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Archives de Catégorie: Théorie

Pour compléter mes propos sur Gramsci et le « bloc historique », la force organisée .. Voici sa référence au Prince…

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« L’élément décisif de toute situation est la force organisée en permanence et préparée depuis longtemps, et qu’on peut faire avancer quand on juge qu’une situation est favorable (et elle est favorable dans la seule mesure où une telle force existe et où elle est pleine d’une ardeur combative) ; aussi la tâche essentielle est-elle de veiller systématiquement et patiemment à former, à développer, à rendre toujours plus homogène, compacte, consciente d’elle-même cette force. »

Une édition électronique réalisée à partir du livre d’Antonio Gramsci, Textes. Édition réalisée par André Tosel. Une traduction de Jean Bramon, Gilbert Moget, Armand Monjo, François Ricci et André Tosel. Paris : Éditions sociales, 1983, 388 pages. Introduction et choix des textes par André Tosel. Une publication effectuée en collaboration avec la bibliothèque de sciences sociales de l’Université de Québec.



Notes sur Machiavel, sur la politique et sur le Prince moderne

Antonio Gramsci


1. Notes rapides sur la politique de Machiavel1

Le caractère fondamental du Prince, c’est de ne pas être un exposé systématique, mais un livre « vivant », où l’idéologie politique et la science politique se fondent dans la forme dramatique du « mythe ». Entre l’utopie et le traité scolastique, formes sous lesquelles se présentait la science politique jusqu’à lui, Machiavel, donna à sa conception la forme imaginative et artistique, grâce à laquelle l’élément doctrinal et rationnel se trouve incarné dans un condottiere, qui représente sous un aspect plas­tique et « anthropomorphique » le symbole de la « volonté collective ». Le processus de formation d’une volonté collective déterminée., qui a un but politique déterminé, est représenté non pas à travers de savantes recherches et de pédantes classifications des principes et des critères d’une méthode d’action, mais dans les qualités, les traits caractéristiques, les devoirs, les nécessités d’une personne concrète, ce qui fait travailler l’imagination artistique du lecteur qu’on veut convaincre et donne une forme plus concrète aux passions politiques.

Le Prince de Machiavel pourrait être étudié comme une illustration historique du « mythe » sorélien, c’est-à-dire d’une idéologie politique qui se présente non pas com­me une froide utopie ou une argumentation doctrinaire, mais comme la création d’une imagination concrète qui opère sur un peuple dispersé et pulvérisé pour y susciter et y organiser une volonté collective. Le caractère utopique du Prince réside dans le fait que le Prince n’existait pas dans la réalité historique, ne se présentait pas au peuple italien avec des caractères d’immédiateté objective, mais était une pure abstraction doctrinaire, le symbole du chef, du condottiere idéal ; c’est par un mouve­ment drama­tique de grand effet que les éléments passionnels, mythiques, contenus dans ce petit volume, se résument et prennent vie dans la conclusion, dans l’ « invocation » adres­sée à un prince, « réellement existant ». Dans son livre, Machiavel expose comment doit être le prince qui veut conduire un peuple à la fondation du nouvel État, et l’exposé est mené avec une rigueur logique, avec un détachement scientifique ; dans la conclusion, Machiavel lui-même se fait peuple, se confond avec le peuple, mais non avec un peuple au sens « générique », mais avec le peuple que Machiavel a con­vain­­cu par l’exposé qui précède, un peuple dont il devient, dont il se sent la con­science et l’expression, dont il sent l’identité avec lui-même : il semble que tout le tra­vail « logique » ne soit qu’une réflexion du peuple sur lui-même, un raisonnement inté­rieur, qui se fait dans la conscience populaire et qui trouve sa conclusion dans un cri passionné, immédiat. La passion, de raisonnement sur elle-même, redevient « mou­­vement affectif », fièvre, fanatisme d’action. Voilà pourquoi l’épilogue du Prin­ce n’est pas quelque cho­se d’extrinsèque, de « plaqué » de l’extérieur, de rhéto­rique, mais doit être expliqué comme un élément nécessaire de l’œuvre, mieux, comme l’élément qui éclaire sous son vrai jour l’œuvre tout entière, et en fait une sorte de « ma­ni­feste politique ».

On peut ici essayer de comprendre comment Sorel, partant de l’idéologie-mythe2, n’est pas arrivé à la compréhension du parti politique et s’est arrêté à la concep­tion du syndicat professionnel. Il est vrai que pour Sorel, le « mythe » ne trouvait pas son ex­pres­sion la meilleure dans le syndicat en tant qu’organisation d’une volonté collective, mais dans l’action du syndicat et d’une volonté collective déjà opérante, action prati­que dont la réalisation maximale aurait dû être la grève générale, c’est-à-dire une « attitude passive », pour ainsi dire, de caractère négatif et préliminaire (le caractère positif n’est donné que par l’accord réalisé dans les volontés associées), activité qui ne prévoit pas une phase véritablement « active et constructive ». Chez Sorel, donc, se combattaient deux nécessités : celle du mythe et celle de la critique du mythe, dans la mesure où « tout plan préétabli est utopique et réactionnaire ». La solution était abandonnée à l’impulsion de l’irrationnel, de l’« arbitraire » (au sens bergsonien d’ « élan vital »), ou de la « spontanéité ».

Mais un mythe peut-il être « non constructif », et peut-on imaginer, dans l’ordre des intuitions de Sorel, qu’un instrument qui laisse – au nom d’une distinction, d’une « scission » – la volonté collective dans sa phase primitive et élémentaire, celle où elle est simplement en formation, puisse produire quelque effet, fût-ce par la violence, c’est-à-dire en détruisant les rapports moraux et juridiques existants ?

Mais cette volonté collective, élémentaire, ne cessera-t-elle pas aussitôt d’exister, en s’éparpillant dans une infinité de volontés particulières qui, pour la phase positive, suivent des directions différentes et opposées? Outre le fait qu’il ne peut y avoir des­truction, négation sans une construction implicite, une affirmation, et non au sens « mé­ta­physique », mais pratiquement, c’est-à-dire politiquement, en tant que pro­gram­­me de parti. Dans ce cas, on voit qu’on suppose derrière la spontanéité un pur méca­nis­me, derrière la liberté (libre arbitre-élan vital) un maximum de déterminisme, derrière l’idéalisme, un matérialisme absolu.

Le prince moderne, le mythe-prince, ne peut être une personne réelle, un individu concret ; il ne peut être qu’un organisme, un élément complexe d’une société, dans lequel a pu déjà commencer à se concrétiser une volonté collective reconnue dans l’action où elle est affirmée partialement. Cet organisme est déjà fourni par le déve­lop­pement historique, et c’est le parti politique : la première cellule où se résument des germes de volonté collective qui tendent vers l’universalité et la totalité. Dans le monde moderne, seule une action historique-politique immédiate et imminente, carac­té­risée par la nécessité d’une marche rapide, fulgurante, peut s’incarner mythiquement dans un individu concret ; la rapidité ne peut être rendue nécessaire que par l’immi­nence d’un grand danger, qui précisément embrase, telle la foudre, les passions et le fanatisme, en réduisant à néant le sens critique et le corrosif de l’ironie qui peuvent détruire le caractère « providentiel » du condottiere (ce qui s’est produit dans l’aven­ture de Boulanger). Mais une action immédiate d’un tel genre, de par sa nature, ne peut avoir ni le souffle large ni un caractère organique : ce sera presque toujours une entreprise du type restauration et réorganisation, et non du type qui caractérise la fondation des nouveaux États et des nouvelles structures nationales et sociales (com­me c’était le cas dans le Prince de Machiavel, où l’aspect de restauration n’était qu’un élément rhétorique, c’est-à-dire lié au concept littéraire de l’Italie, fille de Rome, et devant restaurer l’ordre et la puissance de Rome ; semblable initiative est du type « défensif » et non créateur, original ; en d’autres termes on suppose qu’une volonté col­lec­tive, qui existait déjà, a perdu sa force, s’est dispersée, a subi un grave affaiblisse­ment, dangereux et menaçant, mais ni décisif ni catastrophique, et qu’il faut rassem­bler ses forces et la fortifier ; alors que dans l’autre conception on entend créer ex novo, d’une manière originale, une volonté collective qu’on orientera vers des buts con­crets et rationnels, mais évidemment d’un concret et d’un rationnel -qui n’ont pas encore été vérifiés ni critiqués par une expérience historique effective et universelle­ment connue.

Le caractère « abstrait » de la conception sorélienne du « mythe » est mis en évi­dence par l’aversion (qui prend la forme passionnelle d’une répugnance éthique) pour les jacobins3, qui furent certainement une « incarnation catégorique » du Prince de Machiavel. Le Prince moderne doit comprendre une partie consacrée au jacobinisme (au sens intégral que cette notion a eu historiquement et doit avoir comme concept), qui permettra d’illustrer comment s’est formée dans le concret et comment a opéré une volonté collective qui au moins pour certains aspects, fut une création ex novo, origi­nale. Et il faut que soit définie la volonté collective et la volonté politique en géné­ral au sens moderne ; la volonté comme conscience opérante de la nécessité historique, comme protagoniste d’un drame historique réel et effectif.

