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A LA SUITE DE NOMBREUSES DEMANDES….

PRECISIONS
il y a deux livres, l’un avec Marianne Dunlop intitulé
L’ URSS, vingt ans après, retour de l’Ukraine en guerre, il parait en mai, il est actuellement à l’imprimerie. Son éditeur est Delga. Il vous suffit donc soit d’écrire à l’éditeur, soit de le commander à partir d’une librairie. Je vous le dédicacerai volontiers et certains débats en particulier à la fête de l’humanité m’en donneront l’occasion.
voici l’adresse des éditions Delga:
Les éditions Delga

38, rue Dunois
Paris 75013

 0781778296 – Fax : 0184105269

 editionsdelga@yahoo.fr

BERCHT ET LANG, Le NAZISME N’a jamais été éradiqué

Il y a un second livre à paraître en juillet ou en septembre chez Lettmotif qui porte sur Brecht et Lang et la représentation du nazisme (introduction ci-dessus), la relation entre l’histoire et le fait artistique, l’hégémonie de classe. A partir de septembre vous pourrez également le commander dans une librairie.
édition LettMotif I Livres et revues de cinéma…

http://www.edition-lettmotif.com/
http://www.thegirlfrommonday-lefilm.fr · http://www.lettmotif-graphisme.com … Editions LettMotif 105 rue de Turenne 59110 La Madeleine France Tél. 33 (0)3 66 97 46 78
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105 Rue de Turenne, 59110 La Madeleine
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en outre je vous conseille de consulter le catalogue de ces deux maisons d’édition…

 
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Publié par le avril 28, 2015 dans Uncategorized

 

Brecht et Lang, le nazisme n’a jamais été éradiqué, introduction au second livre

Je suis en train de finir de corriger les épreuves de mon second livre écrit avec un ami architecte Richard Gehrke, voici l’introduction… il devrait paraître en juillet chez Lettmotif, il est le produit d’un master de cinéma écrit certes à partir de mes vieilles obsessions mais aussi en matière de réconciliation avec le peuple allemand. Une réflexion sur la sociologie du cinéma comme l’articulation des champs artistiques avec les différents temps historiques d’un mode de production. Et la conclusion qui s’est imposée à moi, c’est parce que le peuple allemand était proche d’une révolution prolétarienne hégémonique plus encore que dictatoriale que le Capital a eu besoin du nazisme… Toute chose inutile aux Etats-Unis où Hollywood et la marchandisation rendent inutiles le recours au nazisme. (note de Danielle Bleitrach)

Pour une sociologie du cinéma

Les Bourreaux meurent aussi, le film qui a associé dans leur exil Bertolt Brecht et Fritz Lang,  est sorti sur les écrans étatsuniens en  1943. Il est quasiment contemporain de l’événement qu’il relate : l’assassinat par la Résistance tchèque, le 27 mai 1942, d’Heydrich, le Bourreau, le Reichsprotektor de Prague.

Heydrich est le haut dignitaire nazi qui a mis en œuvre la Solution finale. Dès 1933, Il participe aux premières répressions menées par le régime nazi. Il contribue à remplir le camp de Dachau ouvert en mars, dont la garde est confiée à la SS en avril[1]. De 1940 à 1943, sous sa direction,  les Einsatzgruppen, des commandos de tueurs, assassinent plus d’un million de personnes, des Juifs essentiellement et, à partir de juin 1941, des prisonniers de guerre soviétiques et des Tziganes. Dans un premier temps, avec  les fusillades, appelées la Shoah par balles, et dans un deuxième temps avec les camions à gaz itinérants ; puis la mise en place des camps d’extermination avec une première vague en 1941 et une deuxième vague en 1942. Encadré par la conférence de Wannsee, que Heydrich  préside le 20 janvier 1942, au cours de laquelle  toute l’administration allemande est mobilisée en vue de l’extermination.

Heydrich, le bourreau, peut tout autant et plus qu’Eichmann être associé à ce qui a été élevé dans la conscience collective à un symbole génocidaire à savoir Auschwitz.  Ce lieu est un symbole: « Son bilan-près d’un million de morts- a été au final inférieur à celui de Treblinka. Mais Treblinka était un camp régional et il fut fermé parce qu’il n’avait plus de raison d’être : tous les Juifs polonais avaient été tués. La tâche d’Auschwitz, au contraire, ne fut par chance jamais achevée : des centaines et des centaines de milliers de Juifs français, bulgares, roumains, hongrois, auraient dû suivant les plans nazis y être déportés et assassinés ; ils ne le furent pas.(…)  En un sens quand on parle du génocide des Juifs, il faudrait toujours dire Babi Yar et Auschwitz, et même Babi Yar, Treblinka et Auschwitz. Mais on quitte alors la symbolique pour verser dans l’énumération. »[2]

Cette extermination, Heydrich l’a contrôlée méticuleusement. Il est le dirigeant nazi qui en a maîtrisé toutes les étapes, y compris la froide comptabilité  de la nuit de cristal. Mais le film de Fritz Lang et Bertolt Brecht ne présente jamais Heydrich comme un antisémite forcené. Il est le bourreau de Prague, de la population tchèque et il n’est pratiquement pas question des juifs dans le film… Il y avait là une énigme et le point de départ d’une réflexion sur la relation entre l’Histoire et le cinéma. Très vite une deuxième interrogation est venue renforcer la première.

En 1943, avec  Les Bourreaux, sortent deux films sur le même sujet : Hitler’s madman de Douglas Sirk et The Silent Village d’Humphrey Jennings. Ils décrivent tous  deux les conséquences de l’attentat, en particulier l’extermination des habitants d’un village minier des alentours de Prague, Lidice. Ce massacre  a suscité de l’indignation aux Etats-Unis. Brecht et Lang pourtant n’en font pas état. Dans leur film,  ils présentent l’histoire rocambolesque d’une machination à travers laquelle le peuple pragois imposerait à l’occupant un faux coupable de l’attentat et parviendrait à faire suspendre l’exécution des otages.

L’assassinat, le premier et le seul d’un haut dignitaire nazi, coïncide  avec le blocage de l’armée allemande sur le Front russe. A peu près à la même époque, après l’attaque de Pearl Harbor, les Etats-Unis entrent en guerre.

Jusqu’alors, les films antinazis se heurtaient aux Etats-Unis aux sympathisants actifs du régime hitlérien. Désormais l’unanimité patriotique paraît se réaliser. Hollywood se mobilise. Ce qui n’aura qu’un temps. La Commission des activités antiaméricaines, peu d’années après, convoquera ceux que l’on accuse d’être les agents d’une puissance étrangère, souvent sur la base de leur activité antinazie, de leur communisme vrai ou supposé[3]. Les Bourreaux meurent aussi fait partie à ce titre des films inscrits sur une liste noire, non seulement parce qu’il rassemble un grand nombre de gens accusés de sympathies communistes, mais parce que dans ses dialogues il y aurait apologie du communisme, l’existence d’une organisation avec son comité central.

Le   film de Charlie Chaplin, Le dictateur, a provoqué des interrogations à la fin de la guerre : comment peut-on peindre le nazisme de cette manière certes grotesque mais qui reste tellement en de ça de l’horreur ? Il fallut pourtant du courage à Charlie Chaplin pour oser cette parodie qui s’est heurtée à la mobilisation des sympathisants de l’Allemagne nazie fort actifs aux Etats-Unis et à Hollywood. La plupart des films de propagande destinés au peuple américain sont dans la lignée des Why we fight (pourquoi nous combattons) de Frank Capra et Anatole Litvak[4]. Et plus encore le second film américain de Renoir, Vivre libre, humaniste et sensible, sorti également aux Etats-Unis en 1943, apparaitra aux Européens à la libération comme nimbé de candeur par rapport à ce que fut le nazisme.

Le scandale du film Les Bourreaux meurent aussi, est d’une autre nature. Il est dans la description de ce que la lutte contre le nazisme impose à ceux qui la mènent : s’engager dans la Résistance est mentir. Une apologie du mensonge,  tel est le reproche de J. Breen, le chef du Hays Office (la censure à Hollywood), très perspicace, comme bien des censeurs, qui déclare à propos du film : « C’est contre tous les principes, c’est une apologie du mensonge, mais je sais que je ne peux pas l’interdire ». Mentir pour parler plus haut et plus fort, c’est toute la référence à la fiction dans lapropagande.

Fritz Lang et Bertolt Brecht ont-ils fait abstraction de ce qu’ils ne pouvaient ignorer, de la répression qui a suivi l’assassinat, comme du sort réservé aux juifs, parce que régnait aux Etats-Unis un profond antisémitisme ? Le statut des juifs était alors pratiquement comparable à celui des Noirs américains [5]. Sans doute, mais plus encore il y a entente entre Brecht et Lang sur la nature du nazisme et sur la manière de le combattre.  Cette entente politique ne place pas l’antisémitisme au cœur de leur fable, parce qu’il s’agit bien d’une fable. Donc sur la manière dont la fiction traduit la vérité.

Qu’est-ce que la vérité ou la fausseté d’une conjecture ? Jacques Rancière, à propos de l’historien Carlo Guinzburg[6] , cite Fritz Lang en montrant comment une conjecture peut être vraie en ce qu’elle affirme et fausse dans les preuves qu’elle  donne : c’est le sujet de l’invraisemblable vérité. Pour appuyer une campagne contre la peine de mort, un homme crée de fausses preuves de sa culpabilité d’assassin. Quand sa mise en scène est découverte, il est gracié, mais en fait il est coupable. Les indices sont faux, mais le meurtre est vrai.

Pourquoi, dans Les Bourreaux meurent aussi,  l’emploi de la fiction, de fausses preuves, pour peindre la vérité du nazisme ?  Est-ce un hasard si dans deux causes qui lui tiennent à cœur, l’abolition de la peine de mort et la lutte contre le nazisme, Lang recourt à la fiction et à la peinture d’un mensonge pour défendre ce qu’il estime juste, quelles que soient les circonstances ?

