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Archives de Catégorie: LITTERATURE et SPECTACLES

Nazim Hikmet, je suis communiste

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Jairo Aja Garcia

· Nazim Hikmet passa près de 15 années de sa vie dans les geôles turques. « Qu’importe être arrêté, ce qui compte c’est de ne pas capituler », écrivait-il. (note de DB)

Je suis communiste.

Je suis communiste.
Parce que je ne vois pas une meilleure économie au monde que le communisme.

Je suis communiste.
Parce que je souffre de voir les gens souffrir.

Je suis communiste.
Parce que je crois en l’utopie d’une société juste.

Je suis communiste.
Parce que chacun doit avoir ce dont il a besoin et donner ce qu’il peut.

Je suis communiste.
Parce que je pense que le bonheur est la solidarité humaine.

Je suis communiste.
Parce que je pense que toutes les personnes ont droit au logement, à la santé, à l’éducation, à l’emploi décent, à la retraite.

Je suis communiste.
Parce que je ne crois en aucun Dieu.

Je suis communiste.
Parce que personne n’a encore trouvé une meilleure idée.

Je suis communiste.
Parce que je crois aux êtres humains.

Je suis communiste.
Parce que j’espère qu’un jour toute l’humanité sera communiste.

Je suis communiste.
Parce que bon nombre des meilleures personnes dans le monde ont été et sont communistes.

Je suis communiste.
Parce que je déteste l’hypocrisie et que j’aime la vérité.

Je suis communiste.
Parce qu’il n’y a pas de distinction entre moi et les autres.

Je suis communiste.
Parce que je suis contre le marché libre.

Je suis communiste.
Parce que je veux me battre toute ma vie pour le bien de l’humanité.

Je suis communiste.
Parce que le peuple uni ne sera jamais vaincu.

Je suis communiste.
Parce que vous pouvez faire des erreurs, mais pas au point d’être un capitaliste.

Je suis communiste.
Parce que j’aime la vie et je me bats à tes côtés.

Je suis communiste.
Parce que très peu de gens sont communistes.

Je suis communiste.
Parce que certains disent être communiste et ne le sont pas.

Je suis communiste.
Parce que l’exploitation de l’homme par l’homme existe parce qu’il n’y a pas de communisme.

Je suis communiste.
Parce que mon esprit et mon cœur sont communistes.

Je suis communiste.
Parce que je suis important tous les jours.

Je suis communiste.
Parce que la coopération entre les peuples est la seule voie vers la paix entre les hommes.

Je suis communiste.
Parce que la responsabilité de tant de misère de l’humanité est celle de tous ceux qui ne sont pas communistes.

Je suis communiste.
Parce que je ne veux pas le pouvoir personnel, mais le pouvoir du peuple.

Je suis communiste.
Parce que personne n’a réussi à me convaincre que ce n’est pas le cas. Nazim Hikmet, poète turc.

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LE GRAND TEXTE DE MAUPASSANT SUR L’INFANTICIDE

Publié le 15/02/2018
Auteur:
Marina Bellot
L’auteur Guy de Maupassant âgé de sept ans, 1857 – source : édition ukrainienne de « Bel Ami »-WikiCommons

 

EN 1886, MAUPASSANT PUBLIE DANS GIL BLAS UN TEXTE BOULEVERSANT, À LA FRONTIÈRE ENTRE REPORTAGE ET NOUVELLE, DONT LE SUJET EST TRISTEMENT BANAL AU XIXE SIÈCLE : L’INFANTICIDE.

« La fille Prudent (Rosalie), bonne chez les époux Varambot, de Mantes, devenue grosse à l’insu de ses maîtres, avait accouché, pendant la nuit, dans sa mansarde, puis tué et enterré son enfant dans le jardin. »

Ainsi débute le texte à la lisière entre la nouvelle et le reportage que publie Guy de Maupassant en 1886 dans le journal Gil Blas.

Comme nombre de ses contemporains, l’écrivain est marqué par l’actualité de l’époque qui met régulièrement sur le devant de la scène médiatique des cas d’infanticides. Le profil type de l’accusée est net : il s’agit d’une femme jeune, seule et, bien souvent, domestique dans une maison bourgeoise. Maupassant s’était d’ailleurs déjà inspiré de ce thème de la servante enceinte et abandonnée dans son roman Une vie.

Entre 1870 et 1890, le nombre d’infanticides relayés par la presse est impressionnant et en constante augmentation.

En 1878, Le Bien Public rapporte ainsi :

« On poursuit, année moyenne, près de deux cents infanticides par an ; mais on serait loin du compte si on croyait connaître par là le nombre des crimes de cet ordre qui se commettent chaque année.

Un calcul sûr permet de les évaluer à deux ou trois mille au moins, et plus vraisemblablement à quatre ou cinq mille.