Une des premières parties devrait être justement consacrée à la « volonté collec­tive », et poserait le problème dans les termes suivants : « Quand peut-on dire qu’exis­tent les conditions qui permettent que naisse et se développe une volonté collective nationale-populaire ? » Suivrait une analyse historique (économique) de la structure sociale du pays étudié et une représentation « dramatique » des tentatives faites au cours des siècles pour susciter cette volonté et les raisons des échecs successifs. Pour­quoi n’a-t-on pas eu, en Italie, au temps de Machiavel, la monarchie absolue ? Il faut remonter jusqu’à l’Empire romain (problème de la langue, des intellectuels, etc.), com­prendre la fonction des Communes du Moyen Age, la signification du catho­li­cis­me, etc. : il faut, en somme, faire une ébauche de toute l’histoire italienne, synthétique mais exacte.

La raison pour laquelle ont échoué successivement les tentatives pour créer une volonté collective nationale-populaire, est à rechercher dans l’existence de groupes so­ciaux déterminés, qui se forment à partir de la dissolution de la bourgeoisie com­mu­nale, dans le caractère particulier d’autres groupes qui reflètent la fonction interna­tio­nale de l’Italie en tant que siège de l’Église et dépositaire du Saint-Empire romain4, etc. Cette fonction et la position qui en découle, déterminent une situation intérieure qu’on peut appeler « économique-corporative », c’est-à-dire politiquement la pire des formes de société féodale, la forme la moins progressive, la plus sta­gnan­te : il manqua toujours – et elle ne pouvait pas se constituer -, une forme jacobine efficace, justement la force qui dans les autres nations a suscité et organisé la volonté collective nationale populaire et a fondé les États modernes. Est-ce qu’existent finale­ment les conditions favorables à cette volonté, ou bien quel est le rapport actuel entre ces conditions et les forces hostiles ? Traditionnellement, les forces hostiles ont été l’aristocratie terrienne et plus généralement la propriété terrienne dans son ensemble qui, en Italie, a pour caractéristique d’être une « bourgeoisie rurale » particulière, héritage de parasitisme légué aux temps modernes par la décomposition, en tant que classe, de la bourgeoisie communale (les cent villes5, les villes du silence). Les conditions positives sont à rechercher dans l’existence de groupes sociaux urbains, qui ont connu un développement convenable dans le domaine de, la production indus­trielle et qui ont atteint un niveau déterminé de culture historique-politique. Toute formation de volonté collective nationale populaire est impossible, si les grandes mas­ses des paysans cultivateurs n’envahissent pas simultanément la vie politique. C’est ce qu’entendait obtenir Machiavel par la réforme de la milice, c’est ce que firent les jacobins dans la Révolution française; dans cette intelligence de Machiavel, il faut identifier un jacobinisme précoce, le germe (plus ou moins fécond de sa conception de la révolution nationale. Toute l’Histoire depuis 1815 montre l’effort des classes tra­ditionnelles pour empêcher la formation d’une volonté collective de ce genre, pour obtenir le pouvoir « économique-corporatif » dans un système international d’équi­libre passif.

Une partie importante du Prince moderne devra être consacrée à la question d’une réforme intellectuelle et morale, c’est-à-dire à la question de la religion ou d’une con­cep­tion du monde. Dans ce domaine aussi nous constatons dans la tradition l’absence de jacobinisme et la peur du jacobinisme (la dernière expression philosophique d’une telle peur est l’attitude malthusianiste de B. Croce à l’égard de la religion). Le Prince moderne doit et ne peut pas ne pas promouvoir et organiser une réforme intellectuelle et morale, ce qui signifie créer le terrain pour un développement futur de la volonté collective nationale-populaire vers l’accomplissement d’une forme supérieure et totale de civilisation moderne.

Ces deux points fondamentaux : formation d’une volonté collective nationale-po­pu­laire, dont le Prince moderne est à la fois l’organisateur et l’expression active et opé­rante, et réforme intellectuelle et morale, devraient constituer la structure de ce tra­vail. Les points concrets du programme doivent être incorporés dans la première partie, c’est-à-dire qu’ils devraient « dramatiquement » résulter du discours, ne pas être une froide et pédante exposition d’arguments.

Peut-il y avoir une réforme culturelle, c’est-à-dire une élévation « civile » des couches les plus basses de la société, sans une réforme économique préalable et un changement dans la situation sociale et le monde économiques? Aussi une réforme intel­lectuelle et morale est-elle nécessairement liée à un programme de réforme_ économique, et même le programme de réforme économique est précisément la façon concrète dont se présente toute réforme intellectuelle et morale. Le Prince moderne, en se développant, bouleverse tout le système de rapports intellectuels et moraux dans la mesure où son développement signifie que tout acte est conçu comme utile ou préjudiciable, comme vertueux ou scélérat, par seule référence au Prince moderne lui-même, et suivant qu’il sert à accroître son pouvoir ou à s’opposer à lui. Le Prince prend, dans les consciences, la place de la divinité, ou de l’impératif catégorique, il devient la base d’un laïcisme moderne et d’une complète laïcisation de toute la vie et de tous les rapports déterminant les mœurs.

(Mach., pp. 3-8 et G.q. 13, § 1, pp. 1556-1561.)

[1932-1933]

Notes

1 Machiavel examine dans Le Prince les différentes voies qui conduisent un prince au pouvoir (monarchie héréditaire, faveur du sort, soutien armé, conquête personnelle) et s’intéresse surtout au type de principauté de formation toute récente, dans laquelle le prince doit son pouvoir à la « fortuna » (ex. : César Borgia, fils d’un pape et soutenu par les armes de Louis XII). C’est dans le gouvernement de cet État nouveau que le prince doit manifester toute sa « virtù », son intelligence politique, son énergie, son habileté pour conserver et consolider son pouvoir et élargir sa domination pour jeter les bases d’un État unitaire. Avec cet État unitaire cessera la division d’une Italie livrée à l’anarchie et aux armes étrangères. Aussi, animé de cet idéal de rédemption de l’Italie, le Prince doit-il être capable de se donner les moyens politiques de réaliser son noble but : sa « virtù » sera claire conscience de la « réalité effective des choses », volonté d’adhérer à cette réalité et d’agir en fonction de ce que les choses sont et non de ce qu’elles devraient être [« andar drielo alla verità effettuale della cosa » et non « alla immaginazione di essa » (Ch. XV)].

2 Le « mythe » est un aspect essentiel de la pensée de Sorel, qui met en évidence, parfois même d’une manière scolaire, tout ce qu’il doit à Bergson; de même que la pensée chrétienne a tiré parti du mythe apocalyptique du retour du Christ et de la ruine du monde païen qui devait l’accompagner, ou que la « folle chimère » de Mazzini a fait davantage pour l’unité italienne que Cavour, de même des « constructions d’un avenir déterminé dans le temps peuvent posséder une grande efficacité et n’avoir que bien peu d’inconvénients, lorsqu’elles sont d’une certaine nature; cela a lieu quand il s’agit des mythes dans lesquels se retrouvent les tendances les plus fortes d’un peuple, d’un parti ou d’une classe, tendances qui viennent se présenter à l’esprit avec l’insistance d’instincts dans toutes les circonstances de la vie, et qui donnent un aspect de pleine réalité à des espoirs d’action prochaine sur lesquels se fonde la réforme de la volonté… Peu importe que le mythe ne prenne pas réalité dans l’histoire, il faut juger les mythes comme les moyens d’agir sur le présent » (G. SOREL : Réflexions sur la violence, 8e éd. avec « Plaidoyer pour Lénine », Paris, Rivière, 1936, pp. 179-180). – Le mythe du socialisme, c’est la « grève générale ».

3 Si le mot « jacobin » reste lié à des convictions républicaines intransigeantes et à des méthodes d’action énergiques, il exprime aussi la manière dont les jacobins de la Révolution française ont résolu le problème de l’unité de la nation, notamment en gagnant l’adhésion des campagnes à un mouvement dont le centre dirigeant était Paris, par la levée en masse d’une armée républicaine. C’est ainsi que Gramsci définit le « jacobinisme historique » comme « l’union ville-campagne » (Ris. p. 155). Voir Lénine : Le jacobinisme peut-il servir à intimider la classe ouvrière ? Pravda, 7 juillet 1917 : « Le “ jacobinisme ”… au XXe siècle serait la domination de la classe révolutionnaire, du prolétariat qui, épaulé par la paysannerie pauvre… pourrait apporter ce que les jacobins du XVIIIe siècle apportèrent de grand, d’indestructible… » (Œuvres, tome XXV, Paris, Éditions sociales, 1957).

4 Comme idée particulièrement vivante au Moyen Age, c’est la reconstitution (partielle) du grand empire romain sous la direction de princes allemands, couronnés par le pape. C’est Otton de Saxonie, couronné en 912 qui est le premier de la dynastie des empereurs allemands dont le dernier sera François II (qui renonce au titre en 1806).

