RSS

De l’invention de l’antisémitisme… pour raison d’Etat…

Résultat de recherche d'images pour "constantin le grand"

Il s’avère que j’ai fait des études classiques très studieuses, mon professeur de grec était un fanatique des pères de l’Eglise. Ma famille vivait une situation de drame et de séparation dans laquelle j’étais prise en otage et je ne supportais plus le lycée. Je révisais mon bac toute seule dans la merveilleuse bibliothèque de la place Carli à Marseille. Pour travailler le grec, je me suis passionnée donc pour les pères de l’Eglise, en particulier Saint Jean Chrysostome que je vais tenter de vous faire découvrir. Je me suis aussi jetée dans l’étude de Julien l’apostat et je traduisais pour m’exercer son Traité des barbes, dans lequel non seulement il raconte sa chère Lutèce (Paris), mais il tente de restaurer le paganisme. Il hait le christianisme devenu depuis Constantin religion officielle.

Quand quelques années après, je passe le certificat d’histoire ancienne, j’ai pour professeur le doyen Palanque qui nous fait un cours sur les conciles de Nicée à celui de Calcédoine, par lequel Constantin qui a embrassé le christianisme et en fait une religion d’Etat va fixer la foi. Je dois avoir été une des rares étudiantes à éprouver un tel engouement pour ce cours. Mais il me fait renouer avec ce moment où je me réfugiais dans cette bibliothèque, ses boiseries blondes et ses murs tapissés de livres reliés, le silence qui me reposait des drames que je vivais chez moi, la solitude qui m’apaisait. Je retrouvais le plaisir d’apprendre sur le mode d’une enquête policière, avec comme traces des meurtres ces invraisemblables débats sur le fait de savoir qui était le plus proche de la divinité du père, du fils ou du saint esprit. Non seulement je buvais les paroles du doyen Palanque, mais je lisais tout ce qu’il nous indiquait.

Je découvrai également que le thème de la crucifixion était emprunté aux apocalypses qui avait fleuri ça et là à la suite de la destruction du temple de Jérusalem par les romains. Les rebelles avaient été crucifiés, comme les chrétiens, qui à l’époque étaient confondus avec les Juifs sous Néron. La crucifixion était une châtiment d’esclave dans la crise de l’empire qui était aussi celle du mode de production esclavagiste et on sait à quel point le christianisme avait correspondu avec l’idée de l’égalité des esclaves. De là, je pouvais faire des hypothèses sur l’opération de communication de la mère de Constantin, Hélène, partie à Jérusalem pour y retrouver la croix sur laquelle Jésus avait été crucifié. Bien sûr elle l’a trouvée et débitée en petits morceaux distribués à toutes les églises et monastères au point que si on les rassemblait il y aurait de quoi faire quelques kilomètres de cette sainte relique. Cette invention de la crucifixion correspondait aux différents conciles qui avaient pour vocation de fixer le christianisme, religion d’Etat. La principale obédience à combattre était l’arianisme.

L’arianisme est un courant de pensée théologique des débuts du christianisme, dû à Arius, théologien alexandrin au début du IVe siècle, et dont le point central concerne les positions respectives des concepts de « Dieu le père » et « son fils Jésus ». La pensée de l’arianisme affirme que si Dieu est divin, son Fils, lui, est d’abord humain, mais un humain disposant d’une part de divinité. Le premier concile de Nicée, convoqué par Constantin en 325, rejeta l’arianisme. Celui-ci fut dès lors qualifié d’hérésie, mais les controverses sur la double nature, divine et humaine, du Christ (Dieu fait homme), se prolongèrent pendant plus d’un demi-siècle et donnèrent lieu non seulement à d’autres conciles mais à des répressions. L’arianisme posait une question politique, la plupart des peuples germaniques qui étaient des peuples fédérés marquaient ainsi leur autonomie(1). Les Wisigoths d’Hispanie restèrent ariens jusqu’à la fin du VIe siècle et les Lombards jusqu’au milieu du VIIIe siècle. Pour ces derniers notons qu’ils furent avec les juifs, les prêteurs d’argent de l’Europe.

Parce que l’arianisme avait beaucoup à voir avec le judaïsme, voici ce que vous pouvez lire dans Wikipédia sur Saint Jean Chrysostome (saint Jean Bouche d’or) (2):

« Ce sont les relations amicales entre les Juifs et les Chrétiens qui ont amené Chrysostome à proférer ses violentes attaques contre les Juifs. Les motifs religieux ne manquent pas, car de nombreux Chrétiens ont l’habitude de célébrer les fêtes de Roch Hachana, de Yom Kippour et de Souccot. « Quel pardon pouvons-nous espérer, si nous courons à leur synagogue, simplement par impulsion ou par habitude, et si nous appelons leurs docteurs et magiciens chez nous». Ailleurs Chrysostome écrit : « J’invoque le ciel et la terre comme témoins contre vous si vous vous rendez aux fêtes où retentit le Shophar, ou si vous participez aux jeûnes, ou observez le chabbat, ou si vous observez un rite juif important ou non, et je serai innocent de votre sang ». Chrysostome combat non seulement les inclinations pro-juives du point de vue religieux des habitants d’Antioche, mais aussi le fait que les Juifs étant considérés avec beaucoup de respect à cette époque, les Chrétiens préfèrent régler leurs problèmes juridiques devant les tribunaux juifs, car le serment juif leur semble plus impressionnant et plus contraignant que le leur. Chrysostome affirme que les jours de chabbat et de fêtes juives, les synagogues sont pleines de Chrétiens et principalement de femmes qui aiment la solennité de la liturgie juive, qui aiment entendre la sonnerie du Shophar le jour de Roch Hachana et qui applaudissent les fameux prêcheurs selon la coutume de l’époque.

Une théorie apologétique plus récente soutient qu’il essaye au contraire de persuader les Chrétiens judaïsants, qui ont conservé pendant des siècles des liens avec les Juifs et le judaïsme, de choisir entre le christianisme et le judaïsme.

