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Le vent se lève: le populisme fleurit là où on masque la lutte des classes – Entretien avec Guillaume Roubaud-Quashie

Le populisme fleurit là où on masque la lutte des classes – Entretien avec Guillaume Roubaud-Quashie

 voici un texte intéressant d’un individu cultivé politiquement, c’est un projet qui peut mérite qu’on en « cause », cela faisait longtemps que je n’avais pas lu en provenance du PCF un tniveau de réflexion qui effectivement donne envie d’ouvrir le dialogue. ca et le texte sur la Chine paru dans l’humanité me donnent un peu d’espoir en l’avenir de ce parti. Mais attendons de voir s’il y a vraiment possibilité de dialogue, en tous les cas il a beaucoup de choses sur lesquelle je suis d’accord y compris sur la nature des populaistes russes, la manière dont ils ont introduit le marxisme en Russie à côté d’un marxisme trop lié au dogmatisme de la II e internationale. Le refus de tout classer sous le terme « populisme »., Chavez et l’extrême-droite. (note de danielle Bleitrach)

Directeur de la revue Cause Commune, Guillaume Roubaud-Quashie est membre de la direction du PCF. A ce titre, il a dirigé l’organisation de la dernière université d’été du parti, lors de laquelle le populisme est entré au coeur des débats.

Vous êtes directeur de la revue Cause Commune, éditée par le PCF et auparavant intitulée La Revue du projet. Pourquoi ce changement de nom ? S’agit-il, aussi, d’un changement de projet ?

Plus que d’un changement de nom, il s’agit d’un changement de perspective. La Revue du Projet, comme son nom l’indique, portait essentiellement sur la question du projet du Parti communiste. Mais ce dont le Parti communiste a besoin va au-delà : c’est de faire davantage parti, c’est-à-dire, de mettre davantage en coordination les différentes forces, les différences expériences pratiques, théoriques et politiques. Et pour mettre en coordination ce qui reste sans doute la première force militante du pays, cela demande un peu d’organisation. De ce point de vue, la revue a un objectif de convergence. Pourquoi une revue pour le Parti communiste ? Pour offrir aux communistes la possibilité de savoir ce qui se fait, ce qui se travaille, ce qui se cherche. Pour permettre aux communistes de participer mieux et davantage. C’est pourquoi nous considérons que Cause Commune est une revue d’action politique. Nous traitons aussi des problématiques plus immédiates. Par exemple, dans notre premier numéro, nous nous sommes intéressés à la façon de constituer un collectif de défense de La Poste.

Il y a donc un changement de perspective important. Il s’agit plus d’une nouvelle revue que d’une simple version 2.0 de la précédente. Nous abordons les questions d’organisation, les questions électorales et la vie politique en général. On y ajoute donc une dimension plus concrète. Vous savez, le Parti communiste produit beaucoup de choses – et c’est une de ses forces –, mais le niveau de lecture peut parfois être faible. La raison en est que les communistes, confrontés à un temps limité et à une pléiade de possibilités de lectures, finissent parfois par faire le choix de l’abstention. L’idée, ici, est de leur dire qu’en dehors de l’Humanité qui a une autre fonction et une autre périodicité, Cause Commune entend traiter le large spectre des sujets communistes. À cela, s’ajoute un objectif de mise en mouvement et de formation des militants, tout en conservant à la revue un caractère très ouvert.

Le nom, Cause commune, vient du fait que nous affirmons qu’il faut plus de parti et non moins de parti, qu’il faut plus de mise en commun. Notre rôle est d’être un des acteurs de cette mise en commun. C’est une perspective qui est, en un sens, opposée à celles qui prennent acte de la vie en lignes parallèles des luttes émancipatrices voire la théorisent. Nous croyons qu’il faut au contraire faire cause commune.

Votre revue a pour but explicite de s’adresser aux adhérents du PCF et d’animer la vie démocratique et intellectuelle du parti. Comment expliquez-vous ce choix spécifiquement interne ? N’avez-vous pas peur de négliger l’extérieur et que cela implique un cloisonnement intellectuel ? On reproche souvent aux partis d’être repliés sur eux-mêmes…

Le Parti communiste est évidemment celui qui est le plus accusé d’être une espèce de secte absolument repliée sur elle-même. C’est une légende bien connue. Il suffit pourtant de lire l’Humanité, « le journal de Jean Jaurès », qui n’est pas l’organe du Parti communiste, même s’il y a des liens et des proximités. S’il y a un journal qui est largement ouvert au-delà des communistes, c’est bien celui-ci. Donc il n’y avait pas de raison de fond de faire une espèce de version mensuelle de l’Humanité. Il faut soutenir et développer ce journal et, en même temps, ce qui manquait, c’était justement cet outil qui permet d’utiliser la richesse de ce parti. C’est là la mission propre de Cause commune, sans esprit de secte : la revue reste pleinement ouverte à tous les lecteurs !

Vous avez organisé l’Université d’été du PCF dont nous avons rendu compte dans nos colonnes. Parmi les thèmes qui ont suscité le débat, il y a eu la question du populisme, à laquelle nous ne sommes pas insensibles à LVSL comme l’illustre notre dossier sur les gauches espagnoles. Le populisme, comme méthode politique, est largement critiqué au PCF. Pouvez-vous revenir sur ces critiques et leurs fondements ?

Le débat est en cours au PCF et je ne veux pas fermer des portes à l’heure où notre congrès entend les ouvrir en grand, donnant pleinement la parole et la main aux dizaines de milliers d’adhérents communistes. Je n’exprime donc ici qu’un point de vue personnel, tel qu’il est pour l’instant stabilisé avant le large débat collectif qui s’annonce. Je sais les réflexions plurielles et mon camarade Alain Hayot qui a beaucoup écrit sur le sujet, a sans doute un autre regard, par exemple. Pour moi, il y a deux questionsLe populisme est présenté comme la grande forme de proposition alternative importante. Et il ne faut pas prendre ça de haut puisque la force qui présente cette option politique comme une alternative – la France insoumise – est la principale force progressiste du moment.

La première question, c’est celle du populisme tout court. C’est un mot très employé et dont le contenu n’est pas toujours très clairement défini. En réalité, ce mot a une étrange histoire qui renvoie à des moments très différents. Le premier moment lexical du populisme renvoie au socialisme agraire russe, les Narodniki, qui n’a rien à voir du tout avec ce qu’on appelle « populisme » aujourd’hui : c’est eux qui ont introduit les textes de Marx en Russie ; c’est avec eux que Lénine polémique… Le second moment renvoie à une expression progressiste plus vague : le populiste est celui qui est favorable au peuple. Après tout, c’est ce que dit le mot, étymologiquement parlant, et tout le monde est à même de l’entendre ainsi sans être un éminent latiniste. C’est pourquoi il y avait le prix populiste, ce prix littéraire qui était remis à des auteurs progressistes qui parlaient du peuple et pas uniquement de héros de la bourgeoisie.

Et puis, il y a le moment qui commence dans les dernières décennies du XXe siècle. C’est le moment Pierre-André Taguieff qui vient relancer cette espèce de conception du populisme qui consiste à dire qu’il n’y a plus de lecture gauche-droite, mais une lecture de type cercle de la raison, au centre (libéraux de gauche, libéraux de droite, etc.), versus les fous à lier, de part et d’autre de cet axe central. Il s’agit, en quelque sorte, du décalque, en politique, de la lecture sociale insiders versus outsiders. Ce dernier modèle sociologique dont l’essor est d’ailleurs contemporain de celui du « populisme » façon Taguieff prétend ainsi qu’il n’y a plus de classes car la société a été confrontée à une gigantesque « moyennisation » ; ne reste plus que les insiders(ouvriers, cadres, patrons…) d’une part et les outsiders, vrais miséreux qui, seuls, ont droit à quelque (maigre…) charitable intervention. Je ne développe pas, mais la simultanéité n’est jamais fortuite aimait à rappeler le grand historien Ernest Labrousse… Bref, avec le populisme de Taguieff, c’est-à-dire le populisme, tel qu’il est repris par la grande masse des journalistes et des hommes politiques : soit vous êtes au milieu, entre personnes raisonnables qui acceptent l’économie de marché, soit vous êtes dans la catégorie des déments indifférenciés, celle des populistes.

 

« Vous dénoncez les exilés fiscaux ? Populiste ! Vous attaquez les grands média ? Populiste ! Vous notez les proximités entre le monde de la finance et celui des dirigeants politiques des grandes formations ? Populiste ! Accepter la notion, c’est accepter de voir invalidé tout discours de classe. »

 

Pour ma part, je trouve cette conception dangereuse et inopérante. D’un simple point de vue descriptif, mettre Marine Le Pen et Hugo Chavez dans la même catégorie politique, ce n’est pas un progrès de la pensée politique.. Il s’agit de pensées profondément différentes, donc forger un mot qui explique qu’il s’agit de la même chose, c’est une régression au plan intellectuel. Cela ne permet pas de mieux nommer et comprendre les choses ; au contraire, cela crée de la confusion. Plus profondément, cette dernière est dangereuse puisque cela consiste à dire que tout ce qui est une alternative à la situation actuelle, tout ce qui conteste le dogme libéral relève de ce terme qu’est le populisme. Pire, si le populisme est cette catégorie infâmante désignée à caractériser ceux qui opposent « le peuple » aux « élites » alors qu’il n’y aurait, bien sûr, que des individus dans la grande compétition libre, comment ne pas voir combien cette notion forgée par des libéraux invalide immédiatement toute option de lutte des classes ? Comment penser que ce n’est pas aussi un des objectifs de cette théorisation ? Vous dénoncez les exilés fiscaux ? Populiste ! Vous attaquez les grands média ? Populiste ! Vous notez les proximités entre le monde de la finance et celui des dirigeants politiques des grandes formations ? Populiste ! Accepter la notion, c’est accepter de voir invalidé tout discours de classe.