Ce qui rend impossible la distinction entre la scientificité de l’Histoire et l’efficacité de la fiction, c’est la confrontation avec le négationnisme, la thèse de Robert Faurisson, celui que Pierre Vidal Naquet désignait comme « un Eichmann de papier », selon laquelle les camps d’extermination nazis avec leurs chambres à gaz n’auraient jamais existé. Cette ignominie déconcertante a connu des fortunes diverses, elle a rebondi depuis l’extrême-droite jusqu’à la gauche, l’extrême- gauche. Le post-modernisme historique n’a rien de fondamental à objecter à cette manipulation, puisque nous sommes devant « la trace », des indices, non pas des preuves, mais des fables par lesquelles une époque s’invente et qui rendent le faux et le vrai indiscernables. Les chambres à gaz auraient été l’invention des vainqueurs. La vérité historique serait alors l’efficacité pour celui qui utilise la représentation, la supériorité de l’une ou l’autre image tenant au fait que dans un cas l’événement existe et dans l’autre il faut en nier l’existence. Sous couvert de tolérance anglo-saxonne, Noam Chomsky,  le linguiste américain, a été sollicité pour écrire la préface de Faurisson. Il l’a fait en revendiquant le droit de ne pas être d’accord avec l’ouvrage, mais de se battre pour que puisse être publié ce avec quoi on est en désaccord[7]. C’est oublier que, comme le dit Guinzburg, « quand les divergences intellectuelles et morales ne sont pas reliées en dernière instance à la vérité, il n’y a rien à tolérer»[8] . Pour qu’il y ait opinions divergentes encore faut-il qu’il y ait des faits dont la véracité soit avérée. Sinon, nous sommes dans l’argument fasciste de Gentile faisant de la matraque « la force morale », comparable au sermon, puisque dans une réalité créée de toute pièce par le dogmatisme politique il n’y a plus aucune place pour la distinction entre les faits et les valeurs.

Est-ce que le non-dit sur Heydrich, sur les Juifs et leur extermination, est de même nature que ce  à quoi on a assisté dans les années 1980, à savoir le retour en force du négationnisme ? Charge à laquelle il faudrait  ajouter deux circonstances aggravantes, d’abord l’ambigüité vraie ou supposée de Lang à l’égard du nazisme, la manière dont il organiserait la confusion entre nazisme et résistance, et surtout ses films allemands. Ensuite, « l’immoralité » du film lui-même, la Résistance obtenant la victoire par le mensonge et la désignation d’un faux coupable. La réponse ne se trouve-t-elle pas dans le cinéma lui-même et dans  la relation entre le visible et l’invisible, le cadré et le non cadré, le retour sur le temps, c’est-à-dire la possibilité pour le cinéma de montrer et surtout de nous faire réfléchir sur ce qui est montré à l’écran ? Et ici nous sommes confrontés à la relation entre l’Histoire et l’ « épique ». L’épique la référence est brechtienne, mais empruntée  à Döblin : « Me voici arrivé au point central. Il existe manifestement, en dehors de la sphère des faits historiques, attestés par les documents, une autre existence ou sphère, qui peut donner aussi matière à un récit formel au passé, et ce récit exige aussi de moi, lecteur ou auditeur, une croyance – de sorte que, à cette condition, il vaut derechef la peine d’écrire, étant donné qu’une relation honnête, reposant sur une confiance fondée, est rétablie entre auteur et auditeur. Ce qui soustrait une péripétie inventée quelconque, traduite en récit, au domaine de la pure invention jetée sur le papier, et l’élève dans une sphère de vérité, celle du récit spécifiquement épique, c’est l’exemplarité de l’événement et des figures. »[9] Ici la traduction en français de « episch » allemand risque de nous induire en erreur, le terme allemand n’insiste pas sur l’épopée, l’héroïsme, mais sur le narratif, le passé devenu du présent comme dans l’interpellation brechtienne. Cette interprétation sur laquelle nous reviendrons éclaire aussi bien le choix de la fiction que le réalisme percé de part en part pour atteindre l’exemplarité, le politique et l’universel.

Qu’est ce qui permet d’établir une relation honnête, fondée sur la confiance entre le spectateur, le lecteur et l’auteur ? Döblin parle de la capacité de l’auteur a avoir en lui « un résonateur particulièrement subtil et développé ». Et quand des choses historiques déterminées lui parlent, cela vibre en lui au point qu’il arrive à  traduire la résonance en langage et image, c’est une intimité avec la réalité, tout  sauf de l’esthétisme.  Le refus chez Döblin, d’un art à l’écart des problèmes de la transformation économique, politique, technique et sociale et consacré seulement au « beau ». Cet apolitisme auquel cédera y compris Thomas Mann et qui se combine si aisément avec le conservatisme et  au respect de l’autorité, voir l’amour de la guerre. Comme Walter Benjamin, Döblin voit en Ernest Jünger et son apologie de la guerre, le nationalisme le plus chauvin avec le choix de se draper dans le sublime de l’art.

La réponse de l’universalisme est l’épique ainsi conçue, on voit bien en quoi des gens comme Brecht, Benjamin, Döblin, le musicien Hanns Eisler, les communistes en général peuvent adhérer à cet art engagé, mais le cas de Fritz Lang est autre.

Du déterminisme dans l’art ?

La quasi-totalité de la critique cinématographique s’acharne sur la mésentente entre Brecht et Lang dans le tournage des Bourreaux meurent aussi . Malgré le caractère le plus souvent anecdotique des remarques désagréables sur Lang de Brecht dans  ce Journal de Travail, jamais ni l’un ni l’autre n’ont exprimé un regret ou un doute sur la nature politique de leur collaboration.

Pour le comprendre il faut se confronter aux nécessités de la lutte antinazie en exil, mais il faut aussi explorer le champ artistique  tel qu’il s’est constitué en Allemagne de 1900 à 1933, analyser en quoi il a révolutionné une bonne partie de l’art contemporain[10].  Ce terme de champ artistique est emprunté à Pierre Bourdieu. Une société qui est structurée selon une logique de classe, avec la domination du mode de production capitaliste, peut voir se développer des enjeux spécifiques avec l’imbrication de champs économique, politique, culturel, artistique, sportif, religieux, etc. Chaque champ jouit d’une autonomie relative par rapport à la structure capitaliste.  Ce qui définit un champ est la manière dont ses acteurs s’entendent sur les enjeux et sur sa permanence, avec pourtant  des atouts et des ressources inégaux suivant les acteurs et leur capital  qu’il soit économique, culturel, social ou symbolique.

Pour analyser un champ, il y a les sujets, les thèmes mais ceux-ci doivent être rapportés aux conditions de production des œuvres et pour qui les auteurs prétendent-ils créer et en quoi ces attentes supposées, filtrées par la critique, par des modèles qui se succèdent les uns aux autres, contraignent et parfois stérilisent l’écrivain , le cinéaste, l’artiste. En quoi ce conformisme des conditions de production est-il en contradiction avec la revendication à l’épique ?

Un champ parait avoir une dimension spatiale, mais sa dimension temporelle, le moment où il se constitue et disparaît, relève d’une réalité historique est tout aussi importante. A ce titre, le cinéma ne peut pas être isolé d’autres arts, l’architecture avec laquelle il partage un rapport aux masses, une inscription dans l’espace, mais aussi le roman, la littérature, la musique, etc. On devrait aussi considérer sa porosité à la vie quotidienne, à ses objets autant qu’à ses valeurs. Un exemple celui des faussaires nous permet de comprendre ce qu’est cette porosité. En effet un faux, un tableau peint au XIX e  qui prétend reproduire un primitif flamand ou italien du XIV e siècle nous apparaîtra aux siècles ultérieurs comme un faux, parce qu’il a malgré son auteur pris des manières de représentation du siècle de sa fabrication. Celle-ci tient à l’art mais aussi et surtout à une quotidienneté, celle des meubles, de la mode, des goûts et même de la division de classe telle qu’elle existe alors. Ce que nous appelons le style tient autant à l’originalité du créateur qu’à son inscription dans un temps. Lang est l’homme des décors, ceux des mythes germaniques des contes comme la forêt mais surtout celui de la modernité de la ville et de ses flux. Il est également, comme Brecht, le metteur en scène qui fait jouer aux objets de la vie quotidienne un rôle essentiel.

A ce titre, les auteurs des Bourreaux meurent aussi, comme le film lui-même, sont profondément marqués par un contexte européen : un temps long, où l’on devrait mettre à jour les bases sur lesquelles s’est construite l’Europe dans le prolongement des guerres napoléoniennes et de la Révolution française, qui elles-mêmes ont été marquées par la guerre de Trente ans.

La contradiction entre la rhétorique à l’égard des peuples, les nations et la forme autoritaire, belliciste du pouvoir politique est à l’œuvre dans le champ politique autant qu’artistique et culturel.

La langue – et ce qu’elle charrie de bouleversements dans la représentation du monde- en est révolutionnée, pas nécessairement comme l’a souhaité une classe dominante, un pouvoir politique..

Ainsi, l’idée de l’unification de l’Allemagne est d’abord empreinte de romantisme, voire d’aspirations révolutionnaires d’une jeunesse ardente, mais dans le sillage napoléonien, à l’image de la Révolution française, la conscience nationale est devenue belliciste, capitaliste et presque déjà impérialiste. Lukacs a très bien montré le lien entre la Révolution française, la création d’une armée de masse, la conscience nationale, l’élargissement extraordinaire de l’horizon. « Ce dont auparavant seuls des individus isolés, le plus souvent à l’esprit aventureux, faisaient l’expérience, à savoir une connaissance de l’Europe ou du moins de certaines parties de l’Europe, devient en cette période l’expérience de centaines de milliers, de millions de gens (…) Il en résulte la possibilité concrète pour des hommes de comprendre leur propre existence comme quelque chose d’historiquement conditionné, de voir dans l’histoire quelque chose qui affecte profondément leurs vies quotidiennes et qui les concerne immédiatement[11]» En France, bien sûr, partout en Europe, cela se traduit par ce que Marx définit comme un « mélange de régénération et de réaction » ; l’appel à la conscience nationale s’accompagne d’une résurrection du passé, reconstruit en vue de l’unification nationale. Et le capitalisme naissant s’accompagne parfois d’une mythification du féodalisme, d’une vision idyllique du passé national opposé à la Révolution française sous sa forme napoléonienne.

A partir de 1848, tout ce qui s’est ébranlé dans la période révolutionnaire et napoléonienne devient incontournable, la réaction féodale n’a que momentanément triomphé, un nouveau monde est né.   L’Allemagne Bismarckienne, en 1870, en abattant la France a gagné son unification, mais à l’unification populaire voulue par les libéraux de 1848, s’est substituée une unification par le haut, obtenue « par le Fer et par le Sang », selon les propres mots de Bismarck.

