RSS

Archives de Catégorie: URSS. Révolution d’octobre

Les héros nazis de l’OTAN

Il y a eu la diffusion d’un clip vidéo de l’OTAN, qui a fait grand bruit en Russie et dans les ex-pays soviétiques. Ce clip célébrait la résistance héroïque à « l’occupation soviétique », l’OTAN ne pouvait pas ignorer qui étaient « ces résistants » et qui ont été leurs victimes, soldats soviétiques, mais surtout civils, femmes, enfants vieillards, kolkhoziens, et juifs. je dois dire que le frère de mon père mort en Lituanie à 23 ans me rend particulièrement sensible à ces complicités, mais ce qui m’effraie le plus c’est la complicité de certains comme BHL qui font profession de judaïsme et qui cautionnent cette réhabilitation de criminels nazis par pure allégeance aux Etats-Unis.(note de danielle Bleitrach)

manif nazie ukrainiende Fabrizio Poggi
de  contropiano.org

L’OTAN a diffusé un clip vidéo de huit minutes sur « Les Frères des bois qui se battent pour la mer Baltique », qui agissaient à la fin de la Seconde Guerre mondiale, multipliant  les exploits contre ‘a « occupation soviétique » qui , selon les « frères » de l’ OTAN  qui de ce fait aussi et, par conséquence,  assument le joug nazi..

Maintenant, qui étaient ces « frères des bois » – en russe « Lesnye Bratja » – qui sèmaient la terreur dans les pays baltes, entre 1944 et 1953, avant d’ être finalement vaincu par les forces du ministère de l’ Intérieur de l’URSS? En grande partie, ceux – ci étaient d’ anciens membres des légions baltes de la SS ou les services de police auxiliaires , sous les ordres des nazis: la variante de la Baltique, en substance, la division SS « Galicie » formée par l’Ukraine pro-nazie OUN-UPA, qui a semé le carnage , principalement en 1942-’43, y compris contre  les soldats soviétiques et les  civils d’origine juive, ukrainienne, biélorusse et se distingue en particulier dans les massacres de civils polonais dans Volinija. Parmi les « actes héroïques » de l’ex – SS Baltique après la guerre, qui, selon l’ OTAN, se battrait pour un « Etat balte », il y a un grand nombre de massacres de civils, leurs compatriotes, coupables de soutenir le système soviétique.

Et, en fait, si pendant  l’occupation nazie, les formations  baltes étaient aux ordres du IIIe Reich d’Hitler, après la guerre, et surtout depuis les années 50, elles ont commencé à recevoir des fournitures et des instructions de Washington et, par conséquent, du commandement de l’ OTAN. les  documents de la CIA liés  à l’OUN-UPA  ukrainien sont maintenant déclassifiés, en dépit d’ avoir été définis par Washington  comme « organisation terroriste », elle a été classé parmi les « facteurs de résistance » dans les zones de l’Ukraine où, selon les Etats – Unis, la population pourrait soutenir des opérations anti-soviétiques spéciales. C’est la même chose pour la mer Baltique. Sans surprise, la glorification du passé nazi, en vogue depuis trois ans ici depuis le coup d’ Etat en Ukraine, a une tradition de plus vingt ans en Estonie, en Lituanie et en Lettonie . ce n’est pas un  hasard, et parce qu’il n’y a pas de doutes sur les actuels objectifs de la vidéo, les auteurs soulignent que « l’ esprit » des « frères de la forêt » continue à vivre dans des unités spéciales des forces armées des trois pays baltes d’aujourd’hui. De même, on peut ajouter, avec lequel  l’ « esprit » de  Mussolini continue à vivre dans les paras Italiens qui vont chaque année  célébrer El Alamein.

Mais en quoi se se sont distingués les « frères des bois » de la Baltique, dans leurs rêves de grandeur et de « l’ indépendance nationale »? Les actes « héroïques » ne figurent pas dans  le clips vidéo de l’OTAN, ils consistaient   dans l’élimination, pendant la guerre et après la guerre,  de80% des Juifs dans les pays baltes et dans les massacres de prisonniers de guerre soviétiques. En tuant, par exemple, en Lituanie, dans les jours entre la fin de 1946 et le début de ’47, de nombreuses familles rurales, aussi pour les nationalités non-russes, y compris les très jeunes enfants; sdes soldats de l’ Armée rouge démobilisés de; jeunes militants du Komsomol;  des secrétaires des agriculteurs soviets; les Présidents des bureaux de vote; de simples membres  du PC  lituanien (b). En règle générale, les familles des victimes, les femmes et les jeunes enfants, ont eu  le même sort dque leurs proches et leurs pauvres maisons ont été incendiées.

Selon les données du Fonds pour la mémoire historique, il y a eu  environ 900 Estoniens assassinés par les « frères de la forêt », 56% étaient des civils et le reste de l’ ex – armée soviétique, des militants politiques, des fonctionnaires du ministère de l’ Intérieur. En Lettonie, il y a eu plus de 2200  morts, la plupart des victimes de représailles contre des civils, des pillages et des dommages à la propriété kolkhozienne,  les bombardements et le sabotage. Cependant, le plus grand nombre de victimes,ont été  enregistrées en Lituanie, avec plus de 25 000 décès, 84,6% des citoyens lituaniens et 15,4% d’autres nationalités. Le directeur scientifique de la Société de l’ histoire militaire russe, Mikhail Mjagkov a déclaré à RIA Novosti que la grande majorité des victimes de ces « héros » des bois étaient des civils, des Lituaniens, des Estoniens et des Lettons. Parmi les 25 mille victimes de la Lituanie ont été comptés 1.054 enfants, dont 52 enfants en bas âge de moins de deux ans. Selon Mjagkov, « Dans les pays de l’ OTAN , : les pays baltes constituent l’avant – poste de la guerre de l’ information contre la Russie. La Russie sera toujours l’ennemi et tous ceux qui se battent contre la Russie, sont considérés comme  amis, quels que soient les crimes qu’ils commettent « . Tant mieux si une expérience comme celle qui vient du passé nazi.

Et, parce qu’il ya des doutes sur l’instrumentalité de nombreuses célébrations dicté en grande partie par des fins politiques, au siège de l’ OTAN ne résonne pas le mot « Holocauste » pour les dizaines de milliers de Juifs assassinés en Ukraine par les bandes de OUN-UPA ou dans la Baltique des « frères de la forêt ». Il résonne encore aux dizaines de milliers de Juifs polonais de Volinija,  assassiné par les Ukrainiens et pour lequel  les officiels de Varsovie , célébrant 11 Juillet anniversaire de la journée la plus tragique de ces massacres, a tenu à souligner, contrairement aux manifestants qui scandaient « il n’y a pas de place  ici pour les banderisti » qu’il ne s’agit pas  « de la vengeance, mais de la » mémoire de sorte que l’on préserve« l’ esprit »  commun anti-russe, en suivant  la ligne d’action de l’ OTAN. Donc: il suffit de préciser ce qu’est  l’aspiration démocratique Alliance atlantique.

