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La stratégie d’Erdogan est un désastre. Le cauchemar turc en Syrie est en train de devenir réalité…

« Si les rebelles perdent Alep, toute la frontière entre la Turquie et la Syrie tombera sous le contrôle d’Assad et des kurdes »

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La chute d’Alep (Syrie), un point stratégique que les forces  insurgées contrôlent encore, sera un coup dur contre les politiques du président turc,  Recep Tayyip Erdogan, qui a appuyé les rebelles qui veulent la chute du Gouvernement syrien, comme assure la directrice du Centre d’Études de la Turquie de l’Institut du Proche Orient, Gönül Tol.

Dans un article publié par CNN, cette analyste assure que « le cauchemar de la Turquie devient  une réalité », puisque « la bataille d’Alep non  seulement expédie des milliers de personnes désespérées vers son pays, mais la chute de cette enclave serait un coup dur pour la politique d’Ankara en Syrie ».

Selon Gönüll Tol, les forces du Gouvernement syrien, appuyées par la force aérienne de la Russie, ont coupé la route connue comme « le corridor  d’Azaz »,  « la dernière des routes principales d’approvisionnement des rebelles dans Alep » qui les relie avec la Turquie.

 

¿Qué pasaría si los saudíes desplegaran sus fuerzas en Siria?

Sans cette voie de communication c’est la fin, « les rebelles pourraient perdre Alep et toute la frontière entre la Turquie et la Syrie pourrait rester sous le contrôle des forces qu’Ankara déteste : le régime de Bashar al Assad appuyé par la Russie et les Kurdes », assure cette spécialiste du Proche Orient.

« Jusqu’à présent, la Turquie s’était refusée à réviser sa ligne d’action sur la Syrie, mais l’actuelle situation n’offre pas probablement d’autres options. La bataille pour Alep suggère que ce revirement n’est pas très loin », ajoute Tol.

La participation de la Russie au conflit syrien a changé « d’une manière radicale » le cours de la guerre pour la Turquie qui, avec les États-Unis, planifiait  de créer un espace d’exclusion aérienne le long de sa frontière avec la Syrie. Ankara espérait que cette ‘ zone sûre ‘ arrêterait l’avancée des kurdes jusqu’au nord et l’opposition dénommée syrienne prendrait le contrôle total d’Alep, elle fortifierait sa position et affaiblirait le pouvoir d’Assad, écrit.l’auteur.

Cependant, après que la Turquie ait abattu le bombardier russe Su-24 et que la Russie ait déployé le système de missiles antiaériens S-400 en Syrie, l’établissement de la zone d’exclusion aérienne  » est devenu impossible », souligne Gönül Tol.

De plus, dans un geste qui a détérioré les relations entre Ankara et Washington, les États-Unis ont réaffirmé leur soutien explicite aux opposants kurdes de la Turquie, qui ont obtenu des succès significatifs dans la lutte contre l’organisation terroriste l’État Islamique, a conclu  l’analyste.

 

 
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Publié par le février 12, 2016 dans Uncategorized

 

Ondes gravitationnelles : Einstein avait raison, on vit bien dans du mou de veau

 Les athées triomphent non sans raison, quand on est confronté à de tels phénomènes toutes les mythologies sur les monomanies d’un dieu occupé à punir ou récompenser sa malheureuse créature, paraissent hors de propos comme d’ailleurs la survie au corps. Pourtant il reste ce qui caractérise justement la vision d’Einstein, ce qui lui permet de penser l’univers, à savoir la connaissance humaine de son principe actif et qui faisait dire à Spinoza que la connaissance était la seule prière. Comme le disait Einstein, il ne peut pas y avoir de hasard, dieu ne joue pas aux dés. Mais dieu n’est rien d’autre que sa propre loi, ce qui dépasse le bon vieux problème de déterminisme ou liberté, la seule liberté de l’être humain est dans la connaissance de cette loi que l’auteur de l’article appelle ironiquement du « mou de veau », alors qu’il s’agit de phénomènes sublimes tant sur le plan plastique que sur le son,. Et pour le faire percevoir écoutez cette conférence d’Aurélien Barreau

(danielle Bleitrach)

Albert Einstein l’avait théorisé, des équipes internationales de chercheurs viennent de le confirmer à Washington, cent ans après : les ondes gravitationnelles, ces vibrations de l’espace-temps, ont été détectées.

Oublions ces histoires de tissu élastique ou de surface de lac représentant l’espace-temps. Ce sont des menteries à deux dimensions. En réalité, nous naissons, vivons et mourrons tous dans du mou de veau. Nous, les coccinelles, les pièces de deux euros et les étoiles. Tous englués dans la même gelée élastique que nous faisons tressauter, plus ou moins fort, selon nos masses respectives. Soyons clairs, nous ne pesons pas lourd dans le mou de veau. Même notre Soleil est un poids plume. Et quand meurt une coccinelle, un homme, une pièce de deux euros ou un soleil comme le nôtre, il ne se passe pas grand-chose. Mais lorsqu’une étoile résiduelle de plus de 3,3 masses solaires s’effondre sur elle-même faute de carburant, elle finit en trou noir, ce qui, convenons-en, remue bien davantage le mou de veau que le décès d’un être cher. Et si deux trous noirs commencent à danser la gigue dans la gelée, alors les ondes vibratoires qu’ils envoient autour d’eux, partout dans l’univers, déforment considérablement l’espace-temps. Le mou gigote.

« On devrait pouvoir capter ces ondes gravitationnelles, mais ça sera coton », a dit, en langage soutenu, Albert Einstein, voilà un siècle, une année après avoir pondu la Théorie de la relativité générale qui changea pour toujours l’idée que l’on se faisait de l’espace. Avant Einstein, l’espace, c’est-à-dire le vide qui reste quand on enlève toute la matière, était considéré comme une structure rigide. Avec Einstein, l’espace devient cette gelée dont la structure élastique peut être déformée par la matière.

Eh bien cher Albert, c’est fait ! Une fois de plus ta théorie géniale est confirmée. L’interféromètre LIGO (Laser Interferometer Gravitational-Wave Observatory) installé aux Etats-Unis sur deux sites situés à 3000 kilomètres de distance, l’un en Louisiane, l’autre dans l’Etat de Washington, a observé le 14 septembre dernier à 11h51 la danse de deux trous noirs, de respectivement 29 et 36 masses solaires, situés à 1,3 milliard d’années-lumière, et qui ont fini par fusionner. Les deux colosses se sont rentrés dans le lard à deux tiers de la vitesse de la lumière. C’était la première fois qu’on observait un tel cataclysme stellaire. Le monstre résultant de la fusion ne « pèse » que 62 fois la masse du Soleil. Les trois masses manquantes ont été transformées en énergie (selon la loi d’Einstein, toujours lui, E = mc2). L’énergie des ondes gravitationnelles, selon les équipes européenne et américaine de Virgo et LIGO qui ont analysé les données.

Le détecteur LIGO est constitué de deux tunnels de quatre kilomètres de long dans lesquels circulent des faisceaux lasers synchronisés. Si rien ne vient perturber leur cheminement, ils restent en phase. Si une onde gravitationnelle vient déformer la Terre, un bras peut s’allonger, l’autre rétrécir et les deux lasers ne sont plus synchronisés. C’est cette déformation minuscule qu’ont captée les chercheurs. Car les ondes gravitationnelles envoyées par la danse des deux trous noirs ont une amplitude extrêmement faible. Sur un bras de quatre kilomètres, la déformation mesure quelques fractions de millionième de milliardième de millimètres.

Cette découverte majeure vaut celle du boson de Higgs en physique des particules. Elle vaudra peut-être aussi à ses auteurs le prix Nobel de physique à l’automne. Elle établit (une fois de plus) qu’Einstein a été le plus grand génie scientifique de tous les temps. Elle ouvre aussi la voie à un nouveau type d’astronomie dédiée à ces machins étranges inobservables en lumière visible, comme l’effondrement gravitationnel d’une étoile massive ou la danse des trous noirs. Accessoirement, elle confirme que l’homme, la coccinelle, la pièce de deux euros et le soleil naissent, vivent et meurent dans du mou de veau.

 
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Publié par le février 12, 2016 dans Uncategorized

 

Edgar Morin : « Le temps est venu de changer de civilisation »

 s’il y a une chose dont je suis également persuadée c’est que nous sommes dans un phénomène de longue durée, comparable à la chute de l’empire romain (qui a tout de même duré 1000 ans) et qui a commencé avec la première guerre mondiale et que Lénine a décrit comme « l’impérialisme stade suprême du capitalisme » avec des moments de desserrement de la violence de cette crise correspondant aux luttes et aux victoires temporaires du « prolétariat » sur le capital et à nouveau la violence imposée qui accélère la chute, etc…Le dépérissement de la classe capitaliste qui meurt comme elle est née, « comme une truie dans le sang »… (note de danielle Bleitrach)

Par Denis Lafay  |  11/02/2016, 8:00  |  8780  mots
Le sociologue et philosophe Edgar Morin ausculte, du haut de ses 94 ans, l’état du monde et celui de la France.

Le sociologue et philosophe Edgar Morin ausculte, du haut de ses 94 ans, l’état du monde et celui de la France. (Crédits : Hamilton/Rea)
Dans un entretien exceptionnel, le sociologue et philosophe Edgar Morin ausculte, du haut de ses 94 ans, l’état du monde et celui de la France. Economie, Front national, islam, fanatisme, immigration, mondialisation, Europe, démocratie, environnement : ces enjeux trouvent leur issue dans l’acceptation du principe, aujourd’hui rejeté, de « complexité ». Complexité pour décloisonner les consciences, conjurer les peurs, confronter les idéaux, hybrider les imaginations, et ainsi « réenchanter l’espérance » cultivée dans la fraternité, la solidarité et l’exaucement de sens. « Le seul véritable antidote à la tentation barbare a pour nom humanisme », considère-t-il à l’aune des événements, spectaculaires ou souterrains, qui ensanglantent la planète, endeuillent la France, disloquent l’humanité. « Il est l’heure de changer de civilisation. » Et de modeler la « Terre patrie. »

Acteurs de l’économie – La Tribune. Attentats à Paris, état d’urgence, rayonnement du Front National, vague massive de migration, situation économique et sociale déliquescente symbolisée par un taux de chômage inédit (10,2 % de la population) : la France traverse une époque particulièrement inquiétante. La juxtaposition de ces événements révèle des racines et des manifestations communes. Qu’apprend-elle sur l’état de la société ?

Edgar Morin. Cette situation résulte d’une conjonction de facteurs extérieurs et intérieurs, à l’image de ceux, tour à tour favorables et hostiles, qui circonscrivent l’état de la France, bien sûr inséparable de celui de la mondialisation. Car c’est l’humanité même qui traverse une « crise planétaire ». Et la France subit une crise multiforme de civilisation, de société, d’économie qui a pour manifestation première un dépérissement lui aussi pluriel : social, industriel, géographique, des territoires, et humain.

