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Archives de Catégorie: LITTERATURE et SPECTACLES

On a les courtisans que l’on peut…

Lorànt Deutsch prend la défense de Stéphane Bern©Wochit

Les rapports entre les intellectuels, les artistes et le pouvoir ne sont pas toujours dignes de ce que l’on peut espérer des « élites », qu’elles soient politiques ou de la création. Mitterrand a développé autour de lui une cour servile, son ministre jack lang a plus joué paillette et strass que démocratisation culturelle, mais il restait encore des grands commis de l’Etat soucieux de la qualité et de la diffusion la plus large, de l’intérêt national, tout un monde issu d’une génération avec les hautes ambitions de la résistance et il faut bien le dire d’un parti communiste intervenant pour affirmer le droit de la classe ouvrière et des couches populaires à être « élitaires » pour tous.  Pourtant la situation n’a cessé de se dégrader avec l’abandon de plus en plus dramatique des efforts en ce domaine, la pression sur le service public, le recours au seul mécénat et avec lui à la spéculation sur l’art. Cela s’est accompagné d’une baisse d’exigence en matière de vulgarisation médiatique, en particulier en ce qui concerne la télévision qui avait été au départ le lieu d’une ambition forte en matière d’éducation populaire, d’accès à l’histoire, aux œuvres et au patrimoine.

La nomination de Stéphane Bern en monsieur patrimoine par Emmanuel Macron, est en quelque sorte le signe de ce déclin de cette double faillite, celle de ce qu’on peut attendre des grands commis de l’Etat comme de la pédagogie de l’histoire à la télévision. Comme Macron est un poulet gavé au médias, Stéphane Bern est la révélation de la nature du produit dont on gave les français pour qu’ils finissent par élire un tel président. Cela provoque un tollé légitime et je suis sûre qu’il est des gens de droite comme de gauche, des communistes comme des libéraux pour avoir le même rejet d’un tel choix.

Le choix de macron en faveur de Stéphane berne a du mal à passer parce que chacun se doute bien que cette conception de l’histoire accompagne un abandon des missions, mais il a aussi des défenseurs comme  comme le comédien Lorànt Deutsch. Il estime Stephane Berne victime comme  lui d’un complot. Que Lorant Deutsch présente la double caractéristique d’être un vulgarisateur très approximatif et monarchiste comme Stephane Berne a créé les bases d’une solidarité évidente. Par parenthèse  on se demande pourquoi les socialistes, la mairie de paris ont cru devoir assurer la promotion de pareilles nullités réactionnaires? Mystère!

Le comble c’est quand ces « historiens » s’en prennent à ceux qui légitimement dénoncent leur incompétence. Lorant Deutsch « on est face à des militants » dit-il en désignant une historienne qui appartiendrait à la France insoumise  Mathilde Larrère, une proche d’ Alexis Corbière . »Regardez qui font(sic) les reproches. Vous verrez qu’eux font une histoire qui fait partie d’un objectif idéologique, une histoire qui flatte et doit servir leur orientation politique », déclare Lorànt Deutsch que l’on pourrait bientôt retrouver sur France 2 avec Stéphane Bern dans « Suivez le guide ». Deux nouvelles stars de l’histoire telles que l’époque les promeut. Le drame c’est quand  ce qui devrait relever d’un large rassemblement non nécessairement partisan semble la proie d’un crêpage de chignon entre coterie.  Je sais avoir appuyé Alexis Corbière dans ses protestation contre le fait que l’histoire de Paris racontée non seulement aux touristes mais aux élevés était confiée à un Lorant Deutsch, je ne me suis pas interrogée sur le fait qu’il était un des dirigeants du parti de gauche, ce qu’il dénonçait était une triste réalité infligée dans les écoles à nos enfants.

Il me semble qu’il existe des batailles, pour la culture, pour l’éducation qui doivent pouvoir rassembler largement. J’ai été jadis responsable pour le PCF à la commission culturelle du Conseil Régional PACA, j’avais des alliés à droite, des gaullistes qui en étaient arrivés à prendre position qu’après m’avoir consultée parce que nous étions quelques uns à avoir une certaine conception de la relation nécessaire entre culture, intérêt général et qualité, nous avions nos différences mais aussi des exigences communes. Chacun se souvient de la manière dont les communistes ont soutenu le mouvement de décentralisation, les moyens de la création cinématographique,  le rôle de la création et des créateurs dans la diffusion culturelle, l’exigence du 1% du budget consacré à la culture, ces batailles ont rassemblé largement.

Il serait temps d’élargir les rangs de ceux qui ont  encore cette exigence de démocratie et de défense de la création, mais est-ce possible dans un tel contexte politique où la classe ouvrière, les couches populaires sont attaquées, le service public démantelé, et le profit règne en maître avec le divertissement, l’abêtissement ? Les relations entre l’art et le pouvoir ne sont pas toujours morales mais là on atteint quelque chose de totalement dégradé, cela va avec l’offensive contre le service public et les couches populaires, le primat du profit, macron peut jouer à l’intellectuel de choc, être peint par un courtisan en héros de roman, il n’y a pas de culture sans un minimum d’ambition morale pour les autres, sans la conscience qu’il y a quelque chose de plus important que soi-même.

Danielle Bleitrach
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Le vieillard de Chao Ling et la dénonciation de la guerre.

