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Archives de Catégorie: THEORIE

Politis : Juncker au centre d’un scandale fiscal impliquant 340 multinationales

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Les accords fiscaux secrets passés entre des centaines de firmes et le Luxembourg, afin de soustraire des milliards d’euros à l’impôt, ont forcément été couverts par le président de la Commission européenne.

Quarante médias internationaux s’appuyant sur des documents obtenus par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) viennent de révéler l’existence d’accords fiscaux secrets entre le Luxembourg et 340 multinationales, dont Apple, Amazon, Ikea, Pepsi ou Axa. Ces accords, qui permettent à ces firmes de minimiser leurs impôts, représentent des milliards d’euros de recettes fiscales perdues pour les États où ces entreprises réalisent des bénéfices, selon l’ICIJ et ses médias partenaires, dont Le Monde en France, The Guardian au Royaume-Uni, le Süddeutsche Zeitung en Allemagne, l’ Asahi Shimbun au Japon. Ils ont été passés entre 2002 et 2010, soit à une période où Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne depuis le 1er novembre, était aux commandes du Luxembourg. Ministre des Finances du Grand Duché du 14 juillet 1989 au 23 juillet 2009, il a également été son Premier ministre durant près de 19 ans, du 20 janvier 1995 au 4 décembre 2013. Non seulement M. Juncker ne pouvait ignorer les pratiques mises à jour par l’ICIJ, mais aux postes qu’il occupait il les organisait.

On savait que le Luxembourg était le Duché de l’évasion fiscale. L’intérêt de l’enquête de l’ICIJ est d’en expliquer le mécanisme, révélant par là-même la complicité du pouvoir politique luxembourgeois. La pratique du « tax ruling », mise au jour dans cette enquête de six mois baptisée « Luxembourg Leaks » ou « LuxLeaks », est légale. Elle permet à une entreprise de demander à l’avance comment sa situation sera traitée par l’administration fiscale d’un pays, et d’obtenir certaines garanties juridiques. Les groupes concernés réalisent ainsi des milliards d’euros d’économies chaque année grâce à la création d’une filiale, d’une holding ou au déplacement d’un siège social sur le territoire du Grand-Duché. Avec pour but de payer le moins d’impôt possible. Les 28 000 pages d’accords fiscaux secrets auxquels l’ICIJ a eu accès concernent 340 grandes entreprises – notamment Apple, Amazon, Verizon, AIG, Heinz, Pepsi, Ikea – et proviennent toutes du grand cabinet de conseil et d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC). Ces accords ne concernent donc que les entreprises clientes de PwC. Et le Luxembourg n’entend pas renoncer à la pratique du « tax ruling » : Elle « fait partie de notre patrimoine et nous voulons la perpétuer dans le respect des règles » , déclarait son ministre des Finances, Pierre Gramegna, dans Le Monde du 29 octobre. Avant d’ajouter, non sans cynisme : « Le maintien d’une certaine compétitivité, loyale, entre les États dans le domaine fiscal est indispensable. »

Que ces mécanismes d’optimisation fiscale soient légaux n’en diminue pas le scandale à l’heure où l’Union européenne et ses États membres réclament sur tout le continent à leurs citoyens de se serrer la ceinture au motif qu’il n’y aurait plus d’argent dans les caisses. Derrière la technicité de ces mécanismes révélés par l’ICIJ, il y a des législations qui les ont permis, ces législations relèvent de décisions politiques voulues ou approuvées par des responsables politiques. Ces derniers devraient maintenant rendre des comptes. Dans une démocratie, c’est ainsi que les choses devraient se passer. Mais l’Europe en est-elle seulement une ?

Lorsqu’à l’été dernier il s’est agi de désigner le président de la Commission européenne , nul ne pouvait ignorer que Jean-Claude Juncker, qui était le candidat de la droite (sortie en tête des élections européennes), était aussi le candidat des paradis fiscaux. Lire > Européennes: Juncker, candidat de la droite et des paradis fiscaux Cela n’a pas gêné la plupart des sociaux-démocrates, François Hollande inclus, qui ont accepté de l’introniser. On a même vu Daniel Cohn-Bendit appeler ses amis Verts à faire de même, en vain. À ces derniers, Jean-Claude Juncker a été jusqu’à promettre de « lutter contre la fraude et l’évasion fiscales » , promesse réitérée en séance plénière. Hier, interrogé sur le « Luxembourg Leaks » lors de son premier point de presse, Jean-Claude Juncker a promis de ne pas intervenir dans l’enquête européenne sur la pratique fiscale de « tax ruling » qui vise le Luxembourg et trois autres pays1. Ne pas intervenir n’est pas tout à fait ce qu’on attendrait d’un responsable politique déterminé à lutter contre l’évasion fiscale.

Un moyen simple de lutter contre l’évasion fiscale consisterait à rétablir « la souveraineté fiscale »en taxant les bénéfices là où ils sont réalisés. C’est ce que recommandait l’OCDE dans un document à destination du G20 publié en septembre. Mais c’est sans doute contraire à la religion néolibérale de Jean-Claude Juncker.

À lire > Barroso à Goldman Sachs : l’éthique en toc de la Commission européenne


  1. Cette enquête ne porte que sur des accords passés par le Luxembourg avec Fiat Finance and Trade, qui fournit des services de gestion de trésorerie au groupe automobile Fiat. Les trois autres visent : 1.L’Irlande pour des accords passés entre l’administration fiscale et le géant américain d’internet Apple, soupçonné d’avoir bénéficié d’un traitement de faveur contraire aux règles européennes de la concurrence. 2. Des soupçons d’avantages fiscaux accordés par les Pays-Bas à la chaîne de cafés Starbucks. 3. Gibraltar, cette dernière enquête ayant été ouverte en octobre. 

