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Un constat : je n’ai rien à voir avec ces gens-là.

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La Pologne est sans doute pour moi le lieu où toutes les contradictions de la période prennent l’aspect le plus caricatural, mêlant hier et aujourd’hui, mon histoire et celle du socialisme dans une sarabande...

Hier j’ai tenté d’expliquer à Marianne à quel point la situation tendait à devenir inconfortable pour moi. Je ne supporte pas les groupuscules et encore moins quand ils font profession d’antisémitisme (ou de toute autre forme de racisme, en fait d’illusion sur la nature de l’adversaire réel). J’ai adhéré à un parti de masse qui n’avait rien à voir avec cette logique groupusculaire. Ce matin je me réveille et je suis frappée par une idée : je n’ai rien à voir avec Clémentine Autain et me retrouver dans le camp d’individus de ce type est une profonde erreur de casting. Qu’il s’agisse de ce cri chanté il y a peu: « Il a la classe notre Tsipras » ou de l’excuse des viols à Cologne au nom de ceux perpétrés jadis par l’armée rouge. Je me sens aux antipodes et ça n’arrête pas. Elle n’est pas la seule et ce qui était un simple malaise devient totalement rédhibitoire. C’est un gauchisme terriblement conformiste et qui pourtant viole le bon sens le plus élémentaire et devient un repoussoir. Le contraire de ce à quoi j’ai cru adhérer.

Bien sûr le fond de ce qui nous sépare n’est pas que positionnement de surface, mais bien  l’estimation de ce que fut réellement le 20ème siècle, l’expérience de l’Union Soviétique et je crois que la prolifération des groupuscules sans véritable audience et pourtant très bruyants, tient au refus d’aborder cette question de front, ce qui nous laisse sidérés. Pire encore, il arrive que ceux qui croient tenir bon perdent pied et défendent l’indéfendable. La littérature qu’ils diffusent, les sources auxquelles ils s’alimentent montrent à quel point la confusion gagne les esprits. Je n’ai rien à voir avec ceux qui ne font plus la différence entre les sympathisants d’extrême-droite, les thuriféraires du nazisme et le communisme.

En fait tout cet émiettement, ces régressions sont aussi le produit du contexte. Il s’agit aujourd’hui du déclin de l’empire américain et de l’occident, et du surgissement d’un autre monde. Si certains finissent par appuyer de fait les convulsions de l’empire, d’autres voient dans le changement une fin en soi. Pourtant,  le monde en train de naître reste encore à dessiner et il pose encore et toujours la question de socialisme ou barbarie. La chute et l’apparition d’une alternative sont encore et toujours des enjeux nécessitant l’intervention populaire, enjeu où s’imposeraient des mouvements et des prises de position des communistes, en faveur de la paix, de la justice. On  cherche en vain cette capacité à entraîner les masses, à les organiser. Il reste des espérances, voire des organisations de l’expérience antérieure enfouies sous les tonnes de gravats de la propagande des vainqueurs? .

Donc la malheureuse Clémentine Autain n’est pas la vraie responsable, elle n’est que le produit de nos propres incapacités, et de surcroît ce n’est pas la seule et il y a sans doute des gens qui me sont encore plus étrangers, encore plus insupportables, mais ceux-là ne présentent pas la moindre équivoque. Ces présidentielles, cette absence de perspectives alors que les périls s’accumulent sont en train de m’empêcher d’alimenter ce blog. J’ai besoin de réfléchir, de prendre de la distance et de n’inscrire ici que les rares choses qui aujourd’hui ne me posent pas problème et ne me donnent pas le sentiment de trahir l’engagement d’une vie en croyant le poursuivre.

Bonne journée…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le septembre 28, 2016 dans Uncategorized

 

Du temps où Prévert et le groupe octobre soutenaient une grève chez Citroën…

 

On aimerait bien les avoir aujourd’hui pour soutenir ceux d’Air France, ceux d’Alsthom et de Goodyear… Du temps où ces intellectuels prestigieux étaient les compagfnons de route du parti communiste…

 
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Publié par le septembre 27, 2016 dans Uncategorized

 

Auschwitz: la vérité

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Par Eric Conan et Denis Peschanski, publié le 23/09/1993 à 00:00 , mis à jour le 27/06/2014 à 13:37

[Archives] Depuis près de cinquante ans, on attendait l’ouverture des archives nazies conservées à Moscou par le KGB. Jean-Claude Pressac les a consultées. Résultat: un document terrifiant sur la construction et le fonctionnement du camp. Et des révélations sur le nombre des victimes comme sur la date de mise en application de la solution finale. Un ouvrage qui servira de référence aux historiens du monde entier.

Il aura donc fallu attendre près d’un demi-siècle pour voir s’ouvrir les archives soviétiques de la Solution finale: 80 000 documents saisis à Auschwitz en 1945 et conservés aujourd’hui dans les Archives centrales de Moscou, au 3 de la rue Vyborskaïa. Grâce à ces pièces – la majeure partie des archives relatives au camp d’extermination – vient d’être réalisée la première synthèse des connaissances sur l’un des événements majeurs du xxe siècle. Il s’agit là d’une avancée historique considérable. Non seulement elle permet une compréhension désormais totale de la mise en place et du fonctionnement technique des chambres à gaz et des fours crématoires, mais elle conduit à réviser la chronologie de l’extermination et débouche sur un nouveau comptage, précis et sans doute définitif, des victimes.

L’auteur de ce travail, le premier à avoir dépouillé les archives d’Auschwitz conservées depuis la fin de la guerre par le KGB, est un Français. Jean-Claude Pressac attendait cette opportunité depuis des années. Consultant du musée d’Auschwitz, conseiller du musée de l’Holocauste, à Washington, ce pharmacien de formation est le spécialiste incontesté des recherches sur les techniques de l’extermination nazie. Déjà auteur de l’ouvrage essentiel (en anglais) sur la question (1), écrit à partir des archives polonaises et allemandes, il ne lui manquait plus que l’accès aux archives soviétiques pour connaître l’intégralité des procédés techniques, combler de nombreuses lacunes et répondre à bien des interrogations. C’est l’objet de l’ouvrage que publie aujourd’hui le CNRS et qui va désormais faire office de référence mondiale sur le sujet: Les Crématoires d’Auschwitz. La machinerie du meurtre de masse (2).

Tous les travaux sur la politique d’extermination nazie se heurtent au problème de la dissimulation: la décision et l’exécution du judéocide furent entourées par leurs auteurs d’un secret absolu. Il n’existe ni film ni photo représentant un gazage homicide et aucun discours officiel ne mentionne le processus de l’entreprise criminelle. Les diverses opérations aboutissant à la disparition physique des victimes étaient camouflées derrière un langage de service anodin (« traitement spécial », « action spéciale », etc.). Et, lors de l’évacuation du complexe concentrationnaire, en janvier 1945, les SS prirent soin de dynamiter les installations criminelles (et elles seules) et de brûler la quasi-totalité des archives de la « section politique » du camp. Ne restèrent intactes que les archives de la Direction des constructions SS (SS Bauleitung), chargée des travaux de construction et d’entretien et des rapports avec les différentes entreprises intervenant dans le camp. Mais ces archives essentielles furent immédiatement partagées en deux: les Soviétiques, ayant libéré le camp, en saisirent les deux tiers (transportés à Moscou et bloqués par le KGB pour des dizaines d’années), l’Etat polonais conservant le reste, déposé aux Archives du musée d’Auschwitz.

L’événement « indicible »

Pendant longtemps, même la petite partie disponible en Pologne demeura inexploitée. D’abord parce que les récits des témoins et de certains exécutants, et la présence de nombreux survivants, paraissaient suffisants. Mais aussi parce qu’un courant important de la mémoire juive refusait toute approche rationnelle de la Solution finale, qualifiée d’événement « indicible » et « impensable ». Or, à partir des années 70, la littérature négationniste choisit précisément comme angle d’attaque les modalités techniques du génocide, pour contester l’existence même des chambres à gaz. Cette stratégie du soupçon se limitait en fait à relever systématiquement les erreurs, imprécisions ou invraisemblances techniques, logiquement nombreuses dans les récits de témoins ou dans les textes soviétiques et polonais de l’après-guerre qui firent d’Auschwitz un thème de propagande idéologique. Pharmacien et scientifique, Jean-Claude Pressac partagea au départ plusieurs objections d’ordre technique avancées par les négationnistes. Il se plongea alors dans la lecture des archives polonaises et fit rapidement le tri entre les inexactitudes, faciles à relever ici ou là, et la réalité du génocide. Il s’aperçut cependant que, contrairement aux apparences, l’étude détaillée de l’extermination des juifs, simple dans son principe, mais complexe dans sa machinerie, n’avait pas, jusque-là, été entreprise. L’histoire technologique de la Solution finale restait encore à écrire.

