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Archives de Catégorie: mythe et légendes

Une histoire orale navajo féministe ? La séparation des sexes

En Marges !

L’INTIME EST POLITIQUE – REVUE DE SCIENCES HUMAINES ET D’ARTS

Enceinte à 37 ans, j’ai décidé de profiter du calme tout relatif offert par le congé maternité pour mener à bien un projet éditorial qui me tenait à cœur : écrire un ouvrage qui familiariserait les petits lecteurs avec la spiritualité navajo. Comment susciter l’intérêt chez les plus jeunes pour une culture souvent réduite aux clichés associés aux Indiens des Plaines mis en scène dans les westerns et films d’animation nord-américains (qu’on songe ainsi à la séquence chantée What makes the Red Man Red ? du Peter Pan sorti en salles en 1953) ? En Europe, ces représentations stéréotypées ont perduré grâce au succès des personnages de bandes-dessinées tels que Oumpah Pah créée par René Goscinny et Albert Uderzo, Yakari (André Jobin, Claude de Ribaupierre) ou plus près de nous, Bison Dodu, de la série Les Papooses publiée de 2004 à 2015 chez Casterman.

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Tiger Lily, le Chef Indien et Peter Pan dans le film de 1953. (©Walt Disney Pictures)

Déconstruire des féminités et masculinités nord-amérindiennes fantasmées

Dans ces albums illustrés, les personnages amérindiens portent des peaux de bêtes et habitent dans des tipis. Les femmes sont appelées squaw ; les hommes, belliqueux, chassent le bison. Aucune précision géographique ou temporelle ne permet de contextualiser le récit : les héros sont issus de tribus fictionnelles. Sabine N. Meyer fait remarquer qu’en dépit de la présence dans plusieurs albums de chevaux (introduits par les explorateurs espagnols au seizième siècle), Yakari et ses amis ne rencontrent aucun individu d’extraction européenne1. Les occupations des uns et des autres illustrent une division sexiste du travail. Les hommes participent aux conseils de guerre tandis que les femmes sont chargées des préparatifs alimentaires ou domestiques. D’après Carolyn Reyer, « la littérature populaire et les films ont grandement déformé le rôle des femmes en les représentant comme des esclaves et des bêtes de somme (…) La femme Lakota possédait son propre nom, choisi en accord avec sa personnalité et ses habiletés, elle ne prenait jamais le nom de son père ou de son époux. »2De nombreuses sociétés autochtones nord-américaines sont caractérisées par une organisation matrilinéaire (Hopis, Navajos). Les membres de ces tribus considèrent le mot squaw raciste et sexiste. Son usage aujourd’hui exemplifie l’objectivation et l’érotisation du corps féminin autochtone par les descendants des colons « blancs » ; à travers la vente et le port des tenues Pocahotties durant Halloween, ils continuent d’abâtardir l’héritage culturel nord-amérindien.

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Yakari and the White Buffalo, Longman, 1979, page 5.

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Le 21 septembre 2018, Dallas Hunt, membre de la Swan River First Nation, twittait contre la vente de ce costume.

De 1992 à 2008, une longue bataille législative fait rage en Arizona afin de modifier le nom d’une colline jusqu’alors appelée Squaw Peak. En 2003, peu après son élection comme gouverneur de l’Arizona, Janet Napolitano propose qu’on rebaptise le mont en l’honneur de Lori Piestewa, soldat de la tribu Hopi morte au combat en Irak. L’U.S. Board on Geographic Names ne valide officiellement cette nouvelle désignation qu’en 20083. Pourtant, dès 1858, John Beeson, dénonçait l’usage discriminatoire de ce terme : « La majorité des colons installés dans l’état de l’Oregon étaient originaires du Missouri. Parmi eux, il était coutumier de désigner l’homme amérindien du sobriquet mâle et la femme par le vocable squaw (femelle) si bien qu’à force d’utiliser ces termes, on déshumanisa ces personnes. »4  Le recours au terme squaw est également attribué à des héros mâles amérindiens, une autre façon de contribuer au façonnage de masculinités indigènes stéréotypées. Dans le film Phoenix, Arizona, adaptation cinématographique d’une nouvelle de Sherman Alexie, le personnage Thomas-Builds-the Fire fait remarquer à son ami Victor, un jeune qui arbore toujours une attitude farouche, qu’un grand nombre de Premières Nations, étaient composées de pêcheurs ou d’agriculteurs sédentaires, nullement belliqueux5.

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Au premier plan, Thomas (Evan Adams), Phoenix, Arizona, 1999.

L’image du guerrier indien a été façonnée par plusieurs dispositifs littéraires, cinématographiques ou photographiques tels que Le dernier des Mohicans de James Fenimore Cooper (1826) ou la série de portraits de chefs-indiens d’Edward Curtis (le premier volume de The North American Indiandate de 1907). Avec la fin des guerres indiennes, la multiplication des lignes de chemin de fer transcontinentales émiette encore un peu plus le vaste territoire autrefois occupé par les tribus. Le massacre des Lakotas à Wounded Knee (1890) ou la déportation des familles navajo (« Longue Marche ») entre 1864 et 1866 illustrent la volonté de régler le « problème » indien par une extermination pure et simple. Décimés par les maladies contagieuses transmises par l’homme blanc, parqués dans des réserves éloignées de leurs terres ancestrales, séparés de leurs clans pour être envoyés dans des pensionnats dirigés par des missionnaires, les survivants semblent n’avoir d’autre choix que d’adopter le mode de vie anglo ou disparaître à jamais. C’est donc à travers les écrits savants et intimes des militaires, soldats, médecins, et marchands colonisateurs que nous percevons l’organisation sociale et spirituelle des tribus amérindiennes, une vision tributaire de l’ethnocentrisme plus ou moins marqué des auteurs. Si les tribus se sont acculturées au contact de « l’homme blanc », elles sont aussi parvenues à transmettre de génération en génération leur langue et histoires sacrées. Pourquoi ne pas alors étudier la place de la femme indienne d’après un récit ancestral ?

