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Archives de Catégorie: Afrique

Anniversaire: La dernière lettre de Patrice Lumumba à sa femme

POLITIQUE

La dernière lettre de Patrice Lumumba à sa femme

17 janvier 2011 à 09h02 | Par Jeune Afrique

Essayant de gagner la province du Kasaï contrôlée par ses partisans fin novembre 1960, Lumumba est capturé. De sa prison, il écrit à sa femme Pauline.

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Ma compagne chérie,

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.

Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai je dire d’autre ? Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

 l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.
Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo ! Vive l’Afrique !

Patrice Lumumba

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Publié par le juillet 25, 2019 dans Afrique, HISTOIRE, INTERNATIONAL

 

Afrique: Cette femme devenue chef a annulé 850 mariages d’enfants et renvoyé les filles à l’école

dredi, 24 mai 2019

Les héros ne portent pas toujours une cape de superhéros et n’obtiennent pas toujours l’attention qu’ils méritent. Theresa Kachindamoto est l’un de ces héros.

Theresa est la cadette d’une famille de 12 enfants et descend des chefs de village de la région de Monkey Bay au Malawi. Quand ce fut son tour de devenir chef après 27 ans passés en tant que secrétaire de collège, elle s’est consacrée à l’interdiction des mariages d’enfants par leurs parents.

Le Malawi est l’un des pays les plus pauvres du monde et une enquête réalisée en 2012 a montré que plus de la moitié des femmes du pays étaient mariées avant l’âge de 18 ans. Les organisations tentent d’avertir les parents du danger des mariages et des grossesses précoces. Cependant, les parents sont souvent trop pauvres pour prendre soin de leurs filles et pensent donc qu’ils n’ont pas d’autre choix.

La femme ne s’attendait jamais à être élue. Elle vivait dans une ville différente, avait de nombreux frères et sœurs aînés et avait elle-même cinq enfants à sa charge. Mais sa réputation d’être ‘bonne avec les gens’ l’a conduite à son élection surprenante. Son peuple lui a dit qu’elle obtiendrait le poste ‘qu’elle le veuille ou non’, se souvient Theresa.

Le mariage des enfants est une pratique culturellement acceptée dans la région et résulte souvent de difficultés financières. Cependant, il est illégal depuis 2015, bien que cela puisse être évité tant que les parents donnent leur consentement.

Theresa était déterminée à mettre fin à cela. En voyageant dans la région, elle a rencontré des filles de 12 ans seulement avec un mari et des enfants. « Je leur ai dit : ‘que vous le vouliez ou non, je veux que ces mariages soient annulés’ ».

En tant que chef de plus de 900 000 personnes, elle a annulé 850 mariages d’enfants et envoyé toutes les filles à l’école.

Au moment où les parents ont commencé à protester contre ses actions, Theresa ne l’a pas accepté. Parce que la mentalité des gens est souvent difficile à changer, elle a changé la loi.

Ses 50 sous-chefs ont signé un accord pour abolir les mariages d’enfants et annuler les mariages d’enfants existants.

Comme on pouvait s’y attendre, certaines personnes ont continué cette pratique.

Pour montrer qu’elle le pensait sincèrement, Theresa a limogé quatre dirigeants masculins dans des endroits où des mariages d’enfants avaient encore lieu. Ils ne pourraient pas revenir avant d’avoir respecté l’accord, annulé les mariages et envoyé les filles à l’école.

Même si elle avait reçu des menaces de mort, Theresa n’avait peur de rien. « Je m’en fiche, ça ne me dérange pas. Je l’ai dit, on peut en parler, mais ces filles retournent à l’école », a-t-elle déclaré.

Theresa veille également à trouver le moyen de payer l’école pour les filles dont les parents n’ont pas les moyens.

« Éduquez une fille et vous éduquez toute la région… vous éduquez le monde »a-t-elle expliqué.

Ci-dessous vous pouvez voir une interview de Theresa Kachindamoto. Si vous la trouvez si inspirante et impressionnante, n’oubliez pas de partager cet article afin que davantage de gens la connaissent !

 
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Publié par le juillet 9, 2019 dans Afrique, femmes, INTERNATIONAL

 

Algérie : Il y a 57 ans : le 5 juillet 1962 indépendance de l’Algérie

IL y a 57 ans se terminait la guere d’Algérie, dans me’s mémoires je tente de faire comprendre aux jeunes générations l’impact de cette guerre sur les jeunes gens de ma génération… Il y a de ce fait une rupture entre ceux de ma génération marqués par la guerre, le danger atomique et les guerres coloniales, la guerre d’Algérie surtout, ce que cela reprsentait d’être communiste à ce moment là où Les socialistes élus pour faire la paix ont envoyé le contingent accomplir 27 mois de cette sale guerre, le combat pour la paix aussi périlleux que ceux qui pensaient devoir déserter C’est trés different de l’ambiance de mai 68, beaucoup plus dur et tragique. . (note de danielle Bleitrach=

19 mars 1962, le gouvernement français et les combattants algériens, représentés par le Front de libération nationale (FLN), décidaient le cessez-le feu en Algérie. C’était la fin d’une guerre, injuste, sanglante et cruelle menée par la France contre l’indépendance du peuple algérien. Pour le mettre à genoux, les militaires français ont tout essayé les viols, terribles et nombreux, le terrorisme avec l’OAS et la torture avec des gens comme Le Pen ou des généraux… comme Raoul Salan. Cette sale guerre coloniale a massacré entre 500.000 et 1 million d’Algériennes et d’Algériens, plus de 30.000 militaires français ont été tués, 8.000 villages ont été incendiés et détruits, plus de 2 millions d’Algériennes et d’Algériens ont été déportés dans des camps d’internement.

La veille de ce cessez-le-feu, le 18 mars 1962, la délégation du Gouvernement provisoire de la République Algérienne (GPRA) de 12 personnes, dirigée par son vice-président, Krim Belcacem, signait ce que l’on a appelé les accords d’Evian avec une délégation représentant le gouvernement français composée de 11 personnes dont, notamment, Louis Joxe, Bernard Tricot et Jean de Broglie (qui sera assassiné plus tard, par un groupe se revendiquant de Charles Martel, signature habituelle de l’OAS). Ce texte fixait un cessez-le-feu pour le 19 mars à midi, décidait l’organisation de deux référendums, établissait le statut de la minorité européenne d’Algérie, évoquait le Sahara et les essais nucléaires ainsi que les bases militaires françaises. Ces accords impliquaient aussi une vaste politique d’immigration d’algériens vers la France pour répondre aux besoins industriels de l’ancien colonisateur.

