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Une leçon du débat d’Avignon: la longue marche devient de plus en plus collective

14 Déc
Kết quả hình ảnh cho la longue marche

Lors du débat que les amis de l’Humanité d’Avignon avaient organisé le 12 décembre autour de mes mémoires, j’oserais dire de NOS mémoires à nous communistes français, le premier intervenant, mon camarade Jean Dufour qui suit attentivement ce blog, a lu et bien lu mes mémoires, m’a interrogée sur la Chine.

Je l’ai intérieurement maudit parce que je n’avais pas de fiches sur le sujet et mon livre parlant peu de la Chine, je n’étais pas préparée, et comme on le sait mon talon d’Achille ce sont les chiffres et les noms propres, je craignais de mal argumenter en disant des choses erronées, ce qui n’a pas manqué puisque les 600 millions de Chinois sortis de la misère sont devenus 600 mille chinois, ce qui est de l’ordre d’une petite ville de province, voire un village à l’échelle de la Chine. Et tout à l’avenant.

Pourtant ce malicieux de Jean n’avait pas tort de m’inciter à oser parler de la Chine puisque j’avais choisi le « bilan ».

Ce que m’a enseigné ce débat et les différentes interventions, c’est à quel point aujourd’hui ce sujet est incontournable pour les communistes.

Nous avons commencé avec Marianne d’apporter des informations, d’autres comme les camarades de Vénissieux et Hervé Fuyet en font autant, il y a des relais. Il y a des livres incontournables, ceux entres autres de Delaunnay et de Remy Herrera, les camarades qui me recevaient m’ont parlé d’un débat avec Tony Andreani.

Pourtant ce que m’a inspiré ce débat c’est cette nécessité d’en faire encore plus sur cette question, comme celle d’un nouveau monde avec de nouveaux rapports sud-sud en train de bouleverser des siècles de domination occidentale. La Chine, ai-je tenté de dire, c’est à la fois la plus vieille des civilisations, mais aussi un pays qui a connu l’humiliation néo-coloniale, un autre poids de l’histoire avec le plus jamais ça.

Quand j’ai tenté de défendre le fait que la Chine n’avait jamais porté les armes pour piller un pays, un débat s’est ouvert sur le rôle réel de la Chine en Afrique, le géant goulu et destructeur, l’achat du port du Pirée. De là, je n’avais pas les éléments pour contredire mais certainement ceux de comparaison entre la Chine nouant un contrat avec la Bolivie pour l’exploitation du lithium et les USA faisant face avec un coup d’état meurtrier et raciste. La Chine achète mais qui vend et à quelles conditions.

Tout cela restait encore en surface et j’en oubliais presque ce que je disais dans mon livre sur la contre révolution, la manière dont elle démarre à partir du Chili et comment les tortionnaires, ceux qui pillent et détruisent des continents entiers se font passer pour les défenseurs des droits de l’homme contre le totalitarisme soviétique. Là aussi la tentation est grande ne parlons plus du passé… Pourtant, eux n’oublient pas et tentent de ré-utiliser les ficelles qui leur ont permis d’avoir trente ans de sursis. Staline est mort en 1953, mais le personnage créé de toute pièce, un pouvoir personnel s’imposant à un immense continent et présentant un danger pour le monde entier est encore utilisé pour Xi Jinping, l’idée pourtant essentielle du collectif politique aussi bien que la complexité d’une société, tout est résumé à cette caricature « totalitaire ». Au moment même où l’on assiste depuis 1991 à une offensive sans foi ni loi sur toute la planète pour mieux piller, comme en 1974 après le Chili, ils se présentent en Droits de l’Homme contre le « péril jaune ».

