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Archives de Catégorie: THEORIE

Le Figaro Entretien avec Diego Fusaro, l’homme qui murmure à l’oreille de Di Maio et Salvini

Entretien avec Diego Fusaro, l'homme qui murmure à l'oreille de Di Maio et Salvini

FIGAROVOX/ENTRETIEN – A trente-cinq ans, le philosophe spécialiste de Marx et de Gramsci est le théoricien qui a inspiré la campagne du Mouvement cinq étoiles. En exclusivité pour le Figarovox, il décrypte la recomposition politique italienne.


Né à Turin en 1983, Diego Fusaro est docteur en philosophie de l’histoire et enseigne à l’Université de Milan. Il puise dans sa lecture de Hegel, Marx, Gramsci ou encore Gentile pour construire une pensée politique dissonante, très hostile à l’euro et au capitalisme financier. Il publie régulièrement sur son blog personnel.

Le Figarovox a choisi de donner la parole à cette voix influente du débat italien pour mieux comprendre les ressorts des bouleversements politiques transalpins.


FIGAROVOX.- L’entente entre la Ligue et le Mouvement 5 Étoiles est-elle l’alliance de vos vœux pour remplacer le clivage gauche/droite?

Diego FUSARO.- Oui, absolument. Dans notre temps, celui du capitalisme financier, la vieille dichotomie droite-gauche a été remplacée par la nouvelle dichotomie haut-bas, maître-esclave (Hegel). Au-dessus, le maître a sa place, il veut plus de marché dérégulé, plus de globalisation, plus de libéralisations. Au-dessous, le serf «national-populaire» (Gramsci) veut moins de libre-échange et plus d’État national, moins de globalisation et une défense des salaires, moins d’Union européenne et plus de stabilité existentielle et professionnelle. Le 4 mars en Italie n’a pas été la victoire de la droite, ni de la gauche: le bas a gagné, le serf. Et il est représenté par le M5S et la Ligue, les partis que le maître global et ses intellectuels diffament comme «populistes», c’est-à-dire voisins du peuple et pas de l’aristocratie financière (Marx). Si ceux-ci sont populistes, il faut dire que les partis du maître sont carrément démophobes, ils haïssent le peuple.

Le président Mattarella a finalement permis la formation du nouveau gouvernement, Savona n’est plus à l’économie mais il fait encore partie de l’équipe. A-t-il eu peur que de nouvelles élections ne donnent encore plus de voix aux deux formations dissonantes?

Tout à fait. Il fallait ne prendre aucun risque. L’Italie, comme tous les pays d’Europe, vit sous une pérenne dictature financière des marchés. Cela veut dire un totalitarisme glamour, le totalitarisme du marché capitaliste. Les marchés demandent, les marchés se sentent nerveux: ils sont des divinités qui décident d’en haut, c’est l’aboutissement du fétichisme bien décrit par Marx. En 2011, l’Italie fut victime d’un coup d’État financier voulu par l’UE. Et encore maintenant cela s’est presque reproduit. Malgré tout, le gouvernement «jaune-vert» (les couleurs du M5S et de la Ligue, respectivement) a été formé, même s’il a souffert de fortes modifications (notamment le rôle de Savona), pour ne pas laisser les marchés trop insatisfaits…

Pourquoi Di Maio et Salvini regardent-ils vers la Russie?

Parce que la Russie de Poutine est aujourd’hui la seule résistance contre l’impérialisme du dollar, c’est-à-dire contre l’américanisation du monde, aussi connue sous le nom de mondialisation. Il vaut mieux un monde multipolaire, comme on dit ces jours-ci, à la place du cauchemar de la «monarchie universelle» (Kant), c’est-à-dire d’une seule puissance qui envahit la totalité du monde. L’Italie devrait sortir de l’OTAN, se libérer des plus de cent bases militaires américaines et chercher à retrouver sa souveraineté monétaire, culturelle et économique, s’ouvrant à la Russie et aux États non-alignés.

Il ne faut pas sauver l’euro, il faut se sauver de l’euro !

Peut-on dire que la crise de l’euro est de retour, concernant la situation en Italie mais aussi en Espagne?

Je crois que oui. Je ne connais pas la situation espagnole comme un expert, mais certainement l’Espagne, comme l’Italie et les autres pays méditerranéens, a beaucoup de souffrances causées par l’euro. L’euro n’est pas une monnaie mais une «méthode de gouvernement» (Foucault): une méthode de gouvernement néolibérale contre les classes travailleuses et les populistes, et créant des bénéfices seulement aux seigneurs du mondialisme capitalistique. Il ne faut pas sauver l’euro, il faut se sauver de l’euro! J’ai soutenu cela dans mon livre «Europe et capitalisme». J’espère que le gouvernement jaune-vert fera sortir l’Italie de l’euro et de l’Union Européenne: c’est la seule voie pour défendre les classes travailleuses et les personnes précaires, en faisant des dépenses publiques et une vraie politique sociale.

Vous dites souvent que la vieille bourgeoisie et le vieux prolétariat font maintenant partie du même groupe opprimé, n’est-ce pas un peu exagéré?

C’est exactement comme ça. Il est le nouveau «précariat»: la vieille souche moyenne bourgeoise et la vieille classe travailleuse, pendant un temps ennemies, sont aujourd’hui opprimées et précarisées, elles forment une nouvelle plèbe paupérisée et privée de droits compte tenu des prédations financières et de l’usure bancaire. La classe dominante est, cette fois-ci, l’aristocratie financière, une classe cosmopolite de banquiers et de délocalisateurs, seigneurs du big business et du dumping. Marx le dit très bien dans le troisième livre du Capital: le capitalisme surpasse sa phase bourgeoise et accède à celle financière, basée sur la rente financière et les vols de la bancocratie. C’est notre sort.

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la jeunesse et l’engagement… De Marx aux lanceur d’alerte…

portrait-du-jeune-marx

C’est le jour du baccalauréat, le bac, l’angoisse de milliers de jeunes gens, celui aussi où aujourd’hui débute le procès d’Adlane et je publie ce texte de Snowden, qu’est-ce que la vie privée, la vie privée de quoi disait Henri Lefebvre ?

Une de ses déclarations retient mon attention, à l’ère de l’informatique celle-ci rejoint la proclamation du jeune Marx sur la « vocation » des jeunes gens:

« Si vous croyez en quelque chose, vous devez être prêt à défendre ce quelque chose ou vous n’y croyez pas vraiment du tout. Il y aura toujours des conséquences pour les opposants au pouvoir et il ne fait aucun doute que j’ai dû faire face à des représailles, comme tous les lanceurs d’alerte d’intérêt public sortant de la communauté du renseignement au cours des dernières décennies, depuis Daniel Ellsberg. Mais cela ne veut pas dire que cela ne vaut pas la peine d’être fait. Ce sont des risques qui valent la peine d’être pris. »

les premiers textes de Marx connus sont trois dissertations écrites au lycée en 1835, il a appris le grec, le latin, le français, et un peu d’hébreu et il va partir étudier le droit comme son père. Il va choisir la philosophie.  Ce parcours est celui d’un jeune homme du XIX e siècle, mais déjà Marx témoigne d’une passion proche de bien des adolescents aujourd’hui, de leur inquiétude réelle à la fois sur la possibilité d’un emploi mais aussi le besoin de s’engager.

La troisième dissertation de Karl Marx lycéen est un commentaire sur la vocation professionnelle et il explique que celle-ci doit être guidée par « le devoir, le sacrifice de soi,le bien être de l’humanité et le souci de sa propre perfection« . Ces intérêts ajoute-t-il ne sont pas contradictoires les uns des autres. Et il lie le progrès de l’humanité à toutes les angoisses qu’il a sur son propre devenir. le mauvais choix professionnel,soutient-il risque de rendre un homme malheureux toute sa vie » Mais au moment d’opérer ce choix, il note que l’on ne peut pas faire abstraction des contraintes personnelles dont les premières sont d’ordre sociales, comme physique.

je souhaiterais que les communistes aient à coeur là encore d’interpeller la jeunesse à la fois sur les conditions matérielle et sur la vocation entant qu’elle est « réalisation » personnelle mais aussi mise au service de l’humanité, les deux étant liés.

