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Derniers croquis de voyage à Kazan, en route vers Moscou

Marianne a pris la place de Joseph Staline dans le bunker prévu à Samara si Moscou était prise par l’armée allemande.

Pour vous mettre dans l’ambiance, il n’arrête pas de pleuvoir à Kazan, ce qui rafraîchit l’atmosphère et empêche la chaleur de s’installer, mais enfin nous pouvons quitter les vêtements d’hiver que nous avons dû porter jusqu’ici et mettre des sandales. Nous les récupérerons  en arrivant à Moscou, parce que dans la capitale moscovite, il fait la température de 16 degrés, celle d’un beau mois de novembre à Marseille, avec un pull à col roulé, je suis tout juste en train d’éviter le coup de froid. Nous suivons votre canicule, nous recevons vos messages sur l’impossibilité de dormir, les classes suspendues parce qu’il est impossible d’étudier dans pareille fournaise, avec étonnement : tout cela nous paraît très exotique. Il y a aussi l’histoire des groupes à l’assemblée nationale, les esprits qui s’échauffent, les insultes échangées sur les réseaux sociaux. Pour nous deux l’affaire est claire: il faut deux groupes avec coopération et passer à autre chose rapidement. Parce qu’entre nous Macron et ce qui se met en place ce n’est pas rien, d’ici nous mesurons les dangers de guerre, mais aussi un espèce de fascisme planétaire visant à éliminer les canards boiteux, les inadaptés à la concurrence farouche entre êtres humains. Ce qui règne ici, un capitalisme sans entrave. Mais c’est comme la canicule, difficile à comprendre tant qu’on y est pas.

Ziouganov a dit: 80% des terres russes sont en friche

Nous ne savons que peu de choses en définitive de ce qu’est le Tatarstan et encore moins l’ex-URSS. Marianne en allant à Samara a entrevu une autre réalité et m’en fait part. C’est ce que nous avions déjà découvert en Crimée. Le désastre laissé dans les campagnes par la disparition de l’agriculture collectiviste. Sur des terres jadis fertiles et cultivées tout est désormais à l’abandon. Il suffit, comme elle l’a fait de prendre le car pour 8 heures de trajet vers une autre république pour à quarante kilomètre de Kazan voir surgir un autre monde, des routes plutôt mal entretenues et des publications locales qui proposent des prêts à des taux usuriers, on achète aux femmes leurs cheveux et à Kazan la pimpante succède un monde qui glisse vers le sous-développement. Plus d’école, plus de services sanitaires. Les jeunes quittent ce monde et la vieillesse de la population redouble le sous-développement. Il y a encore de la tendresse, de l’attention aux autres, plus que chez nous. Marianne me décrit cette vieille tatare qui s’est fait arrêter au bord du chemin dans une sorte de no man’s land, on devait venir la chercher et il n’y a personne. Une femme russe s’en inquiète, elle ne parle pas tatar, une autre sert d’interprète, elles empêchent le car de repartir tant que le sort de cette pauvre vieille n’est pas résolu, tout le monde d’ailleurs est d’accord, on ne peut pas l’abandonner. On multiplie les coups de téléphone jusque ce que l’affaire soit résolue et que les enfants enfin arrivés récupèrent la babouchka. Pour le moment les solidarités traditionnelles et déjà confessionnelles suppléent à cette désertification. C’est ce qu’a très bien décrit Kochanlovski dans les nuits blanches du facteur, ce groupe humain perdu dans l’espace immense de lacs et de forêts de bouleaux qui survit et dans lequel le facteur sert de lien, et poursuit à sa manière un monde soviétique disparu. Un service public défunt, des écoles vides où il croit entendre les chants joyeux des écoliers de jadis. Mais ce qu’on perçoit peut être encore plus terrible, une partie des plus pauvres glisse dans le retour à une sorte d’état sauvage, se nourrit de baies et élève poules et lapins, quelques tentatives de vente à la ville voisine. A Samara, les communistes ont tenté de recréer des formes d’élevage collectif, du poulet, de qualité aux normes biologiques comme dans l’ancienne URSS. Mais vu le niveau des salaires de la population des villes, ils n’ont pas pu faire face à la concurrence des produits exportés du monde entier et ils viennent de fermer. Face aux sanctions des occidentaux le gouvernement a lancé une politique de distribution des terres en particulier en Sibérie, mais si les communistes approuvent l’idée, ils jugent à juste raison que cette initiative supposerait une politique planificatrice globale de leur installation qui fait cruellement défaut. Seuls les Chinois pourraient répondre aujourd’hui à un tel défi. Les oligarques qui gouvernent le pays et continuent à le dépecer ne veulent pas de cette surveillance de l’Etat à la mode chinoise, la volonté d’indépendance de Poutine trouve ici ses limites et la corruption qui gangrène tous ceux qui peuvent monnayer une petite part de leur autorité prend des allures folles. A Moscou, le secrétaire du parti avec qui nous discutons nous cite à titre d’anecdote le fait que pour avoir une plaque d’immatriculation de sa voiture à trois chiffres identiques il faut verser un pot de vin équivalent au prix d’une voiture de luxe étrangère, mais cela vous garantit la bienveillance à tous les contrôles de police. Alors que la loi est sensée rester égalitaire par mille et une initiative de ce type des mafias se sont créées autour du pactole et les inégalités sont chaque jour plus profondes.

Pym que nous interrogeons sur la question des campagnes, nous dit que c’est peut-être pire que cette désertification évidente. Il nous décrit une scène qui l’a profondément marqué, c’était le jour de la fête des morts dans laquelle les familles ont coutume de porter de la nourriture sur les tombes. Il a vu le soir tombant des hordes misérables de vieillards, femmes et enfants venir récupérer la nourriture…

Ziouganov, le secrétaire du KPRF  me dit Marianne, a des idées qui sont comme des leitmotivs sur lesquelles il brode d’une manière différente dans ses discours, mais qui sont récurrentes, l’une d’entre elle est que 80% des terres russes sont désormais en friche, en allant à Samara je me suis aperçue qu’il disait vrai.

De la popularité de Staline et de la lutte contre la corruption

L’ère Poutine a un peu amélioré ce drame des années Elstine que tout le monde hait comme Gorbatchev. On voit plus de jeunes enfants, moins d’ivrognes. Poutine est le moins pire et soit on vote pour lui, soit l’abstention s’étend dans un monde qui perd l’espoir de retrouver la douceur des années disparues. Dans une telle vision, la popularité de Staline s’étend parce que lui seul aurait été capable d’en finir avec ce qui se passe aujourd’hui. Marianne explique  encore à un chauffeur de taxi qu’en occident on compare Staline à Hitler et Poutine serait sa réincarnation. Il ne relève même pas la comparaison Hitler Staline tant elle lui parait absurde mais il proteste: « Non Poutine n’est pas Staline. Staline aurait fusillé tous ces pillards impitoyablement, Poutine les laisse faire ».