On voit combien, malgré leur zèle intempérant, les magistrats sont loin d’atteindre tous les coupables. Il y a mieux : le nombre des poursuites pour infanticide augmente progressivement. Il est de 200 aujourd’hui ; il n’était que de 150 il y a quelque vingt ans.  »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-bien-public/27-avril-1878/657/2025637/1?fit=56.737.485.428

En 1884, deux ans avant la parution de Rosalie PrudentLe Petit Troyen dresse ce même terrible constat :

« Il n’y a pas de mois où la chronique des tribunaux ne contienne les débats d’un procès en infanticide, il n’y a pas de semaine où l’on ne trouve abandonné sur la voie publique un enfant qui a eu à peine le temps de naître, et qui est déjà en train de mourir. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-petit-troyen/10-mars-1884/331/1562311/1?fit=108.610.875.570

Si les cas d’infanticides sont donc largement documentés, les causes de ce sinistre phénomène de société ne sont pour autant que peu étudiées. Maupassant, lui, loin de s’en tenir à l’acte tristement banal, met en lumière les conditions sociales et la misère qui ont conduit Rosalie à commettre l’irréparable :

« La perquisition faite dans la chambre de la fille Prudent avait amené la découverte d’un trousseau d’enfant complet, fait par Rosalie elle-même, qui avait passé ses nuits à le couper et à le coudre pendant trois mois. […]

La coupable, une belle grande fille de Basse-Normandie, assez instruite pour son état, pleurait sans cesse et ne répondait rien. On en était réduit à croire qu’elle avait accompli cet acte barbare dans un moment de désespoir et de folie puisque tout indiquait qu’elle avait espéré garder et élever son fils. »

Ses maîtres ? « Ils ne plaisantaient pas sur la morale », ironise Maupassant, qui se plaît à les dépeindre dans toute leur morgue bourgeoise :

« Ils étaient là, assistant aux assises, l’homme et la femme, petits rentiers de province, exaspérés contre cette traînée qui avait souillé leur maison.

Ils auraient voulu la voir guillotiner tout de suite, sans jugement, et ils l’accablaient de dépositions haineuses devenues dans leur bouche des accusations. »

Ce que le lecteur apprend en même temps que le tribunal devant lequel comparaît l’accusée, c’est que la jeune femme était enceinte du neveu du maître des lieux, un sous-officier venu passer son congé estival chez son oncle.

Et voilà que, blessée par la hargne de ses employeurs, Rosalie se met brusquement à « parler avec abondance, soulageant son cœur fermé, son pauvre cœur solitaire et broyé, vidant son chagrin, tout son chagrin maintenant devant ces hommes sévères qu’elle avait pris jusque-là pour des ennemis et des juges inflexibles » :

« C’est arrivé plus tôt que je n’aurais cru. Ça m’a pris dans ma cuisine, comme j’finissais ma vaisselle.

M. et Mme Varambot dormaient déjà ; donc je monte, pas sans peine, en me tirant à la rampe ; et je m’couche par terre, sur le carreau, pour n’point gâter mon lit. Ça a duré p’t-être une heure, p’t-être deux, p’t-être trois ; je ne sais point tant ça me faisait mal ; et puis, comme je l’poussais d’toute ma force, j’ai senti qu’il sortait, et je l’ai ramassé. […]

J’en ai tombé sur les genoux, puis sur le dos, par terre ; et v’là que ça me reprend, p’t-être une heure encore, p’t-être deux, là toute seule, et puis qu’il en sort un autre, un autre p’tit, deux, oui, deux, comme ça 

Je l’ai pris comme le premier, et puis je l’ai mis sur le lit, côte à côte. Deux. Est-ce possible, dites ? Deux enfants ! Moi qui gagne vingt francs par mois ! Dites, est-ce possible ? Un, oui, ça s’peut, en se privant, mais pas deux ! Ça m’a tourné la tête. Est-ce que je sais, moi ? J’pouvais t-il choisir, dites ?

Est-ce que je sais ! Je me suis vue à la fin de mes jours ! J’ai mis l’oreiller d’sus, sans savoir. Je n’ pouvais pas en garder deux, et je m’suis couchée d’sus encore. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/gil-blas/02-mars-1886/121/263261/1?fit=55.1524.876.589

Rosalie Prudent est acquittée. Une clémence dont fait alors bien souvent preuve la justice face à ce type de crime embarrassant.

Et Le Petit Parisien, en 1888, de rappeler que nombre d’infanticides pourraient être évités :

« Le nombre des infanticides est celui qu’on pourrait le plus facilement réduire, sans doute, il suffirait, pour cela, d’une bonne organisation de l’Assistance publique dans les campagnes.

Partout, en effet, ou la fille mère peut aisément se débarrasser de son enfant sans recourir au crime, c’est à-dire partout où l’administration recueille les nouveau-nés ou vient en aide aux mères, le nombre des infanticides est relativement minime.

Il s’élève, au contraire, dans les départements privés d’une organisation sérieuse et capable de rendre les services qu’on en doit attendre. Ainsi, l’on ne constate qu’un seul infanticide dans le Rhône où l’assistance fonctionne bien, alors qu’on en compte neuf dans la Meurthe-et-Moselle. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-petit-parisien/10-octobre-1888/2/65680/1?fit=1636.1091.492.486

À partir de la fin du XIXe siècle, le nombre d’infanticides baissera régulièrement – pour devenir, heureusement, un crime exceptionnel à la fin du XXe siècle.

