RSS

Archives de Catégorie: litterature

Le monde d’hier … et celui d’aujourd’hui (2ème partie): les derniers jours de la paix

Le monde d’hier … et celui d’aujourd’hui (2ème partie): les derniers jours de la paix

Par Franck MARSAL

Dans un premier article, publié le 16 avril dernier, j’ai commencé à exposer l’intérêt dans l’époque critique que nous vivons de relire le message, le testament, que nous a transmis en 1941, Stephen Zweig, par son ouvrage autobiographique « Le monde d’hier ».

Rédigé en 1941, aux heures les plus sombres du siècle et alors que Stephen Zweig, exilé au Brésil, avait déjà décidé de mettre fin à ses jours, il a été réédité l’an passé, avec une nouvelle traduction de Serge Niemetz.

Stephen Zweig nous y propose un témoignage bouleversant sur les transformations inouïes qui mènent le monde insouciant et stable de l’avant 14 à trente années de guerres et de révolutions, trente années qui le verront lui, traverser toutes les turpitudes du destin :

« Mais, nous, qui à soixante ans, pourrions légitimement avoir encore un peu de temps devant nous, qu’avons nous pas vu, pas souffert, pas vécu ? (…) A moi seul, j’ai été le contemporain des deux plus grandes guerres qu’ait connu l’humanité, et je les ai même vécues sur deux fronts différents : la première sur le front allemand, la seconde sur le front opposé. J’ai vécu dans l’avant-guerre la forme et le degré les plus élevés de la liberté individuelle et, depuis, le pire état d’abaissement qu’elle eût subi depuis des siècles, j’ai été fêté et proscrit, j’ai été libre et asservi, riche et pauvre. Tous les chevaux livides de l’Apocalypse se sont rués à travers mon existence : révolution et famine, dévalorisation de la monnaie et terreur, épidémie et émigration. »

Commenter l’actualité de cet ouvrage magnifique mérite plusieurs articles. Dans un premier article, j’ai évoqué le regard avisé que pose Stephen Zweig sur les facteurs de la montée vers la guerre de 14 – 18 : l’appétit insatiable des grandes puissances, la soif de profit des multinationales, le développement de l’industrie militaire, et la convergence de toutes ces forces pour alimenter et nourrir un nationalisme sans limite. Je veux aborder aujourd’hui le moment critique, le déclenchement de la guerre, qui suit sa préparation. Le premier coup de tonnerre qui retentit dans le ciel rempli d’orage.

Juillet 1914 : Quand la guerre mondiale devint réalité

La montée vers la guerre dure de longues années. Elle motivera l’engagement constant de nombreux intellectuels, dirigeants politiques, dont le plus connu est évidement Jean Jaurès. Elle sera également un sujet de préoccupation constante du mouvement ouvrier. Sa principale organisation, la 2ème internationale (fondée en 1889 à l’initiative de plusieurs partis ouvriers européens et celui, particulièrement de Friedrich Engels) l’abordera dans différents congrès.

Elle progresse par étape, par crises successives :

« Il y avait dans la charpente je ne sais quel crépitement électrique, produit par des frottements. A tout moment, jaillissait une étincelle – l’affaire de Saverne, la crise en Albanie, une interview maladroite ; chaque fois, ce n’était qu’une étincelle, mais chacune aurait pu mettre le feu aux explosifs accumulés. (…) La guerre des Balkans, où Krupp et Schneider du Creusot faisaient l’essai de leurs canons respectifs sur un « matériel humain » étranger, comme plus tard les allemands et les italiens devaient faire l’essai de leurs avions au cours de la guerre civile d’Espagne, nous entraînaient de plus en plus dans le courant de cette cataracte. A tout moment, on sursautait de frayeur avant de respirer de nouveau : « Ce n’est pas encore pour cette fois. Et espérons le, ce ne sera peut-être jamais ».

L’étincelle :

Le 28 juin 1914, nouvelle étincelle : le prince héritier de l’Empire Austro-hongrois, François-Ferdinand et son épouse, sont victimes d’un attentat en Bosnie, à Sarajevo.

Stephen Zweig, relatant cette période si particulière commence par relativiser l’impact de cet assassinat.  D’abord, pour le peuple autrichien : « la nouvelle de son assassinat n’éveilla aucune sympathie profonde. Deux heures après, on ne pouvait plus observer aucun signe de deuil véritable ». Cet assassinat est également une péripétie pour la famille impériale, à laquelle « cette mort causa des soucis d’un autre ordre, relatif au cérémonial de l’enterrement ». François-Ferdinand avait en effet épousé la comtesse Chotek, décédée avec lui mais d’un rang inférieur : « l’orgueil de la cour se dressa même contre la morte. Quoi ? Déposer le corps d’une comtesse Chotek dans la crypte impériale des Habsbourg ? Non, cela ne saurait être permis. » Les défunts seront donc enterrés à Artstetten, une petite ville de province, « éludant doucement l’exposition du corps, le cortège funèbre et toutes les préséances qui s’y rattachaient… ».

Cet assassinat aurait pu n’être à nouveau qu’une étincelle.

