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L’Afrique, et l’Europe la Chine, par François danjou

1er août 2018 –  François Danjou – Question Chine

Alors que l’Europe a dévasté, pillé le continent africain, l’Europe joue à s’inquiéter sur le fait que la Chine ne ferait pas aussi mal que les Européens… les condamnations, les conseil pleuvent..Toute cette sollicitude masque mal l’inquiétude de perdre une position dominante et qui rapporte gros. La Chine se donne les moyens de ses ambitions. .(note de Danielle Bleitrach)

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Le 24 juillet, avant le sommet des BRICS, Xi Jinping a effectué une visite officielle en Afrique du Sud. Ici à Prétoria avec le président Cyril Ramaphosa.

 

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Du 18 au 28 juillet Xi Jinping a inauguré la politique étrangère de son 2e mandat par un long voyage de 11 jours et 36 000 km aux Émirats Arabes Unis et dans 4 pays africains pour le terminer à Johanesbourg où, du 25 au 27 juillet, s’est tenu le 10e sommet des BRICS.

Accompagnant le voyage, la presse officielle du régime a largement développé les thèmes répétés par le n°1 du Parti depuis le 19e Congrès, présentant la Chine comme un modèle à suivre au milieu des changements dans les relations internationales inédits depuis un siècle « 百年未遇 – bai nian wei yu – ».

Dans ce contexte, dit une dépêche de Xinhua, la diplomatie aux “caractéristiques chinoises“ ouvre « une ère nouvelle des relations de la Chine avec le reste du monde, pour construire le destin commun de l’humanité dans la paix, la concorde, la coopération “gagnant – gagnant“ et le respect mutuel ».

Tout au long du périple, le Président a présenté son pays à la fois comme le parangon du libre échange, le champion de l’attention portée aux pays en développement et le modèle d’une nouvelle manière de conduire collectivement les affaires de la planète et d’affronter ses défis.

Alors que la guerre des taxes sino-américaine s’exacerbait vers les extrêmes, il a, dans son discours au sommet de BRICS, pris le contrepied de Washington.

Décrivant les bouleversements technologiques (intelligence artificielle, métadonnées, information et cryptage quantiques, biotechnologies) accompagnant les réajustements géopolitiques en cours où, a t-il dit, les pays émergents comptant pour 40% du PIB du monde, rééquilibrent les rapports de forces, il a prédit la refonte du système de gouvernance mondiale et la poursuite irrépressible de la globalisation, en dépit « des protectionnismes et des menaces terroristes. »

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Après un passage à Abu Dabi le 19 juillet ou les intérêts chinois [1], représentés d’abord par CNPC n°1 chinois des hydrocarbures, sont articulés

  • à l’exploitation pétrolière,
  • aux constructions d’infrastructures et immobilières soutenues par la présence de 200 000 travailleurs chinois du bâtiment expatriés,

Xi Jinping s’est successivement rendu au Sénégal, au Rwanda, en Afrique du sud et à l’île Maurice.

La Chine se donne les moyens de ses ambitions globales.

La contribution de la Chine et de ses grands groupes de construction au développement des infrastructures de transport en Afrique est importante. Avec ses actions humanitaires et médicales à quoi s’ajoutent les constructions de routes, de barrages et de voies ferrées, Pékin tente de contredire les critiques qui l’accusent de mener une politique « coloniale » fondée sur l’exploitation des ressources primaires constituant encore près de 60% de ses importations.

 

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Dans les anciens fiefs coloniaux africains et plus généralement dans les pays en développement le Président chinois met en œuvre avec insistance sa politique d’influence géopolitique articulée à l’idée que le grand projet des « nouvelles routes de la soie » est une entreprise « mise à la disposition du Monde par la Chine » et qu’il s’efforce aujourd’hui de démarquer des critiques l’accusant de répliquer le « schéma colonial d’exploitation des ressources primaires. »

Pékin affine cette image de puissance généreuse et désintéressée depuis le premier sommet Chine – Afrique à Pékin en 2000 suivi de 5 autres dont 2 à Pékin 2006 et 2012, un autre à Addis Abeba en 2003, puis en Egypte en 2009 et à Johannesburg en 2015 (le 7e sommet aura lieu en Chine en septembre prochain).

En 2014 et 2015, les voyages en Afrique du premier ministre et du Président marquèrent une accélération des promesses d’investissement. Accompagnant les stratégies chinoises, le nouveau discours de Pékin insistait sur l’aide humanitaire et médicale et l’appui à la création d’industries de transformations permettant d’augmenter la valeur ajoutée des exportations africaines et de créer des emplois.

Certes, en valeur, les ressources brutes (hydrocarbures, fer, cuivre, étain, platine, cobalt, manganèse, uranium)représentent toujours en moyenne les 2/3 des achats chinois en Afrique. Il reste qu’en 2015, Xi Jinping a promis de doubler en 5 ans les investissement sur le continent à 60 Mds de $. Les promesses faisaient suite à celles de Li Keqiang en 2014 qui, quant à lui, avait annoncé 30 Mds.

Lire article de 2015 : A Johannesburg, Xi Jinping parie sur l’Afrique.

Bien qu’il soit difficile de faire le tri entre les annonces et la réalité tout comme on distingue mal les crédits accordés de l’aide directe et des dettes annulées, si on compte les prêts sans intérêts, une estimation basse place le promesses chinoises à 150 Mds de $ qui s’ajoutent à l’aide directe annoncée estimée au total à 50% des 354 Mds de $ du total de l’aide directe distribuée par la Chine entre 2000 et 2014.

Essentiels pour un continent dont à peine 25% des routes sont bitumées et où plus de 600 millions personnes n’ont pas accès directs à l’électricité, 41 millions ont été investis par la Chine dans les infrastructures de transport et 33 millions de $ dans l’aide à l’industrialisation.

Alors qu’elle est déjà largement supérieure aux promesses du G.20 en 2016, il faut s’attendre à une amélioration de l’efficacité géopolitique de l’action chinoise grâce à la décision, rendue publique en mars dernier, de créer une agence de l’aide directe avec à sa tête Wang Xiatao, n°2 de la Commission de la réforme et développement [2].

Le Sénégal en phase avec le « rêve chinois ».

Le 21 juillet, Xi Jinping passant ici en revue le détachement d’honneur avec le Président Sall était sur les traces de la France qui reste toujours le 1er partenaire commercial du pays, talonné par la Chine. La puissance financière de Pékin séduit le président Sall engagé dans un vaste projet de rénovation socio-économique de son pays.

 

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Au Sénégal, le Président Macky Sall, arrivé aux affaires en 2012 en même temps que Xi Jinping, favorise d’autant plus les projets de la Chine devenue le 2e partenaire commercial derrière la France, qu’il est lui-même comme Xi Jinping animé d’une vision de renouveau national.

Articulé au « Plan Sénégal Emergent » dont l’épine dorsale réformatrice vise à régénérer le tissu industriel productif, l’infrastructure de transport, l’éducation, le système de santé, l’agriculture et le marché de l’emploi, le projet du Président Sall croise l’intention géopolitique chinoise.

« Les crédits chinois sont souples et pratiques » note Ba Demba Diallo, chercheur et conseiller du gouvernement qui considère que les mises en garde du FMI pointant l’accumulation des dettes sont alarmistes compte tenu de la bonne santé de l’économie.

Il est un fait que dans ce pays ayant basculé son allégeance politique de Taipei à Pékin en 2005, une appréciation exhaustive des créances chinoises est difficile compte tenu de l’opacité des comptes, écrit de Hong Kong, l’Italienne Ilaria Maria Sala ancienne étudiante à l’Institut des Études africaines et à l’École Normale de Pékin.

Mises en garde du FMI.

Mais Dakar dont Pékin espère qu’il sera le moteur des projets des nouvelles routes de la soie en Afrique de l’Ouest, n’est pas le seul pays africain entré dans les radars de l’investigation financière du FMI.

  • Au Kenya où 70% des créances sont chinoises,
  • s’ajoutent le Tchad,
  • le Sud Soudan,
  • le Mozambique,
  • la Zambie,
  • l’Éthiopie,
  • le Nigeria,
  • le Ghana,
  • la Côte d’Ivoire

dont beaucoup sont touchés par la baisse du prix des matières premières.

Nombre d’entre eux tournent leurs regards vers les finances et l’aide chinoises pour une aide que les institutions financières ne leur accordent qu’à la condition de réduire leur déficit budgétaire par l’augmentation d’impôts, politiquement difficile.

Kigali et Pretoria « sous le charme ».

Xi Jinping, le 22 juillet à Kigali avec Paul Kagame que le n°1 chinois avait déjà accueilli à Pékin en août 2017. 60% des routes asphaltées du pays ont été construites par la Chine.

 

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Au Rwanda dont le président Kagame, président en exercice de l’Union Africaine accuse la France d’avoir prêté main forte aux Hutus pour massacrer les Tutsis et où Xi Jinping est arrivé le 22 juillet, l’enthousiasme pour l’aide chinoise est la même. 14 ans après le génocide, le pays, dont Pékin est le premier partenaire commercial et où 70% des routes ont été construites par China State Construction Engineering Corporation, bénéficie de 400 millions d’aide chinoise finançant plus de 60 projets de développement.

A son passage, le président chinois a signé une quinzaine d’accords portant sur l’infrastructure, le commerce en ligne, l’éducation et la formation, les sciences et technologies, les mines, le droit, et – promesse importante dans le nouveau concept de l’aide chinoise destiné à démentir les accusations d’exploitation -, l’extension de l’hôpital du district de Masaka construit par la Chine à Kigali, ainsi que les concessions pour la construction d’une route de 66 km au sud du pays et du réseau de routes d’accès à l’aéroport internationale de Kigali.

