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Archives de Catégorie: extrême-droite

Nos amis d’Odessa nous alertent

Marianne a reçu un signal d’alerte d’un de nos amis odessites et elle me demande de vous prévenir, il nous annonce de bonnes et mauvaises nouvelles et a donc besoin que publicité soit faite sur les agissements des fascistes à Odessa.

D’abord une bonne nouvelle, le procès des anti-maïdans qui se tenait depuis 3 ans a connu un épilogue heureux.

Les 5 personnes qui étaient détenues pour s’être affrontées dans la rue Grecque (le même jour où l’on brûlait dans la maison des syndicats) avec les fascistes se revendiquant du maïdan  avaient été arrêtés, alors qu’il n’y a toujours eu aucun fasciste arrêté.

Le procès s’est soldé heureusement par un acquittement vu qu’aucun témoignage contre eux n’était crédible. Tout le procès s’était déroulé y compris la dernière séance avec des hordes dehors qui faisaient pression sur le tribunal. Mais le dossier était tellement vide que le tribunal l’a reconnu. Voilà pour la bonne nouvelle.

Mais aussitôt deux d’entre eux ont été incarcérés sous le chef d’accusation de séparatisme. Parmi les trois qui ont été libéré, l’un a été suivi jusque chez lui par les fascistes et frappé, littéralement massacré. Comme le déclare la presse russe aujourd’hui.

Il faut rester vigilant sur ce qui se passe à odessa, en Ukraine, en Pologne avec la montée du fascisme encouragé par nos propres gouvernements et dans le silence de nos médias.

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Publié par le septembre 19, 2017 dans Europe, extrême-droite, GUERRE et PAIX

 

un coup bas, très bas de l’impérialisme américain pour déconsidérer les nord-coréens

L’image contient peut-être : 3 personnes, personnes souriantes, personnes debout et plein air

Outre le fait que ce duo de pitres ne porte pas particulièrement bonheur à la cause qu’ils embrassent… Quelqu’un pourrait-il faire passer un message à nos amis du matin calme qui ne savent probablement pas qui sont ces deux abrutis…

 
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Publié par le septembre 18, 2017 dans Asie, extrême-droite, GUERRE et PAIX, humour

 

Notes de lectures sur Céline, la race et le juif.

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Ma télévision est en panne, j’ignore d’ailleurs pourquoi vu que le reste d’internet fonctionne… C’est une bonne chose, je rattrape des lectures, des livres achetés et laissés sur une pile parce que non liées à mon actualité de travail.

A ce propos, j’ignore toujours si je vais achever le livre entamé avec Monika sur la Pologne et les juifs, le rôle joué par l’antisémitisme dans la chute du socialisme, alors j’ai tendance à négliger les lectures qui rentrent dans ce programme… D’un côté, il est bien entamé, une centaine de pages déjà écrites, un plan qui a pris forme, le dialogue avec Monika très fructueux, de l’autre après le livre sur Staline et l’URSS, enfanté dans la douleur, et qui n’a pas encore produit ses effets polémiques de surcroît, j’ai besoin de détente… Me reposer et travailler sur le cinéma et l’architecture soviétique pour lequel j’ai déjà des collaborations et un plan de travail me tente alors que me replonger dans cette tragédie polonaise et la stupidité de l’antisémitisme sera sans doute douloureux, ça l’est déjà. Parce que tout ce que vous avez subi d’injustices a tendance malencontreusement à prendre forme et on se croît aisément prédestinée alors que c’est universel. Donc ma télévision est en panne et je lis.

je m’étais acheté, il y a six mois un énorme pavé de 1172 pages intitulé Céline, la race et le juif, les auteurs en sont Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff (1) hier j’en ai lu 300 pages, c’est un ouvrage d’une rare érudition, une sorte de thèse qui m’a fait découvrir des aspects de l’antisémitisme que j’ignorais. Les auteurs nous présentent en effet l’antisémitisme traditionnel français avec ses vedettes, Bernanos, Daudet, Maurras, Drumont et d’autres moins connus mais qui jouent un rôle déterminant comme George Montandon, George vacher de Lapouge, urbain Gohier, les plus méconnus ne sont pas les moins actifs. Et je découvre qu’il y a deux courants plus ou moins antagonistes, l’un voit dans les Juifs un peuple qui ne peut pas être français puisqu’il est avant tout juif, il faut donc lui donner un statut d’étranger et limiter ce faisant sa diabolique influence. Je me dis que je connais beaucoup de sympathisants d’Israêl qui en fait poursuivent dans cette logique. Et que le musée de la présence juive à Varsovie a tranché, la seule solution pour les Juifs polonais a été d’aller dans leur véritable patrie, la Pologne étant réservée aux Polonais catholiques. Ce courant illustré en France par Bernanos et Maurras pense néanmoins qu’il peut y avoir quelques bons juifs patriotes qui préfèrent la France et sont prêts à donner leur vie pour elle. En revanche, il y a le courant dont le chantre est Céline qui choisit la solution nazie de l’extermination, les Juifs ne forment pas un peuple mais une race impure qu’il faut éliminer parce qu’elle a déclaré la guerre au genre humain et en particulier aux purs parmi les purs les aryens. Céline s’invente une filiation celte et flamande et il est littéralement obsédé par la nécessité de nettoyer la face de la terre de cette race puante, issue d’un mélange asiate et négroïde, son délire n’est pas celui d’un écrivain isolé, il est totalement intégré à la collaboration nazie qui ne peut rien lui refuser. Ses éructations de bagatelle pour un massacre et l’Ecole des cadavres, mais pas seulement ne sont pas un simple délire, il y a dans le pamphlet un projet politique, un travail sur les thèmes qui va parfois jusqu’au plagiat. Il faut rendre immonde le Juif, provoquer la répulsion, pour justifier la solution finale. Ce n’est pas le débordement du génie par sa part maudite, c’est un choix militant poursuivi au sein de collectifs politiques de la collaboration. Il déteste les antisémites à la manière d’un Maurras qui se contentent de voir dans le juif l’étranger et qui ne vont pas jusqu’au racisme comme les nazis. Par parenthèse quand on lit ce subtil distinguo, on comprend mieux la scène dans laquelle Renoir vient le voir et comment Céline l’insulte alors que Renoir souvent proche des communistes et s’enfuyant aux Etats-Unis est vigoureusement anti-nazi mais n’est pas dénué d’antisémitisme comme le constate Brecht.

