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Archives de Catégorie: THEORIE

Front Uni pour l’ assaut du capitalisme » Affiche soviétique, 1935 et manifeste pour un parti du XXI e siècle

cette affiche date un peu mais la question est toujours d’actualité… Si nous arrivons à empêcher l’effacement définitif du PCF, il faudra que nous confrontions des points de vue, c’est dans cet esprit que je lis et écoute ceux qui aujourd’hui se sont prononcé contre cet effacement et qui ont écrit une véritable base commune, celle qui pose les questions qui permettent le dialogue autour de cette entente essentielle qui fonde la nécessité d’un parti communiste. ici il  s’agit de l’affrontement avec le capital sur les lieux mêmes de l’exploitation.

 

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depuis ce matin, je lis attentivement le texte de jean Jullien sur « la matière disparaît… Le retour.
Je suis d’accord sur la première idée, la « révolution » informationnelle, révolution scientifique et technique, loin d’économiser la révolution sociale par une évolution vers le partage correspond à une aggravation de l’exploitation capitaliste et bien sûr de la baisse tendancielle du taux de profit… Il n’y a donc aucune illusion à avoir à la Bernstein. Mais sur certains aspects c’est un faux procés qui est fait par exemple à Paul Boccara que d’imaginer qu’il le nie en totalité et qu’il ne voit pas que la machine n’est qu’un prolongement de la main et du cerveau.
Je ne partage pas certains aspects de la problématique de paul et de ses disciples, par exemple je ne vois pas comment on peut dans les conditions actuelles espérer une transformation du rôle de la BCE, vu l’absence de point d’appui et de levier pour y arriver. mais il y a une chose qui m’intéresse dans leur démarche c’est au contraire la manière dont ils exigent un affrontement avec le capital et pas seulement avec l’Etat; Si cela signifie négliger la prise du pouvoir d’Etat, c’est faux , si cet affrontement nous recentre sur l’entreprise, nous invite à faire que le PCF ne s’inscrit plus à la marge (ce que dénonce Jean Jullien mais aussi Frederic Boccara) c’est une bonne chose.
danielle Bleitrach
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Publié par le août 12, 2018 dans THEORIE

 

De Pyongyang à Vladivostok

un voyageur à travers le pays « ermite » cherche réellement à le découvrir, attentif à chaque détail, un vrai voyageur pas un idéologue (note et traduction de Danielle Bleitrach)

Mon voyage à travers la frontière secrète de la Corée du Nord avec la Russie

 

La Corée du Nord, où le tourisme est étroitement contrôlé et les visiteurs doivent toujours être accompagnés par deux guides employés par l’État, n’a presque jamais permis aux étrangers de prendre le train de Pyongyang en Russie. Sachant cela, c’est avec un certain enthousiasme que je monte à bord d’un train avec un petit groupe de voyageurs lors d’un matin glacial en mars, au début d’un voyage de plusieurs jours à destination de Vladivostok. Le train qui fait sporadiquement le trajet jusqu’à Moscou n’est qu’un seul wagon. Il est nettement meilleur que les 14 autres voitures auxquelles il est couplé à Pyongyang; Ces éléments de matériel roulant tombent seulement dans la ville de Chongjin, au nord du pays, et n’ont donc pas besoin d’être impressionnants – un rôle qu’ils remplissent avec brio. La voiture internationale solitaire est en revanche marquée « première classe »,

 
« Chaque station le long du chemin est presque identique, avec deux portraits géants de Kim Il Sung et Kim Jong Il accrochés à l’extérieur »

Le paysage enneigé surgit rapidement au-delà des limites de la ville et des villages, remarquablement similaires, ponctuent l’espace depuis le train. Chacune possède des maisons traditionnelles de style bas, partagées par deux familles et disposées en rangées soignées, le tout entouré par un grand mur de village. Les plus grandes agglomérations ont aussi quelques immeubles plats, peints de couleurs vives, mais désormais fanées et écaillées. On peut voir partout des affiches de propagande, des drapeaux rouges dans le sol gelé et d’immenses slogans sur des bannière. Les gens que nous dépassons ont des visages soufflés par le vent, rougis par tous les  jours occupés au travail manuel dans les champs et à faire face aux vents arctiques. L’un d’eux attire mon attention alors qu’il regarde le passage du train, il n’est pas moins étonné de voir un étranger dans ce pays ethniquement homogène. La plupart détournent les yeux immédiatement, même si de temps en temps quelqu’un sourit.

 
 

 

Quitter la grande architecture de Pyongyang, qui  met en valeur les avenues et les espaces publics impeccables pour faire face à la réalité sans faille de la campagne nord-coréenne est une expérience qui donne à réfléchir. Malgré des années de sanctions et un isolement international croissant, Pyongyang semble plus riche en 2018 que je ne l’ai jamais vu en 15 ans de voyages dans le Nord. Il y a suffisamment de voitures sur les routes pour justifier les feux de circulation, un nombre surprenant d’étal  de nourriture, les magasins sont bien approvisionnés et les gens ont l’air mieux habillés et en meilleure santé que jamais. Mais une fois que le train passe devant la zone industrielle autour de la capitale, on est confronté à l’ histoire de pauvreté qui contredit l’image officielle projetée à Pyongyang.

Après une journée à observer le paysage aride mais captivant qui passe devant nous, nous arrivons à Hamhung peu après la tombée de la nuit. C’est la deuxième ville de la Corée du Nord, mais sa gare est éclairée par une seule lampe. Le chef de train permet aux voyageurs de la voiture internationale de circuler uniquement à certains arrêts, et c’est l’un d’entre eux car nous avons un arrêt inhabituellement long de 10 minutes. Il est passionnant d’être dans l’obscurité, où, pour une fois, les habitants – j’imagine – ne regardent pas avec stupéfaction l’étranger qui se tient sur le quai. Dès que je m’éloigne de la faible lumière du wagon, je suis englouti par l’encre noire de la nuit et je m’imagine avec quelle facilité je pouvais simplement me promener dans la ville sans que personne ne le voie. C’est la nature du voyage dans un pays si fermé et si étroitement contrôlé que l’action la plus parfaite du monde – marcher dans une rue latérale, entrer dans un magasin – devient une perspective alléchante car il est essentiellement impossible. Mais au lieu de disparaître dans le noir, je retourne dans le train, au soulagement de mes guides, et nous continuons notre voyage , c’est déjà le lendemain..

 

Il n’y a pas de wagon-restaurant dans le train et les passagers du transport international passent une grande partie de leur temps à acheter les produits disponibles au grand magasin Kwangbok de Pyongyang, préparant des nouilles séchées d’un  côté et des morceaux de fruits de l’autre . L’équipe de bûcherons nord-coréens qui se rendait à Khabarovsk dans le comportiment à côté du mien me propose des kakis glacés, puis, découvrant à cause des propos  d’un autre voyageur que c’est mon anniversaire, ils m’offrent  collectivement un concombre. Les passagers voyageant dans des voitures normales ont une situation moins confortablr. Lorsque nous entrons dans la gare de Kyongsong le lendemain matin, des dizaines de voyageurs sortent du train, décoiffés et sales, et se précipitent vers des tas de neige,

 
 

À la fin du deuxième jour, nous atteignons Chongjin, une ville industrielle et sombre caractérisée par un cercle d’immenses usines qui enfument  l’atmosphère. Ici, notre voiture scellée est découplée du reste du train et attachée à une seule locomotive qui siffle vers Rason, la dernière grande ville de la Corée du Nord avant la frontière russe. Nous arrivons à Rason peu de temps avant la tombée de la nuit et nous restons deux nuits ici. L’unique wagon nous attendra – les infrastructures nord-coréennes sont tellement mauvaises que le train à destination de la Russie quitte Pyongyang 48 heures avant qu’il ne soit nécessaire pour s’assurer qu’il pourra rejoindre le chemin de fer transsibérien à temps, et les coupures de courant sont fréquentes. Alors que les bûcherons restent à bord du wagon, mon groupe et moi partons passer deux nuits en ville, qui fait partie d’une zone économique spéciale nord-coréenne.

 

Deux jours plus tard, nous rejoignons à nouveau le train pour atteindre la zone frontalière de Tumangang, qui semble être  la fin de la terre. Sa rue en terre battue est bordée de bâtiments en décomposition – seule la gare est dans un état décent – et le seul trafic est constitué de soldats à pied et d’agriculteurs conduisant des bœufs dans les champs. Les contrôles aux frontières sont longs et hostiles. Un ingénieur ferroviaire russe qui travaille en Corée du Nord depuis trois ans semble amusé de voir une entreprise franchir la frontière. En effet, il s’agit peut-être de la frontière ouverte la moins utilisée au monde, et le sentiment d’excitation se fait de plus en plus ressentir parmi les rares individus qui s’apprêtent  à la traverser.

