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Archives de Catégorie: URSS. Révolution d’octobre

La RDA par effraction

Pour être minimaliste, l’exposition de l’Institut français de Berlin qui présente un choix de traces (photos, objets) de cette portion d’Allemagne disparue du jour au lendemain il y a près de trente ans n’en fait pas moins sens. Commentée par deux historiens qui se démarquent du discours dominant outre-Rhin sur la RDA, elle donne à penser autant qu’à voir.


DDRDA. Éclats de la RDA. Institut français de Berlin, 211 Kurfürstendamm. Commissaires : Rita Aldendorf-Hübinger et Nicolas Offenstadt. Photographies de Pierre-Jérôme Adjedj. Jusqu’au 31 août.


C’est par ce qu’il en reste, c’est-à-dire pas grand-chose, qu’on entre dans feu la République démocratique allemande. Enterrée par un Helmut Kohl qui vient de disparaître à son tour, la RDA a laissé peu de traces visibles à l’œil nu. On s’est appliqué et on s’applique encore, pour peu qu’elles resurgissent, à les faire disparaître. L’exemple symbolique le plus éclatant fut la destruction consciencieuse du Palast der Republik [1], siège massif de l’ex-Chambre du peuple de RDA sur l’emplacement duquel devrait (re)voir le jour un château de Berlin, tas de ruines en 1945 balayé par la RDA, dont la reconstruction se fait attendre. Cet interminable chantier n’est pas la seule cause de la dévastation de la belle allée Unter der Linden, éventrée en plusieurs endroits depuis des années, mais il ajoute à la défiguration de ce qui fut jadis la vitrine de « Berlin, capitale de la RDA ».

DDRDA Eclats de la RDA, Institut français de Berlin

© Pidji-Photography / Pierre-Jérôme Adjedj

Située sur l’autre artère célèbre, celle de l’Ouest, le Ku’damm, l’exposition de l’Institut français de Berlin s’inscrit dans le prolongement d’une série d’articles publiés tout au long de l’année universitaire dans le journal local de Francfort sur l’Oder (Märkische Oderzeitung). Intitulée « Éclats de la RDA » elle est l’œuvre de deux historiens, l’une allemande, Rita Aldendorf-Hübinger, l’autre, français, Nicolas Offenstadt, enseignants à la Viadrina (université frontalière avec la Pologne). Mués en archéologues urbains, ils ont déniché des traces rebelles à l’effacement : ainsi, dans le lycée Karl Liebknecht de Francfort sur l’Oder, le buste en bronze de ce dernier, réalisé par le sculpteur Theo Balden. Si le lycée a conservé son nom, rien n’indique en revanche de quel buste il s’agit ni qui en est l’auteur… Theo Balden, antifasciste exilé en Grande-Bretagne qui choisit la RDA, est devenu une Unperson.

DDRDA Eclats de la RDA, Institut français de Berlin

© Pidji-Photography / Pierre-Jérôme Adjedj

Rien d’aussi imposant dans l’exposition de l’Institut français. Collées à même le mur, conformément à la volonté du photographe, et hors de tout cadre qui leur aurait attribué un statut contraire à l’esprit de l’exposition, les photographies de Pierre-Jérôme Adjedj ont visé l’anodin à partir duquel « faire parler ces lieux » : des images qui accrochent paradoxalement le regard par leur insignifiance finalement dérangeante. Des photos de friches industrielles, de fragments d’affiches, de carreaux cassés, d’échelles qui ne conduisent nulle part, forment le support de textes distribués sur papier libre recyclé où l’on peut lire des pans d’histoire de la RDA. Ni didactique, ni accusatrice, une histoire qui informe sur ce qu’on entendait par « culture socialiste » aussi bien que sur l’alcoolisme en RDA ou sur des réalisations comme celle de la ville « sortie de rien » et fierté du régime, Eisenhüttenstadt, du temps où l’acier était trempé. Rien à voir avec l’approche d’un « DDR Museum », gros cabinet de curiosités qui attire les touristes le long de la Spree et dont le choix d’objets au design suranné tourne en ridicule à peu de frais la production est-allemande. Peu à avoir également avec les expositions a priori plus sérieuses du Deutsches Historisches Museum sur la RDA qui ont du mal à se départir de l’esprit guerre froide et dans lesquelles l’écrasant mot « dictature » dispense d’explication. Un regard différent qui surprend les Berlinois. Tout du moins ceux qui, en l’absence de publicité (pour l’heure) dans la presse locale, trouvent le chemin de l’Institut français qu’il convient donc de féliciter de cette initiative [2].


  1. Cf. Dominique Treilhou, Palast der Republik. Berlin 2006-2009. Disparition en 3 actes, Zinc, 2010. Ce très beau livre-objet contient l’album de photos de la destruction et le film documentaire également réalisé par l’auteure.
  2. Pour compléter l’exposition, on pourra se reporter au numéro 3 de la revue Mémoires en jeu/Memory at stake (mai 2017) qui comprend un reportage photos intitulé « Was bleibt ? » (« ce qui reste », sous entendu de la RDA, le titre s’inspirant de celui du livre éponyme de Christa Wolf [1990]), où la même démarche a guidé Catherine Laubier et Yves Brochard. Il s’agit de sculptures et d’art mural dans des lieux publics, essentiellement en province, restés intouchés.
P.-S. : Cet article a été rédigé dans le café historique Sibylle, dont l’exposition permanente retrace l’histoire du soulèvement le 17 juin 1953 des bâtisseurs de la Stalinallee, plus tard rebaptisée Karl-Marx-Allee. Fort heureusement placée sous la protection des Monuments historiques, l’austère Karl-Marx-Allee a jusqu’ici échappé à la fièvre destructrice post-communiste. Par sa démesure, elle correspond à la trace la plus révélatrice de l’ancienne RDA et de ses rêves de grandeur. Bizarrement, elle n’est pas sans charme pour qui sait y flâner au sens benjaminien du terme.

Sonia Combe

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On aura tout vu en matière de stupidité historique: Staline aurait été un « productiviste » criminel, selon Paul Aries

Un ami qui lit grand soir m’envoie ceci

Un article qui pourrait t’interesser et te faire bondir!
En tout cas à l’approche de l’anniversaire de la Révolution d’Octobre la scène médiatique est envahie !
https://www.legrandsoir.info/paul-aries-les-reves-de-la-jeu…

je lui réponds ! Pourrais-tu inscrire de ma part le post suivant sur grand soir !
je n’ai qu’une chose à répondre à ce délire hors contexte et réalité, c’est que jamais leur « utopie » anti-productiviste n’aurait résisté à l’assaut des armées nazies et que rarement on vit démonstration bobo aussi éloignée de tout contexte… Quoique l’on pense par ailleurs du dit Staline, heureusement que Staline n’était pas Paul Aries et même Mélenchon, parce que ni moi, ni Kaganovitch -qui s’occupait des Transport et était juif(1)- n’aurions survécu au choc de la deuxième guerre mondiale. Le contexte du socialisme dans un seul pays a été imposé par les adversaires,  c’est celui des 11 millions de morts dont 9 millions de civils dans l’atroce guerre civile dans laquelle les armées blanches encadrées  par 14 puissances dont le France, liguées contre l’URSS, puis surtout le choc de la deuxième guerre mondiale avec ses 26 millions de morts, passer en 20 ans à la modernité par une accélération terrible et nécessaire comme le reconnaissent les Russes aujourd’hui et peut-être également la « guerre froide » où les Etats-Unis avaient été capables de créer Hiroshima, jamais les Soviétiques n’ont eu le choix… Ce  Paul  Aries est risible et malheureusement c’est le genre de connerie avec lesquelles on prétend former des militants anti-impérialistes.. Je vous donne rendez-vous -vous en octobre à la publication de mon livre à paraître chez Delga: intitulé Danielle Bleitrach, 1917-2017, Staline un tyran sanguinaire ou un héros national? Dialogue entre Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop.

je pense que la parution de notre livre s’impose face aux délires sur la décroissance et la récupération trotskiste. Encore que. Trotski était nettement plus réaliste que ses épigones… il m’arrive de me dire qu’il faut le réhabiliter par rapport à l’image désastreuse que donnent de lui certains d’entre eux. Le créateur de l’armée rouge n’était certainement pas un disciple de la décroissance ou de l’autogestion, ni un bobo libéral libertaire… Staline et Kaganovitch non plus…  Mais que venait faire Pierre Zarka dans cette galère ?

(1) pourquoi citer à charge le seul Kaganovitch? Alors que ce n’est pas lui mais quelqu’un d’infiniment plus contestable à savoir Beria qui s’occupait de l’industrialisation?