Comment parler à la jeunesse? Ernst Bloch a déjà dit des choses là-dessus dans le principe espérance que je vous recommande comme lecture de l’été (on peut rêver)… Moi j’ai envie de leur dire, à Adlane en particulier, mais aussi à ceux qui passent le bac, ce que Ernst Bloch qui avait quitté la RDA pour la RFA, expliquait néanmoins: il disait que la pire des sociétés socialistes valait mieux que le meilleur des systèmes capitalistes, parce que dans le premier il restait le principe espérance: le droit à défendre une vocation au service de l’humanité qu’autant qu’à sa propre perfection… C’est à eux de mettre en oeuvre… Ne pas renoncer à leurs ambitions et lutter contre les contraintes, les dépasser collectivement…

Danielle Bleitrach

 

 

Des penseurs du monde entier convergent à Patna pour une conférence internationale sur Karl Marx

 En Inde aussi, où il existe de puissants mouvements marxistes léninistes, des partis communistes parfois au pouvoir, se tient une conférence académique.sur l’actualité de Marx. On ne saurait sivre toutes les initiatives dans cet immense pays. Ce qui en fait un cas intéressant mais pas « original vu que souvent le renouveau du Marxisme apparait dans ce genre de lieu (il faudrait analyser l’importance du communisme en Sibérie, dans un centre de développement industriel très performant. il s’agit ici de Patna, une sorte de Sillicon valley,  Patna est la capitale et la plus grande ville de l’État de Bihar en Inde, située sur le Gange, elle a près de 2 millions d’habitants et c’est une des plus anciennes villes du monde. C’est un centre intellectuel et artistique mais aussi selon de la Banque Mondiale un des lieux où la croissance est la plus forte et la création d’entreprise parmi la plus dynamique sur la planète (21e) , avec une orientation vers l’intelligence artificielle, la deuxième après Dehli en Inde.L’économiste Lord Meghnad Desai, qui prononcera le discours d’ouverture le 16 juin, a déclaré à l’attention de la presse que Neeraj Kumar, responsable du Comité consultatif académique de la Conférence, était l’un de ceux qui assisteraient à cette réunion| Publié: 13 juin 2018 23:16:57

Des penseurs du monde entier convergent à Patna pour une conférence internationale sur Karl Marx

Bien qu’un certain nombre de personnalités politiques telles que le Premier ministre Nitish Kumar et Tejashwi Yadav, le chef de l’opposition à l’assemblée,   aient été invitées, elles n’ont pas été désignées comme orateurs. (Source: WikiCommons) Des penseurs renommés, issus de divers courants et de plus d’une douzaine de pays à travers le monde, se retrouveront à Patna cette semaine pour participer à une conférence internationale de cinq jours sur la vie, les idées et l’influence de Karl Marx.

L’économiste, Lord Meghnad Desai,  prononcera le discours d’ouverture le 16 juin et présentera le résumé de la conférence lors de sa session de conclusion le 20 juin, et  Neeraj Kumar, président du Comité consultatif académique de la Conférence ont participé à une conférence de presse de présentation de l’événement.

Kumar, qui est également le rédacteur en chef du Centre pour la politique économique et les finances publiques (CEPPF), qui fonctionne sous l’égide de l’Institut de recherche pour le développement asiatique (ADRI), a indiqué que d’autres orateurs importants iseraient présent et parmi eux le  sociologue et chroniqueur Dipankar Gupta, ancien vice-chancelier de l’Université de Delhi, Deepak Nayyar et Samuel Hollander, l’un des plus grands historiens de la pensée économique.

S’adressant à la même conférence de presse, Shashwat Gautam, l’un des directeurs de la CEPPF, a déclaré qu’ils avaient pris  en toute conscience la décision  de conserver le caractère académique de l’événement qui se déroulera sur   cinq jours. Ainsi, bien qu’un certain nombre de personnalités politiques telles que le Premier ministre Nitish Kumar et le chef de l’opposition à l’assemblée Tejashwi Yadav aient été invitées, elles ne se sont pas vu attribuer une place parmi les orateurs, a-t-il dit.

Gautam a déclaré qu’ils souhaitent informer la jeune génération de la signification historique de Karl Marx en tant que penseur et son impact sur la politique mondiale. En fait, même si le communisme en tant qu’idéologie politique s’éteint dans le monde entier, de nombreuses mesures de régulation sociale des économies de marché peuvent être considérées comme inspirées, même indirectement, par l’accent mis par Marx sur la répartition équitable des richesses. a-t-il dit.

C’est précisément pour cette raison que même les universitaires qui ne sont pas nécessairement de tendance de  gauche ont été invités. Lord Meghnad Desai  en est un exemple notable. Il ne peut pas être qualifié de marxiste et ses sympathies pour l’économie de marché sont bien connues, a déclaré Gautam.

Il a dit que les délégués à la conférence étaient plus de 200 et provenaient d’environ 18 pays, beaucoup d’entre eux vivent  dans des endroits lointains comme l’Amérique Latine et l’Afrique et les thèmes de discussion ne resteront pas limités, au marxisme dans l’Inde même s’il s’agit d’un part importante, il y aura également des contributions sur marxisme et féminisme,  sur les scénarios latino-américain, l’expérience russe et grandes tendances mondiales.

Gautam a également dit que c’est une question de fierté pour le Bihar qu’un tel événement de cette taille soit organisé ici quand le 200ème anniversaire de naissance de Marx donne lieu à des manifestations  dans le monde entier.

L’état a eu un passé intellectuel remarquable et nous dédions la conférence à la mémoire des historiens Pijushendu Gupta et Radha Krishna Chaudhary qui ont joué un rôle dans la conférence organisée à Begusarai en 1967, à l’occasion du 150ème anniversaire de naissance de Marx. .

La conférence de Begusarai, connue sous le nom de Moscou du Bihar à l’époque en raison du mouvement communiste, a été suivie par des historiens estimés comme Debiprasad Chattopadhyay et Ram Saran Sharma et a été saluée comme la plus belle et la plus grande conférence de l’Inde à cette époque. selon Shashwat

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Publié par le juin 15, 2018 dans Asie, INTERNATIONAL, THEORIE

 

Le marxisme est la science sociale de notre temps

dans le cadre du dialogue théorique en perspective du Congrès, voici une importante contribution d’un économiste qui travaille et vit actuellement en Chine publié par le site « faire vivre le PCF » qui a lancé la proposition d’une base commune. Un recentrage indispensable sur l’industrie, la classe ouvrière qui réunit différentes approches. Quelque chose est en train de remuer dans le PCF au-delà de l’étroitesse et des ornières de ces dernières années. (note de Danielle Bleitrach)

par  Jean-Claude Delaunaypopularité : 100%

Je fais partie de ceux qui ne sont pas nés dans un berceau tapissé par les oeuvres de Marx. J’ai cependant consacré mon existence de chercheur à comprendre, à l’aide de cette théorie, ce qu’est le capitalisme. J’ai étudié de près certains de ses instruments, la comptabilité nationale par exemple. J’ai cherché à mesurer le taux d’exploitation des travailleurs en France sur près d’un siècle. Au milieu de ma vie professionnelle, j’ai cherché à comprendre ces activités que l’on appelle les services et qui étaient, dans un pays comme la France, en pleine expansion. Plus récemment, je me suis intéressé au processus de mondialisation du capitalisme. Dans ce contexte, je me suis vivement intéressé à l’économie chinoise et au socialisme en Chine. Cela dit, mon intervention porte uniquement sur les services et leur rapport à l’industrie.

LE PHENOMENE DES SERVICES

Quand on traite des services, on entre sur un terrain brulant pour ce qui a trait au marxisme.

Certaines théories considèrent que les services ne modifient pas la théorie de Marx. Ces activités ne seraient que des extensions de la division du travail et seraient remplacés ou modifiés, grâce aux machines, comme le sont les biens. D’ailleurs, parfois, des biens sont produits à leur place et ces biens (par exemple les disques, les CD) se substituent à eux . Dans un registre différent, le développement des services serait surtout la manifestation de l’impérialisme et de ses formes financières et bureaucratiques contemporaines.

Mais la plupart des théories considèrent que l’apparition massive des services remettrait en cause le bien-fondé de la théorie de Marx. Ils relèveraient de la production immatérielle. Or le problème que Marx voulait traiter aurait été celui de la propriété privée des biens matérels. Notre époque, qui serait celle de l’immatérialité, anéantirait, pour cette raison, la problématique révolutionnaire de Marx. Selon d’autres théories, le marxisme reposerait sur l’analyse des relations Hommes-Machines. L’apparition massive des services indiquerait que l’analyse devrait porter désormais sur des relations de type Hommes-Hommes. Par conséquent, le marxisme aurait été une analyse de l’Economique. Le monde contemporain serait celui de La Politique. Enfin, les services produiraient une sociologie totalement différente de celle imaginée par Marx. Ils témoigneraient de l’émergence de nouvelles classes moyennes, ce qui obligerait à repenser le rôle directeur de la classe ouvrière dans le processus révolutionnaire. Tels sont, à mon avis, les principales théories qui, émises à propos des services, concernent la théories de Marx.