Le parti communiste est-il encore communiste puisqu’il n’est pas capable de faire comme Staline? on peut en douter. Mais nous y reviendrons. En tous les cas sa popularité et celle de Lénine reste incontestable. A Samara, le pouvoir soviétique avait fait construire un bunker sous terre si jamais Moscou était prise par les armées allemandes. Marianne est allée le visiter avec des camarades du KRPF, beaucoup mieux implantés ici que dans le Tartastan voisin où ils ont subi la défaite électorale que nous avons décrite par suite de la colère du monde ouvrier de cette république. Non seulement ils nous attendaient toutes les deux mais ils avaient préparé un programme de visites et discussion. C’est une joie pour eux de voir venir des camarades de France, ce pays qu’ils admirent et dont ils rêvent. Donc Marianne a été conduite dans le bunker où un guide enthousiaste a expliqué non seulement toute l’épopée de la deuxième guerre mondiale mais aussi les raisons pour lesquelles, selon lui, Khrouchtchev haïssait Staline. Le fils de Khrouchtchev faisait partie de la jeunesse dorée et s’amusait à des jeux stupides en l’occurrence, il se prenait pour Guillaume Tell. Malheureusement en visant la pomme, il avait tué un officier. Arrêté et jugé, il devait être envoyé au point le plus périlleux du front celui dont on ne revenait pas. Khrouchtchev avait supplié, il s’était mis à genoux. Staline qui on le sait avait refusé de sauver son propre fils, l’avait repoussé et Khrouchtchev n’avait jamais revu son enfant. Marianne a demandé d’où le guide tenait l’anecdote, de quels écrits, quel historien et le guide de répondre « C’est ce que l’on s’est passé de bouche à oreille quand on a voulu nous inventer un Staline dictateur et massacreur du peuple ». Il est vrai qu’il y a eu une sorte de résistance secrète. Les statues de Lénine sont encore en place, mais celles de Staline ont disparu en 1956. Dans les années soixante et dix, Marianne jeune étudiante en Russe se souvient de cet étudiant qui avait ouvert un tiroir et montré furtivement un portrait de Staline caché là. Le culte secret connait désormais un regain de popularité. Sans parler des masses de touristes chinois qu font des circuits à thèmes et se ruent dans les magasins de souvenirs sur les portraits de Lénine et de Staline. D’ailleurs partout, des pancartes indiquent en chinois que les souvenirs sont « soviétiques ».

A Kazan, les chauffeurs de taxis restent une mine d’information. Certains sont des ingénieurs qualifiés, l’un d’eux excédé vient de quitter l’administration, il explique que le nouveau pouvoir a mis en place son propre système administratif. Il double tous les agents compétents de l’ancien système soviétique vieillissant par ses propres créatures, ces gens-là sont payés le double, ils ne savent rien faire d’autre qu’organiser un système de perception d’avantages autour du pouvoir et son clan de pillards. Si quelqu’un est trop honnête et ne veut pas participer aux affaires, il est viré, à tous les niveaux. Les anciens hérités du système soviétique continuent à faire le travail à la manière du facteur des nuits blanches tout en étant sous-payés et ils doivent avoir plusieurs boulots, dépasser l’âge de la retraite en restant là. Les communistes incarnent trop souvent la nostalgie impuissante de ce monde en train de disparaître et que la jeunesse n’a même plus le temps d’évoquer, tant elle est occupée à tenter de faire sa place dans la dureté des temps nouveaux où tout s’achète et tout se vend.

Et la question de la propriété collective des moyens de production dans tout ça?

Ce qui est extraordinaire c’est à quel point la question de la corruption est posée en termes moraux, comme d’ailleurs l’image de l’Union soviétique, en termes culturels aussi, un monde digne, sans vulgarité et de fraternité entre les individus, les peuples, les âges et les casses sociales, paysans, ouvriers intellectuels, mais jamais il n’est question des privatisations, ni de la propriété collective des moyens de production, du fait que la privatisation a peut-être été le grand facteur de cette corruption. Non ce sont au contraire « les fonctionnaires » qui sont les coupables. Parfois comme dans le conflit des chauffeurs routiers à qui l’on impose une taxe collectée par un oligarque apparaît la responsabilité des ces oligarques, du capitalisme.

Enfin pour clore notre séjour au Tatarstan, nous avons revu notre jeune journaliste tatar, il fait un article sur nous. Il était déçu que nous n’ayions pas pu rencontrer le groupe de jeunes qui ont choisi de contester le système par l’écologie, qui parlent toutes les langues et s’intéressent à l’histoire de leur pays, à l’Union soviétique comme à bien d’autres choses. Nous avons décidé de continuer le dialogue et de publier sur notre blog la traduction de ses propres réflexions. C’est si dur de se comprendre entre gens qui parlent la même langue, sont dans le même pays, alors entre nous il faut beaucoup de patience, rectifier les incompréhensions, nous dit-il. Il nous a donné rendez-vous dans un parc et il repart en vélo. Cela dit quand je lui demande pourquoi poser toujours la question du positif de l’Union soviétique en terme moraux et culturels et jamais à partir des privatisations, de la fin de la propriété collective des moyens de production,il me regarde étonné et me dit « je vais y réfléchir »… j’attends le résultat de ses réflexions.

Enfin, la veille et le jour du départ nous rencontrerons les deux seules personnes qui affirment que c’est mieux maintenant et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Deux adeptes du capitalisme ?

Le premier est un notre dernier chauffeur de taxi. Il a la soixantaine. A notre question sur ce qu’il préfère aujourd’hui ou l’Union soviétique, il nous répond que la vie a passé si vite qu’il n’y a rien compris. Il a travaillé d’abord comme chauffeur de bus pour nourrir sa famille, puis maintenant comme chauffeur de taxi. Il avait été élevé dans un kolkhoze proche. Tout va bien, il gagne bien sa vie et il y a de tout dans les magasins. Il ne se plaint pas. Mais quelque chose me pousse à poursuivre l’interrogatoire et je lui demande s’il a des enfants. Et là le masque tombe, la souffrance est là. Son fils vit chez lui, il n’a pas de travail, il vit de petits trafics, c’est lui qui l’entretient. Il a fait une école d’art, mais il ne trouve rien en accord avec sa formation. Du temps de l’Union soviétique, on faisait des études et après on vous envoyait dans un poste parfois loin de chez vous, mais il y avait pratiquement immédiatement les moyens de fonder une famille. Aujourd’hui c’est l’insécurité et les jeunes ne veulent plus les travaux pénibles, comme chauffeur de bus, ce sont les gens venus des anciennes républiques qui font le travail. Russes et Tatars n’en veulent plus. Et de là toute l’incompréhension, la douleur même remonte à la surface: pourquoi ont-ils détruit l’Union soviétique, cela ne marchait pas si mal… est-ce que Gorbatchov l’a fait exprès ou est-ce que c’était un imbécile? Elstine tout le monde le sait était un alcoolique… Pourquoi? Je lui demande pourquoi alors il nous avait dit que tout allait bien. Il se tait un instant puis il avoue: « je suis un patriote… J’aime mon pays… est-ce que je vais en dire du mal  à des étrangères?  » et il ajoute » Poutine est un homme bien. Il reconquiert l’Union soviétique morceau par morceau, il a recréé l’ordre. Il y en a qui disent du mal de lui ». J’avais senti dans cet homme simple qui n’avait pas vu le temps passer ce que je connais du monde ouvrier et de ce que je ressentais face au soviétique jadis. Cette soif de dignité qui passe aussi par le patriotisme, le refus de dire du mal de ce qui a coûté dans l’effort. Pas la peur de dire la vérité, non, la volonté de vous faire respecter leur pays, eux-mêmes.