 

 » Vous avez un nouveau phénomène parce que la classe moyenne fait face à un mouvement descendant  »

Voici l’interview qui a été publié dans le principal média en ligne de Kazan. Le jeune rédacteur en chef, un tatare avait été interviewé en début de séjour et à la fin il m’a à son tour interviewé. Voici ce qu’il en rapporte dans son journal. Il y a un phénomène dont il n’a pas été fait état dans cet interview et qui me préoccupe autant que celui signalé au titre des lacunes de la pré-enquête à savoir la nécessité d’interviewer le monde industriel, c’est celui des campagnes qui retournent en friche tant sur le plan agricole qu’à celui des êtres humains qui l’habitent encore. (note et traduction de l’anglais de Danielle Bleitrach, l’article était en effet publié en russe et en anglais)

https://realnoevremya.com/articles/1608-you-are-having-a-new-phenomenon-when-all-this-middle-class-mass-will-face-a-downward-movement

Une Sociologue française observe les pratiques  des vendeuses à Kazan, la dégradation de la classe moyenne et  l’Union soviétique qui ne reviendra pas.

La sociologue française et journaliste d’opinion Danielle Bleitrach – ancienne membre du Comité central du Parti communiste français et professeur de sociologie à l’Université Aix-Marseille – a travaillé à Kazan pendant 3 semaines. Dans une interview à Realnoe Vremya, le chercheur a raconté ce qu’elle avait vu dans le Tatarstan post-soviétique.

 » Traces de l’URSS  » et  » vérité sur la Russie  »

Danielle, dans quel domaine de sociologie vous spécialisez-vous? Et pourquoi êtes-vous ici?

J’ai commencé avec la sociologie de la classe ouvière. Ensuite, je me suis  intéressée aux liens entre les professions des gens  et leur mode de vie. J’ai accompagné des étudiants dans différents pays du monde, j’ai  écris 15 livres(1). Maintenant, avec Marianne (Note de la rédaction: Marianne Dunlop, linguiste et traductrice), je recherche des traces ou des «itinéraires», comme les gens disent en sociologie, depuis l’Union soviétique jusque dans la vie russe moderne. Y compris avec les questions sur l’ethnicité et la multiethnicité. Cette recherche n’est que la première approche du sujet, l’étude de ces changements constants ayant lieu en Russie et au Tatarstan.

Combien de personnes avez-vous interiewées ?

Il ne s’agit pas d’une enquête mais d’un pré-enquête qui nous permettrait ultérieurement de poser les bonnes questions.Comme il est difficile pour moi de me déplacer dans les transports publics, nous avons eu recours aux  chauffeurs de taxi. Pendant 20 jours, nous avons interviewé trois conducteurs en moyenne par jour. Il y avait aussi six représentants de l’intelligentsia , un politicien (Artyom Prokofiev du bureau régional du Parti communiste de la Fédération de Russie) et un policier.

En plus des entretiens, nous avons essayé d’observer le comportement des gens – leur façon de parler, de plaisanter, comment le personnel du secteur des services se comportait. Les «traces de l’URSS» sont  également lisibles ici – par exemple, les vendeuses dans les magasins pensent souvent qu’elles ont certains droits. Elles peuvent vous reprendre vertement si vous faites quelque chose de mal, par exemple, vous entrez dans une zone interdite dans le magasin. Mais, comprenez-moi bien, nous ne sommes pas venus ici pour recueillir des aspects négatifs. Je pense que dans notre recherche, nous avons fait plus que certains journalistes occidentaux pour dire la soi-disant «vérité sur la Russie» (même dans une telle version préliminaire). De plus, notre objectif, en fait, était de montrer des faits et des événements contradictoires avec une opinion stéréotypée de l’Occident à propos de la Russie.

«Nous avons essayé d’observer le comportement des gens – leur façon de parler, de plaisanter, comment le personnel du secteur des services se comportait. Les traces de l’URSS sont également lisibles . Photo: citifox.ru

Il est clair que notre recherche n’est pas encore suffisante pour affirmer quelque chose. Mais elle aide à poser des questions. C’est pourquoi nous allons passer à une autre phase de la recherche. Mais je suis un peu vieille et je n’ai pas les moyens d’une véritable enquête. Je sais parfaitement l’équipe que je devrais constituer avec moi la prochaine fois. Il doit y avoir au moins 5 personnes pour ce travail. Et elle devraient   avoir des contacts avec vos chercheurs qui se sont  probablement posé des questions comparables.

Stalinisme et ascenseurs sociaux

Qu’avez-vous réussi à voir dans ta première «approche»?

Deux grands moments. Tout d’abord, 80% des répondants disent que c’était mieux pendant l’Union soviétique, mais aussi que ce temps ne reviendra  plus jamais parce qu’ils disent que les gens se sont habitués à la consommation et ont une attitude plus individuelle et égoïste envers la vie.

Curieusement, presque personne n’a lié son approche de  l’URSS avec des problèmes de propriété – collectifs ou privés. En d’autres termes, nos interlocuteurs n’ont pas mentionné la propriété collective comme un élément nécessaire du socialisme. Pour eux, la propriété privée c’est, par exemple, les voitures et d’autres choses qu’ils aimeraient avoir.

Les gens ne se rendent pas compte qu’ils ont perdu quelque chose avec la privatisation. Ils ne se rendent pas compte des faits de corruption qu’ils révèlent et considèrent comme inacceptables et qui sont probablement associés à cette privatisation de la propriété soviétique. Principalement, le choix de l’URSS demeure pour eux une question morale : «C’était mieux en URSS parce qu’il y avait de meilleures relations entre les gens.» C’est une vision morale des choses. Ils ne font pas état de ce qui caractérise le socialisme.

Mais probablement, ce qu’ils disent, ce n’est pas tout ce qu’ils pensent. Ou, au contraire, c’est trop évident pour le mentionner. Ou ils ne se rendent pas compte. Ou nous pourrions peut-être obtenir d’autres réponses si nous avions enquêté, par exemple, dans un monde ouvrier industriel quelque part à Nizhnekamsk. Nous poserions toutes ces questions dans la poursuite de la recherche.

«Toutes les personnes que j’ai interviewées ici comprennent qu’une transformation profonde de la société a été le résultat de cette période qui s’est accompagnée d’une promotion sociale particulière des personnes.» Photo: visualhistory.livejournal.com

Vous avez parlé des stéréotypes occidentaux que vous souhaitez dépasser .Que vouliez vous dire?