C’est dans cette ambiance que, au début des années 1980, je me suis engagé dans l’étude des services. Je crois pouvoir résumer ma réflexion d’ensemble en disant que l’industrie et les services sont deux pôles contradictoires de l’économie. Ils sont donc, de ce fait, unis et opposés. Toutefois, le dépassement de la contradiction n’implique pas la disparition de l’industrie des pays capitalistes, comme cela se produit avec la mondialisation capitaliste. Elle implique simplement sa transformation radicale. De la même façon qu’à une certaine époque, l’agriculture a été transformée pour devenir une agriculture industrielle, aujourd’hui, la société devient une société de service et l’industrie prend la forme d’une industrie servicielle. Cette évolution n’en est cependant qu’à ses débuts et suppose, pour être menée à terme, le déploiement de grandes luttes sociales.

Mon exposé contient 2 parties. Je vais montrer, dans une première partie, que l’industrie est toujours aujourd’hui l’activité la plus importante au sein de l’activité économique générale au plan mondial. On peut prévoir que le 21ème siècle verra le monde se couvrir de firmes industrielles.

Je vais montrer, dans une deuxième partie, que, cependant, sans disparaître physiquement, loin de là, l’activité industrielle , ou activité de la production matérielle classique, laissera progressivement la place à la production non-matérielle (nom que je donne aux produits des activités de service) et sera transformée par elle au fur et à mesure que les luttes sociales l’imposeront.

Première Partie : L’Industrie demeure la plus importante des activités économiques au plan mondial.

Cette première partie contient deux sous-parties. Dans la première sous-partie, j’explique les raisons de l’importance de la production industrielle à notre époque. Dans la deuxième sous-partie, je dis pourquoi les services en ont accompagné le développement et la pénètrent.

A/ L’importance de la production industrielle

Je suis conduit, dans cet exposé, à faire apparaître 2 caractéristiques des activités économiques. Certaines seraient dominantes en raison de leur importance relativeeu égard à leur capacité à satisfaire les besoins de la population. D’autres seraient déterminantes, en raison de leurs effets sur le développement du reste des activités.

Je prétends qu’aujourd’hui, l’industrie est toujours dominante, mais qu’elle est de moins en moins déterminante du fonctionnement des économies.

a) Pourquoi l’industrie est-elle toujours dominante et le demeurera-t-elle encore longtemps ?

L’industrie est dominante parce qu’elle produit les biens matériels dont les populations ont besoin pour vivre conformément aux conditions de notre époque. Le développement économique est synonyme de développement industriel. De plus, l’industrie fournit les équipements permettant de construire et de renouveler les infrastructures de la vie moderne, qu’il s’agisse des voies ferrées pour les trains à grande vitesse ou des « serveurs, réseaux, fibres optiques, composants électroniques que nécessite internet et tout le reste  » (A. Bellal, « Pour une véritable culture industrielle, rompre avec l’infantilisme technologique », 01/06/2018). Enfin, l’industrie est le terrain expérimental à grande échelle sur lequel s’enracine l’activité de recherche. Perdre le savoir-faire industriel réduit la capacité à développer le savoir-faire scientifique.

Le graphique 1 montre que des pays en développement tels que la Chine et l’inde disposent d’un fort potentiel industriel et peuvent faire face aux exigences essentielles de leur développement intérieur.

Graphique 1 : La production industrielle en % du GDP

Depuis 2011, la Chine est la première puissance industrielle du monde, devant les Etats-Unis. L’Allemagne, qui a maintenu son industrie dans une plus grande proportion que la France ou les Etats-Unis, est en mesure de fournir les pays en développement en biens industriels de haut de gamme. La crise économique que traverse aujourd’hui la France résulte en partie de la désertification industrielle de son territoire.

Cela dit, le fait que l’industrie soit importante ne permet pas de conclure qu’elle soit déterminante du développement économique d’ensemble. L’exemple de la Chine illustre ce propos. Des décisions de premier plan furent prises en 1999 par exemple, pour donner un nouvel élan à la formation universitaire et à la recherche.

Graphique 2 : L'emploi dans l'enseignemennt supérieur en Chine

L’action administrative et politique, qui correspond à l’exercice d’activités de service, est aujourd’hui déterminante du développement industriel chinois.

L’industrie est donc importante pour satisfaire les besoins du développement mais elle n’est pas ou elle est de moins en moins déterminante de ce développement.

b) Caractéristiques de l’industrie et développement des services

Pourquoi a-t-elle été accompagnée d’un fort développement des services ?

L’industrie que nous connaissons n’est plus celle du 19ème siècle. Le degré de complexité des forces productives s’est accru. Ensuite, la division du travail a fait apparaître le besoin de services collectifs traités à part des services individuels ordinaires. Enfin, les conditions générales de fonctionnement des sociétés ont profondément changé. De nouveaux besoins apparaissent, indépendamment des besoins industriels.

  1. La complexité
    Les rapports économiques ne sont plus les mêmes aujourd’hui qu’à l’époque de Marx. Les relations qui les sous-tendent sont de plus en plus nombreuses. Leur espace de définition s’est étendu. Elles fonctionnent dans le temps, avec le crédit. Elles nécessitent une organisation administrative et législative dense et continue.
  2. L’approfondissement de la division du travail 
    Elle a fait apparaître le besoin, en amont de la production industrielle ou à ses côtés, d’activités représentatives des conditions générales de la production. Il s’agit, notamment, des activités d’éducation, de santé, de culture, de recherche, d’administration, de planification, de financement, de gestion de l’eau, de défense. 
    Marx, prenant l’exemple des abeilles, a clairement observé qu’il n’existe pas de production sans conception préalable de la production. Cela étant dit, ces activités, que j’appelle « services collectifs », doivent, aujourd’hui, être développées systématiquement de manière séparée de la production. Elles sont une manifestation de la complexité économique contemporaine, de son ampleur. Elles entretiennent une certaine distance avec la production courante.
  3. Les changements intervenus dans la vie courante. 
    Je désigne ici deux familles de phénomènes qui sans être directement liés au développement de l’industrie, sont générateurs de services : l’allongement de la vie humaine et l’urbanisation.

Pour conclure cette sous-partie, je dirai que la liaison entre industrie et services est aujourd’hui très forte. Les autorités chinoises en font l’expérience et souhaitent développer de manière accélérée un fort secteur des services aux entreprises, comme l’indique le graphique 3 ci-dessous.

Graphique 3 : L'emploi urbain dans les services en Chine

Cela dit, Il ne paraît pas possible de confondre services et production industrielle ou de dire simplement que la production industrielle détermine le volume des services nécessaires. Les services ont, si je puis dire, acquis leur indépendance. Ce ne sont pas les résultats univoques du développement industriel. Ce ne sont pas davantage de simples rejetons de l’impérialisme, même si certains services sont hypertrophiés par le Capital alors que d’autres sont atrophiés par lui. Enfin, pour débattre de ces problèmes, mieux vaut ne pas s’engager dans la voie de faux arguments. Ce n’est pas parce que les produits industriels sont nécessaires à la mise en oeuvre de la fonction recherche, par exemple, que les activités industrielles dont les chercheurs utilisent les produits sont déterminants de la recherche. Car à ce compte-là, on ne voit pas pourquoi on ne reconnaîtrait pas à l’agriculture le rôle déterminant de tout l’ensemble économique.

Plutôt que de se satisfaire d’arguments fragiles, mieux vaut, comme le faisait Marx, observer la réalité, et, parmi toutes les observations recueillies, accorder une particulière attention à la façon dont le travail fonctionne à leur propos et en leur sein. La problématique mise en œuvre par Marx est fondamentalement une problématique du travail.

Deuxième Partie : Production non matérielle et Travail

Il est clair qu’existe une corrélation positive entre production industrielle et production de services. C’est évident pour les services aus entreprises. Mais certains services ont été développés sans que l’industrie soit directement impliquée dans leur production. Il paraît donc raisonnable de se demander en quoi la production industrielle est différente de la production des services. Sans doute ces 2 catégories de production ne satisfont-elles pas les mêmes besoins ?

Dans la première sous-partie de cette seconde partie, je vais chercher à définir ce qu’est la production matérielle (production agricole et industrielle), par différence avec la production des services, ou production non matérielle .

Dans la deuxième sous-partie, j’examinerai les caractéristiques du Travail de la production non matérielle .

A/ Production matérielle et Production non matérielle

a) La production matérielle industrielle

La matérialité sociale d’un produit quelconque est, d’une part, définie par ses caractéristiques concrètes, et, d’autre part, par le temps de travail, présent et passé, dépensé pour le produire. Sous cet angle, biens et services sont tous matériels. Il m’a semblé utile, cependant, de faire la distinction suivante.

Un produit (industriel) est matériel dans la mesure où il est le résultat de la transformation des matières présentes au début de son procès de production. Dans la langue française, on parle, d’ailleurs, de matières premières à ce propos. Elles sont premières dans le processus. Le contenu moléculaire du produit est théoriquement le même au début et à la fin du processus, mais ce contenu a été transformé.