Je sais pourquoi j’ai toujours trouvé suspects ceux qui refusent aux Juifs le statut de peuple sous prétexte qu’ils seraient le produit d’un mélange comme Shlomo Sand (ce qui est la caractéristique que les racistes comme Céline attribuent aux Juifs, l’impureté)  et y voient « une invention » (rien de plus proche du complot). Un peuple est un produit historique comme la nation, un préalable en quelque sorte que la nation dépasse. Refuser le statut historique de peuple aux Juifs est une absurdité sous le prétexte qu’on a une conception de la nation fondée sur la xénophobie et non le lien contractuel et citoyen, alors on aboutit comme Shlomo Sand à devenir la référence de tous les antisémites et racistes, le juif qui dit enfin ce que l’antisémite a envie d’entendre à savoir que le complot ( l’invention) le rend inassimilable. .

je dois dire que la différence entre antisémitisme et racisme m’avait échappée mais elle est intéressante pour éclairer non seulement l’idéologie française et les transfuges d’un camp à l’autre durant la seconde guerre mondiale, mais également la manière dont les Polonais envisagent la question juive, parce qu’elle pose le problème du nationalisme et dans un pays comme la Pologne ce n’est pas rien. Bref l’antisémitisme bénéficierait si l’on peut dire d’une triple base, la religion, la violence contre un peuple considéré comme déicide, de ce point de vue Céline déteste le christianisme qu’il considère comme enjuivé, ensuite l’antisémitisme qui serait lié à une conception réactionnaire de la nation, confortée par la xénophobie et le racisme enfin qui vise à l’extermination ou à l’esclavage. Dans tous les cas l’individu est convaincu qu’il y a un complot et que celui-ci est mené par les juifs pratiquant le meurtre rituel, la destruction par le chaos révolutionnaire de la nation et enfin la contamination de la race. Le statut du métis étant pour Céline et ses pareils d’abord raciste encore plus pourri que celui du Juif. la définition du Juif pour Céline est d’ailleurs celle qu’il donne dans « les beaux draps » j’entends par Juif tout homme qui compte parmi ses grands parents un juif, un seul » (p.307) ce qui est une révision  de la Loi portant statut des Juifs du 3 octobre 1940 qui stipule: »est regardé comme juif, pour l’application de la présente loi, toute personne issue de trois grands parents de race juive ou de deux grands parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif » définition très proche de celle du Troisième Reich promulguée le 14 novembre 1935. Mais le parti nazi avait proposé la même solution que Céline et se dernier  revendiquait l’assimilation totale des demi-juifs aux juifs intégraux pour cause de contamination. Le rôle d’un Céline, ses interventions répétées, ses lettres dans la presse toujours poussait à l’extermination.La période d’occupation montrent les auteurs correspond à la période d’engagement politique maximal dans la vie de Céline contre les Juifs et leur créature selon lui les bolcheviques (2)

danielle Bleitrach

 

(1)paru chez Fayard en 2017.

(2) Plus je lis ce livre sur Céline plus je suis écœurée, ce type est une ordure. Il dénonce Desnos, l' »enjuivé », le communisant » parce qu’il a osé critiquer son dernier pamphlet ordurier « Beaux draps », en disant qu’il devient aussi ennuyeux qu’henry Bordeaux, lui fait retirer ses rubriques. J’ai devant les yeux l’état dans lequel on a retrouvé Desnos dans ce camp de concentration, mort vivant, intransportable… Desnos est arrêté le 22 février 1944, puis déporté. Il passe par Ausqhwitz, Buchenwald, Flossenburg, Floha et il meurt à l’arrivée des troupes alliées à Terezin de typhoïde et de dysenterie, un squelette humain. J’ai l’impression de tenir dans mes bras ce corps transparent et qui ne peut survivre à sa descente aux enfers préparée par ce salopard et d’autre de son espèce. ?Quand je pense à tous ces gens qui ne craignent pas de vilipender Aragon et qui se tortillent d’esthétisme devant Céline, j’ai le sentiment d’une incroyable défaite dans toutes mes valeurs, mes combats … J’ai parfois l’impression de vivre la fin de Courbet qui paye son engagement auprès des communards et subit l’injustice dans l’épuisement de son être… j’ai la nausée devant mon époque…

 

Un leader communiste, violé en Suède pour ses convictions

Il semble que les cas de viol et de diffusion de ces viols sur facebook se multiplient en Suède d’où la référence de l’homme politique à un cas parmi une masse d’autres (note et traduction de Danielle Bleitrach)

Publié: 16 septembre 2017 09:41 GMT
 https://actualidad.rt.com/actualidad/250189-comunista-violacion-suecia-politica-convicciones

L’agression, dénoncée par une déclaration sur Facebook, avait des motifs politiques évidents, dit la victime.

Un leader communiste, violé en Suède pour ses convictions

L’homme politique suédois Patrik Liljeglod
Youtube / svt2
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L’homme politique communiste suédois Patrik Liljeglod, a été attaqué avec un couteau et violé cet été, pour lui il ne fait aucun doute que l’agresseur inconnu était politiquement motivé.

L’attaque a eu lieu à la fin du mois de juillet, indique Liljeglod dans sa page sur le réseau social Facebook. Le politicien rentrait chez lui d’une fête et le violeur s’est approché en le menaçant avec un couteau.

Au cours de l’agression sexuelle, le violeur lui a dit des choses qui avaient des «liens politiques clairs».  En particulier, il a mentionné les «organes génitaux féminins de la gauche», qui méritaient ce type de traitement et l’a même traité de «traître».

«J’ai reçu un soutien et maintenant je me sens en sécurité», dit le politicien, qui dirige la délégation régionale de son parti. Et il ajoute: « Savoir et comprendre n’est pas suffisant ».

« Ce qui m’est arrivé récemment, c’est un événement de caractère collectif « , dit le communiste suédois. C’est pourquoi il livre une réflexion sur la façon de rendre la société plus sûre. Il rappelle à ses compatriotes que la démocratie « est la chose la plus sacrée que nous ayons en Suède en 2017 ».

En dénonçant l’agression, Patrik Liljeglod a déclaré qu’il resterait dans la vie politique.

