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Edouard Philippe, impliqué dans le pillage de l’uranium du Niger par Areva et dans un conflit d’intérêt

Où l’on voit à quel point la République en marche ce n’est pas la simple victoire des « start-up », mais bien le capital prédateur à l’échelle de la planète. Voici un article qui émane de l’observatoire du nucléaire (note de Danielle Bleitrach)

Edouard Philippe, impliqué dans le pillage de l’uranium du Niger par Areva…

… et dans un conflit d’intérêt en tant que maire du Havre au profit de son ancien employeur Areva

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article330

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L’Observatoire du nucléaire dénonce la nomination au poste de premier ministre de M. Edouard Philippe qui n’est en rien le personnage « modéré » que la communication macronienne tente de mettre en scène. Bien au contraire, M. Philippe a les mains très sales, ou plutôt… radioactives. En effet, lorsqu’il travaillait pour la multinationale atomique Areva, il a participé à de sombres manœuvres dans les coulisses uranifères de la Françafrique.

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En octobre 2007, Edouard Philippe est nommé directeur de la communication et directeur des affaires publiques d’Areva. Son activité principale est alors de s’assurer de la collaboration de parlementaires acquis au lobby de l’atome. Il est ainsi en contact rapprochés avec Marc Vampa, député de l’Eure et président du groupe d’amitié France-Niger à l’Assemblée Nationale (*).

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C’est précisément pendant cette période, le 13 janvier 2008, qu’un accord est signé entre Areva et le pouvoir du Niger concernant l’exploitation de l’uranium, accord immédiatement contesté par le Mouvement des Nigériens pour la justice, mouvement touareg en rébellion contre le pouvoir central de Niamey (**).

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En effet, les maigres revenus de l’uranium, largement sous payé depuis des décennies par Areva, ne bénéficient en rien à la population, et encore moins aux Touaregs, alors que les mines d’uranium sont situées dans leurs zones traditionnelles de vie.

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Il est donc logique de considérer que les manoeuvres en coulisse de M Philippe ne sont pas étrangères aux graves troubles qui ont eu lieu par la suite dans la zone sahélienne (Niger/Mali) et dans le fait que, poussés par la misère, des groupes Touaregs aient fini par s’allier à des mouvements djihadistes.

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Mais, surtout, il est légitime de se demander pour qui agit M Philippe lorsqu’il est en charge des affaires publiques, que ce soit auparavant comme maire du Havre et désormais comme premier ministre.

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Une première réponse est apportée par le fait que, à peine assis dans le fauteuil de maire du Havre (aimablement offert par son prédécesseur qui a démissionné en cours de mandat !), Edouard Philippe a offert un pont d’or… à son ancien employeur Areva, pour qu’il installe deux usines d’éoliennes off-shore, projet finalement abandonné piteusement en septembre 2016 : il serait intéressant d’enquêter pour voir ce que la sympathie d’Edouard Philippe pour Areva a finalement coûté aux citoyens-contribuables…

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On notera d’ailleurs que, de 2007 à 2010, M. Philippe a cumulé sans état d’âme son poste chez Areva et son mandat d’adjoint au maire du Havre mais, aussi, que la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) lui a infligé un blâme pour avoir refusé de fournir des informations sur sa déclaration de patrimoine de 2014, pourtant exigées par la loi.

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(*) cf Charlie Hebdo, 29 avril 2009
(**) cf AFP, 17 janvier 2008

 

Populistes et communistes

Populistes et communistes

Je vais parler de la France Insoumise, (mais pas que). Je voudrais d’abord apporter une précision de méthode. La France Insoumise est un mouvement nouveau, dans lequel s’engagent avec énergie et volonté peut-être des dizaines de milliers de « gens ». C’est leur choix. En tant que nouvelle organisation, certains regardent avec un peu de mépris ce qui existait avant eux, oubliant même ce qu’ils lui doivent.

Ceci est normal. En tant que communistes, nous devons préserver les conditions d’un dialogue serein, du rassemblement pour l’action commune, et de l’échange d’idées et d’expérience. C’est le ton de cet article. Un dialogue sans détour, dans lequel je m’efforce de prendre au sérieux ce que dit et fait la FI, et où j’exprime clairement mes positions. C’est aisé et intéressant, car, reconnaissons-le à Jean-Luc Mélenchon, il explique clairement ses intentions et motivations.

Jean-Luc Mélenchon considère la France Insoumise et son leadership comme s’imposant de fait à tous. Il l’a proclamé à la tribune de l’assemblée : son mouvement se prétend « l’alternative globale au monde existant ». Souvent, il donne pour consigne à ses « volontaires » de ne pas discuter avec nous. Ainsi, dans nombre de circonscriptions fut même refusée une simple réunion pour discuter d’un éventuel accord. Parfois, il utilise la provocation, comme lorsqu’il accusa les communistes d’être « la mort et le néant ». Ceci a la même fonction, empếcher le dialogue. C’est simplement le signe d’une confiance insuffisante dans la solidité de son « mouvement » et dans la capacité de ses soutiens à « faire de la politique ».

Tout en prenant au sérieux ce que dit et produit la France Insoumise, en expliquant pourquoi nous n’en sommes pas, nous devons saisir les possibilités de dialogue et d’actions communes, refuser de céder aux provocations. Car, nous n’avons aucune raison de craindre la confrontation d’idées entre communistes et populistes.

Franck MARSAL

Communistes et populistes

La France Insoumise, les « cartels », et le populisme.

Changer le vocabulaire influe sur la manière de penser. Les communicants du néo-libéralisme nous y ont habitué. Jean-Luc Mélenchon également. Ainsi, la France Insoumise n’est pas un parti, mais un « mouvement ». Il n’a ni dirigeant, ni adhérents, mais une « équipe animatrice » et des « volontaires ».

Le Front de Gauche est ainsi devenu (depuis que JLM a proclamé son échec) un « cartel ». Il était difficile de trouver une expression qui fasse davantage repoussoir. Le mot évoque trafic de drogue et grandes alliances industrielles : bien trouvé. Grâce ce mot on rejette en bloc l’idée du rassemblement, la nécessité de parler avec les autres et au fond, les formes démocratiques. Se parler, c’est déjà faire « cartel ».

