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Qui détruit la forêt russe, tout en essayant de rejeter la faute sur les Chinois, par Mikhail Morozov

Кто уничтожает русский лес, пытаясь свалить на китайцев

Comment le gouvernement russe veut faire endosser la responsabilité pour la disparition de la puissante taïga à nos amis de l’Empire du milieu

En Russie aussi, des voix s’élèvent pour dénoncer la manière dont les Chinois s’approprient les richesses du pays, mais ce qui est totalement oublié ici comme ailleurs est que la Chine est simplement le client des pilleurs locaux qui détruisent avec ou sans la Chine les dites richesses naturelles préservées par le socialisme (note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop)

http://svpressa.ru/economy/article/222858/

Le Conseil de la fédération a eu une discussion houleuse sur la situation lamentable de l’industrie forestière du pays: la forêt est abattue sans pitié, elle périt dans des incendies, est dévorée par les ravageurs. Les médias fédéraux ont ignoré la chose. Mais dans l’un des journaux russes, toute une série de reportages sont parus sous le titre « Comment les Chinois détruisent la taïga russe ». Voyons ce qu’il en est.

Et pour commencer, revenons à l’été 2018. À l’époque, la Russie a officiellement reconnu que l’extinction des incendies de forêt n’était pas rentable. Le ministère des Forêts de Krasnoyarsk a rapporté à ce sujet, sans aucune hésitation. C’était une bagatelle – environ 13 incendies sur une superficie totale de 4859 hectares, dont 4375 couverts de forêts. Le feu a brûlé dans les districts d’Evenki et de Yenissei. « Selon des données préliminaires, les coûts prévus pour éteindre ces incendies dépasseraient les dommages éventuels qu’ils pourraient avoir causés », ont déclaré des responsables avec une pointe de fierté pour leur trouvaille bureaucratique. Ils ont déclaré qu’ils observeraient depuis les satellites et ne feraient rien: nous sommes au 21ème siècle après tout. La forêt brûle principalement dans des zones difficiles à atteindre, et selon le ministère des Forêts, il n’y a aucune menace pour les établissements humains. Et par conséquent, laissez tout consumer, Tout se passera bien.

De toute évidence, une telle situation est une chose commune, l’important est que cela ait été annoncé officiellement pour la première fois. Dans une certaine mesure, on peut comprendre les forestiers. Ils n’ont ni la force ni les moyens de résister aux feux de forêt qui font rage chaque année. Ainsi, les protecteurs de la richesse verte du pays à Krasnoyarsk ont informé: le personnel du Centre de lutte contre les incendies de forêt et leurs forces subordonnées avec un total de 111 personnes (!) ont localisé quatre des neuf nouveaux incendies à Bogoutchansky, Abansk, Karatouzsky et Yermakovsky ainsi que dans les zones susmentionnées. La superficie de la forêt sauvegardée est de 17,2 hectares (!). Tandis que 4375 hectares sont destinés à se transformer en cendres et charbon. Il semble que la situation dans les autres régions ne soit pas très différente de celle de Krasnoyarsk. « Dix-neuf incendies provoqués par des orages se produisent dans la région d’Irkoutsk dans une zone de surveillance spatiale de plus de 15 000 hectares, et plus de 50 hectares de forêt brûlent dans les zones de surveillance aérienne et terrestre », a rapporté le service de presse du gouvernement régional d’Irkoutsk. Les technologies modernes permettent, sans risque pour les budgets, d’enregistrer et de rapporter les quantités détruites. L’efficacité des équipements actuels de lutte contre les incendies au cours de l’été chaud de l’an dernier a été clairement démontrée dans le district de Noguinsk, dans la région de Moscou (la forêt ne brûle pas qu’en Sibérie): au lieu d’arroser la zone forestière un avion a déversé 40 tonnes d’eau sur un véhicule de police de la circulation sur l’une des autoroutes les plus fréquentées. On a bien ri!

Cela se produit chaque année: on nous parle des efforts héroïques de « centaines et de milliers de pompiers et forestiers », d’une myriade de véhicules en train de lutter contre le feu, et la forêt continue de brûler et de s’amenuiser. Je soupçonne que de telles trouvailles – le refus délibéré de lutter contre les incendies de forêts pour des raisons de « rentabilité » – ont déjà été utilisées auparavant. Mais que cela soit officiellement rapporté, je le constate personnellement pour la première fois. Réfléchissons un instant : la destruction de la forêt (et il ne s’agit pas de «trois peupliers», mais d’un écosystème naturel très complexe), selon la bureaucratie, est devenue rentable! Et c’est l’année de l’écologie, annoncée par un décret du président de la Russie!

Qui, si ce n’est les forestiers possédant nécessairement les bases de la biologie et de la biophysique, sait que les incendies à grande échelle sont une catastrophe dont les conséquences affectent non seulement l’état de l’environnement du territoire de Krasnoïarsk et de la région d’Irkoutsk, mais aussi le pays tout entier. Cela inclut les émissions de gaz à effet de serre au lieu d’oxygène, avec des conséquences irréversibles pour la planète. Mais il est possible de comprendre les gardiens de la forêt: ils n’ont pas les forces et les moyens pour protéger, sauvegarder et restaurer la forêt – l’une des principales richesses de la Russie.

Cependant, si nous prenons de la hauteur, l’inaction des forestiers de Krasnoyarsk et d’ailleurs n’a rien de surprenant. La philosophie de l’économie néolibérale a déjà pénétré à leur niveau. Un phénomène terrible – l’optimisation, en d’autres termes, faire des économies sur le dos de la population et du pays au nom de je ne sais quoi (si ce n’est les superprofits de certains groupes) est devenue le fléau de nos vies. Que ce soit l’éducation, la médecine, ce ne sont pas les connaissances, l’éducation, la santé, l’écologie, mais les avantages économiques qui sont mis au premier plan. Et au bénéfice de qui? De la Russie, du peuple, des gouvernants? L’enseignement à l’université au lieu de former les spécialistes nécessaires au développement du pays est devenu un service. De plus, il est conseillé de dépenser moins et de tirer le maximum de profit du bénéficiaire. Et là, vous avez la rentabilité, et les bénéfices, qui peuvent être distribués dans des poches et cachés dans des coins discrets. Grâce à une telle approche à l’échelle du pays, les diplômés universitaires fraîchement émoulus s’envolent vers des cieux où les connaissances et les cerveaux capables de faire leur fortune et celle des autres valent plus que des dollars et des euros.

Et ce processus s’est accéléré ces dernières années. Les Chinois n’ont rien à voir avec ça. Au contraire, tout est organisé chez eux de manière quelque peu différente, et ils ne se mêlent pas de nos affaires.

Cependant, le processus de dégradation de la forêt russe ne date pas d’hier. Il a été initié par le désir d’une élite super riche de vivre dans la nature, et qui a porté préjudice à cette nature. Et en premier lieu aux bandes de protection forestières, dites de 1ère catégorie, autour des grandes villes. En changeant leur statut environnemental, leur transfert à des fins personnelles, qui n’était auparavant possible que sur décision du gouvernement russe. Mais cela n’a pas empêché la déforestation massive et la construction de logements et d’installations industrielles à leur place. Peu à peu, on a commencé à considérer la forêt exclusivement comme une marchandise. Privé du financement normal et du soutien de l’État, le système perfectionné de protection et de mise en culture des forêts qui fonctionnait jusque là a décliné. Le bois était pillé, les coupes sauvages se multipliaient. Une thèse est apparue: l’État ne pouvant pas entretenir les forêts, celles-ci devraient être transférées au privé. Les spécialistes de la foresterie et les écologistes ont résisté, arguant que cela conduirait à une limitation de l’utilisation des forêts, à leur dégradation, à l’atrophie de leur principale fonction – la protection de la nature. Mais tout portait vers la réécriture du Code forestier. Le directeur de la politique de conservation du Fonds mondial pour la nature, Evgueni Schwarz, a prédit une catastrophe imminente: «il semble que l’objectif principal des lobbyistes soit de s’emparer des zones forestières les plus précieuses autour des grandes villes et des frontières, où il est possible d’engranger immédiatement des bénéfices énormes par une exploitation effrénée de la forêt».

 

Et maintenant, revenons à l’examen du problème par le Conseil de la Fédération. La description de cet événement sur le site Web de la chambre haute du parlement ne traduit pas l’intensité des passions ni la profondeur de la crise. Toutefois, il est notoire que des représentants du Bureau du Procureur général, de l’Agence fédérale des forêts, des services des douanes et d’autres fonctionnaires ont brossé un tableau sans concession de l’état désolant de la forêt russe. Le Directeur de Rosleskhoz [Agence fédérale des forêts de Russie] Ivan Valentik, qui a évalué de manière assez objective la situation, en a pris pour son grade. La présidente du Conseil de la fédération, Valentina Matvienko, l’a littéralement accusé d’incompétence et a mis tous les péchés de l’industrie sur le dos du service qui lui avait été confié. Mais, selon certains observateurs, c’est justement l’action de l’Agence fédérale des forêts, qui vraisemblablement affecte les intérêts de certains, qui a permis cette discussion au Conseil de la Fédération.