Mais le dernier personnage que nous avons rencontré était un jeune homme lui sincèrement convaincu des bienfaits du capitalisme. Il s’agissait du jeune couple auquel nous avions loué leur appartement et qui le loue aux touristes de passage, par ailleurs il vend du matériel électronique qu’il va acheter au Vietnam et en Azerbaïdjian. En apprenant que nous allions commander un taxi pour l’aéroport, il s’est proposé si nous lui donnions le prix de la course, 500 roubles. La professeur de tatar de Marianne qui elle était musulmane très pratiquante et faisait le ramadan, l’avait mise en garde : « ne lui faites pas confiance, il ne viendra pas! » Elle s’était trompée, il était là à l’heure dite. Sur le trajet il avait mis à tue tête la musique américaine et pas de meilleure qualité. Marianne pour ne pas le vexer lui avait demandé s’il ne pouvait mettre de la musique tatare. Il avait obtempéré mais dénoncé le fait que cette musique était restée figée, incapable d’évoluer… Et bien que tatar lui-même s’était mis à chantonner en se moquant « Tout le monde peut faire ça! » Quant à l’Union soviétique, il y était né. Il avait même été octobriste en rentrant à l’école maternelle, c’était juste avant les pionniers. Dans sa belle-famille, il y avait les tantes de sa femme plus âgées qui avec la perestroïka, la désorganisation générale n’avaient jamais pu trouver un travail en accord avec leurs compétences y compris aujourd’hui. Mais lui heureusement il avait pu profiter des opportunités. Par exemple l’appartement, jadis en Union soviétique on ne pouvait pas vendre mais échanger. Avec la fin du socialisme, tout a été possible. Il a hérité de son grand-père un studio qu’il a vendu. Il s’est marié, ils avaient deux voitures, il en a vendu une et avec la somme totale plus des prêts de leurs parents il a acquis cet appartement. Il le met en location, va vivre chez ses parents et agrandit son pécule, développe son commerce. Il est très content et ne voudrait pour rien au monde revenir au système antérieur. Je l’interroge sur la situation dans les campagnes. Il reconnaît que peut-être ça s’est un peu dégradé, mais c’est plus authentique qu’avant, on recrée le folklore tatare, d’ailleurs c’est dommage que vous ne restiez pas jusqu’au premier juillet, il y a la fête du repos entre deux périodes de travaux agricoles, on mange, on danse, les hommes luttent et celui qui gagne reçoit un mouton.puis comme il est profondément honnête et qu’à cete manière des russes, il réflchit pour essayer de vraient vous satisfaire, il ajoute « oui c’est vrai que ce n’est pas très bien, mais c’est pire chez les voisins Chouvases ».

En le quittant Marianne me dit: en voilà un au moins qui nage dans le bonheur. Et elle ajoute: « Est-ce que le fait d’avoir vécu sous une période ou une autre de l’Union soviétique n’a pas joué un rôle? Lui et ses belles-soeurs, visiblement n’ont connu que le désastre de la perestroïka, alors que notre chauffeur de la veille lui avait 60 ans et avait connu tout autre chose. Cette remarque est très importante. Je pense toujours que si l’on devait faire une étude de l’Union soviétique il faudrait faire une analyse des statistiques de mobilité sociale. La formidable transformation d’un peuple durant la marche forcée stalinienne, les opportunités offertes à un peuple de moujiks arriérés. La formation d’une grande classe moyenne, quel rôle joue-t-elle dans la chute de l’Union soviétique? Aujourd’hui une partie, la plus importante de celle-ci est menacée de déclassement. Non seulement la paysannerie, la classe ouvrière mais aussi une bonne partie des enseignants, personnels de santé et autres. Non seulement leurs conditions se dégradent et le fossé se creuse entre le recteur et les professeurs d’université, mais c’est leurs enfants qui sont les plus menacés dans leur avenir. Il faut qu’ils jouissent d’un important capital pour ne pas déchoir, capital argent, patrimoine acquis dans la vente des biens d’Etat, mais aussi capital culture dirait Bourdieu et également capital relationnel, participation à des mafias. Il faudrait voir tout cela, un peu à la manière des travaux de Louis Chauvel sur la crise des couches moyennes en occident. Il faudrait également tenir compte comme le suggère Marianne de la période de l’Union soviétique vécue par chacun. Je me prends à rêver d’une enquête pour laquelle je n’ai ni le temps, ni les moyens.

Marianne me dit, en fait les médias, le pouvoir ne cessent de répéter à la jeunesse qu’il faut se bouger et que ce sont les meilleurs, les plus travailleurs, les plus intelligents qui réussissent. Comment résister, quand on a la moindre petite réussite, à ne pas se sentir heureux de faire partie de l’élite des capacités? Tiens ça me rappelle quelque chose du côté de Macron?

L’Allemagne nous réserverait-elle des surprises? Et les hommes d’affaire chinois?

En  attendant l’avion, Marianne se repose, mais je commence une conversation en anglais avec un allemand venu de Stuttgart en famille. C’est fou ce qu’il y a comme Allemands ici, des Allemands et des Chinois. Si ceux-ci sont venus revivre en groupe les grandes heures de l’Union soviétique (il y a aussi des Vietnamiens), les Allemands sont là en famille pour faire des affaires probablement.

Celui-ci parle aussi mal l’anglais que moi, mais nous nous comprenons en mélangeant allemand et anglais. Il me dit que Merkel et Macron sont deux fous ensemble. Il en a après leur politique migratoire et il explique qu’en Allemagne il entre 6000 migrants par jour et que ces gens veulent nous tuer. Que l’Allemagne va se réveiller quand il sera trop tard et qu’ils seront tous égorgés. Il faut les refouler et tuer les terroristes. J’ai un haut le coeur. Je lui explique que je suis juive et que son discours prononcé en d’autres temps a conduit 18 membres de ma famille dans les camps de la mort. Il hausse les épaules et me dit ! « Mais bien sûr personne ne veut des nazis, il y a 1% de ces dégénérés en Allemagne »… En fait ce qu’il veut c’est qu’on limite l’Europe à l’Allemagne, la France, l’Italie, les pays fondateurs » Comme je proteste que tout cela et bel et bon mais que ce qui nous tue est l’euro, parce que notre économie est alignée sur l’Allemagne, alors que celle-ci à une industrialisation beaucoup plus performante, il est d’accord pour supprimer l’euro et pour retrouver une monnaie commune virtuelle comparable à l’écu… On croirait le programme de la section économique du PCF. Cette discussion avec un homme dont je ne sais toujours pas si c’est un  fasciste, un disciple de Jacques Sapir mâtiné de quelques  traits empruntés à Boccara ou Dimicoli, l’unté de tous les contraires, achève de contribuer à l’impression de confusion généralisée. La seule constante entre tout ce kaléidoscope est qu’il n’est toujours pas question d’expropriation du capital, de planification et de collectivisation des moyens de production, le tout sous la référence enthousiaste à Staline qui tout de même était un adepte forcené de la chose.

Marianne corrige: non à Samara, il y avait un député du KPRF qui intervenait tout le temps dans la discussion et empêchait les autres de parler. Comme nous étions nombreux, il bloquait les autres et il ne cessait de répéter: à un moment il y a eu la collectivisation des moyens de propriété, et il y a la fin de la propriété collective des moyens de production à un autre moment c’est aussi simple que ça. Comme quoi on peut être parfaitement envahissant, sentencieux, excéder les autres et avoir raison. Oui c’est vrai il y en avait beaucoup jadis au PCF et souvent il m’arrive vraiment de les regretter.