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le Président Cyril Ramaphosa capture_decran_2018-02-15_a_15.34.57.png  le Président Cyril Ramaphosa

A Johannesburg, où le Président Cyril Ramaphosa a été élu en février dernier à la suite de la démission de Jacob Zuma accusé de corruption et d’agressions sexuelles, l’ambiance prochinoise est également favorisée par la quête financière de l’exécutif engagé dans un programme d’investissements de 100 Mds de $ pour les 5 ans à venir.

Dans ce contexte, Xi Jinping a à la fois promis 14,7 Mds d’investissements et l’augmentation des importations chinoises pour diminuer le déficit commercial de l’Afrique du sud, où le stock des investissements chinois n’est que de 11 Mds de $, alors que les entreprises sud-africaines ont nettement plus investi en Chine.

La remarque vient du ministre de l’Industrie Robert Haydn Davies, 70 ans, docteur en sciences politiques de l’Université du Sussex, dans sa jeunesse, membre du Parti communiste anti-apartheid et exilé pendant 11 ans en Grande Bretagne et au Mozambique. Pour lui qui se félicite de la fiabilité des promesses chinoises, l’aide de Pékin au développement du secteur productif sud-africain participe à la réduction du déficit commercial.

Parmi les accords passés, notons deux prêts directs dans deux secteurs stratégiques en difficulté. Le premier, par la Banque Nationale chinoise de développement à hauteur de 2,5 Mds de $ à la société de production d’énergie Eskom menacée de faillite pour mener à bien la construction d’une centrale thermique à Mpumalanga dans le nord du pays ; le 2e, par la Banque du Commerce et de l’industrie (ICBC) de 300 millions de $ à la société de logistique Transnet (transports ferrés, gestion portuaire, gestion de d’oléoducs et gazoduc).

Enfin à son passage, Xi Jinping a assisté par vidéo à la cérémonie d’inauguration de l’usine d’automobile BAIC [3] installée dans la zone économique de Port Elisabeth qu’il avait lui-même initiée lors de son passage en 2015.

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Le 28 juillet Xi Jinping était à l’île Maurice, archipel du sud de l’océan indien où l’influence de l’Inde reste forte. Rival de la Chine et critique des routes de la soie dont la branche pakistanaise empiète sur un territoire contesté par l’Inde, New-Delhi verrait d’un mauvais œil que l’île se rapproche de Pékin au point d’endosser les projets chinois. C’est peut-être ce qui explique qu’au delà des discours d’amitié, aucun accord n’a été signé, en dehors de la confirmation des négociations commencées en mai dernier pour un accord de libre-échange.

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Au total, ce 3e périple africain de Xi Jinping s’est déroulé sous les visions contraires des Africains en quête des finances chinoises indispensables au développement de leurs infrastructures et plus généralement de leurs économies, et celles des experts du FMI dont les critiques relayées par nombre d’Occidentaux mettent en garde contre le risque d’une accumulation toxique des créances chinoises – évaluées à plus ou moins 100 Mds de $ -, principal adjuvant du projet d’influence géopolitique de Pékin dans une Afrique en mal de cash et de développement.

Prenant soin de mettre en œuvre des projets humanitaires en parallèle de ses projets d’infrastructures, compensant les importations toujours majoritaires de ressources primaires, la Direction chinoise repousse aujourd’hui les critiques qui l’accusent de reproduire les politiques coloniales exploiteuses.

En revanche, réussissant à polir son image de puissance ouverte œuvrant dans l’intérêt de tous, elle ne récuse plus les accusations de recherche d’influence qu’au contraire elle revendique, dans un contexte où les États-Unis, auteurs d’une féroce guerre douanière principalement dirigée contre la Chine, se rétractent dans une posture inverse.

A ce stade, connaissant la situation du Continent européen dont les aides à l’Afrique ont largement échoué – qui plus est placé dans la perspective inquiétante d’un mouvement migratoire déclenché par l’explosion démographique et le chaos économique et politique du Continent africain -, il faut s’interroger sur la pertinence réelle de l’aide chinoise – au-delà des critiques budgétaires récurrentes et des soupçons de recherche d’influence qu’au demeurant Pékin reconnaît –

Et si la méthode chinoise réussissait ?

Une équipe médicale chinoise en 2014 à l’hôpital de l’amitié de Sierra Leone pendant l’épidémie d’Ebola.

 

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Une récente étude de Harvard mise en ligne par le Département d’État reconnaît l’invasion des produits chinois, les bénéfices engrangés par les groupes de constructions employant une majorité de chinois, le non respect du droit du travail dans certaines régions minières comme la Zambie, en même temps que l’accumulation des prêts dangereux pour l’équilibre budgétaire de pays insolvables.

Mais s’appliquant à considérer l’autre face du problème, le travail met en lumière les bienfaits de l’aide chinoise réputée sans conditions politiques d’obédience à la démocratie ou aux droits humains et dont Wang Yi le MAE a répété lors de son passage au Kenya en 2015, qu’elle « se garderait absolument de suivre le même chemin que les anciennes puissances coloniales, ne sacrifierait pas l’environnement et se focaliserait sur les intérêts de long terme de la Chine et de l’Afrique. »

Citant Dirk Willem de Vilde, expert chercheur et Directeur des actions internationales à l’Institut américain du Développement d’Outre-mer de Londres, massivement engagé en Afrique, le rapport qui rejette les jugements « en noir et blanc », souligne les vastes bienfaits de la coopération chinoise dans les domaines des infrastructures de transports, des mines et des écoles. Dans l’aide sanitaire, le travail rappelle que, lors de l’épidémie d’Ebola en 2015, les médecins chinois avaient joué un rôle crucial.

Selon les auteurs, le développement des investissements chinois dans les services, la production industrielle et la formation contredit l’accusation d’une réplique coloniale d’une coopération chinoise qu’il dépeint comme bénéfiques pour les deux parties.

Plus encore, des initiatives comme le lancement en 2015 au Kenya d’une JV de fabrication de panneaux solaires assortie de la formation d’ingénieurs financée par un prêt de 100 millions de $, serait même de nature à modifier l’approche occidentale de la coopération.

La conclusion du rapport sonne comme une mise en garde.

« Si la Chine réussissait finalement à provoquer le réveil des économies africaines – ce que l’Occident tente en vain de faire depuis des décennies – le débat sur les conditions de l’aide au développement chinoise sera clos. En même temps, la Chine se sera rapprochée du statut de “grande puissance “, partie de son rêve. »

Il reste que le modèle politique prôné (ou diffusé par « osmose ») par la Chine en Afrique qui, à cet effet et à des fins d’influence géopolitique, y déverse d’importants moyens est politiquement à l’exact opposé des principes de séparation des pouvoirs et de liberté d’expression, fondements institutionnels du projet européen.

Un défi majeur pour l’Union européenne.

Le 18 juillet 2018, à Zhengzhou dans le Henan, Guo Lanfeng, Directeur adjoint à la Commission de la Réforme & développement s’exprime sur la coopération avec l’UE.

 

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Logiquement, l’introspection des Européens, en première ligne dans cette situation, devrait donc les conduire à imaginer les moyens d’une action commune à 27 au moins aussi efficace que celle de la Chine destinée à sortir l’Afrique de ses perspectives pessimistes et y créer les conditions de son développement dans des principes qui seraient plus en résonance avec les postulats politiques de l’Union.

Pour autant, alors même que les médias n’en font que rarement état, préférant rendre compte de l’action chinoise qu’ils jugent plus spectaculaire et commercialement plus efficace pour leurs publications, il serait excessif de considérer que l’Union Européenne est absente de l’Afrique.

Il y a peu JC–Juncker, faisant état des actions de la Commission, appelait à la solidarité des États membres pour« affronter les défis communs d’aujourd’hui, depuis le développement durable, jusqu’aux investissements en passant par la paix et la sécurité pour mieux contenir les migrations ».

Lors du 5e sommet UE – Afrique tenu en novembre 2017 à Abidjan une année avant le sommet Chine – Afrique et dont l’un des thèmes principaux était l’immigration, le Président Donald Tusk a rappelé que l’Union européenne était le partenaire le plus important de l’Afrique et son voisin le plus proche, le premier investisseur au monde pour l’Afrique, son principal partenaire commercial, le premier fournisseur d’aide au développement et d’assistance humanitaire à l’Afrique ainsi que le premier contributeur à la paix et à la sécurité sur ce continent. »

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Mais en comparant les chiffres des contributions à ceux de la Chine en progression rapide, force est de constater qu’ils ne sont pas à la hauteur des enjeux de développement et de sécurité que les médias s’appliquent à passer sous silence.