Dans une première étape, le dépouillement des pièces disponibles en Pologne et en Allemagne lui permit de démontrer, sur le terrain technique, qu’ils avaient choisi, les contrefaçons des négationnistes. Ce travail, encouragé et publié il y a quatre ans par la fondation Beate Klarsfeld, ouvrait les pistes d’une histoire du processus de mise à mort industrielle à Auschwitz: malgré les consignes nazies de dissimulation et la destruction des archives politiques d’Auschwitz, l’étude de ces archives techniques permettait de retracer précisément l’activité du camp et de répondre à un certain nombre de questions restées jusqu’ici ouvertes. Mais les archives polonaises (250 dossiers, contenant 50 000 documents et plans) et allemandes, suffisantes pour répliquer aux négationnistes, ne permettaient pas de reconstituer l’intégralité du processus. On comprend ainsi l’enjeu que représentait l’ouverture des Archives centrales (ex-spéciales) de Moscou, où se trouve depuis 1945 la partie la plus importante de ces archives techniques (600 dossiers, contenant 80 000 documents et plans). Après deux années de travail sur les documents de Moscou et de Weimar (archives de l’ex-Allemagne de l’Est), Jean-Claude Pressac livre donc, aujourd’hui, la première reconstitution des techniques d’extermination, à partir des seules sources écrites contemporaines (et donc affranchie des témoignages).

Ainsi, derrière Hitler, Himmler ou Eichmann, apparaissent de nouveaux personnages, bien moins connus, alors qu’ils jouèrent un rôle décisif: les fonctionnaires de cette Direction des constructions SS (Bauleitung SS), mais aussi les ingénieurs et responsables des firmes civiles chargées des travaux. Karl Bischoff, le « Bauleiter ». Ses adjoints directs, Walter Dejaco et Fritz Ertl. Et surtout l’ingénieur principal Kurt Prüfer, qui équipa Auschwitz de crématoires surpuissants, fabriqués par la société qui l’employait, la Topf und Söhne d’Erfurt, totalement associée à l’entreprise criminelle.

Tout ce qui fut projeté, étudié, édifié et réparé à Auschwitz, y compris chambres à gaz et crématoires, dépendait de la Bauleitung. Laquelle consignait et archivait tout. Lorsqu’elle entreprenait la construction ou l’aménagement de bâtiments, elle établissait des dessins, des tirages de « bleus », des devis des matériaux nécessaires et lançait des offres de marché ciblées auprès des firmes régionales, en fonction de leur spécialité (terrassement, isolation, toiture, plomberie, etc.). Jean-Claude Pressac a découvert que la Bauleitung conservait également les pièces des entreprises ayant emporté les marchés: plans, états d’avancement des travaux, bordereaux récapitulatifs des travaux effectués, lettres mentionnant les obstacles rencontrés, factures, etc. A la fin, chacune des réalisations était réceptionnée officiellement par la Bauleitung, ce qui donnait lieu à de nouveaux documents (répertoriant les différentes installations qu’elle remettait à l’administration du camp).

 

Ingénierie criminelle

Au sein de cette masse de documents, Jean-Claude Pressac a retrouvé les preuves de l’organisation de l’homicide. Ici ou là, et souvent à propos de questions techniques incontournables, la vérité apparaît: sur un plan, dans un devis ou dans une lettre urgente, des indications précises trahissent les consignes de secret en attestant l’existence des chambres à gaz homicides.

Quelques exemples peuvent illustrer ces « bavures ». Pourtant très prudent, le chef de la Bauleitung lui-même, Karl Bischoff, commet un lapsus dans une lettre adressée le 29 janvier 1943 à son supérieur, à Berlin: il désigne la morgue 1 du crématoire II comme « cave à gazage ». Le 6 mars suivant, un technicien en chauffage de la Bauleitung, Rudolf Jährling, presse la firme Topf d’effectuer rapidement l’installation du système de réchauffement de cette morgue 1: un tel local doit par définition rester frais, mais son utilisation en chambre à gaz réclamait une température supérieure à 27 degrés, afin de permettre la vaporisation rapide du zyklon B (granulés de silice imprégnés d’acide cyanhydrique). Le 14 mars, c’est un contremaître civil de Topf, Heinrich Messing, qui laisse échapper le terme de « cave à déshabillage » à propos d’une salle du crématoire II. Le 31 mars, Hans Kirschneck, ingénieur sous-lieutenant SS de la Bauleitung, signale que la morgue 1 du crématoire II est équipée d’une porte étanche au gaz avec un oeilleton de verre épais de 8 millimètres. Dans la lettre et le télégramme échangés les 11 et 12 février 1943 entre la Bauleitung et Topf est mentionnée une soufflerie en bois destinée à désaérer une salle désignée comme « morgue »: preuve que l’air extrait n’était plus celui d’une morgue, mais de l’air contenant de l’acide cyanhydrique, gaz corrosif, ne pouvant être aspiré par une soufflerie classique en métal. Le même mois, juste au moment de la pose d’un système de ventilation, la Bauleitung demande à Topf de lui envoyer des détecteurs de gaz mesurant les restes d’acide cyanhydrique dans le crématoire II. Or, dans une vraie morgue, on utilise des désinfectants (comme, à l’époque, l’eau de Javel ou le Crésyl), mais non un produit destiné à tuer les poux… Le crématoire III fut livré le 24 juin 1943. Les bordereaux de réception mentionnent que sa « morgue » comprend une « porte étanche au gaz » et quatorze (fausses) douches, ce qui trahit une fois de plus son utilisation en chambre à gaz. Etc.

La richesse du fonds russe d’archives permet une compréhension presque parfaite de l’ingénierie criminelle et de sa conception. La technique des fours d’incinération en fut l’élément central: la difficulté principale, pour les nazis, était non pas le gazage, mais l’élimination des cadavres. Le rythme de l’extermination dépendait donc de celui de la crémation. D’où l’enjeu représenté par la conception de fours crématoires d’une capacité et d’une efficacité inégalées. Jean-Claude Pressac retrace minutieusement le rôle essentiel joué par la firme Topf und Söhne, ses dirigeants, et en particulier l’un de ses ingénieurs, Kurt Prüfer, considéré alors comme un génie de la crémation. Jour après jour, à travers l’histoire industrielle de cette entreprise, nous pouvons suivre les efforts de Prüfer et de son équipe, qui vont faire passer la technique des crématoires d’un stade artisanal et purement sanitaire, dans les premiers camps de concentration, à l’usine de mort d’Auschwitz II-Birkenau, disposant de complexes constitués de chambres à gaz reliées (parfois par monte-charge d’une capacité de 1 500 kilos) à des fours d’incinération. A partir de son four civil, modèle 1934, chauffé au gaz de ville, Prüfer, essai après essai, adapte ses fours au coke, améliore le tirage, la puissance des souffleries d’air pulsé, l’isolation. Objectif: réduire au minimum la durée d’incinération, afin d’accélérer le débit. Il parvient ainsi à passer de quelques incinérations par jour, dans un crématoire normal, à un rendement de 1 000 et même de 1 500, dans les crématoires II et III de Birkenau.

Des pannes fréquentes

La sécheresse technique de l’étude de Jean-Claude Pressac, dénuée de tout commentaire et de tout témoignage, nous fait pénétrer la réalité humaine d’une usine. Sa vie quotidienne. Ses problèmes. Il y a des pannes fréquentes: il est rare que l’ensemble des crématoires fonctionnent en même temps. Certains sont abandonnés, déficients après avoir été surexploités ou à cause d’un défaut de structure. La Bauleitung a aussi de gros ennuis avec les cheminées, qui, soumises à un rythme de plus en plus rapide, se fissurent souvent sous l’effet de la chaleur. Topf, comme toutes les entreprises, a des contentieux de facturation avec son client. Il lui arrive de faire du dumping pour évincer ses concurrents (notamment Kori, à Berlin) et emporter le maximum de marchés dans les différents camps du Reich. Prüfer, qui touche personnellement 2% sur les bénéfices des ventes, veut être présent partout.