D’ailleurs, selon Stephen Zweig, durant la première semaine « Vienne commençait à oublier ce tragique événement ». « Quelques semaines encore, le nom et la figure de François-Ferdinand, seraient pour toujours effacés de l’histoire. »

Or, les choses se passeront différemment :

« Mais voici qu’au bout d’une semaine environ commença soudain dans les journaux, tout un jeu d’escarmouches, dont le crescendo était trop bien synchronisé pour qu’il pût être tout à fait accidentel. On accusait le gouvernement serbe d’intelligence avec les assassins, et l’on insinuait à demi-mot que l’Autriche ne pouvait laisser impuni ce meurtre de l’héritier du trône – qu’on disait bien-aimé. On ne pouvait se défendre de l’impression que quelque action se préparait avec l’aide de la presse, mais personne ne pensait à la guerre. Ni les banques, ni les maisons de commerce, ni les particuliers ne modifièrent leurs dispositions. En quoi nous regardaient ces perpétuelles chamailleries avec la Serbie, qui, nous le savions bien, n’étaient nées que de certains traités de commerce relatifs à l’exportation des porcs serbes ? »

Combien ces paroles résonnent dans les crises diplomatiques actuelles ! « Jeu d’escarmouche » de presse « trop bien synchronisé » pour « être tout à fait accidentel ». La diplomatie internationale, la grande presse, les grandes télévisions sont actuellement rythmées par ces campagnes de préparation de guerre. Il n’est qu’à voir la récente affaire Skripal, où on accuse le gouvernement russe d’assassinat ou la toute récente conférence de presse à grand spectacle du 1er ministre israëlien, dévoilant théâtralement une armoire de dossiers (dont personne ne pourra évidemment vérifier qu’ils contiennent bien les fameuses preuves) et un mur de CD (support que plus personne n’utilise, mais tellement plus visuel, surtout présentés « de face »).


 

 

 

Nous nous approchons progressivement d’une extension très dangereuse de la guerre en Syrie, avec un risque de conflit direct entre Israël, l’Iran et l’Arabie, voire mondial impliquant la Russie, les USA, et probablement leurs alliés. Mais nous nous habituons à ces étincelles de plus en plus dangereuses et la vie poursuit son cours.

La vie suit son cours, jusqu’au dernier jour de la paix :

De même, dans ces quelques semaines qui séparent l’attentat de Sarajevo et le début du conflit mondial, la vie quotidienne de l’Europe poursuit son cours. Personne ne semble croire à l’imminence du conflit. Sweig se rend sur la côte belge, rencontrer son ami et confrère Verhaeren, pour travailler sur un projet commun.

Voici la description qu’il livre de l’été 14, à quelques 150 kilomètres des futurs premiers lieux de combat :

« Dans la petite station balnéaire près d’Ostende, Le Coq, où je voulais passer deux semaines avant de me rendre comme chaque année dans la maisonnette de campagne de Verhaeren, régnait la même insouciance. Les gens, heureux de leurs congés étaient allongés sur la plage sous leurs tentes bariolées ou se baignaient ; les enfants lâchaient des cerfs-volants ; devant les cafés, les jeunes gens dansaient sur la digue. Toutes les nations imaginables se trouvaient rassemblées en paix, on entendait beaucoup parler allemand – en particulier, car la Rhénanie, toute proche, envoyait le plus volontiers ses vacanciers d’été. Le seul trouble était causé par les petits marchands de journaux, qui hurlaient, pour mieux vendre leur marchandise, les manchettes menaçantes des feuilles parisiennes : « L’Autriche provoque la Russie », « L’Allemagne prépare la mobilisation » . On voyait s’assombrir les visages des gens qui achetaient les journaux, mais ce n’était jamais que pour quelques minutes. Après tout, nous connaissions depuis des années ces conflits diplomatiques ; ils s’étaient heureusement toujours apaisés à temps, avant que cela devint sérieux. Pourquoi pas cette fois encore ? »

Est-ce sans lien avec ce que nous vivons aujourd’hui ? Les conflits diplomatiques incessants entre grandes et moyennes puissances ? A propos de la Syrie, bien sûr, autour de l’Afghanistan. Entre Israël et l’Iran ; entre l’Iran et l’Arabie des Saouds ; entre la Corée du Nord et les USA ; entre la Russie et les USA ; entre les USA et la Chine. Sans oublier le Yemen, la corne de l’Afrique (Somalie, Erythrée), le Soudan, le Mali, la Centrafrique, le Nigéria.

La présence de la guerre est pourtant fort différente de ce qu’elle pût être au début du 20ème siècle. Nous vivons cette particularité étrange, d’être désormais perpétuellement environnés par la guerre, qui est permanente en réalité et se répand continuellement depuis la fin de l’Union Soviétique, tout en vivant dans une forme d’insouciance qui n’est pas sans rappeler celle qui précéda la première guerre mondiale.

Stephen Zweig le reconnaît. Il n’échappa pas à cette inconscience. Échangeant avec ses amis sur le risque d’une percée allemande à travers la neutre Belgique (percée qui se produira dès le début de la guerre), il argumente avec certitude : « C’est un non-sens. Vous pouvez me pendre à cette lanterne si les allemands entrent en Belgique ! ». Il ajoute : « dans ce vieux monde d’alors, on croyait encore à la sainteté des traités ».

Des « opérations extérieures » à la guerre ?

Notre situation est différente. Non que nous ne croyons pas à la guerre. Nous la voyons chaque jour. Non que nous ayons des illusions dans les mensonges de la diplomatie. Nous avons tous vu Colin Powell, secrétaire d’état américain brandir au conseil de sécurité de l’ONU de fausses preuves de la détention d’armes de destruction massives par Saddam Hussein. Mais la guerre nous paraît extérieure. C’est d’ailleurs comme ça qu’elle s’appelle officiellement, dans le budget national : « opérations extérieures ».