Gérard Mauger a raison selon moi quand il dit dans son intervention, que le populisme, c’est une forme d’« insulte polie », une façon de discréditer. Par ailleurs, lisez Taguieff, pour lui, le populisme, c’est d’abord un « style ». Personnellement, je ne classe pas les forces politiques en fonction de leur style, mais en fonction des objectifs qu’ils nourrissent. Le style est secondaire. J’ajoute que c’est faire un beau cadeau à la droite et à son extrême. Puisque l’extrême droiteen n’étant pas qualifiée comme telle, devenant « populisme »n’est plus le prolongement de la droite, c’est mettre des digues absolues entre Eric Ciotti et Marine Le Pen ; le premier étant censé appartenir au monde raisonnable central et la seconde relever de la catégorie distincte et sans rapport du « populisme ». Beau cadeau de respectabilité à la droite au moment même où elle court après son extrême… Ensuite, renoncer à qualifier l’extrême droite en usant du mot de droite et du mot d’extrême pour lui privilégier la notion de « populisme », c’est lui retirer deux fardeaux (personne n’est « extrême » ; le discrédit de la droite parmi les couches populaires reste large) et lui offrir le peuple (tout le monde entend bien « peuple » dans « populisme », sans agrégation de lettres classiques !). Bref, je sais que ce point de vue n’est pas celui de tous mais, à mes yeux, cette notion est une régression et un danger. Le débat se poursuivra car il n’est pas question de le trancher ici !

Jean-Luc Mélenchon a rompu avec ses anciens partenaires au profit d’une stratégie populiste

La seconde question renvoie évidemment aux conceptions de Chantal Mouffe autour du « populisme de gauche ». Au départ, Mélenchon expliquait aux journalistes qui lui collaient cette étiquette populiste : si le populisme, c’est dénoncer les collusions, etc., etc., alors qu’on me taxe de populiste. Néanmoins, il le faisait sur le mode de la récusation et de la provocation. Aujourd’hui, sa position a changé puisqu’il assume cette stratégie « populiste de gauche » théorisée au départ par la philosophe belge. La tâche se complique ainsi et il faut faire la différence entre le populisme taguieffien des journalistes quand ils parlent de Marine Le Pen (… et de Mélenchon) et le populisme de Mouffe. Pour ce qui est de Chantal Mouffe, il s’agit d’un projet théorique qui est plus solide que ce que fait Taguieff. Annie Collovald refuse d’ailleurs de parler de concept pour le populisme de Taguieff, et considère que c’est à peine une notion qui frise l’inconsistance. C’est ce qu’elle explique dans un ouvrage qui selon moi reste fondamental, Le populisme du FN, un dangereux contresens[2004].

 

« Le populisme nait donc d’une recherche de renouveau de la pensée social-démocrate, quand d’autres vont inventer, avec Giddens et Blair, la « troisième voie ». »

 

Chez Mouffe, et en réalité chez Laclau, on est face à une réponse, dans le domaine de la social-démocratie, élaborée dans la panade des années 1980. Période au cours de laquelle toutes les grandes conceptions social-démocrates traditionnelles sont mises en difficulté, sans parler bien évidemment de la situation des socialismes réels qui étaient par ailleurs combattus par la social-démocratie. Les amis de Mouffe et de Laclau, depuis longtemps en opposition aux communistes, ne vont bien sûr pas se rapprocher des communistes soviétiques dans les années 1980, au moment même où triomphe la grasse gérontocratie brejnévienne et post-brejnévienne où le système soviétique montre toutes ses limites et son inefficience. Le populisme nait donc d’une recherche de renouveau de la pensée social-démocrate, quand d’autres vont inventer, avec Giddens et Blair, la « troisième voie ».

Quels problèmes cela pose pour nous ? D’abord, la question de classe est complètement explosée. Dans la pensée de Chantal Mouffe, c’est clair, net, et précis : il n’y a pas de classe en soi, mais des discours des acteurs. Il s’agit d’un postmodernisme caractéristique de la pensée des années 1980, pensée d’ailleurs très datée : il n’y a pas de réalité mais d’indépassables discours. Il n’y a pas d’intérêt objectif de classe ; d’où l’importance accordée au mot plus vague de « peuple ». Est-ce un progrès ou une régression ? Nous considérons que la question de classe est une question centrale ; elle l’est même nettement plus aujourd’hui qu’hier. Il suffit d’ouvrir les yeux sur les évolutions du capitalisme contemporain. On est ramenés aux socialismes utopiques que Karl Marx combattait. C’est amusant de voir aujourd’hui le beau film de Raoul Peck, Le Jeune Karl Marx, qui évoque ces débats avec tous ces socialistes rêvant en dehors du monde de classe…

Deuxièmement, l’horizon des communistes reste un horizon universaliste qui pose le communisme comme objectif. Cet horizon est complètement absent chez Mouffe pour qui il faut trouver une manière de gérer les dérives du capitalisme et les antagonismes dans ce qu’elle appelle un cadre « agonistique » (un cadre de combats, de tensions, de conflits – agôn, en grec). Puisque pour elle, les conflits sont inépuisables et penser les abolir serait contraire à l’anthropologie profonde, selon sa lecture de la « nature humaine » qui se revendique de Freud. Tout cela me semble poser plus de problèmes que cela n’en résout… Dire qu’on renonce à l’objectif de dépassement des conflits de classe, au moment où le capitalisme est de plus en plus inefficient et criminel, me paraît être inopérant et négatif. Donc même si la proposition de théorique de Mouffe est intéressante – au sein de la social-démocratie, elle refuse la capitulation pure et simple façon Blair et Schröder et permet ainsi que se mènent bien des combats communs –, elle débouche sur un horizon limité. Il s’agirait de renoncer au communisme au moment même où le capitalisme ne parvient clairement plus à répondre aux possibilités de développement de l’humanité. L’humanité a les ressources et les savoirs pour répondre aux grands défis (faim, santé, logement, culture, développement durable…) mais le capitalisme, parce qu’il vise le profit étroit et maximal de quelques-uns, tourne le dos à ces perspectives et approche le monde de l’abîme.

Pourtant, lorsque Pierre Laurent écrit un ouvrage intitulé 99%, il oppose un « eux » et un « nous », qui va plus loin que la simple classe traditionnellement révolutionnaire aux yeux des marxistes – le prolétariat. Bref, il fait lui aussi du populisme, non ?

Absolument pas, ici, on est dans la logique qui est celle de l’alliance de classe, qui est une logique que le PCF a souvent adoptée. Thorez faisait déjà cela dans les années 1930 ; ce n’est pas du populisme. D’ailleurs, une des lectures bien connues des communistes de ces années là est Ce que sont les amis du peuple de Lénine dans lequel il détruit les populistes russes. Donc non, ce n’est pas du populisme, c’est l’idée, déjà développée par Lénine, selon laquelle il est possible de faire des alliances avec d’autres classes, loin du « solo funèbre » de la classe ouvrière.

Pierre Laurent part d’une analyse du capitalisme contemporain qui ne profite plus qu’à une toute petite minorité. Il ne profite même pas aux petits entrepreneurs. Donc certes, il y a les salariés tout court, qui représentent une très large majorité des travailleurs, mais il y a aussi les petits patrons, qui sont insérés dans des chaînes de donneurs d’ordre qui font d’eux des quasi-salariés, puisqu’ils sont dominés par de grandes entreprises. Ils pâtissent donc aussi du système capitaliste. Ajoutons l’ubérisation et sa masse d’auto-entrepreneurs et on comprend pourquoi Pierre Laurent a raison d’élargir l’horizon au-delà de la seule classe définie par la place dans les rapports de production.

Mais en termes de méthode il y a une convergence, sur l’idée d’opposer le « eux » de la petite minorité et le « nous » du reste de la population…

Sur le « eux » et le « nous », entendonsnous bien. C’est une expression largement utilisée avant Mouffe, par exemple chez le chercheur britannique Richard Hoggart dans La Culture du pauvre. Pierre Bourdieu diffuse cet essai qui popularise cette dichotomie entre un « eux » et un « nous » dans les sciences sociales. Hoggart ne se définissait pas pour autant comme populiste, donc cette idée du « eux » et du « nous » n’est pas une marque déposée du populisme.

Un des éléments qui a cristallisé les oppositions est l’utilisation du terme « gauche ». Il est évident qu’analytiquement, la gauche existe. Mais est-il nécessaire, après le quinquennat de François Hollande, et le discrédit qui porte sur cette étiquette, d’utiliser le terme « gauche » ? Ainsi que le dit Iñigo Errejon dans LVSL, la bataille politique ne devient-elle pas, dès lors, une bataille pour l’étiquette ?

C’est une question très importante et l’entretien d’I. Errejon est très intéressant. Dans les forces de gauche, beaucoup raisonnent « toutes choses égales par ailleurs » (ce qui était, est et sera, etc.). Or, il est certain, et ça tout le monde le sait, que le positionnement de la population par rapport à l’étiquette « gauche » s’est largement détérioré, même si beaucoup d’acteurs politiques se sont aveuglés là-dessus. Ces derniers sont restés attachés à ce signifiant (le mot « gauche »), alors qu’il avait un signifié (le contenu, le sens) de moins en moins clair dans le pays. D’ailleurs, « l’existence analytique » de la gauche dont vous parlez mériterait peut-être d’être interrogée. C’est un peu une manie de métaphysicien que de rattacher des contenus définitifs à ce mot « gauche » alors que ce terme recouvre des contenus très variables. Il est vrai que lorsque le PCF est la principale force de gauche, celui-ci opère une redéfinition du mot « gauche », le dotant d’un solide et indubitable contenu de classe. François Mitterrand, verbalement, laisse faire un certain temps et l’opération lexicale des communistes connait un certain succès, bien au-delà de ses rangs. Ces combats d’hier ont toujours une efficace aujourd’hui : voyez combien il a été difficile pour François Hollande d’être considéré comme « de gauche » au vu de la politique qu’il menait. Ça lui a coûté très cher.

