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Grèce : Tsipras sur le fil du rasoir par le parti communiste de la fédération de Russie

http://kprf.ru/international/capitalist/145072.html

Image illustrative de l'article Parti communiste de la Fédération de Russie

Ainsi, ce que beaucoup de gens n’attendaient pas et que même certains craignaient est arrivé. Le défaut de la Grèce est un fait accompli. Que va-t-il se passer ensuite ? Je rappelle que le défaut signifie l’impossibilité pour le débiteur de remplir ses obligations. Si le défaut est déclaré par un état (défaut souverain), alors les dettes et les litiges sont soumis à régulation au niveau international. La spécificité de ce qui vient de se passer est que pour la première fois dans l’histoire contemporaine, il s’agit d’un pays européen développé, membre de l’UE, de L’OTAN et toutes sortes d’alliances « civilisées ».

L’an dernier, étant en Grèce, j’ai déjà bien ressenti le parfum de ce mélange de fierté et de pauvreté et d’une tension sociale croissante. Oui, la Grèce n’est plus ce qu’elle était… Les grecs ne sont plus ce qu’ils étaient… Un pays toujours fier, indépendant, berceau de la civilisation européenne, autrefois, centre de l’antiquité, au carrefour de la pensée philosophique, de l’innovation et du progrès, en quoi s’est-elle transformée aujourd’hui ? Ou il serait plus juste de dire : en quoi a-t-elle été transformée par les efforts de ses « partenaires » de l’UE sous la dictée des « maîtres » par-delà l’océan.

Maintenant, il s’agit d’un pays totalement arriéré, pratiquement privé (volontairement !) de cette puissance industrielle et agraire, et comme il m’a semblé alors de toutes perspectives. La Grèce s’est transformée en une périphérie, une arrière-cour de l’Europe, en une esclave qui sert les intérêts de la puissance TroÏca des créditeurs : l’UE, le BCE et le FMI.

Les Grecs sont tout simplement fatigués, c’est pourquoi, les résultats du référendum sur la « confiance au créditeur » et la sortie de l’UE étaient parfaitement compréhensibles. Et ensuite ?

Il se trouve que pratiquement une semaine après ces événement, je me suis à nouveau retrouvé en Grèce, sur l’île de Crète. Je rappelle, contrairement à la Grèce continentale, pratiquement 70% de la population de l’île s’est exprimée en faveur de la rupture avec l’Europe. Ce qui est parfaitement naturel : les mesures d’économie imposées par l’UE priveraient l’île de toutes sortes d’avantages et de préférences.

La première vague de passion s’est déjà apaisée, les émotions se sont un peu calmées. Tous se sont figés dans une attente inquiète. Dans l’ensemble, on ressent un certain désarroi. En principe, le traité de création de l’UE, au départ ne prévoyait pas de sortie d’un de ses membres. Les fondateurs de l’UE l’avaient planifié comme une chose intangible et indivisible ou « un pour tous et tous pour un ». Ici, nous avons un cas de force majeur.

Selon l’opinion de la majorité des gens, l’UE elle-même n’est pas prête, ni techniquement, ni pratiquement à un « divorce » avec la Grèce. Et le gouvernement d’Alexi Cipras fait tout correctement : maintenant, les Hellènes ont un atout dans leur pour-parler avec l’Europe. Le gouvernement a dans ses mains l’atout de confiance populaire pour s’opposer à l’énorme pression venant des « amis » européens. Il y a un peu plus d’une semaine, à l’époque où tous pensaient comme ça, ont commencé des pour-parler fastidieux.

Tous, retenant leur respiration, attendaient. Qui, un nouveau précédant, qui la liberté.

Mais finalement, rien ne s’est passé. Cipras a paniqué et a fait marche arrière. En fait, il a accepté comme un châtiment pour sa rébellion, les conditions encore plus dures de l’UE.

Il est impossible d’exprimer par des mots, la déception de la majorité des citoyens. Les Grecs avec qui j’ai pu discuter, sont abasourdis : pourquoi fallait-il demander l’avis du peuple et ayant obtenu l’approbation de la majorité, faire tout le contraire ? La déception envers la politique et les politiciens est immense. Beaucoup considèrent déjà Cipras et son parti SYRIZA comme des traitres à l’intérêt national et sont prêts à la première occasion à sortir dans les rues, en signe de protestation, contre la politique d’abdication et d’humiliation.

J’ai essayé avec tact de sonder les sentiments de la population locale : ce qu’ils pensent de leur avenir et à qui, parmi les politiciens et les hommes politiques ils pourraient désormais octroyer leur confiance. Comme on pouvait s’y attendre, les avis sont partagés.

Certains croient jusqu’à présent, que l’accord avec l’UE n’est pas définitif et qu’il est encore temps de tout réparer et de le faire plus acceptable pour la Grèce et ses habitants. Ils espèrent sincèrement, que le gouvernement de Cipras est justement occupé à cela, et que tout ce qui se passe est simplement une ruse de sa part et que tout ira bien comme il l’avait promis dans sa campagne électorale et par la suite quand son pays a été plongé dans des temps difficiles.

Cependant, beaucoup d’habitants sont d’humeur plutôt critique et même agressive. Considérant que le gouvernement actuel n’est pas capable de défendre la nation et ses citoyens et devrait immédiatement être démis soit exécuter la volonté du peuple telle qu’exprimée au référendum. En ce qui concerne la confiance envers de quelconques forces politiques, on peut dire une seule chose de façon certaine, c’est que Syriza est au bord du gouffre. Elle est sur le point de perdre une partie considérable de son électorat. Et cet électorat, sur la vague des protestations encouragées par des mots d’ordre nationalistes peut basculer… Aussi bien à droite, qu’à gauche. C’est arrivé plus d’une fois. La situation actuelle est particulière en ce sens que personne ne peut plus rester neutre.

 
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Publié par le juillet 28, 2015 dans Uncategorized

 

Mais pourquoi la gauche est-elle tombée si bas?