Lorsque le terrorisme islamiste frappe sauvagement au cœur du territoire national, l’opinion publique s’interroge : « Sommes-nous en guerre ? », « Faut-il employer ce mot face à des groupes comme l’État Islamique ? » – Etat Islamique qu’on préférera officiellement dénommer « Daesh », selon son acronyme arabe, pour éviter de lui reconnaître la dimension étatique, qui en ferait un état ennemi.

Lorsque la France mène ou participe à des opérations de guerre contre des Etats, qu’il s’agisse de l’Irak en 1992, de la Yougoslavie, de la Libye, de la Côte d’Ivoire, l’affaire est toujours soigneusement enveloppée de propagande. Soudainement mis au ban des nations, les dirigeants de ces états, parfois ex-alliés, le cas le plus flagrant étant celui de Saddam Hussein, sont rapidement présentés comme des hommes à abattre. La guerre n’a ainsi pas lieu « contre un pays », mais « contre un homme », au pire « contre un régime ». C’est le cas de la Syrie, avec toutes les contorsions nécessaires pour expliquer que, bien que ce soit l’État Islamique qui tuait en France, notre principal ennemi – et le véritable « démon » – était l’État Syrien, opportunément désigné sous le terme de « régime ». Il va de soi bien sûr que l’on n’emploie jamais un tel terme pour désigner par exemple l’Arabie Saoudite ou tout autre pays allié dans la région. Non, régime s’applique à des pays que l’on ne reconnaît plus comme état, pour éviter de se reconnaître officiellement en guerre.

La disproportion des moyens militaires conforte cette présentation de la guerre en « opération extérieure », qui ne fait au fond que reprendre le vieux fond de commerce colonialiste et en un mot raciste : face à l’occident civilisé et « protégé », la guerre est un des fléaux qui ravage le monde « barbare », dans lequel « nous » sommes régulièrement « contraints » d’intervenir afin d’apporter « un peu d’humanité ». C’est le « devoir d’ingérence ». Et ces interventions sont – du fait même de notre supériorité naturelle – une peccadille qui ne saurait être qualifiée de guerre et qui ne pourrait donc constituer une menace. En général, l’armée Française n’engage que son aviation, éventuellement sa marine et des « forces spéciales » dont la définition est néanmoins de plus en plus extensive. Ainsi, tout en menant plusieurs « opérations extérieures », nous demeurons protégés de la « vraie » guerre.

Cette supériorité, la France ne la détient pas seule. Les USA, dont la puissance de feu – sur le papier du moins – est incomparable, et dont le budget militaire est supérieur à la somme des budgets militaires des 10 autres principales puissances militaires du monde sont le chef de file naturel de cette sainte alliance. Les USA possèdent 10 des 17 porte-avions en service dans le monde. Aucune autre puissance militaire n’en possède plus de deux. Ils possèdent plus de 13 000 aéronefs militaires, le deuxième pays le mieux équipés en la matière étant la Russie, avec environ 3000 appareils. Ces données datent de 2015 et proviennent de wikipedia, lui-même s’appuyant sur l’Institut International d’Etudes Stratégiques de Londres. L’OTAN totalise environ 987 milliards de dollars de budgets militaires et 3,8 millions de militaires actifs. Les deux tiers de ce budget sont celui des USA, qui par ailleurs contrôle un certain nombre de technologies militaires clés et établit les normes techniques et tactiques utilisées par l’ensemble des pays de l’OTAN.

Cette disproportion de forces donne un caractère inédit à la situation géopolitique actuelle et à la manière dont nous devons réagir face au risque de guerre, nous aurons l’occasion d’y revenir dans un prochain article.

Néanmoins, depuis quelques années, la situation militaire mondiale prend une autre tournure. De nouveaux acteurs et de nouvelles tensions apparaissent sur le devant de la scène. Les tensions internationales ne sont plus liées à des opérations limitées concernant l’avenir de pays isolés et aux moyens militaires limités ou dépassés.

Les conflits opposent presque directement des puissances moyennes qui s’y engagent désormais ouvertement, comme l’Arabie, ou l’Iran et des puissances nucléaires, comme la Corée du Nord ou Israël. Les plus souvent, ces conflits se transforment rapidement en une combinaison de guerre internationale et de guerre civile, incluant des formes de terrorisme.

Les « grandes puissances », en particulier les cinq grandes puissances militaires nucléaires, membres du conseil de sécurité de l’ONU sont toutes – à l’exception notable de la Chine – directement engagées sur les terrains syrien et irakien avec des moyens aériens, navals, des troupes d’élites et des bases militaires.

C’est pourquoi la question émerge désormais, du risque d’une guerre totale, mondiale, massive et à nouveau industrielle, comme le fut la guerre de 14 – 18. Les crises de fièvres diplomatiques sont désormais récurrentes. Accusations, menaces diplomatiques, « frappes », bombardements, intox, négociations, ruptures … Ce ne sont plus ou plus seulement les « manchettes de presse » qui sont menaçantes, désormais, les menaces sont directement adressées via Twitter. A chaque fois, la fièvre retombe. Et à notre tour, nous pensons : « Ce ne sera pas pour cette fois-ci, et espérons-le, ce ne sera jamais ».

