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Soudan : une femme devient l’icône de la contestation et chante la «révolution»

10 avril 2019
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Cette image d'Ala'a Salah, chantant la «révolution» au milieu d'une foule de manifestants à Khartoum, lundi 8 avril, a fait le tour des réseaux sociaux. © Courtesy Lana H. Haroun/via REUTERS
Cette image d’Ala’a Salah, chantant la «révolution» au milieu d’une foule de manifestants à Khartoum, lundi 8 avril, a fait le tour des réseaux sociaux.
© Courtesy Lana H. Haroun/via REUTERS

Au Soudan, depuis samedi dernier, des dizaines de milliers de personnes sont rassemblées sur la place devant le quartier général militaire. Les manifestants ont installé des tentes, ils vivent là et fêtent la parole libérée. Parmi eux, une femme vêtue de blanc est devenue le symbole de cette révolution. Une vidéo la montrant juchée sur une voiture au milieu de la foule a été partagée des milliers de fois.

La révolte soudanaise a désormais son icône : elle s’appelle Ala’a Salah. Elle est devenue le symbole des milliers de femmes soudanaises qui réclament leurs droits en manifestant dans un pays où les femmes sont jugées pour le simple fait de mettre un pantalon.

Toute de blanc vêtue, avec ses bijoux à la manière traditionnelle soudanaise, Ala’a Salah reflète la culture et l’âme de la société soudanaise.

« Nous avons notre statue de la liberté », note un internaute sous la photo de cette étudiante de 22 ans, qui réaffirme le rôle clef joué par la femme dans la contestation. Les femmes participent activement aux manifestations depuis le 19 décembre.

Elle se tient fièrement, débout sur le toit d’une voiture au milieu du rassemblement et chante la révolte en poésie populaire avec spontanéité.

La foule répète derrière elle en refrain : « Thawra ! thawra » (« Révolution ! Révolution ! »).

« La balle ne tue pas, ce qui tue c’est le silence de l’homme », chante encore la jeune femme, avant de répéter : « Ma bien-aimée est une Kandaka ». Kandaka désigne la beauté et la lutte pour les droits des anciennes reines nubiennes.

Depuis le début du mouvement de protestation, les manifestantes sont désignées comme « Kandaka ». Pour beaucoup à Khartoum, « la révolution soudanaise est une femme ».

Source : Par RFI Publié le 10-04-2019 Modifié le 10-04-2019 à 22:53

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Une histoire partielle du Djihad

par Les-crises.fr DT

Source : Consortium News, Daniel Lazare, 21-02-2019

Un présentateur vedette de CNN ne devrait pas être choqué par le fait que les États-Unis soient en ménage avec des terroristes yéménites, par Daniel Lazare.

Un reportage récent de CNN sur du matériel militaire américain parvenu aux mains d’Al-Qaïda aurait pu être un précieux complément aux connaissances des Américains sur le terrorisme.

Sous le titre de Vendu à un allié, perdu en faveur d’un ennemi, ce reportage de 10 minutes, diffusé le 4 février, avec en vedette l’étoile montante Nima Elbagir la montre passant près d’un convoi de véhicules blindés dits « Mine-Resistant Ambush Protected » ou MRAP [Résistant aux mines, protégé contre les embuscades, NdT] sur une autoroute yéménite.

« C’est totalement incroyable » dit-elle. « Et ce n’est pas sous le contrôle de la coalition [menée] par les [Saoud]. C’est un territoire sous le commandement des milices, ce qui est totalement interdit par les accords signés avec les États-Unis sur les ventes d’armes. »

« Ce n’est que le sommet de l’iceberg », ajoute-t-elle. « CNN a appris par des informateurs du côté de la coalition qu’un système d’armes américain encore plus dangereux, le missile TOW [missile antichar filoguidé, NdT], a été parachuté en 2015 par l’Arabie Saoudite aux combattants yéménites. Les médias pro-Saoud l’ont fièrement annoncé à l’époque ». Ces TOWs ont été largués dans une zone contrôlée par Al-Qaïda, selon CNN. Mais quand Elbagir essaie d’approfondir le sujet, le gouvernement local affilié à la coalition la chasse, elle et son équipe, de la ville.

Des TOWs américains entre les mains d’Al Qaïda ? Elbagir est une bonne présentatrice. Mais c’est une vieille histoire que sa chaîne a longtemps minimisée.

Au début de la guerre en Syrie, les médias occidentaux ont péniblement admis que parmi les forces combattant Assad se trouvait Al-Qaïda. A cette époque, l’opposition était largement décrite comme un prolongement tardif des soulèvements du printemps arabe en faveur de la démocratie ailleurs dans la région.

Cependant, en avril-mai 2015, au moment même où les saoudiens larguaient des TOWs sur le Yémen, ils fournissaient également les mêmes missiles high-tech à guidage optique aux forces pro-Al-Qaïda dans la province d’Idlib, au nord de la Syrie. Les chefs rebelles exultaient lorsqu’ils ont repoussé les troupes du gouvernement syrien. Les TOWs ont « changé la donne », a dit l’un d’eux, tandis qu’un autre a déclaré : « Je réduirais les percées à un seul mot : TOW. »

CNN a raconté une toute autre histoire. Depuis le territoire tenu par les rebelles, Nick Paton Walsh, de CNNa indiqué que les missiles pouvaient « changer la donne… et qu’ils finiront peut-être par affaiblir le côté le moins populaire de la division shiite-sunnite ». Il a concédé que ce n’était pas que des bonnes nouvelles : « Un gros inconvénient, pour Washington au moins, est que les rebelles qui sont souvent victorieux, le Front Al-Nosra, font de fait partie d’Al-Qaïda. Mais alors que les vainqueurs du moment sont les ennemis de l’Amérique, l’évolution rapide de la situation en Syrie peut provoquer ce que l’administration Obama a longtemps prôné et recherché, c’est-à-dire infléchir la ligne suivie par le régime d’Assad. »

Foreign Policy, le Washington Post, le Guardian et le New York Times ont tous froncé les sourcils à chaque victoire d’Al-Qaïda tout en étant discrètement soulagé à l’idée que le président syrien Bashar al-Assad était enfin en difficulté.

