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Archives de Catégorie: peinture

LETTRE OUVERTE AU MONDE DE L’ART

« Leur complète désertion du mouvement actuel des gilets jaunes ne fait que renforcer le profond mépris que j’éprouve à leur endroit. »

paru dans lundimatin#186, le 8 avril 2019

Chère X,
J’aurais préféré décliner pour la première fois une invitation à participer à une exposition à quelqu’un d’autre qu’à vous et Y. À vrai dire, vous êtes ceux à qui il me coûte le plus de le faire connaissant votre engagement et compte tenu de la sympathie que j’ai pour vous. Et pourtant, voici un bon moment (deux ans déjà) que j’ai laissé tomber toute activité artistique. D’une part, il ne fait plus aucun sens pour moi de poursuivre un travail artistique étant donné l’urgence de la situation (ou alors peut-être des œuvres anonymes et éphémères comme des ciné-tracts ou des tags). D’autre part, je refuse d’œuvrer davantage depuis cet inconsistant milieu qu’on appelle « art contemporain » (quelle idiotie, comment l’art pourrait-il être autre chose que contemporain).

Cela fait un moment déjà que je me sens en divorce complet avec les artistes, commissaires et autres galeristes. Disons que leur désengagement total (quand ce n’était une réelle animosité) à l’égard du mouvement de Nuit Debout m’avait déjà mis la puce à l’oreille, mais leur complète désertion du mouvement actuel des gilets jaunes ne fait que renforcer le profond mépris que j’éprouve à leur endroit. Voilà des gens à qui l’on dit depuis des années (15000 scientifiques encore cet été, je ne sais pas ce qui leur faut) que nous avons tué 60% du vivant sur terre durant les 40 dernières années d’un néolibéralisme en roue libre et que ce qui s’annonce est tout simplement catastrophique mais qui continuent malgré tout à penser à leur misérable carrière et leur mesquin confort. Et comment pourrait-il en être autrement quand c’est l’ennemi même qui les nourrit ?

Qu’on vote une loi sur le secret des affaires, sur les fake news ? Qu’on vote une loi Collomb ? Qu’on supprime l’ISF ? Qu’on fasse passer pour mesure écologique la taxation des plus démunis ? Qu’on détruise un à un les services publics ? Qu’on fasse entrer l’état d’urgence dans le droit commun ? Qu’on touche à la liberté de manifester ? Qu’on réprime le peuple en le mutilant ? Qu’on mette derrière les barreaux des gens pour activisme écologique ou pour « délit de solidarité » ? Qu’on transforme la Méditerranée en tombeau ? Ces bons artistes n’y trouvent rien à redire si ce n’est à aller signer des pétitions pour épargner leur bonne conscience. Et les voici qui rejoignent la cohorte des inutiles « marcheurs pour le climat » et continuent de produire de volumineuses et polluantes œuvres qu’il faudra stocker pendant des années avant de les envoyer par avion pour je ne sais quelle exposition à l’autre bout du monde. Ce seront les mêmes qui, quand ils crèveront la gueule ouverte, diront : « si seulement on avait su ». Personnellement, j’ai mieux à faire avec le peuple, les opprimés, qu’avec cette nuisible petite bourgeoisie.
Les seules œuvres d’art qui me touchent aujourd’hui sont ces sublimes tags qui fleurissent à chaque printemps comme ce récent « Vous ne nous attraperez pas, nous n’existons pas », ou encore cette banderole nantaise aujourd’hui même qui dit : « Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce ». Je n’ai jamais fais de tags et il est un peu tard pour s’y mettre (déjà 40 ans) mais il me démange tout de même d’aller décorer Beaubourg d’un « On refera des œuvres d’art quand on aura renversé le pouvoir ».

Depuis un peu plus de deux ans donc, je mets toute l’énergie en mon pouvoir pour participer à ce magnifique combat qui s’intensifie et qui sera nécessairement victorieux (quand ? où ? comment ?) et qui a pour objet la mort du capitalisme.