Chrysostome tient les Juifs pour responsables de la crucifixion de Jésus, les accuse de déicide et leur reproche de continuer à se réjouir de la mort de Jésus. Chrysostome soutient tout au long de ses écrits que le judaïsme a été vaincu et remplacé par le christianisme. Il essaie de le prouver en montrant que la religion juive ne peut exister sans un temple, des sacrifices et un centre religieux à Jérusalem, et qu’aucune des institutions religieuses ultérieures à la destruction du Temple de Jérusalem, ne peut se mettre à la place des anciennes. Chrysostome raille les Patriarches, qui selon lui, n’étaient pas des prêtres, mais s’en donnaient l’apparence et jouaient seulement leur rôle comme des acteurs. Il ajoute: « L’Arche sainte, que les Juifs ont maintenant dans leurs synagogues, apparait en fait comme une vulgaire boite en bois que l’on peut acheter au marché ». Il compare la synagogue à un temple païen, l’accusant d’être à la source de tous les vices et de toutes les hérésies.

Il la décrit comme un endroit pire qu’un bordel ou un débit de boisson; c’est un repaire de fripouilles, l’antre de bêtes sauvages, un temple de démons, le refuge de brigands et de débauchés, et la caverne des diables, une assemblée criminelle d’assassins du Christ. Palladius, un biographe contemporain de Chrysostome écrit aussi que, parmi les Juifs, la prêtrise pouvait être achetée ou vendue pour de l’argent. Finalement il déclare que lui-même, en accord avec les sentiments des saints, hait aussi bien la synagogue que les Juifs, écrivant que « les démons résident dans la synagogue » et « aussi dans l’âme des Juifs », et les décrivant comme « juste bons à être massacrés ».

Mais il ne se contente pas de railler les lieux et objets religieux sacrés pour les Juifs, il essaye de convaincre ses ouailles que le devoir de tous les Chrétiens est de haïr les juifs et déclare que c’est un péché de les traiter avec respect. En dépit de sa haine des juifs et du judaïsme, Chrysostome, comme l’ensemble de l’école d’Antioche, montre dans son exégèse une dépendance à l’égard de la Aggada (textes réglementaires non fixés par la Torah) qui prédominaient à l’époque parmi les Juifs de Palestine. Weiss a pu montrer quelques parallélismes avec les Aggadistes et que l’influence de la Aggada peut être notée dans les écrits de Chrysostome. »

Il faudrait également que je vous raconte la suite de mes découvertes studieuses. Parce que je n’ai pas choisi l’antiquité mais le Moyen-âge pour y poursuivre mes investigations. J’avais Georges Duby comme enseignant et il était difficile de résister à la fascination intellectuelle qu’il exerçait. J’ai fait sous sa direction mon premier mémoire de recherche sur l’iconographie des cloîtres provençais et l’évolution des mentalités du 11 e au 13 e siècle. J’ai retrouvé à cette occasion tout ce que j’avais pu acquérir sur les thèmes et leurs origines. Je vous ferai grâce de la relation du peuple déicide à la crucifixion. Il faudrait que je revienne sur les glissements entre l’arianisme de l’hispanie et l’apocalypse et les sculptures instrument de propagande du christianisme contre les musulmans mais aussi les juifs.

Je ne peux m’empêcher quand je suis confrontée à l’actualité politique de souvent la mettre en relation avec ce bagage jamais oublié et qui ne cesse d’être enrichi au gré des besoins politiciens….

Danielle Bleitrach

(1) comment parce que les germains ont choisi l’obédience d’Arius, un évêque égyptien, ce fou inculte d’Hitler va-t-il inventer une race les aryens (un peuple basané indien) encore un mystère du recyclage. Comme celui du complot des juifs hérité du Moyen-âge ?

(2) Marianne avec qui je viens de discuter me signale l’importance de Saint Jean Chrysostome (appelé en russe Zlatoust) en Russie et dans le culte orthodoxe… qui se veut effectivement le descendant direct de Constantin, le tsar étant le César, Moscou étant la troisième Rome après Byzance… je suis sûre que l’on pourrait découvrir que ce réac antisémite de Soljenitsyne a biberonné du Saint jean Chrysostome qui a un magnifique style… Comme d’ailleurs Léon Bloy chez nous… rien ne se perd, rien ne se crée… mais c’est lassant ce passage de témoins de millénaire en millénaire…

 
Poster un commentaire

Publié par le août 18, 2017 dans HISTOIRE

 

Mais jusqu’à quand ce genre de choses abusera-t-il ?

Je suis en train de travailler sur deux livres à la fois, l’un est terminé, il porte sur l’URSS, et plus précisément ce sur quoi on tente de limiter ce qu’a été ce pays à savoir la période de paroxysme que l’on désigne sous le nom de stalinisme. On limite l’URSS à la caricature de cette période, mais en fait pour ceux qui ont vécu en URSS, ils n’en ont eu que les échos assourdis, un peu comme pour nous la première guerre mondiale. Comment peut-on analyser la différence d’interprétation qui existe entre nous et les peuples soviétiques sur l’URSS et même sur cette période caractérisée par la guerre civile, la construction accélérée et la deuxième guerre mondiale ? J’ai mis également en chantier avec Monika un livre sur la Pologne. Il est centré sur le rôle joué par l’antisémitisme dans la chute de la Pologne Populaire. Comment peut-on ainsi prétendre recycler tous les stéréotypes hérités des conciles de Constantin qui fait du christianisme une religion d’Etat. Pour cela il le dégage non seulement de l’arianisme mais également du judaïsme et il charge un des pères de l’Eglise (saint jean Chrysostome) de cette propagande. Ces thèmes sanglants d’un peuple déicide et qui sont des sortes de vampires, éternels comploteurs jusqu’aux meurtres rituels seront réinterprétés par le nazisme qui accuse les judéobolcheviques de vouloir dominer le monde…. Quand je vois des choses comme ça et désormais ils sont passés de l’Europe au monde arabe et refleurissent partout, tout cela me donne non seulement la nausée mais je vois s’éloigner la capacité des peuples et de la classe ouvrière à désigner ses véritables ennemis… parce que, comme le disait Politzer pendant que le prolétariat attaque le capitalisme juif, il fiche une paix royale au capitalisme tout court. Cela fait partie de l’arsenal de l’extrême-droite au même titre que l’arabe qui en veut à votre sécurité sociale, ce qui évite de poser la question de qui en veut réellement à ladite sécurité sociale à savoir les sociétés d’assurance et leur personnel politique que nous élisons. C’est peut-être une vérité première mais de temps en temps il serait bon de retourner à ces vérités premières.

