano cioè alle culture particolari e concrete che costituivano l’Italia arcaicamente agricola e paleoindustriale. Ma nel momento in cui venivano assunti a « valori » nazionali non potevano che perdere ogni realtà, e divenire atroce, stupido, repressivo conformismo di Stato : il conformismo del potere fascista e democristiano. Provincialità, rozzezza e ignoranza sia delle « élites » che, a livello diverso, delle masse, erano uguali sia durante il fascismo sia durante la prima fase del regime democristiano. Paradigmi di questa ignoranza erano il pragmatismo e il formalismo vaticani.

Tutto ciò che risulta chiaro e inequivocabilmente oggi, perché allora si nutrivano, da parte degli intellettuali e degli oppositori, insensate speranze. Si sperava che tutto ciò non fosse completamente vero, e che la democrazia formale contasse in fondo qualcosa. Ora, prima di passare alla seconda fase, dovrò dedicare qualche riga al momento di transizione.

Durante la scomparsa delle lucciole

In questo periodo la distinzione tra fascismo e fascismo operata sul « Politecnico » poteva anche funzionare. Infatti sia il grande paese che si stava formando dentro il paese – cioè la massa operaia e contadina organizzata dal PCI – sia gli intellettuali anche più avanzati e critici, non si erano accorti che « le lucciole stavano scomparendo ». Essi erano informati abbastanza bene dalla sociologia (che in quegli anni aveva messo in crisi il metodo dell’analisi marxista) : ma erano informazioni ancora non vissute, in sostanza formalistiche. Nessuno poteva sospettare la realtà storica che sarebbe stato l’immediato futuro ; né identificare quello che allora si chiamava « benessere » con lo « sviluppo » che avrebbe dovuto realizzare in Italia per la prima volta pienamente il « genocidio » di cui nel « Manifesto » parlava Marx.

Dopo la scomparsa delle lucciole

I « valori » nazionalizzati e quindi falsificati del vecchio universo agricolo e paleocapitalistico, di colpo non contano più. Chiesa, patria, famiglia, obbedienza, ordine, risparmio, moralità non contano più. E non servono neanche più in quanto falsi. Essi sopravvivono nel clerico-fascismo emarginato (anche il MSI in sostanza li ripudia). A sostituirli sono i « valori » di un nuovo tipo di civiltà, totalmente « altra » rispetto alla civiltà contadina e paleoindustriale. Questa esperienza è stata fatta già da altri Stati. Ma in Italia essa è del tutto particolare, perché si tratta della prima « unificazione » reale subita dal nostro paese ; mentre negli altri paesi essa si sovrappone con una certa logica alla unificazione monarchica e alla ulteriore unificazione della rivoluzione borghese e industriale. Il trauma italiano del contatto tra l’« arcaicità » pluralistica e il livellamento industriale ha forse un solo precedente : la Germania prima di Hitler. Anche qui i valori delle diverse culture particolaristiche sono stati distrutti dalla violenta omologazione dell’industrializzazione : con la conseguente formazione di quelle enormi masse, non più antiche (contadine, artigiane) e non ancor moderne (borghesi), che hanno costituito il selvaggio, aberrante, imponderabile corpo delle truppe naziste.