La planète est soumise à des processus antagoniques de désintégration et d’intégration. En effet, toute l’espèce humaine est réunie sous une « communauté de destin », puisqu’elle partage les mêmes périls écologiques ou économiques, les mêmes dangers provoqués par le fanatisme religieux ou l’arme nucléaire. Cette réalité devrait générer une prise de conscience collective et donc souder, solidariser, hybrider. Or l’inverse domine : on se recroqueville, on se dissocie, le morcellement s’impose au décloisonnement, on s’abrite derrière une identité spécifique – nationale et/ou religieuse. La peur de l’étranger s’impose à l’accueil de l’étranger, l’étranger considéré ici dans ses acceptions les plus larges : il porte le visage de l’immigré, du rom, du maghrébin, du musulman, du réfugié irakien mais aussi englobe tout ce qui donne l’impression, fondée ou fantasmée, de porter atteinte à l’indépendance et à la souveraineté économiques, culturelles ou civilisationnelles. Voilà ce qui « fait » crise planétaire, et même angoisse planétaire puisque cette crise est assortie d’une absence d’espérance dans le futur.

Au début des années 1980, le monde occidental se croyait solidement debout dans la prolongation des mythiques « Trente Glorieuses » et solidement convaincu de bâtir une société ascendante ; de leur côté, l’Union soviétique et la Chine annonçaient un horizon radieux. Bref, chacun ou presque pouvait avoir foi dans l’avenir. Cette foi a volé en éclats, y compris dans les pays dits du « tiers monde », et a laissé place à l’incertitude, à la peur, et à la désespérance.

Comment qualifiez-vous ce moment de l’histoire, dans l’histoire que vous avez traversée ?

Cette absence d’espérance et de perspective, cette difficulté de nourrir foi dans l’avenir, sont récentes. Même durant la Seconde Guerre mondiale, sous l’occupation et sous le joug de la terreur nazie, nous demeurions portés par une immense espérance. Nous tous – et pas seulement les communistes dans le prisme d’une « merveilleuse » Union soviétique appelée à unir le peuple – étions persuadés qu’un monde nouveau, qu’une société meilleure allaient émerger. L’horreur était le quotidien, mais l’espoir dominait imperturbablement ; et cette situation a priori paradoxale caractérisait auparavant chaque époque tragique. Soixante-dix ans plus tard, l’avenir est devenu incertain, angoissant.

Horreur – espoir, paix – repli : ce qui, dans l’histoire contemporaine, distingue les ferments de ces deux situations, c’est l’irruption du fait religieux, et particulièrement d’un islamisme qui ébranle bien au-delà des frontières des pays musulmans…

Les reflux nationaux-religieux ont pour premier point de cristallisation la révolution iranienne de 1979, et l’instauration, inédite, d’une autorité politique religieuse et radicale. Elle intervient après plusieurs décennies de profonds bouleversements dans le monde musulman : à la colonisation ottomane pendant des siècles succède la colonisation occidentale à laquelle succède une décolonisation souvent violente à laquelle succède l’instauration de dictatures à laquelle succède le souffle d’espérance du Printemps arabe auquel succède l’irruption de forces contraires et souvent donc la désillusion, auxquelles à ce jour ont succédé le chaos géopolitique et la propagation de l’idéologie barbare de Daech…

Tout retour à la religion n’est bien sûr pas synonyme de fracas, et souvent se fait de manière pacifiée. Mais on ne peut pas omettre la réalité des autres formes, agressives et violentes, qui ont germé dans le bouillon de culture afghan et ont prospéré dans un terreau où toutes les parties prenantes ont leur part de responsabilité ; la seconde guerre en Irak, l’intervention en Libye, l’inaction en Syrie, le bourbier israélo-palestinien mais aussi, sous le diktat américain, la propagation d’une vision manichéenne du monde opposant empires du bien et du mal, ont participé à la fracturation du monde musulman et à la radicalisation de certaines de ses franges. Le comportement des grandes nations du monde a contribué activement à « l’émergence » d’Al Qaeda hier et de l’État islamique aujourd’hui, à faire de la Syrie un terrain de guerres, d’alliances de circonstances, de coalitions invraisemblables, d’intérêts contraires, d’exactions, et de prolifération islamiste inextricable. Ce brasier dissémine ses flammèches bien au-delà de ses frontières, et ses répercussions ne se limitent pas à la rupture diplomatique entre l’Arabie Saoudite et l’Iran ou à la flambée du schisme entre chiites et sunnites.

Cette absence d’espérance individuelle et collective dans l’avenir a-t-elle pour germe, dans le monde occidental, l’endoctrinement marchand, capitaliste, consumériste et ultra technologique ?

Deux types de barbarie coexistent et parfois se combattent. Le premier est cette barbarie de masse aujourd’hui de Daech, hier du nazisme, du stalinisme ou du maoïsme. Cette barbarie, récurrente dans l’histoire, renaît à chaque conflit, et chaque conflit la fait renaître. On s’en offusque en 2016 en découvrant les images ou les témoignages dans l’État islamique, mais les millions de morts des camps nazis, des goulags soviétiques, de la révolution culturelle chinoise comme du génocide perpétré par les Khmers rouges rappellent, s’il en était besoin, que l’abomination barbare n’est pas propre au XXIe siècle ni à l’Islam ! Ce qui distingue la première des quatre autres qui l’ont précédée dans l’histoire, c’est simplement la racine du fanatisme religieux.

Le second type de barbarie, de plus en plus hégémonique dans la civilisation contemporaine, est celui du calcul et du chiffre. Non seulement tout est calcul et chiffre (profit, bénéfices, PIB, croissance, chômage, sondages…), non seulement même les volets humains de la société sont calcul et chiffre, mais désormais tout ce qui est économie est circonscrit au calcul et au chiffre. Au point que tous les maux de la société semblent avoir pour origine l’économique, comme c’est la conviction du ministre de l’Économie Emmanuel Macron. Cette vision unilatérale et réductrice favorise la tyrannie du profit, de la spéculation internationale, de la concurrence sauvage. Au nom de la compétitivité, tous les coups sont permis et même encouragés ou exigés, jusqu’à instaurer des organisations du travail déshumanisantes comme en atteste le phénomène exponentiel de burn out. Déshumanisantes mais aussi contre efficientes à l’heure où la rentabilité des entreprises est davantage conditionnée à la qualité de l’immatériel (coopération, prise d’initiatives, sens de la responsabilité, créativité, hybridation des services et des métiers, intégration, management etc.) qu’à la quantité du matériel (ratios financiers, fonds propres, cours de bourse, etc.). Ainsi la compétitivité est sa propre ennemie. Cette situation est liée au refus d’aborder les réalités du monde, de la société, et de l’individu dans leur complexité.

Emmanuel Macron en juillet 2015 French Tech

« Tous les maux de la société semblent avoir pour origine l’économique, comme c’est la conviction du ministre de l’Économie Emmanuel Macron. Cette vision unilatérale et réductrice favorise la tyrannie du profit, de la spéculation internationale, de la concurrence sauvage. »

Une grande part de votre travail de sociologue et de philosophe a justement porté sur l’exploration de la complexité, sur l’imbrication des différents domaines de la pensée complexe mise en lumière dans votre « œuvre » référence, La Méthode. Le terme de complexité est considéré dans son assertion « complexus », qui signifie « ce qui est tissé ensemble » dans un entrelacement transdisciplinaire. À quels ressorts attribuez-vous ce rejet, contemporain, de ce qui est et fait complexité ?

La connaissance est aveugle quand elle est réduite à sa seule dimension quantitative, et quand l’économie comme l’entreprise sont envisagées dans une appréhension compartimentée. Or les cloisonnements imperméables les uns aux autres se sont imposés. La logique dominante étant utilitariste et court-termiste, on ne se ressource plus dans l’exploration de domaines, d’activités, de spécialités, de manières de penser autres que les siens, parce qu’a priori ils ne servent pas directement et immédiatement l’accomplissement de nos tâches alors qu’ils pourraient l’enrichir.

La culture n’est pas un luxe, elle nous permet de contextualiser au-delà du sillon qui devient ornière. L’obligation d’être ultraperformant techniquement dans sa discipline a pour effet le repli sur cette discipline, la paupérisation des connaissances, et une inculture grandissante. On croit que la seule connaissance « valable » est celle de sa discipline, on pense que la notion de complexité, synonyme d’interactions et de rétroactions, n’est que bavardage. Faut-il s’étonner alors de la situation humaine et civilisationnelle de la planète ? Refuser les lucidités de la complexité, c’est s’exposer à la cécité face à la réalité. Ce qui précéda et favorisa la Seconde Guerre mondiale n’était-il pas une succession d’aveuglements somnambuliques ? Et au nom de quoi faudrait-il penser qu’en 2016 les décideurs politiques sont pourvus de pouvoirs extralucides et protégés de ces mêmes aveuglements ?

La barbarie prospère quand la mémoire de la barbarie s’efface. Or en occident, l’empreinte de l’indicible le plus indicible : la Shoah, qui dans les consciences constitua une digue, même poreuse, à la reproduction de la barbarie, s’estompe au fur et à mesure que les témoins disparaissent. Redoutez-vous les conséquences de cette évaporation « physique » de l’histoire ? L’Homme est-il victime d’une confiance disproportionnée en son humanité et en l’humanité collective à ne pas reproduire demain l’abomination d’hier ?

L’extermination des juifs dans les camps de concentration nazis n’a pas empêché une partie du monde juif en Israël de coloniser et de domestiquer la population palestinienne. Que leurs ascendants voire eux-mêmes aient subi les plus épouvantables atrocités pendant la Seconde Guerre mondiale a-t-il immunisé les agents du Mossad ou les officiers de l’armée israélienne à commander ou à perpétrer des atrocités ? Non. Qu’on fait les communistes lorsqu’ils ont occupé l’Allemagne de l’est et libéré le camp de Buchenwald, dans lequel dès 1933 avaient été incarcérés et anéantis notamment des… communistes ? Ils y ont parqué les supposés ou avérés anti-communistes ! Et dès le 8 mai 1945, les Français, eux-mêmes victimes de la barbarie nazie, n’ont-ils pas conduit le massacre de Sétif, Guelma et Kherrata, au cours duquel plusieurs milliers d’anti-colonialistes et d’indépendantistes algériens furent exterminés ? Pourtant ces victimes avaient pour revendication strictement la même que celle des Français à l’égard du pouvoir allemand : liberté, paix et émancipation. « Dans l’opprimé d’hier il y a l’oppresseur de demain », considérait fort justement Victor Hugo.

La mémoire est, en réalité, toujours à sens unique et ne constitue nullement un rempart à la reproduction du mal. Le seul véritable antidote à la tentation barbare, qu’elle soit individuelle et collective, a pour nom humanisme. Ce principe fondamental doit être enraciné en soi, chevillé au fond de soi, car grâce à lui on reconnaît la qualité humaine chez autrui quel qu’il soit, on reconnaît tout autre comme être humain. Sans cette reconnaissance d’autrui chère à Hegel, sans ce sens de l’autre que Montaigne a si bien exprimé en affirmant « voir en tout homme un compatriote », nous sommes tous de potentiels barbares.

Netanyahu autorise les detentions administratives d'israeliens

« L’extermination des juifs dans les camps de concentration nazis n’a pas empêché une partie du monde juif en Israël de coloniser et de domestiquer la population palestinienne. » (Ici, Benjamin Netanyahu)

La France est en état d’urgence. Ce qui instille de lourdes interrogations sur l’articulation des libertés individuelles avec la nécessité de combattre le péril terroriste. Erri de Luca considère que « déléguer la sécurité à l’État, c’est réduire ses propres responsabilités ». Et le romancier italien d’inviter chacun à « s’emparer de la problématique, et pour cela d’être responsable de ce qui se passe à côté de lui. Lançons l’alerte au niveau zéro de la société, dans un mouvement populaire et de fraternité. » L’enjeu de la sécurité peut-il constituer une opportunité de démocratie et même de fraternité ?