En avril 1962, les français de métropole se prononçait pour l’indépendance de l’Algérie avec 90% de oui. Le 1er juillet 1962, tous les habitants d’Algérie (exceptés les soldats du contingent), étaient appelés aux urnes et approuvaient l’indépendance par 99% des votants. Le 5 juillet 1962 l’indépendance de l’Algérie était proclamée. Après le 5 juillet, c’est Ferhat Abbas qui dirige le pays jusqu’au 15 septembre. En septembre 1962, Ahmed Ben Bella met en place le gouvernement, rédige une constitution et devient en septembre 1963 le premier président élu de l’Algérie indépendante.

De fortes divisions au sein du FLN et des règlements de compte, notamment contre les harkis, supplétifs algériens de l’armée française, abandonnés par la France qui a refusé à la plupart de quitter l’Algérie avec l’armée, feront de très nombreuses victimes.

L’extrême-droite « Algérie française » a tout fait pour empêcher l’indépendance multipliant les attentats. Elle a redoublé dans le crime après le 18 mars créant un bain de sang pour ne laisser qu’une possibilité à la population non musulmane, dite « Européenne », celle de fuir massivement l’Algérie indépendante, appliquant ainsi leur sinistre mot d’ordre : « la valise ou le cercueil »

Evoquant les crimes de l’OAS, Laïd Lachgar écrit : «Comment dire que des Algériens étaient suspendus au travers d’une rue de Bab El Oued et imbibés d’essence pour les transformer en torches humaines ?»

« Comment rendre-compte, à 50 ans de distance, de crimes ordonnés et exécutés par les tueurs des groupes Delta de l’OAS, dans la principale et chic avenue d’Alger, rue Michelet à l’époque, qui assassinaient plusieurs algériens tous les cinquante mètres, d’une seule balle dans la nuque, comme s’il s’agissait d’un concours de tir ?

Comment dire (et être cru aujourd’hui) que les cortèges funéraires algériens se rendant au cimetière d’El Kattar étaient soumis à des fusillades par l’OAS à partir de terrasses d’immeubles de Bab El Oued ?

Comment parler des enseignants exécutés » ?

Les sbires de l’OAS dont certains seront condamnés par la justice française, rentreront en France et seront plus tard, avec les rescapés de la Collaboration, à l’origine du parti de la haine, le Front national, devenu maintenant le Rassemblement national en référence avec le parti de la collaboration fondé par Marcel Déat.

Aujourd’hui, plus d’un demi siècle plus tard, il faut une politique d’ouverture et de coopération. Il faut que les jeunes français de toutes origines connaissent réellement l’histoire de l’Algérie, de sa résistance, de sa libération et de l’immigration. Mais hélas, on en est encore loin.

Marseille, le 5 juillet 2019

Jacques Soncin

SOURCE : https://www.moroccomail.fr/2019/07/06/il-y-a-57-ans-le-5-juillet-1962-independance-de-lalgerie/

 
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Publié par le juillet 8, 2019 dans Afrique, HISTOIRE, INTERNATIONAL

 

Guerre en Libye : un rapport britannique accable Sarkozy

  •  Décidement la droite tombe le masque, non seulement Sarkozy  nous a envoyé en guerre mais le canard enchaîné découvre que Raymond Barre avait un pactole de 7 milliards d’euros cachés en Suisse. Le vrai problème dont ces gens-là ont bénéficié même et surtout quand la goche a été au poivoir. . En ce qui concerne l’expédition libyenne hélas il y a eu une quasi unanimité autour de cette expédition. Si l’on excepte le discours d’un député communiste excellent mais qui n’a eu droit qu’à dix lignes dans l’humanité tandis que les folies du responsable du parti de l’époque Jacques Fath proposant que l’on distribue des fusils aux rebelles de Bneghazi et l’Humanité publiant des articles dignes de Bernard Henri Levy, il était impossible comme je le tentais alors avec une poignée  d’autres communistes entrés en dissidence de se faire entendre sur le caractère illégal et fou d’une telle intervention. Le PCF n’avait plus de politique extérieure autonome et s’alignait sur la social démocratie. Ceux qui ont agi ainsi sont toujours là et au même poste avec la même ligne. (note de Danielle Bleitrach)
International
FIASCO – Les parlementaires britanniques dénoncent dans un rapport publié mardi l’intervention militaire du Royaume-Uni et de la France en Libye en 2011. Nicolas Sarkozy y est directement mis en cause.

5 ans après sa mort, le colonel Kadhafi continue de causer des soucis à Nicolas Sarkozy. Dans un rapport révélé mardi, les membres d’une commission d’enquête parlementaire britannique s’attaquent en effet à la mauvaise gestion de la crise libyenne en 2011 par l’ancien président français et l’ex-Premier ministre du Royaume-Uni David Cameron.

Le document d’une cinquantaine de pages dénonce le fiasco d’une intervention censée, au départ, être humanitaire (la ville de Benghazi, dans le nord de la Libye, est alors assiégée par les forces loyalistes, ndlr). Intervention qui s’est pourtant rapidement avérée être une opération purement militaire contre le régime de Mouammar Kadhafi.

Les motivations de Sarkozy et de la France pointées du doigt

David Cameron se voit notamment reproché d’être le « responsable final » de l’échec de l’opération aérienne menée en application d’une résolution de l’ONU. Pour les parlementaires, c’est cette décision qui a conduit au chaos actuel : guerre civile et implantation massive des jihadistes dans la région.

Mais si la finalité du revers est attribuée au Royaume-Uni, la France est désignée comme étant à l’origine de l’initiative militaire. Et Nicolas Sarkozy est directement visé. A partir d’une conversation entre un conseiller diplomatique d’Hillary Clinton – alors secrétaire d’Etat – et l’un de ses homologues français, le texte liste ainsi en détail ce que les députés estiment être les raisons de la volonté française :

  • 1S’emparer d’une plus grande part de la production libyenne de pétrole

  • 2Accroître l’influence française en Afrique du Nord

  • 3Améliorer la situation politique personnelle de Nicolas Sarkozy en France

  • 4Permettre à l’armée française de réaffirmer sa position dans le monde

  • 5Répondre à la volonté de Kadhafi de supplanter la France comme puissance dominante en Afrique francophone

Cinglant, le texte relève que « quatre des cinq facteurs identifiés concernent les intérêts nationaux de la France tandis que le cinquième n’est relatif qu’aux intérêts personnels du président Sarkozy ».