Mais maintenant que Elbagir sonne l’alarme à cause des TOWs au Yémen, la chaîne CNN ferait bien d’admettre qu’elle s’est montrée, par le passé, bien négligente au sujet des TOWs aux mains d’Al-Qaïda.

En fait, CNN n’a nulle envie d’aller là où justement l’establishment pro-guerre de Washington n’a pas envie qu’il aille. Elbagir ne devrait pas être choquée d’apprendre que les alliés des États-Unis sont complices de terroristes yéménites.

Soldat américain tenant un « Tube-launched, Optically-tracked, Wire-guided (TOW) [missile lancé par tube à conduite de tir optique et filo-guidé, NdT] 2B Aero Missile » sur le terrain d’exercice de Fort Irwin, Calif, 2014. (U.S. Army photo by Sgt. Richard W. Jones Jr.)

Histoire des liens entre les états-Unis et les guerriers de la foi

Ce que les producteurs et correspondants de CNN, soit ne savent pas soit ne veulent pas mentionner, est que Washington soutient depuis longtemps le djihad. Cela remonte au président Dwight Eisenhower selon Ian Johnson dans « Une mosquée à Munich » (2010). Il voulait, selon des mémorandums de la Maison Blanche, « mettre l’accent sur le côté « guerre sainte » dans ses pourparlers avec des dirigeants musulmans au sujet de la menace communiste durant la guerre froide ». (See « How U.S. Allies Aid Al Qaeda in Syria », Consortium News, Aug. 4, 2015) [ Voir « Comment les alliés des États-Unis ont aidé Al Quaida en Syrie » , NdT]

La Grande-Bretagne, de son côté, est impliquée dans ce genre d’histoire depuis au moins 1925 quand elle a aidé les Frères musulmans à s’implanter en Égypte. Elle et les États-Unis ont travaillé avec les islamistes depuis le coup d’état de 1953 en Iran selon Robert Dreyfus dans « Devil’s Game » (2006) [Le jeu du diable, NdT].

Durant les années 80, une révolte islamiste contre un gouvernement afghan gauchisant et prosoviétique a reçu le soutien des États-Unis. Déjà en 1979, Jimmy Carter et son conseiller national pour les questions de sécurité, Zbigniew Brzezinski, ont armé les moudjahidin afghans – non pas pour chasser les Soviétiques mais pour les attirer. Brzezinski voulait infliger à Moscou ce que les États-Unis ont subi au Vietnam, comme il l’a affirmé dans un entretien en 1998.

Pendant ce temps, quelques mois après que les États-Unis eurent commencé à armer les moudjahidin, le régime saoudien a été profondément ébranlé lorsque des extrémistes ont pris la Grande Mosquée à la Mecque et appelé à renverser la famille royale. Alors que l’Arabie saoudite a veillé à réprimer le djihadisme local, elle a aussi été un des plus grands soutiens des extrémistes sunnites de la région, plus précisément dans leur combat contre le régime chiite qui a pris le pouvoir à Téhéran, là aussi en 1979.

Depuis cette année là, les États-Unis ont utilisé le djihad de façon directe ou indirecte en collaboration avec les monarchies du Golfe ou les services secrets pakistanais ouvertement pro-islamistes de la Direction pour le renseignement inter-services. Ce soutien des États-Unis aux moudjahidin afghans a contribué à élever Oussama Ben Laden au rang de héros aux yeux de certains jeunes saoudiens et autres sunnites. Les camps d’entraînement qu’il a établis dans les campagnes afghanes ont attiré les djihadistes de toutes les régions.

L’artillerie russe bombarde des positions tchétchènes près du village de Duba-Yourt, 2000. (Wikimedia)

Le soutien des États-Unis au gouvernement islamiste de Alija Izetbegovic en Bosnie-Herzégovine a fait venir Al-Qaïda dans les Balkans, tandis que le soutien des États-Unis et des saoudiens aux militants islamistes pendant la seconde guerre tchétchène en 1999-2000 a permis l’implantation d’une base opérationnelle américaine sur ce territoire.

Mettre Al-Qaïda sous le tapis

Six ans seulement après le 11 septembre 2001, selon le journaliste d’investigation Seymour Hersh, les États-Unis ont minimisé la lutte contre Al-Qaïda afin de contrôler l’Iran – une politique, écrit Hersh, qui a eu pour effet « de renforcer […] les groupes sunnites extrémistes qui épousent une vision militante de l’Islam et sont hostiles aux États-Unis et favorables à Al-Qaïda ».

La politique de la secrétaire d’état Hillary Clinton à l’égard d’Al-Qaïda est encore plus curieuse. En mars 2011, elle a consacré presque deux semaines à persuader le Qatar, les EAU et la Jordanie de se joindre à la guerre aérienne contre la Libye de Moammar Khadhafi, pour ensuite regarder le Qatar dépenser des centaines de millions de dollarsd’aide aux milices islamistes qui propagent l’anarchie d’une extrémité à l’autre du pays. L’administration Obama a songé à faire des remontrances au Qatar, mais elle ne l’a finalement pas fait.

C’est à peu près ce qui s’est passé en Syrie où, début 2012, Clinton organisait un groupe des « Amis de la Syrie » qui a rapidement fait transiter une aide militaire aux forces islamistes combattant les Chrétiens, les Alaouites, les laïques et les autres partisans d’Assad. En août 2012, la Defense Intelligence Agency [Agence du renseignement de la défense, NdT] a expliquée que « Les Salafistes, les Frères musulmans et AQI [Al-Qaïda en Irak] sont les principales forces à l’origine de l’insurrection [anti-Assad] » ; que l’Occident, la Turquie et les états du Golfe les soutenaient quand même ; que le but des rebelles était d’établir « une principauté salafiste déclarée ou non en Syrie Orientale » et que « c’est exactement ce que veulent leurs soutiens pour isoler le régime syrien… »

Biden « mange le morceau »

Deux ans plus tard, le vice-président Joe Biden déclara à la Harvard’s Kennedy School :