 
 

A propos de l’anticommunisme du gouvernement polonais…

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manifestation de soutien au gouvernement polonais.

Sortant de sa réserve, Henri Dudzinski, consul honoraire de la République polonaise, critique le révisionnisme historique pratiqué par l’extrême droite (PiS) au pouvoir en Pologne.
Une sortie courageuse, mais aussi une première dans l’histoire de la diplomatie polonaise en France.

Le lien : http://www.lavoixdunord.fr/216980/article/2017-09-12/le-consul-de-pologne-denonce-la-politique-de-censure-qui-touche-la-memoire-de

Ci-dessous et en pièce jointe, notre réaction aux propos de Monsieur le consul honoraire.

« ANTITOTALITARISME » à deux vitesses…
Communiqué commun à propos d’une déclaration du consul polonais à Lille.

               M. Henri Dudzinski, le consul honoraire de Pologne à Lille, a eu le courage de s’indigner publiquement (La Voix du Nord du 13 septembre 2017 (édition de Lens)) contre la politique du gouvernement ultra-droitier de Varsovie, qui débaptise à tour de bras les lieux publics portant des noms de Résistants communistes.

Cette protestation du consul est méritoire et il nous faut d’autant plus la saluer que nos associations, et d’autres, avaient personnellement alerté le consul sur ce sujet ; une lettre de protestation, transmise par le consul à l’Ambassade de Pologne à Paris, n’avait hélas reçu de celle-ci qu’une méprisante fin de non-recevoir.

Il est cependant dommage que le consul n’ait pas signalé que la fascisante chasse aux sorcières en cours en Pologne va plus loin que des attaques contre la mémoire communiste et antifasciste : en effet, Varsovie tente actuellement d’interdire le PC polonais et intente des procès aux dirigeants du PCP, « coupables » de défendre publiquement leurs idées.

Or l’Union européenne (UE), qui proteste mollement contre les agissements liberticides du président Kaczynski (presse, IVG, justice, programmes scolaires), reste de marbre quand le pouvoir attente aux droits des communistes (non seulement en Pologne, mais en Hongrie, dans les États baltes, en Ukraine, etc.).

Pourquoi la répression contre les partisans de la restauration capitaliste pratiquée naguère par la République populaire de Pologne pour préserver le socialisme seraient-elles qualifiées de « totalitaires » par l’UE alors que serait conforme au « pluralisme européen » la répression anticommuniste mise en place dans plusieurs pays de l’Est pour sanctuariser le cléricalisme, l’UE et l’économie de marché ?

           Deux poids deux mesures dont la signification de classe fascisante se lit hélas, à ciel ouvert…

Lens, le 14 septembre 2017  

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                  Association Les Amis d’Edouard Gierek, (Jacques Kmieciak),

                                                                                                                                                                                                                                                                                                            Comité Internationaliste pour la Solidarité de Classe, (Vincent Flament),

                                                                                                                                                                                                                                                                  Pôle de Renaissance Communiste en France (comités départementaux 59 et 62), (Georges Gastaud).

 
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Publié par le septembre 16, 2017 dans Europe, extrême-droite

 

LA CONQUÊTE DE L’ÉTHIOPIE ET LE RÊVE D’UNE SEXUALITÉ SUR ORDONNANCE (1), PAR MARIE-ANNE MATARD-BONUCCI.

 http://dormirajamais.org/conquete-1/

Le 9 mai 1936, à Rome, dans un discours retransmis par des milliers de haut-parleurs dans toute l’Italie, Mussolini annonce la conquête de l’Éthiopie. Du Palais de Venise où il est acclamé par une foule en liesse, le Duce prétend donner au monde une leçon de civilisation, célébrant le combat de l’Italie contre «l’arbitraire cruel», «l’esclavage millénaire» et la victoire de la justice sur la barbarie. La veille, dans un climat analogue, le Duce s’est adressé aux organisations féminines du régime, et a remercié les femmes d’avoir soutenu l’héroïsme de leurs frères, fils et maris en résistant aux sanctions décrétées par la Société des Nations(1). Quelques mois plus tôt pour la journée de la «Foi», des cohortes de femmes avaient offert leur alliance, le don de l’anneau nuptial symbolisant l’engagement de toute la nation dans l’aventure coloniale.

Cette communion des genres sur l’autel de l’impérialisme fasciste ne doit pas masquer que la guerre d’Éthiopie fut un pic d’exaltation de la virilité par un régime qui l’avait élevée à des sommets jamais atteints(2). «Rappelez-vous que la passion des colonies est la plus masculine, la plus fière et la plus puissante qu’un Italien puisse nourrir; aimez-les plus encore pour les sacrifices qu’elles nous ont coûtés et qu’elles nous coûteront que pour les richesses qu’elles pourront nous apporter. Préparez-vous à mesurer dans les colonies votre force de dominateur et votre pouvoir de condottiere» exhortait le maréchal Rodolfo Graziani, devenu vice-Roi d’Éthiopie en juin 1936(3). Guerre coloniale et fasciste, le conflit éthiopien fut pensé comme un temps fort dans la stratégie destinée à créer un «homme nouveau fasciste»(4). Soldats et colons étaient invités par le Duce, le maréchal Graziani et les élites fascistes à se comporter en peuple dominateur et impitoyable. Tous les moyens furent bons pour écraser un adversaire aussi mal équipé que déterminé: emploi de gaz asphyxiants, bombardements, massacres de civils, anéantissement des élites(5). L’Éthiopie fut le théâtre d’une violence extrême. Soldats et hiérarques expérimentèrent l’hubris guerrière, comme aux meilleurs temps du squadrisme, l’infériorité présumée des indigènes autorisant une cruauté particulière. Dans son journal, l’intellectuel et hiérarque fasciste Giuseppe Bottai déplorait des épisodes de barbarie dont s’étaient principalement rendus coupables des officiers et dirigeants : « Le mouton des classes moyennes devient un petit lion, confondant l’héroïsme et la cruauté »(6). Starace, le secrétaire national du parti fasciste, n’avait pas hésité à donner l’exemple, se livrant à des exercices de tir sur des prisonniers tandis que des soldats prenaient la pose près de cadavres ou brandissaint des restes humains comme des trophées.

