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Archives de Catégorie: URSS. Révolution d’octobre

En résumé… pour rassembler large, il faut savoir qui nous sommes…

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Dès que j’accepte trop d' »amis » sur facebook, je me retrouve immanquablement avec des gens insupportables qui me font un procès d’intention, en gros je serais une incorrigible stalinienne, comme j’ignore tout d’eux ils sont en position avantageuse puisqu’ils peuvent m’inventer à leur aise, me traiter comme une chose et grâce à la rumeur, m’attribuer à peu près n’importe quoi. Visiblement tout leur est odieux dans ce qu’ils imaginent de moi, ce que je sais autant que mon ton doctoral disent-ils et ils finissent par m’insulter, me vomir leur haine surtout s’il s’avère que ce que je dis est exact… C’est à se demander pourquoi ils sollicitent un échange?

Alors je voudrais préciser une fois de plus. En l’état de mes informations et par goût personnel, je suis  peu portée sur l’hagiographie, et le respect du dogme ne fait pas partie de mes vertus. J’en donne une fois de plus la preuve en incitant au doute.  Je ne me suis pas lancée dans une réhabilitation de Staline. Simplement puisque certains considèrent que l’on peut limiter l’expérience soviétique à ce dirigeant mort il y a 65 ans, il faut ne pas refuser cette estimation de son rôle et surtout celui de l’expérience soviétique. Et pas dans les termes qui nous sont imposées par le capitalisme. Je suis pour la réhabilitation non de Staline mais de la nécessité du « bilan ». A l’appui de ma demande j’apporte le fait que ceux qui ont vécu et le stalinisme et l’URSS n’en ont pas la même image que nous et qu’il faudrait écouter ce qu’ils ont à nous dire. ils ne sont pas plus assurés que nous de détenir la vérité mais en matière de bilan comparé du socialisme et du capitalisme, ils ont quelques connaissances.

Je suis convaincue que tant que l’on refusera, enfin tant que les communistes refuseront de faire un véritable bilan de l’URSS, aucune solution progressiste ne pourra réellement voir le jour et le parti communiste sera condamné à jouer les forces d’appoint. Un véritable bilan, c’est-à-dire juger des réalisations de leur impact sur tout ce qui s’est fait de progressiste autant que des impasses, des échecs mais du point de vue de nos objectifs. C’est un positionnement militant mais d’abord intellectuel qui tient compte de ce que l’on sait de l’inertie qu’entraîne pour les individus d’avoir un « cadavre dans le placard » et surtout de ne pas avoir le courage d’affronter l’idéologie dominante, de s’y soumettre quand cela concerne sa propre histoire.

Avec ce refus, passent à la trappe bien d’autres expériences historiques y compris la nôtre de communistes français, au point que la base commune de la direction du PCF semble éviter la mise en évidence de l’histoire du PCF dans les conquis sociaux, autant qu’une analyse de l’évolution de la situation internationale, ce qui entraîne une soumission à la seule nécessité des « alliances » structurelles confondues avec le « rassemblement ».

Ce qui m’intéresse dans l’expérience chinoise dans laquelle je ne vois pas un modèle, c’est la manière dont elle joue entre pragmatisme, héritage historique et finalités jamais perdues de vue et comment tout cela est fait avec la conscience aiguë que nous sommes dans une nouvelle ère. Donc je plaide pour l’ouverture d’un dialogue avec les partis communistes d’abord mais pas seulement. A partir du moment où les communistes seront plus conscients de l’originalité de leur apport, ils pourront élargir au plan national comme international la rencontre entre d’autres forces et mouvements en particulier ceux nés dans des temps obscurs de la contre-révolution.

Danielle Bleitrach.

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L’union soviétique et le monde musulman …

 » les femmes musulmanes ! Les Tsars, beis et khans vous ont retiré vos droits. Vous étiez un esclave dans le gouvernement, à l’usine, à la maison. La Règle soviétique vous a donné des droits égaux, arrachant les chaînes qui vous lient « – 1921 affiche soviétique

 ·une autre part importante de ce qui a orienté ma conception du monde a été ma rencontre avec les femmes du Tadjikistan… De cela il faudra aussi parler…  

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Une photo rare – mukum sultanov – l’un des leaders des tadjiks rouges dans les années 1920 Il dirigeait une aile armée des pro-communistes pauvres paysans musulmans au Tadjikistan et khorezm (Ouzbékistan). Ils se sont appelés « bâtons rouges ».
En fait, ils ont réussi à écraser basmachi (mouvement bureau contre-révolutionnaire en Asie centrale) et à capturer l’un de leurs dirigeants ibragim-Bek.
 

Qu’est-ce qu’il faudra faire pour se débarrasser de ces gens-là?

 

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légende: on ne pourra pas nous reprocher de ne pas avoir essayé gentiment.

ce matin, l’infirmière qui vient me prendre la tension et m’aider dans quelques actes quotidiens une fois par semaine, revient de Corse. Elle me dit que pendant les vacances elle a lu et presque terminé mon livre sur 1917-2017 Staline, un tyran sanguinaire ou un héros national.C’est la seule du groupe a être une révoltée et anti-capitaliste, les autres sont plutôt de droite voir d’extrême-droite. Elle a eu beaucoup de malheurs personnels et cela, m’explique-t-elle, l’a depuis des années  empêché de lire, les mots sautaient devant ses yeux, elle n’accrochait pas. Là elle a pu lire, peut-être parce qu’elle me connaissait et c’était comme si je lui parlais, elle a essayé de lire Bourdieu, elle ne comprenait rien, moi c’était simple et facile. Elle me dit vous écrivez bien, c’est direct et d’un style clair.

De sa lecture, elle  déduit que je suis objective, que j’interroge les Russes d’un point de vue français, le sien et ceux des autres. Elle découvre ce que pensent les Russes et dont on n’a pas idée ici. Et elle me déclare, « pour se débarrasser de la racaille que nous avons au pouvoir, peut-être qu’il faut un Staline! » L’affaire benalla l’a d’autant plus indignée qu’elle accompagne la destruction de tous nos conquis, c’est une manière de nous duper qui ne fonctionne plus alors oui peut-être qu’il faudra un Staline. Ces épisodes qui se multiplient où le mensonge de la veille prétend être couvert par un autre et où le nouveau monde est perclus par les conflits d’intérêt comme par une arthrose généralisée de la sénilité. « Comment se débarrasser de ces sangsues? … Il faut les arracher!… C’est comme la Révolution française et malheureusement celle-ci a installé de nouveaux despotes! » ajoute-t-elle… je précise:  » C’est la Révolution bourgeoise, ce qui en fait l’originalité c’est l’intervention des masses populaires, les espérances qu’elle a porté de ce fait… »

Quant à Staline, je confirme… je ne sais pas, a priori j’ai plutôt partagé les préventions de mon parti, j’ai adhéré avec la déstalinisation et j’ai été élue membre du Comité central quand il a été officiellement condamnée, je suis résolument contre la peine de mort (comme Robespierre d’ailleurs)et j’ai tendance à ne me contenter d’aucun dogme.  je n’avais aucune raison avant de faire le tour de la planète de m’interroger et c’est peut-être ce qui fait l’intérêt de la démarche le fait qu’elle émerge à peine des stéréotypes de ma société. …  Mais, outre le fait que j’ai conscience que Stalingrad m’a sauvée moi et quelques millions de me semblables,j’ai tendance à douter par expérience de tout ce qu’on me raconte.  Ce que je sais c’est qu’à nous Français il n’a causé aucun tort au contraire. Il nous a libéré des nazis, créé un rapport de forces à l’échelle mondiale qui a favorisé nos conquêtes sociales, celles que nous arrachent des capitalistes qui se croient tout permis. Ceux à qui il a causé du tort ce sont les Russes et je découvre qu’ils nous prennent pour des fous d’oser comparer Staline à Hitler… 38% d’entre eux en font le plus grand homme de tous les temps, comme 60 % regrettent l’Union soviétique. Dans une certaine mesure, il me semble que pour les entendre, il faut  comparer Staline à napoléon (Robespierre à cheval). Et ce n’est pas un hasard si les Russes placent Napoléon au premier rang des grands hommes non russes. On peut en déduire qu’ils aiment les despotes ou alors qu’ils savent les drames d’une contre révolution, ce qu’ils ont perdu avec l’URSS et que tout cela débouche sur « un sens de l’histoire », une conception du « progrès » collectif qui nous fait défaut désormais.

Pour compléter l’analyse, il faut se rendre compte que Staline est mort il y a plus de soixante ans et que l’URSS  a été vendue (le mot est approprié) il y a une vingtaine d’années. Dons identifier l’URSS à Staline est erroné, là encore ça bloque l’analyse pour mieux donner vie à la catégorie stupide de « totalitarisme » qui stigmatise sans rien expliquer.

En ce qui concerne, l’URSS, là l’adhésion est encore plus massive puisque 60 % des Russes la regrettent, mais ne croient pas qu’il soit possible de la recréer parce que sans doute il faudrait un nouveau Staline et ils pensent que le peuple n’aurait plus la force de tant de sacrifices.

Là encore point d’interrogation, je pose plus de questions que ce que j’apporte de réponse.mais désormais ce qui est interdit c’est la question et l’équation folle: nazisme égale communisme, qui permet de fait de réhabiliter le nazisme, censure tout questionnement sur ce qu’il faudra faire pour se débarrasser de pareilles engeance prête y compris à détruire la planète.

