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Archives de Catégorie: Chine

Xi Jinping exprime à Raul sa volonté d’écrire ensemble un nouveau chapitre de l’amitié sino-cubaine

Raúl Castro a imposé l'Ordre José Martí à Xi Jinping en 2014. Photo: Revolution Studies
Raúl Castro a décerné l’Ordre José Martí à Xi Jinping en 2014. Photo: Estudios Revolución

Pékin, le 11 octobre 2019

Cro. Raul Castro Ruz

Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste cubain de la République de Cuba

Havana

Cher Premier secrétaire:

Après avoir été informé avec plaisir de la célébration réussie de la session extraordinaire de la ix législature de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire de Cuba sous votre direction et de la part du Comité central du Parti communiste de Cuba et l’élection de Miguel Díaz-Canel en tant que Président de Cuba, je voudrais exprimer, au nom du Parti communiste chinois, du gouvernement et du peuple chinois, nos chaleureuses félicitations au Parti communiste fraternel, au gouvernement et au peuple cubains.

Je suis heureux de vous adresser mes chaleureuses félicitations pour votre distinction de la Médaille de l’amitié de la République populaire de Chine. En tant que l’un des fondateurs importants des relations sino-cubaines, vous vous êtes fermement engagé à promouvoir l’amitié entre les deux nations. En accordant une grande importance au développement des relations sino-cubaines, j’ai la volonté de maintenir une communication étroite avec vous afin d’écrire ensemble un nouveau chapitre de l’amitié sino-cubaine à l’ère nouvelle.

Je m’engage sincèrement en faveur des progrès incessants du Parti communiste de Cuba, la prospérité de la République de Cuba et l’amitié éternelle entre les deux pays.

Xi Jinping

Secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois

Président de la République populaire de Chine

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ONU: le résultat ou plutôt l’absence de résultat au Conseil de Sécurité

 

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Comme prévu, l’entente a été impossible entre les quinze membres du Conseil de sécurité. L’offensive turque dans le nord-est de la Syrie divise les quinze membres du Conseil de sécurité de l’ONU, qui tentent de se mettre d’accord sur un texte sans ambition appelant Ankara à préférer les canaux diplomatiques « plutôt que militaires ».

Les pays membres européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, Pologne et Belgique) avaient saisi le Conseil de sécurité en urgence, et on se demande sur quelle base ils prétendaient le faire. A quel titre eux qui participent à l’OTAN, ont participé à des expéditions qui violaient la souveraineté de la Syrie comme de l’Irak et avant de la Libye prétendaient-ils obtenir l’unanimité sur un texte. Piteusement à cinq ils ont appelé Ankara « à cesser son offensive ».

La représentante américaine, Kelly Kraft, s’est refusée à condamner l’opération turque, tout en se démarquant ostensiblement des justifications données par Ankara, répétant que le président américain n’avait en aucun cas donné son feu vert et évoquant des « conséquences » pour Ankara si l’offensive turque menait à une crise humanitaire.

Dans un tel contexte, la Russie et la Chine qui ont pour règle fondamentale la défense de la souveraineté des gouvernements légitimes n’avaient plus à intervenir. Le dossier ne les concernait pas. Comment alors que la Chine subit l’intrusion à peine voilée des États-Unis à Hong kong, une campagne de presse mensongère sur ce qui se passerait en pays Ouïgour appuierait-elle les uns ou les autres. Même distance impassible de la Russie.

Les membres du Conseil de sécurité sont sortis de cette réunion avec un projet de déclaration proposé par les États-Unis invitant Ankara à revenir à la diplomatie, sans condamner ses frappes et n’exigeant pas de cessez-le-feu. Le texte réclame aussi une protection des civils et insiste pour qu’un retour éventuel de réfugiés se fasse sur la base du volontariat. Il n’a pas été adopté en l’état, car le représentant russe, Vassily Nebenzia, a requis plus de temps pour en référer à Moscou.

Le projet sera réexaminé dans l’après-midi du 11 octobre et il pourrait, après quelques modifications, être adopté à l’unanimité, ses formulations étant ­assez vagues pour permettre à la Russie de se joindre au reste des membres du Conseil de sécurité, sans remettre en cause la souveraineté de la Syrie à laquelle comme la Chine Moscou demeure attaché. La Russie en effet a pour objectif l’ouverture d’un dialogue entre Turcs et Syriens et la reconnaissance internationale de la non partition des pays, la fin des ingérences occidentales. Moscou dans le même temps a toujours plaidé pour la prise en compte des Kurdes et avait proposé de les associer au règlement du conflit, mais ceux-ci sous l’influence américaine n’avaient pas donné suite.

Mais le chef d’œuvre de l’hypocrisie c’est sans doute l’attitude des Européens qui après, en suivant Macron, avoir réuni un conseil de sécurité sans la moindre préparation et sans paraître se rendre compte de l’ambiguïté de leur position : ils solliciteraient une unanimité rare sur le dossier syrien après avoir pendant des années attisé le feu, la France comme la Pologne étant en première ligne de cette irresponsabilité, ils apparaitront comme des « humanistes » tout en évitant de mettre en cause un membre de l’OTAN et en cédant au chantage de Recep Tayyip Erdogan qui menace de laisser les 3,6 millions de réfugiés hébergés en Turquie partir vers l’Europe. Cette unanimité leur évitera de poser la question des sanctions face à Ankara.

La France de macron, celle qui au plan intérieur ne craint pas d’exploiter le terrorisme créé par les aventures occidentales, celles de l’OTAN et dont les pays musulmans sont à ce jour les principales victimes, comme le prétexte électoraliste à désigner un ennemi intérieur, est à l’origine de cette palinodie. Une fois de plus la France ne sort pas grandie.