En dépit de discours affichant un humanisme à l’italienne, les autorités fascistes ne réprimèrent pas ces pratiques barbares des combattants, jugeant plus important de modifier les comportements sur un autre terrain: celui de la sexualité. Quelques mois après le début des hostilités, les relations des Italiens avec les femmes éthiopiennes devinrent, aux yeux des élites fascistes, une véritable « question » politique et une bataille prioritaire du régime.

Les Éthiopiennes, obscurs objets de désir

Préparée par plusieurs décennies d’idéologie nationaliste, la conquête de l’Éthiopie avait suscité de nombreuses attentes au sein de la population italienne. Au désir des plus démunis d’accéder à la propriété foncière s’ajoutaient des motivations plus complexes où se mêlaient confusément, comme dans d’autres contextes coloniaux, exotisme et érotisme. La beauté légendaire des femmes de la région n’était pas pour rien dans l’attrait de cet Eldorado, l’espoir de les posséder apparaissant aussi légitime que la prétention à s’emparer des terres.
Photographies d’Éthiopiennes forcément dénudées, comme dans la plupart des représentations des femmes africaines jusqu’aux années Trente, romans populaires publicités et chansons avaient aussi contribué, avant et pendant la conquête, à répandre le stéréotype de créatures à la sensualité exacerbée, offertes au plaisir de l’homme blanc(7). Dans l’Italie puritaine qui n’autorisait la nudité que dans l’art, les poitrines des Éthiopiennes nourrissaient tous les fantasmes. « Les Italiens avaient hâte de partir. L’Abyssinie, à leurs yeux, apparaissait comme une forêt de superbes mamelles à portée de main » se souvient Léo Longanesi(8). Pendant la guerre, de nombreux dessins humoristiques véhiculés par la presse ou des cartes postales opposaient l’image d’un peuple d’hommes arriérés et sauvages et de femmes séduisantes et avenantes(9). Dans un registre qui se voulait humoristique, le dessinateur Enrico De Seta, sur une carte intitulée «Bureau de poste», montrait un soldat devant un guichet postal. Il s’apprêtait à expédier un curieux colis : une femme abyssine empaquetée dans une couverture, dont dépassaient la tête et les pieds(10)!

En 1935, la chanson Faccetta Nera, (Petite frimousse noire) avait accompagné les troupes en campagne. Composée d’abord en dialecte romain, la chanson était devenue très populaire dans sa version italienne(11). Les paroles étaient à l’image des sentiments complexes des colonisateurs à l’égard des femmes africaines : volonté de possession et de domination, promesse de libération et de civilisation, désir et fascination. « Facetta Nera, Belle abyssine, attends et espère, l’heure est prochaine. Quand nous serons près de toi nous te donnerons une autre loi et un autre roi. Notre loi est esclavage d’amour, notre slogan est liberté et devoir etc. »(12).

L’imaginaire des romanciers ou chansonniers n’était pas sans rapport avec une certaine réalité des rapports hommes femmes en Éthiopie. Tandis qu’en Italie les interdits pesant sur la sexualité des femmes étaient encore très forts, l’Éthiopie offrait aux femmes, surtout aux Amharas, une liberté plus grande, les relations hors mariage n’étant pas frappées d’opprobre comme dans les sociétés catholiques européennes. Non seulement le concubinage était une pratique qui n’était pas réprouvée par l’entourage – le mariage dämòs permettait aux femmes une forme d’union contractuelle temporaire- mais il pouvait s’inscrire, comme l’ont révélé des travaux récents, du point de vue des Éthiopiennes, dans le cadre d’une stratégie d’élévation sociale, voire d’émancipation(13). La pratique du madamismoétait répandue, en Somalie et en Érythrée, y compris parmi les fonctionnaires et militaires de haut grade(14). En Érythrée, le fonctionnaire Alberto Pollera, pour convaincu qu’il fût des bienfaits de la colonisation, et en dépit de ses responsabilités, n’en avaient pas moins six enfants de deux femmes érythréennes(15). Comme l’écrit Giulia Barrera: « The madamato was a set of relationships grounded in the material basis of colonialism and shaped by colonial discourse but it was lived out by concrete individuals: by men who participated in very different ways in the colonial enterprise and by women who were note merely passive victims »(16).

Pour les 300 000 pionniers et soldats présents après la conquête, certains subirent, effectivement, le «doux esclavage» mentionné par la chanson. Même quand la fascination n’était pas au rendez-vous, le concubinage s’imposait presque par défaut, représentant «la véritable institution des rapports sexuels sous le colonialisme»(17). En dépit de la propagande visant à les attirer, bien peu de femmes de métropole avaient accepté de s’installer sur place, craignant l’insécurité ou des conditions de vie précaire. Peu après la conquête, un navire de 2000 épouses et fiancées fut appareillé à destination de l’Empire(18). En 1938, 10 000 Italiennes avaient accepté de participer à l’aventure coloniale, dont la moitié dans la capitale de l’Empire. Le régime avait également cherché à installer des prostituées blanches recrutées dans la péninsule mais, là encore, l’offre était restée largement inférieure à la demande(19). Les hommes continuaient de fréquenter assidûment les sciarmute, les prostituées indigènes, que les autorités s’efforçaient contrôler. Parmi les 1500 femmes autorisées à faire le commerce du sexe à Addis Abeba, et contrôlées lors de visites médicales, les autorités distinguaient trois catégories, identifiables à la couleur d’un petit drapeau affiché sur leur tucul, l’habitation traditionnelle : jaune pour les officiers, verte pour les soldats et travailleurs, noir pour les troupes coloniales. Cette prostitution encadrée et hiérarchisée ne couvrait pas davantage les besoins et certains responsables militaires s’indignaient des longues files d’attente devant les bordels indigènes. Restaient enfin les prostituées occasionnelles ou clandestines, présentes sur l’ensemble du territoire.