Je prends une journée de repos, je vais aller voir le film de Grémillon, Lumière d’été.

Danielle Bleitrach

 

Dans une interview, Steve Bannon obsédé par « la guerre économique » contre la Chine

Dans le style extrême-droite autour du président, il y a ce type que l’on dit sur le départ mais qui reflète bien les tendances paranoïaques à l’oeuvre aux Etats-Unis. On voudrait nous faire croire que Trump est un accident, et que les autres (les Bush en tête) ne sont pas d’accord, mais il y a une logique globale de la politique  des USA (et de la nôtre dans le cadre d’une Europe vassalisée par la défense commune des intérêts monopolistes). Cette logique va vers l’extrême-droite, pas nécessairement « les clowns », mais ce qui est déjà à l’oeuvre et que nos médias appuient de toutes leurs forces, une politique de guerre pour conserver la suprématie « occidentale » et exploiter toujours plus leurs propres travailleurs (note de Danielle Bleitrach).

Dans une interview, Steve Bannon obsédé par "la guerre économique" contre la Chine
Steve Bannon, le 9 avril. (JIM WATSON/AFP)

Le conseiller nationaliste de Donald Trump, qu’on dit sur le départ, donne sa vision des choses dans une interview paranoïaque.

La confrontation avec la Corée du Nord sur le nucléaire n’est qu' »une diversion » : c’est le propre conseiller stratégique de Donald Trump, le très controversé Steve Bannon, qui le dit. « Selon moi, la guerre économique avec la Chine, c’est la question numéro 1. Nous devons nous concentrer sur cette question, de façon maniaque », martèle le chantre nationaliste mercredi 16 août dans un entretien avec American Prospect, un site d’informations marqué à gauche.

« Et si nous continuons à perdre cette guerre, nous sommes à cinq ans, dix ans au maximum, du point de non-retour », assure l’ancien patron du site d’informations Breitbart News, dont il a fait une plateforme pour l’extrême droite américaine, rebaptisée « alt-right » ou droite alternative.

 

« Nous sommes en guerre économique avec la Chine », insiste-t-il :

« Tout est d’ailleurs écrit chez eux, ils ne cherchent pas à cacher ce qu’ils font. L’un de nous sera en situation d’hégémonie d’ici 25 ou 30 ans, et ce sera la Chine si nous continuons sur cette voie. Sur la Corée du Nord, ils ne font que nous amadouer. Ce n’est qu’une diversion ».

« Au Pentagone, ils font dans leur froc »

Apparemment isolé au sein de l’administration à la Maison Blanche, Steve Bannon, qui n’a reçu qu’un tiède soutien de la part du président Trump lors de sa dernière conférence de presse mardi, a laissé libre cours à ses avis tranchés, dans cette interview par téléphone avec le rédacteur en chef d’American Prospect, Robert Kuttner.

Steve Bannon est ainsi très critique face à la menace du président Trump de faire tomber « le feu et la colère » sur la Corée du Nord si elle persiste à menacer les Etats-Unis avec ses missiles et son programme nucléaire.

« Il n’y a pas de solution militaire, laissons tomber. Tant que quelqu’un n’aura pas résolu l’équation qui me démontrerait que dix millions de Sud-Coréens ne mourront pas dans les 30 minutes suivantes, tués par des armes conventionnelles, je ne vois pas de quoi on parle, il n’y a pas de solution militaire, ils nous tiennent ».

Quant à ceux au sein du département d’Etat ou au Pentagone qui veulent obtenir l’aide de la Chine dans le cadre de ce dossier nord-coréen, il n’est pas tendre avec eux :

« Ils font dans leur froc ».

Les suprémacistes ? « Des clowns »

De même, loin de soutenir le président Trump dans le cadre de la polémique autour des événements de Charlottesville, en Virginie, et des mouvements d’extrême droite, Steve Bannon Bannon a traité avec dédain ce mouvement nationaliste blanc qu’il avait pourtant aidé avec Breitbart News.

« L’ethno-nationalisme, ce sont des losers. Ils sont à la marge. Je pense que les médias leur donnent trop d’importance, et nous devons aider à les écraser, à les écraser encore plus ».

« Ces gars, c’est juste une collection de clowns », insiste-t-il, au sujet de ces mouvements suprémacistes blancs.

T.V. avec AFP

 

The New York Times : Le staff juif de Trump est resté silencieux devant sa défense de la marche antisémite

Jared Kushner, le beau-fils du président Trump et son conseiller principal, et sa femme, Ivanka Trump, la fille du président, sont tous deux juifs. CréditDoug Mills / The New York Times

WASHINGTON – Les membres juifs de l’administration du président Trump sont restés pour la plupart muets mercredi après que Monsieur Trump ait pris  la défense des manifestants nationalistes et de droite à Charlottesville, en Virginie, qui avaient chanté des slogans antisémites et ont insulté le beau-fils juif du président.

Gary D. Cohn, le directeur du Conseil économique national du président, qui est juif, a été décrit par plusieurs personnes proches de lui comme «dégoûté» et «profondément bouleversé» par les remarques du président. Mais M. Cohn n’a pas exprimé publiquement ces points de vue.

Steven Mnuchin, le secrétaire du Trésor et aussi juif, se tenait silencieusement derrière M. Trump mardi, alors que le président a déclaré qu’il y avait «des gens très bien des deux côtés» en parlant de l’incident de Virginie. M. Mnuchin n’a rien dit depuis les remarques du président.

Et Jared Kushner, le beau-fils du président, qui est aussi juif, a gardé le silence sur les commentaires de M. Trump. Ivanka Trump, la femme de M. Kushner, qui s’est convertie au judaïsme, a déclaré dimanche: « Il ne devrait pas y avoir de place dans la société pour le racisme, la suprématie blanche et les néo-nazis ».