Nous avons du pain sur la planche.

Amicalement,
Julien Crépieux

 

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Csontváry un peintre que j’ai découvert en 1989 en Hongrie

Csontváry est né le 4 juillet 1853  à Hisszebezn alors dans le royaume de hongrie, aujourd’hui en Slovaquie, il est mort le 20 juin 1919 à Busapest. Quand ke k’ai découvert en 1989 au musée de Budapest j’ai été à la fois éblouie et déchirée parce qu’il était shizophrène.

Durant une après-midi ensoleillée, le 13 octobre 1880 – alors qu’il n’avait que 27 ans –, il eut une vision mystique. Il entendit une voix lui dire : « Tu seras le plus grand des peintres de l’écliptique, encore plus grand que Raphaël l ! » (« Te leszel a világ legnagyobb napút festője, nagyobb Raffaelnél! ») ”Il passa des journées entières en Europe, visitant les galeries d’art de la cité du Vatican Dès 1890, il voyagea à travers le monde. Il visita Paris les pays méditerranéens ( Dalmatie, Grènce, italie)  l’Afrique du Nord et le Moyen Orient,

Il réalisa ses plus grandes Oeuvres entre 1903 et 1909. Certaines de ces œuvres ont été exposées à Paris (1907) et en Europe de l’Ouest. De nos jours, un musée lui est consacré à Pecs.

ce qui est proprement stupéfiant chez lui est sa couleur qui n’a rien à voir avec celle des peintres de son époque sans doute parce qu’il n’utilise pas l’huile. IL mélange  de la teinture pour les textiles, avec de la poudre d’argile blanche du kaolin, cela donne une pate brillante qui s’élève en relief. Il part de trois couleurs de base ‘jaune, vleu et rouge) et les deux unités de contraste ‘noir et blanc)il recherche la lumière du soleil germe pour lui de la vie.

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Ile-de-France : comment la banlieue rouge a acquis des œuvres d’art dignes de musée par Olivier Bureau

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02 mars 2019, 15h29
Gennevilliers. A la tête d’un fonds de 200 œuvres, la ville est notamment propriétaire de cette peinture de Boris Taslitzky « Les Fondeurs ». DR.

A l’automne prochain, la ville de Gennevilliers accueillera « Trésors de banlieue », une exposition rassemblant quelque 350 œuvres prêtées par une quarantaine de villes populaires. La constitution de ce patrimoine s’est faite au gré d’histoires humaines… et politiques.

Il y a des noms très connus, tels Chagall ou Fernand Léger. D’autres un peu moins comme les peintres Boris Taslitzky et Corneille ou le dessinateur de bandes dessinées Caza. Et certains quelque peu inattendus, comme celui d’Elsa Triolet, la muse d’Aragon, dont on découvre qu’elle n’était pas seulement une femme de lettres mais aussi créatrice de bijoux à ses heures.

Autant d’artistes dont certaines œuvres ne sont pas la propriété de musées ou de riches collectionneurs mais… de municipalités de banlieues populaires. A l’instar de Gennevilliers, qui s’apprête à accueillir à l’automne prochain une exposition de 350 œuvres représentatives de ces « Trésors de banlieue ». « Cet automne, Paris va nous jalouser, prédit Patrice Leclerc, le maire (PCF). Le public va enfin avoir l’opportunité d’accéder à ces œuvres, qui se rapprochent des lieux de vie des habitants. »

C’est l’association l’Académie des banlieues qui s’occupe de la scénographie, du transport, de l’événementiel et de la communication. « 350 œuvres, 41 collectivités de toute la France, des villes de banlieues parisienne mais aussi de la périphérie de Rouen (Saint-Etienne-du-Rouvray), de Lyon (Vénissieux) ou encore de Toulon (Solliès-Toucas) : à cette échelle, c’est unique », salue Sylvie Gilles, la secrétaire générale de l’association. Mais comment des villes aux populations parfois très modestes se retrouvent-elles à posséder des pépites d’art contemporain ?