DU FU né en 712, mort en 770, est avec Li Bai le plus célèbre poète des Tang.

l’œuvre de Du Fu introduit dans la poésie des thèmes liés à la vie quotidienne, comme dans Chanson sur ma chaumière abîmée par le vent d’automne, et fait appel à la responsabilité sociale du poète. Il dénonce dans ses poèmes, comme dans la Ballade des chars de guerre, les injustices de son temps, conformément à l’idéal confucianiste. La poésie de Du Fu est celle d’un homme plein de compassion, à la fois pour les êtres et pour les choses, à l’image de son caractère, généreux et désintéressé, et la misère de l’époque que son œuvre évoque est le reflet de celle qu’il a personnellement connue. Nombre de ses poèmes évoquent sa femme et ses enfants. Il est aussi le premier à avoir composé des poèmes inspirés par des peintures (ti-hua shi), genre repris plus tard par Su Dongpo et Huang Tingjian.

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Un poème de DU-FU

Le plus célèbre des poètes TANG (VIII° siècle)

Le vieillard de Chao-ling

Le vieillard de Chao-ling, étouffant ses lamentations, pleurait;

Au retour du printemps, caché sous des habits grossiers, il parcourait lentement les bords sinueux de la rivière Kio.

Hélas ! murmurait-il, elles sont fermées les mille portes du palais, qui se mire dans cette eau limpide.

Les jeunes saules et les roseaux de l’année, pour qui verdiront-ils maintenant ?

Autrefois, dans ce jardin du Sud, on voyait flotter l’étendard du souverain ;

Tout ce que produit la nature s’y parait à l’envi de ses plus belles couleurs.

Là, résidait celle que l’amour du premier des hommes avait faite la première des femmes,

Celle qui prenait place sur le char impérial, aux promenades des beaux jours,

Devant le char, se tenait la gracieuse escorte des jeunes filles armées d’arcs et de flèches,

Montées sur des chevaux blancs qui piaffaient en rongeant leur frein d’or ;

Elles retournaient gaiement la tête, lançaient des flèches jusqu’aux nues,

Et riaient, et poussaient des cris joyeux, quand un oiseau tombait victime de leur adresse.

Où sont maintenant les prunelles brillantes, où sont les dents blanches de la favorite ?

Son âme, souillée de sang, a quitté son beau corps pour n’y plus revenir.

Peut-être les flots silencieux qui coulent vers l’Est ont-ils vu celui qui la pleure ;

Mais, du fond de ces défilés et de ces vallées, qui nous dira ce qu’il est devenu ?

De telles douleurs arrachent des larmes à tout homme dont le cœur n’est pas insensible.

Hélas ! le règne de ces jardins verdoyants et fleuris est-il donc fini pour toujours ?

Chaque soir, s’abattent sur la ville des nuages de poussière soulevés par les cavaliers tartares.

Tel est le trouble de mon esprit que je pensais aller au Sud et j’ai marché vers le Nord.

 

Les travailleurs-poètes de la diaspora tadjike en Russie

mon cher Tadjikistan, qui pour moi est un peu comme le Cuba de l’Asie centrale et dans lequel j’ai rencontré tellement de communistes au coeur pur, des femmes en particulier. C’est le pouvoir soviétique qui a reconstitué le langage tadjik dont on dit que c’est le plus vieux langage indo-européen (note de danielle Bleitrach)

https://www.lecourrierderussie.com/societe/2017/09/travailleurs-poetes-diaspora-tadjike/

« Viens, rivière, je veux ton eau glacée.
Tu es comme le fleuve Kawthar du paradis, et moi, je suis coincé en enfer. »


Les 878 000 ressortissants tadjikistanais présents en Russie sont, dans leur écrasante majorité, des travailleurs immigrés. Mais il s’agit souvent, aussi, de représentants de l’élite intellectuelle, ayant quitté un pays qui ne leur offrait aucune perspective professionnelle. Certains de ces menuisiers, plombiers, ajusteurs et plâtriers qui se présentent à l’embauche sur les marchés russes ont étudié la littérature persane à l’école et ont l’amour de la poésie inscrit dans les gênes. Les groupes dédiés à la « poésie tadjike émigrée » sur les réseaux sociaux rassemblent des milliers d’abonnés, et les vers qui y sont publiés, respectant à la lettre les formes persanes classiques, chantent principalement la vie en Russie et le mal du pays. La revue Ogoniok a fait connaissance de certains de ces poètes.

« Les vers, c’est comme si on voulait hurler mais sans le pouvoir»

Adolatbek Roustambekov, 62 ans, poète tadjik. Crédits : Kommersant - Anatoli Jdanov
Adolatbek Roustambekov, 62 ans, poète tadjik. Crédits : Kommersant – Anatoli Jdanov

Adolatbek Roustambekov, 62 ans, originaire du village de Bidiz. En Russie depuis 18 ans.

Adolatbek vit dans le village d’Annino, dans la région de Vladimir. Il a construit de ses mains sa maison en bois, sur les fondations d’une ancienne isba détruite par un incendie. « Il a tout fabriqué lui-même, jusqu’au plus petit détail », dit sa femme avec tendresse. Le couple s’est installé ici il y a sept ans. Jusqu’alors, Adolatbek vivait avec des compatriotes dans la cave de l’usine dans laquelle il a travaillé à son arrivée. « Il n’y avait que deux lits pour tout le monde. Nous dormions chacun notre tour », se souvient-il. Aujourd’hui, Adolatbek gagne sa vie comme charpentier, électricien et soudeur. Le couple a quatre enfants, qui ont étudié en Russie et vivent à Moscou, et cinq petits-enfants.