 

La Corse enregistre le taux de pauvreté le plus élevé de France métropolitaine

  •  et maintenant retournons à nos propres tentatives identitaires face à une crise que nous sommes désormais incapables de résoudre, parce que sur le fond nous cherchons ce qui nous permet de rien changer, sans nous apercevoir à quel point le monde s’est mis en branle. panique vers le passé mythifié. L’incapacité de la gauche et surtout du parti communiste à offrir une perspective révolutionnaire ne peut qu’entretenir les repliements, y compris vers les aspects les plus réactionnaires de l’utopie et la peur de l’autre. (note de Danielle Bleitrach)
ILLUSTRATION- Le parc de logement social, particulièrement peu important, apparaît inadapté aux demandes insulaires, d'après une étude réalisée par l'INSEE. / © FTViaStella
ILLUSTRATION- Le parc de logement social, particulièrement peu important, apparaît inadapté aux demandes insulaires, d’après une étude réalisée par l’INSEE. / © FTViaStella

Avec 20% de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, la Corse enregistre le taux de pauvreté le plus élevé des régions métropolitaines, selon un rapport de l’INSEE, publié fin juillet.

Par France 3 Corse ViaStella 

La Corse enregistre le taux de pauvreté le plus élevé de toutes les régions métropolitaines d’après une enquête, réalisée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) en partenariat avec la Plate-forme régionale d’observation sanitaire et sociale de Corse (POSS) et conduite par la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) de Corse.

L’étude révèle que 20% de la population corse vit sous le seuil de pauvreté. Les familles les plus touchées sont, comme au niveau national, les familles monoparentales et les jeunes, mais aussi spécifiquement en Corse, les personnes âgées.

Cette pauvreté s’inscrit dans un marché du travail dégradé avec un taux de chômage de 10,9 % en moyenne annuelle en 2015 (le 4e plus important de France métropolitaine).

Les modes de garde des enfants de moins de 3 ans restent en retrait et le taux de retard à l’entrée en sixième est le plus élevé des régions métropolitaines.

En matière de santé, les dispositifs d’aides aux complémentaires sont moins sollicités qu’au niveau national et l’offre d’accueil des personnes défavorisées encore en structuration.

Le parc de logement social, particulièrement peu important, apparaît de surcroît inadapté aux demandes insulaires. Pour autant, les expulsions locatives restent proportionnellement moins nombreuses qu’au niveau national et le recours au droit au logement opposable s’inscrit dans la moyenne.

Le président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, a réagi sur Twitter à la publication de cette étude :

Il a également annoncé « la mise en oeuvre dès octobre 2016 d’un grand plan de lutte contre la précarité et l’exclusion ».

 

Le génie est-il voisin de la folie ? un texte de Jean-Philippe Catonné

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ce texte  pris sur le blog d’Olivier  douvielle ne fait pas référence à Aby Waburg, mais on ne peut s’empêcher d’y penser en le lisant… Cet apaisement de l’extrême tension d’un état inconstant et fragile par la discipline artistique qui est moins un résultat de « la folie » qu’un soulagement. tel qu’il fait sortir de l’incapacité à être par une reconstruction . Une fois de plus les approximations de Michel Foucault ont conduit la réflexion dans une impasse, quel que soit la sympathie que l’on peut avoir pour Michel Foucault, il a accompagne tous les mouvements issus de 1968 vers des aspects « rétro » et souvent réactionnaires. cette analyse par ailleurs complète également notre réflexion sur ce qu’on peut attendre de la littérature, du cinéma comme éclairage d’un époque, il faut savoir qu’à aucun moment « le génie » ne dit la vérité », mais il dit quelque chose qui doit être sans cesse recréé entre ce qu’il choisit comme matériau pour reconstruire sa propre subjectivité. L’art n’est pas simple « reflet » d’une époque, il doit être analysé selon ses propres objectifs mais aussi en lien avec la dite époque comme fait politique, agissant…  (note de danielle Bleitrach)

Le génie est-il voisin de la folie ?

Jean-Philippe Catonné[1]

http://olivierdouville.blogspot.com/2017/08/le-genie-est-il-voisin-de-la-folie-un.html

Résumé

Nous considérons la parenté entre génie et folie comme une idée reçue, un rapprochement hâtif qui n’avait pas échappé à la finesse ironique de Proust. Dans son Histoire de la folie, Michel Foucault associe justement la folie et l’absence d’œuvre. Reprenant, à la lumière des travaux actuels, l’examen des troubles ayant affecté Nietzsche, Van Gogh et Artaud, il apparaît cependant que la brillante analyse de Foucault manque de rigueur. Or, dès l’Antiquité, Platon et un élève d’Aristote avaient utilement éclairé cette relation entre le génie et la folie.