« Nos alliés dans la région ont été notre plus gros problème en Syrie. […] Les saoudiens, les émiratis etc. que faisaient-ils ? Ils étaient déterminés à faire tomber Assad et à commencer une guerre par procuration entre les Sunnites et les Chiites. Qu’ont-ils fait ? Ils ont versé des centaines de millions de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d’armes à tous ceux qui allaient combattre Assad. sauf que cela revenait à équiper Al-Nosra, Al-Qaïda et les djihadistes extrémistes venant de toutes les régions du monde. » (la citation commence à 53:25)

Biden en 2012. (Kelly Kline via Flckr)

Le fait qu’Obama ait ordonné au vice-président de s’excuser auprès des saoudiens, des EAU et de la Turquie pour ses commentaires a confirmé en retour qu’ils étaient vrais. Lorsque les TOWs sont arrivés entre les mains des rebelles pro Al-Qaïda en Syrie le printemps suivant, tout ce qu’un haut fonctionnaire de l’administration aurait dit était : « Ce n’est pas quelque chose qu’on ne s’abstiendrait pas d’aborder avec nos partenaires. »

Il était évident dès le début qu’Al-Qaïda serait l’un des principaux bénéficiaires de l’intervention saoudienne au Yémen. Le fait d’immobiliser les Houthis – « l’ennemi le plus déterminé d’Al-Qaïda », selon le Times – lui a donné de l’espace pour s’épanouir et croître. Alors que le département d’État a déclaré qu’elle comptait jusqu’à 4 000 membres en 2015, un rapport de l’ONU estimait que le nombre de ses membres se situait entre 6 000 et 7 000 trois ans plus tard, soit une augmentation de 50 à 75 pour cent ou plus.

Au début de 2017, l’International Crisis Group [ONG dont la mission est de prévenir et résoudre les conflits meurtriers grâce à une analyse de la situation sur le terrain et des recommandations indépendantes, NdT] notait qu’Al-Qaïda « prospérait dans un contexte d’effondrement de l’état, de sectarisme croissant, d’alliances changeantes, de vide sécuritaire et d’une économie de guerre en plein essor. »

Carte du Sud Yémen (PBS, Frontline)

Au Yémen, Al-Qaïda « a fréquemment combattu du côté des forces de la coalition saoudienne à […] Aden et ailleurs dans le sud, y compris à Taiz, obtenant d’eux de manière indirecte des armes » selon l’ICG. « … Dans le Nord-Yémen […] la coalition [menée par l’Arabie saoudite] s’est engagée dans des alliances tacites avec les combattants de l’AQAP ou du moins a fait semblant de ne pas les voir, tant qu’ils les ont aidé à attaquer l’ennemi commun. »

Un documentaire de la chaîne PBS montrait en mai 2016 des membres d’Al-Qaïda combattant aux côtés des forces des EAU près de Taiz. (c.f. « The Secret Behind the Yemen War », (le secret derrière la guerre du Yémen) Consortium News, May 7, 2016.)

Capture d’écran du reportage « Le Yémen assiégé » de l’émission Frontline sur la chaîne PBS, 2016.

En août dernier, une équipe d’enquêteurs de l’Associated Press a découvert que la coalition saoudienne a conclu des accords secrets avec des combattants d’Al-Qaïda « en payant des gens pour quitter des villes clés et en laissant d’autres se retirer avec des armes, de l’équipement et des liasses d’argent pillé ». Les milices soutenues par les saoudiens « recrutent activement des militants d’Al-Qaïda », a ajouté l’équipe de l’AP, « parce qu’ils sont considérés comme des combattants exceptionnels » et leur fournissent également des camions blindés.

S’il n’est pas nouveau que des alliés des États-Unis équipent des forces pro Al-Qaïda avec du matériel américain, pourquoi CNN prétend-elle découvrir ce fait ? D’une part parce qu’elle se sent libre de critiquer la guerre et tout ce qui l’accompagne maintenant que la catastrophe humaine grandissante au Yémen devient un embarras majeur pour les États-Unis. D’autre part, le fait de critiquer les états-Unis pour ne pas avoir réussi à maîtriser leurs alliés lui fait gagner des points auprès des téléspectateurs en donnant l’impression qu’elle est dure et indépendante, même si c’est l’inverse.

Et puis il y a Trump, avec qui CNN est en guerre depuis son élection. La décision de Trump, le 19 décembre, de retirer ses troupes de Syrie a offert au réseau de CNN une double opportunité car elle lui a permis de s’insurger contre le retrait considéré comme « bizarre » et une « victoire pour Moscou » tout en se plaignant de la politique administrative au Yémen. Selon ces gens, Trump a tort, semble-t-il, quand il se retire et quand il reste sur le terrain.

Dans les deux cas, la CNN se montre arrogante en attaquant lourdement le chef de l’exécutif que les médias des multinationales adorent haïr. Elbagir aurait peut-être dû donner à son exposé un autre titre : « Pourquoi armer des maniaques meurtriers est une mauvaise nouvelle dans un pays mais pas dans un autre. »

Daniel Lazare a écrit « The Frozen Republic : How the Constitution Is Paralyzing Democracy » (Harcourt Brace, 1996) ainsi que d’autres livres sur la politique américaine. Il a publié dans un large éventail de publications allant de « The Nation aux blogs du Monde Diplomatique à propos de la Constitution et de sujets connexes sur Daniellazare.com.

Source : Consortium News, Daniel Lazare, 21-02-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

Alger Républicain : Le peuple au secours de Rebrab ou Rebrab au secours du peuple : quelques repères pour l’histoire d’une imposture

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Le peuple au secours de Rebrab ou Rebrab au secours du peuple : quelques repères pour l’histoire d’une imposture

mardi 26 mars 2019
par Alger républicain

L’unanime rejet d’un pouvoir qui a servi d’incubateur à une petite minorité de gros gagnants de l’ère Bouteflika tend à ne focaliser ses regards que sur les arrivistes « oligarchisés » les plus discrédités. L’erreur de ces personnages symbolisant la corruption et l’arbitraire est de s’être placés à la tête de hautes fonctions politiques pour servir avec zèle le pouvoir et se servir. Une « erreur » due à l’ivresse que procurent l’ascension vertigineuse dans la hiérarchie du pouvoir apparent, et le sentiment d’impunité. Tel Haddad pour ne citer que ce personnage incapable d’aligner quelques mots sans déclencher des quolibets ou susciter l’indignation devant le spectacle affligeant d’un patron-marionnette inculte.