Dans la grande véranda, conçue pour les étés longs et chauds du Sud, une étrange pierre est suspendue à une poutre sous le toit : elle semble réunir toutes les teintes d’un petit matin frais – le givre et le ciel bleu clair, éclatant. « Cette pierre vient des monts d’Azur, où j’ai grandi, raconte Adolatbek. Un jour, une expédition géologique de Leningrad a débarqué dans nos montagnes. J’avais 11 ans, c’était la première fois que je voyais un hélicoptère. Les scientifiques louaient une chambre dans notre maison. J’ai tellement été impressionné par cet hélicoptère que j’ai écrit un poème dessus. J’aime la poésie depuis toujours, enfant, je rêvais de devenir poète. »

Après avoir échoué cinq fois au concours d’entrée de la faculté de philologie de l’Université de Douchanbé, Adolatbek s’est finalement embauché dans un magasin. « Il y avait beaucoup d’argent à gagner dans le commerce. Je pouvais avoir tout ce que je voulais. Alors, j’ai commencé d’organiser des concerts de poésie. Je ne gagnais rien avec – j’y dépensais tout ce que je gagnais ! » Et puis, l’Union soviétique s’est effondrée, et le Tadjikistan a sombré dans la guerre civile. Adolatbek est parti en Russie avec son fils aîné, alors âgé de 18 ans. Il a fait venir le reste de sa famille dès qu’il a pu s’acheter une parcelle de terrain.

« J’ai écrit la plupart de mes poèmes en Russie, explique-t-il. Les vers, ça ne vient pas comme ça. C’est une telle douleur – comme si on voulait hurler mais sans le pouvoir. Les lignes me viennent brusquement. Alors, je lâche le travail et j’écris sur un bout de carton. Et je termine le poème la nuit. Ma femme me dit : Quel besoin as-tu de tout ça ? Tu ne vas pas dormir, et tu seras de mauvais poil toute la journée ! Mais en réalité, c’est tout le contraire : j’écris et après, je me sens plus léger. »

Adolatbek écrit en shughni, une des langues du Pamir. Le shughni n’ayant pas d’écriture, il transcrit ses vers en alphabet cyrillique et, pour les sons qui n’existent pas en russe, il invente des signes à lui. Il publie ses vers sur les réseaux sociaux. Dans son Pamir natal, Adolatbek est une célébrité. Quand il retourne voir sa famille, on l’invite à dire ses poèmes à la télévision. « Une fois, l’animateur m’a demandé : Mais pourquoi vous allez tous en Russie, on vous assassine là-bas. C’est vrai, un jour, quelqu’un m’a poussé sous un train. Je ne pouvais pas me relever, je l’ai seulement entendu dire : La prochaine fois, je te tue. Et puis, un autre homme m’a aidé à me sortir de là, et il a commencé à s’excuser pour ce qu’on m’avait fait. Je lui ai répondu : Mais vous, vous n’y êtes pour rien ! Des salopards, il y en partout. Un homme mauvais peut faire le mal si on lui en donne la possibilité. Au village où j’habite, tout le monde se comporte très bien avec moi. Je me suis fait des amis formidables. Le seul problème, c’est le travail qui manque. »

Viens, rivière, je veux ton eau glacée.
Tu es comme le fleuve Kawthar du paradis, et moi, je suis coincé en enfer.
Je suis loin des miens et froid comme la glace.
Viens avec le Bien, rivière, ma rivière.
Tu coules depuis ma contrée lointaine
Où sont maman et mon vieux père aveugle.
Où mes amis sont seuls sans ma chanson.
Viens avec le Bien, rivière, ma rivière.
Je me réchauffe ici au nom du Pays.
Il est comme le feu du foyer duquel s’approchent les mains gelées.
Mon cœur et mon âme se déchirent sans toi.
Viens avec le Bien, rivière, ma rivière.

«Je vivais pour mes enfants sans pouvoir les voir»

Goulraftor Djamchedova, 49 ans, poète tadjike. Crédits : Kommersant - Petr Kassine
Goulraftor Djamchedova, 49 ans, poète tadjike. Crédits : Kommersant – Petr Kassine

Goulraftor Djamchedova, 49 ans, originaire du village de Parched. En Russie depuis 17 ans.

Dans le quartier de Perovo, à Moscou, les gens appellent Goulia « la nôtre ». Elle travaille dans une pharmacie à la sortie du métro, et adresse à ses clients des « mon cher », « mon bon ».

« En ce moment, je travaille de neuf heures le matin à neuf heures le soir, ma collègue est malade, entame-t-elle, en véritable pipelette. Je suis debout toute la journée, même pour déjeuner. Un jour, une femme arrive et me dit : Mais je vois ta tête toute la journée ! J’en ai assez ! J’ai répondu : Ma très chère, si je pouvais, je m’allongerais ici et je m’endormirais. Mais alors, il n’y aurait plus personne pour travailler ! Maintenant, cette cliente est une habituée. »
Goulia a beaucoup d’habitués. Ils passent la tête à travers la porte de verre et jettent un œil : « C’est la nôtre qui est là ? Celle qui plaisante et rit tout le temps ? Avec qui on peut papoter ? »

Goulia est neurologue de formation, diplômée de l’Université de médecine de Douchanbé. « Bien sûr, je rêvais d’entrer en fac de philologie. Mon père enseigne la littérature tadjike. Mais j’ai fait médecine parce que maman était tout le temps malade. J’ai toujours adoré apprendre des poèmes par cœur. Peut-être que j’en ai trop appris, j’étais trop pleine de poèmes – alors, je me suis mise à en écrire moi-même ! »