Pour l’heure, absolument rien ne permet de croire en son exaucement. Les expériences passées apprennent beaucoup. Y compris lorsqu’elles ont pour théâtre d’autres pays. À ce titre, les lois « Prevent » déployées en Grande-Bretagne après les terribles attentats de 2005 à Londres ont-elles porté leurs fruits ? Elles poursuivaient un double dessein : d’une part favoriser l’intégration des musulmans, nombreux sur le territoire, en leur affectant notamment des lieux cultuels et culturels, d’autre part mieux repérer les extrémistes potentiellement promis à se radicaliser dans la peau de terroristes. C’est-à-dire qu’il s’agissait d’identifier plus facilement de possibles ennemis au sein d’une communauté qu’on cherchait à mieux intégrer… Cette stratégie schizophrénique était vouée à l’échec. Résultat, non seulement la sécurité n’y a pas gagné, mais en plus, le sentiment d’intégration des musulmans s’est détourné de sa cible originelle : la nation britannique, pour embrasser celle de l’islam.

L’histoire contemporaine des factions armées et terroristes – IRA en Grande-Bretagne, ETA en Espagne, Brigades rouges en Italie – qui ont perpétré des atrocités dans les démocraties, montre que la répression policière et les dispositifs législatifs contraignant les libertés ont leurs limites. Rien ne peut faire pare-feu infranchissable. À ce titre, penser que les actuelles mesures d’urgence en France accroissent la sécurité est un leurre ; elles diffusent au sein de la population un « sentiment psychologique » de sécurité, mais cette perception n’est pas synonyme de sécurité véritable. Et de plus, si elles tombent en de « mauvaises » mains, ces mesures peuvent être détournées de leur vocation, autoriser le pire arbitraire et se retourner drastiquement contre l’intérêt même de la nation. Les imagine-t-on dans le cadre d’une victoire du FN au scrutin présidentiel ?

Tout comme l’humanisme forme la plus efficace des murailles contre la barbarie, cultiver fraternité et unité au sein de la population certes ne permet pas de repérer les terroristes mais tonifie le principe d’identité partagée, consolide la vitalité démocratique, et donc peut participer à dissuader les radicaux de franchir le pas vers le terrorisme.

L’intégration de « l’extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés en France » au projet de loi constitutionnelle forme une importante fracture dans le substrat idéologique de la gauche française, et cristallise une opportunité supplémentaire de rupture. Cette dramaturgie est-elle fondée ? Le Chef de l’État et son Premier ministre renient-ils les « valeurs » de gauche ou les adaptent-ils aux singulières injonctions du contexte terroriste ?

La « valeur » de cette déchéance de nationalité est purement symbolique, nullement concrète. Et sa portée mythologique est infructueuse. Faire croire que déchoir de la nationalité française des kamikazes déterminés à mourir au nom du djihad va les dissuader de passer à l’acte est un non sens. Cette proposition administrative et juridique a pour seule véritable vocation de constituer une excommunication, elle est à ce titre une sorte d’équivalent laïc de l’excommunication dans la religion catholique ou du Herem dans le judaïsme. « Être déchu » signifie que l’on n’est plus rien, que l’on n’existe plus aux yeux de sa nation, et je peux comprendre ceux qui l’associent à une offense aux valeurs de la République. La dimension symbolique, forte, n’est pas sans rappeler, par ailleurs, de sombres souvenirs. Du régime nazi aux services de Mussolini en passant par le gouvernement de Vichy, les procédures de déchéance furent pléthoriques, et elles demeurent l’apanage des régimes politiques autoritaires.

Dans leur ouvrage Jésus selon Mahomet (Seuil), Gérard Mordillat et Jérôme Prieur évoquent la difficulté de décortiquer les énigmes du Coran, d’interpréter les textes à l’aune des critères occidentaux de compréhension. Comme s’y emploient les courants salafistes et wahhabites, le Coran s’expose à des considérations incompatibles avec la République, et même, comme l’a démontré la folie des terroristes, totalement hostiles lorsqu’il devient levier d’endoctrinement et de désagrégation de « l’être sujet de la société ». La communauté musulmane a manifesté avec force son rejet de l’horreur des attentats du 13 novembre, mais la même s’était montrée sensiblement plus discrète au moment de condamner l’assassinat des dessinateurs de Charlie Hebdo. Pourtant, sur l’échelle des valeurs de la République, il ne doit pas exister d’approche différenciante des deux événements. L’islam, notamment au sein d’une jeunesse qui y trouve un substitut à son malaise social et citoyen, est-il bien naturellement soluble dans la nation, la laïcité et la démocratie françaises ?

L’histoire apporte la meilleure réponse. Pendant des siècles et dans toute l’Europe, qu’a donc démontré l’Église catholique ? Son incompatibilité avec la démocratie française et la laïcité. Il faudra attendre le début du XXe siècle, c’est-à-dire « hier » sur l’échelle du christianisme, pour qu’Église, démocratie et laïcité commencent de coexister, à l’issue d’une succession séculaire de luttes armées, philosophiques, politiques, artistiques ou sociales qui ont fait progresser les esprits. Renaissance, Lumières, romantisme… toutes ces étapes furent nécessaires pour que le pouvoir de l’Église quitte le périmètre politique et se concentre sur la sphère privée, dite « des âmes ». Et c’est seulement une fois que l’écueil monarchique fut définitivement écarté que l’Église catholique devint entièrement soluble dans la démocratie. Alors pourquoi doit-on exiger de l’islam d’accomplir en quelques années voire instantanément la même trajectoire que l’Église mit des siècles à réaliser ?

D’autre part, l’occident chrétien est légitimement effondré devant la destruction des Bouddhas de Bamiyan en Afghanistan ou des vestiges de Palmyre en Syrie, il est légitimement opposé à la stratégie armée de conquête de territoires et légitimement écoeuré par les massacres perpétrés par  les islamistes ; mais a-t-on oublié la manière dont, au cours des siècles, les chrétiens persécutèrent les païens, brulèrent leurs représentations artistiques, portèrent les sanglantes croisades, évangélisèrent les terres musulmanes ? L’inquisition fut-elle un modèle d’humanité ?

Certes, tout comme dans la Bible, le Coran recèle des textes d’une infinie beauté mais parfois aussi d’une grande violence, notamment à l’endroit de l’infidèle et de l’impie. Mais l’islam est en premier lieu une religion judéo-chrétienne, proche davantage du judaïsme que de la chrétienté – ses interdits et ceux du judaïsme sont très proches -, et qui partage un même socle avec les deux autres religions monothéistes ; Abraham, Moïse, Jésus sont communs aux textes, et seul le prophète Mahomet singularise véritablement le Coran. Un minaret ne ressemble-t-il pas à un clocher ? Bref, le tronc commun aux trois grandes religions est substantiel. Et l’enjeu prioritaire pour lever les derniers écueils à la totale « solubilité » de l’islam dans la démocratie et la République françaises, c’est d’enseigner la nature judéo-chrétienne de l’islam. Voilà un devoir pédagogique fondamental.

Comment tout Homme croyant doit-il hiérarchiser ses attributs dès lors qu’il doit être admis que les règles publiques de la République qui font commun et société s’imposent à celles, privées, de la foi, c’est-à-dire à l’expression de la conscience spirituelle ? À quelles conditions, finalement, « identité musulmane » et « identité française » sont-elles compatibles ?

Le « décrié » Tariq Ramadan – avec qui Edgar Morin a publié Au péril des idées, Presses du Chatelet, NDLR – y est lui-même favorable : il est l’heure d’organiser et de promouvoir un islam occidental européen, qui sera le théâtre de reconnaissances fondamentales. Reconnaissance du statut des femmes, de l’égalité hommes-femmes, des lois de la République, du monopole de l’État dans l’éducation publique – cohabitant avec des systèmes d’éducation privée -, des non croyants et libres penseurs, des mariages mixtes… L’ensemble de ces leviers est déterminant pour amener chaque musulman à adopter les règles de la République et à prendre conscience qu’elles ne constituent aucunement une entrave à l’exercice de sa foi.

La France est un pays multi-ethnique et multi-religieux. La religion juive – aujourd’hui encore interprétée par les ultra-orthodoxes en Israël dans une radicalité qui juge la seule fréquentation d’un goy impure et immonde – s’est convertie avec succès aux lois de la République. Absolument rien ne permet de considérer que l’islam ne peut pas y parvenir. Encore faut-il s’extraire d’un tourbillon qui entremêle rejets et stigmatisations réciproques, et d’un cercle vicieux par la faute duquel les phobies (islamophobie, occidentalophobie, judéophobie) se nourrissent, s’entretiennent, s’exacerbent mutuellement. Elles composent un seul et même poison qui intoxique toute la nation.

Autre poison : le Front National. 6 800 000 électeurs lors du dernier scrutin régional, des cadres désormais de bon niveau, des diagnostics qui peuvent sonner juste au-delà des cercles habituels, une crise familiale interne finalement maîtrisée, un éventail de motivations parmi les électeurs qui a dépassé celui, historique, de la seule xénophobie. Chômage, déracinement, dilution des repères, déshérence sociale, offre éducationnelle déliquescente, inégalités croissantes, discrédit des « élites », cités gangrénées par l’insécurité : une partie de ces électeurs fonde son vote sur des considérations davantage économiques, financières, sociales que « seulement » ethniques. Le front républicain, artificiel, face à un FN dédiabolisé, a semblé vivre ses ultimes heures ; de moins en moins audible au sein des partis traditionnels et chez les électeurs, il constitue même un crédit supplémentaire à la stratégie victimaire et complotiste du FN. Enfin, les scores records qu’il a enregistrés lors des Régionales dans les communes qu’il administre depuis 2014 (53,73 % au Pontet, 48,01 % à Béziers, 53,27 % à Fréjus), confèrent au FN d’être bel et bien l’un des composants d’un paysage politique désormais tripolaire. L’enracinement est idéologique, géographique, politique. Quel diagnostic sur l’état même de la France cette réalité produit-elle ?

La popularité du Front National cristallise une double régression : celle de la France républicaine, et celle du peuple de gauche. La France républicaine avait vaincu en 1900 la France aristocratique et monarchique, mais le gouvernement de Vichy montra que cette France républicaine post-Dreyfus n’avait que partiellement jugulé l’autre France. Lorsque j’étais enfant ou adolescent, l’ennemi n’était pas l’arabe mais bien le juif, et cela même les grands hebdomadaires nationaux s’en faisaient les porte-paroles, colportant les pires calomnies. Cette deuxième France xénophobe a toujours existé, mais compromise par la collaboration elle s’est recroquevillée. Nous assistons au lent et méthodique retour d’un Vichysme rampant qui n’a pas besoin d’occupation allemande pour innerver les consciences. Le dépérissement du peuple républicain et du peuple de gauche en même temps que les angoisses du présent expliquent cette résurgence.