Mots clés

Génie ; folie ; créativité ; troubles de l’humeur ; Proust ; Foucault ; Nietzsche ; Van Gogh ; Artaud ; mélancolie antique.

Summary

We regard the link between genius and madness as a stereotyped idea, a hasty connection that hadn’t escaped Proust’s ironical sharpness. In his History of Madness, Michel Foucault associates properly madness and the lack of works. According to contempory studies, the disorders affecting Nietzsche, Van Gogh and Artaud, it appears, however, that Foucault’s brilliant analysis lacks rigour. And yet, as early as the Antiquity, Plato and a disciple of Aristotle’s had cast an interesting light on this relationship between genius and madness.

Key words

Genius ; madness ; creativity ; mood disorders ; Proust ; Foucault ; Nietzsche ; Van Gogh ; Artaud ; ancient melancholia.

Dans À la recherche du temps perdu, Proust met en scène des médecins aux propos savoureux. La fascination du docteur du Boulbon pour le « nervosisme » semble indéniable. Charcot aurait prédit qu’un jour ce confrère régnerait sur la neurologie et la psychiatrie. Il le leur rend bien si l’on en juge par ses déclarations : « Tout ce que nous connaissons de grand nous vient des nerveux… sans maladie nerveuse, il n’est pas de grand artiste… il n’y a pas de grand savant ». Le docteur Cottard franchit un pas de plus. Ce médecin, familier de Mme Verdurin, n’hésite pas à affirmer : « Le génie peut être proche de la folie »[2]. Une telle affirmation mérite une discussion et, en premier lieu, un bref rappel historique. À la fin du XIX° siècle, paraissaient plusieurs ouvrages sur la parenté entre le génie et la folie, dont le célèbre Genio e follia du psychiatre Lombroso. Issu d’une tradition d’esthètes romantiques, ce thème n’est pas inconnu des salons alors fréquentés par Marcel Proust. Aujourd’hui, et depuis la deuxième partie du XX° siècle, certains associent plus spontanément, dans cette même veine, la folie à la « créativité ». Notons que cette évolution sémantique actuelle du terme de génie apparaît adéquate à un de ses deux sens fondamentaux, à savoir une « aptitude créatrice, portée à un degré supérieur », tout en précisant que la notion de génie reste un concept majeur de l’esthétique contemporaine[3]. Son acception moderne date du XVIII° siècle, théorie lisible, par exemple, dans l’esthétique d’Emmanuel Kant, lequel conçoit le génie comme un talent, don de la nature pour produire des œuvres d’art originales, exemplaires[4]. Or, il semble que Michel Foucault, sans pourtant reprendre à son compte des affirmations semblables à celles des médecins imaginés par Proust, ait lui-même succombé à une certaine esthétisation de la folie. Ni son exceptionnelle intelligence, ni la lucidité de nombre de ses analyses, sans parler de son style fulgurant ne l’ont mis à l’abri de ce rapprochement ambigu, comme nous allons le montrer. Voyons son Histoire de la folie : trois figures exemplaires apparaissent, celles du philosophe, du peintre et du poète, une trilogie de fous. « La folie de Nietzsche, la folie de Van Gogh ou celle d’Artaud appartiennent à leur œuvre, ni plus ni moins profondément peut-être, mais sur un tout autre monde »[5]. Certes, Foucault admet un « affrontement » entre la folie et l’œuvre. Ainsi « le dernier cri de Nietzsche… c’est bien l’anéantissement même de l’œuvre… où il lui faut se taire ; le marteau vient de tomber des mains du philosophe ». Après l’effondrement final du philosophe vient le drame du peintre automutilé : « Van Gogh savait bien que son œuvre et sa folie étaient incompatibles ». Même chose pour le poète puisque « la folie d’Artaud est précisément absence d’œuvre ». Cependant, la folie contraindrait à s’interroger et le monde serait requis à s’ordonner à son langage. La folie inaugurerait le temps de la vérité de notre monde, puisqu’il « se mesure à la démesure d’œuvres comme celle de Nietzsche, de Van Gogh, d’Artaud. Et rien en lui, surtout pas ce qu’il peut connaître de la folie ne l’assure que ces œuvres de folie le justifient ». Il nous reste donc à évaluer la « folie » de ces trois modèles et la relation qu’ils entretiennent avec leurs œuvres en recourant à leurs dossiers médicaux.