Dans un récent numéro « d’Afrique réelle » de juin 2018, Bernard Lugan débarrassé de la gangue politiquement correcte, livre un inquiétant constat :

« Avec un taux de croissance de 4% la population africaine double tous les 18-20 ans ; au Niger, pays désertique où le taux de fécondité est de 7 enfants par femme, la population était de 3 millions d’habitants en 1960 et elle sera de 40 millions en 2040, puis de 60 millions en 2050. En Somalie, le taux de reproduction est de 6,4 enfants par femme et en RDC, il est de 6,1. En Algérie le programme de planification familiale avait permis de faire baisser l’indice synthétique de fécondité de 4,5 enfants par femme en 1990, à 2,8 en 2008. Or, avec la réislamisation du pays, depuis 2014, il a rebondi à 3,03. » (…)

(…) « Résultat : d’ici à 2030, l’Afrique va voir sa population passer de 1,2 milliard à 1,7milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an ; en 2100, avec plus de 3 milliards d’habitants, le continent africain abritera 1/3 de la population mondiale, dont les trois quarts au sud du Sahara ; pour des centaines de millions de jeunes africains, la seule issue pour tenter de survivre sera alors l’émigration vers l’Europe. »

Or dit Lugan, telles qu’elles sont conçues aujourd’hui, parcellaires, inégales, insuffisantes et souvent – pour les investissements privés – articulées à des espoirs de retours rapides, les politiques de développement fonctionnent mal.

« Début juin 2018, à la lecture du rapport sur les IED publié par la CNUCED (CNUCED, World Investment Report 2017), nous apprenons qu’en 2017, sur les 2000 milliards (mds) de dollars d’IED mondiaux, l’Afrique n’en recueillit en effet que 60 mds, un volume dérisoire en baisse de 3% par rapport à 2016 (Banque mondiale). L’Afrique, dans l’ensemble de la globalité de ses 54 pays et de son 1,2 milliard d’habitants a donc reçu presque autant d’IED que Singapour (61,6 mds pour 6 millions d’habitants), et moins que l’Irlande (79,2 mds pour 5 millions d’habitants)… »

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S’il est un sujet où, faisant preuve de solidarité, les 27 pays membres devraient secouer le fantasme économique des lois du marché et du libre-échange, dont certains croient qu’elles régulent des destinées humaines, c’est bien celui des relations avec l’Afrique dont la stabilisation relève plus d’un plan Marshall que d’investissements calculés.

Si l’Union voulait vraiment aider au développement de l’Afrique et stabiliser sa relation avec ce continent crucial pour sa sécurité, c’est le moins qu’elle pourrait faire.

Note de Contexte.
Sommet des BRICS.

La dernière réunion des BRICS à Johannesburg a montré une dilution de l’élan initial de 2009. Ici Xi Jinping, est entouré de Narendra Modi à sa droite et du Président Sud-africain Cyril Ramaphosa à gauche. A leur gauche Vladimir Poutine etMichel Temer, élu président du Brésil après la destitution de Dilma Roussef.

 

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Le 10e sommet des BRICS qui réunit la Chine, la Russie, l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil s’est tenu à Johannesburg du 25 au 27 juillet derniers. Tous les commentateurs auront noté la dilution de la dynamique initiale de 2009, voulant créer un élan multipolaire qu’au moins le Russie et la Chine voyaient comme un contrepoids à l’Amérique et tous comme une marge de respiration par rapport aux rigidités de la Banque Mondiale et du FMI.

A l’époque, leur meilleur argument était leur poids économique et démographique (40% de la population mondiale). Toujours présents, ses atouts (les 5 comptent pour 23% du PIB mondial) sont aujourd’hui affaiblis par la somme des non-dits planant au-dessus de leurs relations.

Les 5 parviennent en effet de moins en moins à cacher les rivalités géopolitiques entre Pékin et New-Delhi, les contrastes entre leurs systèmes de gouvernement, leurs économies disparates aux besoins divergents et, par-dessus tout, les déséquilibre causé le poids de la Chine aujourd’hui d’envergure planétaire aux ambitions géopolitiques globales.

Le bilan de la solidarité des 5 BRICS est mince souligne un article du Monde. S’il est vrai que le commerce entre eux a augmenté de 30% – ce qu’a fait valoir V. Poutine -, aucun des projets et accords évoqués lors des précédents sommets n’a été discuté (accords de libre échange, élargissement – le site Russia Today a évoqué l’adhésion de la Turquie restée sans suite -, création d’une agence notation des BRICS).

Même la Banque des BRICS créée dans la ferveur en 2015 n’a octroyé que 7,5 Mds de $ de prêts. En revanche, (cf plus haut) ce sont les banques chinoises qui sont venues au secours des entreprises sud-africaines en difficulté.

Lire ARTICLE DE 2014  : Les BRICS jettent un pavé dans la mare des finances mondiales.

Enfin, la principale crainte implicite est peut-être que Pékin dont les ambitions globales sont aujourd’hui avérées se pose à cet effet en parangon du libre-échange alors ses groupes publics subventionnés, tirant profit de la quête de capitaux des pays en développement opérant souvent en dehors des lois du marché et sont réticents à participer aux appels d’offres.

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Confronté à une brutale offensive de Washington pour rééquilibrer son commerce avec la Chine, Xi Jinping a, dans son discours, habilement joué du thème de la multi polarité et des dangers du protectionnisme posant au monde, a t-il dit, une alternative entre « coopération » et « confrontation » et entre « bénéfices mutuels » et système clientéliste de suzerain à vassal. Dans la foulée, il a réitéré ses mises en garde sur les dangers pour tous d’une guerre commerciale.

Dans la dernière partie de son discours, il n’a pas manqué de faire la promotion des réformes en cours en Chine et des « Nouvelles routes de la soie » devenue l’emblème de la politique étrangère de Pékin.

Promettant une meilleure ouverture aux investissements, calibrée à l’aune « des standards internationaux », plus « transparente, conforme au droit et au marché, combattant les monopoles, respectant la propriété intellectuelle », il a annoncé la tenue à Shanghai, en novembre prochain, après le sommet des BRICS en septembre, de la première Exposition internationale Import – Export, dont il a dit qu’elle serait une « plateforme d’accès au marché chinois pour le monde ».

Il reste que par ces annonces, répertoires des manquements chinois à l’ouverture et au respect du droit des affaires, à quoi s’ajoute la captation de technologies le président chinois donne corps aux critiques de Washington et Bruxelles.

Quant à la « Belt and Road Initiative », (BRI) comme l’appellent les anglos-saxons, il a répété le discours de générosité qui, selon la propagande du Parti, en fait un projet « appartenant au monde ».

Il n’empêche qu’à Johannesburg, contredisant la solidarité entre les 5 membres des BRICS, ce qui a surtout dominé dit ce sont les rencontres bilatérales.

Au total, la longue déclaration finale en 101 points détaillant méthodiquement et de manière exhaustive les grands défis du monde, depuis les conflits ouverts jusqu’à la guerre commerciale en passant par la nécessaire promotion de la démocratie dont on voit bien qu’elle ne sonne pas juste, diffuse le sentiment que l’élan initial est en train de s’étioler et que le groupe n’a qu’une prise limitiée sur les grandes contradictions et antagonismes de la marche du monde.

Notes :

[1] Alors que le total des échanges entre les deux se monte à 50 Mds de $ – que les émirats espèrent doubler –, la visite a été marquée par l’annonce de la création de ce qui a été présenté comme le « plus grand “Chinatown“ du Moyen-Orient » sur une surface de 6 km2, à 10 minutes de l’aéroport international Dubai.

Aux Emirats, l’empreinte des compagnies de construction chinoises est déjà omniprésente le long de la Voie rapide Sheikh Zayed, principale artère de la ville de Dubai, partie d’une autoroute traversant les Emirats où la China State Construction Engineering Corporation (CSCEC – en Chinois 中国建筑工程总公司 -, 1er groupe de construction au monde et 14e pour la valeur de ses contrats à l’étrangers- ), a construit la plupart des ponts.

En février dernier, le groupe public a pour 160 millions de $, obtenu le contrat de construction d’une des 2 tours du complexe de résidences de luxe « d’Akyon City » à quoi s’ajoute un contrat de 19,6 millions de $ obtenu en juin pour la construction de routes et de voies rapides.

 

[2] Calquée sur l’agence américaine US AID, la création de l’agence chinoise inaugurée le 18 avril en présence de Yang Jiechi, ancien ambassadeur à Washington et ancien ministre des Affaires étrangères, membre du Bureau Politique et de Wang Yi, son successeur à la tête du Waijiaobu, marque la volonté de Pékin de rationaliser un secteur jusque là éclaté en plusieurs dizaines de décideurs et d’accorder sa stratégie d’aide directe à son projet politique global.

[3] 4e constructeur de Chine BAIC (北京汽车工业) a décidé en février dernier de monter une usine avec Daimler-Benz dont le location n’avait pas été rendue publique à la rédaction de cette note, pour un investissement conjoint de 1,9 Mds de $. En même temps, on apprenait que le constructeur chinois Geely avait acheté 9,7% des parts de Daimler, ce qui en fait l’investisseur majoritaire dans le groupe dont fait partie Mercedes-Benz.

BRICS index


source/ https://www.questionchine.net/l-afrique-la-chine-et-l-europe?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+questionchine+%28QuestionChine.net%29#nb1

 

Une réflexion au sujet de « 2936 – L’Afrique, la Chine et l’Europe »

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El Watan : Ils s’attaquent à la culture et exigent l’application de la charia

Les salafistes veulent réoccuper l’espace public en Algérie si l’on en croit cet article d’El watan, tout cela accompagne incontestablement  le projet de la CIA de détruire tous les Etats qui constituent plus ou moins une résitance. (note de danielle Bleitrach)

Les scènes vécues dans plusieurs wilayas du pays rappellent à l’esprit des Algériens celles de la fin des années 1980 et début des années 1990. Des groupes, conduits ou actionnés par des salafistes endurcis, mènent l’offensive contre tout ce qu’ils considèrent comme «kofr (impie)» et «obscénité».