La chronique de la vie professionnelle de ces fonctionnaires, techniciens et employés, constitue par sa banalité l’un des plus terribles documents sur la Solution finale. Car c’est à cause de ce travail appliqué de mise au point de techniques incinératrices surpuissantes qu’Auschwitz devint un lieu d’anéantissement massif des juifs. Les premiers gazages eurent lieu à Auschwitz I, le camp principal, en décembre 1941 (et non en septembre, comme on le pensait jusque-là), sur des malades qualifiés d’ « irrécupérables » et des prisonniers soviétiques, et en 1942 et 1943 furent réalisés à Auschwitz II-Birkenau les crématoires II, III, IV et V, à très grande capacité.

« Traitement spécial »

Les documents soviétiques analysés par Jean-Claude Pressac apportent donc des confirmations minutieuses, décisives et sans réplique à ce que l’on savait des camps d’extermination. Ils donnent aussi un nouvel éclairage au processus et à la chronologie de la Solution finale. La date du début de la phase industrielle de l’extermination apparaît ainsi plus tardive que ne le pensaient les historiens. Plus précisément, et au détriment de l’importance accordée jusqu’ici à la conférence de Wannsee (20 janvier 1942), la nouvelle chronologie publiée par Jean-Claude Pressac montre que l’opération a eu lieu en deux temps. Quand, en septembre 1941, Hitler ordonne la déportation vers l’Est des juifs du Reich, il a clairement décidé de les éliminer à plus ou moins long terme, progressivement ou rapidement, en fonction de la résistance des organismes, soumis à des épreuves destructrices. Cette procédure est élargie à l’ensemble des territoires occupés lors de la conférence de Wannsee. Mais ce n’est que fin mai-début juin 1942 que la volonté politique et idéologique de mort trouve dans les innovations techniques mises en oeuvre à Auschwitz (grâce à Prüfer) les moyens d’une extermination industrielle, devenue alors un objectif prioritaire du régime nazi.

La première « sélection » date ainsi du 4 juillet 1942 et vise un convoi de juifs slovaques: les « aptes au travail » (hommes et jeunes femmes sans enfants) étaient séparés des « inaptes au travail » (enfants, femmes et vieillards), voués au gaz. C’est précisément à la fin du mois de juillet qu’apparaît, pour la première fois, l’expression « traitement spécial ». Dès cette époque, gênés par de fréquentes pannes des fours d’incinération du crématoire I, incapable d’assurer un rendement suffisant pour la réalisation du programme d’extermination, les responsables de la Bauleitung signent avec Topf un contrat pour l’installation urgente de quatre nouveaux crématoires.

Autre apport décisif rendu possible par l’étude des documents soviétiques: le bilan précis des victimes d’Auschwitz, en retrait par rapport aux calculs connus et déjà récemment révisés à la baisse. Plusieurs chiffres erronés ont été avancés après guerre. En 1945, la Commission soviétique d’Auschwitz estimait le nombre total de morts à 5 500 000. La Pologne communiste s’en est longtemps tenue au chiffre de 4 millions de victimes, affiché jusqu’en 1990 sur le site d’Auschwitz II-Birkenau et repris en 1956 dans le célèbre film d’Alain Resnais Nuit et brouillard. La première estimation sérieuse, établie par l’Américain Raul Hilberg (3), s’élevait à 1,2 million (1 million de juifs et 200 000 non-juifs) et la plus récente, proposée par l’historien polonais Francis Piper, à 1,1 million.

Environ 800 000 tués

Jean-Claude Pressac a pu, quant à lui, s’appuyer, le premier, sur la source exceptionnelle que constituent pour Birkenau les registres de décès (« Sterbebücher ») des déportés astreints au travail (et donc immatriculés), soit 46 registres conservés à Moscou. Pour les autres victimes, sélectionnées comme « inaptes » et gazées dès leur arrivée (sans immatriculation), Jean-Claude Pressac se sert des données techniques afin de modifier sensiblement le comptage des victimes polonaises et hongroises.

Environ 800 000 personnes ont été tuées à Auschwitz: 15 000 prisonniers de guerre soviétiques, une dizaine de milliers de Tsiganes, morts du typhus ou par gazage, 130 000 détenus, juifs et non-juifs, morts de maladie ou d’épuisement par le travail, et 630 000 juifs, adultes et enfants, assassinés dans les chambres à gaz dès leur arrivée.

Un travail du même type, sur les autres camps, amènera sans doute d’autres révisions et, parallèlement, une réévaluation de la responsabilité de la Wehrmacht dans ses opérations de massacres de juifs, comme sans doute de l’importance de la mortalité dans les ghettos. Mais la nature de la Solution finale reste inchangée: des millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont morts, comme l’a écrit Arthur Koestler, « d’être nés dans un lit et non dans un autre ».

* Chargé de recherches au CNRS, Institut d’histoire du temps présent. (1)  » Auschwitz: Technique and Operation of the Gas Chambers « , The Beat Klarsfeld Foundation, New York, 1989. Non traduit en français.

(2) Editions du CNRS.

(3) « La Destruction des juifs d’Europe », Fayard, 1988.

 
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Publié par le septembre 27, 2016 dans Uncategorized

 

Pourquoi le socialisme de l’avenir ne sera ni pluraliste ni libertaire

une réflexion de Gilles Questiaux qui correspond à ce que nous tentons dans ce blog Marianne et moi, travailler sur ce qu’a été l’UNion Soviétique, le refus de l’oubli non seulement pour le passé mais pour l’avenir. Je ne partage pas nécessairement tout ce qu’écrit Gilles, mais il a le très grands mérite de ne pas renoncer à penser. Dans un temps où se multiplient les sites qui confondent socialisme, communisme et extrême-droite comme l’immonde Comité Valmy devenu avec d’autres, champion de la publication des auteurs négationnistes, cela fait du bien qu’il existe un site comme réveil communiste. J’en profite pour interdire aux sites négationnistes et d’extrême droite comme Comité Valmy, mondialisation.ca, réseau international, les moutons enragés, The saker et d’autres la reprise des textes de ce blog.  (note de danielle Bleitrach)

http://www.reveilcommuniste.fr/2015/09/pourquoi-le-socialisme-de-l-avenir-ne-sera-pas-liberal.html

Station Komskomolskaya, Moscou : rien n'est trop beau pour la classe ouvrière

Station Komskomolskaya, Moscou : rien n’est trop beau pour la classe ouvrière

Tous ceux qui espèrent que l’humanité va poursuivre sa route vers le progrès et s’orienter vers le socialisme sont interpelés par l’échec des pays socialistes au XXème siècle qui a laissé le monde dans une profonde dépression, morale et psychique.

Souvent on s’en tire par une pirouette : ces pays, ces régimes n’auraient pas été vraiment socialistes. D’autres pensent qu’il faut abandonner la perspective du socialisme pour sauter à pied joints dans le communisme. Je ne discuterai pas ces points de vue, qui ne sont pas sérieux.

Donc les pays socialistes étaient vraiment socialistes, et ils ont disparus, sauf deux : République Populaire Démocratique Corée et Cuba qui manifestent une incontestable résilience, mais dont l’avenir est toujours menacé. La Chine, le Viet-Nam, et le Laos, peut être aussi le Bélarus sont revenus à l’économie de marché, et ont réintroduit le capitalisme, mais sans lui laisser les clés du pouvoir politique. Plusieurs pays latino-américains et africains ont une politique sociale de redistribution avancée qui fait penser au socialisme, qui provoque l’ire de la bourgeoisie mondiale, mais qui ne s’attaque pas assez directement à la propriété privée de moyens de production pour qu’on puisse les y rattacher. Et aujourd’hui, plus important encore, que les grands moyens de production, les médias de masse. D’où leurs difficultés présentes.