 

Le train se dirige enfin vers l’avant; rampant doucement   vers le pont fortement sécurisé qui traverse la large rivière Tuman. Les soldats surveillent la piste, tandis que d’autres cherchent un passager clandestin dans le train du train. La rivière Tuman silencieuse, glacée et grise, glisse sous nous alors que le train se déplace en Russie, et après le visage renfrogné d’innombrables soldats et officiels nord-coréens, c’est une grande source de bonheur la gare dans la petite ville frontalière de Khasan. Ils avaient l’air intrigués de voir des étrangers traverser la rivière. « Pouvons-nous vous attendre beaucoup plus à l’avenir, alors? », Demande l’agent des douanes. C’est peut-être un espoir.

Texte et image: Tom Masters

Tom a voyagé avec Koryo Tours . Vous pouvez suivre ses aventures de voyage sur  Instagram . 

 

 
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Publié par le août 11, 2018 dans Asie, civilisation

 

ENTRE « MODÈLE ANGLO-SAXON » ET « MODÈLE RÉPUBLICAIN ». DEUX CONCEPTIONS DE L’ANTIRACISME ?

Par Amar Bellal, membre du Conseil national du PCF.

texte paru dans l’Humanité du 16/06/17

Pour télécharger le texte en PDF, cliquez ici

C’est un fait, déplorable sans doute : la lutte contre le racisme est traversée par de profondes divisions. Elle rassemble de multiples acteurs qui ont su mener des luttes communes pendant des années, allant du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) à la Ligue des droits de l’homme (Ldh), et même des fédérations d’associations plus récentes, comme le Conseil représentatif des associations noires (Cran). Depuis quelques années s’y est ajouté un mouvement qui prétend lutter contre le racisme mais qui déconcerte une bonne partie des acteurs « historiques » de ce combat. Il se caractérise par une forte affirmation – voire ce qu’on peut appeler une assignation – d’une identité de Noir, de musulman, et par le recours à des néologismes largement utilisés comme « racisé » ou « islamophobie » et à des expressions clés, relayées par le Parti des indigènes de la République (PIR) en tête, comme « racisme d’État », « racisme républicain », qui relèvent d’une laïcité perçue avant tout comme un instrument de discrimination.

Le discours de ce mouvement déconcerte jusqu’à celles et ceux qu’il prétend défendre. En effet, nombreux sont ceux qui, pointés comme « racisés », contestent sa grille d’analyse. Notons que, en réponse, ils se voient souvent qualifiés de traîtres, soupçonnés de complaisance vis-à-vis du racisme, et même d’en avoir intériorisé le discours et les codes par une sorte de syndrome de Stockolm. Difficile de qualifier de racistes anti-Arabes ou anti-Noirs des personnes se prénommant Mohamed ou Amadou : alors on dit qu’ils sont islamophobes, qu’ils font le jeu des « Blancs », qu’ils renient leurs origines. Au fond, l’existence même de ces points de vue divergents, et qui fait désordre, invalide la prétention du mouvement à parler au nom de l’ensemble de ces mêmes « racisés », d’où cette violence verbale.

Non, il y a des Fatou et des Amadou qui ne considèrent pas pertinent ni efficace d’ancrer la lutte contre le racisme dans des notion telles que racisme d’État ou les catégorisations systématiques Noirs/Blancs, d’invoquer la mémoire de l’esclavage pour tout expliquer, de même qu’il y a des Samia et des Ahmed qui ne considèrent pas que l’ islamophobie est un concept pertinent pour lutter contre le racisme anti-Arabes, par exemple. Ils connaissent l’histoire coloniale, la réalité de l’esclavage comme crime contre l’humanité, ils subissent le racisme, mais restent plus proches de la vision des acteurs « historiques », qu’ils jugent plus universelle, moins enfermante et plus compatible avec les outils collectifs que se donne la République pour lutter contre ce fléau. Ces outils sont les principes de laïcité – protection et garantie de la neutralité de l’État –, le service public que l’on veut présent partout dans le territoire et s’adressant à tout le monde, atout pour l’égalité, les valeurs de 1789 des droits de l’Homme, et aussi, pour une grande partie de la gauche, une culture marxiste qui privilégie une logique de classe.

À travers cette opposition, deux modèles de société s’affrontent. D’un côté le modèle anglo-saxon, où les communautés sont reconnues, où l’identité liée aux origines ou liée à une croyance prend le pas sur tout le reste, ce qui contribue d’ailleurs à la division du monde du travail avec une lecture ethnique qui sature le débat public : l’exemple des États-Unis est le plus emblématique. De l’autre, le modèle républicain, où les communautés ne sont pas reconnues, ou l’égalitarisme entre tous les citoyens reste la règle, même s’il faut reconnaître que ce modèle est largement battu en brèche, par la casse des services publics, notamment celui de l’éducation. Mais il est encore debout, et il sert encore de repère, même perverti par ceux qui s’en réclament, de Valls à Fillon, en passant par Le Pen.

On comprend dès lors que les médias anglo-saxons, lorsque des polémiques éclatent dans notre pays débordant nos frontières, prennent régulièrement le parti des milieux religieux français, demandeurs d’un changement de législation face à une laïcité qu’ils jugent écrasante. Le CCIF Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) s’est fait d’ailleurs une spécialité de traîner l’État français devant les instances de l’ONU afin de le faire condamner pour pratiques discriminatoires vis-à-vis des musulmans. Bien sûr, du côté de la religion chrétienne, l’équivalent existe aussi. Mais concernant les chrétiens, bien que les mouvements intégristes soient toujours actifs, les limites sont bien établies après des décennies de luttes anticléricales très dures menées surtout par la gauche (début du siècle dernier) pour gagner une pleine neutralité de l’État à l’égard du pouvoir religieux, fort à l’époque. Pour le dire vite, les deux camps se connaissent très bien, et la ligne de front s’est stabilisée, largement en faveur du camp laïque.

Ce n’est pas le cas pour les musulmans. En effet, face à des retards bien réels, comme le manque de lieux de culte par exemple, problème dont il faut sérieusement s’occuper pour garantir la pratique de millions de fidèles dans des conditions dignes, émerge une tentative de la part de certains de surfer sur la désespérance de beaucoup de jeunes victimes du racisme et d’injustice pour les instrumentaliser en leur désignant le modèle républicain et ses institutions comme responsable, et ainsi les amener à mettre en cause la laïcité à la française. La démarche s’inscrit dans un agenda politique plus large, ce dont ne se cache pas une personnalité comme Tarik Ramadan, régulièrement invité à discourir en France… et très proche des Frères musulmans, tête de pont de l’islamisme dans le monde.

Entendons nous bien, l’objectif n’est pas tant d’imposer la charia en France, car c’est impossible, mais plutôt de faire reconnaître des droits spécifiques, avec une place plus accrue de la religion dans le débat politique et un encouragement à l’enfermement identitaire, ce qui est de nature à faire éclater notre modèle républicain. Et les milieux intégristes catholiques, avec leurs réseaux, peuvent y trouver des convergences dans leurs revendications, en dépit de leur discours contre l’islam.

Voilà deux manifestations de l’extrême droite qui n’ont rien à voir avec les millions de musulmans et de chrétiens qui veulent vivre leur foi en paix et dans le respect du cadre républicain, deux manifestations qu’il convient donc de combattre. La gauche, et le PCF en particulier, par son passé anticolonialiste et les nombreuses batailles menées contre le racisme en France et à l’international, a une légitimé et un grand rôle à jouer dans ce combat.

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III – « La matière disparaît » : …le retour par Jean jullien

L’article de notre camarade Amar Bellal ouvrant le débat pour le Congrès du PCF a provoqué un grand intérêt partout mais en particulier dans ce blog, notre ami Pym, prof de chimie à l’université de Kazan m’envoie cette contribution théorique sur la production matérielle .  qui est l »oeuvre de jean Jullien, dont je publie souvent les textes sur la Chine.  Extrait de « contrairement à une idée répandue le soleil brille aussi la nuit ». http://editions-proletariennes.fr/…/contrairement.pdf. De nombreux scientifiques de haut niveau, je pense en particulier à cet ami américain qui est une sommité en matière nucléaire et qui est prêt à travailler avec le parti sur ces questions, sont prêts pour  cette réflexion politique et scientifique loin des lieux communs . Il y a aujourd’hui à la fois la possibilité de renouer avec la base du parti et ses chercheurs les plus qualifiés, si le parti retrouve ses fondamentaux. Une manière essentielle de refuser l’effacement du parti pour le prochain congrès. (note de danielle Bleitrach)

Pour mémoire l’article d’Amar bellal : https://histoireetsociete.wordpress.com/2018/08/08/pour-une-veritable-culture-industrielle-rompre-avec-linfantilisme-technologique-2/

https://histoireetsociete.wordpress.com/2018/08/08/pour-une-veritable-culture-industrielle-rompre-avec-linfantilisme-technologique-2/

En 1908, dans « matérialisme et empiriocriticisme », Lénine critiquait l’idéalisme des néo positivistes de son époque, dissimulé derrière « la matière disparaît ».