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Publié par le décembre 12, 2018 dans Economie, Europe

 

Marx, penseur de la finance Par pierre Ivorra 

Dix ans après la crise financière mondiale de 2008 qui a remis Marx dans l’actualité de la pensée, on peut se demander quel peut être, un siècle et demi plus tard, l’apport de l’auteur du Capital à une réflexion très actuelle sur la finance.

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La finance, dans le mouvement du capital, c’est cet argent qui, comme par miracle, semble par lui-même créer encore plus d’argent, rapporter un intérêt, un gain, par ses seules vertus. Marx lui consacre plusieurs développements dans le Capital, il y remarque notamment que, « avec le capital porteur d’intérêt, le rapport capitaliste atteint sa forme la plus extérieure, la plus fétichisée. Nous avons ici A-A’, de l’argent produisant de l’argent, une valeur se mettant en valeur elle-même, sans aucun procès qui serve de médiation aux deux extrêmes ».

Le capital à la fois monnaie et marchandise 
Marx démystifie cette illusion. Il montre que le capital ne revêt pas seulement l’habit du dimanche qu’est la monnaie, il porte aussi le bleu de chauffe de la marchandise et, notamment, de cette marchandise très particulière qu’est la force de travail du salarié apte à produire plus de valeur qu’elle ne vaut et sécrète de la plus-value. Le capital est donc à la fois monnaie et marchandise et c’est parce que dans son procès et son accumulation il est les deux que s’opère au final un partage du profit entre les différents capitalistes qui mangent dans l’assiette. Le financier, qui, lui, n’a vu produire ou circuler aucune marchandise, est persuadé d’assister au miracle des petits pains, son argent semble faire des petits tout seul. L’illusion saisit toute la société, note Marx, au point que « le procès de production capitaliste apparaît seulement comme un intermédiaire inévitable, un mal nécessaire pour faire de l’argent. C’est pourquoi toutes les nations adonnées au mode de production capitaliste sont prises périodiquement du vertige de vouloir faire de l’argent sans l’intermédiaire du procès de production », sans passer par la production de biens et de services.
Un siècle après Marx, avec la déréglementation financière et la désindexation du dollar sur l’or à la fin des années 1960 et au début des années 1970, avec la révolution informationnelle qui a impulsé la mondialisation de la finance tout en lui ouvrant un formidable champ de spéculation et de possibilités de prélèvements sur la richesse réelle, le « vertige » a pris la dimension d’un malaise généralisé, planétaire et récurrent.

« Un siècle après Marx, le “vertige” a pris la dimension d’un malaise généralisé, planétaire et récurrent. »

Marx, à son époque, montre que cette « soif » d’argent conduit à des crises périodiques. Il les explique de la manière suivante : en raison de la concurrence qu’ils se livrent et de leur soif de profit, les capitalistes cherchent à accroître la productivité de leurs entreprises pour réduire les coûts de production de chaque marchandise. Cela les pousse à utiliser de plus en plus de moyens de production matériels (machines, etc.) par rapport au travail salarié employé pour la production. Or les travailleurs sont à l’origine de la plus-value, donc du profit. Cela génère une suraccumulation de capitaux qui a pour conséquence une baisse tendancielle du taux de profit. Il introduit également la notion de dévalorisation des capitaux. Les capitalistes accumulant sans cesse davantage de machines, de moyens de production pour réduire le coût du travail, mais aussi de titres financiers, en viennent à dégager relativement insuffisamment de plus-value. Ils baissent leur taux de profit en voulant sans cesse l’augmenter. Dès lors, pour remonter la rentabilité des capitaux dominants, d’autres capitaux sont dévalorisés.

« Toutes les nations adonnées au mode de production capitaliste sont prises périodiquement du vertige de vouloir faire de l’argent sans l’intermédiaire du procès de production. » Karl Marx

Suraccumulation et dévalorisation des capitaux
Dans la suite de Marx, Paul Boccara a donné toute leur dimension aux concepts de suraccumulation et de dévalorisation des capitaux afin d’expliquer le développement du capitalisme monopoliste d’État social après la Seconde Guerre mondiale et la crise actuelle du capitalisme financiarisé et mondialisé, avec le rôle spécifique joué par la formidable accumulation de capitaux financiers (titres de dette publique et privée, actions, produits dérivés…) qui en viennent à dicter leur loi à la production elle-même ainsi qu’aux politiques publiques.
En même temps, comme Marx, il a particulièrement mis l’accent sur le rôle du crédit dans la montée de la mayonnaise spéculative. Le système du crédit permet, selon Marx, « de développer le moteur de la production capitaliste, c’est-à-dire l’enrichissement par l’exploitation du travail d’autrui pour en faire le système le plus pur et le plus monstrueux de spéculation et de jeu ».
Prolongeant cette réflexion, Paul Boccara a montré que le crédit, mis en œuvre avec d’autres critères que ceux de la rentabilité financière des capitaux, peut, au contraire, aider à dégonfler l’énorme accumulation de capitaux, financiers notamment, à réduire le coût du capital, le poids de ses prélèvements sur la richesse créée, permettre de dégager des financements à bas coûts pour la création d’emplois efficaces, de richesses nouvelles, le développement humain et la restauration d’équilibres naturels. Le succès de ce combat contre la finance inauguré par Marx appelle une transformation révolutionnaire des relations humaines, des pouvoirs nouveaux des salariés, des populations à l’entreprise et sur les institutions, au niveau local, régional, national, européen et mondial. Marx revit dans ces combats.

Pierre Ivorra est chroniqueur économique au journal L’Humanité.

Cause commune n°8 • novembre/décembre 2018

 
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Publié par le décembre 12, 2018 dans Economie, THEORIE

 

Préjugés, fantaisies réactionnaires, faiblesses et erreurs… s’attaquant au capital !