 

« Je crois donc qu’il faut avoir un point de vue dialectique sur le sujet. Il faut toujours se référer à la gauche, puisque cela veut encore dire quelque chose de fort pour beaucoup de gens, mais il faut éviter d’utiliser ce terme seul et sans contenu explicite puisqu’il est aujourd’hui associé négativement à des expériences libérales comme celle de François Hollande. »

 

Après le LEM, j’ai proposé des éléments d’analyse de cette difficile question dans feu La Revue du projet(dossier « Quatre essais sur la gauche », La Revue du projet, n°50, octobre 2015). Sauf qu’en même temps, ce qui a moins été vu, c’est que le PCF a moins de pouvoir de définition qu’avant sur le contenu du mot « gauche », et donc que la force subversive de cette étiquette s’est érodée. Les expériences sociallibérales ont petit à petit vidé de son sens ce terme pour une partie notable de la population, sans faire disparaître son contenu passé pour une autre.

Je crois donc qu’il faut avoir un point de vue dialectique sur le sujet. Il faut toujours se référer à la gauche, puisque cela veut encore dire quelque chose de fort pour beaucoup de gens, mais il faut éviter d’utiliser ce terme seul et sans contenu explicite puisqu’il est aujourd’hui associé négativement à des expériences libérales comme celle de François Hollande. La proposition de la France insoumise, de LREM voire du FN de ne pas se situer clairement par rapport à ce terme consistait à essayer d’aller récupérer ces gens pour qui le mot gauche est un mot perdu, associé à des expériences négatives et à des conceptions politiciennes de la politique. Il s’agissait aussi de composer avec le rejet du clivage gauche-droite, qui est devenu un repoussoir pour beaucoup de monde.

Continuer à utiliser le terme « gauche » comme si de rien n’était impliquerait alors de s’adresser uniquement à ceux à qui le mot parle, mais s’aliéner le reste de ceux pour qui il ne veut plus rien dire. Je crois donc que la solution consiste à utiliser cette notion avec modération, mais surtout, insister sur les contenus. Plutôt que de dire seulement « nous sommes pour une politique de gauche », qui est un discours abstrait et qui n’est pas compris par tous, il est sans doute préférable d’expliquer que « nous sommes pour l’augmentation des salaires, les droits des salariés, les services publics, etc. » voire « Nous sommes pour une politique de gauche, c’est-à-dire pour l’augmentation des salaires… ».

L’un des reproches régulièrement adressés au populisme repose sur la place des affects en politique. Ceux qui se revendiquent du populisme affirment qu’il est nécessaire de prendre en compte les affects et l’esthétique lorsque l’on construit un discours et un programme, et de ne pas s’appuyer uniquement sur la raison, c’est-à-dire sur la véridicité des idées et des discours. Est-ce pour vous de la démagogie ? Doit-on refuser les affects en politique ?

Non, bien évidemment que non. Avec la politique, il y a forcément des dimensions affectives et esthétiques qu’il faut prendre en compte. Et il faut reconnaître, de ce point de vue, que la France insoumise a réfléchi à ces questions et a fait des choses intelligentes et plutôt fortes. Quel est le point de désaccord ? Revenons à Mouffe. Elle est dans une relation postmoderne dans lequel l’horizon rationnel se dissout. Le problème, ce n’est pas juste d’intégrer la dimension affective, c’est de renoncer à la dimension rationnelle. Personnellement, je veux bien qu’on utilise toutes les armes de communication à notre disposition, mais toujours avec une finalité rationnelle et avec un primat rationnel. Ce n’est pas le cas chez Mouffe, chez qui les discours flottent sans lien avec le réel.

 

« L’affect est une contrainte nécessaire, et non un objectif en soi, si l’on veut que le peuple soit acteur, et qu’on ne se limite pas à vouloir emporter les foules grâce à un leader charismatique… »

 

Le 9 avril 1917, Lénine et 31 autres Russes exilés embarquent dans un train à Zurich pour rallier Saint-Pétersbourg. Ce voyage changera le cours de l’histoire mondiale. © D.R.

Utiliser les affects n’est donc pas problématique en soi ; tout le monde utilise les affects. Là où les choses deviennent plus dangereuses, c’est lorsqu’on considère qu’on doit patauger dans ces affects et s’y soumettre. Il faut au contraire avoir en permanence l’objectif de les dépasser très vite. Il est primordial d’amener au maximum vers une large réflexion rationnelle. L’affect est une contrainte nécessaire, et non un objectif en soi, si l’on veut que le peuple soit acteur, et qu’on ne se limite pas à vouloir emporter les foules grâce à un leader charismatique… qui est par ailleurs mortel. L’horizon du communisme ne consiste pas à être guidé par des bergers éloquents, mais à avoir un peuple acteur et conscient. Et puisque nous sommes en plein centenaire, faut-il rappeler la perspective de Lénine ? « C’est à l’action révolutionnaire consciente que les bolchéviks appellent le prolétariat. »

Précisément, sur cette figure du leader charismatique, on peut avoir le sentiment que le PCF est un peu traumatisé par son passé stalinien et la façon dont des figures ont pu faire l’objet d’un culte. À tel point que le parti semble être dans le refus de cette fonction tribunicienne. Faut-il s’en tenir au « ni dieu, ni César, ni tribun » de l’Internationale ou faut-il être capable de penser la nécessité des médiations et la façon dont un individu est capable d’incarner quelque chose à un moment donné, et d’exercer une fonction de traduction des demandes politiques dans le champ politique ?

Le mouvement ouvrier a toujours eu des figures de proue, bien avant Staline. Il y avait des bustes de Jaurès dès son vivant. L’idée que Staline a inventé le culte de la personnalité, que celui-ci relève de la pure importation est complètement absurde et ne résiste pas à l’analyse. La figure tribunicienne est pour nous une limite, parce qu’on quitte le domaine rationnel pour renforcer le domaine affectif. Quand ce n’est plus un objectif politique qu’on soutient mais une personnalité, quand le peuple troque son esprit critique contre l’adoration d’une figure humaine (et donc faillible…), il y a toujours danger. Cette limite a bien évidemment une force puisqu’elle permet aussi d’entrainer les individus vers un but commun. Gramsci disait « Il est inévitable que la révolution, pour les grandes masses, se synthétise dans quelques noms qui semblent exprimer toutes les aspirations et le sentiment douloureux des masses opprimées […]. Pour la plus grande partie des masses […], ces noms deviennent presque un mythe religieux. Il y a là une force qu’il ne faut pas détruire. » Encore une fois, il s’agit d’une contrainte, et non d’un objectif. Reste que, la présence d’un tribun peut aider, et il n’y a pas besoin de remonter si loin que ça. Une figure comme Georges Marchais – mon ami Gérard Streiff y revient un peu dans sa belle petite biographie – a bien sûr pu, un temps, incarner et rendre visible l’option communiste.

 

« Pourquoi est-ce que Georges Marchais, aussi, avait cette puissance d’évocation et d’entrainement ? Parce qu’il s’agissait d’un ouvrier d’une famille populaire. »

Crédits Photo
Antonio Gramsci, intellectuel communiste et fondateur du PCI.

 

Aujourd’hui, les responsables communistes sont confrontés à cette question de l’incarnation. Et Pierre Laurent, de ce point de vue, a eu raison de signaler qu’il est important de poser la question sociale et ce à quoi renvoie l’incarnation. Pourquoi est-ce que Georges Marchais, aussi, avait cette puissance d’évocation et d’entrainement ? Parce qu’il s’agissait d’un ouvrier d’une famille populaire. Cela joue beaucoup, même si ce n’est pas tout. Même chose pour Maurice Thorez, qui était au départ mineur, et qui était capable d’argumenter et de vaincre des technocrates de la bourgeoisie. C’est important, parce que cela opère en creux la démonstration que les travailleurs, si profondément méprisés, sont capables, en travaillant, d’avoir les ressources pour diriger le pays. Cela envoie un signal important, puisque l’objectif des communistes est bien de faire parvenir cette large classe laborieuse au pouvoir, ce qui implique qu’elle sente bien qu’elle en est capable et que le mépris que la bourgeoisie lui voue est infondé. C’est un objectif essentiel lorsqu’on voit à quel point les incapables qui gèrent ce monde sont en train de l’envoyer dans le mur.

Pierre Laurent a donc expliqué qu’il nous fallait davantage cet objectif jusque dans la direction du Parti, en donnant une forte place aux diverses facettes du large spectre du salariat. Je suis parfaitement d’accord avec lui : je crois que nous avons à travailler vite et fort sur cet enjeu. Aucun des autres grands partis ou « mouvements » ne semble s’en préoccuper lorsqu’on observe que leurs dirigeants sont presque tous issus de CSP+. Le problème dans le pays est qu’il y a des millions d’ouvriers et d’employés, et qu’ils sont très peu représentés en politique aux échelons de direction. C’est une situation qui nous préoccupe, nous, et qui ne peut pas durer.

Parmi la bataille de tranchée intellectuelle que se livrent marxistes orthodoxes et populistes post-marxistes, Gramsci fait figure de point nodal. Les intellectuels populistes s’appuient largement sur le concept de sens commun développé par Gramsci et sur l’idée qu’il est nécessaire de construire une hégémonie nationale-populaire. Mais les marxistes reprochent à ceux-ci de vider la pensée de Gramsci de son contenu de classe. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Gramsci a écrit beaucoup, mais assez peu en réalité, et sur de nombreux sujets. Ses réceptions sont très nombreuses, très variées et très contradictoires. Parmi les usages fréquents de Gramsci, et qui vont contre ses textes, il y a l’idée qu’il serait un marxiste… antimarxiste ! C’est-à-dire, un marxiste qui relègue les questions économiques au second plan. Ce n’est pas du tout ce que dit Gramsci, mais c’est l’usage de masse. C’est la camelote soi-disant gramscienne qu’on nous refile souvent.

Selon celle-ci, Gramsci aurait compris l’importance des questions culturelles alors que les marxistes ne les prenaient pas en compte. Ça, c’est le « gramscisme pour les nuls ». Donc effectivement, les « populistes », Alain de Benoist et d’autres, piochent dans Gramsci ce qui leur permet de se dire qu’on peut s’occuper d’autres questions que les questions de classe. C’est un usage alibi de Gramsci.