Montpellier : quand Philippe Saurel brandit la casquette de l'armée rouge

qu’Est-ce qui est le plus affligeant?

1) Philippe Saurel (le maire de Montpellier, socialiste dissident entre Manuel Valls et Podemos)  interrompt un élu communiste qui énumère le nom des responsables municipaux à la petite enfance toutes communistes pour dénoncer la privatisation de la crèche municipale. Il brandit une casquette d’un soldat de l’armée rouge pour se moquer de l’élu communiste.

2) C’est déjà fabuleux qu’un élus socialiste prétende insulter avec la casquette de ceux qui ont libéré l’Europe du nazisme, mais le plus dramatique est la réaction de l’élu communiste qui proteste souriant qu’il ne s’agit pas du même communisme. Ce type de réaction me paraît être tout à fait de celles qui sollicitent les coups de pied au cul du négationnisme de la deuxième guerre mondiale et du rôle des communistes …

franchement il faut voir la vidéo pour mesurer combien la gauche actuelle mérite des coups de pieds au cul et favorise toutes obédiences confondue la montée de l’extrême-droite et la réhabilitation du nazisme… J’ajouterai pour l’élu communiste que du temps où il y avait l’armée rouge comme par hasard on privatisait moins les crèches ni aucun services publics, on les développait.

Danielle Bleitrach

pour consulter l’affligeante vidéo, voir l’article.

http://www.huffingtonpost.fr/2015/07/27/philippe-saurel-maire-montpellier-brandit-casquette-armee-rouge-pour-moquer-elu-communiste_n_7879888.html

 
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Publié par le juillet 28, 2015 dans Uncategorized

 

JOSEPH STIGLITZ: GRÈCE, L’AGNEAU SACRIFICIEL

 

 

Joseph Stiglitz a publié hier dans Le New York Times un article sur l’inanité des exigences de la Troïka envers la Grèce.

 

L’intérêt de cet article très clair est de montrer à quel point la politique de l’Eurozone  a dépassé toutes les limites du bon sens en matière même de … capitalisme. Le plus inquiétant est que cette politique européenne, menée sous les auspices de l’Allemagne prétendument « ordo-libérale » (en fait, tenante d’un capitalisme à visage inhumain), soit cautionnée et mise en œuvre sans état d’âme par des zélés « socialistes » et autres « sociaux-démocrates ». Ces Leaders élus ne prêtent apparemment qu’un œil distrait ou aveugle à la paupérisation des peuples qu’ils gouvernent, au  chômage galopant de la jeune génération, et adoptent tranquillement, au nom du « pragmatisme du réel » des règles insensées élaborées par des technocrates.

 

Voici ma traduction de cet article  Greece, the sacrificial lamb, de Jospeh Stiglitz,ancien Économiste en chef de la Banque Mondiale.

______

 

Alors que la crise grecque franchit un nouveau palier, l’Allemagne, la Grèce et le triumvirat du FMI, de la BCE et de la Commission Européenne (désormais mieux connu sous le nom de Troïka) sont tous sérieusement critiqués. Beaucoup de choses sont certes à blâmer, mais nous ne devrions pas pour autant perdre de vue ce qui est réellement en train d’arriver. Depuis cinq ans, j’observe de près la tragédie grecque, qui me concerne à plusieurs égards. Après avoir  passé toute la semaine dernière à Athènes en conversation avec des citoyens ordinaires jeunes et âgés, ainsi qu’avec des officiels d’aujourd’hui et d’hier, j’en suis venu à penser qu’il s’agit de bien autre chose que de la Grèce et de l’euro.

 

Certaines des lois basiques exigées par la Troïka concernent les impôts, les dépenses et l’équilibre entre les deux, et également des règles et régulations affectant des marchés spécifiques. Ce qui est frappant dans le nouveau programme (appelé le « troisième mémorandum« ) est que sur les deux points il est dénué de sens pour la Grèce et pour ses créanciers. En prenant connaissance des détails, j’ai eu une impression de déjà vu. En tant qu’économiste en chef de la Banque Mondiale à la fin des années 1990, j’ai pu observer en Asie de l’Est les effets dévastateurs du programme imposé aux pays qui avaient demandé l’aide du FMI. Cela n’était pas seulement la conséquence de l’austérité, mais aussi des réformes prétendument structurelles, dans lesquelles le FMI trop souvent imposait des demandes qui privilégiaient certains intérêts  sur d’autres. Il y avait des centaines de conditions, quelques-unes petites, d’autres fortes, beaucoup non pertinentes, quelques bonnes, certaines très mauvaises, qui faisaient l’impasse sur les changements réellement nécessaires.

 

De retour en Indonésie en 1998, j’ai vu à quel point le FMI avait ruiné le système bancaire de ce pays. Je me souviens d’une photo de  Michel Camdessus, le Directeur Général du FMI à cette époque,  félicitant chaudement  le Président Suharto car l’Indonésie avait retrouvé sa souveraineté économique. Lors d’une rencontre à Kuala Lumpur en Décembre  1997, j’ai alerté sur le fait que le sang pourrait couler dans les six mois suivants. Les  émeutes ont éclaté cinq mois plus tard à Jakarta et ailleurs en Indonésie. A la fois avant et après la crise en Asie de l’est, et celles en Afrique et en Amérique latine (très récemment en Argentine), ces programmes ont échoué, aboutissant à des cycles de  récessions et de dépressions. J’avais pensé qu’on avait tiré la leçon de ces échecs, et j’ai été surpris de voir, il y a cinq ans, ce même programme rigide et inefficace imposé en Europe.

 

Que le programme soit ou non bien mis en œuvre, il conduit à des niveaux insoutenables de dette, comme ce fut le cas en Argentine: les macro-politiques exigées par la Troïka entraîneront la Grèce dans une dépression plus profonde. C’est pourquoi selon l’actuelle présidente directrice du FMI, Christine Lagarde, il est nécessaire de procéder à ce qu’on appelle par euphémisme la « restructuration de la dette« , en fait d’une façon ou d’une autre, la suppression d’une partie significative de la dette. Le programme de la Troïka est donc incohérent: les Allemands disent qu’il ne doit y avoir aucune réduction de la dette et que  le FMI doit faire partie du programme. Mais le FMI ne peut pas participer à un programme où les niveaux de la dette sont insoutenables, or la dette de la Grèce est insoutenable.