La résolution adoptée à l’issue de discussions animées indique que « la législation forestière de la Russie repose sur les principes de gestion durable et de préservation des forêts, y compris par leur protection, leur sauvegarde, leur reproduction, leur développement ». Malgré le satisfecit accordé à la législation russe, le président du Conseil de la fédération a proposé la création d’un groupe de travail avec la Douma d’Etat sur la modification du code forestier afin de mettre un terme à l’exploitation illégale.

Les sénateurs ont reconnu que c’est une législation «tordue» qui permet «de récolter du bois dont le volume dépasse les volumes fixés, ainsi que la croissance des massifs forestiers exploités». Et grâce à cela, le nombre de gardes forestiers est deux fois inférieur aux normes du ministère des Richesses naturelles et cinq fois inférieur au niveau de 2007. En clair, cela signifie qu’ils coupent la forêt sans merci et qu’ils ne plantent pas en même temps de jeunes arbres. Il n’y a personne pour protéger et cultiver les terres forestières en Russie. Parmi les causes de problèmes, il y a le sort misérable de la population dans ces zones forestières, qualifiées  par les sénateurs de « déshéritées ». Pourquoi les régions où cette richesse est concentrée tombent-elles dans la misère, personne ne le dit.

Puisque nous avons pris l’habitude depuis quelque temps de mettre tout ce qui ne va pas sur le compte des étrangers, des articles ont commencé à paraître dans la presse disant que nos amis chinois étaient responsables de tout. Ils ne savent pas eux-mêmes protéger leur forêt et font sortir clandestinement du bois de Russie. Comme si les citoyens chinois étaient depuis longtemps à la tête des régions forestières de notre pays et que les gardes-frontières, les agents des douanes, le bureau du procureur, la police – tous avaient depuis longtemps changé la forme de leurs yeux et la couleur de leur peau ! Toute une série de reportages de la région d’Irkoutsk, rédigés avec talent et minutieusement par nos collègues longtemps à l’avance, ont montré que le chaos régnait dans les zones forestières. L’absence de protection des forêts, de police et la corruption des autorités locales permet une destruction prédatrice des forêts. Un gros titre souligne la principale cause de tous les maux: « Comment les Chinois abattent-ils la taïga russe? » Dans le même temps, toutes sortes de «chercheurs» ont intensifié leurs activités, affirmant que les mêmes Chinois s’étaient installés en Extrême-Orient et en Sibérie et avaient également bu toute l’eau du lac Baïkal. Cela n’a aucun sens d’entrer dans une controverse sérieuse ici. Des mythes similaires ont été cultivés pendant des décennies. Les Chinois eux-mêmes y sont habitués et, cette fois, ils ont réagi calmement à ces attaques hostiles et, surtout, déraisonnables.

Je ne citerai que quelques chiffres. En 2016, la Chine a importé 22 millions de mètres cubes de bois en provenance de Russie (19% du marché russe du bois). Vous pouvez bien sûr considérer que les douaniers, les gardes-frontières et autres fonctionnaires russes sont complètement corrompus, et que ce chiffre est 10 fois sous-estimé. Imaginer que des trains chargés de rondins passent à toute vapeur devant les douanes russes en direction de la Chine. Mais même dans ce cas, les exportations forestières vers la Chine représenteraient 0,1% des réserves totales de la Russie. Et affirmer que « les Chinois ont tout coupé » serait prématuré. Sans parler du fait que les Chinois achètent ce que coupent les Russes. Mais l’essentiel, c’est que n’importe quel chiffre réel des exportations forestières vers la Chine ne représente pas grand-chose au regard de la destruction causée par les incendies de forêt et les nuisibles – naturels ou humains.

Comme dans d’autres cas, ce ne sont pas les étrangers, mais la mauvaise gestion, la corruption, les mauvaises lois et leur inobservance de la part de la Russie qui sont nos principaux problèmes. Selon les statistiques officielles, chaque année, les incendies ravagent en Russie entre 1,5 et 3 millions d’hectares de forêts. L’an dernier seulement 4,5 millions d’hectares de forêt ont été détruits par des incendies. Il s’agit là des zones forestières dont quelqu’un a la charge. Mais plus de 600 millions d’hectares sont hors de contrôle et surtout dénués de toute protection. Ainsi, selon les centres de surveillance internationaux, jusqu’à 14 millions d’hectares sont brûlés chaque année! Pour couper et transporter de telles quantités, même les laborieux Chinois auraient mis des centaines d’années. Une grande partie de la forêt est détruite par les maladies et les insectes, car personne ne la protège ni ne la cultive. Pour vérifier cela, les sénateurs n’ont pas besoin de se rendre dans la région d’Irkoutsk. Il suffit d’aller dans une région relativement prospère aux environs de Moscou, où des forêts parmi les plus précieuses et protectrices, qui étaient autrefois considérées comme des forêts de «première catégorie de protection» et des «poumons de la mégapole», sont anéanties.

Mais revenons à la décision du Conseil de la Fédération, qui contient une analyse plus adéquate de ce qui se passe que dans les articles de journalistes et d’experts. Ce n’est pas un hasard si le document fait référence à 2007. C’est cette année-là que le nouveau code forestier a été lancé, ce qui a provoqué le chaos désormais détecté par les sénateurs. Un an plus tard, en 2008, le nombre d’incendies de forêt en Russie avait été multiplié par 40. Et en 2010, lorsque Vladimir Vladimirovich [Poutine] a personnellement pris l’avion pour éteindre une forêt à bord d’un avion amphibie, près de 8 millions d’hectares de plantations forestières sont partis en fumée. Des gens aussi ont brûlé.

Au cours de la discussion, le chef du comité du budget du Conseil de la fédération, Sergey Ryabukhine, a exposé les raisons de la crise prolongée: la législation forestière est structurée de manière à ce que tous les pouvoirs en matière de gestion forestière soient transférés aux autorités régionales et aux propriétaires privés. Les uns et les autres se soucient peu des dommages environnementaux. «Je pense qu’à un moment donné, cela a été fait intentionnellement: les régions se sont vu attribuer des pouvoirs qui n’étaient pas soutenus par des finances, suite à quoi le nombre de forestiers et d’exploitations forestières [publiques] a été divisé par dix. Et la forêt a été abandonnée à son sort.

 

Par conséquent, il est nécessaire de transférer l’autorité au niveau fédéral, et je pense que les régions seront d’accord avec cela « , a déclaré Sergei Ryabukhin. Une banalité connue de toute personne ayant quelque peu étudié le sujet. Une fois de plus, la question de l’inacceptabilité du concept de politique forestière est soulevée. Le président russe Vladimir Poutine a également appelé plus d’une fois à procéder à une analyse critique du Code forestier, soulignant le caractère criminogène de cette branche d’industrie.

Et ceci en dépit du fait que la principale loi forestière a commencé à entrer en vigueur dès le lendemain de sa soumission à la Douma d’Etat. Je me souviens de l’une des principales lobbyistes, Mme Komarova (à présent présidente du Comité des ressources naturelles de Khanty-Mansiisk, alors présidente du Comité des ressources naturelles de la Douma d’État), a dit que nous allions adopter la loi, ouvrir la forêt aux relations du marché et faire plus tard les réajustements nécessaires. Cela n’a pas fonctionné.

Après la première lecture du code forestier à la Douma d’Etat, plus de 500 amendements ont été apportés. Cela signifiait que le document ne pouvait pas être finalisé, il était nécessaire de le réécrire à nouveau. Et en faire un débat public. Mais cela n’a pas été fait, bien que les sujets de la Fédération aient donné une évaluation négative du document. Même le monde des affaires, qui a déclaré ne pas être prêt à dépenser de l’argent pour la protection et le reboisement, s’est exprimé contre. 73 députés de la Douma ont tenté d’empêcher l’adoption du document dévastateur, adressant une lettre ouverte au président russe. Les dirigeants des plus grands groupes parlementaires de la Douma d’Etat ont personnellement demandé au chef de l’Etat de ne pas signer le document. Le célèbre journaliste Vassily Mikhailovich Peskov s’est quasiment jeté aux pieds de Vladimir Poutine. Rien n’y a fait, le code a été voté. La majorité du parti à la Douma d’Etat et les lobbyistes du gouvernement ont ignoré l’opinion publique. On n’a pas tenu compte du fait que le Code forestier, qui affecte directement l’élément le plus important de la nature russe, n’a pas passé avec succès l’examen environnemental de l’État, tel que prévu par la loi fédérale.

