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« La révolution est une grande percée, révélant des opportunités sans précédent »

 

Le 25 mars à Moscou s’est tenu le XIIIème plénum commun du Comité central du Parti communiste et de la Commission centrale de contrôle. Nous publions ici le texte d’une des interventions.

Service de presse du Comité central du Parti communiste.

25/03/2017

Parfenov Denis Andreevich

https://kprf.ru/dep/gosduma/activities/163619.html

 

La société russe actuelle se caractérise par de profondes divisions de classe. L’usurpation par une poignée de gens super riches de tous les leviers politiques et économiques contribue à la dégradation progressive de l’état et de la société. L’élite dirigeante actuelle, depuis le soi-disant « consensus de Crimée » se drape dans des habits patriotiques, proclame des slogans forts sur l’amour du pays et la nécessité d’assurer sa sécurité.

 

Etant incontestablement patriotes et partisans de la défense du pays contre tous les ennemis – étrangers et nationaux, les communistes doivent néanmoins tous les jours exposer la nature contradictoire et la duplicité du patriotisme des autorités officielles. Le patriotisme d’une classe qui vole son propre peuple ne peut pas être authentique. Il ne peut y avoir de véritable amour pour le pays chez des gens dont les capitaux sont à l’étranger. Des personnes avec deux ou trois nationalités et solutions de rechange ne peuvent pas défendre les intérêts nationaux et étatiques. Même si bien sûr, parmi les autorités il peut y avoir des gens sincères. Mais cela ne change pas la nature de classe de l’élite dirigeante dans son ensemble.

 

De plus, afin de se maintenir au pouvoir l’oligarchie et ses partisans utilisent comme arme principale le nationalisme, la russophobie et l’antisoviétisme en un cocktail mortel qui tue l’âme de notre nation. La nature anti-russe des libéraux au pouvoir et en dehors emprunte une variété de formes, allant du soutien à la décommunisation menée en Ukraine, jusqu’au négationnisme historique.

 

Le paradoxe de la situation réside dans le fait que le chœur des accusateurs de l’URSS est rallié par des représentants des « élites » politiques et culturelles, qui clament leur désir de « réconcilier les époques historiques », « d’inculquer à la jeune génération un sentiment de fierté pour leur propre pays et son passé. »

 

Il est regrettable que le Président en janvier 2016 ait ouvertement accusé Lénine d’avoir « posé une bombe sous le fondement de la Russie ». Il avait à l’esprit le principe sur la base duquel a été formée l’Union soviétique – le droit des peuples à l’autodétermination jusqu’à la sécession.

 

Le Premier ministre Dmitri Medvedev lors de son discours au Forum d’investissement à Sotchi en septembre 2016 a appelé la Grande Révolution socialiste d’Octobre « un exemple de la destruction des fondements de l’économie et de perte de la croissance économique »

 

Ces dernières années, des appels répétés pour l’élimination du mausolée de Lénine sur la place Rouge ont émané non seulement de la bouche de l’éternel provocateur Jirinovski, mais aussi du ministre de la Culture Vladimir Medinski dès 2012, et de la bouche du rabbin principal de Russie LazarBerel en janvier de cette année, en plein anniversaire de la révolution.

 

Les tentatives de glorification de Koltchak se poursuivent, initiées des forces centrifuges qui cherchent à diviser le pays. Karl Mannergeim, un ennemi direct de notre pays, a été honoré d’une plaque commémorative dans la capitale du Nord. On constate ainsi une exaltation ouverte des traîtres à la nation et même des ennemis extérieurs de l’URSS. Quelle différence avec ce qui se passe en Ukraine, où sont honorés les collaborateurs nazis?

 

Le Parti à Moscou et ailleurs en Russie doit répondre fermement à toute tentative d’attaquer l’héritage soviétique – selon la situation et la capacité des structures du parti à mobiliser, il peut s’agir de lettres, de déclarations et protestations. Sans oublier le travail sur Internet, pour promouvoir nos idées – par exemple sur Wikipédia, qui est plein de non-sens et inepties anti-soviétiques.

 

Il est extrêmement important de répondre non seulement aux attaques de l’ennemi de classe, mais aussi d’attaquer.

 

Le Centième anniversaire de la Révolution socialiste d’Octobre nous donne l’occasion de réclamer que le 7 Novembre redevienne un jour férié. Suivant l’expérience des camarades chinois, on peut proposer des poursuites judiciaires pour insulte à la mémoire des héros de la révolution. Je pense qu’il faut reconquérir face à nos adversaires le mot de « révolution »! Grâce aux amalgames des journalistes et politologues, ce mot est aujourd’hui associé aux émeutes, aux troubles politiques – dénaturant son sens véritable. Cependant, quand vous parlez aux gens de révolution dans la science, la médecine, la technique – ils sont bouche bée devant les miracles du progrès. Mais il suffit de parler de révolution politique, et l’homme de la rue est pris d’une peur animale que les bolcheviks lui enlèvent son appartement. Mais la révolution c’est une grande percée, une rupture dans la gradualité du développement, révélant des opportunités sans précédent. Ce fut une telle percée que connut le pays lors de la Grande Révolution socialiste d’Octobre.

 

A partir du cas de l’Ukraine, nous voyons que le renforcement de l’antisoviétisme et de la russophobie exige une réponse rapide et extrêmement ferme, sinon ce poison peut envenimer touteune génération, et détruire le pays. Je suis sûr que notre parti a le pouvoir de l’empêcher!

 

Traduction MD pour H&S

 

 

 
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Publié par le mars 26, 2017 dans Uncategorized

 

La Corée du Nord comme vous ne l’avez jamais vue

Le photographe Chris Petersen-Clausen s’est rendu en Corée du Nord plusieurs fois cette année pour l’agence NK News. Spécialisée dans les informations sur la Corée du Nord, celle-ci nous permet aujourd’hui de vous en présenter une sélection.

Cela fait cinq ans que Kim Jong-un est arrivé au pouvoir, au lendemain de la mort de son père Kim Jong-il le 17 décembre 2011. Depuis, l’héritier a lancé des réformes économiques tout en maintenant les programmes nucléaire et balistique de son pays.

Alors que la Corée du nord reste souvent perçue de manière caricaturale, une lente mutation se déroule et des changements surviennent dans la vie quotidienne des Nord-Coréens. La capitale Pyongyang présente un visage relativement « moderne », mais les campagnes évoluent beaucoup plus lentement. L’ensemble des photos est également visible sur le site de NK News.

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Ce groupe d’étudiants dont l’Université n’est pas mentionnée précisément portent toujours le double-badge à l’effigie de Kim Il-sung (1948-1994), le fondateur de la République Populaire et Démocratique de Corée (DPRK) et de Kim Jong-il (1994-2011). La plupart des étudiants viennent des familles bien placées au sein de l’administration ou du Parti des Travailleurs (équivalent du Parti communiste en Chine) mais certains élèves brillants détectés en province peuvent y entrer. © NK News
Source : NK News
Traduction : Dorian Malovic

Dorian Malovic

 
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Publié par le mars 23, 2017 dans Uncategorized

 

Les « mises en garde » chinoises sur la défense anti missiles commencent à produire leur effet

Представитель партии «Тобуро» Мун Джэ Ин, возможно, станет новым президентом Южной Кореи и пересмотрит решение о размещении американской системы ПРО

Представитель партии «Тобуро» Мун Джэ Ин, возможно, станет новым президентом Южной Кореи и пересмотрит решение о размещении американской системы ПРО
16 mars 2017

Photo: ToruHanai / Reuters

Texte: Andrei Rezchikov

http://www.vz.ru/world/2017/3/16/822964.html

 

Il semble bien que la Corée du Sud ait l’intention de reconsidérer sa décision de déployer sur son territoire le système de défense antimissile des États-Unis. Des allusions en ce sens ont commencé à apparaître au sein du parti dont le représentant est susceptible de diriger le pays après la prochaine élection. La Chine a trouvé des arguments très sensibles pour les Coréens.

