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Blâmer la Chine ne guérira pas les ennuis internes du G7

Par Ai Jun Source: Global Times Publié le: 2018/6/7 23:18:41,http://www.globaltimes.cn/content/1106085.shtml#
Autre article de Global Times qui dresse encore un tableau pessimiste du monde occidental: le diagnostic est clair, ce qui arrive à ces pays riches occidentaux n’est pas du fait de la Chine, mais de l’impossible gouvernance de pays divisés par les intérêts individuels et l’impossible coopération à un bien collectif, ce que Hegel décrivait déjà comme « la bête sauvage » des intérêts particuliers. Il voyait dans l’Etat le seul dépassement possible, mais Marx déjà renversait la démonstration en faisant de l’Etat de la société bourgeoise, le résultat de ces contradictions de classe . La « gouvernance » des Etats occidentaux, leur système hégémonique est arrivé à sa propre destruction. A mettre en lien avec le précédent article de Global Times. On peut aisément arriver à l’idée sous-jacente que la fin de l’Union Soviétique (vendue par Gorbatchev) a signifié la fin de l’hégémonie occidentale puisque celle-ci a perdu toute régulation, personnellement j’en suis là. (note et traduction de Danielle Bleitrach)
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Le sommet du G7, vendredi et samedi, devrait être témoin de frictions. 

Des indices de ce qui va se passer peuvent être observés en prenant en compte   la réunion des ministres des Finances du G7 qui vient de s’achever,  une réunion emplie de colère et d’accusations. Étant pris dans le différend tarifaire, les nations européennes ont fustigé  Washington. Certains n’ont pas oublié de mentionner la Chine. « Le G7 devrait collectivement dire à la Chine de suivre les règles mondiales », a déclaré le ministre des Finances japonais Taro Aso. 

Jetez un coup d’œil sur le chaos dans les Etats membres du G7: Cela a-t-il quelque chose à voir avec la Chine?

Prenez l’Italie. Le nouveau gouvernement populiste a proposé une feuille de route ambitieuse pour stimuler l’économie stagnante du pays, mais Bruxelles le considère comme un plan horrible. Les observateurs estiment que la mise en œuvre du programme entraînera d’énormes dépenses budgétaires, il menacerait la stabilité financière de la zone euro et déclencherait une nouvelle série de crises de la dette, compte tenu de la récession économique de l’Italie qui atteint 132% de son PIB. . 

L’Italie est-elle en attente? Rome voulait de toute façon quitter l’UE depuis longtemps. Quitter le bloc ne va pas aider à résoudre les problèmes tels que le chômage croissant, le ralentissement économique et la montée du populisme. Ceux-ci ont été créés par la baisse de la compétitivité et de la capacité de gouvernance de la nation, un problème qui affecte non seulement l’Italie mais aussi quelques pays occidentaux.

Les frictions progressent entre Washington et Bruxelles. Le plus ennuyeux pour l’UE a été le retrait américain de l’accord nucléaire iranien et son ultimatum à ses alliés européens d’avoir à cesser les affaires avec Téhéran. Par rapport aux tarifs américains d’importation de métaux, le G7 sera divisé. « Ce sera un G6 plus un », a déclaré le ministre des Finances français Bruno Le Maire. 

Les contradictions entre les États-Unis et le Japon ne sont pas plus minces. Après que la Maison-Blanche ait annoncé en mars des tarifs mondiaux sur l’acier et l’aluminium, elle a offert des exemptions temporaires à certaines économies comme l’UE, le Canada et la Corée du Sud. Le Japon n’était pas inclus. 

Le G7, le club des pays riches qui est censé mieux promouvoir le développement des économies occidentales, est maintenant entrain de ressembler à une bataille de chiens. 

Pourquoi? La Grande Désorganisation: la Nature Humaine et la Reconstitution de l’Ordre Social par Francis Fukuyama peuvent fournir une réponse. Le livre suggère que les pays occidentaux souffrent d’une pénurie de capital social, ce qui signifie «un ensemble de valeurs ou de normes informelles partagées entre les membres d’un groupe qui permet la coopération entre eux». 

Ce sont ces normes partagées qui facilitent la confiance que l’autre agira de manière fiable et honnête. Ceci est lié à la question de la gouvernance en Occident. 

Dans le monde occidental d’aujourd’hui, l’individualisme a triomphé de la communauté. Face aux crises et aux divergences, les gens et les nations ont tendance à ne se soucier que de leurs propres intérêts.

Le journal Yomiuri Shinbun a récemment publié un article suggérant que le monde est entré dans une compétition entre le « système libre et démocratique » et le « nouveau système chinois », appelant le Japon, les Etats-Unis et l’UE à s’unir contre  Pékin. Les défis n’ont pas été créés par la Chine, mais tout ce qu’ils ont tendance à faire, c’est détourner l’attention vers Pékin. 

Mais les démocraties occidentales devraient d’abord résoudre leurs propres problèmes, au lieu de parler de la concurrence avec la Chine.

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Le sommet Trump-Kim montre que le pouvoir américain a décliné Par Dmitry Shlapentokh

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Source: Global Times Publié le: 2018/6/7 20:53:40 http://www.globaltimes.cn/content/1106038.shtml# Global Times est un site en anglais qui émane directement du pouvoir chinois. Ses publications ont donc un sens dans le contexte de la rencontre entre TRump et le leader de la COrée du Nord. L’analyse qui est faite ici du déclin de l’empire américain reprend certains thèmes chers au pouvoir chinois, à savoir qu’il y a eu une erreur d’interprétation par les Etats-Unis de la chute de l’URSS et de leur toute puissance. Le caractère irrationnel de la politique non pas de TRump, mais des élites capitalistes américaines, témoigne de leur absence de moyens à maintenir un leadership mondial, le traitement réservé à leurs alliés alors même que ce pouvoir américain exige qu’ils en assume frais et conséquences est le signe de leur déclin. A méditer non seulement pour le Japon et la Corée du sud, mais pour le récent G7 et notre médiocre « jupiter ». (note et traduction de Danielle Bleitrach)

 

Les médias sont remplis  d’articles sur la rencontre très probable entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un . Pourtant, l’un des aspects du rapprochement est souvent ignoré : à savoir comment Trump traite les alliés des États-Unis et comment il a informé les observateurs sur la nature générale de la politique étrangère des États-Unis.

Dans une de ses récentes déclarations, Trump a noté que si les négociations échouaient, les Etats-Unis s’engageraient dans une guerre à grande échelle avec la Corée du Nord et, a-t-il assuré à l’électorat américain, la Corée du Sud paierait pour la confrontation. Les partisans de Trump acceptent ses déclarations et le félicitent comme un gestionnaire perspicace qui économise l’argent des contribuables.

Pourtant, une analyse plus détaillée de la déclaration de Trump indique non seulement le manque de logique, mais un élément de folie. Ce n’est pas seulement le fait que la Corée du Sud et le Japon seraient complètement dévastés en cas de guerre, mais que de ce fait leur désir de couvrir les dépenses américaines et, d’une manière générale, de soutenir les entreprises américaines, est discutable. Si l’on s’en souvient, il y a quelques mois, Trump a publiquement déclaré qu’il préférait commencer une guerre en Corée du Nord avant d’avoir des missiles qui pourraient frapper les Etats-Unis et a déclaré qu’il comprenait qu’une guerre entraînerait des milliers de morts. Il a ajouté qu’il préférerait voir ces morts en Corée du Sud et au Japon plutôt qu’aux États-Unis. Ainsi, Trump est prêt à sacrifier la Corée du Sud et le Japon et dans le même temps  attend d’eux un soutien plein et entier de  sa politique envers la Corée du Nord.

Beaucoup de commentateurs américains, ceux des médias libéraux et de gauche, conviennent volontiers que Trump est un militariste fou, un tyran affreux et lubrique qui a fait un faux pas après l’autre, et par conséquent, sa destitution et son remplacement par un chef plus approprié conduirait à une politique étrangère américaine plus saine. Ainsi, tout le problème est réduit à Trump en tant que personne.

Ce n’est pas vraiment le problème. La politique de Trump représente les vues d’une grande partie   de l’élite américaine. Incapable de mesurer la capacité dévastatrice des Etats-Unis pour maintenir leur hégémonie mondiale et enclin à mal interpréter la fin de la guerre froide, cette politique s’est engagée dans des actions imprudentes et, à l’occasion, dans une verbalisation presque insensée.

L’effondrement de l’URSS a été considéré par l’élite américaine non pas comme un ticket de loterie gagnant délivré par Gorbatchev, mais comme une affirmation de la supériorité socio-économique et militaire des Etats-Unis. Des guerres «préventives», en réalité des guerres d’agression, ont été lancées par le président démocrate Bill Clinton contre la Serbie / Yougoslavie (1999) et plus tard par le président républicain George W. Bush (2001 et 2003) contre l’Afghanistan et l’Irak. Le pouvoir « néo-conservateur »  n’a même pas pris la peine de justifier moralement   les actions américaines.

Robert KoganKagan, l’un des principaux idéologues de l’administration Bush, a analysé que les Européens venaient de Vénus. Ce qui l’oppose  à croire que les Américains viennent de Mars; ils comprennent que ce n’est que la force qui domine en politique étrangère, et puisque les États-Unis sont la nation la plus puissante de la terre, ils peuvent faire ce qu’ils veulent sans être dérangés par des justifications morales. Le président Barack Obama a critiqué la politique étrangère de ses prédécesseurs. Pourtant, comme Bush, il n’a pas compris la raison de l’effondrement de l’URSS, le déclin continu de la capacité industrielle et de l’économie des États-Unis en général et les limites de la puissance impériale américaine.

Obama n’a pas compris que les Etats-Unis n’avaient tout simplement pas assez de ressources pour une domination mondiale. Selon lui, le problème était simplement que les responsables n’étaient pas assez « intelligents ». Par conséquent, lorsque hillary Clinton est devenue  secrétaire d’État , elle croyait qu’une stratégie sophistiquée résoudrait tous les problèmes. Les Etats-Unis ne seraient pas directement impliqués: ils « mèneraient par derrière ». En conséquence, Clinton a soutenu les islamistes pendant la guerre civile en Libye, en supposant qu’ils pourraient facilement être apprivoisés après avoir accompli leur tâche. Ils ont en effet renversé Mouammar Kadhafi et l’ont assassiné. Pourtant, ils n’ont pas été apprivoisés et ont rapidement « récompensé » l’ « intelligente » Clinton en tuant l’ambassadeur américain et plusieurs employés de l’ambassade.

Par conséquent, au lieu de l’expansion de la présence impériale américaine, celle-ci a en réalité diminué, comme l’a montré la débâcle au Moyen-Orient. Comme Trump l’a lui-même reconnu plus tard, cela a coûté 7 billions de dollars américains et  la vie à des milliers de soldats américains. En même temps, il n’y avait pas de fin en vue.