Cela pose quand même quelques difficultés à certains, qui ont un peu plus d’expérience politique. Ainsi, dans une déclaration du 13 juillet dernier, un certain nombre de dirigeants et de militants, pardon « d’animateurs » d’Ensemble (Olivier Mollaz, Myriam Martin, Guillaume Floris, Manue Johsua, Capucine Larzillière, Emre Öngun, Ingrid Hayes, Pierre-François Grond) ont publié une déclaration « mi-chèvre mi-chou », intitulée « La France insoumise, pour construire une nouvelle force émancipatrice ». Ils y affirment vouloir rejoindre la France Insoumise.

Après s’être félicités des succès électoraux du printemps pour le mouvement, les camarades, pardon « animateurs » proposent « un processus constituant»:

« (…), aucune force pérenne ne saurait se construire ni s’enraciner sans agglomérer les expériences militantes syndicales, associatives, politiques dont le patrimoine et le capital vivant sont décisifs pour fortifier l’acquis et surmonter les pièges et les difficultés qui ne manqueront dans notre combat contre l’oligarchie capitaliste. Nous avons besoin dans le pot commun du meilleur du socialisme, du communisme, de l’écologie politique, du syndicalisme, du féminisme, de l’altermondialisme, de l’anticapitalisme. Un processus constituant, qui est de la responsabilité de l’équipe animatrice de France insoumise, permettrait à nos yeux de réaliser cet objectif et de regrouper des forces aujourd’hui disponibles, porteuses de cette diversité d’expériences. »

En clair, cela signifie un processus démocratique, dans lequel chacun pourrait donner son avis sur la manière dont la France Insoumise doit être structurée.

Ceci a été bien noté par Laurent Lévy, un autre « animateur » d’Ensemble qui ne souscrit pas à cet appel à rejoindre la FI. Il note que pour parvenir à un tel processus constituant « il ne saurait être question de nous borner à regarder ce que les choses vont devenir, pour décider ensuite de nos choix : il est légitime – et c’est même en un sens la seule chose envisageable dans une logique d’engagement militant – de chercher à contribuer d’emblée aux processus constituants à venir que nous souhaitons. (…). Mais cela suppose d’avoir d’une part une orientation, et d’autre part des interlocuteurs et interlocutrices.  »

S’agissant du besoin « dans le pot commun du meilleur du socialisme, du communisme, de l’écologie politique, du syndicalisme, du féminisme, de l’altermondialisme, de l’anticapitalisme. » et de la nécessité d’agglomérer « les expériences militantes syndicales, associatives, politiques », il constate que « cette idée juste – et qui correspond exactement aux raisons d’être d’Ensemble ! – n’est pas encore, à ce stade, une évidence dans le discours public des animateurs et animatrices de France Insoumise. Sans en avoir débattu publiquement, non seulement avec elles et eux, mais avec les militant-e-s de ce mouvement, cela risque fort de rester en l’état. »

Et de conclure : « Il n’entre sans doute dans les intentions de personne de se plier a priori à tels ou tels diktats qui pourraient être formulés ; il n’en est qu’au plus fort nécessaire de proposer un débat public sur les formes, conditions et modalités d’un tel processus constituant. »

Jean-Luc Mélenchon a tranché par avance ces débats dans une déclaration datée du 10 juillet intitulée « A propos du mouvement La France Insoumise ». D’abord, il commence par un recadrage de ses propres troupes : « j’ai dû constater des tentatives de création sauvage de structures collectives par secteur d’activité telle que « jeunesse », « syndicalistes », « élections sénatoriales », etc. Il s’agissait à l’évidence de tentatives d’appropriation du mouvement et de son label.  Elles n’ont aucune légitimité, aucun accord de ma part ni de celle d’aucun des membres de l’équipe nationale qui a animé le mouvement jusqu’à ce jour. »

Donc, pas d’initiatives de secteur au niveau national, mais également, on garde le contrôle sur l’aspect local : « Mais c’est mon devoir de prendre toutes les dispositions possibles pour éviter là encore une appropriation qui conduirait inévitablement à un rétrécissement du mouvement autour de ceux qui se sentiraient d’ores et déjà investis d’une responsabilité de candidat. J’ai trop vu dégénérer de grands élans en petits marigots et chefferies locales pour ne pas me sentir aujourd’hui en devoir de nous en prémunir. »

Il faut noter là encore le choix des mots : Il s’agit très probablement de militants locaux qui souhaitent structurer l’action sur leur ville, et aborder les enjeux municipaux, même si les élections sont dans trois ans. Et bien, entre « chefferies locales » et « petits marigots » les voici rhabillés pour l’été.

Puis vient la question de la structure du mouvement et de ce qui la sous-tend :

« Avant toute chose je veux rappeler qu’il ne saurait être question de transformer « La France insoumise » en parti politique. Il s’agit d’être et de rester en mouvement. Une sorte de label commun. (…) Toutes les propositions que j’ai entendues ou vu arriver jusqu’à moi ne font que reproduire les anciennes structures et préoccupations du passé, liées à la forme spécifique d’un parti politique. »

Exit donc le processus constituant, le débat public, … puisque tout ce qui a été dit jusqu’ici est nul et non avenu, «  »des préoccupations du passé, liées à la forme d’un parti » … Alors, comment cela va-t-il fonctionner ? Réponse :

« « La France insoumise » n’est pas un cartel de partis et ne le sera jamais car nous avons fait l’expérience cruelle des limites d’un tel système. Elle ne sera pas non plus elle-même un parti comme je viens de le dire. Il faut donc accepter qu’existe un temps de transition dont on ne connaît pas à cet instant la date de la fin. »

« Pour la convention de Lille, nous avions innové avec pragmatisme. « L’assemblée représentative du mouvement » qui était alors naissant était composée de divers collèges. Il y avait, on s’en souvient, la moitié de participants tirés au sort. Mais dans l’autre moitié il y avait notamment ce que nous avions appelé « l’espace politique ». Celui-ci réunit depuis le premier jour des représentants des groupements politiques qui voulaient appuyer la campagne et le développement de « la France insoumise » (…) Ce cadre nous a apporté ce que le mouvement n’était pas en état de produire et qu’il eût été dangereux pour sa cohésion de solliciter. Je pense ici à la capacité d’expertise politique, de propositions d’actions, et de mise à disposition de militants et de cadres politiques chevronnés. »

Donc, non seulement, il n’y aura pas de processus constituant, mais le cadre général de la structure est déjà défini dans ses grandes lignes et ce pour une durée indéterminée avec quatre niveaux hiérarchiques :

1. Les « volontaires » font le travail sur le terrain. Ils participent aux conventions à condition d’être tirés au sort (50 % des délégués de la 1ère convention de Lille ont été désigné sur cette base) ;

2. Les membres de l’espace politique sont les militants considérés comme « chevronnés ». Ils vont directement à la case « Convention nationale », sans passer par la case « tirage au sort »  ils ont également la possibilité d’écrire des textes collectifs comme :  texte de l’espace politique;

3. L’équipe d’animation nationale, dirige concrètement le « mouvement », le cas échéant par des commissions qu’elle nomme et qui sont chargées par exemple des investitures électorales ;

4. Jean-Luc Mélenchon, probable propriétaire (avec d’autres?) du label « La France insoumise » et détenteur du financement électoral public, animateur du « média » de la FI qui est son blog perso.