«  « La matière disparaît », cela veut dire que disparaît la limite jusqu’à laquelle nous connaissions la matière, et que notre connaissance s’approfondit; les propriétés de la matière qui nous paraissaient auparavant absolues, immuables, primordiales (impénétrabilité, inertie, masse, etc.) disparaissent, reconnues maintenant relatives, inhérentes seulement à certains états de la matière. Car l‘unique « propriété » de la matière, que reconnaît le matérialisme philosophique, est celle d’être une réalité objective, d’exister hors de notre conscience. »

[…]

Il n’y a d’immuable, d’après Engels, que ceci : dans la conscience humaine (quand elle existe) se reflète le monde extérieur qui existe et se développe en dehors d’elle.

Aucune autre « immuabilité », aucune autre « essence », aucune « substance absolue », au sens où l’entend la philosophie oiseuse des professeurs, n’existe pour Marx et Engels.

L’« essence » des choses ou la « substance » sont aussi relatives ; elles n’expriment que la connaissance humaine sans cesse approfondie des objets, et si, hier encore cette connaissance n’allait pas au delà de l’atome et ne dépasse pas aujourd’hui l’électron ou l’éther, le matérialisme dialectique insiste sur le caractère transitoire, relatif, approximatif de tous ces jalons de la connaissance de la nature par la science humaine qui va en progressant.

L’électron est aussi inépuisable que l’atome, la nature est infinie, mais elle existe infiniment ; et cette seule reconnaissance catégorique et absolue de son existence hors de la conscience et des sensations de l’homme, distingue le matérialisme dialectique de l’agnosticisme relativiste et de l’idéalisme ».[1]

 

Aujourd’hui plus aucun physicien n’ose reprendre les naïvetés des néo positivistes mais chassées par la porte elles reviennent par la fenêtre. L’école de Copenhague niait que la matière et ses lois fussent indépendantes de la conscience.

«Il n’y a pas d’univers quantique. Il n’y a qu’une description mécanique quantique abstraite. C’est une erreur de croire que la tâche de la physique est de découvrir comment est la nature. La physique concerne ce que nous pouvons dire de la nature.» [Niels Bohr (cité par Manjit Kumar in Le grand roman de la physique quantique. Ed. Flammarion 2008].

 

Einstein critiquait ainsi cette attitude courante à l’époque chez les physiciens quantiques :

« A la source de ma conception, il y a une thèse que rejettent la plupart des physiciens actuels (école de Copenhague) et qui s’énonce ainsi : il y a quelque chose comme l’état « réel » du système, quelque chose qui existe objectivement, indépendamment de toute observation ou mesure, et que l’on peut décrire, en principe, avec des procédés d’expression de la physique. » dans « Remarques préliminaires sur les concepts fondamentaux ».

 

Dans Physique et matérialisme, Bitsakis relève que l’école positiviste nie toute réalité matérielle en dehors des conditions de l’expérience :

Heisenberg écrivait ainsi dans « Physique et philosophie » : « Les atomes, ou les particules élémentaires elles-mêmes, ne sont pas réels ; ils constituent un monde de potentialités ou de possibilités plutôt qu’un monde de choses ou de faits. » Heisenberg découvre ici un germe de dialectique mais, en même temps et surtout, il s’efforce de justifier une négation de la dialectique objective, quand il parle de la possibilité d’une réalité et, encore plus, quand il rejette toute idée d’une réalité objective. (…) La dichotomie introduite par Heisenberg est conforme à la contradiction formelle entre le potentiel et le réel. (…) Heisenberg a développé systématiquement des conceptions idéalistes et platoniciennes, et ses idées ont eu une grande influence sur ses contemporains. Parlant des conséquences extrêmes de ces idées, A. Landé a dit : « Il n’est pas étonnant que Sir James Jeans, après avoir étudié Bohr et Heisenberg, soit arrivé à la conclusion triomphale que la matière consiste en ondes de connaissance, ou en absence de connaissance dans notre esprit. » (…) La pensée mécaniste sépare l’objet des conditions de son existence. La pensée positiviste (mécaniste d’un point de vue diamétralement opposé) prend la position inverse, quand elle affirme que « l’objet n’existe pas avant l’interaction avec l’instrument » et que « la réalité est création de nos moyens d’observation ». Mais la pensée positiviste contient dans ce cas un germe de vérité. En réalité, l’objet n’a pas d’existence en dehors de conditions concrètes, en dehors de son milieu et de ses relations concrètes avec ce milieu. De ce point de vue, l’instrument d’observation « crée » la particule. Mais il ne la crée pas du néant, il la transforme, et d’un être initial donné, dans des conditions concrètes, il crée divers êtres, selon la nature de la particule initiale et les conditions de l’expérience. Les interactions de la particule avec le milieu, ou avec l’appareil de la mesure, transforment certains de ses éléments de réalité en des éléments différents. Ainsi la particule passe d’un état à un autre, ou se transforme en autre chose. Ce dynamisme interne de la matière a été considéré comme une preuve de non existence !

 

L’idéalisme moderne nie l’existence de la matière en la remplaçant ici par ses relations interdépendantes, ailleurs par des multimondes, ou par des informations.

Ces théories sont niées par les faits. Quelle que soit la forme que prend la matière – y compris ondulatoire à l’échelle subatomique – elle ne cesse jamais d’exister. On peut opposer la lumière et la matière en considérant que la première n’a pas de masse et possède une caractéristique ondulatoire. Pour autant, et au même titre que le vide ou les quatre interactions fondamentales de la physique, la lumière est partie constitutive de la matière, par opposition aux concepts et aux idées. La matière réelle existe hors de notre conscience, qui en émerge et ne la crée pas. En retour, le concept abstrait de la matière – à la différence des matières déterminées existantes – est un produit de la conscience.

 

Inversement le matérialisme-dialectique affirme que la matière existe indépendamment de la pensée, tandis que la pensée naît de la matière. La pensée est le produit et le reflet de la matière et de la société, et non l’inverse.

Notre matérialisme est scientifique, il part du principe que le monde et ses lois sont parfaitement connaissables, s’ils sont vérifiés par l’expérience, par la pratique. Les lois ainsi définies sont des vérités objectives, jusqu’à ce que d’autres définitions plus justes les remplacent.

Contrairement à l’idéalisme qui considère le monde comme l’incarnation de « l’idée absolue », de l’ « esprit universel », de la « conscience », le matérialisme philosophique de Marx part de ce principe que le monde, de par sa nature, est matériel, que les multiples phénomènes de l’univers sont les différents aspects de la matière en mouvement ; que les relations et le conditionnement réciproque des phénomènes, établis par la méthode dialectique, constituent les lois nécessaires du développement de la matière en mouvement ; que le monde se développe suivant les lois du mouvement de la matière, et n’a besoin d’aucun « esprit universel ». [Staline : Matérialisme dialectique et matérialisme historique]

 

 

 

Le théorème du soufflé au fromage

 

Dans « Le Cosmos et le Lotus », l’astrophysicien « réaliste » Trinh Xuan Thuan  écrit :

 

La vacuité : l’absence d’une réalité intrinsèque

 

La notion d’interdépendance nous amène directement à l’idée bouddhiste de la vacuité, qui ne signifie pas néant, (je l’ai dit, c’est par méconnaissance que le bouddhisme a souvent été accusé à tort de nihilisme), mais « absence d’existence propre». Parce que tout est interdépendant, rien n’existe en soi, ni ne peut être sa propre cause. L’idée d’une réalité autonome n’est pas valide.