LIRE AUSSI

Des solutions politiques auraient dû être exploréesLa commission d’enquête parlementaire britannique sur l’intervention militaire en Libye.

Le rapport, selon lequel « des solutions politiques auraient dû être explorées, conclut que cinq ans plus tard, le pays est livré aux milices formées d’ex-rebelles et qu’il reste miné par les luttes de pouvoir et les violences meurtrières. Une situation qui a grandement contribué à la montée en puissance des terroristes de Daech.

Pour les parlementaires, David Cameron et Nicolas Sarkozy auraient dû savoir que les jihadistes allaient chercher à profiter de la rébellion.

VIDEO. Libye : au cœur de la bataille pour la libération de Syrte

EN VIDÉO

Libye : au coeur de la bataille pour la libération de Syrte

 
 

Ingérence en Algérie: les services secrets russes auraient averti la France

20 декабря 2018. Президент РФ Владимир Путин на четырнадцатой большой ежегодной пресс-конференции в Центре международной торговли на Красной Пресне.

© Sputnik . Aleksey Koudienko
INTERNATIONAL

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Fabien Buzzanca
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Tout est parti d’un tweet de Georges Malbrunot, grand reporter du Figaro. Il relaie une source diplomatique qui avance que les services de renseignement russes ont averti leurs homologues français que Moscou ne souhaitait pas d’ingérence des Français dans les changements politiques en cours en Algérie. Sputnik France a tenté d’en savoir plus.

«Un confidentiel du Figaro nous apprend que les services de renseignements russes ont transmis le message suivant à leurs homologues français. « On ne veut pas d’une ingérence française dans le choix du nouveau régime algérien ».»

​Ce tweet daté du 9 avril a pour auteur Georges Malbrunot, grand reporter au Figaro. Le journaliste cite cette information qui aurait pour source un diplomate français. Ce dernier assure que les services secrets russes ont averti la France qu’ils ne souhaitaient aucune intervention de Paris visant à influencer le changement politique en cours en Algérie.

«Les services français ont répondu oui oui, mais ils n’ont tiendront pas compte, l’Algérie, c’est trop important pour nous», aurait ajouté le diplomate.

​Alain Rodier, ancien officier supérieur des services de renseignement extérieurs et directeur de recherche au sein du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) a livré son analyse à Sputnik France. Selon lui, il n’y a rien d’étonnant à ce que les services russes parlent avec leurs homologues français: «Je rappelle que nous avons des relations diplomatiques avec la Russie. À ma connaissance, les ambassades respectives sont toujours actives dans les deux pays. Le rôle des services de renseignement est aussi de maintenir des contacts avec leurs homologues étrangers sur des sujets d’intérêt commun, comme la lutte contre le terrorisme ou le crime organisé. Tout ceci se fait a priori, en dehors de considérations géopolitiques et entre professionnels.» Ce qui surprend plus l’ancien officier de renseignement, c’est la méthode:

«Que les services russes aient dit aux services français de ne pas s’ingérer dans le changement de pouvoir en Algérie et que cette information sorte m’étonne. La première raison est que ce type d’échanges entre services doit rester secret. Un diplomate français aurait eu vent d’échanges entre les services russes et français. Or, à ma connaissance, les diplomates français n’ont pas accès à ce type d’échange. J’appelle donc à la prudence quant à cette source.»

Sputnik France a contacté le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères. Ce dernier n’avait toujours pas donné suite à nos demandes de réaction au moment de la publication de cet article. Nous avons également sollicité les autorités russes afin de connaître leur point de vue et attendons leur retour.

La France sur le fil du rasoir

«Nous sommes sur une étroite ligne de crête: ni ingérence ni indifférence», disait le Quai d’Orsay au journal Le Monde en février dernier. Cette déclaration qui pourrait servir de maxime illustre parfaitement la position délicate de la France dans le dossier algérien. Ne pas intervenir pourrait être entendu comme un soutien à l’appareil d’État et au statu quo. A l’inverse, la position contraire pourrait être perçue comme une tentative d’ingérence. Alors, la diplomatie française joue la prudence, usant de propos «minimalistes et rares» selon France Inter. Quid de ses services de renseignements?

«Si l’information relayée par Georges Malbrunot était confirmée, cette fuite ne viendrait certainement pas du côté des Français, ce qui laisse les Russes. Pour quelle raison feraient-ils ça? Chercher à affaiblir la position de la France vis-à-vis de l’Algérie afin de renforcer la leur est une possibilité. Il faut se demander à qui profite le crime. Les relations entre la Russie et l’Algérie ne datent pas d’hier. Je rappelle que l’URSS a financé le Front de libération nationale (FLN). La Russie actuelle a hérité de ces relations et quelque part, la France dérange la position russe en Algérie», déclare Alain Rodier.

Lors d’un entretien donné à nos confrères d’Atlantico, l’ancien officier de renseignement s’interrogeait sur la possible origine russe de la fuite:

«Cela pose alors une autre question: provient-elle du Kremlin ou est-ce une initiative subalterne ou même privée? Des fouteurs de merde, cela ne manque pas aujourd’hui, surtout quand cela peut nourrir des polémiques dont sont avides les médias, question d’audience et de ventes en kiosques…»

Le chef d’état-major algérien met en garde

«L’action des services de renseignement français est en accord avec l’action politique du gouvernement. Il est très clair dans ses déclarations. Ils ne souhaitent intervenir en aucune façon sur la politique intérieure ou extérieure de l’Algérie», assure Alain Rodier. Même en marchant sur des œufs, Paris a provoqué de vives réactions ces dernières semaines de l’autre côté de la Méditerranée.

Le 11 mars, Abdelaziz Bouteflika annonçait par le biais d’une lettre renoncer à briguer un cinquième mandat. «Je salue la déclaration du président Bouteflika par laquelle il annonce ne pas solliciter un cinquième mandat et prendre des mesures pour rénover le système politique algérien», réagissait le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian dans un communiqué. Sofiane Djilali, président du parti Jil Jadid (Nouvelle génération), avait alors publié une vidéo le 12 mars sur Twitter appelant à «dénoncer le soutien de la France officielle au régime Bouteflika». «Elle ne veut pas de démocratie en Algérie, elle a besoin de serviteurs», tempêtait-il.