Avant la guerre civile, Goulia travaillait dans une clinique de Douchanbé, mais quand le travail a manqué, elle a laissé ses trois fils à sa mère et est partie pour Moscou. Le plus jeune avait trois ans. « Nous sommes des milliers dans le même cas. Et, comme toutes les autres, en arrivant, j’ai travaillé comme peintre en bâtiment. Et puis, quand je suis tombée d’un escabeau de trois mètres et que je me suis cassé les bras et les jambes, j’ai été promue chef d’équipe. Une chute pour une ascension, en somme ! C’est juste que pendant un moment, je ne pouvais plus tenir moi-même le pinceau. » Goulia a travaillé dix ans sur des chantiers. Les trois premières années, elle n’a pas gagné assez pour rentrer chez elle, à Douchanbé, voir ses enfants. Finalement, elle a fait l’aller-retour, mais n’a plus pu repartir pendant encore cinq ans. « Mes enfants me manquaient énormément. Pendant deux ans, j’ai pleuré sans m’arrêter. Et puis, je me suis calmée. Parce qu’au moins, ils étaient nourris et habillés, j’ai pu leur payer des études supérieures. Je vivais pour eux sans pouvoir les voir. » Goulia a commencé d’écrire des poèmes il y a quatre ans. « Ils parlent presque tous d’amour. De quoi d’autre une femme pourrait-elle bien parler ? Attendre son prince sur un âne blanc – et écrire des vers là-dessus ! »

Pour trouver ce travail de pharmacienne, Goulia a passé un test et suivi une formation. « Oh, quel mal j’ai eu à mémoriser les noms des médicaments ! Mais j’ai réussi. Je me sens en sécurité en Russie. Ici, j’ai trouvé le repos. Je n’ai pas peur de travailler. » Depuis cinq ans, les trois fils de Goulia – et son petit-fils – vivent avec elle à Moscou. Et, récemment, elle a trouvé un maître : un poète et musicien iranien. « Je ne savais même pas que ça existait, des gens comme ça. Des hommes à qui vous pouvez faire à ce point confiance. C’est mon meilleur ami. Il me donne des conseils pour rendre mes poèmes meilleurs. Pendant 17 ans, j’ai été seule. Je n’ai jamais fait quoique ce soit dont je devrais avoir honte devant mes enfants. Mais il y a le temps de l’attente, le temps de la souffrance, et celui de l’amour. Tout vient en son temps. »

Je deviendrais le vent du matin,
Pour t’apporter des messages.
Je deviendrais un nuage de printemps
Pour baiser de pluie le toit de ta maison,
L’arôme d’une fleur, pour que tu me respires,
Pour t’envelopper des pieds à la tête.
Oiseau, je volerais vers ta contrée,
Coquelicot de la steppe, j’y pousserais.
Mon Seigneur, je vivrais en recluse
Dans la cour de ta demeure.
Je deviendrais un baume,
pour les blessures de ton âme.
Simplement demeurer ce sourire
sur tes lèvres douces.

« Dieu, ne me laisse pas vivre seul en terre étrangère »

Abdoumamad Bekmamadov, 50 ans, poète tadjik. Crédits : Kommersant.
Abdoumamad Bekmamadov, 50 ans, poète tadjik. Crédits : Kommersant.

Abdoumamad Bekmamadov, 50 ans, originaire du village de Bidiz. À Moscou depuis 18 ans.

« J’écris principalement des vers humoristiques, entame Abdoumamad, je réinterprète nos chansonstraditionnelles tadjikes en mode joyeux. Souvent, je suis pris d’un tel cafard que je voudrais pleurer. Alors, j’attrape une feuille et un stylo, et j’écris. Et mon âme s’apaise. Dans mes vers, je vois les visages de mes proches, mon village natal, et je communique avec eux. En pensée, évidemment. N’allez pas penser que je perds la boule ! »

Au Tadjikistan, Abdoumamad a été comédien de théâtre pendant 14 ans. Il a tourné dans des films, fait des tournées avec un ensemble folklorique et joué du râbab, cet instrument à cordes traditionnel. Dans la guerre civile, il a perdu un frère. Le pays était en feu, et plus personne n’avait besoin de théâtre ni de musique. Abdoumamad est parti en Russie alors que son fils n’avait que trois jours. « Au début, j’ai transporté du ciment, bêché la terre, cassé des murs. Pendant les pauses, quand tous les autres allaient déjeuner, j’apprenais à faire de l’enduit. Mais même cette vie laborieuse à Moscou était plus douce que l’existence au Tadjikistan. Là-bas, c’était la guerre, alors qu’ici, on pouvait gagner de l’argent juste en transportant des sacs de ciment. J’ai rencontré des Russes très bien, ils m’ont tout appris. Pendant le déjeuner, ils sortaient tous une bouteille de vodka. En d’autres termes, ils m’ont aussi appris à boire… Je me disais, si je ne bois pas avec eux maintenant, je vais être viré ! »