Mais globalement il nous reste en tenant compte de ces expériences présentes et passées (dont certaines étaient en fait assez réussies pour produire le bonheur le plus répandu, si on en croit les regrets formulés à cet égard en Europe de l’Est et en ex URSS) à proposer un schéma du socialisme de l’avenir (2.0, ou XXI, peu importe le slogan), qui ne se fracasse pas sur les mêmes écueils.

Toute la question est de savoir si le socialisme à succombé davantage à ses contradictions internes ou à la pression extérieure. Selon le cas le diagnostic est tout à fait différent. Si le socialisme a succombé à ses défaillances internes, il faut les localiser et prévoir une organisation politique nouvelle capable de les neutraliser ou de les inverser en faveur du processus.

La principale contradiction interne du socialisme a été la production d’un groupe social spécifique, distinct des reliquats de la bourgeoisie antérieure à la révolution, et intéressé au retour au capitalisme, groupe qui proliférait dans l’intelligentsia et dans la bureaucratie (qui sont les deux faces, coté jardin, coté cours, de la même réalité sociologique) et qui était essentiellement composé de cadres espérant égaler le niveau de vie et le statut social de leurs homologues en pays capitalistes. Il y avait certainement dans le monde socialiste de première génération un défaut dans le système de formation, de désignation et de rotation des cadres, que les autorités tentaient par accès de corriger par une répression souvent aveugle, disproportionnée ou erratique. L’idéologie spécifique de ce groupe avait triomphé en URSS dès les années 1970 comme le montre bien la production culturelle, dissidente ou officielle.

Si le socialisme a été victime des pressions extérieures, il faut réfléchir à la nature de ces pressions et imaginer des défenses d’un nouveau genre, tenant compte de l’évolution de la stratégie. Il est indéniable que les puissances impérialiste ont mené une politique de fond pour son éradication, et qu’il a été continuellement sur la défensive.

Lorsque les facteurs internes et externes se sont unifiés, la partie était jouée.

Mais avant tout il ne faut pas faire fausse route. Qu’on l’appelle ainsi ou autrement, hégémonie par exemple, le socialisme est le système économique et social géré par la dictature du prolétariat. Le point crucial est donc dans la conscience prolétarienne. Si la classe ouvrière ( au sens large) ne sent plus cet État comme le sien, c’est perdu.

Ce qui a caractérisé l’image finalement négative du socialisme, c’est l’idée qu’il s’agissait de dictatures de parti unique, interdisant l’expression des opinions d’opposition, et défendues par un appareil policier, n’hésitant pas à soumettre la société à une surveillance de masse et à recourir à la dénonciation. Dans ces conditions l’idée la plus répandue pour dépasser la contradiction du socialisme a été de proposer le fameux « socialisme à visage humain » suivant le slogan de Dubcek, leader du soi-disant Printemps de Prague de 1968. Un socialisme pluraliste, sans répression, sans surveillance, libertaire à l’instar de mai 68 (ou tout simplement de l’Angleterre des swinging sixties). Marx Engels Lénine et John Lennon.

Je pense que cette voie est erronée comme l’ont montré la Hongrie en 1956 où contrairement à la légende gauchiste la libéralisation ouvrit en grand la brèche pour les lynchages fascistes, et le Chili en 1973 où le respect des règles de la démocratie formelle désarma le peuple ; un socialisme sans police, sans surveillance des activités contrerévolutionnaires, et qui se remet en jeu de lui-même candidement dans l’alternance électorale n’a pas d’avenir, tant que les métropoles principales du capitalisme ne sont pas tombées. N’oublions pas que le choix du socialisme est à long terme, qu’il n’est pas réversible sans massacre social, et que son rythme de maturation centenaire n’est pas celui des vagues de l’opinion.

Il faut prendre conscience de ce fait têtu: dans un pays socialiste, où il n’y a pas de forces économiques séparées qui revendiquent le pouvoir sur l’ensemble de la société, il ne peut pas y avoir de parti d’opposition au sens historique du terme : le parti d’opposition, celui des « dissidents », s’appuie uniquement sur l’extérieur : l’émigration, l’impérialisme, la CIA ou aujourd’hui les « ONG » de Soros, et quelque soit son influence il ne « représente  » littéralement rien d’autre que ceux qui le financent.

Le socialisme devra se défendre tant qu’existera l’Empire des multinationales, et c’est la culture de la conscience qui permettra que le parti unique du prolétariat et l’action des services de sécurité soient approuvés et soutenus par le peuple et non ressentis comme une chape de plomb ; dans les deux cas où le socialisme a subsisté, en Corée et à Cuba, ce soutien populaire provient du caractère évident, immédiat et existentiel de la menace impérialiste sur le pays tout entier. A Cuba les CDR n’ont pas suscité de rejet équivalent à d’autres institutions de contrôle social, dans d’autres pays; sans doute parce ce quadrillage s’enracine dans une volonté populaire et publique de défendre la population contre les agressions impérialistes, et non dans le souci d’un socialisme dynamique mais minoritaire de tenir en respect un peuple indifférent ou hostile en grande partie, comme dans l’Allemagne post-nazie.

A quoi sert le pluralisme politique actuel ? Il n’est en aucun cas producteur de conscience ou de quelconque qualité de « gouvernance ». On frémit à l’idée de ce que ferait la Chine gouvernée par des politiciens comparables aux politiciens européens ou américains. Mais d’une part il permet de recruter des dirigeants politiques en canalisant la compétition des ambitieux, et les ambitieux existent et sont nécessaires partout, d’autre part il permet de repérer les opposants, de les isoler ou de les acheter, dans un monde où les médias efficaces sont contrôlés par la bourgeoisie.

La question est de savoir si nous sommes gouvernés par la puissance brute du capital qui achète ses séides, ou si nous sommes gouvernés par la conscience collective à laquelle nous participons ; si nous sommes des esclaves ou non. Mais s’il pouvait échapper à la séduction impérialiste, un certain jeu de pluralisme politique en pays socialiste pourrait servir à dénoncer le parti renaissant du retour au capitalisme qui grandit comme un parasite à l’intérieur du parti révolutionnaire, sans avoir à en venir à l’exterminer, avec beaucoup de bavures, comme en URSS en 1936 (la trahison des cadres soviétiques en 1991 permet de comprendre a posteriori sinon la méthode au moins la logique des épurations du parti dans le contexte de la menace hitlérienne).

Sous le socialisme l’individu est sans doute frustré de bien des désirs matériels immédiats mais il est en réalité beaucoup plus libre que sous l’influence de la marchandise, car sa personnalité n’est pas rongée de l’intérieur par la réification marchande, elle n’est pas le jouet des calculs constants du marketing pour le faire courir après les miroirs aux alouettes élaborés par les multinationales. Mais il ne le sait pas, ou plutôt la plupart des intellectuels par inertie idéologique bourgeoise ont utilisé cette liberté pour une rêverie réactionnaire qui les a fait tomber tout crus dans les filets de l’impérialisme. L’image du socialisme comme bagne spirituel est sortie de la féconde imagination littéraire de l’intelligentsia bourgeoise opprimée dans ses rêves de grandeur par le prolétariat, et ces pays étaient loin d’être un bagne pour les travailleurs. Mais les intellectuels organiques de la bourgeoisie ont su façonner l’histoire à leur manière, et rendre le type de liberté dont on jouit sous le capitalisme (celle d’acheter des marchandises avariées si on a de l’argent) la seule imaginable.

L’individu bourgeois est élevé dans l’illusion messianique de son destin exceptionnel. Il estime que sa liberté est en tout ce qui facilite cette illusion, et il se rebelle si on l’empêche de la poursuivre. Les classes populaires ne sont pas composées de ce type d’individu projeté hors de soi dans un rôle et pour lequel le bien n’a de sens que s’il est un bien de gloire et d’ostentation. Le socialisme permet le vrai développement de l’individualité de tous, et des prolétaires avant tout, dont le désir sous-jacent au bourrage de crâne marketing n’est pas d’écraser les autres prolétaires mais de participer à la grande coopération créatrice. C’est par la discussion collective, éclairée par le parti qu’il a lui même créé que le prolétariat accède petit à petit à la conscience sociale, qui est supérieure à la conscience romanesque à la Madame Bovary qui occupe la tête des étudiants et des cadres bourgeois.