5 Vieilles villes italiennes aujourd’hui sans activité, évoquées par d’Annunzio dans Le Laudi.

 
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Publié par le juin 4, 2016 dans Théorie

 

Le bloc historique gramscien et l’hétéréogénéité du mouvement contre la loi travail

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Nous sommes devant un mouvement qui devrait avoir trois composantes à unifier pour se renforcer, la classe ouvrière qui fait la démonstration du poids réels des producteurs, au point qu’a pu se poser la question « qui gouverne la France? » Des couches moyennes diplômées qui découvrent la précarité de leur condition, comme le personnel hospitalier, les enseignants, les gens liés à la culture qui se sont investis dans « Nuit debout ». Une des conséquences de la politique que l’on veut avec cette loi imposer au monde du travail aboutirait à une prolétarisation accélérée des couches moyennes. Il y a aussi cette masse prolétarisée stigmatisée issue des anciennes colonies, mais aussi de la mise en œuvre sur toute la planète de cette phase du capitalisme. Cette masse est désignée le plus souvent géographiquement, par les  banlieues… Certes une partie d’entre eux est dans les luttes de la CGT, voire dans celles des couches moyennes, mais dans leur masse, les jeunes en particulier, ils demeurent en retrait de la nature anti-capitaliste, anti-néolibérale du mouvement. Ils sont isolés non seulement par la difficulté des conditions de vie, par le chômage, mais par un clientélisme pouvant s’appuyer y compris sur des aspects mafieux.  Les appartenances religieuses peuvent être utilisées par la droite et la social-démocratie pour maintenir cette population dans les filets de la classe dominante. La gauche, les communistes parfois, se contentent d’exploiter les effets de la stigmatisation dans une idéologie proche des indigènes de la République qui crée la confusion entre race et classe et les isole le plus souvent du combat… Incontestablement la perte des municipalités communistes au profit de la droite et du PS a encore développé ce mode d’isolement multiple.

La gauche paraît incapable de s’adresser à chacun de ces groupes qui forment cependant sa base sociale autrement qu’en exaspérant les antagonismes potentiels entre eux, pourtant la vie les mêle dans des intérêts qui n’ont rien à voir avec le conflit israélo-palestinien, les questions de l’Euro et la couleur des équipiers. On peut se dire au contraire que  seule la mise en évidence de la dimension de classe paraît susceptible de créer l’unité…

Les intérêts de l’unité entre ces trois courants sont objectifs mais un des symptômes du délabrement de la gauche – faute d’un parti communiste capable d’avoir un programme et une perspective de classe – est l’incapacité à penser l’unification desdits intérêts. La gauche choisit au contraire d’exaspérer les antagonismes, de les ethniciser et de rendre un peu plus insupportable, plus dures les rencontres entre usagers du service public, grévistes et non grévistes… Et de faire monter le Front National, la répression comme seule alternative à la protestation collective comme à la somme des malheurs individuels de chacun.

Quand nous sommes confrontés à un problème où il y a à la fois nécessité d’une expression politique révolutionnaire pour que la combativité et les mécontentement des masses ne débouchent pas sur le fascisme et donc le fait que les conditions objectives, celles issues des rapports de production ne trouvent pour s’exprimer que des formes politiques et idéologiques qui demeurent au service de la classe dominante tout en jouant à la radicalité, on pense immanquablement à Gramsci et à son concept de bloc historique, une référence marxiste mais empruntée à Georges Sorel.

Le concept de bloc historique insiste sur les superstructures, les formes de pouvoirs, les représentations. Parler de superstructure  ne signifie pas qu’elles sont superfétatoires,  négligeables et que seule compte la base économique, même si cette dernière est essentielle pour que se posent les questions du pouvoir. Ainsi l’entrée en lice de la classe ouvrière, singulièrement de la CGT, a la particularité en France de montrer le rôle et la puissance des producteurs de valeur et donc d’inviter au débat sur les nationalisations, sur l’UE… Les superstructures sont inextricablement liées à la base économique. Mais justement le concept de « bloc historique » de Gramsci n’isole pas superstructure et infrastructure, il en est le point de soudure, celui où se joue la dialectique entre ces deux instances et comment les unit l’évolution historique. D’autres concepts comme l’opposition entre guerre de mouvement et guerre de position et surtout l’hégémonie de classe viennent compléter l’appareil conceptuel.

J’ai été frappée à la lecture de l’article que Miguel Urbano consacre à la situation française par sa référence à cette problématique même s’il ne prononce pas le nom de Gramsci pour tenter de comprendre la particularité française; D’abord il fait référence à l’Histoire de la formation sociale française, comment s’est en quelque sorte constituée l’eruption périodique des « opprimés » et donc dans notre monde contemporain le soubassement de cette nouvelle irruption. Il analyse , la manière dont ce pays résiste dès le début (1995) à la vague néo-libérale partie du Chili de Pinochet, imposée dans la torture et l’assassinat et que Thatcher impose à l’Europe avec la défaite des mineurs. Je peux témoigner de l’intérêt suscité partout par ce mouvement de résistance et démontrer que l’altermondialisme nait de cette résistance mais aussi de celle dans les Chiapas contre l’Alena et sans doute la grande grève de la Corée du sud à la même époque. La France va connaître d’autres éruptions et résister pied à pied contre ce mouvement en s’arcboutant sur les secteurs où la CGT demeure forte et sur le secteur public, résultat la France paraît encore à l’origine de la résistance aux diktats européens et elle sera capable de dire NON, forte de son expérience ouvrière des restructurations de 1984. Mais comme le note avec beaucoup de justesse Miguel Urbano, le paradoxe est que le néo-libéralisme dans les mœurs, l’individualisme, la mise en concurrence autant que les partis politiques qui le développent (la droite, l’extrême-droite et le PS) gagne du terrain. Mieux le grand parti d’opposition aux « élites » devient le Front National.  Ce qui renforce l’idée que la rébelion n’est qu’une forme de conservatisme français opposée à la « modernité » d’un Macron… Un clin d’oeil, une retape à la jeunesse …

Si l’on examine les tendances culturelles promues par le FN, elles paraissent exprès faites pour empêcher la jonction entre les trois groupes: hostilité aux grèves, appel aux petits patrons, mais aussi xénophobie à l’intérieur du monde du travail et cerise sur le gâteau hostilité méprisante à l’égard des intellectuels et de la culture… Quitte à prétendre récupérer chacune des catégories sur la base de l’antagonisme produit. par cette idéologie dont le racisme est le ciment.

Autre caractéristique historique qui s’est développée en France à partir de mai 68, les intellectuels jadis liés au prolétariat viennent renforcer le PS, partagé entre un discours néo-libéral « réaliste » à la Valls et des références idéales à un changement de société, à un humanisme vidé de tout contenu de classe. Le PCF soumis à cette alliance est contaminé et ne produit plus d’intellectuels organiques et à partir de là nous assitons également à la reconquête de visions réactionnaires de l’identité française.

Pour revenir à l’analyse gramscienne, la seule issue serait dans la capacité d’union des intérêts de ces trois groupes pour construire dans le même temps des solutions économiques comme les nationalisations, voire la sortie de l’euro et dans le même temps jeter les bases d’une autre manière de concevoir le pouvoir, la démocratie, l’intervention populaire; un autre rapport à la culture, aux valeurs… Cette possibilité existe incontestablement au niveau objectif, mais chacun de ses groupes est enfermé le plus souvent dans sa propre problématique même dans une certaine mesure on en voit les prémisses dans ce mouvement, il y a quelque chose en train d’évoluer, les discours demeurent parallèles, mais sans commune mesure avec les formes d’hostilité et de rupture qui ont pu exister en mai 68 face à l’hégémonie ouvrière et déjà l’illusion social-démocrate.

Que serons-nous capables de construire? C’est sans doute pour ce que j’estimais être les mieux placés pour fournir l’armature de classe tout en étant ouvert à d’autres aspects du bloc hégémonique que j’ai continué à adhérer au PCF, ou du moins à rester dans sa mouvance. Gramsci encore à propos du parti communiste italien parlait du « prince » décrit par Machiavel, celui qui avait été le mieux placé lors de la Rénaissance pour tenter de reconstituer l’unité italienne..Ce qui pour le moment est appru à partir de sa droitisation et du départ de différents groupes a été incapable de jouer ce rôle hégémonique tant dans le monde ouvrier que dans les couches intellectuelles et dans le prolétariat marginalisé n’a jamais réussi à reconstituer cette alternative. mais si l’on ne doit pas négliger les forces politiques et syndicales telles qu’elles sont toute la capacité doit être léniniste, savoir coller au mouvement  et comme le disait Gramsci faire une révolution contre le capital. Il jouait sur les mots en prétendant bien sûr que la révolution bolchevique s’était faite contre le capital à son stade impérialiste, mais aussi contre la prohétie « économique » du capital qui pensait que la révolution naîtrait des formes économiques achevées. …Et de ce point de vue il reste beaucoup de chemin à accomplir au PCF tel qu’il est pour être léniniste et savoir chevaucher le mouvcement tel qu’il surgit dans le pays de la lutte des classes…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le juin 4, 2016 dans histoire, Théorie

 

Emmanuel Todd : « Si je fais la somme de ce que les socialistes ont fait, le bon concept est violent et doux à la fois : il s’agit du fascisme rose »

Conflits sociaux violents, CGT, Parti socialiste, droite, Front national, Europe, Emmanuel Todd decrypte pour Atlantico le dérèglement politique que traverse la société française.

Entretien

Publié le 1 Juin 2016

Atlantico : François Hollande se rêvait comme un président social-démocrate, pourtant, les rapports sociaux, entre syndicats ont rarement été aussi violents. Entre une CGT jusqu’au-boutiste, ou un Medef qui l’accuse de terrorisme, ou des agressions de policiers par des jeunes. Comment analysez-vous cette conflictualité, cette violence des rapports sociaux en France ?

Emmanuel Todd : Je voudrais vraiment en parler comme chercheur, c’est-à-dire en avertissant que je n’ai pas trouvé la solution et que je suis réellement conscient du fait que l’on a ici un problème d’interprétation de ce qui se passe. On a un sentiment d’évolution systémique, de mutation, de tout ce à quoi vous venez de faire allusion. Mais la mutation générale, la montée de conflictualité, la violence même, ne me pose pas de problème de compréhension. C’est-à-dire qu’il y a longtemps que moi, ou d’autres, ont perçu le blocage du système.