Par exemple, la période stalinienne de votre histoire. Ce phénomène historique, en passant, illustre bien la différence entre l’Ouest et vos approches. En Occident, le stalinisme est compris comme une sorte de terreur. Dans le même temps, toutes les personnes que j’ai interviewées ici comprennent qu’une transformation profonde de la société a été le résultat de cette période qui s’accompagnait notamment d’une promotion sociale des personnes. Même ces événements comme la collectivisation et l’industrialisation allaient dans ce sens. C’était un mouvement ascendant puissant, une masse de paysans est entrée dans un monde complètement différent. La même chose s’est produite en France pendant la Révolution française. Par exemple, tous les maréchaux de Napoléon provenaient de classes non aristocratiques de la société. C’était une percée pour toute la société.

L’apparition de  classe moyenne dans la société est née de l’ URSS alors. Beaucoup de travailleurs et d’anciens paysans sont devenus une petite bourgeoisie qui a joué un rôle majeur dans la dissolution de l’Union soviétique. Cependant, ce n’est qu’une hypothèse qui doit être vérifiée.

Au fait, maintenant, vous avez un nouveau phénomène lorsque toute cette masse de classe moyenne fait  face, au contraire, à un mouvement descendant. Ceux qui ont atteint un niveau supérieur dans le passé, par exemple, les enseignants et les travailleurs universitaires doivent survivre aujourd’hui. Ils se rendent compte que leurs enfants sont tirés  vers le bas socialement. Ils doivent donc se battre avec force  pour tenter de l’empêcher. Ces familles ont un capital éducatif et culturel. Mais il ne suffit pas à maintenir leur niveau d’aujourd’hui. Et c’est probablement pour  cette raison (c’est une autre hypothèse) que la jeunesse n’est pas très intéressé par l’agenda social et politique. Ils ont juste d’autres choses à faire, ils doivent se battre pour la vie. Cependant, ces observations doivent obligatoirement être vérifiées statistiquement, les données statistiques sur la mobilité sociale doivent être relevées.

Les Gastarbeiters ne sont pas nécessaires. Ni la Crimée

Pourquoi avez-vous choisi précisément Tatarstan comme objet de votre recherche?

D’une part, l’affaire est une question d’opportunitéi. Nous avons une connaissance française qui travaille à l’Université fédérale de Kazan. Il nous a donné toutes les informations préliminaires nécessaires. D’autre part, le Tatarstan est l’une des régions russes qui semble avoir été le moins affecté par la dissolution de l’Union soviétique. C’est un endroit où le Parti communiste a recueilli le  moins de votes (après la Tchétchénie, qui est  un cas particulier, bien sûr). Nous étions très intéressés à comparer l’état d’avancement ici avec des territoires tels que Novosibirsk et l’oblast d’Irkoutsk où, par conséquent, le maire et le gouverneur sont membres du Parti communiste.

«Nous voulions comprendre la résistance du monde interethnique au Tatarstan. En ce moment, les gens interviewés ne voient pas un gros problème ici. »Photo: Maksim Platonov

De plus, nous savions que beaucoup de Russes considérent comme un phénomène positif le fait que l’URSS ne connaissait pas de conflits interethniques et interreligieux. Et nous voulions comprendre la cohabitation du monde interethnique au Tatarstan. En ce moment, les interviewés ne voient pas de gros problème ici. Mais l’arrivée des gastarbeiters des anciennes républiques soviétiques est assez pénible. Les gens disent avoir peur de la radicalisation de la communauté musulmane. Nous avons rencontré des libéraux ici qui ont déclaré, par exemple, que la Russie n’aurait pas dû prendre la Crimée, qu’ils devaient être amis avec l’Occident. Dans le même temps, ils sont contre la politique de Poutine qui «apporte des gens de l’Asie centrale».

Bien sûr, le dialogue public sur ces questions n’atteint pas le niveau de  de la France. Mais il se pose déjà et se développe progressivement. Et pour les mêmes raisons, comme des vêtements de femmes musulmanes. En d’autres termes, il semble qu’ils soient des problèmes secondaires qui, pourtant, provoquent la répulsion et la peur.

Par Rustem Shakirov
(1) je me suis permise de corriger le texte qui m’attribue 150 livres. mais un ami français (Patrick Masson) de Kazan me signale que dans la version russe de l’article il est simplement noté une douzaine de livres. Et il se félicite de cet article. Moi aussi, le fait que nous ayons pu ce jeune homme et moi commencer à échanger (grâce en particulier aux compétences de Marianne en matière de traduction simultanée) prouve qu’il peut y avoir des dialogues basés sur une curiosité réciproque et sur « une bienveillance », sans nécessaire adhésion, qui pour moi a toujours fait l’intérêt de mon métier de sociologue, mais aussi de ma  pratique militante. La possibilité d’un dialogue et de sa retranscription sans contresens est aussi un encouragement à la poursuite de la réflexion. C’est même la seule chose qui me fasse sentir le poids des ans, l’impossibilité physique de me donner les moyens de poursuivre ce passionnant dialogue- investigation. une certaine colère m’habite parfois devant la stupidité de ceux qui à la direction du PCF comme de l’Humanité sans parler des autres qui ont exercé une censure impitoyable, de m’avoir empêché pendant plus de vingt ans de dire ce que je retirais de toutes mes rencontres dans le vaste monde en me caricaturant comme un dinosaure « stalinien » J’ai perdu tant de temps, nous avons perdu tant de temps…Ces pseudos anti-staliniens et vrais censeurs de toutes obédiences ne m’ont pas détruit sur le plan individuel et ma vie fut passionnante, l’est toujours, mais ils ont fait pire, ils ont empêché des tas de gens comme moi à nourrir la réflexion collective, ils l’ont appauvrie jusqu’à la sclérose dans le conformisme aux diktats du capital.dans le fond, ils ont agi envers nous, avec toute la bigoterie du monde, exactement selon le programme que Mussolini définissait par rapport à gramsci: » l’empêcher de penser. » parce que nous représentions c’était une autre idée ce la révolution, celle des formidables opportunités qu’elle offre non seulement aux classes dominées mais à des talents individuels qui ne demandent qu’à s’épanouir. C’est toujours vrai… Mais faute d’avoir défendu cette vision, ils ont produit une jeunesse sans espérance ou avec des illusions mortifère sur la nature de l’adversaire…(danielle Bleitrach)
 

Encore à propos d’une déstalinisation ratée

Aucun texte alternatif disponible.

 

Je n’en suis pas à la demande de réhabilitation mais je dis que le cahier des charges du procès est pour le moins léger et surtout qu’il faudra bien s’interroger sur la nature du pouvoir révolutionnaire…

Un amas de ragots qui tient lieu d’analyse...