Un récit des origines où la femme n’est pas née d’une côte masculine.

Dans l’élaboration de Contes Navajo du Grand-Père Benally, il m’a semblé essentiel d’inclure le récit de la Séparation des Sexes, enseigné dans les écoles navajos. J’ai choisi de le faire raconter à ses deux petits-enfants par l’oncle maternel, le fictionnel Grand-Père Benally. L’intrigue de Contes Navajo du Grand-Père Benally respecte ainsi les règles d’énonciation des épisodes fondateurs navajo. Certaines mésaventures d’êtres sacrés (Yei) ne peuvent être évoquées qu’en hiver, d’autres en été. Dans le cas de la séparation des sexes, on ne peut en parler qu’en hiver comme pour les autres récits qui se réfèrent à la vie des Yei dans les mondes inférieurs avant l’émergence du Diné(peuple Navajo) dans le monde scintillant, à l’emplacement de Dinetah, territoire qu’ils occupent aujourd’hui. A la différence de la spiritualité décontextualisée des Yakari, les histoires sacrées transmises par le grand-père maternel à ses petits-enfants, élevés à l’extérieur de la réserve, s’incarnent dans des lieux constitutifs de l’identité culturelle navajo. Lorsqu’il décrit la rencontre entre les Jumeaux Tueurs de Monstre et Femme Araignée, il se trouve près de Spider Rock, promontoire rocheux de près de 229 m situé dans le Canyon de Chelly en Arizona. L’évocation de la séparation des sexes répond aussi aux questionnements identitaires de la petite fille, humiliée par le commentaire d’un garçon navajo qui lui a dit de retourner à l’intérieur du hogan6, aider les autres femmes en cuisine.

La séparation des sexes fait partie d’un groupe d’histoires qui fonde la spiritualité navajo. Première différence avec le récit biblique, les animaux ne sont pas soumis au couple originel dans le but d’assurer leur survie. Deuxième différence, la femme n’a pas été créée à partir d’une partie anatomique masculine ; au contraire, Femme-Changeante façonne les premiers clans Navajos en mélangeant sa peau aux quatre éléments. Troisième différence, l’identité de genre n’a pas à correspondre au sexe biologique7. Le corps humain navajo, indépendamment du sexe de l’individu, possède en lui deux forces : mâle, répartie à gauche, et femelle, répartie à droite. Quatrième différence : les relations sexuelles entre homme et femme, si elles assurent la perpétuation de l’espèce, ont aussi pour vocation de procurer du plaisir. Femme Changeante créa donc « un pénis avec de la turquoise (…) Elle créa ensuite un clitoris en corail qu’elle plaça à l’intérieur du vagin. »8 La dispute qui prélude à l’épisode la séparation des sexes se déroule lorsque Premier Homme retourne de chasse, les bras chargés d’un daim. Première Femme adresse un éloge à son vagin. Premier Homme ne comprend pas : « N’ai-je pas tué le daim dont tu t’es repue ? (…) Est-ce bien ton vagin le grand chasseur qui doit être remercié et pas moi ? » Première Femme ne se laisse pas démonter : « C’est bien joosh le vagin qui chasse. S’il n’existait pas, tu n’aurais pas tué ce daim (…) En vérité, joosh le vagin fait tout le travail dans le village. »9. D’après la notion de transaction économico-sexuelle développée par Paola Tabet, la femme reçoit un bien matériel (le daim) en échange de relations sexuelles. L’acceptation du don implique le consentement de la relation sexuelle10. Pourtant, Première Femme ne l’entend pas ainsi : « Nous pourrions vivre seules (…) Nous, femmes, récoltons ce que nous avons semé. Nous, femmes, vivons de ce que la terre, en retour, nous offre. Nous, femmes, vivons des graines que nous récoltons. »11 L’homme a beau être le chasseur, la femme vit de la Nature, sans jamais l’assujettir. Les velléités d’indépendance de sa compagne insupportent Premier Homme qui propose au reste de la gent masculine de s’installer de l’autre côté de la rivière. La séparation dure quatre années. Les différentes versions orales recensées insistent sur les provocations des femmes qui prennent des poses lascives.12 D’autres les décrivent se masturbant, utilisant cactées, pierres lisses ou muscles de gibiers. Les hommes s’adonnent aussi à l’onanisme au mépris des enseignements des êtres sacrés, à savoir ne jamais réduire l’autre à un moyen de parvenir à ses fins : « Quand ils tuaient une antilope, ils (…) en prélevaient le foie qu’ils perçaient afin d’y introduire leur pénis. »13Les deux groupes se réunissent finalement car la perpétuation de l’espèce est menacée. Si l’ordre semble restauré par cette réconciliation, ce récit des origines est loin de proposer une vision dichotomique de la dispute initiale. L’hybris de Première Femme a suscité le courroux de Premier Homme mais la domination arbitraire qu’elle subissait est condamnée. De même, l’épisode souligne que les femmes sont incapables de s’assumer seules, après l’amenuisement des récoltes, car on leur a toujours interdit de chasser. Par ailleurs, la survie des hommes est assurée par la présence de deux nadleeh, des hommes « efféminés », les seuls à savoir moudre le maïs et cuisiner.

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La séparation des sexes, Juliette Iturralde, parue dans Contes Navajo du grand-père Benally, Goater, 2016.

Choix pédagogiques et éditoriaux.