Comment cela peut-il encore fonctionner ? Mais on assiste bien à une tentative de conviction que tout le mal vient des privilégiés de la SNCF, de la dictature que leur grève fait peser sur la Noël, il y a même eu une député de la République en marche pour dénoncer le grand nombre d’agents musulmans recrutés par la RATP qui donc veulent saccager les fêtes de la Noël, si cela peut marcher imaginer ce que l’on peut créer sur la situation internationale. Il est nécessaire de démonter tout ça, oui mais comment quand on enseigne à ce point l’amour de la servitude par l’entretien d’un « savoir immédiat » qui nie le rôle du capital et crée des murs pour le protéger d’imaginaires assaillants.

PARCE QUE LE FOND DE L’AFFAIRE EST BIEN DE FAIRE CROIRE QU’IL N’Y A PAS D’ALTERNATIVE AU CAPITALISME, L’UTOPIE IRREALISABLE OU LA DICTATURE SANGLANTE. MONTREZ QU’IL Y A ET Y A EU DES EXPERIENCES, LEURS APPORTE , LEUR ECHECS CONTEXTUALISES? PASSEZ IL N’Y A  TIEN A VOIR. C’EST POUR LE CAPITAL UNE QUESTION DE SURVIE.

Ce débat m’incite aussi à une réflexion sur les obstacles que nous devions affronter pour aborder ce pays continent : d’abord bien sûr le poids des campagnes médiatiques qui tablent sur un travers bien français, la superficialité, la prétention néo-coloniale à feindre de savoir ce qu’ils ignorent, l’incapacité à sortir du franco-français, et à ce titre l’intervention d’une dame qui prétendait avoir vu le travail des enfants en Chine alors qu’une de ses compagnes de voyage m’a signalé qu’elles n’avaient rien vu du tout, mais que la dame tenait à être un témoin politique à partir d’un voyage touristique, ce qui est un travers assez fréquent.

Pourtant ce débat d’Avignon n’avait rien à voir avec le cauchemar que j’avais vécu en 1996 dans le Gard voisin. Il y avait un homme qui pour la première fois de sa vie était parti dans un pays étranger à Cuba, cette année là. Il avait vu et il savait, il dénonçait la misère des Cubains, elle était hélas bien réelle. C’était la période spéciale, ils crevaient de faim, la prostitution des jeunes filles battait son plein. A toutes mes descriptions abstraites du blocus, il répondait par ce qu’il avait vu et l’attribuait à Fidel castro, un dictateur comparable à Staline. Il avait été jadis un électeur communiste on ne l’y reprondrait plus. J’ai été battue à plate couture, personne ne m’aidait… Cet homme avait pour lui le poids du tourisme tel qu’il nous donne des certitudes et de ce que les médias lui racontaient tous les jours. Depuis les choses ont un peu évolué mais il y a d’autres traquenards en particulier quand je tente de dire la stricte vérité à savoir que les Russes regrettent l’uRSS. Alors la Chine…

Car  le paradoxe est que dans le PCF nous avons un autre blocage. D’abord depuis 20 ans l’influence du trotskisme, version de la social-démocratie dans nos directions, avec la haine du « stalinisme » reconnu et dénoncé partout pour mieux nous isoler, mais aussi paradoxalement dans un parti qui a vieilli le reste d’une rancune tenace contre la Chine quand elle s’opposait à l’URSS ; il est donc intéressant de voir comment le parti issu de cet ex-URSS est lui en train de discuter sur le passé mais aussi de préparer l’avenir et tous les textes sur le sujet que Marianne traduit du russe peuvent aider à percevoir les choses différemment.