​Le même jour, Emmanuel Macron dégainait lui aussi son clavier et twittait ceci:

«La jeunesse algérienne a su exprimer son espoir de changement avec dignité. La décision du Président Bouteflika ouvre une nouvelle page pour la démocratie algérienne. Nous serons aux côtés des Algériens dans cette période nouvelle, avec amitié et avec respect.»

​Une réaction qui avait inspiré un dessein au caricaturiste Ali Dilem mettant en scène «Abdelaziz Macron». Le message est clair.

​Si certains internautes avaient appelé à la mesure, ce déchaînement sur les réseaux sociaux est très révélateur du caractère explosif de la situation pour Paris.

«La France fait extrêmement attention à ne surtout pas intervenir en Algérie. Paris connaît très bien le pouvoir actuel et la population. La France sait qu’ils sont aptes à gérer la situation. Elle cherche à éviter toute accusation d’ingérence», explique Alain Rodier.

En plus du fait que les deux pays soient liés historiquement et que de nombreux Français d’origine algérienne se trouvent dans l’Hexagone, l’Algérie est un pays très riche en énergies fossiles et l’un des principaux fournisseurs d’énergie de la France (10% du gaz importé). Avant même que le mouvement social anti-Bouteflika ne provoque ses premières secousses, un journaliste de L’Obs recueillait cette confidence d’un «haut responsable français»:

«Le cauchemar du Président de la République, c’est l’Algérie. C’était aussi celui de ses prédécesseurs. Les plus hautes autorités de l’État sont terrifiées par la perspective d’une grave déstabilisation de notre ancienne colonie après la mort de Bouteflika.»

Bouteflika n’est pas mort, mais il a renoncé au pouvoir. Une démission annoncée le 2 avril, qui n’a en rien réglé la situation. «La vigilance est de rigueur. On apprécie le moment, mais on n’oublie pas l’essentiel. Le système et ses tentacules mafieux doivent dégager. Donc les marches continueront», lançait le soir même une manifestante citée par l’AFP. Signe que la crise algérienne est loin d’être terminée.

Le 9 avril, les parlementaires de l’Assemblée populaire nationale et du Conseil de la Nation se sont réunis pour se trouver un Président par intérim. Et sans surprise, Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la Nation, a été nommé. Une décision mal accueillie par une partie du peuple. De nombreux manifestants demandent que les «3 B», jugés trop proches du pouvoir, soient écartés du processus qui mènera à l’élection d’un nouveau Président. Le trio est composé d’Abdelkader Bensalah, du président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaiz et du Premier ministre Noureddine Bedoui.

L’appel du quotidien El Moudjahid, proche du pouvoir, à écarter Abdelkader Bensalah n’aura donc pas suffi. «Cette personnalité […] n’est pas tolérée par le mouvement citoyen, qui exige son départ immédiat, mais aussi par l’opposition et une partie des représentants des formations politiques de la majorité des deux Chambres du Parlement», écrivait le journal avant la nomination d’Abdelkader Bensalah.

Il se trouve que le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée et plus puissant que jamais, souhaite que la succession se déroule selon la Constitution. Et que prévoit-elle? Que le président du Conseil de la Nation, en l’occurrence Abdelkader Bensalah, prenne le pouvoir en attendant de passer le flambeau à un nouveau chef d’État élu lors d’un scrutin présidentiel, le tout dans un délai de 90 jours. Le souhait du militaire est désormais exaucé. Mais à quel prix?

​Le 9 avril, des milliers d’étudiants rassemblés devant la grande poste d’Alger ont crié «Dégage Bensalah!» et «Système dégage!». La police a fait usage de grenades lacrymogènes et d’un canon à eau pour disperser la foule. Rachid Grim, enseignant en Sciences politiques à l’Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP) d’Alger s’est inquiété de la situation auprès de l’AFP:

«C’est là où il y a un vrai problème. L’armée tient à ce que cela [la transition Ndlr] se fasse à l’intérieur de la Constitution et la rue veut que cela se fasse à l’extérieur de la Constitution. Si l’armée n’assouplit pas sa position, on va vers la rupture.»

L’élection présidentielle algérienne est fixée au 4 juillet. Abdelkader Bensalah a signé le décret le 10 avril. De son côté, Ahmed Gaïd Salah a d’ores et déjà averti les manifestants et a parlé de «slogans irréalistes visant à […] détruire les institutions de l’État» dans les cortèges. Alors qu’il était en déplacement à Oran, le chef d’état-major est allé plus loin. Comme d’autres responsables algériens avant lui, il a parlé de «tentatives de la part de certaines parties étrangères» de «déstabiliser le pays»

 

Sociologue et internationaliste 2 Le Benin , la transition vers la modernité?

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enfants sur la route des esclaves.

Derrière l’Eglise, séparée du presbytère par l’esplanade avec ses statues monumentales se trouve le foyer. Trois sœurs franciscaines apprennent la couture à une dizaine de pensionnaires. Agglutinées à la fenêtre, elles nous guettent. Impossible de leur arracher une parole, les plus timides se tortillent en pouffant de rire. La plus audacieuse me touche les cheveux. Les sœurs ont étalé sur une table les plus beaux travaux de leurs protégées. La matinée languit jusqu’à l’heure du repas. J’ignore toujours où sont passées Valérie et Stéphanie. Elles viennent enfin me récupérer. Est-ce que je me trompe, mais elles marmonnent en jetant de fréquents regards derrière elles comme si elles craignaient d’être espionnées. Il n’y a pourtant qu’une nonette souriante et ronde qui nous accompagne jusqu’au seuil du réfectoire.

Le père Arsène, assis à ma droite, ne mange que de la « pâte », une miche gélatineuse arrosée d’une sauce au poisson séché. En face, Valérie et Stéphanie toujours murées dans un colloque singulier, têtes rapprochées, ne paraissant pas soupçonner l’impolitesse de leur attitude. En bout de table, un garçon aux cheveux, à la texture et la couleur de la paille, un Français. A ses côtés se trouve une femme d’une cinquantaine d’années, blonde comme moi. Là s’arrête la ressemblance, elle est décharnée et tannée comme une vieille bique, alors que j’ai la chair pleine et drue, d’un blanc de marbre qu’affole la brulure du soleil.

-Thérèse, votre retraite s’est bien passée ?

Elle lève les yeux au ciel telle une miraculée et murmure quelque chose du genre « Avec Dieu on est toujours bien ! » Le père n’écoute pas la réponse à la question qu’il a posée machinalement. La biquette chevrotante l’irrite .

Elle s’adresse à moi les yeux à moitié clos, le museau tendu :

  • C’est la première fois que vous venez en Afrique ?