Pour rendre le récit accessible aux plus jeunes, toute référence à l’onanisme a été supprimée. Les termes anatomiques « vagin » et « pénis » ont été remplacés par l’expression plus neutre « mon corps. » La mention du nadleeh a, elle, été conservée. Néanmoins, mon éditeur, qui a développé un catalogue militant, s’inquiétait de l’interprétation qu’on pourrait donner à la fin du récit, la réunion conjugale semblant être prônée. Nous avons donc décidé d’incorporer, dans l’encadré situé après chaque chapitre afin d’expliciter des notions culturelles, un portrait succinct de quatre personnalités féminines navajo (Lilakai Neil, Annie Wauneka, Lori Arviso Alvord, et Lynda Lovejoy) qui ont montré que les femmes de la tribu n’ont pas à être reléguées dans la sphère domestique. Maureen Trudelle Schwarz a enquêté auprès des femmes de la réserve pour déterminer pourquoi elles ne sont pas davantage présentes dans les domaines sacramentel et politique. Les témoignages recueillis insistent sur la nécessité de se réapproprier « la séparation des sexes. » Ainsi, une certaine EM s’insurge contre l’instrumentalisation patriarcale du récit : « Depuis lors (…) l’homme s’est arrogé le droit de nous dire ‘Vous les femmes, on ne peut pas vous faire confiance. A cause de ce qui s’est passé, vous ne pouvez pas officier comme homme médecine ou chef.’ Mais ce n’est pas vrai ! Les torts étaient partagés des deux côtés. »14 En 2010, on compte 9 élues au Conseil Tribal mais en 2011, le président Joe Shirley décide de réduire drastiquement le nombre de sièges, passant de 88 à 24, et en 2012, il ne reste plus qu’une femme au milieu d’une assemblée majoritairement masculine. Lors de l’élection à la présidence de la Nation Navajo en 2010, Lynda Lovejoy remporte la primaire. Ses opposants établissent une corrélation entre des inondations meurtrières et sa candidature15. Le 2 novembre 2010, l’association des médecine men se fend d’un communiqué qui met en garde la population contre les fléaux qui pourraient s’abattre sur la Nation Navajo si Lovejoy remportait l’élection. Ils s’appuient sur les visions d’Esther Bahe, diagnostiqueuse par lecture de cristal, qui affirme avoir reçu un mauvais présage lors d’une consultation16. Le rôle joué par l’épisode de la séparation des sexes dans l’élection présidentielle navajo de 2010 montre l’importance que relèvent encore les récits sacrés dans les affaires publiques navajo. Mais, la défaite – somme toute relative – de Lynda Lovejoy face à Ben Shelly prouve qu’hommes et femmes de la tribu sont de plus en plus enclins à s’émanciper de l’héritage culpabilisant associé à Première Femme. Désireuses de respecter une prétendue « tradition » ou au contraire de s’émanciper des rôles de subalternes qui leur ont été assignés en dépit de l’organisation matrilinéaire de leur société, les femmes navajo occupent de plus en plus le devant de la scène religieuse, politique, médiatique et culturelle… et tout cela, sans avoir besoin de porter de robes en peaux de daim.

Nausica Zaballos est professeur d’anglais dans le secondaire. Elle a soutenu une thèse sur les Indiens Navajo en 2007 à l’université Paris IV Sorbonne.

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Du bon usage de la télévision, de l’Egyptologie comme un roman policier au roman d’aventure de la bureaucratie chinoise

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Après une journée de courses et de marche, hier soir samedi j’ai pris un grand plaisir à l’émission d’Arte: Toutankhamon, le trésor redécouvert. Agatha Christie aurait adoré cette enquête dans laquelle un cinéaste Frédéric Wilner, monte des histoires parallèles, en particulier celle d’un brillant égyptologue qui nous décrit la fin d’une dynastie et le roman des découvreurs du tombeau, leurs menus larcins. Sur fond de la chute d’un empire le plus puissant pris d’assaut par les hittites, l’auteur ne craint pas les anachronismes historiques « En 1329 avant Jésus Christ, le Nouvel Empire égyptien connait un revers militaire équivalent au Vietnam des Américains » et cela se termine par une référence au nouveau pharaon, un homme de guerre qui « tel joseph Staline rétablit l’empire, mais efface ses prédécesseurs dont le pauvre petit Toutankhamon, son père Akhenaton marié avec sa sœur dont il pique le trésor funéraire ». En suivant ces pistes, je retrouvais le plaisir d’antan, celui de l’interprétation de l’iconographie. Il suffisait comme ici d’un vide et de l’hypothèse que fait surgir un petit objet, un jouet pour que le passé soit inventé, recréé, comme dans le plus passionnant des romans d’aventure.

Remarquez il en faut moins encore à Freud pour mettre en cause le fait que Moïse soit Hébreu, et qu’il en fasse un grand prêtre d’Akhenaton, l’inventeur malheureux du monothéisme.

Ce soir je me jette sur Detective Dee: le Mystère de la flamme fantôme dans le canal 23, RMC.

Le détective Dee est l’homonyme du juge Ti des romans de Robert Van Gulik. Ce dernier a créé un personnage de fiction mais dans le respect de la culture chinoise qui en fait tout le charme. Robert Van Gulik était un diplomate hollandais, mais un grand sinologue qui parlait parfaitement sept ou huit langues asiatiques. Son personnage a réellement existé au 8ème siècle, il est un modèle à la fois confucéen et rebelle qui témoigne de l’excellence de la bureaucratie chinoise. Robert Van Gulik a traduit des textes chinois et tente de faire pénétrer la culture chinoise par ses compatriotes occidentaux.

De même ce film qui se passe sous la dynastie des Tang en 690 et qui a été produit à Hong Kong a pour auteur Tsui Hark qui nous fait renouer avec le film d’aventure à ses débuts et qui utilise la poésie de la calligraphie pour nous initier à un monde. Le cinéma, celui que nous avons tous aimé c’est le mystère des aventures dans des lieux inconnus avec l’exotisme de l’espace et du temps. On peut interpréter à l’infini à savoir de qui et de quoi parle Tsui Hark, les Tang sont une dynastie qui installe le pouvoir des légistes, celui que l’on rapproche de Mao et peut-être de Xi Jinping. Aujourd’hui la synthèse se fait entre Confucius et les légistes, sans parler de Marx. Mais il n’y a pas que de la critique autochtone dans cette histoire, les drames qui frappent l’occident ivre de sa puissance et les personnages influents qui meurent les uns après les autres dévorés par un feu aussi inexpliqué que celui de Notre-Dame… Sans parler de celui très expliqué du World center peuvent être évoqués (le film est de 2010) mais l’essentiel est dans la poésie, celle des feuilletons sur l’ignoble Fu Manchu ou le docteur Mabuse.

