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le mépris pour la France qu’elle soit de gauche ou de droite m’envahit…

Je vis un de ces moments qui nous est commun à tous… Ma vieille mère qui a 98 ans se meurt d’épuisement, elle a encore sa tête, enfin presque mais assez pour me dire des choses essentielles, je chante doucement à ses côtés des berceuses de notre enfance commune… Elle me dit « n’essaye pas de me retenir, ma part de vie est épuisée… Je partage ses derniers instants avec ma fille Djaouida qui m’aide à affronter les problèmes matériaux, un corps léger et lourd à soulever… Elle m’aide malgré ses propre problèmes à affronter…

Alors vos conneries de Burkinin j’en ai rien à battre… Au nom des souffrances de Djaouida, je maudis les provocatrices qui font exprès d’attiser la haine que subit déjà ma famille chérie… je hais les pseudo féministes qui s’emparent avec délices de cette connerie… je hais les politicards de merde qui en font leur chou gras et vous tous qui vous jetez sur cette merde comme de la vermine pataugeant dans des latrines et vous croyant au choix en train de défendre une mjnortité menacée ou l’identité française…

je vous hais à cause de ces séjours aux urgences où sont état de faiblesse a conduit ma mère, quatre heures seule dans un couloir à appeler maman, parce qu’il n’y a plus de personnel et moi de l’autre côté interdite d’accès pendant ces heures… Savez vous bandes de connards que l’on est en train de supprimer encore à Marseille 200 lits d’hôpital pendant que vous vous roulez dans cette merde de burka et succombez à tous les pièges. Et c’eqst pareil dans toute la France… mais vous vous en foutez salopards et vous laissez vos politiciens accumuler des voix sur ce genre de choses faite en secret…

Il y a trois ans mon fils est mort aux urgences d’une embolie pulmonaire durant le jeudi de l’ascencion et le 8mai, il devait subir un pneumothorax le lundi, il est mort dans la nuit du dimanche. On m’a conseillé de faire un procés, j’ai refusé… A qui fallait-il le faire,? Aux services surchargés? Aux politiques de toute obédience…

Et désormais je sais que je devrais le faire à tous les connards qui ne cessent d’envoyer des messages sur ce leurre tragique, sur ces femmes qui viennent provoquer sur ordre des salafistes, sur les Sarkozy et autres Valls qui ne parlent que de ça, sur les communistes absents pris dans le lèche-cul d’un qulconque candidat socialiste, et vous tous qui vous amusez à jouer les belles âmes pendant que des pauvres gens pleurent dans un couloir aux urgences en appellant maman… mais rassurez-vous vous vivre un jour cette torture et vous l’aurez bien mérité.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le août 25, 2016 dans Uncategorized

 

Chateaubriand : la terre sainte et jérusalem

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photos de Gilles de Prangey: Jérusalem au XIX e siècle

Voici quelques extraits d’un livre que j’ai lu jadis, l’itinéraire de Paris à Jérusalem par Chateaubriand. Il me semblait bien que de tous les voyages de ce type que j’ai lu aucun des écrivains ne parle de « Palestine » mais de terre sainte, parfois de Judée, et tous signalent une présence juive aussi opprimée que celle d’autres malheureux, une mosaïque comparable à celle du Liban . En lisant Chateaubriand on est étreint par une atmosphère de mort.  . Il y a eu pire et plus trivial que Chateaubriand, voici comment Flaubert parle de Jérusalem : »Jérusalem est un charnier entouré de murailles. Tout y pourrit, les chiens morts dans les rues, les religions dans les églises. Il y a quantité de merdes et de ruines. Le juif polonais avec son bonnet de renard glisse en silence le long des murs délabrés, à l’ombre desquels le soldat turc engourdi roule, tout en fumant, son chapelet musulman. Les Arméniens maudissent les Grecs, lesquels détestent les Latins,qui excommunient les Coptes. Tout cela est encore plus triste que grotesque. Ça peut bien être plus grotesque que triste. »Gustave Flaubert, Correspondance Ces voyages en Orient étaient la confrontation des rêves de l’occident découvrant le drame de la domination Ottomane avec des petites communautés opprimées, le même constat qu’en Grèce. Ul y a aussi le rêve de malheureux juifs cherchant la terre promise.  je me souviens que mon grand père fut enterré avec un petit sachet sous la tête de terre de Jérusalem. Alors autant je suis d’accord pour refuser les mythes et pour reconnaître le droit aux palestiniens à avoir une patrie, autant je m’élève avec vigueur contre la politique des dirigeants israéliens autant ma passion pour l’histoire, mes connaissances dans ce domaine s’insurgent contre la caricature d’un peuple juif qui n’existerait pas et qui n’aurait aucun lien avec cette terre. Peut-être cette terre est-elle celle du malheur avec ses rivalités et ses haines monothéistes, mais c’est comme ça qu’elle est et inventer des priorités historiques ne résoud rien. Il faut partir de ce qui est et de l’exigence actuelle de deux peuples dont on peut considérer qu’ils sont nés ensemble à l’aspiration  nationale. (note Danielle Bleitrach)

L’arrivée en Terre sainte 

L’arrivée du pèlerin - Sainte Brigitte de Suède Parcours thématique : L’arrivée du pèlerin L’arrivée du pèlerin - Lamartine

Le temps était si beau et l’air si doux, que tous les passagers restaient la nuit sur le pont. J’avais disputé un petit coin du gaillard d’arrière à deux gros caloyers qui ne me l’avaient cédé qu’en grommelant. C’était là que je dormais le 30 septembre, à six heures du matin, lorsque je fus éveillé par un bruit confus de voix : j’ouvris les yeux, et j’aperçus les pèlerins qui regardaient la proue du vaisseau. Je demandai ce que c’était ; on me cria : Signor, il Carmelo ! le Carmel !

Chacun s’empressait de me la montrer de la main, mais je n’apercevais rien, à cause du soleil qui commençait à se lever en face de nous. Ce moment avait quelque chose de religieux et d’auguste ; tous les pèlerins, le chapelet à la main, étaient restés en silence dans la même attitude, attendant l’apparition de la Terre sainte ; le chef des papas priait à haute voix : on n’entendait que cette prière et le bruit de la course du vaisseau, que le vent le plus favorable poussait sur une mer brillante. De temps à temps un cri s’élevait de la proue quand on revoyait le Carmel.

J’aperçus enfin moi-même cette montagne comme une tache ronde au-dessous des rayons du soleil. Je me mis alors à genoux à la manière des Latins. Je ne sentis point cette espèce de trouble que j’éprouvai en découvrant les côtes de la Grèce ; mais la vue du berceau des Israélites et de la patrie des chrétiens me remplit de crainte et de respect. J’allais descendre sur la terre des prodiges, aux sources de la plus étonnante poésie, aux lieux où, même humainement parlant, s’est passé le plus grand événement qui ait jamais changé la face du monde, je veux dire la venue du Messie ; j’allais aborder à ces rives que visitèrent comme moi Godefroy de Bouillon, Raimond de Saint-Gilles, Tancrède le Brave, Hugues le Grand, Richard Coeur de Lion, et ce saint Louis dont les vertus furent admirées des infidèles. Obscur pèlerin, comment oserais-je fouler un sol consacré par tant de pèlerins illustres ?   Haut de page

Jérusalem 

L’arrivée du pèlerin - Richard Pockoke Parcours thématique : L’arrivée du pèlerin L’arrivée du pèlerin - Lamartine

Pèlerin d’Orient - L’arrivée du pèlerin

Je restai les yeux fixés sur Jérusalem, mesurant la hauteur de ses murs, recevant à la fois tous les souvenirs de l’histoire, depuis Abraham jusqu’à Godefroy de Bouillon, pensant au monde entier changé par la mission du Fils de l’Homme, et cherchant vainement ce temple dont il ne reste pas pierre sur pierre. Quand je vivrais mille ans, jamais je n’oublierai ce désert qui semble respirer encore la grandeur de Jéhovah et les épouvantements de la mort.