Le Bloc MAZ, constitué des classes moyennes, des personnes âgées, très importantes, et des ex- catholiques, donnaient une sorte de base électorale à une forme de conservatisme politique qui permettait à l’oligarchie supérieure, aux 0.1%, de faire ce qu’ils voulaient. Le résultat est une société bloquée, une belle au bois dormant qui laisse pourrir sa jeunesse. Un système social immobile, qui condamne les jeunes et le monde ouvrier à la destruction sociale. Il est donc normal d’assister à la montée d’une certaine violence.

Ce système de domination va jusqu’à bloquer le système culturel, et va jusqu’à la télévision. Je travaille de chez moi, je passe donc mon temps devant toutes sortes de chaînes, Itéle, Bfm, france2 etc…Et en fait, tout cela, qui est contrôlé par le haut, fabrique l’image d’une France qui n’existe pas pour tout le monde. C’est une France irréelle pour beaucoup de gens et en particulier pour les jeunes. L’image produite par ce système télévisuel est déroutante pour les jeunes des classes moyennes inférieures. Tout ce monde de gens joviaux qui se posent des problèmes d’enneigement des stations de sport d’hiver, ou « Un dîner presque parfait », comme si tout le monde songeait à faire des petites bouffes. C’est un monde un peu crétin, mais qui produit des tas d’images. Et qui est également une source de tensions.

Mais cette situation est-elle spécifique à la France ?

Ce qui est spécifique de la France, c’est son état d’immobilité sociale. Lorsque l’on pense que l’on se dirige vers une présidentielle dans laquelle s’affrontent Hollande, Sarkozy, Le Pen, Mélenchon et que le seul réel changement peut provenir du jeune espoir Alain Juppé, cela ferait hurler de rire dans n’importe quel pays du monde. Pourtant, notre pays est plus jeune que les autres, et le taux de fécondité a baissé à peine pendant la crise, ce qui est un vrai un signe de vitalité. A l’inverse, l’Espagne ou l’Italie sont dans une situation d’implosion démographique. Est-ce que la France est le pays le plus immobilisé d’Europe, ou est-il le seul pays vivant ?

Je regardais BFM dimanche. Je ne fais pas de critique générale de la chaîne, j’aime beaucoup Ruth Elkrief. Je regardais l’interview de Philippe Martinez par Apolline de Malherbe et Edwige Chevrillon. On avait l’impression de voir deux Manuel Valls à l’écran, face à un Martinez dont on se demandait s’il allait perdre son sang-froid. On y a vu également Philippe Doucet, un socialiste. Il y avait un phénomène de retard à l’allumage dans la prise de conscience. Philippe Doucet suggérait, en brandissant des affiches, que le CGT faisait mitrailler les permanences du PS. Il s’agit d’un univers de fous où la violence verbale venait de gens qui se pensent être les défenseurs raisonnables d’un système démocratique. Ils étaient forcés de reconnaître un petit problème au départ ; que le parti socialiste n’avait pas été élu pour casser le code du travail. Mais ce qui est frappant, c’est qu’ils ne voyaient pas l’énormité que cela représente pour la science politique. Parce qu’en fait, nous traversons une rupture systémique. Parmi les instruments du droit constitutionnel, on avait la distinction entre le mandat impératif et le mandat représentatif. Tout le monde est aujourd’hui d’accord sur le fait que seul le mandat représentatif permet un fonctionnement normal des démocraties libérales, avec des citoyens qui votent, qui élisent des représentants qui prennent des décisions librement à l’intérieur des lignes générales préférées par les électeurs. Or, les intervenants ne semblaient pas se rendre compte que le comportement actuel de François Hollande et du PS suggère l »existence d’un troisième mandat ; le mandat « jemenfoutiste« . Ici, l’élection devient parodique, les électeurs votent, mais il est entendu dans l’esprit du grand parti politique de gauche que ce que dit l’électeur n’a aucune importance, et qu’il a donc le droit de faire exactement le contraire. Ce qui est tolérable à droite, comme Jacques Chirac en 1995, mais avec Hollande, c’est quand même plus compliqué. C’est une rupture. Parce que s’il y a des lois, il y a aussi l’esprit des lois. Actuellement, le respect des règles constitutionnelles formelles nous aveugle sur le fait que l’esprit des instituions est bafoué. Il y a une évolution des mentalités, dans la Ve République, qui fait que le corps électoral ne compte plus. Quelle évolution des mentalités a permis cette dénaturation ? L’article 4 de la constitution nous indique que les partis politiques concourent à l’expression du suffrage, mais là, en pratique, cet article a été aboli. Le parti socialiste participe à la dénaturation du suffrage, c’est un problème constitutionnel.

C’est à partir de ce cadre conceptuel qu’il faut comprendre l’attitude d’action anormale de la CGT. Je crois que François Hollande ou Manuel Valls ne sont pas conscients du fait qu’ils sont en train de détruire le droit constitutionnel français. Mais je ne crois pas non plus que la CGT soit consciente de ce qu’elle représente. Martinez était calme. Il a indiqué qu’il défendait les salariés et le code du travail. Mais la vérité profonde est que la CGT est en train de défendre la constitution. C’est ça qui est terrible.

Vous indiquez que le dérèglement politique actuel vous conduit à soutenir les actions de la CGT ?

Les gens pensent que je suis super à gauche, ce qui est faux, parce que j’ai été membre du parti communiste pendant deux ans lorsque j’étais gamin. Mais j’ai eu, par la suite, une solide carrière anticommuniste, en prédisant l’effondrement de l’Union soviétique, en écrivant « La chute finale » ou en associant le communisme à une variante de la schizophrénie dans « le fou et le prolétaire ». Mon travail sur les systèmes familiaux ramenait le communisme à la préexistence d’un système familial autoritaire et égalitaire.

Je suis un anti-communiste radical. Donc, si je dis du bien de la CGT, cela ne doit pas être mal compris. C’est la CGT dans sa fonction actuelle de force, nouvelle et inattendue, qui, par effet de vide et de positionnement aléatoire, se trouve défendre la démocratie libérale en France.

Nous devons deux choses à la CGT. D’une, plus personne ne nous parle de l’Islam. C’est le transfert du mot radical de l’islamisme vers le militantisme ouvrier. Tous ceux qui croyaient qu’on pouvait faire n’importe quoi en désignant un bouc émissaire sont tout d’un coup, par volatilité, passés au radicalisme de la lutte des classes. La CGT a fait sortir la France de ce tunnel ethnicisant dans lequel le drame des attentats l’avait mise.

Vous faites référence à l’emploi du mot « terrorisme » employé par Pierre Gattaz lors de son interview au journal Le Monde ?

Les socialistes ou Pierre Gattaz, c’est pareil. Je commence à avoir la nostalgie de Laurence Parisot, que l’on n’imagine pas sombrer dans cette ineptie. Mais le tunnel ethnique emmenait la France beaucoup plus surement vers les problèmes que l’affrontement actuel sur le code du travail. La deuxième chose est que la CGT et l’hostilité de la population face à la loi El khomri ont mis le Front national totalement en porte à faux. Depuis le début de cette crise, le FN vasouille. Si le parti socialiste pense que ses électeurs doivent lui obéir, alors on comprend leur concept de pédagogie ; c’est la stratégie du maître qui doit faire comprendre aux enfants, par l’obéissance. Le même problème de crise de représentation se pose à propos du FN. Parce que les cadres du parti sont des gens d’extrême droite, et on l’a senti au moment de la crise. Ils voulaient de l’ordre. Face à un évènement réel, les cadres du FN sont justes des gens très à droite, et ils se foutent de leurs électeurs ouvriers. Le PS méprise son électorat, mais le FN aussi. Même si Florian Philippot a fait du rétropédalage, il était déjà trop tard.

La menace que fait peser le parti socialiste à la démocratie se voit à travers son attitude face à la liberté d’expression. J’ai vraiment été touché face à la purge à l’Obs, et au licenciement d’Aude Lancelin. Non pas parce qu’elle me permettait de m’exprimer, avec d’autres, parce que je suis un enfant de l’Obs, mais j’ai vu la mise au pas de ce journal par le pouvoir socialiste. J’ai vu, presque en même temps, la suppression de l’émission de Fréderic Taddeï, « Ce soir ou jamais ». Ils osent faire des choses que Nicolas Sarkozy n’aurait pas osé faire. J’ai dit des choses cent fois pires sur Nicolas Sarkozy que sur François Hollande, et je n’ai jamais eu aucun problème. Le PS est probablement plus dangereux pour la liberté d’expression que la droite. Ce n’est pas l’intolérance des gens d’extrême gauche, qui n’en auraient pas les moyens. Les socialistes sont beaucoup plus intolérants, en fait, que les gens de droite. Ce n’est pas un hasard. Si je fais la somme de ce que les socialistes ont fait, en termes de contrôle de la presse, d’inversion des valeurs de la gauche sans tenir compte de leur électorat, le bon concept est un concept violent et doux à la fois ; il s’agit du fascisme rose, le mot rose évoquant la douceur du processus.

Dans un tel climat, comment percevez-vous l’approche libérale qui se profile au travers des programmes avancés par les candidats à la primaire de la droite et du centre ?