La révolte qui a pour proie favorite ce genre d’individus massivement rejetés, en ces temps de mouvement populaire sans précédent, ne doit pas pour autant faire oublier qu’ « un oligarque en cache d’autres ». Les remplaçants sont à l’affût. Ils se chauffent les mains à l’idée de prendre très bientôt à leur tour le contrôle de l’Etat juchés sur les épaules de millions de jeunes à la recherche d’une alternative. Du moins le croient-ils, sous-estimant les enseignements des luttes que ces jeunes vont rapidement assimiler.

AR

La presse libérale présente le célèbre magnat, patron officiel de Cevital, sous les traits glorieux d’un « capitaine d’industrie », de « créateur de richesses » et même « d’emplois ». Des images de cet industriel circulent sur les réseaux sociaux. Il est aux côtés des marcheurs qui eux revendiquent la fin du système … Bref, Rebrab est le nouveau sauveur des laissés pour compte, un véritable « héros du peuple », à qui il ne reste plus qu’à attribuer le porte-feuille (ou le porte-monnaie) de super ministre de l’économie nationale (ravalée au statut d’annexe ou de comptoir commercial de l’Union européenne) de la future « 2e République » !

Et pourtant, est-il vraiment nécessaire de rappeler que Monsieur Rebrab est aussi un pur produit du système que la rue rejette ? Un oligarque impitoyable avec les travailleurs tentés de s’organiser en syndicat pour se protéger de l’arbitraire patronal [1]. Un vrai oligarque né dans les années de malheurs et de violence, celles où ont été conduites tambour battant les réformes libérales les plus destructrices de notre économie naissante. Il été parmi les premiers à bénéficier des faveurs d’un système qui s’est bâti sur la casse de notre jeune industrie nationale.

Monsieur Isâad Rebrab a commencé à construire son empire dès le début des années 1990, grâce à un crédit providentiel de près de 200 millions de dollars mis à sa disposition par l’Etat, au moment même où le pays était financièrement étranglé par ses créanciers [2]. Mais, l’essentiel de sa fortune a explosé démesurément sous l’ère Bouteflika malgré le fait que son journal « Liberté » s’était éloigné de ce dernier en 2003, prenant adroitement position pour ses opposants dans l’armée, auxquels il devait son ascension fulgurante dans les années 1990.

Rebrab a bénéficié comme on le sait d’une implantation stratégique sur les quais du port de Béjaia en violation des lois régissant le domaine national. C’est entre 2000 et 2018 qu’il crée la majorité de ses filiales (dans la construction, l’importation la commercialisation des véhicules Hyundai, importation prépayée par les acheteurs (!!) et, bien entendu surfacturée, la distribution des produits Samsung, des photocopieurs Rank Xerox et Canon, produits eux aussi surfacturés, l’industrie du verre, l’immobilier, des chaines de la grande distribution, et des centres commerciaux (sur des assiettes foncières publiques cédées à vil prix), la production et l’exploitation des mines et carrières, les pépinières et les concessions agricoles …

Si Cevital agro-industrie dispose d’une raffinerie d’huile, de sucre, d’une margarinerie, d’unité de conditionnement d’eau minérale, d’unité de fabrication et de conditionnement de boisson, d’une conserverie de tomates et de confiture, de silos portuaires ainsi que d’un terminal de déchargement portuaire, Rabrab a comme on le sait le monopole du sucre et de l’huile en Algérie. Il a acquis des actifs économiques d’ENAJUS, possède la marque d’eau minérale Lalla Khedidja et s’est lancé très tôt dans l’acquisition de terres agricoles (dès 2004) …

Il a créé sa filiale agricole CEVI-Agro en 2008 et acquis soit par achat, soit dans le cadre de concessions agricoles des terres dans les régions les plus riches et les mieux dotées sur le plan agro-climatique (El-Hamiz, Rouiba, Dergana, Bou-Saada, Béjaia, Mostaganem, région d’Oran). Pourquoi l’Office National des Terres Agricoles ne publie-t-il pas à l’occasion la liste de toutes les concessions de terres accordées ces dernières années à Rebrab, à Haddad et à de nombreux autres oligarques connus ou moins connus ? Rappelons que ces terres avaient été enlevées à de petits exploitants auxquels les banques refusaient toute aide. Il est actuellement le principal exportateur de produits agro-alimentaires du pays. Tirant profit du quota accordé à l’Algérie dans le cadre des accords d’association avec l’Union Européenne (importation en franchise et libre de taxes) et des subventions publiques accordées sur l’énergie (celle-ci intervient pour plus du tiers dans le coût de transformation du sucre brut), ou le transport, il exporte pour plus de 200 millions de dollars de sucre raffiné. En fait, comme pour les autres bénéficiaires des crédits généreux de Sellal pour produire du sucre raffiné obtenu à partir de matières importées, le fond sonnant et trébuchant de l’opération se résume à accumuler de gros profits en devises en exportant les subventions !

Voilà un bref aperçu du plus grand patron algérien, de la première fortune privée du pays, évaluée en milliards de dollars.
Des petits Rebrab il en existe cependant par dizaines. Il se font discrets appliquant l’adage « pour vivre heureux – et faire du fric – vivons cachés ». Si Rebrab se retrouve sous les feux des projecteurs c’est parce qu’il l’a cherché en se faisant passer pour le sauveur de la Kabylie dont les projets sont sabotés par le pouvoir privant la population de la création de cent mille emplois, ni plus, ni moins !! Alors que maintenant tout le monde a commencé à comprendre que c’est le développement de toute l’Algérie qui a été torpillé au grand bénéfice des importateurs magouilleurs et des faux industriels. Torpillage exécuté par l’Etat en application des « réformes » hamrouchiennnes de 1990, réformes qui ont placé les importations dans les mains de gros privés, des accords passés avec le FMI en 1994 et qui s’étaient soldés par la fermeture de très nombreuses unités industrielles, du désengagement de l’Etat de l’acte de production officiellement décidé par un homme de la Banque mondiale, Benbitour, avant de quitter son poste de chef du gouvernement en 2000.