Ça y est j’ai pratiquement terminé ce chef d’oeuvre du ragot historique qui s’intitule « Staline, la cour du tsar rouge » de Simon Sebag Montefiore (1). J’ai éprouvé à sa lecture le même plaisir sans gloire que quand, il y a quelques siècles, j’ai lu « la vie des douze César de Suétone » ou les turpitudes des dits César vues par un obsessionnel réactionnaire assez bien informé. Suétone était effectivement au courant de ce qui se passait dans les dédales du palais, il avait à sa disposition des chroniques, puisqu’il était archiviste de la maison impériale sous Hadrien, qui finit d’ailleurs par le virer de son poste. Son mérite, dit-on, fut de nous faire douter de la légitimité impériale en accumulant les détails graveleux et mesquins sur les hommes qui occupèrent cette charge. Pourtant en bonne lectrice de Charles Parain, l’historien des forces productives, j’ai appris grâce à cet érudit, à sa passion pour l’évolution des techniques agricoles, des forces productives, par rapport à une biographie, à relativiser les jugements historiques sur le vertueux Marc Aurèle. De là, j’en ai déduit que les chroniqueurs qui décrivaient le conflit entre certains empereurs et le sénat n’étaient pas toujours les meilleurs juges de la nature du pouvoir. Suétone relevait d’une vision réactionnaire des propriétaires romains qui tentaient de se replier sur leurs privilèges alors même que l’empire rentrait dans une crise profonde celle du mode de production esclavagiste, et combien l’empereur « philosophe » qui dans le fond était d’accord avec les sénateurs était en fait complètement dépassé par sa tâche face à la chute de l’empire romain. Donc je me méfie de Suétone et de ses pairs, ceux dont la sympathie ou l’antipathie est commandée par une vision historique dénuée d’envergure.

Pourtant on trouve dans ce livre des contradictions de comportement non élucidées qui en font le prix.

Ainsi à la mort de Staline, on assiste à des prises de bec homériques entre les successeurs. Béria, dont l’auteur nous affirme qu’il voulait libéraliser – un Eltsine avant la lettre –  est rapidement exécuté. En 1956, dans le cadre d’une bataille de succession, « Khrouchtchev, soutenu par Mikoïan, dénonça les crimes de Staline dans son fameux « rapport secret ».En 1957, Molotov, Kaganovitch et Melenkov réussirent avec l’appui de Vorochilov et de Boulganine, à menacer la position de Khrouchtchev au sein du presidium du parti. Mais Khrouchtchev réagit en mobilisant aussitôt le comité central et fit venir ses partisans dans un avion affrété par le maréchal Joukov.
Lors de la session plénière, les potentats de Staline, qui avaient tous du sang sur les mains, se chamaillèrent en se rejetant mutuellement la responsabilité de leurs crimes : Joukov leur reprocha, ainsi qu’à Khrouchtchev, de ‘s’être comportés en bourreaux qui retroussent leurs manches et font tomber les têtes une à une’. Quant à Khrouchtchev, il attaqua Malenkov, qui rétorqua: ‘parce que vous êtes bien sûr complètement innocent, camarade Khrouchtchev!'(p.487 et 488)

Cette foire d’empoigne et le peu de crédit que l’on peut accorder à quelqu’un comme Khrouchtchev qui finit par hurler « A nous tous, nous n’arrivons même pas à la cheville de Staline » (page 488) et qui le prouva par le caractère hasardeux de sa politique, est pourtant à la base d’un jugement historique sur Staline et le stalinisme qui est avalisé par toute l’opinion occidentale y compris actuellement celle de certains militants communistes.

La lecture de cet historien à charge et qui voit tout par le petit bout de la lorgnette devrait pourtant nous en prémunir.

Deux faits me paraissent ne pas avoir été fouillés, le premier est la manière de compromis qui est passé entre les successeurs et que jamais sans doute Staline n’aurait toléré et qui pourtant vont être désormais dans l’ordre des choses et gouverner jusqu’à la passation des pouvoirs entre Eltsine et Poutine. L’accord sur le fait que celui qui est écarté, non seulement à la vie sauve mais jouit d’une sorte de rente sans gloire et d’un pécule que le stalinisme ne lui avait pas permis de constituer.

Simon Sebag Montefiore a beau décrire les pratiques luxueuses, en particulier des épouses des dignitaires staliniens, il est obligé de noter : « Les dignitaires plus âgés eurent du mal à se remettre de leur chute politique. D’abord soulagés d’être encore en vie, car ils s’étaient attendus à être arrêtés, Kaganovitch et Andreev découvrirent qu’ils ne possédaient rien, pas même leurs propres draps et serviettes, lorsqu’ils durent quitter leurs appartements du Kremlin en 1957. » On sait que Staline lui-même ne possédait que deux pantalons et quelques objets. « Le rusé Molotov » parvint à se faire attribuer deux logements ainsi qu’une datcha et il est nommé ambassadeur en Mongolie jusqu’en 1960 où il devint le représentant de l’URSS aux Nations Unies pour l’énergie atomique à Vienne. « mais personne ne remarqua sa présence lorsque les présidents Kennedy et Khrouchtchev s’y rencontrèrent avec leurs délégations en 1961 » p 488. Kaganovitch, dont le caractère s’améliora incontestablement avec son départ du pouvoir et qui devient un « délicieux grand père », toujours selon la même source, reçoit comme Malenkov un appartement spacieux mais spartiate, quai Frunzé. Il demanda à se réinscrire au parti et passa comme d’autres le reste de ses jours à écrire ses mémoires et à défendre la mémoire de Staline dont la momie fut retirée du mausolée en 1961 et enterrée sous les murs du Kremlin.

Et c’est là que nous avons une deuxième caractéristique étonnante de ces gens-là, les proches de Staline, en dehors de Béria qui paraît toujours selon cet auteur avoir éprouvé une certaine haine pour Staline (comme d’ailleurs la volonté d’en finir avec le socialisme), les compagnons les plus proches de Staline, leur famille se montreront pour certains des défenseurs acharnés de sa mémoire.

Les enfants des potentats ont connu pour la plupart des carrières d’intellectuels et ils ont tous une opinion différentes sur Staline, opinions qui ont visiblement alimenté l’auteur autant et plus qu’un véritable travail d’archives.

Mais le plus étonnant est l’attitude de ceux ou plutôt celles qui ont été  libérées à la mort de Staline. L’épouse de Molotov accusée pour ses sympathies sionistes d’être une espionne américaine qui lorsqu’elle est libérée a une unique question « Comment va Staline? » et apprenant sa mort, elle s’évanouit. Kira Allilouïeva alla chercher sa mère Génia à la prison de la Loubienka « Tu vois dit Génia, Staline nous a tous sauvés! » (p.487) et Génia resta jusqu’à la fin de sa vie une admiratrice fervente de Staline.