Jeudi, le chef de l’opposition parlementaire sud-coréenne « Toburo » (« Ensemble ») A San-ho a appelé à renoncer à l’installation du système anti-missile US THAAD – tant que le pays n’aura pas obtenu le consentement de la Russie et de la Chine.

Le politicien a expliqué que le déploiement du système anti-missile n’est possible que si cela ne porte pas atteinte aux relations de Séoul avec les pays voisins, rapporte TASS en référence à « Yonhap. » « Nous devons être très prudents dans cette affaire délicate, – a-t-il dit. – La Chine exerce une forte pression économique ».

Début mars, le commandement du contingent américain en Corée du Sud a annoncé avoir commencé le déploiement du complexe anti- missile THAAD. Les deux premiers lanceurs ont été acheminés vers une base militaire près de la ville de Pyeongtaek, à 70 km de Séoul. Selon la position officielle de Washington, la raison de l’installation de THAAD dans la région a été la menace nucléaire de la Corée du Nord.

Initialement le déploiement de THAAD était prévu pour l’été, mais le processus a été accéléré après que la Corée du Nord a mené une série de lancements de missiles. A Moscou, le Conseil de la Fédération a qualifié l’apparition de THAAD en Corée du Sud « un nouveau défi à la Russie », une tentative de « l’encercler par l’est et l’ouest. » La Chine est encore plus préoccupée. Pékin estime que la puissance de THAAD est excessive pour dissuader la Corée du Nord, et son véritable objectif est la surveillance de la partie nord-est de la Chine avec l’aide d’un puissant radar. « Nous ne permettrons pas de porter atteinte à nos intérêts de sécurité nationale », – a déclaré à cette occasion le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Hong Lei.

Le fait que ce soit la gauche qui s’oppose au déploiement du système antimissile américain n’est pas un hasard. Selon un expert de la Corée, le Professeur de l’Université d’Etat de St. Petersbourg Irina Lantsova, la vie politique de la Corée du Sud comprend principalement : une aile droite conservatrice, qui est basée sur une alliance étroite avec les Etats-Unis, et un groupe de partis, dont le « Toburo », qui peut être qualifié de centre-gauche. Ils préconisent une politique étrangère plus équilibrée avec un appui non seulement sur les États-Unis mais aussi d’autres puissances régionales.

« Déjà au printemps et en été de l’année dernière, beaucoup de personnalités de centre-gauche se sont opposées au système de défense antimissile en Corée. La Société en Corée du Sud n’est pas unie sur cette question. Et maintenant, avec la crise politique que connaît le pays, lorsque les chances pour l’arrivée du centre-gauche au pouvoir sont accrues, des voix s’élèvent à nouveau pour que soit révisée la décision sur la défense antimissile, « – dit Lantsova à notre journal.

Pour rappel, des élections présidentielles anticipées sont prévues à la date du 9 mai. Elles ont été rendue nécessaires après que le parlement a voté la destitution de la présidente Park Geun-hye , et maintenant la décision a été approuvée par la Cour constitutionnelle. Selon Lantsova, après le fiasco de Park Geun-hye, la cote de la droite a chuté et les chances d’arrivée au pouvoir du centre-gauche sont grandes. Comment l’écrivait jeudi « Kommersant », le favori incontesté de la course est aujourd’hui le représentant du parti « Toburo », Moon Jae-in.

Des sanctions non annoncées officiellement, mais néanmoins efficaces

En outre, un grand impact sur la politique de Séoul a été exercé par les sanctions de la Chine, qui a commencé à restreindre le commerce avec son voisin, y compris l’annulation officieuse des tournées de chanteurs et la diffusion de films en provenance de Corée du Sud. « La Chine est le principal partenaire économique de la République de Corée. Les restrictions commerciales concernent principalement les biens de consommation de la jeunesse. En outre, les Chinois ont limité la présence de grandes sociétés coréennes comme le groupe Lotte « , – dit-elle. Le Ministère de la Défense coréen a reconnu que la tension dans ce domaine s’est également amplifiée – la coopération militaire entre les deux pays est presque au point mort. C’est la Société Lotte qui a fourni un emplacement sur le territoire de Corée pour l’installation de THAAD, et maintenant la moitié de son réseau de supermarchés en Chine a déjà fermé – sous divers prétextes.

Le politologue de Corée du Sud Pak No-ja a expliqué au journal VZGLIAD que, selon les sondages, la plupart des Coréens considèrent déjà ces sanctions comme une menace pour l’économie du pays, jusqu’à 30% du commerce étant effectué avec la Chine (en comptant Taiwan et Hong Kong). « Du point de vue de nombreux Coréens, qui sont essentiellement préoccupés par la survie économique, THAAD  est de la folie complète », – a dit Pak.

Le parti « Toburo » s’appuie sur de grands conglomérats tels que Samsung et Hyundai, qui sont maintenant liés à la Chine, et non aux États-Unis. La plus grande usine de Samsung pour la production de semi-conducteurs se trouve en Chine. « Du point de vue du capital monopoliste coréen, une rupture avec la Chine serait un coup mortel, couvrir de telles pertes à court terme serait absolument impossible, » – dit-il.

En fin de compte, tout se résume à qui l’emportera, du grand capital en alliance avec les libéraux et le centre-gauche, ou de la droite étroitement associée au lobby militaire, puisque le ministère de la Défense est le principal soutien du THAAD. Pak prévoit que l’élection de mai portera sans doute au pouvoir l’opposition, et le président sera le représentant de « Toburo » Mun, et ensuite, avec le soutien de la grande entreprise, le nouveau chef va se battre contre le ministère de la Défense. « Le résultat de cette lutte montrera quels sont les rapports de forces sociales et politiques dans la société, leur influence, leurs possibilités », – prédit Pak No-ja.

Dans le cas d’une telle lutte, l’expert n’exclut pas que les Etats-Unis par la suite abandonnent le système de défense antimissile en Corée du Sud, afin de conserver leur influence sur la partie sud de la péninsule coréenne. « Les Etats-Unis comprennent qu’il leur faut maintenir l’hégémonie idéologique. Il faut que la majorité des Coréens soient persuadés que la suprématie politique et militaire américaine en fin de compte est à leur avantage « , – a-t-il conclu.

La situation autour du radar américain en Corée du Sud ressemble à celle autour du radar américain en Pologne. Les États-Unis envisagent de déployer un radar en Pologne pour surveiller la Russie, de même que leur radar en Corée du Sud est conçu pour avoir un œil sur la Chine. Cependant, la peur de fâcher la Chine en Corée du Sud, semble-t-il, a été beaucoup plus forte que la peur de fâcher la Russie en Pologne.

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

 

 

 
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Publié par le mars 23, 2017 dans Uncategorized

 

Entretien avec Claudio Katz: Amérique latine, Trump et néolibéralisme

http://www.cubadebate.cu/noticias/2017/03/19/entrevista-con-claudio-katz-america-latina-trump-y-el-neoliberalismo/#.WM946W_hC71

Par: Javier Larrain
Une très longue mais intéressante rencontre avec Claudio Katz, un marxiste d’Amérique latine. A noter la volonté de débat dont il fait preuve, mais aussi une certaine incompréhension concernant certains courants asiatiques ou russes, en restant pour le moment dans le vivier latino-américain et européen. Intéressant néanmoins (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société)

Claudio Katz, économiste et professeur argentin. Photo: Luis Padilla / Knowledge and Power.

 

 

L’an dernier, les forces progressistes de la région ont assisté avec stupeur à l’émergence de leaders de droite comme Macri en Argentine et au Brésil Temer. Le renforcement d’un bloc de pays néolibéraux autour de l’Alliance du Pacifique a ouvert le débat sur l’avenir socialiste américain.

Le caractère du néolibéralisme qui prévaut et émerge à nouveau, les limites de ce qui a été désigné comme un  « cycle progressiste », les défis à venir pour les gauches du continent comme la réflexion autour des expériences révolutionnaires du siècle dernier, sont quelques-uns des sujets abordés dans le dialogue recueilli en exclusivité par le Correo del Alba, avec l’économiste et intellectuel marxiste argentin Claudio Katz .