Et maintenant nous avons ce que nous avons. Et les Chinois n’ont rien à voir avec ça.

Traduction Marianne Dunlop pour Histoire & Société

 

 

 

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Publié par le février 16, 2019 dans Chine, Russie

 

Alexandre Matsegora: La visite de Kim Jong-un en Russie est le point numéro 1 de notre agenda 

 

https://ria.ru/20190209/1550609121.html

Посол России в КНДР Александр Мацегора

La question du désarmement nucléaire de la péninsule coréenne se pose à nouveau dans le contexte des préparatifs du sommet nord-coréen/ américain prévus pour la fin février. A la veille de la rencontre entre Kim Jong Yun et Donald Trump, l’ambassadeur de Russie à Pyongyang Alexander Matsegora a déclaré à RIA Novosti dans un entretien quel rôle Moscou pouvait jouer dans le processus de dénucléarisation, quels sont les points à l’ordre du jour des relations bilatérales entre la Russie et la RPDC, et comment il envisage l’avenir des projets de la Russie avec les pays de la péninsule coréenne.

– Kim Jong-un prévoit-il de se rendre en Russie cette année? Quand cela pourrait-il avoir lieu et à quel point Pyongyang est-il intéressé par cette visite? Quelle ville Kim Jong-un visitera-t-il?

– Il existe une compréhension de base commune concernant la tenue d’une réunion des dirigeants de la Russie et de la RPDC. L’intérêt d’un tel sommet est réciproque. De nombreuses questions nécessitent un examen et une prise de décision au plus haut niveau. À cet égard, la visite en Russie du président du Conseil des Affaires d’Etat de la RPDC, Kim Jong-un, est au premier rang de notre agenda bilatéral.

La date et le lieu précis de la réunion, ainsi que le programme de la visite n’ont pas encore été fixés.

– Le journal Washington Post a annoncé que Moscou avait proposé à la RPDC de construire une centrale nucléaire dans le pays à l’automne 2018 en échange du refus de Pyongyang de mener des programmes nucléaires et de missiles. Est-ce vrai et comment a réagi la partie nord-coréenne?

Le message du Washington Post ne correspond pas à la réalité. Les raisons pour lesquelles une telle chose est à la base impossible sont nombreuses. L’une d’entre elles est que les Nord-Coréens développent leur programme de missiles nucléaires non parce qu’ils manquent d’électricité (bien qu’il y ait une grave pénurie dans ce domaine) et qu’ils souhaitent par conséquent résoudre le problème par cet échange. Le fait est que Pyongyang ne se sent pas en sécurité et entend pouvoir se défendre contre une attaque militaire et une ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures de la république, grâce à la maîtrise d’un potentiel de légitime défense suffisant. Par conséquent, l’hypothèse qu’ils accepteraient de recevoir des centrales nucléaires et resteraient ainsi totalement sans défense face à la menace américaine est, à mon avis, absolument dénuée de fondement.

Steven Bigan, représentant spécial du département d’État américain pour la RPDC, a déclaré que Washington avait un plan B concernant la Corée du Nord si la diplomatie ne fonctionnait pas. Comment pouvez-vous commenter une telle déclaration? Existe-t-il une possibilité d’escalade de tension dans la péninsule coréenne cette année?

– Le plan B concerne non seulement Stephen Bigan, mais également son partenaire de négociation du côté nord-coréen, Kim Hyok Chol. Dans les médias de la RPDC, qui publient des documents reflétant la position officielle, plusieurs articles ont paru l’autre jour, indiquant que si les États-Unis ne proposaient rien de leur côté en réponse aux mesures déjà prises par Pyongyang (renonciation à fabriquer, à tester, à utiliser et à propager des armes nucléaires, fermeture d’un site d’essais nucléaires, etc.), on sera forcé de rechercher « d’autres options ». Quelles sont ces options, c’est facile à deviner. L’escalade de la situation dans la péninsule coréenne est donc tout à fait possible, même si nous espérons que les parties à la négociation auront le sens commun, qu’elles souhaitent trouver un compromis et que le pire des cas soit exclu.

– Pensez-vous que Pyongyang soit prêt à autoriser les observateurs de l’AIEA à se rendre dans leurs locaux?

– Je tiens à souligner que le principal problème concerne les installations nucléaires nord-coréennes liées au programme militaire de Pyongyang. Quant aux observateurs de l’AIEA, le mandat de cette organisation se limite à vérifier le caractère pacifique des programmes nucléaires civils. Le temps pour cela viendra plus tard. Ces inspections et autres travaux devraient être effectués par des experts d’États dotés d’armes nucléaires, notamment des États-Unis, de la Russie et de la Chine.

– Et quel rôle Moscou peut-elle jouer dans le processus de dénucléarisation de la RPDC? La Russie envisage-t-elle la possibilité d’importer des matières radioactives de la RPDC afin de dénucléariser la république? Est-ce que Pyongyang a besoin de services intermédiaires de Moscou dans le dialogue avec l’Occident?

– La dénucléarisation de la RPDC en tant que terme ne révèle pas tout le problème. Nous devrions parler de la dénucléarisation de la péninsule coréenne, élément essentiel de la tâche générale qui consiste à créer un système de maintien de la paix et de la sécurité dans la région de l’Asie du Nord-Est. De toute évidence, sans la participation la plus active de la Russie, il n’est pas possible de construire un tel mécanisme. Autant que je sache, même les Américains et les Nord-Coréens ne parlent pas entre eux d’exportation de matières radioactives de la RPDC – c’est trop tôt. En ce qui concerne la possibilité d’importer des matières radioactives nord-coréennes sur le territoire de la Russie, j’imagine mal une situation dans laquelle nous serions d’accord.

– Le projet Hasan – Rajin a-t-il un avenir?

– Je suis absolument sûr que le projet rencontrera un accueil favorable. Déjà au 19ème siècle, la Russie envisageait d’utiliser la baie de Rajin libre de glaces : à l’époque soviétique, des millions de tonnes de notre fret d’import-export passaient par le port de Rajin. Je ne doute pas que le projet fonctionnera le plus tôt possible. De plus, il ne faut pas oublier que Hassan – Rajin fait partie intégrante d’un programme beaucoup plus vaste d’organisation du trafic ferroviaire transcontinental de la Corée du Sud via la RPDC et le Transsibérien vers l’Europe. Il sera certainement mis en œuvre.

– Le projet de construction d’un gazoduc reliant la Russie à la Corée du Sud à travers le territoire de la RPDC est-il discuté? Quand en RPDC pourra-t-on installer les lignes électriques pour la fourniture d’électricité? Quelles sont les perspectives?

– Le transfert de gaz et d’électricité de la Russie vers la Corée du Sud à travers le territoire de la RPDC constitue deux projets tripartites prometteurs. Des accords fondamentaux à ce sujet entre tous ses membres existent déjà. Le problème réside dans la situation politique: une fois la sécurité et la paix garanties, les sanctions internationales imposées à la RPDC levées, la vie elle-même obligera à construire des ponts pour les hydrocarbures et l’énergie. Jusqu’à présent, il n’y a pas de telles conditions. Et, soit dit en passant, la Russie est également le défenseur le plus actif de la normalisation intercoréenne et souhaite sincèrement que le dialogue américano-nord-coréen soit couronné de succès: la mise en service de ces deux voies non seulement garantit la sécurité de nos frontières extrême-orientales, mais nous apporte également des avantages économiques tangibles.

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire & Société

 
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Publié par le février 14, 2019 dans Asie, Russie

 

Les événements en Amérique latine et le repartage impérialiste du monde

 

Dans une interview accordée à la Pravda, Dmitry Novikov, vice-président du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie, a répondu aux questions sur le bilan de son voyage au Venezuela et au Nicaragua et sur la nature des processus en cours en Amérique latine.

 

La Pravda, n ° 12, les 5 et 6 février 2019

https://kprf.ru/party-live/cknews/182376.html

Le Venezuela au centre des contradictions mondiales

– Dmitry Georgievich, nous parlons à un moment où l’attention de la planète entière est fixée sur le Venezuela. Ce pays a été l’objet d’une tentative de coup d’État. Vous étiez récemment au Venezuela, vous avez participé à un événement politique important: l’investiture du président Maduro. Cet événement peut-il être considéré comme une revue des forces internes qui soutiennent les autorités légitimes et des forces internationales du point de vue de leur attitude envers la République bolivarienne?