In Italia sta succedendo qualcosa di simile : e con ancora maggiore violenza, poiché l’industrializzazione degli anni Settanta costituisce una « mutazione » decisiva anche rispetto a quella tedesca di cinquant’anni fa. Non siamo più di fronte, come tutti ormai sanno, a « tempi nuovi », ma a una nuova epoca della storia umana, di quella storia umana le cui scadenze sono millenaristiche. Era impossibile che gli italiani reagissero peggio di così a tale trauma storico. Essi sono diventati in pochi anni (specie nel centro-sud) un popolo degenerato, ridicolo, mostruoso, criminale. Basta soltanto uscire per strada per capirlo. Ma, naturalmente, per capire i cambiamenti della gente, bisogna amarla. Io, purtroppo, questa gente italiana, l’avevo amata : sia al di fuori degli schemi del potere (anzi, in opposizione disperata a essi), sia al di fuori degli schemi populisti e umanitari. Si trattava di un amore reale, radicato nel mio modo di essere. Ho visto dunque « coi miei sensi » il comportamento coatto del potere dei consumi ricreare e deformare la coscienza del popolo italiani, fino a una irreversibile degradazione. Cosa che non era accaduta durante il fascismo fascista, periodo in cui il comportamento era completamente dissociato dalla coscienza. Vanamente il potere « totalitario » iterava e reiterava le sue imposizioni comportamentistiche : la coscienza non ne era implicata. I « modelli » fascisti non erano che maschere, da mettere e levare. Quando il fascismo fascista è caduto, tutto è tornato come prima. Lo si è visto anche in Portogallo : dopo quarant’anni di fascismo, il popolo portoghese ha celebrato il primo maggio come se l’ultimo lo avesse celebrato l’anno prima.

È ridicolo dunque che Fortini retrodati la distinzione tra fascismo e fascismo al primo dopoguerra : la distinzione tra il fascismo fascista e il fascismo di questa seconda fase del potere democristiano non solo non ha confronti nella nostra storia, ma probabilmente nell’intera storia.

Io tuttavia non scrivo il presente articolo solo per polemizzare su questo punto, benché esso mi stia molto a cuore. Scrivo il presente articolo in realtà per una ragione molto diversa. Eccola.

Tutti i miei lettori si saranno certamente accorti del cambiamento dei potenti democristiani : in pochi mesi, essi sono diventati delle maschere funebri. È vero : essi continuano a sfoderare radiosi sorrisi, di una sincerità incredibile. Nelle loro pupille si raggruma della vera, beata luce di buon umore. Quando non si tratti dell’ammiccante luce dell’arguzia e della furberia. Cosa che agli elettori piace, pare, quanto la piena felicità. Inoltre, i nostri potenti continuano imperterriti i loro sproloqui incomprensibili ; in cui galleggiano i « flatus vocis » delle solite promesse stereotipe. In realtà essi sono appunto delle maschere. Son certo che, a sollevare quelle maschere, non si troverebbe nemmeno un mucchio d’ossa o di cenere : ci sarebbe il nulla, il vuoto. La spiegazione è semplice : oggi in realtà in Italia c’è un drammatico vuoto di potere. Ma questo è il punto : non un vuoto di potere legislativo o esecutivo, non un vuoto di potere dirigenziale, né, infine, un vuoto di potere politico in un qualsiasi senso tradizionale. Ma un vuoto di potere in sé.

Come siamo giunti, a questo vuoto ? O, meglio, « come ci sono giunti gli uomini di potere ? ».

La spiegazione, ancora, è semplice : gli uomini di potere democristiani sono passati dalla « fase delle lucciole » alla « fase della scomparsa delle lucciole » senza accorgersene. Per quanto ciò possa sembrare prossimo alla criminalità la loro inconsapevolezza su questo punto è stata assoluta ; non hanno sospettato minimamente che il potere, che essi detenevano e gestivano, non stava semplicemente subendo una « normale » evoluzione, ma sta cambiando radicalmente natura.

Essi si sono illusi che nel loro regime tutto sostanzialmente sarebbe stato uguale : che, per esempio, avrebbero potuto contare in eterno sul Vaticano : senza accorgersi che il potere, che essi stessi continuavano a detenere e a gestire, non sapeva più che farsene del Vaticano quale centro di vita contadina, retrograda, povera. Essi si erano illusi di poter contare in eterno su un esercito nazionalista (come appunto i loro predecessori fascisti) : e non vedevano che il potere, che essi stessi continuavano a detenere e a gestire, già manovrava per gettare la base di eserciti nuovi in quanto transnazionali, quasi polizie tecnocratiche. E lo stesso si dica per la famiglia, costretta, senza soluzione di continuità dai tempi del fascismo, al risparmio, alla moralità : ora il potere dei consumi imponeva a essa cambiamenti radicali nel senso della modernità, fino ad accettare il divorzio, e ormai, potenzialmente, tutto il resto, senza più limiti (o almeno fino ai limiti consentiti dalla permissività del nuovo potere, peggio che totalitario in quanto violentemente totalizzante).