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Caza a réalisé la BD « Scènes de la vie de banlieue ». Des planches originales seront exposées dans le cadre de Trésors de banlieues. DR.Une partie de ce fonds colossal vient de donations. « De nombreux artistes ont été en résidence dans les communes ou ont été aidés et accompagnées par celles-ci, détaille Noël Coret, le commissaire de l’exposition. En remerciement, ils ont offert une ou plusieurs œuvres ». Autre possibilité : des collectionneurs locaux qui font don d’une œuvre à leur commune.

LIRE AUSSI >Le secret le mieux gardé de Gennevilliers : ses trésors d’art contemporain

Mais la principale explication de ce phénomène est… politique. Tout au long du siècle dernier, des villes de banlieue rouge ont enfourché un des chevaux de bataille du Parti communiste : rendre la culture accessible au plus grand nombre, notamment via l’achat régulier d’œuvres. C’est par exemple le cas du conseil départemental du Val-de-Marne, qui a acquis un tel fond d’art contemporain qu’il a fini par lui bâtir un musée, le désormais célèbre MAC Val à Vitry-sur-Seine.

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La Courneuve proposera des esquisses de la fresque Conquête du bonheur de Blasco Mentor. DR.

L’incroyable histoire du Chagall de Fontenay-sous-Bois

L’histoire de Fontenay-sous-Bois rassemble ces deux aspects. A la fin des années 1960, Eugène Balayn, un « homme d’un certain âge », vivait chichement à Fontenay. Il décide alors de remercier la ville qui lui fournit assistance et aides sociales en lui faisant don de son trésor : un Chagall, que l’artiste lui avait offert directement bien des années plus tôt.

« Il n’a posé qu’une condition, que le tableau soit exposé au public », précise Jean-Philippe Gautrais, le maire (FdG). Par souci de sécurité, l’original est prêté au Musée d’art et d’histoire du judaïsme mais une copie est bien exposée dans le hall de l’hôtel de ville. « C’est un geste très fort, poursuit l’élu. Ici, la culture ne sera jamais le parent pauvre. Nous avons 300 œuvres d’art, un salon qui fête ses 18 ans cette année, la première classe prépa art, un atelier d’artistes, etc. »

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L’original de ce « Villageois tenant la Torah » est exposé au musée d’art et d’histoire du judaïsme. Une copie est toujours en mairie. Ville de Fontenay-sous-Bois.« Dans le même temps, des artistes de renom étaient liés au Parti, poursuit Noël Coret. Boris Taslitzky dont on trouve des œuvres à Gennevilliers ou Levallois-Perret, a réalisé de véritables témoignages de la vie ouvrière. »

Ce n’est donc pas un hasard si des villes populaires ou qui l’ont longtemps été se retrouvent propriétaires de tels trésors. « La banlieue est à l’origine de 95 % de la création contemporaine, analyse le conservateur. Ensuite Paris digère et revendique ces courants, mais c’est bien la banlieue qui façonne et imprime sa marque à l’art. Aujourd’hui c’est le cas avec le street art et le hip-hop. Je suis encore stupéfait de cette puissance créatrice. La banlieue est bien le terreau de l’art contemporain. »

LA BELLE RENCONTRE DU MAIRE DE VILLIERS-ADAM AVEC LE PEINTRE CORNEILLE

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Villiers-Adam. Bruno Macé, maire de cette commune du Val-d’Oise de 850 habitants s’est vu offrir un tableau de l’artiste contemporain Corneille. Il sera exposé en octobre-novembre 2019 à Gennevilliers./LP/O.B.L’œuvre que Bruno Macé va prêter à l’exposition trône dans sa mairie de Villiers-Adam, un village de 850 âmes dans la vallée de l’Oise : un triptyque de près de 2,5 m sur 1,60 m du peintre Corneille, Guillaume Cornelis Beverloo de son vrai nom, une figure de l’art contemporain membre du mouvement artistique Cobra.