A ce soir donc…

 

Pologne : célébrer Pâques, pas Pessah ?

 

La première partie de mes mémoires (il y en 4) qui traite à la fois de mes origines polonaises et du rôle joué par la Pologne dans la chute du communisme européen consiste en la découverte grace à Monika mais aussi à Krasucki à quel point Walesa et Begin mènent le même combat réactionnaire.

Les deux prix Nobel de la paix polonais sont aussi insupportables l’un que l’autre…Ce genre de nouvelles, dont nous rendons compte ci-dessous, émane de la Pologne que l’on dit éternelle dans son antisémitisme ne peut que confirmer ce stéréotype.

Pourtant comme vous le verrez dans mes mémoires il n’y a pas de génération spontanée même en matière d’antisémitisme..Mon interprétation d’une simplicité quasi biblique est que pas plus les Polonais que les Ukrainiens ou les Hongrois et encore moins les Moldaves ne sont satisfaits du capitalisme; ils n’en veulent pas, pour leur faire supporter leurs exploitation et la dégradation de leur vie, la seule solution est de raviver un nationalisme qui s’avère toujours anti-russe et antisémite..

Déjà la noblesse féodale qui gouvernait ces pays en usait ainsi et l’Eglise appartenait à cette caste féodale, alors on poursuit les bonnes vieilles recettes qui s’accompagnent toujours d’une vassalité à d’autres puissances malgré le nationalisme exacerbé, de l’Autriche-Hongrie aux USA et à l’Allemagne de madame merkel.

Du côté juif qui ont cru fonder des kibboutz et qui se retrouvent avec des scandales immobilier à répétition et des rabbins fous, la guerre, là aussi il faut inventer l’ennemi… on leur raconte que tout le monde leur en veut et il suffit de laisser monter la sauce des deux côtés, sans parler quelques rancunes autochtones comme la guerre d’Algérie et les pteds noirs chassés de leurs terres… Et comme on avouera que depuis 2000 ans plus le dernier siècle ils ont quelques raisons d’avoir quelques préventions sur le sujer, on ne s’en sort pas…

ce qui se passe dans les ex-pays socialiste, dans le cadre de l’Union Européenne dans lequel l’Allemagne a repris son offensive vers l’est… Tandis que nous Français nous poursuivons notre vieille tactique du morcellement des empires… Comme le disait Brecht, les Allemands sont les meilleurs en tout parce qu’ils sont des perfectionnistes, la phrase exacte de Brecht est: « Nous les allemands nous sommes des perfectionnistes qu’il s »agisse du cirage des parquets ou de l’extermination des juifs »… Et Goebbels se plaignait déjà que le communisme ait émoussé le magnifique antisémitisme des peuples de l’Europe centrale…

Merci à Monika qui est la seule polonaise que j’ai rencontrée qui ne soit pas stupidement antisémite, pour les autres il y a toujours un moment où ça se révèle y compris quand ils se prétendent juifs comme Begin.

Mais voir un ambassadrice des Etats-Unis prise dans cette mélasse a quelque chose de satisfaisant, parce que c’est eux qui dans le cadre de la guerre froide ne se sont pas montré très regardant sur « les défenseurs des libertés » qu’ils nourrissaient… Et qui ont donné et continuent à donner à l’OTAN l’impulsion que l’on sait et qui nous ruine tous sauf les marchands d’armes qui s’avèrent en France des patrons de presse.

Plus on est de fous plus on rit.

Remarquez que pour les initiés cela ne vaut pas la situation en Ukraine où un oligarque juif entouré de sa garde prétorienne néo-nazie flanqué de ses deux supporters Bernard henri levy et rafael Glucksmann, a réussi à imposer comme président un acteur juif à des gens à qui on fait jour après jour biberonner de l’antisémitisme, je vous promets que je n’exagère pas…

Tout ça parce que le peuple n’en peut plus du capitalisme et que les communistes sont interdits tandis que défilent les néonazis avec torches et sylboles, tandis que les mêmes mènent la guerre sivile contre les russophones du Donbass avec notre assentiment à tous et notre russophobie..

J’espère que malgré les efforts des uns et des autres jamais la France ne connaîtra pareille stupidité historique, malheureusement c’est mal parti, il est temps de remettre les pendules à l’heure ne serait-ce qu’en retrouvant la bonne vieille lutte des classes et pas celle des races.

Tant que libéralisme et xénophobie joueront à s’opposer pour mieux s’entretenir, tant que Macron et Le Pen ce sera bonnet blanc et blanc bonnet ces malheureux pays de l’est seront le miroir grossissant de notre absence de perspective.