Des prières collectives sur la voie publique pour annuler des concerts de musique, guerre engagée contre tout ce qui symbolise la culture et des appels à l’application de la loi du talion… L’islamisme politique n’est pas vaincu. Il s’est visiblement renforcé et tente d’étendre ses tentacules pour contrôler toute la société.

Ce qui se passe depuis quelques jours dans plusieurs régions du pays est un sérieux avertissement. Une alerte à ne pas négliger. Le péril islamiste est de retour. Les scènes vécues dans plusieurs wilayas rappellent à l’esprit des Algériens celles de la fin des années 1980 et début des années 1990. Des groupes, conduits ou actionnés par des salafistes endurcis, mènent l’offensive contre tout ce qu’ils considèrent comme «kofr (impie)» et «obscénité».

Surfant comme à leur habitude sur la misère sociale et le chômage, les islamistes se mettent à l’œuvre en vue d’imposer leur projet obscurantiste. Leur première cible cet été : les galas. Au prétexte que «ce n’est pas une priorité» et grâce à la grave passivité des autorités, ils ont réussi à annuler plusieurs concerts, dont certains sont annuels et avaient l’habitude de drainer des foules nombreuses. Tout a commencé à Ouargla.

Cette wilaya, qui avait connu par le passé plusieurs manifestations des jeunes chômeurs qui exigeaient – sans aucun préalable idéologique – une prise en charge de leurs revendications légitimes, semble être choisie par les islamistes pour lancer leur «croisade» contre la culture. Quelques dizaines des barbus en qamis ont organisé une prière collective devant le centre culturel de la ville pour empêcher un concert de deux chanteurs de raï.

Prière collective contre la chanson «obscène»

Une fois le but atteint, ils se sont filmés en jubilant. La «réussite» de leur première action les a encouragés à la rééditer successivement à Sidi Bel Abbès, à Oran et, jeudi dernier, à Laghouat. Leur modus operandi est toujours le même : des prières collectives sur la voie publique contre «la chanson obscène» à leurs yeux. Ils ne se sont pas limités à cela. Sur les réseaux sociaux, ils intimident, attaquent et insultent même ceux qui critiquent leur diktat. Ces derniers sont aux yeux de ces adeptes du wahhabisme «des laïcs impies».

Outre les concerts, les islamistes s’attaquent aussi à la statue de Aïn El Fouara de Sétif, qui vient juste d’être restaurée après avoir été vandalisée par un homme barbu en décembre 2017. Pour exiger son retrait, ils ont lancé un appel à rassemblement devant le siège de la wilaya de Sétif. Ne trouvant pas d’écho auprès de la population, ils se sont éclipsés, la queue entre les jambes. Et l’action n’a pas eu lieu. Mais ils ne ratent aucune occasion pour remettre en avant leurs idées rétrogrades.

Rien ne les arrête. Profitant de la colère des citoyens d’El Oued après l’assassinat abject d’un estivant à Béjaïa par des parkingeurs clandestins, ils se sont infiltrés pour exiger l’application de la charia et la loi du talion. Pourquoi s’attaquent-ils spécialement à la culture ? Selon le philosophe Smaïl Mehnana, enseignant à l’université de Constantine, «ce n’est pas par hasard que l’obscurantisme frappe encore une fois la culture qui est le secteur le plus fragile dans la société, mais aussi le concurrent le plus virulent du discours religieux».

Contrôle de l’espace public

«Il s’agit d’une stratégie bien élaborée et préméditée. Nous les avons vu déjà tuer des intellectuels, fermer des cinémas et arrêter des projections de films», rappelle-t-il dans une déclaration à El Watan. Les extrémistes, ajoute-t-il, «savent très bien que la culture est le dernier bastion qui peut faire face à leur projet totalitariste».

«C’est pour cela qu’ils ne ratent aucune occasion pour jouer sur le populisme afin d’intimider les artistes et les intellectuels», explique-t-il. Et d’enchaîner : «D’après l’histoire, la religion et l’art se disputent sur le même capital, en l’occurrence l’appropriation du sacré. C’est pour cela aussi que les grands artistes de la Renaissance en Italie du XVe siècle focalisaient leurs œuvres artistiques sur le sacré et l’architecture des églises. C’était leur stratégie pour transgresser l’Eglise de l’intérieur.»

Commentant un post sur Facebook sur cette montée de l’islamisme, Djamel Zenati, militant politique et ancien député, estime «que le problème n’est pas dans la religion, mais dans le rapport à la religion. Et le rapport à la religion n’est pas un donné mais un construit, c’est-à-dire une construction humaine»«Ce rapport est parfois, voire souvent, contraire à la Révélation. On sollicite la religion pour rester au pouvoir, pour prendre le pouvoir, pour s’opposer ou soutenir, pour donner ou enlever la vie, pour partager un héritage, pour se marier ou divorcer, pour monter ou descendre d’un bus, etc.», explique-t-il.

Selon lui, la problématique pertinente «se situe justement dans cette hégémonie de la religion dans le champ social»«Le danger est dans cette instrumentalisation de la religion dans le but de poser et d’imposer, de dicter et d’édicter. La violence est en l’homme et non dans la religion. Il ne peut y avoir d’émancipation sans un rétrécissement de la religiosité dans le champ social. Autrement dit, il faut un processus de sécularisation adapté», souligne-t-il, avant d’ajouter : «Faire croire que toutes les réponses à nos aspirations sont dans la religion est la plus grande escroquerie de l’histoire. L’Algérie a déjà payé un lourd tribut pour avoir un instant cru à cette promesse illusoire.»

 
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Publié par le août 12, 2018 dans Afrique, extrême-droite, SOCIETE

 

Monde Diplomatique : La Chine est-elle impérialiste ?

Mercredi 25 juillet 2018.Le président chinois, M. Xi Jinpinga commencé une nouvelle tournée africaine ce 22 juillet, la 4e depuis son accession au pouvoir, afin de renforcer encore davantage les « partenariats » sino-africains. Déjà accueilli par ses homologues Sud-Africain, Sénégalais et Rwandais, il a déclaré avec ce dernier que l’amitié liant leurs deux pays « est plus grande que les montagnes »« Les peuples chinois et africains nouent des rapports d’égalité, de sincérité et d’amitié, et se soutiennent mutuellement dans leur développement commun », affirmait déjà son prédécesseur. « Si la Chine continue à placer l’accès aux matières premières au-dessus de tout le reste, elle se comportera chaque jour davantage comme les anciennes puissances coloniales », analysait Michael Klare en 2012.

Chine, pouvoir et puissance

La Chine est-elle impérialiste ?

Jamais les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique, en hausse de 89 % en deux ans, n’ont atteint de tels records. Pékin inonde de ses produits les marchés du continent noir tout en s’y approvisionnant en minerais. En quête de ressources énergétiques, l’empire du Milieu multiplie les investissements dans les pays du Sud, mais il aimerait ne pas établir de rapports de type colonial avec les Etats qui lui fournissent ses matières premières. Sans toujours y parvenir…

La Chine est-elle impérialiste ?

 

Se classant elle-même parmi les pays en développement, la Chine promet aux pays du Sud qu’elle ne reproduira pas les comportements prédateurs des anciennes puissances coloniales. Lors du 4e Forum de coopération Chine-Afrique, qui s’est ouvert à Pékin le 19 juillet dernier, le président Hu Jintao a donc indiqué : « La Chine est le plus grand des pays en développement, et l’Afrique, le continent qui en compte le plus grand nombre. (…) Les peuples chinois et africains nouent des rapports d’égalité, de sincérité et d’amitié, et se soutiennent mutuellement dans leur développement commun (1). »

Même si cette déclaration peut relever de l’exercice de style diplomatique, les Chinois conservent en mémoire les humiliations endurées quand ils subissaient l’emprise des puissances européennes et du Japon. Toutefois, leurs dirigeants se trouvent face à un dilemme : pour soutenir la croissance économique (leur priorité), ils doivent obtenir de leurs fournisseurs étrangers toujours plus de matières premières, dont le pays est devenu très dépendant après son décollage économique, dans les années 1980. Et, pour s’assurer d’un approvisionnement ininterrompu, ils s’empêtrent dans des relations avec des gouvernements souvent corrompus et dictatoriaux — des relations du même type que celles qu’avaient entretenues avant eux les grandes puissances occidentales.

Certains pays pauvres connaissent en effet la « malédiction des ressources naturelles » : ils ont à leur tête des régimes autoritaires préoccupés de la rente minière et maintenus en place par des forces de sécurité grassement rémunérées. De leur côté, les principaux pays acheteurs n’échappent pas à une « malédiction des ressources inversée », sitôt qu’ils deviennent complices de la survie d’Etats autocratiques (2). Plus l’on dépend des matières premières de ses fournisseurs, plus l’on est amené à assurer la survie de leurs gouvernements.

Ce schéma a prévalu dans les relations entre les Etats-Unis et les monarchies pétrolières du Golfe, par exemple. Le président Franklin Delano Roosevelt (1933-1945) éprouvait une aversion profonde pour l’impérialisme et le féodalisme. Néanmoins, une fois alerté par ses conseillers du faible niveau des réserves américaines de pétrole et de la nécessité de trouver une autre source d’approvisionnement, il accepta durant la seconde guerre mondiale de se rapprocher de l’Arabie saoudite, alors seul producteur du Proche-Orient à échapper au contrôle britannique. Lorsque Roosevelt rencontra le roi Abdelaziz Ibn Saoud, en février 1945, il conclut avec lui un arrangement informel : les Etats-Unis assureraient la protection militaire du royaume en échange d’un accès exclusif à son pétrole (3). Même si ses termes ont été modifiés depuis — les champs pétrolifères appartiennent dorénavant à la famille royale, pas à des sociétés américaines —, cet accord demeure l’un des piliers de la politique de Washington dans la région.