Qu’est-ce que le néolibéralisme? Une  idéologie, une pratique économique, une théorie politique?

Le néolibéralisme est une pratique réactionnaire ou une idéologie conservatrice, un modèle d’accumulation basé sur les attaques contre les travailleurs dans le cadre d’une plus grande internationalisation du capital. Depuis les années 80, il a été essentiellement défini comme une offensive du capital contre le travail pour rétablir le taux de profit.

À mon avis, le néolibéralisme s’est renforcé à cause de l’effondrement de l’Union soviétique, l’annexion de l’Allemagne et le mouvement de l’Union européenne vers la mondialisation. En 2008, il y a eu un débat pour savoir si le néolibéralisme allait se maintenir ou allait  disparaître, l’expérience a montré qu’il se maintenait, se  renforçait, s’approfondissait au point que l’inégalité a atteint des niveaux sans précédent et, clairement, s’avère être le modèle qui continue à fonctionner jusqu’à aujourd’hui.

C’est un modèle économique différent du keynésien de l’après-guerre et, en termes géopolitiques, il a eu des moments de bipolarité, d’unipolarité et de multipolarité, mais je pense que les classes dirigeantes pratiquent ce nouveau modèle dans le cadre commun de l’entreprise mondialisée.

Quels visages adoptera  le néolibéralisme de «l’ère Trump»?

La grande question que nous nous posons tous est quel genre de néolibéralisme va adopter Trump dans sa présidence. Maintenant, de toute façon je pense que la mondialisation, dans les termes déjà mentionnés, sera maintenu comme l’internationalisation productive. Il y a beaucoup de doutes quant à la manière dont Trump introduira des changements dans les accords de libre-échange et sur  toutes les questions relatives à la mobilité de la main-d’œuvre et, dans ce nouveau scénario, il semble qu’avec lui nous marchons vers une autre sorte de néolibéralisme économique en combinaison avec des formes de nationalisme réactionnaire, qui aboutiraient à une autre période de néolibéralisme, mais cela reste à voir.

Peut-on dire que le néolibéralisme a des étapes spécifiques, une «histoire»? Si oui, quelles sont-elles, en particulier en ce qui concerne notre Amérique?

Personnellement, je considère le néolibéralisme comme un modèle intégral sur les plans économiques et politiques, comme une idéologie du capital qui reprend les  formes néoclassiques du raisonnement économique et, bien sûr, en Amérique latine il a eu une variété d’étapes. Je pense que y compris à la fin des années 70, les tendances dans les pays développés furent ce que Pinochet avait réalisé comme la première expérience du néolibéralisme et, oui, je pense qu’il y a eu deux étapes: une première dans les années 80, avec «les réformes de première génération» il s’agissait d’un modèle d’ajustement à l’inflation des taux d’intérêt communs. La deuxième étape, dans la décennie suivante, a été caractérisée par ce qu’on a appelé le «Consensus de Washington», et comme un modèle de libéralisation des échanges, la privatisation, la flexibilité du travail, etc.

Nous entrons maintenant dans une nouvelle période parce qu’il y a une crise du néolibéralisme dans la dernière décennie; cette nouvelle période est celle de la «restauration conservatrice», qui est elle -même une nouvelle phase du néolibéralisme..

Après les dernières défaites électorales -et le coup d’Etat parlementaire au Brésil- des forces progressistes dans la région, je voudrais vous demander: qu’est-ce qui est proposé ou non dans le nouveau droit régional? Quel est le danger de cette contre-offensive?

Ce que nous vivons est, comme je l’ai mentionné, une «restauration conservatrice», qui est la figure dominante depuis une année dans toute l’Amérique latine. Pour comprendre ce qu’est la restauration on doit considérer que les modèles néo-libéraux continuent, les pays où il n’y avait pas eu d’interruption du néolibéralisme d’aucune sorte sont le Mexique, le Pérou, la Colombie et le Chili, les pays où les taux de chômage, la précarité et l’inégalité sont restés comme une constante; on doit voir le schéma de terreur et de répression au Honduras, au Mexique et en Colombie, l’agression contre les  mouvements populaires, en fait,  le néolibéralisme s’est poursuivi et il  n’a jamais disparu en Amérique latine.

Comme je l’ai également signalé cette contre offensive s’est étendue dans deux parties en Amérique latine, l’Argentine est le premier cas de la restauration néolibérale et où la première année du néolibéralisme aboutit à des résultats effrayants en matière  économique, la récession, l’inflation, l’effondrement de la consommation et la chute des investissements: mais qui persiste comme un projet ayant ses objectifs et ne sont pas une simple improvisation, qui vise à démolir les gains des travailleurs et à reconstruire une structure d’agression permanente pour les conquêtes populaires; certainement jusqu’à présent, il a démontré que l’ajustement a beaucoup d’intentions et des capacités limitées pour les réaliser.

Le second cas, avec quelques similitudes avec la précédente, est celui de Temer au Brésil, parce que nous avions un modèle de restauration conservatrice avec les parlementaires corrompus qui ont voté pour la destitution invoquant Dieu, parents et militaires corrompus, mais en fin de compte c’est un gouvernement extrêmement illégitime et, par conséquent, avec des capacités assez limitées pour stabiliser un modèle néolibéral.

Strictement parler le projet de ces restaurateurs est l’Alliance du Pacifique, les paris sur un traité de libre-échange en général pour toute la région et le problème est que ce projet coïncidait bien avec Hillary Clinton et a beaucoup de problèmes avec Trump.

Dans ce contexte, comment envisage-t-on l’imprévu?

La «restauration conservatrice» fait maintenant face à l’imprévu d’un président Trump qui  prend des distances avec les traités du Pacifique et, par conséquent, peut générer une grande crise; il y a une grande hésitation dans les groupes dominants sur la politique à suivre, ils ne savent pas si oui ou non ils doivent démanteler le MERCOSUR ou réorienter le libre échange vers de nouveaux partenaires en Europe ou en Chine.

Ce moment de crise intervient parce que si Trump est un conflit avec la Chine, l’Amérique latine peut être la victime commerciale de ce conflit, la consolidation de primarisation économique régionale. Vous pouvez également exacerber la crise si Washington augmente le taux d’intérêt, s’ils construisent le mur au Mexique, etc. En bref, nous sommes dans une «restauration conservatrice» avec une crise dans cette restauration par la montée de Trump.

L'Amérique latine a deux façons de choisir: ou le néolibéralisme à l'opposé.

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Lorsque vous recommandez d’analyser les « neoconservatisme » par rapport à des pays comme le Mexique ou le Chili, devrions-nous en conclure que la droite restauratrice est en train d’appliquer ou d’achever des mesures néolibérales qui étaient en suspens?

Oui, ils s’agit d’en finir avec la perte du modèle néolibéral qui a été interrompu dans la dernière décennie par ce qu’on appelle le «cycle progressif», en changeant l’équilibre des forces entre les classes dominantes et les classes populaires, grâce aux limites qui ont été opposées à l’intervention de l’impérialisme américain, par l’éducation populaire, par l’existence de projets radicaux en Bolivie et au Venezuela, pour la survie de la Révolution cubaine, pour tout ce qu a limité l’agression néolibérale; maintenant ils veulent prendre leur revanche, ils se  jettent à une échelle d’agressivité redoublée contre les travailleurs.

Dans la même perspective, est-ce qu’il y a une relation dans le renforcement ou l’affaiblissement du néolibéralisme qui a été imposé à la dictature (Chili, Argentine, etc.) ou la démocratie (Bolivie, Venezuela, etc.)?

Une caractéristique du néolibéralisme est que dans tous les pays d’Amérique du Sud, il  a été créé comme un modèle dans l’époque de la dictature et validé par les régimes constitutionnels des années 80 et par les gouvernements constitutionnels néolibéraux des années 90, les régimes politiques civils qui servaient les mêmes classes dominantes et acceptaient le même modèle de mondialisation du marché du travail et les classes dirigeantes néolibérales; cela a été interrompu par les grandes rébellions de 2000, 2003, 2004, et 2005, et maintenant la restauration conservatrice vise à inverser ce processus.