note de Danielle Blaitrach

L’Ambassadrice des États-Unis à Varsovie, Georgette Mosbacher, a souhaité aux Polonais un joyeux Pessah et de joyeuses Pâques. Ses deux tweets, postés respectivement samedi et dimanche, ont provoqué l’ire de certains en Pologne qui lui ont reproché d’offenser ce pays « où la majorité de la population est de confession catholique ».
La juriste Krystyna Pawłowicz, membre du PiS et bien connue pour ses positions particulièrement conservatrices, a vu une « provocation » dans ces vœux de l’Ambassadrice. Robert Bakiewicz, un activiste d’extrême-droite à l’origine de l’organisation de la Marche de l’indépendance à laquelle se joignent des membres du gouvernement, a de son côté déclaré : « Le Christ est mort et ressuscité aussi pour vous, païens et traîtres de Juifs ».Quelques soutiens sont venus rappeler que la Pologne « accueille une petite communauté de confession juive ».Pour mémoire, en février 2019, le Sommet de Visegrad qui devait se tenir en Israël a été annulé après que Varsovie ait décidé le retrait de sa participation, en réaction aux propos tenus par le nouveau ministre israélien des Affaires étrangères, Israel Katz, concernant la complicité de la Pologne durant l’Holocauste. Il avait déclaré que de nombreux Polonais avaient collaboré avec les nazis et participé à la destruction des Juifs durant l’Holocauste. Puis rappelé les propos du défunt Premier ministre israélien Yitshak Shamir, qui avait en son temps affirmé que tout Polonais « avait sucé l’antisémitisme avec le lait de sa mère ».Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki avait immédiatement réagi, qualifiant ces déclarations de « racistes et inacceptables ».L’Ambassadrice américaine à Varsovie était alors intervenue, demandant à I. Katz de présenter des excuses à la Pologne et notant que deux puissants alliés comme Israël et la Pologne, également puissants alliés des États-Unis, ne devraient pas avoir recours à ce genre de déclarations.

Sources : Haaretz, The Associated Press.

 

Marilyn et pasolini le petit peuple et la beauté comme une poussière d’or disaparue…

Avec l’un de ses plus beaux poèmes, Pasolini revient aux racines du drame, la pauvreté initiale, l’immense vulnérabilité de la beauté. C’est un poème de Pasolini traduit par René de Ceccatty dans « La Persécution », éditions Poésie Points.

Marilyn dans un restaurant de la ville de New York, mars 1955.
Marilyn dans un restaurant de la ville de New York, mars 1955. Crédits : Ed Feingersh/Michael Ochs Archives – Getty

Du monde antique et du monde futur / n’était resté que la beauté, et toi, / pauvre petite sœur cadette, / celle qui court derrière ses frères aînés, (…) 

toi petite sœur la plus jeune de toutes, / cette beauté tu la portais humblement, / avec ton âme de fille du petit peuple, 

/ tu n’as jamais su que tu l’avais, / parce qu’autrement ça n’aurait pas été de la beauté. / Elle a disparu, comme une poussière d’or.

 

Pier Paolo Pasolini, « Marilyn », in La persécution. Une anthologie (1954-1970), préface et traduction René de Ceccatty, Editions Poésie Points, édition bilingue.

 

13 des plus belles mosaïques de rue vestiges de l’URSS

 

Plus sauvage que Caravaggio: la femme qui s’est vengée dans la peinture à huile par jonathan Jones

traduit pour histoire et societe par danielle Bleitrach

Artemisia Gentileschi a transformé les horreurs de sa propre vie – répression, injustice, viol – en peintures bibliques brutales qui constituaient également un cri de guerre pour les femmes opprimées. Pourquoi son génie extraordinaire a-t-il été négligé?

Vengeance in oil… détail de Judith et Holopherne de Gentileschi.
 La vengeance est à moi… un détail de Judith et Holopherne, représentant Gentileschi et l’homme qui l’a violée. Cliquez ici pour voir l’image complète . Photographie: Rex / Museo Nazionale di Capodimonte, Naples

deux  femmes bloquent un homme sur un lit. L’une d’elle  presse son poing contre sa tête , il ne peut donc pas le lever du matelas, tandis que sa compagne bloque son torse. Elles sont  bien baties avec des bras puissants, mais malgré cela, il faut leur force combinée pour maintenir leur victime immobilisée, car l’une d’elle lui  coupe la gorge avec une épée brillante. Le sang jaillit des geysers d’un rouge profond il est encore en vie  Elle ne s’arrêtera pas tant que sa tête ne sera pas complètement coupée. Les yeux de sa victime sont grands ouverts. Il sait exactement ce qui lui arrive.

Le mourant est Holopherne, un ennemi des Israélites dans l’Ancien Testament, et la jeune femme qui le décapite est Judith, son assassin désigné de manière divine. En même temps, c’est aussi un peintre italien appelé Agostino Tassi, tandis que la femme avec l’épée est Artemisia Gentileschi,  celle qui a peint ce tableau. C’est effectivement un autoportrait.

Deux grandes peintures sanglantes de Judith et Holopherne de Gentileschi survivent, l’ une au Capodimonte à Naples, l’autre aux Uffizi à Florence. Elles sont presque identiques à l’exception de petits détails – à Naples, la robe de Judith est bleue, en jaune à Florence – comme si cette image était un cauchemar qu’elle gardait, l’acte final d’une tragédie qui se répète sans cesse dans sa tête.

«C’est la bague que vous m’avez offerte et ce sont vos promesses!» A hurlé Gentileschi alors qu’elle était torturée dans un tribunal de Rome en 1612. Des cordes étaient enroulées autour de ses doigts et resserrées. Le juge avait conseillé l’utilisation modérée de la sibille , comme on l’appelait torture, car elle avait tout de même 18 ans. De l’autre côté de la cour était assis l’homme qui l’avait violée. Personne n’a pensé à le torturer. En le défiant, Gentileschi lui disait que les vis serrant ses doigts  étaient la bague de mariage qu’il lui avait promise. Elle a répété à maintes reprises que son témoignage sur le viol était fiable: «C’est vrai, c’est vrai, c’est vrai, c’est vrai. »

Gentileschi était la plus grande artiste féminine de l’époque baroque et l’une des plus brillantes adeptes de l’artiste incendiaire Caravaggio, dont la peinture terrifiante de Judith et Holopherne a influencé la sienne. Elle est l’une des stars de Beyond Caravaggio, une enquête épique sur ses rivaux et ses disciples sur le point de s’ouvrir à la National Gallery de Londres. Avec des mots et des images, elle lutta contre la violence masculine qui dominait le monde dans lequel elle vivait.