Et elle ajoute pour finir de nous achever dans nos illusions : et il n’y a pas que les hommes d’affaire allemands… Ne crois pas que les Chinois soient simplement ces gentils touristes naïfs partis à l’assaut des souvenirs de la grande guerre patriotiques, qui raflent tous les bustes de Lénine et Staline qui leur tombent sous la main, il y a des franches fripouilles. L’autre jour elle allait à la rencontre des collègues du centre de relations internationales et elle a vu sur un banc, un gros chinois dans un jogging vert olive et bleu particulièrement peu élégant et aussi avachi que son propriétaire; il parlait très fort et en chinois sur son portable croyant que personne ne comprenait et il expliquait les opportunités de faire du business ici ou à Moscou. Il avait un fort accent du nord, de la Mandchourie et truffait son discours de paroles vulgaires. Tout y passait les conditions climatiques, le logement, les transports et là il y a eu l’opportunité de l’état de la population:  » Les Russes sont naïfs, ils n’ont pas l’habitude, comme les occidentaux les méprisent et les traitent mal et qu’il n’y a plus que nous de gentils avec eux, ils espèrent en nous… »

Marianne qui a vécu en Chine, a une famille chinoise et déteste que l’on méprise les Chinois, me dit celui-là était de la catégorie puante, immonde comme le choix disons de la « NEP » en a produit, « l’homme d’affaire » et il ne ferait qu’une bouchée de notre petit logeur prêt à faire le taxi, à aller habiter chez ses parents en pensant « le capitalisme c’est formidable ». Le communisme chinois a jeté ses petits tigres avides sur le capitalisme occidental, ce grand tigre de papier monnaie, mais aussi sur ces pauvres Russes qui n’en finissent pas de se demander comment tout cela leur est arrivé.

Quel foutu bordel… j’aime de plus en plus les Russes y compris ceux qui se prennent pour des petits gagneurs et qui sont prêts à perdre une heure pour empêcher une vieille Tatare de se retrouver seule dans un no mans’s land… Mais je me demande si nous sommes eux et moi bien adaptés, peut-être un Josph Staline… tiens ça me gagne moi aussi.

 

Danielle Bleitrach

 

 
 

Un Russe à propos de la Chine : Pourquoi les communistes ont besoin de la mondialisation

Ce texte traduit par Marianne n’est pas d’un communiste et à ce qu’elle dit, il a provoqué les commentaires défavorables de la quasi totalité des lecteurs russes; en gros: « il dit n’importe quoi, ce n’est pas le communisme, la NEP a été une catastrophe heureusement qu’il y a eu Staline pour rectifier… » Pourtant ce texte nous parait intéressant ne serait-ce que parce qu’il part des réalités matérielles que doit affronter le parti communiste chinois: nourrir sa population. Sans cette conscience de l’essentiel aucune stratégie d’un Etat ne peut réussir mais ce faisant il existe une direction communiste, planificatrice, et certainement le parti est la  proie de tensions contradictoires. Ce qui n’est pas le sujet de l’article dont on comprend qu’il ait pu susciter le courroux des Russes puisqu’il leur dit aussi en clair, il n’y a aucune raison pour que la Chine communiste priviligéie la Russie devenu un pays capitaliste comme les autres dirigé par des oligarques qui ne vaut pas mieux que les magnats américains.Il est vrai que les points de la démonstration sont parfois léger pour un tel renversement de perspective mais elle est loin d’être illogique.(note de danielle Bleitrach).

Pavel Volkov, publiciste

15 juin 2017

Photo: page personnelle facebook.com

https://www.vz.ru/opinions/2017/6/15/874660.html

Le 13 juin, Panama a rompu ses relations diplomatiques avec Taiwan pour les établir avec la République populaire de Chine. Le Président du Panama, Juan Carlos Varela, a même nommé parmi les principales raisons de cette décision le point de vue partagé par les deux pays sur l’importance de la mondialisation.

 

Le plus curieux dans cette histoire est que ces pays – Panama et Taiwan – sont tous deux des satellites américains. Donc, si la « compréhension de l’importance de la mondialisation », est venue soudainement à l’esprit de quelqu’un, il ne s’agit clairement pas de la direction du Panama. Comment expliquer cela ?

On sait que, en 1949, la guerre civile chinoise a pris fin et les communistes avec Mao Zedong sont arrivés au pouvoir, tandis que le Guomintang pro-américain a fui vers l’île de Formose (Taiwan), où son chef Tchang Kaï-chek non sans l’aide des États-Unis a établi une dictature militaire.

En 1966, Taipei a même créé une «  Ligue mondiale anticommuniste » qui existe encore aujourd’hui sous le nom de Ligue mondiale pour la liberté et la démocratie (WLFD), où se retrouvent et avec laquelle collaborent toutes sortes de personnalités d’orientation fasciste et ultralibérale qui s’y sont trouvé visiblement des intérêts communs.

Toutes ces personnes, rassemblées à Taiwan sous la direction sourcilleuse de Washington, se sont battus contre le communisme, en particulier chinois. Mais au fil du temps, l’équilibre du pouvoir a changé, en 1970, la Chine a évincé Taiwan de l’Organisation des Nations Unies, et en 1979, les États-Unis ont reconnu la République populaire chinoise.

Et maintenant, apparemment, après près de 40 ans, le tour est venu des satellites américains. Panama a reconnu Taiwan exactement aussi longtemps que les États-Unis ne se sont pas inquiétés de la nouvelle Route de la soie maritime.

En juin 2016 a été achevée la reconstruction du canal de Panama, qui est devenu plus large et plus profond, et a vu sa capacité doubler. Par ce canal modernisé les Américains seront en mesure de transporter rapidement les hydrocarbures du golfe du Mexique par exemple en Chine, et les marchandises chinoises atteindront l’Europe, en contournant la Russie, la Turquie et le reste des concurrents.

Comprenant les risques, les Chinois, avec la participation de la Fédération de Russie, ont commencé en 2014 la construction d’un canal au Nicaragua, mais ils se sont heurtés tout d’abord aux protestations des agriculteurs, des écologistes, puis le groupe HKND en charge du projet a connu des difficultés financières. Bref, les Etats-Unis ont obtenu le gel du projet.

Il semble que la reconnaissance par le Panama – c’est la pilule par laquelle Trump a décidé d’adoucir l’amertume des Chinois devant l’absence d’alternative à la route maritime contrôlée par les États-Unis entre le Pacifique et l’Atlantique.

L’interdépendance des économies américaine et chinoise est bien connue. Compte tenu de la rhétorique offensive de sa campagne électorale, on s’attendait à ce que Trump rompe cette dépendance, mais il semble avoir simplement décidé de l’utiliser dans l’intérêt de ses électeurs.

Ainsi, dans son premier discours au Congrès, il a promis de « faire revivre l’industrie moribonde. » D’abord et avant tout, il s’agit de l’extraction du charbon.

Depuis février 2017 en raison des sanctions, la Chine n’achète plus de charbon en Corée du Nord, qui était le quatrième plus grand fournisseur de cette ressource à la Chine. À ce jour, la part du charbon dans le secteur de l’énergie en Chine est d’environ 70%, et d’ici 2020, elle sera réduite à 67%.

Mais, d’une part, ce n’est pas une forte baisse, et d’autre part, même la réduction prévue de la consommation en valeur absolue de 160 millions de tonnes n’aura pas trop d’impact sur la demande totale d’environ 3,7 milliards de tonnes, l’équivalent de la moitié de la consommation mondiale.

Oui, les centrales à charbon sont remplacées de plus en plus par des centrales au gaz, mais avec la métallurgie le problème persiste. Par conséquent, pour compenser le tarissement de l’approvisionnement en charbon en provenance de Corée du Nord, la Chine a considérablement augmenté ses importations des États-Unis.