Pour obtenir un produit matériel, il a notamment fallu l’emploi d’une force de travail et d’équipements. Mais ces éléments sont, au plan concret, explicatifs de sa forme et non de son contenu.

b) La production non matérielle des services

Un service, en revanche, est un produit dont le contenu matériel de départ n’a aucune importance pour sa définition. Des matières premières ont été utilisées (courant électrique, ordinateur, papier, etc.). Toutefois, le produit d’arrivée (le service) est indifférent à ce contenu.

Par différence avec les produits matériels, ce sont les forces de travail et les équipements ayant permis l’obtention des produits non matériels qui caractérisent ces derniers. Sans doute viendra-t-il à l’esprit tel ou tel contre-exemple (la restauration, par exemple). Mais la réalité est rarement « pure ».

Dans le moment présent, je suggère d’appeler « production non matérielle » l’ensemble de la production des services, quitte à distinguer, dans cet ensemble, des groupes significatifs, comme le font les statisticiens (services aux ménages, services aux entreprises, etc.).

B/ Le travail de la production non matérielle

Il est important de savoir ce que sont les produits et comment ils évoluent. Mais il l’est plus encore de savoir quelles sont les caractéristiques du travail dans ce contexte.

Je vais d’abord indiquer quelles sont, selon moi, les principales caratéristiques du travail de la production des services. J’évoquerai ensuite certains aspects nouveaux du Travail de production des services.

a) Les principales caractéristiques de la production des services.

Le travail des services peut être décrit à l’aide de 5 caractéristiques importantes.

  1. Sa dimension relationnelle
    Tout travail, dans le cadre d’un paradigme technologique donné et de la division correspondante du travil, est la combinaison de deux composantes : une composante de transformation des matières (TR) et une composante de relation avec les autres agents et usagers du produit (R).T = TR x RUn produit matériel (bien) peut alors être défini comme un produit dont la composante relationnelle du Travail est égale à 0 ou proche de 0. Dans les sociétés capitalistes industrielles, le marché est l’instance des relations relatives aux produits matériels. Leurs producteurs (celles et ceux qui travaillent) ignorent quels en sont les consommateurs. Leurs consommateurs ignorent celles et ceux qui l’ont produit.
    Un produit non matériel (service) est au contraire, dans le cas général, un produit dont la composante de transformation est nulle. En revanche, sa composante relationnelle est égale à 1 ou proche de 1. Le travail qui est à son origine vise à produire explicitement une relation, ou un ensemble de relations. Le producteur d’un service connaît nécessairement le consommateur de ce service. Cette connaissance fait même partie de son Travail. Réciproquement ; le consommateur d’un service connaît nécessairement le producteur du service qu’il (elle) consomme. Il (elle) en apprécie directement le Travail.
  2. L’usage.
    Il découle de ce qui précède que le travail de service est un travail ayant à prendre en compte l’usage du produit de service. Ce qui est très différent du travail de production des biens. Dans une société développée capitaliste, le Travail relatif aux biens a uniquement pour but la vente, quelque que soit l’usage fait du produit matériel vendu, alors que le Travail de service a pour but explicite l’usage des produits non matériels de service.
  3. Profondeur variable du produit de service
    J’appelle « profondeur du Travail » la nature et le degré de l’utilité qui est recherchée à l’aide des produits du travail. Le Travail de service est un Travail dont la profondeur varie, comme celui des biens, quoique de manière différente. Cela dit, le point important, ici, a trait aux services collectifs. Le choix de leur profondeur dépend de choix de nature politique et stratégique. Le service de santé, par exemple, peut avoir pour finalité seulement de soigner les maladies ou seulement de les prévenir, ou de les soigner et de les prévenir. La profondeur du service d’éducation peut être de former des personnes à telle qualification. Ce peut être aussi de les former et de réduire le chômage visible. On peut généraliser cet exemple à l’ensemble des services collectifs.
  4. Implication plus grande du travailleur dans le procès de production des services. 
    La nature du travail de service change pour les travailleurs eux-mêmes. Il peut être plus savant, en moyenne, « plus intéressant » que celui dépensé pour la production des biens. En même temps, la charge nerveuse induite par ce travail est plus forte eu égard à la plus grande implication mentale du travailleur dans le procès de son travail, alors même que ce procès demeure contrôlé par le Capital avec l’objectif de la rentabilité maximale.
  5. Une productivité dont les lois diffèrent de celles relatives aux biens
    La production des services n’obéit pas aux mêmes lois d’évolution de la productivité que la production des biens. Lorsqu’il s’agit de transformer les matières premières, cette évolution est sans mystère. Les capitalistes agissent principalement sur les équipements, dont ils sont les propriétaires, pour accroître, à titre individuel, la production de plus-value (la productivité) et de profit. Ils agissent également sur les procédures, les protocoles. 
    Par l’intermédiaire des équipements et dans le cadre des rapports marchands capitalistes qui sur-déterminent et encadrent l’activité relationnelle des salariés des services, les capitalistes des services gardent la main et cherchent à atteindre des objectifs de productivité. Ces objectifs sont cependant plus difficiles à réaliser que dans le cas des biens.

Quel bilan peut-on tirer à partir de l’observation de ces caractéristiques ? Le travail de service est-il en train de révolutionner le procès de travail des sociétés développées au point de remettre en cause les théories de Marx ?

On peut raisonnablement apporter à ces questions les réponses suivantes. D’une part, le travail de service présente d’évidentes particularités. Ce n’est pas une simple extension quantitative du procès de production industriel. Il est générateur de tensions supplémentaires nouvelles entre les Travailleurs et les Capitalistes. Il introduit des éléments relationnels nouveaux au sein du procès de production. Mais il ne possède aucun pouvoir révolutionnaire particulier, qui le placerait en dehors du capitalisme industriel dans ce qu’il a de plus classique. Le rapport social de service ne bouleverse pas le rapport social capitaliste, qui repose toujours sur la propriété du capital. Cependant, le travail de service n’est pas neutre. il met le Capital à l’épreuve. Il forge les éléments d’une nouvelle conception du travail et il ouvre la perspective révolutionnaire qui consistera à mettre réellement et totalement la production matérielle et la production non matérielle au service des consommateurs.

b) Une nouvelle révolution technique en cours : quels effets sur le Travail de service ?

Je souhaite, pour terminer ce texte, faire état des révolutions techniques en cours et de leurs effets sur le Travail, en particulier sur le travail de service. Je vais être extrêmement bref, renvoyant aux écrits des ingénieurs et des scientifiques sur ce point. Ce que l’on observe est d’une part, que le Travail de service, que l’on croyait imperméable à toute mécanisation, s’est trouvé, dès les années 1960-1970, en première ligne de l’investissement informatique, notamment dans le secteur bancaire. Aujourd’hui, la société chinoise est en train de vivre, grâce aux investissements effectués, un grand bouleversement dans l’accès aux services collectifs, notamment pour les réservations de billets de train, les prises de rendez-vous dans les hôpitaux, le e-commerce, le paiement électronique des factures de tous montants, l’obtention d’informations administratives de toutes sortes. Les machines améliorent le fonctionnement de l’ensemble en réduisant considérablement les temps d’attente pour la délivrance des services.

L’informatisation de l’activité de service ne met pas en cause les caractéristiques du travail de service dégagées dans la sous-partie précédente. Au contraire, elle permet de mieux les accomplir en concentrant les besoins de main-d’oeuvre sur les activités essentielles.

Stimulé par les besoins du Capital, le progrès technique suit son chemin. De nouvelles machines apparaissent, de nouveaux paradigmes se mettent en place, rappelant et prolongeant les conceptions de Thuring sur les machines universelles et les théories de Wiener sur la cybernétique.

Alors que, jusqu’à une époque récente, les résultats recherchés commandaient la puissance de calcul, la relation inverse tend à l’emporter. C’est la puissance de calcul qui commande la puissance mécanique. Francis Velain, ingénieur, traduit comme suit les effets de cette révolution du numérique sur le travail : «  Elle permet un travail collaboratif plus important, une meilleure réactivité, des projets conçus en amont avec une précision de plus en plus fine  ». Il ajoute « le travail ne vit plus au rythme de la puissance mécanique mais de la machine à calculer. Le centre de gravité du travail et celui de la création de valeur quittent l’atelier pour la R&D ; les bureaux d’études, la supervision et la maintenance » (F.Velain, « Pour contrer le capitalisme 2.0, Marx 0.0 ! », mai 2017, Internet).

Cette nouvelle ère technologique, dont l’Intelligence Artificielle est aujourd’hui la manifestation la plus visible, accentue les évolutions précédemment observables et en précise de nouvelles.

D’une part, elle confirme en tendance le rôle directeur et désormais déterminant de la recherche, par voie de conséquence le rôle directeur et désormais déterminant des services collectifs, dans l’ensemble des activités économiques. D’autre part, elle ouvre la perspective réelle, concrètement fondée, que la production soit effectuée comme on rend un service.