 

L’austérité est largement responsable de  l’actuelle dépression grecque  — un énorme déclin des produits domestiques de 25% depuis 2008,  un taux de chômage de 25% et de 50% chez les jeunes. Mais le nouveau programme  accentue encore la pression: il pose un objectif de  3.5 % d’excédent primaire en 2018 (environ 1 % cette année). Or si les objectifs ne sont pas atteints – et ils ne le seront pas, vu le schéma du programme lui-même -,  des doses d’austérité seront automatiquement ajoutées. C’est une construction déstabilisatrice. Le  taux élevé  de chômage entraînera la baisse des salaires, mais la Troïka ne semble pas encore assez satisfaite de la chute du niveau de vie des Grecs. Voilà que le troisième mémorandum exige aussi la “modernisation” des conventions collectives, ce qui signifie affaiblir les syndicats et les remplacer par des négociations au niveau des entreprises.

 

Rien de tout cela n’a de sens du point de vue des créanciers. C’est comme une prison pour endettés  du 19ème siècle. À l’instar des personnes endettées emprisonnées qui ne pouvaient donc gagner des revenus pour rembourser leurs dettes, la dépression croissante de la Grèce la rendra de moins en moins capable de rembourser.

 

Des réformes structurelles sont nécessaires, comme elles l’étaient en Indonésie, mais  la plupart de celles qui sont exigées de la Grèce ne lui permettront pas d’affronter ses problèmes. La logique qui sous-tend nombre de ces réformes structurelles n’a pas été bien expliquée, ni au public grec ni aux économistes qui tentent de la comprendre. En l’absence d’explication, se développe en Grèce le sentiment que la Troïka défend des intérêts particuliers, dans et hors du pays,  pour obtenir ce qu’elle n’a pas obtenu par un processus plus démocratique.

 

Prenons le cas du lait. Les Grecs aiment leur lait frais produit localement et distribué rapidement. Mais les Allemands et les autres producteurs de lait européens voudraient que le  lait qu’ils vendent, transporté sur de longues distances et beaucoup moins frais, soit considéré comme aussi frais que le lait local. En 2014 la  Troïka a forcé la Grèce à enlever le label « frais » sur son lait vraiment frais  et à allonger la date limite de consommation. Maintenant on lui demande d’enlever la règle de cinq jours de date limite aussi pour le lait pasteurisé. Dans ces conditions, les gros producteurs de lait croient qu’ils vont pouvoir battre les petits producteurs de Grèce.

 

En théorie, les consommateurs grecs devraient bénéficier de prix plus bas, même s’ils pâtissent de produits de mauvaise qualité. En pratique, le nouveau marché de vente au détail est loin d’être compétitif, et tout semble  indiquer que les consommateurs ne bénéficient pas de prix plus bas. Ma propre recherche s’est focalisée sur l’importance de l’information et la façon dont les firmes tirent souvent avantage du manque d’information. C’est juste un autre exemple.

 

Un problème fondamental en  Grèce, à la fois dans sa politique et son économie, est le rôle joué par un  groupe de gens riches, appelés  les oligarques grecs, qui contrôlent des secteurs-clés, dont les banques et les médias. Ils ont opposé une forte résistance aux changements que George Papandreou, l’un des précédents premiers ministres, avait essayé d’introduire pour accroître la transparence et la conformité avec une structure d’impôt plus progressif. Les importantes réformes qui réduiraient les privilèges des oligarques grecs ne sont pas dans l’agenda — ce n’est pas une surprise car la Troïka a semblé, dans le passé,  être de leur côté.

 

Comme il est  rapidement devenu clair durant la crise que les banques grecques devraient être recapitalisées, il était sensé que le parlement vote ce qui était demandé au gouvernement grec. C’était nécessaire pour s’assurer que les prêts sous influence politique, y compris pour les médias oligarchiques, cesseraient. Quand de tels prêts sous influence  ont repris — même pour les sociétés de médias qui en termes strictement commerciaux n’auraient pas dû obtenir de prêts — la Troïka a fermé les yeux.  Elle n’a pas non plus bougé  quand des propositions ont été avancées pour faire reculer les importantes initiatives du gouvernement Papandreou sur la transparence et l’e-gouvernement, qui ont permis de fortement baisser les prix des médicaments et  d’affaiblir le népotisme.

 

 

Normalement, Le FMI alerte sur les dangers d’un taux d’imposition trop élevé. Pourtant en Grèce, la Troïka a insisté en faveur de taux élevés d’impôts même pour les bas salaires.  Tous les derniers gouvernements grecs ont reconnu qu’il était important d’améliorer les rentrées fiscales, mais  une politique fiscale erronée peut contribuer à détruire une économie. Dans une économie où le système financier ne fonctionne pas bien, où les petites et moyennes entreprises ne peuvent pas accéder au crédit, la Troïka exige que les firmes grecques, y compris les épiceries et petites boutiques, paient toutes leurs taxes d’avance, en début d’année, avant d’avoir gagné un revenu, avant même de savoir si elles vont en avoir un. Cette exigence est censée réduire l’évasion fiscale, mais dans l’état où se trouve la Grèce, elle détruit les petites entreprises  et accroît le ressentiment contre le gouvernement et la Troïka.

 

Cette exigence semble en désaccord avec une autre demande adressée à la Grèce: éliminer la retenue à la source transfrontalière (concernant l’argent envoyé de la Grèce aux investisseurs étrangers). De telles retenues à la source caractérisent pourtant les bons systèmes fiscaux dans des pays comme le Canada et représentent une partie importante des recettes fiscales. Apparemment s’il est important de s’assurer que les Grecs paient leurs impôts, il semble moins important de s’en assurer  pour les étrangers.