Jean-Luc Mélenchon donne ensuite une explication théorique très intéressante de cette organisation :

« Les questions que je viens d’aborder relèvent d’un registre particulier à mes yeux. C’est celui de la théorie. La thèse centrale de L’Ère du peuple est que le peuple est le « nouvel » acteur de l’histoire. Il est défini par sa situation sociale réelle, c’est-à-dire son mode d’existence quotidien autour des réseaux. De même que le parti est la forme d’organisation vouée à une classe sociale, le mouvement est la forme d’organisation liée à l’existence du peuple, aux pulsations de son activité, aux formes spécifiques de son auto-organisation. »

Ce petit paragraphe confirme que ces modalités d’organisation ne sont pas le fait d’une situation particulière, mais relève bien de choix de principes, de même que le vocabulaire, et la posture politique générale vis à vis des organisations politiques de la gauche, l’aspiration à les remplacer toutes par un unique mouvement, sous la conduite d’un unique chef.

C’est là la vieille tradition du populisme, à peine relookée. Le peuple, sujet unique de l’histoire, le mouvement, structure unique d’organisation « liée au peuple, aux pulsations de son activité », le lyrisme et le guide. Bon, dès lors, la question qu’il faut se poser, c’est « est-ce pertinent ? » Cela permet-il de répondre aux enjeux de la période que nous traversons, aux défis qui nous sont posés ? ».

Voici la réponse apportée par Jean-Luc Mélenchon :

«  Je l’ai annoncé sans fard à la tribune de l’Assemblée nationale au nom de notre groupe parlementaire : nous ne voulons pas seulement être l’opposition au gouvernement mais l’alternative au monde qu’il incarne. Cela signifie que nous avons la certitude de voir s’écrouler sous nos yeux non seulement un gouvernement mais davantage encore le « monde » qu’il incarne c’est-à-dire tout ce catéchisme libéral qu’il veut porter à son comble. Le Macronisme se présente comme une tentative générale de passage en force. Mais la base sociale des bénéficiaires de ce passage en force est extrêmement étroite. À supposer qu’elle lui soit vraiment acquise, ce qui n’est pas démontré, la France des start-ups et de l’uberisation, représente en réalité un secteur social marginal du pays. Le harcèlement médiatique et la « communication » ne peuvent suffire à compenser la faiblesse intrinsèque d’un tel groupe social. »

Dans ce paragraphe, Jean-Luc Mélenchon se porte à lui-même la contradiction. En effet, puisque le peuple (un entité « au dessus des classes », qui incarne l’ensemble de la nation) est en train de ce constituer dans la France insoumise, la base sociale du Macronisme ne peut être qu’étroite. Ce n’est pas ce que nous reconnaissons comme adversaire depuis Marx, la classe capitaliste, la bourgeoisie. Macron, c’est seulement la « France des Start-ups et de l’Ubérisation ».

Mais comment ce « secteur marginal du pays » peut-il incarner seul « le monde que nous avons la certitude de voir s’écrouler sous nos yeux » ? Comment peut-on sérieusement soutenir qu’il suffit d’abattre « le secteur social marginal des start-ups » pour voir s’écrouler le monde d’oppression et d’exploitation, le chômage, la paupérisation, le racisme, la dislocation des services publics, … ? Le MEDEF, les grands groupes financiers et monopolistes, les grandes familles capitalistes ne soutiennent-il pas ce gouvernement ? Ne sont-ils pas ouvertement ou discrètement représentés dans ces cabinets ? Macron n’a-t-il pas obtenu l’onction de la très large majorité du courant pro-libéral du PS et d’une large fraction des Républicains, dont est issu son premier ministre ?

Peut-on sérieusement envisager de vaincre ce gouvernement sans devoir combattre en même temps la classe capitaliste dans son ensemble ? Pense-t-on que le MEDEF regardera impuissant le pouvoir échapper à ses amis ? Que les médias, qui appartiennent à des grands groupes alliés à Macron, ne le soutiendront pas face à un mouvement populaire ?

Or, si à l’inverse, ce n’est pas un petit groupe social néo-libéral que nous devons affronter, mais la (numériquement petite mais politiquement et économiquement puissante) classe capitaliste, comment dire que les classes sociales ne sont plus les « acteurs de l’histoire » ? Comment rejeter l’idée de organiser de manière efficace, en parti structuré, la classe qui est à même de mener dans la durée ce combat plus difficile, la classe des salariés ?

L’expérience de l’histoire nous enseigne que les erreurs de principe se traduisent par de graves défaites lorsqu’on passe à la pratique. Comment ne pas penser à l’exemple grec de Syriza. Ce « mouvement » de la gauche dite radicale se faisait fort d’imposer aux grands états capitalistes d’Europe, une renégociation de la dette. Ils ont suscité un immense espoir, connu une ascension électorale fulgurante. Ils n’ont pas cherché à mobiliser la classe ouvrière grecque. Ils se sont satisfait d’un soutien électoral. Sans préparation, ils ont dû capituler face à la puissance du chantage des capitalistes européens et mondiaux.

La situation que nous vivons est bien une situation d’affrontement de deux classes sociales, celle des capitalistes d’un coté (les propriétaires des grands groupes, banques, médias, leurs fondés de pouvoir dans la société), et celle des salariés, ce qui produisent, dans les entreprises tout ce qui fait notre société.

Il est vrai que cette classe des salariés au fil de l’expansion économique et technologique qu’a connu le capitalisme après 1945 a en partie perdu sa conscience de classe. Pendant plusieurs décennies, chaque génération vivait un peu mieux que celle de ses parents. On se sentait moins prolétaire. On préférait se voir dans la « classe moyenne ». Et même si aujourd’hui, à la faveur de la crise, la paupérisation a repris le dessus, si la classe moyenne est en fait en train de redevenir une classe prolétaire, la conscience de cela n’est pas complètement claire pour beaucoup.