Une mosquée sur les ruines du temple de Salomon 

Description des Lieux saints - Ibn Battuta Parcours thématique : Description des Lieux saints Description des Lieux saints - Pierre Loti

Pèlerin d’Orient - Description des Lieux saints

Lorsque Omar s’empara de Jérusalem, il paraît que l’espace du temple, à l’exception d’une très petite partie, avait été abandonné par les chrétiens. Saïd-ebn-Batrik, historien arabe, raconte que le calife s’adressa au patriarche Sophronius, et lui demanda quel serait le lieu le plus propre de Jérusalem pour y bâtir une mosquée. Sophronius le conduisit sur les ruines du temple de Salomon.

Omar, satisfait d’établir sa mosquée dans une enceinte si fameuse, fit déblayer les terres et découvrir une grande roche où Dieu avait du parler à Jacob. La mosquée nouvelle prit le nom de cette roche, Gâmeat-el-Sakhra, et devint pour les musulmans presque aussi sacrée que les mosquées de La Mecque et de Médine. Le calife Abd-el-Maleck en augmenta les bâtiments, et renferma la roche dans l’enceinte des murailles. Son successeur, le calife El-Louid, embellit encore El-Sakhra et la couvrit d’un dôme de cuivre doré, dépouille d’une église de Baalbek. Dans la suite, les croisés convertirent le temple de Mahomet en un sanctuaire de Jésus-Christ ; et lorsque Saladin reprit Jérusalem, il rendit ce temple à sa destination primitive.

Chateaubriand écrit :

« La vallée de Josaphat semble avoir toujours servi de cimetière à Jérusalem … Les Juifs viennent y mourir des quatre parties du monde ; un étranger leur vend au poids de l’or un peu de terre pour couvrir leur corps dans le champ de leurs aïeux. Les cèdres dont Salomon planta cette vallée, l’ombre du temple dont elle était couverte, le torrent qui la traversait, les cantiques de deuil que David y composa, les lamentations que Jérémie y fit entendre, la rendaient propre à la tristesse et à la paix des tombeaux… Les pierres du cimetière des Juifs se montrent comme un amas de débris au pied de la montagne du Scandale… Faudrait-il s’étonner qu’une terre féconde [royaume de Jérusalem] fût devenue une terre stérile après tant de dévastations ? … A la droite du Bazar, entre le Temple et le pied de la montagne de Sion, nous entrâmes dans le quartier des Juifs. Ceux-ci, fortifiés par leur misère, avaient bravé l’assaut du pacha : ils étaient là tous en guenilles, assis dans la poussière de Sion … et les yeux attachés sur le Temple. [Les Juifs] de la Palestine sont si pauvres qu’ils envoient chaque année faire des quêtes parmi leurs frères en Egypte et en Barbarie ».

 

François-René de Chateaubriand – Itinéraire de Paris à Jérusalem

 
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Publié par le août 16, 2016 dans Uncategorized

 

Les Juifs de Boukhara : comment sont-ils arrivés en Asie centrale ?

http://novastan.org/articles/les-juifs-de-boukhara-comment-sont-ils-arrives-en-asie-centrale

Les Juifs de Boukhara sont parmi les habitants les plus énigmatiques de cette ville du sud de l’Ouzbékistan. Malgré le fait qu’ils vivent dans cette petite ville depuis plusieurs siècles, peu dans cette région connaissent cette communauté.

Reportage de « The Open Asia » traduit du russe par Novastan dans l’une des synagogues de Boukhara, qui accueille des fidèles dans le vieux quartier de la ville depuis plus de 400 ans.

Il semble que tous les Juifs habitant en Asie centrale soient désignés comme des Juifs de Boukhara. Mais ils ne viennent pas uniquement de Boukhara ; les représentants de cette religion ont habité pendant des siècles dans d’autres villes de la région, mais on les appelle traditionnellement ainsi. Certains historiens ont des suggestions à ce propos : quelques-uns relient l’apparition de ce terme à Tamerlan, qui après avoir pris Boukhara, a relocalisé plusieurs centaines de familles juives à Samarcande, nommant la nouvelle communauté juive les « Juifs de Boukhara ». D’autres historiens estiment que, après l’union du Turkestan avec la Russie, le pouvoir russe a séparé les Juifs autochtones des Juifs russes, et étant donné que la communauté juive la plus importante vivait à Boukhara, tous sont venus à être appelés « Juifs de Boukhara».

Lire aussi sur Novastan : Israël et Kazakhstan : une longue histoire

Plusieurs versions existent sur l’arrivée des Juifs en Asie centrale. Quelques chercheurs affirment que cela s’est produit au temps de la route de la soie : ils sont venus dans cette région avec des caravanes commerciales, et ensuite se sont trouvés des emplois et sont restés. Selon une autre hypothèse, les Juifs sont venus ici au temps des Achéménides (entre le Vème et le IIIème siècle avant JC) pour développer des business. Les historiens évoquent également une autre version : au VII ème siècle, sur le territoire de l’Iran actuel, les Sassanides ont été vaincus et de nombreux réfugiés, parmi lesquels des représentants du peuple juif, sont venus dans cette région. Les Juifs sont présents ici depuis longtemps, c’est la seule certitude : la première preuve écrite de leur présence date du XIIIème siècle, et la plus ancienne synagogue, que les archéologues ont découverte au Turkménistan, daterait du IIIème siècle après J-C.

Pendant cette longue histoire, les Juifs ont pu bien s’intégrer à la communauté locale, et il est maintenant assez difficile de distinguer les Juifs de Boukhara des Tadjiks ou des Ouzbeks. Après plusieurs centaines d’années de cohabitation, ils ont non seulement commencé à ressembler à la population locale, mais ont également parfaitement appris les langues locales, assimilé la culture et le mode de vie. Néanmoins, une assimilation complète n’a pas eu lieu : les Juifs pratiquent leur religion, se marient très rarement aux locaux, et jusqu’à maintenant possèdent leur propre vision du monde. Pour avoir le droit de conserver leur identité, le peuple juif a payé un prix important : des années de privation et de difficultés, auxquelles il a fallu survivre, et qui restent bien ancrées dans la mémoire de ses représentants. Néanmoins, ils ne semblent pas ressentir de colère particulière pour cela.

Une petite synagogue avec une grande histoire

Il reste seulement deux synagogues dans le vieux quartier de Boukhara, alors qu’il y en avait une trentaine autrefois. Dans les années 1970, les Juifs ont commencé à quitter massivement l’Union Soviétique, et notamment l’Asie Centrale, et les synagogues ont été fermées. La communauté juive à Boukhara a ainsi significativement diminué : si elle était constituée de 35 000 personnes autrefois, elle ne comprend maintenant plus que quelques 420 personnes.

Synagogue Boukhara

« Des Juifs qui venaient ici durant la période soviétique, 250 étaient des Juifs de Boukhara, et le reste des Russes. Mais les Juifs de Boukhara vivaient ici depuis des centaines d’années » nous explique le surveillant de l’une des synagogues de Boukhara. Cette synagogue a plus de 400 ans et se trouve près de l’ensemble architectural de Liabi-Khaouz, au cœur du vieux Boukhara.

La synagogue n’est pas immédiatement visible au milieu des rues entremêlées de Boukhara. Autrefois vivaient ici exclusivement des Juifs. Maintenant des Ouzbeks et des Tadjiks vivent dans ces hautes maisons avec leurs murs blancs et leurs petites cours intérieures. Néanmoins, chaque soir du vendredi au samedi, les Juifs commencent leur service religieux traditionnel.

Il est possible d’observer ce service religieux, mais dans aucun cas permis de le filmer. Le fils du rabbin, Don Sianov, raconte que les rituels en cours ici ne diffèrent quasiment pas de ceux pratiqués en Israël.