J’ai senti une crise d’identité de la droite en voyant ses candidats perturbés par le fait que les socialistes n’avaient pas été élus pour faire ça. La droite est en pilotage automatique lorsqu’il s’agit de critiquer la CGT, ce sont des gens de droite et complètement estimables en tant que tels. Mais on sent que ce que fait le PS est un problème pour eux, cela devrait donc être également un problème pour les chercheurs.

Je peux très facilement faire un numéro sur le thème de François Hollande est « méchant » ou « débile » mais ce n’est pas le problème. Le problème est de savoir pourquoi le PS fait une politique tellement à droite, et surtout sur les implications du détraquage du système politique que cela induit. Cela passe, comme je l’ai déjà dit, par le mot « radicalisation ». Il y a quelques mois, nous avions le radicalisme islamique. On le dénonçait et on le combattait. Mais aujourd’hui, selon les socialistes, tout est radicalisé. Tout le monde est en train de prendre conscience du fait que le parti socialiste, pour des raisons mystérieuses, se comporte comme un parti de droite. Mais cela produit une dérive générale de tout le système politique. Cela pose un problème existentiel d’autodéfinition à la droite classique. Tous les candidats de la droite classique font de la surenchère libérale. C’est un effet du glissement à droite du PS. La question est pourquoi ?

Quand on voit la gauche allemande, elle a fusionné avec la droite au gouvernement, la question est donc réglée. En ce qui concerne les Etats Unis, il y a le phénomène Bernie Sanders, mais il ne va pas gagner la primaire. Mais les thématiques de gauche, comme le protectionnisme et les inégalités vont être représentées à droite par le parti républicain, par Donald Trump. Avec une dose d’usage de xénophobie. En Angleterre, tout le débat sur le Brexit se passe à droite, la gauche ne participe pas au débat.

L’anomalie du système politique français est que les zones d’implantations territoriales de la droite, le bassin parisien, ou la façade méditerranéenne, sont les vieilles zones égalitaires qui ont fait la révolution française. A l’inverse, les zones d’implantation du PS sont les vieilles zones catholiques hiérarchiques, qui pensent que le pouvoir vient d’en haut. Le PS est un parti d’un genre nouveau, organisé comme l’église catholique ancienne. Avec des électeurs qui votent, des députés qui se foutent de ce que votent les électeurs, où les cadres supérieurs du PS se foutent de savoir ce que pensent les députés, et le Président et ceux qui l’entourent se foutent de ce que pense le reste du PS. Il y a, en France, une sorte de détraquage général qui fait que la droite, d’après son implantation territoriale, devrait passer à la gauche du PS. Il y a une erreur de positionnement. L’ensemble des paramètres sont extrêmement volatils. Il y a un an, nous étions dans le terrorisme islamiste et on célébrait l’union nationale, un an après, on est dans la lutte des classes et « les jeunes caillassent les flics ». Il doit y avoir un sens aux choses, mais il faut avant tout constater cette volatilité.

Vous faites référence à l’électorat de droite. Comment comprenez-vous le fait que Nicolas Sarkozy attire un électorat jeune et plutôt de catégories CSP -, alors que les autres candidats, comme Alain Juppé, François Fillon ou Bruno Le Maire monopolisent les suffrages des CSP + ainsi que des plus de 65 ans ?

Cela me gêne de le dire, car j’ai donné des preuves de mon hostilité à Nicolas Sarkozy, mais cela suggère qu’il est plus proche du positionnement anthropologique réel de la droite. Enfin, d’une partie de la droite. La droite est tiraillée entre ce positionnement qui est plutôt indiqué par la géographie des valeurs dans le pays et qui tire la droite à gauche, et le vieillissement du pays, qui tire la droite à droite.

Mais cela veut dire que le système de représentation français est confronté au problème de l’agrégation des volontés électorales. La droite commence à avoir des difficultés à agréger son électorat. Entre une tendance jeune populiste et une tendance -vieux conservateur libéral-.

La faiblesse démographique allemande a été un moteur de la décision d’Angela Merkel favorisant l’arrivée massive de migrants dans le pays. Le Brexit est alimenté par la crainte des Britanniques de voir toujours plus de migrants intra-européens arriver dans le pays. Les tendances démographiques sont-elles en train de se venger de l’Union européenne ?

L’Union européenne était un projet fou, tous les démographes savent bien que les sociétés ne sont pas en convergence. Il suffit de regarder les indicateurs de fécondité. Et quand il y a convergence, c’est vers le bas, vers une insuffisance, en dehors des îlots que sont la France, l’Angleterre, et la Scandinavie. Là ou les femmes ont le droit de faire des enfants et d’avoir un travail intéressant.

La démographie dit d’abord que les nations européennes existent toujours, et que l’unification par la monnaie ne va pas marcher. Ce n’est même pas la peine d’aller plus loin, c’est pour cela que j’avais prédit l’échec de l’euro. C’est donc bien la revanche de la démographie. Les variables démographiques ont la particularité d’être lentes mais irréversibles avec des phénomènes d’accélération quand les ruptures générationnelles se font. C’est très lent avant d’apparaître, mais, en général, quand cela apparaît, c’est trop tard, les problèmes sont d’une telle massivité qu’aucun phénomène migratoire ne va pouvoir les résoudre. En France, on ne le voit pas, parce que le pays n’a pas de problème démographique. L’Allemagne, malgré sa rationalité, est tombée dans le piège du court-termisme économique. Elle est le vrai pays d’immigration en Europe, obsédée par son problème de main d’œuvre. Les destructions opérées par l’austérité dans l’Europe du sud, sont, de ce point de vue-là, fonctionnelles pour l’Allemagne, qui cherche à récupérer la main d’œuvre qualifiée des économies en décomposition. En Allemagne, il manque pratiquement un tiers d’enfants chaque année. Mais là, avec cette immigration massive en provenance de Syrie, d’Irak, et d’Afghanistan, de systèmes patrilinéaires avec des niveaux élevés d’endogamie de départ, cela ne sera pas gérable pour l’Allemagne. Cela va produire des phénomènes de ségrégation, de stratification, de violence. Mais il ne faut pas sous-estimer le pragmatisme allemand. La société allemande pourra s’organiser mais le prix à payer sera l’émergence d’une société de castes, avec un système politique et policier extrêmement dur. Tout est possible.

Propos recueillis par Nicolas Goetzmann

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Publié par le juin 2, 2016 dans société, Théorie

 

Entretien avec Julian Mischi, auteur du livre « Le COMMUNISME Désarmé »

19 Décembre 2015

enfin une vision optimiste : plus le PCF perd des élus, plus il est obligé de chercher des ressources dans sa base militante et avoir des dirigeants moins soumis au PS… la course est donc engagée entre la base populaire en train de se reconstruire et la direction actuelle qui continue à lorgner des sinécures de sénateur pour la retraite… je plaisante mais à peine…(note de danielle Bleitrach)

Publié par Michel El Diablo

http://www.communcommune.com/2015/12/entretien-avec-julian-mischi-auteur-du-livre-le-communisme-desarme.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Julian MischiJulian Mischi

Julian Mischi

Julian Mischi, dans votre livre Le communisme désarmé (Editions Agone, 2014), vous mettez en relief la baisse du nombre et du poids relatif des adhérents issus de ce que vous appelez « les classes populaires ». L’engagement de militants syndicaux dans le parti, par exemple, est nettement moins important que dans les années 70 ou 80. Sur la même période, le programme du parti a été modifié. L’expropriation des capitalistes n’y figure plus. Y a-t-il un rapport entre l’évolution sociologique du parti et celle de son programme et de son discours ?

Alors que de puissantes logiques sociales excluent les catégories populaires (ouvriers, petits paysans et artisans, employés des services…) de la vie politique, le PCF a effectivement réussi, pendant un temps, à contrer ces dynamiques inégalitaires. Tout un ensemble de dispositifs visaient à assurer l’accueil puis la promotion d’adhérents d’origine populaire, des adhérents qui avaient souvent commencé à militer au sein de leur entreprise à la CGT. Par ce caractère populaire, le PCF n’avait pas d’équivalent sur la scène politique et pouvait apparaitre aux yeux de beaucoup comme le porte-parole légitime de la « classe ouvrière ».

Depuis surtout une trentaine d’années, on note une diminution de la place des classes populaires au sein du PCF. Cela résulte d’abord des recompositions du monde du travail, qui rendent plus difficile l’engagement dans ces milieux. L’ensemble rassemblant ouvriers et employés reste numériquement important, mais ce salariat d’exécution et /ou subalterne est davantage fragmenté et fragilisé que par le passé. L’évolution de la composition sociale du parti traduit en cela les transformations socioculturelles des milieux populaires.

Néanmoins, les inflexions de leurs discours porté par les dirigeants communistes n’ont pas freiné ces tendances, elles les ont même plutôt accompagnées. Au-delà de références programmatiques précises, je pense à la progressive mise en sourdine du principe (et de ses implications) selon lequel l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Ce principe se traduisait concrètement par une politique des cadres attentive à donner une place centrale aux militants ouvriers. La question de l’origine sociale des militants est devenue secondaire en même temps que fut délaissée la référence à la classe ouvrière comme principal acteur révolutionnaire. L’abandon de cette notion peut bien sûr se justifier par la prise en compte des évolutions du salariat, marqué par la féminisation et le développement des services. Mais elle s’est accompagnée d’un abandon plus général de la réflexion sur les rapports de classe, une réflexion éclipsée par la mobilisation de notions a-classistes comme le « salariat », voire les « gens » dans les années 1990.