Le fardeau économique de maintenir l’empire a conduit à se retirer du Moyen-Orient, où les États-Unis ne conservent qu’une force squelettique. Trump a de nouveau ignoré les faits – l’incapacité de maintenir l’empire – et a tout réduit à l’hypothèse qu’Obama et ses conseillers n’étaient «pas intelligents» et ont permis aux alliés et aux ennemis américains de profiter du pays. Pourtant, Trump a suivi les traces d’Obama.

Trump a proclamé que rien ne serait changé dans les arrangements socio-économiques des États-Unis en plus d’avoir des réductions d’impôt pour les riches qui ne seraient guère disposés à réinvestir de l’argent dans les usines et les routes américaines. Selon Trump, le problème était que toutes les présidences précédentes, à commencer par Bush, n’étaient pas à la hauteur de la tâche, et maintenant, lui, « intelligent et coriace », réaliserait tout ce à quoi ils avaient échoué.

Pourtant, ses déclarations, par exemple, sa demande de paiement des alliés qu’il voulait sacrifier, indiquait non seulement l’irrationalité mais la faiblesse implicite. En effet, la transition rapide vers une guerre nucléaire imminente face à Kim indiquait le sentiment subconscient d’insécurité et de faiblesse. Kim pouvait difficilement prendre au sérieux la menace de guerre de Trump et son «scénario de Kadhafi». Trump aurait frappé la Corée du Nord depuis longtemps, si ce n’est selon la note sobre du général Mattis qu’un conflit à part entière aurait des conséquences catastrophiques, non seulement pour la Corée du Nord, la Corée du Sud et le Japon, mais pour les États-Unis. Il a également compris que ni la Corée du Sud ni le Japon ne seraient entièrement du côté des États-Unis. La négociation est la seule option qui, indépendamment de ses résultats, soulignerait implicitement capacité décroissante d’imposer son pouvoir au reste du monde. En effet, aucun président américain ne traiterait d’égal à égal le chef d’un petit pays qui a été surnommé «Etat voyou» et que des générations de présidents ont rejeté comme ne méritant pas de siéger avec le chef d’une superpuissance.

Le fait même que Kim discutera de ces questions avec Trump indique non seulement son statut de leader d’un Etat nucléaire, mais serait implicitement un signe du statut décroissant des Etats-Unis sur la scène mondiale, indépendamment de l’orgueil de Trump.

L’auteur est un professeur agrégé de l’Université de l’Indiana, South Bend, Indiana. opinion@globaltimes.com.cn

 

Après le G 7 : quelle est la carte jouée par l’impérialisme américain?

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Quelques questions essentielles se posent après ce G7,  que les militants communistes, en particulier, devraient avoir à coeur de poser dans leur Congrès. Ces questions, en effet, conditionnent la situation politique et économique et interfèrent donc sur les tâches d’un parti « révolutionnaire ». Certes ce G 7 n’a pas été autre chose qu’une mise en scène à effets nuls, les dissensions, gesticulations, querelles entre puissances impérialistes, ont été bien vite étouffées. Dans ce consensus se jouait la survie du système.   Il y a eu à ce G7 une véritable mise en scène autant des désaccords (y compris sur le lièvre jeté en pâture pour diversion comme la réintégration de la Russie) que sur l’accord final dont la teneur de fait n’a pas été divulguée.

Ce qui est apparu de ce fait c’est l’impossibilité d’échapper à la vassalité aux Etats-Unis de la part du système d’hégémonie mondiale du capitalisme, pourtant en pleine crise.

Trois questions à partir de la comédie du G7: le privilège  des USA  est celui de se faire obéir par le Capital

Première question: Si l’on considère la comédie du G7, la mise en scène de l’opposition des vassaux (Canada,Europe,Japon) aux USA et leur incapacité de fait à s’opposer à la puissance américaine on doit s’interroger sur la nature de cette puissance. Sur la capacité qu’ont les Etats-Unis à imposer leurs décisions par exemple celle de « blocus » ou  de sanction, mais aussi la pression douanière unilatérale sur  l’Europe en ce qui concerne l’acier et l’aluminium (UE et Grande Bretagne) . On le voit avec l’IRAN, dans le même temps où Macron joue les opposants farouches et fait des discours, les entreprises françaises, Total et PSA en tête replient bagage.

Deuxième question :Pourquoi une telle peur de la part des entreprises ? La première réponse est que ne pas se plier au diktat américain leur interdirait le marché américain. Si PSA, pourtant fortement installé sur le marché iranien cède c’est qu’il n’y a aucune comparaison entre la part de marché que lui réserve l’Iran et celle de l’une de ses filiales qui assure un quart des ressources du groupe installée aux Etats-Unis. Mais comme nous allons le voir les formes de domination et de possibilité d’action extraterritoriale des USA sont bien plus importantes, parce que la domination US sur l’actuelle mondialisation capitaliste est bien plus forte que la simple peur de perdre le marché américain.

Troisième question qui intéresse selon nous au premier chef les militants communistes ou devrait les intéresser. Pourquoi et comment le minuscule Cuba résiste-t-il depuis des années là où les puissantes UE et japon plient? Cette première question est renforcée par celle de la Chine. Non seulement celle-ci s’installe en Iran à la place des entreprises françaises qui désertent, mais paradoxalement Trump semble favoriser la montée en puissance de la Chine? Nous n’aborderons pas ici cette question d’une manière exhaustive, mais nous lui consacrerons une série d’articles dans la poursuite de tous ceux que nous avons déjà publiés.

I -La puissance américaine et ses privilèges exorbitants.

Ce qui apparaît dans ce G7 et à partir des dispositions prises par Trump tant en Iran qu’en matière d’augmentation de tarifs douaniers sur l’acier et d’autres productions c’est l’extra-territorialité de la « légalité » américaine autant que son économie, sa capacité à casser y compris la fragile reprise qui s’amorçait. Son rôle dirigeant sur des nations comme la France qui est d’abord emprise sur le Capital.

La réponse est connue, il y a trois piliers à cette puissance:

1) longtemps la totalité de l’information a été maîtrisée par les USA et ses alliés européens et asiatiques. On peut dire que 99% des nouvelles émanaient de cette unique source. Elle est battue en brèche et toute l’activité de nos médias autour des fake-news, sans parler des rumeurs concernant la manière dont le Russie tenterait de gouverner nos élections n’est qu’une tentative de répondre à ce changement de situation qui n’en est pourtant qu’à ses débuts alors que le système de domination US reste largement majoritaire. On perçoit la domination politique mais celle concernant l’économie, l’influence sur « les marchés » est encore plus importante.

2) La puissance militaire. Sans compter l’oTAN, les Etats-Unis ont a eux seuls une puissance militaire équivalente à celle de tout le reste des pays. Ce chapitre très important mérite à lui seul un traitement particulier à la fois en ce qui concerne les formes de vassalisation et le rôle nouveau de la Chine alliée avec la Russie. Cette question est bien sur politique, mais elle est également économique et constitue le principal poste budgétaire des Etats. Notons la pression qu’exerce Trump sur ses « alliés » pour qu’ils augmentent leur autofinancement y compris dans le cadre vassalisé de l’OTAN.

3) Le dollar qui joue le rôle de monnaie internationale. Ce qui a été renforcé par l’entente entre les USA et les Saoudiens de la nécessité de l’achat du pétrole en dollars (pétrodollars). Sur cette question on peut entre autres se référer au livre  » Le dollar et le système monétaire international (La Découverte, collection repères 2014) de Michel Aglietta et Virginie Coudert, économistes au Centre d’études prospectives et d’information internationales (CEPII).

II- Le dollar est LA monnaie internationale: Historique jusqu’à aujourd’hui

« Le dollar, est encore en 2014, la seule devise capable d’assumer le rôle de monnaie internationale
La position dominante que le dollar occupe aujourd’hui est le fruit d’une montée en puissance progressive qui a commencé en 1913 avec la création de la Réserve Fédérale à la suite de la panique bancaire de 1907. A l’époque, le système monétaire international (SMI) reposait sur l’étalon or, dont les accords lors de la conférence de Gênes en 1922 signent l’abandon au profit de l’étalon change or en donnant au dollar (ainsi qu’à la livre sterling) une place centrale dans le système monétaire international par sa convertibilité en or. »

La signature des accords de Bretton Woods en 1944 fait du dollar la seule monnaie convertible en or dans le SMI. La suspension de la convertibilité annoncée par Richard Nixon en 1971 débouche sur les accords de Jamaïque, qui entérinent 1976 le nouveau fonctionnement d’un système de changes bilatéraux flottants.

Le dollar demeure aujourd’hui encore la monnaie dominante pour plusieurs raisons.

« Une monnaie internationale doit remplir plusieurs conditions. Elle doit être pleinement convertible, afin de répondre à sa fonction de moyen d’échanges. Son pays émetteur, les Etats-Unis en l’occurrence, doit être de grande taille afin de fournir une quantité de liquidités suffisante et son taux d’ouverture doit être faible afin de limiter les conséquences des chocs extérieurs sur son économie. Son système financier doit être très développé pour remplir sa fonction de réserve de valeurs pour les investisseurs privés, en proposant des marchés profonds de titres liquides. C’est sur ce point que le dollar se démarque de ses deux principales concurrentes, l’euro et le yen. Grâce à son statut de monnaie dominante, le dollar est devenu une monnaie de facturation sur les marchés mondiaux de matières premières, les marchés financiers et les marchés de biens et services. »

Le « privilège exorbitant » des Etats-Unis

Si le dollar est la monnaie qui remplit le mieux ces critères, la baisse progressive du poids de l’économie américaine dans le PIB mondial et la persistance de ses déficits courants et publics auraient pu altérer sa dominance dans le SMI.