Cela dit il est aussi frappant de voir à quel point le dialogue sans concession mais avec écoute réciproque peut être fructueux aujourd’hui. Il y a une évolution, surtout quand le mouvement social vous aide à penser autrement. A quel point ceux qui comprennent qu’ils ont peut-être des stéréotypes construits découvrent vite un autre monde, et pour revenir à mon introduction perçoivent à quel point tout souvenir est pris nécessairement dans un collectif d’appartenance qui introduit des biais. Je retrouve alors un travail de déconstruction que je faisais nécessairement avec mes étudiants de sociologie et dont j’étudie les effets en politique.

par exemple, dernièrement je discutais avec une électrice socialiste de toujours, elle me dit tout le mal qu’elle pense de macron, du personnel politique qui l’entoure , delavoye qui se fait acheter pour nous voler nos retraite: « il faudrait que ces gens là soient condamnés à vivre ce que vivent les gens qui ont des salaires de misère ». mais quand tout à coup je tente de lui parler de bernard Arnault qui ne déclare pas ce qu’il devrait, elle me répond « c’est son argent, il en fait ce qu’il en veut et il donne du travail, ce qui est ignoble ce sont les politiques qui prennent l’argent du peuple ». J’ai compris à quel point l’idée du capital avait disparu de son esprit. Alors quand vous expliquez qu’en Chine, il ya la planification, que le parti tient les rènes de l’investissement et du dévelopement et l’oriente vers le progrès et la résorbtion de la misère, à quel type de pensée avez -vous affaire?

cela fonctionne par répétition, puis un jour quelque chose devient problématique et là ça va vite très vite…

Je ne suis jamais aussi ravie que quand quelqu’un vient m’expliquer ce que je m’évertue à lui faire partager depuis des années.

Je me dis que si tout se passe comme je l’espère les communistes dans peu de temps viendront m’expliquer ce que je m’évertue avec tant de mécomptes de leur faire partager depuis tant d’années et ils ne se souviendront de rien, ils en conserveront peut-être malheureusement l’idée que je ne suis pas quelqu’un de sûr, un mélange de répression « stalinienne » et de dissidence anti-parti.

Heureusement, nous sommes un certain nombre à vivre cela depuis des années et dans ce débat j’ai senti à quel point les organisateurs ne me laissaient pas me débattre seule parce qu’ils vivaient aussi cette situation et en avaient acquis beaucoup de patience et la conviction qu’en tant que communistes nous devions continuer dans l’action, qu’un possible s’ouvrait et qu’il fallait le faire avancer.

J’apprends tellement des autres dans des débats et cela renforce mon optimisme. « Être optimiste n’est pas un métier, m’avait reproché Aragon ».

C’est là qu’être sociologue et connaitre ce qu’est pernicieux le sentiment d’un savoir immédiat sur toute chose comme d’ailleurs le poids de la rumeur n’est supportable qu’à condition d’être un objets d’étude.

Danielle Bleitrach

PS. A ceux qui sans avoir lu NOS mémoires cherchent de mauvaises raisons pour contribuer à sa censure, je signale que l’argument de mon narcissisme ne tient pas, parce que je défie quiconque d’aimer les autres sincèrement s’il ne s’aime pas lui-même. Et en outre peut-être que cela permet d’échapper à un mal général, celui d’être prêt à n’importe quoi pour exister médiatiquement. Quant à l’argument de mon mauvais caractère ou de ma contribution à des répressions, la lecture de mon livre aiderait sans doute à lever des idées préconçues à partir de faits.  je n’aurais pas les problèmes que j’ai dans des débats si mon trait de caractère – hérité d’années de pédagogie n’était pas de m’intéresser si fortement à la manière dont mon interlocuteur raisonne que j’en oublie l’objet de ma démonstration. J’ai hérité de mon métier d’enseignant une manie d’écoute que je compare souvent à celle du garagiste écoutant le bruit du moteur et en déduisant les pannes possibles. J’ai parfois envie d’aider à construire quelque chose de plus cohérent y compris dans un domaine dont je ne partage pas la formulation initiale… cela dit mes sautes d’humeur sont simplement le constat que quelque chose est mal parti et qu’il vaut mieux ne pas perdre son temps, elles épargnent la personne sauf si vraiment il en fait trop. Veuillez m’excuser ce plaidoyer pro domo, mais la nature de ce qui m’est reproché est malheureusement aussi peu étayé que cela.

 

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