Le prolétariat dans la Bible est voué éternellement à couper le bois et à porter l’eau. Jusqu’à la Révolution il reste l’humble instrument de l’ambition et du confort des classes cultivées. Seul le socialisme permet au coupeur de bois et au porteur d’eau qui a tout créé de l’humanité de vivre humainement. Les expériences socialistes ne peuvent être jugées qu’à l’aune de la totalité du temps historique.

Dans un premier temps cette libération se produit au détriment de la production car le prolétariat affranchi a tendance à se partager la plus-value, ou à cesser de la produire. Mais après l’étape d’adaptation, la classe exploitée deviendra comme le pensait Marx la nouvelle force productive inépuisable et gratuite, car il décidera lui-même de l’emploi de la plus-value pour le bien commun de l’humanité. Le stakhanoviste qui est la figure de l’histoire révolutionnaire la moins comprise et la plus haïe du gauchiste petit-bourgeois préfigure pourtant cette mutation du prolétariat en classe créative.

Mais il doit en chemin se défaire des mythes existentiels et du roman parasitaire de la bourgeoisie et des classes moyennes (esclaves qui se croient libres, exploités qui se prennent pour des bourgeois). Il faut simplement lui donner le temps de son auto éducation pour se passer des exploiteurs, et c’est son parti qui peut lui donner ce temps critique.

GQ, 22 septembre 2015

 

 
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Publié par le septembre 27, 2016 dans Uncategorized

 

Kouri Abdoukarim, le village tadjik sans eau ni électricité

http://novastan.org/articles/kouri-abdoukarim-le-village-tadjik-sans-eau-ni-electricite

  • Est-ce ainsi que les hommes vivent? Pour avoir arpenté le Tadjikistan pendant sept semaines du temps de l’Union Soviétique je n’ai cessé depuis d’éprouver une sorte d’amitié pour ce peuple, encore un pays où les traces de l’Union soviétique étaient celles de la lutte contre le sous développement, un pays que l’on pouvait comparer par l’engagement de ses habitants à Cuba, le Cuba de l’Asie Centrale.Le Tadjikistan s’était reconstruit comme une nation indépendante de la domination ouzbèque et des manoeuvres de l’Angleterre sur l’Afghanistan par la renaissance de la plus vieille langue indo-européenne et par des barrages qui domptaient le fleuve La Sauvage. Ce qui avait permis la culture du coton, les vergers avec les fruits les plus parfumés du monde.Cet article a en outre le grand mérite de nous montrer à quel point les solutions écologistes ont besoin d’un niveau de développement et ne sauraient à elles seules être une alternative crédible au sous développement. C’est pour cela que l’auteur écologiste que je trouve le plus intéressant est jared diamond qui pose toujours la question de l’écologie avec celle d’un véritable développement scientifique et technique et l’abandon de ce qui a produit « l’effondrement » des sociétés au profit non pas d’une régression mais d’une véritable invention dont l’humanité est capable. note de danielle Bleitrach)

Dans un village sans eau ni électricité depuis des années, 100 personnes survivent tant bien que mal. Sans aucune aide du gouvernement tadjik, leur vie est marquée par la pauvreté, la solitude et l’amertume.

La version originale de cet article a été publiée par « Otkrytaïa Asia online » (The Open Asia).

Les habitants du village tadjik de Kouri Abdoukarim n’ont jamais eu accès à l’eau ou à l’électricité. Situés à 100 km de la capitale Douchanbé, ils disposent de réservoirs volumineux qui contiennent de l’eau de pluie qu’ils utilisent pour boire et pour d’autres besoins. Problème : le village se trouve au sud du pays, où les précipitations sont rares. En ce moment, l’eau disparaît dans les réservoirs, et la pluie ne vient toujours pas.

« Otkrytaïa Asia online » s’est rendu dans ce village et a vu comment à l’époque du développement des nouvelles technologies des habitants vivent comme au XVIIème siècle.

Le village de Kouri Abdoukarim ne se trouve pas loin de la capitale, dans la région méridionale de Jomi. Si ne serait-ce qu’une portion de route était correcte, aller à Douchanbé et y revenir pourrait prendre environ 1h30. Mais les routes ici sont pratiquement inexistantes, et notre véhicule tout-terrain avance à peine sur une route qui serpente par des ravins, soulevant de la poussière de manière à ce que presque plus rien ne soit visible à travers les fenêtres de la voiture.

« C’est la terre de nos ancêtres »

C’est avec difficulté que nous faisons la différence dans ce brouillard de poussière entre des formes similaires sur le trottoir. Nous nous sommes arrêtés, et devant nous se tenaient un homme âgé avec sa petite-fille d’environ sept ans. Ils reviennent à pied du centre où ils ont fait leurs courses. Nous nous mettons d’accord pour les conduire. Le chauffeur, hagard par cette route infernale et cette chaleur caniculaire, demande au vieil homme comment vivre dans de telles conditions est possible et pourquoi les gens n’ont pas quitté cette région. Le passager est d’accord que vivre ici est réellement insupportable. En ajoutant ensuite tout bas : « Mais c’est pourtant la terre de nos ancêtres ».

D’ailleurs, cette explication est plutôt de complaisance pour les habitants des lieux : la majorité d’entre eux n’ont simplement pas d’argent pour pouvoir déménager. Et tous aimeraient pouvoir le faire, quand on voit l’état de la route, ou plutôt son absence, qui est la première « merveille » de la vie dans ces contrées, où le plus intéressant nous attendait plus loin.

L’échec des énergies renouvelables

Alors que nous perdions espoir de pouvoir rejoindre le village de Kouri Abdoukarim, après encore un tournant abrupt, nous est apparue une première maison d’argile, avec une palissade en mauvais état. Sur son toit, se tenait un moulin à vent avec des ailes rouillées et un moteur vissé. Quelqu’un avait essayé d’établir l’énergie « verte », mais en jugeant l’aspect négligé de la structure, l’inventeur n’y était pas parvenu.

Nous appelons le propriétaire de la maison, et au bout de quelques minutes, une femme en sort. Si l’on en juge par l’apparence, elle a plus de 55 ans, mais alors que nous commençons à discuter, elle nous explique qu’il y a à peine deux ans elle a fêté son 40ème anniversaire.

Eolienne Kouri Abdoukarim

Safarmo Nozimova était arrivée ici jeune fiancée il y a presque un quart de siècle. Elle se souvient que lorsqu’elle est venue ici, elle ressentait à chaque kilomètre un effroi considérable devant ce qu’elle allait vivre. Les jours à Kouri Abdoukarim ont été encore plus effroyables que ses attentes : ici, il n’y a jamais eu d’électricité, d’eau, de route, de transport ou d’hôpital.La télévision apporte des images d’un monde impossible

« Il y a deux ans, les organes exécutifs locaux ont donné aux habitants des panneaux solaires, mais ce n’était pas suffisant » raconte-t-elle. « Pour la première fois, l’électricité est arrivée dans les maisons du village et les habitants pouvaient regarder la télévision ou écouter la radio », décrit Safarmo Nozimova.

« Nous avions honte que les voisins aient de tout, alors que nous n’avions rien. Mon mari a alors essayé de construire un petit moulin à vent pour générer de l’électricité, mais il n’y est pas parvenu. Il a alors fait tout ce qu’il pouvait pour acheter un panneau solaire, et maintenant en été nous pouvons parfois regarder la télévision. »

Mais la télévision n’a apporté que des larmes à Safarmo.

« Je vois maintenant comment vivent les gens, et je ne parviens pas à croire que c’est possible » explique-t-elle, fondant en larmes. « Ils ont de l’eau et de l’électricité ; le président donne des appartements et des maisons à qui veut. Alors qu’ici nous ne pouvons même pas boire de l’eau potable, sans parler du reste », décrit-elle.

Réservoir Kouri Abdoukarim

Aucune école dans le village

Pour le reste, c’est encore plus difficile pour Safarmo : ses deux enfants, l’un en 11ème classe (lycée) et l’autre en 2ème classe (l’équivalent du CE1), vont à l’école loin de la maison, au centre du district (raïon). A Kouri Abdoukarim, il n’y a pas d’école, et la mère rêve que ses enfants parviennent à se sortir de là. C’est pourquoi elle dépense toute son énergie pour leur éducation.

« Ils vivent chez des parents de mon mari », raconte-t-elle. « Nous payons pour la location de leur chambre, tout l’argent que mon mari gagne est dépensé pour eux. Mais ce n’est rien, si seulement tout allait bien pour eux », soupire Safarmo.