Le Goulag c’est le bagne, ce n’est pas glorieux d’y envoyer des gens sur des bases politiques, c’est même un constat de faiblesse. Toute répression politique est cet aveu de faiblesse, la guillotine et la terreur également, d’une manière encore plus radicale d’ailleurs. Et il est vrai que le pouvoir soviétique est un pari fou dans un contexte où il aurait dû logiquement périr, pour cause de sous développement, parce que dès sa naissance 14 puissances s’étaient liguées contre lui. Là encore, l’identification avec la révolution française s’impose. Jusqu’où sont-ils déjà prêts à aller pour poursuivre leur oeuvre de morts? Qui est capable de les vaincre: la majorité? Individualisée à l’extrême?

L’idée que l’on passer pacifiquement au socialisme défendue par bernstein et d’autres, prenait quelques validité tant qu’existait l’URSS. Son écroulement devrait faire réfléchir les communistes et, se demander si ceux qui n’en peuvent plus ne raisonnent pas comme ma copine infirmière… Plus la situation se dégrade, y compris sur le plan du climat, plus l’angélisme parait hors de saison. Et comme il est clair que les Chinois ne sont pas prêts à nous offrir le bouclier de protection sous lequel chacun pourra voir financer son passage pacifique au socialisme, peut-être faudrait-il changer « le logiciel » révolutionnaire sous lequel nous continuons à penser la réalité. Non pour prôner une intervention sanglante, c’est la contre-révolution qui est sanglante et qui oblige à se défendre, mais il faut savoir aussi qui peut résister à cette monstruosité capable d’aller d’Auschwitz à Hiroshima.

ce qui me fascine c’est que ce livre sur Staline tyran sanguinnaire ou héros national est adapté à son projet. Il n’a pas les mérites d’autres mieux documentés, je pense aux travaux d’annie lacroix Riz ou celui de Ludo martens,mais il joue parfaitement son rôle de « naif ». la conférence que j’ai faite à la librairie maupetit, la stupéfaction intéressée devant cette problématique autant que les réactions de lecteurs innocents qui découvrent que l’on peut penser autrement sans être pour autant soi-même un suppot du despotisme, me font plaisir parce que mes contemporains, souvent non « encartés » sont moins bigots que ce qu’on le croie dans les partis.

je ne suis pas et n’ai jamais été « stalinienne », le révolutionnaire dont je me sens proche et dont je me suis nourrie toute ma vie c’est marx, sa pensée est un continent, un univers et il a de l’humour. Il a écrit des pages contre le despotisme et j’en partage l’esprit, mais son entêtement révolutionnaire l’a également conduit à refuser les hypocrisies et les bigoteries de la petite bourgeoisie qui ne veut rien changer et cherche derrière de grands mots à profiter de cet immobilisme.

Danielle Bleitrach

 

L’actualité de la Confession d’un enfant du siècle…

Combien de fois en interviewant des Russes, je les ai écouté en pensant à ce texte de Musset, son autobiographie, celle d’une génération, dans lequel il raconte comment l’ombre de Napoléon pèse sur sa génération… Il ne nie pas la souffrance, les pleurs des mères, mais il décrit aussi la manière dont l’aigle, celui dont Metternich disait qu’il était Robespierre plus la grande armée, quand il fut abattu: « Au bruit de sa chute, les vieilles croyances moribondes se redressèrent sur leurs lits de douleur, et, avançant leurs pattes crochues, toutes les royales araignées découpèrent l’Europe, et de la pourpre de César se firent un habit d’Arlequin.« . Quand les Russes nous parlaient de Staline, je croyais entendre Musset. Et je crois que ce n’est pas un hasard si dans les sondages, ces Russes font de Staline le plus grand homme de tous les temps et le premier non- Russe est justement Napoléon.Il y a le sens de l’histoire, y compris le rôle du despotisme pour mettre à bas les féodalités, les privilèges. Il y a Staline, lui-même convaincu que si Napoléon avait pu prendre Moscou c’est parce qu’il représentait les forces de progrès, Hitler lui parce qu’il était la réaction ne le pourrait pas affirmait-il. Ce qui me paraît actuellement perdu c’est ce sens de l’histoire, y faire référence est devenu insupportable au music hall des âmes nobles qui a aboli le principe espérance et décrété la fin de l’histoire, dans nos collèges comme dans nos médias. Je n’ai pas plus envie de faire l’apologie de Staline que celle de Napoléon, encore que le premier a le mérite sur le second de n’être sorti de chez lui que pour repousser l’envahisseur. Celui qui m’est familier, avec qui j’aurais pu nouer une amitié est Marx, pas Staline… Marx est celui dont je me suis nourrie toute ma vie, pas Staline, mais parce que j’ai la passion de l’histoire, j’ai tenté de repenser le siècle qui m’a vu naître, en posant plus de questions qu’en apportant de réponse. Qu’une telle interrogation ait été censurée par l’humanité et la direction du PCF est la preuve de là où ils prétendent ravaler le débat, la formation des communistes, là où la contre-révolution en France et en Europe nous ont cloués. Alors relisons Musset. (note de danielle Bleitrach)

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CHAPITRE II

Pendant les guerres de l’Empire, tandis que les maris et les frères étaient en Allemagne, les mères inquiètes avaient mis au monde une génération ardente, pâle, nerveuse. Conçus entre deux batailles, élevés dans les collèges aux roulements des tambours, des milliers d’enfants se regardaient entre eux d’un œil sombre, en essayant leurs muscles chétifs. De temps en temps leurs pères ensanglantés apparaissaient, les soulevaient sur leurs poitrines chamarrées d’or, puis les posaient à terre et remontaient à cheval.

Un seul homme était en vie alors en Europe ; le reste des êtres tâchait de se remplir les poumons de l’air qu’il avait respiré. Chaque année, la France faisait présent à cet homme de trois cent mille jeunes gens ; c’était l’impôt payé à César, et, s’il n’avait ce troupeau derrière lui, il ne pouvait suivre sa fortune. C’était l’escorte qu’il lui fallait pour qu’il pût traverser le monde, et s’en aller tomber dans une petite vallée d’une île déserte, sous un saule pleureur.

Jamais il n’y eut tant de nuits sans sommeil que du temps de cet homme ; jamais on ne vit se pencher sur les remparts des villes un tel peuple de mères désolées ; jamais il n’y eut un tel silence autour de ceux qui parlaient de mort. Et pourtant jamais il n’y eut tant de joie, tant de vie, tant de fanfares guerrières dans tous les cœurs. Jamais il n’y eut de soleils si purs que ceux qui séchèrent tout ce sang. On disait que Dieu les faisait pour cet homme, et on les appelait ses soleils d’Austerlitz. Mais il les faisait bien lui-même avec ses canons toujours tonnants, et qui ne laissaient de nuages qu’aux lendemains de ses batailles.

C’était l’air de ce ciel sans tache, où brillait tant de gloire, où resplendissait tant d’acier, que les enfants respiraient alors. Ils savaient bien qu’ils étaient destinés aux hécatombes ; mais ils croyaient Murat invulnérable, et on avait vu passer l’empereur sur un pont où sifflaient tant de balles, qu’on ne savait s’il pouvait mourir. Et quand même on aurait dû mourir, qu’était-ce que cela ? La mort elle-même était si belle alors, si grande, si magnifique dans sa pourpre fumante ! elle ressemblait si bien à l’espérance, elle fauchait de si verts épis, qu’elle en était comme devenue jeune, et qu’on ne croyait plus à la vieillesse. Tous les berceaux de France étaient des boucliers ; tous les cercueils en étaient aussi ; il n’y avait vraiment plus de vieillards ; il n’y avait que des cadavres ou des demi-dieux.

Cependant l’immortel empereur était un jour sur une colline à regarder sept peuples s’égorger ; comme il ne savait pas encore s’il serait le maître du monde ou seulement de la moitié, Azraël passa sur la route ; il l’effleura du bout de l’aile, et le poussa dans l’Océan. Au bruit de sa chute, les vieilles croyances moribondes se redressèrent sur leurs lits de douleur, et, avançant leurs pattes crochues, toutes les royales araignées découpèrent l’Europe, et de la pourpre de César se firent un habit d’Arlequin.

De même qu’un voyageur, tant qu’il est sur le chemin, court nuit et jour par la pluie et par le soleil, sans s’apercevoir de ses veilles ni des dangers ; mais, dès qu’il est arrivé au milieu de sa famille et qu’il s’assoit devant le feu, il éprouve une lassitude sans bornes et peut à peine se traîner à son lit ; ainsi la France, veuve de César, sentit tout à coup sa blessure. Elle tomba en défaillance, et s’endormit d’un si profond sommeil, que ses vieux rois, la croyant morte, l’enveloppèrent d’un linceul blanc. La vieille armée en cheveux gris rentra épuisée de fatigue, et les foyers des châteaux déserts se rallumèrent tristement.

Alors ces hommes de l’Empire, qui avaient tant couru et tant égorgé, embrassèrent leurs femmes amaigries et parlèrent de leurs premières amours ; ils se regardèrent dans les fontaines de leurs prairies natales, et ils s’y virent si vieux, si mutilés, qu’ils se souvinrent de leurs fils, afin qu’on leur fermât les yeux. Ils demandèrent où ils étaient ; les enfants sortirent des collèges, et ne voyant plus ni sabres, ni cuirasses, ni fantassins, ni cavaliers, ils demandèrent à leur tour où étaient leurs pères. Mais on leur répondit que la guerre était finie, que César était mort, et que les portraits de Wellington et de Blücher étaient suspendus dans les antichambres des consulats et des ambassades, avec ces deux mots au bas : Salvatoribus mundi.

Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse. Tous ces enfants étaient des gouttes d’un sang brûlant qui avait inondé la terre ; ils étaient nés au sein de la guerre, pour la guerre. Ils avaient rêvé pendant quinze ans des neiges de Moscou et du soleil des Pyramides. Ils n’étaient pas sortis de leurs villes, mais on leur avait dit que par chaque barrière de ces villes on allait à une capitale d’Europe. Ils avaient dans la tête tout un monde ; ils regardaient la terre, le ciel, les rues et les chemins ; tout cela était vide, et les cloches de leurs paroisses résonnaient seules dans le lointain.

De pâles fantômes, couverts de robes noires, traversaient lentement les campagnes ; d’autres frappaient aux portes des maisons, et dès qu’on leur avait ouvert, ils tiraient de leurs poches de grands parchemins tout usés, avec lesquels ils chassaient les habitants. De tous côtés arrivaient des hommes encore tout tremblants de la peur qui leur avait pris à leur départ, vingt ans auparavant. Tous réclamaient, disputaient et criaient ; on s’étonnait qu’une seule mort pût appeler tant de corbeaux.

Le roi de France était sur son trône, regardant çà et là s’il ne voyait pas une abeille dans ses tapisseries. Les uns lui tendaient leur chapeau, et il leur donnait de l’argent ; les autres lui montraient un crucifix, et il le baisait ; d’autres se contentaient de lui crier aux oreilles de grands noms retentissants, et il répondait à ceux-là d’aller dans sa grand’salle, que les échos en étaient sonores ; d’autres encore lui montraient leurs vieux manteaux, comme ils en avaient bien effacé les abeilles, et à ceux-là il donnait un habit neuf.

Les enfants regardaient tout cela, pensant toujours que l’ombre de César allait débarquer à Cannes et souffler sur ces larves ; mais le silence continuait toujours, et l’on ne voyait flotter dans le ciel que la pâleur des lis. Quand les enfants parlaient de gloire, on leur disait : Faites-vous prêtres ; quand ils parlaient d’ambition : Faites-vous prêtres ; d’espérance, d’amour, de force, de vie : Faites-vous prêtres.

Cependant, il monta à la tribune aux harangues un homme qui tenait à la main un contrat entre le roi et le peuple ; il commença à dire que la gloire était une belle chose, et l’ambition et la guerre aussi ; mais qu’il y en avait une plus belle, qui s’appelait la liberté.

Les enfants relevèrent la tête et se souvinrent de leurs grands-pères, qui en avaient aussi parlé. Ils se souvinrent d’avoir rencontré, dans les coins obscurs de la maison paternelle, des bustes mystérieux avec de longs cheveux de marbre et une inscription romaine ; ils se souvinrent d’avoir vu le soir, à la veillée, leurs aïeules branler la tête et parler d’un fleuve de sang bien plus terrible encore que celui de l’Empereur. Il y avait pour eux dans ce mot de liberté quelque chose qui leur faisait battre le cœur à la fois comme un lointain et terrible souvenir et comme une chère espérance, plus lointaine encore.

Ils tressaillirent en l’entendant ; mais, en rentrant au logis, ils virent trois paniers qu’on portait à Clamart : c’étaient trois jeunes gens qui avaient prononcé trop haut ce mot de liberté.

Un étrange sourire leur passa sur les lèvres à cette triste vue ; mais d’autres harangueurs, montant à la tribune, commencèrent à calculer publiquement ce que coûtait l’ambition, et que la gloire était bien chère ; ils firent voir l’horreur de la guerre et appelèrent boucheries les hécatombes. Et ils parlèrent tant et si longtemps que toutes les illusions humaines, comme des arbres en automne, tombaient feuille à feuille autour d’eux, et que ceux qui les écoutaient passaient leur main sur leur front, comme des fiévreux qui s’éveillent.

Les uns disaient : Ce qui a causé la chute de l’Empereur, c’est que le peuple n’en voulait plus ; les autres : Le peuple voulait le roi ; non, la liberté ; non, la raison ; non, la religion ; non, la constitution anglaise ; non, l’absolutisme ; un dernier ajouta : Non ! rien de tout cela, mais le repos.

Trois éléments partageaient donc la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s’agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l’absolutisme ; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir ; et entre ces deux mondes… quelque chose de semblable à l’Océan qui sépare le vieux continent de la jeune Amérique, je ne sais quoi de vague et de flottant, une mer houleuse et pleine de naufrages, traversée de temps en temps par quelque blanche voile lointaine ou par quelque navire soufflant une lourde vapeur ; le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris.

Voilà dans quel chaos il fallut choisir alors ; voilà ce qui se présentait à des enfants pleins de force et d’audace, fils de l’Empire et petits-fils de la Révolution.

Or, du passé, ils n’en voulaient plus, car la foi en rien ne se donne ; l’avenir, ils l’aimaient, mais quoi ? comme Pygmalion Galathée ; c’était pour eux comme une amante de marbre, et ils attendaient qu’elle s’animât, que le sang colorât ses veines.

Il leur restait donc le présent, l’esprit du siècle, ange du crépuscule, qui n’est ni la nuit ni le jour ; ils le trouvèrent assis sur un sac de chaux plein d’ossements, serré dans le manteau des égoïstes, et grelottant d’un froid terrible. L’angoisse de la mort leur entra dans l’âme à la vue de ce spectre moitié momie et moitié fœtus ; ils s’en approchèrent comme le voyageur à qui l’on montre à Strasbourg la fille d’un vieux comte de Sarverden, embaumée dans sa parure de fiancée. Ce squelette enfantin fait frémir, car ses mains fluettes et livides portent l’anneau des épousées, et sa tête tombe en poussière au milieu des fleurs d’oranger.

Comme à l’approche d’une tempête il passe dans les forêts un vent terrible qui fait frissonner tous les arbres, à quoi succède un profond silence, ainsi Napoléon avait tout ébranlé en passant sur le monde ; les rois avaient senti vaciller leur couronne, et, portant leur main à leur tête, ils n’y avaient trouvé que leurs cheveux hérissés de terreur. Le pape avait fait trois cents lieues pour le bénir au nom de Dieu et lui poser son diadème ; mais il le lui avait pris des mains. Ainsi tout avait tremblé dans cette forêt lugubre de la vieille Europe ; puis le silence avait succédé.

On dit que, lorsqu’on rencontre un chien furieux, si l’on a le courage de marcher gravement, sans se retourner, et d’une manière régulière, le chien se contente de vous suivre pendant un certain temps, en grommelant entre ses dents ; tandis que, si on laisse échapper un geste de terreur, si on fait un pas trop vite, il se jette sur vous et vous dévore ; car une fois la première morsure faite, il n’y a plus moyen de lui échapper.

Or, dans l’histoire européenne, il était arrivé souvent qu’un souverain eût fait ce geste de terreur et que son peuple l’eût dévoré ; mais si un l’avait fait, tous ne l’avaient pas fait en même temps, c’est-à-dire qu’un roi avait disparu, mais non la majesté royale. Devant Napoléon la majesté royale l’avait fait ce geste qui perd tout, et non seulement la majesté, mais la religion, mais la noblesse, mais toute puissance divine et humaine.

Napoléon mort, les puissances divines et humaines étaient bien rétablies de fait ; mais la croyance en elles n’existait plus. Il y a un danger terrible à savoir ce qui est possible, car l’esprit va toujours plus loin. Autre chose est de se dire : Ceci pourrait être, ou de se dire : Ceci a été ; c’est la première morsure du chien.

Napoléon despote fut la dernière lueur de la lampe du despotisme ; il détruisit et parodia les rois, comme Voltaire les livres saints. Et après lui on entendit un grand bruit, c’était la pierre de Sainte-Hélène qui venait de tomber sur l’ancien monde. Aussitôt parut dans le ciel l’astre glacial de la raison ; et ses rayons, pareils à ceux de la froide déesse des nuits, versant de la lumière sans chaleur, enveloppèrent le monde d’un suaire livide.

On avait bien vu jusqu’alors des gens qui haïssaient les nobles, qui déclamaient contre les prêtres, qui conspiraient contre les rois ; on avait bien crié contre les abus et les préjugés ; mais ce fut une grande nouveauté que de voir le peuple en sourire. S’il passait un noble, ou un prêtre, ou un souverain, les paysans qui avaient fait la guerre commençaient à hocher la tête et à dire : « Ah ! celui-là nous l’avons vu en temps et en lieu ; il avait un autre visage. » Et quand on parlait du trône et de l’autel, ils répondaient : « Ce sont quatre ais de bois ; nous les avons cloués et décloués. » Et quand on leur disait : « Peuple, tu es revenu des erreurs qui t’avaient égaré ; tu as rappelé tes rois et tes prêtres » ; ils répondaient : « Ce n’est pas nous ; ce sont ces bavards-là. » Et quand on leur disait : « Peuple, oublie le passé, laboure et obéis », ils se redressaient sur leurs sièges, et on entendait un sourd retentissement. C’était un sabre rouillé et ébréché qui avait remué dans un coin de la chaumière. Alors on ajoutait aussitôt : « Reste en repos du moins ; si on ne te nuit pas, ne cherche pas à nuire. » Hélas ! ils se contentaient de cela.

Mais la jeunesse ne s’en contentait pas. Il est certain qu’il y a dans l’homme deux puissances occultes qui combattent jusqu’à la mort ; l’une, clairvoyante et froide, s’ attache à la réalité, la calcule, la pèse, et juge le passé ; l’autre a soif de l’avenir et s’élance vers l’inconnu. Quand la passion emporte l’homme, la raison le suit en pleurant et en l’avertissant du danger ; mais dès que l’homme s’est arrêté à la voix de la raison, dès qu’il s’est dit : C’est vrai, je suis un fou ; où allais-je ? la passion lui crie : Et moi, je vais donc mourir ?