L’ambiguïté de Foucault

Nietzsche s’effondre le 3 janvier 1889 et entre alors dans un processus déficitaire sans retour, au sujet duquel on peut avancer le diagnostic de démence syphilitique comme le plus vraisemblable. Dans une étude récente, Fernandez-Zoïla reprend toute la documentation médicale disponible[6]. Il considère le diagnostic de syphilis avec méningo-encéphalo-vascularite inflammatoire comme certain, rendant compte de la paralysie générale progressive qui se développe chez Nietzsche jusqu’à sa mort, survenue en août 1900. L’entrée dans la démence fut contemporaine d’une moria, joie morbide qui, chez Nietzsche, se manifesta par un état d’excitation, entrecoupé par des moments de prostration, tableau clinique qui, déjà, inaugurait l’évolution déficitaire. L’A. écarte donc la simulation, une comédie d’emprunt de masques de la folie. Surtout, il exclut la folie elle-même et rappelle que Foucault aurait gagné à distinguer plus rigoureusement la folie et la démence. Alors que la première peut s’accompagner d’une capacité productrice, psychopathologique ou autre, la seconde se traduit bien par une absence d’œuvre, en raison d’un déficit progressif et irréversible. L’analyse mériterait d’être nuancée, puisque certaines formes de folie ont pu évoluer vers la démence et, qu’à l’inverse, une démence peut être précédée par une période pré-moriatique, productive et expansive. Pour Nietzsche, elle fut contemporaine de la composition de Ecce Homo et de Nietzsche contre Wagner. L’excitation euphorique ne s’est alors accompagnée d’aucun signe d’affaiblissement intellectuel. L’A. ne relève aucune incorrection manifeste et conclut à bon droit en acceptant ces deux dernières œuvres comme authentiquement philosophiques.

Voyons maintenant le peintre : Van Gogh n’était certainement pas dément, mais peut-on parler pour autant de « sa folie » ? À l’asile de Saint Rémy, les médecins diagnostiquent une épilepsie, plus exactement un état dit de « petit mal », lié à un foyer épileptogène du lobe temporal du cerveau, lésion qui donne des accès de désorientation appelés « absences ». Mais avant tout, Van Gogh serait affecté de mélancolie avec sentiments d’indignité et de culpabilité, état pouvant alterner avec des phases d’agitation maniaque accompagnées d’hallucinations visuelles, en particulier lors de l’épisode où il se tranche l’oreille. Sa peinture devient une acte créateur s’opposant aux accès mélancoliques, relation à la création dont Van Gogh est manifestement conscient. Karl Jaspers, non seulement remarquable philosophe mais aussi savant psychiatre, avait l’impression de se trouver en face d’un schizophrène, en contemplant les toiles de Van Gogh. À l’inverse, tout récemment, François-Bernard Michel réfute l’hypothèse de la folie, sachant qu’il vise à exclure chez le peintre une psychose dissociative. L’A. regrette que Van Gogh soit une référence obligée sur le thème « folie et créativité » ; il déplore que « les livres sur le folie utilisent sans scrupule en couverture ses autoportraits »[7]. Comme Artaud, il dénonce donc la thèse de la folie de Van Gogh, en exaltant cependant sa face humaine plus que son génie. Soumettons Artaud lui-même à cet examen. Quand il subit un internement psychiatrique à la fin des années trente, son délire mystique avec hallucinations et persécutions empêche toute forme de création, incapacité qui durera quatre à cinq ans. À partir de 1943, à l’asile de Rodez, il se remet à écrire, encouragé par le docteur Ferdière, et recommence à dessiner avec l’aide de Frédéric Delanglade, logé chez Ferdière[8]. Artaud quitte Rodez en 1946, départ qui sera suivi par deux types de mythe autour de sa personnalité. Les uns s’emparent de sa folie comme le symbole de la révolte et de l’inspiration créatrice. Les autres la nient purement et simplement : tel fut le cas de Henri Parisot, l’artisan de la publication des Lettres de Rodez. La position d’André Breton semble plus clairvoyante : il admet la folie et, pourtant, l’envisage comme compatible avec le processus de création, dès lors que la période aiguë est dépassée.

En conséquence, revenons à Foucault : nous ne saurions partager ni son analyse sur Nietzsche, ni sur Van Gogh, ni même sur Artaud, puisque, le plus probablement, si les travaux scientifiques sur lesquels nous nous appuyons s’avèrent exacts, les deux premiers n’étaient pas fous et que la folie du dernier lui a permis d’accéder à une certaine vérité qu’après avoir été traitée, apaisée. Et pourtant une liaison entre le génie et le trouble mental pourrait bien être mise en évidence. Quelle est-elle ?