Cette attitude si l’on a bien lu ce ramassis de ragots, deux volumes, n’a rien d’étonnant et il ne s’agit pas nécessairement d’un phénomène d’hallucination collective, il s’avère qu’effectivement Staline paraît souvent le moins sanglant, le plus juste et le plus compatissant de ce qui demeure d’un bout à l’autre un organisme de décision collective (2). Sans parler du fait que c’est un véritable intellectuel, des milliers de volumes tous annotés de sa main et sa passion pour le cinéma, le théâtre, mais il n’est pas le seul, ceux qui l’entourent sont eux-mêmes compétents, passionnés et souvent très cultivés. On sait qu’il a vu dix-huit fois les journées de Tourbine de Boulgakov, à qui il ne faisait par ailleurs pas grande confiance sur le plan politique (3). OUI, il ne faut rien occulter, ni le fait que ce fut un organisme collectif, ni le travail herculéen que tous accomplirent, ni la hauteur du projet, ni les actes, tous les actes..

Il y a le travail des historiens mais la prise en compte de l’opinion de ceux qui ont vécu le socialisme, leurs enfants

Bref cette lecture et le travail effectué aujourd’hui par des historiens en général anglo-saxons, comme l’auteur des remarquables « guerres de Staline »(4) m’ont convaincue que tout reste à comprendre de cette période historique. Je n’en suis pas encore à revendiquer une réhabilitation de Staline, mais j’en suis à considérer que la plupart des charges ne permettent pas la condamnation dont il est l’objet. Ce qui me paraît le plus absurde est la manière dont « la Terreur » a été sortie de son contexte et celui-ci fut terrible qu’il s’agisse de la guerre civile, de la deuxième guerre mondiale et de la reconstruction de l’Union soviétique sous menace permanente des Etats-Unis et de leurs alliés. Ensuite, que face à une telle tension, face à la destruction des meilleurs communistes dans les combats, on s’obstine à brosser pour toutes explications le portrait d’une espèce de père fouettard paranoïaque avec seule finalité de créer une identification stupide entre nazisme et communisme. La charge va si loin que l’on attribue au stalinisme ce qui manifestement pourtant relève de la guerre menée contre l’Union soviétique par toutes les forces réactionnaires liguées contre elle, à différentes époques.

Enfin je trouve extraordinaire que l’on ne tienne aucun compte de l’opinion des Russes qui s’obstinent à défendre sa mémoire et à le placer en tête des plus grands hommes de l’Histoire. Non seulement ils récusent ce faisant la pression de la Russie « libérale » qui est équivalente à la nôtre concernant le bilan de l’URSS, mais ils s’obstinent malgré la déstalinisation, depuis les années 60, à voir en lui un « homme véritable », un dirigeant qui a construit leur pays. Suffit-il pour déconsidérer ces choix de penser que les Russes, et plus généralement bien des peuples qui ont vécu l’Union soviétique, avaient un goût masochiste pour la répression, alors même que ce peuple a donné l’exemple le plus poussé d’une capacité à se jeter dans le changement radical de société face à l’injustice.

Il faut vraiment une vision quasi colonialiste du monde pour ne pas s’interroger sur cette « analyse » et une vision pour le moins imbécile de la nature du changement de société face à une classe dominante – qui jamais ne lâchera de bon gré le pouvoir – pour croire comme cette idée est plus ou moins arrivée à s’imposer dans une certaine gauche que le principal obstacle pour le socialisme ne serait pas ce capitalisme impitoyable, mais les turpitudes du stalinisme.

Je voudrais terminer sur une anecdote qui nous ramène aux tâches du moment: ce livre tissé de ragots, nous décrit néanmoins un phénomène intéressant qui serait la corruption du socialisme avec l’arrivée de Khrouchtchev au pouvoir. D’un côté, le temps n’est plus à l’exécution mais on s’entend sur le partage du pouvoir et on pratique les petits arrangements avec l’attribution d’avantages. Ce qui n’est que le fonctionnement ordinaire du capitalisme. Nous venons de vivre des élections présidentielles qui nous ont souvent confrontés aux aspects caricaturaux de cet achat du petit personnel politique avec de menus avantages quasi familiaux, et cela a provoqué une certaine indignation. Mais il ne s’agit que de broutilles par rapport aux profits monstrueux de ce système. La forme parti par son inefficacité autant que par ces petites prévarications a entraîné une méfiance durable – nous partageons cela avec les peuples de l’ex-Union soviétique pour qui la popularité de Staline est aussi le moyen de lutter contre la corruption du politique dans un contexte de retour du capital. Nous avons avec le mouvement En marche une véritable caricature de l’absence de démocratie et des liens multiples qui se nouent entre médias possédés par des groupes financiers, voire de l’armement, intérêts capitalistes et financiers au plan national mais surtout international dans une Europe dominée par l’atlantisme pour promouvoir un petit personnel inféodé à ce capital. Nous n’en finissons pas de découvrir cette construction par laquelle on peut sous couvert de démocratie imposer à un peuple un dirigeant dont personne ne veut mais qui représente exactement les intérêts d’un capital dont personne ne sait comment se débarrasser.

Il s’agit de l’histoire mais aussi des tâches qui sont devant nous

Face à cette situation, la question la plus urgente est celle de la nature du rassemblement que nous devons opérer et de quel parti avons-nous besoin. Depuis la fin de l’URSS, nous assistons à une offensive du capital qui ne connaît plus de limite, avec une paupérisation croissante qui touche désormais les couches moyennes issues de la période de prospérité,  issues de l’équilibre des forces liées à l’existence de l’Union soviétique. Il est clair que cette pression, cette exploitation, cette fin des acquis sociaux n’a aucune chance de s’arrêter. Peut-être en sommes-nous au temps où ce passage du prolétariat aux couches moyennes, menacées dans leur progéniture, entretient les illusions sur la nature des buts et des moyens?

Frank Marsal a écrit sur ce blog, aujourd’hui, un texte de dialogue avec la France insoumise qui est très important parce qu’il dépasse les antagonismes de surface et pose justement  la question des buts et des moyens, la définition de l’adversaire.(5)

Les événements, les anecdotes permettent parfois de montrer l’actualité de ces choix idéologiques et théoriques. Quel contrôle un « mouvement », tant que le chef couvre ses proches, a-t-il sur le fait qu’un de ses cadres, marié de surcroît avec un des lieutenants (Alexis Corbière) est employé par Bolloré? Sans aller jusqu’aux rudes pratiques du stalinisme dans lesquelles la femme de Molotov fut envoyée en camp de rééducation et n’en sortit qu’à la mort de Staline, il est clair que le parti communiste tel que je l’ai connu n’aurait jamais autorisé de telles pratiques. Mais là encore le dialogue ouvert avec la France insoumise n’est-il pas biaisé par le fait que le parti auquel il est fait référence n’existe plus, il a été victime d’une déstalinisation ratée et d’un changement de stratégie autant que d’une « mutation » qui l’a détruit en profondeur. Qu’est ce que l’on peut construire, reconstruire? Inventer?