Un sentiment de malaise inexprimable commença donc à fermenter dans tous les cœurs jeunes. Condamnés au repos par les souverains du monde, livrés aux cuistres de toute espèce, à l’oisiveté et à l’ennui, les jeunes gens voyaient se retirer d’eux les vagues écumantes contre lesquelles ils avaient préparé leur bras. Tous ces gladiateurs frottés d’huile se sentaient au fond de l’âme une misère insupportable. Les plus riches se firent libertins ; ceux d’une fortune médiocre prirent un état et se résignèrent soit à la robe, soit à l’épée ; les plus pauvres se jetèrent dans l’enthousiasme à froid, dans les grands mots, dans l’affreuse mer de l’action sans but. Comme la faiblesse humaine cherche l’association et que les hommes sont troupeaux de nature, la politique s’en mêla. On s’allait battre avec les gardes du corps sur les marches de la chambre législative, on courait à une pièce de théâtre où Talma portait une perruque qui le faisait ressembler à César, on se ruait à l’enterrement d’un député libéral. Mais des membres des deux partis opposés, il n’en était pas un qui, en rentrant chez lui, ne sentît amèrement le vide de son existence et la pauvreté de ses mains.

En même temps que la vie du dehors était si pâle et si mesquine, la vie intérieure de la société prenait un aspect sombre et silencieux ; l’hypocrisie la plus sévère régnait dans les mœurs ; les idées anglaises se joignant à la dévotion, la gaîté même avait disparu. Peut-être était-ce la Providence qui préparait déjà ses voies nouvelles ; peut-être était-ce l’ange avant-coureur des sociétés futures qui semait déjà dans le cœur des femmes les germes de l’indépendance humaine, que quelque jour elles réclameront. Mais il est certain que tout d’un coup, chose inouïe, dans tous les salons de Paris, les hommes passèrent d’un côté et les femmes de l’autre ; et ainsi, les unes vêtues de blanc comme des fiancées, les autres vêtus de noir comme des orphelins, ils commencèrent à se mesurer des yeux.

Qu’on ne s’y trompe pas : ce vêtement noir que portent les hommes de notre temps est un symbole terrible ; pour en venir là, il a fallu que les armures tombassent pièce à pièce et les broderies fleur à fleur. C’est la raison humaine qui a renversé toutes les illusions ; mais elle en porte elle-même le deuil, afin qu’on la console.

Les mœurs des étudiants et des artistes, ces mœurs si libres, si belles, si pleines de jeunesse, se ressentirent du changement universel. Les hommes, en se séparant des femmes, avaient chuchoté un mot qui blesse à mort : le mépris ; ils s’étaient jetés dans le vin et dans les courtisanes. Les étudiants et les artistes s’y jetèrent aussi ; l’amour était traité comme la gloire et la religion ; c’était une illusion ancienne. On allait donc aux mauvais lieux ; la grisette, cette classe si rêveuse, si romanesque, et d’un amour si tendre et si doux, se vit abandonnée aux comptoirs des boutiques. Elle était pauvre, et on ne l’aimait plus ; elle voulut avoir des robes et des chapeaux : elle se vendit. Ô misère ! le jeune homme qui aurait dû l’aimer, qu’elle aurait aimé elle-même, celui qui la conduisait autrefois aux bois de Verrières et de Romainville, aux danses sur le gazon, aux soupers sous l’ ombrage ; celui qui venait causer le soir sous la lampe, au fond de la boutique, durant les longues veillées d’hiver ; celui qui partageait avec elle son morceau de pain trempé de la sueur de son front, et son amour sublime et pauvre ; celui-là, ce même homme, après l’avoir délaissée, la retrouvait quelque soir d’orgie au fond du lupanar, pâle et plombée, à jamais perdue, avec la faim sur les lèvres et la prostitution dans le cœur.

Or, vers ces temps-là, deux poètes, les deux plus beaux génies du siècle après Napoléon, venaient de consacrer leur vie à rassembler tous les éléments d’angoisse et de douleur épars dans l’univers. Goethe, le patriarche d’une littérature nouvelle, après avoir peint dans Werther la passion qui mène au suicide, avait tracé dans son Faust la plus sombre figure humaine qui eût jamais représenté le mal et le malheur. Ses écrits commencèrent alors à passer d’Allemagne en France.

Du fond de son cabinet d’étude, entouré de tableaux et de statues, riche, heureux et tranquille, il regardait venir à nous son œuvre de ténèbres avec un sourire paternel. Byron lui répondit par un cri de douleur qui fit tressaillir la Grèce, et suspendit Manfred sur les abîmes, comme si le néant eût été le mot de l’énigme hideuse dont il s’enveloppait.

Pardonnez-moi, ô grands poètes, qui êtes maintenant un peu de cendre et qui reposez sous la terre ; pardonnez-moi ! vous êtes des demi-dieux, et je ne suis qu’un enfant qui souffre. Mais en écrivant tout ceci, je ne puis m’empêcher de vous maudire. Que ne chantiez-vous le parfum des fleurs, les voix de la nature, l’espérance et l’amour, la vigne et le soleil, l’azur et la beauté ? Sans doute vous connaissiez la vie, et sans doute vous aviez souffert ; et le monde croulait autour de vous, et vous pleuriez sur ses ruines, et vous désespériez ; et vos maîtresses vous avaient trahis, et vos amis calomniés, et vos compatriotes méconnus ; et vous aviez le vide dans le cœur, la mort devant les yeux, et vous étiez des colosses de douleur. Mais dites-moi, vous, noble Goethe, n’y avait-il plus de voix consolatrice dans le murmure religieux de vos vieilles forêts d’Allemagne ? Vous pour qui la belle poésie était la sœur de la science, ne pouvaient-elles à elles deux trouver dans l’immortelle nature une plante salutaire pour le cœur de leur favori ? Vous qui étiez un panthéiste, un poète antique de la Grèce, un amant des formes sacrées, ne pouviez-vous mettre un peu de miel dans ces beaux vases que vous saviez faire, vous qui n’aviez qu’à sourire et à laisser les abeilles vous venir sur les lèvres ? Et toi, et toi, Byron, n’avais-tu pas près de Ravenne, sous tes orangers d’Italie, sous ton beau ciel vénitien, près de ta chère Adriatique, n’avais-tu pas ta bien-aimée ? Ô Dieu ! moi qui te parle, et qui ne suis qu’un faible enfant, j’ai connu peut-être des maux que tu n’as pas soufferts, et cependant je crois encore à l’espérance, et cependant je bénis Dieu.

Quand les idées anglaises et allemandes passèrent ainsi sur nos têtes, ce fut comme un dégoût morne et silencieux, suivi d’une convulsion terrible. Car formuler des idées générales, c’est changer le salpêtre en poudre, et la cervelle homérique du grand Goethe avait sucé, comme un alambic, toute la liqueur du fruit défendu. Ceux qui ne le lurent pas alors crurent n’en rien savoir. Pauvres créatures ! l’explosion les emporta comme des grains de poussière dans l’abîme du doute universel.

Ce fut comme une dénégation de toutes choses du ciel et de la terre, qu’on peut nommer désenchantement, ou si l’on veut, désespérance, comme si l’humanité en léthargie avait été crue morte par ceux qui lui tâtaient le pouls. De même que ce soldat à qui l’on demanda jadis : À quoi crois-tu ? et qui le premier répondit : À moi ; ainsi la jeunesse de France, entendant cette question, répondit la première : À rien.

Dès lors il se forma comme deux camps : d’une part, les esprits exaltés, souffrants, toutes les âmes expansives qui ont besoin de l’infini, plièrent la tête en pleurant ; ils s’enveloppèrent de rêves maladifs, et l’on ne vit plus que de frêles roseaux sur un océan d’amertume. D’une autre part, les hommes de chair restèrent debout, inflexibles, au milieu des jouissances positives, et il ne leur prit d’autre souci que de compter l’argent qu’ils avaient. Ce ne fut qu’un sanglot et un éclat de rire, l’un venant de l’âme, et l’autre du corps.

Voici donc ce que disait l’âme :

Hélas ! hélas ! la religion s’en va ; les nuages du ciel tombent en pluie ; nous n’avons plus ni espoir ni attente, pas deux petits morceaux de bois noir en croix devant lesquels tendre les mains. L’astre de l’avenir se lève à peine ; il ne peut sortir de l’horizon ; il y reste enveloppé de nuages, et comme le soleil en hiver, son disque y apparaît d’un rouge de sang, qu’il a gardé de quatre-vingt-treize. Il n’y a plus d’amour, il n’y a plus de gloire. Quelle épaisse nuit sur la terre ! Et nous serons morts quand il fera jour.

Voici donc ce que disait le corps :

L’homme est ici-bas pour se servir de ses sens ; il a plus ou moins de morceaux d’un métal jaune ou blanc, avec quoi il a droit à plus ou moins d’estime. Manger, boire et dormir, c’est vivre. Quant aux liens qui existent entre les hommes, l’amitié consiste à prêter de l’argent ; mais il est rare d’avoir un ami qu’on puisse aimer assez pour cela. La parenté sert aux héritages : l’amour est un exercice du corps ; la seule jouissance intellectuelle est la vanité.