De nouveau, la mécanique quantique tient des propos étonnamment similaires. Selon Bohr et Heisenberg, nous ne pouvons plus parler d’atomes ou d’électrons en termes d’entités réelles possédant des propriétés bien définies, telles que la vitesse ou la position. Nous devons les considérer comme formant un monde non plus de choses et de faits, mais de potentialités. Pour reprendre l’exemple de la lumière et de la matière, leur nature devient un jeu de relations interdépendantes. Elle n’est plus intrinsèque, mais change par l’interaction entre l’observateur et l’objet observé. La lumière comme la matière n’ont pas d’existence intrinsèque parce qu’elles peuvent apparaître soit comme des particules, soit comme des ondes, selon que l’appareil de mesure est activé ou pas. Leur nature n’est plus unique mais duelle. Ces deux aspects sont complémentaires et indissociables l’un de l’autre. C’est ce que Bohr a appelé le « principe de complémentarité ».

L’observation modifie la réalité du monde atomique et subatomique et en crée une nouvelle. Parler d’une réalité « objective » pour un électron, d’une réalité qui existe sans qu’on l’observe, a peu de sens puisqu’on ne peut jamais l’appréhender. Toute tentative visant à saisir une réalité intrinsèque se solde par un échec cuisant. Celle-ci est irrémédiablement modifiée et se transforme en une fatalité « subjective » qui dépend de l’observateur et de son instrument de mesure. La réalité du monde subatomique n’a de sens qu’en présence d’un observateur. Nous ne sommes plus des spectateurs passifs devant le drame majestueux du monde des atomes, notre présence en change le cours. Bohr parlait de l’impossibilité d’aller au-delà des faits et résultats des expériences et mesures : « Notre description de la nature n’a pas pour but de révéler l’essence réelle des phénomènes, mais simplement de découvrir autant que possible les relations entre les nombreux aspects de notre existence[2] ». La mécanique quantique relativise radicalement la notion d’objet en la subordonnant à celle de mesure, c’est-à-dire à celle d’événement. De plus, le flou quantique impose une limite fondamentale à la précision des mesures. Heisenberg a démontré qu’il existera toujours une incertitude soit dans la position, soit dans la vitesse d’une particule. La mécanique quantique a fait perdre à la matière sa substance. Par là, elle rejoint la notion de vacuité bouddhiste.

 

 

On remarquera l’affirmation directement inspirée de la philosophie positiviste de l’inexistence de la matière, qui n’a pas d’existence intrinsèque puisque sa dualité n’apparaît qu’avec l’interaction entre l’observateur et l’objet observé… Toute tentative visant à saisir une réalité intrinsèque se solde par un échec cuisant… La réalité du monde subatomique n’a de sens qu’en présence d’un observateur…etc.

S’agissant de vacuité, on mesurera davantage celle de la démonstration en citant le fameux théorème du soufflé au fromage :

Faisons cette expérience de pensée suivant laquelle la vitre du four a été lavée à la vitesse de la lumière et à une époque indéterminée. Il en résulte qu’il est impossible d’observer la cuisson du soufflé au fromage à l’intérieur, à moins d’ouvrir la porte du four.

Or il s’avère que « Toute tentative visant à saisir une réalité intrinsèque se solde par un échec cuisant. Celle-ci est irrémédiablement modifiée » et le soufflé subit un effondrement gravitationnel.

Une seule ressource subsiste alors : balancer le soufflé à la poubelle et annoncer aux invités qu’il n’a « pas d’existence intrinsèque ».

 

Que l’appareil de mesure fasse apparaître tel ou tel aspect contradictoire de la matière nous renseigne sur sa nature dialectique, corpusculaire ou ondulatoire par exemple, et non sur son existence intrinsèque, sans laquelle il n’y aurait ni mesure ni apparition d’aucune sorte pour le physicien, lequel ne serait pas là non plus pour spéculer sur l’existence intrinsèque de la matière.

« A l’heure actuelle beaucoup de chercheurs subissent encore, parfois à leur insu, l’influence de la doctrine positiviste. (…) Elle tend à atténuer sinon à supprimer la notion de réalité physique objective indépendante de nos observations. » [Louis De Broglie dans « Sur les sentiers de la science »]

 

La révolution informationnelle et la matière

 

Le développement de la transformation matérielle par des outils numériques, de la représentation numérisée des processus, multiplie notre capacité d’abstraction et d’action, mais il nous détache en même temps de la réalité, donnant l’illusion que l’action virtuelle accomplit la transformation matérielle.

 

Les délires d’Elon Musk sur l’inexistence de la terre et sa simulation informatique trahissent plutôt l’existence cloîtrée d’un geek. Mais les divagations idéalistes ont d’autres implications.

Certains économistes ont déduit de l’introduction du numérique la fin de la lutte de classe et une série de théories sur « une société future de partage » (Paul Boccara) qui ne nécessiterait pas une révolution socialiste mais se déroulerait en douceur à travers une « révolution informationnelle »

« L’atelier sur la révolution informationnelle se situe dans le cadre du colloque « alternatives, émancipation et communisme ». Cependant, selon moi il n’y a pas un « a priori » de société communiste, de façon sectaire, mais des enjeux de civilisation nouvelle de nos jours pour toute la société. Et peut-être, alors, y a-t-il un « a posteriori » de l’analyse des potentiels de partage, de mise en commun jusqu’à chacun, et donc des caractéristiques d’un communisme de liberté pour chacun de cette civilisation qui deviendrait possible, face aux conditions nouvelles de l’humanité, vers laquelle on pourrait avancer avec des transformations démocratiques radicales » . (P. Boccara)

 

« Le Capitalisme a changé de base, il n’est plus le capitalisme de la révolution industrielle mais un capitalisme informationnel aux prises avec les contradictions engendrées par les usages marchands, élitistes, du travail de l’information » (J.Lojkine).

 

Le vecteur de cette « révolution » serait l’information elle-même à cause de sa nature non-marchande.

 « Mais une information, vous la donnez et vous la gardez encore. Elle peut être partagée indéfiniment, jusqu’à l’échelle de toute l’humanité. Ce serait une des bases d’une société future possible de partage, que l’on pourrait aussi appeler société communiste de liberté de chacun » (P.Boccara)

 

Cette révolution informationnelle avait aussi été définie depuis 1982 par des intellectuels sociaux-démocrates dans le cadre du groupe des dix et Transversales[3].

L’e-commerce a ruiné ces thèses accordant à l’information un caractère fétichiste, qu’on retrouve dans certaines philosophies des sciences.

Le rêve du « partage des informations » s’est traduit financièrement par les trafics gigantesques et frauduleux des chambres de compensation et les transferts de capitaux à très grande vitesse.

Le « partage » dans le système capitaliste n’est en rien un progrès vers le communisme, mais relève encore d’un reliquat du troc tel que le défendent certaines thèses décroissantes : je t’échange mon aquarelle texturée de sable et de pâte à modeler contre tes picodons et ton gilet en poils de chèvre. Dépourvues de valeur d’échange[4], ces marchandises qui n’en sont pas restent à la marge du marché capitaliste, ou ne peuvent se développer que sous forme de marchandises réelles mais dans le process social de production capitaliste.

Mais surtout, la numérisation a des implications dans la productivité et la simplification du travail, aboutissant à une exploitation accrue dans ce mode de production.

 

La révolution sans le prolétariat

 

Quelques rapprochements au prix d’une petite digression permettront de mieux comprendre la nature idéaliste de ce genre de révolution.

L’illusion de passer de transformer la société par le biais de la science ou de la technologie, se retrouve aussi chez des non communistes, comme Le Corbusier ou Monod.

Nous avons déjà signalé le chapitre dans Le congrès Solvay et la lutte idéologique la position pour le moins ambigüe de l’architecte et urbaniste Le Corbusier : « Architecture ou révolution. On peut éviter la révolution ». [Vers une architecture – 1925]

Revenons  de façon plus détaillée sur l’argument résumé dans l’introduction de ce chapitre :

 

« ARCHITECTURE OU RÉVOLUTION

Dans tous les domaines de l’industrie, on a posé des problèmes nouveaux, créé un outillage capable de les résoudre. Si l’on place ce fait en face du passé, il y a révolution.

Dans le bâtiment, on a commencé à usiner la pièce de série; on a, sur de nouvelles nécessités économiques, créé des éléments de détail et des éléments d’ensemble : des réalisations concluantes sont faites dans le détail et dans l’ensemble. Si l’on se place en face du passé, il y a révolution dans les méthodes et dans l’ampleur des entreprises.

Alors que l’histoire de l’architecture évolue lentement à travers les siècles, sur des modalités de structure et de décor, en cinquante ans, le fer et le ciment ont apporté des acquisitions qui sont l’indice d’une grande puissance de construction et l’indice d’une architecture au code bouleversé. Si l’on se place en face du passé, on mesure que les « styles » n’existent plus pour nous, qu’un style d’époque s’est élaboré; il y a eu révolution.