S’ils avaient le choix, les Etats-Unis préféreraient sans doute acheter tous leurs hydrocarbures à des pays amis, stables et sûrs, comme le Canada, le Mexique, le Royaume-Uni ou d’autres membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Mais les dures réalités de la géologie les en empêchent. La majorité des gisements se situent en Afrique, au Proche-Orient et dans l’ex-Union soviétique. Selon le géant BP (ex-British Petroleum), 80 %des réserves pétrolières se situent hors zone OCDE (4). Washington s’est donc fourni ailleurs, auprès de nations instables, se mêlant des politiques locales, négociant des alliances avec les dirigeants en place et confortant sa tranquillité énergétique par diverses formes d’assistance militaire.

Au début du XXe siècle, pour s’assurer le contrôle de pays riches en pétrole, charbon, caoutchouc et divers minerais, et pour en faciliter l’extraction, les grandes puissances impériales ont créé ou franchisé de gigantesques compagnies de droit public ou privé. Après les indépendances, celles-ci ont poursuivi leurs activités, forgeant souvent des relations solides avec les élites locales et pérennisant la position dont elles bénéficiaient sous administration coloniale. C’est le cas de BP (originellement Anglo-Persian Oil Company), du français Total (fusion de diverses sociétés pétrolières d’Etat), ou encore de l’Ente Nazionale Idrocarburi (ENI, dont fait partie l’Agenzia Generale Italiana Petroli [AGIP]).

Prêts avantageux, projets prestigieux…
les dirigeants recourent aux grands moyens
pour séduire le continent noir

Les Chinois, eux, aimeraient échapper à ce schéma historique (5). Lors du dernier Forum de coopération Chine-Afrique, le président Hu a annoncé un prêt de 20 milliards de dollars sur trois ans aux pays africains pour l’agriculture, les infrastructures et les petites entreprises. Les hauts responsables chinois excluent toute ingérence dans les affaires intérieures des pays fournisseurs. Mais Pékin peine à échapper à l’engrenage expérimenté avant lui par le Japon et par les puissances occidentales.

Jusqu’en 1993, la Chine a pu se contenter de ses propres ressources pétrolières. Mais, par la suite, ses achats d’or noir se sont envolés, passant de 1,5 million de barils par jour en 2000 à 5 millions en 2010, soit une hausse de 330 %. Si les prévisions actuelles se vérifiaient, ils atteindraient 11,6 millions de barils par jour en 2035. Avec l’expansion rapide du parc automobile, certains analystes prédisent même, d’ici 2040, une consommation à peu près équivalente à celle des Etats-Unis (6). Mais, alors que ces derniers pourraient subvenir aux deux tiers de leurs besoins (en comptant la production du Canada voisin), la Chine ne couvrirait qu’un quart de sa consommation avec ses propres ressources. Elle devra donc trouver le reste en Afrique, au Proche-Orient, en Amérique du Sud et dans les pays de l’ex-Union soviétique.

Si Pékin maintient son objectif de tripler sa production d’électricité en vingt-cinq ans, les importations de gaz, qui n’existaient pas en 2005, vont, elles, atteindre 87 milliards de mètres cubes par jour en 2020, principalement en provenance du Proche-Orient et d’Asie du Sud-Est, sous forme de gaz naturel liquéfié, et de Russie et du Turkménistan, par gazoduc (7). La Chine pourrait satisfaire ses besoins en charbon, mais des goulets d’étranglement dans la production et le transport font qu’il est plus efficace économiquement pour les provinces côtières, en plein essor, de le faire venir d’Australie ou d’Indonésie. Inexistantes en 2009, les importations atteignaient 183 millions de tonnes deux ans plus tard (8). La demande de minerais importés (fer, cuivre, cobalt, chrome, nickel…), indispensables à l’électronique de pointe et à la fabrication d’alliages à haute résistance, augmente elle aussi.

La Chine au cœur de la mondialisation

La Chine au cœur de la mondialisation

Philippe Rekacewicz

A mesure que cette dépendance s’accroît, la pérennisation des approvisionnements s’impose comme la préoccupation majeure des dirigeants. « Le devoir de la Chine, a ainsi déclaré M. Le Yucheng, vice-ministre des affaires étrangères, est d’assurer une vie décente à ses 1,3 milliard d’habitants. Vous pouvez imaginer le défi que cela représente et la pression énorme que cela fait peser sur le gouvernement. Je crois que rien ne compte davantage. Tout le reste doit être subordonné à cette priorité nationale (9). » Renforcer les liens avec les fournisseurs internationaux de matières premières devient donc un objectif central de la politique étrangère.

Les autorités sont conscientes des risques de rupture d’approvisionnement pouvant résulter de guerres civiles, de changements de régime ou de conflits régionaux. Pour s’en prémunir, la Chine, empruntant le chemin tracé de longue date par les Occidentaux, s’est efforcée de diversifier ses sources, de développer des relations politiques avec ses principaux fournisseurs et de prendre des participations dans les gisements de minerais et d’hydrocarbures. Ces initiatives bénéficient du soutien de toute l’administration : les banques d’Etat, les sociétés nationales, le corps diplomatique, l’armée (10).

Dans le cas du pétrole, le gouvernement a pressé les compagnies d’Etat China National Petroleum Corporation (CNPC), China Petrochemical Corporation (Sinopec) et China National Offshore Oil Corporation (Cnooc) d’investir dans les champs pétrolifères à l’étranger, en partenariat avec les sociétés nationales locales comme Saudi Aramco, Petróleos de Venezuela SA (PDVSA) ou la Sociedade Nacional de Pétróleos de Angola (Sonangol). Même politique dans l’industrie minière, où des compagnies d’Etat telles que China Minmetals Corporation (CMC) et China Nonferrous Metals Int’l Mining (CNMIM) ont multiplié leurs investissements dans des mines à l’étranger.

Afin de favoriser ces opérations, les dirigeants ont engagé de grandes manœuvres diplomatiques, souvent accompagnées de la promesse d’avantages, de prêts à faible taux d’intérêt, de dîners somptueux à Pékin, de projets prestigieux, de complexes sportifs et d’assistance militaire. Ils ont accordé au gouvernement angolais un prêt avantageux de 2 milliards de dollars, pour « faciliter » l’acquisition par Sinopec de la moitié d’un forage offshore prometteur. Ils ont prêté 20 milliards de dollars au Venezuela pour « aider » les tractations laborieuses entre la CNPC et PDVSA (11). D’autres pays, dont le Soudan et le Zimbabwe, ont reçu un soutien militaire en contrepartie de l’accès à leurs richesses naturelles.

Ce genre d’arrangements conduit inévitablement Pékin à s’impliquer de plus en plus dans les affaires politiques et militaires des Etats concernés. Au Soudan, la Chine, soucieuse de protéger les investissements de la CNPC, a été accusée d’aider le régime brutal de M. Omar Al-Bachir en lui fournissant à la fois des armes et un soutien diplomatique à l’Organisation des Nations unies (ONU). Elle est « le plus gros investisseur au Soudan, rapportait l’International Crisis Group en juin 2008. Sa volonté de protéger ses investissements et d’assurer sa sécurité énergétique, combinée à sa traditionnelle politique de non-ingérence, a contribué à mettre le Soudan à l’abri des pressions internationales (12) ». Dernièrement, les Chinois ont réduit leur soutien à M. Al-Bachir. Surtout depuis la création du nouvel Etat indépendant du Soudan du Sud, où se trouve l’essentiel du pétrole (13)

Oubliant peut-être que la Chine n’est pas elle-même un modèle de gouvernement démocratique et intègre, on a également critiqué le soutien de Pékin à des régimes autoritaires ou corrompus tels que ceux de l’Iran et du Zimbabwe. Militaire, l’aide au régime iranien est aussi diplomatique, en particulier aux Nations unies, où Téhéran a été placé sous surveillance. Au Zimbabwe, la Chine aurait aidé le régime répressif de M. Robert Mugabe en armant et en entraînant ses forces de sécurité. Dans l’espoir d’obtenir en retour des terres cultivables, du tabac, des minerais précieux.

Même dans le cas de pays moins isolés sur la scène internationale, Pékin a tendance à traiter avec les sociétés nationales des gouvernements partenaires, contribuant inévitablement à enrichir les élites locales plutôt que le reste de la population, qui bénéficie rarement des retombées de ces accords. En Angola, des liens étroits ont été noués avec la Sonangol, société d’Etat contrôlée par des personnalités proches du président José Eduardo dos Santos. Si les principaux cadres de l’entreprise en profitent, la majorité des Angolais, eux, survivent avec moins de 2 dollars par jour (14). Chevron, ExxonMobil et BP continuent eux aussi à négocier avec le régime angolais, et avec d’autres du même type.

Même si la nature tyrannique ou féodale des régimes avec lesquels elle traite ne la tourmente pas exagérément, la Chine aimerait se racheter une conduite en accordant des aides aux petits agriculteurs et autres entrepreneurs des classes les moins favorisées. Dans les régions où elle est très impliquée, comme en Afrique subsaharienne, elle a massivement investi dans la construction de chemins de fer, de ports et d’oléoducs. Toutefois, en attendant de profiter un jour à d’autres secteurs d’activité, ces infrastructures servent principalement les besoins des compagnies minières et pétrolières associées.

