J’adore le titre…

Vosu savez, Al-Qaïda, 11 Septembre, 3 000 américains morts, tout ça tout ça…

Source : The Washington Post, le 10/11/2016

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Cette photo de 2015 postée sur la page Twitter de Jabhat al-Nosra, un affilié à al-Qaïda en Syrie, montre les combattants d'al-Nosra dans la province d'Idlib ou les États-Unis ont commencé à bombarder les dirigeants du groupe. (AP)

Cette photo de 2015 postée sur la page Twitter de Jabhat al-Nosra, un affilié à al-Qaïda en Syrie, montre les combattants d’al-Nosra dans la province d’Idlib ou les États-Unis ont commencé à bombarder les dirigeants du groupe. (AP)

Par Adam Entous

Le président Obama a donné l’ordre au Pentagone de trouver et de tuer les dirigeants d’un groupe lié à al-Qaïda en Syrie que l’administration avait largement ignoré jusqu’à maintenant et qui a été à l’avant-garde du combat contre le gouvernement syrien, déclare un représentant des États-Unis.

La décision de déployer plus de drones et d’agents de renseignement contre le groupe militant précédemment connu sous le nom de Jabhat al-Nosra reflète l’inquiétude d’Obama que celui-ci ne soit en train de transformer des parties de la Syrie en une nouvelle base d’opération pour al-Qaïda aux portes du Sud de l’Europe, déclare le représentant.

L’action souligne dans quelle mesure Obama a évolué vers une priorité donnée à la mission de contre-terrorisme en Syrie au détriment des efforts pour pousser le président Bashar al-Assad à se retirer, puisqu’al-Nosra compte parmi les plus efficaces des forces combattant le gouvernement syrien.

Ce changement devrait s’accélérer une fois que le président élu Donald Trump sera entré en fonction. Trump a dit qu’il serait encore plus agressif qu’Obama dans la lutte contre ces militants, une position qui pourrait mener au renforcement de la campagne contre al-Nosra, possiblement en directe coopération avec Moscou. Le groupe s’est renommé Jabhat Fatah al-Sham – ou le Front pour la Conquête de la Syrie – et dit avoir rompu avec al-Qaïda, une affirmation réfutée par les autorités américaines.

Le président Obama arrive à la 71ème Assemblée Générale annuelle des Nations Unies à New York, le 20 Septembre 2016. (Peter Foley-Via Bloomberg)

Le président Obama arrive à la 71ème Assemblée Générale annuelle des Nations Unies à New York, le 20 Septembre 2016. (Peter Foley-Via Bloomberg)

Les États-Unis ont par le passé mené des frappes sporadiques contre les membres vétérans d’al-Qaïda qui ont migré vers le Nord-Ouest de la Syrie depuis l’Afghanistan et le Pakistan pour rejoindre al-Nosra, et que les autorités américaines soupçonnent de conspirer contre les États-Unis et leurs alliés.

Les nouveaux ordres d’Obama donnent au Joint Special Operations Command, ou JSOC, de l’armée américaine une autorité élargie et des ressources additionnelles pour collecter des renseignements afin de lutter contre l’ensemble des meneurs d’al-Nosra, et non juste les vétérans d’al-Qaïda parmi eux ou ceux directement impliqués dans des projets d’attaques à l’étranger.

La Maison-Blanche et le Département d’État ont mené au sein de l’administration Obama le mouvement en faveur d’une priorité accordée aux actions contre le groupe. Les dirigeants du Pentagone étaient dans un premier temps réticents à diminuer l’engagement dans le combat mené contre l’État Islamique.

Mais selon des assistants, Obama était de plus en plus frustré à l’idée que le Pentagone et le renseignement ne faisaient pas plus pour liquider les dirigeants d’al-Nosra étant donné les avertissements qu’il avait reçu de la part des plus haut responsable du contre-terrorisme au sujet du risque grandissant qu’ils posaient.

Dans le Rapport Quotidien au président, le rapport de renseignement produit par les services d’espionnages américain avec le plus haut niveau de confidentialité, Obama a été informé à de multiple reprises durant l’été que le groupe permettait aux dirigeants d’al-Qaïda au Pakistan et en Afghanistan de créer, dans le Nord-Ouest de la Syrie, le plus large sanctuaire du réseau depuis son éclatement après les attaques du 11 septembre 2001. Les fonctionnaires ont également averti Obama qu’al-Nosra pouvait essayer de remplir le vide que laisserait l’État Islamique, en perte de terrain.