Francis Velain a mis en lumière, dans certaines de ses interventions, le fait que cette nouvelle ère technique, à condition qu’elle soit prise en charge par le mouvement révolutionnaire, ouvre la perspective de la disparition de la séparation entre travail de conception et travail d’exécution. Je crois que la réflexion relative à ce paradigme technique concerne la disparition (le dépassement) d’autres « séparations », celles notamment entre production matérielle et production non matérielle (ou entre industrie et services), entre réel et monétaire, entre individuel et collectif, entre privé et public, entre temps de travail libre et temps de travail contraint. Bref, il est déplacé d’annoncer la mort de l’industrie comme de faire « la guéguerre » aux services. Il est autrement intéressant de comprendre ce que les services portent en eux de nouveau.

Il est autrement fécond de comprendre les évolutions et révolutions que les prolétaires peuvent accomplir s’ils prennent suffisamment de hauteur, tant à propos de l’industrie que des services.

Jean-Claude Delaunay

(14/06/2018)

CONCLUSION : PERSPECTIVES DE DEVELOPPEMENT DU MARXISME AU 21ème SIECLE

  • L’intelligence artificielle
  • Le socialisme et le développement
  • Les rapports économiques mondiaux
 
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Publié par le juin 15, 2018 dans Economie, INTERNATIONAL, THEORIE

 

les privatisations… et le « pognon »

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Nouvelle phase de vente des bijoux de famille de la part de Macron qui a mis en chantier à la fois les privatisations, l’attaque contre les retraites et qui ouvre un chantier sur les aides sociales dont il considère qu’il coute un « maximum de pognon » sans résorber la pauvreté… Alors que le cas de la SNCF visiblement n’est pas réglé même en étant voté…

Comme on dit il ne faut pas manger trop d »oeufs durs à la fois,ça étouffe… Mais lui il veut aller vite et ce n’est que la première année…

Seront donc privatisés Aéroport de Paris (ADP), la Française des Jeux (FDJ) et Engie (un avatar de GDF), l’Etat se séparant d’un paquet d’actions dans ce dernier cas.

Le gouvernement en appelle selon la tradition gaullienne à « re-dynamiser l’actionnariat populaire ». Peut-être cherche-t-il un « volet social », ou un discours un peu moins sordide que de s’attaquer au vieillards, le couteau sous la gorge on leur dit poliment merci… Comment paraître un peu moins de droite alors que même hollande tente de faire oublier que c’est un gouvernement et un président socialiste (dont le programme était de s’attaquer à la finance) qui l’a promu, qui lui a accordé les dépouilles du code du travail ? La on tente le coup de l’actionnariat populaire…

Pourtant cette catégorie de modestes investisseurs tend à se retrécir, de sept millions avant 2007, les particuliers sont passés à 3,5 millions. Les cinq millions d’entre eux qui avaient investi dans l’action EDF en 2007 n’ont pas dû être convaincus des bienfaits d’être actionnaire d’une entreprise « privatisée ».

Idem pour les sept millions de déçus avec les PTT devenus Orange – qui se traîne à un cours encore inférieur à 50%à celui de son introduction.

Si l’actionnariat populaire se dérobe, en revanche les secteurs monopolistes eux exigeront la fin de toute participation étatique…Nul doute que le patronat, le capital mis en appétit n’aura de cesse d’exiger et d’obtenir l’abandon des parts que conserve l’état.

Comment juger d’un parti socialiste et d’un candidat socialiste qui faisait un discours de campagne sur son ennemi la finance et qui arrivait avec un tel homma de gôche dans ses bagages. Qui peut croire encore en cette gauche-là et en tous ceux qui n’ont pas changé d’un iota tout en cherchant à occuper et à corrompre un espace que dégage Macron?

Savez-vous comment le journal financier les Echos explique la diffusion par l’Elysée de la vidéo dans laquelle Macron se plaint que les aides sociales coûtent un maximum de « pognon », cette provocation « calculée ?Disons tout de suite que ce constat cynique venant de qui il vient n’annonce rien de bon, mais Macron n’a pas tort, il est difficile d’accumuler à partir du RSA et de donner le surplus en faveur de l’actionnariat ouvrier… C’est ça la charité qui à l’inverse de la sécurité sociale ne repose pas sur le rapport capital travail, mais sur l’accroissement de l’impôt sur les salariés, la vente des bijoux de famille, ça ne mène nulle part. et le petit peuple commence à le percevoir.  L’éditorialiste des Echos affirme que c’est parce que quand on parle de « pognon » tout le monde prête l’oreille. C’est-dire clairement à quel l’enfant chéri des médias se dégonfle et comment on l’entend plus, la manière dont il tente de renouer avec le « bon sens » de sa campagne.  Grâce à lui chacun commence à se dire que la réalité c’est le pognon, celui qu’il vous pique et à qui il le donne… la lutte des classe dans sa rusticité.

 

Danielle Bleitrach

 

 
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Publié par le juin 14, 2018 dans Economie

 

Le G7, le roi capital et les animaux malades de la peste

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Le Canada est un faux coupable comme dans la fable,celle dans laquelle suivant que vous serez puissant ou misérable les jugements de cour vous rendront blanc et noir… Faire du Canada un misérable, voilà qui ne viendrait à l’idée de personne sinon du président des USA. Trudeau et Macron même style, à la différence près que son attitude face à Cuba est courageuse, alors que je cherche vainement le moindre courage chez Macron.Mais il a déclenché l’ire de Trump.

C’est que la conférence de presse de Justin Trudeau l’a piqué au vif. Ce dernier a qualifié d’«insultants» les nouveaux droits de douane imposés par les États-Unis au Canada sur l’acier et l’aluminium. Donald Trump n’était pas content. Il a accusé Justin d’être «faible» et «malhonnête» et a prévenu que les critiques de Trudeau allaient coûter «cher» au Canada et aussitôt il a dénoncé l’accord qu’il venait de signer.

Il va lui faire payer quoi ? le déficit commercial américain, qui dépasse les 550 milliards de dollars, est-ce qu’il l’accuserait par hasard d’avoir érigé des barrières commerciales qui sont à l’orgine de ce déficit.

Depuis plus de trente ans dans le cadre de la mondailisation, les barrières commerciales s’effondrent et le Canada est un des meilleurs élèves en la matière. La moyenne des taxes frappant les produits importés est à peine supérieure à 2%… c’est vraiment presque rien en tous les cas certainement pas l’origine du déficit américain. Celui-ci, comme nous l’avons expliqué tient largement à ses privilèges exorbitant d’être la monnaie universelle.

La situation est générale et paradoxe pendant que les barrières commerciales ne cessent de baisser, les dépenses et la dette ont grimpé… menaçant désormais la solvabilité de l’économie toute entière, leur économie, c’est-à-dire le taux de profit. Le roi lion est un promoteur immobilier à la crinière mitée et la cour est composée d’une bande de crétins imbus d’eux mêmes, ils font avec ce qu’ils ont.

danielle Bleitrach

 
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Publié par le juin 14, 2018 dans Economie, POLITIQUE

 

Karl MARX: le Capital, livre premier : Chapitre XXVIII : La législation sanguinaire contre les expropriés à partir de la fin du XV° siècle. – Les lois sur les salaires.

Macron vient de déclarer : « Des aides sociales qui coûtent un « pognon de dingue » sans résoudre la pauvreté.. » et d’ajouter que la seule solution est de « responsabiliser les pauvres. » Ce qui nous laisse imaginer ce que cet homme prépare dans ce domaine comme dans d’autres.

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parce qu’avec macron sitôt dit, sitôt fait… Il accélère, le sprint perpétuel, et en un an, il a assommé es vieux, les hospices, les étudiants, la SNCF,Air France, il passe cette semaine aux privatisations, et ce n’est que la première année…
Pourtant il ‘a pas tout à fait tort, on ne peut pas compter sur la charité, la philanthropie pour résoudre la pauvreté… Tout ce qui a réellement fonctionné a été fait en mettant en cause le Capital, comme la sécurité sociale, c’est pour cela d’ailleurs qu’ils s’y attaquent.

Quand j’ai écris avec Mustapha El Miri un livre sur l’exclusion ou la défaite ouvrière, j’avais récusé la notion d’exclusion alors très à la mode en sciences humaines, je lui avais préféré celle de Marx qui parlait des invalides du Capital, en montrant comment à chaque phase de transformation de la production et d’accumulation du capital, celui ci produisait ses « invalides » J’avais parlé d’une double défaite: l’effondrement de l’uRSS et la transformation donc du rapport de forces mondial entre le capital et le travail. Transformation qui se déployait dans une nouvelle phase de mutation des forces productives, les tentatives d’arracher toujours plus le profit, à une classe ouvrière « défaite » par la mutation mondialisée de son existence en tant que classe sociale. Pour cela la référence qui s’était imposée à moi était double, celle du jeune Marx, celui qui se moque de la manière charitable dont certains socialistes utopiques (comme Eugène Sue dans les Mystères de Paris) voient dans la charité la solution au drame de la pauvreté. Surtout celle du Marx de la  maturité du Capital, qui comme ici relie la pauvreté aux conditions de l’accumulation du capital.