Qu’est-ce que vous pensez de la catégorie d’ «accumulation par dépossession», dont parle beaucoup David Harvey?

David Harvey reprend une idée de Rosa Luxemburg qui a à voir avec le processus d’épuisement des ressources naturelles, de la force de travail, qui se produit dans la dynamique de l’accumulation primitive, qui est combiné avec le processus d’accumulation du capital en particulier dans les économies périphériques.

Harvey reprend cette idée et utilise le terme «dépossession» pour marquer le caractère contemporain de cette prédation, en l’étendant aux économies métropolitaines, développées, y compris la spéculation financière, la fraude et la privatisation.

C’est un concept qui a suscité beaucoup de discussions, il y a des théoriciens marxistes qui ont mis en doute l’importance excessive accordée au rôle extra-économique au détriment de la logique du capital dans cette catégorie, soulignant que Marx a étudié la logique objective de l’accumulation et les processus de vol, vol qualifié ou pillage du capitalisme, à la différence des modèles tribaux ou esclavagistes, dans lequel des règles spéciales sont fondées sur la concurrence, le gain, l’exploitation et la «dépossession» est un ingrédient de plus. À mon avis, je pense que, dans les périodes d’accumulation courante ou l’accumulation normale de la « dépossession » prend un rôle secondaire tandis que les moments génériques, par exemple, avec la guerre ou une autre crise, la «dépossession» occupe un rôle plus pertinent; dans les économies périphériques, par rapport aux économies centrales, la «dépossession» a clairement un rôle plus important..

En ce qui concerne l’Etat, je voudrais vous interroger sur le plus basique : quels sont ses éléments essentiels?

Sur le plan théorique, il y a eu une reprise intéressante des idées marxistes sur l’état de ces dernières années, qui dépasse une vision la plus traditionnelle, simplifiée, orthodoxe et instrumentiste qui en fait seulement un organe d’oppression d’une classe dirigeante sur une autre vision opprimée de la classe.

Les penseurs les plus contemporains en sont venus à envisager la pleine dimension de l’Etat en reprenant l’idée de Marx d’un projet de libération de la société de l’oppression étatique, ou les idées de Lénine, qui espérait aller très rapidement dans l’émancipation sociale et, ainsi, aboutir à une dissolution de formes étatiques d’oppression; l’histoire a montré que ces attentes étaient extrêmement optimistes.

Mais, en théorie, encore une fois, il y a eu les contributions très intéressantes de Gramsci, par exemple, démontrant que l’État est un instrument de cohésion et d’un accord visant à stabiliser l’hégémonie des classes dominantes. Il y a aussi des idées sur l’état d’Althusser comme articulation des formes différentes de la domination de l’Etat. Nous pouvons également lire les débats entre Poulantzas et Balibar, Etat comme condensation des relations sociales ou comme un modèle associatif entre la bureaucratie et les groupes capitalistes.

En bref, la pensée marxiste sur l’Etat a beaucoup à apporter, en particulier par contraste avec les idées très basiques et les plus primitives des libéraux, néo-libéraux,  néo-classiques, face à l’idée de l’état minimal, de la thèse hétérodoxe de l’État comme une institution neutre et indispensable et éternelle. La révision de la théorie de l’Etat, son expansion et son enrichissement, permet en même temps de commencer à penser les projets et les stratégies socialistes qui une fois intégrée cette complexité, nous permet d’aborder les formes de l’État contemporain.

Dans la dernière décennie, dans le domaine des discussions au sein de la gauche, beaucoup ont insisté sur la séparation entre le «social» et le «politique». Que pensez-vous de ce thème?

La fracture nette entre le social et le politique a commencé avec force il y a une ou deux décennies peut-être dans les courants qui en Argentine sont appelés « autonomistes » et il y avait beaucoup de difficulté à saisir la relation entre le «social» et le «politique»,  comprendre une idée traditionnelle du marxisme pour qui la lutte sociale est le moyen le plus immédiat par lequel les travailleurs et les opprimés prennent les rues pour leurs revendications, mais que la transformation de cette lutte économique de base dans un projet politique nécessite la conscience, l’organisation et l’action politique.

Il y avait une grand illusion et des attentes, une idéalisation des mouvements sociaux et leur capacité à agir sans une construction politique et des organisations politiques, cependant, je pense que ce qui est arrivé dans la dernière décennie, l’expérience du soi-disant «cycle progressif» et les processus politiques de centre gauche en Argentine, en Equateur et au Brésil, et les processus politiques radicaux au Venezuela et en Bolivie, ont montré que ces illusions et ces espérances de la simplification de l’analyse des politiques étaient inconsistantes, que les travailleurs pour s’émanciper avaient besoin d’une action politique et quelque chose de plus important pour la conquête du pouvoir politique parce que l’un des résultats de cette théorie fortement axée sur les mouvements sociaux, l’idée de « changer le monde sans prendre le pouvoir » ne peut pas aboutir sans transformation politique intervenant dans le domaine de l’État.

Beaucoup de ces débats sont devenus des débats abstraits et ont disparu depuis longtemps, aujourd’hui il est très clair que la lutte sociale exige une projection au niveau politique, ce qui implique la construction d’organisations socialistes pour soutenir un projet socialiste.

 

Comment résoudre  le divorce apparent entre les «partis politiques» et les «mouvements sociaux» comme instruments politiques? Les seconds ne remplacent pas les premiers ou finissent par être comme eux ?

C’est dans la logique de ce que nous venons de dire. Je trouve que c’est complètement abstrait et schématique que cette division entre le mouvement social et l’organisation politique. Il existe un lien entre les deux qui est la projection de la lutte sociale au niveau politique et dans la dernière décennie, la lutte de la gauche a été manifestement axée sur le plan politique, les défis ont été et sont les gouvernements radicaux pour faire avancer un projet socialiste ou l’incapacité à développer ce projet et la frustration qui s’est développée et qui a caractérisé les gouvernements de centre-gauche.

Pensez-vous que l’accès à l’appareil d’État des mouvements progressistes d’Amérique latine (Venezuela, Equateur et Bolivie en particulier) était prématuré et que nous pourrions en payer le coût ? (Dans le sens où nous n’avons pas une force sociale suffisamment constituée et organisée).

Je ne pense pas que l’on puisse raisonner en termes de «prématuré», car cela ne me dit pas les conditions dans lesquelles cela se passe; ce qui existe sont les opportunités pour la transformation sociale et quand ceux qui accèdent au gouvernement – avec une claire orientation à gauche –  sont mis au défi de radicaliser les processus ou de les ralentir et de conduire à la frustration de la volonté de transformation populaire.

Dans le cas du Venezuela, l’évidence et le concret est qu’il y a un gouvernement qui a accédé au pouvoir à la suite de plus d’une décennie et demie et a résisté à des complots, des coup d’Etat, des déstabilisations continues, crise économique, pression internationale, harcèlement financier, etc. Et puis, il y a un compromis, le gouvernement a été en mesure de résister, mais il n’a pas été en mesure de transformer cette résistance en un modèle économique anti-capitaliste et à surmonter l’héritage de l’économie rentière vénézuélienne. Il a été une période de grandes améliorations populaires, mais il n’a pas changé la structure improductive et le pays continue de vivre une dispute pour le contrôle de la rente pétrolière, ce qui génère des tensions permanentes et des pressions des capitalistes pour déstabiliser. L’économie reste un facteur clé de cette révolution.

