François-Marie Bréon, chercheur en climatologie et directeur adjoint du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), énonce les mesures radicales à mettre en œuvre dans la lutte contre le réchauffement climatique ayant pour conséquence la multiplication des vagues de chaleur dans le monde.

Sans faire de «fiction climatique», à quel scénario doit-on se préparer dans les années qui viennent ?

La fréquence des vagues de chaleur va s’accroître. L’amplitude de la canicule actuelle n’est pas exceptionnelle. Celle qu’a connue l’Europe en 2003 était beaucoup plus intense. Les simulations climatiques indiquent que, dans les années 2050, on subira une année sur deux en moyenne un épisode du type de 2003.

Ce réchauffement climatique est-il irréversible ?

Nous ne pourrons jamais revenir à des températures dites normales, sauf si on divise la population par dix, ce qui aura forcément pour effet de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Moins d’avions, moins de logements chauffés, etc. Aujourd’hui, il faudrait diviser nos émissions par quatre pour stabiliser le climat à un réchauffement limité à 2°C [le niveau que recommande l’accord de Paris sur le climat signé en 2015 à la COP 21, ndlr]. Même la France, pourtant sensible à la question, a augmenté l’année dernière ses émissions de 2 %.

Quelles mesures faudrait-il adopter ?

Il faut décourager les gens de prendre l’avion et la voiture. On sait que la baisse de la vitesse sur les routes permet de diminuer les gaz à effet de serre. Il faudrait également augmenter le prix du gaz, de l’essence mais aussi multiplier celui des billets d’avion par trois, améliorer l’isolation des bâtiments existants. Mais toutes ces mesures ne seraient pas bonnes pour l’économie et seraient clairement impopulaires. La lutte contre le changement climatique est incompatible avec le tourisme international et de nombreux secteurs économiques. Les mesures qu’il faudrait prendre seront difficilement acceptées. On peut dire que la lutte contre le changement climatique est contraire aux libertés individuelles et donc sans doute avec la démocratie.

Les climatiseurs connaissent un regain d’intérêt. Pourtant on sait que certains rejettent des fluides responsables de l’augmentation des gaz à effet de serre…

La climatisation utilise surtout beaucoup d’énergie qui elle-même émet des gaz à effet de serre. En France, cet usage n’est pas vraiment un gros problème écologique, car notre électricité est décarbonée, c’est-à-dire que sa production n’émet pas de CO2 ou très peu. Le problème vient des énergies fossiles, comme en Allemagne où l’électricité est majoritairement produite par des centrales à charbon ou au gaz.

Selon vous, les centrales nucléaires seraient donc nécessaires dans la lutte contre le changement climatique, malgré les risques qu’elles représentent ?

Il ne faut pas fermer les centrales que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a considérées comme «sûres». La lutte contre le changement climatique doit se concentrer, en France, sur les transports et le chauffage qui sont de gros émetteurs de dioxyde de carbone. Non sur l’électricité.

Et l’énergie solaire dans tout ça ?

C’est de l’argent jeté par les fenêtres. Les panneaux photovoltaïques fournissent peu d’électricité en hiver lorsque la consommation est maximale, et beaucoup en été lorsque la consommation est minimale.

Aurore Coulaud