(Préface de Pierre Zarka, ancien directeur de L’Humanité) (Editions Le Bord de l’eau, septembre 2017, 335 pages, 22 euros) Rencontre avec Paul Ariès Les Zindigné(e )s…
LEGRANDSOIR.INFO
 

Il n’y a pas de révolution sans mobilisation de l’histoire ! Compte-rendu des rencontres communistes de Vénissieux du 30 avril 2016

La Revue Unir les communistes nr 7 reprend diverses interventions du colloque de Vénissieux dont la mienne. Si je choisis de la publier alors que d’autres interventions le mériteraient plus sans doute c’est parce que je crois que cette intervention résume assez bien ce qui m’a poussée à animer ce blog et  à écrire ce livre qui devrait paraître bientôt chez Delga: »1917-2017, Staline, tyran sanguinaire ou héros national?  » Rarement livre fut produit avec autant de difficultés profondes, d’interrogations sur ce qui pouvait bien me pousser à ainsi m’exposer depuis tant d’années à l’incompréhension, les insultes, la solitude. Pourquoi est-ce que je me lançais dans le contexte qui est le nôtre au choix d’un affrontement avec toutes les idées reçues, avec toutes les diffamations ? Un parti tel que celui que nous avions est un outil inouÏ non seulement pour l’emporter, mais pour protéger les militants, sans lui l’individu qui s’obstine à combattre risque non seulement d’être inefficace, mais la proie de tous les sadismes. A cette seule idée j’ai failli renoncer, ne pas publier ce livre dont j’imagine déjà ce à quoi il va me soumettre sans surtout être lu… J’ai déjà vécu tout ça y compris dans mon combat pour Cuba, au lendemain de la chute de l’Union soviétique. Je suis épuisée et gorgée d’injustices, la mauvaise réputation, pour simplement avoir voulu défendre l’héritage des révolutionnaires, pour le transmettre à ceux qui ont à charge de changer le monde, un travail indispensable… Parfois je n’ai plus la force mais si je repars c’est parce que j’ai cette étrange conviction que les choses ne peuvent demeurer en l’état et que le capitalisme est déjà mort, que nous nous débattons au sein de son cadavre en train de pourrir et qu’il faudra bien s’en rendre compte. Voilà j’aimerais bien parfois ne plus me sentir aussi seule (note de Danielle Bleitrach).

par  Danielle Bleitrachpopularité : 20%

Intervention de Danielle Bleitrach, sociologue communiste

Tout a déjà été dit, et fort bien. Je ne peux que dire mon accord plein et entier avec la vaste fresque que vient de brosser Rémy, mais la question qui nous est posée, c’est qu’est ce qu’on fait nous, quelle est notre possibilité d’action, à quoi ça sert un parti communiste. C’est la question que nous nous posons dans cette réunion.

Si je dis que j’ai partagé avec Rémy ce vaste panorama, c’est que nous nous sommes rencontrés au moment d’une grande crise,quand le parti subit l’effet de l’échec, de l’effondrement de l’union soviétique ; on va avoir une situation paradoxale que j’ai résumée quand j’ai essayé de me battre pour Cuba. J’ai dit, ce peuple résiste, ce peuple se bat et Henri Malberg qui n’était pas le pire des hommes m’a dit, Danièle, tu es une romantique, dans 6 mois, ils sont à genoux, et on va encore se prendre ça dans la gueule, laissons-les tomber. C’était comme ca.

Donc, ils m’ont dit, tu es une idéaliste, et tu ne vois pas qu’ils sont complètement irrationnels et ne vois pas la réalité du monde, c’est fini, il faut en prendre notre parti.

Ce que les cubains m’ont enseigné, c’est exactement le contraire. J’ai tout de suite compris une chose à Cuba, que nous avons partagé avec Rémy puisque nous y étions ensemble. J’ai découvert la période spéciale, une situation totalement dramatique où les gens ne savaient pas comment ils allaient manger et ce peuple a tenu bon et a résisté. Ce que j’ai découvert, c’est que quand vous voulez résister, il ne faut pas être idéaliste, il faut être réaliste pour savoir sur quoi s’appuyer exactement, et ce qui cède.

Je n’ai jamais vu des gens aussi conscients, aussi convaincus de la nécessité, convaincu d’être rentrés dans une nouvelle période, sans nostalgie, quand ils se sont retrouvés seuls et ont dit « on continue » Cette attitude a été une des grandes leçons. Comment imaginer qu’un petit îlot perdu qui n’a comme production que le nickel et quelques bananes, balayé par les vents, à 500 kilomètres des USA, peut se dire qu’il est juste de résister et comment le faire partager à tout un peuple, et pourquoi.

A cette époque, quelqu’un que vous connaissez, Michel Vovelle, historien de la révolution française m’a dit quelque chose qui m’a beaucoup frappée « quand les rois reviennent en 1815, la révolution apparaît comme l’échec politique, la terreur et la guillotine, l’échec économique des assignats et maintenant, tout le monde est l’héritier plus ou moins de la révolution française. Tu ne peux connaître la postérité des révolutions avant longtemps… ».

Dans l’esprit de « que peut-on faire », qu’est-ce que ça veut dire d’être communiste dans la période où on est ? Ca ne veut pas dire idéalisme, ça ne veut pas dire nostalgie, mais au contraire avoir une très grande lucidité et comprendre le monde tel qu’il est et pas tel qu’on le rêve. Ce qui apparaît caractéristique, important, c’est que ce qu’on appelle le temps de la chute de l’Union soviétique, c’est un temps relativement court face à la rébellion qui s’installe et qui monte. En 1991 c’est la chute, le monde entier fait le gros dos, c’est la fin. Mais en 1994, c’est la Corée, le Chiapas qui lutte contre l’ALCA et la France en 1995. J’étais au Chiapas et tout le monde me demandait ce qui se passait en France, pourquoi vous aviez lutté, et il y avait un grand mouvement ouvrier en Corée du sud. En dehors, le reste du monde était accablé. Nous avons eu une accélération historique beaucoup plus grande que ce qu’on en croit.

Ce qu’on a décrit depuis tout à l’heure, c’est que les conditions objectives du pourrissement, de l’effondrement du capitalisme sont réunies, mais qu’il manque les conditions subjectives, la prise de conscience par les classes sociales de leur propre rôle. A ce titre, il est évident que ce qu’on nous a présente comme l’échec, ce qu’on nous a rabâché des pays socialistes, pèse d’un poids très lourd.

Je veux évoquer la manière dont les peuples reprennent le désir de lutter. À partir de ce que j’ai vu sur le terrain. Il faut comprendre que les révolutions forment des séquences conscientes. Le lien doit être pris en compte dans l’étude de leur résultat, leurs liens peuvent être positifs ou négatifs. Un historien russe de droite analysant le mouvement contre la loi El Khomri, titrait « la France conservera-t-elle ses « acquis » entre guillemets ». Les commentateurs disaient « pourquoi les acquis entre guillemets », ce sont bien des acquis. Le journaliste de droite concluait, les partis de gauche, les syndicats, tout est délité en France parce que tout reposait sur l’existence de l’URSS. C’est non seulement la révolution bolchevique qui a été atteinte avec la Russie, mais la révolution française elle-même.

C’est un grand débat très vivant en Russie sur le bilan de la révolution d’octobre et très souvent avec la révolution chinoise, dans un débat triangulaire avec la révolution française toujours présente. Si vous connaissez le film Francophonia de Zoukourov qui montrait comment Léningrad et le musée de l’héritage avait été massacré, et disait « alors que vos cousins germains vous ont préservés à Paris et ont été très gentils. Avec nous, ils nous ont fait vivre le drame terrible, l’horreur. Nous voila ce qu’on a eu et vous avez été préservés. On vous aime comme ça, mais vous nous avez eu avec votre révolution, votre Napoléon, nous sommes vos héritiers, vous n’avez pas compris que c’est vous qui avez produit tout ça ». Aujourd’hui avec l’échec de la révolution soviétique, c’est la révolution française qui a été attaquée, et je suis bien d’accord. 
Il faut analyser ce qui se passe avec le Hollandisme triomphant, et derrière, le Mitterrandisme croupissant, la tentative de la social-démocratie d’instaurer à travers l’Europe un modèle alternatif à un socialisme, qui ne pouvait dire son nom et n’était qu’un capitalisme. L’écroulement de l’Europe c’est l’écroulement d’une stratégie de substitution à la révolution bolchevique. Si on reste dans cette idée, il faut regarder les choses en se disant que nous sommes dans la fin de la période historique où le leurre en quelque sorte représenté par l’Europe, a été un modèle de substitution à la révolution contre le capitalisme que représentait l’URSS. Le leurre de substitution, c’est le « socialisme moral » avec Coluche, les restos du coeur et l’antiracisme, et l’autre le mafioteur Tapie. Et on a repris toute l’histoire de France pour vider la Révolution française, avec Furet.

Nous sommes dans cette situation et ce qui me semble déterminant, la crise du capitalisme dans sa forme peut remonter à la crise de la première guerre mondiale avec ce que Lénine nomme l’impérialisme stade suprême, le rôle des monopoles, le partage du monde, la mise en concurrence… On continue avec ces tentatives de survie… mais le passage du féodalisme au capitalisme ça a duré 6 siècles !