Une question citoyenne en ces temps de révolte et de revendications politiques salutaires pour le pays : une telle fortune peut-elle être accumulée en résistant farouchement au système ou à l’ombre (pour être gentil) de ce système ?
La réponse dévoilerait peut-être que l’autre oligarque Kouninef, son présumé rival – qui lui a eu, comme on le sait, à son tour la faveur des clans mafieux – ne servirait que d’épouvantail.

La réponse à cette question politique nous indiquera le sens des changements et des résultats de l’intifadha contre un pouvoir haï : soit dans le sens des intérêts des masses populaires ou alors dans le sens des intérêts d’une bourgeoisie qui revendique cyniquement aujourd’hui une plus grande part du butin sous le slogan de « réformes économiques plus radicales ». Avec, peut-être, pour faire croire à un « vrai » changement, la confiscation des biens de quelques boucs émissaires vomis qui s’étaient crus intouchables grâce à la protection du pouvoir !

Sid Ali
26.03.19

1 Lire « Grève illimitée à l’usine CÉVITAL de Béjaïa (9 avril 2012) » : http://www.alger-republicain.com/Gr…CEVITAL.html

2 Lire « Rebrab à son tour rattrapé par un nouvel épisode du « Panama Papers » (21 août 2016) :
http://www.alger-republicain.com/Re

[1] Lire « Grève illimitée à l’usine CÉVITAL de Béjaïa (9 avril 2012) » : http://www.alger-republicain.com/Gr…CEVITAL.html

[2] Lire « Rebrab à son tour rattrapé par un nouvel épisode du « Panama Papers » (21 août 2016) :

 
 

La diaspora algérienne soudée face à Bouteflika

>Politique|Philippe Martinat, notre envoyé spécial à Marseille (Bouches-du-Rhône)|24 mars 2019, 7h30|MAJ : 24 mars 2019, 16h26|49
Ces dernières semaines, tous les dimanches après-midi, des centaines de Franco-algériens ont pris l’habitude de se rassembler pour manifester leur solidarité avec le grand mouvement populaire né en Algérie. PhotoPQR/La Provence/Nicolas Vallauri

Algériens vivant en France, binationaux ou simple Français d’origine algérienne, ils vivent avec intensité ce «Printemps algérien».

Ils se découvrent souvent pour la première fois, joyeux et étonnés. Dans un coin du Vieux-Port de Marseille, face à la Canebière, quelques centaines de Franco-algériens ont pris l’habitude de se rassembler ces dernières semaines tous les dimanches après-midi pour manifester leur solidarité avec le grand mouvement populaire né de l’autre côté de la Méditerranée. Le Mistral qui se lève glace les visages, mais ne parvient pas à refroidir les ardeurs de cette petite foule bruyante au-dessus de laquelle flottent les drapeaux vert et blanc frappés du croissant rouge et de l’étoile.

Maître de conférences à l’université Aix-Marseille et membre du jeune Collectif pour une alternative démocratique et sociale en Algérie, le sociologue Saïd Belguidoum observe la scène en expert. « Ce qu’on appelle la communauté algérienne en France est d’une hétérogénéité totale, relève-t-il. Ici vous avez des intellos, des salariés modestes et des primo-arrivants qui s’expriment spontanément en arabe. Mais les jeunes des quartiers nord ne sont pas là. Pour eux, ce qui se passe en Algérie renvoie à l’histoire de leurs parents, mais n’entre pas du tout dans leurs préoccupations quotidiennes. » Ce qui ne les empêche pas de brandir le drapeau algérien lors des matchs de l’OM.

LIRE AUSSI >Plongée au cœur des Algériens de France : «Avec la volonté du peuple, on y arrivera !»

La diversité des situations saute aux yeux. Mohamed, 46 ans, visage maigre et traits tannés sur les chantiers publics, est venu d’Aix-en-Provence avec sa petite famille. Son épouse Samia, 42 ans, travaille comme aide aux personnes âgées et exprime sa « joie pour l’Algérie qui bouge ». Les trois petites filles de ce couple modeste dont le père est algérien alors que la mère possède la double nationalité, ont les yeux qui brillent. « Nous, on est nées en France, mais on veut que l’Algérie soit libre », lance tout sourire l’aînée de 12 ans.

«L’Algérie mon amour, l’Algérie pour toujours»

Des prises de parole improvisées surgissent ici ou là dans un désordre certain, parfois couvertes par des chants comme ceux de ces jeunes qui reprennent en arabe l’un des hymnes de défi aux autorités des supporteurs de football d’Alger : « Envoyez-nous les policiers ! » Plus consensuel, retentit aussi, en français cette fois, « L’Algérie mon amour, l’Algérie pour toujours ».

VIDÉO. « Liberté » de Soolking devient l’hymne des manifestants algériens

Moustache poivre et sel et chapeau vissé sur le crâne, Mohamed, un Kabyle dans la cinquantaine, discute avec deux amis. « En Algérie, j’étais cadre dans une entreprise. Avec ma femme on a quitté le pays en 2002 pour la France quand on a vu le système scolaire basculer dans l’intégrisme et la médiocrité. » Non sans fierté, il glisse que son fils aîné est aujourd’hui « docteur chercheur en biologie » et le cadet étudiant en troisième année de médecine.

En regardant la petite foule qui brandit des pancartes hostiles à Bouteflika et crie « Système dégage », Mohamed s’enflamme : « Les jeunes veulent que leur Algérie soit comme ici ou même mieux, car le pays est riche. La relation entre les deux peuples français et algérien est extraordinaire, il y a de quoi faire un eldorado sur les deux rives de la Méditerranée. »

Des Tunisiens, un drapeau palestinien…

On croise aussi Micen, une publicitaire d’origine algérienne née à Saint-Etienne (Loire), descendue de Paris pour le week-end. La jeune femme avoue se sentir « à la fois très concernée et très distanciée » par rapport à l’Algérie. Ou Nada, une architecte trentenaire qui vient de s’installer à Marseille. Ratiba, « née à Marseille il y a 46 ans à la clinique Bouchard », travaille comme aide aux personnes en maisons de retraite. Avec son compagnon tunisien, ils brandissent un drapeau palestinien, « parce que la Palestine c’est l’Algérie », proclament-ils. Tout le monde n’est pas de cet avis.