Surtout, les grands bastions, où l’on avait à la fois la fierté de contribuer à l’édification du pays et la combativité qui permettait d’arracher des statuts et des acquis avantageux, ont disparu sous l’effet de la modernisation ou ont été délocalisés. Alors, la fierté d’être un prolétaire, d’être le producteur de la société, et d’être en même temps une unité d’une classe vaste et puissante a été affaiblie également.

Face à cette situation, le populisme peut paraître un raccourci bien commode. Plus besoin d’expliquer le capitalisme, pas besoin de reconstruire patiemment une conscience de classe. Il suffit d’en appeler à la citoyenneté, à la république. Ceux qui ont gardé de la social-démocratie toutes sortes de généralités bien-pensantes sont à leur aise. Mais en histoire, les raccourcis se transforment vite en impasse. L’histoire fourmille malheureusement de ces mouvements, superficiels, si vite montés, si vite défaits et entraînant avec eux dans la défaite toute une génération.

Le combat que nous devons mener n’est pas spécifiquement français. L’ensemble des pays du monde, à des degrés et sous des formes différentes sont soumis aux mêmes défis et aux mêmes difficultés. Il n’est pas non plus nouveau. Dans les années 20 et 30, l’Europe a connu un arrêt de l’expansion économique, une dépression durable, une crise sociale qui a bien des points communs avec ce que nous constatons à l’échelle du monde aujourd’hui.

Les capitalistes sont sortis de la 2nde guerre mondiale très affaiblis en Europe, en Afrique et en Asie, sur les principaux théâtres d’opération. S’appuyant sur la force économique des USA et sur l’expansion économique qui a repris, ils ont patiemment reconstitué leurs forces. Ils ont affaibli et là où ils ont pu, détruits les organisations de classe combatives qui s’étaient développées dans la période 1917 – 1945, sous l’impulsion de la révolution russe et de la lutte contre le fascisme. Ils ont blacklisté le marxisme et réimposé leur idéologie. Ils ont pu peu à peu grignoter le niveau de vie et tous les droits sociaux dont les classes populaires bénéficiaient.

C’est un combat long et difficile qui est devant nous. C’est une lutte de classe qui se déroule à l’échelle internationale. Il est dangereux de faire croire qu’on peut gagner ce combat avec une vision populiste, en faisant confiance à quelques chefs éclairés, en négligeant les enseignements de l’histoire.

Il est cependant logique, dans cette période, que le mouvement populaire se trouve dans une confusion relative. De nombreux liens sociaux ont été brisés. Les situations sociales et économiques sont très diverses et l’idéologie dominante pousse à la division. Regrouper sous une bannière commune l’ensemble des salariés et des couches populaires n’est pas une évidence pour tout le monde. Même le mouvement syndical est très divisé, en presque une dizaine de confédérations concurrentes, combatives, conciliatrices, ou variant entre ces postures.

Dans ces conditions, la question du rassemblement, sur la base d’un programme de revendications largement acceptable est un enjeu clé. Il faut réapprendre à travailler ensemble, à confronter honnêtement les idées et les propositions, à tirer ensemble les enseignements des batailles communes.

L’illusion de rassembler par l’autorité d’un seul homme, fut-il très bon orateur, est dangereuse. Ce qu’il nous faut, c’est le respect de la diversité et des cadres de débats honnêtes. La France Insoumise ne souhaite pas et ne peut pas être ce cadre là. Par sa prétention hégémoniste, elle empêche le dialogue. Par sa vision populiste, elle n’apporte pas les éléments de compréhension adéquats de la situation et des enjeux.

 
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Publié par le juillet 17, 2017 dans actualités, POLITIQUE

 

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La tribune libre de Jumel, Lecoq et Wulfranc pour défendre le Code du travail

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Mise à jour 15/07/2017 09:12

3 points clés

Le Code du travail est le seul rempart qui protège les salariés

Les ordonnances sont l’héritage d’une idéologie néolibérale des années qui a conduit la crise financière

Sans Code du travail, la société sera plus sauvage

SÉBASTIEN JUMEL, JEAN-PAUL LECOQ, HUBERT WULFRANC

Ils sont respectivement députés PCF des 6e, 8e et 3e circonscriptions de la Seine-Maritime et membres du groupe de la Gauche démocratique et républicaine

«Nous n’avons rien lâché dans le combat parlementaire. Pendant toute cette semaine d’examen du projet de loi d’habilitation à réformer le Code du travail par ordonnances, les députés communistes ont bataillé sur chacun des articles, le jour et la nuit. Et si la loi a été adoptée, elle ne l’a été que par la force du nombre, non par la force des idées en suscitant une adhésion populaire. C’est toute l’importance de cette bataille à l’Assemblée, menée, au-delà même des rangs communistes, par la gauche combative : elle donne un fondement à la mobilisation qui doit se poursuivre contre les visées de cette réforme injuste, inefficace.

« Ordonnances qui conduirontà un affaiblissement des syndicats »

Nous n’avons rien lâché car, avec ce texte, la vie quotidienne des salariés de notre pays sera touchée de plein fouet. Cette loi d’habilitation permet au gouvernement de vider de sa substance le Code du travail par des ordonnances, dès septembre. Ordonnances qui toucheront la santé, la sécurité au travail, la démocratie, les droits syndicaux.

Ordonnances qui, par la fusion des instances représentatives, supprimeront les comités d’hygiène et de sécurité, qui réduiront les armes juridiques contre le licenciement. Ordonnances qui, sous couvert de « performance sociale », visent à éclipser les accords de branche – à quelques exceptions près – pour faire de l’accord d’entreprise le droit commun, poussant toujours plus loin la dérégulation.

Ordonnances qui conduiront à un affaiblissement des syndicats et de la représentation collective avec l’arrière-pensée de leur substituer des organisations de salon, qui faciliteront le recours aux CDD, qui créeront, avec le CDI de chantier, un CDI précaire, qui réduiront, enfin, le champ de la pénibilité.

Nous n’avons rien lâché dans le combat contre ce texte avec une série d’amendements défendus en séance, pour la plupart rejetés – les ordres venaient de l’Elysée-Versailles… mais qui ont montré que nous étions, en connexion avec le monde du travail, une force de proposition.