La priorité donnée au recrutement d’ouvriers a été abandonnée. On ne fait pas grand-chose pour favoriser la création de cellules dans les entreprises. Vous évoquez divers facteurs extérieurs au parti qui ont pu contribuer à sa déconnexion avec les travailleurs, mais vous dites que celle-ci résulte aussi de « logiques internes ». Pensez-vous que la déconnexion avec les travailleurs s’est opérée à l’avantage de certains éléments, ou de certains intérêts, dans le parti ?

Concernant l’organisation dans les entreprises, il faut bien avoir à l’esprit que la constitution de contre-pouvoirs militants est particulièrement difficile en ces temps de répression syndicale et d’atomisation des collectifs de travail. En outre, la présence communiste dans les entreprises a toujours été, en réalité, relativement réduite, même du temps de la forte influence de ce parti. Sur le lieu de travail, c’était l’engagement à la CGT qui primait. Mais, même fragiles, les sections d’entreprises occupaient une place centrale dans l’univers communiste car elles fournissaient ses principaux dirigeants, dont beaucoup étaient d’anciens ouvriers qualifiés de la métallurgie.

Or, cette matrice ouvrière et syndicale à l’engagement s’est profondément réduite à partir des années 1980-1990 en même temps que le PCF et la CGT se sont progressivement éloignés l’un de l’autre. Une autre matrice, celle des engagements municipaux, est devenue prépondérante. C’est autour des collectivités territoriales que le PCF s’est restructuré avec non seulement les élus, mais aussi tout le personnel politique spécialisé gravitant autour d’eux. Logiquement, les enjeux électoraux sont devenus prépondérants alors que la question du militantisme en entreprise apparaît plutôt secondaire pour ces professionnels de la gestion politique locale qui ont d’ailleurs peu de culture syndicale. Élus et cadres des collectivités locales peuvent même s’opposer aux militants ouvriers de la CGT lors de conflits sociaux que connaissent certaines municipalités communistes comme je l’évoque dans l’ouvrage.

Il faut dire aussi qu’indépendamment des intérêts de chacun, le simple fait de délaisser les dispositifs organisationnels de sélection et de formation de porte-paroles d’origine populaire, conduit automatiquement à favoriser les catégories sociales plus diplômées dans l’organisation, en particulier les enseignants et les cadres de la fonction publique. De l’alliance entre les classes populaires et la petite bourgeoisie culturelle qui a fait la force du mouvement communiste, il ne reste progressivement plus qu’un seul versant.

La place des élus est devenue prépondérante dans la vie interne du PCF. La tradition qui veut qu’ils reversent leurs indemnités tend à limiter les dérives « carriéristes » que l’on observe ailleurs. Et pourtant, de nombreux élus acquièrent une grande autonomie par rapport au parti, au point que, dans bien des cas, les militants n’ont pratiquement aucune prise sur l’action politique des élus. Y a-t-il, à votre avis, un remède à cela ?

La question de l’autonomie des élus est un problème structurel du mouvement ouvrier. C’est l’un des ressorts de la création du PCF suite à ce qui est perçu comme la « trahison » des députés socialistes lors de la Première guerre mondiale. Mis à part les années 1920, les élus communistes ont cependant toujours eu des marges d’action non négligeables vis-à-vis de leur parti. Mais cette situation a pris une toute autre ampleur dans les 1980 et 1990 : les élus locaux peuvent se permettre des stratégies autonomes car ils sont capables lors des scrutins locaux de contenir la baisse d’influence que leur parti connaît aux élections nationales.

Ensuite, à partir de la fin des années 1990, on observe un mouvement de renforcement de la place des élus (et de leurs collaborateurs) dans l’appareil. Les dirigeants des fédérations ont en effet pour consigne d’entrer dans les assemblées départementales et régionales. Les permanents ne pouvant plus être rétribués par un parti dont les ressources financières se réduisent, ils doivent rechercher d’autres sources de financement, celles des mandats électifs.

Le fait qu’il ait encore de très nombreux élus est bien sûr une force pour le courant communiste, une force qui fait défaut à d’autres partis comme le NPA ou le PG. L’ancrage municipal du PCF a été déterminant dans la force passée de cette organisation et dans son implantation dans les milieux populaires. Mais, aujourd’hui, avec le déclin de la base militante et la diminution des ressources financières, les élus et les enjeux électoraux occupent une place centrale dans l’organisation.

Or, aux côtés de la prise de mandats électifs ou du travail auprès des élus, tout un horizon militant mériterait d’être également valorisé : éducation populaire, militantisme syndical, travail intellectuel, entraide locale, etc. Selon cette perspective, il devrait être possible d’envisager une promotion militante pour un jeune communiste sans qu’il ne devienne automatiquement élu ou collaborateur d’élu. Cela nécessite probablement de renforcer les capacités des militants à intervenir dans l’espace local indépendamment des élus. Ou encore de réhabiliter la fonction de secrétaire « politique » des sections et des fédérations. Il s’agit là d’un rôle militant clef, situé à l’intersection des engagements associatifs, syndicaux, électifs, etc.

D’un point de vue idéologique, l’essor des structures de gestion des collectivités territoriales, le développement de l’intercommunalité en particulier, pourraient faire l’objet d’une analyse critique afin d’assurer une meilleure résistance à la vulgate technocratique qui touche l’ensemble des partis de gouvernement. La diffusion d’une conception pragmatique et technique de l’action municipale appelle manifestement à une repolitisation des débats qui se déroulent dans ces instances aux règles de fonctionnement opaques. Face à la professionnalisation de l’administration communale et intercommunale qui marginalise plus que jamais les classes populaires, il y a bien sûr un enjeu à développer le rôle des écoles du parti dans la formation des militants.

Enfin, comment voyez-vous l’évolution future du PCF ?

En tant que sociologue, il m’est difficile de répondre à cette question. Mais les évolutions récentes laissent présager tout de même des recompositions militantes. Une recomposition d’abord liée à la réduction du nombre d’élus locaux, qui a atteint un tel point que des fédérations entières sont forcées de se réorganiser autour de réseaux essentiellement militants, autour de dirigeants n’ayant pas de mandat électifs. Ces derniers sont, de fait, moins sujets à rechercher une alliance à tout prix avec les socialistes. Des situations locales particulièrement conflictuelles, où élus et militants se font affrontés lors de la préparation des élections municipales de mars 2014, se pacifient tout simplement parce qu’il n’y a quasiment plus d’élus ou parce que ceux-ci ont quitté le parti pour garder leur siège.

On peut également entrevoir une recomposition induite par l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants communistes issus des rangs des « jeunes » communistes qui ont rejoint le mouvement dans la deuxième partie des années 2000. Ces militants sont entrés dans le communisme à travers des luttes, contre la seconde guerre du Golfe, et surtout contre le Contrat Première Embauche (CPE) et le Traité Constitutionnel Européen (TCE). Par rapport à leurs prédécesseurs, ils sont moins issus de familles militantes ou de municipalités communistes. Ils peuvent sûrement favoriser un renouvellement des équipes militantes, mais cette dynamique est fragilisée par les déchirements que connaît le Front de Gauche.

 

 

SOURCE : La Riposte

 
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Publié par le décembre 20, 2015 dans politique, société, Théorie

 

ALAIN BADIOU, PENSER LES MEURTRES DE MASSE

 Le philosophe Alain Badiou en 2008 à son domicile parisien.

Le vendredi 27 novembre 2015

Le boomerang est revenu mais pas dans la tête de ceux qui l’avaient lancé. Devant les victimes, devant tout un pays en état de choc, le pouvoir politique répond par la guerre et l’état d’urgence. L’urgence est de mettre en cause ce virage sécuritaire. Lundi 23 novembre, au théâtre de la Commune d’Aubervilliers, sans publicité et devant une salle comble, le philosophe Alain BADIOU donnait une conférence « POUR PENSER LES MEURTRES DE MASSE ».

Le 19 novembre à l’Assemblée nationale, Manuel Valls déclarait : « Le terrorisme frappe la France non pas pour ce qu’elle fait en Irak, en Syrie ou au Sahel, mais pour ce qu’elle est ». Malgré le choc – ou à cause du choc – nombreux sont celles et ceux qui cherchent à comprendre. Ce choc pourrait être aussi un réveil après des temps de somnolence résignée. Cette conférence dure près de deux heures. Prenez votre temps. À côté des penseurs à la sauvette et des médias consensuels (et sans suite), nous vous en proposons une version intégrale.

ntehttps://vimeo.com/147061687

(cliquez sur « HD » pour afficher la vidéo en meilleure qualité)
Cliquez ici pour télécharger la version audio :
MP3 - 93.6 Mo
Alain Badiou, penser les meurtres de masse

Voici les intentions de cette conférence :

POUR aider à ce que les meurtres de masse du vendredi 13 novembre, à Paris et à St Denis, soient pensés au-delà des indispensables affects : horreur, barbarie, stupéfaction.

Pour qu’aucune propagande ne puisse s’y opposer fictivement pour s’en servir réellement.

Pour évaluer l’imposture et le péril de ceux qui visiblement se réjouissent, en France ou ailleurs, qu’on puisse enfin crier : « La guerre ! C’est la guerre ! Tous en guerre ».

Pour que d’abjects meurtres de masse ne puissent se glorifier d’avoir à eux seuls plus d’importance et de valeur médiatique et étatique que toutes les recherches rationnelles d’une politique neuve, toutes les expériences de la pensée et de la pratique en direction des vérités à venir.