« Tout à coup, le vent froid de la crainte balaya la plage et la vida. »

En 1914, l’attentat contre l’héritier Autrichien fut l’étincelle qui mit le feu aux explosifs accumulés depuis des décennies. Voici la description que donne Stephen Zweig de ses tous derniers jours sur la côte Flamande :

« Mais alors que vinrent les jours les plus critiques, tout à la fin de juillet, et à chaque heure une nouvelle qui contredisait la précédente, les télégrammes de l’empereur Guillaume au Tsar, les télégrammes du tsar à l’empereur Guillaume, la déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie, l’assassinat de Jaurès. On sentait que la situation devenait sérieuse. Tout à coup, le vent froid de la crainte balaya la plage et la vida. Par milliers, les gens quittèrent les hôtels ; les trains furent pris d’assaut, même les plus confiants commençaient maintenant à faire leurs malles en toute hâte. Et moi aussi, dès que j’appris la déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie, je retins une place, et il n’était que temps. Car cet express fut le dernier train à quitter la Belgique pour l’Allemagne. (…) On ne croyait toujours pas à la guerre et encore moins à une invasion de la Belgique ; on ne pouvait pas y croire, car on ne voulait pas admettre un tel égarement. Peu à peu, le train se rapprochait de la frontière ; nous passames Verviers, la dernière station belge. Des contrôleurs allemands montèrent dans les wagons, nous devions être en territoire allemand dix minutes plus tard.

Mais à mi-chemin de Herbesthal, la première station allemande, le train s’arrêta soudain en rase campagne. Dans les couloirs, nous nous pressâmes aux fenêtres. Qu’était-il arrivé? Et alors, dans l’obscurité, je vis venir à notre rencontre, l’un après l’autre plusieurs trains de marchandises, des wagons plats, recouverts de bâches, sous lesquelles je crus reconnaître les formes indistinctes et menaçantes de canons. Mon cœur cessa de battre. Ce ne pouvait être que l’avance de l’armée allemande. »

La suite dans un prochain article : « Le monde d’hier … et celui d’aujourd’hui : Face à la guerre »

 

Publicités
 

Étiquettes : , ,

Salon Livre Paris : la jeune littérature russe fait sa révolution sans l’Occident, et sans Poutine

Laurence Houot
Par Laurence Houot @LaurenceHouot
Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox

Publié le 16/03/2018 à 17H32

Librairie russe Salon Livre Paris / Le Globe mars 2018 Librairie russe Salon Livre Paris / Le Globe mars 2018

 © Laurence Houot / Culturebox

La Russie est cette année invitée d’honneur du salon Livre Paris, avec 38 auteurs invités, des rencontres, des débats, et un contexte un brin tendu. Rencontre avec Anne Coldefy-Faucart, traductrice, éditrice et spécialiste de littérature russe, qui nous éclaire sur les grandes tendances de cette jeune littérature « en pleine mutation » et nous glisse quelques précieux conseils de lecture.

Elle n’avait pas été invitée depuis 2005. Dans une ambiance de Guerre Froide après l’empoisonnement d’un agent double sur le sol britannique, la présence de la Russie au Salon Livre Paris cette année a pris une dimension inattendue. Le président Emmanuel Macron a ostensiblement boudé le pavillon officiel russe froissant les auteurs et les artisans de la présence russe au salon.

Pavillon russe Salon Livre Paris 2018Pavillon russe Salon Livre Paris 2018

 © Laurence Houot / Culturebox

38 auteurs invités, des rencontres, des débats, il y a pourtant mille raisons de se réjouir de cette présence, en premier lieu celle de découvrir la riche littérature russe contemporaine, qui plonge dans le passé et imagine le futur pour mieux comprendre le présent.

Anne Coldefy-Faucart, traductrice des plus grands auteurs russes (Soljenitsyne, Krzyzanowski, Pilniak, Youri Mamleev ou Svetlana Alexievitch), éditrice, elle est la patronne des éditions de L’inventaire, s’occupe pour la France de la maison russe Nouveaux Angles et dirige la collection Poustiaki chez Verdier. Elle a enseigné la traduction russe à la Sorbonne pendant de nombreuses années. On la cueille au salon Livre Paris tout juste rentrée de Moscou. Elle a son stand, « le plus petit stand du salon, mais on est contents », sourit-elle. Elle dresse pour nous les grandes lignes de cette littérature qui vit depuis quelques années, dit-elle, un véritable renouveau.

INTERVIEW ANNE COLDEFY-FAUCART

Anne Codalfy-Faucard, traductrice, éditrice, spécialiste de la littérature russe au Salon Livre Paris, mars 2018Anne Codalfy-Faucard, traductrice, éditrice, spécialiste de la littérature russe au Salon Livre Paris, mars 2018

 © Laurence Houot / Culturebox

Une littérature « plus calme », qui démarre sa reconstruction de l’après 1991

« Il me semble qu’on entre dans une nouvelle phase dans l’histoire de la littérature post 91 (fin de l’ère soviétique). Ce qui me frappe d’abord, en regardant la production des auteurs de la délégation russe présents à Paris, et d’autres, c’est que par rapport à 2005 (la dernière invitation de la Russie au salon du livre), c’est beaucoup plus calme. En 2005, c’était tonitruant. Il y avait beaucoup de vedettes. Après 1991, les écrivains russes imitaient l’occident. On a vu une invasion de polars plus ou moins bons, de romans de gare plus ou moins glauques, du porno. Aujourd’hui Il n’y a plus cette tendance à l’imitation de l’Occident, qui était très présente encore en 2005. On avait l’impression que les Russes se disaient « nous aussi on est libre et nous aussi on peut le faire. Je caricature un peu mais pas tant que ça !