– Bien sûr que oui. De ce point de vue, la première chose à noter est le lieu où l’inauguration a eu lieu. Elle s’est déroulée dans les locaux de la Cour suprême, ce qui reflète bien déjà les particularités de la situation politique intérieure actuelle au Venezuela. La Constitution actuelle de cet État désigne clairement deux plates-formes politiques sur lesquelles la procédure de prise de fonction de président peut être tenue. Il s’agit de l’Assemblée nationale du pays et de la Cour suprême.

En ce qui concerne l’Assemblée nationale, de nombreux événements récents qui suscitent l’attention des médias dans le monde y sont associés. La majorité lors des dernières élections a été remportée par les représentants de l’opposition. Et personne ne conteste la légitimité du vote, y compris les chavistes. Mais d’autres actions du parlement liées au non-respect des prescriptions de la plus haute instance judiciaire ont invalidé la composition actuelle de l’Assemblée nationale. La Cour suprême elle-même a acté le fait. À la suite de cela, ni la majorité des soi-disant députés, ni Nicolas Maduro lui-même ne souhaitaient l’investiture au sein de ce parlement illégal.

La procédure d’entrée en fonction du président s’est déroulée devant la Cour suprême. Avec d’ailleurs la participation de tous les juges sans exception. De nombreux invités étrangers, des délégations très prestigieuses, ont assisté à la cérémonie. Par leur composition, on peut évaluer avec assez de précision l’attitude des autorités des différents États à l’égard du Venezuela. Cuba, le Nicaragua, la Bolivie et le Salvador étaient représentés par leurs chefs d’Etat. Les présidents de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud sont également ont également fait le voyage à Caracas. Le Mexique, la Turquie, l’Iran, l’Afrique du Sud, la Chine, la Russie et la Biélorussie étaient bien représentés. Ce sont ces États qui se sont ensuite prononcés en faveur de la souveraineté du Venezuela, contre l’ingérence des États-Unis dans ses affaires intérieures afin de procéder à un coup d’État. Ils n’ont pas reconnu Juan Guaido qui s’est proclamé président.

Le côté opposé s’est affiché tout aussi clairement. En plus des États-Unis, le Brésil, la Colombie et d’autres alliés de Washington n’ont pas participé à l’inauguration. Quelques jours plus tard, Trump a salué Guaido pour son « accession à la présidence ». Et cela a été fait rapidement, immédiatement après la déclaration de l’imposteur pour la prise de direction du pays.

 

– La liste des États exprimant leur soutien au Venezuela bolivarien dirigé par Maduro est globalement compréhensible. Mais peut-être existe-t-il des questions concernant la Fédération de Russie, dont les autorités poursuivent une politique ouvertement antisocialiste qui n’a rien de commun avec les idées bolivariennes. Le gouvernement russe actuel, le Kremlin, a simplement une nature de classe différente. Comment expliquez-vous le soutien de Maduro par les autorités de la Fédération de Russie?

– Je pense qu’il y a deux raisons. Premièrement, nous devrions être de bien piètres politiciens si nous ne comprenions pas que, dans la politique étrangère des États-Unis vis-à-vis du Venezuela, le monde a affaire à une réincarnation de la doctrine Monroe. L’idée de proclamer le continent américain zone interdite à l’intervention des puissances européennes a été proclamée dès la présidence de Monroe dans les années 1840. L’objectif des États-Unis était de transformer l’Amérique latine en son arrière-cour. Washington n’a pas renoncé à cette doctrine au XXe siècle, tout en se faisant plus discret. Mais au tournant des 20e et 21e siècles, l’Amérique latine s’est teinte de couleurs politiques désagréables pour les États-Unis: de nombreux gouvernements étaient dirigés par des gouvernements de gauche. Leur liste ne se limitait pas à Cuba, au Venezuela et au Nicaragua. Dans la même rang se trouvaient non seulement des États comme le Salvador ou la Bolivie dirigée par Evo Morales, mais également l’Argentine dirigée par Cristina Kirchner, le Brésil dirigé par Lula da Silva. En outre, un certain nombre de structures d’intégration entre États sont apparues sur le continent dans le but de contrer les diktats de Washington.

Tout cela dans son ensemble a démontré les sérieuses possibilités des forces de gauche sur le continent. Cela ne pouvait qu’alarmer les États-Unis. Entre autres choses, le mythe selon lequel l’effondrement de l’URSS avec le socialisme avait pris fin à jamais s’est effondré. face à ce défi, Washington a décidé de réagir. Et nous assistons aujourd’hui à une revanche en Amérique latine. En Argentine, la droite est arrivée au pouvoir et le nouveau président du Brésil, selon certains hommes politiques, experts et personnalités publiques du continent, est un homme d’orientation carrément fasciste.

Mais l’opposition en Amérique latine n’est qu’une partie d’un processus mondial. Les États-Unis ont déjà évalué les principales tendances du 21e siècle. Ils considèrent que leurs principaux rivaux sont la Chine avec sa puissance économique et aussi la Russie qui malgré son affaiblissement économique, poursuit une ligne en politique internationale qui déplaît souvent à Washington. À leur tour, la Chine et la Russie ne peuvent que réagir aux actions dirigées contre elles. Je pense que c’est la première raison qui pousse le Kremlin à soutenir le président légitime du Venezuela. Et cette position est pleinement conforme aux intérêts nationaux de notre pays, elle répond à la tâche de former un monde multipolaire.

La seconde raison est l’intérêt économique des entreprises russes. Le Venezuela est l’un des pays producteurs de pétrole les plus prometteurs. La Russie a investi des fonds importants là-bas. Cela représente environ 17 milliards de dollars, pouvant générer un bon rendement. Il existe d’autres projets économiques au stade de la mise en œuvre. En Russie, certains milieux d’affaires sont donc intéressés à maintenir leurs positions au Venezuela. Et cela détermine également la position active de Moscou vis-à-vis de ce pays sur la scène internationale. Et renforcer la coopération économique est dans l’intérêt de nos deux peuples.

 

Tentative de coup d’Etat

 

– Mais revenons à l’inauguration. Elle s’est déroulée à la Cour suprême du pays. Mais les députés de l’Assemblée nationale y étaient représentés?

 

– La salle n’était pas remplie que d’ambassadeurs d’États étrangers et de membres de la Cour suprême,des ministres, des chefs de missions diplomatiques, des gradés importants de l’armée et des préfets ont assisté à l’inauguration. Il y avait des maires de nombreuses grandes villes du Venezuela. Les dirigeants du Parti de l’unité socialiste et du Parti communiste du Venezuela étaient présents. Quant aux députés de l’Assemblée nationale, je pense qu’ils étaient peu nombreux.

 

– Dans quelle mesure la procédure d’inauguration pouvait-elle laisser prévoir la transformation de l’opposition existante dans le pays en un coup d’État? Y avait-il des signes visibles d’un tel tour des événements?

 

– Pour commencer, les difficultés économiques au Venezuela ne sont nouvelles pour personne. Une situation difficile a été observée ces dernières années. Lorsque nous sommes arrivés à Caracas, on a appris que deux jours auparavant, la monnaie nationale s’était dépréciée de 20%. Les rayons dans les magasins laissent beaucoup à désirer. Le taux de chômage est important. On assiste à une réduction du pouvoir d’achat de la population. Ces problèmes sont activement utilisés par l’opposition à ses propres fins.

Mais nous devons aussi nous rappeler les causes de ces problèmes économiques : ce sont les mesures systématiques prises par les États-Unis pour saper les positions du gouvernement actuel de la République bolivarienne. Des difficultés ont été créées dans la fourniture des biens et technologies nécessaires au Venezuela. Cela a conduit à une réduction de la production de pétrole – principale source de financement national. Bien sûr, le pays extrait encore de l’or, par exemple, mais son rôle dans l’économie est beaucoup moins important.

Les États-Unis ont créé une situation économique difficile pour pouvoir en tirer parti. Déjà l’année dernière, ils ont en fait annoncé qu’ils étaient prêts à renverser le gouvernement de Maduro. En mai dernier, Washington n’a pas reconnu les résultats de l’élection présidentielle au Venezuela, sans aucun fondement, mais de façon radicale. Et en novembre, le célèbre conseiller en sécurité nationale de Trump en Russie, Bolton, a annoncé l’existence d’un «triumvirat de la tyrannie», une «troïka de la terreur». Il a désigné ainsi Cuba, le Venezuela et le Nicaragua.

Lorsque des constructions telles que «l’axe du mal», «le triumvirat de la tyrannie», etc., sont inventées, cela signifie le début d’une nouvelle étape dans la lutte contre les gouvernements qui déplaisent aux États-Unis. Il y a une pression plus sévère sur ceux que Washington considère comme ses adversaires. Mais la tentative de déstabilisation de la situation au Nicaragua, l’an dernier, s’est soldée par un échec pour les États-Unis. Et il est impossible de bouleverser la situation à Cuba, car il existe une solide unité du pouvoir et du peuple fondée sur la voie de la construction socialiste. Dans ces conditions, le Venezuela est devenu la cible principale de Washington en Amérique latine.