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Dans le texte paru en 1916, « Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes », Lénine critique la position de Rosa Luxembourg contre l’autodétermination des nations [1]. Lénine montre que tout processus révolutionnaire réel est nécessairement hétérogène, et à propos de l’insurrection irlandaise de 1916, montre que comme les révoltes tchèques, elle affaiblissait l’impérialisme et contribuait aux conditions de victoires futures… et que donc les révolutionnaires devait la soutenir, malgré  » leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs… »

Une question très actuelle pour les communistes face au mouvement social des gilets jaunes…

« Quiconque attend une révolution sociale ’pure’ ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une révolution.

La révolution russe de 1905 a été une révolution démocratique bourgeoise. Elle a consisté en une série de batailles livrées par toutes les classes, groupes et éléments mécontents de la population. Parmi eux, il y avait des masses aux préjugés les plus barbares, luttant pour les objectifs les plus vagues et les plus fantastiques, il y avait des groupuscules qui recevaient de l’argent japonais, il y avait des spéculateurs et des aventuriers, etc. Objectivement, le mouvement des masses ébranlait le tsarisme et frayait la voie à la démocratie, et c’est pourquoi les ouvriers conscients étaient à sa tête.

La révolution (…) ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoise et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement : sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible. Et tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais objectivement, ils s’attaqueront au capital, et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité d’une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée, à première vue sans unité, pourra l’unir et l’orienter, conquérir le pouvoir, s’emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous (bien que pour des raisons différentes) et réaliser d’autres mesures… dont l’ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme. »

Voir en ligne : Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes

 
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Publié par le décembre 10, 2018 dans THEORIE

 

ENTRETIEN. « CE MOUVEMENT MET LE MONDE DU TRAVAIL AU CENTRE »

Frédéric Boccara Économiste, membre de la direction du PCF, membre du CESE

Frédéric Boccara Économiste, membre de la direction du PCF, membre du CESE

Lundi, 10 Décembre, 2018

Pour l’économiste communiste Frédéric Boccara, les demandes des gilets jaunes appellent des moyens et des pouvoirs nouveaux s’attaquant au coût du capital.

Le mouvement des gilets jaunes a d’abord été ­regardé avec méfiance, du fait de son caractère ­inclassable et de sa perméabilité supposée aux mots d’ordre d’extrême droite. Le caractère progressiste de ses revendications fait-il encore débat ?

Frédéric Boccara Bas salaires, TVA, impôt sur la fortune, ce mouvement met au centre du débat de grandes exigences ­sociales et le monde du travail dans toute sa diversité : salariés des couches populaires et moyennes, cadres, indépendants, artisans. Il exige un tournant, que je mets en parallèle avec le tournant social et offensif du PCF affirmé lors de son congrès. Il faut relier les objectifs sociaux qu’il formule avec des moyens financiers et des pouvoirs nouveaux. Travailler cette cohérence en posant la question du capital, son coût, sa logique, ses pouvoirs, est un axe fort de l’orientation du PCF. Il est de notre responsabilité d’aider à faire percevoir cette logique de classe qui se cherche, et qui ne s’identifie pas encore comme une logique de gauche.

Le mouvement peine encore à affirmer la cohérence de ses revendications. Comment y parvenir pour la faire prévaloir sur celle du pouvoir ?

Frédéric Boccara Le pouvoir cherche à enfermer le mouvement dans des dilemmes paralysants. Ainsi du choix présenté entre baisse des impôts et ­dépense publique, alors même que monte très fort l’exigence de services publics dans tous les territoires. De même, le dilemme posé entre social et écologie ; or ce qui est dénoncé, ce sont des taxes qui ne servent en rien l’écologie. Et enfin, la démocratie délégataire, parlementaire et présidentielle est présentée comme le rempart à la violence. Les gilets jaunes récusent ce dilemme aussi. Réclamons une démocratie nouvelle, d’intervention. Ce mouvement pousse à des solutions qui rompent avec les idées dominantes et inversent le tournant « pro-capital » adopté depuis 1983. Il faut pour cela relier la logique d’une autre redistribution des richesses à une autre production, tant pour le social que pour l’écologie. Éclairons les deux angles morts dans les revendications des gilets jaunes : les entreprises et les banques. Derrière la démocratie et le pouvoir d’achat, c’est la question du pouvoir sur l’utilisation de l’argent qui est posée. Macron cherche à l’enfermer dans le périmètre des finances publiques avec sa consultation.

Comment dépasser ces obstacles ?

Frédéric Boccara L’adversaire, c’est le coût du capital, ses prélèvements. Il ­s’oppose aux salaires, au paiement des qualifications et aux dépenses de développement réelles. Nous pourrions faire la proposition aux forces populaires, ­syndicales et associatives de réunir des conférences régionales et nationales écologiques, sociales et financières pour sortir du piège de Macron, et poser les questions des responsabilités sociales des entreprises, des banques, et donc du rôle de l’État sur celles-ci, jusqu’à porter ces exigences au niveau européen et casser les injonctions hyperlibérales. Les dividendes versés aux actionnaires par les entreprises, ce sont 180 milliards d’euros en 2017, d’après l’Insee ; les intérêts prélevés par les banques sur les entreprises, 67 milliards. Les marchés financiers se nourrissent aussi du budget de l’État – 42 milliards d’euros versés en intérêts de la dette. Et le crédit d’impôt compétitivité-emploi et les exonérations de cotisations patronales encouragent les bas salaires et coûtent 70 milliards. Au lieu de dépenser sans compter pour la spéculation, la Banque centrale européenne (BCE) pourrait prendre en charge la dette des États à 0 % d’intérêt.

Dès à présent, la Caisse des dépôts pourrait engager cela. Aidons à identifier un certain nombre de pouvoirs – entreprises, banques, BCE – pour réorienter l’argent en faveur des salaires, la formation, les services publics.

Ce mouvement se construit en dehors des organisations syndicales et ne pose pas la question du pouvoir dans l’entreprise. Est-ce une limite problématique ?