Abdoumamad rentre chez lui une fois par an. À Moscou, ses vers satyriques ont fait de lui une véritable star de la diaspora. « Je publie mes poèmes sur Odnoklassniki et sur Facebook. Beaucoup de gens commentent et mettent des likes. » Abdoumamad est souvent invité comme tamada, maître de cérémonie, dans les mariages. Il dirige un ensemble musical de 13 personnes, de vieux amis, avec qui il jouait déjà au Tadjikistan. À Moscou, il a aussi reçu sa plus prestigieuse récompense théâtrale. Alors qu’ils cherchaient un lieu où répéter, avec son ensemble, un ami leur a suggéré le Teatr.Doc. Là-bas, un metteur en scène les a vus jouer, et a créé, à partir des vers d’Abdoumamad, la pièce Akyn-opéra – récompensée, en 2014, d’un Masque d’Or, le plus célèbre des prix théâtraux russes. « J’ai reçu ce Masque d’Or pour mon soutien à la culture musicale ethnique, dit le poète. Mais nous étions trois dans la pièce, et j’ai été le seul à être invité à la cérémonie. Je le regrette beaucoup. »

Ce dont Abdoumamad a le plus peur, en Russie, c’est de tomber malade. « Chez nous, dans les montagnes, l’air est très différent, sec. Mais ici, il est humide. Beaucoup de Tadjiks tombent malades en arrivant. » Sans assurance médicale, les secours ne se déplacent pas. Et les travailleurs immigrés n’ont pas les moyens de se payer des soins privés. Il y a deux ans, Abdoumamad et son frère se sont fait tabasser près d’une station de métro. Abdoumamad a passé un mois à l’hôpital, puis écrit un poème sur combien il est facile et effrayant de mourir en Russie. « Ces vers ont été pour moi les plus douloureux à écrire, raconte-t-il. Mais ce n’est pas mon poème préféré, c’est un autre, vraiment très drôle – sur le crédit. Un jour, un type de chez nous a pris un crédit, est parti et Russie et y a disparu sans nouvelles. Pendant deux ans, ni sa femme ni ses enfants n’ont plus entendu parler de lui. Tout le monde le cherchait. Et lui, il était ici, à faire la bombe et s’amuser, et finalement, il est retourné chez lui, sans un sou. Nous, les Tadjiks, il nous arrive des tas d’histoires de ce genre, à la fois amusantes et tristes. »

Regarde ce monde, mon frère !
À quoi nous sert-il ?
Si l’on ne peut pas rentrer chez soi
Auprès de ses parents, ses enfants, ses proches,
Si, dans la mélancolie et la solitude,
Tu restes ici un étranger,
Tu cherches du pain, du travail, un refuge,
Dans le cercle fermé de l’angoisse.
En larmes, je ne dors pas jusqu’au matin.
Dieu, ne me laisse pas.
Si je tombe malade, qui me trouvera un médecin ?
Dieu, aie pitié de moi, je ne suis pas ici pour toujours.
Ne me laisse pas vivre seul en terre étrangère,
Et, avant la mort, ne voir que la route.

 

La permanence d’une fête et de sa signification dans une photo

L’image contient peut-être : une personne ou plus et plein air

Ce que j’aime chez Françoise Larouge, l’auteur de cette photo de la fête de l’Humanité 2017, c’est la manière dont elle a su saisir une fois de plus la permanence d’une histoire, des liens d’un parti, d’un journal avec la France, sa classe ouvrière, son peuple, sa jeunesse…

une amie s’interroge: la magie du noir et blanc, en regardant au premier coup d oeil j ai cru les années 50 , et en close up j ai vu les docks martens, nike et autre converse, alors j ai pensé 80, mais cette photo est juste incroyablement intemporelle…..!

 

 

La RDA par effraction

Pour être minimaliste, l’exposition de l’Institut français de Berlin qui présente un choix de traces (photos, objets) de cette portion d’Allemagne disparue du jour au lendemain il y a près de trente ans n’en fait pas moins sens. Commentée par deux historiens qui se démarquent du discours dominant outre-Rhin sur la RDA, elle donne à penser autant qu’à voir.


DDRDA. Éclats de la RDA. Institut français de Berlin, 211 Kurfürstendamm. Commissaires : Rita Aldendorf-Hübinger et Nicolas Offenstadt. Photographies de Pierre-Jérôme Adjedj. Jusqu’au 31 août.


C’est par ce qu’il en reste, c’est-à-dire pas grand-chose, qu’on entre dans feu la République démocratique allemande. Enterrée par un Helmut Kohl qui vient de disparaître à son tour, la RDA a laissé peu de traces visibles à l’œil nu. On s’est appliqué et on s’applique encore, pour peu qu’elles resurgissent, à les faire disparaître. L’exemple symbolique le plus éclatant fut la destruction consciencieuse du Palast der Republik [1], siège massif de l’ex-Chambre du peuple de RDA sur l’emplacement duquel devrait (re)voir le jour un château de Berlin, tas de ruines en 1945 balayé par la RDA, dont la reconstruction se fait attendre. Cet interminable chantier n’est pas la seule cause de la dévastation de la belle allée Unter der Linden, éventrée en plusieurs endroits depuis des années, mais il ajoute à la défiguration de ce qui fut jadis la vitrine de « Berlin, capitale de la RDA ».