 M. Kushner, M. Cohn et M. Mnuchin qui mercredi ont été sollicités pour faire des commentaires n’ont pas répondu.

Les violentes manifestations racistes à Charlottesville ont débuté alors que les suprématistes blancs et d’autres avaient manifesté contre la suppression d’une statue de Robert E. Lee d’un parc dans la ville. Leurs paroles visaient aussi bien les juifs que les noirs.

Les néo-nazis ont porté des torches et ont déclaré que « les Juifs ne nous remplaceront pas » alors qu’ils traversaient le campus de l’Université de Virginie vendredi. Et mardi, Chris Cantwell, un chef suprématisme blanc, a déclaré à Vice News qu’il voulait un président qui «ne donne pas sa fille à un juif».

Charlottesville: Race and Terror – VICE News Ce soir sur HBO Video par VICE News

Dans ses commentaires mardi, M. Trump a appelé les néo-nazis lors des manifestations « des personnes mauvaises», mais il a défendu beaucoup de ceux qui sont venus au rassemblement.

« On dirait qu’ils ont eu des personnes grossières, mauvaises, des néonazis, des nationalistes blancs, comme vous voulez les désigner », a déclaré le président. « Mais vous avez eu beaucoup de gens dans ce groupe qui étaient là pour protester innocemment et protester très légalement ».

Les partisans juifs de M. Trump à l’extérieur de l’administration ont également été très silencieux mercredi. Sheldon Adelson, le megadonor juif de Las Vegas, qui était un passionné de la campagne de M. Trump, n’a pas fait de déclaration.

Michael D. Cohen, l’avocat personnel du président, qui est juif, a défendu M. Trump en réponse à la question d’un journaliste mercredi.

« Je connais le président Trump et son cœur », a commenté M. Cohen. « C’est un homme bon et il n’y a pas une once de racisme en lui. Tout le matin, je reçois des commentaires horribles sur l’anti-noir, le raciste, etc. que serait  Trump. C’est tout simplement faux! « 

M. Cohen a énormément dénoncé «la suprématie blanche, le nationalisme blanc, les croyances nazies et la haine de toute personne fondée sur la race, la religion, la croyance, la couleur ou l’orientation sexuelle». Mais il a ajouté: «Trump n’est pas un raciste et moi non plus. Les attaques contre Lui et tous ceux qui l’accompagnent sont dégoûtantes, honteuses  et blessantes.

Sam Nunberg, un ancien conseiller de la campagne Trump qui a été congédié après avoir publié des messages sur le plan racial de Facebook, est également venu à la défense du président.

«J’ai passé des milliers d’heures avec cet homme. Il n’a pas une seule once d’antisémitisme en lui « , a déclaré M. Nunberg, juif, lors d’une interview téléphonique. M. Nunberg a condamné les manifestants néo-nazis comme «un tas de gens dégoûtants. Beaucoup de personnes disent des choses antisémites. « 

Il a ajouté qu’il était déçu des commentaires de M. Trump mardi parce qu’ils laissaient la porte ouverte à l’interprétation et aux malentendus.

M. Nunberg a déclaré qu’il ne croyait pas que M. Mnuchin ou M. Cohn devraient faire connaître leur point de vue.

« C’est une situation dans laquelle il ne peuvent que perdre », a déclaré M. Nunberg. « Si M. Mnuchin ou M. Cohn font une déclaration, alors? est-ce qu’ils sont supposés démissionner? Ils ont la responsabilité de mener à bien leur travail. « 

Le représentant Lee Zeldin, un républicain juif de New York, a pris la défense du président pour avoir noté qu’il y avait de la violence des deux côtés, mais il a ajouté que « ces deux côtés ne sont pas égaux. Ils sont différents. »

 

Julian Assange demande pourquoi les États-Unis n’ont rien dit lorsque Obama a soutenu les néo-nazis ukrainiens

Bonne Question et elle ne devrait pas se limiter à la seule Ukraine? C’est toute la politique des Etats-Unis et de leurs alliés, toute la manière dont notre presse en rend compte.

Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, a envoyé une série de Tweets très pertinents au sujet de la récente manifestation de droite contre les protestations de gauche à Charlottesville qui ont entraîné une mort et des blessures multiples. Il demande pourquoi il y aurait deux poids et deux mesures face à l’extrême-droite quand elle défile à Charlotteville ou en Ukraine et que les Etats-Unis la soutienne. la même très pertinente question pourrait être posée à nos belles âmes de la presse française, des politiciens et de tous ceux qui continuent à feindre de ne rien voir pour soutenir les menées de l’OTAN. Ou pire encore qui ont choisi de présenter les mêmes au Venezuela comme l’image d’un peuple se révoltant contre un tyran…

 

Dilma Rousseff : L’image diffusée en Occident sur le Venezuela est irresponsable

MARDI 15 AOÛT 2017

Source BBC Mundo
Il y a près d’un an que la procédure d’impeachment contre la présidente du Brésil Dilma Rousseff, l’a obligée à laisser son poste alors qu’elle était accusée de manipuler illégalement les comptes du gouvernement. Mais ce n’est pas une raison pour qu’elle garde le silence.
Au cours d’un entretien avec la BBC, l’ancienne cheffe d’Etat a affirmé que l’image diffusée en Occident sur le Venezuela est irresponsable, que le traitement de la presse internationale sur ce pays est « absurde » et que de cette manière, un grand conflit armé peut se créer dans la région « comme ils l’ont fait en Irak et en Afghanistan« .
Depuis que Rousseff a quitté le pouvoir, son mentor politique, l’ancien président Luz Inácio Lula da Silva, a été condamné il y a un mois à 10 ans de prison pour un autre cas de corruption et de blanchiment d’argent. Quelques semaines auparavant, Michel Temer qui a succédé à Roussef à la présidence du Brésil et qu’elle accuse de « traître« , a failli être poursuivi par la Chambre des Députés.
Avec ce paysage, l’ancienne présidente a décidé de parler avec la correspondante de la BBC au Brésil, Katy Watson, pas seulement sur la situation politique turbulente chez elle mais aussi sur celle du pays voisin et ancien allié politique : le Venezuela de Nicolás Maduro.
 