« La présence de fortes externalités sur les marchés des changes expliquent que cette situation à l’avantage des Etats-Unis ait duré dans le temps, ainsi que la polarisation très forte autour du dollar. Le dollar est la monnaie la plus utilisée dans les transactions de change (87% des transactions de change concernent le dollar, contre 33% pour l’euro et 23% pour le yen), ainsi que la constitution de réserves de changes (61% pour le dollar, contre 24% pour l’euro, et 4% pour le yen), les prêts bancaires (57% pour le dollar, contre 20% pour l’euro, et 3% pour le yen). C’est aussi la principale référence pour les ancrages monétaires (72 monnaies sont ancrées au dollar, contre 26 pour l’euro et 1 pour le yen). »

Début 2014, la position extérieure nette des Etats-Unis était débitrice de 5 400 milliards de dollars. Les investissements en obligations privées et titres du trésor US sont les principaux postes de débit des Etats-Unis. Ils répondent aux caractéristiques de liquidité et de profondeur (les avoirs aux Etats-Unis des étrangers étaient de près de 26 000 milliards de dollars fin 2013) qui rendent le dollar éligible à la fonction de monnaie internationale dominante. Cette situation fait bénéficier les Etats-Unis d’un financement facile de ses déficits courants et publics : les réserves des étrangers aux Etats-Unis impactent à la baisse les rendements des bons du Trésor, et la détention de billets par des étrangers qui atteint près de 500 milliards de dollars a permis de financer d’autant les déficits extérieurs américains, sans intérêts de surcroit. Cette situation possède toutefois l’inconvénient de maintenir à un niveau élevé les flux de demande de capitaux en dollars contribuant significativement à sa surévaluation, ce qui pénalise le commerce extérieur des Etats-Unis. » (…)

« Sur le point des ancrages monétaires, la situation de polarisation a des conséquences importantes ; en effet, les pays qui ont des changes ancrés au dollar (une large majorité des économies émergentes préfère fonctionner avec des changes fixes, ce que l’économiste américaine Carmen Reinhart appelle la « peur du flottement »), pour des raisons de stabilité de leur compétitivité-prix par exemple, n’ont pas nécessairement des cycles conjoncturels qui correspondent aux cycles américains. Ainsi, leurs politiques monétaires sont contraintes par celle de la Réserve Fédérale dans la défense du change et peut aller à l’encontre des besoins de leur économie. Par exemple, si un pays ancré au dollar est en proie à l’inflation alors que la Fed mène une politique accommodante, sa banque centrale sera contrainte de suivre une politique accommodante également afin de ne pas subir d’afflux de capitaux qui seraient attirés par la hausse du différentiel de taux d’intérêt et ferait monter son taux de change, ce qui l’empêchera de contrecarrer la dynamique de hausse de l’inflation. »

III-La remise en cause de la domination du dollar, mais au-delà : quel système économique et politique pour assurer la pérennité du capitalisme ?

Ce qu’annonçaient ces deux économistes en 2014, à savoir que la domination du dollar ne pourra par durer éternellement est en train de se réaliser, non pas avec le yen et l’euro mais à travers la dynamique impulsée par la Chine. la demande de liquidité ne cesse de croître avec des dynamiques régionales particulièrement fortes en Asie (et à un degré moindre en Europe) et se développent des relations financières internationales parallèles à celles que domine le dollar. C’est toute la tentative mise en place par la Chine et qui attaque sur plusieurs plans à la fois: échanges bi-latéraux par exemple avec la Russie, mise en place d’un marché financier de grande ampleur y compris avec la city de Londres et paiement de l’énergie en yuan.

Dans le même temps, la baisse du poids de l’économie américaine pourrait mener lentement à un rééquilibrage du système autour de plusieurs devises, dans lequel la taille des marchés de dettes de l’union économique et monétaire européenne aurait pu permettre à l’euro de prendre une plus grande place. L’euro qui aujourd’hui est en crise n’a pas voulu jouer ce rôle de monnaie alternative et a au contraire accru sa vassalité aux Etats-Unis, mais le processus est amorcé.

Trump qui est présenté par nos médias comme un fou intégral, qui met en péril la bonne alliance capitaliste traditionnelle entre les anciennes puissances coloniales et leur rejeton américain, a un projet face à cette situation de remise en cause du dollar. Il a été beaucoup gaussé sur le fait que c’est au moment où apparaît la plus grande faiblesse de l’hégémonie américaine que l’actuel président des Etats-Unis rompte ou prétend rompre avec ses alliés. C’est une interprétation erronée. Trump agit justement parce que la situation est celle d’une perte d’hégémonie, il dit à ses vassaux qu’ils doivent obéir face à la menace chinoise et celle des pays émergents. C’est bien le capitalisme tel qu’il a fonctionné jusqu’ici qui est en cause. Il va falloir s’ils veulent continuer à bénéficier du bras américain qu’ils aident à le renforcer et à verser au bassinet.

Après avoir attribué à Trump la volonté de détruire l’UE, les commentateurs se sont interrogés sur l’absence de traitement de faveur qu’il réservait à la grande Bretagne post-brexit. C’est pourtant évident l’objectif de Trump n’est pas de détruire l’UE mais de renforcer sa domination et de les faire contribuer aux renforcement des Etats-Unis. L’Amérique d’abord n’est pas un simple slogan de campagne.

On a beaucoup insisté sur son protectionnisme, c’est vrai mais celui-ci a une vocation:

face à la remise en cause du dollar comme monnaie internationale, il s’agit pour lui de prouver que les Etats-Unis demeurent la seule économie dans le monde capable de répondre aux espérances des investisseurs et donc de renforcer la demande en dollar. Pour cela il ne craint pas d’affaiblir les monnaies concurrentes de ses vassaux qu’il s’agisse de l’Euro. Il s’agit de répondre contradictoirement à la pénalisation du commerce américain par le fait que la demande en dollars maintient celui-ci à un taux élevé et donc rend sa production non concurrentielle par rapport à celle de monnaies plus faibles, d’une manière qu’il juge injustifiées.

Si les Chinois ne se font guère d’illusions (à l’inverse de ce qui se passe en Asie et en Asie centrale (et même au MOyen orient) où la situation est beaucoup plus contradictoire) sur la capacité de l’Europe à s’opposer aux Etats-Unis, c’est bien à cause de la nature du capitalisme et il est nécessaire de pousser plus avant l’analyse sur ces questions concernant en particulier l’UE.

C’est un véritable désarroi qui frappe non pas tous les milieux d’affaire mais une partie d’entre eux. Sur le site Atlantico  on pouvait lire hier/

IV-Trump favorise-t-il la Chine?

Aujourd’hui, samedi 9 juin,Trump  quittera le Canada, quelques heures avant les autres dirigeants pour rallier Singapour où se déroulera le 12 juin son sommet historique avec Kim Jong-un, sa priorité affichée depuis des semaines, ce qui redouble l’impression de peu de cas qu’il fait de ses alliés traditionnels.

« En quelques semaines, le climat optimiste sur la croissance mondiale s’est évaporé. Dès maintenant, l’impression se répand que l’on a franchi un cap, que l’expansion était au zénith et que le ralentissement est en marche.  Les craintes concernent surtout l’Europe, comme si Donald Trump avait décidé de miser désormais sur l’Asie et d’abandonner l’Europe à son sort. Un vieux continent qui ne peut pourtant se passer de l’Amérique qui assure sa défense avec ses porte-avions et la force indispensable du dollar et qui risque d’être broyée à la fois par son manque de cohésion et surtout l’émergence de nouvelles puissances qui ne lui feront pas de cadeau.

Tout se passe aujourd’hui comme si Donald Trump poussait la Chine en avant, faisant ainsi volte-face avec son comportement d’il y a un an.   Car les mesures prises à l’encontre de l’Iran par exemple vont donner le marché de ce pays à Pékin. Les voitures chinoises vont remplacer les célèbres Peugeot. Et ceci au moment où la Chine démontre les exploits de sa technologie. La France vient ainsi d’enregistrer l’humiliation de voir que le premier EPR, conçu au départ par EDF est désormais chinois, alors que l’entreprise publique continue d’enregistrer des retards dans son programme de fabrication. »

Alors que le G7 se tient ce week-end au Canada, la guerre menée par Donald Trump pourrait avoir des effets surprenant. Comme le fait de constater que le président américain soigne plus ses relations avec ses ennemis chinois qu’avec ses amis occidentaux. »(1)

Cet article témoigne du véritable désarroi qui s’est emparé des « alliés » qui continuent à mettre la politique de Trump sur le compte d’un tempérament  erratique autant qu’atrabilaire, en refusant de voir les soutiens dont il bénéficie non seulement de sa base électorale (avec un chômage à 3%), mais des milieux d’affaire… C’est si vrai que non seulement TRump a dynamité le camp républicain mais que les démocrates n’arrivent pas à faire monter face à lui un candidat . Ce qui mérite une analyse de fond sur la crise d’une fausse alternance pour faire la même politique. Répondre à cette situation en tentant de perpétuer – à travers les questions sociétales et en ignorant la question sociale- une « gauche libérale libertaire et l’union avec celle-ci de ceux qui se prétendent révolutionnaire, c’est prétendre comme le dit Marx assurer la survie d’un cheval crevé. Le capitalisme en crise ne peut plus se contenter de cette alternance. NI pour tenir le mécontentement populaire, ni pour assurer son hégémonie mondiale.

.Nous sommes incontestablement devant une nouvelle étape du capitalisme, non seulement quand « reprise » il ya celle-ci est poussive, mais elle est aussitôt cassée par les tentatives de poursuite d’une hégémonie politique en crise et ses convulsions. C’est cela qu’il faut analyser dans la nouvelle phase de développement scientifique et technique que l’on résume sous le terme de « révolution informationnelle », il ne s’agit pas de la baptiser « révolution », mais de bien voir en quoi le capitalisme à ce stade sénile des monopoles financiarisés est une entrave à la mutation des forces productives. Qu’est-ce qui se joue alors réellement dans la rivalité Chine-USA, dans la tentative de tenir les mouvements populaires, et dans les recompositions hégémoniques?

c’est ce qui est apparu lors de ce G7 qui a démontré les conditions de sa survie dans la vassalisation et l’absence d’alternative. Tout cela mérite une analyse qui tienne compte de la montée des luttes, de la difficulté à concevoir un système politique capable d’assurer la stabilité et des conditions d’accumulation satisfaisantes au capitalisme.

Nous devons donc tenter de comprendre d’autres questions posées en introduction y compris celle centrale de la Chine. S’agit-il simplement de l’apparition d’un capitalisme multipolaire et Trump essaie-t-il d’opérer un partage ou s’agit-il d’autre chose y compris en terme de dépassement du capitalisme? Pouvons-nous éviter certains faits: pourquoi les entreprises chinoises peuvent-elles s’installer en Iran alors que malgré les discours de Bruno Lemaire, les entreprises françaises obéissent à l’injonction des USA ? Y a-t-il une relation originale entre la Chine et ses entreprises? Laquelle ? Pourquoi la Chine peut-elle négocier en cas de « guerre commerciale » avec les USA, alors que l’UE et le Japon paraissent incapables de le faire (au point que ce dernier comme d’autres puissances asiatiques revoient leurs relations avec la Chine?). Comment se fait-il que la Chine que l’on a longtemps présenté comme l’usine bas de gamme du monde est en train d’accomplir une révolution scientifique et technique y compris dans le domaine de l’intelligence artificielle? Pourquoi la Chine représente-t-elle à elle seule la puissance qui a pesé statistiquement sur la réduction de la pauvreté dans le monde? Dire que Trump comme certains milieux d’affaire US sont disposés à une entente avec la Chine ou plutôt qu’il a deux fers aux feux, ne suffit pas à épuiser les questionnements.