DDRDA Eclats de la RDA, Institut français de Berlin

© Pidji-Photography / Pierre-Jérôme Adjedj

Située sur l’autre artère célèbre, celle de l’Ouest, le Ku’damm, l’exposition de l’Institut français de Berlin s’inscrit dans le prolongement d’une série d’articles publiés tout au long de l’année universitaire dans le journal local de Francfort sur l’Oder (Märkische Oderzeitung). Intitulée « Éclats de la RDA » elle est l’œuvre de deux historiens, l’une allemande, Rita Aldendorf-Hübinger, l’autre, français, Nicolas Offenstadt, enseignants à la Viadrina (université frontalière avec la Pologne). Mués en archéologues urbains, ils ont déniché des traces rebelles à l’effacement : ainsi, dans le lycée Karl Liebknecht de Francfort sur l’Oder, le buste en bronze de ce dernier, réalisé par le sculpteur Theo Balden. Si le lycée a conservé son nom, rien n’indique en revanche de quel buste il s’agit ni qui en est l’auteur… Theo Balden, antifasciste exilé en Grande-Bretagne qui choisit la RDA, est devenu une Unperson.

DDRDA Eclats de la RDA, Institut français de Berlin

© Pidji-Photography / Pierre-Jérôme Adjedj

Rien d’aussi imposant dans l’exposition de l’Institut français. Collées à même le mur, conformément à la volonté du photographe, et hors de tout cadre qui leur aurait attribué un statut contraire à l’esprit de l’exposition, les photographies de Pierre-Jérôme Adjedj ont visé l’anodin à partir duquel « faire parler ces lieux » : des images qui accrochent paradoxalement le regard par leur insignifiance finalement dérangeante. Des photos de friches industrielles, de fragments d’affiches, de carreaux cassés, d’échelles qui ne conduisent nulle part, forment le support de textes distribués sur papier libre recyclé où l’on peut lire des pans d’histoire de la RDA. Ni didactique, ni accusatrice, une histoire qui informe sur ce qu’on entendait par « culture socialiste » aussi bien que sur l’alcoolisme en RDA ou sur des réalisations comme celle de la ville « sortie de rien » et fierté du régime, Eisenhüttenstadt, du temps où l’acier était trempé. Rien à voir avec l’approche d’un « DDR Museum », gros cabinet de curiosités qui attire les touristes le long de la Spree et dont le choix d’objets au design suranné tourne en ridicule à peu de frais la production est-allemande. Peu à avoir également avec les expositions a priori plus sérieuses du Deutsches Historisches Museum sur la RDA qui ont du mal à se départir de l’esprit guerre froide et dans lesquelles l’écrasant mot « dictature » dispense d’explication. Un regard différent qui surprend les Berlinois. Tout du moins ceux qui, en l’absence de publicité (pour l’heure) dans la presse locale, trouvent le chemin de l’Institut français qu’il convient donc de féliciter de cette initiative [2].


  1. Cf. Dominique Treilhou, Palast der Republik. Berlin 2006-2009. Disparition en 3 actes, Zinc, 2010. Ce très beau livre-objet contient l’album de photos de la destruction et le film documentaire également réalisé par l’auteure.
  2. Pour compléter l’exposition, on pourra se reporter au numéro 3 de la revue Mémoires en jeu/Memory at stake (mai 2017) qui comprend un reportage photos intitulé « Was bleibt ? » (« ce qui reste », sous entendu de la RDA, le titre s’inspirant de celui du livre éponyme de Christa Wolf [1990]), où la même démarche a guidé Catherine Laubier et Yves Brochard. Il s’agit de sculptures et d’art mural dans des lieux publics, essentiellement en province, restés intouchés.
P.-S. : Cet article a été rédigé dans le café historique Sibylle, dont l’exposition permanente retrace l’histoire du soulèvement le 17 juin 1953 des bâtisseurs de la Stalinallee, plus tard rebaptisée Karl-Marx-Allee. Fort heureusement placée sous la protection des Monuments historiques, l’austère Karl-Marx-Allee a jusqu’ici échappé à la fièvre destructrice post-communiste. Par sa démesure, elle correspond à la trace la plus révélatrice de l’ancienne RDA et de ses rêves de grandeur. Bizarrement, elle n’est pas sans charme pour qui sait y flâner au sens benjaminien du terme.

Sonia Combe

 

Notes de lectures sur Céline, la race et le juif.

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Ma télévision est en panne, j’ignore d’ailleurs pourquoi vu que le reste d’internet fonctionne… C’est une bonne chose, je rattrape des lectures, des livres achetés et laissés sur une pile parce que non liées à mon actualité de travail.

A ce propos, j’ignore toujours si je vais achever le livre entamé avec Monika sur la Pologne et les juifs, le rôle joué par l’antisémitisme dans la chute du socialisme, alors j’ai tendance à négliger les lectures qui rentrent dans ce programme… D’un côté, il est bien entamé, une centaine de pages déjà écrites, un plan qui a pris forme, le dialogue avec Monika très fructueux, de l’autre après le livre sur Staline et l’URSS, enfanté dans la douleur, et qui n’a pas encore produit ses effets polémiques de surcroît, j’ai besoin de détente… Me reposer et travailler sur le cinéma et l’architecture soviétique pour lequel j’ai déjà des collaborations et un plan de travail me tente alors que me replonger dans cette tragédie polonaise et la stupidité de l’antisémitisme sera sans doute douloureux, ça l’est déjà. Parce que tout ce que vous avez subi d’injustices a tendance malencontreusement à prendre forme et on se croît aisément prédestinée alors que c’est universel. Donc ma télévision est en panne et je lis.