Et cette cause a pour origine la disparition progressive des structures qui maillaient le territoire, couvraient les différentes populations, et diffusaient l’esprit et les règles de la République, les principes de la démocratie et de la laïcité, les valeurs de liberté, d’égalité, d’humanisme, de fraternité : les instituteurs dans un monde rural longtemps majoritaire, les enseignants dans le secondaire, les cellules locales des partis socialiste et communiste dans leurs écoles de cadres et dans les syndicats. Cette structuration des valeurs républicaines – qui, par capillarité, assurait sa perpétuelle régénérescence -, s’est lézardée puis s’est effondrée. Résultat, dans une nation dépourvue d’idéaux et d’espérance, cette seconde France de la xénophobie, du repli, de la peur, redevient majoritaire. Pire, elle parvient à contaminer ceux-là mêmes qui, il y a encore peu, portaient un intérêt empathique au monde.

Trois francais sur dix se disent prets a voter pour marine le pen a la presidentielle

« Marine Le Pen serait-elle une présidente « simplement » autoritaire ou fascisante ? Ce qu’elle est réellement, nous ne le saurons que si elle est élue. Mais il sera peut-être trop tard. »

Qu’il soit autorisé au sein de la République suffit-il à qualifier le Front National de parti républicain ?

Le Front National clame haut et fort assumer la loi républicaine et la laïcité, et à ce titre est totalement éligible au rang de parti républicain. Reste un mystère : quelle Présidente de la République Marine Le Pen ferait-elle ? Autoritaire dans la lignée de la Hongrie de Victor Orban, déterminée à quitter le pluralisme démocratique et à adopter une organisation fascisante ? En d’autres termes, ce qui distingue la menace fondée de la menace improbable d’une victoire électorale constitue une énigme. Mais une énigme que sa popularité enracinée et la faiblesse des contrepoids idéologiques et démocratiques rendent extrêmement inquiétante. Nous saurons qui elle est si elle est élue, mais il sera peut-être trop tard.

Le vote Front National est la manifestation d’une exaspération multiforme, qui contamine jusqu’aux strates les plus éduquées de la société – près de 20 % des chefs d’entreprise l’ont rallié. Signifie-t-elle que la France est allée au bout de ce qu’elle peut proposer et accepter en matière d’assistance, d’accueil, et d’impôt – qui constitue le socle même de la société ? Trois contributeurs majeurs à « l’humanité » du « vivre ensemble »…

La psychose anti-migrants est ubuesque. Peu nombreux sont les fugitifs de Syrie ou d’Irak candidats à s’installer en France, et c’est traditionnellement dans les localités les moins exposées à l’immigration que sévissent les plus virulents sentiments xénophobes. Là encore ne succombons pas à la logique quantitative. La réussite de l’intégration n’est pas une question de chiffres mais de conditions d’accueil : contexte économique, dispositifs sociaux et éducationnels, « atmosphère » politique, prédispositions psychosociologiques de la population autochtone à plutôt s’ouvrir ou se fermer, etc. L’Allemagne, nonobstant les graves débordements sexistes, à ce jour encore non élucidés, du réveillon du jour de l’an à Cologne et dans quelques autres villes, pâtit-elle d’héberger un million et demi de réfugiés politiques ? Non, et cela parce que ses habitants comme sa classe politique font preuve d’ouverture.

Le système français de naturalisation, en vigueur depuis le début du XXe siècle, a bien fonctionné. Et l’histoire des vagues massives d’immigration livre deux enseignements universels : deux générations sont nécessaires avant une pleine intégration – même lorsque les immigrés sont de religion catholique, comme en témoignent les violences subies par les Italiens débarqués à Marseille dans les années 1900 -, et le test de ladite intégration est le mariage mixte. Alors certes ces règles s’appliquent plus difficilement avec les populations originaires du Maghreb. Cela tient au passé colonial, au passif de la guerre d’Algérie, au traitement équivoque des pays occidentaux à l’égard des régimes arabes ou du conflit israélo-palestinien, à certains particularismes religieux, au zèle de la police à l’endroit des jeunes contrôlés au faciès… Tout cela contribue à entretenir un climat de rejet, mais aussi de repli et de fermeture sur soi. Il en est pourtant qui en dépit de ces obstacles, percent le plafond et occupent des postes de haute responsabilité politique, artistique ou économique. Ils sont l’exemple qu’en dépit du grave dépérissement du socle républicain d’intégration et du délitement des creusets de liberté, d’égalité et de fraternité, l’intégration reste possible.

La retranscription des conversations du joueur de football Karim Benzema – dans l’affaire pénale l’opposant à son coéquipier Mathieu Valbuéna -, dont il était presque impossible de comprendre le sens et d’interpréter la signification, est symptomatique d’un mal profond, ainsi résumé par l’avocat pénaliste Eric Dupond-Moretti : la nation manque d’un langage commun et de codes de conduite communs. Dans ce domaine aussi, le système éducatif a-t-il gravement failli ? Est-il réactionnaire d’appeler dans le sillage d’Alain Finkielkraut à restaurer avec exigence des bases de vie commune : civisme, lecture, histoire, etc. ?

Le système éducatif est devenu tout à fait inadéquat, et cela pour l’ensemble des jeunes quels que soient leur origine ethnique, leur milieu social ou leur parcours de vie. Tout simplement parce qu’il ne traite pas des problèmes fondamentaux que chacun est appelé à affronter au cours de son existence. Enseigner à vivre – c’est aussi le titre d’un de ses ouvrages, paru chez Actes Sud en 2014, NDLR -, comme y exhortait Jean-Jacques Rousseau, c’est en effet explorer les voies de l’épanouissement, de l’autonomie intellectuelle, émotionnelle et décisionnelle, c’est apprendre à vivre solidairement, à faire face aux problèmes vitaux de l’erreur, de l’illusion, de la partialité, de l’incompréhension d’autrui et de soi-même, c’est apprendre à affronter les incertitudes du destin humain, à connaître les pièges de la connaissance, in fine à faire face aux problèmes du « vivre ». Tout cela à l’ère d’internet et dans une civilisation où nous sommes si souvent désarmés voire instrumentalisés.

Nombre de sujets absolument fondamentaux sont absents de l’enseignement. Par ailleurs, les manuels d’histoire doivent impérativement s’enrichir d’une information minutieuse sur une histoire de France qui dépeint les capétiens et au cours des siècles a intégré des peuples hétérogènes en les « provincialisant » et en les francisant. Insister sur la manière dont des nations, des peuples, des cultures, des langues, des religions a priori si éloignés les uns des autres se sont peu à peu agglomérés et composent aujourd’hui une nation polyculturelle est essentiel. La France n’est pas « que » empire conquérant et colonisateur ; elle est surtout elle-même le fruit d’une mosaïque de cultures, et ce qui était « valable » avec l’hybridation avant-hier des peuples breton, basque, alsacien, hier des Italiens, Polonais ou Portugais, l’est pleinement aujourd’hui avec les Marocains, Algériens, Cambodgiens ou Turcs.

Enfin, et tout aussi capitaux doivent être d’une part la réhabilitation de la culture des humanités, menacée par la culture techno-économique, d’autre part son décloisonnement et son maillage avec la culture scientifique. Faire se confronter, dialoguer, construire ensemble et de manière transdisciplinaire ces différentes expressions de la connaissance est fondamental, y compris pour favoriser, là encore, la culture de l’ouverture au détriment de celle, grandissante, de la fermeture. Ce qui signifie aussi que toutes les formes de la culture doivent être promues. Les disciplines classiques ne doivent pas obstruer celles modernes et contemporaines. Mon attachement viscéral à l’œuvre de Montaigne, Pascal, Rousseau ou Dostoïevski ne m’empêche pas d’être émerveillé par celle de Fritz Lang ou d’Akira Kurosawa. Les vertus de la complexité, c’est, dans ce domaine aussi, embrasser plutôt qu’élaguer, c’est mettre en perspective plutôt que compartimenter.

Edgar Morin

« Le succès du Front National cristallise la popularité grandissante d’une deuxième France xénophobe qui a toujours existé ». (Hamilton / REA)

Le Front National a « capturé » et dévoyé une valeur clé de la nation – abandonnée par la gauche en dépit des tentatives d’Arnaud Montebourg dans le champ économique – : le patriotisme. Patriotisme dont se sent exclue une frange de la population qui n’a pas d’histoire commune avec la France et donc peut difficilement envisager avec elle un avenir commun. La célèbre image des drapeaux algériens brandis par de jeunes Français dans les travées du Stade de France a fait mal. Comment réveiller le sentiment (com)patriote sans qu’il dérape dans les travers nationalistes ?

Jean Jaurès conciliait patriotisme et internationalisme. Aujourd’hui il faut associer ces deux termes qui sont antagonistes pour la pensée non complexe : patriotisme et cosmopolitisme signifiant « citoyen du monde ». La communauté de destin pour tous les humains, créée par la mondialisation, doit générer un nouveau lien civique de responsabilité, par exemple à l’état de la biosphère qui dépend de nous et dont nous dépendons. En 1993, j’ai même écrit un livre, Terre Patrie (Seuil), plus actuel que jamais. Mais cela n’exclut pas nos autres patries, dont nos « petites » patries, locales et provinciales, et surtout la nation qui, elle, est une communauté de destin aux profondes racines historiques, et pour qui le mot patriotisme indique le ciment affectif qui nous lie à elle, car il est à la fois maternel (mère-patrie) et paternel (autorité de l’État). Ce patriotisme doit d’ailleurs être revitalisé par opposition à une mondialisation essentiellement techno-économique, anonyme, sans âme – alors que nous devons nous sentir liés à la matrie terrestre dont nous sommes issus. Comme la mondialisation techno-économique crée dans notre nation comme dans d’autres des déserts humains et économiques, nous devons sauvegarder nos intérêts nationaux vitaux.

Notre nation porte en elle deux messages qu’ont toujours transformé en français des ressortissants de peuples progressivement provincialisés et francisés au cours des siècles d’histoire, puis ensuite issus d’émigration : celui d’intégration de la diversité ethnique puis religieuse dans une grande unité supérieure, qui se nourrit de cette diversité sans la détruire. Autrement dit reconnaître que la France est en fait multiculturelle, c’est donner aux enfants d’immigrés la possibilité de se sentir français. D’autre part, 1789 a introduit dans le code génétique une originalité : être français n’est pas subir un déterminisme, c’est vouloir être français. Les délégations à la fête du 14 juillet 1790 disaient : « Nous voulons faire partie de la grande nation ». Au 19e siècle, Fustel de Coulanges et Renan considéraient que la France était un être d’esprit, non de sang ; ainsi, en dépit de leur culture germanique, les Alsaciens voulaient être français et se sentaient français d’esprit. Plus nous sommes menacés par des forces anonymes et anonymisantes, qui tendent à disloquer ou à dissoudre les communautés et les solidarités, plus nous devons travailler à sauver lesdites communautés et solidarités. Le nationalisme clos s’oppose à tout ce qui peut nous solidariser avec nos voisins européens et avec les autres peuples de la planète. Notre patriotisme est en même temps humaniste. Si cela était enseigné dans les écoles, les élèves constateraient que l’histoire de France n’est pas principalement conquêtes et colonisation, elle est aussi et surtout intégration du divers, communauté profonde, et, comme l’ont clamé tous les grands de Montaigne à Hugo et Jaurès, elle est amour de l’humanité.