Entre l’exploitation sexuelle des indigènes et la chasteté existait toute une gradation de comportements. Le concubinage fut l’un d’entre-eux qui présentait, avant d’être placé hors la loi, de nombreux avantages pour les colons. Avant la conquête de l’Éthiopie, dans les colonies italiennes d’Afrique noire, Somalie et Érythrée, il était fréquent que des fonctionnaires de l’administration coloniale ou des militaires vivent avec des femmes africaines. Les compagnes des Italiens étaient nommées les madame et le concubinage le madamismo. Ces unions donnaient souvent lieu à la naissance d’enfants métis qui eurent la possibilité, à partir de 1933, en vertu de la « Loi organique pour l’Érythrée et la Somalie » d’obtenir la nationalité italienne(20). En Érythrée, en 1935, on comptait 1000 métis sur une population de 3500 Italiens(21). Pour les colons, la mise en ménage avec des Éthiopiennes, résultait de motivations diverses, parfois concomitantes, qui n’excluaient pas le sentiment amoureux: disposer d’une compagne pour partager le quotidien et les tâches ménagères, disposer d’une partenaire sexuelle stable et plus sûre que des prostituées. Le journaliste Indro Montanelli, enrôlé comme volontaire en Éthiopie à l’âge de 23 ans, fut nommé à la tête d’un bataillon d’indigènes Érythréens. Il dit avoir « acheté » à son père pour 500 lires, une jeune fille de douze ans. Pratique répréhensible en métropole mais diffusée dans les colonies, celle-ci était justifiée en ces termes : « mais à douze ans [en Afrique] les jeunes filles sont déjà des femmes ». À son départ, il revendit la jeune fille « petit animal docile » à un officier de haut rang, lequel disposait déjà d’un « petit harem »(22) Selon son témoignage, la jeune fille était musulmane.

Avant que le racisme ne devînt doctrine officielle du fascisme, les points de vue sur les unions mixtes étaient partagés. Lidio Cipriani s’alarmait du métissage alors que les démographes Corrado Gini ou Domenico Simonelli y voyait une opportunité de régénération des populations européennes et, pour le second, un facteur de peuplement pour les colonies(23). Dans la presse coloniale, les unions mixtes n’étaient pas encore dénoncées(24). En février 1936, dans l’Illustrazione coloniale, Lorenzo Ratto opposait l’attitude raciste des colonisateurs britanniques à la tradition « romaine » de fraternisation avec les populations vaincues. Réprouvant le métissage avec les « nègres », il admettait les unions mixtes avec les Éthiopiennes, racialement supérieures : « les plus belles filles de race sémitico-éthiopiennes, facilement sélectionnables sur les plateaux éthiopiens pourront être choisies par les pionniers du Génie militaire rural pour faire partie de nos colonies en tant qu’épouses légitimes (…) »(25).

Texte paru in D. Herzog, Brutality and desire. War and Sexuality in Europe’s Twentieth Century, Palgrave Macmillan, 2008.

(Deuxième partie)

Pour aller plus loin:

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  1. «Éloge des femmes italiennes» discours prononcé le 8 mai 1936, in B. Mussolini, Édition définitive des œuvres de B. Mussolini, ed. Flammarion, vol. XI, 1938, p. 69-71. []
  2. Voir G. L. Mosse, L’image de l’homme. L’invention de la virilité moderne, Pocket, Agora, p. 179-203. B., Spackman, Fascist Virilities: Rhetoric, Ideology, and Social Fantasy in Italy, University of Minnesota Press, 1996. []
  3. Cité par F. Le Houérou, L’épopée des soldats de Mussolini en Abyssinie. 1936-1938. Les ensablés, L’Harmattan, 1994, p. 50. []
  4. M.-A. Matard-Bonucci, P. Milza, L’Homme nouveau entre dictature et totalitarisme, Fayard, 2004. []
  5. A. Sbacchi, Legacy of Bitterness. Ethiopia end fascist Italy, 1935-1941, The Read Sea Press, 1997. Voir en particulier le chapitre 3, “Poison gas and atrocities in the Italo-Ethiopian War, 1935-1936”, p. 55-85. A. Del Boca (dir.) , I gas di Mussolini. Il fascismo e la guerra d’Etiopia, Roma, Editori riuniti, 1996. G. Rochat, « L’attentato a Graziani e la repressione italiana in Etiopia 1936-1937 », in Italia contemporanea, 1975, n. 118, pp. 3-38. Plus généralement, voir l’œuvre considérable d’A. Del Boca, de R. Pankhurst. Voir aussi A. Mockler, Haile Selassie’s war : The Italian Ethiopian campaign, 1936-41, Oxford University Press, 1984, rééd. Grafton Books, 1987. []
  6. G. Bottai, Diario 1935-1944, Ed . Bur, 2001, p. 102, note du 16 mai 1936. []
  7. Sur la littérature coloniale : G. Tomasello, La letteratura coloniale italiana dalle avanguardie al fascismo, Palerme, Sellerio, 1984. R. Bonavita, « Lo sguardo dall’alto. Le forme della razzizzazione nei romanzi coloniali nella narrativa esotica », in La menzogna della razza. Documenti e immagini del razzismo e dell’antisemitismo fascista, Grafis, Bologne, 1994, p. 53-62. []
  8. Cité par A. Petacco, Faccetta nera, Mondadori, ed. 2008, p. 191. []
  9. Voir les vignettes reproduites dans le catalogue La Menzogna della Razza, p. 156-157. Sur l’iconographie coloniale : A. Mignemi., Immagine coordinata per un impero, GEF, 1984, Novara. G. Campassi, M.-Teresa Sega, « Uomo bianco, donna nera. L’immagine della donna nella fotografia coloniale » in Rivista di storia e teoria della fotografia, vol. 4, n° 5, 1983, p. 54-62. []
  10. L. Goglia, « Le cartoline illustrate italiane della guerra etiopica 1935-1936 : il negro nemico selvaggio e il trionfo della civiltà di Rome » dans le catalogue de l’exposition La menzogna della Razza, cit. p. 27-40. L’image décrite est située dans le catalogue, à la p. 175. []
  11. S. Pivato, Bella ciao. Canto e politica nella storia d’Italia, GLF, Editori Laterza, Bari-Laterza, 2007, p. 161-162. []
  12. Le texte de la chanson est publié par A. Petacco, op. cit., p. 189-190. []
  13. Après avoir été ignorée dans leur dimension raciste et sexiste, les relations hommes-femmes ont été analysées en privilégiant la clef de lecture de l’oppression coloniale puis du genre. Voir G. Campassi, « Il madamato in Africa orientale : relazioni tra italiani e indigene come forma di agressione coloniale » in Miscellanea di storia delle esplorazioni, Genova, 1987, p. 219-260. Giulia Barrera, dans une étude pionnière, se place du point de vue des femmes érythréennes livrant une vision plus complexe des rapports de genre dans ce contexte : G. Barrera, Dangerous Liaisons, Colonial Concubinage in Eritrea, 1890-1941, PAS Working Paper, Program of african Studies, Northwestern University, Evanston Illinois, USA, 1996. []
  14. Carlo Rossetti « Razze e religioni nei territori dell’Impero », L’impero (A.O.I). Studi e documenti raccolti e ordinati da T. Sillani, Rome, La Rassegna italiana, XVI, p. 76. L’auteur était le chef du Bureau des études du Ministère de l’Afrique italienne. []
  15. B. Sorgoni, Etnografia e colonialismo. L’Eritrea e l’Etiopia di Alberto Pollera 1873-1939, Torino, Bollato Boringhieri, 2001. []
  16. G. Barrera, Ibid., p. 6. []
  17. Voir A. Gauthier, “Femmes et colonialisme” in M. Ferro (dir.), Le livre noir du colonialisme. XVIe-XXIe siècle: de l’extermination à la repentance, Poche, Pluriel, Hachette, 2006, p. 759-811. La citation est à la p. 802. Voir également A.-L. Stoler, Carnal Knowledge and Imperial Power: Race and the Intimate in Colonial Rule, Berkeley: University of California press, 2002. []
  18. Article de Carlo Rossetti, Capo dell’Ufficio studi del Ministero dell’Africa italiana, « Razze e religioni eni territori dell’Impero », in L’impero (A.O.I). Studi e documenti raccolti e ordinati da T. Sillani, La Rassegna italiana, XVI, p. 76. []
  19. Sur la prostitution, A. Del Boca, La caduta cit. p. 244-245. Pankhurst, R. « The history of prostitution in Ethiopia », Journal of Ethiopian Studies, 12, n° 2, p. 159-178. []
  20. À condition, disait le texte de loi, que les intéressés « se montrent dignes de la nationalité italienne par leur éducation, culture et niveau de vie ». Loi du 6 juillet 1933, n° 999. []
  21. Chiffre cité par A. Del Boca, op. cit., p. 248. []
  22. Le témoignage de I. Montanelli est cité par E. Biagi in 1935 e dintorni, Mondadori, 1982, 58-61. []
  23. Sur C. Gini, M.-A. Matard-Bonucci, L’Italie fasciste op. cit., p. 74-75. D. Simonelli, La demografia dei meticci, 1929. []
  24. Avant la guerre d’Éthiopie, on ne trouve pas de textes dénonçant les méfaits du métissage dans la presse coloniale. Voir le mémoire de maîtrise inédit de F. Marfoli, La vision des Éthiopiens sous le fascisme : étude de quatre revues coloniales italiennes, dir. O. Dumoulin, Université de Rouen, sept-oct 2001. []
  25. Illustrazione coloniale, Fev. 1936, n.2, « Metodo romano per colonizzare l’Etiopia ». []
 