Néanmoins, cela n’a pas toujours été ainsi. A la fin du XVIIIème siècle est venu à Boukhara Joseph Maman Maaravi, un rabbin du Maroc. Prenant part au service religieux, il a constaté que ce dernier était éloigné de ceux pratiqués par les Juifs d’Europe, et qu’il manquait les deux derniers livres de la Torah. Les Juifs de Boukhara avaient perdu leur religion et leur culture, et ce rabbin a décidé de corriger cela. Jusqu’à aujourd’hui, les cérémonies religieuses à Boukhara suivent cet ordre, à tel point que les Juifs d’Israël ou des Etats-Unis, qui se rendent une fois par semaine dans les synagogues de Boukhara, ne remarquent quasiment aucune différence.

Pour ne pas perdre leur culture, une école élémentaire spéciale a été ouverte en 1994, juste à côté de la synagogue. On apprend ici en quatre langues : l’ouzbek, l’anglais, le russe et l’hébreu, et outre l’histoire de l’Ouzbékistan, l’histoire d’Israël est enseignée.

Etrangers parmi les siens

Les Juifs ont subi un triste destin sur la Terre entière, et les Juifs de Boukhara ne font pas exception. « Les Juifs de Boukhara vivent sous une grande oppression et sont méprisés de tous » écrit dans ses notes Armini Vamberi, un voyageur hongrois traversant l’Asie centrale au milieu du XIXème siècle.

Boukhara marcheur

Les lois régissant la vie de ces habitants, qui ont été établies par les législateurs locaux à Boukhara, sont tout simplement effrayantes. Jugez par vous-mêmes : les Juifs de Boukhara payaient une taxe pour la « conservation » de leur propre vie et le droit de pratiquer leur religion. Quand venait le temps de payer ces taxes, on assénait à chaque personne remettant de l’argent aux fonctionnaires chargés de la levée des taxes deux gifles.

Les Juifs n’avaient pas le droit d’aller à Boukhara à cheval, seulement à dos d’âne, et même dans ce cas, si devant eux se trouvaient des musulmans, les Juifs devaient descendre et s’incliner : autrement, ils étaient impitoyablement battus pour outrage. Il leur était interdit de porter de la soie et de nouer un foulard autour de leur blouse, comme le faisaient les habitants locaux ; ils pouvaient seulement nouer une corde. Il ne leur était également pas permis de porter le turban traditionnel, mais seulement une chapka de fourrure, pour que les musulmans voient de loin ces représentants d’une autre foi.

Néanmoins, toutes ces limites étaient minimes en comparaison avec les tentatives forcées constantes de conversion à l’islam, le plus souvent par des moyens violents. Si conversion il y avait, le surnom disgracieux de « tchala » était réservé à ces nouveaux convertis, ce qui signifie en russe « entre les deux ». Leur vie se transformait en un véritable enfer, malgré leur conversion : les musulmans ne reconnaissaient pas les tchalas et en même temps les Juifs les refusaient. Les tchalas vivaient donc loin des leurs, dans des quartiers spécialement réservés, disposés autour des mahallas juifs.

« Souvent les Juifs reconnaissaient l’islam dans le but d’éviter de payer la taxe pour pratiquer leur religion », explique Don Sianov. A Boukhara vivaient trois catégories de Juifs : les Cohen, des personnes aisées, les Lévi, de la classe moyenne, et les Yisrael, des pauvres. Ainsi, une majorité de tchalas étaient des Yisrael.

Les conversions forcées à l’islam n’avaient souvent pas de résultats probants. Le fils du rabbin raconte qu’avant Pessa’h, les tchalas venaient à la synagogue et demandaient l’azyme, un pain spécialement cuit pour cette fête religieuse, de sorte qu’ils se sentent à nouveau juifs le temps de la fête. Quand l’émirat de Boukhara est réapparu, les tchalas sont revenus en grand nombre au judaïsme, et de nos jours, il n’en reste pratiquement plus.

Aujourd’hui, plus personne n’attaque la communauté juive à Boukhara. Elle fait partie intégrante de la ville et chaque guide raconte obligatoirement son histoire complexe et fait remarquer son importante contribution au développement de la culture et l’artisanat dans toute l’Asie centrale. C’est pourquoi les Juifs de Boukhara emporte la culture de leur région loin des limites de l’Asie centrale : depuis quelques années a lieu à New York un festival de musique classique « Chachmakoma » et a été ouverte aux Etats-Unis une école de danse, qui enseignent les danses traditionnelles des pays d’Asie centrale.

Don Sianov explique qu’il n’y a rien d’exceptionnel à cela : les Juifs ont toujours rempli leur rôle à 100% pendant plusieurs siècles : alors qu’ils étaient les meilleurs tailleurs et médecins de Boukhara à une époque, ils sont aujourd’hui les grands connaisseurs de la culture ancienne de la région. Et sans eux, Boukhara n’aurait pas été ce qu’elle est aujourd’hui : riche, travailleuse et très patiente.

Lilia Gaisina
Traduit du russe pour Novastan par Léa André

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Publié par le août 16, 2016 dans Uncategorized

 

[2014] Les États-Unis pensent que le monde leur appartient, par Noam Chomsky

Source : The 4th media, David Barsamian, 02-12-2014

jeanbaptisteparis

Les États-Unis se sont depuis longtemps arrogé le droit d’utiliser la violence pour atteindre leurs objectifs, mais ils n’ont plus maintenant les moyens de mettre en œuvre leurs politiques. Cet article est une adaptation de Soulèvement, un chapitre de Systèmes de pouvoir : conversations à propos du soulèvement général contre l’empire US, le recueil d’interviews de Noam Chomsky par David Barsamian paru début 2013 (avec nos remerciements pour l’éditeur, Metropolitan Books). Les questions sont de Barsamian, les réponses de Chomsky.

Barsamian. Les États-Unis ont-ils toujours le même niveau de contrôle qu’autrefois sur les ressources énergétiques du Moyen-Orient ?

Chomsky. Les grands pays producteurs d’énergie sont toujours fermement sous le contrôle des dictatures soutenues par l’Occident. Donc,  effectivement, le progrès réalisé par le Printemps arabe est limité, mais il n’est pas négligeable. Le système dictatorial contrôlé par l’Occident est érodé. En fait, il est érodé depuis un certain temps. Ainsi, par exemple, si vous retournez cinquante ans en arrière, les ressources énergétiques, principale préoccupation des planificateurs américains, ont été pour la plupart nationalisées. Il y a toujours eu des tentatives pour changer cela, mais elles n’ont pas réussi.

Prenez l’invasion américaine de l’Irak, par exemple. Pour tout le monde, sauf un idéologue borné, il est assez évident que nous avons envahi l’Irak, non pas par amour de la démocratie, mais parce que c’est la deuxième ou troisième  plus grande source de pétrole dans le monde, et que l’Irak se trouve au cœur de la plus importante région productrice. Vous n’êtes pas censé le dire. Ce serait considéré comme une théorie conspirationniste.

Les États-Unis ont subi une sérieuse défaite en Irak de la part du nationalisme irakien , la plupart du temps par une résistance non-violente. Les États-Unis pouvaient tuer les insurgés, mais ils ne pouvaient pas faire face à un demi-million de personnes manifestant dans les rues. Étape par étape, l’Irak a été en mesure de démanteler les contrôles mis en place par les forces d’occupation. En novembre 2007, il devenait assez évident que les objectifs des États-Unis seraient très difficiles à atteindre. Et à ce moment là, curieusement, ces objectifs ont été explicitement dévoilés. Donc, en novembre 2007, l’administration Bush II a présenté une déclaration officielle à propos de ce que devrait être tout arrangement futur avec l’Irak. Il y avait deux exigences majeures : l’une, que les États-Unis soient  libres de mener des opérations de combat à partir des bases militaires qu’ils conserveront ; et l’autre que soient encouragés les flux d’investissements étrangers vers l’Irak, en particulier les investissements américains. En janvier 2008, Bush a explicité cela clairement dans une de ses déclarations. Quelques mois plus tard, face à la résistance irakienne, les États-Unis ont dû renoncer. Le contrôle de l’Irak est en train de s’évanouir sous leurs yeux.