Lisa Monaco, la conseillère à la Maison-Blanche d’Obama pour la sécurité intérieure et le contre-terrorisme, a déclaré que la décision d’Obama était de « donner la priorité à notre combat contre al-Qaïda en Syrie, y compris par le ciblage de leurs dirigeants et de leurs agents, qui sont pour certains des membres historiques d’al-Qaïda. »

« Il faut que nous expliquions clairement à toutes les parties en Syrie que nous n’autoriserons pas al-Qaïda à développer sa capacité à attaquer les États-Unis, nos alliés et nos intérêts, » a-t-elle indiqué dans une déclaration. « Nous allons continuer à agir pour ne laisser aucune zone de repli en Syrie à ces terroristes. »

Sur cette photo de 2013, qui a été authentifiée sur la base de son contenu et d'autres rapports de l'Associated Press, des rebelles de l'organisation affiliée à al-Qaïda, Jabhat al-Nosra, sont assis sur un camion chargé de munitions à la base aérienne de Taftanaz, qui a été capturée par les rebelles dans la province d'Idlib dans le Nord de la Syrie. (Edlib News Network/AP)

Sur cette photo de 2013, qui a été authentifiée sur la base de son contenu et d’autres rapports de l’Associated Press, des rebelles de l’organisation affiliée à al-Qaïda, Jabhat al-Nosra, sont assis sur un camion chargé de munitions à la base aérienne de Taftanaz, qui a été capturée par les rebelles dans la province d’Idlib dans le Nord de la Syrie. (Edlib News Network/AP)

Afin de soutenir l’expansion de la poussée contre al-Nosra, la Maison-Blanche a fait pression pour que le Pentagone déploie des drones armés supplémentaires et ses actifs en matière de renseignement au-dessus du Nord-Ouest de l’espace syrien, une zone peu couverte par les États-Unis jusqu’à présent en raison de sa proximité avec la flotte et des systèmes avancés de défense anti-aérienne russe.

L’administration amèrement divisée d’Obama a essayé au cours de l’été de négocier une entente avec Moscou sur une campagne aérienne commune contre al-Nosra en échange d’un engagement russe de retenir au sol les avions du gouvernement syrien et de permettre l’entrée à plus d’aide humanitaire dans les zones assiégées. Cependant les négociations se sont rompues de manière houleuse, Moscou accusant les États-Unis d’échouer à distinguer al-Nosra des groupes rebelles modérés et Washington accusant les Russes de crimes de guerre à Alep.

En septembre, les opérations contrôlées par le JSOC utilisant des drones armés se sont intensifiées d’après les responsables militaires.

Les frappes de drones dans le cadre de ce programme de l’armée américaine ont débuté en octobre et ont tué jusqu’ici au moins quatre cibles de haut rang, incluant le planificateur externe en chef d’al-Nosra. Le Pentagone a révélé deux frappes jusque-là. L’une des frappes les plus importantes, ciblant un rassemblement de leaders d’al-Nosra le 2 novembre n’a pas encore été divulguée, d’après un officiel, parlant sous couvert d’anonymat pour évoquer les opérations.

Jusqu’ici, ni la flotte russe ni son système de défense anti-aérien n’a interféré dans l’intensification des opérations américaines contre al-Nosra. Les officiels ont attribué le consentement de Moscou au nombre limité d’avions américains engagés dans les missions et à l’intérêt de la Russie à laisser Washington combattre l’un des ennemis les plus puissants au régime Assad au sein de l’insurrection. Les officiels américains ont prévenu les Russes des frappes visant al-Nosra pour éviter tout malentendu.

Les officiels ont dit que l’élargissement de la campagne contre al-Nosra était similaire à celle qu’Obama a dirigée contre des affiliés d’al-Qaïda au Yémen, Somalie et Pakistan.

Alors que la direction centrale d’al-Qaïda au Pakistan a été décimée, les États-Unis font maintenant face à plus de menaces impliquant plus de terroristes provenant de plus d’endroits que cela n’a été le cas depuis le 11-Septembre, a déclaré Nicolas J. Rasmussen, directeur du National Counterterrorism Center à un comité sénatorial en septembre.

La poussée dans la province d’Idlib et d’autres parties du Nord-Ouest syrien coïncide avec les offensives soutenues par le Pentagone dans et autour des bastions de l’État Islamique dans l’Est Syrien et Irakien, ces dernières ayant attiré la majorité des ressources de l’armée américaines et de l’attention du public.

Les officiels de la Maison-Blanche ont envisagé de lancer une campagne plus systématique pour détruire al-Nosra de haut en bas, rappelant l’approche du Pentagone vis-à-vis de l’État Islamique. Cette option a été repoussée car nécessitant trop de ressources. De nombreux combattants d’al-Nosra sont des Syriens qui ont rejoint le groupe à cause de son approvisionnement important en armes et en liquidité, ainsi qu’à son engagement à défaire Assad, pas pour conspirer contre l’Ouest.