Le fait est que Macron voudrait nous faire retourner aux conditions de l’accumulation primitive, le capital à son stade sénile aspire à une nouvelle jeunesse, une assez bonne représentation du « cas Macron ».

Mais justement si nous sommes bien à un nouveau stade des forces productives, celles-ci ne sont pas obligatoirement en train de produire leurs invalides, ceci est un choix du capital et pas une nécessité (de ce point de vue les analyses de Boccara sur l’originalité de l’informationnel sont très intéressantes. Non seulement à cause de la spécificité des fonctions humaines remplacées par la machine et le partage potentiel de l’information, mais aussi le stade de la surraccumulation du capital avec le poids du capital financier sur la productivité… A écouter…

https://histoireetsociete.wordpress.com/wp-admin/post-new.php

Ce que je regrette c’est que cette démonstration ne soit pas assez articulé sur les expériences socialistes existantes.  (note de Danielle Bleitrach

Le Capital – Livre premier 

Le développement de la production capitaliste

VIII° section : L’accumulation primitive

La création du prolétariat sans feu ni lieu – licenciés des grands seigneurs féodaux et cultivateurs victimes d’expropriations violentes et répétées – allait nécessairement plus vite que son absorption par les manufactures naissantes. D’autre part, ces hommes brusquement arrachés à leurs conditions de vie habituelles ne pouvaient se faire aussi subitement à la discipline du nouvel ordre social. Il en sortit donc une masse de mendiants, de voleurs, de vagabonds. De là, vers la fin du XV° siècle et pendant tout le XVI°, dans l’ouest de l’Europe, une législation sanguinaire contre le vagabondage. Les pères de la classe ouvrière actuelle furent châtiés d’avoir été réduits à l’état de vagabonds et de pauvres. La législation les traita en criminels volontaires; elle supposa qu’il dépendait de leur libre arbitre de continuer à travailler comme par le passé et comme s’il n’était survenu aucun changement dans leur condition.

En Angleterre, cette législation commence sous le règne de Henri VII.

Henri VIII, 1530. – Les mendiants âgés et incapables de travail obtiennent des licences pour demander la charité. Les vagabonds robustes sont condamnés au fouet et à l’emprisonnement. Attachés derrière une charrette, ils doivent subir la fustigation jusqu’à ce que le sang ruisselle de leur corps; puis ils ont à s’engager par serment à retourner soit au lieu de leur naissance, soit à l’endroit qu’ils ont habité dans les trois dernières années, et à « se remettre au travail » (to put themselves to labour). Cruelle ironie ! Ce même statut fut encore trouvé trop doux dans la vingt-septième année du règne d’Henri VIII. Le Parlement aggrava les peines par des clauses additionnelles. En cas de première récidive, le vagabond doit être fouetté de nouveau et avoir la moitié de l’oreille coupée; à la deuxième récidive, il devra être traité en félon et exécuté comme ennemi de l’État.

Dans son Utopie, le chancelier Thomas More dépeint vivement la situation des malheureux qu’atteignaient ces lois atroces. « Ainsi il arrive », dit-il, « qu’un glouton avide et insatiable, un vrai fléau pour son pays natal, peut s’emparer de milliers d’arpents de terre en les entourant de pieux ou de haies, ou en tourmentant leurs propriétaires par des injustices qui les contraignent à tout vendre. » De façon ou d’autre, de gré ou de force, « il faut qu’ils déguerpissent tous, pauvres gens, cœurs simples, hommes, femmes, époux,. orphelins, veuves, mères avec leurs nourrissons et tout leur avoir; peu de ressources, mais beaucoup de têtes, car l’agriculture a besoin de beaucoup de bras. Il faut, dis-je, qu’ils traînent leurs pas loin de leurs anciens foyers, sans trouver un lieu de repos. Dans d’autres circonstances, la vente de leur mobilier et de leurs ustensiles domestiques eût pu les aider, si peu qu’ils vaillent; mais, jetés subitement dans le vide, ils sont forcés de les donner pour une bagatelle. Et, quand ils ont erré çà et là et mangé jusqu’au dernier liard, que peuvent-ils faire autre chose que de voler, et alors, mon Dieu ! d’être pendus avec toutes les formes légales, ou d’aller mendier ? Et alors encore on les jette en prison comme des vagabonds, parce qu’ils mènent une vie errante et ne travaillent pas, eux auxquels personne au monde ne veut donner du travail, si empressés qu’ils soient à s’offrir pour tout genre de besogne. » De ces malheureux fugitifs dont Thomas More, leur contemporain, dit qu’on les força à vagabonder et à voler, « soixante-douze mille furent exécutés sous le règne de Henri VIIII [1] ».

Edouard VI. – Un statut de la première année de son règne (1547) ordonne que tout individu réfractaire au travail sera adjugé pour esclave à la personne qui l’aura dénoncé comme truand. (Ainsi, pour avoir à son profit le travail d’un pauvre diable, on n’avait qu’à le dénoncer comme réfractaire au travail.)

Le maître doit nourrir cet esclave au pain et à l’eau, et lui donner de temps en temps quelque boisson faible et les restes de viande qu’il jugera convenable. Il a le droit de l’astreindre aux besognes les plus dégoûtantes à l’aide du fouet et de la chaîne. Si l’esclave s’absente une quinzaine de jours, il est condamné à l’esclavage à perpétuité et sera marqué au fer rouge de la lettre S [2] sur la joue et le front; s’il a fui pour la troisième fois, il sera exécuté comme félon. Le maître peut le vendre, le léguer par testament, le louer à autrui à l’instar de tout autre bien meuble ou du bétail. Si les esclaves machinent quelque chose contre les maîtres, ils doivent être punis de mort. Les juges de paix ayant reçu information sont tenus de suivre les mauvais garnements à la piste. Quand on attrape un de ces va-nu-pieds, il faut le marquer au fer rouge du signe V sur la poitrine et le ramener à son lieu de naissance où, chargé de fers, il aura à travailler sur les places publiques. Si le vagabond a indiqué un faux lieu de naissance, il doit devenir, pour punition, l’esclave à vie de ce lieu, de ses habitants ou de sa corporation; on le marquera d’un S. Le premier venu a le droit de s’emparer des enfants des vagabonds et de les retenir comme apprentis, les garçons jusqu’à vingt-quatre ans, les filles jusqu’à vingt. S’ils prennent la fuite, ils deviennent jusqu’à cet âge les esclaves des patrons, qui ont le droit de les mettre aux fers, de leur faire subir le fouet, etc., à volonté. Chaque maître peut passer un anneau de fer autour du cou, des bras ou des jambes de son esclave, afin de mieux le reconnaître et d’être plus sûr de lui [3]. La dernière partie de ce statut prévoit le cas où certains pauvres seraient occupés par des gens ou des localités (lui veuillent bien leur donner à boire et à manger et les mettre au travail. Ce genre d’esclaves de paroisse s’est conservé en Angleterre jusqu’au milieu du XIX° siècle sous le nom de roundsmen (hommes qui font les rondes).

Elisabeth, 1572. – Les mendiants sans permis et âgés de plus de quatorze ans devront être sévèrement fouettés et marqués au fer rouge à l’oreille gauche, si personne ne veut les prendre en service pendant deux ans. En cas de récidive, ceux âgés de plus de dix-huit ans doivent être exécutés si personne ne veut les employer pendant deux années. Mais, pris une troisième fois, ils doivent être mis a mort sans miséricorde comme félons. On trouve d’autres statuts semblables : 18 Elisabeth, 13 ch. et loi de 1597. Sous le règne aussi maternel que virginal de « Queen Bess », on pendit les vagabonds par fournées, rangés en longues files. Il ne se passait pas d’année qu’il n’y en eût trois ou quatre cents d’accrochés à la potence dans un endroit ou dans l’autre, dit Strype dans ses Annales; d’après lui, le Somersetshire seul en compta en une année quarante d’exécutés, trente-cinq de marqués au fer rouge, trente-sept de fouettés et cent quatre-vingt-trois – « vauriens incor­rigibles » – de relâchés. Cependant, ajoute ce philanthrope, « ce grand nombre d’accusés ne comprend pas le cinquième des crimes commis, grâce à la nonchalance des juges de paix et à la sotte compassion du peuple… Dans les autres comtés de l’Angleterre, la situation n’était pas meilleure, et, dans plusieurs, elle était pire [4]. »

Jacques I°. – Tous les individus qui courent le pays et vont mendier sont déclarés vagabonds, gens sans aveu. Les juges de paix (tous, bien entendu, propriétaires fonciers, manufacturiers, pasteurs, etc., investis de la juridiction criminelle), à leurs sessions ordinaires, sont autorisés à les faire fouetter publiquement et à leur infliger six mois de prison à la première récidive, et deux ans à la seconde. Pendant toute la durée de l’emprisonnement, ils peuvent être fouettés aussi souvent et aussi fort que les juges de paix le trouveront à propos… Les coureurs de pays rétifs et dangereux doivent être marqués d’un R [5] sur l’épaule gauche et, si on les reprend à mendier, exécutés sans miséricorde et privés de l’assistance du prêtre. Ces statuts ne, furent abolis qu’en 1714.