 

– À propos, Dmitry Georgievich, qu’est-ce qui explique que les élections présidentielles au Venezuela se soient tenues en mai et que l’inauguration n’ait eu lieu qu’en janvier de l’année suivante?

 

– Ici, bien sûr, il n’y a pas de malentendu, mais il y a une règle de la Constitution. Il est indiqué que l’investiture du président a lieu le premier mois de l’année suivant l’année des élections présidentielles. En d’autres termes, que les élections aient lieu en mai, en février ou, par exemple, en novembre, l’inauguration doit avoir lieu en janvier suivant.

Au fait, il faut garder à l’esprit que Nicolas Maduro a été soutenu par 68% des votants ayant participé au vote. Vous ne pouvez donc mettre en doute la régularité des élections qu’avec un très grand parti pris. Et le Venezuela n’appartient pas aux États où il est possible de falsifier les résultats du vote: l’opposition dans ce pays, bien que divisée, exerce une grande influence.

Je remarque que la création d’un front politique interne uni contre Maduro est longtemps restée sans succès. Maintenant, Washington est en train d’un forger un de manière agressive autour de Guaido. Les dollars américains et une intervention politique déclarée sont les piliers de ce front.

En plus de cette ligne d’attaque, d’autres ont été utilisées. Par exemple, les tensions entre le Venezuela et la Colombie se sont intensifiées à tous les niveaux. Une mention spéciale doit être faite au sujet de l’Organisation des États américains (OEA). Elle comprend les pays d’Amérique latine, les États-Unis et le Canada. Les médias russes ont perdu de vue les vicissitudes des dernières années au sein de cette organisation. En 2017, des tentatives ont été faites pour en exclure le Venezuela. En réponse, la République bolivarienne a elle-même déclaré son retrait de l’OEA, démontrant ainsi qu’elle était disposée à s’opposer à toute tentative d’ingérence dans ses affaires intérieures. Les opposants à Maduro avaient besoin de l’idée d’exclure le Venezuela de l’organisation pour pouvoir lancer une campagne bruyante contre le système politique et les dirigeants de l’État américain indocile. Toutes ces actions « sur le périmètre extérieur » étaient des éléments de la préparation d’un coup d’État.

 

– Est-il possible de considérer l’inauguration de Maduro comme un motif du coup d’État?

 

– Oui, l’inauguration a été utilisée comme un événement et un prétexte médiatique. Elle a été une sorte de déclencheur pour le passage de l’étape préparatoire à la phase de mise en œuvre des plans élaborés depuis longtemps.

Le cynisme des actions de Washington et de ses satellites est frappant. Cette fois, ils sont encore plus débridés que lors de la tragédie chilienne de 1973.

 

 

Protéger la révolution bolivarienne

 

– Les médias russes soulignent constamment que le soutien du président Maduro est l’armée. Bien entendu, en Amérique latine, il s’agit d’un facteur important, notamment en cas de coup d’État. Mais l’inauguration a eu lieu avant le coup d’État. Quelle est votre opinion sur le rôle de l’armée dans la vie politique du Venezuela?

 

– Au Venezuela, il y a une bonne armée – selon les normes de l’Amérique latine, mais pas seulement. Elle est importante en nombre. Elle est bien armée et bien entraînée. Son rôle dans la vie de la société peut être jugé à travers la procédure d’investiture du président du pays, qui comprenait deux parties. Comme nous l’avons déjà mentionné, la première partie s’est déroulée devant la Cour suprême de la République. Son événement principal a été la prestation de serment du nouveau président, la signature de documents par les personnes autorisées et le discours public de Nicolas Maduro.

Mais il y avait une deuxième partie. Elle a eu lieu à l’Académie militaire de Caracas. C’est l’un des lieux centraux des forces armées du Venezuela, leur symbole. Ici, ce n’est plus le président qui a prêté serment, mais l’armée qui prêtait serment au président lui-même. Tout cela combiné avec un défilé. Toute la procédure était menée par le ministre de la Défense, Vladimir Padrino Lopez.

Après la cérémonie, nous avons pu communiquer avec le général Lopez. C’est l’une des personnes les plus populaires et les plus influentes du Venezuela. Avec tout son comportement, il fait preuve de loyauté envers le peuple, la loi et le président.

 

– Mais pour un fonctionnement stable du système politique, quelle que soit l’importance de l’armée, sa loyauté ne suffit pas. Quelles forces soutiennent le président légitime aujourd’hui?

 

– Eh bien, parcourons la liste.

Je tiens à vous rappeler qu’après avoir été élu président, Hugo Chavez, politicien exceptionnellement populaire, a considéré pendant un certain temps son autorité personnelle, étayée par un statut officiel, comme suffisante pour la direction effective du pays. Mais il s’est ensuite rendu compte que le processus politique nécessitait une interaction durable avec le peuple, avec la société. Alors il a décidé de créer un parti qui soutenait les idées du « socialisme du XXIe siècle ».

Le parti unifié socialiste du Venezuela est aujourd’hui une structure politique de masse. Il est dynamique par lui-même et a de bonnes occasions de mobiliser les citoyens. Cela a été clairement démontré dans les derniers temps par les milliers de manifestants en faveur de Maduro. Le parti est monolithique, il n’est pas déchiré par des contradictions internes. Il est clair qu’il y a des discussions au sein de l’organisation, car il est nécessaire, par exemple, de rechercher collectivement des moyens de résoudre les problèmes économiques. Mais cela n’entraîne pas de conflits détruisant l’unité du parti.

Un certain nombre d’autres organisations de gauche n’ont pas rejoint le parti uni socialiste. Par exemple le Parti communiste du Venezuela. Il a sa propre histoire, sa propre idéologie. Ayant dans certains cas leur propre vision des problèmes urgents, les communistes et d’autres organisations de gauche soutiennent la révolution bolivarienne, le régime anti-impérialiste progressiste actuel et le président Maduro. Cela contribue également à la consolidation des travailleurs autour du président.

Au niveau municipal, des conseils publics ont été créés, qui constituent une forme de représentation populaire. Cela crée des conditions favorables à l’activité de ceux qui comprennent ce qu’ils peuvent perdre si les partisans d’une politique libérale pro-américaine étouffent les réformes initiées par Hugo Chavez. C’est la raison pour laquelle, le 10 janvier, nous avons vu dans les rues de Caracas une foule de gens venus saluer l’investiture de Maduro à la présidence. Leur comportement a clairement démontré qu’ils sont descendus dans la rue de leur plein gré et non à cause de pressions.

J’ai eu l’impression que les travailleurs au Venezuela sont conscients de leurs intérêts de classe, évaluent correctement la situation, déterminent assez précisément l’équilibre des forces. Et tout cela malgré la propagande bourgeoise libérale massive. Il ne faut pas oublier que nombre des principaux médias du pays sont aux mains des libéraux bourgeois, pas des socialistes. Mais les gens n’ont pas la mémoire courte.

Après le début des réformes de Chavez, qui ont vraiment amélioré la vie du peuple, 20 ans ont passé. Et bien que ces dernières années, le niveau de bien-être social n’ait pas augmenté et que les problèmes économiques se soient aggravés, les gens n’ont pas oublié tout ce qui avait été fait dans leur intérêt. Ils se souviennent que des quartiers entiers de logements pour les pauvres ont été construits. En fait, ils sont passés des bidonvilles à des maisons de bonne qualité. Ils se souviennent comment ils ont commencé à être éduqués et soignés. À propos, cela a été fait avec l’aide active de Cuba, qui dispose d’une médecine moderne très développée. Des milliers de médecins cubains sont venus aider le peuple et le gouvernement du Venezuela à créer des soins de santé efficaces. Et les gens n’ont pas oublié cela. Leur mémoire fournit un soutien populaire à la ligne Chávez, que Maduro personnifie aujourd’hui.

En niant cette thèse, les libéraux, y compris les Russes, poussent les hauts cris au sujet des deux, trois ou quatre millions de citoyens du Venezuela qui ont émigré de leur pays au cours des dernières années. Il n’existe pas de statistiques exactes sur la migration, mais les partisans de Maduro sont d’accord avec le fait que près d’un million et demi de personnes sont partis. Cependant, ses adversaires sont silencieux sur autre chose. Lorsque les transformations de Chavez ont élevé le niveau de vie des larges masses, environ 5 700 000 Colombiens sont venus de Colombie au Venezuela. Ils ont migré vers le pays voisin à la recherche d’un sort meilleur. Ici, ils ont trouvé du travail, se sont installés et ont obtenu la citoyenneté. Et maintenant, lorsque des difficultés économiques sont apparues au Venezuela, certains d’entre eux, utilisant des liens de parenté, ont commencé à quitter le pays qui les abritait. Donc, une proportion importante des personnes qui ont émigré du Venezuela sont des Colombiens,retournés dans leur pays d’origine. Ce détail important doit être pris en compte si nous voulons comprendre les événements dans toute leur polyvalence.