 

Il y a d’autres étrangetés dans le paquet de renflouement de la Troïka, notamment parce que chacun de ses membres a prescrit sa médecine favorite, ce qui peut donner lieu à de dangereuses interactions.

 

La bataille, cependant, ne concerne pas seulement la Grèce. Il ne s’agit pas juste d’argent, bien que certains en Europe et en Grèce aient  profité de la Troïka pour mettre en avant leurs propres intérêts  au détriment des citoyens grecs ordinaires et de l’économie de ce pays. C’est une chose que j’ai observée à plusieurs reprises  moi-même quand j’étais à la Banque Mondiale, particulièrement en Indonésie. Quand un pays est faible, il y a toutes sortes de façons de lui faire du mal.

 

Mais ces débats portent  en fait  sur des problèmes de pouvoir et d’idéologie. Nous le savons tous, il ne s’agit pas juste d’un débat académique entre la droite et la gauche. Certains points relèvent de la lutte politique: les conditions terribles imposées à l’aile gauche de Syriza devraient alerter chacun en Europe sur ce qui pourrait lui arriver. D’autres relèvent de la lutte économique: l’occasion d’imposer à la Grèce un cadre économique qui n’aurait pas été adopté d’une autre manière.

 

Je crois vraiment que les politiques imposées ne marcheront pas, qu’elles entraîneront la dépression sans fin, des niveaux intolérables de chômage et une inégalité toujours croissante. Mais je crois aussi fortement  en la démocratie  — que la bonne  façon  de faire, quel que soit le cadre  économique que l’on pense bon, est la persuasion, non la contrainte. L’évidence de la réflexion est tellement en contradiction avec ce qu’on inflige à la Grèce et à ce qu’on exige d’elle ! L’austérité entraîne une contraction économique; un capitalisme solidaire —antithèse de ce que la Troïka est en train de créer  — est la seule façon de créer de la prospérité partagée et durable.

 

Pour le moment, le gouvernement grec a capitulé. Peut-être, comme la demi décennie perdue est en train de devenir la décennie perdue,  comme la politique s’aggrave de plus en plus, comme s’impose l’évidence que ces politiques ont échoué, la Troïka retrouvera-t-elle ses esprits. La Grèce a besoin de restructuration de la dette, de réformes structurelles et d’objectifs raisonnables d’excédent primaire. Il est plus probable, cependant, que la Troïka fera ce qu’elle a fait ces cinq dernières années : blâmer la victime.

 

 

http://www.nytimes.com/2015/07/26/opinion/greece-the-sacrificial-lamb.html

 
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Publié par le juillet 28, 2015 dans Uncategorized

 

la réflexion du jour: pourquoi Pierre Laurent et son groupe sont-ils aussi europhiles?

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Souvenirs de Vacances Marianne et moi à Vauvenargues

Si l’on admet qu’au delà de la Grèce, la situation prévisible pour la France et d’autres pays est de finir dans la logique de l’eurogroupe comme la malheureuse Grèce en prison pour dette et donc incapable de surcroit de les payer… On se demande ce qui pousse Pierre Laurent à être aussi obstinément europhile?  je crois que la réponse à mon interrogation  sur l’europhilie de Pierre Laurent et son groupe tient au fait qu’il a peur des mesures qu’impliquerait une telle sortie si l’on veut limiter les dégâts pour le pays et pour les couches populaires: non seulement le recours à l’article 16, la réquisition de la banque de France, mais surtout toute la nationalisation du secteur bancaire. Ce serait la rupture avec la tactique bisounours adoptée depuis des années en feignant de jouer à l’humaniste creux pour mieux se rallier à la social démocratie dans son alignement sur l’Europe et les Etats-Unis.

Syndrome de Stockholm ou danse du ventre devant la gamelle ?

Les choix électoralistes plutôt que stratégiques nous ont effectivement  imposé une réflexion uniquement sur les alliances et non sur notre perspective politique,. Plus nous en usions ainsi, plus nous étions faibles et donc plus incapables de poser notre propre choix de communistes comme base du rassemblement de tous ceux qui avaient une besoin de plus en plus urgent de changement de société, de pouvoir… Nous renforcions l’idée qu’il n’y avait pas d’autre issue que celle imposée par le capital, une fatalité doublée d’une vision moraliste, où la dimension de classe s’effaçait au profit des incarnations multiples du bien et du mal.

Une tactique perdant perdant qu’il a fallu faire adopter en usant à plein du  légitimisme, du refus de tous débat , de  la censure, la diffamation et l’amalgame avec l’extrême-droite de ceux qui protestent. Un tel déni de démocratie passait par l’absence de formation, autant que par la destruction des organisations de base.

Le paradoxe est pourtant que c’est bien sur la question des moyens que le Parti se distingue de la social-démocratie, du gauchisme verbeux, mais surtout de l’extrême-droite. Socialisme ou barbarie?

Bonnes vacances, hier nous sommes allées nous baigner avec une amie,  le soir aux Lecques, avec le Mistral nous étions roulées dans les vagues, après nous nous sommes attablées devant une pizza et nous avons discuté pour résoudre cette grave question: mais que s’est-il donc passé pour que ce parti que nous avons connu devienne ce qu’il est? Pourquoi avons-nous à sa tête des gens de ce type?  Annie en a déduit que nous avons recruté un peu n’importe qui, des gens qui cherchent la solution de facilité alors que la capital est ce qu’il est..

 
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Publié par le juillet 28, 2015 dans mon journal

 

Grèce, Plan B et implications par Jacques Sapir

A - AvaroufakisLa presse internationale a publiée plusieurs articles détaillant les propositions formulées par Yannis Varoufakis à Alexis Tsipras, propositions qui furent rejetées par le Premier ministre Grec. Elles nous éclairent sur le contenu du « plan B » qui existait en Grèce. Ces propositions montrent que, contrairement à ce que continuent à prétendre certains, dont Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF (voir son entretien à Marianne[1]), l’alternative n’était pas entre la « banqueroute » et la capitulation. Il y a eu ici un mensonge conscient quant aux raisons de la capitulation de Tsipras. Il existait bien, en effet, une autre voie et cette dernière n’était pas “rocambolesque”. Mais, celle-ci impliquait, à relativement court terme, une sortie de la Grèce de l’Euro, une position qui semble être acceptée par des collaborateurs de Varoufakis[2]. Il faut en tirer toutes les conséquences.