Les officiels disent que les frappes visant les dirigeants étaient censées envoyer le message aux unités rebelles plus modérées, y compris celles soutenues par la CIA, de s’éloigner des affiliés d’al-Qaïda. A des moments critiques de cette guerre civile vieille de cinq ans, les rebelles modérés se sont battus côte-à-côte avec al-Nosra dans des opérations au sol contre les forces d’Assad. En fait, les responsables américains estiment que ces campagnes rebelles mirent tellement de pression sur le gouvernement Syrien que la Russie et l’Iran décidèrent de doubler leur engagement militaire en soutien à Assad.

Les officiels américains qui se sont opposés à la décision de poursuivre un plus large panel de dirigeants d’al-Nosra ont averti que les États-Unis feraient en fait les affaires du gouvernement Assad en affaiblissant un groupe en première ligne de la lutte contre le régime. Les frappes, ont averti les officiels, pourraient se retourner contre les États-Unis en renforçant l’image du groupe, les aidant à attirer plus de recrues et de ressources.

Des responsables soutenant le changement disaient que l’administration Obama ne pouvait tolérer plus longtemps ce que l’un d’eux décrivait comme « un pacte avec le diable », par lequel les États-Unis ont largement cessé le feu contre al-Nosra car le groupe était populaire chez les Syriens des zones contrôlées par les rebelles et faisait avancer les objectifs des États-Unis de faire pression militairement sur Assad. La Russie avait accusé les États-Unis de protéger al-Nosra, une accusation répétée jeudi à Moscou par le Ministre des Affaires étrangères Sergei Lavrov.

« Le président ne veut pas que ce groupe soit ce dont héritera le pays si jamais Assad échoue, » a dit un responsable américain. « Cela ne peut être l’opposition viable en Syrie. C’est al-Qaïda. »

Des officiels disent que l’espoir de l’administration serait que des factions de rebelles plus modérées soient capables de gagner du terrain alors que l’État Islamique et al-Nosra se retrouvent sous une pression militaire accrue.

Un nombre grandissant de fonctionnaires de la Maison-Blanche et du Département d’État ont toutefois émis des doutes en privé sur la sagesse d’utiliser la puissance militaire américaine, même d’une manière dissimulée, pour faire pression sur Assad afin qu’il se retire, particulièrement depuis les interventions militaires russes en Syrie l’année dernière.

Les agents du renseignement américain disent qu’ils ne sont pas sûrs de ce que sera l’approche de Trump vis à vis des rebelles soutenus par les États-Unis une fois qu’on lui aura expliqué l’ampleur du programme secret de la CIA. Trump a largement exprimé son scepticisme quant à l’armement des rebelles Syrien par le passé, suggérant que les agences des services de renseignement n’en savent pas assez sur les intentions des rebelles pour choisir des alliés fiables.

Le Secrétaire à la Défense Ahston B. Carter ainsi que d’autres dirigeants du Pentagone ont initialement combattu l’idée d’affecter plus d’avions de surveillance et de drones armés du Pentagone à la lutte contre al-Nosra. Au cours des réunions tenues dans la Situation Room de la Maison-Blanche [salle spéciale dédiée à la gestion des situations de crise, NdT], Carter ainsi que d’autres hauts gradés du Pentagone ont défendu que les ressources militaires étaient nécessaires pour combattre l’État Islamique et qu’il serait difficile d’opérer dans l’espace aérien étant donné la présence militaire russe, rapporte un officiel.

Tandis qu’Obama, la conseillère à la Maison-Blanche en matière de sécurité nationale Susan E. Rice, le Secrétaire d’État John F. Kerry et l’envoyé spécial présidentiel Brett McGurk ont convenu avec Carter de la nécessité de rester concentré sur l’État Islamique, ils ont privilégié une ré-allocation des ressources afin d’essayer d’empêcher al-Nosra de devenir une plus grande menace par la suite.

Un haut représentant à la Défense a dit que d’avantage de drones étaient affectés à la mission du JSCOC. Carter a également expliqué clairement que l’objectif du Pentagone serait de frapper directement les dirigeants d’al-Nosra, et non pas d’essayer de séparer les rebelles modérés d’al-Nosra.

« Si nous nous réveillons dans cinq ans, et que l’État Islamique est mort mais qu’al-Qaïda en Syrie a l’équivalent (des zones tribales au Pakistan) dans le Nord-Ouest de la Syrie, alors nous aurons un problème, » a dit un autre responsable supérieur.

Source : The Washington Post, le 10/11/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.