Ce type de relations
est « intenable sur le long terme »,
déclare le président sud-africain

« A première vue, l’appétit chinois pour les richesses naturelles apparaît comme une bénédiction pour l’Afrique », estime un rapport commandé par la commission développement du Parlement européen (15). Pékin aurait en effet contribué à la croissance économique du continent. Un examen approfondi révèle néanmoins une image plus contrastée. En 2005, seuls quatorze pays, tous producteurs de pétrole et de minerais, avaient une balance commerciale positive — principalement basée sur l’exportation de matières premières — avec la Chine. Trente, qui affichent une balance commerciale déficitaire, sont inondés de textiles chinois et d’autres biens de consommation bon marché, au grand dam des producteurs locaux.

Dans les échanges sino-africains, le fossé entre pays gagnants et perdants s’est donc considérablement élargi, provoquant çà et là un vif ressentiment. Le rapport conclut : « Pour la majorité des pays africains, le discours chinois sur le développement a suscité de grandes espérances, mais n’a pas créé les conditions d’une croissance économique durable. »

Si la Chine continue à placer l’accès aux matières premières au-dessus de tout le reste, elle se comportera chaque jour davantage comme les anciennes puissances coloniales, se rapprochant des « gouvernements rentiers » des pays abondamment dotés en richesses naturelles, tout en faisant le minimum pour le développement général. Le président sud-africain Jacob Zuma n’a pas manqué de le relever lors du forum de juillet dernier : « L’engagement de la Chine pour le développement de l’Afrique » a surtout consisté à « s’approvisionner en matières premières » ; une situation qu’il juge « intenable sur le long terme » (16).

Mais tout changement significatif dans les relations commerciales entre Pékin et l’Afrique — ou les pays en développement en général — nécessitera une transformation profonde de la structure économique chinoise, un basculement des industries énergétivores vers des productions plus économes et vers les services, des énergies fossiles vers les énergies renouvelables. Les dirigeants semblent conscients de cet impératif : le XIIe plan quinquennal (2011-2015) met l’accent sur l’essor de moyens de transport alternatifs, des énergies renouvelables, des nouveaux matériaux, des biotechnologies et d’autres activités propices à un changement de cette nature (17). Sans lequel les dirigeants chinois risquent de s’enferrer dans des relations peu reluisantes avec les pays en développement.

Michael Klare

Professeur au Hampshire College, spécialiste des études sur la paix et la sécurité mondiale. Auteur de The Race for What’s Left : The Global Scramble for the World’s Last Resources,Metropolitan Books, New York, 2012.

(1Hu Jintao, « Open up new prospects for a new type of China-Africa strategic partnership », ministère des affaires étrangères chinois, Pékin, 19 juillet 2002.

(2Cf. Michael L. Ross, The Oil Curse : How Petroleum Wealth Shapes the Development of Nations, Princeton University Press, 2012.

(3Cf. Blood and Oil, Metropolitan Books, New York, 2004, et Daniel Yergin, The Prize, Simon and Schuster, New York, 1993.

(4« Statistical review of world energy », BP, Londres, juin 2012.

(5Lire Colette Braeckman, « Pékin brise le tête-à-tête entre l’Afrique et l’Europe », L’Atlas 2013 du Monde diplomatique, La Libraire Vuibert, Paris, 2012.

(6« The rise of China and its energy implications : Executive summary » (PDF), Forum sur l’énergie du James A. Baker III Institute for Public Policy, Houston, 2011.

(7Cf. US Energy Information Administration (EIA), « China. Country analysis brief », novembre 2010.

(8« China to boost coal imports on widerprice gap », 23 avril 2012.

(9Le Yucheng, « China’s relations with the world at a new starting point », discours prononcé devant le forum du China Institute for International Studies (CIIS), 10 avril 2012.

(10International Crisis Group (ICG), « China’s thirst for oil » (PDF), Asia Report,no 153, 9 juin 2008.

(11Jeffrey Ball, « Angola possesses a prize as Exxon, rivals stalk oil », The Wall Street Journal, New York, 5 décembre 2005 ; Simon Romero, « Chávez says China to lend Venezuela $20 billion », The New York Times, 18 avril 2010.

(12« China’s thirst for oil », op. cit.

(13Lire Jean-Baptiste Gallopin, « Amer divorce des deux Soudans », Le Monde diplomatique, juin 2012.

(14Lire Alain Vicky, « Contestation sonore en Angola », Le Monde diplomatique, août 2012.

(15Jonathan Holslag, Gustaaf Geeraets, Jan Gorus et Stefaan Smis, « Chinese resources and energy policy in Sub-Saharan Africa », rapport à la commission développement du Parlement européen, 19 mars 2007.

(16« Zuma warns on Africa’s trade ties to China », Financial Times, Londres, 19 juillet 2012.

(17Lire Any Bourrier, « La Chine malade de son charbon », Le Monde diplomatique,novembre 2011.

dossier chine, pouvoir et puissance

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Publié par le juillet 30, 2018 dans Afrique, Chine, INTERNATIONAL

 

Alger patriotique : Révélation : Alexandre Benalla est un agent des services secrets marocains

décidément les classiques de la Ve République, du SAC à l’affaire ben Barka, sans parler des liens avec le grand banditisme et les pseudo-anti-impérialistes sont en train de remonter à la surface. Ce serait à partir du PS et de ses liens avec Rabat que le personnage aurait connu une ascension foudroyante. Alger patriotique est un journal assez bien informé,proche des milieux militaires algériens, quel crédit faut-il accorder à cette nouvelle ? Ce qui est à peu près assuré c’est que nous sommes devant la pointe de l’iceberg et le silence embarrassé du président, les complicités policières et du ministre de l’intérieur laissent voir de très vieilles et sales histoires. (note danielle Bleitrach)

Affaire Benalla

Alexandre Benalla a été infiltré par Najet Vallaud Belkacem. D. R.

Par Karim B. – L’affaire du grade du corps «officieux» du président français, Emmanuel Macron, tourne au scandale d’Etat. Licencié pour avoir fait preuve de brutalité dans l’exercice de sa fonction, Alexandre Benalla est, néanmoins, l’illustration même de l’infiltration des plus hautes sphères du pouvoir français par les services des renseignements marocains.

En effet, des sources informées ont révélé à Algeriepatriotique que le déjà ex-chargé de mission auprès du chef de cabinet du président Macron est, en réalité, un agent de la DGED marocaine. Alexandre Benalla a gravi les échelons doucement mais sûrement depuis qu’il fut introduit dans les rouages du Parti socialiste par l’ancienne ministre de l’Education, Najet Vallaud Belkacem, elle-même inféodée à Rabat, aux côtés de Rachida Dati, Myriam Al-Khomri, Audrey Azoulay et bien d’autres.

L’affaire Alexandre Benalla met à nu la stratégie du Makhzen en France et révèle les dessous de l’acharnement des dirigeants français de toutes obédiences – PS, Les Républicains, La République en Marche – à soutenir la monarchie alaouite et à couvrir les frasques et les dépassements de Mohammed VI. C’est que le régime monarchique de Rabat a de tout temps eu un pied dans les plus hautes sphères du pouvoir en France et, depuis quelque temps, au sein de l’Union européenne où il compte de nombreux lobbyistes rémunérés avec l’argent du peuple marocain détourné par la famille régnante prédatrice protégée par Paris.

Les frasques du voyou bombardé «chargé de mission» à l’Elysée mettent Emmanuel Macron dans la gêne. Mais le battage médiatique autour de ce personnage sorti de l’ombre par on ne sait qui, ni pour quel dessein, est sciemment focalisé sur ses exactions et ses excès, mais aucun média français n’a cherché à connaître le secret qui se cache derrière son ascension fulgurante depuis François Hollande jusqu’à Emmanuel Macron qui l’a définitivement pris sous sa protection avant qu’éclate ce scandale.

La France est infestée d’agents secrets marocains qui ont accédé aux fonctions les plus sensibles, jusqu’à avoir accès aux secrets les mieux gardés. Et l’affaire Alexandre Benalla n’est que la partie visible de l’iceberg.

 
 

Trafic de migrants en Libye: quand l’Europe se rend «complice de crimes»

Des effets de l’intervention en Libye (note de DB)

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 12/12/2017 à 15H12, mis à jour le 12/12/2017 à 15H22

Migrants africains dans centre détention région Tripoli
Des migrants africains dans un centre de détention de la région de Tripoli. Ils seraient 500.000 à être détenus arbitrairement. © Photo AFP/Mahmud Turkia

En prenant des mesures destinées à fermer la route migratoire entre la Libye et la Méditerranée et en livrant aux garde-côtes libyens et aux passeurs des dizaines de milliers de migrants, les pays européens les ont condamnés à subir des violences et des tortures. Amnesty international réclame la libération immédiate de tous les étrangers enfermés dans les centres de détention libyens.

Les conséquences ont été dévastatrices, observe le rapport que publie Amnesty International. Des centaines de milliers de réfugiés et de migrants ont été pris au piège à l’intérieur des frontières d’une Libye anarchique.

«Des dizaines de milliers d’entre eux sont maintenus en détention pour une durée indéterminée dans des centres surpeuplés, où ils sont soumis à des violations systématiques de leurs droits.»

Le directeur pour l’Europe à Amnesty International accuse: «En apportant un soutien actif aux autorités libyennes pour stopper les traversées et bloquer les migrants en Libye, ils se rendent complices de ces crimes», a déclaré John Dalhuisen.

Fin septembre 2017, l’organisation internationale pour les migrations (OIM) avait recensé près de 420.000 migrants en Libye dont plus de 60% sont originaires d’Afrique subsaharienne et 32% de pays d’Afrique du Nord.