Nous sommes dans des périodes de convulsions, devant une situation où le capitalisme et ces élites ne cessent de démontrer l’inutilité de toute révolution, leur caractère nocif, comment y échapper, comment éviter une révolution au moment même où elle pourrait être forte.

J’ai mené un combat que j’ai privilégié (on ne peut pas tout faire), celui de la ré-estimation des révolutions, à contrario de ce qu’on nous disait, l’Union Soviétique, la Chine sans oublier Cuba et aussi la ré-estimation de notre rôle en tant que Français. Ce qu’il faut voir, c’est que d’une certaine mesure l’opération miterrandienne, nous a coupé de la politique, ne nous a pas donné un autre désir, un autre besoin politique, mais nous appris le cynisme, la manipulation. On a devant nous un gouvernement qui culmine dans tous les amateurismes parce que sa seule spécialité c’est de gagner les élections. A Peine Hollande a mis les pieds à l’Élysée, qu’il se pose la question de savoir comment préparer 2017… Ils sont entièrement dans une vie politique qui ne joue que sur les aspects électoraux et néglige complètement ce qui a toujours fait la vie politique pour le peuple Français qui reste un peuple révolutionnaire. On dit qu’un peuple qui a fait la révolution ne l’oublie jamais car il a appris le poids des masses, comment l’intervention des masses faisait l’histoire.

Avec Marianne, on est parti sur les routes, deux vieilles dames (enfin, Marianne a 15 ans de moins que moi !) puisque les jeunes ne le faisaient pas, en Ukraine pour faire parler les gens de ce qu’ils ont vécu, de la manière subjective d’avoir vécu la révolution et ce qu’on a en retiré n’a rien à voir.

Le grand élément, c’est la stabilité. Quelqu’un qui faisait des études avait un bon boulot. Les prix baissaient. Il y avait plus, et on le mesure mal, toute une réflexion qu’on retrouve chez les poètes, les écrivains, une vie plus riche, pleine d’intérêt, de choses d’avenir, de perspectives, tout ce dont notre jeunesse manque.

Il ne s’agit pas de faire un tableau idyllique vous n’y croiriez pas, vous avez été tellement rompu depuis 20 ans avec la catastrophe ? Quand un jeune adhère au Parti, qu’est ce qu’on lui dit ? L’URSS ? une catastrophe, la Chine ? une dictature capitaliste, Cuba ? le parti unique… qu’est ce qu’il reste ? Des phrases creuses, de grandes idées d’une espèce de christianisme mal assimilé, mais rien à proposer. On n’ose plus parler de nationalisations, et pas seulement pour celles de l’URSS, mais aussi la caricature de celles de Mitterrand.

Il y a un combat pour l’Histoire, il n’y a pas de révolution, pas de changement politique sans mobilisation de l’Histoire. Même quand Mitterrand nous fait le numéro de ce modèle alternatif européen, il fait le coup du Panthéon, quand Hollande va au Panthéon, il met tout sauf des communistes, pour démolir l’Histoire, pour enlever le ferment révolutionnaire.

Malheureusement nous avons un Parti communiste qui s’est plié à cette opération.
La question principale n’est pas d’être dedans ou dehors du Parti. Je refuse de parler des divisions, je vous ai tous connus à l’intérieur du Parti, mais j’ai choisi de retourner au Parti pour une raison très simple, l’expérience du PC Italien. Il avait un électeur sur trois. Quand la droite a pris la direction du Parti, des communistes sont partis qui ont prétendu faire des partis mais tous ont fait la même chose.

Il y avait de tout dans le PCF, des syndicalistes révolutionnaires, des républicains de progrès… mais ils avaient une ligne commune, qui permettait de tenir des gens qui n’avaient rien à faire ensemble parce qu’ils étaient héritiers de temps divers.
Ce n’est pas une affaire de rentrer au parti, c’est même de la publicité mensongère, mais j’y resterai jusqu’à la fin parce que c’est mon choix, mais ce n’est pas important. L’important c’est de fabriquer ensemble pour redonner aux jeunes générations, ce sens de la nécessité d’un parti communiste, des révolutions parce qu’on est face à la nécessité de la fin capitalisme.

 

Premier septembre, rentrée scolaire en Russie

 

Ecole primaire dans le village abandonné d’Ouchakovskoe sur l’île Wrangel (Arctique, district autonome de la Tchoukotka). Station arctique dans les années 1920, le village s’est peuplé à partir de la fin des années 20 (le premier enfant est né dans le village en 1928). Les habitants (russes et inuits) étaient des géologues, météorologues, scientifiques divers, gardes-frontières, chasseurs ou éleveurs de rennes (qui avaient été amenés là). A la fin des années 70, le village avait une soixantaine d’habitants et disposait d’une école avec internat, d’une crèche, d’un cinéma, d’une cantine pour les employés. A la fin de l’URSS, les activités du village ont cessé faute de financement. L’île n’a plus été desservie par bateau en 1994 (seulement par hélicoptère). La plupart des habitants sont revenus sur le continent. En 1997, il a été décidé de déplacer les habitants restant vers le continent. Quelques irréductibles ont refusé. En 2003, celui qui était considéré comme le dernier habitant du village a été tué par un ours polaire. En 2011, au cours d’une expédition, un habitant restant a été découvert, il s’agit du chaman Gregory Kaourgine (qui prétend craindre la civilisation moderne bien plus que les ours polaires)

Non seulement comme nous l’avons vu dans un sujet hier, un tiers des parents est obligé de s’endetter pour payer les fournitures scolaires des enfants en général dans les villes mais la situation dans les campagnes est encore plus catastrophique, comme le dit Ziouganov, le secrétaire du parti communiste de la fédération de Russie, chez qui c’est un thème récurrent, 80% des terres agricoles russes sont désormais en jachère. Avec la fin de l’Union soviétique et la période de désordre et de pillage qui a suivi, ce qui est décrit dans ce village désormais abandonné d’Ouchakovskoe s’est multiplié. Les anciens kolkhozes à l’abandon, l’invasion des produits venant de l’occident, l’économie de rente gazière et pétrolière au profit des oligarques s’est étendue. Si l’ère Poutine a correspondu à un frein de cette destruction, la question se pose aujourd’hui: peut-il y avoir une véritable reconstruction du pays alors que le pillage des oligarques se poursuit?

Prenant acte des difficultés de la rentrée scolaire Dimitry Novikov, le vice-président du Comité central a déclaré:

31 août 2017 Parti communiste
Dmitry Novikov: Seul le programme du Parti communiste assurera une vie décente pour les travailleurs

Mercredi, les médias ont rapporté que trois fois plus de  Russes se sont endettés par rapport à l’année précédente, et ont demandé aux institutions de microfinance des prêts pour l’achat de fournitures scolaires. Selon le vice-président du Comité central du FCRP Dmitri Novikov, cette situation fait que le 1 septembre au retour des vacances plus nombreux sont ceux qui s’endettent

« Cette tendance démontre clairement que maintenir un enfant à l’école sans l’utilisation des fonds empruntés est de plus en plus difficile à chaque année qui passe – a dit  Dimitri Novikov. – Il est stupéfiant  que le 1er Septembre  qui pour de nombreuses familles russes est le jour férié où est célébrée la lumière des connaissances necessite de solliciter un prêt. Selon les dernières données compilées auprès des  parents d’enfants scolarisés, cette insertion coûte environ 6-15000 roubles dans les régions et 20-30 mille roubles à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Pour beaucoup, c’est une partie importante du budget de la famille ».

Dmitry Novikov estime que l’augmentation de la charge de crédit est un cercle vicieux, dont il n’est possible de sortir qu’en changeant la politique socio-économique du pays.

« L’augmentation rapide du nombre de prêts survient au moment où le niveau de vie connaît une baisse constante, – a déclaré Dimitry Novikov. – Les revenus réels des citoyens russes ont diminué de 19,2% au cours des 3 dernières années.  En conséquence, la majorité des travailleurs ordinaires arrive à peine à joindre les deux bouts. Ils sont souvent incapables de se procurer de la nourriture nécessaire, sans parler des coûts plus importants, y compris l’achat d’uniformes scolaires et de la papeterie. Dans de telles circonstances, la hausse de la charge de crédit est un cercle vicieux, dont il n’est possible de sortir qu’en changeant la politique socio-économique du pays ».

Dmitry Novikov a attiré l’attention sur la différence croissante entre les revenus des riches et pauvres.

« En outre, ce qui exacerbe les tensions sociales en Russie, c’est le gouffre par rapport aux autres pays, de la différence entre les revenus des riches et pauvres: entre les mains de 10% de la population est concentrée 90% de la richesse du pays. La répartition inégale des revenus existe depuis plusieurs années dans l’économie nationale. Cependant, le renforcement de la crise a aggravé la situation et surtout  la situation de ceux qui déjà vacillaient au bord de la pauvreté. Par conséquent, même le maintien de l’enfant à l’école implique des dépenses exorbitantes et la servitude du crédit « , – a déclaré le parlementaire.