La juste intuition des Anciens

Elle concerne les variabilités de l’humeur que les psychiatres actuels désignent sous le nom de troubles bipolaires de l’humeur de type II, associant une dépression majeure et des phases d’hyperactivité, dites hypomaniaques. Ainsi, on a pu calculer que 10 % de ceux affectés par cet état étaient des artistes, proportion de dysfonctionnement thymique d’ailleurs plus élevée parmi les écrivains, car 17 % d’entre eux présentaient des épisodes maniaques et 33 % des épisodes dépressifs[9]. Or une telle corrélation avait été déjà observée, dès l’Antiquité, en particulier par un élève d’Aristote, probablement Théophraste[10]. Selon l’auteur péripatéticien, les hommes d’exception, qu’ils soient philosophes, politiciens ou artistes sont des mélancoliques. Précisons qu’« être d’exception » traduit le grec per-ittos ou per-issos, c’est-à-dire en excès, qui dépasse la mesure. En effet, tout un chacun aurait une humeur inconstante (que les Anciens rapportaient à la bile noire ou melagcholia, c’est-à-dire la mélancolie), mais les êtres d’exception en auraient plus que la moyenne. Pour l’A., de ce fait, ils sont particulièrement créatifs et en même temps fragiles. Car, si le bon mélange de cette humeur inconstante vient à se rompre, ils basculent, soit dans des phases de ralentissement avec risque suicidaire, ce qui correspond à notre moderne mélancolie, dépression majeure, soit, au contraire, dans des états d’excessive confiance en soi, ce qui correspond à notre actuel état maniaque. Le créateur sera donc hors norme, tout en présentant un équilibre lui-même fragile. Cette intuition de l’auteur antique apparaît d’autant plus remarquable qu’il a la finesse de n’établir qu’une liaison contingente entre génie et mélancolie ainsi définie. Qui plus est, le pseudo-Aristote n’ignorait sans doute pas la pensée de Platon sur la création.

Les poètes sont inspirés par les Muses, par conséquent possédés par une force divine qui échappe à la raison. « La poésie composée de sang-froid est éclipsée par la poésie de ceux qui délirent »[11], écrit Platon dans le Phèdre, après avoir exposé la même idée dans l’Ion. Ainsi, pour expliquer le génie, à la gratuité platonicienne d’un don divin conférant un délire créateur, l’élève d’Aristote a substitué le hasard d’un mélange réussi dans une humeur variable. Pourtant l’un comme l’autre ont assez de lucidité et de bon sens pour distinguer le génie et la folie, au sens moderne de processus pathologique. L’aristotélicien considère le génie comme une personne dotée d’un mélange inné, envisage une bonne santé du mélancolique et sépare cet état d’un accident qui fait sombrer dans la folie. Quant à Platon, il distingue deux types de délires : ceux causés par impulsion divine, créateurs, et ceux causés par les maladies humaines[12].

Depuis au moins vingt-quatre siècles, par conséquent, on a su identifier un état de santé créateur, quoique inconstant et fragile ; on a su le distinguer d’un état pathologique. Le pseudo-Aristote savait reconnaître une mélancolie inadéquate à la création, tout comme Platon excluait de l’inspiration féconde certaines affections morbides. Les Anciens savaient bien que le la folie en tant qu’état pathologique aigu se caractérisait par une souffrance invalidante pour le génie créateur. Qu’en est-il alors de notre moderne « art des fous » ? Pensons à Aloïse Corbaz, découverte par Jean Dubuffet ou encore à Guillaume Pujolle, pour lequel Gaston Ferdière avait incité un de ses élèves à écrire une thèse. Chez ces êtres inspirés, dotés d’un authentique génie, la création accompagne le processus de reconstruction psychique, phase favorable à laquelle l’œuvre participe intensivement. Dans ces conditions, elle s’avère compatible avec un délire chronique, tel que celui d’Artaud. La stabilisation a mis à distance la folie en tant que crise. Ainsi donc, docteur Cottard, si le génie peut être voisin de la folie, il en est le plus souvent éloigné. Voilà qui n’avait sans doute pas échappé à l’ironie de Marcel Proust.

[1]Université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

[2]Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, Bibliothèque de la Pléiade, Editions Gallimard, 1954, pp. 305, 306 et 1041.

[3]Cf. art. « génie » in Etienne Souriau, Vocabulaire de l’esthétique, Paris, PUF, 1990, pp. 785-788.

[4]E. Kant, Critique de la faculté de juger, trad. A. Philonenko, Paris, Vrin, 1989, § 46, pp. 138-139.

[5]Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Gallimard, 1972, p.555 et pour la suite des citations, passim, pp.554-557. Il est bien entendu que, dans mon esprit, la présente critique adressée à l’Histoire de la folie de Foucault ne prétend pas remettre en cause l’ensemble de l’ouvrage, à savoir une originale et admirable réflexion pour relativiser le concept de folie et l’inscrire dans une historicité, faite de périodes successives et singulières.

[6]Adolfo Fernandez-Zoïla, « Nietzsche et ses maladies », in Didier Raymond (sous le dir. de), Nietzsche ou la grande santé, Paris, L’Harmattan, 1999, pp. 97-131. Ajoutons que Bertrand de Toffol va dans le même sens que Fernandez-Zoïla. Au terme d’une magistrale leçon de neurologie, il retient le diagnostic de syphilis comme « hautement vraisemblable », in « Les yeux de Friedrich Nietzsche », op. cit., pp. 85-96.

[7]François-Bernard Michel, la face humaine de Van Gogh, Editions Grasset et Fasquelle, Paris, 1999, p. 46.

[8]Sur cette question, je renvoie à l’étude du dossier médical d’Artaud par André Roumieux et de l’analyse de la correspondance de Ferdière par Laurent Danchin, suivies d’entretiens recueillis en particulier par Jean-Claude Fosse, in Artaud et l’asile, Paris, Séguier, 1996, 2 vols.