Gli uomini del potere democristiani hanno subito tutto questo, credendo di amministrarselo e soprattutto di manipolarselo. Non si sono accorti che esso era « altro » : incommensurabile non solo a loro ma a tutta una forma di civiltà. Come sempre (cfr. Gramsci) solo nella lingua si sono avuti dei sintomi. Nella fase di transizione – ossia « durante » la scomparsa delle lucciole – gli uomini di potere democristiani hanno quasi bruscamente cambiato il loro modo di esprimersi, adottando un linguaggio completamente nuovo (del resto incomprensibile come il latino) : specialmente Aldo Moro : cioè (per una enigmatica correlazione) colui che appare come il meno implicato di tutti nelle cose orribili che sono state, organizzate dal ’69 ad oggi, nel tentativo, finora formalmente riuscito, di conservare comunque il potere.

Dico formalmente perché, ripeto, nella realtà, i potenti democristiani coprono con la loro manovra da automi e i loro sorrisi, il vuoto. Il potere reale procede senza di loro : ed essi non hanno più nelle mani che quegli inutili apparati che, di essi, rendono reale nient’altro che il luttuoso doppiopetto.

Tuttavia nella storia il « vuoto » non può sussistere : esso può essere predicato solo in astratto e per assurdo. È probabile che in effetti il « vuoto » di cui parlo stia già riempiendosi, attraverso una crisi e un riassestamento che non può non sconvolgere l’intera nazione. Ne è un indice ad esempio l’attesa « morbosa » del colpo di Stato. Quasi che si trattasse soltanto di « sostituire » il gruppo di uomini che ci ha tanto spaventosamente governati per trenta anni, portando l’Italia al disastro economico, ecologico, urbanistico, antropologico.

In realtà la falsa sostituzione di queste « teste di legno » (non meno, anzi più funereamente carnevalesche), attuata attraverso l’artificiale rinforzamento dei vecchi apparati del potere fascista, non servirebbe a niente (e sia chiaro che, in tal caso, la « truppa » sarebbe, già per sua costituzione, nazista). Il potere reale che da una decina di anni le « teste di legno » hanno servito senza accorgersi della sua realtà : ecco qualcosa che potrebbe aver già riempito il « vuoto » (vanificando anche la possibile partecipazione al governo del grande paese comunista che è nato nello sfacelo dell’Italia : perché non si tratta di « governare »). Di tale « potere reale » noi abbiamo immagini astratte e in fondo apocalittiche : non sappiamo raffigurarci quali « forme » esso assumerebbe sostituendosi direttamente ai servi che l’hanno preso per una semplice « modernizzazione » di tecniche. Ad ogni modo, quanto a me (se ciò ha qualche interesse per il lettore) sia chiaro : io, ancorché multinazionale, darei l’intera Montedison per una lucciola.

Pier Paolo Pasolini

 

Lettre de Karl Marx à Abraham Lincoln: Mort à l’esclavage

Abraham_Lincoln_November_1863-1

Mort à l’esclavage.

L’esclavage a été aboli en France le 27 avril 1848. Ailleurs dans le monde, les autres puissances occidentales tardèrent à proscrire cette pratique honteuse, symbole de l’impérialisme et du colonialisme. Ce crime contre l’humanité (comme le définit depuis mai 2012 la loi Taubira), a fédéré la lutte de nombreux esprits, courants et idéologies opposés. Exemple majeur, Karl Marx se range aux côtés d’Abraham Lincoln dans une lettre historique.

30 décembre 1864

Nous complimentons le peuple américain à l’occasion de votre réélection à une forte majorité. Si la résistance au pouvoir des esclavagistes a été le mot d’ordre modéré de votre première élection, le cri de guerre triomphal de votre réélection est : mort à l’esclavage.