Selon Dmitry Novikov, seul le programme du Parti communiste « … assurera une vie décente pour les travailleurs. »

« Le programme du Parti communiste, » s’appuie sur 10 étapes pour un plan pour faire face à l’état actuel des choses et assurer une vie décente pour les travailleurs, – a déclaré Dmitry Novikov. – La nationalisation des industries clés, l’introduction d’un impôt progressif, l’augmentation des dépenses budgétaires pour la sphère sociale, la restauration de l’industrie et l’agriculture ouvrira la voie à la relance de la Russie et l’amélioration du bien-être de son peuple ».

 

 

Conclusion qui n’en est pas une à la question du livre »: Staline, tyran sanguinaire ou héros national

J’avais publié la conclusion, puis j’y ai fait une importante correction donc je me suis dit qu’il valait mieux ne pas publier avant que le livre soit imprimé. Trop tard, l’article avait été repris par des amis, donc voici la conclusion qui n’en est pas une puisqu’il s’agit d’un appel au débat autour des stratégies révolutionnaires… (note de Danielle Bleitrach)

Première constatation : ce dialogue entre un jeune journaliste et une sociologue moins jeune, entre deux personnes  qui n’ont pas la même histoire, qui ne parlent pas la même langue, qui a priori n’adhèrent pas aux mêmes convictions, qu’est-ce qui l’a rendu possible, mis à part le talent de Marianne qui est une virtuose de l’interprétation ? Sans doute une certaine bienveillance et une vive curiosité l’un à l’égard de l’autre.

Le fait que nous ayons pu, lui et moi avoir un dialogue, que ce dialogue ait pu être retranscrit sans contresens est un encouragement à poursuivre la réflexion. Nous posons plus de questions, le lecteur l’aura compris, que nous n’apportons de réponses. Nous avons tenté tout au long de ce texte de dégager des pistes de recherche à approfondir pour mesurer cent ans après la véritable postérité de l’Union soviétique. Y compris en l’abordant à partir de ce qui est utilisé pour la déconsidérer et pour nier son apport réel au plan international comme à celui du pays où cette expérience extraordinaire est apparue.

Après des années, voire des décennies durant lesquelles l’Histoire de l’époque dite stalinienne, celle de l’URSS, a été recouverte par un véritable négationnisme historique, j’ai tenté de retrouver l’atmosphère qui était celle de mon adhésion au parti communiste français. La « déstalinisation », la publication du rapport Khrouchtchev avait eu lieu, mais si on noircissait déjà le personnage de Staline, selon cette logique, c’était pour mieux sauver le communisme. Il suffit de relire ce qu’écrivait en 1960, Emmanuel d’Astier dans un livre intitulé Sur Staline ou l’on voit se mettre en place une noire légende : « Staline, personnage shakespearien est à la fois Bolingbroke- Richard II et Macbeth. Mais l’atrocité des rois,- du Roi Jean au Roi Richard III- ne débouche sur rien et n’a d’objet que l’exercice et la satisfaction du pouvoir. L’atrocité stalinienne garde pour objet le communisme. Elle laisse en place un système qui, débarrassé de sa cruauté et de son schématisme, de l’idolâtrie et des dogmes, de leur contrainte, pourrait élever la condition humaine plus certainement que ne l’a fait un siècle de capitalisme, marqué par les grandes guerres, le désordre économique, un accroissement de la multitude sous développée sur une terre enrichie par les progrès de la science et de la technique » (1)

Peut-être ce texte explique-t-il les raisons pour lesquelles comme la plupart des communistes de ma génération, je n’avais pas à être stalinienne, au contraire, le rapport Khrouchtchev nous avait fabriqué  un héros shakespearien qui représentait tout ce dont nous devions nous débarrasser pour aller vers l’idéal communiste.  C’était moins évident pour la génération issue de la résistance, mon mari en représentait bien les ambiguïtés. Il me racontait comment à Dachau, où il avait été déporté après avoir été torturé par la gestapo, après organisé la révolte de la centrale d’Eysses,  la manière dont les soldats soviétiques pendus par les nazis du camp se jetaient eux-mêmes dans le licol en criant « Vive Staline », alors que dans le même temps, toujours discipliné et sincèrement démocrate, il s’indignait devant la moindre répression dans le camp socialiste.

La question du stalinisme n’a commencé à me préoccuper qu’à la chute de l’Union soviétique et j’ai entamé mes pérégrinations autour du monde. Cuba fut le lieu où je retrouvais les raisons de mon adhésion. Là, l’attitude de Khrouchtchev, son fameux rapport, donnait lieu à d’autres débats et ce dès le début de la Révolution. Fidel et le Che quand ils se rencontrèrent dans l’exil mexicain ne cessaient d’en parler et de s’interroger sur le bien fondé des critiques. Je sortais de la mythologie du héros shakespearien pour aborder la complexité de l’instauration du socialisme dans un monde dominé par l’impérialisme des Etats-Unis et de ses alliés. Ici pas de plan Marshall mais la torture du blocus. Je découvrais En Amérique latine, des dictatures sanglantes imposées sous couvert de défendre la démocratie, celles qui m’avaient fait pleurer à la mort d’Allende.  Mais demeurait en moi l’idée d’un système soviétique qui n’avait pas trouvé un seul défenseur lors  de son effondrement. Quand mes amis cubains disaient de Gorbatchev : « hijo de puta », je leur rétorquais : « il est bien faible le communisme qu’un hijo de puta peut détruire ! » Ce fut tardivement, en 2008, avec la crise en Géorgie et en Ossétie que je découvris que loin d’avoir accepté l’instauration du capitalisme, les soviétiques s’étaient révoltés, avaient beaucoup souffert, en particulier dans mon cher Tadjikistan.  Ce fut à ce moment-là que je rencontrais Marianne et que celle-ci m’aida à connaître une autre réalité. Celle qui aujourd’hui me permet de dialoguer avec le jeune rédacteur en chef de cette revue, tout en n’étant pas en capacité d’aller plus loin dans mon analyse.

Pourtant certains lecteurs, toujours les mêmes seront convaincus que j’ai apporté pour ne pas dire imposé mes « réponses », mes convictions. Sans doute les questions les dérangent-ils. Alors, quoi de plus simple pour ne pas lire que de caricaturer : « Danielle Bleitrach est une incorrigible stalinienne ». Soit à conclure : « Vous savez donc d’avance ce qu’elle dit, inutile d’aller plus loin et de vous creuser la tête. Ainsi aujourd’hui encore, prétendre seulement parler du stalinisme en s’interrogeant sur la nature de ce moment de l’URSS, c’est s’exposer à toutes les accusations, à toutes les stigmatisations.

Pourtant le stalinisme n’est pas perçu de la même manière à Kazan qu’à Paris. Que dire alors des zones du pays où les communistes demeurent fortement implantés ?

Les réponses que nous avons eues à nos questions le prouvent : les Russes, les peuples soviétiques et ceux des pays dits de l’Est n’ont pas la même opinion que nous.

Il y a un mythe un de plus à dénoncer vigoureusement, ce serait celui d’un pouvoir actuel, celui des oligarques, qui prônerait Staline, voir interdirait et emprisonnerait ceux qui veulent dénoncer ses crimes. Quand certains intellectuels subissent une répression nos médias ont tendance à mettre en avant leur dénonciation du stalinisme. Le problème est plutôt la manière dont dans ce nouvel épisode de la guerre froide ouvert avec la situation en Ukraine, les sanctions, la pression de l’OTAN,  la collaboration réelle ou supposée avec la CIA donne lieu à une surveillance accrue, du personnel d’ambassade des Etats-Unis à certaines ONG et à leurs militants. Poutine entretient une certaine ambiguïté, mais il est le seul dans un camp libéral, y compris celui de son premier ministre à donner cette image. Poutine représente un courant d’un capitalisme national qui tente d’intégrer l’Eglise orthodoxe, l’héroïsme de la guerre patriotique dans une recherche de stabilité pour la Russie. Ses références à l’Union soviétique, à son père communiste et héros à Leningrad, ne sont pas de sa part le résultat d’une volonté d’imposer l’apologie de Staline et du communisme, mais bien plutôt de la nécessité pour lui de tenir compte de son opinion publique. L’offensive des tenants du capitalisme au pouvoir est à peu près équivalente à celle que nous connaissons en Europe. La popularité dont jouissent Staline et l’Union soviétique n’est en rien entretenue par le pouvoir et les nombreuses initiatives d’installation de plaques ou mêmes statues sont le produit de décisions privées ou locales.