La guerre en Irak était une tentative de rétablir par la force quelque chose comme l’ancien système de contrôle, mais elle a été repoussée. En règle générale, je pense que les politiques américaines restent les mêmes depuis la Deuxième Guerre mondiale. Mais la capacité de les mettre en œuvre décline.

Barsamian. Le déclin est-il dû à la faiblesse économique ?

Chomsky. En partie parce que le monde est en train de se diversifier. Il dispose de centres de pouvoir multiples. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis étaient vraiment à l’apogée de leur puissance. Ils avaient la moitié des richesses du monde, et tous leurs concurrents avaient été  gravement endommagés ou détruits. Ils avaient une position de sécurité incroyable et élaboraient des plans pour diriger le monde, ce qui n’était pas irréaliste à l’époque.

Barsamian. Est-cela qu’on a appelé la grande aire de planification?  [zone à subordonner aux intérêts économiques des US, NdT]

Chomsky. Oui. Juste après la Seconde Guerre mondiale, George Kennan, chef du personnel de la planification de la politique du département d’État des États-Unis, et d’autres, en ont esquissé les détails, puis ils ont été mis en œuvre. Ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans une certaine mesure en Amérique du Sud nous ramène tout droit à la fin des années 1940. Le premier grand succès de la résistance à l’hégémonie américaine a eu lieu en 1949. C’est lorsque se produisit un événement appelé la perte de la Chine, cette expression est significative.

C’est une formulation très intéressante, et jamais contestée. Il y eut beaucoup de discussions pour savoir qui était responsable de la perte de la Chine. C’était devenu un problème national énorme. Mais c’est une phrase très intéressante. Vous ne pouvez perdre que quelque chose qui vous appartient. Cela était tout simplement pris pour un fait acquis : nous possédons la Chine et si elle se dirige vers l’indépendance, c’est que nous l’avons perdue. Plus tard apparurent les préoccupations au sujet de la perte de l’Amérique latine, puis la perte du Moyen-Orient,  la perte de…certains pays, le tout basé sur la prémisse que nous possédons le monde et que tout ce qui affaiblit notre contrôle est une perte pour nous et nous nous demandons comment le récupérer.

Aujourd’hui, si vous lisez, disons, des revues de politique étrangère ou si vous écoutez les débats républicains ridicules, vous verrez qu’ils se demandent : Comment pouvons-nous éviter de nouvelles pertes ?

Par ailleurs, la capacité de préserver le contrôle a fortement diminué. En 1970, le monde était déjà ce que l’on appelait tripolaire économiquement, avec un centre industriel en Amérique du Nord, aux États-Unis, un centre européen basé en Allemagne, à peu près comparable en taille, et un centre en Asie de l’Est, basé au Japon, qui était alors la zone de croissance la plus dynamique dans le monde. Depuis cette époque, l’ordre économique mondial est devenu beaucoup plus diversifié. Il est donc plus difficile pour nous de mener à bien nos politiques, mais les principes sous-jacents n’ont pas beaucoup changé.

Prenez la doctrine Clinton. La doctrine Clinton disait que les États-Unis avaient le droit de recourir à la force unilatéralement, afin d’assurer un accès sans restriction aux marchés clés, à l’approvisionnement en énergie et aux ressources stratégiques. Cela va au-delà de tout ce que George W. Bush a dit. Mais c’était dit posément , sans arrogance  ni agressivité, donc cela n’a pas causé beaucoup d’émoi. La croyance dans cette vocation persiste jusqu’à ce jour. Elle fait aussi partie de la culture intellectuelle.

Juste après l’assassinat d’Oussama ben Laden, au milieu de toutes les acclamations et des applaudissements, il y eut quelques commentaires critiques remettant en question la légalité de l’acte. Depuis des siècles, il y avait quelque chose appelé la présomption d’innocence. Si vous appréhendez un suspect, c’est un suspect et non un coupable, jusqu’à preuve du contraire. Il doit être traduit en justice. C’est un principe essentiel de la loi américaine, vous pouvez remonter à la Magna Carta [Grande Charte,promulguée en Angleterre en 1215 pour protéger les libertés, NdT].

Donc quelques  voix se sont élevées disant que nous ne devrions peut-être pas jeter aux orties les fondements de la loi anglo-américaine. Cela a conduit à un grand nombre de réactions furieuses de colère et de mécontentement, mais les plus intéressantes sont venues, comme d’habitude, de l’extrême du centre-gauche du spectre politique.

Matthew Yglesias, un commentateur de gauche-libéral bien connu et très respecté, a écrit un article dans lequel il se moque de ces points de vue.  Il a dit qu’ils étaient incroyablement naïfs et stupides. Puis il a expliqué la raison. Il a dit : L’une des principales fonctions de l’ordre institutionnel international est précisément de pouvoir légitimer l’utilisation de la force militaire meurtrière par les puissances occidentales.

Bien sûr, il ne parle pas de la Norvège. Il vise les États-Unis. Donc, le principe sur lequel repose le système international est que les États-Unis ont le droit d’utiliser la force à volonté. Parler de la violation du droit international par les États-Unis ou quelque chose du même genre est incroyablement naïf et complètement stupide. Incidemment, j’étais la cible de ces remarques, et je suis heureux de reconnaître  ma culpabilité. Je pense que la Magna Carta et le droit international valent la peine qu’on leur accorde une certaine attention.

Je mentionne simplement que pour illustrer cela, aussi bien dans la culture intellectuelle, que dans ce qu’on appelle l’extrême du centre-gauche de l’échiquier politique, les principes à la base de ces pratiques prédatrices n’ont pas beaucoup changé . Mais la capacité de les mettre en œuvre a été fortement réduite. Voilà pourquoi vous entendez tout ce discours sur le déclin américain. Jetez un oeil à l’édition de fin d’année de Foreign Affairs, le journal phare del’establishment.

Sa page de couverture demande, en caractères gras, L’Amérique est-elle finie ?  C’est la plainte classique de ceux qui croient que tout leur appartient. Si vous croyez que vous devriez  tout posséder et si quoi que ce soit vous échappe, c’est une tragédie, et le monde s’effondre. Donc, l’Amérique est-elle fichue ? Il y a longtemps nous avons perdu la Chine, nous avons perdu l’Asie du Sud-Est, nous avons perdu l’Amérique du Sud. Peut-être que nous allons perdre le Moyen-Orient et les pays d’Afrique du Nord. L’Amérique est -elle finie ? C’est une sorte de paranoïa, mais c’est la paranoïa des super-riches et des super-puissants. Si vous n’ avez pas tout, vous n’avez rien, c’est une catastrophe.

Barsamian. Le New York Times dit que le  dilemme de la politique des Printemps arabes vient de la difficulté à concilier les objectifs américains contradictoires, que sont le soutien à un changement démocratique, le désir de stabilité, et la crainte des islamistes, qui sont devenus une force politique puissante. The Times identifie ces trois objectifs des États-Unis. Qu’en pensez-vous ?

Chomsky. Deux d’entre eux sont exacts. Les États-Unis sont en faveur de la stabilité. Mais vous devez vous rappeler ce que signifie la stabilité. Stabilité signifie se conformer aux ordres américains. Ainsi, par exemple, l’une des accusations contre l’Iran, la grande menace pour la politique étrangère, prétend que ce pays cherche à déstabiliser l’Irak et l’Afghanistan. Comment ? En essayant d’étendre son influence dans les pays voisins. Alors que nous, par contre, nousstabilisons les pays en les envahissant et en les détruisant.