 

– Je voudrais que vous précisiez l’influence du Parti communiste du Venezuela. Quelle est son attitude vis-à-vis du cours social et politique poursuivi par les héritiers de Chavez? Comment la classe ouvrière exprime-t-elle ses positions?

 

– Selon son influence politique, il est nettement inférieur au Parti socialiste unifié du Venezuela. Dans les organismes gouvernementaux, le PCV est représenté sur une base limitée. Mais le parti protège activement les intérêts des travailleurs. Et parfois, cette mission est très risquée. On m’a donc dit que, dans les zones frontalières avec la Colombie, il y a eu des cas d’assassinats de militants paysans qui défendaient les transformations du territoire entamées sous Chavez. Parmi les victimes de cette lutte, il y a des communistes.

En ce qui concerne la profondeur des transformations au Venezuela, le gouvernement doit, selon le Parti communiste, aller plus loin, en défendant les intérêts des travailleurs et en revendiquant la démocratie. Mais il sera possible de revenir à la solution de ce problème lorsque la vie reprendra un cours normal. Maintenant, l’essentiel est de surmonter la crise et de sauver la révolution bolivarienne.

 

Le Nicaragua sur la carte politique

 

– Les événements vénézuéliens peuvent difficilement être isolés des derniers changements survenus en Amérique latine. Le balancier politique a basculé vers la droite. Vous étiez au Nicaragua. C’est une sorte de test décisif qui montre l’influence du vecteur de changement socialiste en Amérique latine. Quelles sont vos impressions sur le Nicaragua?

 

– En effet, après le Venezuela, je suis immédiatement allé au Nicaragua, où se tenait un Forum pour la paix et la solidarité. Des représentants de nombreux pays y participaient. Immédiatement après le forum, j’ai rencontré le président du Nicaragua, Daniel Ortega, et la vice-présidente, Rosalia Murillo. Nous avons discuté en détail des problèmes les plus importants. Daniel Ortega a transmis au président du Comité central du parti communiste de la Fédération de Russie, Guennadi Ziouganov des paroles de remerciement pour la remise de l’Ordre de l’amitié entre les peuples, et une invitation à se rendre au Nicaragua. Il y a eu également une conversation intéressante avec le président de l’Assemblée nationale, Gustav Cortes, le ministre des Affaires étrangères, Denis Moncade, le ministre des Finances et le coprésident de la Commission intergouvernementale russo-nicaraguayenne, Ivan Acosta, et le représentant spécial du président pour les affaires économiques, Laureano Ortega.

Soit dit en passant, le ministre des Affaires étrangères Moncada a d’abord été un militaire important, puis il a été envoyé à la tête du ministère des Affaires étrangères, qu’il dirige à un haut niveau professionnel. Lors de notre rencontre, il rentrait d’un voyage dans plusieurs pays d’Amérique latine, et d’une réunion de l’Organisation des États américains. Le président de l’OEA, Almagro, tente de soulever la question de l’exclusion du Nicaragua, mais jusqu’à présent, il a échoué.

Ainsi, les sandinistes résistent avec confiance aux pressions croissantes de l’extérieur. L’année dernière, ils ont très efficacement mis un terme à une tentative d’organiser une révolution «de couleur» au Nicaragua. Les troubles à Managua et dans d’autres villes ont duré d’avril à juillet. Cela a provoqué de graves dommages, mais la situation a été rectifiée et la situation économique s’est stabilisée à l’automne.

En ce qui concerne la situation sur le continent. Nous avons beaucoup parlé avec les participants du Forum de la paix et de la solidarité avec le Nicaragua, venus de différents pays. À en juger par la composition des présidents des États d’Amérique latine, il existe un glissement à droite dans la région. La situation de la gauche sur le continent s’est détériorée. Et ce n’est pas la conséquence d’échecs fondamentaux en politique, bien que tout le monde puisse avoir des erreurs. Le facteur le plus important dans l’affaiblissement du mouvement de gauche dans le monde a été la destruction de l’Union soviétique. Des succès locaux de forces socialistes dans des pays petits et pas très riches sont possibles, mais, comme le montre la pratique, ils peuvent être réduits à néant par le grand capital. Les événements de ces dernières années ont montré que l’impérialisme pouvait changer la situation en sa faveur. Lorsque les États-Unis ont compris qu’ils avaient affaibli leur attention sur l’Amérique latine, ils se sont davantage concentrés sur cette région et ont obtenu certains résultats.

Mais il est faux de supposer qu’il s’agit d’une tendance unidirectionnelle. Tandis que les représentants des forces de droite remplaçaient les présidents de gauche dans un certain nombre de pays, des changements opposés se sont produits au Mexique. Et c’est le plus grand État d’Amérique latine en termes de population. Plus de 133 millions de personnes y vivent. En Europe occidentale, il n’existe pas un seul pays comptant autant de citoyens. L’année dernière, le représentant du bloc de gauche, López Obrador, a été élu président du Mexique. De plus, sa victoire n’était pas inattendue, elle avait été annoncée par presque tous les analystes objectifs.

Il est important de comprendre que le basculement à droite des gouvernements ne signifie pas des changements fondamentaux dans l’humeur des travailleurs, des masses latino-américaines. Leurs positions restent les mêmes. Et la cause de la gauche n’est pas perdue ici.

 

– Il y a un autre aspect. En discutant avec des représentants des partis communistes et de gauche des pays latino-américains qui participaient en tant qu’invités aux travaux de congrès du KPRF, lors de «tables rondes» organisées par le Comité central de notre parti, nous avons remarqué une chose : même lorsque, en réalité, seuls le président et deux ou trois ministres du gouvernement représentent l’idéologie de gauche et que le reste de ses membres est ouvertement bourgeois, ils nous disent souvent que le pouvoir dans le pays appartient à la gauche. L’exemple du Brésil est étonnant: le gouvernement de gauche était plus une légende qu’une réalité. Et dès qu’il a été possible de renvoyer le président du Parti travailliste, Dilma Rousseff a été automatiquement remplacée au poste présidentiel par un représentant des forces de droite. Ces coalitions, même si elles sont dirigées par des présidents de gauche, sont trop limitées pour mettre en œuvre des politiques de gauche. Leur alliance avec la bourgeoisie ne permet pas un parcours indépendant.

 

– Dans les situations politiques difficiles, la tactique des actions joue un rôle important. Prenez le Nicaragua. Comme prétexte à manifester, l’opposition a invoqué la décision du gouvernement de limiter le financement de certains programmes sociaux. Immédiatement, l’ambassade des États-Unis s’est déchaînée. Leur soutien aux organisations à but non lucratif ayant une position anti-gouvernementale s’est considérablement accru. Des pressions ont été exercées sur les entreprises, menacées d’interdiction de commercer avec les États-Unis. En bref, les classiques du genre. L’étape suivante a été les barricades dans les rues. La capitale Managua a été livrée au pillage, bien que le Nicaragua soit considéré comme l’un des pays les plus sûrs de la région. Le gouvernement Ortega avait jugulé depuis longtemps la criminalité, vaincu la mafia de la drogue. Aux Etats-Unis, où ils affichent une lutte sans compromis contre la drogue, ils sont extrêmement mécontents du fait que Daniel Ortega ait réussi à mettre fin au trafic.

Managua est une ville avec des immeubles de faible hauteur. Les immeubles de grande hauteur ont été détruits lors d’un tremblement de terre. Pour donner à la ville un aspect plus élégant, à l’initiative de la vice-présidente du pays, Rosario Murillo, on a installé des arbres décoratifs en métal dans les rues, symbolisant l’arbre de vie. Leur aspect diurne et leur illumination la nuit embellissait la ville. Ces structures décoratives étaient un symbole non seulement de la ville, mais aussi de la préoccupation du gouvernement à l’égard de la population. L’opposition a décidé de détruire ce symbole. Les arbres ont été abattus, détruits. Le vandalisme se développait.