 

Les esprits ont consciemment ou inconsciemment pris connaissance de ces événements; des besoins sont nés, consciemment ou inconsciemment.

Le rouage social, profondément perturbé, oscille entre une amélioration d’importance historique ou une catastrophe.

L’instinct primordial de tout être vivant est de s’assurer un gîte. Les diverses classes actives de la société n’ont plus de gîte convenable, ni l’ouvrier, ni l’intellectuel. C’est une question de bâtiment qui est à la clé de l’équilibre rompu aujourd’hui : architecture ou révolution. »

 

Le Corbusier avait une forte influence dans l’architecture soviétique et le mouvement constructiviste jusqu’en 1931, où le style néo classique prit le dessus.

A sa mort en 1965, la Pravda écrivit : « L’architecture moderne a perdu son plus grand maître ».

Dans Le Corbusier et la mystique de l’URSS: théories et projets pour Moscou, 1928-1938, Jean-Louis Cohen raconte les voyages de Le Corbusier en URSS et cite ses commentaires sur les réalisations soviétiques lors de ses visites, notamment  sur le programme des clubs ouvriers instaurés depuis le début des années vingt, pour réaliser la « révolution culturelle » :

« J’ai visité les entrepôts du Centrosojuz, fourmilière où tout le monde travaille. Dans les vestibules des affiches intéressantes pour leur multiple imagerie. Lutte contre l’alcool, lutte contre l’église = ignorance et capital. Est affiché chaque semaine le « journal de l’Institut de la firme » (…) tapé à la machine, aquarelle, exposés de thèses, propositions aux chefs, les discussions des mesures à prendre… La conséquence de la journée finissant à 3 h c’est la fondation des clubs. Les clubs commencent le principe des écoles du soir complémentaires… Il n’y a pas de café à Moscou. Impossible d’aller boire un verre. Le monde ne rigole pas. Chez eux ils ont l’air de savoir s’arranger. Et dans les clubs la grande idée… 1 club = salle de cinéma, théâtre (la scène ouvre dedans et en plein jour), culture physique… »

 

Mais l’enthousiasme un peu paternaliste de Le Corbusier n’en fait pas pour autant un révolutionnaire communiste. Jean-Louis Cohen cite David Arkin.

« Arkin décrit les multiples registres de l’activité de Le Corbusier et rapporte les positions théoriques de Vers une architecture sur l’ « esthétique de l’ingénieur », mais il ne fait pas mystère de ses réserves sur le volet politique de ses convictions lorsqu’il évoque l’impossibilité de réaliser les idées contenues dans Urbanisme dans un pays où la propriété privée du sol est la règle. Le Corbusier a-t-il à ce sujet des réponses aussi révolutionnaires qu’à propos de l’esthétique ? Sa pensée critique, aigüe et originale, s’arrête au seuil des conclusions décisives. Et le Corbusier pose la question à l’envers : il incline à donner à l’architecture elle-même le rôle de facteur révolutionnaire, il attend d’elle une « révolution dans le mode de vie » qui rendrait superflue la révolution sociale ! A ce point, l’audacieux profanateur des idoles esthétiques de la société bourgeoise s’enferme dans l’impasse de la phrase esthétique. »

Il ajoute :

« Arkin reste relativement modéré dans ses réserves, alors que l’analyse du livre faite par N. Ljamin dans Architektura SSSR  juge Le Corbusier beaucoup plus proche de la réaction fasciste qu’il ne le laisse entendre lorsqu’il combat les « académistes », et relève à propos des remarques aigres qu’il fait sur l’épisode soviétique, le « refus conscient » qui serait le sien de comprendre les « gigantesques tâches créatrices» de l’architecture soviétique ».

 

De son côté, le biologiste Jacques Monod fondait les progrès de l’humanité sur la science, mais indépendamment des rapports sociaux de production et de la lutte des classes. Evidemment il proscrit absolument la révolution prolétarienne :

« Les sociétés modernes sont construites sur la science. Elles lui doivent leur richesse, leur puissance et la certitude que des richesses et des pouvoirs bien plus grands encore seront demain, s’il le veut, accessibles à l’Homme …Une fois pour toutes, il faut renoncer à cette illusion qui n’est que puérile lorsqu’elle n’est pas mortelle. Comment un socialisme authentique pourrait-il jamais être construit sur une idéologie inauthentique par essence, dérision de la science sur quoi elle prétend, sincèrement dans l’esprit de ses adeptes, s’appuyer ? Le seul espoir du socialisme n’est pas dans une « révision » de l’idéologie qui le domine depuis plus d’un siècle, mais dans l’abandon total de cette idéologie.

Où donc alors retrouver la source de vérité et l’inspiration morale d’un humanisme socialiste réellement scientifique sinon aux sources de la science elle-même, dans l’éthique qui fonde la connaissance en faisant d’elle , par libre choix, la valeur suprême, mesure et garant de toute les autres valeurs ? Ethique qui fonde la responsabilité morale sur la liberté même de ce choix axiomatique. Acceptée comme base des institutions sociales et politiques, donc comme mesure de leur authenticité, de leur valeur, seule l’éthique de la connaissance pourrait conduire au socialisme » p185 et 194.

 

Sous une autre forme, Bernard Friot noie lui-aussi le poisson de la classe révolutionnaire dans le « salariat »…du manœuvre au directeur :

« Salariat » me semble donc le terme adéquat, meilleur que « classe ouvrière ». Est-ce que celle-ci a disparu ? Oui, si l’on considère les syndicats et les partis qui l’ont organisée et qui aujourd’hui ne sont plus révolutionnaires. Il n’empêche que c’est à partir des institutions du salaire qu’elle a créées que le salariat se constitue aujourd’hui dans la lutte de classes. » [Entretien avec Bernard Friot « Une autre pratique de la valeur économique »]

 

Le caractère révolutionnaire de la classe ouvrière dépend d’abord de sa position dans les rapports de production qui définit en soi. Sa conscience de classe pour soi ne disparaît pas en vertu de la direction révisionniste du PCF ; c’est son caractère d’avant-garde pour l’ensemble de la société qui est dissimulé. Mais ceci ne justifie pas que le concept de salariat s’impose et encore moins que la classe ouvrière ait disparu.  Toutes ces thèses ont fait long feu. Comme on peut le constater, chacun tire la couverture à soi dans une sorte de corporatisme ou de messianisme d’élite qui ferait sourire si on les mettait ensemble. Il ne manque plus que les économistes atterrés, les décroissants, et autres insoumis, pour renverser la table du capitalisme chacun à sa façon. Mais on observera que les uns et les autres ont pour point commun de rejeter le rôle révolutionnaire dirigeant de la classe ouvrière.

 

Il en est de même pour le très modeste apôtre de la « révolution tranquille » Pierre Rabhi :

 « Nous, croyons profondément qu’un changement de société adviendra par le changement des individus.  C’est  la  raison  pour  laquelle  nous  n’aurons  recours au vieux réflexe du bouc émissaire, vieux comme le monde, qui nous dédouanerait de notre propre responsabilité.

Le poing levé et les barricades ne garantissent pas des tyrannies qui, trop souvent, ont fleuri sur le terreau des révoltes, comme l’histoire nous l’a jusqu’à aujourd’hui abondamment démontré. Certaines dictatures parmi les plus féroces ont pris prétexte, pour s’installer, d’une révolte tout à fait légitime contre l’oppression. Malheureusement les opprimés sont des oppresseurs en devenir, et il en sera toujours ainsi tant que chaque individu n’aura pas éradiqué en lui-même les germes de l’oppression.

Nous espérons que tous nos efforts serviront de révélateur aux énergies créatives diffuses sur tout le territoire national et ailleurs, dont la fédération mettra en évidence l’ampleur, mais aussi la puissance. Nous espérons que celles-ci inspireront à la gouvernance politique des options et des décisions qui prennent en compte cette énergie omniprésente et latente, pour orienter le navire-monde vers la bonne étoile… » [août 2011 – éloge du génie créateur de la société civile – p 40]

 

Toutes ces positions aboutissent à des solutions réformistes parce qu’elles considèrent la société de façon idéaliste, une société irréelle, vidée de la réalité de la lutte des classes entre le prolétariat et la bourgeoisie. Et d’autre part elles ignorent la réalité de la classe ouvrière pour soi [5], sa caractéristique inédite dans l’histoire de n’être pas propriétaire des moyens sociaux de production et de ne pouvoir s’en rendre maître que collectivement, en renonçant à tout autre mode de propriété.