J’ai parfois cité une de mes illustrations favorites de ce fait, qui me vient d’untrès bon analyste libéral de politique étrangère, James Chace, très connu et ancien rédacteur en chef de Foreign Affairs. En s’exprimant au sujet du renversement du régime de Salvador Allende et de l’imposition de la dictature d’Augusto Pinochet en 1973, il a écrit que nous devions déstabiliser le Chili dans l’intérêt de la stabilité. Cela n’est pas perçu comme une contradiction, et ce n’en est pas une. Nous avons dû détruire le système parlementaire, afin d’obtenir la stabilité, ce qui signifie qu’ils font bien ce que nous disons. Donc, oui, nous sommes en faveur de la stabilité dans ce sens technique.

La préoccupation par rapport à l’islam politique est comme la préoccupation qui naît de tout développement indépendant. Vous devez vous préoccuper de tout  ce qui est indépendant, car cela peut vous ruiner. En fait, c’est un peu paradoxal, parce que, traditionnellement les États-Unis et la Grande-Bretagne ont fortement soutenu le fondamentalisme islamique radical, pas l’islam politique, en tant que force pour contrer le nationalisme laïc, qui est la véritable préoccupation. Ainsi, par exemple, l’Arabie saoudite est l’État fondamentaliste le plus extrême dans le monde, un État islamique radical. Il a un zèle missionnaire, propage l’islam radical au Pakistan et finance la terreur. Mais ce pays est le bastion de la politique américaine et britannique. Ils l’ont toujours soutenu contre la menace du nationalisme laïc venant  d’Égypte avec Gamal Abdel Nasser, ou d’Irak avec Abd al-Karim Qasim, parmi beaucoup d’autres. Mais ils n’ aiment pas l’islam politique, car il peut devenir indépendant.

Le premier des trois points, notre aspiration à la démocratie, a les mêmes accents de sincérité  que Joseph Staline parlant de l’engagement de la Russie pour la liberté et la démocratie dans le monde. C’est le genre de déclaration qui vous fait rire quand vous l’entendez des bouches des commissaires ou des religieux iraniens, mais vous hochez poliment la tête, peut-être même avec crainte, quand vous l’entendez de la part de leurs homologues occidentaux.

Si vous regardez les faits, l’aspiration à la démocratie est une mauvaise plaisanterie. C’est même reconnu par les plus grands savants, même s’ils ne l’expriment pas de cette façon. L’un des principaux chercheurs sur la soi-disant promotion de la démocratie est Thomas Carothers, plutôt assez conservateur et très respecté, un néo-reaganien, pas un libéral flamboyant. Il a travaillé au département d’État de Reagan et écrit plusieurs livres étudiant le cours qu’a suivi la promotion de la démocratie, qu’il prend très au sérieux. Il dit, oui, c’est un idéal américain profond, mais il a une histoire cocasse. Toutes les administrations américaines sont schizophrènes. Elles ne soutiennent la démocratie que si celle-ci satisfait leurs intérêts stratégiques et économiques. Il décrit cela comme une étrange pathologie, comme si les États-Unis avaient besoin d’un traitement psychiatrique ou quelque chose de ce genre. Bien sûr, il y a une autre interprétation, mais qui ne peut pas venir à l’esprit d’un intellectuel bien formaté et bien éduqué.

En Egypte, plusieurs mois après sa chute, le président Hosni Moubarak se retrouvait dans le prétoire, faisant face à des poursuites pour des activités criminelles. Il est inconcevable que des dirigeants américains soient un jour tenus de rendre compte de leurs crimes en Irak ou au-delà. Est-ce que cela va changer un de ces jours prochains ?

Il s’agit essentiellement du principe Yglesias : le fondement même de l’ordre international réside dans le droit des États-Unis à  utiliser la violence à volonté. Alors, comment pouvez-vous incriminer quelqu’un ?

Barsamian. Et personne d’autre n’a ce droit ?

Chomsky. Bien sûr que non. Mais peut-être nos clients le font-ils ? Si Israël envahit le Liban et tue mille personnes en détruisant la moitié du pays, alors d’accord, ça va. C’est intéressant. Barack Obama était sénateur avant d’être président. Il n’a pas fait beaucoup en tant que sénateur, mais il a fait  certaines choses, dont une qui le remplit de fierté. En effet, si vous regardez son site Web avant les primaires, il a souligné le fait que, lors de l’invasion israélienne du Liban en 2006, il avait co-parrainé une résolution du Sénat demandant que les États-Unis ne fassent rien pour empêcher les actions militaires d’Israël tant qu’elles n’avaient pas atteint leurs objectifs, et demandant aussi de censurer l’Iran et la Syrie parce qu’ils soutenaient la résistance à la destruction du sud Liban par Israël (pour la cinquième fois en vint-cinq ans). Donc, Israël hérite du droit à la violence. Les autres clients aussi.

Mais les droits résident vraiment à Washington. Voilà ce que signifie posséder le monde. C’est aussi naturel que l’air que vous respirez. Cela ne peut pas être remis en question. Le principal fondateur de la théorie contemporaine des relations internationales, Hans Morgenthau, était vraiment une personne tout à fait décente, un des très rares politologues et spécialistes des affaires internationales à critiquer la guerre du Vietnam, pour des raisons morales, non tactique. C’est très rare. Il a écrit un livre intitulé Le but de la politique américaine. Rien qu’avec le titre vous pouvez deviner ce qui va suivre.

Les autres pays n’ont pas de buts. Le but de l’Amérique, par contre, est transcendant, il s’agit d’apporter la liberté et la justice au reste du monde. Mais c’est un bon élève, comme Carothers. Alors il a étudié les dossiers. Il a dit que, après avoir analysé le cas, il semblait  que les États-Unis n’avaient pas été à la hauteur de leur finalité transcendante.

Mais ensuite il dit que critiquer notre but transcendant, c’ est tomber dans l’erreur de l’athéisme, qui nie la validité de la religion pour des motifs similaires, ce qui est une comparaison pertinente, car c’est une croyance religieuse profondément ancrée.

C’est si profond que cela devient difficile à démêler. Et remettre cela en question provoque une quasi-hystérie, et mène souvent à des accusations d’anti-américanisme ou de haine de l’Amérique, concepts intéressants qui n’existent pas dans les sociétés démocratiques, mais seulement dans les sociétés totalitaires, et chez nous, où ils sont simplement considérés comme acquis.

David Barsamian | 8-12-2014
The US Still Thinks it Owns the World )  (Traduit par JJ pour vineyardsaker.fr)

Noam Chomsky est un théoricien politique et activiste américain, professeur de l’institut de linguistique au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Outre son travail en linguistique, Chomsky est internationalement reconnu comme l’un des intellectuels publics les plus critiques en vie aujourd’hui. Chomsky continue d’être un critique sans complexe à la fois de la politique étrangère américaine et de ses ambitions d’hégémonie géopolitique et du tournant néolibéral du capitalisme mondial, qu’il identifie en termes de guerre de classe menée par les élites contre les besoins et les intérêts de la grande majorité.

David Barsamian est un journaliste radio arméno-américaine, écrivain, fondateur et directeur de Radio Alternative, un programme hebdomadaire d’entretien syndiqué du Colorado Boulder, relayé par quelque 150 stations de radio dans divers pays. 

Source : The 4th media, David Barsamian, 02-12-2014

 
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Publié par le août 16, 2016 dans Uncategorized

 

La logique stratégique de l’État islamique

Toujours national interest qui procède à une analyse de l’avenir de l’Etat islamique même en cas de victoire militaire. Notons le calme avec lequel l’auteur envisage la situation française qui selon lui ne peut que se dégrader parce que le mal est interne. Mais cette analyse est également à mettre en relation avec l’intervention de lavrov sur la persistance de groupes terroristes en Syrie même s’ils changent de nom que nous présentons aujourd’hui. Comme d’habitude National interest met en cause les Saoudiens dans leur rivalité avec l’Iran, ce qui parait assez exact, mais n’accorde qu’un faible intérêt au rôle pourtant central joué par les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux dans la croissance d’un tel phénomène (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoire et societe)

http://nationalinterest.org/blog/the-buzz/the-strategic-logic-the-islamic-state-17351

Fawaz A. Gerges
14 août 2016

L’État islamique soi-disant (ISIS) continue de poser un sérieux défi non seulement au Moyen – Orient, mais dans le monde entier. Alors que les efforts d’une coalition menée par les USA ont affaibli ISIS, détruire le groupe a été difficile et il a continué à inspirer des attaques dans des endroits éloignés, de Bruxelles au Bangladesh.