L’empereur Wilhelm II, qui est loin d’avoir l’envergure de Bismarck, a écrit le 16 décembre 1901, un texte qui résume le rôle dévolu à la culture pour parachever l’unité de l’Allemagne et sa mosaïque d’états disparates. « Mais il y a plus, l’art doit contribuer à l’éducation du peuple. Il doit procurer aux classes inférieures, la possibilité après sa peine et son dur labeur de reprendre courage auprès des idéaux. Les grands idéaux dont devenus pour nous le peuple allemand, les biens durables tandis que pour d’autres peuples ils sont plus ou moins perdus… L’art qui s’élève au lieu de descendre la rigole ». Le moyen de cette unification des lands était pour lui l’art,  la culture. Un peuple unifié par une langue (Hoch Deutch) et une interprétation romantique de son passé avec l’idéalisation de Goethe et Schiller. Mais  l’on peut affirmer que, sans le militarisme allemand, la culture allemande n’aurait pas eu ce caractère conquérant[12]. Avoir là aussi une nation militarisée impose d’insuffler un sens de l’histoire, une propagande. Néanmoins, le populisme culturel du Kaiser et de ses successeurs, d’essence autoritaire et bureaucratique, tirera la culture plus vers le divertissement que vers l’innovation ou les avant-gardes. Les mouvements artistiques, au fur et à mesure de l’évolution politique du pays, seront travaillés par la contradiction qui reste sous-jacente à la formation nationale allemande : donner un idéal au peuple allemand par décision autoritaire, ce qui ne cesse d’engendrer des crises de conscience parce que l’art n’est  jamais totalement autonomisé de ce peuple et ce, malgré toutes les mesures répressives qui sont mises en œuvre.

La guerre de 1914-1918 avait été encouragée par une organisation puissante extra-parlementaire contre les Juifs, les Slaves et tous les socialistes, très influente dans les élites : la ligue pangermaniste.  Elle appelait à l’Union de tous les peuples germaniques et préconisait, pour protéger l’Allemagne, l’annexion des petits Etats limitrophes comme la Bohème. La guerre n’était pas destructrice, mais salvatrice de l’humanité. Un des fondateurs de cette ligue était Hugenberg, futur propriétaire de la UFA, également directeur des usines Krupp. Elle avait créé des liens avec d’autres grands industriels qui avaient manifesté  leur accord avec ses visions annexionnistes de l’Ukraine et de la Belgique. S’il existait en France quelques intellectuels de droite pour manifester un enthousiasme belliciste, il y avait en Allemagne un engouement auquel bien peu avaient échappé. Cela faisait partie de la langue, de la culture allemande, menacée par la latinité.   [13]

On ne comprend pas ce qu’est la UFA, le grand trust de production et de diffusion de l’art cinématographique, avec Fritz Lang comme maître incontesté, si l’on ignore l’impulsion apportée au début du XXe siècle par la volonté d’unification du Reich allemand. Mais, à l’inverse de ce que vont découvrir les exilés aux Etats-Unis, cette ultime période européenne de la conscience révolutionnaire bourgeoise et de la naissance des nations à l’intérieur du continent européen n’est pas  fondée sur l’acceptation du capitalisme. Elle véhicule une soif d’idéal qui pousse à la mise en évidence impitoyable  de toutes les contradictions du progrès. Il y a une sorte d’inconscient collectif qui tend vers la critique du présent jusqu’à une vision apocalyptique que la réalité ne démentira pas. Il existe des critiques de très haut niveau avec, comme Walter Benjamin, un savoir encyclopédique, une tradition littéraire dans le sillage de Heine. Généralement orientés à gauche et souvent de proches compagnons de route du parti communiste.

La guerre de 14/18, les crises économiques et la révolution avortée de 1919 vont engendrer, au cœur de ce projet national culturel germaniste, un art militant engagé politiquement qui n’aura pas d’équivalent dans l’Histoire. En Allemagne, il existe cet art militant engagé qui pousse jusqu’au bout la réflexion et l’action de ce qu’est l’art révolutionnaire et son rôle pour les plus démunis. Ce que l’on peut considérer déjà dans le projet ambigu de Wilhelm II comme une contradiction violente entre Etat et volonté émancipatrice voir libertaire. Cette effervescence a été balayée par le nazisme et l’arrivée au pouvoir d’Hitler[14]. Mais dans leur exil aux Etats-Unis, Brecht et plus généralement tous les exilés allemands poursuivent sur cette lancée. Ils s’étonnent simplement que ce qui provoquait l’indignation en Allemagne soit aux Etats-Unis parfaitement dans la norme.

Insister sur les mésententes entre Brecht et Lang, mais aussi sur celles fréquentes dans ce monde de l’exil allemand qui comprend de multiples autres personnages, Adorno, Döblin, Eisler, Weill, pour ne citer que ceux qui apparaissent le plus fréquemment dans notre livre, risque de nous cacher leurs préoccupations communes. Leur antinazisme est politique, éthique, culturel, artistique et il appartient encore aux contradictions du champ artistique européen. Pour dire les choses simplement, l’Europe capitaliste a eu besoin du nazisme, parce que le niveau des contradictions sociales, l’implication des peuples et des masses ouvrières y compris dans le champ culturel avait atteint un niveau si élevé que l’on pouvait parler d’une hégémonie prolétarienne  dans la création.

Au cœur même de la première  guerre mondiale, alors que s’est écroulée l’hypothèse d’une victoire rapide, dans les tranchées, dans le pays, il n’y a bientôt plus que deux tendances, l’une pour la paix, l’autre pour la guerre à outrance. Un mouvement organisé d’opposition à la guerre, influencé par les spartakistes se développe jusque dans les tranchées, avec des grèves violentes dans les grandes villes depuis la fin de 1917. Mais il y a aussi des revues comme Die Aktion, rassemblant une partie des expressionnistes depuis 1911. La protestation s’étend à tous les arts. Une autre revue Der Sturm va dans le même sens. Certains désertent, se réfugient en Suisse, ce sont les premières manifestations du dadaïsme.

Même s’il y a une opposition violente entre ceux qui veulent la guerre au nom du pangermanisme et ceux qui veulent la paix, les deux en appellent au peuple. Le populisme impulsé par la volonté d’unification germanique que l’on trouve dans le texte précité du dernier kaiser  a eu des effets indéniables dans toutes les régions et même au-delà (dans l’empire austro-hongrois en train de s’écrouler). Ce mouvement se retrouve à Munich (Der Blaue Reiter), Dusselforf, Cologne, Francfort, Dresde mais surtout à Berlin. Les expositions, les revues (Der Sturm, Kunst and Künstler, Kunsblatt, Caralogues, etc…) développent les échanges entre les artistes, mais aussi la connaissance des œuvres et leur production au niveau national. Ces échanges prennent un caractère international par l’afflux d’artistes immigrés, comme Lang lui-même, et par le nombre d’artistes européens invités à des débats et des expositions. Le marché de l’art en Allemagne est le plus important de l’époque et ce sont entre 20.000 et 30.000 œuvres par an qui sont exposées. La guerre et la défaite n’interrompent pas cet essor[15].

Il faut bien évidemment parler du rôle important et spécifique de l’expressionnisme allemand, même si Lang ne cesse de dénoncer l’idée que lui ou Brecht auraient été expressionnistes. Ce mouvement a constitué dans le monde germanique une synthèse artistique comparable au surréalisme en France. A part quelques artistes comme Max Ernst ou Hans Arp, il n’y a pas eu à proprement parler de surréalisme en Allemagne. C’est l’expressionnisme qui joue le rôle de creuset symbolique, en particulier pour l’influence de la psychanalyse. Walter Benjamin toujours soucieux de lier la France et l’Allemagne dit en 1929 : « Le surréalisme- dernier instantané de l’intelligence européenne », mais sur l’Allemagne pèse le poids du romantisme allemand (à la différence des Français[16], Espagnols, Belges) qui conduit à l’expressionnisme. Avec le romantisme allemand, nous avons un peuple hanté par le mysticisme et la magie, dont les « Maerchen » racontent dès la petite enfance des contes terrifiants avec des images fortes de forêts vivantes, de sorcières qui attirent les petits enfants avec leurs maisons gourmandises enfouies dans ces bois hostiles. Il y a là un jeu avec le paganisme. Heine, autre admirateur de la clarté gauloise, y voit les Dieux en exil[17] avec la victoire du christianisme.

De ce fait, dès 1923, l’expressionnisme est critiqué dans la foulée de la dénonciation du romantisme allemand. Surgissent d’autres courants qui souhaitent rompre avec cette tendance mystique et magique avec son fond pangermanique qui a été l’idéologie du kaiser, identifiée avec la boucherie de la guerre de 14/18. C’est le mouvement Dada, la nouvelle objectivité, le constructivisme du Banhaus, l’Art politique et le manifeste des Novembristes. Tous ces courants sont influencés par les mouvements révolutionnaires en Russie et les nouvelles démarches des artistes russes (primitivisme)[18] . Le constructivisme représente réellement  une nouvelle forme de pensée dans l’art moderne, mais toujours dans ce questionnement de la relation entre culture et peuple. Les artistes constructivistes ont pressenti les impératifs du développement d’une société nouvelle et la crise de toute une génération face à ce qui est apparu comme un crime suprême, avoir envoyé à la boucherie une génération qui a du sang sur les mains et refuse les ornementations, le cérémonial, les illusions, tout en proclamant son adhésion à tout ce que la technique peut apporter de progrès et de transformation. Les problèmes esthétiques paraissent relégués au second plan, ou plutôt suivant le mot de l’architecte allemand Mies Van Der Rohe et la célèbre phrase « Less is more ».

Brecht s’appuie très vite sur l’art Révolutionnaire du théâtre de Piscator qu’il admire. On parle souvent du nombre de figurants dans Metropolis de Fritz Lang, mais il faut se souvenir que Piscator, avec les groupes du Théâtre ouvrier, a monté des pièces ayant 8000 figurants. Brecht, Eisler, Tucholsky, Arend ont fait chanter des centaines de personnes dans des chorales militantes, entre 1928 et 1933. L’engagement des artistes n’a jamais eu un tel écho dans le monde ouvrier, cela débouche sur des performances que l’on a du mal à imaginer aujourd’hui et sans lesquelles pourtant  une œuvre comme Metropolis perd une part de sa signification[19].