Frédéric Boccara Cette question n’est en effet pas posée, et pourtant ses acteurs sont sans cesse confrontés au pouvoir des actionnaires, c’est-à-dire du patronat et du capital, dans les grandes entreprises, ou au pouvoir des banques qui écrase les TPE-PME. Il faut des nouveaux pouvoirs pour impulser une autre logique en faveur des salaires et des qualifications, pas seulement pour améliorer le pouvoir d’achat mais pour changer la production dans le sens d’une nouvelle efficacité sociale et écologique : baisser le coût du capital pour développer les dépenses efficaces qui vont permettre une meilleure production. Il faut que les aides aillent aux entreprises qui développent les salaires, l’emploi, l’écologie. On peut aider le mouvement à avancer sur ces questions, en commençant à faire les comptes avec les citoyens, sur le terrain, du Cice que touchent les groupes en regard des salaires qu’ils versent.

Parmi les revendications des gilets jaunes, beaucoup ressemblent à celles défendues par le Parti communiste et d’autres forces de gauche et syndicales. La jonction vous paraît-elle possible, et comment ?

Frédéric Boccara Les convergences progressent, sur la base du besoin de services publics et des exigences sociales. La jonction à faire est non celle des étiquettes des ­organisations, mais celle des idées. Cela veut dire débattre de contenus à la hauteur ­ – entreprises, banques, redistribution, ­dépense publique nouvelle. La proposition de conférences écologiques, sociales et financières peut y contribuer.

Frédéric Boccara

Économiste, membre de la direction du PCF, membre du CESE

 

DÉMOSTHÈNE : « MACRON EST DÉSORMAIS PERÇU PAR BEAUCOUP COMME UN PERVERS MANIPULATEUR »

Entre nous il surtout unaniment perçu comme le président des riches qui renie la majorité des Français à leur seul profit. ce qui dans le fond est une assez bonne traduction de cet article érudit sur les sources livresques de ce piètre politicien qui est aujourd’hui désemparé, et passe son temps à se réfugier dans les cantines des gens armés susceptibles de le protéger.. (note de Danielle Bleitrach)

Démosthène : « Macron est désormais perçu par beaucoup comme un pervers manipulateur »

Anonyme, « bien introduit dans les différents cercles de la macronie », selon ses propres mots, Démosthène est l’auteur du Code Jupiter : Philosophie de la ruse et de la démesure, qui vient de paraître aux Éditions des Équateurs. Il y dissèque la philosophie de Macron, libérale et machiavélique. Il revient avec nous sur son pamphlet.

« J’ai écrit ce petit pamphlet parce que je désire expliciter ce “nouveau monde”, son mystérieux projet dont les réformes en cours, nombreuses, ne laissent entrevoir que la pointe de l’Iceberg », nous avertit Démosthène dans son avant-propos. Celui qui se perçoit comme un « ethnologue qui a réussi à pénétrer une tribu très exotique, aux mœurs inconnues, et à s’y fondre », propose une analyse à la fois inédite et novatrice « de la start-up Macron ». Pour Démosthène – qui emprunte son pseudonyme à « cet Athénien qui bégayait beaucoup et devint pourtant à force d’obstination le plus brillant orateur de l’Antiquité » –, la philosophie du président s’inspire (parfois mal) de cinq penseurs : Descartes, Machiavel, Mandeville, Hegel et Ricœur. Le premier est « le philosophe organique » du capitalisme pré-industriel. Du second, il retient que le pouvoir a le devoir de cacher ses objectifs pour réussir. Comme le troisième, il estime que « les vices privés font la vertu publique » et donc que « seul le capitalisme, parce qu’il est amoral, peut sauver le monde. » Macron utilise un Hegel « radicalement dé-marxi-sé »pour justifier la domination des classes possédantes. Enfin, il reprend de Paul Ricœur, dont il s’est présenté comme le disciple, le « en même temps » qu’il a rendu célèbre.

Le Média : Selon vous, ce qui apparaît souvent comme des dérapages (« ceux qui aiment foutre le bordel »« cyniques »« ceux qui ne sont rien et heureux de l’être »« chômeurs multirécidivistes du refus d’embauche », etc.) n’en sont pas. Macron invente une « classe dangereuse » afin de « constituer deux classes se regardant en chiens de faïence ». Les gilets jaunes prouvent-ils que cette stratégie se retourne contre lui ? A-t-il creusé sa propre tombe ?