V-Nation et internationalisme

Enfin, cette vassalisation qui a caractérisé le G7 pose la question de la Nation qu’il est impossible de traiter ici. Notons que les résistances aux Etats-Unis et son extra-territorialité se sont appuyées sur une politique qu apparaît comme un facteur de progrès ou du moins de soutien à la population (rôle de l’éducation et la santé y compris sous blocus à CUba) et que ce progrès a aussi un ancrage dans une défense de la souveraineté nationale, le refus de se voir imposé les « solutions » libérales. Qu’il s’agisse de Cuba ou de la Chine, l’impossible résistance de la France et d’autres pays aux diktats américains ne peut pas être isolé de la manière dont le capitalisme met à mal les souverainetés nationales. Alors que l’on nous invite à ne pas nous enfermer dans des « protections » considérées comme archaïques, voir xénophobes, on semble oublier que l’internationalisme est de fait la solidarité entre nations et que nous avons aujourd’hui un sérieux manque dans ce domaine.

Mais honnêtement est-ce qu’on peut imaginer un Congrès extraordinaire du PCF, qui ignorerait comme le fait la proposition de base commune tout ce questionnement et ses effets difficilement contestables sur la situation mondiale, européenne et nationale, la perspective de nos luttes?

Danielle Bleitrach

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Jupiter en Russie ou les âmes mortes… Par Guillaume Berlat

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par Les-crises.fr DT

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 28-05-2018

« La diplomatie ignore la sentimentalité » nous rappelle fort justement Stefan Zweig dès 1938. Or, les diplomates d’expérience le savent bien, une diplomatie réaliste tient compte de l’idéal chez les autres sans se laisser égarer par le sien, quand elle en a un.

Il ne suffit pas de rendre visite au président de la Fédération de Russie fraîchement réélu, Vladimir Poutine, les 24 et 25 mai 2018 (en marge du Forum de Saint-Pétersbourg) pour que tout aille pour le mieux dans la relation bilatérale franco-russe passablement chahutée au cours des dernières années, des derniers mois (Crimée, Ukraine, Syrie, sanctions, expulsions de diplomates…).

Le pouvoir de séduction de Jupiter, si grand soit-il, atteint rapidement ses limites surtout au pays des tsars. « C’est toujours une force de disposer d’une grande confiance en sa propre capacité, jusqu’au moment où elle ne suffit plus. L’audace est un atout précieux mais elle ne doit jamais se départir de la lucidité »1.

Et cela vaut particulièrement pour la relation franco-russe. Nous en avons une petite idée depuis les récits du marquis de Custine au milieu du XIXe siècle2 jusqu’à l’analyse plus récente de l’un de nos anciens ambassadeurs à Moscou, Jean de Gliniasty3.

Avant de tirer quelques conclusions sur le déplacement en Russie d’Emmanuel Macron après qu’il ait reçu en son Palais le 23 mai 2018, le président rwandais, Paul Kagame et les géants du numérique (« Tech for Good » en bon français), il importe de replacer cette visite dans son contexte mondial et au regard de ce qu’est la diplomatie russe.

Nous pourrons ensuite examiner ce qu’étaient les promesses médiatiques préalables de cette épopée lyrique avant d’en apprécier tous les résultats concrets à la lumière de ce que l’on veut bien nous dire et ne pas nous dire.

LE MONDE CHANGE, LA DIPLOMATIE RUSSE RESTE

Face à un monde passablement secoué depuis le début du XXIe siècle, la diplomatie possède un avantage incomparable et incontestable par rapport à celles des principaux pays occidentaux, sa stabilité et sa solidité.

Un monde en perpétuel changement

Hasard ou coïncidence, le président de la République, Emmanuel Macron est reçu le 24 mai 2018 par son homologue russe, fraîchement réélu, Vladimir Poutine quelques jours après que ce dernier se soit entretenu, successivement, avec Bachar Al-Assad et Angela Merkel à Sotchi !4 Ce déplacement programmé de longue date, intervient en plein milieu d’une crise entre Washington et ses alliés européens portant sur l’avenir de l’accord 5+1 conclu le 14 juillet 2015 à Vienne (Cf. le discours musclé de Mike Pompeo le 21 mai 2018 devant la Heritage Foundation). Elle met à mal la solidarité transatlantique et la cohésion européenne.

D’autres signaux forts sont inquiétants5 : bruits de bottes dans la région (échanges musclés entre Iran et Israël) et menaces de sanctions commerciales brandies contre les entreprises européennes tentées de commercer avec Téhéran auxquelles Bruxelles entend répliquer par un dispositif mis en place en son temps pour contourner l’embargo américain contre Cuba. Le transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem a ravivé les haines recuites entre Israéliens et Palestiniens (Cf. le bilan humain des tensions).

L’on doit à une discrète médiation de l’Égypte une baisse rapide de la tension à Gaza. D’autres signaux faibles sont plus réconfortants tels les espoirs d’une réconciliation entre les deux Corées6 et d’un sommet productif entre Donald Trump et Kim Jong-un à la mi-juin 2018 à Singapour si rien ne vient mettre un grain de sable dans une mécanique parfaitement huilée par le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo7 qui a fait, à plusieurs reprises, le voyage au pays de Satan et de « l’axe du mal »8. Ce qui est désormais le cas depuis l’annonce du 24 mai 2018 faite par Donald Trump. Le ton baisse dans les discussions commerciales entre Pékin et Washington9.

En Syrie, le régime de Bachar Al-Assad – dont le brillant Laurent Gaffius annonçait doctement la chute sous trois mois à la fin du mois d’août 2012 – regagne le terrain perdu au fil des mois grâce à l’aide déterminante de l’Iran et surtout de la Russie devenue désormais incontournable sur le dossier syrien. Désormais, ce n’est plus l’Occident qui dicte son agenda à la planète » comme le relève justement François Hollande qui n’est pourtant pas une lumière sur le plan diplomatique10.

Humiliée après l’effondrement de l’URSS et l’avènement d’un monde unipolaire, la Russie joue désormais sa participation avec brio et cela qu’on le veuille ou non. La grammaire des relations internationales change de manière drastique ! On ne peut raisonnablement faire comme si de rien n’était à Paris.

Une diplomatie russe solide

Rappelons, s’il en était encore besoin, que la diplomatie russe possède de sérieux atouts que n’ont pas les démocraties occidentales soumises au dégagisme des opinions publiques :

longévité de ses dirigeants (Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov qui ont déjà vu défiler quatre président de la République, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron sans parler de la valse des ministres des Affaires étrangères), stratégie de long terme pérenne non contingente du buzz des médias (en Syrie, la stratégie russe n’a pas changé), hauteur et distance par rapport aux évènements (pas de réactions instantanées et pavloviennes), succès militaires et diplomatiques engrangés en Syrie (le gouvernement est en train de reprendre le contrôle de l’intégralité du territoire), respect du droit international si l’on prend comme point de référence les États-Unis (intervention en Syrie sur la base d’une demande des autorités) …11

Tout ceci pour dire qu’il faut compter avec la Russie si l’on veut contribuer au règlement des grandes crises qui secouent le monde, en premier lieu celle qui pèse sur la Syrie depuis sept ans déjà et sur laquelle la France a fait un tout faux remarquable grâce aux deux crânes d’œuf que sont Alain Juppé et Laurent Fabius12. Comme du reste sur l’approche des « révolutions arabes »13. Le déplacement d’Emmanuel Macron en Russie met en lumière tous les errements répétés de la diplomatie française au Proche et au Moyen-Orient au cours de la dernière décennie.

Cette visite intervient au moment où le prix du baril retrouve des sommets, 80 dollars et vient donner une bouffée d’oxygène à la Russie14. Au passage, on notera que Vladimir Poutine joue à la perfection de la désunion européenne en recevant/confessant les uns après les autres les chefs d’Etat et de gouvernement, Angela Merkel puis Emmanuel Macron dont les intérêts en Russie ne sont pas nécessairement convergents, pas plus qu’avec les États-Unis dans le domaine commercial15.

Le fameux diviser pour mieux régner. Or, les 27/28 n’ont toujours pas tranché la question stratégique de savoir si l’Union européenne et la Russie doivent poursuivre une guerre froide larvée ou construire un nouveau partenariat stratégique sur la sécurité et la stabilité du continent ?16

Or, de la réponse à cette question existentielle dépend en partie l’avenir du continent européen au moment où les États-Unis mettent à mal le système multilatéral mis en place après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Force est de constater que la réponse n’est pas du tout la même en fonction des capitales européennes17. Le nuancier est aussi impressionnant qu’impressionniste.

Quelles sont les principales conclusions que nous pouvons tirer de cette virée russe au pays du tsar Poutine ?

LA DIPLOMATIE DU ET PAR LE VIDE

Dans ce genre de déplacements diplomatiques à haute valeur symbolique, il importe toujours de faire la part entre ce que l’on annonce avant et ce qui se produit concrètement pendant. Il peut parfois exister un fossé assez large entre espoirs et réalisations.

Une visite bien préparée sur le plan médiatique

À quelques jours de l’échéance fatidique, et comme ils ont coutume de le faire avant un important évènement diplomatique (les fameux « pré-papiers »), les « spin doctors » du château procèdent à leur tir de barrage médiatique pour nous mettre en haleine. La méthode est toujours la même. Oyez, oyez, bonnes gens, il va se passer des choses importantes lors de cette rencontre internationale18. La visite est plus commentée avant qu’après. Et, surtout, Jupiter est attendu, entendu et va amener son interlocuteur a quiasur tous les sujets importants. C’est la même chanson que l’on nous avait fredonné avant la visite d‘Emmanuel Macron à Washington sur la question de la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire iranien du 14 juillet 2015. On ne connaît que trop bien la suite. Donc, prudence et pas d’emballement. L’on ne connaît que trop les limites de la diplomatie tactile pratiquée avec talent par notre plus jeune président de la cinquième République.

Les milieux bien informés – c’est comme cela qu’on les désigne dans les médias – nous indiquent que le président de la République Emmanuel Macron sera reçu jeudi soir à Saint-Pétersbourg, à l’invitation du maître du Kremlin. Depuis leurs rencontres – à Versailles le 29 mai 2017, puis à Hambourg en marge du G20 en juillet 2017 –, le paysage géopolitique a bien changé, nous précise-t-on à nous les béotiens et les ignares. L’Elysée précise que « le dialogue a été maintenu » avec Moscou malgré l’affaire Skripal (manifestement remis de ses ennuis biologiques), du nom de l’ex-espion russe empoisonné à Salisbury, et bien que les cartes aient changé de mains en Syrie avec la reconquête du terrain par le régime de Bachar Al-Assad.