Le succès du Front National illustre un autre phénomène : dans un contexte de mondialisation, de disparition des frontières, de « planétarisation » instantanée (via les réseaux sociaux, les nouvelles technologies, les facilités de transports, la mobilité sous toutes ses formes) mais aussi, consubstantiellement, de précarisation, d’inégalités, de dogme marchand, et d’effacement d’un certain nombre de repères (notamment lié au délitement des religions), les citoyens semblent aspirer à recouvrer un périmètre d’existence visible, délimité, compréhensible, de proximité à la fois géographique mais aussi identitaire, culturel, religieux. Bref, le retour à une nation et à une société « homogènes » et « rassurantes »… A-t-on ouvert le monde et celui de chaque citoyen de manière trop hâtive ou désordonnée ?

À partir du début des années 1990 a pris forme l’unification techno-économique du globe. Internet, téléphone mobile, disparition administrative des frontières, dématérialisation tous azimuts, canaux financiers instantanés et planétaires, propagation du capitalisme de la Chine à la Russie, de l’Amérique latine à l’Afrique : contrairement aux idées reçues, ce phénomène d’universalisation a favorisé la rétraction, la « refermeture », et même la dislocation – idéologique, religieuse, politique, culturelle – dans de nombreuses parties du globe.

N’est-il pas curieux que concomitamment à cette mondialisation multiforme surviennent la désagrégation de la Yougoslavie, la scission de la Tchécoslovaquie, des stratégies séparatistes dans chaque continent ou presque ? L’éclatement de l’empire soviétique ne résulte-t-il pas lui-même de ce nouveau diktat ? L’erreur commise – et qu’Edgar Morin a diagnostiquée et auscultée dans La Voie, Fayard, 2011, NDLR – fut de ne pas chercher à unir les deux impératifs contraires : mondialiser et démondialiser. Mondialiser pour favoriser toutes les communications propices à la compréhension et à la prospérité entre les peuples, et démondialiser afin de sauvegarder territoires, nations et zones appelées à devenir ces déserts humains ou économiques. Réfléchir à combiner croissance et décroissance, développement et enveloppement, est un impératif. Encore un exemple de cette « pensée complexe » à laquelle est préférée la confortable « pensée binaire ».

Bien sûr, la France ne constitue pas un ilot isolé au sein d’une Europe qui serait, dans l’idéal, massivement progressiste. La popularité des formations populistes, xénophobes, anti-européennes, gangrène tous azimuts. La Hongrie n’est plus seule, comme en témoigne « l’audace » du Parti Droit et Justice de Jaroslaw Kaczynski attelé en Pologne à étrangler les libertés des médias et à vassaliser le Tribunal constitutionnel. L’Union européenne, honnie d’une grande partie des Français comme l’a révélé le dernier scrutin ad hoc de 2014, a été pendant cinquante ans le rempart au fascisme. En devient-elle peu à peu un nouveau terreau ?

C’est une triste vérité. L’Europe a échoué dans sa mission. Et en premier lieu en laissant l’hyperfinanciarisation, les mécanismes spéculatifs et les intérêts des multinationales pourrir le système économique. Cette dégradation au départ purement économique a ensuite contaminé les champs social, culturel et bien sûr politique. L’Europe aurait pu aider à exorciser les peurs des citoyens ; or la plupart de ceux qui souffrent et s’angoissent la rendent responsable d’affaiblir les souverainetés, de vulnérabiliser les indépendances nationales, d’être une passoire pour l’immigration. Alors la suspicion puis la peur puis la haine de l’étranger, devenu menace et ennemi, ont parasité les consciences. Il nous reste à intégrer notre patriotisme dans celui de la Terre-Patrie.

Même des démocraties que l’on croyait prémunies sont gagnées par les doctrines d’extrême droite. C’est le cas de la Grande-Bretagne et, au-delà du continent anglo-saxon incarné par les États-Unis. Les Républicains s’apprêtent à désigner leur représentant aux élections présidentielles. Dans l’histoire récente du pays, des postures ultramoralistes, ultradicales en matière de mœurs, ou ultrabelliqueuses ont concouru. Mais jamais un candidat ouvertement raciste comme Donald Trump n’avait à ce point rallié les suffrages tels que les intentions de vote le prédisent. Que cette terre d’immigration et de liberté y succombe est lourd d’interprétations…

Les États-Unis sont une terre de grandes surprises électorales et de revirements stupéfiants. Capable de désigner Barack Obama mais aussi un Georges W. Bush qui, s’il n’est pas ouvertement raciste comme Donald Trump, a mené une guerre en Irak qui a provoqué une catastrophe humaine, géopolitique, financière, et civilisationnelle d’une ampleur planétaire et aux répercussions toujours désastreuses. De cette Amérique nous pouvons attendre le meilleur et le pire. Que Donald Trump caracole en tête des sondages républicains est un signe supplémentaire que le pays et, au-delà, l’ensemble du monde, traversent une ère d’incroyables incertitudes face auxquelles les citoyens sont déboussolés, désarmés, dépourvus du substrat idéologique adéquat.

Donald Trump et Marine Le Pen ont en commun, aux yeux de leurs électeurs, d’exercer un « parler vrai » assimilé à un « parler libre ». Comment peut-on parler vrai et parler utile et juste, comment peut-on parler vrai sans parler sale (démagogie, populisme, stigmatisation) ?

Les partisans de Donald Trump et de Marine Le Pen pensent qu’ils disent la vérité. Laissons-leur cette impression, et concentrons-nous sur le véritable antidote : convaincre les professionnels de la politique d’abandonner une langue de bois qui ne correspond absolument plus aux réalités contemporaines du langage et aux attentes des citoyens. Ceux-ci aspirent à écouter des messages accessibles et simples, authentiques et responsabilisants. Dénoncer le « populisme » (mot étrange) ou vitupérer le proto-fascisme du FN ne sert nullement à lui barrer la route ; ce qu’il faut, c’est changer de route et montrer celle d’une autre et nouvelle voie.

Nouvelle provocation verbale de donald trump

« La popularité de Donald Trump démontre que les Etats-Unis et l’ensemble du monde traversent une ère d’incroyable incertitudes face auxquelles les citoyens sont déboussolés et désarmés. »

Hygiénisme, aseptisation, conformisme, uniformisation, politiquement correct, contraction des libertés : la France est frappée d’une hypermoralisation exacerbée par la classe politique et dont se repaît la rhétorique du Front National. N’est-ce pas d’avoir délibérément tu, esquivé ou instrumentalisé des réalités sociales, économiques, ethniques, religieuses, éducationnelles, qui a vidé la Gauche de sa substantifique moelle et l’a disqualifiée ? Etre « de » ou « d’une » gauche en 2016 a-t-il encore une signification ?

La « gauche » n’est bien sûr pas une entité unique, comme le démontrent les rudes combats que « les » gauches se sont menés dans l’histoire du XXe siècle. Du Parti communiste au Parti socialiste, des mouvements « de gauche » ont progressivement dépéri, et à ce délitement idéologique et politique aucune autre force ne s’est substituée. Après l’Etat providence et l’Etat social-démocrate accomplis en Allemagne et en France au cours des décennies post-Seconde guerre mondiale, il y a eu conversion au néo-libéralisme. Dorénavant, la société est traversée par un besoin : celui d’une pensée qui affronte les temps présent et futur. C’est ce qu’il s’agit d’élaborer.

Qu’est-ce qu’être de gauche ? A mes yeux, c’est se ressourcer dans une multiple racine : libertaire (épanouir l’individu), socialiste (amélioration de la société), communiste (communauté et fraternité), et désormais écologique afin de nouer une relation nouvelle à la nature. Etre de gauche c’est, également, rechercher l’épanouissement de l’individu, et être conscient que l’on n’est qu’une infime parcelle d’un gigantesque continuum qui a pour nom humanité. L’humanité est une aventure, et « être de gauche » invite à prendre part à cette aventure inouïe avec humilité, considération, bienveillance, exigence, créativité, altruisme et justice. Etre de gauche, c’est aussi avoir le sens de l’humiliation et l’horreur de la cruauté, ce qui permet la compréhension de toutes les formes de misère, y compris sociales et morales. Etre de gauche comporte toujours la capacité d’éprouver toute humiliation comme une horreur.

Le système politique français constitue l’une des causes majeures de la popularité du Front National, qui tire profit de ce que le sociologue Michel Wieviorka nomme « la congélation et la décomposition simultanées » des formations traditionnelles. L’exercice politique est anachronique, désynchronisé des nouvelles réalités sociétales et des attentes citoyennes de la population. La démocratie est profondément malade. « Nous ne sommes peut-être pas encore entrés dans son hiver, mais il se peut bien que nous approchions déjà de son automne », redoute le politologue Pascal Perrineau. Est-il encore possible et temps de la revitaliser ? Comment peut-on faire vivre la démocratie indépendamment des scrutins électoraux qui concentrent l’essentiel de l’expression démocratique des Français ?

La régénération politique ne peut s’effectuer que par des processus infra politiques et supra politiques. Ces processus naissent de façons multiples dans la société civile. Partout, des formations convivialistes assainissant et « réhumanisant » les rapports humains, irriguent le territoire, revivifient responsabilités individuelles et démocratie collective : l’économie sociale et solidaire représente désormais près de 10 % de l’économie, les structures coopératives se développent et font la preuve de leur efficacité – en Amérique latine par exemple, de formidables initiatives permettent de lutter contre la délinquance infantile et l’illettrisme – ; la philosophie agro-écologique de Pierre Rabhi réhabilite la bonne, la saine, la juste nourriture en opposition à l’exploitation hyper industrialisée, hypermondialisée et destructrice autant des sols, des goûts que de la santé.

Une nouvelle conscience de consommateur a surgi, elle combat en faveur des circuits courts et directs, de la production de proximité. Bref, au sein de la société civile, il existe un foisonnement d’actions, très dispersées, qui participent à réinventer la démocratie et sur lesquelles il faut s’appuyer. Prenons pour seul exemple l’agriculture écologique et raisonnée ; un jour, ce qu’elle aura réussi à enraciner dans les consciences des consommateurs sera si fort que le ministre de l’Agriculture pourra s’émanciper des chaînes qui le ligotent au lobby des multinationales et des grandes surfaces, et en faire une priorité de son programme.

Pierre Rabhi

« La philosophie agro-écologique de Pierre Rabhi réhabilite la bonne, la saine, la juste nourriture. »

Il est d’ailleurs faux de considérer que la jeunesse, éduquée ou non, est dépolitisée. Comme en témoignent le succès du service civique, ses aventures entrepreneuriales, ses engagements dans le bénévolat, sa contribution à la dynamique associative, elle est en quête de fraternité, elle cherche à concrétiser autrement sa volonté politique, c’est-à-dire à être différemment actrice de la société, productrice de lien, génératrice de sens et d’utilité. Cette jeunesse est prête à ébranler le système, aujourd’hui fossilisé, de la démocratie représentative…

L’adolescence est le moment ou s’élève l’aspiration à vivre en s’épanouissant personnellement au sein d’une communauté. Mais cette aspiration peut être trompée. Elle a été trompée par le maoïsme, elle peut l’être par le FN. Les forces d’espoir sont là. Bien sûr, tout cela est vulnérable et ces raisons d’espérer peuvent être détruites par un regel brutal. Il n’empêche, elles existent bel et bien.