Après 1991, il y a eu un grand désarroi en Russie, dans toute la société, et particulièrement chez les écrivains. C’est devenu compliqué pour tout le monde. Tout à coup les écrivains dissidents n’étaient plus dissidents, ils n’avaient plus de raisons de l’être, et les non-dissidents n’avaient plus d’idéologie à suivre. Tout le monde était désorienté. »

« Une volonté de comprendre la période soviétique »

« On a beaucoup reproché aux écrivains russes de ne pas avoir comme les Allemands de l’Est, réglé les comptes avec le passé soviétique. C’était vrai, mais j’ai l’impression que cela se fait maintenant. Aujourd’hui il me semble qu’il y a une volonté de comprendre la période soviétique, et même ce qui l’a précédé. Cette tendance existe en littérature mais aussi au niveau du pouvoir. Il y a eu la période où la tendance était de rejeter complètement la période soviétique, et à se tourner vers ce  qu’il y avait eu avant. Il y a des exemples frappants comme Stolypine, ministre de Nicolas II, assassiné en 1911 qui avait mené d’une main de fer la réforme agraire. Aujourd’hui il est devenu un modèle dans la société alors qu’il était brandi autrefois comme un épouvantail. De nombreux jeunes auteurs d’aujourd’hui n’ont pas connu, ou peu, la période soviétique. Et ils s’y intéressent et essaient de comprendre ce qui s’est passé. »

« Le passé, et le futur pour écrire le présent »

« Ce qui me frappe, c’est que tous ces auteurs s’intéressent au passé, et au futur, mais pas au présent. Comme s’il fallait faire un retour sur le passé avec une (pré)vision de l’avenir. J’ai l’impression qu’ils doivent passer par hier, et par demain et même après-demain, pour comprendre aujourd’hui. On note par exemple une résurgence de la science-fiction, avec de nombreuse dystopies. On peut par exemple lire « Telluria », de Vladimir Sorokine (Actes Sud). Le romancier imagine en 2050 l’état de toute l’Europe, après qu’elle a connu toutes sortes de guerres de religions. »

"Telluria", Vladimir Sorikine, Salon Livre Paris 2018« Telluria », Vladimir Sorikine, Salon Livre Paris 2018

 © Laurence Houot / Culturebox

« Démystification salutaire de l’Occident »

« La réflexion engagée sur le temps est également rendue possible par une redécouverte de l’espace géographique. Les écrivains de la nouvelle génération ont voyagé en Europe, aux Etats-Unis, en Asie. Contrairement aux écrivains du XIXe qui voyageaient aussi beaucoup en Europe, les écrivains de la jeune génération ne font pas seulement du tourisme mais ils sont souvent obligés de travailler, de faire des petits boulots, ce qui leur donne une vision concrète, pratique de l’Europe occidentale. Il en découle une démystification salutaire de l’Occident.

Jusqu’ici il y avait une idéalisation folle de l’Occident, ou une diabolisation. C’était soit l’enfer, soit le paradis. En voyageant, ils ont pu voir que ce n’était ni l’un ni l’autre. C’est ce qui a permis de repositionner la Russie dans l’esprit des Russes. Tout cela a apporté aussi une réflexion qui me parait très saine sur les relations avec l’Occident. Car il faut rappeler que c’est une grande tendance de la littérature russe, qui est née dans un rapport positif ou négatif avec l’Occident. Il y a toujours eu ce « Je t’aime moi non plus », avec des périodes où c’était un peu plus je t’aime et d’autres un peu plus ‘moi non plus' ».

« La redécouverte de l’espace géographique russe »

« Il me semble que l’on est dans un temps de redécouverte de l’espace géographique partout en Europe, mais qui a en Russie une dimension particulière. J’ai été frappée par exemple de constater que plusieurs auteurs de la délégation sont des géologues, ou des archéologues, qui en sont venus à l’histoire et à une réflexion sur le passé, puis au roman.

Ce qui me frappe, c’est que les écrivains aujourd’hui s’ils naissent dans une région, ont tendance à y rester, ou à vivre dans d’autres régions mais ils ne viennent plus systématiquement vivre à Moscou. C’était vrai autrefois pour les écrivains de Saint-Pétersbourg, qui ne quittaient pas leur ville, mais cela était dû à la rivalité historique entre les deux villes. Aujourd’hui les écrivains restent dans leur région par choix. Aujourd’hui on écrit depuis Ekaterinbourg (Oural), de Nijni-Nogorod (sur la Volga) pour même de la campagne, comme Zakhar Prilepine, qui vit carrément à la campagne dans cette région. Cette appropriation du territoire par les écrivains les amène à réfléchir sur leur histoire, sur leur passé, proche ou lointain. »

« L’histoire individuelle et familiale compte beaucoup »

« L’histoire individuelle compte énormément dans la littérature russe aujourd’hui. C’est très nouveau. « Zouleikha ouvre les yeux », de Gouzel Iakhina (Editions Noir sur Blanc pour la traduction en France), en est un exemple. Ce premier roman est un best-seller en Russie. L’auteure y raconte la vie de sa grand-mère au Tatarstan, une région qui fait partie de la fédération russe, mais quand même, à part. Elle raconte l’histoire de sa grand-mère, déportée comme de nombreux koulaks (paysans considérés comme riches, au moment de la collectivisation). Elle raconte cet épisode de l’histoire à travers la vie de sa grand-mère. Cela avait déjà été abordé dans les livres après l’ouverture des archives mais de manière documentaire. J’ai publié par exemple des lettres de déportés. Mais cela prend une dimension particulière avec cette réappropriation de l’histoire familiale et personnelle. »