Les deux dirigeants participeront le lendemain au forum économique de Saint-Pétersbourg, auquel Emmanuel Macron est l’invité d’honneur avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe. Un an après leur première rencontre, au château de Versailles, MM. Macron et Poutine « prendront le temps d’échanger en profondeur en tête-à-tête » avec la volonté de « dégager des points communs face aux crises internationales », en particulier sur le conflit syrien ou le dossier du nucléaire iranien après la décision du président américain Donald Trump de sortir de l’accord de 2015, selon les communicants de l’Elysée. Quel charabia incompréhensible qui veut vraisemblablement signifier que nous sommes d’accord sur presque rien ? Mais, l’on nous rassure aussitôt. Malgré les nombreux sujets de divergence entre Paris et Moscou de ces derniers mois, « le dialogueentre eux a été maintenu et les échanges téléphoniques ont été nombreux », précise la présidence de la République. « Dès la rencontre de Versailles, nous avons pris le pari d’un dialogue constructif mais franc. Quand il y a des désaccords, on le dit, mais cela n’empêche pas de travailler ensemble ». Depuis l’annonce de M. Trump, MM. Poutine et Macron ont exprimé leur volonté de maintenir l’accord sur le nucléaire iranien, le premier réclamant son « application stricte » tandis que le second prône des discussions sur un nouvel « accord élargi » prenant en compte le contrôle de l’activité nucléaire après 2025, le programme balistique de l’Iran ainsi que la situation en Syrie et au Yémen.

Au cours de sa première visite en Russie, M. Macron, accompagné de son épouse Brigitte (cela change tout !), veut aussi « relancer la relation bilatérale dans tous les secteurs possibles : économique, universitaire, culturel, sportif… ». Des rencontres avec des entrepreneurs ou des membres de la société civile sont prévues, tandis que la visite se terminera par un hommage au théâtre Mariinsky à Marius Petipa, un chorégraphe français qui vécut l’essentiel de sa vie en Russie, pour le bicentenaire de sa naissance en 1818 à Marseille (sud-est de la France). Toute la panoplie classique de la diplomatie est de sortie, de la politique à l’économie en passant par la culture !

Voici pour la contextualisation médiatique de la visite. Qu’en est-il en réalité de la substance même de cette importante échéance diplomatique bilatérale ?

Une visite aux résultats diplomatiques contrastés

Quel est le grand dessein dont serait porteur Emmanuel Macron en effectuant son premier déplacement en Russie ? On pourrait parler de « salade russe »19. Si séduisant et convaincant soit-il, Emmanuel Macron arrive à Russie lesté de quelques sérieux handicaps : une ligne floue sur la nature de la relation bilatérale (veut-il lancer une alliance de revers comme le général de Gaulle ou rester un caniche servile à la botte de l’Oncle Sam ?), un préjugé défavorable (ses saillies sur Russia Today et celles, inacceptables sur le plan diplomatique de François Delattre, son ambassadeur auprès de l’ONU sans parler des faux-pas de son ministre des Affaires étranges, Jean-Yves Le Drian, un gaffeur de bon aloi), un alignement ostensible sur les positions américaines en particulier sur le dossier syrien (Cf. le bombardement « symbolique » de sites chimiques, participation aux activités du « Small Group »)… Toutes choses qui ne sont pas de nature à créer la confiance requise pour bâtir un authentique partenariat stratégique – allant au-delà des mots creux (« Dialogue de Trianon » entre les sociétés civiles) – qui puisse permettre à la France de rejouer une partition autonome dans le concert des nations.

Sur le plan géopolitique, question fondamentale, dans l’inventaire à la Prévert (tout pays visité par Jupiter est prioritaire) qui nous est servi, quelles sont les véritables priorités de la diplomatie française ? Question subsidiaire, quelle est la place exacte qu’occupe notre relation avec la Russie dans ces priorités ? Il ne suffit pas de dire que le chef de l’État s’entretient régulièrement au téléphone avec Vladimir Poutine pour considérer que tout va très bien madame la marquise. La confiance se construit sur le temps long, avec des gestes concrets, dans la plus grande discrétion20. Il ne suffit pas de dire que l’on va travailler sur les « points de convergence » pour faire avancer les dossiers. Tout cela est du langage médiatique et non du langage diplomatique. Quelles assurances sommes-nous disposés à donner à Moscou que l’OTAN ne s’élargira pas à son « étranger proche » pour contribuer à rétablir la confiance perdue ?

Que signifie parler au nom de l’Union européenne au moment où les 27/28 sont disposer à transiger avec Washington sur les sanctions à l’encontre de l’Iran21 et où l’Italie semble prendre ses distances avec les règles européennes ?22 Sommes-nous disposés à proposer aux Russes de redéfinir en commun l’architecture européenne de sécurité du XXIe siècle, l’actuelle (traités FCE, Ciel ouvert, mesures de confiance) ayant été imaginée durant la guerre froide ? Le projet russe avait dédaigneusement été rejeté par un tiers mondiste/un tiers mondain, Bernard Kouchner. Que nous dit Jupiter à son arrivée à Saint-Pétersbourg ? La France et la Russie doivent travailler ensemble à la mise en place d’« initiatives communes » sur les sujets internationaux, que ce soit sur l’Ukraine, la Syrie ou concernant la question iranienne, nous dit-on. Sur quelles bases ?

Sur le plan bilatéral, « les relations économiques se développent, je crois que c’est une bonne chose, nous allons avoir beaucoup de contrats importants et de nature très diverse – une cinquantaine – et le dialogue des sociétés civiles que nous avions décidé ensemble il y a un an a pris forme », déclare Emmanuel Macron à la presse au début de l’entretien. Il est, pour le moins curieux, qu’Emmanuel Macron pousse les entreprises françaises à investir massivement en Russie alors que ce pays est sous sanctions économiques de l’Union européenne (en relation avec la question de la Crimée) et que nous avons annulé la livraison de porte-hélicoptères Mistral (revendus à l’Égypte) qui étaient, du reste, payés. Tout ceci manque de cohérence et ressemble à une diplomatie économique de l’improvisation. Cela ressemble à s’y méprendre à de la diplomatie de l’en même temps chère à Jupiter23.

Sur le plan des droits humains, comment Emmanuel Macron entend-il plaider le cas de tous les prisonniers politiques bien connus dont l’attention de Moscou a été attirée par le parlement européen et par les médias ?24 Nous nous trouvons au cœur de la fameuse « diplomatie des valeurs » que la France met souvent en balance de sa « diplomatie économique ». Dans quel sens la balance va-t-elle trancher cette fois-ci ? Côté cœur ou côté raison ? Nous pourrons nous en faire une idée un peu plus précise en prenant connaissance des contrats effectivement conclus par les entreprises françaises à l’issue de cette visite. On comprend mieux que Jupiter soit resté assez discret sur le sujet en dépit des nombreux cas qui lui avaient été soumis. Courage fuyons ! Saint-Pétersbourg vaut bien une messe au nom de la Realpolitik.

Sur le plan de la liberté des médias, Jupiter est-il prêt à lever l’interdiction faite à Russia Today d’être accrédité pour suivre les conférences de presse de l’Élysée sous prétexte qu’il serait un vecteur de diffusion de « fake news » ?25

Sur le plan sportif, nous ne savons toujours pas si la France a tranché en faveur d’un boycott diplomatique de la Coupe du monde de football lancée le 14 juin 2018 en Russie26. Tel ne serait pas le cas. À confirmer… Jupiter aurait promis de faire le déplacement.

En termes concrets, le résultat diplomatique est maigre quoi qu’écrivent sur le sujet la réunion de trois brillantes plumes du quotidien Le Monde qui gobent toutes les fadaises que les communicants de Jupiter leur servent27. On nous apprend que cette visite a permis de « renouer le dialogue » (c’est donc qu’il n’existait pas auparavant alors que ceci constitue l’essence même de la diplomatie), d’avoir un échange « direct et franc » (litote diplomatique pour dire que le champ des convergences est réduit), « d’avancer ensemble malgré les incompréhensions » (elles devaient être nombreuses), de « continuer à bâtir une confiance commune… pour préparer l’avenir » (ce qui s’appelle la méthode du bon docteur Coué), de regretter l’annulation du sommet Trump/Kim (c’est le moins que l’on pouvait faire), de poursuivre les efforts de l’application de l’accord de Minsk sur l’Ukraine (c’est ce que l’on appelle enfoncer des portes ouvertes), d’envisager sous conditions l’élargissement à la dimension balistique et à l’activité diplomatique de Téhéran dans le région du cadre de l’accord de Vienne du 14 juillet 2015 (dans quelles conditions ?, d’écarter l’idée d’un boycott de la coupe du monde de football (geste utile)… Heureusement, quelques contrats ont été signés, démontrant ainsi le piège que constituent la pratique abusive des sanctions et la diplomatie économique chère à Laurent Fabius.

Attendons désormais de mesurer in concreto et in situ les authentiques avancées diplomatiques que ce déplacement de Jupiter aura permises sur le temps long de la diplomatie. Et cela tant dans la relation bilatérale abîmée depuis le quinquennat de François Hollande et de son brillantissime ambassadeur à Moscou (un copain de la promotion Voltaire, un kouchnérien bon teint ne parlant pas un traître mot de russe, qualifié de lâche et d’incompétent par un de nos compatriotes, mais qui a tout de même était récompensé par une dignité d’ambassadeur de France et un poste d’ambassadeur à Pékin, rassurez-vous, il ne parle pas un mot de mandarin28) que dans la solution des grandes crises qui secouent aujourd’hui le monde !

« Les hommes politiques, à la différence des diplomates, n’ont pas le temps d’apprendre les leçons de l’histoire » (Harold Nicolson, 1954). Et c’est bien là que le bât blesse surtout pour le chef de l’État dont l’expérience diplomatique est brève sur le temps long de l’Histoire et dont les résultats peinent à se concrétiser sur la scène internationale en dépit d’un activisme et d’un volontarisme méritant louange29. À ce jour, force est de constater, objectivement, que les résultats sont décevants tant aux États-Unis qu’en Russie. Emmanuel Macron parviendra-t-il à jeter, avec Vladimir Poutine, les bases d’un multilatéralisme renouvelé après la défection américaine et, ainsi, prendre toute sa place dans le nouveau concert des nations ?30 Ou bien, en restera-t-il à quelques échanges d’aimabilités diplomatiques sans lendemain ? Il est vrai que sa position est peu confortable en arrivant en Russie31. Quid de la prise de distance effective indispensable avec les positions délirantes de son ami Donald Trump sur l’Iran ?32 Quid d’une réorientation totale de notre diplomatie stupide en Syrie depuis le début des « révolutions arabes » ? Quid de notre volonté de faire jouer à l’Union européenne toute sa partition sur la scène internationale ? Que voulons-nous faire de l’OTAN après tous les camouflets américains ? Toutes ces questions restent sans réponse parce qu’elles n’ont vraisemblablement pas été posées lors des entretiens entre les deux présidents.