Ce qui fait la différence entre les Russes et plus généralement les peuples de l’ex-Union soviétique et nous c’est que cette Révolution est leur œuvre. Elle participe de leur histoire, de leur identité d’aujourd’hui. Et il est clair que la contre révolution, le retour à l’ordre capitaliste ou plutôt les désordres de l’oligarchie ont créé les conditions d’une nouvelle popularité de Lénine et surtout de Staline perçus l’un et l’autre comme des hommes capables de renverser les possédants et de mettre un terme à leurs injustices.  Mais la référence à l’Union soviétique et singulièrement à Staline est aussi référence à une continuité d’une nation multiethnique, d’hommes et de femmes qui ont combattu, ensemble pour leur survie face à l’envahisseur, gage paradoxal de stabilité. Et c’est peut-être cette aspiration à la stabilité après les désordres et les profondes déstabilisations  de la fin de l’Union soviétique qui explique la popularité de Staline, qui, essentiellement à travers la grande guerre patriotique, est le fondateur de la nation. A ce titre le contexte actuel, l’affaire de la Crimée qui a eu un grand écho parce que les Russes ont découvert l’OTAN à leur porte et la menace à nouveau de guerre mondiale, explique le fait que Staline est pour une grande partie d’entre eux le plus grand homme de tous les temps, et que sa répression soit minorée. Enfin c’est une hypothèse à approfondir.

Cette unité profonde entre les peuples soviétiques, alors unis, et Staline  a été décrite par De Gaulle dans ses Mémoires:

« Sa chance fut qu’il ait trouvé un peuple à ce point vivant et patient que la pire des servitudes ne le paralysait pas, une terre pleine de ressources que les plus affreux gaspillages ne pouvait pas les tarir, des alliés sans lesquels il n’eut pas vaincu l’adversaire mais qui, sans lui, ne l’eussent point abattu.
Pendant les quinze heures que durèrent au total mes entretiens avec Staline, j’aperçus sa politique, grandiose et dissimulée. Communiste habillé en maréchal, dictateur tapi dans sa ruse, conquérant à l’air bonhomme, il s’appliquait à donner le change. Mais, si âpre était sa passion qu’elle transparaissait souvent, non sans une sorte de charme ténébreux
 ».

De Gaulle est un homme de droite et son combat contre Hitler ne doit pas nous faire oublier son anticommunisme foncier, fait prisonnier lors de la première guerre mondiale, puis porte plume de Pétain, son premier poste de combat fut celui d’un organisateur de soutien aux blancs dans la guerre civile. Il sait apprécier les hommes mais tout l’oppose à Staline, pourtant cet homme épris de grandeur nationale ressent la force de ce lien d’un dirigeant avec son peuple, une histoire.

Tous ceux qui à cette époque jugent Staline, certes notent à quel point il n’a pas le brillant et l’art de convaincre les masses de Trotski, mais on est loin du portrait d’un individu brutal et stupide, il a une pensée qui se traduit en actes. Chaque action renforce son influence sur tous et il sait constituer des équipes soudées, comme il parait savoir à chaque moment où en est son pays. A la fin de la guerre dont il ressort auréolé et malheureusement idolâtré, alors qu’il y a eu 26 millions de morts qui s’ajoutent aux 11 millions de la guerre civile, que le pays est aux deux tiers dévasté , la menace d’une nouvelle croisade des pays impérialistes ne peut pas être évacuée, est ce que l’Union soviétique, son peuple a la force d’accélérer encore pour reconstruire, se développer et le faire en éliminant « la contamination idéologique » ? Il faut encore écrire une page d’histoire terrible, celle de ce glacis de peuples à qui le socialisme a été imposé comme un châtiment, tandis que les Etats-Unis et leurs alliés soutiennent les trônes branlants quand ce ne sont pas les anciens alliés des nazis qui sont reconvertis en porte-voix de la liberté.  Toutes cette histoire reste à réécrire et l’on ne saurait pour conforter les manœuvres actuelles de l’OTAN se contenter de celle qui nous est contée par nos médias, jour après jour.

Les travaux des chercheurs, en particulier ceux des Anglo-saxons remettent également en cause la caricature du stalinisme qui est l’aliment ordinaire de nos médias et de notre monde politique. C’est en fait toute une conception de la Révolution qui nous a été imposée pour des raisons exclusivement politiciennes.  Nous avons montré combien un ouvrage qui instruit à charge comme  La cour du tsar rouge  de Simon Sebag Montefiore ne dit pas toujours la doxa et par exemple met à mal l’idée que le stalinisme serait le triomphe d’une nouvelle bourgeoisie, d’une « bureaucratie » contrerévolutionnaire qui aurait freiné l’élan de 1917.  La Révolution peut toujours être décrite comme une lutte de factions, transformées en une nouvelle « cour ». Il n’en demeure pas moins que sous le stalinisme, une nouvelle classe de possédants n’est pas apparue et que celle-ci pour commencer son accumulation a eu besoin de la destruction de l’appareil d’Etat soviétique entamée par Gorbatchev et surtout Eltsine son successeur et que ce gangstérisme local a pris toute son ampleur d’accumulation capitaliste par l’intervention directe des monopoles financiarisés et de leurs gouvernements occidentaux, à commencer par leurs bras armés, l’OTAN, la CIA et les Etats-Unis. Les conditions  de cette décomposition du socialisme doivent être étudiées et on sait que la Chine y consacre beaucoup de moyens.

Ces luttes de factions peuvent être un temps dominé par un homme fort qui est aussi un incorruptible représentant la forme la plus poussée de refus de compromission avec l’ancien régime. C’est ce qui s’est produit avec la Révolution française où Robespierre, qui a su créer autour de lui un pouvoir collectif refusant tout accommodement avec la féodalité, l’incorruptible en est présenté comme l’expression tyrannique.

Mais l’important est aussi que dans la Révolution française, Robespierre marque le point de non retour. Il pourra être décapité. Les rois pourront revenir, la contre-révolution paraîtra triompher, mais dans les faits à travers lui la féodalité est morte. Metternich ne s’y trompera pas qui verra en Napoléon comme il le dit : « Robespierre plus la grande armée ». Robespierre est celui qui maîtrise le mieux les luttes de faction jusqu’à ce qu’il succombe et qu’il ait gagné parce qu’il est celui qui s’est montré le plus résolu dans son refus de l’ancien régime et dans sa manière de défendre dans l’ordre bourgeois qui s’instaure la revendication égalitaire qui en est le dépassement. Il est non seulement le symbole d’un franchissement, d’un dépassement de l’ordre ancien, mais bien du fait que celui-ci est collectif et que c’est tout un peuple, des générations qui accèdent à une dynamique sociale qui leur donne des opportunités, des droite dans un cadre national créé de toute pièce et dont nous sommes toujours les héritiers. Si l’on reprend la thèse quasi messianique de Walter Benjamin sur l’ange de l’histoire qui avance à reculons poussé par le vent qui enfle ses ailes et tentant de ramasser les vaincus, il y a là un sens de l’histoire inconnu au moins partiellement de ceux qui prétendent la faire. Alors même que l’inspiration marxiste se veut analyse scientifique. Mais il n’y a pas là y compris chez Marx une véritable opposition dont les deux références sont Spartacus, la révolte des esclaves et Kepler, l’astronome qui découvrit le mouvement des étoiles.  L’allégorie de Benjamin revient à affirmer que la révolution à venir est grosse des aspirations qui n’ont pu être réalisées. Cette remarque nous confronte avec la dernière caractéristique de ce type de pouvoir. Cet héritage des aspirations non assouvies accompagne le refus de tout accommodement avec l’ordre ancien, la fondation d’une nation, une dynamique sociale irrésistible dont la société est toujours l’héritière même en cas de contre-révolution, ce qui est stabilité alors même que le principe espérance est là, une dialectique toujours en devenir.

Staline demeure-t-il, en particulier pour les Russes, une des figures qui manifestent la fin de l’ordre tsariste et le passage nécessaire donc possible à une autre société ?  L’histoire de ces personnages paraît se dérouler dans un temps très court et dans le même temps celui de toute une génération, celui d’un paroxysme, une terreur des petits sur les possédants, et on peut à ce propos reprendre la démonstration  que le  Professeur  Luciano Canfora de l’Université de Bari a fait  dans une conférence  à propos de Spartacus tel que l’analysent Mommsen et Marx, ce dernier le comparant à Garibaldi pour lequel il a du mépris.