"Zouleikha ouvre les yeux", Gouzel Iakhina (Editions Noir sur Blanc)« Zouleikha ouvre les yeux », Gouzel Iakhina (Editions Noir sur Blanc)

 © Laurence Houot / Culturebox

« Des auteurs engagés contre Poutine, mais pas dans leurs livres »

« Même si la plupart des écrivains n’écrivent pas directement contre le régime de Poutine, il y a des auteurs engagés, comme Zahar Prilepine,  partisan du parti National Bolchevique d’Edward Limonov. Politiquement on peut dire que c’est du grand n’importe quoi, mais on peut lire ses livres, il a beaucoup de talent. Il y a un autre auteur dans la délégation qui est très impliqué politiquement, c’est Sergueï Chargounov. Fils d’un prêtre orthodoxe, après 1991, il est un peu paumé et part vivre dans le Caucase, puis il rentre à Moscou et devient député de la Douma, lui aussi, dans la tendance National-Bolchevique. Politiquement c’est un excité, mais il ne va pas directement exprimer ses idées politiques dans ses livres. Il écrit des récits, de la poésie, des romans. Il est peu traduit en France. »

Zakhar Prilepine en 2012Zakhar Prilepine en 2012

 © Ulf Andersen / Aurimages / Ulf Andersen / Aurimages / AFP

« Il faut savoir qu’en Russie de tout temps la littérature a tout englobé la philosophie, la pensée, l’histoire, et aussi la politique. Mais on ne va pas forcément trouver dans la littérature d’aujourd’hui des romans ou des essais qui se positionnent ouvertement contre le pouvoir de Poutine. Chargounov ou Prilepine n’ont pas leur langue dans leur poche, mais ils ne vont pas exprimer leurs positions politiques dans leurs livres.

A l’autre bord, on a Ludmila  Oulitskaïa,  (traduite en France chez Gallimard), qui a écrit beaucoup de choses sur l’histoire de la période soviétique, et qui défend quand elle répond aux interviews des idées démocratiques à l’occidentale. Mais dans ce qu’elle écrit, il y a une recherche plus large, plus profonde qui va plus loin. Tous ces écrivains peuvent écrire des pamphlets, des articles, mais dans leur travail d’écrivain, ils sont engagés dans un travail plus profond, même Ludmila Oulitskaïa, qui est perçue comme une conscience intellectuelle. »

« Aujourd’hui on peut tout écrire en Russie »

« Il y a une forme d’incohérence dans la censure imposée par le régime de Poutine. La télévision est très surveillée, mais des amis me disaient encore récemment qu’on peut dire à peu près ce que l’on veut à la radio. Pour la littérature, aujourd’hui en Russie, on peut tout écrire. Mais il ne faut pas négliger l’auto-censure. Mais cette volonté chez les plus jeunes de creuser les couches géologiques de l’histoire peut apporter une réflexionpar rapport à cette auto-censure. Il y a eu 1991, qui a marqué la libération, mais c’est aujourd’hui il me semble, qu’a lieu la  vraie libération, une libération réfléchie. Je suis une pessimiste de nature, mais là je suis plutôt optimiste ! »

Encore un ou deux conseils de lecture

« Je recommande « La limite de l’oubli », de Sergueï Lebedev (Verdier). Il n’a pas pu venir pour le salon mais pour moi c’est un des plus grands. Il y a chez lui une puissance et un niveau d’écriture rarissime. Dans ce roman, il raconte l’histoire d’un jeune type qui cherche des informations sur son grand-père. Il a toujours pensé qu’il y avait quelque chose qui ne collait pas par rapport à son grand-père et il va aller enquêter du côté des mines du Nord et de la Sibérie. Il part sur les traces et non-traces des camps dans l’extrême Nord-Est et petit à petit il va retrouver des traces de la vie de ce grand-père, et de sa famille et à travers ça aussi bien sûr de l’histoire russe.

Son histoire commence en Pologne, à la limite occidentale, et s’achève à l’extrême Est. C’est une réflexion sur la Russie, mais aussi une réflexion plus large. C’est la première fois depuis très longtemps que les écrivains russes expriment un point de vue sur l’Europe, la première fois qu’ils se sentent légitimes pour parler du continent européen et pas seulement par rapport à la pensée occidentale. La première fois qu’ils disent : « J’ai mon mot à dire et ma pensée est aussi légitime qu’une autre ». Je recommande aussi « Les quatre vies d’Arsemi » (Fayard), d’Evgueni Vodolazkine, un roman sur la Russie du Moyen-Age. On pourra aussi lire « L’aviateur », un nouveau roman du même auteur, à paraître prochainement en France qui évoque les Iles Solovki, intéressant à lire en parallèle de « L’archipel Solovski », de Prilepine (Actes Sud). »

"L'archipel des Solovki", Zakhar Prilepine« L’archipel des Solovki », Zakhar Prilepine

 © Laurence Houot / Culturebox

Bonus : un libraire croisé sur le stand d’Actes Sud recommande « La soif », d’Andreï Guelassimov

Tout le programme de la Russie au Salon Lire Paris.
Du 16 au 19 mars 2018, Porte de Versailles

 

Aragon récite ce poème de la Résistance: la présence inaccessible et l’incantation poètique…

Il y a quelque chose de stupéfiant à entendre les poètes réciter leur poèmes… C’était pareil avec  Néruda, rien à voir avec la mélodie de ferrat et même Léo ferré, une mélopée scandés,   un hennissement, dans la voix une possession comparable à celle de la pythie devant les portes de l’enfer, un chaman, comme si remontait des entrailles de la terre une incantation venue du fond des âges pour dire la peine des être humains d’aujourd’hui.