Pour que les peuples du monde, et singulièrement leur jeunesse, ne soient pas acculés au choix accablant entre un fascisme racialo-religieux et le vide agressif de la domination occidentale, du capitalisme mondialisé et des Etats qui en sont les serviteurs.

Pour en somme que soit surmontée la fausse et meurtrière contradiction apparente du monde qui est le nôtre : entre la modernité monétaire et marchande d’une part et les différentes variantes du gangstérisme traditionaliste de l’autre.

Pour que soit sortie de l’ombre et changée en force la vraie contradiction, qui oppose deux termes dont l’identification est l’entrée obligée pour toute pensée qui s’applique à changer le monde :

1 : le couple guerrier des Etats dominants et des Bandits fascisants, qui ont un intérêt commun à diffuser dans le monde entier une subjectivité de guerre.

2 : les porteurs, par leur alliance à construire, du communisme qui vient : prolétariat international et nomade, intellectuels libres, jeunesse à la recherche d’une vie qui soit grande et vraie.


Badiou : penser les meurtres de masses.
Théâtre de la Commune. 23/11/2015


Réalisation : Jonathan DUONG
Image : Jeanne LORRAIN
 
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Publié par le novembre 29, 2015 dans Théorie

 

Le rouge et le tricolore par Alain Badiou

LE MONDE | 27.01.2015 à 09h38 • Mis à jour le 28.01.2015 à 12h55 | Par Alain Badiou (Philosophe, dramaturge et écrivain)

 
Le philosophe Alain Badiou en 2008 à son domicile parisien.
Le philosophe Alain Badiou en 2008 à son domicile parisien. PATRICK HERTZOG / AFP

Aujourd’hui, le monde est investi en totalité par la figure du capitalisme global, soumis à l’oligarchie internationale qui le régente, et asservi à l’abstraction monétaire comme seule figure reconnue de l’universalité.

Dans ce contexte désespérant s’est montée une sorte de pièce historique en trompe-l’œil. Sur la trame générale de « l’Occident », patrie du capitalisme dominant et civilisé, contre « l’islamisme », référent du terrorisme sanguinaire, apparaissent, d’un côté, des bandes armées meurtrières ou des individus surarmés, brandissant pour se faire obéir le cadavre de quelque Dieu ; de l’autre, au nom des droits de l’homme et de la démocratie, des expéditions militaires internationales sauvages, détruisant des Etats entiers (Yougoslavie, Irak, Libye, Afghanistan, Soudan, Congo, Mali, Centrafrique…) et faisant des milliers de victimes, sans parvenir à rien qu’à négocier avec les bandits les plus corruptibles une paix précaire autour des puits, des mines, des ressources vivrières et des enclaves où prospèrent les grandes compagnies.

C’est une imposture de présenter ces guerres et leurs retombées criminelles comme la contradiction principale du monde contemporain, celle qui irait au fond des choses. Les troupes et polices de la « guerre antiterroriste », les bandes armées qui se réclament d’un islam mortifère et tous les Etats sans exception appartiennent aujourd’hui au même monde, celui du capitalisme prédateur.

Diverses identités factices, se considérant chacune comme supérieure aux autres, se taillent férocement dans ce monde unifié des lambeaux de domination locale. On a du même monde réel, où les intérêts des agents sont partout les mêmes, la version libérale de l’Occident, la version autoritaire et nationaliste de la Chine ou de la Russie de Poutine, la version théocratique des Emirats, la version fascisante des bandes armées… Les populations sont partout sommées de défendre unanimement la version que le pouvoir local soutient.

Il en ira ainsi tant que l’universalisme vrai, la prise en main du destin de l’humanité par l’humanité elle-même, et donc la nouvelle et décisive incarnation historico-politique de l’idée communiste, n’aura pas déployé sa neuve puissance à l’échelle mondiale, annulant au passage l’asservissement des Etats à l’oligarchie des propriétaires et de leurs serviteurs, l’abstraction monétaire, et finalement les identités et contre-identités qui ravagent les esprits et en appellent à la mort.

Identité française : la « République »

Dans cette guerre des identités, la France tente de se distinguer par un totem de son invention : la « République démocratique et laïque », ou « le pacte républicain ». Ce totem valorise l’ordre établi parlementaire français – au moins depuis son acte fondateur, à savoir le massacre, en 1871, par les Adolphe Thiers, Jules Ferry, Jules Favre et autres vedettes de la gauche « républicaine », de 20 000 ouvriers dans les rues de Paris.

Ce « pacte républicain » auquel se sont ralliés tant d’ex-gauchistes, parmi lesquels Charlie Hebdo, a toujours soupçonné que se tramaient des choses effrayantes dans les faubourgs, les usines de la périphérie, les sombres bistrots banlieusards. La République a toujours peuplé les prisons, sous d’innombrables prétextes, des louches jeunes hommes mal éduqués qui y vivaient. Elle a aussi, la République, multiplié les massacres et formes neuves d’esclavage requis par le maintien de l’ordre dans l’empire colonial. Cet empire sanguinaire avait trouvé sa charte dans les déclarations du même Jules Ferry – décidément un activiste du pacte républicain –, lesquelles exaltaient la « mission civilisatrice » de la France.

Or, voyez-vous, un nombre considérables des jeunes qui peuplent nos banlieues, outre leurs louches activités et leur manque flagrant d’éducation (étrangement, la fameuse « Ecole républicaine » n’a rien pu, semble-t-il, en tirer, mais n’arrive pas à se convaincre que c’est de sa faute, et non de la faute des élèves), ont des parents prolétaires d’origine africaine, ou sont eux-mêmes venus d’Afrique pour survivre, et, par voie de conséquence, sont souvent de religion musulmane. A la fois prolétaires et colonisés, en somme. Deux raisons de s’en méfier et de prendre les concernant de sérieuses mesures répressives.

Supposons que vous soyez un jeune Noir ou un jeune à l’allure arabe, ou encore une jeune femme qui a décidé, par sens de la libre révolte, puisque c’est interdit, de se couvrir les cheveux. Eh bien, vous avez alors sept ou huit fois plus de chances d’être interpellé dans la rue par notre police démocratique et très souvent retenu dans un commissariat, que si vous avez la mine d’un « Français », ce qui veut dire, uniquement, le faciès de quelqu’un qui n’est probablement ni prolétaire, ni ex-colonisé. Ni musulman.

Charlie Hebdo, en un sens, ne faisait qu’aboyer avec ces mœurs policières dans le style « amusant » des blagues à connotation sexuelle. Ce n’est pas non plus très nouveau. Voyez les obscénités de Voltaire à propos de Jeanne d’Arc : son La Pucelle d’Orléans est tout à fait digne de Charlie Hebdo. A lui seul, ce poème cochon dirigé contre une héroïne sublimement chrétienne autorise à dire que les vraies et fortes lumières de la pensée critique ne sont certes pas illustrées par ce Voltaire de bas étage.

Il éclaire la sagesse de Robespierre quand il condamne tous ceux qui font des violences antireligieuses le cœur de la Révolution et n’obtiennent ainsi que désertion populaire et guerre civile. Il nous invite à considérer que ce qui divise l’opinion démocratique française est d’être, le sachant ou non, soit du côté constamment progressiste et réellement démocrate de Rousseau, soit du côté de l’affairiste coquin, du riche spéculateur sceptique et jouisseur, qui était comme le mauvais génie logé dans ce Voltaire par ailleurs capable, parfois, d’authentiques combats.

Le crime de type fasciste

Et les trois jeunes Français que la police a rapidement tués ? Je dirais qu’ils ont commis ce qu’il faut appeler un crime de type fasciste. J’appelle crime de type fasciste un crime qui a trois caractéristiques.

D’abord, il est ciblé, et non pas aveugle, parce que sa motivation est idéologique, de caractère fascisant, ce qui veut dire strictement identitaire : nationale, raciale, communautaire, coutumière, religieuse… En la circonstance, les tueurs sont antisémites. Souvent le crime fasciste vise des publicistes, des journalistes, des intellectuels ou des écrivains que les tueurs estiment représentatifs du bord opposé. En la circonstance, Charlie Hebdo.

Ensuite, il est d’une violence extrême, assumée, spectaculaire, parce qu’il vise à imposer l’idée d’une détermination froide et absolue qui, du reste, inclut de façon suicidaire la probabilité de la mort des meurtriers. C’est l’aspect « viva la muerte ! », l’allure nihiliste, de ces actions.

Troisièmement, le crime vise, par son énormité, son effet de surprise, son côté hors norme, à créer un effet de terreur et à alimenter, de ce fait même, du côté de l’Etat et de l’opinion, des réactions incontrôlées, entièrement closes sur une contre-identité vengeresse, lesquelles, aux yeux des criminels et de leurs patrons, vont justifier après coup, par symétrie, l’attentat sanglant. Et c’est bien ce qui est arrivé. En ce sens, le crime fasciste a remporté une sorte de victoire.

L’Etat et l’opinion

Dès le début en effet, l’Etat s’est engagé dans une utilisation démesurée et extrêmement dangereuse du crime fasciste, parce qu’il l’a inscrit au registre de la guerre mondiale des identités. Au « musulman fanatique », on a opposé sans vergogne le bon Français démocrate.