C’est une erreur profonde, puisque Gramsci réfléchit dans un cadre marxiste et qu’il prend en compte les questions économiques qui restent déterminantes en dernière instance. L’usage qui est fait de Gramsci par les populistes est donc un usage assez banal qui s’arrête à la crème du capuccino pour bazarder le café, comme le font tous les libéraux.

Par ailleurs, il est reproché à des intellectuels comme Chantal Mouffe ou Iñigo Errejon leur excès de constructivisme et la dimension postmoderne de leur analyse lorsqu’ils parlent de construire un peuple. Il s’agit pour eux de dire qu’il n’y a pas de pour soi déjà là – ni d’en soi, du moins pour Chantal Mouffe –, que c’est aux acteurs politiques, par leurs pratiques discursives, d’élaborer ce sujet politique pour soi. Marx ne faisait-il pas déjà la même analyse lorsqu’il distinguait le prolétariat en soi et le prolétariat pour soi ?

Mais justement non, parce que ce n’est pas seulement dans la « pratique discursive » que l’on construit les sujets politiques, mais par la lutte, et cela n’existe guère dans le référentiel populiste qui met en avant les discours. Comment est-ce que les gens se mettent en mouvement ? Bien sûr, les discours ont leur importance, mais cela n’est pas l’essentiel…

Mais précisément, le terme de pratique discursive ne renvoie pas uniquement aux discours, mais à toutes les actions qui ont un effet symbolique…

Historiquement, on a fait une distinction entre ce qui relève du discours et de la parole, et à l’inverse, des choses concrètes. Cette distinction est utile et pertinente, notamment en matière politique. Pourquoi ? Parce que la politique, lorsqu’elle se met en place, est d’abord une affaire de discours. Par là même, cela met à distance les couches populaires dont le métier et la formation ne tournent pas de manière centrale autour de l’usage des mots, des bons mots, des belles formules… D’où, à l’inverse, la présence de nombreux avocats en politique La grande majorité du peuple n’a évidemment pas appris la rhétorique, ce qui la place d’emblée dans une situation d’infériorité et de délégation visàvis de ceux qui « parlent bien ».

Crédits photo
La philosophe et professeur à l’Université de Westminster Chantal Mouffe.

Donc, lorsque l’on s’intéresse au salariat, il est très important de distinguer ce qui relève du discursif et ce qui relève de l’expérience concrète. Les personnes et les consciences ne se mettent pas en mouvement par une simple démonstration, comme dans les rêveries du socialisme utopique et le gauchisme où l’on vient avec son petit plan rationnel qu’il suffit d’exposer et le socialisme se fait comme deux et deux font quatre. Une des grandes leçons de Marx en la matière remet à sa place la force du verbe. En effet, c’est à travers les luttes, et notamment les luttes victorieuses, que l’on met en mouvement le grand nombre.

 

« Lisez donc les discours de Maurice Thorez ou de Jacques Duclos, ce n’est ni Sarkozy ni O’Petit ! Néanmoins, plus que le verbe, c’est l’action qui est la plus déterminante. Il faut faire la démonstration que l’action collective marche. »

 

Revenons à Cause Commune. Pourquoi fait-on un dossier sur la façon dont on peut sauver le bureau de poste proche de chez soi ? Parce que le fond du problème, et de ce qu’a été le déclin du PCF (années 1980-1990-début des années 2000), c’est lorsque vous avez une démonstration concrète de l’impuissance et de l’inutilité de l’action collective. Le déclin du PCF n’a pas eu lieu de la façon dont certains fabienologues [les spécialistes de la place du Colonel Fabien, là où siège le PCF, ndlr] le disent. Pour eux, il provient de décisions du comité central (« Le 4 avril 1983… », « le 3 avril 1987 », « le 1er août 1978, lorsque Georges rentre de la chasse… »). Ces explications sont superficielles et ne vont pas au cœur du problème. Je vais vous donner un exemple. À la fin des années 1970, il y a une grande marche des sidérurgistes, qui sont beaucoup mieux organisés que le reste du salariat. La masse des gens est moins organisée et observe l’action des sidérurgistes, très impliqués et qui bénéficient d’un fort soutien syndical et politique. Or cette action échoue malgré leur lutte acharnée. Cela entraine des conséquences immédiates, incomparables à la force des discours et des résolutions de Georges, Charles ou que sais-je. Les gens se disent « si on lutte, on perd, donc autant que je me débrouille tout seul » et « c’est inutile de monter un syndicat dans ma petite entreprise où il n’y en a pas, puisque même les sidérurgistes, si organisés, se font laminer ». Cela révèle toute la puissance de l’expérience. La vérité du déclin du PCF est celle-là : l’expérience concrète de l’inefficacité de l’action collective qui conduit au repli des individus sur leur sort personnel.

Certes, le verbe est important, et il est aussi apprécié par les couches populaires qui apprécient le bon mot et la belle phrase. D’ailleurs, c’est l’honneur du Parti communiste de n’avoir jamais été démagogue et de n’avoir jamais « parlé mal » pour « faire peuple ». Au contraire, nous avons toujours eu à cœur de nous exprimer de la façon la plus belle et la plus noble possible. Lisez donc les discours de Maurice Thorez ou de Jacques Duclos, ce n’est ni Sarkozy ni O’Petit ! Néanmoins, plus que le verbe, c’est l’action qui est la plus déterminante. Il faut faire la démonstration que l’action collective marche. Plus encore, il faut faire faire aux gens l’expérience que l’action collective est efficace. Parce que cela réamorce des pompes essentielles pour l’emporter politiquement. Je me réjouis des 19,5% obtenus par Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle, mais ils ne suffisent pas, on n’ira pas au bout simplement avec ça et la puissance du verbe.

Par ailleurs, chez Marx, ce n’est pas le verbe qui permet de passer d’un prolétariat en soi à un prolétariat pour soi. C’est justement par les luttes et les relations dialectiques que le prolétariat entretient avec les autres classes qu’il prend conscience de lui-même. Aujourd’hui, on a un problème de conscience de classe, et il est de taille. Celle-ci a reculé très fortement au profit d’autres grilles « eux/nous » comme les délirantes mais ascendantes grilles raciales. Cependant, plutôt que d’être dans la nostalgie du « c’était mieux avant », il faut se poser fermement la question de savoir comment il est possible de reconstruire une conscience de classe. Nous devons amplifier ce travail mais vous pouvez compter sur les communistes pour le mener.

 

Entretien réalisé par Lenny Benbara pour LVSL

Crédits photo :

Roger Gauvrit

http://lelab.europe1.fr/Europeennes-Olivier-Besancenot-s-invite-dans-les-negociations-entre-Jean-Luc-Melenchon-et-le-Parti-communiste-13894

Wikipédia

http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2016/12/26/chantal-mouffe-la-philosophe-qui-inspire-melenchon_5054023_823448.html

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Publié par le octobre 17, 2017 dans Congrès du parti 2018

 

Vers un parti numérique hébergé aux USA ?Derrière le questionnaire de préparation du congrès

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par  pampopularité : 0%

Lors du dernier conseil national, Emmanuel Dang Trang (Paris 15eme) avait préparé une intervention qui contient une information qui est une révélation pour beaucoup de communistes, concernant une décision récente de la direction du PCF, l’utilisation de l’outil de marketing politique d’origine US dénommé « nationbuilder », un outil déjà utilisé par Mélenchon, Juppé, Macron, et les républicains… Cet outil servira-t-il de base pour la gestion du questionnaire de préparation de la rencontre nationale ? Ce serait incroyable !

Voici le passage concerné de son intervention

Il y a 25 ans, Robert Hue commençait à faire appel aux instituts de sondage bourgeois pour valider la stratégie de « transformation ». Avec ce questionnaire, nous sommes passés à l’étape d’après, semble-t-il.

La direction du Parti recourt au logiciel de la multinationale américaine du marketing électoral Nationbuilder, dont Trump aux Etats-Unis, Juppé, Fillon ou Mélenchon sont des clients « addicts ».

La spécialité de Nationbuilder : le profilage, le fichage des électeurs, des adhérents pour mieux vendre des produits politiques. Nous apprenons, horrifiés, que la direction du Parti a acheté, en janvier, les services de Nationbuilder. En février, la CNIL interdisait heureusement le fichage, depuis les réseaux sociaux des clients électoraux potentiels (dont la direction aura peu profité malgré l’investissement !). Mais les services de Nationbuilder continuent d’être utilisés pour les élections (avec quelle efficacité pour un Parti communiste !!) et maintenant pour le fichage et l’orientation des adhérents. Dans la presse spécialisé, je lis : « le précieux fichier interne Cociel alimentera la plateforme NationBuilder. A terme, le PCF envisage de gérer l’ensemble de sa base militante et de son maillage territorial grâce au logiciel américain ».

Une nouvelle façon de faire de la politique, le marketing électoral 2.0 ? Le fichage des clients-électeurs. Je préfère la discussion militante avec les collègues et voisins ! L’Humain d’abord ? Non Orwell version 1984.

Je demande que l’utilisation de ce logiciel soit abandonnée. Je propose qu’une question soit posée aux communistes : souhaitez-vous être fichés par le logiciel NationBuilder.

On ne peut que rejoindre cette exigence. Comment les communistes pourraient-ils accepter d’être les cibles d’un marketing politique numérique hébergé aux USA ! Que ce soit leur direction qui l’organise est tout simplement indigne ! Car il s’agit bien de cela, la spécialité de ce logiciel est de caractériser les contacts pour mieux cibler des messages le plus personnalisé possible.

Les communistes n’ont pas peur du numérique, des réseaux sociaux. Ils sont même demandeurs d’outils qui aident à leurs efforts d’organisation, au service de leur engagement militant, de leur capacité d’organisation, de leurs campagnes de mobilisation.

Il y a 40 ans, le PCF était en avance sur la société en installant dans ses fédérations des logiciels de gestion des adhérents et des cotisations, logiciels non commerciaux développés par des communistes ! La mutation nous a là aussi fait reculer, et le logiciel actuel cociel, centralisé, est contraignant et incapable d’aider à l’organisation réelle. Sa critique aurait pu conduire à inventer enfin un réseau social communiste décentralisé, mais ce débat n’a pas été organisé dans le PCF !