Le contenu de ce plan « B »

Ce plan a été en partie révélé par un quotidien grec[3], à partir de fuites provenant de l’appareil gouvernemental. Ce quotidien étant très opposé à Syriza, il convient de faire attention à des formulations qui sont employées, et qui ne correspondent nullement à la réalité. Néanmoins, on y apprend que Varoufakis et Tsipras, dès le mois de décembre 2014, soit avant l’élection de janvier 2015, s’attendaient à se heurter à une opposition résolue de la BCE et à un blocage des activités bancaires en Grèce. Le journaliste Britannique Ambrose Evans-Pritchard, dans The Telegraph, donne la version de Varoufakis[4]. Cette source peut-être considérée comme plus fiable, et en tous les cas plus honnête, que celle du journal grec. Romaric Godin, de La Tribune, dont on salue ici le couverture des événements en Grèce, a publié un article plus court sur le sujet[5].

Le plan de Varoufakis consistait à créer un système parallèle au système officiel pour les paiements entre le gouvernement et les entreprises[6]. Mais, l’administration fiscale étant de fait sous le contrôle d’experts appointés par la « Troïka », il fut obligé de le faire en secret. Ce système de paiements parallèles aurait permis au gouvernement grec de contourner le blocage des banques organisé par la BCE. Il aurait aussi pu permettre un glissement très rapide de l’Euro vers la Drachme, mais Varoufakis, selon les propos rapporté par The Telegraph, n’envisageait cela qu’en toute dernière extrémité[7]. Toujours d’après les déclarations faites à Ambrose Evans-Pritchard dans The Telegraph, Varoufakis affirme que c’est dans la nuits du 5 au 6 juillet, alors que le « Non » l’avait largement emporté au référendum, que Tsipras s’est refusé à mettre ce système en œuvre, ce qui provoqua la démission de Varoufakis.

Je sais, pour avoir été en contact avec des membres du cabinet de Varoufakis, que ce système de paiements parallèle n’était que l’un des éléments du « plan B ». La réquisition des banques et de la Banque Centrale, dans le cadre des pouvoirs d’urgence qu’auraient dû réclamer Tsipras, en faisait partie. Dans les conversations que j’ai eu avec des membres du cabinet, j’ai expliqué qu’il fallait être conscient que ces mesures de réquisitions constituaient une rupture des traités, et qu’il fallait les présenter comme une réponse aux actions illégales de la BCE envers la Grèce.

Sur le fond, il est clair que le refus de Tsipras de mettre en œuvre ce « plan B » est lié à son refus, quel qu’en soit les motifs, de rompre avec le cadre de l’Euro et de l’Europe. Les explications sur la crainte de provoquer la « banqueroute » des banques ne tiennent pas, car, justement, ce plan visait à porter remède à la situation des banques. La décision d’Alexis Tsipras est politique. Placé devant le choix entre le programme de Syriza et l’UE, il a choisi l’UE et l’austérité. C’est ce qui explique sa capitulation la semaine suivante et l’acceptation du Diktat européen du 13 juillet.

Les conséquences de la réquisition de la Banque Centrale de Grèce

Un point important ici, car il a été évoqué à de nombreuses reprises dans le débat français, et en particulier dans des discussions publiques que j’ai eues avec Jacques Généreux et Jean-Luc Mélenchon[8], porte sur la réquisition de la Banque Centrale. Cette réquisition avait fondamentalement pour but de récupérer la souveraineté monétaire et de débloquer les réserves détenues à la BofG et dans les banques commerciales, mais sous « clef » de la BofG. Ces réserves se montaient à 12 milliards d’euros, et auraient permis à la circulation monétaire de reprendre pour quelques semaines.

Une source de la BCE, relayée par un article du Financial Times, indique que face à une telle mesure la BCE aurait dénoncé les réserves réquisitionnées comme de la « fausse monnaie »[9]. Cet article contient plusieurs inexactitudes par ailleurs. Mais, ce qui nous intéresse ici est bien la réaction de la BCE face à la réquisition d’une des Banques Centrales de la zone Euro. En fait, la BCE ne peut pas discriminer entre l’argent en circulation avant la réquisition et la fraction saisie du fait de la réquisition. La seule chose qu’elle puisse techniquement faire c’est d’isoler le pays ayant fait cette réquisition et d’obliger les banques des autres pays de la zone Euro de ne pas reconnaître comme valable en tant qu’euro la monnaie circulant dans le pays ayant fait cette réquisition. Notons que c’est déjà en partie ce que la BCE avait imposé à la Grèce. Mais, dans le cas d’une réquisition il est donc possible que la BCE isole totalement le pays ayant réalisé cette réquisition, l’obligeant alors soit à ne plus du tout commercer avec les autres pays de la zone Euro, soit à changer de monnaie et de fait à sortir de la zone Euro.

Autrement dit, la réquisition pourrait conduire très rapidement à une sortie de l’Euro. Dans le cas de la Grèce, le gouvernement grec pouvait légitimement dire que les mesures de réquisition, qui auraient été nécessaires pour éviter la destruction du système bancaire grecque, n’étaient que la réponse à l’action illégale de la BCE qui avait mis en péril le système bancaire alors que l’une de ses missions, inscrites dans sa charte, est justement d’assurer le bon fonctionnement de ce système bancaire. Mais, dans les faits, il apparaît clairement que les actions de la BCE ne sont plus contraintes par une quelconque légalité. Cette dernière est devenue un monstre, ou plus précisément un tyran qui s’est dégagé de toute règle.