 

Cependant les nouveaux paramètres de la coopération des États-Unis et de la Chine dans le secteur de l’énergie ne se limitent pas au charbon.

Ce mois-ci, la Chine a abandonné de manière inattendue la construction de deux nouveaux gazoducs en provenance de Sibérie, expliquant sa décision par le fait que, dans les nouvelles conditions du marché du gaz, elle ne voyait pas la nécessité du projet « Force de Sibérie – 2 » et du tracé Extrême-Orient – Sakhaline.

Le fait est que, depuis la négociation de l’offre, les prix mondiaux des hydrocarbures ont chuté de près de moitié, et maintenant l’achat du GNL aux États-Unis devient plus avantageux. Rien de personnel, juste du business.

Si l’on en croit Bloomberg, Xi Jinping et Donald Trump se sont accordés sur les livraisons de GNL dès le mois d’avril, et en mai, le département américain du Commerce a annoncé la signature d’un accord commercial bilatéral, élargissant aux entreprises de l’énergie des États-Unis l’accès au marché chinois.

Le même mois, lors du sommet de la Route de la soie à Pékin, le chef de la société d’État chinoise CNPC Wang Yilin a déclaré que la Chine visait à diversifier l’offre et allait donc élargir sa base grâce aux hydrocarbures des Etats-Unis. A cet effet seront construits conjointement des terminaux méthaniers.

L’économiste en chef de BP pour la Russie et la CEI Vladimir Drebentsov estime que la Chine n’allait pas dans un avenir prévisible augmenter ses achats de gaz en Russie, dans la mesure où elle en achète en Asie centrale et développe activement son propre gaz de schiste. Et puis il y a le GNL américain.

Le monde se transforme en un champ très spécifique de bataille entre deux monstres, qui ne souhaitent rien tant que de détruire l’autre, mais qui sont si étroitement liés que l’effondrement de l’un entraînerait sans aucun doute l’effondrement de l’autre. Alors ils créent une relation symbiotique sur le principe love and hate, où tous les autres devront devenir satellites de l’un ou de l’autre.

En fait, la Chine est aujourd’hui la locomotive de la mondialisation, tandis que les États-Unis et l’Europe occidentale, assez curieusement, décrochent plus ou moins du projet. Ou essayent de décrocher – car on ne sait pas s’il est possible de changer la trajectoire du saut par-dessus le précipice, quand on a déjà parcouru 80-90% du chemin.

 

Pendant ce temps, l’Empire céleste s’active dans toutes les directions.

Beaucoup croient que le communisme en Chine est de pure forme, et que le pays est depuis longtemps passé à un système de capitalisme d’Etat modernisé, qui a causé son succès économique surprenant, et aussi les contradictions qui pèsent sur elle.

En fait, il n’en est rien. La Chine est dans une phase de transition du capitalisme au communisme, dans une sorte de NEP prolongée.

À la tête de l’Etat est le Parti communiste qui réalise la dictature de la classe ouvrière, et dans les mains de l’Etat se trouvent environ 50% de l’économie. Les autres 50% vivent dans les conditions du marché, en concurrence avec le secteur public et, quand ils auront perdu la concurrence, finiront par être absorbé par lui, ce qui permettra de passer de la NEP au socialisme.

Franchir ce pas rapidement est impossible en raison principalement de la taille gigantesque de la population à qui on ne peut tout simplement pas fournir tout le nécessaire pour le développement social à l’aide des ressources intérieures. L’Union soviétique en avait plus ou moins la possibilité, mais pas la Chine.

Et si l’on n’a pas cette possibilité, et que c’est une nécessité absolue, il faut bien prendre les ressources quelque part. D’où la nécessité de la mondialisation et de la nouvelle route de la soie chinoise et tout ce qui s’ensuit.

Traduction MD pour H&S

 

 
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Publié par le juin 21, 2017 dans Asie, civilisation, Economie

 

Jeanne: quelles étranges convergences, à quelle urgence répondent-elles?