L’Occident est irresponsable avec le Venezuela
Au milieu de la crise actuelle au Venezuela qui a laissé plus de 100 morts dans les rues au cours des derniers quatre mois de protestation contre le gouvernement, Gleisi Hoffmann, le leader du Parti des Travailleurs (PT) auquel appartiennent Rousseff et Lula, a souligné que le parti soutenait Maduro contre la « violence offensive de la droite ». Lula avait également montré son soutien au gouvernement socialiste auparavant, et Rousseff n’est pas catégorique sur la condamnation du gouvernement du Venezuela, comme l’ont été d’autres leaders de la région ces dernières semaines.
« Maduro gouverne au Venezuela dans des circonstances extrêmes. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une manière d’aller de l’avant sans effusion de sang » dit-elle. Elle admet pourtant que Maduro n’a pas la même stature politique qu’Hugo Chávez. « Je crois qu’Hugo Chávez a été un grand leader qui a eu la chance d’être au pouvoir à l’époque où les prix du pétrole étaient à la hausse » a dit Rousseff à la BBC. « Quand les prix ont commencé à descendre, il n’y a pas eu que le Venezuela à le sentir. Et la situation a commencé à devenir très difficile » ajoute l’ex-présidente.
A ce propos, Rousseff critique l’image véhiculée en Occident sur le pays, qu’elle qualifie d’ « irresponsable » et considère également que le traitement de la presse internationale « est absurde« . « Ils vont créer, comme ils l’ont fait en Irak et en Afghanistan, ils peuvent créer ici, après 140 années de paix, ils peuvent créer un grand conflit armé » assure-t-elle. Et elle ajoute : « Et il ne s’agit plus de discuter. Car l’opposition n’est pas parfaite non plus« .
Vous souvenez-vous de Saddam Hussein ?
Et donc on ne peut pas reprocher à Maduro la crise actuelle au Venezuela ? Lui demande la journaliste de la BBC.
« Je ne vais pas en vouloir uniquement à Maduro. Ce qu’il y a c’est un conflit » souligne Rousseff. « Vous vous souvenez de ce qu’ils ont fait à Saddam Hussein ? Ils l’ont tué de la manière la plus brutale possible. Quand ils l’ont fait, tous les monstres sont sortis à découvert, on a ouvert une boite de Pandore. D’où est sorti l’Etat Islamique? Il est venu du fait que les Etats-Unis pensaient qu’il y avait une position démocratique là-bas. Et il n’en était pas ainsi » ajoute-t-elle.
Le 5 août dernier, le bloc économique des pays sudaméricains, le Mercosur, a suspendu indéfiniment le Venezuela jusqu’à ce que la démocratie soit rétablie dans le pays. Pour Roussef, la communauté internationale, et particulièrement le Brésil, a beaucoup de comptes à rendre.
« Le Brésil n’a pas le droit de parler sur la clause démocratique au Mercosur. La situation au Brésil n’est pas la même que celle du Venezuela mais il y a bien eu un coup d’Etat. Au moins, au Venezuela, ils sont arrivés au pouvoir à travers le vote » a souligné Rousseff.
Un coup d’état en cours
Le 31 août 2016, le Sénat du Brésil a destitué Rousseff de son poste de présidente pour « maniements illégaux des comptes du gouvernement« . Pour Rousseff, cet événement n’a été qu’une des phases d’un processus bien plus long. « Ne croyez pas que ça a commencé et fini le jour où ils m’ont sortie de mon bureau. Ca a commencé le jour où eux (les rivaux politiques) se sont rendus compte qu’ils n’allaient pas arriver au pouvoir par des élections démocratiques. C’est à dire que la démocratie n’était pas viable selon leur point de vue » a-t-elle dit à la BBC.
Pour Rousseff, la condamnation de son prédécesseur, l’ex-président Lula da Silva, est un autre mouvement de ce plan de manoeuvres politiques. Au delà de la sentence de 10 ans de prison contre lui, Lula se profile comme candidat du PT et se maintient dans les sondages pour les élections de l’année prochaine. « Le premier chapitre a été un coup d’Etat contre moi. Mais il y a un deuxième chapitre, qui est d’éviter que Lula devienne candidat présidentiel« .
Mais n’est-il pas temps que la scène politique du Brésil reçoive du sang neuf ?
« Comment savoir si le Brésil a besoin d’un nouveau leader et d’un nouveau changement ? Depuis quand ce qui est « nouveau » est nécessairement « bon » ? Le nouveau, ça pourrait être Hitler. Il n’y a pas de garanties. Pourquoi les gens reconnaissent ce que Lula a fait ? Parce que pendant son gouvernement, on vivait mieux » affirme-t-elle.
Sa réponse est claire quand on lui demande si le fait qu’elle soit une femme a influé sur sa destitution: « Vous me demandez s’il y a eu un comportement machiste ou misogyne ? Oui. Cela n’a pas été la raison principale, je ne peux pas dire ça, mais oui, c’est un élément qui s’est lié à tous les autres« .
 

Précurseurs et alliés du nazisme aux Etats-Unis

Racisme et eugénisme pendant l’entre-deux-guerres

 Résultat de recherche d'images pour "le mur invisible film elia Kazan"

Ce n’est pas un des meilleurs films de Kazan, le Mur invisible est celui qui sépare les juifs des autres citoyens américains, un journaliste se fait passer pour juif pour y être confronté. Il découvre l’enfer alors que nous sommes aux lendemains de la deuxième guerre mondiale. Notons la présence de John Garfield, lui même juif et communiste qui va être une des victimes du Maccarthysme et en mourra. Il faut lire aussi les mémoires de Filler où le cinéaste juif alors jeune journaliste raconte l’horreur du racisme anti-noir dans les Etats du sud. Il y a une étroite solidarité entre noirs et juifs qui aux Etats-Unis n’est pas totalement oubliée (note de Danielle Bleitrach).

Publié il y a un an, le roman de Philip Roth « Le Complot contre l’Amérique » imaginait l’arrivée à la présidence des Etats-Unis, en 1940, de Charles Lindbergh. Si la victoire du célèbre aviateur, antisémite notoire et sympathisant du régime nazi, sur Franklin Delano Roosevelt relève de la fiction, l’influence du nazisme outre-Atlantique était bien réelle. A preuve les écrits de Henry Ford. Plus : les tenants américains de l’eugénisme et du racisme ont inspiré Adolf Hitler.