« Etre sujet », c’est-à-dire s’affranchir, s’autonomiser, se réaliser, est-il une réalité ou une chimère ? A quelles conditions la démocratie peut-elle permettre « d’être sujet » et de » faire commun » ?

Nous sommes là au cœur du… sujet. Réforme personnelle et réforme sociétale – c’est-à-dire politique, sociale, économique – s’entendent de concert, elles doivent être menées de front et se nourrissent réciproquement. Les signaux sont faibles et disséminés, mais ils existent, et c’est sur eux que l’espoir doit être fondé.

Une lumière est apparue dans ce sombre hiver : la COP21 a accouché d’un texte unanimement salué. Notre rapport à la nature et à « toute » la matière vivante, la nécessité de sauvegarder la planète et pour cela de réviser en profondeur nos paradigmes existentiels, d’imaginer et d’inventer comme jamais, peuvent-ils constituer L‘opportunité de bâtir un projet commun, de se projeter enfin dans l’avenir et de réaliser une œuvre universelle ?

Cette COP21 restera un événement important et significatif. Certes, elle manque d’une dimension contraignante, mais le texte a été unanimement contresigné par des Etats aux intérêts divergents voire antagoniques. C’est donc un progrès réel, surtout qu’il fait suite aux désillusions des précédents raouts et en premier lieu celui de 2009 à Copenhague. Un regret, toutefois : cet événement était trop limité à la problématique du changement climatique. Bien sûr, celui-ci constitue l’un des facteurs clés du « grand » problème écologique, mais il ne peut pas être disjoint des « chantiers » de l’énergie, de la biodiversité, de la déforestation, de l’agriculture industrielle, de l’assèchement des terres nourricières, des famines, des ravages sociaux, etc. Tous ces sujets forment un « tout », indivisible.

Ce que vous « savez » de la nature humaine et de sa capacité de résister ou de se résigner, d’être asservie ou de désobéir, vous donne-t-il l’espoir qu’elle réussira à imposer l’aggiornamento environnemental, comportemental, spirituel, au bulldozer marchand et consumériste ?

C’est lorsqu’on est au bord de l’abîme que l’on décèle les réflexes salvateurs. Nous n’en sommes pas encore là et peut-être ne les trouvera-t-on pas, mais nous pouvons espérer. D’abord parce qu’il existe une marge d’incertitude sur les prédictions, par nature hypothétiques, qui annoncent l’état de la planète d’ici un siècle. Le péril sera-t-il, dans les faits, plus massif ou plus supportable, interviendra-t-il plus vite ou plus lentement ? Nous en sommes à faire des paris. Ce qui peut laisser le temps d’accomplir la seule transformation véritable et durable qui soit : celle des mentalités. Combattre les sources d’énergie sale est bien, mais ce n’est pas suffisant. Seule une prise de conscience fondamentale sur ce nous sommes et voulons devenir peut permettre de changer de civilisation. Les textes du Pape François en sont une aussi inattendue que lumineuse illustration. Et d’ailleurs, c’est aussi parce que nous manquons de spiritualité, d’intériorité, de méditation, de réflexion et de pensée que nous échouons à révolutionner nos consciences.

Le succès de la COP21 a été concomitant au nouvel effondrement électoral du mouvement Europe-Ecologie- Les verts. Il a mis davantage en lumière l’inutilité politique des formations écologistes, et a démontré que la problématique écologique et la préoccupation environnementale constituent des enjeux désormais transpartisans. La fin de l’offre politicienne écologique est-elle venue ?

A la différence de leurs homologues allemands, les écologistes politiques français n’ont participé à aucune réalisation municipale concrète, ils se sont sans cesse divisé sur des querelles de personne, ils ne se sont pas nourri de la pensée écologique que leur apportaient René Dumont, Serge Moscovici, André Gorz, ils ont sottement écarté Nicolas Hulot – avec lequel Edgar Morin a publié en 2007, chez Tallandier, L’an 1 de l’ère écologique, NDLR. Je conçois qu’un mouvement écologique rénové puisse exercer un rôle éclairant et stimulant, mais n’est-ce pas surtout hors parti que se sont développées les vraies forces écologiques, la pratique agro-écologique, le mouvement Colibri de Pierre Rabbi, l’action politico-culturelle de Philippe Desbrosses,  les éco-quartiers, les Amap, ou encore les élans spontanés d’une jeunesse qui s’est portée sur le terrain contre le barrage de Sivens ou l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?

Finalement, l’enjeu de la planète et la nécessité de bouleverser nos raisonnements peuvent nous exhorter à réconcilier deux formes de progrès aujourd’hui trop souvent antithétiques : le progrès technologique – qui n’a jamais atteint de tels niveaux – et le progrès humain – loin d’épouser une courbe comparable si l’on en juge « l’état » de l’humanité…

Le préambule à cette réconciliation est la régulation du progrès scientifique et technologique. Du nucléaire aux manipulations génétiques, l’absence de régulation ouvre la porte aux plus grands périls. Y compris sociaux et humains. Comment faire œuvrer de concert progrès technologique et progrès humain tant que les dynamiques de l’un et de l’autre seront à ce point dissociées ? En effet, la science, la technique, l’économie sont « dopées » par une croissance aussi impressionnante qu’incontrôlée, alors que l’éthique, la morale, l’humanité, sont dans un état de barbarie lui-même croissant. Et le pire désastre est à venir : les prodigieuses capacités de la science annoncent la prolongation de la vie humaine et la robotisation généralisée, programmant là à la fois une arriération des rapports humains et un état de barbarie inédit. Voilà le suprême défi pour l’humanité.

 
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Publié par le février 12, 2016 dans Uncategorized

 

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Oui, pourquoi la télévision française ment, ment énormément? (note de Danielle Bleitrach

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Une fois n’est pas coutume, lorsque les informations touchent la Russie, la machine politico-médiatique tourne bien. Mais là, nous sommes tombés très très bas, dans les bas-fonds peu fréquentables de la propagande bon marché. Cette fois-ci, France 2 et son journaliste vedette David Pujadas ont franchi la ligne rouge en montrant des images truquées de frappes russes en Syrie contre l’état islamique et en les attribuant à la coalition.
Ceux qui ont vu le JT de France 2 le 4 février 2016 ont dû être agréablement surpris: contrairement à ces barbares russes qui frappent n’importe où et n’importe comment, massacrant la population civile et les gentils terroristes opposants au passage, les pays civilisés de la coalition américaine, eux, font des frappes chirurgicales, certes moins nombreuses, mais dont la précision remplace la quantité.
C’est à ce moment du discours que les membres du Parti doivent tous comme un seul homme, se lever, la larme à l’œil, pour applaudir bien fort.
Voici en substance le message, pas vraiment subtil, diffusé au JT de David Pujadas sur France 2. Et pour illustrer tout cela, des images évidemment. Mais des images de frappes russes présentées comme portées par la coalition. Or, pour des frappes russes, donc devant tuer un bon millier de civils (chiffre sorti d’un joli chapeau), celles-ci sont extrêmement précises, je dirais même « chirurgicales », bizarre. Pas si barbares ces russes, finalement … Seulement, pour pouvoir les attribuer à la coalition, les sous-titres en cyrillique ont été gommés, et après nettoyage et maquillage, elles furent resservies à nos/vos yeux ébahis d’admiration. Nous sommes forts, quand même? Nous frappons bien! Le bon peuple doit être rassuré. Le bon peuple est rassuré. Les affaires peuvent continuer.
Rien à voir avec les déclarations de Kerry ou de Merkel, demandant instamment à la Russie de cesser les frappes pour protéger la population civile et les gentils terroristes, certainement ceux qui vendent le pétrole à la Turquie ou qui sont formés par des instructeurs payés par le Congrès américain, qui n’a d’ailleurs pas apprécié les résultats et remet en cause le programme de financement de cette « opposition » qui recule devant la Russie et Assad.
A propos des Etats Unis. Il faut rendre à César ce qui est à César: France 2 n’a pas innové. Et, oui, ici aussi, il a fallu copier une technique déjà utilisée outre-Atlantique. Puisque en novembre dernier, la chaîne PBS avait déjà utilisé des images de frappes russes pour les attribuer à l’aviation américaine.
A partir de deux fois, cela n’est plus une erreur, c’est une politique. Toutefois, l’ambassadeur russe à Paris, A. Orlov, déclare à l’agence d’information russe Ria Novosti, qu’il y a peu de chances que la Russie ne donne de suite judiciaire à cette manipulation, car il s’agit avant tout d’un problème éthique. Et ce serait faire trop de publicité à une chaîne qui ne le mérite pas.
Certes, cette position est respectable et force le respect. Mais encore faudrait-il que les responsables de cette « farce » aient une conscience. Toutefois, la manipulation a été volontairement faite, car il a bien fallu « nettoyer » les images. Soit le journaliste vedette D. Pujadas n’était pas courant et l’on peut se demander en fait quel est son rôle. Car il se rapprocherait alors plus d’un perroquet, répétant, sans avoir la possibilité de s’interroger, un texte pré-digéré. Soit il était au courant et c’est une faute professionnelle grave. Dans les deux cas, il n’a plus sa place au JT. A moins, qu’il n’ait exécuté des ordres.
Mais voyons, la France, patrie des droits de l’homme, de la liberté, etc, etc, etc. Serait-il possible que la télévision d’état ne soit devenue qu’un simple instrument de propagande?
Comme disait Coluche:

« Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent. C’est pire. »

David Pujadas, reporter incontournable, présente le JT de 20H sur France 2 depuis 2001, il est le journaliste des Présidents, de formation à Sciences Po et qualifié de « bagarreur » par certains de ses collègues. Personnellement, il y a quelque chose qui m’échappe. On a envie de demander: tout ça pour ça? Lorsqu’il est devenu journaliste, c’était vraiment pour finir comme ça, comme simple propagandiste? Quitter l’Espagne de la dictature dans les années 60 pour la liberté et finalement contribuer à instaurer une dictature de la pensée. Triste destin.
 
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Publié par le février 12, 2016 dans Uncategorized

 

« Bon appétit, messieurs ! Ô ministres intègres !… » La lutte des places…

 

BON APPÉTIT, MESSIEURS !

RUY BLAS – Acte III – Scène II – Les mêmes, Ruy Blas.