Et sans s’intéresser à mes dénégations muettes, les yeux toujours mi-clos, elle s’extasie :

  • C’est une contrée de foi et de bonté. Les villageois m’ont donné leur cœur. Ils m’appellent maman.

Quelle gourde ! Elle n’a pas encore compris que les Africains appellent « maman » toutes les femmes dès qu’elles ont atteint la trentaine. Tiens ! Les bras de la dévote sont couverts d’eczéma. Le manque d’eau, une hygiène désastreuse ou l’hystérie ? Dès que je vois un Européen en Afrique, je guette les symptômes de la décomposition et ça ne rate jamais je les trouve. D’ailleurs dans le genre, je commence à être pas mal non plus.

Que dire de la journée ? Pas moyen de rester seule avec les étudiantes qui sont aussi stagiaires de la mission. Le père prend visiblement son tutorat très au sérieux. Il me fait des remarques sur l’assiduité de mes élèves, sur leur tendance regrettable à vouloir avoir raison. Nous sommes dans le sous-entendu, mais j’ignore de quoi elles sont accusées. Le père Arsène marque encore plus sa préséance en m’expliquant qu’il a quelque chose à leur dire, des recommandations à leur faire et il les entraîne en me plantant là..

Comme par miracle, voici les nonettes et quatre de leurs pensionnaires. Chacun avec deux grands seaux à la main et une marmite sur la tête.

  • Nous allons chercher de l’eau, venez-nous avec nous ?

Il faut faire trois kilomètres sur une piste sablonneuse, sous le soleil qui s’obstine à cogner jusqu’au K.O. A l’arrivée, les petites pensionnaires s’agrippent à un treuil rouillé. Elles bloquent avec leur ventre le retour de manivelle, les muscles tendus et trempés de sueur. Les tricots de peau humides et les pagnes remontés sous l’entrecuisse, elles ahanent. Au retour, les anses métalliques des seaux leur scient les doigts. Elles ploieraient sous la charge si elles ne devaient garder la tête haute pour le bon équilibre de la bassine. Pour que les bidons des chambres, de la buanderie, et de la cuisine soient pleins, la corvée doit avoir lieu plusieurs fois par jour.

La journée est passée, à dix huit heures on soupe. La nuit, le groupe électrogène ne fonctionne qu’à partir de 19 heures. Dès que les lumières s’allument, un nuage d’insectes volette au dessus des têtes, des moustiques, des moucherons belliqueux, des papillons bruns au thorax velu gras et mou. Les bestioles s’abattent en piquet sur les visages ruisselants de sueur et dans les plats. Le repas est bâclé, après un bref signe de croix, le père Arsène quitte la tablée qui aussitôt s’égaye.

Enfin seule… un fauteuil en rotin, j’y tombe un petit havane parfumé aux lèvres. Au loin, le cri d’un oiseau approfondit le silence et derrière moi des pas étouffés par le sable, un craquellement, un frôlement. Mes deux étudiantes sont là. Elles s’asseyent par terre en tailleur.

Ici la nuit a une profondeur inconnue. On flotte dans une vie primitive, animale. Peut-être est-ce cela que l’on vient chercher et qui vous détruit comme le soda bi, un alcool de palme qui atteint le 70 degrés.

Je tente une remarque neutre, en attendant qu’elles me disent le problème s’il y en a un.

-Il fait bon la nuit soulage un peu.

Valérie approuve :

  • Oui on se sent un peu mieux quand ce foutu soleil ne frappe plus, mais sous le moustiquaire c’est toujours l’enfer.

Je me force à la conversation. J’éprouve un signe de fatigue qui ne trompe pas : quand le prof légèrement déprimé se rend compte que ses étudiants ne cessent de rajeunir. Alors que lui… C’est en général à ces moments-là que ces brutes vous achèvent en vous renvoyant à une autre civilisation, celle des robes en vichy à petits carreaux, des jupons amidonnés, des ballerines, de la choucroute sur la tête, des barricades de la rue Gay Lussac, de ce charmant trotskiste aux cheveux bouclés. Aujourd’hui, il est complètement chauve et, en tant que cacique du PS, il est devenu un arriviste de première.

On entend tourner le moteur qui fournit l’électricité. Je baille en constatant à haute voix que je n’ai pas encore récupéré.

Devant ma chambre, avec une écuelle de fortune, une boite vide de concentré de tomate, je prends un peu de liquide qui croupit dans le bidon. J’écarte les insectes qui flottent à la surface en songeant avec mauvaise conscience à la noria des gamines. Me frotter les dents avec cette eau relève de la témérité, mais le pas qui mène tout droit aux amibes intestinales est franchi depuis longtemps. J’ai une pensée émue pour Risquet qui à Chandighar m’interdisait toute nourriture non cuite et probablement lavée à une eau croupie. Nous avions alors constaté que nos mères nous avaient nourris  au sein l’un et l’autre durant douze mois.  C’est le meilleur remède contre le paludisme m’avait-il confié.… Que la providence gère notre destin désormais. Pour le paludisme, à l’aube, néanmoins il faudra avaler un cocktail de paludrine et de nivaquine absolument écœurant.

Quelques instants plus tard, dans ma chambre, la plus somptueuse du presbytère avec sa salle de bain carrelée et ses robinets chromés mais sans eau courante, l’interrogation ontologique sur l’Afrique et sur cette mission ressurgit : où est l’exagération ? Mes deux étudiantes m’ont quittée avec regret, comme si elles taisaient un lourd secret. , Valérie a murmuré :

  • Madame ce sont tous des tarés.

C’est là une réflexion que l’on a du mal à admettre de la part d’une étuidante de sociologie… Il faut que je mette les choses au point.

Néanmoins le lendemain tout paraissait rentré dans l’ordre, les filles m’ont proposé de rencontrer un collègue ethnologue. Un des critères sur lesquels je jugeais l’avancée de leurs travaux était la capacité à nouer des contacts avec les chercheurs locaux, français ou béninois.

Durand travaillait sur la modernité religieuse au Bénin. Pendant deux jours, elles lui avaient téléphoné à plusieurs reprises, en vain. Nous avons fini par le contacter et il nous a donné rendez-vous à Cotonou devant la grande poste, le lundi 19 février à 15 heures.