Volontairement très large dans son objet, imprécis, ce texte laisse toute liberté d’écriture à la plume gouvernementale, pour des ordonnances à venir, qui, trempées à l’encre du Medef, seront autant de ratures géantes sur les pages du Code du travail. Il est muet sur les responsabilités écrasantes de la finance dans la crise.

« Le Code du travail ne serait qu’une entrave »

Une crise qui a aggravé le chômage de masse, la précarité, les inégalités sociales et l’endettement généralisé. Endettement dont on voudrait faire porter le chapeau aux populations, pour mieux masquer les responsabilités du système financier, et celles des politiques qui lui ont porté secours et qui entretiennent l’absolue liberté d’agir dont ce système jouit, au détriment de l’intérêt des peuples.

Le sous-texte de cette réforme c’est : le Code du travail est responsable du chômage de masse… Vous, salariés mais aussi employeurs, qui demandez des règles pour que les rapports sociaux dans l’entreprise ne soient pas assujettis à la seule logique du profit, vous n’avez rien compris.

Au XXIe siècle, tout le monde serait devenu beau et gentil, le Code du travail ne serait qu’une entrave.

Vous devez accepter cette nouvelle façon de comprendre le monde… Mais qui peut croire de pareilles idées ?

A la suite de la loi Travail de 2016, inspirée déjà par Emmanuel Macron, cette loi d’habilitation nous enfonce un peu plus encore dans une idéologie de déconstruction des acquis sociaux. Dans une logique de renoncement au progrès qui depuis 120 ans a conduit à améliorer la protection des salariés, à construire le droit du travail consigné dans le Code du travail.

« Cette méthode de l’esquive est grossière »

Mais, cette semaine, avec leur texte qui prépare les ordonnances à venir, le président de la République et sa très obéissante et obèse majorité, n’ont pas gagné le combat du sens. La méthode des ordonnances est à elle seule une défaite.

Elle a été choisie pour esquiver un débat sur les mesures précises qu’Emmanuel Macron voudrait voir appliquer demain aux relations dans l’entreprise.

Légiférer par ordonnances consiste à ne soumettre aux représentants du peuple qu’un texte minimal. Un texte qui ne livre du contenu de la réforme que sa philosophie et les têtes de chapitre. Le reste, ce qui fera le pain quotidien des salariés, tombera comme un couperet dans les ordonnances en septembre. Cette méthode de l’esquive est grossière, dictée par la peur du peuple et de ses représentants.

« La philosophie des futures ordonnance est bien connue »

Elle est grossière parce que la crise politique, illustrée par le taux d’abstention historiquement élevé des dernières législatives, commandait qu’une réforme en profondeur du Code du travail, pilier de notre système de relations sociales, soit adoptée au terme d’un vrai débat de fond. Un débat permettant aux députés de connaître de manière précise le détail des règles que l’exécutif entend modifier, supprimer.

Grossière parce qu’au fond, la philosophie des futures ordonnances est bien connue. Elle est celle des idées néolibérales en vogue dans l’Europe de Bruxelles depuis le mitan des années 1980.

En vertu de ce modèle, il faudrait libérer le marché des quelques entraves qui l’encadrent encore pour que tout aille mieux, alors même que ces idées ont conduit à la crise financière de 2007-2008, au chômage de masse, à l’explosion des inégalités, à l’évasion fiscale généralisée, à la prédation de l’économie réelle par la finance, au recul des politiques publiques.

Le Code du travail est ce qui protège les salariés de tous les abus possibles dans les relations de travail.

Le Code du travail est la garantie que les relations sociales au travail reposent sur le droit. En ce sens, il protège aussi l’économie réelle. Demain, sans Code du travail ou avec un Code du travail très affaibli, déséquilibré aux dépens des salariés, la société sera plus sauvage. Ouvrir une deuxième brèche dans cette protection, après celle de la loi Travail de 2016, c’est marcher à reculons. C’est pourquoi nous n’allons pas nous résigner à ce démantèlement du Code du travail. »

 

Budget 2017 : 331 millions d’euros en moins pour l’Enseignement supérieur et la recherche

Laura Taillandier  |  Publié le 13.07.2017 à 17H21

PAYANT - Assemblée nationale

Les projets de décret prévoyant une annulation de crédits de la Mires pour 2017 doivent être examinés par la Commission des finances de l’Assemblée nationale le 18 juillet 2017. // © Denis Allard / R.E.A

Le gouvernement prévoit une annulation de crédits pour la mission recherche et enseignement supérieur de 331 millions d’euros pour l’année 2017. Une coupe qui passe mal parmi les acteurs de la communauté universitaire, qui y voient un « mauvais signal » avant les annonces sur le budget 2018 et l’ouverture des discussions sur une réforme du premier cycle.

C’est une coupe budgétaire qui a surpris tous les acteurs de l’enseignement supérieur. Du moins, par son ampleur. « Inquiétude » de la CPU (Conférence des présidents d’université), « incompréhension » du Snesup-FSU voire même « du jamais-vu » pour la députée socialiste du Tarn-et-Garonne Valérie Rabault… Les projets de décret prévoyant une annulation de crédits de paiement de la Mires (Mission interministérielle recherche et enseignement supérieur) pour l’année 2017, à hauteur de 331 millions d’euros, ne passent pas inaperçus.

UNE PARTICIPATION À L’EFFORT DE REDRESSEMENT PUBLIC

« Le gouvernement fait savoir que les crédits de cette année ne pourront être exécutés à 100 %. Une telle coupe en plein milieu d’année est un très mauvais signal, surtout au moment où le gouvernement entend booster la recherche et lance un appel aux chercheurs« , s’étonne Valérie Rabault. Ces textes, émanant du ministère de l’Action et des Comptes publics et envoyés aux députés de la Commission des finances mercredi 12 juillet, devraient être examinés par ces parlementaires mardi 18 juillet, précise l’élue. Selon elle, sur les 331 millions d’euros, seuls 135 millions avaient été mis en réserve. Soit une « coupe neuve » de 200 millions d’euros.

De son côté, la Rue Descartes justifie cette diminution, par la participation à l' »effort de redressement des comptes publics » à l’instar des autres ministères. En revanche, elle communique des chiffres différents. Se basant sur le périmètre du ministère, plus restreint que celui de la Mires, elle évalue cette annulation de crédits à hauteur de 180 millions d’euros. Sur cette somme, 160 millions ont été mis en réserve par précaution et les 20 millions d’euros restants seront répartis entre les différents programmes du ministère. « Cela n’affectera ni les moyens des universités, ni les programmes de recherche engagés ou les campagnes d’emploi« , insiste Frédérique Vidal sur son compte Twitter.