Depuis le début de la lutte titanesque que mène l’Amérique, les ouvriers d’Europe sentent instinctivement que le sort de leur classe dépend de la bannière étoilée. La lutte pour les territoires qui inaugura la terrible épopée, ne devait-elle pas décider si la terre vierge de zones immenses devait être fécondée par le travail de l’émigrant, ou souillée par le fouet du gardien d’esclaves ?

Lorsque l’oligarchie des trois cent mille esclavagistes osa, pour la première fois dans les annales du monde, inscrire le mot esclavage sur le drapeau de la rébellion armée ; lorsque à l’endroit même où, un siècle plus tôt, l’idée d’une grande république démocratique naquit en même temps que la première déclaration des droits de l’homme qui ensemble donnèrent la première impulsion à la révolution européenne du 18ème siècle, alors les classes ouvrières d’Europe comprirent aussitôt, et avant même que l’adhésion fanatique des classes supérieures à la cause des confédérés ne les en eût prévenues, que la rébellion des esclavagistes sonnait le tocsin pour une croisade générale de la propriété contre le travail et que, pour les hommes du travail, le combat de géant livré outre-Atlantique ne mettait pas seulement en jeu leurs espérances en l’avenir, mais encore leurs conquêtes passées. C’est pourquoi, ils supportèrent toujours avec patience les souffrances que leur imposa la crise du coton et s’opposèrent avec vigueur à l’intervention en faveur de l’esclavagisme que préparaient les classes supérieures et « cultivées », et un peu partout en Europe contribuèrent de leur sang à la bonne cause.

Tant que les travailleurs, le véritable pouvoir politique du Nord permirent à l’esclavage de souiller leur propre République ; tant qu’ils glorifièrent de jouir du privilège d’être libres de se vendre eux-mêmes et de choisir leur patron, ils furent incapables de combattre pour la véritable émancipation du travail ou d’appuyer la lutte émancipatrice de leurs frères européens.

Les ouvriers d’Europe sont persuadés que si la guerre d’indépendance américaine a inauguré l’époque nouvelle de l’essor des classes bourgeoises, la guerre anti-esclavagiste américaine a inauguré l’époque nouvelle de l’essor des classes ouvrières. Elles considèrent comme l’annonce de l’ère nouvelle que le sort ait désigné Abraham Lincoln, l’énergique et courageux fils de la classe travailleuse, pour conduire son pays dans la lutte sans égale pour l’affranchissement d’une race enchaînée et pour la reconstruction d’un monde social.

 

le dernier discours d’Allende…

 

L’Humanité dans les traces de Walter Benjamin : Clemens-Carl Härle : « L’acte révolutionnaire cherche à donner suite à ce qui a échoué dans le passé »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR 
JÉRÔME SKALSKI
VENDREDI, 19 JUIN, 2015
L’HUMANITÉ

Photo : Divergence-images

Professeur à l’université de Sienne, coéditeur du « Baudelaire » de Walter Benjamin publié aux éditions 
La Fabrique, Clemens-Carl Härle nous éclaire sur ce qui se présente comme le centre secret 
de l’œuvre du philosophe et critique marxiste allemand mort en exil en septembre 1940, à Portbou.

Pourquoi avoir choisi, avec Barbara Chitussi et Giorgio Agamben, de présenter le Baudelaire de Walter Benjamin sous la forme d’une œuvre en procès de remaniement constant ?