Jeanne , je publie ton texte avec lequel je suis en parfait accord, j’ai beaucoup de choses à dire là dessus, mais c’est le départ de Kazan, l’avion à prendre. Mais le centre de tes remarques est « guerre à la guerre ». Moi aussi j’ai lu et médité Anders, le seul à faire la relation entre Hitler et l’extermination des juifs mais aussi la guerre livrée aux soviétiques et Hiroshima, Nagasaki. pourtant c’est évident. Cela marque l’unité fondamentale d’un capitalisme en crise. Encore une idée centrale  du moment: le PCF est à deux doigts de disparaître. Pourtant une étrange conviction m’anime, ce que nous défendons ou plutôt défendions est juste, nous devons et pouvons triompher parce que nous sommes les seuls à être en capacité de comprendre la nature réelle de ce que nous devons affronter et jusqu’où ira le capitalisme… Il a commencé une guerre et masse ses troupes, ce qui se passe en Europe même, en Ukraine et ailleurs autant qu’au Moyen Orient illustre cette offensive. Il faut relire le début aussi du texte de PAM, comment ce gouvernement « nouveau » sitôt élu est déjà dans la crise, les démissions, ce système fait eau de toute part, il est dangereux. A cause de cela je ne crains aucun ennemi extérieur, celui émanant de ce système capitaliste à son stade sénile, mais notre propre faiblesse intérieure. Voilà je jette ça et je développerai bientôt (note de Danielle Bleitrach).
Quelle étrange chose un très grand nombre de mes lectures de ces jours-ci me ramènent à cet après-guerre et aux années 1950.
Années tout de suite happées par la conjoncture de la guerre froide et d’attaques frontales contre le communisme vainqueur de la guerre fasciste et de l’Axe partout en Europe, en Asie, sur mer, sur terre .
J’ai commencé par (re) lire allongée sur mon lit,”à la faveur” d’un mal de dos tenace, le livre acheté cet hiver d’Emmanuel Faye sur Heidegger et Arendt, puis j’ai vu la recension que tu en as mise ici sur le site, la réponse interpellante de” Lecca” ici dans les commentaires et enfin avant-hier j’ai lu le site “Greekcrisis” dans lequel le sociologue-ethnologue qui l’anime Panagiotis Grigoriou met une très longue citation absolument actuelle de Gunther Anders.
Comment d’un coup ces “rencontres” se sont liées dans mon esprit,au point de me faire me demander si toutes ces références étaient dues au hasard ou à un réel “esprit du temps” à une urgence intellectuelle posée pour penser notre conjoncture politique de désastre, à la lumière de cet après-guerre de la sortie du nazisme, de l’affrontement de classe dans la misère matérielle qui était la nôtre victimes directes du nazisme comme toi ou nouveau-né de la classe ouvrière comme moi ?
Je pense que cette liaison s’est faite sur plusieurs plans d’abord des “bouffées de souvenirs”, la mort des Rosemberg a été pour moi un “apprentissage politique” et pourtant je n’avais pas encore six ans, je me vois aller chercher mon père à son travail, il était mine défaite disant “ils les ont exécutés” et mes parents m’ont expliqué. C’est alors noué en moi quelque chose d’assez inexplicable de l’ordre” guerre à la guerre”, les gens qui se révoltaient contre leur pays qui avait osé lancer pour de vrai cette monstruosité de bombes atomiques et ce maudit pays capitaliste qui n’allait pas manquer d’en envoyer sur nous aussi d’après mon père me fichait une peur noire , heureusement qu’il y avait l’URSS disait-il.
Trois ans ou quatre ans après c’est Oppenheimer qui venait manger au restaurant où travaillait mon père (j’ai un menu signé par lui) et de nouveau on a reparlé de cette histoire de bombes atomiques.
Quel rapport avec Arendt, Heidegger et Anders ? Il se trouve que j’ai été chargée une année en terminale de faire les cours de la matière qui sous un sigle barbare ECJS était de l’éducation civique, et que j’ai pris comme thème de travail la “responsabilité”, j’ai donc fait lire ce grand livre de G.Anders qu’est “Nous, fils d’Eichman” qui est une lettre ouverte où il demande au fils de l’organisateur technicien, mais efficace, zélé de l’extermination des juifs de se désolidariser de son père. Il relie cela à la responsabilité du pilote qui a lancé la bombe sur Nagasaki avec lequel il a été en correspondance. Arriver à expliquer cela, d’abord de le faire lire à quelques lycéens m’a demandé un lourd travail (pour un assez piètre résultat pédagogique concret me semble-t-il) mais moi cela m’a secouée et je me suis lancée dans la lecture de Anders et d’Arendt dont il a été le mari, j’ai donc lu Arendt à partir de Anders.
Pendant mes études bien entendu j’avais lu Heidegger en français car je ne suis pas germaniste comme je te l’ai dit, j’ai eu beaucoup de mal, mais comme j’avais eu Aristote (in extenso à l’époque) au programme de l’agrégation, d’une certaine façon ,en faisant une petite tambouille intellectuelle perso.,et en utilisant mes connaissances de grec ancien (j’étais en A’ au lycée) j’avais réussi à l’appréhender, mais comment dire? comme je suis très matérialiste dogmatique et marxiste manichéenne par certains côtés je l’avais mis de côté car je le trouvais “macaronique” …
La question posée par Leca: “pourquoi s’intéresser à des philosophes manifestement nazis ou à ceux qui n’ont pas rompu avec eux”? est une question valide…
…Si, mais la condition est de taille , si on fait abstraction de l’histoire matérielle de la diffusion, de la réception des textes dans une société déterminée.
Oui Leca a raison : pourquoi s’intéresser à ces gens ?
Mais parce que Heidegger surtout en France a été donné comme le philosophe-phare de son temps, comme Descartes l’avait été au 17ème sicle pour des gens qui l’ont pourtant dépassé, critiqué comme Malebranche, Spinoza ou Leibniz, qui ne sont pas cartésiens, mais sont innervés par les concepts cartésiens. Ceci débouche sur la question historique:
Arendt est-elle la “disciple” de Heidegger, son élève et son amante ou est-elle la “Spinoza” de Heidegger qui rompt et produit autre chose? c’est une des questions posées.
L’autre question c’est “pourquoi en France surtout, a-t-on remis le pied à l’étrier de Heidegger? après la guerre” ?
En effet Heidegger a été soumis aux protocoles de dénazification : exclusion de l’université etc…
Sa réhabilitation va se faire en plusieurs points et étapes: d’abord on a dit que c’est pour des raisons factuelles, on ne pouvait diriger une université si on adhérait pas au NKPD, ensuite on a dit qu’Heidegger avait été gentil avec certains de ces étudiants juifs et ne les avait pas poussés de lui ^même dans les chambres à gaz (je force le trait ironiquement bien sûr) , mais chacun disait que 1- l’oeuvre elle même son contenu de H. était exempte de toute tache de pensée nazie, 2- que H.était resté sur l’Aventin et n’avait pas été un champion nazi dans l’arène politique. 3- qu’Hannah Arendt elle même après la guerre avait renoué (sur des bases non sexuelles ce coup ci) avec lui, et qu’intellectuellement bien quelle ne reprenne pas son contenu de philosophie et qu’elle se soit émancipée de lui elle n’avait jamais rien eu à redire de la place qu’il tenait dans la pensée européenne et occidentale au sens large.
C’est l’honneur d’Emmanuel Faye d’avoir montré par l’analyse des textes, de tous les textes, du vocabulaire qu’en fait Heidegger c’est le Nazisme DANS la philosophie. ceci dans son livre de 2005.
Dans ce livre de 2016 ce qu’il montre c’est que doit le concept de “totalitarisme” et aussi celui de “banalité du mal” forgés par Hannah Arendt, à la pensée de Heidegger.
Si on rejoint les deux thèses celle du livre de 2005 et celle du livre de 2016 c’est absolument angoissant.
Car si H. a été (et à mon avis est resté nazi) AH. elle, ne l’a pas été et ne saurait l’être ou y être associée.
Du coup (et c’est pour cela que la question se pose comme te le disait Danielle ,Lecca) on ne peut pas expédier le concept comme on ferme sa porte au facho de service… On se doit de s’interroger sur ce “contenu” des concepts Heidegerriens, mais aussi de ceux d’Arendt.
Moi, je dois dire qu’un abîme s’est ouvert devant moi.
D’autant que tout cela débouche sur la question du jour, pourquoi tout cela ressort-il actuellement, pourquoi nous sentons nous obligés de nous confronter à cette conjoncture de l’après-guerre quand la guerre atomique future était angoissante car on la voyait à l’horizon poindre, comme les “nuits bleues” des plasticages du siège du parti du 6ème arrondissement faisait peur à l’enfant que j’étais.
Pourquoi Anders nous aide-t-il à penser? Comment se débarrasser de l’Heideggerianisme qui traîne en nous? et dont on ne voit pas les origines nazies, pourquoi Arendt est-elle insatisfaisante ? alors qu’on avait tous les penchants spontanés de nos madeleines de Proust infantiles et intellectuelles qui nous poussaient à l’aduler ?
Bon j’arrête là car je ne tiens plus assise devant mon ordi… le dos !!
Je vais juste mettre, si j’y arrive en copier /coller la citation de Anders lue dans “greek-crisis” sur le commentaire suivant.
 

Après les élections… par Pierre Alain Millet

Mardi 20 juin 2017, par  Pierre-Alain , popularité : 26%

Après 4 dimanches bien occupés à organiser le bureau de vote Jean Moulin, concluant deux campagnes électorales prenantes, il est utile de faire un bilan… En résumé, la démocratie est bien malade, les quartiers populaires en sont le plus fort symptôme, et la recomposition des noms et les changements de tête n’y changent rien… La campagne présidentielle a commencé avec les « affaires » de candidats qui justifiaient ce que certains appellent le « dégagisme », le gouvernement commence à peine qu’il faut encore « dégager » deux ministres potentiellement mis en cause… Et le gouvernement commencera par finir la loi travail que le gouvernement précédent avait entamé sans pouvoir aller au bout des demandes du patronat…

Le « dégagisme », la « recomposition », ne sont toujours et encore que la même musique médiatique du tout change pour que rien ne change… Dans notre circonscription, le député a changé d’étiquette politique, mais il est le même pour voter les mêmes lois, mise en cause du droit du travail, mondialisation, réduction des services publics…

J’ai eu l’occasion de le dire après chaque dépouillement au bureau de vote Jean Moulin, tous les résultats confirment la fracture toujours plus profonde entre les citoyens et les institutions… L’alternance gauche-droite ne pouvait plus faire semblant de prendre en compte les mécontentements. Cette séquence électorale en sort en organisant un grand ménage du personnel politique. Le résultat est clair… Encore plus de patrons, de cadres supérieurs et de professions libérales présentés comme la « société civile ». Jamais la bourgeoisie n’aura géré aussi directement les affaires publiques !