C’est  la représentation, l’image dans l’art. Jean Pierre Vernant a tenté de nous initier à un autre mode de pensée,  à propos des KolossoÏ, ces statues grecques, représentation archaïque de la figure humaine. Vernant tente de renouer avec l’origine du signe religieux. Il ne s’agit pas seulement d’évoquer une présence sacrée, mais bien d’établir une communication avec elle, marquer à la fois la présence et une distance incommensurable avec ce qui est représenté… Il s’agit de représenter et d’établir en même temps ce qu la mort représente pour le vivant d’inaccessible, de mystérieux, de fondamentalement autre.  il n’y a oeuvre d’art que dans cette incantation à l’éternité aussi bien qu’à ceux qui sont morts pour la survie de ce qui nous unit… La voix du poète crée cet archaïsme qui s’introduit dans l’histoire des hommes de notre temps face à la barbarie nazie et dit la diversité, l’unité de la dame.france et de ses artisans ..

L’amour chez Aragon qu’il s’agisse d’Elsa, de sa patrie, de son parti (qui lui a restitué sa patrie) est toujours cette présence sacrée qui échappe alors mêmes qu’on l’invoque, l’inaccessible, le mystérieux, l’inassouvi, le menestrel comme dans « le fou d’Elsa » évoque cette présence absence, ce mystère, cette manière d’atteindre l’éternité.

danielle Bleitrach

 

La Russie invitée à Paris, vive la culture !

  1.  Quel cuistre que cet Emmanuel Macron… Staline pourrait lui donner des leçons . Voici ce qu’il écrit : 1) j’estime erroné le fait même de poser la question d’éléments « de droite » et « de gauche » en littérature (et donc aussi au théâtre). Le concept « de droite » ou « de gauche » aujourd’hui dans notre pays est un concept du parti, et plus précisément interne au parti. Les éléments « de gauche » ou « de droite » sont des gens qui s’écartent dans un sens ou dans l’autre de ce qui est purement la ligne du parti. C’est pourquoi il serait étrange d’appliquer ces concepts à un domaine incomparablement  plus large et aussi extérieur au parti que la littérature, le théâtre,etc. » J’ai toujours rêvé de publier en entier ce texte de Staline dans lequel il défend Boulkagov.  En fait ce que Macron est incapable de comprendre quand il refuse de visiter la Russie invitée d’honneur au salon du livre, c’est que la littérature est l’occasion d’une rencontre non pas entre dirigeants ayant une vision politique mais bien entre deux peuples, deux civilisations, un domaine « incomparablement plus large et extérieur » aux basses manoeuvres par lesquelles des dirigeants occidentaux se créent un ennemi pour résoudre leurs problèmes internes et y compris ceux qu’ils ont entre eux. Mais voici du blog Moscou-Bordaux de notre amie Jacqueline Boyer une autre vision de la relation entre la france et la Russie. je vous recommande en particulier l’interview d’Andrei makine.

Publié le par Boyer Jakline

http://bordeaux-moscou.over-blog.com/2018/03/la-russie-invitee-du-salon-du-livre-a-paris.html

 https://youtu.be/2MM7dbCOr5I

À l’attention de ceux qui boycottent la Russie au Salon du livre.

 https://youtu.be/UiE7vphTdCU

Le Salon du Livre de Paris a une invitée : la Russie.

Dont la contribution à la littérature universelle n’est plus à souligner.

 » Tout porte à croire que la Russie … ». Avec cette appréciation le Président de la Republique Française a rejoint la cohorte des dirigeants occidentaux derrière Teresa May. Les 24 heures de réflexion du gouvernement français avaient laissé entrevoir une autre décision… Et pour parachever l’édifice, inaugurant le Salon du Livre, ce personnage a boycotter le pavillon de l’invité…. Petit et stupide.

En attendant, sur les plateaux TV, à la radio, Lioudmila Oulitskaya est présente. Les questions tendent toutes à la faire parler mal du président russe et de son pays.
Les journalistes se rendent-ils combien ils sont  » has been » avec cette approche ? Savent-ils que Lioudmila Oulitskaya a un très grand public dans son pays ? Quel que soit son rapport au pouvoir ?

 

Prenez le temps d’écouter Andreï Makine sur Radio Classique  : politiquement incorrect et réjouissant .

Cinq minutes d’interview. Si vous n’avez pas le temps pour les 49 minutes de Radio Classique.

 

On achève bien les poètes… par Pablo Neruda

Résultat de recherche d'images pour "federico Garcia Lorca"

Voici l’hommage de Pablo Neruda à son ami Federico García Lorca, fusillé par les franquistes en 1936 :

Pour saluer une Espagne qui secoue la chape franquiste, mais aussi le compromis monarchiste franquiste, la spéculation immobilière dans le cadre de l’UE et la crise terrible qui a suivi, le chômage, la misère et qui cherche à reprendre pied dans son passé, voici la voix de Neruda célébrant à travers le poète assassiné par les franquistes, son propre engagement. (note de danielle Bleitrach)

« Tout commença pour moi le soir du 19 juillet 1936. Un Chilien sympathique et aventureux, Bobby Deglané, était imprésario de ‘catch as catch can’ au cirque Prince de Madrid. Je lui avais exposé mes doutes au sujet de ce ‘sport’ et de son sérieux, et il m’avait convaincu d’aller sur place, avec Garcia Lorca, vérifier l’authenticité du spectacle. Federico ayant accepté, nous avions décidé de nous retrouver à la porte du cirque à une heure convenue. Nous passerions un bon moment à regarder les truculences du Troglodyte Masqué, de l’Étrangleur Abyssin et de l’Orang-Outang Sinistre.