Et la direction court comme sur d’autres sujets derrière les autres, se pressant de prendre le même outil que Mélenchon ou Macron. Pourtant il existe une solution Française, nettement moins chère, respectant la loi Française de protection des données personnelles, et ouverte à tous les outils existants des sites internet…

La dérive qui confond parti et marketing avec ce nationbuilder est un pas de trop ! Il faut dénoncer cette décision qui n’a fait l’objet d’aucun débat en conseil national, d’aucune information sérieuse des communistes !

A ceux qui pensent que Emmanuel Dang Trang exagère, il faut montrer à quel point la direction nationale est engagée dans cette démarche. On retrouve clairement la décision de s’abonner à ce service dans la presse spécialisée « Le PCF adopte NationBuilder, le logiciel de Mélenchon et Fillon« … On découvre d’ailleurs que le site http://2017.pcf.fr/ a été réalisé avec natiobuilder, comme le montre la page pour la collecte https://pcf2017-pcf.nationbuilder.com/je_donne …

Alors, faut-il s’inquiéter d’un simple outil ? Ce n’est bien sûr pas l’outil qui est le problème. Le site internet du PCF est passé d’outil dénommé SPIP à un dénommé Drupal, cela n’a rien changé pour ses lecteurs… Mais il ne s’agit pas de changer d’outil de gestion de site, comme on passerait d’une imprimerie à une autre pour faire le même journal. Il s’agit de passer d’une imprimerie à une agence de communication, ce n’est plus du tout le même objectif. Et il faut écouter une experte qui explique le fonds de l’affaire, Eve Zuckerman, la botte secrète d’Alain Juppé dans sa campagne numérique…

« Dans tous les partis politiques, il y a une culture de la donnée qui existe depuis bien avant la révolution numérique. Pendant 40 ans, Charles Pasqua tenait des petites fiches et ces dernières valaient de l’or. Et elles valent de l’or, car toutes ces données, les politiques peuvent les convertir en voix. »

Voila le fonds de l’affaire, au cœur de la conception capitaliste de la vie politique, une politique qui se résume à la fabrication de leaders et de leur foule de supporter pour gagner les élections.

Les outils comme NationBuilder servent à gérer les fichiers d’adhérents, de contacts, mais aussi leurs interactions, les campagnes de signatures, de collecte, et de centraliser toutes ces informations pour en construire des campagnes de communication le mieux ciblée possible. Ils permettent de collecter sans le dire toutes les données des réseaux sociaux pour enrichir la base de contacts et améliorer le ciblage, fonction interdite par la CNIL en France…

Il est utile de faire connaitre cet état d’esprit en entrant dans les coulisses de NatioNBuilder.

C’est une entreprise de Los Angeles, avec des bureaux à Londres, New-York, Sydney, Vancouver, Whashington, [1]. On dit parfois que c’est grâce à ce logiciel que Donald Trump a gagné les présidentielles, mais sur le site, on apprend que 7 candidats aux présidentielles 2017 en France étaient clients de NationBuilder… On ne sait pas lesquels, mais il y a au moins Mélenchon et Macron, ce serait amusant d’avoir les autres, mais ce qui est sûr, c’est que le logiciel ne suffit pas pour gagner… Ce logiciel est choisi par 9000 clients dans 11 pays dont, les républicains en France, le Labour en Angleterre, et… 3000 candidats aux élections des USA.

A noter que le site nationbuilder n’existe qu’en anglais, si les clients sont mondiaux, la langue est unique… [2] Ce n’est pas un logiciel que chaque client installe, mais un logiciel « comme un service » disent les informaticiens, c’est à dire un service hébergé qu’on paie comme un abonnement à une télévision. Cela veut dire que tout ce qu’on écrit dans « nationbuilder » est stocké… aux USA, et dépend donc de la loi US… Si l’entreprise affirme sur son site « We do not share customer data with anyone. (nous ne partageons les données de nos clients avec personne) », comment la croire quand tout le monde internet nous explique que toute la valeur et donc les profits sont dans la « big data », c’est à dire cette masse de donnée que peuvent acquérir tout ces services en ligne. Et si NationBuilder ne donne évidemment pas de données d’un candidat à son concurrent, elle peut produire des analyses sur la masse de données récupérées, contacts, évènements, signatures, et chercher à en marchandiser les résultats, voire à s’en servir pour ce que les anglais appellent de « l’intelligence », et qu’en Français, on appelle de l’espionnage. De plus, elle doit appliquer la loi US qui l’oblige à fournir les données de ces clients sur demande aux services de renseignements US… loi beaucoup moins protectrice des données personnelles que la loi Française.

C’est pourquoi la CNIL en France a contraint l’entreprise a désactivé la fonction « Match » permettant d’automatiser la collecte de données personnelles issues de réseaux sociaux dont Facebook, LinkedIn et Twitter, via une simple adresse e-mail… Reste que la direction du PCF a décidé de donner les fichiers du PCF à une entreprise US !

Son fondateur Jim Gilliam est connu pour un discours célèbre au forum « Personnal Democraty » sponsorisé par Microsoft, discours dont le message principal était « Internet est ma religion », dont il a fait un livre et un site, et qui commençait par ces mots « Il y a trois choses importantes pour construire un mouvement, des histoires, des outils, et la foi ». On ne saurait mieux dire à quel point ce gourou typique des USA, en jean et tee-shirt décoré d’une photo de Abraham Lincoln, est à mille lieux d’un engagement militant, à fortiori d’un engagement communiste. Pour un communiste, il y a trois choses importantes,
- la vérité et non pas ces histoires que les dirigeants inventent pour mobiliser, la vérité qui n’est pas une histoire pour faire rêver ni une croyance, mais le résultat sans cesse retravaillé d’un effort de connaissance, et donc d’une théorie…
- un parti, c’est à dire une organisation, dont les outils ne sont justement que… des outils, au service de ceux qui font une organisation, des militants
- et l’engagement, le courage, la détermination qui certes ont besoin d’utopies, que certains assimileront à une foi, mais ne reposent solidement que sur le lien permanent entre théorie et pratique, bref, en l’expérience.

Ce discours était prononcé à Manhattan au forum annuel créé par « Civic Hall », qui se présente comme fondé sur l’idée que ensemble, – technologues, représentants du gouvernement, organisateurs de communautés, chercheurs, décideurs, entrepreneurs sociaux, acteurs de changement, pirates, universitaires, journalistes, artistes- nous pouvons nous organiser pour résoudre les problèmes civiques à grande échelle. [3]

Bien entendu, les ouvriers, techniciens, paysans, enseignants, infirmières sont en dehors du monde de ces gourous d’internet qui vivent dans leur monde 2.0…

L’entreprise NationBuilder a une mission … « We build the infrastructure for a world of creators by helping leaders develop and organize thriving communities. » Traduction… Nous construisons l’infrastructure pour un monde de créateurs en aidant les dirigeants à développer et à organiser des communautés prospères ». Est-ce l’argument qui a convaincu le « leader » Pierre Laurent, l’aider à développer un parti prospère ?! En tout cas, il faut noter que l’outil est fait pour les leaders, pas pour les militants. De fait, ils ne sont pas les acteurs, mais les les cibles des actions marketings de leur dirigeants… conception bien américaine de la vie politique !

Il est aussi intéressant de présenter les valeurs de cette entreprise, ces « croyances »(beliefs…) décrites sur son site.
- People connected create everything great in the world (Les gens connectés créent tout ce qui est génial dans le monde). Et l’artiste devant sa toile dans son atelier, s’il n’est pas sur les réseaux sociaux, il ne crée rien ?
- The internet makes it possible for everyone to be a leader (Internet permet à tout le monde d’être un leader). Mais si tout le monde est un leader, qui sont les suiveurs ? Ce mythe du héros typique de la culture américaine, et que les films répandent sur tout la planète est profondément opposée à l’engagement militant, qui ne cherche de « pouvoirs » que dans l’action collective !
- Service is sacred (Le service est sacré). Quand un entrepreneur vous parle de service, il veut dire service au client, car il ne conçoit de relations humaines que commerciales… L’action militante comme un service ?
- Creators must become leaders (Les créateurs doivent devenir des leaders). Macron aurait dit, il y a ceux qui créent et ceux qui ne sont rien, on ne peut pas mieux dire à quel point cette entreprise porte une culture réactionnaire !

Pour sourire un peu après ce grand coup de colère, je vous conseille la découverte des publicités des principaux clients de NationBuilder sur son site..

Run your political party « How La République En Marche reached a parliamentary majority »

In a single month, President Emmanuel Macron empowered hundreds of candidates to build a party from the ground up, win 350 seats in Parliament, and shift the dynamics of French politics.

Posted on October 03, 2017

How Rob Portman built broad support for his Senate win

In an intensely competitive US Senate race, Rob Portman’s campaign stood on its own strength and united Ohio voters across party lines—leading to an impressive 21-point victory.

By Jane St. John

Alors, on imagine Pierre Laurent rêver devant ces publicités… et s’il pouvait voir un jour son nom sur la liste !!

[1crée en 2008 à partir d’un logiciel libre dénommé « white house, maison blanche », en référence au bâtiment du président des USA, ca ne s’invente pas, logiciel devenu un site commercial sous le nom « NationBuilder » (Construction de nation….)