 

Réalités industrielles de la « révolution informationnelle »

 

L’automatisation et l’informatisation vont du simple vers le complexe dans toutes leurs applications.[6]
Il ne s’agit pas d’intelligence artificielle, y compris sous la forme auto adaptative,  mais de l’application de scénarios prédéterminés à des variables de commande ou à des conditions environnantes, afin d’obtenir la réponse souhaitée. Ce sont fondamentalement des recettes paramétrables. La somme et la combinaison de dizaines d’automatismes dans un process industriel, somme qui peut être multipliée par la mise en parallèle de plusieurs chaînes de production, confère à tout l’ensemble une grande complexité.

Cela aboutit à un changement qualitatif, au miracle apparent d’une immense machine obéissant au doigt et à l’œil, dans un laps de temps très réduit, avec précision et reproductibilité.
Mais en même temps la conduite du procédé suit le chemin inverse pour remplacer la grande variété de techniques et de matériels par une interface simple et standardisée, dont l’apprentissage est plus rapide. Standardisation et simplification des matériel, gain d’espace, de mise en œuvre, diminution des pannes et du stock de pièces détachées.

La suppression de pièces en mouvement entraine la réduction drastique des effectifs mécanos. La maintenance est simplifiée moyennant une formation sommaire des électriciens aux automates programmables, la programmation étant réservée aux informaticiens industriels, lesquels interviennent ponctuellement et sont externalisés. Les qualifications des électroniciens ne sont plus utiles, puis celles des régleurs avec des régulations « auto-adaptatives » et la simplification de réglage des capteurs de mesure.

Certaines compétences d’ingénierie restent indispensables notamment au moment de la conception et de la mise en œuvre, mais lorsque l’installation est rôdée elles ne sont plus nécessaires.

Les tâches des ouvriers paraissent allégées à production égale, mais de fait une même dépense d’énergie physique et intellectuelle produit davantage de valeur ajoutée ; puis leurs effectifs diminuent. Ce sont d’ailleurs leurs postes de travail – là où est créée la plus value – qui sont prioritairement réduits.

L’automatisation ne se traduit donc pas par un travail moins pénible mais par des licenciements, et la redistribution des tâches entre ceux qui restent, soit une augmentation de la productivité et une charge de travail individuelle plus élevée qu’avant, à savoir la conduite simultanée de plusieurs machines et l’ajout de tâches annexes (contrôle, prélèvement, compte-rendu, suivi d’incidents, Assurance Qualité, approvisionnement, entretien et nettoyage, dépannage de première intervention, etc.). Les ouvriers sont moins nombreux mais leur poids dans la production sociale est plus lourd qu’avant.

Une partie des savoir-faire spécifiques à l’entreprise et liés à l’utilisation d’une grande variété de matériels et de technologies devenus caducs disparaissent avec eux. Précisons quand même que les vues synoptiques, les courbes d’enregistrement des salles de contrôle, ne sont pas le process proprement dit mais sa représentation ou une extension déportée des actionneurs électriques, mécaniques, hydrauliques ou pneumatiques, qui agissent directement sur lui. De ce point de vue la numérisation donne l’illusion de l’immatérialité.

Les opérations les plus courantes peuvent être exprimées en modes opératoires, ce qui permet la sous-traitance d’une grande partie de la maintenance soit par une entreprise extérieure, soit par du personnel « au forfait » et l’introduction d’un volant d’intérimaires en fabrication. Il vient que la maintenance sous-traitée devient alors productrice de plus-value, le donneur d’ordre en récupère même une partie par le biais du paiement différé et de la concurrence sur les devis, voire directement par la régie déguisée.

 

L’aliénation des connaissances de l’homme à la machine s’effectuant souvent dans le contexte de licenciements, pour ceux qui restent la charge de travail s’accroît à salaire constant.

L’introduction du numérique n’entre pas en conflit avec les « usages marchands » du capitalisme comme l’affirmait Lojkine mais accentue la contradiction Capital Travail.

 

Dans cette transformation des modes de travail le savoir-faire ouvrier intégré auparavant dans son travail vivant disparaît, remplacé par l’algorithme intégré à la machine, qui relève du travail mort et ne crée pas de plus-value, suivant la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Et cela même si un seul ouvrier, au lieu de quatre il y a 20 ans, peut conduire plusieurs machines.

« En résumé, la baisse tendancielle du taux de profit va de pair avec une hausse tendancielle du taux de plus-value, donc avec un accroissement du degré d’exploitation ». [Le Capital – III, troisième section – X – influences contraires]

L’automatisation accroît les contradictions du capitalisme.

 

Enfin, les transformations matérielles s’accompagnent d’un bourrage de crâne pompeusement baptisé philosophie d’entreprise : rationalisation des modes d’intervention, de rangement, de nettoyage, etc. destinée à refiler aux ouvriers le boulot de l’encadrement, des anciens services annexes, voire de l’entretien. La « tortue de Crosby », les 5S[7] et la Total Productive Maintenance ont pour finalité l’augmentation de la productivité à salaire égal ou inférieur et l’ajout de tâches supplémentaires.

« 35 % de l’effectif  impliqué ! »… « Ils ont été souvent surpris du nombre d’actions qu’ils pouvaient mener eux-mêmes, sans  coût élevé, alors qu’ils étaient habitués à appeler la maintenance au moindre problème »… «  les opérateurs ont pris goût à cette méthode qui redistribue les rôles dans leur espace de travail », etc. [tract d’autosatisfaction de la succursale polonaise d’un groupe français]

 

Lancée au Japon en 1971, la TPM se développe ici comme par hasard dans les années 80 et d’abord dans l’automobile, pour faire pièce à la concurrence mondiale, mais aussi pour récupérer au centuple  la 5e semaine et des RTT : « acquis » chèrement payés par la hausse inégalée de la productivité, le blocage des salaires et la dégringolade des grilles de classification. L’ouvrier de fabrication se voit chargé d’effectuer la « maintenance de premier niveau », tandis que – côté entretien – le mécanicien et l’électricien se transforment en un électromécanicien, puis en électromécanicien…fabricant. Une surveillance accrue s’ajoute. Adieu l’apéro amical et l’arrosage fraternel du mariage, de la naissance, de la nouvelle voiture ou de la rallonge, et le dicton gouailleur « on n’est pas payé cher mais on rigole ! ». A quelque chose malheur est bon, les prolos et les techniciens auront pu profiter de ces heures de boniment pour buller aux frais du patron.

 

Ce mouvement n’a rien d’extrêmement nouveau, il prolonge et accélère ce que le capitalisme a initié depuis sa naissance, à la fois dans ce qu’on appelle de nouvelles « révolutions technologiques » et dans la destruction des formes antérieures de production :

« La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les  rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l’ancien mode de  production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce  bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelle distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes. » [Le Manifeste du Parti Communiste]

Les bases d’une société future possible de partage ne résident pas dans la révolution informationnelle. Seul le socialisme peut permettre un bénéfice collectif dans le progrès et les innovations.

 

 

L’idéalisme contemporain : l’information

 

Le caractère immatériel de l’informatique permet de renouveler un genre usé jusqu’à la trame, repris en biologie sous forme d’information traversant les âges, voire transportant une finalité, un projet venu d’on ne sait où, comme dans la thèse de Monod sur la téléonomie :

« L’objectivité cependant nous oblige à reconnaître le caractère téléonomique des êtres vivants, à admettre que, dans leurs structures et performances, ils réalisent et poursuivent un projet. Il y a donc là, au moins en apparence, une contradiction épistémologique profonde. Le problème central de la biologie, c’est cette contradiction elle-même, qu’il s’agit de résoudre si elle n’est qu’apparente, ou de prouver radicalement insoluble si en vérité il en est bien ainsi. » [Monod – le hasard et la nécessité p. 3]

 

« quelque chose constitue le fil de la vie. De quoi est-il fait ? De rien. De rien de matériel. Il est comme une information. L’information est portée par la matière, mais elle dépend peu de la matière qui la porte. L’information perdure quand les objets passent et se transforment. Analyser le monde en termes d’information plutôt qu’en termes d’objets, c’est regarder au-delà des apparences… »[Le fil de la vie – la face immatérielle du vivant – Gaucherel & Gouyon]

 

Le langage courant est envahi des spéculations les plus diverses sur la nature de la révolution informatique, ou informationnelle ou dématérialisée que nous vivons. La multiplication des informations, l’accélération de leur transmission (c’est-à-dire la transformation quantitative et qualitative de leur transmission), ont fait prendre le résultat pour la cause, et l’information elle-même comme la source des transformations qui l’ont affectée.

Depuis la nuit des temps d’autres transformations, comme l’écriture cunéiforme, le papier ou l’imprimerie, avaient déjà affecté la transmission de l’information, sans qu’on parlât de révolution informationnelle pour autant.