Implications

Les implications d’une telle évolution de la BCE sont claires pour tout gouvernement qui entrerait en conflit avec les institutions de la zone Euro. Il lui faudrait recourir très vite à l’état d’exception. Concrètement, cela signifie que dans le cas de la France, si un gouvernement, par exemple à la suite d’une élection présidentielle ou dans d’autres circonstances, engageait un bras de fer avec les institutions de la zone Euro, il li faudrait très rapidement recourir à l’article 16 afin de pouvoir, durant le temps de la crise, gouverner par décret. Rappelons en les termes :

« Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacés d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel.

Il en informe la Nation par un message.

Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d’assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission. Le Conseil constitutionnel est consulté à leur sujet.

Le Parlement se réunit de plein droit.

L’Assemblée nationale ne peut être dissoute pendant l’exercice des pouvoirs exceptionnels.

Après trente jours d’exercice des pouvoirs exceptionnels, le Conseil constitutionnel peut être saisi par le Président de l’Assemblée nationale, le Président du Sénat, soixante députés ou soixante sénateurs, aux fins d’examiner si les conditions énoncées au premier alinéa demeurent réunies. Il se prononce dans les délais les plus brefs par un avis public. Il procède de plein droit à cet examen et se prononce dans les mêmes conditions au terme de soixante jours d’exercice des pouvoirs exceptionnels et à tout moment au-delà de cette durée. [10]»

Il est clair que les « institutions de la République » ainsi que « le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels » seraient ici clairement mises en cause par le risque de chaos bancaire. Il convient de signaler que l’article 16 confère les pleins pouvoirs au Président de la République, les avis du Premier ministre, des Présidents des Chambres ou du Conseil Constitutionnel étant seulement indicatifs. De même, il faut signaler que dans son arrêt Rubin de Servens, datant du 2 mars 1962, le Conseil d’Etat précise que la décision de mettre en œuvre les pouvoirs exceptionnels est « un acte de gouvernement dont il n’appartient pas au Conseil d’État d’apprécier la légalité ni de contrôler la durée d’application ». Autrement dit le Conseil d’Etat s’est mis de lui-même hors-jeu quant à un possible contrôle, a priori ou a posteriori des dispositions de l’article 16.

Tout « plan B » doit donc inclure clairement le recours le plus rapidement possible à l’article 16.

Notes

[1] Pierre Laurent : “Une sortie de la zone euro n’empêche pas la pression des marchés”, entretien avec Bruno Rieth, Marianne, 25 juillet 2015, http://www.marianne.net/pierre-laurent-sortie-zone-euro-n-empeche-pas-pression-marches-100235637.html

[2] Munevar D., « Why I’ve Changed My Mind About Grexit », in SocialEurope, 23 juillet 2015, http://www.socialeurope.eu/2015/07/why-ive-changed-my-mind-about-grexit/

[3] http://www.ekathimerini.com/199945/article/ekathimerini/news/varoufakis-claims-had-approval-to-plan-parallel-banking-system

[4] http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11764018/Varoufakis-reveals-cloak-and-dagger-Plan-B-for-Greece-awaits-treason-charges.html

[5] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/pirater-l-administration-fiscale-grecque-l-incroyable-plan-b-de-varoufakis-494507.html

[6] http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11764018/Varoufakis-reveals-cloak-and-dagger-Plan-B-for-Greece-awaits-treason-charges.html

[7] http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11764018/Varoufakis-reveals-cloak-and-dagger-Plan-B-for-Greece-awaits-treason-charges.html

[8] Le débat avec Jean-Luc Mélenchon date de juillet 2013, et il fut réalisé par l’équipe d’arrêt sur image. Mélenchon fait référence à cette réquisition à partir de discussions que j’avais eues depuis le printemps 2011 avec Jacques Généreux qui, à l’époque, était le responsable « économie » du Parti de Gauche.

[9] Kerin Hope et Tony Barber, « Syriza’s covert plot during crisis talks to return to drachma », Financial Times, 24 juillet 2015, http://www.ft.com/intl/cms/s/0/2a0a1d94-3201-11e5-8873-775ba7c2ea3d.html#axzz3gx22HCKc

[10] Rédaction de 2008.

 
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Publié par le juillet 28, 2015 dans Economie, Europe

 

«Pour discuter des affaires européennes, il faut aller aux Etats-Unis»

Vladimir Poutine Source: Reuters
Vladimir Poutine

Dans une interview à la chaîne suisse RTS, Vladimir Poutine a une nouvelle fois appelé les pays européens à montrer plus d’indépendance par rapport aux Etats-Unis.

Question : Une nouvelle guerre en Europe est-elle possible ?

Vladimir Poutine, président russe (V.P.) : J’espère que non. Mais il faudrait que l’Europe manifeste davantage son indépendance et sa souveraineté et qu’elle soit capable de défendre ses intérêts internationaux, les intérêts de ses peuples et de ses pays.

…L’équilibre stratégique, c’est ce qui a garanti la paix dans le monde et n’a pas permis aux grands conflits militaires d’éclater en Europe et dans le monde entier. Et quand les Etats-Unis sont sortis de l’accord, ils ont dit : nous créons un système antimissile, pas contre vous, nous voulons développer notre force de frappe, faites ce que vous voulez, nous partons du principe que ce n’est pas contre vous.
Nous faisons ce que nous avons toujours dit. Le système global de défense antimissile coûte cher. Et on ne sait toujours pas aujourd’hui dans quelle mesure il est effectif. Nous développons des systèmes de frappes capables de surmonter n’importe quel système de défense antimissile. Ce que j’ai annoncé il n’y a pas longtemps est dans nos plans depuis quelques années. Cela avait été annoncé il y a longtemps.

Question : Vous avez dit que vous voudriez que l’Europe soit plus indépendante. Par exemple, en ce qui concerne l’Europe de l’époque de Gaulle, de Mitterrand. Quelle est votre attitude envers ce que se passe sur ce plan ?

V.P. : Je finis quand même la question précédente.

Toutes nos actions dans le domaine de la défense stratégique sont tout à fait conformes aux obligations internationales russes, notamment dans le cadre de l’accord avec les Etats-Unis sur l’armement stratégique.