 

Fethi Benslama: “On fabrique de la chair à jihad industriellement”

c’est un très beau texte, mais il ne faudrait pas oublier que la description de la fascination fasciste de mort qui peut s’exercer sur les adolescents n’est pas simple pulsion. Celle-ci est utilisée par les fascistes et le phénomène est ici bien décrit, mais ceux-ci sont organisés, il y a derrière des classes sociales en lutte, des appareils. C’est cette analyse là à laquelle il faut procéder et bien se rendre compte à quel point il s’agit aussi d’une atteinte à tous les peuples musulmans comme à la société française et d’autres. (note de danielle Bleitrach)

15/05/2016 | 15h50
Des djihadistes dans une vidéo de propagande en février 2015. AP/SIPA

Le psychanalyste Fethi Benslama analyse dans son dernier ouvrage, “Un furieux désir de sacrifice”, les ressorts inconscients du désir de mort qui habite les nouveaux jihadistes happés par l’imaginaire fanatique d’un autre monde meilleur. Il appelle à prendre au sérieux la détermination de l’ennemi.

Ces derniers temps, pas mal d’ouvrages ont été publiés sur la radicalité islamiste et le phénomène du jihadisme. Ils se heurtent tous à la question du “désir sacrificiel” de certains jeunes au nom de l’islam. L’ambition de votre livre est-il de permettre de comprendre ce désir de mort ?

La radicalisation a été étudiée en France exclusivement par les sciences sociales. Or, ignorer le plan de la psychologie individuelle, c’est ne rien comprendre à ses motifs profonds. Je propose dans ce livre d’en approcher les ressorts psychiques à partir de mon expérience clinique, en articulation avec la dimension collective. La radicalisation est en effet, une condensation de plusieurs facteurs, ce qui nécessite le croisement des regards et des savoirs. Je pars du fait que les deux tiers des personnes signalées comme radicalisées ont entre 15 et 25 ans, et dans certains cas moins de 15 ans. Il s’agit de la tranche d’âge de l’adolescence telle qu’elle est devenue à l’époque contemporaine : elle commence de plus en plus tôt et se prolonge de plus en plus tard dans la vingtaine. C’est le temps d’une traversée subjective qui se caractérise par des difficultés normales plus ou moins importantes, et parfois par des troubles psychopathologiques. J’ai essayé de montrer comment l’offre de radicalisation, qui passe par internet et les réseaux sociaux, utilise les difficultés et les troubles de cette traversée pour capter les jeunes. J’ai travaillé pendant quinze ans dans un service public en Seine-Saint-Denis; ces jeunes je les ai rencontrés et j’ai vu certains d’entre eux dans des états dépressifs et dépréciatifs d’eux-mêmes, dans une errance, dans un désespoir de leur monde. Lorsqu’ils rencontrent l’offre de radicalisation qui leur propose un idéal total, une mission héroïque au service d’une cause sacrée, ils décollent, ils ont l’impression de devenir puissants, leurs failles sont colmatées, ils sont prêts à monter au ciel. La radicalisation est en quelque sorte un traitement de leurs symptômes, d’autant plus opérant que la fanatisation, les transforme en automates religieux, ils perdent leur singularité. Lorsqu’ils sont enrôlés dans un groupe, là le piège de l’emprise se ferme sur eux, ce n’est pas seulement un processus de soumission, mais de dilatation des limites de l’individu, il se crée un corps collectif qui favorise la mégalomanie de chacun, les suicidaires peuvent alors s’auto sacrifier.