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Le 3 mars, sur le Vieux-Port de Marseille./PhotoPQR/La Provence/Nicolas VallauriDeux franco-algériennes dans la soixantaine viennent de houspiller un jeune avec un keffieh palestinien et d’autres qui conseillaient à Macron de « s’occuper de ses Gilets jaunes » plutôt que de l’Algérie. « Il ne faut pas tout mélanger ! », s’époumonent les deux vieilles dames.

Soraya Chekkat, une juriste de 40 ans, vient d’adhérer au « collectif pour une alternative démocratique et sociale en Algérie ». Le discours très argumenté de cette Française de la diaspora suggère de fortes attaches militantes à gauche. Erreur : « Je n’ai jamais été encartée dans aucun parti politique ici, et encore moins d’Algérie ! » Médecin-psychiatre, Bahia, aixoise d’origine algérienne, intervient spontanément : « J’aurais tant aimé qu’on scande un peu plus de slogans pour la démocratie comme « Le FLN dans les musées », « L’armée dans les casernes » et « La religion dans les mosquées ! »

Certains ne rêvent plus que de repartir

Plus loin, un groupe turbulent d’une dizaine de jeunes fait du bruit pour cent. Ils se bousculent pour parler en même temps. Tous sont sans-papiers. Yacine, 25 ans, est parti à pied d’Algérie à l’âge de 16 ans. Ses amis assurent qu’il a traversé treize pays avant d’arriver en France : « On n’est pas ici pour la tour Eiffel ou pour Marseille, nous on veut retourner travailler dans notre pays dès que la clique de voleurs au pouvoir à Alger aura dégagé ». En attendant, ils vendent pour survivre des cigarettes Marlboro de contrefaçon.

Seconde génération, Nassim, étudiant en première année de lettres travaille chez Zara pour payer ses études. Il avoue être un peu « largué » sur l’Algérie, mais fait l’effort de se renseigner sur son lointain pays d’origine. « J’essaye de comprendre la situation mais c’est vrai qu’avec mes copains cela ne nous avait jamais intéressé », confie-t-il très étonné d’apprendre à quel point la haute hiérarchie militaire profite du système à Alger. Etudiante en architecture à Marseille, Douia, la petite Kabyle, ne rêve plus que de repartir : « Je voudrais vraiment voir ce qui se passe en Algérie. »

La révolte des petits commerçants

Petits commerçants franco-algériens ou gros acteurs de « l’économie de containers », eux aussi, observent avec intérêt le mouvement de contestation en Algérie. « Les gros barons qui appartiennent au Forum des chefs d’entreprise (le Medef algérien présidé par le très pro-régime Ali Haddad) résident le plus souvent en France ou en Suisse notamment pour l’éducation de leurs enfants, indique un bon connaisseur du patronat algérien.

Pour eux tout va bien, ils ont les protections suffisantes pour continuer à s’enrichir ». Mais les « petits », eux, tirent la langue. « Nous n’en pouvons plus de ce système qui ne sait qu’augmenter les taxes sur tous les produits d’importation, nous voulons plus de liberté dans les échanges commerciaux », râle Kader. Ce commerçant, qui traverse deux fois par mois la Méditerranée pour ramener en Algérie du textile prêt-à-porter, manifeste sur le Vieux-Port de Marseille (Bouche-du-Rhône) avec ceux qui veulent « dégager » Bouteflika.

Depuis la chute des cours du pétrole en 2014, Alger, dont les réserves monétaires ont fondu, tente de freiner les importations. « Les commerçants sont contre le système car ils en souffrent beaucoup, décrypte l’universitaire Saïd Belguidoum. Tout le monde le sait : ils sont forcés de participer à la corruption généralisée en payant des tchipas (pots-de-vin) aux douaniers et en sous-déclarant les montants de leurs marchandises pour contourner des taxes de plus de 60 %. » Résultat la corruption et le trabendo (marché noir) flambent. « Actuellement les gens qui vont à Alger transportent souvent dans leurs cabas des pots de Nutella ou des tablettes Milka », témoigne une Franco-Algérienne. De quoi acheter la paix sociale ou nourrir la révolution ?

En chiffres

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PhotoPQR/La Provence/Nicolas Vallauri2,5 millions. La démographe Michèle Tribalat a estimé en 2015 à 2,5 millions le nombre de personnes d’origine algérienne vivant en France (réparties sur trois générations). Mais ce chiffre de la diaspora algérienne n’est qu’une estimation parmi d’autres, car la loi française interdit les statistiques « ethniques ».

Entre 500 000 et 2 millions. Le nombre des binationaux franco-algériens se situerait entre 500 000 et 2 millions. Selon l’estimation haute, il y aurait 800 000 binationaux vivant en Algérie et 1,2 millions en France. En 2014, 815 000 Algériens et binationaux étaient inscrits sur les listes des consulats algériens en France.

5,2 milliards d’euros. En 2018, les exportations françaises vers l’Algérie étaient de 5,2 milliards d’euros et les importations en provenance d’Algérie (gaz et pétrole) avaient atteint 4,1 milliards d’euros. La balance commerciale de la France avec l’Algérie est donc excédentaire de 1,1 milliard d’euros.

PolitiqueAlgérieMarseilleSaïd Belguidoum
 
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Publié par le mars 25, 2019 dans Afrique, INTERNATIONAL

 

Bouteflika rejoint le mouvement populaire contre lui-même et son système

Après Seddik Chihab du RND, le numéro 1 du FLN Moad Bouchareb a déclaré ce matin que le FLN rejoignait le soulèvement populaire né il y a maintenant un mois. Ouyahia lui-même a appelé 48h plus tôt le gouvernement à satisfaire les revendications du peuple le plus vite possible. Cet élan d’opportunisme et de tentatives de récupérations de la révolte de la part des tenants du système n’a pas manqué de faire réagir, et présage des retournements de vestes en cascades dans les jours et semaines à venir.