Ce sont elles qui conditionnent l’avenir de la relation franco-russe, de la construction européenne, du multilatéralisme en ce début de XXIe siècle. Face à la réalité, il importe « que l’on cesse les promesses mensongères » !33 Ainsi peut-on, temporairement du moins, conclure la visite de Jupiter chez le tsar Vladimir Poutine.

Guillaume Berlat
28 mai 2018

1 François Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018, p. 16
2 Marquis de Custine, Lettres de Russie. La Russie en 1839, Folio classique, 1975.
3 Jean de Gliniasty, La diplomatie au péril des « valeurs », L’inventaire, collection Valise diplomatique, 2017.
4 Isabelle Mandraud, Lestée par la diplomatie de Trump, Merkel renoue le dialogue avec Poutine, Le Monde, 20-21-22 mai 2018, p. 6.
5 Pierre Servent, Cinquante nuances de guerre, Robert Laffont, 2018.
6 Sébastien Falletti, Kim et Moon visent une paix sans armes nucléaires, Le Figaro, 28-29 avril 2018, pp. 2-3.
7 Gilles Paris, Trump n’exclut pas un report du sommet avec Kim, Le Monde, 24 mai 2018, p. 4.
8 Valérie Samson, Pyongyang menace d’annuler le sommet avec Trump, Le Figaro, 16 mai 2018, p. 7.
9 Pierre-Yves Dugua, Pékin promet d’importer plus des États-Unis, Le Figaro économie, 21 mai 2018, p. 19.
10 François Hollande, précité, p. 384.
11 Guillaume Berlat, L’incontournable Vladimir Poutine sur la scène internationale,www.prochetmoyen-orient.ch , 5 juin 2017.
12 Guillaume Berlat, Syrie : l’insoupçonnable légèreté des certitudes…,www.prochetmoyen-orient.ch , 20 mars 2017.
13 Guillaume Berlat, Cinq ans de « printemps arabes » ou la fin d’une chimère !,www.prochetmoyen-orient.ch , 1er février 2016.
14 Armelle Bohineust, Le pétrole cher fait son retour, porté par la crise iranienne, Le Figaro économie, 16 mai 2018, p. 20.
15 Pierre-Yves Dugua, L’Allemagne redoute des sanctions américaines sur l’acier européen, Le Figaro économie, 28-29 avril 2018, p. 20.
16 Nicolas Baverez, Europe et Russie : l’heure des choixwww.lefigaro.fr , 22 mai 2018.
17 Jean-Jacques Mével, Iran : l’Europe tente de rester unie face à Donald Trump, Le Figaro, 17 mai 2018, pp. 1-2-3.
18 Virginie Malingre/Marc Semo, Macron en Russie pour poursuivre un dialogue difficile avec Poutine, Le Monde, 25 mai 2018, p. 4.
19 Erik Emptaz, Salade russe…, Le Canard enchaîné, 23 mai 2018, p. 1.
20 Isabelle Facon, Le président français cherche l’apaisement avec la Russie, Le Monde, 24 mai 2018, p. 21.
21 Cécile Ducourtieux, L’Europe prête à transiger avec Washington, Le Monde, Économie & Entreprise, 23 mai 2018, p. 4.
22 Gilles Ivaldi, L’Italie de Di Maio et Salvini ne préfigure pas l’Europe de demain, Le Monde, 23 mai 2018, p. 20.
23 Ellen Salvi, Emmanuel Macron teste son « en même temps » en Russie,www.mediapart.fr , 24 mai 2018.
24 Isabelle Mandraud, Macron en Russie : les défenseurs des droits humains tentent de se faire entendre, Le Monde, 25 mai 2018, p 5.
25 Mariana Grépinet, Russia Today. « Télé-Poutine sous haute surveillance », Paris Match, 23-30 mai 2018, p. 56.
26 Éric Hacquemand, Coupe du monde. Macron passe en bleu, Paris Match, 23-30 mai 2018, p. 48.
27 Virginie Malingre/Isabelle Mandraud/Marc Semo, Macron affiche son entente avec Poutine, Le Monde, 26 mai 2018, p. 4.
28 Benoît Vitkine, Yoann Barbereau, le fugitif d’Irkoutz, Le Monde, 26 mai 2018, pp. 14-15.
29 Arthur Berdah/Marcelo Wesfreid, Macron en quête de résultats à l’étranger, Le Figaro, 28-29 avril 2018, p. 6.
30 Sylvie Kauffmann, Ballet russe pour Macron, Le Monde, 24 mai 2018, p. 23.
31 Tatiana Kastouéva-Jean, Macron dans une position peu confortable face à Moscou, Le Monde, 24 mai 2018, p. 21.
32 Mathieu Magnaudeix, Robert Malley : « Les États-Unis se sont mis hors jeu »,www.mediapart.fr , 19 mai 2018.
33 Hubert Védrine, Comptes à rebours, Fayard, 2018, p. 314.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 28-05-2018

 

La crise italienne et la responsabilité des communistes

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Par Andrea Catone (Directeur de la revue MarxVentuno)

Traduction française par Lorenzo Battisti

1. La Constitution italienne est basée sur un gouvernement issu du  parlement. Le président de la république n’a pas le pouvoir de dicter la direction politique du gouvernement.

Le président de la République Sergio Mattarella n’a pas signé la nomination en tant que ministre de l’économie du professeur Paolo Savona, qui lui a été proposée, sur recommandation du Mouvement 5 étoiles (M5S) et Ligue, par le Président du Conseil nommé Giuseppe Conte, qui a ensuite démissionné de son mandat.

Mattarella a justifié son choix en prononçant un bref discours devant le pays où il a déclaré qu’il avait

« partagé et accepté toutes les propositions des ministres, à l’exception de celle du ministre de l’Économie. La nomination du ministre des affaires économiques est toujours un message immédiat de confiance ou d’alarme pour les opérateurs économiques et financiers. J’ai demandé, pour ce ministère, la nomination d’un représentant politique faisant autorité dans la majorité, qui est conforme à l’accord de programme. Une personnalité qui – au-delà de l’estime et de la considération pour la personne – ne soit pas considéré comme un partisan d’une ligne, démontrée à plusieurs reprises, qui pourrait probablement, ou même inévitablement, amener l’Italie à quitter l’euro [1]. C’est tout à fait différent d’une attitude vigoureuse, au sein de l’Union européenne, visant à la changer pour le mieux d’un point de vue italien. En réponse à cette demande, j’ai noté – avec regret – qu’aucune autre solution n’était disponible, et le Président du Conseil a démissionné de son mandat. L’incertitude quant à notre position dans l’euro a alarmé les investisseurs et les épargnants, italiens et étrangers, qui ont investi dans nos obligations d’État et dans nos entreprises (…) Il est dans mon devoir, en procédant à la nomination des ministres – que la Constitution me confie – de veiller à protéger l’épargne des Italiens (…) L’adhésion à l’euro est un choix fondamental pour les perspectives de notre pays et de nos jeunes” [2]. »

Le refus de nommer Savona [3] Ministre est motivé par le Président de la République sur la base d’une évaluation politique. Mais notre Constitution est basée sur le principe du gouvernement parlementaire et exclut que le Président de la République dicte la direction politique du gouvernement. 

En outre, après avoir énuméré les catastrophes économiques actuelles et futures (le spread qui augmente de jour en jour, menaçant l’épargne des Italiens, décourageant les investisseurs, augmentant les intérêts sur la dette, augmentant les hypothèques, etc….), Mattarella dit que “beaucoup se souviennent quand – avant l’Union monétaire européenne – les intérêts bancaires étaient proches de 20 pour cent. Il s’agit d’un  évident excès d’argumentation , de basse propagande, qui se réfère à un contexte économico-politique interne et international complètement différent de l’actuel, qui n’a pas de fondement scientifique : d’une part, c’est une tentative maladroite de justifier une décision difficile à justifier (comme une excusatio non petita) ; d’autre part, c’est le début d’une campagne électorale féroce dans laquelle le seul suspect de critiquer l’euro est stigmatisé et interdit.

Ce qui s’est produit le 27 mai est une nouvelle violation de la Constitution républicaine et de son principe de souveraineté nationale-populaire. Ce n’est pas le premier : il est conforme aux déclarations de Cossiga, à la lourde ingérence de Napolitano et aux tentatives de déformer la Constitution, soutenues par Berlusconi, les néo-fascistes et Ligue Nord au milieu des années 2000 et plus récemment par le PD de Renzi (rejetées par le référendum du 5 décembre 2016). Elle accélère et aggrave la crise démocratique italienne dans les rapports entre les groupes au pouvoir et les masses (entre ce qu’on appelle aujourd’hui l’establishment et sa légitimation démocratique), crise qui s’est clairement manifestée dans le vote du 4 mars avec l’affirmation extraordinaire (32%) du M5S, qui a dans son rejet de la “caste”, des rentes et privilèges des “politiques”, un de ses piliers, et de la Ligue Salvini.

La longue crise économique italienne, son déclin prolongé, aggravé par la crise financière et sa gestion imposée par la BCE et les pouvoirs supranationaux (voir la lettre de Trichet et Draghi qui a dicté l’agenda économique et social italien et ouvert la voie au gouvernement Monti[4]), ont été parsemés de tentatives partiellement avortées de bouleversements constitutionnels visant à réduire le rôle des assemblées électives, et de pressions présidentielles, en particulier depuis 2011, lorsque le président Giorgio Napolitano a remplacé le rôle constitutionnel d’arbitre super partes par celui de décideur et de promoteur de l’orientation politique et des transformations de la Constitution : une situation perpétuellement mobile de transition constitutionnelle visant à “ sécuriser “ la position atlantique et pro-européenne du pays, que les classes dirigeantes n’ont pas réussi à atteindre et qui se présente aujourd’hui avec le nouveau vulnus d’un gouvernement avorté en raison de la présence d’un ministre de l’économie soupçonné de critiquer l’euro.

2. Aventurisme et subversion de M5S et de la Ligue.

Le choix de Mattarella ouvre un fossé entre les pouvoirs de l’État. Elle ne renforce pas, mais rend le pays plus fragile et révèle davantage sa souveraineté limitée.