Passionné d’art, Bruno Macé est élu maire en 2008. « J’ai alors fait la connaissance d’une femme qui commençait à s’impliquer dans la vie locale, se souvient-il. J’ai découvert que son mari n’était autre que le peintre Corneille, un artiste dont j’admirais l’œuvre : cela a été une révélation. » Très discret, l’artiste alors âgé de 76 ans, habite la commune depuis plus de dix ans, presque incognito. Les deux hommes sympathisent.

Grâce au maire, l’artiste est enterré à côté des frères Van Gogh

« Il s’est alors investi dans la commune et a même animé des classes avec les enfants de l’école, poursuit l’élu. On s’est connu deux ans mais cela a été intense. » A la mort de Corneille, en 2010, Bruno Macé et son homologue d’Auvers-sur-Oise réussissent à accéder une des dernières volontés de l’artiste : qu’il soit enterré dans le cimetière d’Auvers, juste à côté des frères Van Gogh, d’origine néerlandaise comme lui.

Entre-temps, en 2009, Corneille avait offert ce triptyque à son village d’adoption. L’immense œuvre contemporaine et colorée a suscité discussions et débats dans ce village niché au cœur du berceau des Impressionnistes. Aujourd’hui, elle domine la salle du conseil avec pour voisins deux toiles de Pazem et Dan Jacobson.

« C’est le résultat d’une belle rencontre, résume Bruno Macé. On aurait pu ne jamais nous croiser. Une telle œuvre est une incroyable richesse pour une petite commune comme la nôtre. »

 

L’histoire de Karl Marx en manga chinois (video avec traduction de Marianne)

 

Voici le cadeau que nous offre Marianne, la première partie du manga que le Parti communiste chinois a consacré à Karl Marx. Les chansons ne sont pas traduites en russe et Marianne a traduit à partir du script en russe.

Pensez à activer les sous-titres : 7 langues sont proposées! Et merci à Katia et Svetlana qui ont traduit de chinois en russe (note de Marianne).

 

13 des plus belles mosaïques de rue vestiges de l’URSS

 

Plus sauvage que Caravaggio: la femme qui s’est vengée dans la peinture à huile par jonathan Jones

traduit pour histoire et societe par danielle Bleitrach

Artemisia Gentileschi a transformé les horreurs de sa propre vie – répression, injustice, viol – en peintures bibliques brutales qui constituaient également un cri de guerre pour les femmes opprimées. Pourquoi son génie extraordinaire a-t-il été négligé?

Vengeance in oil… détail de Judith et Holopherne de Gentileschi.
 La vengeance est à moi… un détail de Judith et Holopherne, représentant Gentileschi et l’homme qui l’a violée. Cliquez ici pour voir l’image complète . Photographie: Rex / Museo Nazionale di Capodimonte, Naples

deux  femmes bloquent un homme sur un lit. L’une d’elle  presse son poing contre sa tête , il ne peut donc pas le lever du matelas, tandis que sa compagne bloque son torse. Elles sont  bien baties avec des bras puissants, mais malgré cela, il faut leur force combinée pour maintenir leur victime immobilisée, car l’une d’elle lui  coupe la gorge avec une épée brillante. Le sang jaillit des geysers d’un rouge profond il est encore en vie  Elle ne s’arrêtera pas tant que sa tête ne sera pas complètement coupée. Les yeux de sa victime sont grands ouverts. Il sait exactement ce qui lui arrive.

Le mourant est Holopherne, un ennemi des Israélites dans l’Ancien Testament, et la jeune femme qui le décapite est Judith, son assassin désigné de manière divine. En même temps, c’est aussi un peintre italien appelé Agostino Tassi, tandis que la femme avec l’épée est Artemisia Gentileschi,  celle qui a peint ce tableau. C’est effectivement un autoportrait.