L’armée et la police sont restées du côté du parti sandiniste au pouvoir. Mais l’intervention de l’armée n’était pas requise. La réponse calme du gouvernement aux manifestations a été l’occasion de « relâcher la vapeur ». Quelques semaines plus tard, il n’y avait plus de femmes dans les rues de quartiers riches pour manifester avec des casseroles vides en soutien aux émeutiers. Ces « actes de solidarité » avec les manifestants ont été remplacés par l’indignation des citadins devant les barricades qui paralysaient les plus importantes artères du pays. En conséquence, l’humeur du public a changé. La tentative d’organiser un coup d’État a échoué.

Mais ici, bien sûr, il est important de savoir qu’il existe un gouvernement homogène au Nicaragua. Il est complètement contrôlé par le front sandiniste. Il n’est pas difficile d’imaginer ce qui se passerait si les ministres bourgeois dominaient sa composition. Il est à noter que dans le « triumvirat de la tyrannie » selon Bolton, les gouvernements n’ont pas de représentants des forces de droite. Ainsi, à Cuba, le parti communiste est à la tête, les sandinistes gouvernent le Nicaragua et le Venezuela n’a pas non plus de coalition gouvernementale avec des organisations bourgeoises.

 

Offensive du capital et forces de gauche

 

– Passons des problèmes relativement locaux aux problèmes généraux. Selon Lénine, la planète est entrée dans une nouvelle phase du capitalisme, non pacifique. Elle est basée sur la nécessité pour le système mondial d’exploitation d’un repartage du monde. Toutes les ressources dont l’impérialisme s’est emparé suite à la restauration du capitalisme dans les républiques de l’URSS et les pays de l’Europe de l’Est ont été détruites en un quart de siècle. Les événements du Brésil et du Venezuela peuvent-ils être considérés comme le signe d’une nouvelle offensive de la réaction mondiale, comme une des facettes de la redistribution impériale du monde?

 

– Les événements de ces dernières années en Amérique latine font certainement partie intégrante de la redistribution du monde qui a commencé. Et au Venezuela, il y a une menace directe d’intervention étrangère. Les États-Unis n’excluent pas une invasion militaire directe. Mais bien que la richesse pétrolière du Venezuela attire les capitaux nord-américains, ce serait une entreprise très risquée pour eux.

 

– Et la dernière question. Au sein de chaque pays d’Amérique latine, il existe une expérience de formation de gouvernements sur la base d’un «front large» fondé sur l’idéologie de l’antiaméricanisme. Par exemple, certains camarades qui se sont exprimés il y a un an et demi à la 19e réunion internationale des partis communistes et ouvriers à Saint-Pétersbourg ont déclaré que les formations regroupant un large éventail de partis étaient un succès politique. La question se pose: est-il possible sur cette base d’assurer l’unité des exploités et des exploiteurs? Ou, au contraire, cela témoigne-t-il de l’inefficacité de telles coalitions?

 

– Probablement, dans certaines conditions, de larges coalitions ont été un succès. Mais chaque succès a besoin de développement. Il y a des situations où les positions ne peuvent être tenues que lorsque vous avancez. Et dans le cadre d’un «front trop large», les partis sont liés par des accords de coalition.

Mais examinons les choses. Cuba a eu du succès et a suivi la voie socialiste lorsqu’il existait dans le monde une avant-garde de la construction socialiste en la personne de l’Union soviétique. Il serait difficile aujourd’hui à des pays d’Amérique latine comme le Honduras, le Panama et le Salvador de se lancer indépendamment dans une construction socialiste sans une avant-garde aussi puissante mondialement que l’URSS. La gauche est au contraire en train de résoudre une autre tâche aujourd’hui: procéder à des transformations politiques et économiques progressives, résister à l’offensive de l’impérialisme. Et de tels succès sont possibles dans l’environnement actuel. C’est dans ce but les forces de gauche entrent dans des blocs de coalition.

Pour aller plus loin, un regroupement des forces est nécessaire. En conséquence, les coalitions temporaires ont deux résultats. Soit la droite prend le contrôle de la situation entre ses mains, soit la gauche parvient à limiter considérablement les forces exprimant les intérêts du capital. Présente au pouvoir, la gauche a plus de possibilités pour organiser les masses ouvrières. Les organiser de manière à ce qu’elles soient plus résolues, plus audacieuses et plus claires dans leurs revendications. C’est cette activité des masses, le fait de s’appuyer sur elle, qui permet de réviser les accords de coalition antérieurs en faveur de la majorité des citoyens et de suivre de plus en plus vigoureusement une ligne de gauche.

Sur la photo: Dmitry Novikov, vice-président du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie, et Vladimir Padrino Lopez, ministre de la Défense du Venezuela.

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

 

 

António Guterres : L’ONU ne reconnaît que Maduro comme président légitime du Venezuela

L’appui de l’ONU au gouvernement légitime du Venezuela est un camouflet pour Trump et pour le parlement européen. Sur le terrain, il semble que la manifestation de l’opposition ait été un bide alors que celle en soutien à Maduro a été trés suivie. Pour le moment l’opération destinée à faire basculer les forces armées vénézuéliennes est en échec. Mais il faut rester vigilants parce que les USA et leurs alliés se sont trop engagés dans le soutien au putschistes pour reculer. Tout est possible y compris leur volonté de faire du venezuela une nouvelle Syrie et par là d’aboutir à un affrontement généralisé dans le continent latino-américain. Il faudrait de la part des forces progressistes un soutien réel, en particulier une manifestation de soutien devant l’ambassade du Venezuela s’impose. (note de Danielle Bleitrach)

http://mouvementcommuniste.over-blog.com/2019/02/antonio-guterres-l-onu-ne-reconnait-que-maduro-comme-president-legitime-du-venezuela.html

Écrit par jennifer matheus le 01/02/2019. Publié dans Actualités

L’ONU refuse de prendre position en faveur du putschiste Juan Guaidó et affirme qu’au Venezuela elle agit en coordination avec le gouvernement reconnu par les pays membres.

Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a confirmé jeudi que les Etats de l’Assemblée générale des Nations Unies (AGNU) et du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) reconnaissent Nicolás Maduro comme président constitutionnel et légitime du Venezuela.

Pour cette raison, le fonctionnaire a refusé de se positionner en faveur des intérêts du député de l’Assemblée nationale (AN) -en desacato-, Juan Guaidó, qui s’est proclamé le 23 janvier dernier « président en charge » de manière inconstitutionnelle.

Le chef de l’opposition a écrit à António Guterres samedi dernier, le 26 janvier, demandant la mise en place de « mécanismes de soutien » pour faire face à ce qu’il a appelé la « crise humanitaire » en République bolivarienne.

Dans sa réponse, M. Dujarric a déclaré jeudi que l’ONU est prête à continuer à coopérer aux activités de développement au Venezuela, en comptant sur l’approbation du gouvernement du président Nicolas Maduro, le seul gouvernement qui reconnaît.

Le porte-parole a souligné que la reconnaissance des gouvernements n’est pas une fonction du Secrétaire général de l’ONU, mais des États membres, et que dans ses relations avec les États membres, elle respecte « les décisions » de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité.

Quant à la détention au Venezuela de trois journalistes de l’agence de presse espagnole Efe, M. Dujarric a estimé qu’il était « crucial » que les journalistes « puissent reporter librement et que leurs droits soient pleinement respectés », au Venezuela comme dans tout autre pays.

Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, a blâmé jeudi les médias pour ces arrestations, les accusant d’avoir envoyé leurs employés sans se conformer à la loi et d’avoir « fait un scandale » contre le gouvernement. Le directeur de l’agence Efe a informé dans son compte Twitter de la libération des détenus.

Le porte-parole de l’ONU s’est également félicité de l’initiative du Mexique et de l’Uruguay d’organiser une réunion internationale dans le but de lancer un dialogue politique au Venezuela.

« De toute évidence, la communauté internationale peut jouer un rôle clé pour faciliter la conclusion d’accords inclusifs « , a déclaré le porte-parole, qui a déclaré qu’il s’attendait à recevoir des détails sur la réunion que António Guterres tiendra avec des représentants du Mexique et de l’Uruguay.

Le Venezuela connaît des jours de grande turbulence en raison de l’autoproclamation de Guaidó en tant que président par intérim, avec le soutien des États-Unis, malgré le fait que Maduro, légalement élu aux dernières élections présidentielles en 2018, a commencé son second mandat le 10 janvier.

Bien que certains pays occidentaux et latino-américains alliés à Washington aient reconnu Guaidó, d’autres comme la Bolivie, Cuba, le Mexique, la Russie, l’Iran, la Chine, la Turquie et la Syrie ont annoncé leur soutien total au gouvernement vénézuélien.

source : http://mppre.gob.ve/2019/02/01/guterres-onu-reconoce-maduro-presidente-legitimo-venezuela/

Tag(s) : #Venezuela#Maduro
 

Le Secrétaire du Comité central de la Ligue de la jeunesse communiste de la Fédération de Russie, Roman Kononenko a pris part au congrès de la jeunesse communiste de France

 

Du 25 au 27 janvier 2019, le 42ème Congrès du Mouvement des jeunes communistes de France (MJCF), l’organisation de jeunesse du Parti communiste français, s’est tenu à Paris. Roman Kononenko, secrétaire du Comité central du Komsomol de la Fédération de Russie, a pris part au congrès.