Danielle Bleitrach

(1) Simon Sebag Montefiore, Staline. la cour du tsar rouge, éditions des syrtes et Perrin pour la traduction, collection tempus. 2005

(2) on me signale à ce propos : « Stalin’s team » ?http://councilforeuropeanstudies.org/cri…/on-stalins-team/

On Stalin’s Team: The Years of Living Dangerously in Soviet Politics, by Sheila Fitzpatrick (Princeton University Press,…
COUNCILFOREUROPEANSTUDIES.ORG

(3) « Le cinéma stalinien, question d’histoire » sous la direction de Natacha Laurent Presses universitaires du Mirail. la cinémathèque de Toulouse. Ce colloque qui s’est tenu en 2000 à l’université du Mirail a donné lieu à des communications qui permettent une meilleure connaissance de la vie intellectuelle en Union soviétique.

(4)Geoffroy Roberts, les guerres de staline, de la guerre mondiale à la guerre froide, préface d’Annie lacroix Riz, editions delga, 2006

(5)https://histoireetsociete.wordpress.com/2017/07/17/populistes-et-communistes/

 
 

La référence à l’avant-garde est souvent un leurre…

Résultat de recherche d'images pour "ivan le terrible Eisenstein"

Ivan le Terrible d’Eisenstein.

En pensant au film Les morts vivants dont l’auteur vient de mourir, je réfléchis à la manière dont je suis totalement et irrémédiablement allergique aux opinions de notre temps… Par exemple, je ne peux pas supporter la manière dont on prétend organiser la rupture dans des arts comme le cinéma ou l’architecture en Union soviétique, arts de masse, en distinguant un art d’avant garde, celui des années 20 d’un art de masse conformiste qui aurait été impulsé par Staline, c’est-à-dire quelqu’un qu’il faut décrire comme inculte et brutal.

C’est vrai à peu près dans tous les domaines, il faudrait distinguer la créativité et la liberté des premières années de la révolution par rapport au conformisme et à la répression du stalinisme. Cela témoigne selon moi de la manière dont une certaine gauche (anarchiste, trotskiste, social-démocrate) après avoir mené un combat contre le totalitarisme soviétique dans le sillage de celui du capital et de l’impérialisme est tenté aujourd’hui de récupérer quelques bienfaits de cette « révolution qu’elle estime trahie »… D’abord rien ne prouve au contraire que les périodes d’autoritarisme aient été moins favorables à l’éclosion des chefs d’œuvre que celles où règne le laisser-faire démocratique contrôlé seulement par l’argent.  Comme l’ont noté Theodor W. Adorno et Max Horkheimer dans la dialectique de la raison, les industries culturelles pratiquent une censure digne de l’inquisition. La censure qui a frappé quelques cinéastes maudits comme Stroheim ou en France Grémillon, leur interdisant le déploiement d’une oeuvre révolutionnaire est pour le moins « totalitaire ».  Il n’empêche que j’ai adoré les films hollywoodiens et leur manière de jouer avec les censures, dans lesquels les scénaristes communistes ont joué un grand rôle. Ensuite je crois qu’il reste beaucoup à explorer dans le dialogue entre le pouvoir et les intellectuels en matière de créativité (1).

Comme toujours ce qui m’alerte peut paraître accessoire et c’est là qu’intervient ma référence au film Les morts vivants. Ce que j’ai aimé c’est que le bricolage auquel était contraint ce film avec son médiocre budget économisait complètement les stéréotypes ordinaires des films hollywoodiens, les renversait. La nouveauté n’était pas dans le procédé mais au contraire dans l’économie de ces procédés, le recours à des acteurs et des figurants qui exprimaient d’autres émotions plus en accord avec les nôtres, nous qui étions révoltés par cette société.

Bon pour faire simple, disons que je suis en fait allergique à l’idée d’avant-garde quand la référence à cette avant-garde se traduit par le contraire de ce qui faisait l’intérêt de ce film, le primat de procédés techniques qui n’ont pas d’utilité mais qui sont censés exprimer l’ineffable, un fatras des âmes d’élite. C’est malheureusement ce que je ressens trop souvent aujourd’hui, on me prend pour une imbécile en refusant mes émotions légitimes, la naïveté de mes aspirations. C’est pour cela que malgré quelques longueurs j’ai aimé le dernier film de Kusturica parce qu’il accepte de dire l’amour de la vie, cette romance en même temps que sa douleur jamais éteinte.

Il n’y a pas eu de préoccupations d’avant garde dans les arts en Union soviétique mais au contraire une profonde unité dans le projet artistique soviétique, c’est un projet politique qui correspond à celui du parti communiste.Autre chose est la réflexion sur les thèmes, les moyens…

Quand nous étions à Moscou dans la galerie d’art d’État Tretiakov, j’ai été frappée de la manière dont l’exposition des œuvres était désormais structurée non pas selon une évolution chronologique, mais selon cette division idéologique : il y aurait eu l’art officiel soviétique et son avant-garde dissidente. Non seulement les tableaux les plus anciens célébrant la révolution étaient flanqués d’œuvres qui en général ne valaient pas un clou mais qui exprimaient ou prétendaient exprimer l’horreur de l’artiste devant la répression bolchevique, répression sous laquelle ma foi le même n’avait pas trop mal vécu, mais les artistes les plus officiels avaient eux-mêmes sous l’ère Khrouchtchevienne le devoir d’exprimer les affres vécues sous la période stalinienne. Tout cela manquait de franchise.

Dans la boutique, j’ai voulu acheter quelques reproductions de l’art « stalinien », il n’y avait rien mais on m’a donné à voir quelques reproductions sans intérêt et très mièvres qui étaient censées représenter l’art d’avant-garde à cette époque, celle qui était obligée d’aller se vendre aux Etats-Unis et que l’on avait récupéré dans ce pays.

Une œuvre, qu’il s’agisse de peinture ou de cinéma, a un public et je dois dire que celui qui distingue entre une esthétique qu’elle déclare novatrice et ignore ce qui bouleverse, obéit à des exigences profondes et originales, et qui donc recherche les formes inconnues pour le dire, m’a toujours profondément ennuyée.

Je crois au contraire que ce qui fait la force du cinéma soviétique, comme de l’architecture, c’est un élan et j’ajouterai même un dialogue permanent avec le pouvoir qui continue à se définir et à être celui des soviets, un souci de propagande, le mot est lâché, autant que d’alphabétisation, de culture des masses. C’est pourquoi d’ailleurs si le sort me prête vie je souhaiterais étudier deux films à propos de Staline, Ivan le terrible du moins sa deuxième partie et La chute de Berlin. Ce sont deux films à peu près de la même époque dans lesquels se joue la représentation du pouvoir. Mais le faire dans la méthode que j’ai déjà utilisée pour le film les Bourreaux meurent aussi, à savoir replacer le film non seulement dans le cinéma de l’époque (les conditions de la production) mais dans son champ artistique ce qui impose une reconstitution des œuvres de l’époque, et leurs enjeux politiques.