Pour comprendre comment vaincre ISIS une fois pour toutes, nous devons d’abord comprendre sa stratégie. Et ne vous méprenez pas: même si les attaques internationales  des associés d’ISIS- semblent aléatoires, la  croisade globale du groupe a une logique stratégique.
ISIS se bat pour sa survie. Il n’a ni l’argent ni la main d’oeuvre pour lutter an quoi  que ce soit dans  une guerre traditionnelle contre la coalition menée par les USA et ses alliés locaux  du moins pas pour longtemps. Ce qu’il a c’est un message qui résonne vers certains groupes généralement marginalisés, désenchantée et tourmentés de jeunes hommes au sein d’un large éventail de pays, au Moyen-Orient, en Europe et ailleurs. Et il est devenu très compétitif dans l’exploitation  de ces sources de main-d’œuvre.

Les porte-parole du groupe ont appelé à plusieurs reprises ses partisans et sympathisants à travers le monde à frapper ses ennemis, en particulier dans l’Ouest. loups solitaires et groupies qui restent à la maison ou des cellules locales très soudées pour lancer des attaques dans des endroits imprévisibles, éloignés telle est l’arme ultime de la faiblesse dans les conflits asymétriques. Il permet ISIS de récolter tous les avantages d’une attaque, sans  encourir aucun des coûts.

Les avantages sont considérables. De telles attaques détournent l’attention des pertes de ISIS en Syrie et en Irak, et peuvent même faire croire que le groupe se renforce. Cela améliore non seulement la capacité d’ISIS à recruter et à inspirer plus de terroristes; il pénètre aussi la pensée des citoyens dans les pays de la coalition. ISIS espère que, comme les coûts humains et économiques de la lutte contre ISIS s’accumulent dans ces pays, notamment en Europe, l’opinion publique peut se retourner contre l’engagement militaire en Irak et en Syrie.

Comme la pression sur ISIS en -particulier à Mossoul, la deuxième plus grande ville d’Irak, et Raqqa, la ville syrienne qui est devenu de facto sa capitale-ses appels de l’auto-proclamé califat pour les attaquess’ intensifieront. Une campagne de San Bernardino  à Nice- généralisée qui tiendrait  compte de ces appels, poyrraitavoir des  résultats  dévastateurs.

Bien sûr, ISIS ne compte pas entièrement sur l’inspiration locale. Il recrute également des combattants qualifiés d’un peu partout, y compris la Tunisie, le Maroc, la Libye, la Jordanie, la Turquie, la France, la Belgique et la Grande-Bretagne-qu’ il envoie alors  lancer des opérations spectaculaires, comme celles à Istanbul, Bruxelles et Paris. Il y a des rapports crédibles que ISIS a même créé une branche externe responsable du suivi des opérations terroristes à l’étranger.

Si Mossoul et Raqqa tombent dans l’année à venir, comme cela semble probable, des milliers de survivants combattants ISIS retourneront dans leur pays d’origine, où ils sont susceptibles de continuer à mener leur guerre avec des attaques terroristes. En conséquence, l’année à venir est risque d’être au moins aussi sanglante que lcelle-ci.

Qui va supporter le poids du désespoir d’ISIS? Les États-Unis sont en tête de liste des ennemis d’ISIS. Mais l’envoi de combattants là depuis le Moyen-Orient constitue un défi logistique. Et il y a seulement environ 100 Américains qui combattent avec ISIS, ce qui signifie que, aux États-Unis, l’inspiration individuelle sera la tactique principale de ISIS.
Les pays européens et musulmans sont  des cibles beaucoup plus pratique , et pas seulement en termes géographiques. La plupart des combattants ISIS sont du monde arabe, et 4000 hommes et des femmes européennes ont rejoint le groupe.

Parmi les pays européens, la France, qui a assumé un rôle de leadership dans la lutte contre ISIS, est la plus vulnérable.Elle l a déjà subi plus de pertes que tous ses voisins ensemble, avec 235 personnes tuées au cours des 18 derniers mois.

Une raison à cela est que le sentiment d’exclusion et d’aliénation ressenti par une grande partie de la communauté musulmane de France a rendu plus facile pour ISIS de recruter dans le pays. Quelque 1.200 ressortissants français ont rejoint en tant que combattants d’Isis, c’est -le plus gros contingent des Occidentaux dans le groupe. Ajoutez à cela de graves lacunes dans la sécurité intérieure de la France, et les chances de nouvelles attaques semblent élevés.

Mais autant que ISIS veut faire du mal à l’Ouest, les pays des régimes du Moyen-Orient, en particulier les chiites de l’Irak et la Syrie, ainsi que leur allié iranien, demeurent sa principale cible. Après tout, l’effort d’ISIS pour construire un Califat oblige à contrôler le territoire. La lutte contre l’Amérique, l’Europe, et même Israël doit être différée jusqu’à ce qu’un état islamique sunnite soit construit dans le cœur de l’Arabie.

Compte tenu de cela, il est crucial que la menace sécuritaire posée par les attaques terroristes n’ occulte pas , en particulier pour les dirigeants occidentau, l’impératif de démantèlement pseudo-état d’ISIS en Irak et en Syrie. Mais même si cette tâche est terminée, ISIS sera toujours en situation de brandir son idéologie comme une arme pour attirer les combattants à se livrer à la guérilla en Irak et en Syrie, et  au terrorisme à l’étranger.

Voilà pourquoi il est également nécessaire de couper l’oxygène social et idéologique qui a nourri la  montée spectaculaire d » ISIS. Cela signifie voir la politique  erronée  du Moyen – Orient, y compris ses deux causes (comme la rivalité géostratégique entre sunnite gouvernés par  l’ Arabie Saoudite et chiite dirigé par l’ Iran) et ses symptômes (y compris les guerres civiles propagées depuis  le cœur de l’ Arabie). C’est seulement alors que le monde arabo-islamique et la défaite de la communauté internationale  face à ISIS et d’ autres comme eux pourra être envisagée. .

 
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Publié par le août 16, 2016 dans Uncategorized

 

Russie: «Il est inacceptable qu’en Syrie triomphent des groupes terroristes »

Mise en garde des Russes à l’Allemagne

Envoyé le 15 Août 2016  10:04 15 GMT

Le problème de la délimitation des terroristes et l’opposition modérée en Syrie n’a pas encore été résolu, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Rodi Saïd Reuters
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«Il est inacceptable qu’en  Syrie triomphent des groupes terroristes », a déclaré lundi le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, après avoir rencontré à Ekaterinbourg, en Russie,  son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier.

Le ministre russe des Affaires étrangères a souligné que le problème de la délimitation des terroristes et celle  l’opposition modérée en Syrie est toujours en suspens.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov (à droite) et son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier (à gauche).

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov ( à droite) et son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier ( à gauche). Alexander VilfSputnik

En particulier, il a souligné la nécessité de faire la distinction entre l’opposition modérée et l’État islamique ou le Front Al-Nusra, qui, selon Lavrov, a changé le nom, « mais pas d’ essence. »

 » Il est également inquiétant que beaucoup de la soi – opposition a appelé modérée soit de plus en plus en train de  coordonner ses actions avec ces terroristes ,  » a déclaré le ministre russe, cité par RIA Novosti .

Selon le chef de la diplomatie russe, Moscou « espère que l’Occident et les pays de la région sont prêts  à améliorer la situation de la population civile à Alep. »

« Il y a un risque que l’aide humanitaire ne tombe entre les mains de terroristes en Syrie »

D’autre part, le ministre russe des Affaires étrangères a exprimé son inquiétude que l’aide humanitaire à Alep piosse se retrouver dans les mains de terroristes.