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Démosthène : Pour comprendre ces saillies de Macron, il faut en revenir à Mandeville (1670-1733) que Hayek, chef de file de l’école néo-libérale, présentait comme un « master mind » ― c’est vous dire l’importance de ce penseur mal connu du grand public, mais extrêmement apprécié dans la mouvance néo-libérale. Ces deux traits sont d’ailleurs complémentaires : c’est parce que Mandeville dit tout sans aucune circonlocution morale sur les mécanismes de l’appropriation privée qu’il faut le cacher au grand public. Mandeville est ainsi l’inventeur d’un redoutable art de gouverner fondé sur un habile dosage de la flatterie et du blâme. Cet art se présente comme une réponse à la question politique centrale : comment faire vivre les hommes ensemble sachant qu’ils sont égoïstes et que la contrainte n’est pas suffisante pour les soumettre ? Réponse de Mandeville : pour qu’ils consentent à obéir aux lois, il faut ― rançon de leur égoïsme ― les payer. Mais, comme ils sont nombreux et qu’il n’y aurait jamais assez d’argent pour tous les rémunérer, il faut les dédommager avec une monnaie… qui ne coûte rien ― sinon un peu de vent. C’est en effet en parole qu’on peut les payer, avec des flatteries célébrant l’étendue de leur entendement, leur merveilleux désintéressement personnel, leur noble souci de la chose publique et donc l’élévation de leurs âmes. Cette façon de circonvenir les hommes constitue, selon Mandeville, l’essence du Politique, le cœur de l’économie politique. Cette politique de la flatterie, menée par des politiques rusés est pour lui la seule susceptible de pouvoir faire vivre les hommes ensemble. On peut la mettre en œuvre en agissant sur deux leviers. D’une part, on désignera une classe d’individus dangereux constituée de « ceux qui aiment foutre le bordel », des « cyniques, » de « ceux qui ne sont rien et heureux de l’être », des « chômeurs multirécidivistes du refus d’embauche », des « pauvres qui coutent un pognon dingue » et autres amabilités. D’autre part, le fait de désigner à la vindicte publique cette basse classe d’irréductibles permet de poser en regard une large classe toute en dignité composée d’êtres travailleurs et obéissants à qui l’on dira qu’ils ont réussi là où les autres ont failli, ce qui permettra de les ériger en individus modèles capables de se modérer et de prendre autrui en considération. Le but, c’est non seulement de créer deux classes imaginaires opposées stabilisant le champ social, mais c’est aussi et surtout de donner libre cours à une troisième classe tirant les ficelles de l’ensemble. Cette troisième classe se caractérise de faire semblant d’obéir à la loi dans un double but : profiter du prestige des vertueux et, surtout, tenir tout le monde tranquille afin d’en tirer tous les bénéfices possibles. Nous sommes là au cœur de la politique du Capital qui intéresse aujourd’hui beaucoup le capitalisme financier d’où vient Macron.Or, pour mettre en œuvre cette politique, on peut être habile, semi-habile ou maladroit. Et Macron fut maladroit. Il l’a été en flattant beaucoup les « premiers de cordées » et, dans sa fougue maladroite, il l’a été en cédant beaucoup aux délices de la stigmatisation de ceux qu’il aurait dû s’employer à faire tomber dans le panneau de la vertu. À un point tel que certains « vertueux » se sont sentis visés et se sont logiquement retournés contre lui. Comme ces derniers ont voulu que cela se sache et se voie, ils se sont revêtus d’un « gilet jaune » phosphorescent. On peut le dire autrement : le « Mozart de la finance » est un piètre politique !

Macron s’est rendu compte de ses maladresses un peu tard et s’est alors mis à faire des démonstrations de flatterie compassionnelle. C’est apparu clairement lors de son voyage aux Antilles lorsqu’à Saint Martin, il a serré dans ses bras ces jeunes gens noirs au torse nu qui venaient d’avouer être des braqueurs… Cette démonstration compassionnelle était aussi le but de son « itinérance mémorielle »… qui s’est transformée pour lui en un véritable chemin de croix.

Ce jeune président prétentieux et sans expérience politique paie donc aujourd’hui très cher les maladresses de son début de règne : au lieu d’avoir réussi à dominer en opposant les « vertueux » et les « dangereux », il apparaît désormais comme appartenant à cette troisième classe cynique composée de ceux qui tirent les ficelles en simulant l’abnégation et dissimulant leurs désirs insatiables, ces « premiers de cordée » dont Carlos Ghosn fournit l’archétype. Macron est désormais perçu par beaucoup comme un pervers manipulateur. Et il est si désemparé qu’il ne trouve rien de mieux que de persévérer : dans sa compassion nouvelle, il avait prévenu les « gilets jaunes » des tentatives de récupération qui les menaçaient, or c’est lui qui aujourd’hui apparaît comme courant derrière eux pour démontrer son écoute et son empathie, mais sans rien vouloir changer à sa politique de défense des « premiers de cordée ». C’est voué à l’échec. Et nul ne sait aujourd’hui où ce mouvement s’arrêtera. Il suffirait que les lycéens, puis les étudiants entrent en scène pour que…

Vous relevez que Macron se voit en personnage balzacien. Est-il plus Eugène de Rastignac, jeune loup aux dents longues, Lucien de Rubempré, poète épris de gloire, ou le baron Frédéric de Nucingen, financier impitoyable ?

Il participe des trois. Ce qu’il a avoué sans ambages dans Révolution, son livre sorti au moment de la campagne qu’il « était porté par l’ambition dévorante des jeunes loups de Balzac » (p. 24). La particularité de Macron est qu’il a vu dans la finance le champ de bataille adéquat permettant à son lyrisme romanesque de conquête du monde, de recherche de pouvoirs hors norme et de gloire de se réaliser. Il connaît bien les théories de l’identité narrative de Ricœur et c’est manifestement à ces personnages balzaciens qu’il a référé son identité, composée d’une improbable alliance du roman, de la finance et du politique.

En faisant de Macron un héritier de Machiavel, Mandeville, Hegel, Descartes et Ricoeur, ne rétablissez-vous pas la fable médiatique du « président-philosophe » déconstruit avec brio par Harold Bernat dans Le néant et la politique : Critique de l’avènement Macron (L’échappée, 2017) ?

Oui, cette histoire de « président-philosophe » est une fable. Dans son entretien à la NRF, il disait avoir fait beaucoup de philosophie. Or, à regarder de près sa biographie, ce « beaucoup » se limite à trois ou quatre ans, ses années à Nanterre, notamment avec Étienne Balibar… qui ne se souvient pas de lui, et sa rencontre avec Ricœur. Cela ne l’empêche pas de se prendre pour un grand philosophe. Se disant que, si un penseur aussi brillant que lui avait échoué par deux fois au concours de Normale Sup., cela ne pouvait avoir qu’une explication : les vieux professeurs qui ont corrigé ses épreuves n’ont pas su reconnaître son génie novateur. Que lui restait-il alors à faire ? Sinon à prouver cette explication. Ce qu’il a fait en tentant d’inventer une philosophie alternative. Et plus précisément une philosophie politique alternative où, comme j’essaie de le montrer dans ce livre, quelques idées iconoclastes côtoient de franches absurdités quand ce n’est pas des monstruosités ― bref, il veut oublier (et faire oublier) son échec à Normale Sup.