Et justement, Bouteflika vient d’annoncer ce début d’après-midi par le biais d’une lettre officielle rejoindre le peuple dans sa mobilisation contre lui-même et contre le système. Voici un extrait : « Je vous ai entendus. Et je vous ai compris. J’annonce donc solennellement rejoindre mon peuple bien-aimé pour faire tomber le clan Bouteflika incluant moi-même et tout le système en place depuis des décennies. Netnahaw ga3 ! Vous me verrez Vendredi à la Grande Poste avec mes pancartes marrantes et mes jolies fleufleurs pour la manifestation. Nmout aalikoum ya mhayenkoum, vive la jeunesse que nous incarnons tous ! Ou djibouli Sofiane nboussou. »

Nous attendons de voir comment cette annonce sera reçue par le peuple Algérien. Mais d’après nos sources à l’étranger, le président Français Macron se serait déjà inspiré de son homologue Algérien vu qu’il aurait été aperçu arborant un gilet jaune aux Champs-Elysées, en train de lancer un cocktail molotov sur le Fouquet’s.

 
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Publié par le mars 24, 2019 dans Afrique

 

L’enfer libyen

Sept ans après le renversement et l’assassinat de Kadhafi après l’agression de l’OTAN, la Libye est toujours plongée dans la guerre et le chaos. Alors que le soi-disant gouvernement d’unité nationale, reconnu par l’ONU et dirigé par Fayez Sarraj, essaie d’imposer son autorité depuis Tripoli, et que le maréchal Khalifa Haftar dirige la soi-disant Armée de libération nationale, qui contrôle l’est du pays et la Chambre des représentants, à Tobrouk, d’autres groupes armés dominent différentes villes et une partie du pays reste contrôlée par Daesh. Les deux parties, la Chambre des représentants et le gouvernement d’unité nationale, sont en désaccord, bien qu’ils se soient entretenus à Paris en mai 2018 en vue d’organiser des élections qui pourraient avoir lieu au printemps 2019. Cependant, la situation dans le pays reste chaotique: la prolifération de groupes armés, souvent des instruments de féroces chefs de guerre locaux, a transformé la Libye en un enfer.

Tripoli, Tobrouk et Misurata sont des centres de forces combattantes dont les dirigeants s’affrontent pour voler les richesses du pays. Ils achètent et corrompent souvent des groupes armés qui changent de drapeau et de loyauté, enlèvent et tuent, voire occupent des champs pétrolifères (comme ce fut le cas à Sidra et à Ras Lanuf en 2017 et à Sharara en décembre 2018, occupés par la milice Bataillon 30) pour négocier plus tard avec les compagnies occidentales. La corruption et le vol, perpétrés par des chefs de milices et des trafiquants indépendants ou liés aux puissances occidentales, sont constants: le bureau du procureur de Bruxelles enquête sur la disparition de milliards de dollars du pays déposés dans une banque belge.

En septembre dernier, les combats se sont intensifiés dans le cadre d’une « guerre de milices » chaotique et la septième brigade, dirigé par l’ancien gadhafiste Abdel Rahim al-Kani et maintenant un allié de l’islamiste Khalifa al-Ghawil, s’est affronté aux forces de Fayez Sarraj. Le dernier épisode a été le déclenchement d’une voiture piégée au ministère des Affaires étrangères à Tripoli, qui a fait plusieurs morts à la fin du mois de décembre 2018. Le Libanais Ghassan Salamé, chef de la MANUL, la mission d’appui de l’ONU pour la Libye est submergé par l’existence de nombreux groupes armés et par l’action des puissances occidentales et des pays du golfe Persique qui lancent des opérations de combat ou bombardent la population civile et parient sur la tenue d’élections, même s’il est douteux qu’ils résolvent le chaos de la guerre. Un pays détruit qui, dans la pratique, est démantelé et n’existe pas.

La France et l’Italie s’affrontent: Rome, à travers Salvini, a accusé Paris d’ingérence en Libye motivée par des intérêts économiques et agissant conformément à Haftar, tandis que les États-Unis visaient à contrôler les flux de pétrole et à stabiliser la situation avec un gouvernement client, maintient un contingent militaire et bombarde avec son aviation et ses drones. Des informations intéressantes divulguées par les chancelleries occidentales faisaient état du soutien russe à Khalifa Haftar, accusation rejetée par Moscou. La Russie estime que tous les groupes politiques et armés du pays devraient participer aux négociations pour résoudre le chaos, y compris le fils de Kadhafi, Seif al-Islam. À son tour, l’Égypte intervient fréquemment lors des bombardements, de même que le Qatar: tous deux parrainent des groupes armés, et les Émirats arabes unis soutiennent le général Haftar qui se proclame adversaire de l’islamisme terroriste. Le général Ahmad Mismari, porte-parole de l’armée et proche de Haftar, a accusé la Turquie de transférer des mercenaires de Syrie en Libye, via le territoire turc, et à la Belgique d’envoyer des armes aux terroristes, et a appelé la Russie à intervenir comme en Syrie. Dans sa tentative de stabiliser le pays, l’Union européenne a sanctionné le président du Congrès national, le général Nuri Abu Sahmain; le président de la Chambre des représentants, Aqiulah Saleh; et le chef du gouvernement du salut, Khalifa al-Ghawill. L’Union européenne a sanctionné le président du Congrès national, le général Nuri Abu Sahmain; le président de la Chambre des représentants, Aqiulah Saleh; et le chef du gouvernement du salut, Khalifa al-Ghawill. L’Union européenne a sanctionné le président du Congrès national, le général Nuri Abu Sahmain; le président de la Chambre des représentants, Aqiulah Saleh; et le chef du gouvernement du salut, Khalifa al-Ghawill.