Précurseurs et alliés du nazisme aux Etats-Unis

 

Certains, comme Daniel Goldhagen, ont essayé d’expliquer le nazisme par une perversité antisémite exclusivement allemande ; d’autres, comme Ernst Nolte, dans un esprit visiblement apologétique, parlent de comportement « asiatique » ou d’imitation des bolcheviks. Et si, comme l’a si tôt perçu Hannah Arendt, le racisme et l’antisémitisme nazis avaient plutôt des sources occidentales (1), et même des filiations nord-américaines ? En effet, parmi les lectures favorites des fondateurs du IIIe Reich se trouve le livre d’un personnage américain hautement représentatif : Henry Ford. Par ailleurs, les doctrines scientifiques et les pratiques racistes politiques et juridiques des Etats-Unis ont eu un impact non négligeable sur les courants équivalents en Allemagne.

Cette connexion américaine remonte tout d’abord à la longue tradition de la fabrication juridique de la race – une tradition qui exerce une grande fascination sur le mouvement nazi dès ses origines. En effet, pour des raisons historiques, liées entre autres à la pratique ininterrompue, des siècles durant, de l’esclavage des Noirs, les Etats-Unis offrent le cas peut-être unique d’une métropole qui a exercé, et sur son propre sol, une classification raciste officielle comme fondement de la citoyenneté.

Qu’il s’agisse des définitions de la « blancheur » et de la « noirceur » qui, nonobstant leur instabilité, se succèdent depuis trois siècles et demi comme catégories juridiques, qu’il s’agisse des politiques d’immigration enviées par Adolf Hitler dès les années 1920 ou encore des pratiques de stérilisation forcée dans certains Etats plusieurs décennies avant la montée du nazisme en Allemagne, la connexion américaine offre un terrain privilégié, bien qu’aucunement unique, pour repenser les sources proprement modernes du nazisme, les continuités inavouées de celui-ci avec certaines pratiques politiques des sociétés occidentales (y compris démocratiques).

La stérilisation forcée institutionnalisée

Denoncer l’antisémitisme et le judéocide est une des composantes importantes de la culture politique dominante des Etats-Unis aujourd’hui. Tant mieux. Il règne, en revanche, un silence gêné sur les liens, les affinités, les connexions entre personnages importants de l’élite économique et scientifique du pays et l’Allemagne nazie. Ce n’est qu’au cours des dernières années que sont parus des livres qui abordent de front ces questions embarrassantes. Deux de ces ouvrages nous semblent mériter une attention particulière : The Nazi Connection (2), de Stefan Kühl, et The American Axis (3), de Max Wallace. Kühl est un universitaire allemand qui a fait des recherches aux Etats-Unis, et Wallace un journaliste américain établi de longue date au Canada.

« Il y a aujourd’hui un pays où l’on peut voir les débuts d’une meilleure conception de la citoyenneté », écrivait Hitler en 1924. Il se référait à l’effort des Etats-Unis pour maintenir la « prépondérance de la souche nordique », pour leur politique relative à l’immigration et à la naturalisation. Le projet d’« hygiène raciale » développé dans Mein Kampf prenait pour modèle l’Immigration Restriction Act (1924), qui interdisait l’entrée des Etats-Unis aux individus souffrant de maladies héréditaires ainsi qu’aux migrants en provenance de l’Europe du Sud et de l’Est. Quand, en 1933, les nazis ont mis en place leur programme pour l’« amélioration » de la population par la stérilisation forcée et la réglementation des mariages, ils se sont ouvertement inspirés des Etats-Unis, où plusieurs Etats appliquaient déjà depuis des décennies la stérilisation des « déficients », une pratique sanctionnée par la cour suprême en 1927.

L’étude remarquable de Kühl retrace cette sinistre filiation en étudiant les liens étroits qui se tissent entre eugénistes américains et allemands de l’entre-deux-guerres, les transferts des idées scientifiques et des pratiques juridiques et médicales. Bien documentée et défendue avec rigueur, la thèse principale de l’auteur est que le soutien continu et systématique des eugénistes américains à leurs collègues allemands jusqu’à l’entrée des Etats-Unis dans la seconde guerre mondiale, leur adhésion à la plupart des mesures de la politique raciale nazie ont constitué une source importante de légitimation scientifique de l’Etat raciste de Hitler.

A l’encontre d’une partie considérable de l’historiographie dominante, Kühl montre que les eugénistes américains qui se sont laissé séduire par la rhétorique nazie de l’hygiène raciale n’étaient pas qu’une poignée d’extrémistes ou de marginaux, mais un groupe considérable de scientifiques dont l’enthousiasme ne s’est pas atténué quand cette rhétorique est devenue réalité. L’étude des mutations de ces rapports entre les deux communautés scientifiques permet au sociologue et historien allemand de mettre en lumière les aspects multiples de l’influence qu’ont exercée sur les adeptes de l’hygiène raciale les « progrès » de l’eugénisme américain – notamment l’efficacité d’une politique d’immigration qui « combinait la sélection ethnique et eugéniste » – et le succès qu’a connu le mouvement eugéniste américain en faisant adopter des lois en faveur de la stérilisation forcée.

Pendant que, dans la république de Weimar, travailleurs sociaux et responsables de la santé publique se préoccupaient de réduire les coûts de la protection sociale, les spécialistes de l’hygiène raciale avaient les yeux tournés vers les mesures de stérilisation forcée pratiquées dans plusieurs Etats de l’Amérique du Nord pour réduire le coût des « déficients ». La référence aux Etats-Unis, premier pays à institutionnaliser la stérilisation forcée, abonde dans toutes les thèses médicales de l’époque. Une des explications souvent avancées pour expliquer ce statut d’avant-garde dont jouissait l’eugénisme américain était la présence des Noirs, qui aurait « obligé très tôt la population blanche à recourir à un programme systématique d’amélioration de la race ». Cette même explication sera avancée plus tard par les apologètes américains du régime nazi comme le généticien T. U. H. Ellinger, qui comparait la persécution des Juifs au traitement brutal des Noirs aux Etats-Unis.