Il était là à l’heure dite avec un étudiant africain de haute taille qui répondait au doux patronyme de Nestor. Durand portait, une veste en coton à grand motifs bleus et verts, évasée du côté du col et plongeant vers l’arrière comme celle de l’Auguste du cirque. Les manches étaient montées comme les gigots des dames du temps jadis, mais il s’agissait moins d’un effet artistique que d’une incapacité du couturier à faire coïncider manche et emmanchure. Ce chef d’œuvre de l’artisanat local prenait d’autant plus de relief qu’il surmontait un short trop large et deux jambes aux poils roux dont les extrémités semblaient se perdre dans des godasses fatiguées.

Nous avons exploré les alentours de la Mission, un tout autre monde. Nestor nous servait de guide. Il travaillait sur les cultes néo-traditionnalistes :

  • Un mouvement néo-traditionnaliste nous expliqua-t-il en s’éclaircissant la voix, est un mouvement religieux que je situe dans le prolongement du Vaudou, d’où la référence à la tradition. Cependant si vous observez bien les rituels vous verrez qu’ils empruntent à l’Islam, qu’ils opèrent de fait une transition vers le monothéisme. D’où mon hypothèse nous sommes dans la modernité d’une société en train de passer du rural à l’urbain. Le Bénin s’est alphabétisé, il est en pleine transition.

Nous étions à ce stade de ses explications dans une zone rurale au milieu des champs de manioc et de bosquets. A chaque carrefour, au milieu des chemins en terre battue, des panneaux en fer émaillés ou en bois peints invitaient à gagner des lieux de culte proche. Oui le Bénin s’est alphabétisé, un vestige de sa période marxiste-léniniste, les écoliers sont encore vêtus d’uniformes beiges.

A l’entrée d’un hameau formé d’une dizaine de bâtiments de tailles diverses, se dressait un petit autel avec sa jupette en cretonne brodée de signes mystérieux. Une date écrite au charbon indiquait : 1er décembre 1981. La forme de l’autel reproduisait vaguement celle d’un Legba (une divinité protectrice d’un tempérament particulièrement lubrique) : un piedestal rond avec une protubérance qui est celle d’un sexe en érection. Chaque individu a son Legba, celui du pater familias protège tout le hameau. Nous avons vu d’autres Legba tous plus suggestifs les uns que les autres. Durand, qui s’était à plusieurs reprises écarté pour porter à ses lèvres une fiasque qui ne semblait pas contenir que de l’eau, était de plus en plus égrillard. C’était du soda bi, un poison en haute teneur en alcool méthylique. Le crâne explose dès la première gorgée, mais l’euphorie est garantie. Résultat la trique monstrueuse le mettait  de plus en plus en joie et il en soupesait les dimensions avec des ricanements indécents.

Stéphanie, au retour, m’avait interrogée :

  • Durand vous a choqué n’est-ce pas ? Nous nous avons l’habitude de ses dérapages, mais vous vous étiez trop… Si vous aviez pu nous boucher les oreilles et nous mettre un bandeau sur les yeux vous l’auriez fait. On était comme deux gosses en colo avec deux monos en train de se bouffer le foie.

C’était vrai ! Je me suis lancée dans une étude comparative. A HaÏti, ai-je dit, en jetant le voile de mon érudition sur le spectacle indigne de cet universitaire en état d’ébriété, Legba a perdu son côté paillard. C’est lui qu’on invoque (papa Legba) avant de commencer la cérémonie. Il reste le gardien des portes et des carrefours, il est identifié à Saint Pierre.

Valérie et Stéphanie ont osé m’avouer qu’elles m’avaient surnommée Highlander, parce que je donne l’impression d’avoir vécu des siècles et de partout à la fois. L’intimité commence à se créer entre nous.

Durand, l’œil de plus en plus vitreux, m’avait alors adressé un bras d’honneur… Il a ingurgité une nouvelle rasade et nous l’avons suivi en silence dans le dédale des cases.  Celles-ci étaient surmontées d’un toit de chaume et percées d’une porte fermée par un panneau tressé de fibres. Il y règne une température constante et les moustiques n’y pénètrent pas. Peu à peu l’air nous a semblé plus tiède, moins pesant. Un enfant s’était endormi sur le dos de sa mère. Celle-ci drapée dans son pagne rouge portait sur la tête une bassine bleue outremer. L’émeraude luisante des feuilles des feuilles de bananier se détachait sur l’ocre du sol en terre battue. Des couleurs primaires, leur beauté tenait à la lumière. Tous les objets que l’on ramène d’Afrique perdent leur éclat sous le ciel européen. Ils sont comme ces verroteries brillantes dans l’eau de mer et se ternissant à l’air.

Au bout du hameau, sur une placette, un homme vêtu de blanc avec une machette à la main se dressait droit, impérial, somptueux. Il avait un corps ferme et plein, des épaules rondes, un visage pulpeux aux lèvres gonflées comme celles d’un enfant. Ses yeux étaient doux, frangés de longs cils recourbés. C’était le grand prêtre d’Atingali, dit Tchi-tchi. C’est une bonne divinité, elle protège de la maladie nous avait-il affirmé.

Le soir, toutes les trois dans la nuit nous avons commenté la visite :

  • Si la modernité de Nestor ne paraît pas évidente, avait déclaré valérie, ce qui est sûr c’est que les béninois sont dans une telle mélasse qu’ils pratiquent « le sauve qui peut ». En fait, ici chacun choisit un culte en fonction de son « efficacité », c’est-à-dire de sa capacité à conjurer le malheur qui fond sur vous, à empêcher donc les envoutements des méchants sorciers. Si Atingali ne remplit pas ses promesses, les adeptes se vouent à une autre divinité. Comme on change de président de la République : après kerekou1, marxiste-léniniste, il y a eu Soglo, le néo-libéral, les injustices sociales s’aggravant  retour à Kerekou 2, dont espérait plus d’égalité .

La veille de mon arrivée, une grande grève avait débuté au Bénin. Les cinq syndicats s’étaient entendus pour la mener ensemble. Depuis des mois, les salaires  étaient en retard. En outre, les salariés refusent la politique de privatisation de Kerekou2. Il est appelé « le caméléon », à cause de son extraordinaire capacité à changer de couleur politique et religieuse : marxiste quand c’était la mode pour asseoir son parti unique, converti à l’Islam après un voyage en Libye, partisan d’une démocratie multi-partite à partir de 90 et chantre du néo-libéralisme, il revient d’un voyage en Chine où il a tenté de récolter des subsides. Au fond, il ressemble assez au Béninois moyen qui court les féticheurs à la recherche d’une recette magique et s’en détourne quand celle-ci tarde à se manifester. Si modernité il y a, elle est peut-être à rechercher dans cette confusion du politique et du religieux face à une situation catastrophique. Dans notre rationnelle Europe, ou réputée comme telle nous n’en sommes pas si éloignés que nous le croyons.