Intitulé du programme Numéro Autorisations d’engagement annulées Crédits de paiement annulés
Formations supérieures et recherche universitaire 150 95 000 000 95 000 000
Vie étudiante 231 51 009 697 46 410 086
Recherches scientifiques et technologiques pluridisciplinaires 172 27 687 494 33 477 778
Recherche spatiale 193 5 146 353 5 146 353
Sous-total 178 843 544 180 034 217
Recherche et enseignement supérieur en matière économique et industrielle 192 72 442 721 57 380 324
Recherche duale 191 10 500 000 15 600 000
Enseignement supérieur et recherche agricoles 142 6 578 244 6 571 261
Recherche dans le domaine de l’énergie, du développement et de la mobilité durables 190 130 185 252 71 742 389
Total 398 549 761 331 328 191

QUEL IMPACT POUR LES UNIVERSITÉS ?

Un message de la ministre qui ne calme pas les inquiétudes. « Après le gel du point d’indice et le report des mesures du PPCR (parcours professionnels, carrières et rémunérations dans la fonction publique), cela commence à faire beaucoup », commente Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup-FSU. « Même si l’impact se fera principalement sentir sur les organismes de recherche, cette coupe dépasse largement la réserve de précaution« , ajoute-t-il. « Les réponses du ministère ne nous satisfont pas. Ce n’est pas responsable en termes de message politique dans le contexte d’Admission postbac, des tirages au sort… », réagit pour sa part Jimmy Losfeld. « Quand bien même cet argent était mis en réserve, il aurait pu servir à améliorer l’accueil des étudiants supplémentaires« , commente le président de la Fage.

Même constat du côté de la CPU. « Nous souhaitions que le gel des dotations des établissements universitaires de 62 millions d’euros puisse aider à faire face à la rentrée 2017, qui se profile avec ses 40.000 étudiants supplémentaires. On ne va pas pouvoir continuer longtemps comme ça… », souligne Khaled Bouabdallah, vice-président de la conférence.

Pour le Sgen-CFDT, « cela va forcément impacter les établissements qui attendent leur dernière part de dotation pour septembre-octobre. Qui dit moins de moyens, dit augmentation des économies : baisse du volume horaire des maquettes de formation, des étudiants en travaux pratiques, fermeture de certaines formations… », énumère, peu confiant, Franck Loureiro, secrétaire national du syndicat. « Emmanuel Macron promettait de sanctuariser le budget de l’ESR… Cela pose des questions pour la suite…« , s’inquiète quant à elle la présidente de l’Unef, Lilâ le Bas.

QUID DU BUDGET 2018 ?

Surtout que cette annonce intervient au moment où les ministères vont recevoir leur « lettre plafond », qui fixe le montant maximum de crédits et d’emplois par ministère pour la loi de finances 2018. « Il y a des dépenses quasi automatiques qu’il va falloir assurer. Il faut que la priorité à l’enseignement supérieur et la recherche se traduise par des actes et notamment dans le prochain budget », souligne Khaled Bouabdallah.

Hasard du calendrier : ces chiffres ont été publiés alors que les discussions sur le contrat de réussite étudiant vont débuter lundi 17 juillet 2017 au ministère de l’Enseignement supérieur. Les syndicats et associations craignent un début de négociations « un peu tendu ».« On ne va pas manquer d’aborder ce sujet, prévient Lilâ le Bas. Je ne vois pas comment on peut continuer à fonctionner avec un budget constant face à l’augmentation du nombre d’étudiants. Surtout si on veut résoudre le problème des inscriptions. »

La CPU, qui tient à « désolidariser les deux événements », prévient tout de même : « On ne pourra pas faire de réforme du premier cycle sérieuse sans moyens nouveaux […]estime Khaled Bouabdallah. Nous sommes prêts à faire beaucoup d’évolutions, à construire de nouveaux parcours, à diversifier nos formations, à faire bouger les lignes de manière radicale. Mais cela demandera des moyens. »

Laura Taillandier  |  Publié le 13.07.2017 à 17H21

 

La « passion rouge-brune » de Bernard-Henri Lévy par Benoît Bréville 

je ne saurais trop approuver ce genre d’article qui démystifie BHL, le pire est quand ce soutien des néonazis ukrainiens se fait passer pour le défenseur du judaïsme et le pourfendeur de l’antisémitisme… Ce type est tout au plus un agent de la CIA et un faux intellectuels et vrai bouffon (note de danielle Bleitrach)

La « passion rouge-brune » de Bernard-Henri Lévy

 

Bernard-Henri Lévy est revenu tout ébahi de la soirée de gala donnée par l’ambassadeur de France à Copenhague début février (1). Le « pays de Kierkegaard », comme il nomme prosaïquement le Danemark, est aussi le « pays du roi Christian », qui refusa de faire porter l’étoile jaune aux Juifs pendant la seconde guerre mondiale, mais également celui « des aviateurs de la guerre de Libye » venus prêter main forte aux troupes de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) en 2011. Un Etat symbole de la « réconciliation de la liberté et de l’égalité ».

Hélas, un nuage assombrit le ciel de cette merveilleuse contrée : depuis le mois de novembre, les Danois s’opposent à ce que la banque américaine Goldman Sachs, l’une des principales responsables de la crise des subprime en 2008, entre au capital de la compagnie nationale d’énergie, Dong Energy. Malgré une pétition ayant recueilli plus de deux cent mille signatures (soit un habitant sur trente) et de multiples rassemblements, le projet a été approuvé par le Parlement le 30 janvier, entraînant la démission des six ministres socialistes qui formaient l’aile gauche de la coalition gouvernementale. L’établissement new-yorkais contrôlera donc 19 % des parts de la société d’Etat et disposera d’un droit de veto sur des décisions stratégiques.