Clemens-Carl Härle Benjamin a travaillé sur son Baudelaire jusqu’en août 1939. Un des enjeux majeurs de notre travail a été de montrer son projet d’écriture tel qu’il s’est poursuivi à partir de l’automne 1937 jusqu’au mois d’octobre 1938. On a présenté dans ce recueil l’ensemble des textes qui ont survécu à ce projet d’écriture. Le livre aurait dû avoir trois sections. C’est à l’intérieur de ce cadre qu’on peut situer le texte accompli. Benjamin a décidé pendant l’été 1938, quand il était l’invité de Bertolt Brecht au Danemark, d’écrire d’abord la deuxième section portant sur le Paris du Second Empire chez Baudelaire. C’est ce texte qui a été envoyé en octobre 1938 à la rédaction de la revue de l’Institut de recherche sociale. L’Institut avait commandé le livre mais, à la suite d’une proposition de Theodor Adorno, il a tout d’abord été refusé. C’était une espèce de censure assez brutale. Elle est bien documentée avec une longue lettre d’Adorno et la réponse de Benjamin. L’effet le plus immédiat de ce rejet, c’est que Benjamin n’a pas continué à écrire le troisième chapitre comme il l’avait prévu. Benjamin a eu une manière de travailler assez curieuse. Elle s’explique surtout si on fait le lien avec le grand projet qu’il poursuivait depuis 1928 et surtout à partir de son exil à Paris, à partir de la fin de 1933. Ce projet, c’est celui du Livre des passages c’est-à-dire le projet d’écrire ce qu’on pourrait appeler une histoire originaire, une préhistoire du présent. Cette préhistoire – aujourd’hui on dirait une archéologie pour reprendre le terme de Foucault – était centrée sur Paris entre la révolution de Juillet de 1830 et la Commune de Paris de 1871. Dans cette perspective, il a créé un fichier énorme de notes en tous genres. Sur les passages évidemment, sur Haussmann, sur Fourier, sur Grandville, sur les traces, sur les foules, sur Baudelaire… Le terme de passages, dans ce contexte, est absolument essentiel. Qu’est-ce qu’un passage ? C’est quelque chose entre l’extérieur – la rue, boulevard… – et l’intérieur. C’est un espace hybride, ambigu. Un des enjeux de ce travail, c’était une interrogation, une recherche sur le genre de subjectivité qui se produit dans cette zone, entre l’intérieur – la conscience, si vous voulez, les quatre murs – et l’extérieur, les foules. La grande découverte des métropoles au XIXe siècle, c’était celle des multitudes. Les multitudes de gens, les passants mais aussi la multitude des marchandises. Cela a provoqué un fractionnement de la perception, c’est-à-dire le fait, pour le sujet, d’être jeté pour ainsi dire dans une espèce de terrain vague où on ne connaît pas vraiment les autres corps, les autres gens avec lesquels on a des rencontres fortuites, aléatoires. En même temps, c’était une polarisation entre la curiosité, la fascination, l’ivresse, pour citer les mots de Baudelaire, l’angoisse et la solitude : l’exil le plus absolu parmi les foules.

 

Comment s’est initié l’intérêt de Benjamin pour Baudelaire ?

Clemens-Carl Härle Le contact de Benjamin avec Baudelaire a commencé au début des années 1920, quand il a décidé de traduire les « Tableaux parisiens » des Fleurs du mal. Le projet d’une étude approfondie sur le XIXe siècle n’existait pas encore pour lui. Il naîtra au moment où Benjamin fera la découverte de Proust, quand il commencera à traduire quelques volumes d’À la recherche du temps perdu. Il était souvent à Paris. Une des impressions principales pour lui à cette époque, c’était les promenades dans la grande ville. La France à ce moment-là a commencé à fonctionner pour Benjamin comme une espèce de ligne de fuite, avec la découverte des surréalistes. Le projet a pris une forme plus élaborée pendant l’exil à partir de février 1933, exil qui l’a tout d’abord conduit, pour des raisons purement économiques, aux Baléares. Revenu à Paris en octobre 1933, il a commencé sérieusement à travailler à la Bibliothèque nationale pour traverser toute la sédimentation des traces et des documents de tout ordre qu’il pouvait trouver. C’est entre 1934 et 1935 qu’il a écrit un premier exposé pour donner une esquisse de ce qui allait être ce grand projet des Passages, ce projet de philosophie de l’histoire dans un sens très précis du terme : une étude verticale, en profondeur, d’un fragment, d’une constellation historique et non pas une étude longitudinale, temporelle, selon la succession chronologique des événements. Évidemment, le projet des Passages naît d’un double fait. D’un côté la Première Guerre mondiale, qui est une césure énorme. De l’autre la victoire des nazis et la défaite de la gauche, des communistes, en 1933. Le terme de préhistoire s’explique aussi à partir de ces constats. Pour Benjamin, il fallait lancer une enquête qui serait capable de rendre compte, d’une façon tout à fait nouvelle, révolutionnaire, de la double déflagration du XXe siècle mais pour comprendre cela, c’était son hypothèse de travail, il fallait étudier le centre du XIXe siècle. Par rapport à Baudelaire se pose pour Benjamin une question essentielle. Comment la poésie peut-elle rendre compte du changement total des conditions de l’expérience qui sont celles de la grande ville ? En Allemagne, la question ne se posait pas. Parce qu’il n’y avait pas de grandes villes. Berlin a connu son explosion démographique après la guerre. Les deux grandes villes, à l’époque et en Europe, c’étaient Londres et Paris.