Maintenant à propos de la souveraineté. L’adhésion à toute organisation politico-militaire, à un bloc politico-militaire, implique un refus volontaire à certaine partie de sa souveraineté.

Je pense que la France est sortie de l’organisation militaire de l’Otan à l’époque afin de garder sa souveraineté dans le cadre du bloc militaire. Analyser la politique extérieure des pays européens n’est pas notre affaire. Mais convenez que si nous devons discuter des affaires européennes avec les partenaires européens à Washington, ce n’est pas intéressant.

Question : Monsieur le Président, un changement assez ironique intervient pour l’instant dans l’histoire. Les forces européennes de droites ou même d’extrême droite vous soutiennent plus que les forces de gauche. C’est par exemple, Marie Le Pen en France, l’UDC en Suisse. Qu’en pensez-vous ?

V.P. : Je pense que ce n’est pas un soutien pour ma personne mais la conscience de leur propre intérêt national , tel que ces forces politiques le conçoivent.

Dans le monde et dans les pays européens, certains mouvements tectoniques se sont produits dans la conscience collective pour protéger les intérêts nationaux. Regardez comment l’Europe fait face à un problème concret, les flux de migrants. Est-ce que l’Europe a pris des décisions qui ont finalement abouti à cette situation ? Il faut être franc et honnête : ces décisions ont été prises outre Atlantique et c’est l’Europe qui doit faire face au problème.

Question : Vous voulez dire les Etats-Unis ?

V. P. : Bien sûr. C’est un exemple, il y en a beaucoup. Mais cela ne signifie pas, je l’ai déjà dit, que nous devons et ce n’est pas ce que je cherche, diaboliser la politique des Etats-Unis. Ils mènent leur politique comme ils le jugent nécessaire pour leurs intérêts.

Une version plus complète de cet article sera mise en ligne prochainement.

 
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Publié par le juillet 28, 2015 dans Amérique, Europe

 

La débâcle grecque, par Perry Anderson

L’historien britannique Perry Anderson revient sur la crise grecque et analyse l’échec de la stratégie du premier ministre grec. « Tsipras et ses collègues ont répété à qui voulait les entendre qu’il était hors de question d’abandonner l’euro. Ce faisant, ils ont renoncé à tout espoir sérieux de négocier avec l’Europe réelle — et non l’Europe qu’ils fantasmaient. » 


 

La crise grecque a provoqué un mélange prévisible d’indignation et d’auto-satisfaction en Europe, où l’on oscille entre déploration de la dureté de l’accord imposé à Athènes et célébration du maintien in extremis de la Grèce dans la famille européenne, ou bien les deux à la fois. La première réaction est aussi futile que la seconde. Une analyse réaliste ne laisse de place à aucune des deux. Que l’Allemagne soit une fois de plus la puissance hégémonique du continent n’est pas un scoop en 2015 : la chose est évidente depuis au moins vingt ans. Que la France se comporte comme sa servante, dans une relation assez semblable à celle du Royaume-Uni vis-a-vis des Etats-Unis, n’est pas davantage une nouveauté politique : après De Gaulle, la classe politique française a retrouvé ses réflexes des années 1940. Elle s’accommode, et même admire, la puissance dominante du jour : hier Washington, aujourd’hui Berlin.

Moins surprenante encore est l’issue actuelle de l’union monétaire. Depuis l’origine, les avantages économiques de l’intégration européenne, qui vont de soi pour l’opinion bien-pensante de tout bord, ont en réalité été très modérés. En 2008, les calculs de Barry Eichengreen et Andrea Boltho, deux économistes favorables à l’intégration, concluaient que celle-ci avait augmenté le PIB du marché commun de 3 ou 4% entre la fin des années 1950 et le milieu des années 1970, que l’impact du Système Monétaire Européen était insignifiant, que l’Acte unique européen a pu ajouter 1%, et que l’Union monétaire n’avait quasiment aucun effet discernable sur la croissance ou la production.

C’était avant que la crise financière mondiale ne frappe l’Europe. Depuis, le carcan de la monnaie unique s’est révélé aussi désastreux pour les Etats du sud de l’Europe qu’avantageux pour l’Allemagne, où la répression salariale — masquant une très faible croissance de la productivité— a assuré à l’industrie allemande son avantage compétitif contre le reste de l’Europe. Quant aux taux de croissance, la comparaison avec les chiffres du Royaume-Uni ou de la Suède, depuis Maastricht, suffit à démonter l’affirmation que l’euro aurait profité à un pays autre que son principal architecte.

Voilà la réalité de la « famille européenne » telle qu’elle a été construite par l’Union monétaire et le Pacte de stabilité. Mais son idéologie est inébranlable : dans le discours officiel et intellectuel, l’UE garantit toujours la paix et la prospérité du continent, bannit le spectre de la guerre entre les nations, défend les valeurs de la démocratie et des droits de l’Homme, et fait respecter les principes d’un libre marché modéré, socle de toutes les libertés. Ses règles sont fermes mais souples, répondant à un double impératif de solidarité et d’efficacité. Pour les sensibilités baignant dans cette idéologie commune à l’ensemble du personnel politique européen et à la vaste majorité du commentaire médiatique, la souffrance des Grecs a été un spectacle douloureux. Mais heureusement, le bon sens a fini par triompher, un compromis a été trouvé et il ne reste plus qu’à espérer tous ensemble que l’Union n’a pas subi de dommage irréparable.

Depuis la victoire électorale de Syriza en janvier, le cours de la crise en Grèce était également prévisible, à l’exception du rebondissement final. Les origines de la crise étaient doubles : la qualification frauduleuse à l’entrée dans la zone euro par le PASOK de Simitis et l’impact du krach global de 2008 sur l’économie fragile d’une Grèce endettée et non compétitive. Depuis 2010, des programmes d’austérité successifs — autrefois appelés « plans de stabilisation » — dictés par l’Allemagne et la France, dont les banques étaient les plus exposées au risque de défaut grec, ont été mis en oeuvre sur place par la Troïka composée de la Commission européenne, de la BCE et du FMI. Cinq années de chômage de masse et de coupes budgétaires sociales plus tard, la dette atteignait de nouveaux sommets. Dans ce contexte, Syriza a gagné parce qu’il promettait avec fougue et conviction de mettre fin à la soumission à la Troïka. Il « renégocierait » les termes de la tutelle européenne.