En France, où vers la moitié du XVII° siècle les truands avaient établi leur royaume et fait de Paris leur capitale, on trouve dei% lois semblables. Jusqu’au commencement du règne de Louis XVI (ordonnance (lu 13 juillet 1777), tout homme sain et bien constitué, âgé de seize à soixante ans et trouvé sans moyens d’existence et sans profession, devait être envoyé aux galères. Il en est de même du statut de Charles-Quint pour les Pays-Bas, du mois d’octobre 1537, du premier édit des états et des villes de Hollande, du 19 mars 1614, de celui des Provinces- Unies, du 25 juin 1649, etc.

C’est ainsi que la population des campagnes, violemment expropriée et réduite au vagabondage, a été rompue à la discipline qu’exige le système du salariat par des lois d’un terrorisme grotesque, par le fouet, la marque au fer rouge, la torture et l’esclavage.

Ce n’est pas assez que d’un côté se présentent les conditions matérielles du travail, sous forme de capital, et de l’autre des hommes qui n’ont rien à vendre, sauf leur puissance de travail. Il ne suffit pas non plus qu’on les contraigne par la force à se vendre volontairement. Dans le progrès de la production capitaliste, il se forme une classe de plus en plus nombreuse de travailleurs, qui, grâce à l’éducation, la tradition, l’habitude, subissent les exigences du régime aussi spontanément que le changement des saisons. Dès que ce mode de production a acquis un certain développement, son mécanisme brise toute résistance; la présence constante d’une surpopulation relative maintient la loi de l’offre et la demande du travail et, partant, le salaire dans des limites conformes aux besoins du capital, et la sourde pression des rapports économiques achève le despotisme du capitaliste sur le travailleur. Parfois on a bien encore recours à la contrainte, à l’emploi de la force brutale, mais ce n’est que par exception. Dans le cours ordinaire des choses, le travailleur peut être abandonné à l’action des « lois naturelles » de la société, c’est-à-dire à la dépendance du capital, engendrée, garantie et perpétuée par le mécanisme même de la production. Il en est autrement pendant la genèse historique de la production capitaliste. La bourgeoisie naissante ne saurait se passer de l’intervention constante de l’État; elle s’en sert pour « régler » le salaire, c’est-à-dire pour le déprimer an niveau convenable, pour prolonger la journée de travail et maintenir le travailleur lui-même au degré de dépendance voulu. C’est là un moment essentiel de l’accumulation primitive.

La classe salariée, qui surgit dans la dernière moitié du XIV° siècle, ne formait alors, ainsi que dans le siècle suivant, qu’une très faible portion de la population. Sa position était fortement protégée, à la campagne, par les paysans indépendants, à la ville, par le régime corporatif des métiers; à la campagne comme à la ville, maîtres et ouvriers étaient socialement rapprochés. Le mode de production technique ne possédant encore aucun caractère spécifiquement capitaliste, la subordination du travail au capital n’était que dans la forme. L’élément variable du capital l’emportait de beaucoup sur son élément constant. La demande de travail salarié grandissait donc rapidement avec chaque nouvelle accumulation du capital, tandis que l’offre de travailleurs ne suivait que lentement. Une grande partie du produit national, transformée plus tard en fonds d’accumulation capitaliste, entrait alors encore dans le fonds de consommation du travailleur.

La législation sur le travail salarié, marquée dès l’origine au coin de l’exploitation du travailleur et désormais toujours dirigée contre lui [6], fut inaugurée en Angleterre en 1349 par le Statute of Labourers [7] d’Edouard III. Ce statut a pour pendant en France l’ordonnance de 1350, promulguée au nom du roi Jean. La législation anglaise et la législation française suivent une marche parallèle, et leur contenu est identique. Je n’ai pas à revenir sur ces statuts en tant qu’ils concernent la prolongation forcée de la journée de travail, ce point ayant été traité précédemment (voir chap. X, § V de cet ouvrage).

Le Statute of Labourers fut promulgué sur les instances pressantes de la Chambre des Communes, c’est-à-dire des acheteurs de travail. Autrefois, dit naïvement un tory, les pauvres demandaient un salaire si élevé, que c’était une menace pour l’industrie et la richesse. Aujourd’hui leur salaire est si bas qu’il menace également l’industrie et la richesse, et peut-être plus dangereusement que par le passé [8]. Un tarif légal des salaires fut établi pour la ville et la campagne, pour le travail à la tâche et le travail à la journée, Les ouvriers agricoles durent se louer à l’année, ceux des villes faire leurs conditions « sur le marché public ». Il fut interdit sous peine d’emprisonnement de payer au delà du salaire légalement fixé; mais celui qui touche le salaire supérieur encourt une punition plus sévère que celui qui le donne. De plus, les sections 18 et 19 du statut d’apprentissage d’Elisabeth punissent de dix jours de prison le patron qui paye un trop fort salaire et de vingt et un jours l’ouvrier qui l’accepte. Non content de n’imposer aux patrons individuellement que des restrictions qui tournent à leur avantage collectif, on traite en cas de contravention le patron en compère et l’ouvrier en rebelle. Un statut de 1360 établit des peines encore plus dures et autorisa même le maître à extorquer du travail au tarif légal, à l’aide de la contrainte corporelle. Tous contrats, serments, etc., par lesquels les maçons et les charpentiers s’engageaient réciproquement furent déclarés nuls et non avenus. Les coalitions ouvrières furent mises au rang des plus grands crimes, et y restèrent depuis le XIV° siècle jusqu’en 1824.

L’esprit du statut de 1349, et de ceux auxquels il servit de modèle, éclate surtout en ceci que l’on y fixe un maximum légal au-dessus duquel le. salaire ne doit point monter, mais que l’on se garde bien de prescrire un minimum légal au-dessous duquel il ne devrait pas tomber.

Au XIV° siècle, la situation des travailleurs s’était, on le sait, fort empirée. Le salaire nominal s’était élevé, mais point en proportion de la dépréciation de l’argent et de la hausse correspondante du prix des marchandises. En réalité il avait donc baissé. Toutefois les lois sanctionnées en vue de sa réduction n’en restèrent pas moins en vigueur, en même temps que l’on continuait à couper l’oreille et à marquer au fer rouge ceux que « personne ne voulait prendre à son service ». Par le statut d’apprentissage d’Élisabeth (5 Elis. 3), les juges de paix – et, il faut toujours y revenir, ce ne sont pas des juges dans le sens propre du mot, mais des landlords, des manufacturiers, des pasteurs et autres membres de la classe nantie, faisant fonction de juges – furent autorisés à fixer certains salaires et à les modifier suivant les saisons et le prix des marchandises. Jacques I° étendit cette réglementation du travail aux tisserands, aux fileurs et à une foule d’autres catégories de travailleurs [9] >. George Il étendit les lois contre les coalitions ouvrières à toutes les manufactures.

Pendant la période manufacturière proprement dite, le mode de production capitaliste avait assez grandi pour rendre la réglementation légale du salaire aussi impraticable que superflue; mais on était bien aise d’avoir sous la main, pour des cas imprévus, le vieil arsenal d’oukases. Sous George II, le Parlement adopte un bill défendant aux compagnons tailleurs de Londres et des environs de recevoir aucun salaire quotidien supérieur à 2 sh. 7 ½ d., sauf les cas de deuil général; sous George III (13 Geo. III, c. 68), les juges de paix sont autorisés à régler le salaire des tisseurs en soie. En 1796, il faut même deux arrêts de cours supérieures pour décider si les ordon­nances des juges de paix sur le salaire s’appliquent également aux travailleurs non agricoles; en 1799, un acte du Parlement déclare encore que le salaire des mineurs d’Écosse devra être réglé d’après un statut du temps d’Élisabeth et deux actes écossais de 1661 et de1671. Mais, sur ces entrefaites, les circonstances économiques avaient subi une révolution si radicale qu’il se produisit un fait inouï dans la Chambre des Communes. Dans cette enceinte où depuis plus de quatre cents ans on ne cessait de fabriquer des lois pour fixer au mouvement des salaires le maximum qu’il ne devait en aucun cas dépasser, Whitbread vint proposer, en 1796, d’établir un minimum légal pour les ouvriers agricoles. Tout en combattant la mesure, Pitt convint cependant que « les pauvres étaient dans une situation cruelle ». Enfin, en 1813, on abolit les lois sur la fixation des salaires; elles n’étaient plus, en effet, qu’une anomalie ridicule, à une époque où le fabricant régissait de son autorité privée ses ouvriers par des édits qualifiés de règlements de fabrique, où le fermier complétait à l’aide de la taxe des pauvres le minimum de salaire nécessaire à l’entretien de ses hommes de peine. Les dispositions des statuts sur les contrats entre patrons et salariés, d’après lesquelles, en cas de rupture, l’action civile est seule recevable contre les premiers, tandis que l’action criminelle est admise contre les seconds, sont encore aujourd’hui en vigueur.