 

Comment caractériser la méthode de Benjamin ?

Clemens-Carl Härle Il faut repartir de la dispersion totale des fragments, des traces, des bribes de notes ainsi qu’on les trouve dans l’archive des Passages. Les Passages, le résultat du travail de Benjamin à la Bibliothèque nationale entre 1933 et 1935, se présentent comme une archive classée sous une trentaine de rubriques. C’est une dispersion chaotique avec, de temps en temps, des commentaires, des observations, des tentatives d’élaboration conceptuelles. Benjamin s’est demandé comment produire un texte continu à partir de l’ensemble de ces notes. S’est posée pour lui la question du collage ou du montage. Il s’est intéressé à la question du montage dans un premier temps avec le compte rendu du roman d’Alfred Döblin, Berlin Alexanderplatz, qui a été, dans la littérature allemande, la première grande œuvre, où des textes non littéraires sont incorporés dans la continuité narrative du roman avec un décalage de cinq ans environ avec Manhattan Transfert de Dos Passos. Deuxième point important, Benjamin s’est beaucoup intéressé à la question du montage dans le cas du cinéma. On en trouve des traces dans son ouvrage sur la reproductibilité de l’œuvre d’art où il dit, par exemple, que, par rapport au cinéma, la sculpture est la forme artistique la plus archaïque si on la comprend comme une œuvre construite à partir d’un bloc matériel unique, unitaire, continu, solide. Probablement, il ne connaissait pas le travail de la sculpture cubiste chez Picasso et Braque. D’un côté, il y avait un vrai intérêt conceptuel de Benjamin pour ces questions-là dans le cadre du cinéma et des arts plastiques. D’un autre côté, beaucoup de malentendus sont nés dans les années 1950, lancés notamment par Adorno, faisant de l’œuvre des Passages une espèce de collage de citations. Si on prend le texte du Baudelaire comme modèle en miniature de ce qu’il voulait faire avec les Passages, on se rend compte que la question est plus compliquée que cela. Pourquoi est-elle plus compliquée ? D’abord parce que Benjamin devait se mesurer à l’écart qui existe entre un texte littéraire, poétique, les poésies de Baudelaire d’un côté, et des tas de textes sur la situation politique, morale et quotidienne, autrement dit des documents historiques au sens étroit du terme. De l’autre côté, il devait se mesurer avec la distance entre les citations : soit les citations de Baudelaire, soit des citations d’autres auteurs, soit des citations de documents et son propre commentaire. Par rapport à cette double hétérogénéité, il devait trouver un modèle d’écriture capable de mettre dans une suite, dans une succession, dans un espace de coexistence, ces documents et ces fragments tout à fait hétérogènes. Tel était l’enjeu de l’écriture du texte sur Baudelaire. Un travail de critique littéraire et le projet de traversée de presque la totalité d’une époque. Il s’agit pour lui de retraverser les couches de sédimentations qui cachent le passé et qui rendent l’accès à l’expérience de l’enfance et de l’adolescence difficile, sinon inaccessible. C’est un travail de fouille. Le motif de fouille par les traces, les ruines, c’est présent chez Freud. Foucault n’a pas beaucoup insisté là-dessus. Pour Benjamin, l’archéologie, c’est la tentative de rendre présent ce qui s’est soustrait à l’actualité immédiate.