[2mais on peut avoir une bonne idée de son contenu en lisant le site de son concurrent Français

[3« together – technologists, government officials, community organizers, researchers, makers, social entrepreneurs, change-makers, hackers, academics, journalists, artists– we can organize to solve civic problems to scale. »

 
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Publié par le octobre 16, 2017 dans Congrès du parti 2018

 

Retournez à MES fondamentaux pour adhérer au Parti communiste français

Felix le chat que je lisais dans Rouge midi chez ma grand mère ça et « le panier de la ménagère » ou la lutte contre le marché noir… Et le bolchevique au couteau entre les dents qui faisait les beaux jours de la presse adverse, mais m’a fait adhérer au Parti.  J’avais gardé un terrible souvenir de la deuxième guerre mondiale et  face aux salopards j’étais bien contente qu’il existât un militant au couteau entre les dents…  je crois que le panier de la ménagère pose toujours des problèmes, que les petits enfants aiment toujours felix le chat et qu’il faut un parti communiste qui soit déterminé pour qu’on y adhère parce que les salopards sont de pire en pire… Je plaisante mais à peine quand je lis que Macron après les salariés comme conséquence de la réforme du code du travail veut s’attaquer aux chômeurs, sans parler de l’annonce que les jours de la sécurité sociale étudiante sont comptés…

Aucun texte alternatif disponible.

 mais pour être plus sérieux, voici une intervention de nos camarades de Béziers sur la préparation du Congrès :

Projet d’intervention au CN de P. Barbazange.
Nourri du travail du CD et du bureau de section.

> Tous nos camarades mesurent la gravité de la situation et veulent faire du 38 ème congrès un congrès réellement exceptionnel alors même qu’ils ont souvent beaucoup de mal à se prononcer sur les questions d’orientation politique et préfèrent parfois se consacrer à des tâches pratiques.

> Les communistes ne se satisferont pas d’un congrès qui décide de ne rien décider, prépare une majorité à 52 contre 48 % et ne rassemble pas leur parti.

> Face à cette situation le document de consultation est insuffisant dans sa forme et dans son fond.

> Depuis le précédent CN les débats, les échanges montrent que les questions formulées ici clairement à cette date sont incontournables, elles doivent être posées, j’en rappelle le sens:

> – Faut-il en France au début du XXI ème siècle un parti communiste nourri de l’expérience accumulée par le mouvement communiste depuis 1917? Les questions d’organisation, d’indépendance totale à l’égard du capital, de démocratie interne tenant entre autre une place décisive dans la désignation de « communiste ».

> – Quel est le bilan que nous sommes en état de dresser ensemble 17 ans après le congrès de Martigues? Les intérêts des couches populaires, de la classe ouvrière, des plus exploités sont-ils mieux défendus par leur mise en oeuvre? Quel est l’état de l’organisation? Discutons sans fard de la situation. En particulier de notre façon de concevoir l’union de la gauche et ses multiples avatars. Nos choix aident-ils à la nécessaire convergence des luttes?

> Le retour de la confiance est à ce prix. L’attachement au parti est très fort, l’engagement certain appuyons sur cette réalité pour progresser à nouveau dans la diversité.

> Ce n’est qu’après avoir travaillé collectivement les orientations stratégiques sur des questions clairement explicitées que les questions plus immédiates comme ce qu’il est possible de faire dans les luttes ou les prochaines échéances électorales seront prises en main sereinement.

> Cet effort peut être amorcé d’ici l’Assemblée nationale des animateurs de section de novembre pour se poursuivre ensuite jusqu’au congrès. Seul il nous permettra de rassembler des militants aujourd’hui à la peine car interrogés individuellement pour aborder la plénitude des questions qui nous sont posées. Tel quel, le document est insuffisant. Il ne cerne pas l’essentiel et l’on ne peut renvoyer individuellement chaque militant aux recherches rendues nécessaires par l’ampleur des questions. La direction nationale doit faire maintenant le travail de clarification. Expliciter.

> Dans ma section nous avons fait parvenir à chaque adhérent la version papier de la consultation (plus de la moitié de nos adhérents ne nous ont pas donné leur adresse internet, beaucoup n’en ont d’ailleurs pas). Nous le portons aussi au porte à porte au plus grand nombre possible. Nous réunissons les quelques cellules qui existent et la section pour faire débattre, aider à remplir et collecter. Chaque fois que nous le pourrons nous rédigerons un compte rendu collectif des échanges, des débats. En effet nous estimons que le rapport entre la direction nationale et les adhérents ne peut se résumer à un adhérent répondant isolé. Le sens du combat communiste se construit dans le collectif, sa construction, l’analyse. Nous ne fonctionnons pas avec un questionnaire visant à établir un degré de satisfaction par rapport à un fonctionnement comme le ferait un DRH, un commercial sur une question quelconque.

> Enfin prenons garde dans ce monde de violence, de répression contre tout ceux qui se réclament de la révolution sociale, du communisme. Nous avons un candidat PCF au législatives qui a été licencié par le maire de sa commune… et dans le privé les craintes sont omniprésentes; prenons garde par la forme même de notre démarche à mettre en danger des militants, chômeurs sur listes noires, précaires, salariés déjà frappés par la répression… Cela irait à l’encontre du respect des individus, du besoin de s’organiser, de la démocratie que nous voulons. Je demande donc toutes les assurances sur le dépouillement, à commencer par le fait qu’il ne sorte en aucun cas des mains des militants.

 

 
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Publié par le octobre 13, 2017 dans Congrès du parti 2018, mon journal

 

Pour un congrès du PCF audacieux, utile et rassembleur !

Voici un texte dont je partage l’esprit et la lettre. Cependant, il me semble qu’il faut plus insister sur ce que sous-tend cette démarche sur les procédures d’un véritable congrès démocratique : nous avons besoin d’un tel congrès parce que la vie même du parti est en jeu. Il me paraît de plus en plus clair que dans le parti il y a une grande majorité de militants qui tiennent à l’existence du parti communiste, à son nom, à son histoire. Alors que depuis des années nous avons des directions dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles ont agi dans le sens contraire à cette volonté ; soit en prétendant nous rallier à des aventures autour d’un leader gonflé par les médias, soit en prétendant nous faire retourner au Congrès de Tours. Le tout sous couvert de modernité, de nécessité supposée de « s’adapter à la société française », voire de déconsidération de notre propre histoire. La caricature de la « mutation » de Robert Hue non seulement n’a jamais été remise en cause depuis le Congrès de Martigues mais elle s’est approfondie y compris au dernier congrès. De fait, le parti a été détruit dans sa relation au monde du travail, aux victimes de la politique et du capital. L’exemple le plus patent est la démolition systématique des cellules.

Pourtant si le PCF a évité une fin à l’italienne c’est parce qu’il y a eu la résistance de cette majorité des militants y compris de la part de ceux qui paraissaient toujours se conformer aux pires initiatives de la direction. C’est parce que je suis convaincue que la majorité des communistes ne veut pas de ces deux manières de disparaître que je souhaite  que nous trouvions dans ce congrès une forme originale de débat fraternel qui ne se laisse pas classer en tendances, mais discute sur le fond: « voulons ou non un parti communiste? Sommes-nous toujours partisans de la construction d’un socialisme « à la française »? Qu’est ce que cela signifie aujourd’hui et surtout de quel parti avons-nous besoin? Le questionnaire est aux antipodes de ce questionnement fondamental, et nous devons rester sur l’essentiel comme le propose le texte ci-dessous, avec ou sans questionnaire: le parti et son utilité.

Insister sur le parti n’est pas le choix d’un isolement au contraire, c’est même le facteur d’un véritable rassemblement et de l’élargissement des alliances politiques qui doivent en traduire la force. Il est insupportable  que, faute d’une telle perspective, les militants soient voués à une hostilité médiocre, rageuse pour tel ou tel leader, tel ou tel mouvement que nos directions dans leur volonté de nier de fait le parti ont contribué à créer. On aura reconnu Mélenchon et la France insoumise, mais pas seulement. Cela nourrit le mépris de la politique de nos concitoyens que ces divisions qui paraissent plus des chicaneries que des positionnements politiques. Nous devons moins nous intéresser aux autres et plus à notre propre utilité de parti communiste. Le Congrès doit témoigner d’un nouvel esprit en accord avec la gravité des assauts qui sont portés contre la classe ouvrière, les salariés, la jeunesse, notre pays (note de Danielle Bleitrach).

 

Dans la période politique actuelle nous sommes confrontés à un double défi:

– créer les conditions d’une contre offensive populaire face au capital qui a besoin de passer un nouveau cap en France comme au plan international pour accroître sa domination.

-et pour cela assurer l’existence et l’utilité du PCF alors que ce parti s’est encore affaibli ces derniers mois dans sa capacité d’organisation et d’action, son influence électorale et idéologique, sa visibilité nationale.

 

Ne perdons pas de temps !

 

Les décisions du 38ème congrès sont déjà obsolètes, les lundis de gauche, les parlottes autour de la primaire de la gauche, les envolées de la candidature Hamon, la consultation « que demande le peuple », la promesse d’une campagne autonome pour les présidentielles… tout cela laisse un parti affaibli qui sauve – de plus en plus difficilement – ses groupes au parlement, pour l’essentiel grâce à ses implantations locales, l’engagement de terrain de ses militants et élus.

Dans ce cadre, la préparation du congrès extraordinaire du PCF s’amorce avec le lancement d’un questionnaire dont l’objectif annoncé est de permettre à chaque communiste d’apporter sa pierre à l’élaboration des thèmes et dates du congrès qui seront fixés par l’assemblée des animateurs de section le 18 novembre.

Ce questionnaire ne crée pas les meilleures conditions de l’unité des communistes.

Si certains camarades y voient d’abord la possibilité de donner leur avis, d’autres lui reprochent de noyer le poisson et d’esquiver les questions posées dans la résolution du Conseil National de juin 2017.

 

Validé par seulement 43 membres du CN il appelle quelques remarques et interrogations pour un congrès à la hauteur des enjeux :

-Tout d’abord, il n’y a rien d’inédit dans cette démarche. Nous l’avions déjà utilisée en 2007 dans la préparation du 37ème congrès. Chacun sait que le questionnaire individuel est très en vogue dans les officines de communication liées aux forces politiques dominantes, comme dans les DRH.

-nous avons besoin d’un bilan stratégique préalable pour une discussion utile et fraternelle. Ce bilan devrait partir du Congrès de Martigues dont découle pour l’essentiel nos choix de puis 20 ans.