 

 
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Publié par le juin 4, 2019 dans Afrique, INTERNATIONAL

 

Mon autre approche internationaliste: le terrain du sociologue…

Comme je n’aurais probablement pas le temps ni le désir de publier l’autre volet de mes mémoires, j’en laisse ici quelques fragments sur ce blog. Voici comme promis  le début des notes prises dans une de mes expéditions d’enseignante en sociologie.  Deux de mes étudiantes. avaient obtenu un stage dans une mission proche de Cotonou pour y étudier « le passage du rural à l’urbain  dans une métropole africaine », je vais suivre l’état de leur travail pendant un mois.  Nous sommes en février 1996. Je dois aller la même année le 24 juillet rejoindre d’autres étudiants, au Mexique, chez le commandant Marcos.  Deux ans auparavant, c’était le Sénégal avec une autre équipe d’étudiants. Il faut bien mesurer que ma connaissance de l’International a deux sources, mon militantisme révolutionnaire en tant que membre du PCF mais aussi mon travail sur le terrain aux côtés d’étudiants que j’encadre dans leurs recherches. Parfois les deux se rejoignent.

Ces notes sur le Bénin occupent une centaine de pages,il y est question du Vaudou, des différents cultes, mais aussi de grèves, de combats pour le secteur public et de la rencontre avec des militants.  il s’agit simplement ici  de l’introduction qui décrit’un premier contact avec « le terrain », celui-ci réserve bien d’autres surprises et occasion de rencontres avec un monde dont je m’aperçois avec stupéfaction à quel point il est méconnu par ceux de ma civilisation de « fer et de feu ».  Si cela vous parait interessant je vous livrerai ces notes de « recherche » et de pédagogie, d’abord au bénin, puisque j’ai commencé par là, mais aussi au Sénégal, au mexique… Ce qui n’apparaît pas dans cette introduction est toute la richesse de l’expérience, le fait de découvrir un pays avec des jeunes gens qui m’entraînent dans des situations invraisemblables avec une véritable tentative de construire des amitiés, de comprendre et de rire parfois aux larmes.

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L’arrivée d’une enseignante de Sociologie sur « le Terrain ».

Minuit, le samedi 17 février, aéroport de Cotonou: l’avion a atterri à proximité d’un grand hangar rouillé, avec une heure de retard. La file des passagers piétine. Un douanier me dévisage dubitatif: « Visa? » Un visa pour le Benin ? Première nouvelle! Mon passeport  disparait aussitôt derrière le comptoir.

– Vous irez le chercher demain au ministère de l’intérieur!

Nuit noire à Cotonou. Sans papier. Il fait assez chaud pour dormir à la belle étoile, mais la sortie de l’aéroport n’engage pas au camping: une esplanade caillouteuse, avec ses herbes sèches et des clochards dans la pénombre africaine.

Grâce à la carte visa internationale, à quoi tient pour l’essentiel la supériorité occidentale, sans parler en dernier ressort de notre puissance de feu, j’ai fini par me trouver dans un hôtel quatre étoiles, piscine et tout le tralala. Les moustiques pullulaient, le climatiseur paraissant proche de rendre l’âme.

Le lendemain à huit heures, j’ai téléphoné à mes deux étudiantes, Valérie et Stéphanie. Je venais les rejoindre sur leur terrain d’étude. Elles n’étaient pas là, du moins personne n’arrivait à mettre la main sur elles, ni dans leur chambre, ni dans le réfectoire, mais le père Arsène qui les avait accueillies dans sa mission depuis deux mois, m’a rassurée:

– J’arrive tout de suite!

Se frotter les cloques de piqure de moustique en surveillant du coin de l’œil sa valise dans le hall de réception de l’hôtel et ce pendant six heures rendrait hystérique une sainte et je suis tout sauf une sainte. A quatorze heures, alors que je frisais l’attaque d’apoplexie, le père Arsène, un curé béninois d’une mètre cinquante trois et trente cinq kilos, flottant dans une soutane en coton beige, a poussé la porte d’entrée. Il a tendu vers moi ses deux mains comme pour m’entraîner dans une ronde. En apprenant qu’il fallait aller récupérer un passeport au ministère de l’intérieur il a rugi de plaisir: « Pas de problème! »

 

Le ministère de l’intérieur du Bénin était un chaos de gros dès en béton, jetés dans des dunes par un architecte imaginatif. Chaque cube comporte deux bureaux en enfilade. Un comptoir ouvert sur la rue, pas de porte, pas de fenêtre, le dedans et le dehors sont indistincts. Le vent s’y engouffre en déposant des couches de poussière rousse. Devant sur une dalle cimentée, à l’air libre, un fauteuil avachi en skaï marron happe mes fesses trempées de sueur avec une succion avide. Contre le mur en ciment brut, la photo jaunie d’un monarque, il porte un petit calot doré et une cape en léopard. L’image gondole sous une vitre fendillée.  Le Bénin est l’ancien Dahomey. Deux préposés au regard absent nous ont ignorés  jusqu’à ce que le père Arsène leur glisse un billet de 500 francs CFA, une modeste obole « pour boire pendant qu’on remplit le papier ». Derrière eux, deux autres fonctionnaires en uniforme n’ont même pas levé la tête. Leurs pointes bic crachent sur les papiers gonflés par la chaleur poisseuse et le ruissellement des mains. Je remplis une demande de visa. A côté de la mention « religion », j’écris « catholique ».

Passeport avec visa en poche, le père Arsène et moi nous confondons en remerciements. La poussière tournoie, obscurcit l’éclat du soleil, assèche les poumons et incite à la mélancolie.

Nous faisons escale à Cotonou : on cherche en vain cette capitale, immense banlieue d’une ville enfouie sous le sable et les cahutes, les étalages en désordre. Des hommes vendent de l’essence, quelques nourrices, mais surtout des bouteilles en verre, des centaines de bouteille, d’un ou deux litres et  des bonbonnes dépareillées… L’essence vient en contrebande du Nigeria proche. Elle est pompée directement sur les oléoducs avec des risques permanents d’explosion.