Les rencontres internationales, l’installation par exemple à Berlin d’artistes russes, qui se sentent les représentants de la révolution soviétique, développent le constructivisme et le Suprématisme. Puis arrivent à Berlin, les Hongrois, l’avant-garde roumaine, les artistes polonais, les artistes tchèques, une multitude qui ne se vit pas comme étrangère à cette ville en effervescence. Les points de rendez-vous sont multiples, cafés, cabarets, expositions, congrès, galeries, l’atelier de Pougny, le club Constructif. Le groupe berlinois le plus important de cette période est le groupe Novembre (Novemergruppe) puis le rote Gruppe qui reste allemand tout en travaillant avec l’Est. Des manifestes sont lancés tels que Aufruf für Elementarum Kunst, manifeste réaliste, Constructivisme, Système de force dynamico-constructif. Ils donnent volontiers un caractère international à ces recherches.

Il existe un personnage qui à lui seul peut être considéré comme une des figures les plus illustratives de cette capacité à constituer, autour de la Révolution soviétique, tout un système de propagande qui unit la presse, les comités de défense avec de nombreux intellectuels qui soutiennent des causes humanitaires, mais s’engagent à partir de là dans des causes politiques. Ce personnage est un Allemand, du nom de Willi Münzenberg, qui connut un destin singulier[20]. Ayant conscience de l’importance des médias, il eut l’idée de les développer au service du communisme, ce qui lui a valu le surnom de « Hugenberg rouge ». Dès 1921, il crée AIZ « Arbeiter Illustrierte Zeitung », le plus grand hebdomadaire photographique ouvrier des années 30, diffusé à 420.000 exemplaires, dans lequel travaille le dadaÏste Franz Jung.

Couverture de AIZ. On pense à Mabuse se faisant grimer par son valet.

Mabuse, le Joueur de fritz Lang se laisse grumer par son valet

Il mène conjointement ce travail de presse et d’image avec des campagnes humanitaires et même du matériel pour la reconstruction de l’économie soviétique dans le cadre du Secours Ouvrier International qui agit dans le monde entier et en particulier aux Etats-Unis. Il crée des centres de secours pour les chômeurs allemands. Münzenberg a reçu son mandat de Lénine, puis du Kommintern. Dans ce cadre complexe, il a créé une maison d’édition et  des filiales de  AIZ dans toute l’Europe. C’est un magazine d’une rare qualité, qui publie des reportages sur le monde ouvrier ou des photomontages de John Heartfield. Il rachète Die Welt am Abend et rend attractive la presse communiste.

Il est un des premiers à saisir l’importance du cinéma. Il fonde une revue Film und volk et un organisme de diffusion. C’est grâce à lui que les Allemands découvrent Eisenstein, Poudovkine. Il crée une firme cinématographique, Pometheus. Il publie des auteurs communistes et progressistes, constituant une véritable bibliothèque pour les ouvriers. En 1933, il doit émigrer à Paris où il met rapidement en place un centre d’activités antifascistes. Il recrée des réseaux, met en place des activités spectaculaires, Le Livre Brun dans lequel est  exposée la terreur qui sévit en Allemagne. Parmi les contributions, il y a celles de Regler qui décrivent les tortures dans les camps de concentration. Au centre du Livre Brun, il y a la dénonciation de l’incendie du Reichstag par les nazis, mais aussi l’exposé des tentacules que lance le pouvoir nazi dans tous les pays démocratiques. Münzeberg n’était pas un théoricien, mais un propagandiste, un homme d’action. Après sa rupture avec le Kominterm, ce personnage qui demeurait trop communiste pour être récupéré comme un renégat a été gommé littéralement par l’histoire communiste. Pourtant, Brecht l’a côtoyé, a partagé son aventure et Lang, quand il participe à des activités antinazis, se retrouve dans l’univers qu’il a mis en œuvre dans le monde intellectuel et du cinéma. En particulier lorsqu’il tourne les Bourreaux mais aussi avant ce film, avec Kurt Weill, lors du tournage de You and me. C’est tout un pan de la lutte antifasciste qui se poursuit à Hollywood et auquel Lang continue à être activement mêlé et qu’il aide financièrement, mais aussi dans l’échange d’idées et de lettres ;

La société américaine découvre, avec ces exilés et leur poids dans l’industrie cinématographique, un monde qui lui est étranger, celui de  l’affrontement des masses et des appareils tels qu’ils ont pu se construire dans le continent européen. Le film Les Bourreaux est celui du triomphe du mensonge, mais aussi la description d’une organisation de résistance bolchevique. Ce n’est donc, selon nous, pas un hasard si une grande partie de ceux qui ont travaillé au film Les Bourreaux meurent aussi, soit passent devant la Commission des activités anti-américaines ou sont surveillés par le FBI[21], si le film fait partie d’une liste noire, si à l’arrivée en France, au titre des accords Blum Byrns, il est censuré sous des prétextes commerciaux. Il s’agit bien sûr des débuts de la guerre froide et de la traque des communistes, mais ce que nous définissons comme un champ artistique et qui est selon nous commun à Brecht et à Lang va bien au-delà de cet aspect lié à l’actualité d’un nouvel affrontement mondial, dans lequel les protagonistes de la seconde, voire de la première guerre mondiale, sont recyclés comme l’a très bien décrit Kubrick dans le docteur Fol amour.

Pourquoi parler de déterminants de l’œuvre d’art ? S’agit-il du contexte économico-social et politique qui en définirait les conditions de possibilité historique ? Oui, mais d’autre chose aussi, d’une autre temporalité qui est celle des phénomènes culturels et de la manière dont sont façonnées la perception et la sensibilité des individus, dans une époque déterminée. Il ne s’agit pas, sauf événements datés dont l’influence immédiate et sur le long terme peut être décelée[22], de chercher des déterminants simplistes. Souvent même, ils se constituent a contrario de ce qui est attendu. Heinrich Böll raconte la manière dont toute une littérature, à son retour d’exil, une littérature interdite sous le nazisme comme Thomas Mann ou Tucholsky, se trouva inutilisable après 1945 « Chose étrange, nous ne pouvions rien en faire. Presque rien en tirer. Pas moi en tous les cas ; je ne sais pas ce qu’il en a été pour mes confrères. Plus tard, j’ai relu Döblin et cette lecture m’a permis de renouer avec la tradition allemande : mais ces douze années de dictature nazie avaient changé la langue allemande, pas dans un sens uniquement négatif : une mutation s’était produite. Le vocabulaire courant s’était transformé ; les réfugiés, les soldats s’en étaient chargés. Un certain cynisme, familier surtout aux femmes, à ces femmes que l’on appelait les femmes sous les bombes, s’était largement répandu : dans les lazarets, les hôpitaux, les trains, les salles d’attente, on était confronté à ce vocabulaire qui assurément n’était pas conforme aux concepts national-socialistes. Nous avons participé à cette transformation de la langue allemande, nous l’avons pratiquée, cette langue a été également la nôtre et il y avait en elle très peu de lien avec la langue de la littérature émigrée »[23]. Peut-être faudrait-il repenser le retour de Lang et les films qu’il a tentés en Allemagne à son retour en relation avec cette remarque. Ce besoin qu’il avait toujours su porter de recherche esthétique et d’un cinéma qui s’adresse à un public populaire n’avait plus de sens. Il a cherché des racines, Mabuse, les scénarios de Théa Von Harbou, mais la langue n’était plus la même, la UFA n’existait plus[24].

Nous avons choisi de restituer le champ artistique d’un film. Il a été produit à Hollywood, mais le sujet autant que le background de ses auteurs, scénariste, réalisateur et même musicien conseiller politique[25] Hanns Eisler, renvoient à un espace-temps générationnel, celui de la tentative de recréer un univers germanique, avec un projet cultureldu peuple. Nous avons choisi d’en regarder les images, comme le dit Didi-Huberman, « à travers l’exercice d’un double regard. L’image est un choc, un montage dialectique, au sens du dialogue, mais aussi du conflit. Voilà pourquoi les images ne sont pas des objets mais des actes. C’est un champ de bataille. A chaque fois que l’on parle d’images on fait de la politique ». L’image telle que l’envisagent Fritz Lang et Brecht n’est pas plus ni moins politique que celle dont nous abreuve le film dit de divertissement. Simplement, elle choisit de montrer  la lutte au lieu d’approuver le crime et l’injustice par la complicité et ce faisant elles sont suspectes, mais elles le deviennent tout autant dans le camp adverse ou presque.

 

 

[1] Il tenait à y envoyer Thomas Mann le prix Nobel de littérature qu’il considérait comme marxiste et enjuivé. Thomas Mann et toute sa famille, dont Klaus Mann et Heinrich Mann, dûrent s’exiler. Ils partagèrent à Hollywood l’exil de Brecht et de Lang.

[2] Florent Brayard, Auschwitz, enquête sur un complot nazi, l’univers historique, Le Seuil, 2012, p.25 et 26

[3] En 1938, la Chambre des représentants instaure une commission sur les « activités anti-américaines » (HouseUn-American Activities Committee, HUAC). En 1947, une liste des organisations « subversives » est publiée par le ministère de la justice. La HUAC étend ses investigations au milieu du cinéma. Dix-neuf personnalités d‘Hollywood, soupçonnées d‘appartenir ou d‘avoir appartenu au parti communiste, sont convoquées par la commission en octobre 1947. Il s’agit de scénaristes, de producteurs et d’un acteur, Larry Parks. Seuls onze d’entre eux sont finalement entendus, ceux qui sont aujourd’hui connus comme les Dix d’Hollywood et Bertolt Brecht. Il  est entendu par la HUAC le 30 octobre 1947. Brecht  déclare ne pas être membre du parti communiste, et le jour même quitte (pour toujours) les États-Unis. Les Dix de Hollywood, quant à eux, refusent de répondre aux questions sur leur appartenance au parti communiste ou à la Screen Writers Guild (un syndicat de scénaristes jugé très à gauche par la commission), en invoquant le Ier Amendement de la Constitution américaine. Ils sont inculpés par le Congrès pour outrage, puis condamnés à des peines de prison (six mois pour Herbert Biberman et Edward Dmytryk, un an pour les autres) qu’ils purgent dans différentes prisons fédérales, à partir de juin 1950. Le 25 novembre 1947, la MPAA annonce qu’elle n’emploiera plus de communistes. C’est la naissance de la liste noire, une liste d’artistes – communistes ou non – à qui les studios refusent tout emploi. Outre Bertolt Brecht, Charlie Chaplin et Orson Welles durent quitter les États-Unis. La liste noire exista jusque dans les années 1960.