– nous avons besoin d’éléments précis quant à l’état de nos forces et de notre influence. Nous nous étonnons que la direction nationale n’en ait pas donné de manière à ce que la réflexion parte d’une analyse de la réalité partagée plutôt que d’un ressenti.  Car nous avons besoin dans la situation d’une démarche scientifique au sens marxiste.

Est-ce un premier recul quant à l’exigence des communistes d’un bilan des choix des derniers congrès ?

– nous avons besoin de connaitre le statut exact de ce questionnaire au regard de l’assemblée des délégués de section. Il ne doit ni se substituer ni s’imposer face aux contributions qui émaneront des sections et fédérations.

nous avons besoin d’un débat clair sur la nécessité de l’existence du PCF. Cette question ne doit pas être escamotée au profit de celle de ses transformations, alors qu’un très grand nombre de communistes sentent bien l’urgence de cette question. Partons de la nécessité de l’existence de notre parti et de regagner en influence, des conditions nécessaires pour cet objectif.

nous avons besoin de connaitre les conditions de dépouillement et d’analyse du questionnaire. Elles n’ont n’ont pas été définies. La transparence n’est pour l’instant pas assurée.

 

La confrontation d’idées, la réflexion collective sont dans l’ADN des communistes. Nos organisations de base, les sections, les cellules quand elles existent encore, les fédérations, sont le cadre privilégié pour ces débats parce qu’elles permettent la rencontre d’expériences politiques et sociales diverses, dans un processus maîtrisé directement par les communistes et les dirigeants qu’ils ont  élus. La possibilité de répondre individuellement ne doit pas renvoyer au rôle de spectateur nos structures d’organisation.

 

D’ici au 18 novembre, nous communistes, saisissons-nous de toutes les possibilités d’intervention et de débat possibles.

Ne nous laissons pas enfermer dans un cadre préétabli.

Soyons attentifs à ce que l’ensemble des contributions soient portées jusqu’à l’assemblée des délégués de section pour des décisions utiles, audacieuses et rassembleuses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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Publié par le octobre 13, 2017 dans Congrès du parti 2018

 

Les risques sur l’Huma sont nouveaux et plus graves. Intervention de Aymeric Monville, éditeur (Editions Delga)

Cette intervention d’Aymeric Monville qui date d’avril 2016 j’en partage chaque mot. J’ai hélas vécu l’expérience d’une censure systématique de ce que j’écrivais, alors que je n’ai rien fait d’autre dans ma vie que faire le tour du monde à la recherche des communistes dans le temps et dans l’espace, recréer les liens, montrer l’héroïque résistance du peuple cubain, alors que pendant ce temps l’Humanité parrainait un « dissident cubain » présenté par Robert Ménard, facho et véritable espion de la CIA. Expliquer avec Marianne à quel point la révolution d’Octobre était encore vivante dans le cœur de ceux qui avaient vécu le socialisme, parler de ce qui se passe en Chine et ailleurs. Ce combat je ne l’ai pas mené pour moi mais pour l’honneur des communistes, leur avenir, j’ai reconstitué l’archipel communiste. Heureusement je n’étais pas la seule et j’ai trouvé des camarades dans et hors du parti pour  relayer, amplifier ce combat solitaire. Nous avons été nombreux à sacrifier notre carrière pour défendre cette cause, l’article en cite quelques uns, mais il y en a d’autres, Remy Herrera, Annie Lacroix-Riz, Aymeric lui-même qui se dévoue à réaliser des mises en page, l’intendance d’une maison d’édition alors qu’il est un philosophe de haut niveau. Ce sont tous des intellectuels créatifs  interdit de l’Humanité, qui redouble la censure de la bourgeoisie et d’autres, alors que ce journal fait la place à des médiocres anti-communistes sur le fond. Nous restons attachés à notre journal comme je continuerai chaque vendredi à distribuer des tracts avec ma cellule. Encore cette année de célébration, je ne serai pas invitée aux journées organisées par le PCF pour la Révolution d’octobre, peu m’importe, au bout d’une vie je sais que ce sont nous les communistes et que d’autres iront dans la poubelle de l’histoire pour avoir toujours tenté d’en finir avec ce parti, l’avoir étouffé, détruit. Nous continuons parce que ceux qui gagnent ne sont pas toujours ceux qui ont raison mais ceux qui sont les plus obstinés (Danielle Bleitrach)

Compte-rendu des rencontres communistes de Vénissieux du 30 avril 2016

par  Aymeric Monvillepopularité : 2%

Merci, on se sent tellement bien ici… Si Vénissieux pouvait être une île déserte, on aurait envie d’y rester, mais c’est un peu comme certaines tentatives d’autogestion, on voit que finalement, on est bien dans un marché capitaliste en concurrence avec les autres et les problèmes commencent.

Je voudrais revenir sur la notion dedans dehors, celle d’unir les communistes qui est le slogan d’ici. C’est une question essentielle même si elle se pose ou elle ne se pose pas, mais il faut regarder tous les éléments et les regarder dans le temps.

ll y a une sorte de compte à rebours pour le PCF, un changement de nom vaguement évoqué par Dartigolles. Que se passe-t-il si le PCF abandonne son nom ? Abandonne le nom de communiste, de Français, de Parti ?

Les risques sur l’Huma sont nouveaux, et plus graves. Une nouvelle ligne se met en place avec de nouveaux investisseurs de la social-démocratie comme Pierre Bergé en embuscade pour racheter l’Huma. Je le vois dans la ligne même de l’Huma. Les éditions Delga, excusez moi de parler de mes conditions de travail, sont de plus en plus censurées, la plupart des auteurs qui sont ici peuvent en témoigner à leur manière. Ils ont publié des livres chez nous et la manière dont on en parle est dérisoire par rapport à leur contenu, je pense à ton livre Danielle, à la manière dont il a été chroniqué par rapport aux enjeux énormes. Le fait qu’on soit littéralement viré, que le dernier éditeur communiste, même si on ne fait pas que ça, ne puisse même plus avoir droit au chapitre, ça me fait penser que dans cette mutation, il y a des camarades qui se sont fait virer manu militari. Il y a des gens qui ne pouvaient plus mettre un pied dans le Parti communiste. Il y a bien eu exclusion. Alors certains peuvent y retourner localement quand les conditions sont créées, mais il faut comprendre que l’exclusion a eu lieu.

Donc quand on dit unir les communistes, on a tous un sentiment de fraternité qu’on ressent bien ici, mais la plupart des gens à cette tribune n’ont même pas droit de cité dans l’Huma.

Je pense à Georges, il y a un article dans le Monde Diplo sur son bouquin, et ça fait deux ans qu’on attend une chronique dont on sait bien qu’elle ne viendra pas. Ces questions éditoriales sont peu par rapport à la pratique militante de base, mais Jean Salem l’a bien rappelé, ils nous font honte d’être communiste. Il y a une animosité systématique dans cette Direction.

Dans l’avenir, comment les communistes du PCF peuvent réagir ? Unir les communistes, c’est naturel, quand il y a de grands événements, par exemple en octobre 17, l’union s’est faite de l’extérieur par l’événement, dans le Front Populaire, l’union s’est faite dans la manifestation, face aux menaces fascistes, dans ces conditions l’union est naturelle, mais l’union à laquelle il faut penser le plus et c’est pour quoi il faut des outils de lutte, qu’il ne faut pas abandonner le marxisme léninisme, qui n’est pas une option parmi d’autres pour le mouvement ouvrier, c’est l’invention de l’électricité qui a permis d’aller plus vite et fort.

Unir les communistes, c’est bien, c’est ce qu’on peut faire le plus naturellement, et il faut continuer à le faire, mais le plus important c’est de s’unir au peuple, c’est de parler dans le peuple c’est ça qu’on attend et qui est urgent, il faut s’en donner les moyens.

 

Etre communiste et au nom de notre jeunesse, on ne peut pas s’adapter à cette société

Bon maintenant je me dois d’intervenir parce que j’en ai assez des irresponsables qui refusent de voir ce qui se passe et combien la majorité des jeunes est prise en otage par des petits salopards. Hier, il y a eu la manif à Marseille, en arrivant au cours Lieautaud vers Castellane une bande de jeunes au balcon faisait semblant de nous acclamer, en fait ils tenaient des petits écriteaux style le bon coin: « cherche à vendre ma voiture » ou cherche une place pour paris », etc… nous étions pour eux avec le grand nombre de tête grise un objet de dérision. parmi eux des jeunes d’origine africaine et maghrébine qui se prenaient comme les autres pour des « vainqueurs ». Ce devait être une école de gestion privée ou une start up et visiblement leur idole c’était macron. leur idéologie se répand, c’est celle du mépris pour les pauvres, pour les vieux, pour tous les vaincus.

mais il y a pire, j’ai élevé mon petit fils adoptif d’origine algérienne, dans le débat autour de Spinoza et le matérialisme, depuis sa plus tendre enfance nous discutons de ces questions. Cet enfant de 18 ans, alors qu’il venait de réussir à son bac avec mention, a fait une énorme bêtise, il a accompli un attentat passionnel sur sa copine, son premier amour, une relation totalement toxique, fort heureusement, la jeune fille est vivante et n’a pas de séquelle, mais voici plus d’un an que cet enfant est aux beaumettes, confronté à la violence de l’univers carcéral. Il va passer aux assises. Mais le pire est que désormais pour avoir voulu mener un débat religieux avec un co-détenu totalement radicalisé il est la proie d’une bande qui se montre de plus en plus menaçante. Il est accusé d’être mécréant, maudit par Allah. A la fin du mois d’aout ils lui ont cassé la machoire et il a désormais des broches, après un mois à l’hopital, il est retourné en prison, son nouveau co-détenu était un obsédé de daech, il parlait à peine français, non content de lui prendre tout ce qu’il avait y compris la nourriture, il a déclaré qu’il allait le tuer parce que le coeur de mon petit fils était mauvais et qu’Allah l’ordonnait. je me demande même quelle est ma part de responsabilité dans cette situation puisque le débat religieux a surgi parce que mon petit fils lisait un des livres que je lui ait apporté à savoir Stephen Hawkings, le physicien qui s’interroge effectivement sur l’existence de dieu.