La détention massive, arbitraire et illimitée, est devenue le pilier du système de gestion des migrations dans le pays avec l’aide de pays européens qui se sont engagés à fournir un soutien et une assistance technique.

«Ils ont permis aux garde-côtes libyens d’intercepter les migrants en mer, en leur fournissant des formations, des équipements, notamment des bateaux… Les chefs de tribus et de groupes armés ont été encouragés à renforcer les contrôles aux frontières dans le sud du pays», note le rapport d’Amnesty.

Le centre détention Tariq Al-Matar près Tripoli
Le centre de détention Tariq Al-Matar près de la capitale libyenne photographié le 11 décembre 2017. © Photo AFP/Mahmud Turkia

Détention arbitraire, torture, travail forcé, homicides, Amnesty a recueilli de nombreux témoignages de migrants et de réfugiés pris au piège. Ils seraient aujourd’hui 20.000 à être enfermés dans des centres surpeuplés et insalubres. Les gardiens les torturent pour leur extorquer de l’argent.

«Ils appellent la famille pendant qu’ils vous frappent. Alors la famille envoie l’argent.» Avec aussi le risque d’être vendu faute de rançonraconte un migrant gambien.

«En soutenant les autorités libyennes dans leur entreprise de confinement de migrants en Libye, des gouvernements européens ont montré où sont leurs véritables priorités, à savoir le bouclage de la route migratoire de Méditerranée centrale, avec un faible intérêt pour les souffrances causées», accuse Amnesty.

L’ONG de défense des droits de l’Homme décline en quelques chiffres la complicité européenne vis-à-vis de ce trafic. Les pays européens ont alloué quelque 46,3 millions d’euros pour renforcer les capacités des autorités libyennes à gérer leurs frontières. Quatre patrouilleurs à haute vitesse ont été livrés par l’Italie aux gardes-côtes libyens. L’Italie a même lancé une opération navale dans les eaux territoriales libyennes pour soutenir les garde-côtes.

Amnesty appelle à la libération immédiate de tous les migrants détenus dans les centres de détention en Libye et demande aux gouvernements européens de repenser leur coopération avec ce pays.

 
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Publié par le juillet 21, 2018 dans Afrique, SOCIETE

 

Maroc: L’unanimité contre l’injustice. par Badia Benjelloun

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Le peuple marocain est unanime. Les peines prononcées le mardi 26 juin au soir par la Chambre criminelle de la Cour d’Appel de Casablanca contre les 54 prisonniers politiques jugés dans le cadre des émeutes d’Al Hoceima et du Rif sont excessives. Elles ont été vécues comme une blessure et perçues comme une véritable provocation.Les condamnations vont de 20 ans de prison ferme à un an avec sursis. Nasser Zefzafi, le jeune hommequi s’est distingué comme un leader du mouvement, figure parmi les cinq prisonniers à écoper du maximum de vingt ans de réclusion.  Les jeunes gens, accusés d’avoir porté atteinte à la sûreté de l’Etat, vont tous faire appel du jugement.

Le mouvement était parti d’un accident, volontaire ou non, survenu à Al Hoceima fin octobre 2016. Un marchand de poisson, en tentant de récupérer sa marchandise confisquée par les autorités de contrôle, se fait broyer dans une benne à ordure après que le mécanisme ait été déclenché par un agent de la voierie. (1)L’émotion est à son comble, d’abord dans la ville puis dans toute la région. Dans la séquence filmée sur un téléphone portable et largement relayée dans les réseaux sociaux, l’agent annonce dans une courte imprécation qui ne manque ni de vulgarité ni d’arrogance son intention de le réduire en bouillie. Certes, la pêche de l’espadon est réglementée et interdite à cette saison. Mais au lieu de punir ceux qui se sont adonnés à cette pratique illicite en mer, les représentants de l’Etat se sont contentés  d’appréhender un intermédiaire, MouhcineFikri,  devenu le symbole de toutes les victimes d’un système absurde et injusteaprès sa mort horrible.

 

Des revendications d’intégration.

 

La région était grosse d’une colère accumulée depuis des décennies. Mise hors circuit par Hassan II après des émeutes contestataires juste après l’indépendance formelle accordée par l’ancien colonisateur, ses habitants se sont tournés vers  les premières ressources à leur portée. L’émigration vers l’Europe,  et pour une très petite part restée in situ, vers la culture du cannabis sur une terre ingrate, bien davantage rentable pour les trafiquants que pour les producteurs. Etant entendu que sans la bienveillante myopie des autorités, incapables de repérer les beaux champs de chanvre depuis leur police héliportée, celle-ci eût été impossible.

Les manifestations au cours desquelles des revendications assez modestes de réputation légitimes, loin d’avoir une portée révolutionnaire, étaient exprimées par des foules de plus en plus nombreuses. La région ne dispose pas d’un hôpital susceptible de prendre en charges les pathologies cancéreuses d’une fréquence anormalement élevées en lien presque évident avec l’épandage par l’aviation française des substances toxiques pendant la guerre du Rif. Les équipements scolaires, comme les infrastructures routières et ferroviaires  sont insuffisants. Le chômage chronique (30, 40% de la jeunesse ?) a franchi depuis longtemps le seuil du supportable.

Longtemps silencieux, le pouvoir a géré la crise en jouant le pourrissement de la situation et en évitant intelligemment l’usage d’une force qui eût pu créer des martyrs. Une fois que d’autres régions ont repris à leur compte les mots d’ordre du Rif car ni chômage ni les déficits du service public ne lui sont propres, la répression s’est abattue. L’engrenage des réponses inadaptées à des problèmes sociaux majeurs et endémiques a été amorcé, jusqu’à la condamnation inadéquate pour un crime imaginaire ‘ l’atteinte à la sûreté de l’Etat’. A cette étape, en l’absence d’une correction rapide apportée à ces jugements iniques patents, une rupture irréversible entre la majorité d’un peuple très conscient des aberrations du politique, et le régime sera consommée. Loi d’amnistie votée par le Parlement ou jugement en appel plus en cohérence avec les attentes de l’opinion marocaine pourraient être un traitement palliatif de ce retour caricatural à l’arbitraire des années dites de plomb au cours desquelles la contre-révolution mondiale a frappé sur tous les continents, en commençant par le Chili un certain 11 septembre 1971.La réponse répressive, telle que formulée par le Tribunal de Casablanca, est inadaptée.Le régime avait sanctionné des responsables politiques, élus et fonctionnaires de l’administration publique, de second rang pour n’avoir pas mis en œuvre les préconisations royales devant aider le développement de la région. Ils ont été simplement remerciés sans procédures de mise en examen alors que de forts soupçons de prévarications, abus de biens sociaux et détournements de fonds pesaient fortement sur eux. Les victimes de cette corruption chronique, elles, sont lourdement châtiées.

Le paradoxe est bien que les demandes formulées ne sont pas de l’ordre d’un séparatisme politique mais au contraire d’une plus grande intégration à une nation qui avait ignoré cette région dans ses projets de développement.

 

Le Boycott.

 

Cette réponse apparaît d’autant plus inadaptée que le peuple marocain s’est constitué autour d’une autre forme de protestation qui échappe aux mesures que peuvent prendre les Ministères de l’Intérieur et de l’Injustice (2) Il a décidé de boycotter des entreprises qui commettent un abus sur les prix permis par une situation de quasi-monopole. Et cela marche. Très bien. C’est l’amorce d’une émeute 2.0 ou 3.0. Danone, les stations-services Afriquia et les eaux minérales Sidi Ali ont vu leurs chiffres d’affaires décliner, d’au moins 30% dit-on. (3) Le pouvoir et ses admonestations maladroites sont impuissants devant ce courant irrépressible qui punit une multinationale française qui a racheté pour une bouchée de pain une coopérative nationale, un ministre d’Etat qui a obtenu une loi de libéralisation des prix des hydrocarbures en sa faveur et une exploitation privée et familiale, très juteuse, d’une eau de source qui est un bien national.

Le peuple marocain est en train d’explorer les voies d’une transition vers un contrôle populaire des biens de consommation. Ce n’est certes pas encore une appropriation collective des grands moyens de production mais un chemin indéniable vers un contrôle des abus. Une fois effondrée la valeur marchande de ces moyens, rien ne s’opposera à leur ‘rachat’ par un collectif de souscripteurs nationaux assujetti à une supervision des travailleurs eux-mêmes.

La séquence est bien celle-ci, le Hirak, interrompu par l’emprisonnement de centaines de citoyens, a resurgi sous la forme du Boycott. Impossible à domestiquer, ce refus de consommation de produits symboliques a conduit en retour à des mesures inappropriées. Les centaines d’années de prison distribuées à la volée constituent à leur tour un traumatisme qui signe une césure entre l’avant et l’après 26 juin 2018.

 

Le Point et le Causeur ou la défaite de la pensée harkie.

 

Les quelques commentaires nés ici ou là sous la plume de quelques écrivaillons francophones dépourvus de légitimité n’ont aucune chance d’avoir un quelconque écho parmi ce peuple en pleine mutation et qui s’invente en forgeant de nouvelles armes pour son émancipation.