« On a beau dire et répéter qu’il s’agit d’une prise de participation minoritaire. On a beau rappeler, et rappeler encore, que Goldman Sachs était le mieux-disant en termes de savoir-faire autant que d’investissement. Rien n’y fait », déplore « BHL », qui ne voit dans le mouvement de contestation qu’un « déferlement d’antiaméricanisme » teinté d’une « passion rouge-brune ». S’opposer aux desiderata de Goldman Sachs témoignerait donc d’un antisémitisme latent…

Rien à voir avec l’Ukraine, où le philosophe français séjournait quelques jours avant ses agapes danoises. « Je n’ai pas vu de néonazis, je n’ai pas entendu d’antisémites [parmi les protestataires de la place Maidan] », affirmait-il à un journaliste d’Euronews (9 février 2014). « J’ai entendu au contraire un mouvement incroyablement mûr, incroyablement déterminé et très profondément libéral. » La présence en son sein de membres du parti d’extrême droite Svoboda — dont le drapeau flottait pourtant sous ses yeux durant son allocution sur place — et de son concurrent encore plus droitier Praviy Sektor (lire « En Ukraine, les ultras du nationalisme ») lui a donc totalement échappé. Une cécité qui se comprend : à Kiev, les manifestants ne luttent pas contre une grande banque d’affaires, mais pour « revivifier le rêve européen ».

Benoît Bréville

 

Résultats APB 2017 : le tirage au sort à l’entrée à l’université touche 169 licences

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Le nombre de licences qui ont dû départager les candidats par tirage au sort augmente d’une centaine cette année.

LE MONDE | 09.06.2017 à 12h32 • Mis à jour le 09.06.2017 à 15h28 | Par Camille Stromboni

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Avec 40 000 étudiants supplémentaires attendus à la rentrée 2017, la tension s’accroît à l’entrée de l’université. Le tirage au sort, pratiqué lorsque le nombre de places est insuffisant pour répondre à la demande, touche de plus en plus de filières, d’après les chiffres communiqués au Monde par le ministère de l’enseignement supérieur, vendredi 9 juin, à l’issue de la première phase d’admission sur la plate-forme d’Admission post-bac (APB).

Lire les témoignages :   Résultats d’APB 2017: « J’ai peut-être visé trop haut, mais je ne m’attendais pas à un revers aussi dur »

  • 169 filières sous tension

Le nombre de licences sous tension concernées par le tirage au sort s’élève à 169 cette année, contre 78 mentions l’an dernier. En 2016, ce recours au hasard pour départager les trop nombreux candidats à l’entrée de la seule filière de l’enseignement supérieur dans laquelle la sélection est interdite, s’était concentré principalement sur les sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps). Au final, 3 500 candidats qui avaient pourtant opté en premier vœu pour une filière universitaire de leur académie se sont retrouvés sur le carreau.

Il n’est pas encore possible de connaître le nombre de bacheliers ou étudiants en réorientation qui seront finalement écartés par le tirage au sort cette année. Pour l’instant, ceux qui n’ont eu de place dans ces filières ont été placés sur « liste d’attente ». Une partie bénéficiera de désistements de candidats (notamment en cas d’échec au bac), au fil des phases d’admission sur APB.

Le ministère n’a pas détaillé les filières concernées par le tirage au sort. D’après les affectations effectuées via l’algorithme d’APB jeudi 8 juin, les taux de satisfaction des premiers vœux des candidats s’élèvent pour cette première phase d’admission à 93 % en première année commune des études de santé (Paces), 76 % en droit, 70 % en psychologie et seulement 54 % en Staps.

Le ministère tient à souligner que le nombre de licences concernées par le tirage au sort a pu être abaissé de moitié, depuis le 24 mai, grâce au « dialogue de gestion » engagé au plus tôt avec les rectorats et les universités, afin de repérer les filières où l’ouverture de quelques places supplémentaires permet d’éviter ce recours au hasard, décrié de toutes parts. Un travail qui « va se poursuivre tout au long des jours et des semaines qui viennent ».

Au total, 652 980 candidats ont eu une proposition d’admission dans un cursus dès cette première des trois phases d’admissions prévues par la procédure APB, précise le ministère « dont 400 861 sur leur premier vœu (soit plus de 61% des propositions) ».

C’est une première. En Ile-de-France, 857 lycéens ou étudiants en réorientation ont été pour l’instant recalés à l’entrée de la première année commune des études de santé (Paces). Ils sont sur liste d’attente, alors qu’ils ont placé cette filière en vœu numéro un dans leur liste de choix. Un tirage au sort les a écartés : les 7 650 places ouvertes dans les sept UFR de santé de la région n’ont pas suffi à répondre à la demande.

Le ministère a immédiatement réagi et s’est engagé à trouver une solution en urgence, pour éviter tout tirage au sort. A l’issue d’une réunion des doyens de médecine et des présidents d’université franciliens, vendredi en fin de matinée, il a assuré que « tous les candidats relevant du secteur géographique d’Ile-de-France et ayant placé PACES en vœu 1 absolu se verront proposer une place en PACES le 26 juin lors de la 2eme phase d’APB ».

Lire aussi :   Résultats APB 2017 : le tirage au sort à l’université touche la médecine pour la première fois

  • 4 candidats sur 10 ont placé une licence en vœu 1

Les licences universitaires – y compris la première année commune aux études de santé (Paces) – concentrent toujours la majorité des premiers vœux des candidats : 39,1% les ont fait figurer en vœu numéro 1 de leur liste de souhaits, sur la plate-forme d’APB.

Lire aussi :   Résultats APB 2017 : l’université, premier vœu d’orientation dans le supérieur

Viennent ensuite : la filière STS, vers laquelle 28,8 % des candidats ont dirigé leur premier vœu, les IUT (13,7 %) et les classes préparatoires aux grandes écoles (8,3 %). Des chiffres relativement stables par rapport à 2016, relève le ministère. Quatre mentions de licence concentrent à elles seules 50 % de ces demandes : le Paces (17 %), le droit (14 %), les Staps (11 %) et la psychologie (7 %).

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/campus/article/2017/06/09/resultats-apb-2017-le-tirage-au-sort-a-l-entree-a-l-universite-touche-169-licences_5141359_4401467.html#PmXxbG6TgKVZQ1mo.99

 
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Publié par le juillet 16, 2017 dans actualités, POLITIQUE, SOCIETE

 

Pourquoi le président des Etats-Unis n’a rien à faire en France un 14 Juillet

Pourquoi le président des Etats-Unis n’a rien à faire en France un 14 Juillet

On pourrait comprendre que le gouvernement français rende hommage aux Etats-Unis pour leur entrée en guerre aux côtés de la France, en 1917. Mais Emmanuel Macron a choisi d’inviter Donald Trump le 14 Juillet, et non le 2 avril (date de l’entrée en guerre des Etats-Unis). L’acte est lourd de symbole. Il s’agit de suggérer que le destin de France et des Etats-Unis sont indéfectiblement liées ; et d’inscrire la Révolution française dans le sillage de l’histoire des Etats-Unis. C’est ici que le bât blesse. Autant il serait stupide de nier les influences réciproques qu’ont exercé l’une sur l’autre la fédération américaine et la nation française, autant inscrire le 14 Juillet dans le sillage de l’histoire américaine revient à vider de sa substance cette date fondatrice et la Révolution qui l’a suivie. Et permet au Président de réécrire l’histoire des relations franco-américaines.

Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron évoque les liens qui unissent la Révolution Française à l’histoire américaine. « Monsieur Trump, regardez votre histoire: c’est celle de la Fayette, c’est la nôtre », déclarait-il déjà le 18 janvier 2017. L’évocation du marquis de La Fayette, qui appuya militairement l’indépendance américaine et fut un protagoniste important de la Révolution française, permet à Emmanuel Macron de suggérer une filiation idéologique entre ces deux événements, et plus largement une continuité historique entre le destin de la République Française et de la République américaine.

L’invitation de Donald Trump un 14 Juillet en France a été interprétée de la même manière par la presse française, qui se réjouit que les liens franco-américains soient célébrés de la sorte.

La Fayette : personnage commode qui permet d’inventer une communauté de destin entre la France et les Etats-Unis.

On oublie ici de dire que La Fayette, qui apporta un soutien militaire important aux révolutionnaires américains, s’opposa de toutes ses forces aux révolutionnaires français lorsque ceux-ci devinrent républicains. On oublie de rappeler que Louis XVI, qui envoya des 12.000 soldats français à la jeune République américaine pour la consolider face aux Anglais, finit par être décapité par les révolutionnaires français.

C’est que les deux révolutions, française et américaine, ne sont absolument pas comparables dans les principes qu’elles proclamèrent, les réalisations qui furent les leur et les forces sociales qu’elles mobilisèrent.

La République française proclamait en 1792 le suffrage universel. La Constitution de juin 1793 mettait en place certaines structures de démocratie directe. La Constitution américaine de 1776, quant à elle, laissait intact le suffrage censitaire dans de nombreux Etats. Elle instituait un régime représentatif, explicitement opposé à toute forme de démocratie directe ou participative. Les Pères Fondateurs des Etats-Unis se caractérisent par leur hostilité à la démocratieLe peuple était pour eux un mineur politique, gouverné par ses passions, incapable de discerner ce qui était bon pour lui ; une « grosse bête« , pour reprendre l’expression du juriste Alexander Hamilton, l’un des rédacteurs de la Constitution américaine. Pour cette raison, le pouvoir devait appartenir à une élite, seule capable de gouverner; Madison, président américain, écrivait par exemple que le pouvoir devait être placé entre les mains des « hommes les plus capables« , des « chefs d’Etats éclairés« , des « hommes doués d’intelligence, de patriotisme, de propriétés et d’un jugement impartial« . L’historien Gordon Wood n’a pas tort d’écrire que la Constitution américaine est un texte « à caractère aristocratique, destiné à contenir les tendances démocratiques de l’époque » et à « exclure du pouvoir ceux qui n’étaient pas riches ou bien nés« .

La Constitution américaine de 1776 a mis en place un régime censitaire et ségrégationniste.

La République française abolit l’esclavage le 4 février 1794 ; elle proclama l’unité du genre humain et mis fin, dans la loi, aux discrimination liée à la couleur de la peau. On sait que la Révolution américaine, au contraire, renforça ce que les révolutionnaires français nommaient « l’aristocratie de l’épiderme » ; elle fut, après tout, l’oeuvre de planteurs esclavagistes, les mêmes qui dans la France de 1794 furent jetés en prison…

La Révolution fut le théâtre d’un bouleversement social majeur: une réforme agraire radicale eut lieu en 1793, et les bases d’une société égalitaire furent jetées. Le processus d’indépendance américaine, au contraire, renforça le pouvoir des grands propriétaires terriens ; James Madison, « père fondateur » et quatrième président des Etats-Unis, fait part dans une lettre de son souci de protéger « la minorité des riches » des abus de la « majorité« …

Saint-Just. Avec Robespierre, il est l’une des grandes figures de la phase radicale de la Révolution française (juin 1793 – juillet 1794).

On voit tout ce qui oppose ces deux événements, entre lesquels Emmanuel Macron voudrait pourtant établir une filiation. À la racine de ces différences, c’est une divergence de philosophie politique qui est à l’oeuvre. La Révolution américaine est le produit de la tradition libérale, alors que la Révolution française est issue de la pensée républicaine.D’un côté, c’est l’extension illimitée des droits individuels qui est promue; de l’autre, le bonheur collectif et la souveraineté populaire. Régis Debray, dans Civilisation, résume cette différence. D’un côté, la Révolution française proclame que « l’individu tire sa gloire de la participation volontaire à l’ensemble ». Au contraire, la révolution américaine, forte de sa tradition individualiste, proclame que « l’ensemble tire sa gloire du degré de liberté qu’elle laisse à l’individu ». « Il y avait du Locke et de l’Epicure chez Jefferson, de l’Aristote et du Rousseau chez Saint-Just.Chez l’un, une promesse de bien-être donnée à chaque individu ; chez l’autre, la mise à disposition des plébéiens (« les malheureux sont les puissances de la terre ») des moyens de vivre dans la dignité ».

Inviter Donald Trump en France un 14 Juillet équivaut à édulcorer le tremblement de terre que fut la Révolution française, à passer sous silence ce qui lui donna un si grand retentissement : la proclamation de la République, l’abolition de l’esclavage, la décapitation du roi, la redistribution des terres aux paysans. Et à gommer une partie essentielle de l’histoire de France.

Plus que de célébrer l’entrée en guerre des Etats-Unis, il est ici question, pour Emmanuel Macron, d’inscrire la Révolution de 1789, l’acte fondateur de l’identité politique française, dans une tradition atlantiste et libérale. Et de réaffirmer l’attachement indéfectible de la France au gouvernement américain. À l’heure où le gouvernement américain multiplie les déclarations impérialistes à l’égard de l’Amérique latine, les provocations en Asie du Sud-Est et la signature de contrats juteux avec les pétro-monarchies obscurantistes, faut-il vraiment faire preuve d’anti-américanisme primaire pour regretter que la France s’aligne aussi parfaitement sur la vision du monde des Etats-Unis ?