« Marx suit Mommsen avec beaucoup de curiosité, bien plus que ce qu’il voudrait montrer ; je crois que, malgré les critiques qu’il lui destine dans le Ier livre du Capital, il l’estimait beaucoup. Il y a une autre lettre à Engels, où il écrivait : « as-tu entendu parler de la nouvelle Histoire romaine de Mommsen ? Il paraît que c’est un excellent livre ; apporte-le moi ». Engels le lui procura, et cette lecture a évidemment influencé Marx. « Spartacus – écrit-il donc – a été vraiment un grand général (pas comme Garibaldi) ». Je crois que ce jugement est dû à l’antipathie envers Garibaldi que Marx nourrissait. Lorsque Garibaldi alla à Londres, il se passa des choses extravagantes, la reine Victoria dit que le peuple anglais était devenu fou, Marx dit qu’il y avait eu une scène de folie collective. Il n’avait aucune sympathie pour lui, cela est sûr ; mais il y a peut-être un élément en plus, à savoir la manière de conduire la campagne des Mille, qui sont eux aussi des irréguliers, qui ensuite se constituent en armée, mais à la fin ils s’offrent au pouvoir de l’Etat. C’est exactement le contraire de ce que fait Spartacus. Par conséquent pour Marx, Garibaldi est un chef de guérilla raté, tandis que Spartacus est un grand chef de guérilla. »

Les pseudos anti-staliniens et vrais censeurs de toutes obédiences  tentent d’empêcher que soit menée la réflexion collective, ils l’ont appauvrie jusqu’à la sclérose dans le conformisme. Dans le fond, ils ont agi envers ceux qui posaient la question du pouvoir révolutionnaire, avec toute la bigoterie du monde, exactement selon le programme que Mussolini définissait par rapport à Gramsci: » l’empêcher de penser. » Parce ce qui était en cause était une autre idée de la révolution, celle des formidables opportunités qu’elle offre non seulement aux classes dominées mais à des talents individuels qui ne demandent qu’à s’épanouir. C’est toujours vrai… Mais faute d’avoir défendu cette vision, ils ont produit une jeunesse sans espérance ou avec des illusions mortifère sur la nature de l’adversaire.

En outre, ils ont interdit de comprendre ce qu’avait été l’histoire de l’URSS, la manière dont le stalinisme n’en constitue qu’un moment limité dans le temps, même s’il est celui de ce dépassement, de ce non retour en arrière à marche forcée. La totalité de ceux dont nous avons recueilli les avis n’ont jamais vécu cette période révolutionnaire exceptionnelle, elle est pour eux de l’ordre de l’Histoire. Leur mémoire est marquée par les épisodes qu’ils ont connus de la vie en Union soviétique, peut-être y aurait-il dans la considération de cette périodisation  l’intérêt d’une meilleure compréhension de ceux qui ont cru voir dans la chute de l’Union soviétique, en général une jeunesse aisée, l’occasion d’une révolution qui serait la leur, une sorte de vision soixante-huitarde qui a aussi pesé sur ceux de ma génération et consacré pour un temps le triomphe de la social démocratie libérale libertaire.

Ce temps est révolu.

(1) Emmanuel D’astier, sur Staline, 10/181960

(2) Organisé par l’Istituto italiano di cultura en collaboration avec Université de Luxembourg et le CCR en juin 2017.

 

 

Qui a gagné la guerre froide?

l’auteur de l’article rendant compte d’un livre plus ou moins iconoclaste sur la guerre froide et les illusions que sa fin a entretenu sur la vision impérialiste américaine, a le mérite d’inviter à repenser toute la période considérée.  Même si l’auteur finit par proclamer avec Gorbatchev: « Nous avons tous perdu la guerre froide », pour le moment les Etats-Unis passeraient de l’illusion impérialiste à l’illusion protectionniste de Trump pour mieux conforter leur messianisme. Une estimation de cette histoire non idéologisée est-elle concevable alors qu’elle est nécessaire. On peut en douter au moment où commence à surgir la conscience d’une défaite face à laquelle les solutions manquent pour maintenir le système en place (note  et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société)

Le président Eisenhower visite le président de la République de Chine Chiang Kai-shek et madame Chiang à Taipei, à Taiwan. Juin 1960. On retrouve également l'ambassadeur des États-Unis en République de Chine Everett Drumright

Une ligne droite peut être tirée depuis l’idée que la course aux armements de Ronald Reagan et la rhétorique agressive ont mis fin à la guerre froide jusqu’au au fantasme que les États-Unis pourraient reconstruire le Moyen-Orient.

27 août 2017

http://nationalinterest.org/feature/who-won-the-cold-war-22065

Odd Arne Westad, The Cold War: Une histoire mondiale (New York: Basic Books, 2017), 720 p. 100, 35,00 $.

En 2005, l’historien de Yale, John Lewis Gaddis, a publié son livre The Cold War: A New History. Du New York Times aux Affaires étrangères se sont alors multipliées les critiques les plus enthousiastes. Parmi les quelques dissidents, il y avait Tony Judt, un historien de l’Université de New York décédé en 2010. Judt s’était opposé à la guerre d’Irak, alors que tant d’autres intellectuels – y compris Gaddis – avaient approuvé les illusions sur le fait que George W. Bush pourrait démocratiser le Moyen-Orient. En 2005, ces fantasmes ont été discrédités par les événements en Mésopotamie (bien que Gaddis n’ait pas été encensé, quand il avait argué de l’ intérêt américain en 2008 que l’objectif principal de la politique étrangère américaine devrait être de «mettre fin à la tyrannie»).

Dans la New York Review of Books, Judt a soutenu que « John Lewis Gaddis a écrit une histoire de la guerre froide de l’Amérique: telle qu’on la voyait de l’Amérique, comme on la connaissait en Amérique, et elle était faite pour être très agréable à beaucoup de lecteurs américains ». Les travaux avaient été écrits durant la guerre froide, Gaddis est devenu un triomphaliste américain une fois que le mur de Berlin s’est effondré. Il avait relativement peu compris l’expérience soviétique et, de manière flagrante, ne semblait pas se soucier de l’énorme dégât causé par les deux superpuissances pour ce qu’on appelait alors le tiers monde. Le résultat, selon Judt, était que la guerre froide était «une histoire qui restait encore à raconter».

Avec le nouveau livre de Odd Arne Westad, l’histoire est maintenant racontée. Westad est le co-auteur de plusieurs livres sur la guerre froide, ainsi que le co-éditeur de l’Histoire de Cambridge en trois volumes de la guerre froide. Il a également écrit The Global Cold War: Third World Interventions and the Making of Our Times, qui a remporté le Prix Bancroft. Comme l’indique son titre, The Global Cold War suggère que la guerre froide était un conflit global qui traversait des régions bien au-delà des frontières des deux superpuissances.

Son nouveau livre intègre cette approche sur le monde en développement avec un intérêt plus traditionnel sur les grandes puissances. Il s’adresse à un public moyen plutôt qu’à un public universitaire, avec beaucoup moins de notes de bas de page ou de recherche archivistique que ses travaux antérieurs. La guerre froide: une histoire mondiale est racontée chronologiquement, mais contrairement à la plupart des livres sur le sujet, elle commence par la bonne période.

LE PREMIER livre incontournable de réputation sur la guerre écrit du point de vue du mur de Berlin était la Guerre froide de Martin Walker, publiée en 1994. Comme tant d’autres à venir, il a commencé par l’analyse de la dissension dans les rangs alliés à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En commençant par une période antérieure, Westad dépasse cette approche. Il peut alors attirer l’attention sur les sources idéologiques de l’hostilité, qui commence par l’interprétation de Lénine du communisme, qui donnait la priorité à la révolution mondiale et à l’antagonisme avec le monde non-communiste. « La guerre froide est née des transformations mondiales de la fin du XIXe siècle et a été enterrée à la suite de changements extrêmement rapides cent ans plus tard », écrit-il. Ces changements comprennent la décolonisation, l’ascension des États-Unis à la puissance mondiale et le déclin progressif du socialisme scientifique, ainsi que les deux guerres mondiales. « La Grande Guerre a initié les destinées des deux futures Super puissances de la Guerre Froide.

Il est donc tout à fait possible que la guerre froide soit réduite en importance par les historiens futurs, qui, de leur point de vue, attacheront plus d’importance aux origines du pouvoir économique asiatique, au début de l’exploration spatiale ou à l’éradication de la variole.

Westad de là décrit toutes les étapes sur le chemin de l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Des chapitres distincts examinent l’Inde, la Chine, le Moyen-Orient et l’Amérique latine, ainsi que des résumés de la diplomatie de Richard Nixon et des règnes de Kennedy, Brejnev et Gorbatchev. Qu’il parvient à faire tout cela de manière largement séquentielle est doublement impressionnant.

La guerre froide témoigne de toute une vie de recherche et de réflexion sur le sujet. Des idées convaincantes et des idées précieuses apparaissent fréquemment, telles que: «Malgré leur attrait à l’échelle mondiale, ni le système soviétique ni le système américain n’ont jamais été reproduits ailleurs.» Ou l’explication de l’appel du communisme au Vietnam: «Une raison, ironiquement, a été l’intégration des élites vietnamiennes dans la culture et l’éducation française, c’est de là que la génération d’après 1914 a tiré la radicalisation qui prévalait aussi chez les jeunes français. » Ou : « En Asie comme en Europe, la politique américaine au début de la guerre froide était plus orientée vers l’expansion du capitalisme en tant que tel que vers une préservation unique de l’avantage économique national des États-Unis ou des intérêts de sociétés américaines spécifiques « .