Comment comptait-il y parvenir ? Tout simplement en implorant un traitement plus doux, et en jurant quand celui-ci ne venait pas — des implorations et des jurons, donc, adressés aux nobles valeurs de l’Europe, auxquelles le Conseil européen ne pouvait être indifférent. Il n’était que trop clair, dès le départ, que ce déversement de supplications et d’imprécations était incompatible avec toute idée de sortie de l’euro. Pour deux raisons. Les dirigeants de Syriza n’arrivaient pas à faire la distinction mentale entre l’appartenance à la zone euro et à l’UE, considérant la sortie de l’une comme équivalent de l’expulsion de l’autre, soit le pire cauchemar pour les bons Européens qu’ils assuraient être. Ensuite, ils savaient que, grâce aux fonds structurels et à la convergence initiale des taux d’intérêt européens, le niveau de vie des Grecs avait effectivement progressé pendant les années Potemkine de Simitis. Les Grecs avaient donc de bons souvenirs de l’euro, qu’ils ne reliaient pas à leur misère actuelle. Plutôt que d’essayer d’expliquer ce lien, Tsipras et ses collègues ont répété à qui voulait les entendre qu’il était hors de question d’abandonner l’euro.

Ce faisant, ils ont renoncé à tout espoir sérieux de négocier avec l’Europe réelle — et non l’Europe qu’ils fantasmaient. La menace économique d’un Grexit était certes beaucoup plus faible en 2015 qu’en 2010, les banques allemandes et françaises ayant été renflouées entre temps par les plans de soi-disant sauvetage de la Grèce. Malgré quelques voix alarmistes résiduelles, le ministère des finances allemand savait depuis un moment que les conséquences matérielles d’un défaut Grec ne seraient pas dramatiques. Mais du point de vue de l’idéologie européenne à laquelle adhèrent tous les gouvernements de la zone euro, ce coup symbolique porté à la monnaie unique, et au « projet européen » comme on aime à l’appeler ces jours-ci, aurait été une régression terrible qu’il fallait empêcher à tout prix. Si Syriza avait élaboré dès son arrivée au pouvoir un plan B pour un défaut organisé — en préparant les contrôles de capitaux, l’impression d’une monnaie parallèle et d’autres mesures de transition imposables en 24 heures pour éviter le désordre — et menacé l’UE de l’appliquer, il aurait disposé d’armes de négociation. S’il avait déclaré qu’en cas d’épreuve de force, il retirerait la Grèce de l’OTAN, même Berlin aurait réfléchi à deux fois à un troisième programme d’austérité, devant la crainte américaine que suscite une telle perspective. Mais pour les Candides de Syriza, ceci était encore plus tabou que l’idée d’un Grexit.

Face à un interlocuteur privé de tout levier et alternant entre implorations et insultes, pourquoi les puissances européennes auraient-elles fait la moindre concession, sachant dès le départ que tout ce qu’elles décideraient serait in fine accepté ? Sous cet angle, leur conduite a été tout à fait rationnelle. La seule surprise notable dans cette chronique écrite d’avance fût que Tsipras annonce, en désespoir de cause, un référendum sur le troisième mémorandum et que l’électorat le rejette massivement. Armé de ce « Non » retentissant, Tsipras a émis un « oui » penaud à un quatrième memorandum encore plus dur que le précédent, prétendant à son retour de Bruxelles qu’il n’avait pas d’autre choix en raison de l’attachement des Grecs à l’euro. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas avoir posé cette question là au referendum : être vous prêts à tout accepter pour rester dans l’euro?  En appelant à voter Non, et en exigeant un Oui docile moins d’une semaine après, Syriza a retourné sa veste aussi vite que les crédits de guerre avaient été votés par la sociale-démocratie en 1914, même si, cette fois-ci, une minorité du parti a sauvé son honneur. A court terme, Tsipras prospérera sur les ruines de ses promesses, comme l’avait fait le premier ministre travailliste britannique Ramsay MacDonald, dont le gouvernement d’union nationale composé en majorité de conservateurs avait imposé l’austérité en pleine Grande dépression, avant de mourir dans le mépris de ses contemporains et de la postérité. La Grèce a déjà eu sa part de dirigeants de cet acabit. Peu de gens ont oublié lApostasia de Stephanopolous en 1965 (1).  Le pays aura sans doute à en subir d’autres.

Quid de la logique plus large de la crise ? Tous les sondages montrent que, partout, l’attachement  à l’Union européenne a — à juste titre — fortement décliné en dix ans. Elle est désormais vue comme ce qu’elle est : une structure oligarchique, gangrénée par la corruption, construite sur le déni de la souveraineté populaire, imposant un régime économique amer de privilèges pour quelques uns et de contraintes pour tous les autres. Mais ceci ne signifie pas qu’elle soit mortellement menacée par le bas. La colère monte dans la population, mais faute de catastrophe, le premier instinct sera toujours de s’accrocher à ce qui existe, aussi repoussant que cela puisse être, plutôt que de se risquer à ce qui pourrait être radicalement différent. Ceci ne changera que si, et quand, la colère sera plus forte que la peur. Pour le moment, ceux qui vivent sur la peur — la classe politique à laquelle Tsipras et ses collègues appartiennent désormais — peuvent être tranquilles.

 

(1) L’Apostasia désigne le transfuge de renégats menés par Stephanos Stephanopoulos d’un gouvernement d’Union des Centres à un régime nommé par le Roi, deux ans avant le coup d’Etat militaire de 1967.

 
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Publié par le juillet 27, 2015 dans Uncategorized

 
 
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