Ruy Blas, survenant.
Bon appétit, messieurs ! –
     

Tous se retournent. Silence de surprise et d’inquiétude. Ruy Blas se couvre, croise les bras, et poursuit en les regardant en face.
Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !
– Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et sa grandeur,
Tout s’en va. – nous avons, depuis Philippe Quatre,
Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ;
En Alsace Brisach, Steinfort en Luxembourg ;
Et toute la Comté jusqu’au dernier faubourg ;
Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues
De côte, et Fernambouc, et les montagnes bleues !
Mais voyez. – du ponant jusques à l’orient,
L’Europe, qui vous hait, vous regarde en riant.
Comme si votre roi n’était plus qu’un fantôme,
La Hollande et l’anglais partagent ce royaume ;
Rome vous trompe ; il faut ne risquer qu’à demi
Une armée en Piémont, quoique pays ami ;
La Savoie et son duc sont pleins de précipices.
La France pour vous prendre attend des jours propices.
L’Autriche aussi vous guette. Et l’infant bavarois
Se meurt, vous le savez. – quant à vos vice-rois,
Médina, fou d’amour, emplit Naples d’esclandres,
Vaudémont vend Milan, Leganez perd les Flandres.
Quel remède à cela ? – l’état est indigent,
L’état est épuisé de troupes et d’argent ;
Nous avons sur la mer, où Dieu met ses colères,
Perdu trois cents vaisseaux, sans compter les galères.
Et vous osez ! … – messieurs, en vingt ans, songez-y,
Le peuple, – j’en ai fait le compte, et c’est ainsi ! –
Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie,
Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,
Le peuple misérable, et qu’on pressure encor,
À sué quatre cent trente millions d’or !
Et ce n’est pas assez ! Et vous voulez, mes maîtres ! … –
Ah ! J’ai honte pour vous ! – au dedans, routiers, reîtres,
Vont battant le pays et brûlant la moisson.
L’escopette est braquée au coin de tout buisson.
Comme si c’était peu de la guerre des princes,
Guerre entre les couvents, guerre entre les provinces,
Tous voulant dévorer leur voisin éperdu,
Morsures d’affamés sur un vaisseau perdu !
Notre église en ruine est pleine de couleuvres ;
L’herbe y croît. Quant aux grands, des aïeux, mais pas d’œuvres.
Tout se fait par intrigue et rien par loyauté.
L’Espagne est un égout où vient l’impureté
De toute nation. – tout seigneur à ses gages
À cent coupe-jarrets qui parlent cent langages.
Génois, sardes, flamands, Babel est dans Madrid.
L’alguazil, dur au pauvre, au riche s’attendrit.
La nuit on assassine, et chacun crie : à l’aide !
– Hier on m’a volé, moi, près du pont de Tolède ! –
La moitié de Madrid pille l’autre moitié.
Tous les juges vendus. Pas un soldat payé.
Anciens vainqueurs du monde, espagnols que nous sommes.
Quelle armée avons-nous ? À peine six mille hommes,
Qui vont pieds nus. Des gueux, des juifs, des montagnards,
S’habillant d’une loque et s’armant de poignards.
Extrait de Ruy Blas – Victor Hugo

 
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Publié par le février 11, 2016 dans Uncategorized

 

Chose promise, quelques idées suite à deux rencontres informelles avec les communistes…

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Je vous avais promis de rendre compte des diverses rencontres parisiennes… Le lundi soir ce fut le lundi communiste… Nous nous sommes retrouvés à huit dans un café que l’on aurait cru sorti de l’univers de Simenon… Comment vous dire ce que fut cette rencontre sans dévoiler l’identité des camarades à qui j’ai oublié de demander l’autorisation…  D’abord des camarades venus de tous les coins de la planète, des Comores, de Haïti, mais aussi du Pas-de-Calais, un enfant de républicain espagnol installé dans le Vaucluse, un franco-écossais et un camarade portugais… Une dominante ouvrier artisan et de la trentaine à la cinquantaine, sauf Hervé, sa cousine et moi, septuagénaires sur la mauvaise pente. Un tour de table bilan de la situation. Un thème revient sans cesse, il faut retourner à nos fondamentaux comme cela a été dit dans la dernière réunion de section. On ne parle ni du communisme, ni du socialisme, le parti a perdu ce qui le caractérise et pourtant il n’y a pas d’autre solution que de continuer à y militer, de se battre pour que les cellules existent, qu’elles soient au contact de la population, il n’y a pas d’autre issue, tout le reste n’a aucune issue...

Une camarade raconte son arrivée de l’exil haïtien en 1983, elle a aussitôt adhéré au parti, elle s’interroge, elle ne comprend pas on dirait qu’on a honte d’être communiste. Nous avons perdu cet outil essentiel qu’est l’Humanité. Aussitôt Hervé embraye : l’autre jour il y avait un article sur un sujet que je connais bien, dans le fond une dépêche de l’AFP. C’est l’opinion de qui? Du journaliste, du parti? On ne sait pas… Il dit l’insuffisance de la référence « aux fondamentaux »… il faut des contenus, une stratégie (1)… Si les djihadistes sont capables de recruter sur le web, ce qui nous manque pour convaincre ce sont des contenus réellement communistes c’est-à-dire qui conduisent au communisme. 

Gilles qui est professeur d’Histoire et qui vient d’adhérer à l’ANC tout en restant au parti, déclare: « j’ai adhéré à un parti qui n’existait plus… Je me suis retrouvé dans l’opposition simplement à cause de l’Europe et de l’OTAN… Depuis j’ai plus été formé par mes rancœurs qu’au positif où c’est souvent le vide. Le mythe est qu’il existerait un espace de gauche et que ce serait ça l’essentiel. Un jeune ouvrier intervient, il explique qu’il est fils de communiste, que lorsqu’il préparait un BTS, il a voulu adhérer à l’UEC, on lui a répondu qu’il n’était pas un étudiant, les étudiants ce sont les doctorants qui semblent avoir tous les pouvoirs dans le parti aujourd’hui. Il s’est dit « c’est bizarre ce parti qui suit les catégories de la société qu’il veut abolir ». Il se plaint de ne pas être entendu, ils ont même inventé « le double consensus », c’est-à-dire que les idées qui forment consensus à la base ne sont retenues que si le niveau supérieur les retient.

 Je pense un retour complètement tronqué au centralisme démocratique, si les idées de la base sont filtrées par le sommet, fini le mandat impératif, celui qui est censé vous représenter en fait dit n’importe quoi, il n’est pas tenu de répéter le résultat de vos discussions… donc le centralisme démocratique en pire, mâtiné de « démocratie » bourgeoise, « cause toujours »…  il me dit « oui on vit une verticalité féroce, au profit des idées qu’on entend tous les jours à la télé… Il a fini par quitter le parti et aller au PG, mais là c’est pareil, pire peut-être à part certains exercices de commentaires sur des citations de Lénine. Pourtant il a des choses à dire, ça parle chez les ouvriers… Un autre camarade artisan qui rit tout le temps explique qu’il vient du Pas de Calais, que le mal vient de 1983, le PCF était au gouvernement et la classe ouvrière a subi la plus terrible des offensives, licenciements, à quoi servent donc les communistes? Ils ont quitté le gouvernement mais ce n’était pas suffisant… Il explique que si l’on veut être écouté des autres communistes, il ne faut surtout pas se marginaliser, il faut être sympa et surtout il faut avoir une assise de masse. Lui il organise les artisans que la mairie veut chasser en leur parlant de mixité sociale…

Il n’ont pas envie de s’intégrer à une groupe dissident, de toute manière ils sont toujours en train de se disputer entre eux, incapables de s’unir, ils s’isolent et peu à peu disparaissent.

C’est un peu ce que j’avais subodoré, les communistes tels que je les vois là n’ont pas beaucoup changé, ils détestent les divisions et ils sont incroyablement attachés à leur parti… D’ailleurs à la fin le jeune ouvrier réadhérera au parti, il est dans la cellule de l’ouvrier comorien qui nous a raconté comment adolescent il a dû fuir les Comores parce qu’il avait voulu lutter contre Bob Dénard, le mercenaire français. Lui aussi bichonne sa cellule et pense qu’il n’y a rien en dehors du parti, il donne le manifeste de Marx au nouveaux adhérents et des textes qui lui paraissent proches de l’idéal communiste parce que lui il a connu un professeur aux Comores qui l’initiait plus à Marx et à Mao qu’à autre chose et il est venu au PCF en croyant que c’était aussi ça…

Le résumé ne dit pas la richesse des débats, comment expliquer: ces gens là pensent, ils confrontent leur vie à la politique qui pourrait être menée, sans gauchisme mais en écoutant un peu ce qui se dit à l’atelier… Ils attendent que le parti change mais ils sont prêts à aider aux changements, mais sans tendance, ni divisions… Ils ont compris que je suis venue pour les écouter et pas pour les enrôler… Néanmoins je leur dis que pour moi le parti ce n’est pas seulement l’analyse de la situation mais sa transformation. Il s’agit d’agir, il faudrait y réfléchir… Comment faire? 

Le mardi soir, le lendemain autre décor, la librairie Tropique est pleine pour écouter jean Salem qui parle de l’état autoritaire. Il dénonce le constat du pouvoir « nous sommes en guerre » et il fait effectivement le récit de la guerre menée depuis tant d’années contre des pays que l’on détruit. Il termine en regrettant que le parti pour lequel il dit « ce sont les miens, j’éprouve pour eux fraternité, de la tendresse même, mais pourquoi écouter les intellectuels qui sont déjà dans les médias, n’ont strictement rien à dire et négliger le potentiel de ceux qui sont restés fidèles aux luttes anti-impérialistes et qui refusent le discours de stigmatisation de l’ennemi intérieur? Les interventions fusent: « comment peut-on encore croire à ce parti? » Mais ce n’est pas la majorité, ce qui domine c’est l’inquiétude …

Si je devais résumer l’impression générale de ces deux rencontres, elle est positive, alors que le PCF donne parfois l’impression d’être en coma dépassé, il y a là des gens qui pensent, qui ont besoin d’échanger même s’ils n’attendent plus rien de ce parti… Je suis un peu confortée dans ce qu’on pourrait appeler ma « tactique »: refuser les divisions, respecter les choix de chacun, et inviter tout le monde où qu’il soit à poursuivre réflexion et action… Dans le parti éviter les polémiques inutiles concernant les dirigeants et rester sur le fond de ce qu’on attend du parti communiste…

Voilà, il y a malgré tout une énorme réserve de capacité, de volonté, ce contre quoi il faut lutter c’est peut-être l’idée énoncée par un camarade: « dans le fond on y croit pas réellement, on ne croit pas que l’on a le pouvoir de changer quoique ce soit, si on y croyait on se bougerait un peu plus! » Il est vrai qu »il y a un grand nombre de communistes, que ces communistes là sont prêts à se battre et qu’ils le font d »ailleurs tous les jours, et que malgré tous les efforts à l’extérieur comme à l’intérieur personne n’a réussi à les convaincre qu’ils avaient tort, mais il faut construire une perspective, des contenus et c’est plus essentiel que de mener des querelles internes… Celui qui gagnera sera celui qui accomplira cette tâche … 

Encore un mot, Gilles qui a adhéré à l’ANC m’a demandé « pourquoi tu n’adhères pas à l’ANC?  » Effectivement maintenant que j’ai ré-adhéré au parti, je peux adhérer à l’ANC, mais alors il faudrait aussi que j’adhère au PRCF, à la coordination communiste, pour citer ceux qui me viennent à l’esprit, je me ruinerai en cotisation, mais mon geste veut bien dire ce que je pense: à vous tous vous formez un puzzle, celui du parti que j’ai connu dans sa diversité mais aussi son unité… A propos j’ai ma première réunion de section le 18 février…

Danielle Bleitrach

(1) le lendemain, à la librairie tropique j’ai demandé à Hervé de me préciser ce qu’il entendait par programme maximum et programme minimum, aujourd’hui il développe:par E-mail

Je voulais dire que je souhaite voir le PCF élaborer précisément et ensuite expliquer clairement :