Les bonnes nouvelles sont que l’année dernière la classe dirigeante vénézuélienne a échoué encore et encore dans toutes ses tentatives désespérées faites pour renverser le gouvernement; sa dernière aventure était un coup d’Etat improvisé qui a échoué parce qu’il y avait des contre marches importantes populaires et les gens, malgré les difficultés, n’ont pas rejoint les provocations de la droite dans la contestation de Maduro, bien sûr, ce ne fut pas l’attitude de Dilma Rousseff ou de Lugo de se rendre et de fléchir, ils se sont maintenus, mais toujours ils ont perdu l’occasion d’approfondir le processus et de nationaliser les banques, le contrôle et la nationalisation du commerce extérieur, mettant fin à la spéculation des capitalistes dans la gestion des prix;  ce qui exige de se confronter non seulement à la droite mais aussi à la  bourgeoise qui fonctionne dans le chavisme, qui est le grand défi ouvert par le processus bolivarien.

L’essentiel est que le Venezuela et la Bolivie, contrairement au Brésil et à l’Argentine, sont deux processus ouverts qui poursuivent leur lancée et que tout reste à écrire…

Des intellectuels comme Françoise Houtart ou Frei Betto ont souligné que pour une part les  limites du «cycle progressif» résident dans le fait que leurs gouvernements ont été antinéoliberaux mais pas anticapitalistes, quelle est votre opinion à ce sujet?

En effet ce sont des gouvernements qui se sont affrontés avec les classes dirigeantes avec l’impérialisme, ils ont eu recours à la mobilisation populaire, – ce qui les distingue fortement des gouvernements comme ceux de Dilma Rousseff et de Cristina Kirchner-, mais il trouvent leur limite dans la prise de mesures anticapitalistes ; l’aspect positif est que, malgré qu’il n’aient pas franchi le pas de mesures anticapitalistes ils ont proposé un projet socialiste sur le terrain au moins conceptuel et attiré des gens avec des projets anticapitalistes.

Pensez-vous qu’il peut y avoir une révolution dans le sens le plus profond du mot par la voie électorale ?

La question est le contenu du mot révolution parce que la révolution est un thème prédominant dans toute l’histoire du XXe siècle en Amérique latine; puis vint le néolibéralisme, les dictatures et c’est devenu un mot interdit. Avec le processus de la révolution bolivarienne le concept a été réhabilité et c’est le cas de la Révolution cubaine qui maintient le concept de révolution.

Tant que nous vivons dans un régime capitaliste, avec le type d’exploitation qui caractérise le capitalisme, les conditions d’une transformation radicale appelée révolution seront toujours présentes pour les marxistes: la révolution est l’arrivée massive des exploités à l’action directe comme un processus qui transforme le système capitaliste. Le problème est que les caractéristiques spécifiques d’un processus révolutionnaire présente des différences significatives de ce qu’étaient les processus traditionnels du XXe siècle; en général, il y avait une idée de simultanéité dans le processus de transformation socialiste entre la formation d’un gouvernement des travailleurs, la prise du pouvoir d’Etat et la transformation de la société, trois étapes d’un processus simultané ou des écarts  réduits dans le temps, mais, ce que l’expérience du Venezuela ou d’autres commence à nous dire est que cette combinaison de trois processus ont des délais différents, à savoir atteindre le gouvernement, contester l’état de la société et sa transformation sont trois côtés d’un même processus avec des moments de développement différentiel, le problème est alors de savoir si l’avancée ou la non avancée du gouvernement des travailleurs vers la transformation de la société et l’annulation de son ciment capitaliste à la modification et l’extinction  des formes étatiques, c’est ce  qui est ouvert et il y a beaucoup d’expériences  à analyser ; voici  la grande question ouverte de notre décennie et de notre temps.

 

Cette année, après un demi-siècle depuis  l’assassinat de Che Guevara en Bolivie , quelle est votre opinion sur sa pensée économique? Quelle est la pertinence du sauvetage de son héritage – que  son compatriote Kohan a fortement appelé « la pomme interdite du communisme » -?

Si l’on parle du Che, en le soustrayant de la frivolité de la commercialisation d’un leader socialiste, et après une sorte d’absorption publicitaire, en le retrouvant en tant que militant révolutionnaire et surtout en retrouvant son statut de combattant révolutionnaire qui a soulevé des idées radicalement socialistes dans chacun des plans dans lequel il s’est engagé, vous réalisez qu’il a conçu clairement qu’un processus qui n’avance pas et ne se transforme pas en socialiste non seulement régresse en capitaliste mais empire.

Ses contributions sont nombreuses sur de nombreux plans, par exemple, dans l’internationalisme socialiste pour comprendre que la révolution sera socialiste ou sera une caricature de révolution, et aura une échelle mondiale.

Che est l’homme des valeurs morales, la pensée révolutionnaire qui a formulé la théorie éthique de la formation d’un homme nouveau: avec solidarité et de fraternité en tant que principes depuis le début de la révolution, sans attendre l’apparition du bien-être matériel.

Dans ce contexte, sa théorie doit être comprise dans cette vision générale du Che, au lutteur et au gestionnaire, il y avait un guérillero, un économiste et il a eu une expérience au ministère de l’Industrie de Cuba. La réflexion sur les mécanismes de participation et de démocratisation et ce qui pouvait s’opposer aux relations d’affaires entre les entreprises-à cette époque  en vogue- était le  modèle yougoslave – sans s’aligner sur la planification compulsive du modèle purement russe. Certes, ses contributions sont importantes sur la manière de gérer une transition anticapitaliste réussie combinant économiquement la démocratie socialiste avec la participation collective, en affrontant les mécanismes du marché. La question qui se pose dans la lutte de chaque conjoncture et dans chaque pays. L’expérience du  Che est l’une des expériences à prendre en compte dans le travail sur la pensée économique socialiste.

Quelle est votre opinion sur ce que nous pouvons apprendre de l’expérience historique de l’Unité Populaire au Chili de Salvador Allende?

Ce sujet est intéressant et important parce que les dilemmes qui ont traversé l’Unité Populaire sont très semblables à ceux qui se posent, par exemple au Venezuela. Nous voyons deux processus dans lesquels les gouvernements ont accédé par les urnes avec un projet ouvertement socialiste, mais ont des conditions différentes parce que nous ne sommes pas à l’époque des classiques coups militaires des années soixante-dix, mais plutôt à une époque de régimes constitutionnels et coup d’Etat par un processus constitutionnel doux du type Honduras ou Brésil.

Mais il y a deux questions importantes dans la comparaison ou la réflexion sur Salvador Allende: le premier est la lutte contre les complots de droite, le Venezuela et dans une moindre mesure, la Bolivie font face au même genre de complots de droite subi par Allende, bien que le boycott économique soit maintenant plus raffiné, il a plus d’instruments que dans les années soixante-dix, mais aussi l’utilisation des médias comme un mécanisme réactionnaire pour créer une masse critique au sein de la classe moyenne, en faveur des coups de droite. En bref, ce premier problème correspond à la droite et ici vous avez à surmonter une autre grave erreur d’Allende, ce fut lui qui a nommé Pinochet commandant en chef des forces armées, Chavez n’a pas commis cette erreur et lui comme  Maduro ont su épurer les forces armées et éviter qu’elles soient sous la domination de la droite. .

Le deuxième problème d’Allende furent ses hésitations dans la mobilisation populaire contre le coup d’Etat, bien que à ce sujet en  général il y a deux visions, une qui pense que l’Unité populaire a mal tourné parce que le processus a été accéléré, la radicalisation était irresponsable et en conflit avec  les démocrates-chrétiens, ou qu’il n’y a pas de conciliation avec la bourgeoisie et nous devons donc aller lentement; l’autre dit que le problème a été que l’on n’a pas profité des  moments d’hésitation de la droite pour faire avancer les mesures anti-capitalistes et Allende a hésité, il n’a pas agi et s’est trouvé largement prisonnier de son ingénuité constitutionnelle. Quoi qu’il en soit l’expérience héroïque et le sacrifice de Salvador Allende doivent nous aider à surmonter ces limites.

 

Pensez-vous que les nouvelles générations  de gauche devraient lire  Lénine? Il est extra-temporal ou trop étranger? Quelle serait la valeur de l’œuvre du dirigeant russe pour un jeune aujourd’hui en Amérique latine?

Il est une question très importante parce que, comme vous le dites, cette année sera l’anniversaire de la révolution bolchevique et il y aura de nombreux hommages et débats.