 

L’origine réelle de cette nouvelle transformation réside dans les progrès scientifiques et technologiques en électronique.  Ils ont permis en l’espace de 30 ans de passer un ordinateur individuel d’une capacité de quelques Kilo octets[8] au téraoctet et de communiquer instantanément au bout de la terre, via plusieurs réseaux.

D’autres technologies sont envisagées, davantage miniaturisées et accélérées, pour remplacer le principe d’une mémoire constituée de transistors polarisés positivement ou négativement, de façon volatile ou non, réversible ou pas, on parle de transfert de mémoire sur un électron unique, de transmission quantique, de cryptographie quantique, voire d’ordinateur quantique. Ces progrès correspondent aux découvertes théoriques et pratiques réalisées dans la décomposition des atomes et des particules, dans l’identification de leurs états de polarisation ou de spin, et dans la manipulation de ces états.

Mais, mise à toutes les sauces, des jeux vidéo aux particules et à l’acide désoxyribonucléique, l’information est présentée par l’idéologie dominante comme le Deus ex machina de l’univers. En fait derrière cet envahissement simplificateur circule encore la notion idéaliste selon laquelle l’idée prime sur la matière et l’information sur son support, et qu’elle est de surcroît indépendante de la matière.

Il est nécessaire de préciser un peu de quoi on parle, par exemple dans le domaine informatique.

L’information ou les data de l’informatique ne constituent qu’une partie de toutes les données traitées et transmises par la machine, qui traite indifféremment le contenu, la forme, le format de transmission, mais aussi le BIOS, le système d’exploitation, les progiciels et leurs applications, etc. Ces derniers sont aussi le fruit d’un savoir-faire cristallisé dans la mémoire de la machine et transformé en outil.

Mais à chaque instant toutes ces formes de la pensée sont transformées en matière et restituées, l’information se transforme en matière et inversement.

 

On parle par commodité de langage informatique entre l’homme et la machine. Mais la notion de langage induit une communication entre deux être pensants, ce qui n’est pas le cas.

Derrière cette ambiguïté se dissimule toute une littérature de science fiction transformant l’informaticien en démiurge et la carte mère en alter ego. Mais qui parle hexadécimal ?

Le langage dont il est question est en réalité une interface pratique permettant soit au programmeur soit à l’utilisateur de manipuler et de transformer des états électriques. C’est un outil évolué.

Le langage binaire ou hexadécimal, les instructions, etc. ne parlent pas à la machine mais à son utilisateur, constituent une traduction intelligible, comme la pierre de Rosette, des écritures et des lectures effectuées en dur par l’homme sur les composants de la machine.

L’intelligence artificielle apparente est la manifestation d’une intelligence humaine, qui a préalablement associé chaque touche du clavier ou chaque pixel de l’écran à un code dans une  table, anticipé la signification de chaque signal en fonction d’une configuration donnée, défini la séquence de lecture de ces signaux, leur décodage et leur transformation en données binaires, le traitement à leur attribuer dans les circuits de calcul, et en sens inverse les signaux de retour, etc. La machine n’est qu’un prolongement du cerveau et de la main.

 

Un logiciel est donc un ensemble d’instructions écrit dans un langage évolué de programmation. A l’aide d’un langage encore plus évolué, plus parlant et destiné à l’utilisateur, il permet de traiter les données, par exemple rédiger et mettre en forme un texte.

En sens inverse le logiciel n’est utilisable dans l’ordinateur qu’à travers sa compilation en langage machine, puis dans une combinaison d’états électriques binaires correspondant à des basculements électroniques. A ce stade le logiciel est évidemment matérialisé dans le disque dur, dans les mémoires, dans les registres du processeur. Mais du reste il l’est aussi tout au long de sa création sur une machine, à travers les divers codages et leur enregistrement, dans son stockage et dans sa transmission, quel qu’en soit le support. Où devient-il immatériel ? Dans le cerveau du programmeur ? Non plus.

 

[1] Matérialisme et Empiriocriticisme, p. 271.

[2] Niels Bohr, Atomic Theory and the Description of Nature, Woodbridge, Conn. : Ox Bow Press, 1987, traduit pas mes soins. (Note de l’auteur Trinh Xuan Thuan)

[3]  Voir l’interview de Jacques Robin « un autre monde est possible ». Et son article « du groupe des dix à Transversales »

[4] De la même façon que les activités bénévoles des retraités, présentées par Bernard Friot comme partie constituante d’une « valeur économique » qui ne serait pas propre au capitalisme contrairement à la valeur d’échange. Or la valeur d’échange n’est pas non plus propre au capitalisme et ne disparaît pas avec lui. Les thèses de Friot aboutissent à « dépasser le capitalisme » en faisant l’économie de la société socialiste…

[5] Bien que Pierre Rabhi fût un temps lui-même ouvrier spécialisé, membre de la classe ouvrière en soi, mais non pour soi c’est-à-dire conscient de son appartenance de classe, comme son enfance et son histoire personnelle le conduisit à se tenir à l’écart de la lutte de libération nationale du peuple algérien.

[6] Le mouvement du simple vers le complexe vaut aussi de la particule vers l’infiniment grand mais inversement vers l’infiniment petit puisqu’elle se divise à son tour et de plus en plus.

[7] (Seiri  = ranger, Seiso  =nettoyer, Seiketsu = conserver en ordre proprement, Shitsuke = formaliser et impliquer)

[8] En 1980 le ZX80 ne dépassait pas 1,5 Ko et le Commodore Vic20 doté d’un processeur MOS 6502, n’avait que 5Ko de mémoire vive. Les bricoleurs devaient s’imprimer une carte additive pour aller plus loin et les programmes étaient stockés sur une cassette. Par contre le fonctionnement et la matérialité de ces machines étaient accessibles au profane.

 

Arles : Françoise Nyssen décidément très « négligente »

https://www.latribunedelart.com/arles-francoise-nyssen-decidement-tres-negligente

Alors qu’une tribune dénonce la manière dont le macronisme est en train d’attaquer la culture en détruisant peu à peu tous les secteurs d’intervention de l’Etat, cette tradition des grands commis au profit d’appetits locaux et de saupoudrages est-ce que macron a trouvé la ministre adéquate pour cette destruction programmée ?Ce qui peut paraître une erreur de casting se répète dans l’entourage de ceux que Macron est allé chercher dans la société civile et qui démontrent les uns après les autres leur manière de faire fi de toute réglementation, de multiplier les conflits d’intérêt et de ne servir que les leurs (intérêts) à défaut du général (l’intérêt) (note de danielle Bleitrach)

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Françoise Nyssen est désarmante de naïveté. Au mieux. Elle vient enfin de s’exprimer [1] sur l’affaire des travaux non autorisés d’Arles que le Canard Enchaîné a révélée il y a deux semaines (voir notre article) et sur lesquels il est revenu la semaine dernière. Dans une interview accordée à La Provence, elle explique en effet que « ce n’est pas une question politique et [que] cela ne [la] concerne pas directement ». Elle « regrette cette négligence », soutient que « les démarches ont été accomplies dans les règles mais avec un délai d’un an qui a valu infraction », et ajoute : « depuis plusieurs années, Jean-Paul Capitani a lancé la régularisation des travaux du Méjan en lien avec la mairie ».

On ne sait quoi dire devant une telle succession de contre-vérités. Examinons chacune de ces affirmations.

- Ce « n’est pas une question politique » ? Une ministre en charge de faire respecter le code du patrimoine a violé à plusieurs reprises ce même code pendant des années avant qu’elle n’entre au gouvernement ; chacun pourra juger si ce n’est pas une question politique.

- Cela « ne la concerne pas directement » ? Rappelons qu’avant d’être nommée ministre, elle était présidente du directoire d’Actes Sud ; que l’entreprise occupe un ensemble d’immeubles à Arles situés en secteur sauvegardé ; que ces immeubles appartiennent à la SCI de son mari Jean-Paul Capitani ; que des travaux irréguliers ont été effectués sur ces immeubles pendant la période où elle était en charge d’Actes Sud et où Jean-Paul Capitani était directeur de développement du groupe Actes Sud. Comment pourrait-elle ne pas être directement concernée ? On s’interroge.

– Elle « regrette cette négligence » ? Ce n’est pas « une négligence », ce sont des négligences multiples et à répétition. Nous ne parlerons pas ici des questions de sécurité qu’a aussi révélées le Canard, nous nous focaliserons uniquement sur les travaux illégaux en secteur sauvegardé.
Nous avons pu en effet nous procurer le courrier que l’architecte des bâtiments de France a envoyé le 27 novembre 2014 à Jean-Paul Capitani, un document largement cité par le Canard, que nous nous faisons un plaisir de publier ici.