 

Département international du Comité central de la jeunesse de la Fédération de Russie

31-01-2019

https://kprf.ru/activity/young/182231.html

 

Le congrès s’est tenu dans le bâtiment du Comité central du PCF, construit dans les années 60-70 du siècle dernier selon le projet du célèbre architecte communiste Oscar Niemeyer. Le bâtiment comporte six étages en hauteur et deux niveaux en sous-sol, une grande salle de réunion équipée, des salles de travail et des espaces de loisirs, des salles de cours pour la formation et les séminaires. Malheureusement, le PCF aujourd’hui ne peut pas utiliser complètement le bâtiment et est obligé de louer une partie des locaux.

 

Plus de 350 délégués, représentant toutes les régions du pays, ainsi que l’Union des étudiants communistes, membre du MJCF en tant que structure autonome et dotée de sa propre direction, sont venus au congrès. Un des jours du congrès, le secrétaire général du PCF, Fabien Roussel, a accueilli ses délégués et ses invités.

 

Pendant ces trois jours, les délégués ont examiné en détail le rapport sur les travaux de l’organisation au cours des quatre dernières années, adopté une résolution politique et approuvé un certain nombre de résolutions sur des questions internationales – en particulier contre le coup d’État imposé au Venezuela et sur la solidarité avec le peuple du Sahara Occidental, menant la lutte depuis de nombreuses années pour l’indépendance.

 

Le congrès a élu une nouvelle composition du comité national du MJCF, qui, lors de sa première séance plénière, a élu le comité exécutif national. Camille Lainé a été réélue au poste de secrétaire général pour un nouveau mandat.

 

Roman Kononenko, secrétaire du Comité central du Komsomol de la Fédération de Russie, a souhaité la bienvenue aux délégués au congrès et a souligné que, malgré l’existence de divergences idéologiques entre le Komsomol de la Fédération de Russie et le MJCF (le PCF étant un parti eurocommuniste), les deux organisations ont obtenu des résultats fructueux dans le cadre de la FMJD et des actions de lutte pour la paix et contre le fascisme. Roman Kononenko a souhaité aux camarades français de renforcer l’organisation et d’accroître son autorité sur la jeunesse française.

 

Pour les invités étrangers du congrès, une excursion était organisée sur l’histoire de la Commune de Paris et une visite au mémorial de la résistance contre l’occupation nazie au Mont-Valérien.

 

Outre le représentant du Komsomol de la Fédération de Russie, le vice-président de la FMJD, Naftal Kambungu, ainsi que des représentants des organisations de jeunesse communistes et de gauche d’Espagne, d’Italie, du Portugal, de Belgique, d’Allemagne, de Suisse, de Chypre, de Palestine, d’Israël et du Venezuela ont pris part au 42e Congrès du MJCF.

Traduction MD pour H&S

 
 

Fort soutien des Nations Unies au gouvernement bolivarien du Venezuela (connaître les pays qui ont voté pour)

 

Un soutien manifeste au gouvernement du président Nicolás Maduro dans ses efforts pour préserver la paix et le maintien des institutions démocratiques a exprimé mercredi 57 pays membres du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

L’information a été fournie par l’Ambassadeur Jorge Valero, Représentant permanent du Venezuela auprès de l’ONU à Genève, qui a indiqué qu’il s’agissait d’une victoire éclatante pour le gouvernement et le peuple vénézuéliens contre la campagne médiatique internationale visant à promouvoir les tentatives de renversement du gouvernement bolivarien.

M. Valero a déclaré que la déclaration commune avait été lue par le représentant permanent de Cuba à l’ONU à Genève, l’ambassadeur Pedro Luis Pedroso, au nom de 57 pays d’Amérique latine, d’Europe, d’Afrique et d’Asie, comme une preuve convaincante que la révolution bolivarienne avait un vaste soutien, non seulement du peuple vénézuélien, mais du monde entier.

« Les gouvernements du président Maduro et du Venezuela reçoivent tous avec une joie sincère et une immense gratitude cette noble manifestation de solidarité et d’amitié de la part de pays qui représentent des millions et des millions d’êtres humains qui en disent assez de l’ingérence au Venezuela et exigent le respect de la souveraineté de la patrie de Simón Bolívar et Hugo Chávez « , a déclaré Valero.

Valero a souligné que cette nouvelle victoire de la diplomatie de paix bolivarienne est un coup dur pour les secteurs en déclin qui misent encore sur la violence face aux appels du président Nicolás Maduro au dialogue et à la paix, auxquels de vastes secteurs de la société continuent de faire partie intégrante. Venezuela

Lors de son discours à titre national, M. Valero a déclaré: « Merci infiniment aux pays qui ont soutenu la déclaration commune en faveur du Venezuela, qui a été lue aujourd’hui par l’honorable représentant permanent de Cuba, l’ambassadeur Pedro Luis Pedroso », a déclaré l’ambassadeur du Venezuela.

Il a souligné que cet appui écrasant réaffirme que le gouvernement présidé par Nicolás Maduro Moros est soutenu par la plupart des gouvernements et des peuples du monde.

Ci-dessous la déclaration commune en faveur du Venezuela:

  1. Nous reconnaissons qu’il est impératif que tous les États respectent la souveraineté de la République bolivarienne du Venezuela, conformément aux principes universels de non-ingérence dans les affaires intérieures énoncés dans la Charte des Nations Unies.
  2. Nous pensons que le peuple vénézuélien est le seul responsable de la détermination de son avenir sans ingérence extérieure.
  3. Nous appuyons le Gouvernement constitutionnel de la République bolivarienne du Venezuela dans son engagement à préserver la paix et les institutions démocratiques du pays, ainsi que sa détermination à garantir le plein respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales au Venezuela.
  4. Nous appuyons l’appel répété du président Nicolás Maduro Moros au dialogue politique entre les différents secteurs qui font la vie au Venezuela, dans le but de préserver la paix et de garantir la stabilité des institutions démocratiques du pays.
  5. Nous saluons les efforts louables déployés en faveur du dialogue politique et de la paix par l’Union des nations de l’Amérique du Sud (UNASUR) et par les anciens présidents espagnols José Luis Rodríguez Zapatero; Martín Torrijos du Panama; et Leonel Fernández, de la République dominicaine, avec l’envoyé spécial du Saint-Siège.
  6. Nous soutenons également l’intégration des pays d’Amérique latine et des Caraïbes dans la promotion du dialogue politique au Venezuela, à savoir: El Salvador, le Nicaragua, la République dominicaine, l’Uruguay et les États membres de la CARICOM.
  7. Nous condamnons toute action qui perturberait la paix, la tranquillité et la stabilité démocratique, compromettrait l’institutionnalité démocratique de la République bolivarienne du Venezuela et menacerait sa souveraineté.
  8. Nous pensons que la communauté internationale devrait promouvoir les capacités et fournir une assistance technique, à la demande du pays concerné, afin de relever les défis du pays en matière de droits de l’homme.

Cette déclaration a été signée par les pays suivants: Russie, Chine, Inde, Afrique du Sud, Iran, Vietnam, Algérie, Égypte, Jordanie, Koweït, Émirats arabes unis, Pakistan, Iraq, Liban, Libye, Angola, Éthiopie, Palestine, Qatar, Biélorussie, Arabie Saoudite, Azerbaïdjan, Syrie

Il est également soutenu par les pays suivants: Équateur, Bolivie, Cuba, Nicaragua, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Saint-Kitts-et-Nevis, Dominique, Bahreïn, Comores, Djibouti, Somalie, Soudan, Tunisie, Yémen, Corée du Nord, Érythrée et Namibie.

Il est également approuvé par le Laos, les Philippines, le Soudan du Sud, la République du Congo, le Burundi, le Zimbabwe, le Myanmar, le Timor Leste, le Tadjikistan, Oman, la République démocratique du Congo, le Nigéria, la Guinée équatoriale, la Mauritanie, le Mozambique et le Togo.

 

 

Notre amie Tatiana : solidarité des communistes russes au Venezuela

 

Ceux qui ont assisté à l’importante rencontre de Vénissieux avec nos camarades chinois et notre camarade russe Tatiana savent l’engagement de cette dernière et son côté passionaria, il l’ont énormément appréciée. Marianne reste en correspondance avec elle et elle nous envoie cette manifestation de solidarité à Moscou. Traduction espagnole…