La majorité de la population vit dans la misère et l’économie du pays est en ruine et dépend entièrement de la vente de pétrole. La situation reste désespérée: au milieu d’un enchevêtrement d’acronymes et de groupes armés, extorsion de fonds, enlèvements, assassinats, trafic de drogue, sièges de villes, immigrés pris au piège de réseaux d’esclaves et marchés d’esclaves définissent un pays qui, avant l’attaque de l’OTAN, avait le PIB par habitant le plus élevé d’Afrique, et maintenant c’est l’enfer.

 

11 février 1957 Fernand Iveton délégué syndical CGT fut guillotiné par le gouvernement socialiste (video) 

Iveton fut le nom de ma première cellule, l’Algérie devra être un chapitre important de mes mémoires, mais en ce moment comme je traite de l’Eurocommunisme et de la stratégie du PC depuis mon adhésion en 1956, j’y fais également allusion. J’ai écrit 128 pages. La première partie achevée concerne l’Europe centrale, une partie de mes origines, mais surtout d’où est partie la contestation du communisme avec Walesa. La seconde partie traite de mes autres origines, de l’engagement prolétarien et de mes différents voyages à la veille de la chute du communisme, des réunions dans lesquelles la direction du parti m’avait envoyée et de l’eurocommunisme. Avec en toile de fond depuis mon adhésion la crise de l’UEC et l’arrivée au pouvoir de Mitterrand. La troisième partie concernera la manière dont j’ai vécu les guerres coloniales, le tiers monde, les non alignés et Cuba. Mais en dépliant ma vie, je m’aperçois qu’il reste beaucoup de choses à dire y compris sur ce genre d’analyse qui a néanmoins le mérite d’exister (note de Danielle Bleitrach)
de : Roberto Ferrario
samedi 11 février 2017 – 15h08 –  Signaler aux modérateurs

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Fernand Iveton (à gauche) devant sa machine à l’atelier de Gaz d’Algérie

Fernand Iveton est ouvrier tourneur à l’usine à gaz du Hamma de l’EGA à Alger où il est délégué syndical à la Confédération générale du travail (CGT).

En application des pouvoirs spéciaux demandés par le président du Conseil, le socialiste Guy Mollet, et votés par l’Assemblée nationale en mars 1956, il est jugé par le tribunal militaire d’Alger. Défendu par deux avocats commis d’office — le Parti communiste français ayant d’abord interdit qu’il le soit par l’avocat communiste Gaston Amblard —, il est condamné à mort pour « tentative de destruction d’édifice à l’aide d’explosifs », le 24 novembre 1956, à l’issue d’une journée d’audience.

Le pourvoi d’Iveton devant le tribunal de cassation militaire est rejeté le 3 décembre 1956.

Jacqueline Guerroudj est arrêtée le 4 janvier 1957. Elle tente en vain, par ses déclarations à la police, de sauver Iveton.

N’ayant pas tué, Iveton croit à sa grâce plaidée par l’avocat communiste Joë Nordmann qui s’est joint aux avocats commis d’office, Albert Smadja et Charles Laînné. Mais son recours est refusé le 10 février 1957 par le président de la République, René Coty, avec l’accord du garde des Sceaux de l’époque, François Mitterrand et du président du Conseil, Guy Mollet. Il est guillotiné le 11 février 1957, dans la cour de la prison de Barberousse, à Alger par le bourreau d’Alger, Fernand Meyssonnier. Avec lui, deux militants nationalistes, Mohamed Ben Ziane Lakhnèche et Ali Ben Khiar Ouennouri, dits « Ali Chaflala » et « P’tit Maroc », sont également décapités.

Il est le seul Européen parmi les 198 prisonniers politiques guillotinés de la guerre d’Algérie. Me Albert Smadja, son avocat commis d’office, témoin de l’exécution, rapporte qu’avant de mourir Fernand Iveton déclara : « La vie d’un homme, la mienne, compte peu. Ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir. Et l’Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l’amitié entre Français et Algériens se ressoudera. ».

Le soir de l’exécution à la prison de Barberousse des trois condamnés dont Fernand Iveton, le 11 février 1957, Annie Steiner, incarcérée à la même prison où elle est condamnée à cinq ans de réclusion, compose le poème Ce matin ils ont osé, ils ont osé vous assassiner.

 » Puis le coq a chanté
Ce matin ils ont osé.
Ils ont osé vous assassiner
En nos corps fortifiés
Que vive notre idéal
Et vos sangs entremêlés
Pour que demain ils n’osent plus
Ils n’osent plus nous assassiner. »
Ce matin ils ont osé
Ils ont osé vous assassiner
C’était un matin clair
Aussi doux que les autres
Où vous aviez envie de vivre et de chanter
Vivre était votre droit
Vous l’avez refusé
Pour que par votre sang d’autres soient libérés. »

En mars 1958 Jean-Paul Sartre, sous le titre Nous sommes tous des assassins, dénonce l’exécution de Fernand Iveton dans sa revue Les Temps modernes.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ferna…

De nos frères blessés

de Joseph ANDRAS

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Prix Goncourt 2016 du premier roman, Joseph Andras retrace les derniers jours de Fernand Iveton,le seul Européen guillotiné pendant la guerre d’Algérie, qui fut militant communiste.

Alger, 1956. Fernand Iveton a trente ans quand il pose une bombe dans son usine. Ouvrier indépendantiste, il a choisi un local à l’écart des ateliers pour cet acte symbolique : il s’agit de marquer les esprits, pas les corps. Il est arrêté avant que l’engin n’explose, n’a tué ni blessé personne, n’est coupable que d’une intention de sabotage, le voilà pourtant condamné à la peine capitale.

Si le roman relate l’interrogatoire, la détention, le procès d’Iveton, il évoque également l’enfance de Fernand dans son pays, l’Algérie, et s’attarde sur sa rencontre avec celle qu’il épousa. Car avant d’être le héros ou le terroriste que l’opinion publique verra en lui, Fernand fut simplement un homme, un idéaliste qui aima sa terre, sa femme, ses amis, la vie – et la liberté, qu’il espéra pour tous les frères humains.

Quand la Justice s’est montrée indigne, la littérature peut demander réparation. Lyrique et habité, Joseph Andras questionne les angles morts du récit national et signe un fulgurant exercice d’admiration.

http://www.actes-sud.fr/catalogue/l…