Un Tahar Ben Jelloun, bien connu pour injecter de l’exotique dans une littérature française stérile depuis son acte suicidaire du nouveau roman, déguisé en (piètre) ‘penseur’ livre ex cathedra ‘depuis la métropole‘ ses impressions de touriste. Il est allé il y a quelques années dans le Rif et s’est étonné qu’on ne lui répondît à son langage de voyeur-colon qu’en espagnol. Il en tire des leçons adressées à qui veut bien l’entendre. Du haut de ses prix littéraires acquis à force de plagiats, il espère tancer un pouvoir sourd à l’avertissement d’une région rebelle et sinistrée. (4)

Quant à la réponse à la prose de Ben Jelloun faite ici (5), elle est tout simplement indigente et révisionniste. Révisionniste au sens de Domenico Losurdo, le philosophe hégéliano-marxiste très récemment disparu(6). Extirper des faits et des événements de leur enchaînement historique pour les affecter d’un point de vue moral, celui de la contre-révolution. Le faux expert du Causeur réprouveles manifestations et les maifestants, il dégaine leur condamnation pleine de mépris, ce ne sont que des ‘jacqueries’. Dans le Rif, on n’a pas vu de château brûler.De plus,les frondes paysannes ont été des préalables notables à la Révolution française et dans d’autres cas, elles ont conduit à des réformes de la fiscalité agraire. La note dépréciative finale du Causeur vient sous la forme d’une conclusion en faveur d’un pardon royal. Voilà un plumitif qui s’autorise un jugement au second degré d’un mouvement populaire auquel a acquiescé chaque Marocain, et se permetde l’invalider au titre qu’il s’est produit sans une élite intellectuelle qui le conduitet lui donne sens et aboutissement.Il s’agit d’une révolte qu’il faut d’abord mater avec sévérité puis de venir éponger les peines par une grâce royale. Vision toute condescendante que n’oserait plus énoncer le plus parfait paternalisme colonial, c’est pourquoi la tâche interprétative et pédagogique a été déléguée à un harki. Cette agitation n’est somme toute qu’une fièvre infantile qui restera sans lendemain.Les sentences sévères sont méritées et décourageront les récidives en même temps que l’Autorité suprême fera preuve ultérieurement de clémence. Disparaitront dans l’oubli sans laisser la moindre cicatrice les causes premières de la proto-insurrection.

 

L’histoire de la guerre du Rif révisée.

 

Quant à l’appréciation par le plumitif que la République du Rif, l’incarnation de la résistance contre l’Occupant espagnol et français auprès de la quelle Ho Chi Minh a tant appris, est une tentative séparatiste islamique, elle appartient typiquement aux tentatives du révisionnisme toujours à l’œuvre depuis les décennies du triomphe du libéralisme et de l’hégémonie du capitalisme anglo-saxon. Abdelkrim Al Khattabi et ses combattants ont défié deux armées impérialistes occidentales, 400 000 soldats bien équipés et une aviation qui a expérimenté les gaz de combat. Leur résistance n’a été brisée que par l’usage intensif de l’arme chimique. Leur bravoure et leur nationalisme continuent de résonner dans les cœurs et les esprits de tout homme épris de liberté.

En raison du caractère révisionniste des commentaires de ces deux plumitifs, leur appréciation du Hirak et du mouvement social manque de saisir leur dynamique.

MohcineFikri a été broyé dans la benne d’une firme française chargée de la collecte d’ordures par contrat avec la ville d’Al Hoceima (7). Ils ne peuvent pas voir l’aberration que les impôts locaux prélevés dans une agglomération minée par la misère servent une rente coûteuse en devises pour simplementramasser des déchets.

Par manque de discernement de l’histoire qui se fait,ils ne peuvent voir que la limitation drastique de l’émigration mise en œuvre par l’Union européenne interrompt le drainage continu du surplus d’hommes inemployés. La plus récente des embarcations qui a versé au large de la Libye faisant une centaine de morts avait à son bord des Marocains et des Yéménites. (8). Ils ne peuvent pas non plus envisager que la légalisation prochaine de la consommation du cannabis au moins pour des raisons médicales sera  pour  les cultivateurs de chanvre du Rif, déjà bien concurrencée par une production locale européenne, une catastrophe économique.

Ils sont tous deux loin de la substance qui fait la charpente et la chair de la révolte populaire inaboutie car pas encore clairement dénoncée. L’accident au cours duquel a succombé MouhcineFikri trouve sa raison dans le mode d’attribution des licences de pêche au Maroc par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche celui-là même dirigé par Akhenouch, l’homme des stations-services Afriqia. Elles sont distribuées selon le bon plaisir du prince à ses barons, surtout des haut-gradés de l’armée. Le domaine public, les biens nationaux est géré comme une ressource privée offerte à des seigneurs féodaux, des fidèles engraissés par des faveurs censés être la structure et l’ossature du système makhzénien. (8)

 

L’incarcération de tout un peuple.

 

Les deux plumitifs continueront de ronronner leur discours inaudible depuis les masses marocaines en mouvement, saupoudrage pour la suite d’un roman explicatif exotique et étique à usage occidental car il met à distance les réalités concrètes pour ne narrer que l’écume, l’inconsistant d’un imaginaire porté par de faux témoins éloignés d’une réalité qu’ils défigurent. Le sultanat marocain a été transformé en une monarchie sur le modèle occidental de la monarchie absolutiste française dès le lendemain de l’indépendance formelle. Le texte de la Constitution fut rédigé par un professeur de droit bordelais, Maurice Duverger. Jusque là, le sultan était considéré comme mandaté par son peuple. Il doit assurer et garantirselon les termes d’un contrat, moubaya’a, les conditions de sécurité et d’administration qui permettent une vie sociale compatible avec les principes de l’Islam. Le sultan n’est en aucun cas un monarque de droit divin comme cela a été la conception dans le royaume de France arrivé à sa forme mature sous Louis XIV. Il est au service du droit divin qui implique au minimum justice et probité. La preuve irréfutable des attributs limités du Sultan est apportée par la révocation en 1908 de Moulay Abdelaziz par les notables, les savants religieux de la Qaraouyine et diverses corporations de la ville de Fès. Il a été destitué au motif qu’il ne s’opposait pas avec l’énergie et l’efficacité nécessaires à la pénétration occidentale et à la mise sous tutelle économique du pays. Son frère Moulay Hafid fut désigné pour le remplacer avec un cahier de charges à respecter. La suite ne fut pas heureuse, les progrès de l’occupation étrangère n’ont pas été arrêtés et en 1912, la mise sous protectorat a été prononcée. Plus de cent ans après, un gouvernement aux couleurs locales perpétue la domination impérialiste.

 

Le Boycott est une suite au Hirak, sous forme d’une réponse 3.0.

Face à ces lourdes condamnations, chaque Marocain se sent incarcéré, l’importance impressionnante des manifestations qui ont contesté ce jugement en témoigne.

Il trouvera sûrement par son génie inventif le chemin de sa libération.

 

 

Badia Benjelloun

8 juillet 2018

 

(1) https://www.investigaction.net/fr/badia-benjelloun-toute-une-partie-de-la-jeunesse-marocaine-se-reconnait-dans-fikri/

 

(2) http://www.afrique-asie.fr/maroc-boycott-un-peuple-se-recompose/

 

 

(3) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/06/03/au-maroc-le-boycott-qui-derange-les-autorites_5308984_3212.html

 

 

(4) http://afrique.lepoint.fr/actualites/tahar-ben-jelloun-proces-du-hirak-le-verdict-est-une-provocation-28-06-2018-2231415_2365.php

 

(5) https://www.causeur.fr/tahar-ben-jelloun-hirak-le-point-maroc-152489

 

(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Domenico_Losurdo

 

 

(6)https://www.yabiladi.com/articles/details/48141/affaire-mohcine-fikri-ordures-s-amoncellent.html

 

 

(7) https://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/naufrage-au-large-de-la-libye-des-rescapes-racontent-la-terreur_2021651.html

 

 

(8) https://www.yabiladi.com/articles/details/9310/maroc-quotidien-publie-liste-detenteurs.html

 

(9) https://www.youtube.com/watch?v=ePZvHMo2B7k&feature=youtu.be

 

 

 

 

 
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Publié par le juillet 13, 2018 dans actualités, Afrique, POLITIQUE

 

Les médecins sud-africains diplômés à Cuba sont reçus à Johannesbourg par le vice-président Mabuza

les Cubains disent : on ne donne pas ce qu’on a en trop, on donne ce qu’on a, parce que si pour donner tu attends d’en avoir trop, tu ne donneras jamais (note de danielle Bleitrach)

La Havane, 7 juillet, (RHC).- Un groupe de jeunes médecins sud-africains récemment diplômés à Cuba ont été accueillis ce samedi à l’aéroport international de Johannesbourg, par le vice-président David Mabuza.

703 jeunes médecins ont reçu leur diplôme la semaine dernière à La Havane au cours de la cérémonie organisée à l’occasion du centenaire de la naissance de Nelson Mandela, grand leader de la lutte contre l’apartheid.

Les médecins sud-africains diplômés à La Havane se sont engagés à prêter leurs services là où le conseil de développement des ressources humaines que préside David Mabuza estime qu’ils sont plus nécessaires.

La formation de jeunes sud-africains dans des facultés de médecine à Cuba rentre dans le cadre des programmes de coopération signés par Fidel Castro, leader historique de la Révolution cubaine et par Nelson Mandela du temps où ce dernier était à la présidence de l’Afrique du Sud, en 1994.

Edité par Francisco Rodríguez Aranega
source: http://www.radiohc.cu/fr/noticias/nacionales/166353-les-medecins-sud-africains-diplomes-a-cuba-sont-recus-a-johannesbourg-par-le-vice-president-mabuza

Tag(s) : #cuba#Afrique du Sud