1) quelle sorte de société socialiste il a à l’esprit pour remplacer la société capitaliste et comment il propose d’y parvenir (programme maximum)
2) quelles sortes d’alliance il est prêt à conclure, sur quel programme, et avec qui (programme minimum)
3) et l’interaction et transition entre les deux programmes;

https://fr.wikipedia.org/wiki/Maximalisme

et j’ajoute comme vieux souvenir un accès à la Great Soviet Encyclopedia (article « communism »)
 
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Publié par le février 11, 2016 dans Uncategorized

 

La privation de la citoyenneté ukrainienne est conçue principalement pour les dirigeants de la nouvelle Russie

Игорь Плотницкий (слева) и Александр Захарченко рискуют потерять украинское гражданство, поскольку до них не может дотянуться киевская Фемида

10 février 2016, 22:05

Photo: Maxim Chemetov / Reuters
Texte: Yuri Zaynashev

 

Encore un petit bijou traduit par Marianne. L’Ukraine de Porochenko et des bataillons néo-nazis brûle du désir de nous imiter en matière de déchéance de la nationalité. En ce qui concerne l’Etat d’urgence, ils y ont bien songé mais cela empêchait les élections. Parce qu’il est clair que quand il y a état d’urgence les élections sont suspendues quand l’état d’urgence n’est pas inscrit dans la Constitution. Je vous signale que nous Français, nous avons accompli l’exploit de voter comme s’il n’y avait pas d’état d’urgence et nous nous sommes mis en règle a posteriori en mettant l’état d’urgence dans la Constitution. C’est ça le pays des droits de l’homme et du citoyen. Enfin si le père Ubu Porochenko nous imite, tout va bien (Danielle Bleitrach)

http://www.vzglyad.ru/world/2016/2/10/793465.html


Kiev a annoncé la préparation d’un projet de loi sur la privation de citoyenneté pour terrorisme et « haine de son pays. »La Verkhovna Rada a précisé que seraient privés de citoyenneté en premier lieu ceux qui vivent dans ​​les «territoires occupés». Ainsi, la loi est susceptible d’affecter jusqu’à 2 millions d’habitants du Donbass. Qu’est-ce que cela signifie dans la pratique?

Kiev étudie la possibilité de déchéance de la nationalité des citoyens de l’Ukraine pour terrorisme et  » haine de son pays », a déclaré mercredi son représentant aux pourparlers à Minsk Irina Gerashchenko, chef du Comité de la Verkhovna Rada pour l’intégration européenne.

Comme le rappelle RIA «Novosti», l’un des points de l’accord de Minsk prévoit l’amnistie par l’adoption d’une loi interdisant la poursuite et le châtiment des individus en relation avec les événements dans le Donbass.

«Nous étudions diverses expériences internationales. Non seulement l’expérience des amnisties (qui dans tous les pays ont été effectuées seulement après la cessation des hostilités, le désarmement, et ce individuellement, et non pour toute une population, d’ailleurs). Nous étudions aussi l’expérience de la privation de la citoyenneté pour terrorisme et haine de son pays « , – écrit Gerashchenko dans son Facebook, commentant la décision des législateurs français. En France, la chambre basse du parlement vient justement d’approuver un amendement à la Constitution sur la privation de la nationalité française des personnes condamnées pour terrorisme.

« Espions, saboteurs, traîtres »

Qu’est-ce que le projet de loi adopté à Paris a à voir avec l’Ukraine, on ne saisit pas très bien. La France autorise la double nationalité, et le projet de loi français se réfère uniquement à des terroristes possédant la double nationalité. L’Ukraine de facto ne reconnaît pas la double nationalité. Les facteurs sentimentaux, comme «la haine de son pays », ne sont pas non plus mentionnés dans le projet de loi français.

De plus, en dépit des déclarations de Gerashchenko il n’est pas exact que des amnisties de « masse » n’aient jamais été promulguées. Ainsi, au cours de la seconde moitié des années 90, le Parlement russe en vue de la réconciliation a déclaré à plusieurs reprises des amnisties de masse pour les participants à la guerre en Tchétchénie. Soit dit en passant, en Tchétchénie, dans les années 90, des citoyens de l’Ukraine – des nationalistes ukrainiens –se sont battus contre les forces fédérales, mais chez eux ils n’ont jamais été poursuivis.

 

Gerashchenko n’a pas mentionné le fait qu’à la Verkhovna Rada, y compris au sein du comité pour l’intégration européenne, est déjà mis à l’étude le projet de loi N°1297, permettant de révoquer la citoyenneté de ceux qui ont commis des crimes contre « les bases de la sécurité nationale. » Le projet était encore à l’ordre du jour au dernier jour de la dernière session –le 29 janvier, mais les députés ne l’ont pas encore examiné.

La presse ukrainienne l’a baptisé « projet présidentiel». Formellement, il a été proposé par deux députés du « Bloc Petro Porochenko » –le Président du Comité de la Rada pour  le soutien législatif de l’application des lois Andriy Kozhemyakin, et son collègue au sein du Comité Mykola Palamarchuk.

Dans l’exposé des motifs, les législateurs affirment qu’une telle pratique est courante dans de nombreux pays. « L’introduction de mesures supplémentaires dans le cadre de la  poursuite pénale des actes criminels contre les bases de la sécurité nationale sous la forme de perte de la nationalité serait une réponse juste et adéquate du gouvernement pour les actions des criminels – espions, saboteurs, traîtres, dont les actions ont menacé la sécurité nationale de l’Ukraine », – écrivent les co-auteurs.

Le document est une série d’amendements au Code pénal, à la loi sur la citoyenneté et d’autres. Comme il ressort de ce texte, la privation d’un passeport ukrainien ne peut être prononcée que par un tribunal, mais seulement « en association » avec une peine de prison de 5 ans ou plus. Séparément, en soi, la privation du passeport n’est pas envisagée.

 » Loi Wasserman »

Le député du même groupe parlementaire Alexei Gontcharenko (Odessa), qui, il y a six mois avait appelé à priver de citoyenneté un autre odessite , le journaliste Anatoly Wasserman pour ses attaques « anti-ukrainiennes » –a annoncé à notre journal qu’il voterait pour la loi. Cependant, à son avis, elle doit être appliquée uniquement aux compatriotes dont on n’a pas d’autres moyens de les punir.

« Par exemple, ceux qui sont allés à l’étranger et que la justice ne peut pas atteindre, » – dit le député, par exemple, ceux qui sont restés dans les républiques autoproclamées de DNR et LNR. « Ce sont des territoires ukrainiens, mais ils ne sont pas sous notre contrôle, » – a déclaré Gontcharenko.

Selon le député, la privation de nationalité n’est pas liée à la nécessité de déclarer une amnistie, ce qu’exigent de Kiev les accords Minsk. « Selon les lois de l’Ukraine,l’amnistie ne peut en tout cas être accordée à ceux qui ont commis les crimes les plus graves», – a-t-il dit, n’excluant qu’une telle mesure serait utilisée contre les dirigeants de la DNR et LNR, à savoir Alexandre Zakharchenko et Igor Plotnitsky.

Pendant ce temps, Anatoly Wasserman, comme on sait, a demandé la citoyenneté russe, et à la fin de janvier, le président Poutine a accédé à cette demande . Toutefois, selon le publiciste, il n’a pas encore reçu les nouveaux documents, donc techniquement il est toujours Ukrainien. Dans une interview avec VZGLIAD, Wasserman a dit d’emblée que la future loi contredit directement la Constitution de l’Ukraine. « Ceci est une nouvelle violation de la Constitution ukrainienne, l’article I-25 qui, en principe, interdit la privation de la nationalité sans la volonté du citoyen concerné », – a rappelé le journaliste.

« Si quelqu’un doit être privé de sa nationalité, ce sont les organisateurs et les participants du coup d’Etat du 22 Février 2014. Si ces gens trouvent qu’il est possible de refuser à quelqu’un la citoyenneté, alors ils doivent être prêts à perdre leur citoyenneté. À mon avis, ces personnes ne doivent pas être privées de la citoyenneté, mais jugés selon les lois qu’ils ont transgressées », – a dit le publiciste.

« Permettez-moi de vous rappeler qu’il y avait deux mesures plus sévères de protection sociale dans la première décennie du pouvoir soviétique – la peine de mort et l’expulsion de l’Union soviétique, ce qui est tout à fait logique, car c’était une question de protection de la société. Alors la punition n’était pas considérée comme une fin en soi, mais servait seulement à protéger la société contre les individus qui représentaient une menace pour elle, « – a déclaré Wasserman.

« De mon point de vue, pour ceux qui ne peuvent pas, après l’expulsion du pays, poursuivre leurs activités destructrices, l’expulsion et la déchéance de nationalité peut être une mesure tout à fait adéquate. Mais pour les personnes qui ont commis un crime très grave, c’est une punition trop faible »- estime-t-il.

Wasserman n’exclut pas que Kiev prive maintenant de leur citoyenneté tous les dirigeants de DNR et LNR. « Mais cela signifierait reconnaître que le Donbass depuis longtemps déjà ne fait pas partie de l’Ukraine », – a dit encore l’écrivain ukrainien.

Deux millions d’apatrides

Dans le Donbass lui-même on s’attend aujourd’hui à ce que des masses de gens soient déchus de leur nationalité. « Sous le coup de cette loi tombent non seulement les dirigeants de la DNR, mais aussi de 800 000 à 2 millions de personnes. Voilà le nombre de personnes qui dans le Donbass correspondent à la définition large que donne Gerashchenko. Il y a une ségrégation flagrante –s’insurge Andreï Pourguine,- député et politologue, ancien président du parlement de DNR, dans une interview avec le journal Vzgliad. –Se retrouve marginalisé tout ce qui est russe et pro-russe. C’est comme si ce n’étaient plus des êtres humains, on n’a plus aucune pitié. On peut en faire tout ce qu’on veut. Il est possible que le gouvernement ukrainien actuel se décide à çà « .

Le politologue de Donetsk est sûr qu’il n’y aura aucune amnistie:  » Le parlement ukrainien ne sera jamais d’accord. Il n’y a pas de parti de la paix, il n’y a pas des gens qui veulent apaiser ce conflit, juste certaines personnes qui jouent au mauvais flic, d’autres – au gentil « . Rappelons que les autorités ukrainiennes ont commencé le remplacement en masse des anciens passeports, mesure qui exclut de fait les résidents des républiques séparatistes.

Selon la tradition ukrainienne, tout sera fait en dehors des règles admises, assure Pourguine.  » Tout simplement on empêchera les personnes ayant une adresse à Donetsk d’obtenir un nouveau passeport, et, finalement, l’ancien passeport sera invalidé. Ainsi, les gens n’auront pas nommément été privés de leur nationalité, mais deux millions de personnes effectivement auront été jetées par-dessus bord « , – prédit Pourguine.

Comme indiquait fin janvier notre journal, la République populaire de Donetsk,suite à celle de Lougansk, a commencé à fabriquer ses propres passeports. Comme dit le chef de la DNR AlexandreZakharchenko , cette décision était dictée par la nécessité: «Ceci est  une mesure nécessaire après que l’Ukraine a annoncé le passage aux passeports biométriques. Nous considérons cela comme une tentative de priver les citoyens de la DNR de tout papier d’identité ».

Trad Marianne Dunlop

 

 
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Publié par le février 11, 2016 dans Uncategorized

 
 
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