En ce qui concerne Lénine, je pense que l’on doit séparer le niveau théorique du niveau politique. Sur le plan théorique, nous retrouvons ses idées clés, par exemple, le concept de «développement inégal» qui nous permet de comprendre la dynamique du développement capitaliste, par opposition à la méthodologie ou gradualisme qui prévalait au moment de Kautsky et Bernstein purement évolutive.; Lénine a introduit l’idée des maillons les plus faibles pour évaluer la façon dont la crise du capitalisme se comporte dans certaines situations dans certains pays et à certains moments et le sens politique des révolutionnaires est de saisir le lien.

Lénine était le premier penseur marxiste qui a compris que le capitalisme est soumis à différentes étapes, que Marx a vu le pré-capitalisme et  post-capitalisme dans le changement russe et introduit l’idée qu’il y ait une période de libre-échange, une étape de l’impérialisme, etc., en effet, aujourd’hui, nous pouvons parler du néolibéralisme.

Mais Lénine était spécialement un homme politique révolutionnaire qui a développé et introduit la dimension politique de la pensée socialiste et a agi avec une grande flexibilité, a été l’auteur des stratégies politiques les plus durables de la pensée marxiste, l’idée étant de comprendre la diversité des opportunités d’un contexte révolutionnaire et adopter la plus appropriée.

Pour l’Amérique latine je me concentrerais sur une de ses idées qui est liée à la distinction entre le nationalisme révolutionnaire et nationalisme conservateur. Lénine était celui qui a pris pour la première fois, au début du XXe siècle, les formes nationalistes avaient un contenu et qu’elles étaient hautement différenciée et une chose est le chauvinisme nationalisme fascistoide de Trump ou Le Pen, et une autre est le nationalisme radical révolutionnaire la tradition de Torrijos et Chavez; distinguer ces nationalismes et rechercher la convergence du socialisme avec ces nationalismes est probablement l’un des grands succès de la pensée léniniste.

«La grande question que nous avons tous est quel genre de néolibéralisme à suivre par Trump dans sa présidence», dit Katz. Photo: Reuters.

 

 

Que pensez-vous de l’éducation politique pour ces temps? Quelle forme devrait-elle prendre? A quel  auteurs devrions nous recourir et avec quelles méthodes?

Ici, nous entrons dans un sujet un peu compliqué parce que je ne pense pas être autorisé à proposer mes propres travaux et cours de formation. Il existe de nombreux intéressants cours de formation des militants en Amérique latine en ce moment, je pense dans l’Alba, à l’Ecole Nationale Florestan Fernandes du MST, où la formation est rigoureuse mais pas dogmatique et qui est la grande contribution du temps présent par rapport à d’autres périodes et dernières décennies.

Plus que celle des auteurs, je voudrais aimeraient soulever une question, qui me paraît importante celle d’intégrer la formation et la réflexion du marxisme latino-américain actuel, un sujet que je travaille à l’heure actuelle et qui est la mise à jour de la théorie marxiste de la dépendance, une question que je pense au cœur de notre histoire et qui apporte  la preuve de ce que le marxisme latino-américain peut offrir, en plus des outils proposés pour comprendre les problèmes contemporains. 40 ans après sa naissance, nous devons examiner et travailler cette théorie, d’abord sur le plan de l’héritage marxiste de la théorie que nous apprenons de Marx, des classiques comme Lénine, Luxembourg ou Trotsky, les théoriciens de la guerre comme Mandel, Samir Amin. La deuxième question clé est ce genre de théorie marxiste de la dépendance doit retravailler, ce qui émerge dans la chaleur de la révolution cubaine, postulant une synthèse entre le socialisme et l’anti-impérialisme, qui s’enrichir de noms tels que Ruy Mauro Marini, Vania Bambirra et Theotonio dos Santos. Nous devons aussi étudier dans leur polémique avec  Fernando Henrique Cardoso, comment ils ont absorbé les idées critiques soulevées par Agustin Cuevas, comment  synthèse enrichissante Wallerstein, a trouvé la théorie du système mondial desquels sont les points de contact et de détachement a eu avec la théorie métropole-satellite André Gunder Frank et controversé réalisées avec ce que les théoriciens étaient les théories de l’antidépendance. .

C’est très important de prendre la théorie marxiste de la dépendance et avec elle étudier les caractéristiques du capitalisme néolibéral actuel, la manière dont la réorganisation impérialiste, et comment il est instrumental de repenser les problèmes de l’Amérique latine et le socialisme de notre étape.

Quelle place donnez-vous à  la question de la lutte contre le patriarcat, l’écosocialisme et  l’humanisme?

Ce sont des questions que l’on a voulu intégrer dans l’ordre du jour du marxisme contemporain et le socialisme aujourd’hui et qui ont été très présents dans les divers forums où les idées et les projets alternatifs sont discutés. Ils sont devenus très importants pour l’émergence de mouvements qui ont affirmé voulu lier la lutte sociale et la lutte sur ces questions, je pense aux mouvement des femmes, aux indigènes, dans la lutte orientalistes, etc., ils sont dans les rues et ils ont fait pénétrer leurs idées dans les universités et dans la pensée.

 

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Enfin, à ce jour il y a Donald Trump et se posent des questions sur des scénarios virtuels d’une confrontation ouverte avec la Russie.

Trump est la grande question d’aujourd’hui et je dirais que ce sera celle des prochains mois, nous allons parler tout le temps de lui, de ses plans  économiques et internationaux que vous pointez. Il est clair qu’il veut contenir la Chine, il  cherche à rééquilibrer, à réduire le déficit commercial et la dette des États-Unis par rapport à la Chine, il veut les pousser à ouvrir leurs marchés tout en préparant une rude négociation, donc Pékin réagit.

Cependant, il est pas une question de réorganisation globale, mais d’une négociation de la mondialisation en d’autres termes ce que Trump cherche à atteindre, où le poids de chaque Etat dans une négociation devient plus fort. Le président américain cherche à utiliser la Russie, il veut conclure un accord avec Poutine pour isoler la Chine, chose difficile parce que la Russie d’aujourd’hui n’est pas celle d’Eltsine, ni celle qui a suivi la chute de l’Union soviétique, comme il  l’a démontré en Syrie et en Géorgie. Poutine joue fort et la Chine a également créé un réseau de partenaires diversifiés, a déjà dit qu’il sera en concurrence avec les États-Unis, ce qui renforce les messages et idées politiques du libre-échange, question importante car elle nous donne une première idée de la façon dont elle va se battre.

La Chine a envoyé un message de ralliement et de promotion de libre échange, ce qui est intéressant, car il nous appelle à être prudents avec certaines idéalisations de la Russie ou de la Chine dans cette confrontation.

Mais, à mon avis, l’accent est mis sur un autre niveau, dans la préparation de la grande offensive contre la classe ouvrière que prépare Trump contre les Latinos contre les Afro-Américains, contre les femmes. Trump incarne un projet de la suprématie blanche, racistes, un ultra millionnaire. Il faut être prudent avec les regards admiratifs sur sa personne, c’est un réactionnaire; la chose positive est qu’aux  États-Unis des mouvements de résistance importants sont debout, en fin de compte on peut conclure l’entrevue en disant que des temps intéressants sont à venir aux États-Unis du point de vuede l’Amérique latine.

 

 

(Tomado de Correo del Alba)

 
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Publié par le mars 23, 2017 dans Uncategorized

 

De l’utilité du FN… pour que tout reste en place…

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Bon! je vais probablement être privée d’internet pendant une semaine au moins, enfin à partir de samedi. Mais dès aujourd’hui je suis prise par les diverses perturbations d’un déménagement, la moitié de mes affaires à un endroit, l’autre ailleurs. Je regarde encore la télévision et j’en déduis de cette étrange campagne la question de « l’utilité du FN ». Outre le fait que comme toutes les extrême-droites en prenant l’ennemi parmi les pauvres des pauvres, ce parti divise les travailleurs et rend le plus grand des services au capital, la métamorphose s’actualise à partir des problèmes du moment en faisant tout pour qu’on les pose de telle sorte qu’ils n’aient pas de solution.