Deux grandes peintures sanglantes de Judith et Holopherne de Gentileschi survivent, l’ une au Capodimonte à Naples, l’autre aux Uffizi à Florence. Elles sont presque identiques à l’exception de petits détails – à Naples, la robe de Judith est bleue, en jaune à Florence – comme si cette image était un cauchemar qu’elle gardait, l’acte final d’une tragédie qui se répète sans cesse dans sa tête.

«C’est la bague que vous m’avez offerte et ce sont vos promesses!» A hurlé Gentileschi alors qu’elle était torturée dans un tribunal de Rome en 1612. Des cordes étaient enroulées autour de ses doigts et resserrées. Le juge avait conseillé l’utilisation modérée de la sibille , comme on l’appelait torture, car elle avait tout de même 18 ans. De l’autre côté de la cour était assis l’homme qui l’avait violée. Personne n’a pensé à le torturer. En le défiant, Gentileschi lui disait que les vis serrant ses doigts  étaient la bague de mariage qu’il lui avait promise. Elle a répété à maintes reprises que son témoignage sur le viol était fiable: «C’est vrai, c’est vrai, c’est vrai, c’est vrai. »

Gentileschi était la plus grande artiste féminine de l’époque baroque et l’une des plus brillantes adeptes de l’artiste incendiaire Caravaggio, dont la peinture terrifiante de Judith et Holopherne a influencé la sienne. Elle est l’une des stars de Beyond Caravaggio, une enquête épique sur ses rivaux et ses disciples sur le point de s’ouvrir à la National Gallery de Londres. Avec des mots et des images, elle lutta contre la violence masculine qui dominait le monde dans lequel elle vivait.

Gentileschi a réalisé quelque chose de si improbable, si proche de l’impossible, qu’elle mérite d’être l’un des artistes les plus célèbres au monde. Ce n’est pas simplement qu’elle est devenue une artiste très célèbre  à une époque où les guildes et les académies fermaient  leurs portes aux femmes. Elle a également fait ce qu’aucune des autres – rares – femmes de la Renaissance et du baroque qui oeuvraient comme  artiste en tentant de s’en sortir: elle a communiqué une vision personnelle puissante. Ses peintures sont évidemment autobiographiques. À l’instar de Frida Kahlo, de Louise Bourgeois ou de Tracey Emin , elle a consacré sa vie à son art.

Et quelle vie brutalement endommagée c’était. Dans le monde de l’art sauvage de la Rome du Caravage, les artistes étaient riches, arrogants et pouvaient faire presque tout ce qui leur plaisait tant qu’ils restaient dans les bons papiers du pape. Gentileschi a dû rencontrer le Caravage à plusieurs reprises lorsqu’elle était enfant: il l’a peut-être même encouragée à peindre. Son père, Orazio, également artiste talentueux, était l’ami intime de Caravaggio. En 1603, Orazio et Caravaggio ont comparu devant le tribunal après avoir griffonné des propos diffamatoires sur un artiste ennemi dans les rues de Rome. Dans son témoignage, Orazio a mentionné avec désinvolture que Caravaggio était venu chez lui pour emprunter une paire d’ailes d’ange.

Preuve de traumatisme… Susanna et les aînés de Gentileschi.
 Preuve de traumatisme… Susanna et les aînés de Gentileschi. Photographie: © Collection de la maison Burghley

Cela nous donne un bel instantané de l’enfance de Gentileschi: le grand Caravaggio qui défile pour ses accessoires. Née en 1593, elle avait 10 ans quand cela s’est passé. Quand elle avait 13 ans, le maljheur  a frappé le cercle de Caravaggio. Il était toujours au bord du danger – il portait une épée et était prêt à l’utiliser – mais en 1606, il tua un homme qui avait des amis à la cour papale. Il a fui. Orazio et sa fille ne verront plus jamais leur inspirateur.

Être la fille d’un artiste était le seul moyen pour une jeune femme d’espérer acquérir les compétences complexes nécessaires pour peindre de manière professionnelle à l’âge baroque. Il semble qu’Orazio avait de l’ambition pour sa fille – après tout, il lui a donné un nom saisissant et classique. Et au fur et à mesure que ses compétences se développaient, il engagea un élève artiste  Agostino Tassi, pour lui donner des leçons. Puis, en 1612, Orazio accusa Tassi d’avoir violé sa fille.