Comme l’a expliqué le ministre russe des Affaires étrangères, le problème est que la situation à Alep « est en constante évolution», et il y a « un grand risque » que, en raison des conditions météorologiques et ce «changement de configuration constante sur le terrain, » rende impossible la livraison  des fournitures humanitaires aux bénéficiaires et «tombe entre les mains de terroristes et renforcr leur position », a déclaré Lavrov. Ainsi, selon le ministre russe, il est très important de voir comment est menée cette opération humanitaire.

Zajárova: « Il est étrange d’entendre dire que l’intervention militaire russe en Syrie était« inattendue »

À son tour, le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zajárova, a déclaré les déclarations de Frank-Walter Steinmeier, qui a dit à Ekaterinbourg que l’intervention militaire de la Russie en Syrie a été  « une surprise à l’Ouest. »

« Il est étrange d’entendre ce genre de choses. S’il est question  d’une accusation concernant la réticence à coopérer sur les lignes militaires, celle-ci ne devrait pas concerner la  Russie, mais l’Occident, qui bloque la coopération militaire, y compris l’échange d’informations avec la Russie pratiquement dans tous les domaines  » a écrit Zajárova sur son compte Facebook.

D’autre part, si Steinmeier fait référence à la coopération politique en Syrie, Zajárova a rappelé que, avant l’opération russe, le président Vladimir Poutine a proposé à l’Assemblée générale de l’ONU à New York de créer un front uni contre le terrorisme, mais l’Occident a ignoré la proposition.

la Porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a noté que ce n’ « est pas la seule déclaration controversée du ministère allemand des Affaires étrangères » tenue à Ekaterinbourg. « Mais  s’il  s’avère qu’il a certainement raison sur une chose: nous devons comprendre et  la faire , nous devons écouter», a conclu Zajárova.

 
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Publié par le août 16, 2016 dans Uncategorized

 

Pasolini, par-delà les détournements

Texte inédit pour le site de Ballast — Semaine Pasolini

« On entre dans un mort comme dans un moulin », disait Sartre. Pasolini connaît une étrange postérité : le communiste qu’il fut, anticolonialiste et fervent partisan de l’abolition de nos régimes d’esclaves et de maîtres, est devenu, ici et là, mais assez souvent pour que l’on puisse parler de « récupération », une référence au sein d’espaces nationalistes ou anti-socialistes. Comment expliquer que l’écrivain-cinéaste, qui agitait au-dessus de son œuvre « le rouge chiffon d’espérance », ait pu subir pareil destin ? En l’amputant ; en prélevant la lettre sans l’esprit. ☰ Par Julie Paquette

L’Italie post-fasciste, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, se fige dans des structures, des modes de vie. L’État poursuit – mais de manière accélérée – son travail de centralisation et les dialectes locaux disparaissent au profit de la seule langue italienne. L’avènement de la société de consommation, que Pier Paolo Pasolini tenait pour le plus grand des désastres contemporains, uniformise les goûts, les expériences et les affects. L’écrivain puisa dans les dialectes frioulan et romanesco et chercha, dès lors, dans les visages archaïques une vitalité à même d’insuffler un contre-mouvement à cette nouvelle logique totalisante. Pasolini fut l’un des rares poètes — de ceux qui créent des brèches — capable d’ébranler le consensualisme rampant de son époque. Mais de cette place dissensuelle qu’il s’était taillée au sein de l’intelligentsia italienne, on ne peut dire, de son vivant comme de sa postérité, qu’il ait été toujours bien compris… Quarante ans après sa mort, ces vers résonnent d’une manière étrangement prémonitoire : « Je suis comme un chat brûlé vif / Écrasé par le pneu d’un camion / Pendu par des gamins à un figuier / Mais avec encore au moins six / De ses sept vies… / La mort n’est pas de ne pouvoir communiquer / Mais de ne pouvoir être compris*. »

Pasolini exacerbait les contradictions de son époque, tel le capitaine d’une machine de guerre poétique1 qui tenait le social en état d’urgence, en contaminant le langage par des assertions aussi provocatrices qu’équivoques. Mais l’équivocité a parfois quelque chose d’insoutenable ; prompts sont certains à vouloir refermer la brèche du doute et de l’indétermination semée par la poétique pasolinienne, afin de la réduire à sa plus simple expression.

« Prompts sont certains à vouloir refermer la brèche du doute et de l’indétermination semée par la poétique pasolinienne. »

On dira : Pasolini prit le parti des policiers contre celui des étudiants. Cela est vrai ; c’était en 1968 dans « Le P.C.I. aux jeunes ». Il y disait que les policiers étaient les vrais prolétaires mais, reprenant ces mots à tout vent et en toute décontextualisation, on en oublie de citer les vers qui expriment cette pensée : « Hier, nous avons eu ainsi un fragment de lutte de classes : et vous [les étudiants], les amis (bien que du côté de la raison) vous étiez les riches, et eux, les flics (du côté du tort), étaient les pauvres2 ». Ainsi, les étudiants sont les amis du côté de la raison — ce qui nuance savamment le propos. Pasolini ajoutera même plus tard avoir expressément provoqué ces étudiants afin que la jeunesse ne reconduise pas, dans ses revendications, la quête bourgeoise de la normalité.

On dira : Pasolini était contre l’avortement. Ce qui est vrai, aussi. Il en appelait même à la réminiscence de sa vie prénatale, qu’il qualifiait d’« heureuse immersion dans les eaux maternelles3 ». Mais on oublie d’ajouter que son opposition n’a rien à voir avec celle, par exemple, du philosophe marxiste Michel Clouscard (plusieurs commentateurs furent tentés de rapprocher sa critique de l’idéologie du désir et du libéralisme-libertaire de la pensée pasolinienne). Afin de bien saisir la position de l’écrivain italien, il faut lire, notamment, les lettres rassemblées dans ses Écrits corsaires4. Pasolini s’en prend surtout à la valorisation du coït hétérosexuel, qu’il perçoit comme sous-jacent au débat sur l’avortement ainsi qu’aux discours sur la libération sexuelle (discours qui ne concernent que l’émancipation du couple hétérosexuel et supposent une logique conformiste d’une sexualité dite normale). Pasolini proposera une série de « « vraies » mesures libérales » qui permettraient de poser autrement le problème : « anticonceptionnels, pilules, techniques amoureuses différentes5 », alors que Clouscard, pour s’en tenir à ce seul exemple, se montrait beaucoup plus rigide et radicalement opposé à l’usage de la pilule6.


Pasolini devant la tombe de Gramsci, en 1970. (Wikimedia Commons)
On dira : Pasolini était un penseur chrétien. Ce qui mérite d’être discuté (sans d’ailleurs être une injure). Le poète a, plus d’une fois, affiché son athéisme — cela est dit, écrit, net et précis — mais il n’en éprouvait pas moins un rapport ambivalent à l’imaginaire chrétien et, plus largement, au sacré. Une formule de ses Lettres luthériennes synthétise cette tension : le rétablissement de certaines valeurs religieuses n’aura jamais lieu, expliquait-il à propos de l’anéantissement de la paysannerie, et cela s’avérait aussi heureux que malheureux. On ne peut omettre l’un des deux adjectifs. Dans ses entretiens avec Jean Duflot, il confia qu’il inclinait à une certaine « contemplation mystique du monde » et qu’il entretenait une vision religieuse de ce dernier, sans toutefois croire à la divinité du Christ. Un sacré foncièrement hostile aux institutions cléricales, du reste : « Aujourd’hui, l’Église n’est rien d’autre qu’une puissance financière, donc une puissance étrangère », lançait-il dans ses Lettres.