La confusion a été à son comble quand on a vu que l’Etat appelait, de façon parfaitement autoritaire, à venir manifester. C’est tout juste si Manuel Valls n’envisageait pas d’emprisonner les absents, et si on n’a pas exhorté les gens, une fois qu’ils auraient manifesté leur obéissance identitaire sous le drapeau tricolore, soit à se terrer chez eux, soit à revêtir leur uniforme de réserviste et à partir au son du clairon en Syrie.

C’est ainsi qu’au plus bas de leur popularité, nos dirigeants ont pu, grâce à trois fascistes dévoyés qui ne pouvaient imaginer un tel triomphe, défiler devant un million et quelques de personnes, à la fois terrorisées par les « musulmans » et nourries aux vitamines de la démocratie, du pacte républicain et de la grandeur superbe de la France.

La liberté d’expression, parlons-en ! Il était pratiquement impossible, durant tous les premiers jours de cette affaire, d’exprimer sur ce qui se passait un autre avis que celui qui consiste à s’enchanter de nos libertés, de notre République, à maudire la corruption de notre identité par les jeunes prolétaires musulmans et les filles horriblement voilées, et à se préparer virilement à la guerre contre le terrorisme. On a même entendu le cri suivant, admirable dans sa liberté expressive : « Nous sommes tous des policiers. »

Il est naturel en réalité que la loi de notre pays soit celle de la pensée unique et de la soumission peureuse. La liberté en général, y compris celle de la pensée, de l’expression, de l’action, de la vie même, consiste-t-elle aujourd’hui à devenir unanimement des auxiliaires de police pour la traque de quelques dizaines d’embrigadés fascistes, la délation universelle des suspects barbus ou voilés, et la suspicion continue concernant les sombres cités de banlieue, héritières des faubourgs où l’on fit autrefois un carnage des communards ? Ou bien la tâche centrale de l’émancipation, de la liberté publique, est-elle bien plutôt d’agir en commun avec le plus possible de jeunes prolétaires de ces banlieues, le plus possible de jeunes filles, voilées ou non, cela n’importe pas, dans le cadre d’une politique neuve, qui ne se réfère à aucune identité (« les prolétaires n’ont pas de patrie ») et prépare la figure égalitaire d’une humanité s’emparant enfin de son propre destin ? Une politique qui envisage rationnellement que nos vrais maîtres impitoyables, les riches régents de notre destin, soient enfin congédiés ?

Il y a eu en France, depuis bien longtemps, deux types de manifestation : celle sous drapeau rouge, et celles sous drapeau tricolore. Croyez-moi : y compris pour réduire à rien les petites bandes fascistes identitaires et meurtrières, qu’elles se réclament des formes sectaires de la religion musulmane, de l’identité nationale française ou de la supériorité de l’Occident, ce ne sont pas les tricolores, commandées et utilisées par nos maîtres, qui sont efficaces. Ce sont les autres, les rouges, qu’il faut faire revenir.

Alain Badiou est professeur émérite à l’Ecole normale supérieure. il a récemment publié Métaphysique du bonheur réel (PUF, 2014). Romancier, dramaturge, il est aussi un penseur engagé, intervenant régulièrement dans le débat public.

 
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Publié par le novembre 22, 2015 dans textes importants, Théorie

 

Le monde musulman, Marx et le socialisme

« Islam et capitalisme », de Maxime Rodinson

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Paru en 1966, « Islam et capitalisme », du célèbre orientaliste Maxime Rodinson, auteur, entre autres, d’une biographie du prophète Mahomet (1), n’avait encore jamais été réédité (2). Cet ouvrage pose des problèmes d’une brûlante actualité : quels rapports entretiennent islam, développement économique et capitalisme dans le monde musulman ? Pourquoi ces sociétés sont-elles « en retard » ou « sous-développées » ? L’islam fait-il obstacle à l’adoption de mesures sociales, voire au socialisme ? Réfutant l’idée selon laquelle il existerait des règles propres à ces pays, radicalement distinctes de celles qui régissent l’Occident, ou selon laquelle cet « Orient compliqué » s’illuminerait grâce au déchiffrage des sourates du Coran, Rodinson préfère adopter pour son analyse les sciences sociales, et prendre comme fil rouge une pensée marxiste non dogmatique. Nous publions ici un extrait de la préface à cette nouvelle édition.

Le monde musulman, Marx et le socialisme

 

Maxime Rodinson analyse minutieusement non seulement les rapports entre islam et capitalisme, mais aussi entre socialisme et islam. Ce dernier serait-il favorable au partage des richesses ? La question peut sembler saugrenue aujourd’hui, tant les perspectives d’une révolution paraissent lointaines, pour ne pas dire utopiques, et tant l’islamisme semble éloigné de toute ambition sociale radicale. Elle ne l’était pas au moment de la publication de ce livre.

Nous sommes alors à la veille de la guerre de juin 1967, et le nationalisme arabe révolutionnaire incarné par le président égyptien Gamal Abdel Nasser est à son apogée. Nassérisme, baasisme, socialisme arabe, communisme : sous ces différentes dénominations, la gauche plus ou moins radicale domine la scène idéologique. Officiers, intellectuels, journalistes, fonctionnaires, classes moyennes des villes s’en réclament ardemment, même s’ils se disputent, voire s’entretuent, à propos de telle ou telle interprétation de la doctrine. Des expériences de transformation révolutionnaire se mettent en place en Egypte, en Algérie, en Syrie, en Irak, au Yémen du Sud ; les monarchies semblent à la veille d’être emportées par une vague révolutionnaire.

En plus de leur autoritarisme — la « démocratie bourgeoise » est condamnée sans appel —, tous ces régimes allient un désir tenace de consolider l’indépendance nationale et de clore définitivement l’ère de la domination étrangère à une volonté de transformer la société. Ils mettent en œuvre des réformes agraires et impulsent un développement économique, notamment de l’industrie lourde, fondé sur le rôle central de l’Etat. Ils pilotent une politique résolue de redistribution sociale, d’éducation et de santé pour tous. Dans tout le tiers-monde, alors, « le fond de l’air est rouge » ; l’heure est aux changements radicaux et, des maquis castristes d’Amérique latine aux « zones libérées » d’Indochine en passant par les guérillas d’Afrique australe, les forces révolutionnaires promettent des lendemains qui chantent socialistes, voire communistes.

Dans le monde arabe, pour justifier leurs entreprises révolutionnaires auprès de populations restées profondément croyantes et en majorité agraires, les pouvoirs se devaient de mobiliser les ressources de l’islam. Comme le remarque Rodinson, « ce que permet la fidélité des masses à la religion traditionnelle en vertu de facteurs d’identification nationalitaire, c’est l’utilisation démagogique (au sens strict) du slogan islamique, du prestige de l’islam comme drapeau pour couvrir des options plus ou moins socialisantes issues d’autres sources ».

Cette hégémonie idéologique du socialisme ou de ses interprétations allait contraindre même des organisations se situant hors de toute perspective révolutionnaire à se réclamer d’un « socialisme islamique ». L’un des best-sellers de l’époque, écrit par un dirigeant des Frères musulmans syriens, Moustapha Al-Sibai, s’intitule Le Socialisme de l’islam. Dieu, écrit l’auteur, « a prescrit la coopération et la solidarité sous toutes ses formes. (…) Le Prophète a établi l’institution de la solidarité sociale dans son sens plein ». Et il conclut : « Le principe de solidarité sociale dans le socialisme musulman est une des caractéristiques qui distinguent ce socialisme humaniste et moral de tant de socialismes connus aujourd’hui. S’il était appliqué, notre société serait idéale et aucune autre n’approcherait son élévation. » Ce qu’il ne dit pas, c’est comment il compte atteindre cet idéal, ni pourquoi ces principes n’ont pas été mis en œuvre.

Ce discours ne surprend pas Rodinson. « Certains courants de l’islam ont envisagé des restrictions drastiques au droit de propriété, sous la forme d’une limitation imposée des richesses », et la source de ces demandes peut se trouver dans tel ou tel texte, « dans l’idée religieuse que les biens de ce monde détournent de Dieu, qu’ils exposent au péché ».

Est-ce à dire que les partisans du socialisme peuvent se servir de la religion de la même manière que les forces de la réaction ? Non, rétorque Rodinson : « Les interprètes réactionnaires bénéficient de tout le patrimoine du passé, du poids de siècles d’interprétation dans le sens traditionnel, du prestige de ces interprétations, de l’habitude qu’on a de les lier à la religion proclamée, affichée, pour des raisons nullement religieuses. » Et d’insister sur le caractère le plus souvent conservateur des hommes de religion, caractère qui sera renforcé par la suite avec le poids grandissant de l’Arabie saoudite et la « wahhabisation » de l’islam.

Par une interprétation particulièrement réactionnaire des préceptes religieux, par l’exportation, grâce à la manne du pétrole, de milliards de dollars et de dizaines de milliers de prêcheurs à travers le monde, le royaume a imposé à l’échelle internationale sa vision rigoriste, alliant défense de principes rétrogrades, notamment pour les femmes, adhésion à l’économie néolibérale et ancrage dans le camp occidental. Faut-il rappeler l’alliance stratégique entre les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et les groupes islamistes à deux occasions au moins : la lutte contre le nassérisme dans les années 1960 et l’aide aux moudjahidins afghans dans les années 1980 ?

Rodinson en conclut que l’expérience historique comme son analyse « n’encouragent pas à voir, à l’époque actuelle, dans la religion musulmane un facteur de nature à mobiliser les masses pour la construction économique, particulièrement alors que celle-ci se révèle nécessairement révolutionnaire, destructrice de structures établies ».

Alain Gresh