Le mari de Safarmo n’habite pas non plus avec sa femme, et ce depuis longtemps. De fait, il est contraint de travailler dans des raïons voisins, parce qu’il n’y a pas de travail à Kouri Abdoukarim. En général, les habitants sont bergers, mais à cause de l’absence d’eau et d’électricité, ils ne peuvent pas produire, par exemple, de produits laitiers : ils font grandir le bétail jusqu’à ce qu’ils le vendent ou l’échangent contre des vivres.

Maison Kouri Abdoukarim

« Nous vivons ici à deux avec ma fille benjamine », explique Safarmo. « Elle est malade,  peut-être à cause de mon accouchement très compliqué, ou bien parce que je devais me déplacer dans les villages environnants en tracteur », décrit-elle. « Les deux sœurs aînées sont déjà mariées. »

Notre interlocutrice nous invite chez elle pour boire le thé, mais nous ne pouvons pas accepter cette invitation : les réservoirs dans lesquels les habitants du village conservent leur précieuse eau de pluie se sont remplis pour la dernière fois à la mi-mai, et la population utilise ces ressources depuis.

L’école : deux chambres et un fourneau dans un coin

Nous avons entendu parler du village de Kouri Abdoukarim pour la première fois pendant l’une des conférences de presse dans la capitale, pendant laquelle les journalistes racontaient aux représentants du Ministère de l’éducation et des sciences que dans ce coin oublié de Dieu et de l’Etat il n’y avait jamais eu. Ce fait n’a jamais été confirmé : une école existe dans le village, mais la nommer ainsi est difficile. Une petite maison bancale de deux chambres au sol d’argile, avec un fourneau dans un coin, une pile de bois dans l’autre : voici à ce que ressemble la branche de l’école secondaire n°37 du village.

Professeur Kouri Abdoukarim

Son seul professeur est Bakhtior Khoudozoda, diplômé du collège pédagogique, qui place la pierre qui cale la porte de « l’école » pour que nous puissions entrer. Les cours ne sont pas encore terminés aujourd’hui. Dans la salle de classe, malgré la chaleur, il fait frais et sombre. Au-dessus du tableau, des portraits du président tadjik Emomali Rahmon sont suspendus. Ici, les enfants de 1ère à la 4ème classe (CP au CM2) étudient, alors que les plus grands sont à 2,5km de Kouri Abdoukarim. Ils s’y rendent à pied, justement par cette route pénible, même pour les véhicules tout-terrain.

Kouri Abdoukarim enfants

« En hiver, il n’y a absolument pas de route » raconte Bakhtior Khoudozoda. « Au plus fort de l’hiver, tous les enfants du village viennent ici à l’école et un deuxième enseignant vient. Il vit tout l’hiver ici », décrit le professeur.

Bakhtior lui-même est né dans un village environnant, mais il travaille et vit ici. Il affronte toutes les difficultés de la vie ici de manière stoïque. Il affirme qu’il ne peut pas laisser tomber les enfants parce qu’il craint qu’il est peu probable qu’un autre enseignant ne vienne travailler ici.

Salle de classe Kouri Abdoukarim

« Regardez-nous, nous ne nous lavons même pas »

A côté de l’école, la situation n’est pas plus rose. « Regardez-nous, nous ne nous lavons même pas », décrit Goulroukhsor Mirzoïeva, la voisine. « Il nous manque de l’eau, il a plu pour la dernière fois en mai, et maintenant nos tonneaux sont déjà presque vides, et nous ne savons pas quand sera la prochaine pluie ».

Goulroukhsor Mirzoïeva raconte qu’une source était présente il y a quelques années, mais qu’ensuite une coulée de boue a inondé l’unique artère qui apportait l’eau.

« De cette source, pour une raison qui m’échappe, l’eau était amère, nous nous sommes toujours plaints de son goût. Mais maintenant, nous n’avons tout simplement plus d’eau », raconte-t-elle.

Les fonctionnaires ont promis un partage des terres

Les coulées de boue et les glissements de terrain, voici encore d’autres fléaux du village. Chaque année, les catastrophes naturelles couvrent d’argile les montagnes qui s’approchent des maisons. Il y a cinq ans, une coulée de boue a détruit plusieurs maisons. Le village avait alors été reconnu comme dangereux pour y habiter. Des fonctionnaires étaient venus, avaient promis de partager les terres avec les habitants dans la vallée. Mais les promesses n’ont pas été tenues.

Casserole Kouri Abdoukarim

Goulroukhsor et sa famille regardent aussi la télévision et écoutent la radio, uniquement pendant la période chaude de l’année, lorsque l’énergie solaire suffit pour pouvoir faire démarrer les appareils. Au cours des mois restants, ils se contentent seulement d’une lampe. Lorsqu’ils regardent la télévision, ils ne peuvent pas croire non plus qu’ailleurs vivent des gens qui ont accès à des hôpitaux, des écoles, des magasins ou à l’eau et à l’électricité.

« On n’y croit pas » soupire Goulroukhsor. « Il y a deux ans, ma petite-fille de cinq ans est morte », faute d’avoir pu la conduire jusqu’à l’hôpital.

Kouri Abdoukarim

Les habitants ne rêvent que de se rapprocher de la civilisation

Dans le village, 9 grandes familles vivent dans une telle agonie, soit environ 100 personnes. Elles n’ont même pas accès à de l’aide pour être relogés ailleurs. Aujourd’hui, les habitants ne rêvent qu’à quelques petits lopins de terre, un peu plus près du centre du raïon. Ils veulent recevoir l’eau courante et que leurs enfants ne perdent pas des heures par jour sur la route menant à l’école. A minima, que dans des cas extrêmes les habitants puissent au moins se rendre jusqu’à un poste de secours médical.

Il existe suffisamment de terres libres dans la région, mais jusqu’à présent les fonctionnaires n’ont pas encore décidé de donner ces lopins aux habitants de Kouri Abdoukarim, et les habitants n’ont tout simplement pas la force de les poursuivre en justice.

Lilia Gaïssina
Traduit du russe par Mathieu Lemoine

 
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Publié par le septembre 27, 2016 dans Uncategorized

 

RESTE COMME TU ES ME DIT DJAOUIDA…

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Jeudi matin. C’est la deuxième fois en six mois que je vais au parloir des Beaumettes, la prison marseillaise de sinistre réputation. A l’aller je prends deux autobus, le 41 qui me mène au rond point du Prado et le 22 qui va aux Beaumettes en traversant les beaux quartiers marseillais. Peu à peu les passagers changent de physionomie, à chaque arrêt un marseillais « de souche » comme disent certains sites racistes, descend et à la fin il n’y a plus que des comoriens, des maghrébins et moi. Il est très tôt, c’est le premier parloir celui de huit heures, nous arrivons en avance et nous allons prendre un café dans un petit bar. On m’explique que dans ce café les femmes vont planquer dans le vagin divers produits, cela va du shit au téléphone portable. Les soutien-gorges sont bardés de cigarettes. Au retour, nous sommes dans la voiture d’une mère de détenu, ce sont des femmes maghrébines, pas une n’est voilée, elles sont encore jeunes dynamiques, en jean, elles conduisent nerveusement des voitures de bonne qualité et échangent les rumeurs sur la prison. Pour le shit il faut se méfier parce qu’il y a parfois des chiens, il est question d’une mère qui l’avait caché dans un sandwich et le chien l’a senti, elle a pris un mois de prison. Je suis un peu choquée par cette complicité mère enfant, devant cette décontraction face aux conséquences des trafics et puis je pense que cela fait partie de l’économie de la ville, des cités avec 30 ou 40% de chômage et j’écoute en silence. Une autre avait mis un smartphone dans les couches du bébé. Elles rient beaucoup, leurs fils sont des récidivistes, au moment où il devait sortir, le sursis antérieur est tombé. Tandis que l’on va déposer toutes nos affaires dans un casier (il faut avoir son propre cadenas) et que nous passons sous un portique – le tout ressemble beaucoup au passage de frontière en avion – je ressens toujours la même impression, un maximum de femmes et une quasi totalité de gens émanant de « l’immigration ». En matière d’autochtone, type eurasien, il y a moi mais aussi une autre créature étrange à la peau blanche presque translucide, elle n’a pas la trentaine, très mince, juchée sur des talons d’une invraisemblable hauteur, une robe noire moulante et un boa. On la croirait échappée d’une série noire de l’après-guerre. Je me demande si elle sort du « travail » ou si elle s’est habillée ainsi pour honorer son mac en prison. Toujours ce sentiment de normalité, familial presque… Il tranche avec les nouvelles horrifiques des détenus, un jeune homme a été violé, il peut crier personne ne l’entend, il y a si peu de personnel dans chaque coursive et ils n’ont pas envie de se mêler de ces histoires.Et il y a de surcroît la souffrance des miens qui eux ne sont pas des habitués.