Du coup, il révise Machiavel en ne retenant que Le Prince alors que ce texte n’a de sens qu’en tant que complément des Discours sur la première décade de Tite-Live, écrits peu avant, qui font clairement l’éloge du régime républicain privilégiant le bien commun. Il voit dans Mandeville une recette pour gouverner et, du coup, il applique mal son art retors de gouverner ― une chance pour nous. Il enrôle Descartes au service du développement du capitalisme. Contre l’héritage du hégélianisme de gauche, il réhabilite un Hegel de droite, apologète du Maître contre l’Esclave et gardien de l’Esprit absolu qui triomphera avec lui à la fin de l’histoire. Quant à Ricœur, il ne retient que la division du sujet entre mêmeté (ce que le sujet a d’immuable dans la durée) et ipséité (ce qui renvoie à l’action instantanée dans ce qu’elle a d’unique). De sorte qu’autrui (dont Ricœur parle beaucoup) disparaît purement et simplement au profit d’une duplicité interne du soi, jouant de sa division entre mêmeté et ipséité ― ce qui fait alors apparaître Macron comme un personnage essentiellement intéressé à tisser sa propre légende.

Vous présentez Macron en prince machiavélien, qui pilote le capitalisme. Ce dernier n’est-il pas plutôt un « processus sans sujet », qui remplace le « gouvernement des hommes » par « l’administration des choses » (Saint-Simon) ?

Ce sont des théoriciens critiques du capitalisme qui, le plus souvent, présentent ce régime comme un « processus sans sujet ». C’est vrai vu de loin lorsqu’on pose un « système » qui régit tout en fonction d’une finalité donnée : le profit maximal. Or, vu de près, c’est moins vrai. Lorsque vous entrez dans ce « système », vous vous apercevez qu’il doit sans cesse intégrer des données nouvelles (par exemple, des branches de production ou des produits qu’il faut abandonner et d’autres qu’il faut développer). Ce qui suppose de faire des choix entre des propositions différentes, émanant d’ »acteurs » différents). Bref, les apologètes du capitalisme savent que le capitalisme est à la merci d’inventions et de réinventions (contingentes, faites par des acteurs ou des sujets) qui lui permettent, ou non, de se renouveler. C’est ce qui est arrivé avec Trump dont l’élection était tout sauf prévue. Ce qui survient avec lui procède du surgissement d’un sujet qui a réussi à ériger une forme nationale du capitalisme que l’ont croyait finie, le « national capitalisme », allant contre le capitalisme mondialisant. Macron aimerait justement se poser comme sujet ou héraut de cette forme mondialisante ― ce qui, pour lui, suppose qu’elle se renouvelle complètement. Pour ma part, je ne connais pas l’issue de cette lutte entre ces deux formes de capitalisme. Ni d’ailleurs, les aspects (politiques, économiques, voire militaires…) que pourraient prendre cette lutte. C’est pourquoi d’ailleurs, je tiens en suspicion cette expression d’ « administration des choses » qui laisse croire à un système capitaliste « pépère » qui tournerait et s’autorégulerait tout seul. Je préfère parler au propos du capitalisme d’un « gouvernement par les nombres », sachant que les seuls nombres qui intéressent le capitalisme sont ceux qui permettent la performance optimale. Or, comme je viens de l’indiquer, il existe au moins deux propositions contraires prétendant assurer la performance optimale dans le capitalisme actuel.

Vous faites de Macron le président des 0,1 %. Pourtant, cette base semble trop étroite pour faire élire un président. Sa victoire n’est-elle pas plutôt le résultat des classes supérieures, qui ont intérêt au maintien du capitalisme, même quand elles n’appartiennent pas aux possédants ?

Dire « Macron est le président des 0,1 % » relève du registre économico-social.

Dire « Macron a été élu Président de la République française en 2017 » relève du registre politique.

Les deux propositions sont vraies. Le seul problème est qu’on ne sait pas passer de l’une à l’autre. Comment, en d’autres termes, le « président des 0,1 % » a pu devenir le « Président de tous les Français », selon la formule consacrée. Or, c’est justement pour expliquer cette énigme que j’ai écrit ce livre. Dont le sous-titre n’a pas pu vous échapper : « Philosophie de la ruse et de la démesure ». Je veux dire que c’est par ruse que le président des 0,1 % a pu devenir le Président de tous les Français. Une ruse dûment montée et orchestrée, avec un brio certain. En ce domaine, les talents du Président sont indéniables. Par là, je veux dire aux « innocents », qui croiraient encore que la politique est le lieu d’un débat démocratique au terme duquel chacun se prononce en son âme et conscience citoyenne en déposant son bulletin dans l’urne, qu’il est temps de se réveiller ― c’est d’ailleurs ce qu’ils font. La politique est un spectacle tel que ce qui est faux peut être dit vrai et vice-versa. Mon livre doit être perçu comme une tentative de renversement du spectacle puisque j’en révèle les coulisses et les trucs (à entendre au sens originel du terme : un dispositif scénique destiné à créer une illusion). Or, ces ruses, ces montages, ces coups tordus, Macron en est justement devenu le grand spécialiste lorsqu’il exerçait à la banque d’affaires Rothschild & Cie, comme spécialiste des fusions-acquisitions. Une fonction qu’Alain Minc décrit ainsi : « Un banquier d’affaires doit être intelligent, souple, rapide, et s’il peut être en plus charmant (parce que c’est quand même un métier de pute…), c’est une qualité. [Macron] les avait toutes et il a merveilleusement réussi ». Ce à quoi, son patron d’alors, François Henrot ajoutait : « Il [Macron] a été pour moi la révélation immédiate ! Ce jeune trentenaire n’avait pas seulement des capacités intellectuelles extraordinaires ! Je lui ai dit : “Considère que tu es fait associé dans cette maison !” Là, on apprend vraiment l’art de la négociation, (…) et, d’une certaine façon aussi, des techniques de… comment j’allais dire… pas de manipulation de l’opinion, mais de… un petit peu ». En fait, c’est « un petit peu, beaucoup », car la dernière campagne des présidentielles fut saturée de coups (la construction du produit « Macron », son extraordinaire levée de fonds et le soutien enthousiaste de la grande presse, l’incapacité de Hollande de se représenter, le torpillage de la candidature Fillon…). Soyons clair : je ne crie pas au complot, je dis seulement qu’il faut étudier sérieusement les techniques de manipulation, autant anciennes que nouvelles, qui hypothèquent gravement le fonctionnement démocratique. Je tente dans ce livre d’en isoler quelques-unes et de montrer comment les Maîtres (ou ceux qui se croient tels) les utilisent sciemment pour perpétuer leur domination en les justifiant par des constructions philosophiques très élaborées.