Le procès qui en a résulté a duré sept mois et a choqué Rome. Cela a fait de Gentileschi une célébrité – de la pire façon possible. Étonnamment, chaque mot de cette affaire judiciaire a survécu, dans une transcription qui ouvre une fenêtre sur la vie des artistes à l’ère du Caravage. Gentileschi nous parle de ce document vieux de 400 ans avec une voix éloquente, courageuse et convaincante. C’est un exemple rare de femme à l’ère pré-moderne qui prenait position contre l’oppression qui faisait partie de la vie quotidienne.

Elle a témoigné que Tassi se frayait un chemin dans sa chambre et commençait à faire des offres de sexe non souhaitées. «Il m’a ensuite jeté sur le bord du lit, me poussant avec une main sur ma poitrine et il a mis un genou entre mes cuisses pour m’empêcher de les fermer. Levant mes vêtements, il a placé une main avec un mouchoir sur ma bouche pour m’empêcher de crier.

Elle a riposté. «Je lui ai griffé le visage», a-t-elle déclaré à la cour, et je lui ai tiré les cheveux et, avant qu’il ne me pénètre à nouveau, j’ai saisi son pénis en le serrant de telle sorte  que je lui ‘ai même retiré un morceau de chair. «Mais elle ne pouvait pas l’arrêter. Ensuite, elle s’est précipitée vers un tiroir et a sorti un couteau. « J’aimerais te tuer avec ce couteau parce que tu m’as déshonoré », cria-t-elle. Il ouvrit son manteau et dit: «Je suis là.» Gentileschi jeta le couteau mais se protégea. «Sinon, dit-elle, je l’aurais peut-être tué. »

Le procès comportait également des mois d’interrogatoires sinistres. Des amis, des locataires, des artistes et des membres de leur famille ont construit une image du ménage de Gentileschi. Elle est décrite comme une adolescente qui a passé tout son temps à peindre et à sortir rarement. Son violeur, quant à lui, est apparu comme un personnage encore pire qu’il ne le semblait au début. Plusieurs témoins ont affirmé qu’il avait assassiné sa femme et qu’il ne pouvait offrir aucune défense valable.

Pourtant, Gentileschi a été torturé et Tassi a été libéré. Pourquoi? Il était protégé par le pape, car son art, oublié aujourd’hui, était coté à l’époque. Tout le monde savait qu’il était un méchant. «Tassi est le seul de ces artistes à ne jamais me décevoir», a déclaré le pape Innocent X. D’autres artistes ont prétendu être des hommes d’honneur, a-t-il expliqué, mais l’ont laissé tomber. Avec l’irremplaçable Tassi, il savait où il en était.

Gentileschi, encore adolescente à la fin du procès, était couverte de honte   dans une culture où l’honneur était tout. Mais cela lui a aussi fourni une sorte de publicité monstrueuse. Dans les années 1620, elle est une artiste célèbre qui travaille aussi loin que possible de Rome. Et elle se vengeait avec la seule arme dont elle disposait: un pinceau. Elle ne pouvait pas écrire son histoire car, comme elle l’avait révélé lors du procès, elle était plus ou moins analphabète. Elle pouvait cependant la peindre et en changer la fin, comme le montrent ses peintures de Judith et Holopherne.

Gentileschi, cependant, fait ressortir un élément de l’histoire biblique sur lequel aucun artiste masculin ne s’était jamais attardé. Dans la plupart des peintures, y compris le rendu hallucinatoire du Caravage, Judith a une servante qui attend de récupérer la tête coupée. Mais Gentileschi fait de la servante  une jeune femme forte qui participe activement au meurtre. Cela fait deux choses. Cela ajoute un réalisme farouche auquel même Caravage n’avait jamais pensé: il faudrait deux femmes pour tuer cette brute. Mais cela donne aussi à la scène une implication révolutionnaire. «Quoi, se demande Gentileschi, si les femmes se réunissent? Pourrions-nous nous battre contre un monde gouverné par des hommes?