[4] Why We Fight est une série de sept films de propagande commandés par le gouvernement des États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale entre 1942 et 1945. Ils furent conçus  pour expliquer aux soldats américains la raison de l’engagement des États-Unis dans la guerre. Plus tard ils furent montrés au public américain pour les persuader de soutenir l’intervention américaine. La plupart des films furent réalisés par Frank Capra (avec Anatole Litvak). Capra avait été  choqué par le film de propagande de Leni Riefenstahl,  Le Triomphe de la volonté, et il travailla en réaction directe à ce dernier.

[5] On connaît relativement, même si on l’a de plus en plus occulté, ce que vivent chez les intellectuels et les milieux aisés, les juifs américains. Un film d’Elia Kazan, le mur invisible, que son auteur trouvait trop « gentil »nous renseigne là-dessus. Ce qu’on connaît encore plus mal ce sont les luttes ouvrières, une militante comme Clara Lemich qui mène « le soulèvement des 20.000 »  ouvriers de chemiserie et qui fait ses discours en yiddish (elle a fui l’Ukraine face aux pogromes). Elle organise les ménagères juives (lutte contre les boucheries cashers) et afro-américaines contre la hausse des prix avec des piquets de grève « volants » de femmes juives et de femmes noires, mouvement qui gagne plusieurs villes américaines. Elle adhère au parti communiste dont elle reste membre jusqu’à sa mort en 1982.

[6] Jacques Rancière, « De la vérité des récits au partage des âmes »in Critique, juin-juillet 2011, 769-770, pp.474-484

[7] R.Faurisson, Mémoire en défense. Contre ceux qui m’accusent de falsifier l’histoire. La question des chambres à gaz. Préface de N.Chomsky, Paris,1980

[8] Carlo Guinzburg, Le fil et les traces, vrai, faux, fictif, Verdier Histoire, 2006,p.312

[9] Alfred Döblin, l’art n’est pas libre ,il agit. Agone, Banc d’essai. 2013, p.124

[10] Nous avons en mémoire l’extraordinaire et magnifique exposition Paris-Berlin qui avait eu lieu à Paris, en novembre 1978, et dont nous avons conservé le catalogue.

[11] Lukacs, Le roman historique, petite bibliothèque Payot,1965  p.23

[12] Guillaume II-Aufruf an das deutche Volk, Berlin 6 août 1914-Reden des Kaiser de Johann , Munich 1966

[13] Il y eut bien une organisation d’intellectuels pacifistes, mais elle fut interdite en 1916. La plupart des intellectuels allemands perdirent un temps la tête, Rilke, Thomas Mann (qui se fâcha avec son frère le communiste Heinrich Mann). Albert Einstein fut un des rares à refuser de signer un appel de soutien à l’Allemagne. Le poème le plus célèbre de cette époque, distribué à des milliers d’exemplaires, intitulé Chant de haine contre l’Angleterre, était l’œuvre d’un juif Ernst Lissauer qui fut obligé d’émigrer en 1933.

[14] Encore qu’il  faille noter la volonté de mécénat dont témoignent souvent certains dirigeants, de Goering à Heydrich. Ce dernier ayant à cœur de promouvoir la musique à Prague. Mais d’autres exemples plus obscurs, comme celui du SS Félix Landau s’offrant Bruno Schulz comme esclave artiste juif alors que débute l’extermination en Pologne, montrent à quel point l’idée de culture comme instrument de légitimation du pouvoir allemand reste ancrée dans les consciences.

[15] En 1905, à Dresde et à Berlin, il y a des expositions expressionnistes de Die Brücke et Der Blaue Reiter .Après la guerre, dans le sillage de Dada (également à Paris et à New York), de nombreux artistes allemands vont vers l’expressionnisme (Georges Groz, Carl Einstein, Erwin Piscator, Georges Schotz et bien d’autres qui lancent des textes subversifs dans les revues Sturm et Aktion). Beaucoup de ces artistes iront à partir de 1929 vers une radicalisation encore plus poussée, comme Brecht lui-même.

[16] Encore qu’Aragon est parmi les surréalistes celui qui revendique un lien avec les romantiques français.

[17] Double exil puisque ce sont des Titans, déjà renvoyés comme forces chamaniques par les dieux de l’Olympe, puis par le christianisme, explique Heine, dans un texte de 1835,  repris par Freud dans son analyse sur l’Inquiétante étrangeté dans l’art. Freud  relie l’inquiétante étrangeté (l’Unheinliche) et cet exil des dieuxa une figure que l’on retrouve chez Lang, le doublecomme dans Man Hunt. « Le double est une formation qui appartient aux temps originaires dépassés de la vie psychique(…) Le double est devenu une image d’épouvante de la même façon que les dieux deviennent des démons après que leur religion s’est écroulée ».

[18] On trouve des évolutions semblables chez  les Italiens, les Français avec le groupe Octobre.

[19] Il y a eu quelque chose de cet ordre là autour de mai 68 en France. Notons que, dans les deux cas, les mouvements qui avaient pris une connotation européenne ont débouché sur une vague contrerévolutionnaire, y compris en matière artistique.

[20] Un colloque international a eu lieu autour de Willi Müzenberg,a eu lieu  du 20 au 26 mars 1992 à Aix-en-Provence organisé, par la bibliothèque Méjanes et l’Institut de l’Image dont les actes ont été publiés par le Temps des cerises, en 1993.

[21] Le scénariste de Man Hunt, Dudley Nicholls, qui a pourtant souvent travaillé avec des metteurs en scène suspects, à commencer par Lang, ne sera jamais inquiété. Est-ce qu’il faut pousser plus loin le parallélisme entre l’enthousiasme encore aujourd’hui de la critique pour Man Hunt et le relatif mépris dans lequel est tenu Les Bourreaux meurent aussi ? Cela nous conduirait peut-être à une interrogation sur les critères esthétiques…

[22] Par exemple, les accords Blum-Byrns et la lutte à laquelle leur imposition a donné lieu en France de la part du Parti Communiste et de la CGT mais qui a mobilisé la quasi-totalité du monde du cinéma et a débouché sur des dispositions qui ont garanti jusqu’à aujourd’hui non seulement l’existence du cinéma français, mais celle d’autres cinémas dans le Tiers Monde.

[23] Heinrich Böll, Une mémoire allemande, entretiens avec René Wintzen, Seuil ,1978. Dans les mêmes entretiens, Heinrich Böll qui se montre très critique envers la RDA, souligne en même temps l’existence dans cette autre Allemagne d’une littérature éthique. Heinrich Böll ne parle pas de Brecht, mais on ne peut s’empêcher de penser, à propos de cette langue née de la guerre, à celle que revendique Brecht, celle du malotru, la manière dont il proteste contre la personnalité du poète chez les otages dont il voudrait faire un pilier de taverne alors que Lang lui donne un aspect de dandy snob.

[24]  On pourrait également repenser à sa querelle avec Godard, quand celui-ci entre dans le groupe Dziga Vertov, le cinéma ce n’est pas ça… il dénonce son orgueil qu’il compare à celui du dieu des juifs.

[25] Dont le frère est accusé d’être le représentant du Kominterm  aux Etats-Unis.

 
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Publié par le avril 28, 2015 dans cinema, histoire

 

En avant première: la préface de notre livre, l’URSS vingt ans après

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Il nous a été proposé de rassembler nos croquis de voyage dans un livre. Ecrits initialement pour notre blog, Histoire et société, il s’agissait de témoignages rédigés à la hâte, parfois sur une valise dans un aéroport. Ces croquis avaient un but : rétablir les faits sur ce qui c’était réellement passé en Ukraine en 2014. Mais nous ne pouvions pas ignorer l’existence d’un problème, mal résolu auparavant pour nous, comme pour bien d’autres : la chute de l’Union soviétique.

Il y eut vers les années 90 une sorte de tribunal intellectuel et moral qui jugea pour nous de ce que fut ou ne fut pas l’URSS. Comme nous avions tant aimé et beaucoup fréquenté ce pays devenu mythique, nous avons décidé, Marianne et moi, en 2014, de revendiquer un droit d’inventaire. J’emploie à dessein le terme « mythique », en effet, la chute de l’Union soviétique a coïncidé avec ce qu’Eric Hobsbawn disait de l’évolution du métier d’historien : « De plus en plus d’individus révisent ou réinventent l’histoire en fonction de leurs propres objectifs. Nous vivons une grande ère de mythologie historique (…) ce qui a été miné c’est la conviction que les recherches des historiens, reposant sur des preuves documentées reconnues par leur profession, doivent distinguer les faits et la fiction, ce qui est véritable et ce qui ne l’est pas, la réalité et nos désirs. »[1]  J’ai raconté par ailleurs cette soirée à Rome où nous avons surpris, Hobsbawn et moi, le complot des dirigeants du PCI en train de poignarder leur parti pour se rallier à la social-démocratie. Accablés mais pas étonnés par ce cours des choses nous avons marché sur le forum le reste de la nuit en devisant sur la manière dont on s’éloignait désormais des explications profondes sur le pourquoi des choses.

Avoir subi une telle contrerévolution nous empêchait de penser notre place dans le monde. Ce qui condamnait plus ou moins le révolutionnaire à l’innocence impitoyable de qui ne peut plus agir qu’à contretemps. Et il n’est pas de meilleur âge que la vieillesse et de meilleur genre qu’être une vieille femme pour exercer cette radicalité. La vieille dame indigne de Brecht dans le bref temps où elle choisit de vivre. Le regard innocent de celui ou de celle que l’âge rend désintéressé, le regard de l’enfant, du sauvage et même de l’animal : un œil stupéfait devant la société insensée que l’on prétend donner pour modèle universel. Nous avons du temps, nous les invisibles, les femmes de l’âge qui ne sommes mêmes plus les personnes du sexe. Il nous en reste si peu pourtant : alors nous pouvons avoir la patience de suivre des lignes brisées, de remonter en deçà des faux départs de l’opinion ordinaire. Par exemple la manière dont on a présenté en France le président Eltsine faisant tirer sur la Douma, le Parlement russe. Comment cet acte a été salué par notre presse comme l’essence de la démocratie. Ou encore le silence fait sur la guerre en Moldavie en 1992, 600 morts passés à la trappe. En cette année 2014, il était prétendu également ignorer la cinquantaine et plus de morts brûlés à Odessa… Les 4000 morts du Donbass, dont une majorité de civils tués par leur propre gouvernement ukrainien, des femmes, des enfants, des vieillards exécutés avec l’assentiment de la France sous l’accusation de « séparatisme » ! Etre « séparatiste » justifie donc le génocide, depuis quand ?