Autre expérience, mon frère est dentiste dans une des pires cités de marseille et il est respecté par tout le monde. Il me dit « vous les communistes, vous êtes fous, vous ne voyez pas la réalité, dans cette cité il y a des gens très bien, des jeunes qui étudient, mais il y a une double mafia qui a pris le pouvoir, celle de la drogue et celle de l’imam qui agit en relation étroite avec eux et font régner la terreur religieuse en particulier sur les filles.

Alors nil n’est plus que moi convaincue de la nécessité de dénoncer l’islamophobie parce que le premier exemple que j’ai donné de la corruption de la jeunesse est hors religion, et malheureusement c’est celle que je crois majoritaire chez nos jeunes quelles que soient leurs origines. Et surtout parce que je suis absolument convaincue que mon petit fils, étudiant brillant, sans aucun antécédent judiciaire aurait bénéficié d’une libération dans l’attente de son jugement s’il n’était pas d’origine algérienne et la jeune fille d’origine italienne. Mais il faut également arrêter cette incroyable naïveté sur la terreur que font régner les gens radicalisés sur la jeunesse, prise entre le mépris des vaincus, le consumérisme et la peur de ces malades. Sommes-nous capables d’arrêter la complaisance que nous manifestons trop souvent à l’égard des uns et des autres et de comprendre l’état réel de notre société. peut-être cela nous aidera-t-il à ne plus concevoir l’évolution du PCF comme une « modernisation », une « adaptation » à la société, mais bien comme un instrument de lutte contre cette corruption dont notre jeunesse fait les frais.

Voici des années, des décennies que nous n’avons plus de projet, seulement des stratégies défensives pour tenter de sauver ce qu’on conquis par les luttes nos propres parents et dont nous cessons de nous laisser déposséder.

Pourquoi je tiens à conserver le nom de communiste, celui de parti communiste, parce que ce nom demeure la seule mémoire qui existe d’un autre temps celui où la révolution toujours plus nécessaire était leur objectif, et que celle-ci était une espérance et pas une crainte qui a favorisé ces conquêtes.

danielle Bleitrach

 

La vie du parti et celle de ceux qui n’en peuvent plus.

Hier vendredi, comme toutes les semaines, nous avons distribué des tracts, nous sommes toujours un minimum de 5,  avant la réunion de cellule. Il y a eu une adhésion, une franco-algérienne qui vient de terminer sa thèse et qui s’installe dans le quartier se sent communiste depuis toujours et deux prises de contact. Une jeune femme personnel hospitalier et un chômeur nous donnent leur adresse et nous demandent de les convoquer aux réunions.

La colère est grande contre la politique de Macron. « Le président pour les riches, le contraire de Robin des bois, lui il prend aux pauvres pour donner aux riches ». Le chômeur nous dit « je voudrais simplement les condamner à vivre pendant 5 ans ce que je vis ».

Dans la cellule, en attendant la réunion,  la camarade la plus douce, la plus obstinément suiviste des mots d’ordre les plus lénifiants nous déclare, si j’arrive à 80 ans j’aurais plus rien à perdre je vais aller faire exploser l’Elysée. Elle a assuré des permanences à la Cimade, mais elle a dû renoncer, elle n’en pouvait plus de ne rien pouvoir faire devant toute cette souffrance humaine. Une autre qui continue à la Cimade, nous dit qu’elle a eu une crise de palpitations après une permanence passée à répondre à des pauvres gens que suivant les dispositions légales on ne peut rien pour eux.

Il y a le questionnaire de la direction, un OVNI dont on s’interroge sur quoi en faire, certains y ont déjà répondu mais pas aux questions dans la marge, leurs observations. Mais on décide d’avoir une réponse collective. La première idée est qu’un tel questionnaire les inquiète sur l’état du parti, il y a tant d’isolés que ça? Pas un mot des cellules, on ne parle qu’à des isolés et de la section, sont-ils en relation avec elle? Mais la section n’est pas un lieu de militantisme actif auprès des gens. C’est un lieu de coordination des activités, de transmission de l’information, de haut en bas, de bas en haut et entre les cellules, mais pas un lieu d’activité militante où on discute, échange, ça libère les gens de parler et ça nous fait du bien à nous aussi. Qu’en est-il des cellules? je leur parle du Congrès de Martigues, de la destruction programmée, il n’y a pas eu de dégénérescence spontanée, mais une politique choisie, voulue sous prétexte d’adaptation, de modernisation.

Après un débat sur cette question, une camarade conclue: l’essentiel de ce que nous avons à dire à la direction du PCF, c’est que pour être plus « visibles », il faut surtout recréer les cellules. Il faut que partout nous soyons présents, proche des gens, pragmatiques et là une camarade nous propose que nous fassions un tract pour prévenir les gens de ce que ce gouvernement met en place contre les HLM. Pendant la distribution des tracts, des gens gentils nous disaient « ça fait plaisir de vous voir », un autre nous a dit « Vous existez encore? Vous êtes morts! » je l’ai regardé et je lui ai dit « Visiblement vous n’êtes pas milliardaire, alors vous devriez regretter que nous disparaissions parce que sans les communistes votre vie se dégrade ». Comment dire le fou-rire qui nous a pris après quand on s’est souvenu de ses regards inquiets sur sa tenue, il se croyait élégant et moi je lui disais qu’il n’était qu’un gueux comme les autres. Ça nous soulageait parce que cet homme qui se croyait informé nous a débité du BMTV à jet continu. Oui comment être plus visibles, parce que si on attend que BMTV nous rende justice on attendra longtemps.

Et ensuite il faut une stratégie qui corresponde à ce que nous sommes, nous les communistes, qui insiste sur le socialisme, le vrai, en finir avec cette société d’injustice, d’abord nous affirmer nous et après on verra comment on se rassemble avec d’autres.

Je leur parle de la crise du capitalisme, de ce monde multipolaire en train de naître, des Chinois, de leur politique, complexe, leur choix d’un « socialisme de marché »,  tout le monde se dit qu’il faudrait en savoir plus pour comprendre ce monde au bord de l’explosion, ce capitalisme qui nous inflige un Trump et un Macron. Il y a la paix, les sommes dépensées dans l’armement.

Pourtant je suis sûre que cette cellule votera comme un seul homme pour la base commune et refusera tout texte alternatif qui n’émane pas de la direction du PCF. Moi je vais comme d’habitude être totalement inefficace pour les faire voter autrement, parce que je suis comme eux, d’ailleurs jadis quand il a été question des textes alternatifs je les ai refusés. Je veux simplement un texte qui pose les vrais questions, pas un galimatias incompréhensible, un texte qui permette le débat comme nous arrivons à le faire à partir de ce foutu questionnaire. Ici, dans la fraternité de la cellule, de ces fou-rires et de cette activité qui instruit et libère, je ne veux pas d’hostilité a priori de textes différents,  ne pas se poser les problèmes en ces termes libère la parole. Paradoxalement, les assemblées de section ou chacun raconte ce qu’il veut, sans le contact avec le terrain qu’ici nous avons avant chaque réunion de cellule accumulent les frustrations. Là-dessus, les textes alternatifs aboutissent à un manque de démocratie, une absence de franchise. Le contraire de ce qui se passe dans cette cellule. C’est la social-démocratisation du parti. Mais accepter une base commune c’est aussi se retrouver dans ce Congrès foutoir dont il ne sort rien, comme le dernier.

On peut tout dire à condition d’être convaincus de l’unité du parti. Tout le monde rit quand je leur dis à propos de Staline : »Je pense qu’à la fin de la seconde guerre mondiale il était épuisé, il était sorti de la guerre légitimement auréolé du plus grand des prestiges, personne ne pouvait plus le contester et il a dû faire face encore à la guerre froide, à des Américains qui avaient envoyé une bombe sur Hiroshima. C’est là peut-être la seule question comment mettre à la retraite un homme de cette envergure alors que nous n’arrivons pas à mettre en cause Pierre Laurent et le renvoyer gentiment dans ses foyers ». Tout le monde rit, mais c’est là la quadrature du cercle: comment influer réellement sur nos directions à partir d’un vrai débat dans la cellule? Comment ne pas accepter la politique de ceux qui les ont détruites?

Le centralisme démocratique a été notre liberté, celle de penser, mais surtout celle d’agir, penser et transformer dans un même acte… On nous a dit que son abandon allait être un plus de liberté, en fait les communistes ont continué comme avant et peu à peu ont été privés de leurs moyens d’exercer cette liberté, une formation, un lieu de débat-action et une stratégie incompréhensible, ça fait beaucoup.

Autre réflexion, nous voulons être gentils, mais à écouter les gens je me dis qu’ils en ont tellement marre qu’ils veulent quelqu’un d’efficace et le temps des « méchants » est peut-être revenu, sinon des méchants à tout le moins de ceux qui trancheront dans le vif et nous débarrasseront de ces vampires qui nous gouvernent.

Quand nous avons fait le 22e congrès, que nous avons voulu une autre stratégie, les temps étaient différents, Ce qui est sûr c’est que ceux à qui nous avons parlé n’en sont pas à réclamer un Staline, mais ils sont excédés, il ne suffit plus d’être un beau parleur et ils condamnent les divisions à l’intérieur de la gauche, les disputes d’ego. Tout ça n’est pas sérieux, pas à la hauteur de ce qu’ils vivent.

Le chômeur nous a dit, ma voisine touche 700 euros par mois, elle ne peut plus marcher, monter à son premier étage est une torture, elle a essayé de téléphoner à la CAF et ça lui a coûté 30 euros parce qu’ils ont mis en place un surcoût. Quand je vois ça, je prendrais tous les députés et je les enverrai dans un lieu où ils vivraient comme cette pauvre femme, qu’est-ce qu’on leur a fait à ces salopards? Il ajoute, bon on enverra pas les députés communistes puisque ceux-là ils se conduisent bien. Mais on sent que c’est pour nous faire plaisir, parce que nous sommes là.

Danielle Bleitrach
 
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Publié par le septembre 30, 2017 dans Congrès du parti 2018, POLITIQUE