Danielle Bleitrach

(1) je pense à la manière dont Lukacs répond à Steiner. Quand ce dernier lui rend visite alors que le philosophe est assigné à résidence. Steiner lui demande ce qu’il devra dire « au monde libre ». Lukacs répond en gros: « vous n’y comprenez rien, j’attends le premier ministre pour discuter avec lui de la phénoménologie de l’esprit de Hegel. Qu’est-ce que la liberté? » Est-ce que l’on sait exactement ce qui se noue dans ce dialogue ? Surtout quand le pouvoir est révolutionnaire…

 

VIDEO, PHOTOS: Le jour où des milliers de nazis ont défilé dans Moscou

Publié le 16 Juillet, 2017 21:10 GMT

 

6K161

Moscou, il  y a 73 ans, a été témoin de l’opération Grande Valse, il s’agit d’un événement décidé par Staline dans le plus grand secret et qui a encadré  l’une de l’offensive clé de l’Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. En effet dans un article récent, nous avons montré comment les journaux de la collaboration en France faisaient tout pour minimiser l’importance de l’échec des armées nazies sur le Front de l’Est. Staline par ce défilé dans le centre de Moscou disait clairement aux Allemands qu’ils ne rentreraient dans Moscou que comme des vaincus. Mais il disait également aux alliés ce que Staline pensait, à savoir qu’il fallait compter avec le rapport des forces que l’armée soviétique avait créé en Europe. Notez que c’est la police politique et non l’armée qui organise cet étrange défilé et qu’elle veille à ce qu’il se passe dans le silence et sans le moindre débordement des moscovites. Cet épisode confirme ce que toutes les archives démontrent et y compris les mémoires de Joukov, à savoir le rôle déterminant de Staline dans la conduite de la guerre  (note de Danielle Bleitrach)

VIDEO, PHOTOS: Le jour où des milliers de nazis ont défilé dans Moscou

Le 17 Juillet 1944, dans le  centre-ville de Moscou a eu lieu l’un des épisodes les plus symboliques et les plus marquants de la Seconde Guerre mondiale ou Grande Guerre patriotique (comme on l’appelle dans les anciennes républiques soviétiques) : les soldats allemands ont défilé à la stupéfaction de beaucoup de moscovites, pas en conquérants, mais comme des vaincus.

Le ‘D-Day’ soviétique

À la mi-Juin 1944, l’armée soviétique a mené l’une des offensives les plus puissantes de la Seconde Guerre mondiale contre l’ armée nazie, baptisée Opération Bagration. A cette époque, la répartition des forces dans le front de la guerre était assez compliquée pour l’Armée rouge, les nazis avaient des renforts préparés et les troupes qui assuraient la sécurité à l’avant étaient préparées à mener la bataille contre une offensive soviétique.

Cependant, à la grande surprise de l’ennemi, Staline a décidé d’attaquer le centre de l’armée nazie en Biélorussie, en lançant à l’assaut la force la plus puissante de lutte contre les nazis, qui avaient non seulement un grand nombre de troupes d’élite, mais se trouvaient dans un lieu très privilégié pour leur défense.

Le 23 juin, a commencé l’offensive soviétique qui a été très réussie. L’Armée rouge a attaqué dans les villes de Minsk, Babruisk et Vitebsk, en réussissant à libérer ce territoire et à détruire la force nazie la plus opérationnelle, l’armée du Centre, la même qui lors de l’hiver 1941 devait  prendre Moscou. Lors de l’avance soviétique, plus de 150.000 soldats du Troisième Reich ont été fait prisonniers..

Opération Grande Valse

Le succès de l’opération militaire de l’Armée rouge contre les nazis a témoigné qu’il s’agissait d’un tournant dans le conflit et les dirigeants soviétiques voulaient montrer leur victoire, non seulement au peuple soviétique, mais aussi aux journalistes étrangers vivant à Moscou. Ce défilé massif de prisonniers a convaincu tout le monde, même ceux qui croyait le moins au succès de l’offensive soviétique.

Cet événement hautement symbolique a été organisé dans le plus grand secret par le NKVD (services secrets soviétiques) et a été nommé Opération Grande Valse.

Pour 16 juillet 1944, 19 généraux nazis prisonniers de guerre ont été transférés à Moscou à la tête pour être à la tête du défilé, annoncé à la radio le matin du 17 juillet. Dans le message délivré par le chef de la police de Moscou, il a été rapporté qu’à 11 heures dans le centre de la ville serait amenés en convoi 57.600 soldats et officiers du Troisième Reich et pour cette raison, les rues de la ville seraient fermées.

rarehistoricalphotos.com

le 17 juillet, le défilé, avec à sa tête des généraux et officiers supérieurs, suivis par le reste des troupes dans les grandes colonnes. La grande majorité de la population a reçu les nazis avec un silence assourdissant, rompu seulement par quelques personnes qui tentaient de jeter des pierres, mais étaient aussitôt arrêtées par les forces de sécurité.

Cette marche des vaincus était un événement qui non seulement a montré aux  alliés et à la communauté internationale le grand succès de l’opération Bagration, mais elle était un signal aux nazis que l’équilibre de la guerre n’était pas en leur faveur. Plusieurs des généraux qui ont pris part à cet événement ont fini par être des collaborateurs du Kremlin, d’autres ont été envoyés en prison.

rarehistoricalphotos.com

 

 

Il y a cent ans, la révolution russe | Ces jours qui ébranlèrent le monde

Discours de Lénine du 20 mars 1920 sur la place du théâtre du Bolchoï à Moscou. Discours de Lénine du 20 mars 1920 sur la place du théâtre du Bolchoï à Moscou.
Thema’s

HISTOIRE

 

Les six plus grands chefs-d’œuvre de l’architecture soviétique des années 1920 à 1950

plus je travaille sur la période dite stalinienne qu’il s’agisse du cinéma ou de l’architecture (arts de masse) , moins je suis convaincue par les interprétations et les caricatures. Peut-être suis-je en train de céder à une autre illusion, celle de mon antipathie profonde pour l’ère Khroutchevienne et brejnevienne, alors que ces périodes ont été celles aussi d’une détente , d’un mieux vivre qui pour une large part encore aujourd’hui alimentent la nostalgie de l’URSS. (note de danielle Bleitrach)

Les meilleurs exemples de l’architecture soviétique ont été construits dans les trente premières années d’existence de l’URSS. C’est en effet à cette époque que Moscou a vu l’apparition de la futuriste tour Choukhov, du pompeux hôtel Moskva et des sept gratte-ciel staliniens. RBTH revient sur les principaux édifices datant de l’essor de l’architecture soviétique.
Tour Choukhov (1922, Vladimir Choukhov)

Crédit : AFP / EastNews

Le pouvoir soviétique considérait la radio comme le meilleur moyen de propagande auprès de la population peu instruite. C’est pourquoi le pays devait se doter d’une tour radio impressionnante. Les constructions hyperboloïdes de Choukhov, déjà très populaires à l’époque dans les expositions internationales, étaient très futuristes et dans l’esprit de l’art de propagande soviétique.