je m’étais acheté, il y a six mois un énorme pavé de 1172 pages intitulé Céline, la race et le juif, les auteurs en sont Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff (1) hier j’en ai lu 300 pages, c’est un ouvrage d’une rare érudition, une sorte de thèse qui m’a fait découvrir des aspects de l’antisémitisme que j’ignorais. Les auteurs nous présentent en effet l’antisémitisme traditionnel français avec ses vedettes, Bernanos, Daudet, Maurras, Drumont et d’autres moins connus mais qui jouent un rôle déterminant comme George Montandon, George vacher de Lapouge, urbain Gohier, les plus méconnus ne sont pas les moins actifs. Et je découvre qu’il y a deux courants plus ou moins antagonistes, l’un voit dans les Juifs un peuple qui ne peut pas être français puisqu’il est avant tout juif, il faut donc lui donner un statut d’étranger et limiter ce faisant sa diabolique influence. Je me dis que je connais beaucoup de sympathisants d’Israêl qui en fait poursuivent dans cette logique. Et que le musée de la présence juive à Varsovie a tranché, la seule solution pour les Juifs polonais a été d’aller dans leur véritable patrie, la Pologne étant réservée aux Polonais catholiques. Ce courant illustré en France par Bernanos et Maurras pense néanmoins qu’il peut y avoir quelques bons juifs patriotes qui préfèrent la France et sont prêts à donner leur vie pour elle. En revanche, il y a le courant dont le chantre est Céline qui choisit la solution nazie de l’extermination, les Juifs ne forment pas un peuple mais une race impure qu’il faut éliminer parce qu’elle a déclaré la guerre au genre humain et en particulier aux purs parmi les purs les aryens. Céline s’invente une filiation celte et flamande et il est littéralement obsédé par la nécessité de nettoyer la face de la terre de cette race puante, issue d’un mélange asiate et négroïde, son délire n’est pas celui d’un écrivain isolé, il est totalement intégré à la collaboration nazie qui ne peut rien lui refuser. Ses éructations de bagatelle pour un massacre et l’Ecole des cadavres, mais pas seulement ne sont pas un simple délire, il y a dans le pamphlet un projet politique, un travail sur les thèmes qui va parfois jusqu’au plagiat. Il faut rendre immonde le Juif, provoquer la répulsion, pour justifier la solution finale. Ce n’est pas le débordement du génie par sa part maudite, c’est un choix militant poursuivi au sein de collectifs politiques de la collaboration. Il déteste les antisémites à la manière d’un Maurras qui se contentent de voir dans le juif l’étranger et qui ne vont pas jusqu’au racisme comme les nazis. Par parenthèse quand on lit ce subtil distinguo, on comprend mieux la scène dans laquelle Renoir vient le voir et comment Céline l’insulte alors que Renoir souvent proche des communistes et s’enfuyant aux Etats-Unis est vigoureusement anti-nazi mais n’est pas dénué d’antisémitisme comme le constate Brecht.

Je sais pourquoi j’ai toujours trouvé suspects ceux qui refusent aux Juifs le statut de peuple sous prétexte qu’ils seraient le produit d’un mélange comme Shlomo Sand (ce qui est la caractéristique que les racistes comme Céline attribuent aux Juifs, l’impureté)  et y voient « une invention » (rien de plus proche du complot). Un peuple est un produit historique comme la nation, un préalable en quelque sorte que la nation dépasse. Refuser le statut historique de peuple aux Juifs est une absurdité sous le prétexte qu’on a une conception de la nation fondée sur la xénophobie et non le lien contractuel et citoyen, alors on aboutit comme Shlomo Sand à devenir la référence de tous les antisémites et racistes, le juif qui dit enfin ce que l’antisémite a envie d’entendre à savoir que le complot ( l’invention) le rend inassimilable. .

je dois dire que la différence entre antisémitisme et racisme m’avait échappée mais elle est intéressante pour éclairer non seulement l’idéologie française et les transfuges d’un camp à l’autre durant la seconde guerre mondiale, mais également la manière dont les Polonais envisagent la question juive, parce qu’elle pose le problème du nationalisme et dans un pays comme la Pologne ce n’est pas rien. Bref l’antisémitisme bénéficierait si l’on peut dire d’une triple base, la religion, la violence contre un peuple considéré comme déicide, de ce point de vue Céline déteste le christianisme qu’il considère comme enjuivé, ensuite l’antisémitisme qui serait lié à une conception réactionnaire de la nation, confortée par la xénophobie et le racisme enfin qui vise à l’extermination ou à l’esclavage. Dans tous les cas l’individu est convaincu qu’il y a un complot et que celui-ci est mené par les juifs pratiquant le meurtre rituel, la destruction par le chaos révolutionnaire de la nation et enfin la contamination de la race. Le statut du métis étant pour Céline et ses pareils d’abord raciste encore plus pourri que celui du Juif. la définition du Juif pour Céline est d’ailleurs celle qu’il donne dans « les beaux draps » j’entends par Juif tout homme qui compte parmi ses grands parents un juif, un seul » (p.307) ce qui est une révision  de la Loi portant statut des Juifs du 3 octobre 1940 qui stipule: »est regardé comme juif, pour l’application de la présente loi, toute personne issue de trois grands parents de race juive ou de deux grands parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif » définition très proche de celle du Troisième Reich promulguée le 14 novembre 1935. Mais le parti nazi avait proposé la même solution que Céline et se dernier  revendiquait l’assimilation totale des demi-juifs aux juifs intégraux pour cause de contamination. Le rôle d’un Céline, ses interventions répétées, ses lettres dans la presse toujours poussait à l’extermination.La période d’occupation montrent les auteurs correspond à la période d’engagement politique maximal dans la vie de Céline contre les Juifs et leur créature selon lui les bolcheviques (2)

danielle Bleitrach

 

(1)paru chez Fayard en 2017.