Pareille à la peste asiatique exhalée des vapeurs du Gange, l’affreuse désespérance marchait à grands pas sur la terre. Déjà Chateaubriand, prince de poésie, enveloppant l’horrible idole de son manteau de pèlerin, l’avait placée sur un autel de marbre, au milieu des parfums des encensoirs sacrés. Déjà, pleins d’une force désormais inutile, les enfants du siècle raidissaient leurs mains oisives et buvaient dans leur coupe stérile le breuvage empoisonné. Déjà tout s’abîmait, quand les chacals sortirent de terre. Une littérature cadavéreuse et infecte, qui n’avait que la forme, mais une forme hideuse, commença d’arroser d’un sang fétide tous les monstres de la nature.

Qui osera jamais raconter ce qui se passait alors dans les collèges ? Les hommes doutaient de tout : les jeunes gens nièrent tout. Les poètes chantaient le désespoir : les jeunes gens sortirent des écoles avec le front serein, le visage frais et vermeil, et le blasphème à la bouche. D’ailleurs le caractère français, qui de sa nature est gai et ouvert, prédominant toujours, les cerveaux se remplirent aisément des idées anglaises et allemandes, mais les cœurs, trop légers pour lutter et pour souffrir, se flétrirent comme des fleurs fanées. Ainsi le principe de mort descendit froidement et sans secousse de la tête aux entrailles. Au lieu d’avoir l’enthousiasme du mal nous n’eûmes que l’abnégation du bien ; au lieu du désespoir, l’insensibilité. Des enfants de quinze ans, assis nonchalamment sous des arbrisseaux en fleur, tenaient par passe-temps des propos qui auraient fait frémir d’horreur les bosquets immobiles de Versailles. La communion du Christ, l’hostie, ce symbole éternel de l’amour céleste, servait à cacheter des lettres ; les enfants crachaient le pain de Dieu.

Heureux ceux qui échappèrent à ces temps ! heureux ceux qui passèrent sur les abîmes en regardant le ciel ! Il y en eut sans doute, et ceux-là nous plaindront.

Il est malheureusement vrai qu’il y a dans le blasphème une grande déperdition de force qui soulage le cœur trop plein. Lorsqu’un athée, tirant sa montre, donnait un quart d’heure à Dieu pour le foudroyer, il est certain que c’était un quart d’heure de colère et de jouissance atroce qu’il se procurait. C’était le paroxysme du désespoir, un appel sans nom à toutes les puissances célestes ; c’était une pauvre et misérable créature se tordant sous le pied qui l’écrase ; c’était un grand cri de douleur. Et qui sait ? aux yeux de celui qui voit tout, c’est peut-être une prière.

Ainsi les jeunes gens trouvaient un emploi de la force inactive dans l’affectation du désespoir. Se railler de la gloire, de la religion, de l’amour, de tout au monde, est une grande consolation, pour ceux qui ne savent que faire ; ils se moquent par là d’eux-mêmes et se donnent raison tout en se faisant la leçon. Et puis, il est doux de se croire malheureux, lorsqu’on n’est que vide et ennuyé. La débauche, en outre, première conclusion des principes de mort, est une terrible meule de pressoir lorsqu’il s’agit de s’énerver.

En sorte que les riches se disaient : Il n’y a de vrai que la richesse ; tout le reste est un rêve ; jouissons et mourons. Ceux d’une fortune médiocre se disaient : Il n’ y a de vrai que l’oubli ; tout le reste est un rêve ; oublions et mourons. Et les pauvres disaient : Il n’y a de vrai que le malheur ; tout le reste est un rêve ; blasphémons et mourons.

Ceci est-il trop noir ? est-ce exagéré ? Qu’en pensez-vous ? Suis-je un misanthrope ? Qu’on me permette une réflexion.

En lisant l’histoire de la chute de l’Empire romain, il est impossible de ne pas s’apercevoir du mal que les chrétiens, si admirables dans le désert, firent à l’État dès qu’ils eurent la puissance. « Quand je pense, dit Montesquieu, à l’ignorance profonde dans laquelle le clergé grec plongea les laïques, je ne puis m’empêcher de le comparer à ces Scythes dont parle Hérodote, qui crevaient les yeux à leurs esclaves, afin que rien ne pût les distraire et les empêcher de battre leur lait. – Aucune affaire d’État, aucune paix, aucune guerre, aucune trêve, aucune négociation, aucun mariage, ne se traitèrent que par le ministère des moines. On ne saurait croire quel mal il en résulta. »

Montesquieu aurait pu ajouter : Le christianisme perdit les empereurs, mais il sauva les peuples. Il ouvrit aux Barbares les palais de Constantinople, mais il ouvrit les portes des chaumières aux anges consolateurs du Christ. Il s’agissait bien des grands de la terre ; et voilà qui est <plus> intéressant que les derniers râlements d’un empire corrompu jusqu’à la moelle des os, que le sombre galvanisme au moyen duquel s’agitait encore le squelette de la tyrannie sur la tombe d’Héliogabale et de Caracalla ! La belle chose à conserver que la momie de Rome embaumée des parfums de Néron, cerclée du linceul de Tibère ! Il s’agissait, messieurs les politiques, d’aller trouver les pauvres et de leur dire d’être en paix ; il s’agissait de laisser les vers et les taupes ronger les monuments de honte, mais de tirer des flancs de la momie une vierge aussi belle que la mère du Rédempteur, l’espérance, amie des opprimés.

Voilà ce que fit le christianisme ; et maintenant, depuis tant d’années, qu’on fait ceux qui l’ont détruit ? Ils ont vu que le pauvre se laissait opprimer par le riche, le faible par le fort, par cette raison qu’ils se disaient : Le riche et le fort m’opprimeront sur la terre ; mais quand ils voudront entrer au paradis, je serai à la porte et je les accuserai au tribunal de Dieu. Ainsi, hélas ! ils prenaient patience.

Les antagonistes du Christ ont donc dit au pauvre : Tu prends patience jusqu’au jour de justice, il n’y a point de justice ; tu attends la vie éternelle pour y réclamer ta vengeance, il n’y a point de vie éternelle ; tu amasses tes larmes et celles de ta famille, les cris de tes enfants et les sanglots de ta femme, pour les porter au pied de Dieu à l’heure de ta mort ; il n’y a point de Dieu.

Alors il est certain que le pauvre a séché ses larmes, qu’il a dit à sa femme de se taire, à ses enfants de venir avec lui, et qu’il s’est redressé sur la glèbe avec la force d’un taureau. Il a dit au riche : Toi qui m’opprimes, tu n’es qu’un homme ; et au prêtre : Tu en as menti, toi qui m’as consolé. C’était justement là ce que voulaient les antagonistes du Christ. Peut-être croyaient-ils faire ainsi le bonheur des hommes, en envoyant le pauvre à la conquête de la liberté.

Mais si le pauvre, ayant bien compris une fois que les prêtres le trompent, que les riches le dérobent, que tous les hommes ont les mêmes droits, que tous les biens sont de ce monde, et que sa misère est impie ; si le pauvre, croyant à lui et à ses deux bras pour toute croyance, s’est dit un beau jour : Guerre au riche ! à moi aussi la jouissance ici-bas, puisqu’il n’y en a pas d’autre ! à moi la terre, puisque le ciel est vide ! à moi et à tous, puisque tous sont égaux ! ô raisonneurs sublimes qui l’avez mené là, que lui direz-vous s’il est vaincu ?

Sans doute vous êtes des philanthropes, sans doute vous avez raison pour l’avenir, et le jour viendra où vous serez bénis ; mais pas encore, en vérité, nous ne pouvons pas vous bénir. Lorsque autrefois l’oppresseur disait : À moi la terre ! – À moi le ciel, répondait l’opprimé. À présent que répondra-t-il ?

Toute la maladie du siècle présent vient de deux causes ; le peuple qui a passé par et par porte au cœur deux blessures. Tout ce qui était n’est plus ; tout ce qui sera n’est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret de nos maux.

Voilà un homme dont la maison tombe en ruine ; il l’a démolie pour en bâtir une autre. Les décombres gisent sur son champ, et il attend des pierres nouvelles pour son édifice nouveau. Au moment où le voilà prêt à tailler ses moellons et à faire son ciment, la pioche en mains, les bras retroussés, on vient lui dire que les pierres manquent et lui conseiller de reblanchir les vieilles pour en tirer parti. Que voulez-vous qu’il fasse, lui qui ne veut point de ruines pour faire un nid à sa couvée ? La carrière est pourtant profonde, les instruments trop faibles pour en tirer les pierres. Attendez, lui dit-on, on les tirera peu à peu ; espérez, travaillez, avancez, reculez. Que ne lui dit-on pas ? Et pendant ce temps-là cet homme, n’ayant plus sa vieille maison et pas encore sa maison nouvelle, ne sait comment se défendre de la pluie, ni comment préparer son repas du soir, ni où travailler, ni où reposer, ni où vivre, ni où mourir ; et ses enfants sont nouveau-nés.

Ou je me trompe étrangement, ou nous ressemblons à cet homme. Ô peuples des siècles futurs ! lorsque, par une chaude journée d’été, vous serez courbés sur vos charrues dans les vertes campagnes de la patrie ; lorsque vous verrez, sous un soleil pur et sans tache, la terre, votre mère féconde, sourire dans sa robe matinale au travailleur, son enfant bien-aimé ; lorsque, essuyant sur vos fronts tranquilles le saint baptême de la sueur, vous promènerez vos regards sur votre horizon immense, où il n’y aura pas un épi plus haut que l’autre dans la moisson humaine, mais seulement des bleuets et des marguerites au milieu des blés jaunissants ; ô hommes libres ! quand alors vous remercierez Dieu d’être nés pour cette récolte, pensez à nous qui n’y serons plus ; dites-vous que nous avons acheté bien cher le repos dont vous jouirez ; plaignez-nous plus que tous vos pères ; car nous avons beaucoup des maux qui les rendaient dignes de plainte, et nous avons perdu ce qui les consolait.