Armé d'un pinceau… Autoportrait, allégorie de la peinture, de Gentileschi.
 Armé d’un pinceau… Autoportrait, allégorie de la peinture, de Gentileschi. Photographie: Royal Collection Trust

Beyond Caravaggio présentera une autre œuvre de Gentileschi, son tableau de Susannah  et les veillards de 1622. Ici encore, elle utilise une histoire biblique pour dramatiser ce qu’était une femme au 17ème siècle. Deux vieillards espionnent une jeune femme en train de se baigner, mais Gentileschi accentue encore plus la peur en plaçant les   hommes entrain de se regarder et de regarder, alors que d’autres artistes ont tendance à montrer qu’ils se cachent à distance. Pourquoi montre-t-elle les voyeurs comme totalement dénués de gêne, sans chercher à dissimuler leur désir et à s’introduire dans l’espace de Susanne?

C’est un effet troublant, rappelant étrangement sa propre persécution. Lors du procès, il est apparu que Tassi avait un complice qui la convoitait également. Ils restèrent tous les deux dans les parages, la regardant, comme les voyeurs qui troublaient Susannah. Le traumatisme provoqué par le viol de Gentileschi et le procès qui ne la rendit pas justice hantent son art. Pourtant, elle n’a pas été écrasée par ses souffrances. Au contraire, le pouvoir viscéral de ses peintures en fait l’une des artistes les plus célèbres d’Europe.

Même la cour britannique lointaine avait entendu parler d’elle. En 1638, Charles Ier l’invita personnellement à Londres pour travailler pour lui. Gentileschi y a peint ce qui est peut-être son œuvre la plus originale et la plus importante. Dans son autoportrait en tant qu’allégorie de la peinture – exposée le mois prochain à la galerie Queen’s à Buckingham Palace dans le cadre de l’exposition intitulée Portrait of the Artist – elle se présente comme un personnage musclé, dynamique et énergique, à l’instar des femmes qui tiennent Holopherne . Au lieu d’une épée, elle est armée d’un pinceau. Des siècles avant le féminisme, Gentileschi se déplace dans l’espace avec une fluidité extraordinaire, le créateur de sa propre image, le héros de sa propre vie.

 

Le retour de l’engagement limité aux acquêts de la bourgeoisie…

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Sur antenne 2 un commentaire qui réhabilite Jdanov. Il s’agit d’une tableau de Bernard Buffet dans les années soixante qui représente deux hommes nus enlacés. La dame qui commente explique le caractère « engagé » de l’œuvre et explique alors que l’engagement a besoin du figuratif, l’abstrait étant la marque d’une distance avec son temps, un refuge… Enfin elle a compris les arguments de l’époque… L’expression de valeurs… je n’ai rien contre, ni contre la liberté de l’enlacement entre deux hommes, ni contre l’expression de valeurs par le figuratif, si ce n’est que je trouve Bernard Buffet un fort mauvais peintre et à choisir j’aime autant Fougeron, dans les deux cas il ne s’agit pas de peinture aurait dit Aragon… en prenant la défense de Fougeron.

Parce que dans ce que dit la dame l’engagement reste limité au sociétal, s’il s’agissait d’exalter le prolétariat et des valeurs collectives, nous n’aurions pas droit à un tel commentaire de la même dame… mais des ricanements…

je crois qu’il faut reparler du « réalisme socialiste », à la condition de bien expliquer qu’il ne s’agit pas d’un « naturalisme » comme chez Bernard Buffet mais bien d’un réalisme et que comme dirait Grémillon orfèvre en la matière, ce réalisme a quelque chose de plus, le rêve matérialiste d’une espérance…

Danielle Bleitrach

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Publié par le janvier 15, 2019 dans peinture