Gentileschi a réalisé quelque chose de si improbable, si proche de l’impossible, qu’elle mérite d’être l’un des artistes les plus célèbres au monde. Ce n’est pas simplement qu’elle est devenue une artiste très célèbre  à une époque où les guildes et les académies fermaient  leurs portes aux femmes. Elle a également fait ce qu’aucune des autres – rares – femmes de la Renaissance et du baroque qui oeuvraient comme  artiste en tentant de s’en sortir: elle a communiqué une vision personnelle puissante. Ses peintures sont évidemment autobiographiques. À l’instar de Frida Kahlo, de Louise Bourgeois ou de Tracey Emin , elle a consacré sa vie à son art.

Et quelle vie brutalement endommagée c’était. Dans le monde de l’art sauvage de la Rome du Caravage, les artistes étaient riches, arrogants et pouvaient faire presque tout ce qui leur plaisait tant qu’ils restaient dans les bons papiers du pape. Gentileschi a dû rencontrer le Caravage à plusieurs reprises lorsqu’elle était enfant: il l’a peut-être même encouragée à peindre. Son père, Orazio, également artiste talentueux, était l’ami intime de Caravaggio. En 1603, Orazio et Caravaggio ont comparu devant le tribunal après avoir griffonné des propos diffamatoires sur un artiste ennemi dans les rues de Rome. Dans son témoignage, Orazio a mentionné avec désinvolture que Caravaggio était venu chez lui pour emprunter une paire d’ailes d’ange.

Preuve de traumatisme… Susanna et les aînés de Gentileschi.
 Preuve de traumatisme… Susanna et les aînés de Gentileschi. Photographie: © Collection de la maison Burghley

Cela nous donne un bel instantané de l’enfance de Gentileschi: le grand Caravaggio qui défile pour ses accessoires. Née en 1593, elle avait 10 ans quand cela s’est passé. Quand elle avait 13 ans, le maljheur  a frappé le cercle de Caravaggio. Il était toujours au bord du danger – il portait une épée et était prêt à l’utiliser – mais en 1606, il tua un homme qui avait des amis à la cour papale. Il a fui. Orazio et sa fille ne verront plus jamais leur inspirateur.

Être la fille d’un artiste était le seul moyen pour une jeune femme d’espérer acquérir les compétences complexes nécessaires pour peindre de manière professionnelle à l’âge baroque. Il semble qu’Orazio avait de l’ambition pour sa fille – après tout, il lui a donné un nom saisissant et classique. Et au fur et à mesure que ses compétences se développaient, il engagea un élève artiste  Agostino Tassi, pour lui donner des leçons. Puis, en 1612, Orazio accusa Tassi d’avoir violé sa fille.

Le procès qui en a résulté a duré sept mois et a choqué Rome. Cela a fait de Gentileschi une célébrité – de la pire façon possible. Étonnamment, chaque mot de cette affaire judiciaire a survécu, dans une transcription qui ouvre une fenêtre sur la vie des artistes à l’ère du Caravage. Gentileschi nous parle de ce document vieux de 400 ans avec une voix éloquente, courageuse et convaincante. C’est un exemple rare de femme à l’ère pré-moderne qui prenait position contre l’oppression qui faisait partie de la vie quotidienne.

Elle a témoigné que Tassi se frayait un chemin dans sa chambre et commençait à faire des offres de sexe non souhaitées. «Il m’a ensuite jeté sur le bord du lit, me poussant avec une main sur ma poitrine et il a mis un genou entre mes cuisses pour m’empêcher de les fermer. Levant mes vêtements, il a placé une main avec un mouchoir sur ma bouche pour m’empêcher de crier.

Elle a riposté. «Je lui ai griffé le visage», a-t-elle déclaré à la cour, et je lui ai tiré les cheveux et, avant qu’il ne me pénètre à nouveau, j’ai saisi son pénis en le serrant de telle sorte  que je lui ‘ai même retiré un morceau de chair. «Mais elle ne pouvait pas l’arrêter. Ensuite, elle s’est précipitée vers un tiroir et a sorti un couteau. « J’aimerais te tuer avec ce couteau parce que tu m’as déshonoré », cria-t-elle. Il ouvrit son manteau et dit: «Je suis là.» Gentileschi jeta le couteau mais se protégea. «Sinon, dit-elle, je l’aurais peut-être tué. »

Le procès comportait également des mois d’interrogatoires sinistres. Des amis, des locataires, des artistes et des membres de leur famille ont construit une image du ménage de Gentileschi. Elle est décrite comme une adolescente qui a passé tout son temps à peindre et à sortir rarement. Son violeur, quant à lui, est apparu comme un personnage encore pire qu’il ne le semblait au début. Plusieurs témoins ont affirmé qu’il avait assassiné sa femme et qu’il ne pouvait offrir aucune défense valable.

Pourtant, Gentileschi a été torturé et Tassi a été libéré. Pourquoi? Il était protégé par le pape, car son art, oublié aujourd’hui, était coté à l’époque. Tout le monde savait qu’il était un méchant. «Tassi est le seul de ces artistes à ne jamais me décevoir», a déclaré le pape Innocent X. D’autres artistes ont prétendu être des hommes d’honneur, a-t-il expliqué, mais l’ont laissé tomber. Avec l’irremplaçable Tassi, il savait où il en était.

Gentileschi, encore adolescente à la fin du procès, était couverte de honte   dans une culture où l’honneur était tout. Mais cela lui a aussi fourni une sorte de publicité monstrueuse. Dans les années 1620, elle est une artiste célèbre qui travaille aussi loin que possible de Rome. Et elle se vengeait avec la seule arme dont elle disposait: un pinceau. Elle ne pouvait pas écrire son histoire car, comme elle l’avait révélé lors du procès, elle était plus ou moins analphabète. Elle pouvait cependant la peindre et en changer la fin, comme le montrent ses peintures de Judith et Holopherne.