(2) Plus je lis ce livre sur Céline plus je suis écœurée, ce type est une ordure. Il dénonce Desnos, l' »enjuivé », le communisant » parce qu’il a osé critiquer son dernier pamphlet ordurier « Beaux draps », en disant qu’il devient aussi ennuyeux qu’henry Bordeaux, lui fait retirer ses rubriques. J’ai devant les yeux l’état dans lequel on a retrouvé Desnos dans ce camp de concentration, mort vivant, intransportable… Desnos est arrêté le 22 février 1944, puis déporté. Il passe par Ausqhwitz, Buchenwald, Flossenburg, Floha et il meurt à l’arrivée des troupes alliées à Terezin de typhoïde et de dysenterie, un squelette humain. J’ai l’impression de tenir dans mes bras ce corps transparent et qui ne peut survivre à sa descente aux enfers préparée par ce salopard et d’autre de son espèce. ?Quand je pense à tous ces gens qui ne craignent pas de vilipender Aragon et qui se tortillent d’esthétisme devant Céline, j’ai le sentiment d’une incroyable défaite dans toutes mes valeurs, mes combats … J’ai parfois l’impression de vivre la fin de Courbet qui paye son engagement auprès des communards et subit l’injustice dans l’épuisement de son être… j’ai la nausée devant mon époque…

 

Après avoir été pris pour un homme pendant plus de 130 ans, des chercheurs découvrent que ce puissant chef guerrier viking était en fait… une guerrière

Par Nathan Weber il y a 2 jours

Le « guerrier » de Birka était en fait… une guerrière ! Depuis plus de 130 ans, historiens et archéologues supposaient que les restes d’un grand chef guerrier viking retrouvé dans un tombeau en Suède appartenaient à un homme. Mais grâce à de nouveaux tests ADN effectués sur les ossements, on en sait un peu plus sur son identité. Et les tests sont formels : ce personnage militaire de haut rang était en fait une femme !

Si les archéologues étaient partis du principe que le défunt personnage était de sexe masculin, c’est parce qu’il avait été enterré avec une impressionnante panoplie de guerre : une épée, une hache, une lance, des flèches perforantes spécialement conçues pour transpercer les armures, un couteau de guerre, deux boucliers, ainsi que deux chevaux.

Ces attributs étant considérés comme « masculins », il ne leur est pas venu à l’esprit que le tombeau pouvait en fait appartenir… à une femme.

Armstreet

« L’image du guerrier comme étant un individu de sexe exclusivement masculin, dans une société très virile et patriarcale, a été renforcée par les préjugés contemporains. C’est pourquoi le sexe de cet individu était tenu pour acquis », ont expliqué les chercheurs dans la revue spécialisée American Journal of Physical Anthropology.

Les restes de la guerrière avaient été découverts dans les années 1880, mais son ADN n’avait pas été analysé jusqu’à aujourd’hui. En plus d’un conséquent attirail de guerre, d’autres objets symboliques se trouvaient à ses côtés, et notamment une sorte de jeu de table guerrier qui laissent à penser qu’il s’agissait d’une grande stratège, ou tout au moins d’un personnage militaire très influent.

« À côté de la panoplie complète de guerre qui se trouvait avec elle, se trouvait une sorte de jeu de réflexion qui était utilisé pour essayer des tactiques et des stratégies de bataille, ce qui indique qu’il s’agissait vraisemblablement d’un puissant chef de guerre. Elle n’a pas seulement pris part à des batailles : elle les a aussi probablement dirigées et planifiées, » explique Charlotte Hedenstierna-Jonson, archéologue de l’Université suédoise d’Uppsala, au journal scandinave The Local.

History

Alors, Lagertha a-t-elle vraiment existé, et si oui, ressemblait-elle au personnage badass incarné par Katheryn Winnick dans la série Vikings ? Depuis longtemps, la question de la place des femmes au cœur de la société viking divise les historiens. En effet, beaucoup de zones d’ombre demeurent dans notre compréhension actuelle du fonctionnement social des sociétés préchrétiennes de Scandinavie. De nombreux témoignages s’appuient sur des sources secondaires, des bribes de légendes nordiques, des récits mythologiques, ou encore des témoignages datant du moyen âge, soit longtemps après l’ère païenne. Les historiens en sont donc parfois réduits à interpréter les découvertes archéologiques, et à tenter de reconstituer la réalité à partir de fragments découverts ici et là, autant dire que bon nombre de certitudes peuvent aisément être bousculées

On trouve, cependant, de nombreux rapports de femmes guerrières dans les légendes scandinaves : ainsi, les Valkyries, ces femmes guerrières vivant parmi les dieux, sont des personnages prépondérants de la mythologie nordique. De même, dans les anciens récits, on parle également des skjaldmö ,de fameuses femmes guerrières armées de boucliers (le personnage de Lagertha de la série Vikings est d’ailleurs inspiré de l’histoire d’une légendaire skjaldmö).

Certains historiens avancent l’hypothèse que ces légendes sont basées sur une participation active des femmes (ou tout du moins de certaines femmes) dans les actes guerriers et militaires. D’autres voient davantage l’existence des femmes guerrières comme étant relativement marginale et exceptionnelle, la société Viking s’articulant sur un modèle patriarcal orienté autour de l’agriculture, dans laquelle la femme était la maîtresse et la gardienne du foyer.

Quoi qu’il en soit, la guerrière de Birka n’a probablement pas fini de faire parler d’elle…