Les lois atroces contre les coalitions tombèrent en 1825 devant l’attitude menaçante du prolétariat; cependant on n’en fit point table rase. Quelques beaux restes des statuts ne disparurent qu’en 1859. Enfin, par la loi du 29 juin 1871, on prétendit effacer les derniers vestiges de cette législation de classe en reconnaissant l’existence légale des trade-unions (sociétés ouvrières de résistance) mais par une loi supplémentaire de la même date (An Act to amend the criminal Law relating to violence, threats and molestation [10]), les lois contre la coalition se trouvèrent de fait rétablies sous une nouvelle forme. Les moyens auxquels en cas de, grève ou de lock-out (on appelle ainsi la grève des patrons qui se coalisent pour fermer tous à la fois leurs fabriques) les ouvriers peuvent recourir dans l’entraînement de la lutte, furent soustraits par cet escamotage parlementaire au droit commun, et tombèrent sous le coup d’une législation pénale d’exception, interprétée par les patrons en leur qualité de juges de paix. Deux ans auparavant, cette même Chambre des Communes et ce même M. Gladstone qui, par l’édit supplémentaire de 1871, ont inventé de nouveaux délits propres aux travailleurs, avaient honnêtement fait passer en seconde lecture un bill pour mettre fin, en matière criminelle, à toutes lois d’exception contre la classe ouvrière. Pendant deux ans, nos fins compères s’en tinrent à la seconde lecture; on traîna l’affaire en longueur jusqu’à ce que le a grand Parti libéral » eût trouvé dans une alliance avec les tories le courage de faire volte-face contre le prolétariat qui l’avait porté au pouvoir. Et, non content de cet acte de trahison, le grand parti libéral, toujours sous les auspices de son onctueux chef, permit aux juges anglais, toujours empressés à servir les classes régnantes, d’exhumer les lois surannées sur la conspiration pour les appliquer à des faits de coalition. Ce n’est, on le voit, qu’à contre-cœur et sous la pression menaçante des masses que le Parlement anglais renonce aux lois contre les coalitions et les trade-unions, après avoir lui-même, avec un cynisme effronté, fait pendant cinq siècles l’office d’une trade-union permanente des capitalistes contre les travailleurs.

Dès le début de la tourmente révolutionnaire, la bourgeoisie française osa dépouiller la classe ouvrière du droit d’association que celle-ci venait à peine de conquérir. Par une loi organique du 14 juin 1791, tout concert entre les travailleurs pour la défense de leurs intérêts communs fut stigmatisé d’attentat « contre la liberté et la déclaration des droits de l’homme », punissable d’une amende de 500 livres, jointe à la privation pendant un an des droits de citoyen actif [11].

Ce décret qui, à l’aide du code pénal et de la police, trace à la concurrence entre le capital et le travail des limites agréables aux capitalistes, a survécu aux révolutions et aux changements de dynasties. Le régime de la Terreur lui-même n’y a pas touché. Ce n’est que tout récemment qu’Il a été effacé du code pénal, et encore avec quel luxe de ménagements ! Rien qui caractérise ce coup d’Etat bourgeois comme le prétexte allégué. Le rapporteur de la loi Chapelier, que Camille Desmoulins qualifie de « misérable ergoteur [12] », veut bien avouer que le salaire de la journée de travail devrait être un peu plus considérable qu’il l’est à présent… car dans une nation libre, les salaires doivent être assez considérables pour que celui qui les reçoit, soit hors de cette dépendance absolue que produit la privation des besoins de première nécessité, et qui est presque celle de l’esclavage. Néanmoins il est, d’après lui, « instant de prévenir le progrès de ce désordre », à savoir « les coalitions que formeraient les ouvriers pour faire augmenter… le prix de la journée de travail », et pour mitiger celle dépendance absolue qui est presque celle de l’esclavage. Il faut absolument le réprimer, et pourquoi ? Parce que les ouvriers portent ainsi atteinte à la liberté « des entrepreneurs de travaux, les ci-devant maîtres », et qu’en empiétant sur le despotisme de ces ci-devant maîtres de corporation – on ne l’aurait jamais deviné – ils cherchent à recréer les corporations anéanties « par la révolution [13] ».


Notes

[1] Hollingshed : Description of England, Londres, 1578, vol. 1, p. 186.

[2] S pour « slave » : esclave (N.R.)

[3] Sous le règne d’Édouard VI, remarque un champion des capitalistes, l’auteur de An Essay on Trade and Commerce, 1770, les Anglais semblent avoir pris à cœur l’encouragement des manufactures et l’occupation des pauvres, comme le prouve un statut remarquable où il est dit que tous les vagabonds doivent être marqués du fer rouge, etc. – (L. c., p. 5.)

[4] John Strype M. A. « Annals of the Reformation and Establishment of Religion, and other various occurences in the Church of England during Queen Etisabeth’s Happy Reign. », 2° éd., 1725, t. Il. La seconde édition de 1725 fut encore publiée par l’auteur lui-même.

[5] R pour « rogue » : voyou (N.R.)

[6] « Toutes les fois que la législature essaie de régler les démêlés entre les maîtres et les ouvriers, ce sont toujours les maîtres qu’elle consulte. » (A. Smith, l. c., trad. Garnier, t. 1, p. 296.) « L’Esprit des Lois, c’est la propriété », dit Linguet.

[7] Statut des travailleurs. (N. R.)

[8] Sophisms of Free Trade, by a Barister, Lond., 1850, p. 235 et 236. « La législation était toujours prête, ajoute-t-il, à interposer son autorité au profit des patrons; est-elle impuissante dès qu’il s’agit de l’ouvrier ? »
Barister veut dire avocat. (N.R.)

[9] On voit par une clause du statut 2, de Jacques I°, c. 6, que certains fabricants de drap prirent sur eux, en leur qualité de juges de paix, de dicter dans leurs propres ateliers un tarif officiel du salaire. – En Allemagne, les statuts ayant pour but de maintenir le salaire aussi bas que possible se multiplient après la guerre de Trente ans. « Sur le sol dépeuplé les propriétaires souffraient beaucoup du manque de domestiques et de travailleurs. Il fut interdit à tous les habitants des villages de louer des chambres à des hommes ou à des femmes célibataires. Tout individu de cette catégorie qui ne voulait pas faire l’office de domestique devait être signalé à l’autorité et jeté en prison, alors même qu’il avait une autre occupation pour vivre, comme de travailler à la journée pour les paysans ou même d’acheter ou de vendre des grains. (Privilèges impériaux et sanctions pour la Silésie, 1, 125.) Pendant tout un siècle les ordonnances de tous les petits princes allemande fourmillent de plaintes amères contre la canaille impertinente qui ne veut pas se soumettre aux dures conditions qu’on lui fait ni se contenter du salaire légal. Il est défendu à chaque propriétaire isolément de dépasser le tarif établi par les États du territoire. Et avec tout cela les conditions du service étaient parfois meilleures après la guerre qu’elles ne le furent un siècle après. « En 1652, les domestiques avaient encore de la viande deux fois par semaine en Silésie; dans notre siècle, il s’y est trouvé des districts où ils n’en ont eu que trois fois par an. Le salaire aussi était après la guerre plus élevé que dans les siècles suivants. » (G. Freitag.)

[10] Décret pour amender la loi criminelle sur la violence, les menaces et la molestation. (N. R.)

[11] L’article 1 de cette loi est ainsi conçu : « L’anéantissement de toute espèce de corporations des citoyens du même état et profession étant l’une des bases fondamentales de la Constitution française, il est défendu de les rétablir de fait, sous quelque prétexte et sous quelque forme que ce soit. » L’article 4 déclare : « Si des citoyens attachés aux mêmes professions, arts et métiers prenaient des délibérations, faisaient entre eux des conventions tendant à refuser de concert ou à n’accorder qu’à un prix déterminé le secours de leur industrie ou de leurs travaux, les dites délibérations et conventions sont déclarées inconstitutionnelles, attentatoires à la liberté et à la déclaration des droits de l’homme, etc. », c’est-à-dire félonies, comme dans les anciens statuts. (Révolution de Paris, Paris, 1791, 3t. III, p. 253.)

[12] Révolutions de France, etc., n° LXXVII.

[13] Buchez et Roux : Histoire parlementaire de la Révolution française, X, p. 193-95, passim (édit. 1834).