Selon les résultats quasi définttifs – 90% des bulletins dépouillés – les socialistes espagnols sont arrivés en tête des élections anticipées de dimanche 28 avril. Ils passent de 85 à 122 députés (sur 350). Ils sont donc encore très loin de la majorité absolue (176). Même avec l’aide de leurs alliés de la gauche dite “radicale” de Podemos (42 élus).

La surprise – bien qu’anticipée par les sondages – est l’irruption, pour la première fois depuis le retour de la démocratie, après la mort de Franco, en 1975, d’un parti d’extrême droite, Vox, qui a obtenu 24 députés.

Fondée fin 2013 par un ancien du PP, Santiago Abascal, Vox était depuis restée une formation quasi confidentielle – 0,2  % aux dernières élections générales, en 2016, et aucun élu, évidemment. Jusqu’à la surprise des élections au Parlement andalou, le 2 décembre dernier quand Vox obtient 1 1 % des voix. Le PP et Ciudadanos passent alors avec l’extrême droite une alliance pour pouvoir gouverner la région, la plus peuplée d’Espagne.

Le “naufrage” du Parti populaire

Les partis de droite (PP, Parti populaire, 65 élus contre 137 sortants) et de centre droit (Ciudadanos, 57) sont également loin de pouvoir former une majorité absolue, même avec une alliance parlementaire avec Vox. Repris notamment par le quotidien La Vanguardia, le secrétaire général de Ciudadanos José Manuel Villegas a estimé que le “naufrage” du PP rendait impossible le changement. Ce résultat du PP “est le pire de son histoire”, note le quotidien El País. qui commente également  : “Les citoyens se sont rendus aux urnes pour stopper cette vague du centre, de droite et d’extrême droite.”

Tout pourrait dépendre donc des petits partis charnières, notamment les indépendantistes catalans d’ERC (15 députés) et de JxCat (7). Mais après la Déclaration unilatérale d’indépendance de 2017 – déclarée inconstitutionnelle par Madrid – aucun grand parti ne semble vouloir se risquer à des négociations avec les séparatistes, qui n’acceptent de dialoguer que sur le principe de l’autodétermination.

D’autant plus que le “coup de force” indépendantiste de 2017 n’est pas étranger à l’irruption de Vox qui s’est posé en défenseur farouche de l’unité de l’Espagne.

Vers un pays ingouvernable ?

Avec ces résultats, le pays pourrait donc bien se retrouver dans une période d’instabilité politique qui ne date pas d’hier. Voire redevenir ingouvernable, comme entre les scrutins de décembre 2015 et de juin 2016. Une seule chose est sûre : le gouvernement socialiste, soutenu par la gauche dite “radicale” de Podemos, n’aura pas tenu un an.

Suite à un énorme scandale de corruption frappant le PP, au pouvoir depuis 2016, le leader socialiste Pedro Sánchez avait déposé une motion de censure début juin dernier. Avec succès.

Il avait alors automatiquement pris les rènes du gouvernement, mais sans majorité suffisante pour gouverner autrement que par décrets-lois. Faute de pouvoir faire adopter son budget 2019, il avait dû jeter l’éponge le 13 février dernier et convoquer ces élections anticipées.