 

Quel est le rapport du Baudelaire de Benjamin et de ses Thèses sur le concept d’histoire ?

Clemens-Carl Härle Il y a d’abord une question temporelle. En septembre 1939, Benjamin a été obligé de se rendre au camp de Nevers, comme tous les immigrants allemands en France. Il est revenu du camp de Nevers en novembre. Il a su à ce moment que le deuxième texte sur Baudelaire avait été accepté avec enthousiasme par Max Horkheimer mais il a interrompu son travail sur le Baudelaire et a commencé à exposer ses Thèses. Deuxièmement, les Thèses peuvent être lues comme le traité extrêmement aphoristique de l’épistémologie du travail de Benjamin sur Baudelaire. C’est un des aspects fondamental des Thèses que de pousser une dimension du marxisme : la lutte des classes dans les organisations du mouvement ouvrier, contre le conformisme stalinien et autre. Il s’agit pour Benjamin de penser l’histoire comme interruption. L’idée de Benjamin, c’est que l’acte révolutionnaire, c’est une interruption du continuum historique. Comment cela se produit-il ? Benjamin part de l’idée qu’il peut y avoir une correspondance entre le présent et un moment, une période, une constellation du passé. Cela veut dire que, pour lui, le passé est accessible d’une manière indirecte dans le présent, mais qu’il faut, pour ainsi dire, actualiser ou réactualiser en lui son contenu secret. Et c’est cette réactualisation du passé, des traces, de ce qui est enfoui, de ce qui échappe au regard quotidien, qui met le sujet qui accomplit cet acte de connaissance dans la situation d’interrompre la continuité historique. Il y a deux moments : d’un côté, saisir le passé dans la manière où il est inaccessible, autrement dit mesurer l’inaccessibilité du passé en faveur d’une accessibilité présente. Cela se fait dans un moment de danger. Ici, le rapport de l’expérience individuelle et de l’expérience collective est assez étroit. Ensuite, il faut saisir l’image fuyante du passé pour se mettre en état de trouver la force de l’acte critique, pour couper l’histoire du monde en deux. Ceci présuppose, pour Benjamin, de mettre à l’écart l’idée d’un progrès continu de l’histoire. Sa critique du progrès est aussi une critique d’un certain marxisme du développement des forces productives qui automatiquement impliquerait un changement des formes sociales. Il y a un autre élément important. C’est la haine de classe. La haine de classe est, pour Benjamin, une condition absolument essentielle pour rendre possible un acte politique révolutionnaire. Un tel acte a deux aspects. Il y a un côté affectif et un côté noétique si vous voulez, un acte de pensée. Le problème c’est, en fin de compte, de faire le lien entre les deux dans une situation de danger. Là, c’est une référence peut-être indirecte mais c’est un héritage du judaïsme et du messianisme. Les voix mortes du passé nous convoquent pour les racheter par l’acte révolutionnaire. L’acte révolutionnaire, ce n’est pas un acte qui cherche à réaliser une utopie, une image du futur mais c’est un acte qui cherche à donner suite à ce qui a échoué dans le passé. L’injonction pour l’acte politique vient du passé et pas du désir de sauver le futur.

Traces et passages. Philosophe et critique rattaché à l’Institut de recherche sociale, dirigé dans les années 1920 et 1930 par Max Horkheimer et Theodor Adorno, Walter Benjamin 
est une des figures majeures du marxisme allemand de l’exil qui s’organisera 
après-guerre dans le cadre de l’École 
de Francfort. Carl-Clemens Härle, professeur à l’université de Sienne, 
est spécialiste de la littérature allemande du XXe siècle, de l’École de Francfort 
et de la philosophie française contemporaine. Un entretien réalisé 
dans le cadre de l’édition 2014 
de Citéphilo.