 

10 – 12 septembre 1969 – Funérailles d’Ho Chi Minh : un répit inespéré dans la confrontation sino-soviétique.

Fidel Castro voyait dans la rupture sino-soviétique une des causes principales de la chute de l’URSS. Elle a incontestablement pesé sur tous les pays et tous les partis communistes, ici le Vietnam, engendrant des luttes de personnes plus qu’idéologiques au sein des dirigeants. Paradoxalement, pour qui ignore l’histoire, le poids de Staline sur les partis frères fut beaucoup plus léger que celui de Khrouchtchev. L’indépendance de Mao face aux recommandations de Staline faisait sourire ce dernier, en 1948, il déclarait approbateur et faisant son autocritique: « Les Chinois n’ont pas suivi quand nous leur avons dit brutalement qu’à notre avis le soulèvement de la Chine n’avait aucune chance de réussir et qu’ils devaient par conséquent chercher un modus vivendi avec Tchang KaÏ -chek. » Attitude dont Khrouchtchev s’avérait incapable comme on l’a vu en Indonésie. En septembre 1963 le Parti Communiste chinois avait promulgué un texte célèbre sur ses divergences avec le PCUS, parmi lesquelles l’appréciation sur Staline autant que la coexistence pacifique, alors même que peu de temps après, en 1972, ils noueront des relations avec Nixon. Une des preuves de la perspicacité du parti communiste cubain mais aussi du PCF a été le rôle que ces deux partis ont voulu jouer pour tenter d’apaiser la querelle, querelle qui est à l’origine de la crise du communisme dans le monde (note de Danielle Bleitrach).

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Que montre la photo ?

On peut voir la dépouille d’Ho Chi Minh reposant dans un cercueil de verre alors qu’il est entouré des quatre hommes forts du Politburo du Parti des Travailleurs Vietnamiens (nom du parti communiste vietnamien à partir de 1960), de gauche à droite on trouve : Le Duan, premier secrétaire du Parti ; Ton Duc Thang, vice-président ; Truong Chinh, membre éminent du Politburo et idéologue majeur et Pham Van Dong, premier ministre.

Bien que le défunt ait rendu l’âme le 2 septembre, soit 24 ans jour pour jour après la déclaration d’indépendance sur la place Ba Dinh[1], la nouvelle du décès de l’oncle Ho ne fut rendue publique que le lendemain pour ne pas perturber les festivités de circonstance[2].

Dans quel contexte la photo a-t-elle été prise ?

1969 est une année particulièrement critique pour le Nord Vietnam pour au moins 3 raisons.

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Nikita Khrouvtchev (1894-1971)

D’abord c’est l’année de l’acmé des tensions sino-soviétiques. En effet, suite à la mort de Staline en 1953, son successeur au poste de secrétaire général du PCUS Nikita Khrouchtchev lance la déstalinisation du régime soviétique lors du XXème Congrès du PCUS. Sur le plan intérieur il s’agit de rompre avec les méthodes brutales de gouvernement de « l’Homme de Fer », ce qui se traduit sur le plan extérieur par une accalmie sur le plan diplomatique en période de guerre froide soutenu par l’idée selon laquelle les blocs communiste et capitaliste peuvent vivre côte à côte sans conflit frontal : c’est la « coexistence pacifique ». Sur le plan idéologique et dogmatique, cette modération apportée à la « Révolution Prolétarienne », établie comme nécessairement violente et absolue par les marxistes « orthodoxes », devait valoir au nouvel homme fort d’URSS d’être taxé de « révisionnisme bourgeois».

 

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Eduard Bernstein (1850-1932)

Comme il ne s’agit pas ici de faire un cours traitant de l’histoire des idées marxistes, on notera seulement que ce terme fait référence à une controverse ancienne : à la fin du XIX siècle, un social-démocrate allemand répondant au nom d’Eduard Bernstein avait dans Présupposé du Socialisme pris le contrepied des thèses de Marx dans le Manifeste du Parti Communiste s’agissant de l’évolution du capitalisme et en avait déduit qu’avec plusieurs lois sociales fortes, la Révolution s’avérait non nécessaire. Cet abandon de la logique révolutionnaire fut violemment attaqué par les « orthodoxes » comme Rosa Luxembourg, Klara Zetkin et Karl Kautsky. Ce dernier, ayant développé la critique la plus « solide » de Bernstein, vit ses thèses reprises par Lénine qui s’en servit en 1918 pour justifier la suppression des libertés individuelles type Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, considérées comme un héritage « bourgeois » contrevenant aux nécessités de la «Révolution Prolétarienne »[3].

 

Si coté soviétique cette position se justifie par des besoins de réformes intérieures et de désescalade nucléaire, Mao compte utiliser ce prétexte pour prendre la tête du mouvement communiste mondial et évincer un Khrouchtchev déconsidéré pour son statut d’apparatchik, jugé inférieur à celui de meneur d’homme et de chef de guerre du n°1 chinois. Pour se départager, les rivaux marxistes vont choisir un des points les plus « chauds » de la guerre  froide : l’Indochine, au sein de laquelle le Vietnam et le Laos[4] connaissent un regain de tension continu. Après la crise des missiles de Cuba en 1962 (à la suite de laquelle le retrait des missiles soviétiques fut conspué par le PCC), l’entrée en guerre de Washington contre la guérilla communiste vietnamienne en 1964 entrainera le soutien de Moscou mais la méfiance de Pékin vis-à-vis de Hanoï. Comme nous le verrons plus loin, cette situation poussera les « camarades » vietnamiens à vouloir « vietnamiser » la guerre en diminuant l’influence chinoise sur le cours de la guerre.

Des litiges frontaliers viennent mettre le feu à la poudrière idéologique et personnelle : en mars des troupes sont déployées de chaque côté de la frontière commune et l’armée soviétique prend une position contestée en tuant 30 soldats chinois. Peu après Moscou réfléchit à des frappes ciblées au cœur même de la Chine populaire, en réponse Pékin se rapproche rapidement mais officieusement de Washington (le rapprochement officiel aura lieu en 1972 avec la visite de Nixon à Pékin)[5].

Ensuite, par extension, c’est également l’année du conflit durant laquelle les relations entre Hanoï et Pékin seront les plus exécrables, préparant en cela le terreau sur lequel prospèrera la guerre sino-vietnamienne de 1979.

S’il ne s’agit pas de refaire l’historique des relations entre le PCC et le PCV, il faut néanmoins poser quelques jalons permettant d’éclairer la situation. Grossièrement, la Chine voyait dans la partition du Vietnam par les Accords de Genève de 1954, sur lesquels ils ont lourdement pesé, un moyen de gérer le départ des Français sans voir les armées « impérialistes » américaines au contact direct de leur frontière. Comme la Corée du Nord, dont le sort fut réglé lors des mêmes conférences à Genève en 1954, la République Socialiste du Vietnam est considérée comme une zone tampon dans un contexte de Guerre Froide.

Aussi lorsqu’en décembre 1960 fut créé le Front National pour la Libération du Sud Vietnam afin de reprendre la guérilla communiste au sud du 16ème parallèle, « Hô à la volonté éclairée » avait dû arracher des deux grands frères socialistes un soutien de principe et matériel pour ses combattants, ménageant par là le chou soviétique adepte de « la coexistence pacifique » avec la chèvre chinoise partisane de la « guerre révolutionnaire contre les réactionnaires ».

Seulement, une fois passée l’escalade du conflit avec l’intervention direct de l’US Army à partir de 1964 et le paroxysme de la brutalité guerrière de l’offensive du Têt 1968 (que Pékin avait ouvertement désapprouvé), Washington entend négocier et des pourparlers de paix sont organisés à Paris dès février 1968.

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Ouverture de la conférence de Paris en février 1968. Les négociations resteront au point mort jusqu’en 1972, chaque parti voulant signer un accord en position de force.

Dans cette situation la volonté d’autonomie vietnamienne se heurte au problème diamétralement inverse à celui de 1960 : alors que les Soviétiques soutiennent la stratégie conciliatrice de Hanoï, les Chinois fustigent cette approche « diplomatique », craignant de voir son allié vietnamien en position de faiblesse lors des tractations et donc les frontières chinoises compromises par des concessions trop importantes. Si en apparence Mao accepte le compromis « négociation-combat » de Hanoï, sur le terrain les soldats chinois affectés à la logistique ou à la défense anti-aérienne des positions stratégiques du Nord Vietnam (1707 avions américains abattus, 1608 endommagés, 42 aviateurs capturés en 4 ans) sont démobilisés à partir de novembre 1968, en 1969 toutes les batteries de DCA chinoises ont évacué et en juillet 1970, il n’y a plus aucun soldat chinois au Nord Vietnam. Dans le même temps l’aide chinoise de 1969 diminue de 20% par rapport à son niveau de 1968 et de 50% en 1970. En face, c’est le début du « retrait tactique » des « boys » : la « vietnamisation de la guerre » est en marche, les « parrains » sino-soviétique d’une part et américain d’autre part se mettent en retrait, laissant Sud et Nord Vietnam face-à-face[6].