Hervé Liffran et Christophe Nobili ont fait la liste de la longue série d’irrégularités concernant des travaux effectués sur les immeubles d’Actes Sud. Les « négligences » sont nombreuses : installations d’éléments non autorisés (pose d’un groupe de climatisation, pose d’une pré-enseigne, installation d’une cheminée d’extraction…) et travaux menés sans autorisation (remplacement de menuiseries…) ou contraires au permis de construire (il s’agit des surélévations dont nous avions parlé dans notre précédente article). Le fonctionnaire, sans doute soucieux de ne pas brusquer des notables locaux, se contente modestement de demander « de procéder, sans délai, à la dépose de tous les éléments ci-dessus » ce qui en l’occurrence ne veut pas dire grand-chose tant les travaux illégalement menés ont été importants.

Si cette manière de ne pas suivre des prescriptions demandées par l’ABF ou de procéder à des travaux en secteur sauvegardé sans demander d’autorisation peut difficilement s’apparenter à de simples « négligences », il faut une sacré dose de culot pour prétendre que ne rien faire après avoir reçu une telle lettre relèverait également de la « négligence ».

Outre les différents points soulignés par l’architecte des bâtiments de France à Jean-Paul Capitani, un échange de courriers que nous avons pu consulter entre ce dernier et la mairie d’Arles démontre que ces « négligences » se sont répétées à d’autres reprises, en parfaite connaissance de cause.
Ainsi, le 15 mai 2015, la direction du patrimoine de la ville d’Arles lui écrit que le 16 février 2015 (donc deux mois et demi après que le courrier de l’ABF a été envoyé à Jean-Paul Capitani) il a été constaté que la croix qui surplombait le clocher de l’église Saint-Martin (qui appartient aussi à l’entreprise Actes Sud) et qui devait être replacée avait été remplacée par une sculpture en métal. En l’occurrence, la mairie demande que la situation soit régularisée « dans les plus brefs délais » en déposant la sculpture et en remettant la croix en place. Des poursuites judiciaires sont même promises si ces travaux n’étaient pas effectués. Ils ne le seront pas, bien évidemment. Nouvelle « négligence ».

Et les « négligences » continuent, que le Canard a également révélées : le 10 novembre 2015, donc plusieurs mois plus tard, de nouveaux travaux non autorisés sur le clocher de l’église sont constatés par la mairie « pose de trois fenêtres sur la façade est et trois fenêtres sur la façade sud ». Une nouvelle fois les foudres de la justice sont promises, directement pas le maire d’Arles cette fois-ci, à Jean-Paul Capitani (qui n’a rien à voir, rappelons le, avec Françoise Nyssen), dans une lettre que nous publions également et qui, comme le dit le Canard, ne sera jamais envoyée. Nouvelle négligence, cette fois de l’élu, qui « renoncera à toute procédure contre Actes Sud ».

- « les démarches ont été accomplies dans les règles mais avec un délai d’un an qui a valu infraction » ? De quoi parle donc la ministre ? Certainement pas, en tout cas, des infractions au code du patrimoine pour lesquelles aucune démarche n’a été accomplie dans les règles !

- « depuis plusieurs années, Jean-Paul Capitani a lancé la régularisation des travaux du Méjan en lien avec la mairie » ? Pour Françoise Nyssen donc, ne pas poursuivre en justice est équivalent à régulariser. Il est peu probable que les associations de protection du patrimoine l’entendent de cette oreille.

 Didier Rykner

Notes

[1Nous l’avons contactée plusieurs fois sans recevoir de réponse de sa part, pas davantage que nous n’en avons reçues de Jean-Paul Capitani, son mari, ni du ministère de la Culture, ni de la mairie d’Arles, ni de la DRAC ou de la préfecture de Provence-Côte-d’Azur.

 

Les Echos :« La France est le seul grand pays développé qui continue à se désindustrialiser »

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GUILLAUME DE CALIGNON Le 07/08 à 19:16
Patrick Artus, directeur recherche Natixis
Patrick Artus, directeur de la recherche chez Natixis – Marc BERTRAND/CHALLENGES-REA

Selon Patrick Artus, directeur de la recherche de Natixis, seul l’investissement dans les compétences de la population active permettra à terme d’améliorer la compétitivité.

Comment expliquez-vous l’incapacité de la France à réduire son déficit commercial ?

Sur le premier semestre de 2018, il faut d’abord mettre de côté l’effet pétrole. Il est important et c’est une vraie question de savoir comment va se comporter le prix du pétrole au cours des prochains trimestres. Je pense que, malgré la hausse de la production américaine, comme la demande mondiale de pétrole est appelée à être forte dans un proche avenir, les prix peuvent continuer à grimper. Ce serait un vrai problème pour la croissance française et le déficit commercial. Mis à part ce problème que l’Hexagone ne maîtrise pas, il faut comprendre que la France est le seul grand pays développé qui continue de se désindustrialiser. L’Espagne a réussi à inverser la tendance, l’Allemagne tient bon, mais pas la France. Notre production reste chère étant donné notre niveau de gamme. En clair, les prix sont trop élevés au vu de la qualité des produits.

Les mesures pour réduire le coût du travail ne devraient-elles pas se traduire à terme en investissements et donc en meilleure qualité des produits ?

Certes, on voit que le taux d’investissement des entreprises françaises se situe dans la moyenne des pays développés. Mais il y a un problème de qualité d’investissement en France. La part des investissements en nouvelles technologies reste faible. Les entreprises françaises investissent dans du capital peu sophistiqué. L’augmentation de l’intensité capitalistique ne génère pas de gains de productivité. Or, avec un capital peu moderne et un coût du travail élevé, un pays ne peut pas être compétitif. La vraie question, c’est de savoir pourquoi le patronat industriel français investit si peu en nouvelles technologies et en robots ? Il y a là un mystère… Les entreprises françaises sont deux fois moins nombreuses à se lancer à l’exportation que les entreprises italiennes, elles investissent peu en R & D. Cela pose question sur la culture des dirigeants mais aussi sur le manque de compétence de la population française.

Comment inverser la tendance ?

Schématiquement, il y a deux façons. Ou la France fait une énorme dévaluation salariale en baissant le coût du travail comme l’ont fait l’Espagne et le Portugal ces dernières années par exemple. Cela ne paraît ni faisable ni souhaitable même si la transformation du CICE en baisse directe de charges est tout de même favorable. Ou l’Hexagone augmente les compétences de la population active, notamment en nouvelles technologies. Car c’est le facteur essentiel. La seule stratégie possible pour la France, c’est de réformer la formation professionnelle et d’investir dans la formation et l’éducation. Cela prendra plus de temps qu’une dévaluation salariale, mais cela sera plus bénéfique à terme.

Guillaume de Calignon

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Publié par le août 9, 2018 dans civilisation, Economie

 

L’assistanat des riches nous coûte un « pognon de dingue » !

Jean Gadrey Professeur honoraire d’économie à l’Université Lille 1

L’aide sociale et les minima sociaux coûtent environ 70 milliards d’euros par an aux finances publiques, soit 3 % du produit intérieur brut (PIB). Ces prestations contribuent de façon décisive à réduire la pauvreté et les inégalités.

Face à cela, le coût de « l’assistance aux plus riches » pourrait être de l’ordre de 150 milliards d’euros par an hors fraude et évasion fiscales, et de l’ordre de 250 à 300 milliards au moins en incluant ces deux derniers coûts, comme le développait un billet de blog récent. Avec comme impact certain un creusement des inégalités et en particulier un enrichissement devenu indécent des très riches : les 500 individus les plus riches gagnent en moyenne 1 670 fois plus que la moyenne des plus pauvres. Je précise : 1 670 fois plus, après impôts.

Le coût de « l’assistance aux plus riches » pourrait être de l’ordre de 150 milliards d’euros par an hors fraude et évasion fiscales

On peut retenir trois grands postes de « cadeaux » aux plus riches. Chacun d’eux a été développé et amplifié par étapes depuis le milieu des années 1980. C’est aussi depuis ce moment que les inégalités, qui avaient nettement reculé depuis 1900 et au cours des « Trente Glorieuses », ont repris une tendance à la hausse. Cette dernière s’est certes avérée moins forte qu’aux Etats-Unis, mais elle est néanmoins nette, comme l’indique entre autres constats l’évolution de la part du revenu des ménages « accaparée » par les 1 % les plus riches :

 
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Publié par le août 6, 2018 dans Economie, SOCIETE