Ses travaux correspondaient idéalement à un édifice « lourd » comme une tour radio : grâce à lui, la construction était gigantesque sans être chargée. C’est ainsi qu’est apparue la tour Choukhov, miracle d’ingénierie et symbole de la radiophonie soviétique (et ensuite de la télévision).

Maison de Melnikov (1929, Constantin Melnikov)

Crédit : Sergueï Mikheev / RG

L’architecte Melnikov a imaginé un bâtiment en forme de cylindre lors du concours de construction de la Maison de la culture Zouev. Il n’a pas remporté la compétition, mais son idée n’a pas été abandonnée et s’est même développée : la maison privée de Melnikov a ainsi pris la forme de deux cylindres collés l’un à l’autre.

L’idéologie du début de l’URSS interdisait toute propriété privée et exigeait de consacrer l’architecture aux intérêts collectifs. Cet objectif a pris une tournure grotesque dans le cas de la maison de Melnikov. L’architecte avait prévu une chambre pour chacun des membres de sa famille qui devenait ainsi un « collectif de personnes dormant ».

Même si Melnikov avait mis l’accent sur la proximité de son projet avec l’architecture soviétique hautement fonctionnelle, les Moscovites ont jugé avec mépris ce bâtiment cylindrique aux fenêtres hexagonales en le surnommant « niche bourgeoise habitée ».

Melnikov a toujours voulu que sa maison devienne un jour un musée. Son ouverture a traîné jusque récemment à cause d’un contentieux juridique entre les héritiers de l’architecte. La maison de Melnikov a enfin ouvert ses portes aux visiteurs en décembre 2014.

Le bâtiment de l’Union centrale (1937, Le Corbusier)

Crédit : Alexandre Poliakov / RIA Novosti

Le Corbusier, célèbre dans le monde de l’architecture pour avoir mis en place les principes d’édification des immeubles de bureaux modernes, a participé au boom de la construction soviétique des années 1930. Il a notamment pris part à – et bien sûr remporté – l’appel d’offres pour le bâtiment de l’Association des communautés de consommateurs.

Pour ce colossal immeuble de bureaux situé sur la rue Miasnitskaïa, l’architecte a appliqué l’ensemble des « cinq points de l’architecture moderne », qui régissent encore l’élaboration de la majorité de ces bâtiments dans le monde. Ces principes comprennent l’utilisation de piliers en béton et en acier, de toits-terrasses plats, d’un minimum de murs intérieurs et d’énormes fenêtres allongées.

Pour la bourgeoisie soviétique, ces solutions étaient apparemment trop progressistes. Les Moscovites n’aimaient pas cet édifice volumineux avec ses « béquilles » en béton et sa façade minimaliste. Le poète Ossip Mandelstam écrivait notamment avec ironie : « Dans les palais de cristal posés sur des pattes de poules, même d’une ombre légère je ne rentre pas ».

Hôtel Moskva (Oswald Staprane, Leonid Saveliev, Alexeï Chtchussev, 1935, restauré en 2004)

Crédit : A.Solomonov / RIA Novosti

Au début des années 1920, le palais du Travail aurait dû être construit à côté du Kremlin, à la place de l’actuel hôtel Moskva : il s’agissait d’énormes cubes de verre et de béton reliés par une salle de spectacle en forme d’ellipse. Il aurait ressemblé au vaisseau « Enterprise » de la série Star Treck. Les travaux du palais du Travail ont cependant rapidement pris fin à cause du coût élevé et de la complexité du projet.

Il a ainsi été décidé de construire un hôtel à sa place, édifice plus traditionnel, mais pas de moins grande envergure. Sous la direction de l’architecte Chtchoussev, le Moskva a été dessiné dans un style pompeux et traditionaliste qui est rapidement devenu dominant parmi les bâtiments des années 1930 à 1950. Les colonnes, arcs et balustrades décoratives reflétaient le lien entre l’architecture soviétique et les traditions antiques.

Centre panrusse des expositions (1935-1954, plusieurs architectes sous la direction de Sergueï Tchernychiov)

Crédut : AP

Un gigantesque parc d’exposition a été créé au Nord de Moscou pour que les citoyens soviétiques ou les touristes puissent admirer à n’importe quel moment les réussites de l’agriculture et de l’industrie du pays. Des 70 pavillons du parc, la moitié rappelle les temples du style Empire. Colonnes, poteaux, statues, fontaines : les meilleures traditions de l’architecture totalitaire sont présentes.

C’est le pavillon n°32, érigé en 1939, qui attire le plus l’attention. Au départ, il s’appelait « Machinerie » et ressemblait à un hangar avec un toit en verre. L’intérieur faisait penser aux temples des civilisations mésopotamiennes, sauf qu’à la place des représentations de dieux et de héros, on y trouvait des statues de machiniste et de tractoriste.

À la fin des années 1950, le pavillon a été agrandi d’une salle dotée d’une coupole en verre dont la structure maillée rappelle la tour Choukhov. Depuis lors, le pavillon a été rebaptisé « Cosmos » et une copie de la fusée Vostok, qui avait été lancée en orbite avec Gagarine à son bord, a été dressée sur la place située en face.

Gratte-ciel staliniens (1952-1957, Lev Roudnev, Dmitri Tchetchouline, Viatcheslav Oltarjevski, Sergueï Tchernychiov et d’autres)

Crédit : Lori / LegionMedia

Le centre de Moscou est bordé à plusieurs endroits des célèbres gratte-ciel staliniens : le bâtiment de l’Université d’État de Moscou, trois immeubles d’habitations, deux hôtels et le ministère des Affaires étrangères.

Au départ, il ne devait y avoir à Moscou qu’une seule tour totalement démesurée. Le projet de palais des Congrès, ziggourat colossal de 500 mètres de haut avec une représentation de Lénine au sommet, n’a pas vu le jour à cause de la guerre : les carcasses métalliques qui lui étaient destinées ont été retransformées afin de servir de protections contre les tirs de chars.

Après la guerre, le projet a été revu pour compter sept édifices séparés aux styles similaires. L’architecture de l’époque stalinienne a définitivement acquis son style grâce à ses bâtiments. Elle se compose des tendances mondiales dans le domaine du monumentalisme (les contours des gratte-ciel rappellent l’Empire State Building, par exemple) et renvoie aux cultures anciennes.

Via ces ornementations, ces colonnes et la forme même des bâtiments, les architectes ont mis l’accent sur le lien entre l’architecture soviétique et les cultures de l’ancien Orient, de l’Inde et de la Chine.

Droits réservés