Nous sommes parties toutes les deux sur les grands chemins de l’est de l’Europe nous faire une opinion. Il était temps de savoir à quoi tout cela rimait… Sur les grands chemins est l’expression qui convient, la plupart de nos interlocuteurs sont des rencontres de hasard, beaucoup dans les transports en commun. Ils n’ont été présélectionnés par aucun hôte désireux de nous faire partager leurs opinions.

Une chose essentielle doit être dite maintenant : la quasi-totalité de ceux dont nous rapportons les propos ne parlaient que le russe, et dans le deuxième voyage encore le russe, le moldave ou le gagaouze. Très important en ce qui concerne le regard innocent, le regard par celui de l’autre : ne jamais parler anglais. Cela vous évite souvent d’être confronté à la minorité qui se croit partie prenante de l’élite internationale et dont les propos ne dépareraient pas Courrier International, il faudrait dire Courrier Occidental. Cet hebdomadaire qui s’est fait une spécialité de publier les articles de journaux de tous pays à condition que leur rédaction soit à 90 % d’accord avec la CIA, l’OTAN et l’UE. Nous ne sommes pas beaucoup plus objectives que ce genre de presse, mais à leur différence nous donnons à voir notre point de vue. Il est celui de l’habitant du pays qui ne parle pas l’anglais mais le russe. Grâce à Marianne, et d’ailleurs à sa grande surprise, nos interviews avec sa traduction simultanée et ma pratique de sociologue ont eu un tel succès que ceux qui voulaient parler faisaient la queue comme à confesse. Mais vous vous rendez compte de ce qu’il faut faire pour soulever le voile opaque tendu entre nous Français et la majeure partie de la planète, apprendre la langue du pays et faire du tape-cul dans les vieux cars moldaves.

Je n’arrive même pas à m’imaginer ce que j’aurais pensé lorsque j’ai adhéré au PCF, en 1956, si l’on m’avait dit qu’à 76 ans, en 2014, je roulerais dans des cars aux amortisseurs aussi perclus que mes articulations, sur les routes défoncées de l’ex-Union Soviétique pour y retrouver les traces de l’Histoire et de ma mémoire asphyxiée…

C’est une bien étrange passion que celle de l’Histoire, je ne la détache pas d’autres approches comme la poésie, l’art. Cela revient toujours à une manière de souffrir pour des ombres inconnues, qu’il s’agisse de Priam baisant la main d’Achille qui a tué son fils Hector ou d’imaginer la peur d’un enfant sous les bombes à des milliers de kilomètres. Oui mais voilà, on a prétendu me voler cette empathie avec l’humanité en m’invitant à oublier le passé. Au point que je suis incapable de penser ce que m’auraient inspiré dans ma jeunesse les événements d’aujourd’hui. Il y a eu des railleries, il y en a encore envers ceux que l’on accuse d’être des nostalgiques de l’Union soviétique. Ce qui permet de ne rien analyser, de condamner la mémoire à un hypothétique jugement de l’Histoire dont j’ignore encore si les Bourreaux d’avant-hier ne sont pas les juges d’aujourd’hui. Pourtant demeure vivace au moins une raison de cet engagement : le rôle des communistes durant la seconde guerre mondiale, et la reconnaissance que j’en ressentais. L’enfant juive qui tremblait de peur sous les bombardements, et qui en écho à l’effroi de ses parents en fuite, éprouve toujours le soulagement de l’aube en entendant le mot Stalingrad, le réveil du cauchemar.

Enfin, j’ai toujours été attirée par la distance et la diversité, je ne me sens bien qu’en voyage ou alors enfermée seule dans un lieu de travail entourée de livres. Ce regard par les yeux des autres est celui de Montaigne peignant l’étonnement des cannibales brésiliens devant nos civilisations : « ils avoyent aperçu qu’il y avoit parmy nous des hommes pleins et gorgez de toutes sortes de commoditez, et que leur moitié estoient  mendians à leur porte, décharnez de faim et de pauvreté ; et trouvoient estrange comme ces moitiéz icy necessiteuses, pouvoient souffrir une telle injustice, qu’ils ne prinsent les autres à la gorge, ou missent le feu à leur maison »[2]

Tout est dit dans ce texte de Montaigne. On a eu beau tenter de m’expliquer la fin de l’Histoire, j’étais convaincue que tant qu’il y aurait de l’injustice, et celle-ci ne cessait de s’accroître avec ce que l’on estimait la fin du communisme, Marx et sa lutte des classes demeureraient à l’ordre du jour. Cette perspective énoncée par Derrida dans les Spectres de Marx m’a poussée à poursuivre sur ce qui était désormais considéré comme les voies de l’Utopie, au lieu de me résigner à un dérapage de plus en plus irrésistible vers les petits arrangements avec le Capital. Mais ce qui m’a valu une solide réputation de « stalinienne » fut mon refus de faire comme si la Révolution d’Octobre n’avait jamais existé. Car si certains voulaient bien conserver l’utopie, ils la voulaient épurée de l’expérience concrète, ce qui me paraissait une méthode détestable. Impossible de m’y rallier ! Et puis demeurait obstiné, encore intact, le sentiment d’avoir œuvré ensemble à quelque chose de juste. Ce moment restait inscrit dans l’art, quand les artistes, les intellectuels du monde entier étaient prêts à sacrifier leur ego à leur participation à quelque chose qui les transcendait, même s’ils reconnaissaient avoir été la plaie et le couteau.

Pourtant on avait pratiquement réussi à me convaincre que la chute de l’Union Soviétique n’avait pas provoqué la moindre tentative de rébellion. C’était là le pire, il n’y avait pas eu la moindre protestation. C’était ainsi que l’on me présentait l’Histoire. L’acceptation des peuples de l’ex-Union soviétique faisait baisser toutes les têtes, le monde entier passait sous les fourches caudines du capital.

Je ne crois pas avoir jamais été stalinienne, je me suis toujours interrogée moins sur Staline, que sur les temps de troubles qui suivent de tels règnes, en quoi la dégénérescence d’un appareil d’Etat est-elle le produit de l’autocratie ? Mais dans le même temps je ne pouvais m’empêcher de me demander ce qu’il serait advenu de moi la petite juive et de l’humanité toute entière si lors de la seconde guerre mondiale Gorbatchev avait été au pouvoir au lieu de Staline. Et des Gorbatchev, il y en a aujourd’hui comme s’il en pleuvait.

Je me suis focalisée pendant une dizaine d’années sur ce qui naissait ou renaissait en particulier en Amérique latine, comme d’ailleurs sur l’ensemble des résistances diverses venues du sud avec l’effet d’entraînement de la Chine, la remise en cause de l’hégémonie des Etats-Unis née aux lendemains de la seconde guerre mondiale.

Mon retour vers les pays de l’ex-Union soviétique survint en 2008. A cette date, il y eut le refus de deux enclaves proches de la Géorgie, l’Ossétie et l’Abkhazie, de « choisir la modernité » et se référant explicitement à l’Union soviétique. Il y eut en 2008, ma rencontre avec Marianne pour qui la langue russe, entre autres, n’avait pas de secret et qui depuis des années tentait de faire savoir qu’une multitude de gens en Russie regrettait l’Union Soviétique. Et qu’il y avait là-bas des communistes sans pouvoir mais non sans espérances.

En 2014, à l’occasion des événements d’Ukraine, nous avons décidé Marianne et moi qu’il était temps de partir en voyage et de construire ou tenter de construire une vérité sur les fables qui nous seront rapportées. Nous venions de lire « la Fin de l’Homme rouge ». Il nous a semblé que ce livre était un contrefeu à ce que révélait la situation en Ukraine : la fin de l’Union soviétique avait été imposée à des millions d’êtres humains comme une trahison et certains étaient non seulement désireux de le dire mais étaient prêts à mourir pour cette réalité-là. Voilà pourquoi Marianne et moi, à un âge vénérable, surtout moi puisque j’ai dix ans et quelques de plus qu’elle, nous avons écrit ces carnets de voyage pour les combattants en Ukraine, en Novorossia et bien au-delà… Contre le fascisme installé au cœur de l’Europe parce que, comme je ne cesse de le répéter, le continent européen va jusqu’à l’Oural et qu’il est impossible de faire silence sur ce que représente le nazisme dans ma mémoire comme dans ces terres où le socialisme l’a vaincu une première fois… .

Parce que, et l’essentiel est là, ce qui s’est passé et se passe en Ukraine n’est pas un phénomène isolé, nous sommes entrés dans l’ère de tous les dangers et plus vite nous en serons convaincus mieux cela vaudra pour tous.

Danielle Bleitrach

[1] E.Hosbawn. Franc-tireur. Autobiographie, Paris, 2005, p354

[2]  Michel de Montaigne, Essais, présentation, établissement du texte, apparat critique et notes par A.Tournon, Paris, 1998, 3 vol., ici vol. 1,31, p.358

 
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Publié par le avril 27, 2015 dans Uncategorized

 

La reflexion du jour : peut-être que Marianne pourra aller dans le Donbass

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Moi je suis bloquée, mais Marianne sera peut-être prête à temps pour aller représenter les communistes français dans le Donbass. Pas le Parti communiste Français, non les communistes, cette masse désorganisée désormais, plongée dans l’inertie et les quelques initiatives locales qui parfois donnent le change. En effet il y a peu, une invitation a été lancée par les communistes de Lougansk dans le Donbass. Elle a été relayée partout, dans toute l’Europe et même aux Etats-Unis. De nombreuses délégations sont prévues et parmi elles, la plus importante celle des communistes italiens qui depuis le début de la crise ukrainienne font un énorme travail. En france, tout ce que cela a donné c’est une petite querelle mesquine à propos du droit sur traduction, suivie d’ignominie du pseudo dirigeant de la JC, le paltoquet, l’amateur de chanson de Patrick Sébastien, mais aucune intiative, aucune délégation. Les communistes de Lougansk nous ont signalé avoir envoyé une invitation au PCF, ils attendent encore la réponse.