Je redis donc à tous les abstentionnistes, notamment du premier tour, si nombreux dans mon quartier (près de 80% aux législatives !) : oui, la politique ne sert à rien si vous attendez le jour de l’élection pour vous mobiliser, alors, en fait, vous ne pouvez plus grand chose, vous ne pouvez qu’éliminer le pire… le système a organisé sa succession. Il n’y a pas de construction politique nouvelle sans que des milliers de citoyens ne s’engagent tout au long des années pour construire des solidarités, des actions collectives, des projets communs. Sans cela, l’élection est un piège ! Elle ne devient utile que pour un peuple uni et organisé pour se faire respecter, pour défendre ses droits. La démocratie, c’est à dire le « pouvoir du peuple », ne tient pas dans un bulletin de vote. Elle exige que le peuple soit capable d’exercer concrètement sa souveraineté.

Je pense aussi aux électeurs qui se sont dit, après tout, pourquoi pas ? Ce président est plus jeune, il va renouveler les manières de faire de la politique, il va changer des têtes… ce sera toujours mieux que ce qu’on avait. Ils vont vite constater que changer les têtes ne change rien au système ! La prochaine crise financière fera de nouveau exploser l’économie et ce seront encore les salariés qui paieront pour sauver les banques et le système, et ce sera encore la concurrence qui fera baisser le « coût » du travail, c’est à dire les salaires, et qui poussera toujours plus aux affrontements mondiaux et aux guerres. Bien sûr, il y a des gagnants dans ce système, et tous les commentateurs ont montré la fracture entre la France qui gagne, notamment dans les coeurs urbains des métropoles, et la France qui souffre, dans la rural, le monde ouvrier, les quartier populaires.

Cette France qui souffre a été profondément divisée au fil du temps au profit du Front National, mais le résultat de Jean-Luc Mélenchon montre aussi qu’une autre colère est possible, progressiste, solidaire, qui tient le cap à gauche comme on dit à Vénissieux !

Il est dommage que dans la 14eme circonscription, cette colère ne se soit pas rassemblée autour de Michèle Picard. Elle aurait alors été en tête sur la ville de Vénissieux, présente au deuxième tour, et, comme Jean-Paul Lecoq au Havre, elle aurait pu bousculer le système « en marche »…

Car à Vénissieux, toutes les autres forces politiques sont en recul sur 2012, Le FN et la droite perdent 1000 Voix, Yves Blein, passé du PS à en marche en perd 1500 ! Le total France insoumise-PCF aurait été la seule force à progresser de près de 500 voix sur 2012 ! Il est vraiment dommage que des divisions nationales qui n’avaient rien à voir avec la situation locale ne nous aient pas permis de concrétiser ce potentiel.

Pour ma part, j’en tire la conclusion que Vénissieux a les forces pour « tenir le cap à gauche », avec tous ceux qui veulent agir contre l’austérité, la précarisation du travail, la désindustrialisation, tous ceux qui veulent défendre les services publics, les communes, les droits !

Avec toute l’équipe municipale, nous avons multiplié les démarches pour associer les habitants à l’action publique, de nos conseils de quartier au conseil citoyen, du conseil de transparence du réseau de chaleur à l’enquête auprès des demandeurs de logement, sans oublier le conseil municipal enfant… Nous allons renouveler à l’automne nos conseils de quartier, nous allons présenter notre nouvel agenda 21 au grand rendez-vous de la ville… En fait, si on peut se permettre ce jeu de mot, Vénissieux est en marche avec son maire communiste et son équipe municipale de large rassemblement ! Chaque Vénissian peut prendre sa place pour défendre ses droits, son quartier, ses projets, sa ville.

 
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Publié par le juin 20, 2017 dans actualités, textes importants

 

la chanson anti-Trump de Joan Baez : méchant homme de la tête aux pieds »

 
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Publié par le juin 20, 2017 dans Uncategorized

 

Immigration italienne : le débat dans la presse des années 20

Publié le 26/04/2017
Auteur:
Marina Bellot
Le Croix, journal du 16 février 1929 – Source RetroNews BnF
Dans l’entre-deux-guerres, la forte immigration italienne, incitée par le patronat et les pouvoirs publics pour reconstruire le pays, effraie une partie de l’opinion et de la presse.

« Si vous voulez faire fortune, conservez avec soin un Français. Dans cinquante ans, vous pourrez le montrer dans toute la Gascogne comme un exemplaire unique d’une race disparue.« 

Cette plaisanterie qui circule à la fin des années 20 dans le Sud Ouest (rapportée en 1929 par L’Echo de Paris) exprime bien les peurs nées de l’immigration italienne soutenue que connaît la France de l’entre-deux-guerres. Le pays est alors exsangue : aux pertes matérielles et au retard éconmique s’ajoute un bilan démographique dramatique (1 325 000 de morts au front, 1 100 000 blessés et mutilés).

Pour faire face à la pénurie de main d’oeuvre, les appels politiques à l’immigration de travail se multiplient dans les années 20 et le patronat favorise l’introduction en France de travailleurs agricoles italiens. La forte immigration italienne qui en résulte suscite parmi une partie de la presse et de l’opinion des réactions de peur voire d’hostilité.

En 1925, Le Journal appelle les pouvoirs publics à réglementer cette immigration :

« À certains égards, ils nous rendent service, en venant cultiver des terres que nous laissions à l’abandon. À maintes reprises, nous avons fait appel sans dommage à leur concours ouvrier et, volontiers, nous le considérerions encore comme le bienvenu.

Mais cette fois, il s’agit d’une entreprise de dépossession, puissante et durable. Les immigrants italiens poursuivent de vastes desseins. Les sacrifices consentis, leurs grandes dépenses de premier établissement, les projets à longue échéance qu’ils ne dissimulent pas montrent qu’il s’agit, pour eux, d’une œuvre de longue haleine. […]

Bref, ils emménagent chez nous définitivement. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-journal/21-juin-1925/129/656553/1

Dans un pays largement rural, c’est la maîtrise des terres agricoles qui préoccupe particulièrement :

« C’est la première fois, depuis des siècles, qu’un peuple étranger prend, en corps, possession de notre sol. […]

Or, tandis que l’Italie nous submerge dans le sud, les Anglais, les Américains, les Suisses, les Tchèques, les Polonais, que sais-je encore, vingt peuples nous envahissent à la fois. Dans l’état actuel de notre change, qui peut empêcher les Allemands d’acheter nos champs et nos usines par départements entiers ? Déjà, nous ne sommes plus les maîtres à Paris, dans le Nord, en Normandie, dans l’Yonne, sur, la côte d’Azur et sur la côte basque. La race française était foncièrement terrienne. Qu’adviendra-t-il d’elle quand elle se sera laissé déraciner ? »

En 1928, le journal conservateur Le Matin se penche sur les causes de l’émigration des Italiens en France :

« Pays déjà surpeuplé avant la guerre, l’Italie est le seul belligérant qui soit sorti du conflit mondial avec un excédent de population. La France, au contraire, se dépeuple ; aux pertes que lui a causées la grande guerre s’ajoute une dénatalité, hélas toujours croissante, de telle sorte que l’étendue de territoire excède ses possibilités de culture. D’un côté, trop de bras et pas assez de terre de l’autre, trop de terre et pas assez de bras. Nos voisins devaient fatalement chercher à déverser chez nous le trop-plein de leur population. »

Pourquoi l’immigration italienne fait-elle plus peur qu’une autre ? L’Homme Libre répond ainsi :

« […] il est un produit qu’il nous faut, à nous Français, importer à tout prix si nous voulons que la France vive : ce produit, c’est le travailleur agricole, c’est l’immigrant, et il n’y a que deux nations en Europe qui puissent nous fournir cet afflux de sang nouveau et régénérateur : la Pologne et l’Italie.