[9]Philippe Brenot, Le génie et la folie, en peinture, musique et littérature, Paris, Plon, 1997, pp. 181 et 196.

[10]Aristote, L’homme de génie et la mélancolie, Paris, Editions Rivages, 1988, présentation de J. Pigeaud, p.56.

[11]Platon, Phèdre, 245a, trad. Paul Vicaire, Paris, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1985.

[12]Ibid., 265a.

 

Dans le ciel nous n’avons trouvé ni dieux , ni anges…

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« We’ve inspected the sky inside and outside. No gods or angels were found. » Mayakovsky.

 » Nous avons inspecté le ciel à l’intérieur et à l’extérieur. Ni dieux ni anges n’y  ont été trouvés. » maïakovski.
 

Voici pourquoi il est tenté de substituer le terme de commun à celui de communiste pour éviter d’exproprier le capital

  1. Communs, ce terme a fleuri dans la littérature du PCF ou du moins de sa direction à la recherche d’un modèle qui évite la remise en cause du capital. C’est une vision totalement réactionnaire et qui témoigne bien de la base sociale réelle du parti communiste. Celui-ci a renoncé à la classe ouvrière, aux salariés, aux exploités pour devenir le parti des « doctorants »‘. Un retour aux utopies de 1848, où c’était la révolte des « capacités », celle des artisans comme Proudhon, qui ne voyaient d’avenir que dans le retour vers le passé.Sous couvert d’utopie on préserve la capacité des directions aux petites manoeuvres électoralistes et aux bradages des biens.  C’est l’avenir dans les groupuscules, le capital ne peut que se réjouir de voir le parti communiste finir dans les latrines et il a sans doute placé aux manettes ceux qui accompliront cette tâche à son profit. (autre sens du mot communs) de l’histoire (note de Danielle Bleitrach)
Ressources partagées, gérées collectivement par une communauté, selon des règles et une gouvernance dans le but de préserver et pérenniser cette ressource tout en ayant le droit de l’utilise
 Ne doit pas être confondu avec la notion de bien commun en philosophie ou la notion de biens communs en économie.

Exemple de bibliothèque partagée libre et gratuite, construite par les élèves d’un lycée pour y entreposer des livres librement apportés et librement empruntés (ici en 2016 sur le Port de Saint-Goustan, à Auray dans le Morbihan).

Un commun est un système ouvert avec, au centre, une ou plusieurs ressources partagées, gérées collectivement par une communauté ; celle-ci établit des règles et une gouvernance dans le but de préserver et pérenniser cette ressource tout en ayant le droit de l’utiliser[1]. Ces ressources peuvent être naturelles : une forêt, une rivière ; matérielles : une machine-outil, une maison, une centrale électrique ; immatérielles : une connaissance, un logiciel.

Les communs impliquent que la propriété n’est pas conçue comme une appropriation mais comme un usage[2]. Entre la propriété publique et la propriété privée, les communs forment une troisième voie.

Elinor Ostrom a obtenu un Prix Nobel d’économie pour ses travaux sur les biens communs. Elle parle de faisceaux de droits pour caractériser la propriété commune[3].

Il ne faut pas confondre un « commun » avec un « bien commun ». Un bien commun est quelque chose qui appartient à tous mais qui n’est pas forcément géré comme un commun ; ainsi, « […] l’atmosphère appartient à tous. C’est un « bien commun », mais pour autant ce n’est pas (encore) un commun. Car, malgré les quelques réglementations mises en place, il n’y a pas de gouvernance permettant de gérer les effets de serre et les émissions de CO2[4] »[5].

Wikipédia est parfois cité comme un exemple de commun[4].

Sommaire

HistoireModifier

Le terme « communs » (commons en anglais) dérive du terme juridique anglais traditionnel de la « terre commune » (common lands). Cependant, si les common land étaient probablement possédées collectivement par une entité légale, la couronne ou une personne seule, ils étaient soumis à différentes règles de gestion et d’usage concernant par exemple le pâturage, la chasse, la coupe de bois, de branchages, la collecte de résine, etc.

Le terme « communs » dans la théorie économique moderne en est venu à désigner une ressource naturelle ou culturelle accessible à tous les membres d’une société : air, eau, terres habitables…

L’échec dit de la « tragédie des communs » est une métaphore qui s’est répandue aux débuts des sciences économiques, au xviiie siècle. Les premiers écrivains et scientifiques économistes soutenaient la Révolution Agricole Britannique et les lois de la réforme agraire étaient en faveur d’une propriété unifiée de la terre. Ils tentèrent de se débarrasser des droits d’usage traditionnels des commoners et utilisèrent la tragédie des communs qui se trouva être une métaphore adaptée. Ils citèrent entre autres la polémique d’Aristote contre la Polis de Platon dans le sens où « la propriété de tout le monde n’est la propriété de personne » et respectivement « le bien le plus partagé est le moins gardé ». Le conflit autour de la dissolution des communs traditionnels a joué un rôle clé sur l’aménagement du paysage et les modèles de propriété et d’utilisation coopérative des terres[6].