L’évaluation de Westad est qu’une sorte de conflit entre les États-Unis et l’Union soviétique était inévitable une fois que l’ennemi commun de l’Allemagne nazie a été anéanti. «Les dirigeants des deux pays se sont vus comme des  adversaires à partir de la Révolution russe de 1917 et, dans certains cas, avant cela», écrit-il. En adoptant une approche  mesurée tout au long du livre, Westad attribue le blâme pour le conflit aux deux parties, mais pas en s’appuyant sur des distinctions morales. La détermination de Staline à établir son contrôle en Europe de l’Est, en particulier en Pologne, a largement contribué à l’établissement de  bonnes relations entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. Mais, écrit-il, «ce fut un confinement qui a créé un conflit de l’après-guerre dans une guerre froide». Les États-Unis ne voulaient pas accorder aux Soviétiques une sphère d’influence traditionnelle, Encore moins les voir comme un pouvoir égal au leur qui mériterait un respect proportionnel. Vu en  2017, il pourrait sembler absurde que tant d’Européens, même en Angleterre, considèrent l’Union soviétique avec admiration et gratitude. Mais, bien que beaucoup d’Américains aiment à l’oublier, c’était l’Armée rouge qui «a déchiré ses tripes sur la machine militaire allemande», dans la phrase colorée de Winston Churchill.

Westad attribue à Truman l’échec  pour avoir refusé ou avoir été  incapable de poursuivre  la politique amicale de Franklin Roosevelt à l’égard de l’URSS. Staline aurait pu développer sa paranoïa en  politique étrangère indépendamment du comportement de Truman, reconnait-il. « Mais l’intensité du conflit, y compris la paranoïa qu’il a ensuite produit des deux côtés, aurait pu être considérablement réduite si plus de tentatives avaient été faites par le pouvoir le plus fort d’inciter Moscou à des formes de coopération ». Cela est quelque peu injuste envers Truman. Le jour où il a été assermenté en tant que président après la mort de Roosevelt, Truman a déclaré dans un communiqué qu’il avait l’intention de continuer à suivre ce que le président avait fait . Il y a peu de raisons de douter de sa sincérité. Dans De Roosevelt à Truman, Le professeur Wilson Misclam de l’Université de Notre-Dame a déclaré de manière crédible que Truman a commencé sa présidence avec une ouverture d’esprit envers les Soviétiques mais était convaincu par les événements que la coopération était impossible. Il n’était pas seul.

L’ASIE, par exemple , a connu une décolonisation rapide. Les États-Unis et l’Union soviétique se sont résolument opposés à l’impérialisme européen traditionnel, alors qu’ ils agissaient comme des puissances impérialistes dans ces mêmes régions . Combiné à l’affaiblissement des anciennes puissances coloniales, cela signifiait que les nations asiatiques pourraient être libres de poursuivre leurs propres destinées. Bien sûr, au Japon et en Corée, ces destinées ont été déterminées par leurs occupants, qui ont moulé ces sociétés à leurs propres images. C’est une preuve  que  Westad peut s’intéresser  à des faits , sans succomber à quelque chose qui ressemble au chauvinisme américain, il peut écrire quelque chose d’aussi direct que: «La guerre de Corée est venue du changement d’esprit de Staline. S’il n’avait pas donné le feu vert à Kim, il n’y aurait pas eu de guerre.  »

Westad ne trahit aucun romantisme vis-à-vis de l’Union soviétique ou de ses admirateurs communistes – qui pourrait sembler un résidu, bien qu’il y ait  encore des érudits comme Bruce Cumings qui regardent affectueusement les régimes marxistes, mais le livre est basé sur l’observation des faits,

Ce n’est qu’en l’ industrialisant rapidement qu’un pays peut devenir socialiste et moderne. La politique a eu un attrait évident: dans les pays de la périphérie européenne, où il y avait un profond sentiment de retard, et dans les pays en dehors de l’Europe, comme la Chine, la Corée et le Vietnam, l’industrialisation rapide semblait être la voie à suivre .

Westad aurait pu ajouter que le commandement d’un pouvoir intouchable du Parti communiste soviétique faisait appel aux dirigeants politiques et aux intellectuels du monde entier.

Juste avant le livre sur  la guerre froide , le dernier livre de Westad était une étude de la politique étrangère de la Chine depuis 1750. Sa maîtrise du sujet est évidente dans un chapitre intitulé «Le fléau de la Chine». Il est utile non seulement pour une discussion sur le fait que le Parti communiste chinois a réussi à gagner la guerre civile contre les nationalistes, mais aussi un rappel succinct du pourquoi et de la rapidité avec laquelle les relations se sont dissoutes entre le PCC et les Soviétiques. « Le programme d’assistance soviétique pour la Chine n’était pas seulement le plus grand Moscou jamais entrepris en dehors de ses propres frontières », écrit Westad. « Ce fut aussi, en termes relatifs, le plus grand programme de ce type entrepris par n’importe quel pays, y compris le Plan Marshall des États-Unis pour l’Europe. » Dans une décennie qui suit cette générosité, ils en sont presque arrivés à une guerre nucléaire.

De même, il est incisif ici un chapitre sur l’Inde. Souvent négligé dans les histoires générales de la guerre froide, l’Inde a été pendant un certain temps le chef des nations non-alignées. Le Premier ministre Jawaharlal Nehru était progressiste, mais avait l’intention de garder son pays nouvellement indépendant véritablement indépendant. Cela, bien sûr, a fâché les Américains, pour lesquels toute amitié avec l’URSS a été interprétée comme une hostilité envers eux. Et pourtant, lorsque  l’indépendance de l’Inde était en question  dans  son conflit avec la Chine, le nationalisme a prévalu, ce qui a conduit à une brève guerre. « Malgré ses nombreux efforts, même un pays aussi important que l’Inde n’a jamais pu se séparer complètement du conflit mondial qui orientait  ses politiques », conclut Westad.

WESTAD a également écrit un livre sur la fin de la détente, dont il accuse clairement  les Américains. « Nixon et Kissinger sont allés plus loin dans la tentative de gérer la guerre froide avec l’Union soviétique que la plupart des Américains étaient prêts à l’accepter », écrit-il. « La plupart des Américains n’étaient tout simplement pas disposés à tolérer que les États-Unis puissent avoir un égal dans les affaires internationales, dans les années 1970 « . C’est là que l’immersion de Gaddis dans les documents américains aurait pu être utile. La plupart des Américains, au moins du côté anti-détente, ne craignaient pas que l’Union soviétique soit en harmonie avec les États-Unis, mais qu’elle ait effectivement dépassé les capacités de l’Amérique. Quelle que soit la fausseté et l’excessif alarmisme de cette perspective, son importance pour expliquer le comportement américain ne doit pas être négligée.

En effet, la décision de Westad de réduire la part de la recherche exposée aux lecteurs dans ce livre rend certains de ses jugements peu orthodoxes difficiles à créditer.Ainsi,  Westad évalue durement  Dwight Eisenhower, mais sans offrir suffisamment de preuve pour étayer ses affirmations . À la fin des années 1950 et 1960, l’évaluation d’Ike était négative. Il était trop complaisant, disait-on, trop modéré et timide. Il a favorisé une position stratégique construite autour d’armes nucléaires qui ont mené à une course aux armements. Il n’a pas affronté Joe McCarthy et le  McCarthyism. Il a lancé la première des nombreuses interventions considérables de la CIA dans des pays étrangers, au Guatemala et en Iran. Et il a ajouté une dimension religieuse à la guerre froide, qui a élevé le conflit au-delà des niveaux déjà dangereux qui existaient quand il a pris le pouvoir en 1953.

Cette perception a cédé dans les années 1980 à celle qui faisait qu’ Eisenhower n’était plis considéré comme complaisant, mais subtil. L’ouverture des archives dans les années 1970 a convaincu beaucoup qu’il l’était, comme l’a dit le politologue Fred Greenstein dans son livre de 1982 portant le même nom, «la présidence de la main cachée». L’historien populaire Stephen Ambrose a beaucoup contribué à favoriser cette vision, D’abord en Ike’s Spies de 1981 : Eisenhower et l’établissement d’espionnage , puis dans une biographie, sorti en deux volumes en 1983 et 1984. (Rédaction dans la Nouvelle République en 2006, le journaliste John Judis a observé que les livres d’Ambrose « ont changé beaucoup de points de vue libéraux du général « , il se comptait parmi eux.)

La vision révisionniste d’Eisenhower est maintenant devenue une orthodoxie. Il figure régulièrement parmi les classements des historiens parmi les dix premiers présidents. Loin de partager la perception contemporaine de lui comme populaire mais inefficace: «C’est comme Eisenhower. Plus je fais pire, plus je suis populaire, « a déclaré JFK après le désastre de Bay of Pigs, nous aimons Ike autant que les gens qui l’entouraient dans ses campagnes . L’architecte des célébrités Frank Gehry a conçu un mémorial d’Eisenhower que le Congrès a financé jusqu’à 100 millions de dollars pour s’asseoir à travers le Musée national de l’air et de l’espace Smithsonian, sur l’avenue Independence de Washington.