Gentileschi, cependant, fait ressortir un élément de l’histoire biblique sur lequel aucun artiste masculin ne s’était jamais attardé. Dans la plupart des peintures, y compris le rendu hallucinatoire du Caravage, Judith a une servante qui attend de récupérer la tête coupée. Mais Gentileschi fait de la servante  une jeune femme forte qui participe activement au meurtre. Cela fait deux choses. Cela ajoute un réalisme farouche auquel même Caravage n’avait jamais pensé: il faudrait deux femmes pour tuer cette brute. Mais cela donne aussi à la scène une implication révolutionnaire. «Quoi, se demande Gentileschi, si les femmes se réunissent? Pourrions-nous nous battre contre un monde gouverné par des hommes?

Armé d'un pinceau… Autoportrait, allégorie de la peinture, de Gentileschi.
 Armé d’un pinceau… Autoportrait, allégorie de la peinture, de Gentileschi. Photographie: Royal Collection Trust

Beyond Caravaggio présentera une autre œuvre de Gentileschi, son tableau de Susannah  et les veillards de 1622. Ici encore, elle utilise une histoire biblique pour dramatiser ce qu’était une femme au 17ème siècle. Deux vieillards espionnent une jeune femme en train de se baigner, mais Gentileschi accentue encore plus la peur en plaçant les   hommes entrain de se regarder et de regarder, alors que d’autres artistes ont tendance à montrer qu’ils se cachent à distance. Pourquoi montre-t-elle les voyeurs comme totalement dénués de gêne, sans chercher à dissimuler leur désir et à s’introduire dans l’espace de Susanne?

C’est un effet troublant, rappelant étrangement sa propre persécution. Lors du procès, il est apparu que Tassi avait un complice qui la convoitait également. Ils restèrent tous les deux dans les parages, la regardant, comme les voyeurs qui troublaient Susannah. Le traumatisme provoqué par le viol de Gentileschi et le procès qui ne la rendit pas justice hantent son art. Pourtant, elle n’a pas été écrasée par ses souffrances. Au contraire, le pouvoir viscéral de ses peintures en fait l’une des artistes les plus célèbres d’Europe.

Même la cour britannique lointaine avait entendu parler d’elle. En 1638, Charles Ier l’invita personnellement à Londres pour travailler pour lui. Gentileschi y a peint ce qui est peut-être son œuvre la plus originale et la plus importante. Dans son autoportrait en tant qu’allégorie de la peinture – exposée le mois prochain à la galerie Queen’s à Buckingham Palace dans le cadre de l’exposition intitulée Portrait of the Artist – elle se présente comme un personnage musclé, dynamique et énergique, à l’instar des femmes qui tiennent Holopherne . Au lieu d’une épée, elle est armée d’un pinceau. Des siècles avant le féminisme, Gentileschi se déplace dans l’espace avec une fluidité extraordinaire, le créateur de sa propre image, le héros de sa propre vie.

 

Pasolini : Une âme au Purgatoire

Il est des moments où être communiste, détester le petit bourgeois et le grand qui nous asservit nous voue à la solitude, et c’est souvent dans ce moment de fallacieuses réjouissances que sont les fêtes de fin d’années. Surtout en ce jour où les masques de l’unanimité nationale prétendent étouffer le cri de ceux qui n’en peuvent plus. On pense alors à Pasolini et à sa solitude provocatrice, à son assassinat (note de danielle Bleitrach)

©OZKOK/SIPA

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Pendant près de deux ans, Pasolini tient une chronique dans l’hebdomadaire « Tempo » qu’il intitule Le chaos. Les éditions R&N nous offrent le plaisir d’éditer cet ensemble d’articles au sein desquels Pasolini ne cesse de repenser l’articulation du poétique et du politique. On connaissait le cinéaste et le poète, Le chaos nous présente un Pasolini sémiologue.

« Si un poète ne fait plus peur, mieux vaut qu’il abandonne le monde. »

Pasolini, 18 avril 1968.

Un intellectuel exclu

RN_LE-CHAOS_COUV-V2-179x300« Si je me prépare dans cette rubrique, à la marge de mon activité d’écrivain, à lutter, comme je le peux, et avec toute mon énergie, contre toute forme de terreur, c’est, en réalité, parce que je suis seul ». Par ces mots, Pasolini inaugure la rubrique qu’il tient dans l’hebdomadaire « Tempo » et pose un geste critique : il se présente comme un artiste solitaire prêt à en découdre avec les passions de son temps. Dans une veine parfois pamphlétaire, il s’en prend au bourgeois, vampire du corps social qui ne cesse d’aspirer selon lui les forces vives de la société mais aussi aux marxistes orthodoxes, à l’homme moyen, à la pornographie, à la télévision, aux fêtes de Noël et à tout ce qu’il suspecte d’être asservie au Capital. Comme il l’affirme lui-même au sein d’une de ses chroniques : « Je déteste le noble silence. Je déteste également une méchante prose hâtive. Mais mieux vaut une méchante prose hâtive que le silence ». Ainsi, Le chaos est-il un front de petites batailles quotidiennes que Pasolini mène avec rage. Pourtant, son goût pour la polémique n’entrave pas ses capacités de jugement, et il n’hésite pas à mettre en jeu sa stature d’écrivain, pourvu que celle-ci puisse servir sa cause : « Un écrivain doit-il feindre d’être éternel, grand, en dehors du temps, et utiliser le « quotidien » seulement s’il parvient à l’élever au rang d’une catégorie stylistique ? »  Mais c’est en travaillant sans relâche sur ce qui ronge son époque, Pasolini se permet précisément de penser le quotidien et d’en extraire ce qu’il peut avoir de politique mais aussi de poétique.

Le poète de la Cité

Pasolini nous fait pénétrer avec violence dans un monde qui nous semble parfois lointain. Des noms d’intellectuels et d’hommes politiques italiens, grecs ou trucs sont égrenés à une vitesse vertigineuse, à tel point qu’il peut être difficile pour le lecteur profane de s’y retrouver. Heureusement, ce dernier peut se référer à l’appareil critique élaboré par Philippe Di Meo dont les notes permettent de resituer avec davantage de précisions les enjeux politiques de cette époque tourmentée. On y retrouve les préoccupations sociales qui ont agité la fin des années 60 et Pasolini peut penser la question raciale sous l’angle du marxisme, si celle-ci lui permet une énumération aussi heureuse que vindicative : « Noirs, Européens du sud, bandits sardes, Arabes, Andalous etc., ont tous en commun d’avoir des visages brûlés par un soleil paysan, par le soleil des âges antiques ». À travers cette théorie fantaisiste, Pasolini poétise le politique.