Macron apparaît souvent comme un libéral sur tous les plans, économique, politique et culturel, héritier du « libéralisme-libertaire » post-soixante-huitard. Sa politique migratoire, sa volonté de mettre au pas la presse ou l’affaire Benalla ne révèlent pas plutôt un personnage autoritaire ?

Ce que vous relevez à juste titre indique qu’on ne comprend pas bien le positionnement de Macron par rapport au néo-libéralisme. Cela tient à ce que, en France, on croit que le néo-libéralisme signifie obligatoirement un État réduit aux fonctions régaliennes, se débarrassant des services publics et de la redistribution pour les remplacer par un « laissez-faire » économique faisant la part belle aux intérêts privés. Ceci est vrai à propos de Macron, sauf qu’il ajoute à cette couche libérale-libertaire ou anarcho-capitaliste une couche venue du second courant du néo-libéralisme. Je veux parler de l’ordo-libéralisme qui ressortit beaucoup moins de l’école de Chicago que du libéralisme allemand, né de l’opposition au nazisme et au communisme. Cet ordo-libéralisme assigne à l’État la mission de créer un cadre normatif permettant la concurrence libre et non faussée partout, aussi bien entre les entreprises qu’entre les individus. Macron en ce sens ne veut pas moins d’État comme dans l’ultralibéralisme, mais un État reconstruit autrement, avec moins de corps intermédiaires et plus de présence directe des forces économiques vives. C’est ce qui donne à la politique de Macron sa coloration autoritaire. La visée, c’est la mise en place partout du crédo entrepreneurial de la compétition et de la concurrence. En bref, Macron veut mettre tous les acteurs (entreprises et individus) en concurrence permanente. Toutes les réformes prévues dans tous les secteurs reposent sur ce principe. Toujours et partout, il va donc falloir faire ses preuves pour montrer qu’on est le meilleur ou alors consentir au déclassement et à la paupérisation. Mais est-ce que la plupart des Français sont prêts à consentir à cet horizon harassant ? Est-ce qu’ils sont prêts à en finir avec les différentes formes de solidarité et à ne miser que sur leurs passions égoïstes ? Pas sûr…

Légende : Emmanuel Macron à Versailles, le 29 mai 2017

Crédits : Wikimedia Commons

 
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Publié par le décembre 8, 2018 dans SOCIETE, THEORIE

 

Cherche-t-il les pleins pouvoirs ou la mégalomanie des pouvoirs des monopoles financiarisés.

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Et si Macron était encore plus mégalo qu’il n’y parait… Non seulement il est en train de tout organiser en vue d’un rapport de forces qui cherche le massacre avec un rendez-vous parodique: « qu’ils viennent me chercher à l’Elysée! », mais il se paye le luxe d’un conflit avec le Sénat. Comme s’il s’agissait d’un défi de voyou supprimant tous les corps intermédiaires et ne gardant plus que sa garde prétorienne.

Pourquoi ce conflit avec le sénat, on a insisté sur la colère depuis l’affaire Benalla, mais en fait ne s’agit-il pas d’aller vers une réforme de la constitution qui supprime le contre pouvoir des notables (hypothèse déjà envisagée après mai 68 et l’appel à Massu par De Gaulle qui a quitté le pouvoir après l’échec du référendum supprimant le sénat). Le pouvoir des monopoles financiarisés va vers la dictature et cela se voit non seulement en France mais sur toute la planète…

La clé de tout cela est dans le cancer financier qui pèse de plus en plus lourdement sur la dite planète, à la recherche de profits, il peut jusqu’à aller provoquer des émeutes de la faim en spéculant sur la nourriture… Et cette crise qui à la fois s’appuie sur les crises conjoncturelles de surproduction et inaugure une nouvelle forme a pris son essor en 2008. Ce cancer financier n’est pas ce libéralisme qui théoriquement serait contre l’Etat, il a au contraire plus que jamais besoin d’un état dictatorial qui assume les dettes de ce capital financier à la recherche de profits spéculatifs, l’énergie, les armements, le trafic des êtres humains. Ce cancer financier instaure partout un pouvoir capricieux qui obéit à ses seuls ordres, comme au Brésil, comme aux Etats-Unis.

La mégalomanie de Macron ira jusqu’au massacre tant elle veut détruire tout ce qui gène l’exercice direct des monopoles financiarisés.

Danielle Bleitrach

 

Le coût du capital ruine la France et ses salariés !

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Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

L’aide publique aux entreprises privées se monte chaque année à environ 200 milliards d’euros.

Les grands groupes encaissent ces sommes astronomiques destinées à aider l’emploi, ce qui ne les empêche pas de licencier, à l’exemple de Carrefour.

200 milliards d’euros, c’est à peine moins que le budget de l’Etat  qui se chiffre à 241,5 milliards d’euros en 2018… dont 15 millions seulement pour le Travail contre 16,68  millions en 2017 et 12 millions programmés pour 2019.

Ces chiffres sont confirmés par le pôle économique de la CGT.