La plupart des universitaires  penchent vers l’idée qu’Ike était le stratège de la première guerre froide. Il a équilibré le budget trois fois, arrêté l’accumulation économique et militaire insoutenable résultant de la guerre de Corée. Il a établi des précédents diplomatiques en rencontrant des dirigeants soviétiques et en organisant des sommets délibérés. Et il a affranchi l’hystérie domestique, établissant un engagement bipartite dans une stratégie de confinement. est prédominante  la vue exprimée par Robert Bowie et Richard Immerman dans leur livre, Waging Peace: Comment Eisenhower a façonné une stratégie de guerre froide :

Suite aux événements postérieurs. . . une meilleure appréciation de son jugement prudent et sobre est intervenue. Dans une étape turbulente et dangereuse des relations Est-Ouest, avec un leadership soviétique non testé et erratique et un environnement stratégique changeant, Eisenhower a réussi à aborder une succession de crises et a mis en place un chemin qui a permis de préserver la sécurité et la paix.

Westad  dit autre chose . « Dans l’intention de s’éloigner de la guerre froide comme urgence nationale, Eisenhower a fini par l’institutionnaliser comme politique et doctrine », écrit-il. « Sur la guerre de Corée, le nouveau président a simplement eu de la chance. . . . Le tournant vers une politique de représailles nucléaires massives a consisté à préparer une guerre stratégique à une échelle qui, jusqu’à présent, semblait inimaginable. », ajoute-t-il,quelques pages après

Si le président n’était pas un hystérique de la guerre froide, il n’était pas non plus quelqu’un qui pourrait concevoir un monde sans confrontation avec l’Union soviétique. Eisenhower manquait de l’imagination et de la volonté politique de réfléchir à la fin de la guerre froide après la mort de Staline.

C’est une représentation provocatrice d’Eisenhower, un antidote bienvenu au révisionnisme qui peut s’approcher de l’hagiographie. Mais la  documentation légère de Westad l’affaiblit.

Le triomphalisme de la guerre froide a eu des effets pernicieux sur la politique étrangère américaine. Une ligne droite peut être tirée de l’idée que l’accumulation militaire de Ronald Reagan et la rhétorique agressive ont mis fin à la guerre froide  a abouti au fantasme que les États-Unis pourraient reconstruire le Moyen-Orient. La proéminence des néoconservateurs dans l’administration de George W. Bush était due en grande partie à la croyance répandue qu’ils avaient eu raison de voir le potentiel de transformation du pouvoir américain pendant la guerre froide. Bien que Donald Trump ait pu, dans les  primaires républicaines de 2016, contrer les illusions de l’omnipotence américaine avec des illusions d’isolement américain, la série messianique reste forte dans le Parti républicain et dans les segments du Parti démocrate. Son absence dans les débats politiques actuels devrait être considérée comme temporaire. Quand il se pose inévitablement à nouveau, Des problèmes se produiront. « Nous avons tous perdu la guerre froide », a déclaré Gorbatchev. La difficulté survient lorsqu’une partie croit qu’elle a gagné.

Jordan Michael Smith est l’auteur de l’ humanité Kindle unique : comment Jimmy Carter a perdu une élection et a transformé la post-présidence .

 

L’Altaï, berceau de la culture kirghize ?

L’Altaï est avec la Sibérie une des zones de l’ex-URSS où l’iinfluence du parti communiste de la fédération de Russie est la plus importante… Quel rapport y a-t-il entre le nomadisme, le chamanisme et cette influence. Combien je suis parfois en colère contre ma vieille carcasse qui m’interdit d’aller dans ses contrées comprendre tout cela, renouer avec d’anciens voyages. Vous qui avez la possibilité d’agir encore, ne vous en privez pas… Le communisme a aussi été pour moi cette découverte de notre planète  et la fraternité que nous partagions alors, l’art de nous féliciter partout des victoires de l’humanité. C’est pour cela que j’apprécie ce site qui sur le fond est anti-soviétique, mais toujours va sur le terrain pour m’apporter cette connaissance. Outre le fait que je pense que l’avenir se joue pour une bonne part dans l’Eurasie.. (note de danielle Bleitrach)

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Les montagnes de l’Altaï, aujourd’hui situées dans la zone frontalière entre la Russie, le Kazakhstan, la Chine et la Mongolie, sont considérées comme le berceau de la civilisation kirghize. Du fleuve Ienisseï en passant par les vallées de l’Altaï et jusqu’au nord de l’actuel Kirghizstan, retour sur les origines du peuple kirghiz.

Novastan reprend ici un article de Jarkynaï Erguiechbaïeva initialement paru sur Gezitter.org.

Lors d’un forum international intitulé « Civilisation altaïque et peuples de la famille des langues altaïques » qui s’est tenu près d’Issyk-Koul du 20 au 22 juillet 2017, Gezitter.org est allé à la rencontre de Baktykan Torogueldieva, docteur en sciences politiques, pour parler de l’influence de l’Altaï sur la culture kirghize d’aujourd’hui. Le forum s’est tenu à l’initiative du président kirghiz, Almazbek Atambaïev, et a réuni plus de 20 représentants originaires de 12 pays différents.

Gezitter.org : Quelles sources ont été utilisées par les scientifiques pour étudier la civilisation de l’Altaï ? Situez-vous la véritable origine du peuple et de la mentalité kirghiz dans l’Altaï ?

Baktykan Torogueldieva : À l’heure de la mondialisation, alors que tous les groupes ethniques se mélangent et que la coopération internationale rapproche plus que jamais les peuples, il est devenu très important d’explorer le développement de la culture kirghize depuis ses origines. Nos racines historiques et culturelles sont étroitement liées à la civilisation de l’Altaï. De nombreuses études historiques, ethnographiques, archéologiques, philologiques, philosophiques et culturelles indiquent que le berceau culturel de notre peuple se situe là.

Pour le philosophe kazakh Seïdakhment Kouttykadam, l’hypothèse est la suivante : la richesse matérielle et spirituelle constitue le cadre fondamental de l’ordre social dans la vallée de l’Altaï. Et la combinaison de ces 2 facteurs a eu une influence décisive sur l’émergence de la conscience ethnique et la culture des Kirghiz.

Les traces des traditions médiévales ont été conservées pour la postérité, notamment sous la forme de pétroglyphes. Des scientifiques russes ont étudié les pétroglyphes trouvés dans l’Altaï. Ces derniers traitaient de sujets militaires. C’est comme cela qu’on a découvert qu’il existe un lien entre l’idéologie martiale des nomades et leurs traditions.

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D’autres scientifiques affirment qu’une conscience commune des épopées à travers les époques s’est forgée avec le temps. Dans le monde kirghiz, les héros mythiques ont joué un rôle central.

Dans l’ensemble des versions connues de l’épopée de Manas, il est dit que la maison natale de ce héros légendaire serait située dans les monts de l’Altaï et qu’une fois arrivé à l’âge adulte, Manas aurait mené son peuple dans les montagnes de l’Ala-Too, situées au nord de l’actuel Kirghizstan.

Lire aussi sur Novastan: L’épopée de « Manas » : encyclopédie de l’histoire et des mœurs kirghizes

Dans la formation d’une ethnie et de sa culture, la question de l’affiliation régionale est un facteur essentiel. Non seulement les caractéristiques géographiques de la région, mais aussi les conditions climatiques jouent un rôle déterminant. Les peuples des régions montagneuses ont développé diverses facultés qui leur sont propres au fil du temps. Ces facultés leur permettent de survivre dans des conditions difficiles. Les conditions environnementales qui prévalent sur les rives de l’Ienisseï et dans l’Altaï ont façonné les Kirghiz dans leur image de soi et dans leurs représentations du monde.

Comment la religion affecte-t-elle la vision du monde des nomades ?

La religiosité et les facteurs idéologiques ont servi de base à la vie en société des nomades. Ces facteurs ont légitimé la structure officielle et les décisions prises par les élites. Les élites nomades étaient en fait un reflet de la culture politique de cette époque. Par l’influence de la religion sur la culture politique, la société nomade a reçu un système contraignant de comportements et de valeurs.

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Ainsi, la religion et le politique ne faisaient qu’un dans la société nomade. Mais l’influence chamanique a également constitué un facteur puissant dans la construction de la pensée et du peuple kirghiz.

En quoi la vision du monde des Kirghiz est-elle particulière ?

Une caractéristique essentielle de la culture ethnique du peuple kirghiz est qu’ils considèrent les événements du monde comme cycliques, comme une sorte de cercle effectuant sans cesse le même mouvement. Tout est affaire de cercle dans la civilisation nomade : la Terre est ronde, la Lune et le Soleil sont ronds, les yourtes sont rondes, le ciel est un demi-cercle…

Encore aujourd’hui, l’étude de la culture médiévale des Kirghiz se poursuit au travers de l’analyse des arts nomades et des études de monuments runiques. Ces éléments permettront d’affiner les données déjà collectées sur l’origine du peuple kirghiz.

Jarkynaï Erguiechbaïeva

Traduit du russe par Jérémy Lonjon
Rédacteur en chef de Novastan