Avec la montée du nazisme, les eugénistes américains, à l’exemple de Joseph DeJarnette, membre d’un mouvement de promotion de la stérilisation en Virginie, découvrent avec surprise et fascination que « les Allemands nous battent à notre propre jeu ». Ce qui n’empêche pas, du moins jusqu’à l’entrée en guerre des Etats-Unis (décembre 1941), leur soutien actif aux politiques racistes des nazis, pas plus que le silence de la grande majorité des eugénistes devant la persécution des Juifs et des Tziganes, des Noirs du IIIe Reich. Certes la communauté eugéniste ne fut pas homogène, comme le montrent les dénonciations virulentes de scientifiques comme les eugénistes socialistes Herman Muller et Walter Landauer ; celles du généticien progressiste L. C. Dunn et du célèbre anthropologue Franz Boas. Mais, contrairement aux deux derniers, qui étaient critiques envers l’eugénisme, Muller et Landauer menaient une critique « scientifique » du nazisme qui, tout en niant la hiérarchie des races, reconnaissait le besoin d’améliorer l’espèce humaine par la promotion de la reproduction des individus « capables » et la prohibition de celle des individus « inférieurs ».

Un vocabulaire biologique, médical et hygiéniste

Le chapitre 6 du livre de Kühl, « Science et racisme. L’influence des concepts différents de la race sur les attitudes envers les politiques racistes nazies », apporte un démenti à la thèse canonique selon laquelle les tendances « pseudo-scientifiques » de l’eugénisme américain – responsables de la loi raciste de 1924 sur l’immigration – auraient cédé la place, dès les années 1930, à un eugénisme progressiste plus « scientifique » en rupture totale avec l’hygiène raciale.

La typologie complexe que construit l’auteur démontre que les différenciations au sein du mouvement eugéniste américain n’avaient rien à voir avec son devenir plus « scientifique ». Il souligne que la lutte à l’intérieur de la communauté scientifique internationale au sujet de la politique raciale nazie était avant tout une lutte entre des positions scientifiques divergentes relatives à l’amélioration de la race et aux moyens scientifiques, économiques et politiques pour y parvenir.

C’est la raison pour laquelle l’auteur propose deux notions – « racisme ethnique » et « racisme génétique » –, qu’il estime nécessaires pour la compréhension du phénomène étudié. Le premier fut condamné ouvertement par le tribunal de Nuremberg en 1946 ; pour le second, ce fut plus difficile. D’une part, la plupart des hygiénistes raciaux n’ont pas été jugé(e)s pour la stérilisation forcée de quatre cent mille personnes. D’autre part, la recherche récente a montré qu’une partie de l’accusation a essayé de présenter les massacres de masse et les expériences dans les camps comme des pratiques séparées de l’« eugénisme authentique ».

En 1939, Ellinger écrivait dans le Journal of Heredity que la persécution des juifs n’était pas une persécution religieuse, mais « un projet d’élevage de grande échelle visant à éliminer de la nation les attributs héréditaires de la race sémitique ». Et d’ajouter : « Mais quand il s’agit de savoir comment le projet d’élevage peut être réalisé avec la plus grande efficacité, une fois que les politiciens ont décidé de sa désirabilité, même la science peut assister les nazis. » Quelques années plus tard, Karl Brandt, le chef du programme d’élimination des personnes handicapées, déclarait devant ses juges que celui-ci avait été fondé sur des expériences américaines dont certaines dataient de 1907. Il citait pour sa défense Alexis Carrel, dont une de nos universités portait encore récemment le nom (4).

L’ouvrage de Wallace analyse les rapports avec le nazisme de deux icônes américaines du XXe siècle : le constructeur automobile Ford et l’aviateur Charles Lindbergh. Ce dernier, consacré héros de l’aviation après avoir traversé pour la première fois l’Atlantique (1927), va jouer un rôle politique significatif dans les années 1930, comme sympathisant américain du IIIe Reich et, à partir de 1939, comme un des organisateurs (avec Ford) de la campagne contre Roosevelt, accusé de vouloir intervenir en Europe contre les puissances de l’Axe.

Moins connu, le cas de Ford est plus important. Comme le montre très bien Wallace – c’est un des points forts de son livre –, The International Jew (1920-1922), de Ford (lire « Henry Ford, inspirateur d’Adolf Hitler »), inspiré par l’antisémitisme le plus brutal, a eu un impact considérable en Allemagne. Traduit dès 1921 en Allemand, il a été l’une des principales sources de l’antisémitisme national-socialiste et des idées de Hitler. Dès décembre 1922, un journaliste du New York Times visitant l’Allemagne, raconte que « le mur situé derrière la table de Hitler, dans son bureau privé, est décoré d’un large tableau représentant Henry Ford ». Dans l’antichambre, une table était couverte d’exemplaires de Der Internationale Jude. Un autre article du même journal américain publie, en février 1923, les déclarations d’Erhard Auer, vice-président de la Diète bavaroise, accusant Ford de financer Hitler, parce qu’il était favorable à son programme prévoyant l’« extermination des Juifs en Allemagne ».

Wallace observe que cet article est une des premières références connues aux projets exterminateurs du dirigeant nazi. Enfin, le 8 mars 1923, dans une interview au Chicago Tribune, Hitler déclarait : « Nous considérons Heinrich Ford comme le leader du mouvement fascisti croissant en Amérique. (…) Nous admirons particulièrement sa politique antijuive, qui est celle de la plate-forme des fascisti bavarois (5). » Dans Mein Kampf, qui paraîtra deux ans plus tard, l’auteur rend hommage à Ford, le seul individu qui résiste aux Juifs en Amérique, mais sa dette envers l’industriel est bien plus importante. Les idées de The International Jew sont omniprésentes dans le livre, et certains passages en sont extraits presque littéralement, notamment en ce qui concerne le rôle des conspirateurs juifs dans les révolutions en Allemagne et en Russie.