Ses textes politiques sont émaillés d’images fulgurantes, parfois brillantes, et ses poèmes entrent toujours en résonance avec l’actualité.

Ses textes politiques sont émaillés d’images fulgurantes, parfois brillantes, et ses poèmes entrent toujours en résonance avec l’actualité. Ainsi, Pasolini prend fait et cause pour Panagoulis, homme politique grec durant la dictature des Colonels et écrit à son sujet un poème lancinant avant de livrer le journal qu’il a tenu alors que ce dernier était tenu captif dans les geôles fascistes : « La seule patrie / Est pour le moment dans les yeux noirs de Panagoulis ».Par ailleurs, sa description des villes de Lyon ou de Boulogne permettent de repenser la question du poétique et du politique à travers la question du quotidien. Au-delà de la beauté de ces villes, ce qui interroge Pasolini c’est la façon dont les gens vivent : « Que font ici ces gens ? Pourquoi ont-ils vécu ? ».  Si Pasolini s’intéresse à l’architecture des villes, c’est parce que l’agencement des bâtiments renvoie au visage politique de la ville : « Dans ces perspectives, de grandes maisons construites toutes selon un même module, sans fin, itératif (le moment du grand développement du premier capitalisme, sur la charpente des Lumières) -, comme de noirs nuages, d’acier, campent les habituelles coupoles à arêtes, ornées de statues vert-de-gris ». La parenthèse ici renvoie à l’incursion de considérations sociales au sein d’une étude architecturale de la ville.

Pourtant, Pasolini peut se livrer à la description sensuelle d’un paysage, célébrer la beauté de la lumière et la clarté du soleil. Son voyage en Turquie devient alors une expérience charnelle au cours de laquelle l’accession à la beauté et à la profusion du monde est vécue comme une rencontre sacrée. Cette communion avec le monde n’est pas sans rappeler la description extatique des paysages algériens par Camus dans Noces ou L’été : « Les arbres fruitiers ne font pas défaut : qui poussent – si purs et si parfaits d’en venir les larmes aux yeux – là, au beau milieu – au hasard. Verts d’une obscurité minérale, s’il s’agit de pommiers, ou de cerisiers – peu nombreux – tandis qu’abondent les amandiers, les pistachiers, et certains oliviers épineux. » L’abondance des arbres fruitiers dans la vallée de Nevehir entre en contraste avec le paysage presque désertique. L’énumération tend à embrasser un réel inépuisable qui se déploie sous les yeux du poète.

Pasolini sémiologue

41YP34P4KXL._SL500_Mais la publication des chroniques de Pasolini permet également de découvrir une autre facette de son œuvre. Si on connait le cinéaste et le poète, Le chaos nous donne à lire le sémiologue. Certains articles se présentent à la façon des Mythologiesbarthésiennes, tant Pasolini s’attache à démonter la mécanique communicationnelle dont sont parées les images de la modernité. Ainsi, il consacre plusieurs articles à la conquête spatiale au sein desquels il analyse la posture de l’astronaute : « La caractéristique principale des astronautes (aussitôt perçue d’après ce premier coup d’œil instantané sur leur image photographique) est celle d’êtres rassurants et un brin vulgaires. En cela aussi, les images astronautiques et les images publicitaires se ressemblent. » De même, Pasolini dénonce le show médiatique autour du premier pas sur la Lune en affirmant que cet événement n’intéresse pas réellement les Italiens et que la presse ne fait que « gonfler les événements comme en vertu d’un devoir, d’une délibération a priori ».  Selon lui, les trois astronautes incarnent « des types d’hommes moyens et parfaits, exemples de comment on doit être, inesthétiques mais fonctionnels, dépourvus de fantaisie et de passion, mais impitoyablement pratiques et obéissants ». La thèse de Pasolini d’une actualité saisissante tient en la formule suivante : « Le héros de cette entreprise n’est pas l’astronaute – qui en substance est un simple robot – mais la technique ».

Ces chroniques sont celles d’un homme hanté par les passions de son temps qu’il tente d’exorciser à coups d’invectives et de poèmes.

La même entreprise de démythification est appliquée à la fête de Noël perçue par Pasolini comme un point de jonction entre le Capital et la Religion. Pour le poète, l’Église est ainsi instrumentalisée par les grandes industries. D’une façon plus générale, Pasolini semble déplorer un certain vide spirituel qui s’empare du monde. Ainsi, l’avènement de la technique coïncide avec une résurgence du sacré qui se traduit selon Pasolini par une adoration du moteur, et une fétichisation de ses composants : « Cette religion du moteur constitue dans le monde moderne, religieusement dégénéré, une reprojection du Dieu classique des religions de la civilisation méditerranéenne ». Si la plume de Pasolini peut parfois sembler excessive, celle-ci répond à la violence d’une époque.

 

En définitive, et pour le dire avec les mots de Pasolini lui-même, ces chroniques sont celles d’une âme au Purgatoire, d’un homme hanté par les passions de son temps qu’il tente d’exorciser à coups d’invectives et de poèmes. Pasolini a l’intuition de la désagrégation de la société et de la fin des grandes idéologies. Il entre fréquemment en querelle avec des marxismes orthodoxes qui lui reprochent précisément ses positions peu dogmatiques. Il s’exerce également à la critique littéraire et artistique, à celle que Thibaudet nommait « la critique des maîtres ». En somme, Pasolini vit encore à travers ces textes.

  • Le chaos, Pier Paolo Pasolini, éditions R&N, novembre 2018, 192 pages, 20 euros.