« Cet intellectuel hétérodoxe devient, par une sorte de renversement, le chantre d’une pensée de la droite extrême. »

De même, on dira : Pasolini était un conservateur, nostalgique de l’ordre ancien. Le poète se décrivait d’ailleurs comme une force du passé, « una forza del Passato ». Mais on oublie que sa nostalgie pour l’ancien monde, duquel il souhaitait surtout faire « table rage7», était celle des gens « pauvres et vrais qui se battaient pour renverser [leur] patron, mais sans vouloir pour autant prendre [leur] place8». Et c’est ainsi, seulement, que l’on peut entendre pourquoi il déclara être communiste « parce que » conservateur : la course folle du présent néocapitaliste, et son impact sur les humbles, l’incitait à vouloir préserver certains traits d’un monde dont il déplorait la disparition. Réduits le plus souvent à de trop simples énoncés, les foisonnants écrits du poète perdent toute leur puissance et cet intellectuel hétérodoxe devient, par une sorte de renversement, le chantre d’une pensée de la droite extrême9. On remarque que la récupération de Pasolini dans le camp de la justification de l’ordre mise souvent sur les objets, les sujets et les thèmes du texte pasolinien. Agissant ainsi, on oblitère à la fois le contexte ainsi que le mouvement de sa pensée critique, qui doivent primer sur l’énoncé — croyons-nous.

L’élément fondamental de sa pensée critique est celui-là même qui consiste à la rendre effective sur son propre corps10. C’est-à-dire que si Pasolini condamne, ce n’est jamais en s’excluant. Lorsque Pasolini réprouve la bourgeoisie, il est, du même coup, conscient du fait qu’il appartient lui-même à la bourgeoisie. Par cette éthique, Pasolini affirme qu’on ne peut se positionner complètement extérieurement au pouvoir intégrateur11. La seule issue possible reste de passer, toujours, sa propre pensée au crible de la pensée critique. D’ailleurs, même au moment de son film Salò, Pasolini affirme adresser celui-ci« à un autre lui-même ». L’on pourrait formuler ce principe éthique de la manière suivante : chacun devrait considérer soi-même comme partie intégrante de ce que soi-même critique. Ce principe éthique nous empêche de projeter ce que l’on critique sur une altérité totalement autre et est le premier pas vers une éthique ouverte à la tolérance radicale de l’autre comme partie de soi-même12.


(DR)
Aujourd’hui, alors que l’on pourrait s’attendre à ce que soit repris à nouveaux frais la critique pasolinienne du néo-fascisme, afin de justifier un désir d’ordre et un resserrement des frontières, nous tenons à rappeler deux écrits du poète, qui ouvrent aux possibles plus qu’ils ne les ferment. D’abord, dans son intervention au Parti radical quelques jours avant sa mort, Pasolini s’adresse à la relève en tant que « marxiste qui vote pour le PCI, et qui espère beaucoup de la nouvelle génération de communistes13 ». Il exhorte cette jeunesse à demeurer authentique : il faut « oublier immédiatement les grands succès, et continuer imperturbables, obstinés, éternellement contraires, à prétendre, à vouloir, à vous identifier avec ce qui est autre; à scandaliser ; à blasphémer14 ». Si Pasolini fustige la nouvelle jeunesse dans ses œuvres, c’est qu’il la sait capable de mieux, c’est vers elle qu’il regarde quand il songe à l’avenir ; vers elle, mais aussi vers l’Afrique, « Africa, unica mia alternativa ! », une Afrique qui contient cette vitalité archaïque qu’il décelait quelques années plus tôt dans les borgate romaines, une Afrique de la solidarité des opprimés, de tous les opprimés. En 1961, dans un texte intitulé « La résistance noire », il écrit : « L’Afrique n’est pas un continent distinct. Elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais. Comme les labyrinthes de Borges, elle est l’Afrique du chevauchement des fragments d’espace et de temps dans des couloirs secrets qui sont communicants. L’Afrique commence à la périphérie de Rome, comprend la partie sud de l’Espagne, la Grèce, les pays méditerranéens, le Moyen-Orient, tout comme les ghettos noirs aux États-Unis et les zones minières du Nord avec les cabanes d’immigrés italiens, espagnols, arabes15 ».

C’est cette solidarité – qui fait écho à l’intersection des oppressions – qu’il faut penser, par delà les murs que l’on cherchera à ériger. Une solidarité d’hérétiques, une solidarité qui accueillera l’autre, venu par bateau, contre tous les fascismes que l’on voudra nous imposer. « … Ali aux yeux d’azur / Fils parmi les fils / Descendra d’Alger par navire / à voile et à rame. Ils seront / Avec lui des milliers d’hommes / Aux petits corps et aux yeux / De pauvres chiens des pères / Sur des bateaux lancés vers le Royaume de la Gloire.16 » Un poème dédié à Jean-Paul Sartre.

NOTES

*. : P.P. Pasolini, « Une vitalité désespéré », Poésies 1943-1970, Paris, Gallimard, 1990, p. 622.
1. L’expression est de G. de Van, « Pier Paolo Pasolini : la transgression avec ou sans stratégie », Chroniques italiennes, Université de la Sorbonne nouvelle, no. 37, 1994, p. 162.
2. P. P. Pasolini, « Le P.C.I. aux jeunes ! », L’Expérience hérétique langue et cinema, Paris, Payot, 1976, p. 117-122.
3. P. P. Pasolini, « Le coït, l’avortement, la fausse tolérance du pouvoir, le conformisme des progressistes », p. 144.
4. P. P. Pasolini, « Le coït, l’avortement, la fausse tolérance du pouvoir, le conformisme des progressistes », « Sacer », « Thalassa », « Chiens » et « Cœur », Écrits corsaires, Paris, Flammarion, 1976, pp. 143-179.
5. P. P. Pasolini, Écrits corsaires, p. 150-151.
6. Lire à ce sujet M. Clouscard, « Les façons sexuelles : d’un certain apprentissage de la pilule à la nouvelle coquetterie (le féminisme) », Le Capitalisme de la séduction : critique de la sociale démocratie libertaire, Les Éditions sociales, 1981, pp. 151-184.
7. http://www.revue-ballast.fr/pasolini-contre-la-marchandise/
8. No! Ho nostalgia della gente povera e vera / che si batteva per abbattere quel padrone / senza diventare quel padrone. Pier Paolo Pasolini, Siamo tutti in pericolo, 1975.
9. http://www.slate.fr/story/109303/pasolini-communiste-extreme-droite
10. « Toute critique pasolinienne de la politique est d’abord […] une chronique politique de son propre corps » H. Joubert-Laurencin, « Avec toi, contre toi, Pasolini », Contre la télévision et autres textes sur la politique et la société, Besançon, Les Solitaires intempestifs, 2003.
11. Voir J. Paquette, « La question du refus face au pouvoir intégrateur : Pasolini et le poète déterré par les porcs à l’ère du fascisme de la société de consommation », Pour une éc(h)ologie des refus, G.R.O.S., Montréal, Possibles éditions, 2013, pp. 133-145.
12. Il pourrait être intéressant, ici, de comparer, sur la base de cet impératif les textes de Pasolini et ceux de Jean-Claude Michéa par exemple, sur le foot. Voir Pasolini, Les Terrains : écrits sur les sports, Paris, Le Temps des cerises, 2012 et J-C. Michéa, Les Intellectuels, le peuple et le ballon rond, Paris, Climats, 2003.
13. Pasolini, Lettres luthériennes, Paris, Seuil, 2000, p. 221.
14. Pasolini, Lettres luthériennes, p. 233.
15. http://www.finzionimagazine.it/libri/la-nostra-negritudine-in-rivolta-una-profezia-di-pierpaolo-pasolini/ « La nostras negritudine » (TdA).
16. Pier Paolo Pasolini, Alì dagli occhi azzurri, Milano, Guarzanti, 1965, p. 491 (TdA).

REBONDS

☰ Lire notre entretien avec Pierre Adrian : « Pasolini est irrécupérable », novembre 2015
☰ Lire notre article « Pasolini — contre la marchandise », mars 2015

Pasolini, par-delà les détournements

 
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Publié par le août 16, 2016 dans Uncategorized

 
 
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