Le rally des actions à Wall Street a-t-il du plomb dans l’aile ? Depuis le plancher majeur de 2009, l’indice phare S&P500 a connu une envolée quasi-ininterrompue et surtout phénoménale, avec une multiplication par… 3,7 des cours. Une évolution permise par la reprise économique intervenue sur la période et la politique monétaire ultra-accommodante de la Réserve fédérale, qui a comprimé les taux d’intérêt à long terme, entraînant des arbitrages en faveur des actions et au détriment des obligations.

Résultat, les sociétés cotées de l’indice S&P 500 se paient actuellement, en moyenne, “18,4 fois les bénéfices estimés pour 2017 et 16,5 fois ceux attendus pour 2018”, rapportait récemment Frédéric Guignard, gérant actions chez Aviva Investors France. Si ces niveaux indiquent que les actions américaines ne sont pas bradées, ils ne semblent pas excessifs… à première vue. Las, un PER (valeur boursière d’une entreprise, rapportée à ses bénéfices) de près de 18 est moins attractif quand le cycle économique devient très mature (les profits ont déjà largement eu le temps de se redresser) – comme c’est le cas actuellement outre-Atlantique – qu’en phase de redémarrage de la croissance (quand la dynamique de hausse des bénéfices ne fait que commencer).

Aux Etats-Unis, la reprise dure depuis 8 ans (de gauche à droite : ampleur et durée de la progression du S&P500 depuis le creux de 2009, durée d’expansion du PIB en mois et évolution des profits des entreprises en pourcentage du PIB), cliquez sur l’image pour agrandir

BNY Mellon (Sources Bloomberg et Newton, 2016)

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Pour corriger ce biais, le prix Nobel 2013 d’économie et professeur de l’Université de Yale Robert Shiller a élaboré une jauge de valorisation des actions jugée plus fiable. Le “PER de Schiller” (ou PER ajusté du cycle économique) vise à s’affranchir de l’impact du cycle économique en rapportant la capitalisation boursière des sociétés à la moyenne de leurs bénéfices des 10 dernières années (avec une prise en compte de l’inflation). Or, à Wall Street, il vient de se hisser à 30, bien au-delà de la moyenne de longue période (16,8), d’après multpl.com.

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En 100 ans, ce niveau n’a été atteint ou dépassé qu’à deux reprises : lors du pic précédant le krach d’octobre 1929 (qui a marqué le début de la Grande Dépression des années 30) et lors de la bulle de la fin des années 90, quand le PER de Schiller a grimpé jusqu’à 44, record historique. Même lors du pic d’octobre 1987 (qui a précédé le lundi noir du 19 octobre, marqué par un plongeon de 23% du Dow Jones), le PER de Schiller se limitait à 18…

Evolution du PER de Schiller du S&P 500 depuis 1880, cliquez sur l’image pour agrandir

multpl.com

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En comparaison, la situation sur les marchés d’actions de la la zone euro est moins inquiétante. D’après les données du gestionnaire d’actifs allemand Star Capital, le PER de Schiller ressortait, fin juin, à 19,8 à la Bourse de Paris, 19,4 à Francfort, 14,6 à Milan et 13,5 à Madrid. Selon cet indicateur, le marché d’actions russe apparaît comme le moins cher de la planète, avec un ratio de… 4,9. Pour autant, un krach à Wall Stret ne serait pas sans conséquences sur les Bourses mondiales. Comme dit le dicton, “quand Wall Street éternue, Paris s’enrhume”…

>> En vidéo – Les Bourses européennes vont-elles continuer d’être à la traîne ?, par Olivier Passet, directeur des synthèses chez Xerfi

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