Je découvre quelque chose que je n’aurais jamais soupçonné: la prison n’organise pas seulement la répression des détenus mais aussi de leurs familles, ce qui ne peut qu’amplifier les solidarités délinquantes. L’administration pénitentiaire vous traite avec brutalité et dehors la honte est pour tous, injustement. Je me souviens de cet enseignant de sociologie, Patrick Perez, qui m’a insultée quand j’ai essayé de chercher son appui pour aider celui qui avait failli. Avec sa queue de cheval grisonnante, son corps et son visage décharnés, il avait l’air d’une marionnette prise de folie, il me faisait des grimaces… ce fut un instant de cauchemar, jamais je n’aurais imaginé une telle réaction, une telle stigmatisation, ce qui dominait était la honte, honte pour ce que j’estimais une réaction incongrue, honte pour la manière dont il osait me traiter, moi qui n’y étais pour rien, un sentiment étrange de le voir accomplir une vengeance longtemps mûrie, j’étais vieille avec ma canne, moche, j’étais passée de l’autre côté… Au bout de quelques temps on apprend à se taire ou à rire comme ces femmes. Même moi qui méprise l’univers de la prison et considère que ceux qui sont là sont d’abord des égoïstes, ils n’ont pensé qu’à eux, ils sont le revers du capitalisme, les mêmes… Mais je sais aussi que de tous côtés le pire ne peut que conforter ce mal, cette absence d’issue… Il n’y a pas de tolérance à avoir, mais une aide, une présence, un dialogue qui doit se poursuivre sans complaisance….

Au retour, je dévore une moule frite chez Toinou et je me précipite à la bibliothèque et je me jette dans un texte le plus abstrait possible pour tout oublier. Djaouida vient se glisser à mes côtés, je ne la vois même pas. Elle racontera longuement à toute la famille comment je m’enferme dans les livres. Ils sont admiratifs et pleins de tendresse. Lundi je suis allée au lycée pour défendre mon petit-fils. C’est un bon élève mais il est insolent, il veut jouer à l’homme et ses professeurs ne supportent plus la manière dont il leur répond. Je lui donne entièrement tort et je dis à quel point je comprends ses profs et j’ajoute: « ce garçon est remarquablement intelligent, il est bon, honnête mais il est parfois stupide, de cette stupidité des adolescents contre laquelle il semble ne pas y avoir de remède. Il se croit un homme et il est prêt à sacrifier son avenir pour cet orgueil illusoire de se prendre pour un caïd. Que pouvons-nous faire vous et nous devant ce genre de choses? L’aider à gâcher sa vie? » Willem me jette des regards stupéfaits. Il ne comprend rien à ce système de défense qui l’accable mais il en mesure l’efficacité. Et comme il est intelligent je sais qu’il se sent un peu idiot.

Mon cousin m’a dit: « mais si elle a une mère juive Djouida est juive et ses enfants aussi. Tu leur diras de ma part que s’ils sont juifs ils ont intérêt à bien se tenir.! » Je sens que ‘hamid qui se rétablit de son cancer,  rêve d’un retour en Algérie et ils veulent m’entraîner avec eux. Un ami leur prête une magnifique villa pieds dans l’eau en Kabylie et ils veulent que je sois là avec eux, une aïeule sage mais un peu nayade, j’ai appris à nager à toute la famille. Moi je dis à Marianne : « Il y aura surement un groupe de cinglés fou de dieu qui me guettera de la montagne et quand il me verra rose comme un cochon au milieu de ma petite famille qui à la fin de l’été ressemble à des sénégalais, il viendra m’égorger. Il vaut mieux que nous partions à Séoul avec le transsibérien. l’Asie est plus tranquille que le bassin méditerranéen. Et encore ces cinglés ne savent pas que je suis juive« . Djaouida me dit reste ce que tu es: au-dessus de tout ça, ni juive, ni musulmane et elle ajoute « Il n’y a qu’un seul dieu« , moi je pense « et je n’y crois pas!« ..

Samedi matin, je vais assister à la nomination de ma mère dans la prière à la synagogue de saint Just. Je suis avec des amis adorables, généreux, droits mais ce sont des séfarades venus de Constantine, ils parlent arabe et sont abominablement racistes. Je découvre la magnifique synagogue de saint Just, elle est gardée par des jeunes gens qui me font ouvrir le sac. L’armée ne protège plus les lieux de culte juifs depuis qu’ils sont une cible parmi d’autres.

Je découvre qu’autour des synagogues tend à se développer de véritables ghettos. Les juifs viennent résider là à proximité et quand ils partent résider en Israël, ils vendent ou louent à d’autres juifs. Dès qu’une maison est à vendre ou à louer, on prévient la communauté et peu à peu se crée une zone où « on se sent chez soi ». Qu’ici, elle soit en face des quartiers les plus défavorisés, ceux qui alimentent les beaumettes et où on développe un radicalisme ou que de l’autre côté, dans les noyaux villageois, le Front National règne en maître importe pue, qu’est-ce qui est recherché exactement : le pgrome?   Au centre il y a cette magnifique synagogue, mais aussi une école, des magasins casher et une sorte d’auberge face à la synagogue, les deux protégés par des hauts murs,  , Là résident les voyageurs, ceux qui viennent de loin pour assister auX Bar mitsva… Aujourd’hui il y en a deux..

Cela fait plus de soixante ans que je n’ai pas assisté à l’office du samedi matin, mais je retrouve mon enfance avec mon grand père, je suis plus dépaysée par le fait qu’il s’agit de séfarades et qu’ils accordent une place démesurée au fait d’être ou ne pas être des Cohen, les seigneurs juifs. Ce qui n’a rien à voir avec le nom des familles. Le rabbin se lance dans un prêche besogneux sur la nécessité de « comprendre » et sur le fait que bientôt c’est Roschchana, non seulement le nouvel an que l’on doit célébrer dans la joie mais le jour du jugement où l’on vit dans la crainte et il interdit d’exprimer peur et souffrance là dessus une histoire impossible sur la nécessité de s’élever illustrée par le fait qu’il vaut mieux être la queue du lion, que la tête du renard, à savoir être faible parmi les forts, plutôt que fort parmi les faibles. Je ne suis vraiment pas convaincue et je retrouve avec déplaisir le dispositif qui veut que nous les femmes nous soyons dans des ailes latérales derrière des moucharabieh ici, chez les ashkenazes c’était derrière des voiles étouffants. Les hommes au centre se pavanent dans leurs châles blancs et leurs tefelins, l’estrade centrale est plus discrète et il n’y a pas ce mouvement perpétuel du culte hassidique.