Plus tard, d’autres économistes, et notamment Elinor Ostrom en travaillant sur la théorie de l’action collective et la gestion des biens communs et des biens publics (matériels ou immatériels), et dans le cadre de la « nouvelle économie institutionnelle », ont montré qu’en réalité depuis la préhistoire de par le monde, de nombreux groupes humains ont réussi à développer des systèmes de gestion collective de ressources pas, peu, difficilement, lentement ou coûteusement renouvelables (terres cultivables, ressources en gibier, en poissons, en bois, et en eau potable ou d’irrigation notamment). E. Ostrom a été en 2009, la première femme à recevoir le « prix Nobel » d’économie (avec Oliver Williamson) « pour son analyse de la gouvernance économique, et en particulier, des biens communs »[7],[8].

 

Marseille, la ville, les traces et l’état d’exception

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Pour ceux qui auront eu la patience d’écouter notre conférence sur Staline à Paris (ils sont plus d’une centaine déjà sur ce blo), vous aurez compris qu’il s’agit de « méthode » pour dégager le passé des strates d’idéologie déposées sur lui. A plusieurs reprises je fais référence aux « traces », ce terme renvoie à quelques théoriciens, Ernst Bloch, Walter benjamin et Carlo Ginzburg. Dans les trois cas, il s’agit de dépasser les discours auxquels se résume trop souvent le politique et de trouver une approche qui témoigne de cette actualité du passé comme le ferment de la lutte des classes d’aujourd’hui.

J’ai commencé mes recherches en sociologie en travaillant sur l’urbanisation et cette approche se situait dans le prolongement de mon mémoire de maîtrise sur l’évolution des mentalités du 11 e au 15e siècle à partir de l’étude des chapiteaux de cloîtres provençaux.

J’ai commencé à travailler sur Marseille, c’est aussi le cas de Walter Benjamin. Il écrit un texte sublime « Faubourgs ». Il décrit le paysage de l’arrière port, du secteur d’Arenc jusqu’à Saint Antoine, mais jugez-en plutôt:

Les murs: La discipline à laquelle ils sont soumis dans cette ville est digne d’admiration. Dans le centre, les meilleurs d’entre eux portent livrée et sont à la solde de la classe dominante.Ils sont recouverts de motifs criards, et se consacrent, plusieurs centaines de fois, sur toute leur longueur, au dernier anis, aux « dames de France », au « chocolat meunier » ou à Dolores Del Rio. Dans les quartiers les plus pauvres, ils sont mobilisés à des fins politiques et leur vastes lettres rouges sont postées, tels des avant-coureurs des gardes rouges devant les chantiers navals et les arsenaux. »

ou encore faubourgs : PLus nous nous éloignons du centre, plus l’atmosphère devient politique. Voici venir les docks, les bassins du port, les entrepots, les cantonnements de la pauvreté, les asiles dispersés de la misère: la banlieue. Les banlieues sont l’état d’exception de la ville…  »

Walter Benjamin emploie ce terme « l’état d’exception » qui n’a rien d’anodin, il l’emprunte à Carl schmitt (1). C’est quelque chose de l’ordre de la dictature. Walter Benjamin dans « sur le concept d’histoire » définit la Révolution comme le véritable état d’exception (l’équivalent de la dictature du prolétariat) et il fait par opposition à tous les « décrets d’urgence » par lesquels sous la République de Weimar, la social démocratie a ouvert le chemin au nazisme. L’Etat d’exception conforte une vision apocalyptique du monde. Dans le paysage urbain de la description des faubourgs prolétariens de Marseille devient un champ de bataille où s’affrontent Etat d’exception ouvrant la porte au nazisme par opportunisme social démocrate et dictarure du prolétariat, révolution, le paysage n’est que siège, tranchées.

Voilà ce que l’on peut attendre d’une lecture des « traces » dans un paysage urbain, mais l’invite de walter benjamin et en général de ceux qui se sont référés au marxisme va plus loin. Elle nous interdit toute nostalgie.

Ce qui va être le terreau du nazisme c’est non seulement l’aspiration à une harmonie perdue, à la célébration de la nature opposée à la décadence actuelle mais aussi une esthétisation de la guerre comme moyen de renouer avec le temps des « dieux » . L’apocalypse de 14-18 et son rejeton sanglant Hitler fut la volonté de célébrer de nouvelles noces avec la nature.

Pour conquérir Walter benjamin, pour recréer l’harmonie, impossible de retourner en arrière, il faut au contraire élargir notre conception de la nature au monde faconnée par l’industrie. La ville et la lecture de ses paysages est une seconde nature, il faut s’égarer dans la modernité, dans la ville comme dans une forêt. Il faut lire ce qui surgit à l’improviste, savoir effacer ses traces comme le recommande Bertolt Brecht, refuser de « déblayer » toutes les expériences accumulées.

(1)Carl Schmitt, théoricien de l’état d’exception rejoint le parti nazi en 1933.