Mais les communistes et ceux qui se réfèrent au mouvement ouvrier ne peuvent ignorer que cette aggravation de la crise a été lucidement et cyniquement poursuivie pour le calcul électoral par la Ligue de Salvini, une force déployée ouvertement à droite qui a imposé dans le programme gouvernemental (le “contrat” tant vanté par Di Maio) l’annulation de ces parties du programme M5S sur l’intervention publique dans l’économie, de sorte que ce “contrat” – en certains points extrêmement détaillé (et hors de place dans un programme politique) même sur le rôle des engrais chimiques et du compost (point 4, p. 11) et exposé dans l’ordre alphabétique et sans ligne cohérente de direction politique – a été clairement dominé, sur les questions économiques, par l’approche néolibérale : l’impôt forfaitaire, avec l’idée que la plus grande disponibilité de l’argent – avec la “main invisible” Smithienne – initierait miraculeusement la reprise économique, sans planification publique et sans intervention économique de l’Etat. Salvini, plaçant au président de la République l’aut aut sur le nom de Savona – utilisé comme tête de bélier pour renverser la table d’un accord avec les 5S qui était maintenant serré – a essayé, avec succès, de le briser, aggravant la crise politique, élevant le niveau de l’affrontement politique sur la question de l’euro. De cette façon, il s’est déplacé dans la même direction des forces politiques comme le PD de Matteo Renzi, qui, vaincues lors des élections du 4 mars, ont visé l’effondrement du pays (rejetant a priori la tentative d’un gouvernement de coalition avec les 5S) pour pouvoir retourner dans le jeu politique.

Un affrontement sur l’UE et l’euro implique, comme l’affaire grecque l’a bien montré, une confrontation avec des puissances internes et internationales très fortes et nécessite donc une préparation des forces, une prise de conscience et une stratégie qui ne sont pas du tout présentes dans le pays. Le discours de Mattarella était juste sur un point: la question euro/UE n’était pas au centre de la campagne électorale; les 5S l’ont immédiatement supprimée, la Ligue l’a tenue dans quelques affiches, mais avec une référence prédominante à la question de l’immigration.

S’engager dans une bataille contre les forces les plus puissantes sans préparation adéquate des forces populaires et sans stratégie précise s’inscrit dans la pire tradition de l’aventurisme italien. La Ligue, qui s’agite aujourd’hui démagogiquement sur la question de la souveraineté nationale, a haussé le niveau de l’affrontement à des fins électorales.

Les 5S, qui se basent sur l’idéologie du dépassement de la droite et de la gauche et de la lutte de classe, mettent dans le même lot capital et travail, après avoir immédiatement retiré les positions critiques sur l’OTAN et l’UE, après avoir annulé l’intervention publique en économie du “contrat” (une mise en scène médiatique dans laquelle plusieurs points s’empilent, sans le fil rouge d’une stratégie politico-économique), se sont en outre révélées être une force hésitante, qui se nourrit de démagogie (la “caste”, les “rentes”), mais n’a ni le courage, ni les cadres, ni une stratégie sérieuse pour soutenir un choc d’une telle ampleur, comme celui de l’UE et de l’euro. Après tant d’autodafés pour former le gouvernement, ils ont remis les clés décisives et le dernier mot à la Ligue de Salvini, un parti beaucoup plus structuré et organisé.

Ce ne sont pas les forces auxquelles confier la direction et l’activation d’un projet stratégique fondé sur la souveraineté nationale et populaire, visant à sortir l’Italie du déclin et à apporter des réponses concrètes aux problèmes de développement économique, d’emploi, de formation et de recherche.

La situation italienne est extrêmement dangereuse : crise politique, crise économique, crise institutionnelle s’additionnent. Le niveau de confrontation s’élève, mais dans la plus grande démagogie: démagogie – qui se manifeste aussi dans le discours de Mattarella – qui menace des catastrophes économiques et appelle à des actes de foi aveugle, indiscutables et absolues dans la monnaie unique ; et démagogie de la part de ceux qui, après avoir présenté un programme qui prévoit une énorme augmentation des dépenses publiques sans aucune couverture (impôt forfaitaire et revenu de citoyenneté), exigent qu’à la sortie de la monnaie unique les problèmes du pays soient résolus par magie.

3. Dans cette situation, il faut construire un véritable front populaire pour la défense du pays.

Les communistes et ceux qui sont véritablement liés au mouvement ouvrier et démocratique qui a joué un rôle si positif dans l’histoire de notre pays et dans la construction de la République, ne peuvent et ne doivent pas accueillir ni la bourgeoisie comprador liée à la UE et à l’OTAN, qui a aujourd’hui dans le PD de Matteo Renzi son principal parti de référence (quelqu’un l’a baptisé “gauche impériale”), ni l’aventurisme démagogique et la subversion potentielle de la Ligue ou le M5S ambigu, hésitant et confus. Les communistes ne peuvent et ne doivent pas se limiter au rôle de spectateurs passifs dans un affrontement qui, comme il le promet, accentue la démagogie et nous éloigne d’un chemin concret, d’une stratégie pour le pays.

Dans cette situation, les communistes ont le devoir de construire un front politique capable de parler clairement et avec la plus grande rationalité, sans fumée et ambiguïté, sur la base d’un programme politique de transition, capable de récupérer les points les plus élevés de notre tradition de lutte, à partir de la Résistance antifasciste et de la rédaction de la Constitution de la démocratie économique et sociale. Un programme politique qui n’est pas le bourrage d’exigences différentes et pas toujours cohérentes en soi (comme l’a été en partie le programme du “Pouvoir au peuple”), ni la simple proposition du principe que tout se réfère à une future révolution socialiste ou qui fait des proclamations grandiloquentes sans définir un chemin concret dans une stratégie à long terme.

Un tel programme, construit et exposé sur la base d’un discours clair et sans ambiguïté, qui n’efface pas la contradiction capital-travail, ni l’existence et la lutte des classes (comme c’est le cas dans l’idéologie “populiste” de la Ligue et du M5S), peut se résumer en quelques lignes de base essentielles, que la Constitution a tracées :

1. Défendre le gouvernement parlementaire et lutter pour une loi électorale proportionnelle, comme c’était dans l’esprit de la Constitution de 1948, contre toute tentative de reproposer des systèmes électoraux majoritaires. Lutter contre toute dérive présidentielle et autoritaire qui, dans cette phase de crise institutionnelle, pourrait se produire et être proposée (et est déjà en place).

2. Une forte intervention publique dans l’économie, avec une planification démocratique (dans les formes déjà prévues par la Constitution et dans d’autres qui peuvent être développées), sous contrôle démocratique, des lignes directrices de développement. C’est d’abord sur ce point, sur l’intervention de l’État en tant qu’expression de la souveraineté nationale populaire, que s’ouvre le conflit avec l’approche néolibérale de l’UE de Maastricht.

3. En reconnaissance d’un monde multipolaire, affirmation d’une politique étrangère indépendante, à la fois de l’impérialisme américain, qui contrôle notre pays et l’Europe à travers l’OTAN et qui aujourd’hui, avec Trump, est en concurrence avec l’Allemagne, et de l’impérialisme allemand, qui se déplace à l’intérieur et à l’extérieur de l’UE, ou de celui français, protagoniste des aventures militaires en Afrique et au Proche-Orient.

Les communistes et les forces qui se réfèrent au mouvement ouvrier et démocratique doivent savoir comment trouver la sagesse et la force dans la crise italienne, qui s’accélère violemment et empire, sur la base des grandes leçons unitaires qui ont marqué les meilleures pages du mouvement ouvrier international et italien, pour construire l’unité entre eux et créer un front uni, dans un affrontement qui promet d’être très difficile et vital, en surmontant et en laissant le pire – et c’est beaucoup ! – qui a marqué l’histoire des communistes et du mouvement ouvrier en Italie au cours des trente dernières années : le calcul politique du court terme, le carriérisme, l’opportunisme, les personnalismes qui placent l’intérêt personnel particulier avant l’intérêt général, l’esprit de clan ou de groupe plutôt que lié à une vision stratégique globale, le sectarisme, le dogmatisme, avec la prétention d’être les seuls dépositaires de la vérité et de la bonne ligne, proclamation de principes et incohérence de l’action politique – et cela les a relégués hors de l’histoire réelle, dans le rôle de témoins ou, pire, de “supporters” subordonnés de l’un ou l’autre champ de démagogies opposées qui trompent le pays, venant, comme un camarade français a amèrement observé, au chef-d’œuvre politique négatif de toucher le fond et de pouvoir aller encore plus en bas au-delà du fond…

Si, dans la précipitation de la crise italienne, les communistes ne reprendront la voie principale de l’unité dans la construction d’un front populaire, l’histoire – paraphrasant un célèbre dicton de Fidel Castro – ne nous absoudra pas.

28-5-2018

[1] les italiques sont à moi A.C.
[2] Voir https://video.corriere.it/governo-mattarella-non-posso-subire-imposizioni-ministri-discorso-integrale/7b2cc8e0-61e0-11e8-83c2-c2f27971c337
[3] Savona est le ministre proposé pour l’économie. C’est un économiste qui a eu des rôles dans le MEDEF et qui a dirigé une banque. Depuis les années 1990, il a exprimé son opposition à l’adhésion de l’Italie à l’euro, qu’il considérait comme contraire à la structure économique italienne et au bénéfice exclusif de l’Allemagne et des pays du Nord de l’Europe.
[4] Voir le numéro spécial de MarxVentuno 1-2/2016 pour plus de détails sur l’ensemble de la crise institutionnelle.

 
 

AU PLAN INTERNATIONAL LE PCF NE PEUT CONTINUER A ENTRETENIR L’IGNORANCE DE SES MILITANTS

En traduisant l’interview du reponsable du parti Tudeh (parti communiste iranien), je me disais quel dommage que les communistes français -et au delà la plupart de ceux qui lisent la presse française et naviguent sur les réseaux sociaux- soient entraînés le plus souvent dans des camps qui n’ont plus rien à voir avec les positions de classe. Ils se trouvent donc contraints de  se ranger soit au nom d’une bien étrange conception de la démocratie derrière les USA, les dirigeants européens, les bonnes oeuvres de l’OTAN, soit derrière des gens tout aussi suspects, corrompus, bellicistes et dont la seule vertu est quand ils se battent chez eux contre une invasion. Comme si les communistes à l’instar de ce que dit ce dirigeant du Toudeh ne se situaient pas dans une tout autre perspective.Un lecteur de ce blog a noté qu’il y avait du temps de la « guerre froide » une sorte de « santé » dans la perception des antagonismes, ce qui manque cruellement et donc la situation de confusion frappe de paralysie l’intiative populaire que le PCF a pour rôle de provoquer..