Si tout se passe comme les commentateurs nous invitent à le penser, il est évident que le thème qui conditionne tout et qui devrait être au centre des débats : à savoir l’Europe, ses contraintes économiques et politiques aggravées désormais de la question d’une défense assumant la politique et les missions de l’OTAN sont peu ou mal traitées. Le seul parti qui parait poser le problème est le FN avec son référendum. Ce qui déjà témoigne du caractère velléitaire d’une telle dénonciation. Mais dans le même temps le même FN fait de la surenchère militaire, il n’est plus question du 2% que les Etats-Unis exigent des pays européens, on passe à 3%. Ce qui effectivement est un gouffre. Mais « l’utilité » du FN va plus loin encore, alors que si l’on considère candidats et forces populaires, il est clair que la France est de moins en moins acquise à l’euro, sinon à l’idée européenne comme d’ailleurs bien d’autres pays européens. Oui mais voilà grâce au FN , le candidat qui se retrouve en deuxième position après lui est à peu près assuré d’être élu. Donc le deuxième tour de l’élection présidentielle est devenu un référendum sur le FN. Il suffit de monter une opération à la Macron pour imposer un pro-euro, pro politique européenne telle qu’elle est et dont personne ne veut pour avoir le candidat du capital gagnant.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le mars 22, 2017 dans Uncategorized

 

LA CHUTE DE ROBESPIERRE DANS LA PRESSE

LE 9 THERMIDOR AN II, ROBESPIERRE EST ARRÊTÉ. POUR SES OPPOSANTS, L’INCORRUPTIBLE S’EST MUÉ EN TYRAN. LA CONVENTION LE FAIT GUILLOTINER LE 10 THERMIDOR, AUX CÔTÉS DE SAINT-JUST, COUTHON, HANRIOT, PAYAN… LA PRESSE PARISIENNE, FOISONNANTE DEPUIS LE DÉBUT DE LA RÉVOLUTION, NE COUVRE PAS L’ÉVÉNEMENT.

En partenariat avec L’Histoire, retrouvez une sélection d’archives de presse issues des collections de la BnF sur la chute de Robespierre, le 9 Thermidor 1794.

Dans les jours qui suivent la mort de celui qui deviendra l’incarnation de la Terreur, le silence prudent de la presse se déchire, dévoilant les complots, relayant les accusations contre les robespierristes, fabriquant ce qui deviendra un symbole de libération de la presse. Le Cri des victimes de la tyrannieLe Patriote révolutionnaireInsurrection en faveur des droits du peuple souverain, mais aussi Journal de la liberté de la presse de Gracchus Babeuf, autant de titres qui paraissent et s’attachent à clore et à dénoncer la séquence historique précédente.

Comme l’écrit Jean-Clément Martin sur cette couverture par la presse de la chute de Robespierre, « vrai et faux se mêlèrent si bien qu’il demeure toujours impossible de faire un bilan des noyades et que la confiance dans les publications ne peut que demeurer incertaine. C’est donc avec ces précautions qu’il faut aborder les témoignages de ce moment particulièrement chahuté. Ces sources demeurent indispensables ; elles rendent compte de ce qui fut vécu, si l’on veut bien les mettre dans cette perspective ».

Revue de presse de quelques publications conservées à la Bibliothèque nationale de France.

Bulletin des armées du Nord, de Sambre et Meuse – N° 558 – 14 Thermidor 1794.

Retranscription de la séance de la Convention nationale du 13 Thermidor, où David, accusé, doit se défendre de son soutien à Robespierre.

« David entre dans la salle, on demande qu’il soit entendu. Je ne connais pas, dit-il, les dénonciations qui sont faites contre moi. » […] « Goupilleau interpèle David de déclarer si, après que Robespierre eu prononcé ses discours ou plutôt ses actes d’accusations, il n’a pas été l’embrasser en descendant de la tribune et s’il ne lui a pas dit : si tu bois la ciguë, je la boirai avec toi. »​

Source BnF

Le Patriote révolutionnaire – N°1 – Fructidor 1794 – Journal signé Gilliberd.

« Je ne suis point orateur, je suis un patriote ferme et zélé, abhorrant le sang, et implacable contre les ennemis du Peuple […] La Convention a toujours été inébranlable, elle a déjoué les ruses et leurs menées […] sa fermeté s’est déployée pour terrasser ces anthropophages et ne faire que le bien public. Les Lafayette, Brissot, Dumouriez, Hébert, Danton et Robespierre, ont été les victimes de leurs propres forfaits. »

Et de décrire la suite de la Révolution en ces termes :

« Nous avons un alphabet, suivons-le jusqu’à la fin. »

Source BnF

Le Cri des victimes de la tyrannie – N°1 – Fructidor 1794 – Journal signé Boulay.

Cette publication est symptomatique de ce « cri » de libération qui semble suivre Thermidor et que l’on retrouve dans d’autres publications aux titres évocateurs de Journal des amis de la paix ou Insurrection en faveur des droits du peuple souverain.

« Depuis l’époque à jamais mémorable du 9 Thermidor, les amis de l’ordre et de la paix ont commencé à respirer. La terreur qui comprimait toutes les âmes, a fait place à la douce espérance. Le vaisseau de la Liberté, échappé aux écueils de l’anarchie, aux brisants du despotisme, parait enfin voguer à pleine voile vers le port. Les lois, l’humanité, la justice, trop longtemps exilées de cette terre, y seront désormais respectées. »​

Journal de la liberté de la presse – N°1 – 17 Fructidor – Signé par Gracchus Babeuf.

Gracchus Babeuf livre dans ces lignes un portrait double de Robespierre et un plaidoyer unique pour la continuation de l’œuvre révolutionnaire liée à la liberté de la presse. Le journal change de titre dès le 5 octobre 1794 devenant Le Tribun du peuple, ou le Défenseur des droits de l’homme.

« J’ouvre ma tribune pour plaider les droits de la liberté de la presse. Je fixe un point pour lui rallier un bataillon de défenseurs. […] Robespierre, dont la mémoire est aujourd’hui si justement abhorrée, Robespierre dans lequel il semble qu’on doive distinguer deux personnes, c’est-à-dire Robespierre sincèrement patriote et ami des principes de 1793, et Robespierre ambitieux, tyran et le plus profond des scélérats depuis cette époque ; ce Robespierre, dis-je, alors qu’il fut citoyen, est peut-être la meilleure source où il faille chercher les grandes vérités et les fortes preuves des droits à la presse. C’est avec les armes qu’il a laissées que je commencerai le combat de sophismes contre les raisonneurs du jour. »

Pour aller plus loin, découvrez parmi les ouvrages de BnF collection ebooks et de Collection XIX :

La Vie de Maximilien Robespierre de Liévin-Bonaventure Proyart
Téléchargez sur iTunes / Amazon / Google Play / leslibraires.fr / Kobo

Histoire politique de la Révolution française d’Alphonse Aulard
Téléchargez sur iTunes / Amazon / Google Play / leslibraires.fr / Kobo

Mémoires et souvenirs sur la Révolution et l’Empire de Georges Lenôtre
Téléchargez sur iTunes / Amazon / Google Play / leslibraires.fr / Kobo

La Corruption parlementaire sous la Terreur d’Albert Mathiez
Téléchargez sur iTunes / Amazon / Google Play / leslibraires.fr / Kobo

Gracchus Babeuf et la Conjuration des Égaux de Philippe Buonarroti
Téléchargez sur iTunes

Un épisode du temps de la Terreur d’Augustine-Éléonore de Pons
Téléchargez sur iTunes

 

 
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Publié par le mars 22, 2017 dans Uncategorized

 

Un débat : Pour éviter d’avoir une droite ou une gauche, ils ont tourné en rond. 