En revanche, des circonstances familiales, le travail de correction de nos livres et l’écoeurement nous ont poussé à fermer ce blog tant nous étions conscientes que cette petite querelle et ces injures avaient pour unique vocation d’empêcher toute initiative. Bref le résultat de cette affaire est catastrophique sur tous les plans, les communistes ukrainiens ont été privés d’un véritable relais actif et n’ont pas reçu le moindre soutien des instances officielles qui se sont contentées de venir massacrer ceux qui comme nous agissaient. Avec le fin du fin, le conflit de génération, les jeunes contre les vieux qui ont le tort d’être « démodés » et à qui ont attribue toutes les difficultés des dirigeants actuels pour qu’ils puissent continuer leur grande œuvre de dissolution de la mémoire en flattant l’absence de référence historique d’une génération…

Cela fait des années que cela dure… Qu’il s’agisse de Cuba, de l’Amérique latine, de l’Ukraine et plus généralement de tous ceux qui dans le monde se réclament du communisme tout est fait non seulement pour étouffer leur voix mais pour déshonorer ceux qui agissent. l s’agit d’apporter sa contribution à la grande oeuvre de ceux qui de l’extrême-droite au socialistes, en passant par les trotskistes et les verts veulent absolument nous convaincre de la nocivité du communisme, tous derrière le Capital pour faire croire qu’il n’y a pas d’alternative, que ceux qui se battent sont au meilleur des cas des utopistes et au pire des criminels. Je pourrais penser être poursuivie si j’étais la seule, mais les campagnes de diffamation sur tous ceux qui ont mené un tel combat en montrent le caractère systématique.

Marianne a pris contact avec les amis du Donbass, elle ne sait pas si elle aura à temps le visa qui lui permettra de rejoindre le Donbass par Rostov et d’être ainsi une présence des communistes français, mais les contacts sont pris et de toute manière elle fera enfin savoir aux communistes du Donbass que la France est représentée par autre chose que des aventuriers d’extrême-droite ou des petits coqs qui pérorent pour mieux étouffer toute solidarité et initiative…Elle leur portera non seulement notre livre mais un autre sur l’Ukraine publié par les éditions Delga, elle leur dira qu’il y a des communistes, des intellectuels, des ouvriers, des régions entières de notre pays révolutionnaire qui suivent avec passion leur héroïsme d’aujourd’hui en mémoire de celui de hier…

Voilà, avec ou sans ce blog, nous continuons le combat avec vous,il est tout de même étonnant que les communistes français en soient réduits à attendre de Marianne la bien nommée une présence aux côtés des héros communistes du Donbass,   faute d’avoir un parti organisé capable de rassembler au lieu de diviser et d’insulter ceux et celles dont la vie fut et reste un combat..

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le avril 27, 2015 dans actualités, mon journal

 

Nouvelles de travail, actualité et projets

Les bourreaux meurent aussi, film de Fritz Lang, Bertolt Brecht et hanns Eisler

Marianne est en pleine correction de copies, avec l’épuisement lié à cette activité mais aussi les moments de cocasserie, comme cet étudiant qui place Moscou comme une des principales villes de Chine en gros dans la zone tibétaine. En outre notre infatigable Marianne est en train de préparer des interviews sur notre livre et des présences dans les fêtes du Pas de calais. Notre livre : URSS, vint ans après, retour de l’Ukraine en guerre est à l’imprimerie. Il sera sorti en mai…

Personnellement j’ai devant moi 400 pages de correction du second livre. Les corrections sont ce  que je déteste le plus. Le second livre, les tirés à part à corriger avant impression et le bon à tirer. : Brecht et Lang, le nazisme n’a jamais été éradiqué. L’éditeur a fait un énorme travail, je dois dire que c’est la première fois depuis Maspéro que je tombe sur deux éditeurs (Delga et Lettmotiv) qui prennent leur profession au sérieux à ce point. Lettmotiv travaille essentiellement avec les bibliothèques universitaires et il veut un livre parfaitement utile aux étudiants. A ce titre, il  me demande un index des films cités, titre, date de sortie et réalisateur. Rien que l’oeuvre de Fritz lang tient au minimum sur quatre pages. Puisque ce livre porte sur la collaboration entre Brecht et Lang dans une oeuvre antinazie pourquoi ne pas faire un index des oeuvres théâtrales? Et puisque le travail de sociologie du cinéma porte sur la relation entre champ artistique et Histoire, pourquoi se limiter au cinéma et au théâtre? Pour quelqu’un comme Lang la peinture et l’architecture sont essentiels, pour Brecht, la musique…

J’ai relu les 200 premières pages avec enthousiasme, puis à ce moment-là j’ai été de nouveau envahie par les contrariétés de la vie quotidienne et le plaisir est tombé avec des bouffées de l’auteur en crise d’infanticide…

Dans le fond c’est un peu pareil avec la politique. C’est au moment où la vie vous réserve des situations familiales ou autres les plus catastrophiques, qu’il se trouve toujours un abruti pour en rajouter. Alors on se dit, dans le fond je n’ai jamais rien attendu de la camaraderie, de mes engagements sociaux et politiques, ni solidarité, ni la moindre main tendue, mais ils ont le chic pour vous accabler aux moments les plus inopportuns. Il ne vous manque jamais un imbécile malotru qui vient gâcher tous vos choix les plus fondamentaux par une mesquinerie qui redouble celles de la vie. Il ignore me dit Marianne le contexte, certes mais comment fait-il ce crétin pour tomber aussi à pic?

Bref, la vue de ces deux manuscrits m’est apparue néanmoins comme une consolation. Quand je pense aux souffrances physiques et morales auxquelles j’ai arraché ces pages, les discussions avec mes co-auteurs, une thérapeutique essentielle. Comment j’ai pu rencontrer à cette occasion des gens formidables qui à travers ce travail en commun, ces voyages dans l’ex-URSS mais aussi dans l’Europe et les traces du nazisme, m’ont portée un temps hors du chagrin. J’ai l’impression d’une ascension, d’une cordée héroïque. Qu’ils soient remerciés ceux qui ont été là et même ces deux éditeurs.

Pour ce qui concerne la sociologie du cinéma, tout a commencé à la mort d’un ami très cher Armand Paillet. Je l’ai connu à vingt ans, ma culture était des plus classiques, il m’a initié à la modernité, au cinéma, au théâtre… Depuis qu’il est mort je n’ai plus réellement d’interlocuteur, je continue à la sortie d’un spectacle à en débattre avec lui. Il avait pratiquement achevé un travail sur Jean Grémillon et m’avait demandé d’en peaufiner la problématique. Comment vous expliquer à quel point elle est d’actualité, il s’agit d’une réflexion sur le parti communiste et le cinéma français. Il est au coeur de toutes les confusions actuelles contre lesquelles nous nous débattons. Je viens d’avoir plus ou moins l’autorisation d’accomplir le travail sur son manuscrit.

Voilà est-ce que j’aurai la force qui a été la mienne durant ces dernières années: mener de front deux projets. L’un sur l’espace post-soviétique en particulier la Sibérie mais aussi la route de la soie, le monde euroasiatique. L’autre sur cette sociologie du cinéma qui porte sur l’identité française avec un cinéaste que l’on a considéré comme « maudit ». Une déformation qui une fois de plus tente de transformer en malédiction ce qui est simplement la loi d’une classe dominante imposant à l’industrie du cinéma ses options. Ce n’est pas si éloigné du livre sur Brecht et Lang, sur le refus de la « shoah » comme relevant d’une malédiction pesant sur le peuple juif, mais au contraire de partir de la nature capitaliste du nazisme. Affirmer comme Klaus Mann, ce n’est pas parce qu’ils sont antisémites que les nazis sont pourris, mais parce qu’ils sont pourris qu’ils sont antisémites. Ce pourrissement est à rechercher dans la nature capitaliste. Bref, comme vous le voyez j’ai du travail sur la planche

Danielle Bleitrach

PS; je viens de découvrir que « l’infâme' »Nicolas Maury qui décidemment n’a aucun sens du ridicule vient de me faire suspendre de Facebook pour quatre jours… comme un quelconque joueur de foot…

 

Marianne et moi, la suite de notre collaboration…

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Nous venons d’avoir une longue discussion avec Marianne, comme d’habitude nous sommes d’accord. Il nous est difficile dans la situation actuelle de nous préoccuper du plan politique dont le moins que l’on puisse dire est que nous sommes devant une absence de perspectives immédiates.  Ce qui ne manque pas d’exaspérer les tensions individuelles. Que ceux qui ont la force d’œuvrer dans un tel marécage le fassent, nous les en remercions sincèrement.

Aujourd’hui, à titre d’exemple, il y a eu la conférence de presse de françois Hollande où il a comparé le FN au discours des communistes des années soixante et dix et c’était pour lui visiblement une stigmatisation de l’extrême-droite qu’une telle référence. La direction du PCF s’indigne, mais ce qui ‘est extraordinaire, c’est que les mêmes, la direction nationale du PCF, celle du Rhône approuve un Nicolas Maury quand il insulte les dirigeants des années soixante et dix et quatre vingt, quand il monte la jeunesse communiste contre eux. la direction du parti communiste ne récolte que ce qu’elle a semé. et ce qu’elle continue à semer, le mépris du passé… Dans le même temps, Marion Maréchal minimise la part des juifs morts dans la shoah, là dessus aussi elle a bénéficié de quelques complicités dans la jeunesse faute de respecter le passé. Comment voulez-vous que François hollande et le PS et même l’extrême-droite respectent des communistes qui ne se respectent pas eux mêmes, comment lutter contre la prégnance du négationnisme qui revient à faire un signe d’égalité entre communiste et nazisme?  Nous ne pouvons pas remonter à nous seules un tel courant…

En revanche, nous sommes d’accord pour plus nous investir sur la question qui nous préoccupe et qui est celle de l’espace post-soviétique et euroasiatique. Notre réflexion reste d’abord théorique bien qu’avec des implications politiques. Il s’agit de contribuer à une meilleure appréhension de l’histoire du communisme et il s’agit de mieux faire connaître par nos voyages, traductions, compte-rendus de lecture, conférences ce qui est en train de naître dans ces espaces profondément marqués par la première expérience socialiste.