L’offre de radicalité islamiste joue-t-elle sur les mêmes ressorts que l’offre de radicalité d’extrême gauche dans les années 70 ?

Certains aspects se ressemblent mais pas tous. La différence réside dans la dimension religieuse de l’engagement et dans l’état de guerre qui existe dans plusieurs pays du monde musulman et qui crée des points d’appel au feu. Les groupes de l’extrême gauche européenne devaient créer eux-mêmes leur état de guerre et le déclarer. Dans la situation actuelle, les terrains de guerres sont nombreux avec leurs horreurs, dont les images sont diffusées et utilisées pour lever chez les jeunes le sentiment de l’intolérable et le sursaut moral chevaleresque. De plus, dans les années 70, il n’y avait pas les moyens de communications actuels, accessibles à tous. Avec un banal téléphone portable, on devient émetteur et récepteur de tout et de n’importe quoi, n’importe où et n’importe quand. C’est hallucinant. Nous sommes baignés en permanence dans un océan d’images, comme si nous rêvions éveillés. Notre monde est devenu imaginal, fabriqué par chaque humain télé augmenté. En ce sens, la radicalisation s’est privatisée et s’est accrue en corrélation avec les techniques de la communication sans limites. On pourrait donc parler du jihadisme pour tous. Il en résulte que les preneurs de l’offre sont des jeunes de plus en plus fragiles psychologiquement. Avant, les groupes d’extrême gauche, les nationalistes radicaux, les groupes fascistes, ainsi que les jihadistes étaient formés idéologiquement et encadrés, aujourd’hui c’est de la génération spontanée. La conversion est très rapide et se fonde sur des rudiments religieux, car la fabrique du terrorisme n’est plus regardante sur le recrutement. C’est pour cette raison qu’il y a eu ces cas de terroristes mal formés : celui qui s’est tiré une balle dans le pied en préparant un attentat contre une église, celui qui s’est fait neutraliser dans le Thalys alors qu’il avait une kalachnikov entre les mains, celui qui s’est fait exploser deux rues plus loin, parce qu’il n’a pas pu accéder au grand stade de France, et bien d’autres qui attendent le jouet mortel ou croupissent en prison d’avoir mal étudié le manuel pour terroriste amateur. Ce ne sont pas des “gogos”, comme le dit Boris Cyrulnik, qui se croit autorisé de parler de tout, probablement sans jamais avoir rencontré un islamiste radicalisé. Ces jeunes ne sont pas naïfs, mais fanatisés, ils sont déterminés et dangereux, il faut prendre au sérieux l’ennemi. En fait, on ne prend plus le temps de les former, la matière humaine est profuse, on fabrique de la chair à jihad industriellement. Depuis la disparition des grandes utopies laïques, la jeunesse n’a plus d’idéaux palpitants, ce sont les plus fragiles qui ne trouvent plus les moyens de sublimer leurs pulsions dans des causes politiques communes. Il se crée des inégalités dans le partage des idéaux du vivre ensemble et c’est dangereux pour la cohésion d’un pays. Il faudrait beaucoup de « Nuit debout » pour remettre en route le partage des idéaux politiques vivants et non ceux de la langue de bois et du replâtrage. Il faut rappeler que 25% des radicalisés ne viennent pas de familles musulmanes, la proportion monte à 40%, si on considère ceux qui sont issus de familles musulmanes sécularisées.

On peut se radicaliser sans devenir un tueur ou un martyr. Comment comprendre que certains acceptent de donner la mort ou de mourir ?

En effet, toute radicalisation ne se traduit pas par la violence, sinon nous aurions des centaines de milliers de tueurs et pas seulement du côté jihadisme. Mais l’une des valeurs de l’occident moderne, probablement la plus sacrée, celle de la vie, nous voile la réalité ordinaire du désir de mourir et des passages à l’acte. Il y a en France, chaque année, environ 200.000 tentatives de suicide, 10 000 personnes en meurent, dont 1000 jeunes. Mon hypothèse est que la radicalisation violente consiste à transformer en autosacrifice des pulsions suicidaires chez des jeunes happés par l’imaginaire fanatique d’un autre monde meilleur, et d’un au-delà merveilleux. Il faut garder à l’esprit que l’une des difficultés du passage adolescence est le trouble des limites entre la vie et la mort. Certains font des tentatives de suicides mais ne veulent pas mourir, ils aspirent à devenir d’autres personnes en traversant la mort. Après tout, la résurrection est un fondement de la foi chrétienne. Devenir un autre en allant au bout de soi-même, c’est aussi la visée des sports et des aventures extrêmes. D’autre part, il y a des délinquants qui sont prêts à anoblir leurs pulsions antisociales en actes héroïques au service d’une cause suprême. Ils peuvent donc poursuivre leurs exactions au nom d’une loi supérieure, et quoi de plus haut que Dieu ? Il se trouve qu’il y a des suicidaires qui sont en même temps des délinquants et qui veulent se recycler en tuant et en se tuant ; ils se purifient avec le sang des autres. Voilà ceux que la propagande de Daech capte dans ses filets. Un jour, un jeune dans état d’indifférence glaçante m’a dit : “je suis déjà mort, rien ne peut plus m’arriver”. Quelle puissance dans l’impuissance ! Nous savons cliniquement qu’il arrive que des personnes meurent subjectivement, tout en restant vivantes. Nous appelons cela la mort du sujet. Le vivant-mort acquiert une puissance extraordinaire, s’il est recruté pour une cause sacrée et transformé en une sainte arme de destruction de masse.
La propagande d’Al-Qaïda et surtout celle de Daech ont utilisé le ressort du désir et de la facilité de mourir, c’est pourquoi beaucoup de jeunes enrôlés dans le jihadisme répètent les mêmes formules “la mort c’est comme un pincement“, “nous aimons la mort comme vous (les occidentaux) vous aimez la vie“, etc. Ils prétendent que c’est l’islam. Mais les musulmans n’aiment pas la mort, et le martyr dans la tradition n’est pas quelqu’un qui veut mourir, mais qui trouve la mort en combattant. Il y a donc eu des musulmans qui ont transformé le martyre en un but en soi. Kant disait de l’islam qu’elle est une religion du courage, mais des musulmans l’on changé en religion de la sauvagerie. C’est ce que j’appelle le « surmusulman ». Les musulmans dont le fondement éthique de leur religion est l’humilité doivent lutter contre le surmusulman, non par l’humilité de l’humilié qui se venge, mais par l’humilité de l’humble, sans ressentiment. En fait, sous l’apologie de l’amour de la mort, qui est aussi un vieux slogan fasciste (“Viva la muerte”), il s’agit du schème hégélien dialectique de la lutte entre le maître et l’esclave. Le maître est celui qui est capable de risquer sa vie. En acceptant de mourir, il acquiert une puissance qui subjugue celui qui craint de mourir, veut rester vivant et accepte la soumission. C’est ainsi que l’islamisme violent veut prendre le pouvoir en transformant les jeunes en maîtres de la mort.