Un Libanais- un de vos compatriotes me confie le père Arsène- en échange d’un chèque et à un taux réellement usuraire me donne une liasse de francs CFA, des billets épais de saleté et d’humidité. Cet homme vend à peu près n’importe quoi. Sur de grandes tables de tailleur s’entassent des rouleaux de tissus typiquement africains fabriqués en Hollande, sur des étagères contre les murs, des masques, des crucifix, de l’électroménager, tout est empilé en vrac calé par des boites de petit pois. « Les temps sont durs ! Autrement jamais je ne réclamerai d’intérêts pour aider une autre française ! » . En sortant, nous marchandons ignominieusement la moindre nourriture comme pour faire payer aux paysans la manière dont nous nous sommes fait avoir par le riche grossiste du Levant.

Nous chargeons la nourriture dans le coffre déjà plein de mes bagages. Un jour s’est consumé… La nuit, il est vrai tombe brutalement sous ces latitudes. En route vers la mission Doglou sur la grande route qui va de Cotonou jusqu’au nord du pays. La Renault cinq, qui n’est pas de première jeunesse, résiste aux coups de volant, freinage brutaux et reprises sportives destinés à éviter « les baignoires » qui parsèment la route nationale du Benin.

A quarante kilomètres de Cotonou, nous tournons à droite dans un sentier. Le père slalome entre les trous et vire sur les bosses sablonneuses. La voiture s’immobilise enfin dans un gémissement pathétique de freins sur une esplanade théâtrale. Une piéta de trois pu quatre mètres d’envergures, une mater dolorosa en plâtre berçant un long Christ jaune disloqué dans son giron, a surgie devant nous dans la lueur des phares. D’autres sculptures monumentales émergent à peine de l’ombre, leurs formes changeantes et mobiles sont restituées à la nuit dès que le moteur est coupé.

Une grande porte en fer coulissante s’ébranle en grinçant. Mes yeux qui s’habituent  à l’obscurité, distinguent une buanderie, des cordes à linge. Des poules picorent sous les vêtements qui sèchent, des pagnes, des boubous, une soutane, des draps. Il me semble qu’une ombre furtive s’est enfuie à notre approche, un animal peut-être. Nous sommes dans un patio désert mal éclairé par une loupiote, on devine en son centre une haie de buis en forme de croix.

Dans ma chambre, la salle de bain carrelée, les robinets et le pommeau chromé de la douche m’emplissent d’un fol espoir vite détrompé par le père.

-Nous n’avons pas l’eau courante, mais il vous suffira de prendre de l’eau dans les bidons dehors.

Cette luxueuse robinetterie ne distribue pas la moindre goutte d’eau… Cela tient du sadisme. Valérie et Stéphanie sont, parait-il allées me chercher à Cotonou. Nous nous sommes ratées, elles sont déjà couchées, je refuse de les réveiller et je m’écroule sur le lit. Sous la moustiquaire étouffante, un sommeil lourd et agité me pétrie dans la transpiration et dans la crasse.

Le lendemain matin, ma bouche est en carton et mes entrailles tirent de desséchement. Je traîne ma carcasse déshydratée vers une porte entrouverte : une grande table de réfectoire, des chaises branlantes forment le mobilier. Dans un coin, un gigantesque réfrigérateur, une vénérable antiquité rouillée, bruyante, alimenté par un butagaz, je l’ouvre et me jette sur une carafe embuée de fraicheur. Je la vide. La réserve d’eau potable du lieu est tarie.  Sur une table d’écolier avec des pieds de fer, un filtre poussif ne débite qu’un goutte à goutte : il faut environ deux heures pour remplir la bouteille.

Le père Arsène entre en chantonnant, ses petits yeux en bouton de bottine brillent de malice, il s’inquiète de mes désirs.

-Soif, très soif…

Il plan dans le réfrigérateur, il farfouille et me tend deux minuscules bananes vertes mais molles. Miracle, les fruits ont bon goût, un peu acidulés, ils calment enfin ma pépie.

Dehors, les statues en plâtre entrevues la veille ont perdu leur aspect effrayant. A la lumière du jour, elles ressemblent à des mannequins de carnaval à la trogne illuminée, nonobstant leur pieuse inspiration : la piéta avec son christ jaune, un Saint Josph, une vierge bleue pervenche et une inconnue violette, la Rose mystique d’Afrique.

Le petit curé est fier de sa collection de géant. Il m’entraîne dans son bureau. Les murs du réfectoire, ceux de ma chambre et  ceux de ce bureau ne sont pas peints. Ils ont la même couleur sinistre que le sol en ciment brut, un gris plombé, uniforme, une ambiance de fortin. Peu de meubles, une chaise sur laquelle le père Arsène en majesté prend place, devant lui une table enfouie sous des monceaux de papier. Je m’installe en face dans un fauteuil de skaï marron. Il doit y avoir eu jadis une exportation massive de ces sièges, peut-être proviennent-ils de la Chine populaire, du temps où le bénin était Marxiste-Léniniste ?

Contre le mur court une étagère sur laquelle sont rangées des reliques : un missel dans un cadre doré le portrait de Padre Pio, un moine capucin barbu et bien en chair. Jean paul II et Monseigneur de Souza, l’archevêque du Bénin vivent visiblement une idylle intense, au dessus d’une statue de la vierge en biscuit. Enfin toujours dans un cadre aux volutes baroques, le clou de l’exposition : la photo d’une tête de christ, le front percé d’épines et de longues traces sanguinolentes sur le visage et les épaules. Une Thérèse de l’enfant jésus et un petit bouquet de myosotis artificiels paraissent bien mignards à côté de cette figure mystique et grand guignolesque. Un feston de papier court au bord de l’étagère avec une alternance de dessins de sapins, de traîneaux de rennes, de clochettes et de pères Noël ventrus. L’ensemble de la collection a le côté sinistre des catacombes siciliennes et la poésie surréaliste d’une loge de concierge parisienne.

  • Vous regardez la photo du Christ ? Elle est véridique ! C’est un miracle. Une sainte femme de Cotonou qui saigne tous les vendredis. A côté d’elle ce Christ saigne aussi. Cela fait six mois qu’elle n’a plus rien mangé ni bu.

Je hoche la tête avec intérêt, mais il sent bien que je suis une mécréante, et comme pour le confirmer dans son opinion, je lui demande :

  • Vous n’avez rien à boire ?
  • Un verre de limonade ?

Il revient suivi d’une gamine une peu ronde à l’air boudeur, traînant savate, mais je ne suis guère plus présentable qu’elle. Elle me tend un verre en grattant sa tignasse hirsute.

 

 

 
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Publié par le juin 4, 2019 dans Afrique, INTERNATIONAL