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Affiche de propagande nord-vietnamienne. On peut y voir la tête de Nixon sur une bombe et le slogan « Nixon doit payer la dette du sang »

Pour autant, Washington ne compte pas laisser le Vietnam se réunifier sous la bannière communiste et, troisième point marquant de 1969, reprend sa campagne de bombardement massif du nord du 16ème parallèle à partir du 5 juin. L’armée américaine se prépare également à intervenir au Cambodge pour déloger les « sanctuaires » des guérilleros communistes malgré les premiers retraits de troupe à partir du 8 juin. Le Nord Vietnam, déjà durement touché par 3ans de pilonnage intense (1965-1968), subit un déluge de feu et vit essentiellement des désormais maigres ravitaillements chinois et de ceux envoyés par Moscou mais qui rencontrent parfois des problèmes de transits à travers le territoire chinois. Rappelons qu’entre 1964 et 1972, l’aviation américaine aura déversé 7,4 millions de tonnes de bombes sur le Nord Vietnam alors que l’ensemble des bombardements de la deuxième guerre mondiale (1941-1945) n’avait vu « que » 3,3 millions de tonnes de bombes larguées par l’oncle Sam sur les théâtres européen et asiatique[7]. Autant dire que le choc est brutal pour la République Démocratique du Vietnam et sa population…

 

En quoi cette photo montre-t-elle l’évolution du conflit vietnamien ?

Etant donné la richesse des éléments de contexte cités plus haut ainsi que ceux du prochain paragraphe, cette partie sera volontairement réduite au fait que, dans ce balai d’alliances idéologiques/pratiques, la direction du Parti Communiste Vietnamien connut diverses orientations politiques et militaires, faisant et défaisant les carrières des cadres et officiers supérieurs. 1969 est une année charnière en ce que, même si la mort d’Ho Chi Minh aura offert une accalmie dans les tensions sino-soviétiques, la direction du Parti bascula lentement mais sûrement en faveur des Soviétiques. Il faudra attendre 1989 pour que le Vietnam normalise ses relations avec son grand voisin du nord, après une guerre-éclair (17 février-16 mars) ayant fait environ 200 000 morts dans les deux camps.

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Mao Zedong rencontre Richard Nixon en juin 1972 à Pékin. Les Vietnamiens, venant de subir une ultime campagne de bombardement intensif avant le départ des troupes américaines, nourriront une rancune certaine à l’égard du PCC pour ce qu’ils jugent être une trahison. 

Tout Ho Chi Minh qu’il fut, le père de la révolution lui même dut subir les conséquences de ces divers renversements d’alliance et de pouvoir, au point de n’avoir plus qu’une influence symbolique à partir de 1955. En effet, en 1955 le Parti, via les « conseillers » militaires et politiques envoyés par Pékin dès 1949, étaient sous la direction d’une classe de meneurs maoïstes « durs » recrutés sous impulsion chinoise davantage pour leur disposition au fanatisme idéologique du fait de leur extraction paysanne (forcément signe d’honnêteté et de légitimité pour les communistes chinois) et à la brutalité que pour leurs capacités réelles. Ainsi en 1955, le chef de la police politique vietnamienne, un certain Tran Quoc Hoan, aurait fait assassiner la maîtresse cachée d’Ho Chi Minh à la fois parce que celui-ci était jugé trop pro-soviétique et pour maintenir l’aura de sainteté du leader. Depuis le triste sire à disparu de l’histoire officielle[8]. On notera que le général Vo Nguyen Giap connaîtra la même forme d’isolement, son prestige militaire suite à Dien Bien Phu et à la chute de Saïgon ainsi que ses positions pro-soviétiques étant jugés trop importants par les caciques du Parti.

Quel a été son impact ?

La mort du père de la Révolution Vietnamienne est quasiment un non événement en terme d’influence sur le cours de la guerre. En effet, les services de renseignement américain était parfaitement au fait qu’Ho était un gros fumeur[9] (pour l’anecdote, il avait la réputation de ne fumer que des cigarettes américaines, une prouesse dans un Vietnam sous embargo) et qu’il connaissait des complications respiratoires depuis plusieurs années puisque, très malade et sentant sa fin proche, ce fils de mandarin s’était rendu en « pèlerinage » sur la tombe de Confucius en 1965[10].

Par ailleurs et dans la même veine, alliés et ennemis du Nord Vietnam savaient que l’oncle Ho, bien qu’occupant une fonction symbolique dans son pays, n’avaient quasiment plus aucune influence sur les décisions du Parti au moment de sa mort. Comme nous venons de le voir les diverses orientations des dirigeants vietnamiens, et les purges qui s’en suivirent, avaient déjà fini de transférer le pouvoir de Ho dans les mains du Politburo.

C’est donc d’un point de vue purement symbolique que la mort d’Ho Chi Minh eu un impact.

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Le jeune Ho Chi Minh lors du Congrès de Tours de 1920 qui vit la naissance du Parti Communiste Français.

Sur le plan extérieur d’abord et comme le titre de l’article le laisse entendre, la figure du vieux révolutionnaire était suffisamment prestigieuse et respectée pour mettre en sourdine les rivalités entre frères ennemis marxistes. Lui le révolutionnaire « Rouge » pur et dur, témoin et participant à la fondation du parti communiste français, l’homme du Komintern ayant survécu aux purges staliniennes des années 30, l’exilé durant plus de 30 ans, le chef de guerre contre les Français ayant pris le maquis à 55 ans, l’infatigable diplomate tentant (en vain) de mettre en sourdine les divisions entre « camarades » dans l’intérêt de son peuple, le vénérable « oncle » dans la plus pur tradition du gentilhomme confucéen, incarnait une vision quasi religieuse et romantique du communisme moderne avec tout ce que cette vision implique de sacrifice, de gloire, d’ascèse ou d’épreuve. Ainsi, malgré les tensions, maoïstes et soviétiques firent le déplacement pour lui rendre hommage.

 

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Alexis Kossyguine (1904-1980)
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Chou En Lai  (1898-1976)

Même si les représentants chinois, menés par le premier ministre chinois Chou En Lai et le maréchal Ye Jianying (principal artisan du rapprochement sino-américain), ne restèrent qu’une journée à Hanoï, les Vietnamiens réussirent à organiser une rencontre secrète entre ceux-ci et la délégation soviétique, emmenée par Alexis Kossyguine, Président du conseil des ministres d’URSS, le 11 septembre à l’aéroport de Pékin[11]. Dernier service rendu par Ho, les relations sino-soviétiques et sino-vietnamienne en sortiront nettement améliorées[12] jusqu’à ce que le rapprochement Pékin-Washington de 1972 viennent détruire l’ensemble…

 

Sur le plan intérieur, la mémoire du défunt fut évidemment au centre de tous les jeux de pouvoirs du moment. Ainsi, comme le culte de Lénine fut principalement le fait d’un Staline en quête de légitimité et au mépris des dernières volontés du père de la Révolution bolchevique, les cadres du Parti des Travailleurs Vietnamiens organisèrent le culte d’Ho Chi Minh en publiant une version tronquée de son testament. Il fallut attendre 1986 et la politique du « Doi Moi » (ou « Renouveau ») pour voir d’autres versions émerger. On trouve d’abord celle publiée par le journal Tîen Phong le 9 mai 1989 et datée du 10 mai 1968 dans laquelle les Vietnamiens apprirent notamment que l’oncle Ho voulait être incinéré et était tout à fait opposé à l’idée d’un culte posthume et d’un mausolée « à la Lénine ». Cinq jours après c’est le journal Nhan Dan, quotidien du Parti, qui publie une version datant de 1965 et complétant le texte précédemment publié. Le Parti lui-même publiera une version définitive des testaments en y ajoutant les photographies d’origines des textes écrits de la main de Ho lui même[13]. Depuis, comme chacun le sait, la figure du révolutionnaire vietnamien est omniprésente dans son pays et il est en passe de devenir un génie tutélaire du Vietnam pour son rôle pionnier de libérateur et d’unificateur du pays. Pour ce faire, un temple lui est dédié sur une haute colline de Ba Vi, près de Hanoï.

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Autel dédié à Ho Chi Minh dans le temple de Ba Vi. Le message sur le fronton rappelle une phrase du révolutionnaire « Rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté ».

En guise de conclusion, intéressons-nous au contenu de ces testaments qui permettent d’éclairer la vision qu’avait Nguyen Le Patriote de son œuvre passée et des mots qu’ils voulaient léguer à la postérité.

Fidèle à sa réputation de militant chevronné n’ayant jamais voulu être doctrinaire ou idéologue (fonction dévolu à Truong Chinh depuis la création du Parti Communiste Indochinois), l’Oncle Ho s’est adonné à un style plutôt plat, sans sensibleries, ni envolées lyriques (pourtant assez souvent répandues dans les textes marxistes) et faisant ressortir les deux caractéristiques principales qui formèrent l’originalité de son combat : le national-communisme[14].

En effet, si cette contradiction absolue peut s’avérer confuse pour un observateur occidental des choses vietnamiennes calfeutré dans des catégories inconciliables, Ho Chi Minh a réussi à la tenir tout au long de sa vie. Comment ? Par la primauté accordée à l’action prochaine, à la situation vécue, à la « praxis », pour jargonner selon l’école de pensée marxiste, qualité que même ses plus féroces détracteurs ne sauraient lui nier. On en veut d’ailleurs pour preuve la rapidité de l’attaque : « Dans la lutte patriotique contre l’agresseur américain… ».