Federico ne vint pas au rendez-vous. Il avait pris le chemin de sa mort. Nous ne nous revîmes plus. Il avait rendez-vous avec d’autres étrangleurs. C’est ainsi que la guerre d’Espagne, qui allait transformer ma poésie, commença pour moi par la disparition d’un poète.

Et quel poète ! Je n’ai jamais vu réuni comme en sa personne la grâce et le génie, le cœur ailé et la cascade cristalline. Federico Garcia Lorca était le farfadet dissipateur, la joie centrifuge qui recueillait dans son sein le bonheur de vivre et l’irradiait comme une planète. Ingénu et comédien, cosmique et provincial, musicien étonnant, mime parfait, ombrageux et superstitieux, rayonnant et bon garçon, il résumait en quelque sorte les âges de l’Espagne, la floraison populaire ; c’était un produit andalou-arabe qui illuminait et parfumait comme un buisson de jasmins la scène entière de cette Espagne hélas ! disparue.

(…) Federico Garcia Lorca n’a pas été fusillé ; on l’a assassiné. Naturellement, personne n’imaginait qu’on le tuerait un jour. De tous les poètes d’Espagne il était le plus aimé, le plus choyé, et le plus ‘enfant’ par sa merveilleuse allégresse. Qui aurait pu croire qu’il y aurait sur la terre, et sur sa terre, des monstres capables d’un forfait aussi inexplicable ? »

(extrait de : « J’avoue que j’ai vécu », 1974 / traduction de Claude Couffon, Éditions Gallimard)

 

poèsie et communisme au séminaire de jean salem, la fidelité et l’espérance sont partie de la vérité

Il y a eu des intellectuels qui tenaient bon quand la direction du PCF trahissaient  en s’alignant sur le PS… Un jour on dira ce que fut cette période et comment la position de classe n’est pas simple ouvrièrisme puisque certains intellectuels restent fidèles à la classe ouvrière quand des dirigeants trahissent le combat. Merci à toi Jean …

le poète est communiste parce que son domaine c’est la langue, ce qui est donné à tous avec la mère, le poète c’est celui qui cherche à donner un nom à ce qui n’a pas de nom, le poèrt ne vise pas à s’approprier aristocratiquement les possibilités de la langue mais à la donner à tous comme ce qui est commun à tous. le poème donne son invention à la langue qui est à tous. le communisme dans son épopées grandiose correspondait à ce besoin de donner au peuple, aux pauvres gens , aux muets, aux bègues , aux prolétaires qu’il faut donner tous les possibles de la langue et pas aux bavards. Ils retrouvent l’épopée…

A écouter sans modération…

 
Poster un commentaire

Publié par le mars 2, 2018 dans HISTOIRE, litterature

 

haiku de morts à jamais inscrits dans mon refus de tous les négationnismes

photographe
lituanien meurtrier de masse, kaunas 1941
photographe inconnu – soldat germain

Le frère de mon père, Salon dit Raymond,  est mort en Lituanie, il avait 23 ans.

L’image contient peut-être : 1 personne, debout et plein air

 

mort / haïku

  • 1. Metropol Hôtel Vienne 1938

dans la cour,

le garçon  attend son grand – père 

au cinquième étage

pour finir rapidement

 il vient de  tomber de la fenêtre

 frapper le sol fortement barbe brûlée trempée dans le sang

l’ enfant aura cet  héritage

2. martin / kauna, Lituanie 1941

la foule vient du garage ietukis
joyeuse pour assassiner
certains
juifs

le spectacle d’êtres
battus à mort
crowbars
fers à pneus
étouffé à mort
tuyau tuyau poussé
dans les  rectums
eau pompée
dans les
entrailles de l’ estomac ils éclatent
avec beaucoup d’applaudissements
un
par
un
battu
par
bar
hommes
tombent
morts
démembrés
à la fin les
hommes jouent
lituanien
national hymne
accordéon
et harmonica
sur les
cadavres
personne n’a pleuré
la
rue de kaunus
plein de
rires
(si vous écoutez
attentivement, vous pouvez l’
entendre)

****

3 jasenovak, croatie
1942

archevêque
prêtre
moine
moine
fourche à travers
les yeux du docteur serbe,
elle a ensuite été
coupé en
petits morceaux
donnés aux porcs
dans le monastère
pour nourrir

Ustase a compris
comment
nourrir les animaux
être des animaux

était
un

rivière
congelée
rapidement

communities
congelare
confluence

casque
tout

les petits
liquidés
avant d’apprendre
à danser
bien qu’ils
puissent appeler
srbosjek

compétions
croats tenu à
quelle vitesse les
enfants pourraient être
tués

prêtres parfaits
avec leurs mains
par les banques
de sava

grues
potences

maillets
fil prêtres en
verre parfait avec les mains

Žiga Hirschler
n’a jamais finit
sa chanson
à paula

prêtres
parfaits

*****

4. linz, autriche, marche de la mort

longue marche
courte
neige
noire
vélo
roues
sabots
et cadavres
camp
au camp
effort
épuisé
effort
marche
arrière
marche
arrière

c b