La sidération en Europe autour de la motivation de ces nouveaux jihadistes tient-elle au fait qu’on ne comprend pas ou plus ce que peut offrir “l’espérance religieuse” ?

Ce qu’on appelle religion dans l’occident sécularisé aujourd’hui, se limite à l’individu, à des groupes de communion temporaires, aux lieux du culte, à une mémoire et à des symboles, bref un passé désactivé de sa puissance. Ailleurs, dans la majeure partie de l’humanité, la religion a une effectivité qui traverse et organise toute la vie commune au présent. C’est un pouvoir sur les âmes et sur les êtres dans la réalité. Dans les pays sécularisés, l’espoir est placé du côté du progrès social, dans le monde sous l’empire de la religion, mise à part la charité, l’espérance religieuse est en vue de la mort, en tant qu’elle donne accès au monde éternel. Donc quand on parle de religion ici et là-bas, il arrive que l’on soit piégé par un mot qui ne correspond pas à la même réalité anthropologique. Ceci étant, l’occidentalisation du monde qui a commencé avec le colonialisme et se poursuit avec la mondialisation actuelle, sécularise d’une manière irrépressible l’humanité à travers le même modèle technoscientifique et économique. C’est pourquoi, il y a tant de réactions identitaires et de demandes de sens dans le monde. Or, historiquement, l’islamisme, né il y a plus d’un siècle, correspond à la perception par des musulmans du danger de la sécularisation et de l’occidentalisation. L’islamisme s’est présenté comme une défense de l’islam, face aux expéditions militaires occidentales et à l’arrivée avec elles des Lumières. Sous un certain angle, les Lumières signifient l’émancipation de ténèbres religieuses. L’islamisme est une mobilisation de la puissance religieuse contre la sécularisation, qui vient d’un occident qui a désactivé Dieu, mais aussi en interne contre des musulmans qui sont devenus partisans des Lumières et qui veulent que leurs sociétés soient gouvernées uniquement par la raison politique en tant que sphère autonome. D’où le fait qu’aux expéditions armées occidentales, se sont ajoutées des guerres civiles entre musulmans. Plus la sécularisation interne avance et plus l’islamisme devient virulent et auto-immunitaire, au sens où un organisme se détruit en se défendant. L’islamisme est avant tout menaçant pour les musulmans et pour leur civilisation. C’est un fondamentalisme comme on en trouve dans toutes les religions, sauf que celui-ci a été armé dans le jeu géopolitique entre grandes puissances et puissance régionales.

Qu’est ce que la figure du surmusulman que vous décrivez dans votre livre et qui peuple les nouveaux jihadistes ?

L’islamisme a voulu rendre les musulmans capables de résister par tous les moyens religieux à l’occidentalisation du monde musulman. Il a installé dans leurs esprits l’idée de la défection, de la trahison, de l’humiliation et de la culpabilité, et en réaction a prêché la nécessité d’expier, de retrouver la pureté et la piété des ancêtres (le salafisme). Il appelle le musulman à devenir toujours plus musulman qu’il n’est, à en faire la démonstration sur son corps, dans ses manières, par son discours, à travers son mode de vie. C’est l’intensification du fétichisme religieux qui peut être impressionnant, mais aussi ridicule. On peut rencontrer le surmusulman sous la forme de tendances seulement, mais aussi des hommes ou des femmes qui l’incarnent complètement.
Il faut accorder particulièrement attention à la situation des femmes et à la propagation de leur voilement actuel, qui a été précédé d’un dévoilement généralisé à partir des années 50. La femme a été l’un des principaux vecteurs de la sortie du monde traditionnel musulman. Elles étaient confinées dans l’enclos domestique, exclues du monde extérieur, elle étaient considérée comme un objet sexuel total et de ce fait dangereuses pour l’ordre social religieux. Mais en une cinquantaine d’années, on les retrouve partout dans l’espace public. De ce point de vue, on peut parler d’une émancipation partielle des femmes qui s’est produite dans tous les pays musulmans. Or, le discours islamiste tient les femmes pour responsables du changement qui a cassé l’ordre traditionnel gouverné par la religion. En vérité, il n’a pas tort, les femmes sont la subversion de l’islam. Mais alors beaucoup d’entre elles ont intériorisé l’accusation et les reproches, la culpabilité et le désir de racheter leur transgression par le voilement. C’est un mouvement de fond qui dépasse la conscience féminine, car les femmes ont souvent pitié des hommes et du tourment que leur inflige leur invention des dieux. La décision de porter le voile est prise par des jeunes femmes coupables imaginairement d’une nudité destructrice de l’identité de leur communauté. Aussi, beaucoup d’entre elles ne considèrent pas cela comme une soumission, mais comme une affirmation, car sous le voile, il y a le remord. Je parle ici à partir de la clinique et non pour défendre le voile. Car en même temps, l’islamisme utilise le voile comme un étendard de sa conquête, c’est certain. Après avoir culpabilisé les femmes, il se glorifie de leur inculpation subjective comme une victoire. Il espère ainsi retarder leur accès à l’égalité avec les hommes. Si nous ne voulons pas faire son jeu, la démobilisation du voile doit emprunter d’autres voies intelligentes. Qu’on l’ait limité dans l’école, qu’on en interdise son port total dans la rue, c’est bien. Mais poursuivre la focalisation politique sur ce plan n’engendrera que plus de protestation identitaire par le voile. Car le voile est l’effet d’une cause, un symptôme et non le mal.

Fethi Benslama, Un furieux désir de sacrifice, le surmusulman, éditions du Seuil, 148 pages. 

le 15 mai 2016 à 15h50
 
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Publié par le août 25, 2017 dans civilisation, extrême-droite