Si nous avons à ce titre de temps en temps un article ou un récit d’expérience qui nous paraît intéressant, nous le publierons, mais pour le reste ce blog demeurera en sommeil. Nous allons nous préoccuper toutes les deux de la diffusion et des débats autour de notre livre « Urss vingt ans après, retour de l’Ukraine en guerre » et sans doute de notre voyage à Novossibirsk et en Asie centrale. Peut-être cet été mais sûrement cet hiver. Comme je l’ai indiqué par ailleurs, en outre, nous pensons lors de la rentrée universitaire prochaine, suivre le séminaire de Jean Salem à la Sorbonne. Et à ce moment-là nous diffuserons les travaux et réflexions, comme d’ailleurs les compte-rendus des livres des éditions Delga qui font un gros travail sur notre champ de réflexion. .

Mais il n’est plus question, si faire ce peut, de mêler nos activités ou non activités politiques à la situation au demeurant navrante du champ politique français. Nous restons ce que nous sommes, moi une communiste sans parti, Marianne une communiste du Pas de Calais, c’est tout.

Donc pas question de réouvrir le blog tant qu’il n’y aura pas un texte qui nous paraîtra utile à la réflexion théorique qui est la nôtre et celle de bien des lecteurs et lectrices de ce blog. Si vous souhaitez poursuivre le débat, lisez notre livre, faites nous part de vos remarques, avant le mois d’octobre et la fréquentation du séminaire de jean Salem où ce blog retrouvera une utilité.

Voici mon numéro de courriel où vous pourrez me transmettre vos analyses et commentaires:

bleitrach.danielle@wanadoo.fr

A la fête de l’humanité nous sommes en train de réfléchir à notre présence et à celle de notre livre. Comme nous sommes en train de mettre en place quelques débats, Marianne à la fête d’Avion au stand d’Arras et nous deux à Beziers, puis à Aix en Provence à la librairie de Provence, peut-être à paris 20 e pour Marianne le 28 mai. Il est peut-être aussi question de l’Algérie en septembre…

Voilà et merci de vos encouragements et de votre véritable amitié, mais j’aimerais que vous fassiez l’effort de réfléchir à tout ça pour préparer ce travail collectif de rentrée. Puisque le rassemblement en faveur de quelques fondamentaux, la paix, la justice sociale, est impossible sur le plan politique, que les concurrences mesquines s’y exaspèrent, sans parler parfois de l’acceptation plus ou moins ouvertes de proximités nauséabondes faute de l’affirmation actuelle de la dimension de classe, espérons en un lieu d’échange intellectuel ouvert à tous; où, rêvons un peu, tels les copistes du Moyen Age, anonymes, nous transmettrons notre expérience à la génération qui saura en faire quelque chose.  Après la barbarie….

Danielle Bleitrach

Et comme il disait: « Les choses ne sont pas si douloureuses, ni difficiles d’elles-mêmes ; mais notre faiblesse et lâcheté les fait telles. Pour juger des choses grandes et hautes, il faut une âme de même, autrement nous leur attribuons le vice qui est le nôtre. Un aviron droit semble courbe en l’eau. Il n’importe pas seulement qu’on voie la chose, mais comment on la voit. »
( Montaigne Essais 1.14, p.123, Folio n°289)

 
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Publié par le avril 19, 2015 dans mon journal, Uncategorized

 

Devant l’ignominie il n’y a que le silence… se battre pour qui, pourquoi?

Cela va être mon anniversaire, cela me fait souvenir d’autres anniversaires plus douloureux et puis pourquoi le cacher je suis écœurée par les mœurs contemporaines, avant-hier j’ai été une fois de plus insultée gratuitement par un individu du nom de Nicolas Maury. Il est habituel de ces mœurs, j’ignore pourquoi peut être pour faire carrière auprès des dirigeants du PCF. Il m’a déjà accablée de tous les noms comme en témoigne le net, il recommence en me disant en toute simplicité que les communistes de sa génération sont obligés de réparer le mal qu’a fait la mienne… C’est le coup de pied de l’âne au lion devenu vieux, deux fois la mort quand l’insulte vient de si bas… Comment puis-je être le jouet de ça, pourquoi est-il là alors qu’un autre a disparu?…

Visiblement il ignore tout de moi puisqu’il me prend pour une ancienne permanente du PCF, son opinion est le produits de cancans… Alors que j’étais prof à l’Université et que je n’ai jamais rien accepté du PCF même pas les émoluments de conseillère régionale que je reversais au parti. Quant aux communistes de ma génération, je n’ai cessé d’en dénoncer les abandons et j’ai été et suis toujours interdite de L’Humanité pour cela… Les insultes, les calomnies ont commencé quand j’ai mis en cause la politique de Robert Hue… Ils se sont lâchés sur moi comme des chiens ceux qui aujourd’hui attribuent à Robert Hue leur malheur… Robert Hue est ce qu’il est mais il n’aurait pas pu détruire le parti sans la complicité de ceux qui aujourd’hui prétendent le sauver en continuant à accabler des gens comme moi… Rien n’a changé, et l’infaillibilité du dirigeant actuel sert à ne pas corriger ses erreurs.

Dans un tel contexte de cécité politique, de lâcheté et de suivisme, les choses se perpétuent et les jeunes gens sont déformés avant d’avoir mené le moindre combat. Certains de ma génération avaient pour exemple des héros auxquels ils voulaient ressembler… A cause de ces exemples, interdite, injuriée je suis envers et contre tous ces gens-là restée communiste et j’ai lutté contre mes ennemis de toujours pour défendre nos idéaux communs. J’ai tout sacrifié à mes convictions et je n’ai cessé de me battre pour rétablir les faits sur les combats des communistes comme je le fais aujourd’hui. Pour rien par gratitude pour les communistes et les soviétiques qui m’ont sauvé la vie enfant, parce que je crois toujours que ce sont les petits, les victimes, les humiliés qui feront le monde meilleur… J’ai été poursuivie par les ragots ignominieux des dirigeants, même la maladie de mon enfant, sa mort leur a servi de prétexte à détraction, « j’étais folle comme lui »…  Oui ils sont allés jusque là, …Mais je me suis dit comme Eluard, nous sommes les gens des temps obscurs…Il faut changer le monde et j’ai poursuivi le combat malgré eux… mais aujourd’hui je vois avec quelqu’un comme Nicolas Maury qu’ils se perpétuent, s’améliorent dans leur capacité destructrice…

quand je vois aujourd’hui ce paltoquet s’acharner sur quelqu’un comme moi, sans que personne ne songe à le remettre en place alors qu’il prétend à une position de cadre dans la fédération du Rhône et qu’il m’interpelle non en son nom mais en celui d’un collectif…  je me dis : mais à quoi tout cela sert-il pourquoi et pour qui je lutte, cela devient du pur masochisme. Il n’en vaut pas la peine, c’est vrai mais c’est bien là le pire, voir ce que sont devenus les communistes… malheureusement le diagnostic que je fais aujourd’hui sur les communistes de cette espèce est sévère, au lieu de combattre ensemble les adversaires, ils sont la proie de concurrences misérables, leur ego prend le pas sur tout, ils se divisent en sectes se combattant les uns et les autres… Ils sont devenus des dames de bonnes œuvres, prônant de plus en plus la tolérance, l’humain d’abord pour être de plus en plus incapables de respect et de vérité, plus hypocrites, à la manière dont Marx dit que le Capital c’est à la fois celui qui transforme les hommes en marchandise comme Ricardo et en idées comme Hegel. La dame patronnesse, le missionnaire va avec l’exploitation et son acceptation. On fait les banlieues en ne posant jamais la question de classe mais en cherchant des clients raciaux… On a perdu la base de classe alors on donne dans les grands sentiments. Et on attaque une combattante comme moi en ignorant tout d’elle et des autres, elle est une marchandise usée, pourquoi est-ce qu’elle ne crève pas? Je ne suis pas la seule, malheureusement nous sommes des centaines, voire des milliers à subir de tels traitements iniques, l’arbitraire des minables qui dénoncent les « staliniens » en reproduisant le modèle dans ce qu’il a de pire et en ignorant le sacrifice.

M’abattre pour ce jeune opportuniste est devenu plus important que la cause qu’il prétend défendre, les communistes que j’ai connus étaient exactement le contraire, ils étaient prêts à tout sacrifier à la cause commune et la fraternité naissait de ce but commun. C’est fini le temps en France, l’époque comme me disait mon enfant: « dis maman comment c’était l’époque?  celle où son père partait à Dachau dans le train de la soif, celle où sa mère adhérait parce qu’elle avait vu sur Match des communistes pendus à des crocs de boucher, où la veuve de Lumumba pleurant le crime… Aujourd’hui,. le principal ennemi n’est plus l’adversaire de classe, mais le concurrent dans la lutte des places, la tendance a gagné tous les partis y compris celui qui jadis était révolutionnaire Celui qui fut celui des héros et des poètes, le réalisme associé au romantisme de l’épopée… .il fut au point que  Maury et ses pareils n’existent plus que parce que nous avons été …  Ils mourront sans avoir mené d’autres combats que celui contre une vieille femme en se parant  de la feuille de vigne de « l’humain d’abord » pour masquer leur absence de perspective et leurs mœurs de spadassins … Le capital et ses valeurs lui  sont devenus irrésistibles: l’être humain est une marchandise, s’il est vieux, malade, obsolescent, pas « vendable » quoi il doit être rejeté et le seul argument que l’on ait contre lui est son côté démodé… on invente le passé, on révise, négationne à tour de bras en croyant exister… Mais on meurt d’inhumanité imbécile… le capital et ses concurrences liberticides règne en maître dans les esprits quand ils ont cette fragile veulerie.

Danielle Bleitrach

PS. Il y a aussi les mœurs du web dans la « modernité », … Personne n’est capable à commencer par les directions qui se gorgent d’âneries comme « l’humain d’abord » de garder à la politique les limites de la décence…Personnellement j’en ai assez tant que les directions ne feront pas amende honorable en ce qui me concerne y compris celle du Rhône, je tire ma révérence trop c’est trop. … piètre victoire, Aragon me disait jadis : pour des gens comme vous et moi ce parti devient parfois un mauvais lieu, un coupe gorge… que les voyous restent entre eux puisqu’ils sont impunis…

 
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Publié par le avril 16, 2015 dans Uncategorized

 
 
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