Il fut un temps où le pCF, le plus souvent en suivant il faut l’avouer le PCUS, avait des positions claires et compréhensibles parce que s’appuyant à la fois sur l’intérêt des « masses laborieuses » en France et dans le monde, la défense de la souveraineté nationale et la paix, l’amitié entre les peuples. La chute de l’URSS, la soumission qui a suivi à la politique étrangère de la social démocratie lui a fait perdre ces qualités et bien d’autres au profit d’une espèce de tremolo permanent contre les méchants tyrans qui s’avéraient tous des ennemis du moment de l’impérialisme. Mais rien ne sert de se lamenter, la seule vraie question dans le cadre de la préparation du Congrès est : est-ce qu’il est possible de réconquérir autonomie et positionnement de classe en ce domaine? Disons tout de suite que la faible part consacrée aux questions internationales dans les « chantiers »  du Congrès laisse peu de champ à l’optimisme, la proximité des élections européennes et les grandes manoeuvres « unitaires » encore moins.

Les militants eux-mêmes semblent écartés du sujet par un défaut d’information manifeste. Une récente contribution que j’ai signé lie cette confusion d’abord à l’absence de compréhension de ce que serait aujourd’hui la classe ouvrière. Personnellement, mais ce sera le sujet d’une autre intervention, je proposerais que l’on reprenne le terme de prolétariat, terme et contenu, parce qu’il devrait nous permettre de mieux mettre en relation la situation des salariés, de la jeunesse, au plan national et international.

Donc pour revenir à la méconnaissance entretenue du contexte international, je ne sais pas à quoi cela tient, mais il y semble y avoir  une inertie supplémentaire dans ce domaine de la politique du PCF . On apprend parfois par hasard qu’il y a eu des délégations du PCF qui se rendent à des réunions importantes – comme celle de ce colloque sur le marxisme en Chine. Mais il n’y a jamais aucun compte-rendu digne de ce nom. Je ne sais pas pourquoi si les gens qui y vont sont incapables d’écrire autre chose que  la défense de leurs positions personnelles, ou même de comprendre les enjeux, mais le fait est la grande masse des militants est maintenu dans l’ignorance totale de ce qui se passe.

Ce silence sur les activités touristiques de nos responsables a une fonction désastreuse,  à savoir le poids des Hamon et autres Besancenot sur l’approche du secrétariat du PCF, des gens qui soit comme Hamon ont de fait au plan international la même politique que Macron ou des gens comme Besancenot et ses copains trotskystes qui font une fixette sur l’URSS et qui semblent ne pas s’être rendu compte que Staline est mort depuis 64 ans.Si l’on ajoute à cela le fait que le PCF n’a  plus de relations dignes de ce nom avec les partis communistes et privilégie au meilleur des cas l’approche partielle des associations en faveur de telle ou telle cause et des partis qui au plan européen sont aussi à côté de la plaque qu’eux, cela donne des positions complètement fantaisistes de la part de ceux qui ont en charge les relations internationales.

Il y a semble-t-il une incontestable amélioration depuis le temps où l’humanité parrainait un « dissident cubain » présenté par Robert manard, et où Marie georges Buffet en appelait à l’Europe. la situation fort heureusement évolue et devrait nous permettre de degager une position plus en accord avec nos fondamentaux. Néanmoins, nous sommes encore loin du compte. il n’est qu’à voir la manière dont nous sommes incapables de manifester la solidarité nécessaire avec nos camarades en Pologne, en Ukraine et de célébrer autrement que sur le mode trotskyste la révolution de 1917. Sans aller jusqu’aux errances d’un jacques Fath, qui proposait d’envoyer des armes aux « rebelles » de benghazi, position d’un BHL, ce qui revenait à armer al qaida et les autres pour ce qui s’avère les bonnes oeuvres de sarkozy et une des plus grandes catastrophes de la zone méditerranéene qui n’en manque pas. Il est difficile de faire pire  .  Pourtant, ce ne sont que des lueurs et il est clair que la déclaration de Pierre Laurent sur la récente frappe des trois néo-colonialistes en Syrie (la france, les USA, la Grande Bretagne), cette  déclaration  qui accusait en préambule la Syrie d’avoir effectivement utilisé des armes chimiques était stupide et ne pouvait que bloquer toute initiative en faveur de la paix. Il était dès cette époque évident que l’opération était destinée à amadouer les USA pour éviter le retrait du pacte avec l’iran. Avec le succès que l’on sait! Avoir un opportunisme systématique au plan international face à l’atlantisme et à la vassalité européenne, voir à l’oTAN tout ça pour se ménager des alliances dont personne ne veut, rend ridicule et peu crédible le PCF. Sans parler de la manière dont cet opportunisme engendre le gauchisme et pire, il suffit de voir la manière  dont des militants qui critiquent légitimement la soumission au PS, se retrouvent  parfois cautionner  des forces qui sous des prétextes anti-imperialistes et souverainistes dévoyés se glissent dans le vide pour nous faire adopter des positions qui vont jusqu’au racismen à l’antisémitisme et à un nationalisme qui entretient la confusion avec l’extrême-droite comme Asselineau,  et d’autres comme les indigènes de la République. La nature a horreur du vide et dans les compromissions du PCF de bien étranges créatures se nichent.

Tout cela ne peut plus durer et nous devons ressortir du Congrès avec des idées claires qui nous permettent y compris des choix électoraux autant que de nous positionner sur la paix, le refus de l’oTAN.

Dans ce domaine,  il est encore plus grave de ne pas aider les communistes à mesurer les potentialités offertes par la Chine et quels sont les plus grands dangers qui menacent la paix. Préparer un congrès dans une telle ignorance est préjudiciable. On est en train d’entretenir les communistes dans l’idée que les Français eux mêmes ne s’intéresseraient qu’aux problèmes qui au plan national ont une incidence sur l’emploi et le pouvoir d’achat comme ke service public. Tout cela est très important, essentiel, mais imaginer que cette bataille nationale peut se faire en ignorant le contexte international c’est ne rien comprendre au rôle réel de la nation.  Faire semblant d’ignorer le rôle déterminant de l’Europe et celui des conflits internationaux est irresponsable et nous condamne à la rupture avec les autres partis. Quand on voit par exemple les conséquences potentielles de la crise iranienne aujourd’hui sur le début de reprise, ne serait ce que les sommes consacrées à la guerre avec le thème qui surgit l’Europe de la défense jusqu’à y compris la montée du prix de l’essence, en passant par tous les sujets liés à l’immigration, on se dit que vouloir à n’importe quel prix entretenir une vision unanimiste avec Benoit Hamon, Besancenot et consort pour tenter d’endiguer celui que l’on a soi-même promu est asses dérisoire. Il est pathétique de voir ceux qui jadis défendaient mordicus la candidature de Jean Luc Melenchon sous couvert du « rassemblement » maintenant l’insulter sans autre argument que l’amertume. Le paradoxe est que des gens comme moi qui nous sommes toujours opposés à ce que le pCF se donne un candidat de ce type, élevé dans le sérail mitterrandien et qui, comme ce dernier a toujours voulu jouer un rôle au-dessus du parti et y compris du Front de Gauche, ces gens qui ont souhaité un candidat communiste trouvent absurde ces insultes pour mieux se jeter dans une « gauche plurielle » croupion et désavouée.

Il faut analyser la politique de melenchon, par exemple le fait qu’il aille fêter la victoire du 8 mai en Russie est un acte positif, il revendique la paix, la détente autant que la vérité historique. Pourtant il ne faut pas se faire d’illusion sur son projet, partout, il essaie de provoquer une force d’évitement et d’affaiblissement des partis communistes, en Russie comme partout ailleurs du Portugal à l’Espagne. Il ne peut jouer ce rôle que parce que le PCF a renoncé a jouer le sien avec les partis communistes.

On ne peut pas continuer comme ça, l’effacement du parti a aussi cette dimension et surtout nous ne pouvons pas ne pas alerter notre peuple sur ce qui le menace et travailler collectivement à une issue.

danielle Bleitrach

 

Vu d’Allemagne. Macron est « à l’origine de tous les conflits qu’il doit régler aujourd’hui »

Publié le 

Emmanuel Macron et Jean-Pierre Pernaut après l’interview, le 12 avril 2018.  Yoan Valat/Pool via Reuters

Après l’interview d’Emmanuel Macron sur TF1, jeudi 12 avril, la Süddeutsche Zeitung pose un œil critique sur la stratégie politique du président, qui déstabilise les citoyens et creuse un fossé entre eux et le gouvernement.

“Emmanuel Macron s’exprimait peut-être depuis une salle de classe pour petits, jeudi après-midi, mais cela ne l’a pas empêché d’aborder les grands problèmes”, note sans ambages laSüddeutsche Zeitung après l’interview d’Emmanuel Macron par Jean-Pierre Pernaut dans une école de l’Orne le 12 avril.

Pour le journal libéral allemand qui commente cette apparition télévisuelle, le choix d’une salle de classe comme lieu d’entretien “rapproche [le président] du peuple et fait oublier l’image de Roi Soleil qui lui colle – pas tout à fait indûment – à la peau.”

Le journal allemand dresse le portrait d’un président dans l’offensive : “Macron s’exprime avec feu lorsqu’il défend les réformes qu’il a engagées à un rythme soutenu depuis sa prise de fonction”.

Mais le quotidien de Munich souligne également la mise en scène cherchant à montrer un président volontariste. “Il ne donne finalement que très peu d’interviews et se donne l’image d’un dirigeant fort et inaccessible. […] Cela fait presque un an que Macron est président. Et cela fait presque autant de temps qu’on lui reproche un style de gouvernement hautain.

L’analogie du macaron

Dans un deuxième article paru le même jour, le quotidien use  d’une autre image pour décrire la situation du président français : celle du macaron. Outre le clin d’œil à Brigitte Macron qui “est issue d’une longue famille de pâtissiers confiseurs spécialisés dans les macarons”, la référence à la pâtisserie est aussi une occasion de souligner que “cette petite douceur à la poudre d’amande a un point commun avec le président français : outre leur renommée, tous les deux ont la particularité d’être plus appréciés à l’étranger que dans leur propre pays”.

La majorité des citoyens allemands ont en effet “une certaine affection” pour “ce jeune homme optimiste […] capable de citer Goethe”. Le vent est néanmoins en train de tourner pour Emmanuel Macron, note le quotidien : “L’inquiétude est aujourd’hui proportionnelle à l’enthousiasme du début”.

Conclusion de la Süddeutsche Zeitung : “Monsieur le Président” pèche par une trop grande soif de pouvoir.

Il est lui-même à l’origine de tous les conflits qu’il doit régler aujourd’hui. […] C’est un homme à l’énergie débordante mais dont le besoin de contrôle est manifeste.”