A l’écrit cela se traduit à la fois par un constant rappel aux idées de la IIIème Internationale bolchevique, à la volonté de voir le mouvement ouvrier international prospérer, à la recherche de filiation avec Lénine et Marx, à sa vision du Parti tel qu’il le souhaite mais aussi par une familiarité et une bonhomie dans le ton ainsi que par des références culturelles quasi folkloriques ou tenant à la beauté des paysages vietnamiens.

Le texte prend ainsi la tournure d’une dernière leçon (les termes revenant le plus souvent étant ceux de « moralité révolutionnaire ») délivrée par un aïeul respectable à une famille étendue que serait le peuple vietnamien.

Si ce type de relation filiale dans la vie publique peut faire sourire en prenant des airs de coquetterie de vieillard ou crier à la supercherie d’un paternalisme héroïque dérivant d’un culte de la personnalité longtemps caractéristique d’un fanatisme marxiste-léniniste produit d’un lavage de cerveau dès l’enfance, il n’en est rien. Cette conception du pouvoir est profondément ancrée dans la société vietnamienne de par ses traditions multiséculaires. Malgré les ruptures qu’avait provoquées la colonisation française puis la révolution marxiste, la famille et le village restait et reste encore aujourd’hui les deux foyers d’une vie publique conçue comme un principe d’association hiérarchisé selon les préceptes de Confucius. Aussi l’appellation « oncle » ou « bac » en vietnamien (désigne l’oncle plus vieux que son propre père), auquel Ho Chi Minh tenait beaucoup, créait un lien de solidarité tellement fort au sein de la population vietnamienne que même le déluge de bombes américaines ne put le briser. Elle constituait également le sceau de la réussite et de la légitimité populaire du vieux leader alors même que son influence disparaissait peu à peu du processus de décision au sein du Parti.

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L’oncle Ho en visite dans un village de la proche de Hai Duong, 1964.

La perte de vitesse de l’idéologie marxiste-léniniste orthodoxe dans le Vietnam d’aujourd’hui a conduit le gouvernement d’Hanoï à faire la promotion de la « Pensée Ho Chi Minh[15] » pour la direction des affaires publiques. Si les contours de cette idéologie restent flous, on peut supposer que son usage légitime et permet de résoudre par voie de « praxis » et de pragmatisme le paradoxe (un autre) qui caractérise le régime vietnamien actuel : « l’économie de marché à orientation socialiste[16] » inaugurée lors des réformes du Doi Moi.

[1] https://vinageoblog.wordpress.com/2017/09/02/actualite-declaration-dindependance-vietnamienne-que-sest-il-passe-le-2-septembre-1945/

[2] http://www.nydailynews.com/news/world/minh-north-vietnam-president-dies-79-1969-article-1.2345741

[3] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.290 et 291

[4] https://vinageoblog.wordpress.com/2018/01/14/guerre-des-images-2-20-septembre-1965-le-pilote-et-la-milicienne-le-laos-au-centre-de-la-deuxieme-guerre-dindochine-le-nord-vietnam-sous-les-bombes-et-le-prisonnier-le/

[5] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.337

[6] Idem, p.314 à 336

[7] voir http://www.landscaper.net/timelin.htm#VIETNAM%20WAR%20STATISTICS et http://www.angelfire.com/ct/ww2europe/stats.html

[8] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.267 à 278.

[9] http://www.nydailynews.com/news/world/minh-north-vietnam-president-dies-79-1969-article-1.2345741

[10] Claude Gendre, La Franc-maçonnerie mère du colonialisme – Le cas du Vietnam, L’Harmattan, 2011, p.122

[11] Céline Marangé, Le Communisme Vietnamien (1919-1991). Construction d’un Etat Nation entre Moscou et Pékin, les Presses de Science Po, 2012, p.338

[12] Idem, p.338 à 341.

[13] Alain Ruscio, Ho Chi Minh – Textes 1914-1969, L’Harmattan, p.209 à 217

[14] Jean Lacouture, Sur le testament d’Ho Chi Minh. In: Tiers-Monde, tome 11, n°42-43, 1970. Le Vietnam entre la guerre et la paix. pp. 265-268. https://www.persee.fr/doc/tiers_0040-7356_1970_num_11_42_1701

[15] http://vovworld.vn/fr-CH/chronique-du-jour/la-pensee-de-ho-chi-minh-base-et-ferment-de-toute-vie-sociale-440121.vov

[16] https://www.lecourrier.vn/perfectionner-leconomie-de-marche-a-orientation-socialiste/116831.html

 

Sergey Lavrov: La Russie a annulé 140 milliards de dollars de dettes internationales parce que « elles n’auraient pas résolu les problèmes existants »

L’héritage assumée de la politique de l’URSS selon Lavrov; ce que Lavrov aurait pu ajouter c’est que ces dettes abandonnées ont également servi à reprendre une partie de la politique de l’URSS et son audience dans le monde, le tiers monde en particulier. ( note et traduction de danielle Bleitrach)

Le 31 juillet 2018 à 18h00
Sergey Lavrov: La Russie a annulé 140 milliards de dollars de dettes internationales parce que "ils n'auraient pas résolu les problèmes existants"

Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré que la Russie avait annulé les dettes de l’époque de l’URSS que devaient  un certain nombre de pays, car » cet argent ne permettrait  guère d’ aider à résoudre les problèmes existants. Ceci est rapporté par TASS

« Je ne pense pas que le montant dont vous parlez, qui sont des dettes héritées de l’Union soviétique, puisse être un problème interne et aiderait considérablement à y répondre, parce que ces dettes à plus de 90 pour cent étaient des dons à non-retour », – a déclaré le ministre .En outre, selon Lavrov, il était  « légalement très difficile à prouver », à quel taux ces dettes ont été fournies. Ensuite, il a noté, l’URSS n’était pas une partie intégrale du système monétaire et financier international, et le taux du rouble avait été établi par la banque d’état.

« Certaines personnes peuvent se rappeler quand le dollar valait 63 kopecks, et bien sûr, si nous considérions les dettes à ce taux, et l’Union soviétique ne réclamaient pas le paiement de leur dette principalement aux pays qui luttaient contre le colonialisme, l’indépendance et surtout l’aide militaire, nous serions loin de la réalité « , a souligné le ministre.

En outre, l’argent était souvent donné à des organisations qui luttaient pour l’indépendance et qui, selon le droit international, n’étaient pas des acteurs étatiques. Dans ces cas, il n’est pas possible de rembourser les dettes, car elles ne reposaient pas à l’origine sur des accords juridiques internationaux, a ajouté M. Lavrov.

Au cours des 20 dernières années, la Russie a radié plus de 140 milliards de dollars à des emprunteurs étrangers. pour Cuba, en particulier, ont été rayés  30 milliards de dollars, la RPDC – 11 milliards, les pays d’Afrique – 20 milliards.

 

Photographies d’URSS par Cartier Bresson

 » les femmes se reposent dans le champ de choux. Kolkhoze « le soviet du Turkménistan » photo d’Henri Cartier-Bresson,
Achgabat, République socialiste du Turkménistan, 1972.

 

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Henri Cartier-Bresson a prises lors d’un voyage de travail en Union soviétique en 1954, puis de nouveau au début des années 70. Il a voyagé là pour la première fois au plus fort de la guerre froide après la mort de Joseph Staline; Il a été le premier photojournaliste étranger à obtenir un visa de l’Union soviétique depuis 1947. A travers ses photographies, il a voulu montrer au public occidental que le peuple russe était en réalité le même que lui en enregistrant sa vie quotidienne, souvent banale. Les photos pour ce post ont été prises d’un livre merveilleux Henri Cartier-Bresson: Les Européens de Jean Clair.

La photographie la plus largement reproduite d'Henri Cartier-Bresson de son premier voyage en Russie en 1954: même les hommes russes regardent les jolies femmes dans la rue.

La photographie la plus largement reproduite d’Henri Cartier-Bresson de son premier voyage en Russie en 1954: même les hommes russes regardent les jolies femmes dans la rue.

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Ouvrier et superviseur, usine automobile, Moscou, URSS, 1954

Gala des sports, Dynamo Stadium, Moscou, URSS, 1954

Gala des sports, Dynamo Stadium, Moscou, URSS, 1954

Camp de Pinoeer, près de Moscou, URSS, 1954

Camp de Pinoeer, près de Moscou, URSS, 1954

Lac des Cygnes, Théâtre du Bolchoï, Moscou, 1954

Lac des Cygnes, Théâtre du Bolchoï, Moscou, 1954

Garde d'honneur lors d'une cérémonie commémorant la libération de Léningrad, URSS, 9 mai 1973

Garde d’honneur lors d’une cérémonie commémorant la libération de Léningrad, URSS, 9 mai 1973

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Mausolée de Lénine, Place Rouge, Moscou, URSS, 1972

Salon de l'agriculture, Moscou, URSS, 1954

Salon de l’agriculture, Moscou, URSS, 1954

Mausolée de Lénine et de Staline, Place Rouge, Moscou, 1954

Mausolée de Lénine et de Staline, Place Rouge, Moscou, 1954

St George's Day, Monastère d'Alaverdi, Telavi, Géorgie, URSS, 1972

St George’s Day, Monastère d’Alaverdi, Telavi, Géorgie, URSS, 1972

Lavandières, Souzdal, URSS, 1972

Lavandières, Souzdal, URSS, 1972

Près d'Irkoutsk, Sibérie, URSS, 1972

Près d’Irkoutsk, Sibérie, URSS, 1972

Concours de danse, usine de cellulose, Tallinn, Estonie, URSS, 1973

Concours de danse, usine de cellulose, Tallinn, Estonie, URSS, 1973