J’ai toujours protesté contre cette séparation des sexes, mon frère qui est profondément rationnel a tenté de m’expliquer: : »c’est parce qu’il ne faut pas que nous soyons distraits par la beauté des femmes« . Tout à l’heure, il y aura un apéro avec table pour les femmes et une autre (avec de l’anisette) pour les hommes, je maugrée: » je veux bien que l’on évite aux hommes le trouble de notre beauté dans son colloque avec dieu, mais avec la bouffe c’est excessif? » . A la fin de l’office après que la thora ait été enfermée, il y a eu un moment assez bizarre, trois hommes devant le tabernacle, la tête recouverte du châle comme les autres hommes esquissaient une sorte de danse sur place et ma copine Danielle m’expliquait: « mets toi debout ne les regarde pas! ». Dès qu’il y a un tabou, un interdit j’ai envie de m’y opposer, mais Richard son mari plus tard m’expliquera qu’il s’agit de la bénédiction des Cohen et qu’elle signifie un recueillement, un retour sur soi-même, d’où les yeux baissés et la semi inclinaison. Quand le nom de ma mère est prononcé, Danielle me dit: « il faut que je prononce celui de mes parents, ils ont besoin de prière, je les rêve. Tu crois aux rêves prémonitoires? » le contraire de son époux qui aurait voulu être rabbin et qui adore les discussions sur les textes. Il y a une autre coutume que je trouve intéressante, dans l’assistance des gens payent pour que celui qui a une belle voix lise la thora, l’argent est versé à la communauté. Mais quand l’officiant commence la lecture s’il se trompe, la salle proteste et des cris fusent pour rectifier. Imaginez une messe où le grand jeu est de corriger les erreurs… Le lieu des femmes est celui des rites, des tabous, des superstitions, celui des hommes est celui de la loi, de l’écriture, de la connaissance, la ségrégation est insupportable parce qu’elle est aussi celle des esprits. Celle des corps est parfois confortable comme je l’ai découvert dans le désert où j’éprouvais une véritable détente à être dans l’aire des femmes, à dormir sans surveiller ma couche et son exposition.

Je déjeune avec mes amis et comme je discute du prêche en disant mon incompréhension et le fait que le rabbin n’était pas clair, mes amis me proposent d’aller à six heures au talmud des femmes. Non seulement à trois heures je dois me rendre à la manifestation pour la paix, mais s’ils croient qu’ils vont m’imposer leur ségrégation, ils se trompent. mais je dois dire le caractère aimable, confortable, chaleureux de ces univers communautaristes qu’il s’agisse de ma famille musulmane ou des juifs. L’autre jour nous sommes allés prier sur la tombe de ma mère, y allumer des bougies, en chemin nous avons croisé ma fille Djaouida qui allait laver la tombe pour la préparer pour la prière des juifs, ces derniers ont raffiné en m’interdisant de m’essuyer les mains après me les être lavées, mais leurs manières d’agir étaient proches. Il a commencé à pleuvoir, Djouida m’a dit : « tu vois dieu a pensé comme moi qu’il fallait laver sa tombe pour la prière. » Au retour juifs et arabes se sont mis à parler arabe dans la voiture et moi une fois de plus j’étais la seule étrangère, témoin d’un monde disparu.

Cette impression d’un monde vieillissant et étranger à la réalité actuelle de cette ville je l’ai malheureusement ressenti en arrivant à la manifestation pour la paix. Je croyais qu’elle avait lieu aux réformés, en fait c’était en bas vers le port. J’ai donc descendu la Canebière. De « nuit debout », il restait un îlot, un petit café philosophie, une dizaine de personnes assises à des tables, des enseignants en train de faire des heures supplémentaires. Même public devant les variétés, le cinéma qui avec le César se veut d’art et d’essai et ouvert aux associations, mais est en cessation de paiement. Je prends des tracts sur les futures manifestations et je revois le temps où il y avait devant le cinéma un grand café où l’on restait des heures à parler des films que l’on venait de voir. Maintenant c’est une banque avec ses distributeurs automatiques. Ce cinéma est un îlot du temps jadis en train de se résorber. Et cette ville détruit les îlots du temps jadis, les engloutit dans une réalité qui n’a plus rien à voir avec le nôtre, celui de la promotion des enfants de la classe ouvrière, celui où un parti communiste créait la mixité des masses. Le tout en relation privilégiée avec un monde du travail jeune et vivant. J’ai éprouvé le même sentiment d’îlot  à la manif, nous étions au maximum trois cent, autant de drapeaux que de participants, le plus grand nombre étaient ceux du PCF, mais ceux qui étaient levés le plus haut étaient les deux du PG. La paix y devenait l’affaire des groupuscules gauchistes, plus des masses, des groupuscules en train d’interpréter la pseudo-radicalité des absents. Il y avait les représentants des Kurdes et des associations pro-palestiniennes avec probablement quelques trotskistes pour défendre BDS. Là au contraire, le marseillais « de souche » dominait. Complètement ignoré de ma famille algérienne et bien sûr provoquant l’hostilité déclarée des juifs. C’est une bande de groupuscules dans lequel chacun vient vendre son petit commerce, jamais de cela il ne sortira le moindre mouvement de masse, des petits ghettos comme partout et le PCF, ses militants sidérés suivent sans avoir rien à dire.

Je regardais autour de moi sans même avoir l’envie de saluer ceux que je reconnaissais: ces gens là ont complètement ignoré mon chagrin, ils savaient mais ne jugeaient pas ça important. Ils renouvelaient la mort solitaire de mon enfant, le mépris encore et toujours de mes souffrances. La seule chose dont ils avaient envie de parler c’était qu’ils étaient pour ou contre la candidature Mélenchon. Je me sentais une extra-terrestre, je pensais au temps où Gaston Plissonnier savait tout de chaque camarade et l’interrogeait sur les menues peines de choses de la vie. A partir du moment où je me fous de Mélenchon autant que de Montebourg ou Macron, sans parler de Sarkozy, je n’avais plus rien à leur dire. Effectivement comment des gens aussi désemparés pourraient-ils manifester la moindre solidarité humaine, ils ont du mal à se porter.

Le record ça a été quand l’un d’eux est venu me parler des élections russes en me recommandant un article d’israêl Shamir, qui est un fasciste et un antisémite de la plus belle eau. Un type qui explique que ce sont les juifs qui ont lancé la seconde guerre mondiale pour dominer le monde et comme je protestais, mon interlocuteur m’a dit que premièrement le fascisme qui venait ne serait plus le même que celui qu’on avait vécu et deuxièmement que bien sûr israêl Shamir n’était pas le meilleur des antifascistes mais qu’il fallait prendre chez tous. Ce à quoi je lui ai fait remarquer que les Etats-Unis avaient recruté leurs alliés otanesques à partir des fiches de renseignement sur les familles d’anciens collaborateurs nazis  et qu’il continuait à y avoir un recyclage permanent de ces gens là. Que je commençais à en avoir marre de ces communistes virant rouge-brun et qu’au point il en était de ces références je lui conseillais le journal de Goebbels qui était un « vrai révolutionnaire », sans parler de mein kampf où il y a surement de bonnes choses.

J’ai regardé autour de moi et j’ai quitté la manifestation en me disant que si je voulais conserver mon propre cap de communiste et surtout me conformer aux sages conseils de djaouida,  j’avais intérêt à entretenir une distance critique avec tout ça: c’est un moment historique où on a l’impression que l’on a cassé le thermomètre et des boules de mercure s’échappent isolées les unes des autres.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le septembre 25, 2016 dans Uncategorized

 

La Chine célèbre la Journée internationale de la paix

n’oubliez pas les défilés d’aujourd’hui. Cette célébration est une des rares nouvelles rassurantes de la période (note de danielle Bleitrach)

Publié le 23 septembre 2016 par anonyme

La Chine célèbre la Journée internationale de la paix

2016-09-22 14:12:38 xinhua

Plusieurs activités pour commémorer la Journée internationale de la paix ont été organisées mercredi à Yinchuan, capitale de la région autonome Hui du Ningxia (nord-ouest de la Chine).
Des responsables et des anciens hommes politiques de 33 pays, ainsi que des représentants d’ONG, de groupes de réflexion et des experts chinois ont participé à cet événement.

Le vice-président chinois Li Yuanchao a prononcé un discours liminaire, rappelant que la Journée internationale de la paix avait été décrétée par l’ONU il y a 35 ans, reflétant l’aspiration commune de la communauté internationale pour la paix et le développement.

Le président chinois, Xi Jinping, a indiqué que la société devenait une communauté mondiale au destin commun, dans laquelle tous les membres étaient interdépendants, alors que le développement pacifique et la prospérité commune constituent la bonne voie à suivre, a noté M. Li.

Il a espéré que tous les pays « résolvent les désaccords et les différends via le dialogue et la consultation », ajoutant que les pays devaient se respecter et s’adapter, organiser des consultations amicales, collaborer pour sauvegarder les objectifs et les principes de la Charte de l’ONU, et établir un environnement international pacifique et stable.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a envoyé une lettre de félicitations à la cérémonie d’ouverture des activités.

source: http://french.cri.cn/621/2016/09/22/562s492927.htm

 
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Publié par le septembre 24, 2016 dans Uncategorized