Quelques années plus tard, en 1933, une fois le parti nazi au pouvoir, Edmund Heine, le gérant de la filiale allemande de Ford, a écrit au secrétaire de l’industriel américain, Ernest Liebold, pour lui raconter que The International Jew était utilisé par le nouveau gouvernement pour éduquer la nation allemande dans la compréhension de la « question juive » (6). En rassemblant cette documentation, Wallace a établi, de manière incontestable, que le constructeur automobile américain avait compté au nombre des sources les plus significatives de l’antisémitisme du national-socialisme.

Comme le rappelle Wallace, Hitler fit attribuer en 1938 à Ford, par l’intermédiaire du consul allemand aux Etats-Unis, la grande croix de l’ordre suprême de l’Aigle allemand, une distinction créée en 1937 pour honorer de grandes personnalités étrangères. Auparavant, la médaille, une croix de Malte entourée de svastikas, avait été attribuée à Benito Mussolini.

Cependant, Wallace ne nous explique pas pourquoi, considérant l’abondance des travaux antisémites européens, notamment allemands, l’auteur de Mein Kampf a été à ce point fasciné par l’ouvrage américain. Pourquoi a-t-il orné son bureau du portrait de Ford, et non de celui de Paul Lagarde, Moeller Van der Bruck et de tant d’autres illustres idéologues antisémites allemands ? Outre le prestige associé au nom de l’industriel, il semble que trois raisons peuvent expliquer cet intérêt pour The International Jew : la modernité de l’argument, son vocabulaire « biologique », « médical » et « hygiéniste » ; son caractère de synthèse systématique, articulant dans un discours grandiose, cohérent et global, l’ensemble des diatribes antisémites de l’après-guerre ; enfin, sa perspective internationale, planétaire, mondiale.

« Je l’ai lu et je suis devenu antisémite »

Wallace montre, documents à l’appui, que Hitler n’a pas été le seul des dirigeants nazis à éprouver l’influence du livre fabriqué à Dearborn. Baldur von Schirach, leader de la Hitlerjugend et, plus tard, gauleiter de Vienne, déclara, lors du procès de Nuremberg : « Le livre antisémite décisif que j’ai lu à cette époque, et le livre qui a influencé mes camarades, est celui de Henry Ford, The International Jew. Je l’ai lu et je suis devenu antisémite. » Joseph Goebbels et Alfred Rosenberg figurent également parmi les dirigeants ayant mentionné cet ouvrage au nombre des référence importantes de l’idéologie du Parti national-socialiste allemand (NSDAP) (7).

En juillet 1927, menacé d’un procès en diffamation et inquiet de la chute des ventes de ses voitures, Ford s’était livré à une rétractation en bonne et due forme. Dans un communiqué de presse, il affirmait sans broncher ne « pas avoir été informé » du contenu des articles antisémites parus dans The Dearborn Independent, et il demandait aux Juifs « pardon pour le mal involontairement infligé » par le pamphlet The International Jew (8). Jugée peu sincère par une bonne partie de la presse américaine, cette déclaration a cependant permisà Ford de dégager sa responsabilité pénale. Elle ne l’a pas empêché de continuer à soutenir, en sous-main, une série d’activités et de publications à caractère antisémite (9).

« Ford précurseur du nazisme » a été largement occulté aux Etats-Unis, au profit du grand industriel moderne promoteur de la voiture fabriquée en série et vendue à bon marché. C’est cet homme que l’écrivain anglais Aldous Huxley présentait ironiquement, dans Le Meilleur des mondes (1932), comme une divinité moderne, la prière adressée à « Our Ford » remplaçant l’ancienne dirigée à « Our Lord » (« Notre Seigneur »).

Ce long silence gêné est compréhensible. Le « cas » Ford soulève des questions délicates sur la place du racisme dans la culture nord-américaine et sur les rapports entre notre « civilisation occidentale » et le IIIe Reich, entre la modernité et l’antisémitisme le plus délirant, entre progrès économique et régression humaine. Le terme de « régression » n’est d’ailleurs pas pertinent : un livre comme The International Jew n’aurait pas pu être écrit avant le XXe siècle, et l’antisémitisme nazi est lui aussi un phénomène radicalement nouveau. Le dossier Ford jette une lumière crue sur les antinomies de ce que Norbert Elias appelait le « processus de civilisation ».

Michael Löwy

Directeur de recherches émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Eleni Varikas

Professeure à l’université Paris-VIII (Saint-Denis).

Soutenez-nous !

« Le Monde diplomatique » ambitionne de faire vivre un journalisme affranchi des pouvoirs et des pressions. Une liberté qu’il doit essentiellement à ses acheteurs et abonnés.

Faites un donAbonnez-vous

(1Cf. la démonstration qu’a faite Hannah Arendt, en ce qui concerne le colonialisme, l’impérialisme et l’antisémitisme européens, dans le premier et le deuxième volume des Origines du totalitarisme. Pour une actualisation et un enrichissement de cette thèse, cf. Enzo Traverso, La Violence nazie, Paris, La Fabrique, 2002.

(2) Stefan Kühl, The Nazi Connection. Eugenics, American Racism, and German National Socialism, Oxford University Press, New York, 1994.

(3) Max Wallace, The American Axis. Henry Ford, Charles Lindbergh, and the Rise of the Third Reich, St. Martin’s Press, New York, 2004.

(4) La faculté de médecine Lyon-I, jusqu’en 1996.

(5) Max Wallace, The American Axis, p. 45-46.

(6Ibid., p. 130.

(7Ibid., p. 42, 57.

(8Ibid., p. 31-33.

(9) Sur les connexions antisémites et philonazies de Ford dans les années 1930, et sur son alliance avec Lindbergh, lire les pages 124 à 145 et 239 à 266.

VOIR AUSSI

  • Henry Ford, inspirateur d’Adolf Hitler

    Michael Löwy
    Avec le livre The International Jew, de Henry Ford , nous ne sommes plus du tout dans l’antijudaïsme traditionnel, d’inspiration religieuse, mais dans quelque chose de radicalement différent. Cet ouvrage en (…) 
 
2 Commentaires

Publié par le août 17, 2017 dans Amérique, extrême-droite, HISTOIRE