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Disons tout de suite à chaud quelques impressions, à notre manière du moment, qui est celle non de la neutralité comme l’affirmait ici un de nos interlocuteurs, mais de l’impression étonnante de ne pas avoir de candidat à la présidentielle qui me représente. Un exemple, Jean-Luc Mélenchon! Sur bien des points, c’est de lui que je devais me sentir le plus proche, mais  Mélenchon perd de plus en plus toutes les caractéristiques qui font qu’un communiste se sentirait en adéquation avec lui. Il s’éloigne même de ce que nous avons en commun avec Cuba, l’Amérique latine, il reste la question de la paix, ce n’est pas rien. Sa proposition de négocier. Très important, mais à ce moment-là je dois dire que la démonstration de Fillon est tout aussi claire. Un point essentiel et qui est le seul à emporter ma décision est  la sortie de l’OTAN. Il reste l’avenir, ce qu’il construit et de fait ce qu’il détruit, une campagne électorale présidentielle, cela devrait tracer l’avenir et pas seulement celui qui sera élu ou non! … Cela peut paraître anecdotique, mais voir cet homme qui n’est pas sans qualité au plan intellectuel toujours flanqué de quelqu’un comme Corbière ou Simmonnet alors même que tout dans sa posture dit que c’est sa dernière campagne, c’est à chaque fois se demander qui il intronise et quelle serait la postérité d’un tel vote? La fin du PCF pour qui et pourquoi? C’est ma principale réserve et rien ne la lève bien au contraire. Il y a Corbière comme une craie qui raye un tableau noir, mais son couplet sur l’Europe qu’il faudrait à la fois contester et ne pas détruire, c’est à peu près aussi clair que du Macron. Honnêtement je ne peux même pas lui en vouloir à lui, c’est un socialiste, le vrai problème est pourquoi les dirigeants communistes nous ont-ils voué à ce débat interne au PS pour tout potage avec en prime notre effacement, non seulement le temps d’une campagne électorale mais pour ce qui concerne une restructuration durable des forces, des programmes et des représentations de classe?

Pourquoi être voués à ces jeux tacticiens?  On se demande exactement ce que Mélenchon  attend justement de Macron, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne l’a pas attaqué. Une illustration: une brève escarmouche, la seule, sur la question des affaires, il proteste cette accusation concerne deux d’entre nous, Fillon et le Pen, tous les autres nous ne sommes pas concernés. C’est un véritable cadeau qu’il fait à Macron dont il sait pourtant qu’il est lui-même soupçonné de conflit d’intérêt. Mais ce n’est pas le seul cas alors que Macron représente théoriquement tout ce à quoi il s’oppose, il se montre intéressé et curieux, le tirant vers la gauche. Pourquoi? Il a affaibli ce faisant les molles tentatives de Benoît Hamon. Est-ce que ce n’est pas là la réponse: son seul adversaire c’était Benoît Hamon?

Qu’est-ce qu’on joue exactement, une présidentielle ou la reconstruction de la gauche sans les communistes, et dans ce cas l’adversaire c’est le partenaire Hamon, ce qui n’a rien de rassurant tant nous sommes dans les chamailleries de Solférino.

Ce dernier a du mal, avec sa position européenne qui le colle à Macron, à se dégager de celui-ci. Il lui fait sans le vouloir le cadeau de le dédouaner du quinquennat, des expéditions militaires, de ses catastrophes sur le plan social à la place du dit Macron qui peut de ce fait déployer son « vide pragmatique », Macron a bien parlé mais il n’a rien dit.   Marine Le Pen qui a eu du mal à s’accrocher a marqué un des rares bons points de la soirée en disant à ce dernier: « personne ne peut se souvenir d’une seule de vos propositions. Moi on peut ne pas m’aimer mais on sait ce que je dis, vous il n’y a rien, des phrases creuses. » Macron effectivement ne dépasse pas la droite et la gauche, il pêche dans les marais stagnants de leur croupissement. Le tout en utilisant les techniques du management. Celles du chef de service motivant ses troupes par des activités du week-end ou la promesse d’embauche aux plus insécurisés des stagiaires, il s’agit de « motiver », de faire miroiter un avantage personnel sans trop s’engager… Mais c’est aussi le démarchage plaçant des polices d’assurances auprès des retraités en leur parlant de l’avenir des petits enfants. En fait ce type n’argumente pas, il hypnotise… avec le ronron médiatique qui répète c’est lui le meilleur, la nouveauté, une habileté diabolique…je suis d’accord avec Hamon, Mélenchon, Fillon et même Le Pen, c’est pour cela que je suis tellement différent…
Bernard Hamon rame comme il peut mais il épuise  « la nouveauté » de ce qui lui a permis de gagner les primaires en restant au niveau des gadgets, ce qui laisse de la crédibilité à Macron qui n’a à son actif que les voyages en car concurrents de la SNCF et dont les entreprises ferment les une après les autres.Benoît Hamon assume l’Europe, les armées, le quinquennat, bref le PS, et Macron peut hypnotiser à son gré le couple de retraité qui pense à leur petit-fils qui lui aussi fait des études et peine à trouver un emploi. Si certains d’entre vous suivent les sketchs de scènes de ménage sur la 6, Fillon c’est le pharmacien, Macron la femme arriviste qui exploite ses stagiaires jusqu’à l’os et Benoît Hamon c’est le prof d’histoire qui s’évanouit devant la réalité et ne sait pas dire non aux pique assiette. Benoît Hamon, le révolutionnaire qui crée l’égalité, la lutte contre la misère non sur les profits patronaux mais sur nos impôts et qui de surcroît roule les mécaniques face à Poutine, s’évanouit effectivement devant la réalité… laissant croire que Macron l’incarne. En fait le problème est là ces trois enfants du PS, Hamon, Mélenchon et Macron n’osent pas la gauche tant le dit PS l’a déconsidérée, et comme le PCF a disparu du paysage, c’est bonnet blanc et blanc bonnet ou plutôt comment sauver l’Europe à la mode de Hollande ou à celle de Tsipras…

Dans un tel contexte, ce qui était plutôt réjouissant était la contre performance de Marine Le Pen, elle aussi paraissait en train de se dégonfler sans que personne n’en profite réellement. Le renchérissement sur le budget de l’armée, pas 2% mon brave homme 3%, a permis à Fillon de froncer les sourcils et avoir un sourire sarcastique sur les milliards que l’on distribue sans les avoir. L’avare était crédible. Derrière elle, il y avait Philippot comme derrière Mélenchon il y avait Corbière, dans le même rôle celui de la figurine qui hoche la tête pour approuver, mais Philippot aurait été nettement plus convaincant, ce qui n’est pas le cas de Corbière. Cette présence et pas celle de Marion-Maréchal Le Pen dit à quel point le FN aura du mal sur la longue période à tenir deux lignes, bref il y avait quelques cruautés dans la démonstration qu’elle n’était pas présidentiable. Fillon littéralement transparent dans la première partie a peu à peu réussi à s’imposer face à ce glissement de la favorite.

Bon il est clair que nous n’avons plus en magasin de Maurice Thorez, de Jacques Duclos ou de Georges marchais pour ancrer le débat, rendre incontournables un certain nombre de questions, et ce n’est certes pas Marine Le Pen qui soit en capacité de jouer ce rôle. A gauche non plus d’ailleurs. Ce camaïeu de rose pâle veiné de bleu, réversible en bleu veiné de rose macronien jusqu’au rouge, bleu blanc, bleu mélenchonien en passant par la rose flétrie de Hamon, agite d’autant plus ses drapeaux que l’on est loin de cette capacité à dire les choses simples d’un peuple malmené. Au moment même où chacun s’évertue à s’affirmer « hors système », au-delà de la gauche et de la droite, c’est pour mieux témoigner de l’incapacité à faire autre chose qu’à poursuivre l’existant.

Bref oserai-je vous avouer que je n’ai pas avancé d’un pouce tant les positions tactiques ont commandé le débat autant que l’art de prétendre faire du neuf avec du vieux. Ma seule certitude est qu’il y a – quels que soient les cas de figure – trois candidats pour lesquels je ne voterai pas: François Fillon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron, au premier comme au second tour.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le mars 21, 2017 dans Uncategorized