Des milliers de dispositifs

Ce montant comprend les aides de l’Etat, les exonérations de cotisations sociales ainsi que les aides régionales et européennes, soit des milliers de dispositifs (6 000 selon certaines sources comme Deficreation)  dont la plupart se cumulent et dont on peut avoir une idée /

sur le site officiel du ministère de l’économie :

www.economie.gouv.fr/cedef/aides-publiques-entreprises

ou encore celui de l’Urssaf :

https://www.urssaf.fr/portail/home/employeur/beneficier-dune-exoneration/exonerations-generales/la-modulation-assurance chomage.html

ou sur le site de la direction de l’information légale et administrative :

https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/F23922

Il existe même un site dédié :

http://www.aides-entreprises.fr/

Au total 1 624 aides publiques dans  10 domaines sont présentées. Il suffit de taper son lieu d’implantation et le domaine concerné par la demande d’aide, par exemple emploi-formation ou gestion financière et exonération et s’affiche la liste des aides possibles.

Cice et cie

L’aide  qui fait le plus parler d’elle tant par son montant (plus de 20 milliards d’euros) que par son emploi controversé (destiné notamment à alléger le coût du paiement des salariés jusqu’à 2,5 SMIC) est le CICE – Crédit Impôt Compétitivité Emploi

En 2019 il sera remplacé par un allègement de cotisations patronales de 6 points sur les salaires inférieurs à 2,5 SMIC complété par un allègement de 4,1 points du Smic à 1,6 SMIC ! Un des plus gros hold-up du siècle, puisqu’il s’agit du salaire socialisé qui finance la protection sociale !

Car le comble est que l’Etat aide les entreprises (d’autres aides existent pour cela) à payer leurs salariés un peu plus que le SMIC alors que c’est une obligation légale de les payer au moins au SMIC !

Depuis le 1er janvier 2017 et jusqu’à la fin de cette année, les entreprises peuvent également bénéficier du CITS-crédit-d’impot-sur-la-taxe-sur-les-salaires

Ce coup de pouce permet aux entreprises d’alléger la taxe sur les salaires parce qu’elles ne paient pas la TVA. Il se cumule avec le CICE et autres allègements fiscaux notamment sur les cotisations sociales.

Dans le même temps, la baisse progressive du taux l’IS – impôt sur les sociétés jusqu’à 25 % en 2022 se poursuit.

Aides à l’emploi ou aux bénéfices ?

Destinées à soutenir l’emploi,  il n’existe aucun contrôle et aucune sanction en cas de non respect des conditions quand elles existent (certaines aides sont données sans condition). De plus, si la plupart des aides sont imposables, des dérogations permettent d’alléger ou d’exonérer cette imposition. Par exemple :

– la déduction forfaitaire pour paiement des heures supplémentaires (parce que les employeurs sont aidés à payer les heures sup !) doit respecter deux conditions : respect par l’employeur des dispositions légales et conventionnelles relatives à la durée du travail et les rémunérations afférentes aux heures supplémentaires ne se substituent pas à d’autres éléments de rémunération, sauf si un délai de douze mois s’est écoulé entre le dernier versement de l’élément en tout ou partie supprimé et le premier versement des éléments de rémunération relatifs aux heures supplémentaires.

– pas de conditions pour bénéficier du CICE comme expliqué sur le site du ministère de l’économie Qui a droit au CICE ?

– pas de conditions pour l’aide à l’embauche des travailleurs handicapés

Certes ces aides peuvent aider les TPME, PME et PMI, les agriculteurs, artisans et commerçants en difficulté ou encore pour s’installer auto-entrepreneur. Mais le plus scandaleux c’est que ce sont surtout les grosses entreprises, affichant d’énormes bénéfices, comme carrefour qui en profitent.

Par exemple : Le cas Carrefour

Ce groupe supprime 4 500 emplois mais empoche 400 millions d’aides publiques par an pour l’essentiel destinées à diminuer les charges salariales. Alors que ses bénéfices tournent autour d’un milliard d’euros !

 

 

Se plaindre du cout du travail, est un mensonge, qui vise à cacher la réalité : les racines de la crise c’est le coût du capital !

Questionnée à ce sujet, la CGT confirme que « Carrefour  a touché successivement 350 millions d’euros d’aides publiques consistant en exonération de cotisations salariales et en CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi) en 2018, 380 millions en 2017, 390 millions en 2016, 423 millions en 2015, 400 millions en 2014, soit un total de près de 2 milliards d’aide publique en 5 ans dont 744 millions au titre du CICE  ! »

Dans le même temps « le groupe Carrefour, 1er employeur de France avec 115 000 salariés, c’est 88 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017 et 980 millions de bénéfice (6 milliards de 2012 à 2016) dont 500 millions ont été distribués aux actionnaires (2,379 milliards de 2012 à 2016). »

2 milliards d’aide publique en 5 ans ont servi à verser 2 milliards de dividendes aux actionnaires. Pour faire court les 2 milliards d’aide publique sont allés directs dans la poche des actionnaires, pas de l’emploi ni de la compétitivité.

« Le CICE destiné au maintien de l’emploi, c’est en fait 2 400 suppression de poste au siège social, 2 100 emplois menacés  par la fermeture de magasins DIA si pas de repreneurs.  Ajoutons les menaces qui pèsent sur les salariés des magasins qui vont passer en location-gérance, les vendeurs concernés par la réduction de 100 000 m2 des surfaces des hypermarchés etc. Déjà les effectifs avaient baissé de 2 050 salariés »

La CGT précise : « c’est avec nos impôts qu’on licencie aujourd’hui en France».

Tous ces chiffres, le gouvernement et ses ministres du travail les connaissent et pourtant ils continuent à faire le choix de favoriser le « coût du capital » contre les salaires et l’emploi, aujourd’hui fortement contesté par les travailleurs, le salariat et l’opinion publique comme en témoignent les 28% de l’opinion qui soutiennent l’action des gilets jaunes pour le droit à la vie !