Mais M. Mussolini ne se contente pas de limiter autant que possible l’émigration italienne : il prétend constituer, grâce à elle, en France, des îlots italiens rebelles à toute assimilation. Comment, pour cette raison et pour beaucoup d’autres, la France ne préférerait-elle pas l’immigration polonaise à l’immigration italienne ? »

L’Humanité de son côté dénonce régulièrement les conditions d’accueil et de vie de ceux que l’on a pourtant incités à venir. « Ainsi la France bourgeoise traite-t-elle les esclaves qu’elle a racolés« , regrette le quotidien communiste en 1927.

La crise des années 30 met un frein à l’immigration italienne, que la guerre achèvera de stopper.

 
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Publié par le juin 20, 2017 dans histoire

 

La nouvelle « route de la soie » chinoise : cibler l’Europe en misant sur l’Afrique

un article clair et documenté sur une stratégie qui risque de changer la face du monde. Il y a bien sûr les investissements « irrationnels » du capital mais il y a aussi une planification des dits investissements avec des orientations qui donnent le sens en vue du développement plus que du profit qui change tout. Comme d’ailleurs la volonté affirmée du dit gouvernement de jouer la carte du développement du « Tiers monde » pour encercler le monde capitaliste et du développement scientifique et technique. La longue marche?(note de Danielle Bleitrach)

Par Mariem Brahim et Hassan Ben Janena  |  14/06/2017, 14:32  |  837  mots
Le président chinois Xi Jinping durant son discours au Forum Chine-Afrique de Johannesburg, le 4 décembre 2015.
Le président chinois Xi Jinping durant son discours au Forum Chine-Afrique de Johannesburg, le 4 décembre 2015. (Crédits : Reuters)
Si l’activisme de l’économie chinoise n’est pas exempt d’un risque d’ubris « irrationnel », la nouvelle stratégie chinoise semble clairement viser à faire de l’Afrique une tête de pont vers les marchés à hauts revenus de l’Europe. Une analyse de Mariem Brahim, économiste à l’Ipemed (Paris), et de Hassan Ben Janena, professeur d’économie à l’ISG de Sousse (Tunisie).

Dans le contexte de l’apparent repli des États-Unis sur eux-mêmes et du Brexit britannique, la Chine fait figure de premier investisseur mondial. C’est ainsi que les investissements chinois ont dépassé en 2016 les 200 milliards de dollars, soit 40 % de plus que l’année précédente. La Chine est aussi le premier investisseur et le premier employeur étranger aux États-Unis, ce qui a poussé le nouveau président Donald Trump à jeter un regard davantage conciliant à son égard. Mais, à présent, c’est vers l’Afrique et l’Europe que l’ancien empire du Milieu jette son dévolu.

Accès aux marchés et transferts de savoir-faire, la double cible

Tous les secteurs économiques européens sont visés, à l’image de la société ChemChina qui vient d’acheter l’agrochimiste suisse Syngenta pour 43 milliards de dollars, tandis que China Chemical Corporation vient de s’emparer de l’industriel italien Pirelli. Et le conglomérat Ossun, quant à lui, qui possède le Club Med et le port du Pirée, est passé entre les mains d’investisseurs chinois, à hauteur de 67%.

Que ce soit aux États-Unis ou en Europe, les Chinois recherchent non seulement l’accès à des marchés portés par des pouvoirs d’achat parmi les plus élevés du monde, mais aussi la possibilité d’acquérir des savoir-faire et des technologies détenus jusque-là exclusivement par les entreprises rachetées. Sur fond de mondialisation et au nom de celle-ci, les plus beaux fleurons des économies occidentales semblent ainsi passer entre les mains de ces investisseurs chinois. Un activisme qui inquiète de plus en plus les Européens.

Le risque d’investissements « irrationnels »

Toutefois, cette stratégie n’est pas sans danger pour les Chinois. Les réserves en dollars du pays s’amenuisent. Le risque de dévaluation du yuan s’accroît, en dépit de la surveillance sourcilleuse de l’OMC. C’est pourquoi les autorités chinoises enjoignent à leurs entreprises de ne pas se lancer dans des investissements « irrationnels » à l’étranger, notamment en Europe.

Elles leur demandent de bien faire la distinction entre les investissements stratégiques, dispensateurs de technologies en retour, et les méga-acquisitions dans l’immobilier, le sport, voire le divertissement, toutes spéculatives mais présentant de nombreux risques. La presse financière chinoise s’en est fait l’écho : les autorités chinoises seraient décidées à davantage contrôler et encadrer les Investissements directs étrangers (IDE) de leurs entreprises. Les investissements de plus de 10 milliards de dollars pourraient tout simplement être proscrits. Et, si elles ne relevaient pas d’« activités stratégiques », les acquisitions de plus d’un milliard de dollars seraient interdites aux conglomérats chinois.

La stratégie du bas-coût africain ciblant l’Europe

Pour ce qui concerne le continent africain, la donne est différente. Certes, demeure l’attrait pour un marché en pleine croissance, mais les investisseurs chinois ont aussi retenu la proximité géographique avec l’Europe. D’où le souci de faire appel à une main d’œuvre locale, abondante et peu coûteuse, avec à terme l’invasion du marché européen par des produits fabriqués ainsi à bas coûts au sud de la Méditerranée.

Une autre raison les a conduits à bâtir cette stratégie. Elle est démographique. La politique de l’enfant unique engendrera, à plus ou moins long terme, la raréfaction de la main d’œuvre chinoise. À cet égard, le projet du groupe chinois Haite est très parlant. Il construit au nord du Maroc une nouvelle cité industrielle et résidentielle. S’étendant sur 2 000 hectares, elle devrait, dans les dix ans à venir, héberger près de 200 usines chinoises et engendrer 100 000 emplois.

L’opération devrait réclamer un investissement de 10 milliards de dollars. Ce sera de loin la plus importante plateforme industrielle chinoise établie sur le continent africain. De la même manière, HiSense, l’une des principales sociétés de fabrication électronique chinoise, s’est installée dans la province du Cap occidental, en Afrique du sud.

Quand Xi Jinping promet 60 Mds $ d’investissements en Afrique

Le faible pouvoir d’achat et le défaut d’infrastructures de qualité en Afrique n’arrêtent pas les investisseurs chinois. Ils n’oublient pas que ses habitants représenteront près du quart de la population mondiale à l’horizon 2030. Ce sont autant de futurs consommateurs. Raison pour laquelle le président chinois Xi Jinping a annoncé, lors d’un sommet à Johannesburg en 2015, un plan d’investissement sans précédent. Il s’est dit prêt à laisser injecter 60 milliards de dollars dans des projets locaux de développement. Avec pour objectifs la  stimulation de l’agriculture, la construction de routes, de ports, de voies ferrées et même l’annulation des dettes. Les faits sont là : le volume des échanges commerciaux entre la Chine et les pays africains a progressé de 16,8% au premier trimestre de cette année, par rapport à celui de 2016. Ils ont atteint 38,8 milliards de dollars.

Se dessine ainsi une nouvelle « route de la soie ». Elle passera par l’Afrique, notamment du Nord. Les pays qui ne sauront s’y positionner à l’horizon 2030 pourraient bien demeurer sur le bas-côté de l’histoire.

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Publié par le juin 20, 2017 dans Asie, Economie