Bref, les Kurdes qui ont une certaine habitude de la trahison doivent être convaincus qu’ils n’ont rien à attendre de ceux qui les ont utilisés quitte à lâcher sur eux et sur la zone du Kurdistan syrien, l’allié turc sur lequel personne ne se fait d’illusion mais que dans ce jeu de dupe qu’est l’invasion d’un pays souverain par l’impérialisme il n’est pas question de morale mais d’intérêts à géométrie variable. Alors que je n’ai jamais été d’accord sur le rôle que l’impérialisme faisait jouer aux Kurdes, parce que j’ai toujours prévu la manière dont celui-ci les lâcherait après les avoir utilisés, je suis d’autant plus à l’aise pour exiger que la solidarité monte autour d’eux et que nous les soutenions avec une mobilisation populaire qui dénonce la trahison dont ils sont victimes y compris de la part de macron.

Mais nous devons dans le même temps retrouver les principes  en particulier ceux du droit international sur la souveraineté des nations reconnues au plan international et l’abandon du « droit d’ingérence » qui engendre pillage et terrorisme. Il y a un principe contradictoire, celui de l’autodétermination des peuples, il a été largement décrédibilisé dans la manière dont l’impérialisme l’a utilisé, le reconnaissant au Kosovo, mais le refusant en Crimée ou au Donbass. En faisant avec les bonnes œuvres de Soros et de la CIA, une manière de détruire les états, avec la violence qui en nait au Moyen orient comme partout ailleurs.

C’est pourquoi le discours de Fabien Roussel, secrétaire du parti communiste français lors du meeting organisé en soutien aux Kurdes était très juste, dénonçant le viol de souveraineté de la Syrie et réclamant la sortie de l’OTAN, c’était là la base essentielle sur laquelle il était possible et nécessaire de s’opposer dans une mobilisation populaire à l’attaque criminelle des Turcs contre la zone autonome du Kurdistan syrien en frappant non seulement des combattants mais des populations civiles, en engendrant un nouvel exode que l’on prétend reprocher aux victimes.

Danielle Bleitrach

 

Poutine en Asie centrale dénonce la déstabilisation islamiste de l’intervention turque en Syrie

Kirghizstan Russie Poutine Atambaïev Bichkek

Jusqu’ici Moscou a laissé faire mais la Russie commence à penser qu’il faut sonner la fin de la partie et il est clair que Poutine tient un certain nombre de cartes. Je vous conseille d’écouter l’analyse de la radio russe en langue française par rapport à l’intervention turque. Poutine a mis en garde Erdogan mais il n’a pas jusqu’ici sifflé la fin de la partie.

Il vient de le faire en Asie centrale : on ne peut pas laisser la Turquie et les États-Unis déstabiliser tout l’Asie centrale et de ce point de vue, il travaille dans cette zone en accord avec les Chinois.

Le président russe Vladimir Poutine a alerté vendredi sur la menace d’une résurgence de l’EI dans la région. « Je ne suis pas sûr que l’armée turque puisse contrôler la situation ou le faire rapidement », a ajouté M. Poutine lors d’un sommet d’ex-pays soviétiques à Achgabat, la capitale du Turkménistan. Selon lui, « les Kurdes abandonnent les camps où sont détenus les combattants de l’EI » et ces derniers « sont en mesure de s’enfuir ». Il a promis de « mobiliser les ressources des services spéciaux pour contrer l’émergence de cette nouvelle menace ».

Les propos du président russe sont de l’ordre de la litote vu que l’armée turque ne se cache pas de comprendre dans ses rangs des anciens de Daech. Le président russe ne peut pas non plus ignorer, comme nous l’avons découvert en Crimée chez certains Tatars de cette péninsule, les seuls très opposés au retour de la péninsule à la mère Russie, en relation étroite avec l’occident, l’existence de bureaux de recrutement turcs pour le Djihad. Il existait une presse financée par les Turcs qui entretenait à la fois la haine des Russes chez les musulmans tatars et le recrutement y compris par les voies du pèlerinage à la Mecque. Nous avons raconté tout cela dans notre livre : « URSS, vingt ans après, retour de l’Ukraine en guerre », Marianne et moi.

En Gagaouzie, au sud de la Moldavie, où l’on vote pourtant à 80% pour les communistes, nous avons constaté la même activité des Turcs en particulier à travers le financement d’écoles liées aux mosquées. Dans toute l’Asie centrale existe la même activité et Poutine n’a certainement pas besoin de faire un dessin quand il parle à un sommet d’ex-pays soviétiques de cette zone. Pas plus qu’aux Chinois qui subissent les mêmes formes de radicalisation et de recrutement dans la zone des Ouïgours. Bizarrement d’ailleurs, au même moment où les forces turques choisissaient avec l’assentiment des États-Unis de redonner force à cette engeance, nous assistions à une opération de grande envergure diffusant n’importe quoi sur cette zone de la Chine, une campagne lançant dans les réseaux sociaux des rumeurs sur de pseudos viols de masse perpétrés par les Chinois, l’enfermement dans des camps d’un cinquième de la population masculine de ce pays. Toute cette propagande qui provient de sources financées par les États-Unis qui n’était fondée sur rien laisse voir le caractère coordonné de l’opération.

Erdogan a voulu attribuer au prédicateur Fethullah Gülen, selon lui directement manipulé par les États-Unis dans le putsch raté du 15 juillet 2016, cette installation partout d’une idéologie islamiste tout au long de l’enseignement financé par les Turcs. Il s’est même rapproché de Poutine et des autres dirigeants de l’Asie centrale soviétique pour ensemble dénoncer « les forces obscures » de l’occident et en finir avec une vision « eurocentrée ». Mais il faut bien voir que Erdogan a continué et amplifié son islamisme, effaçant par la même occasion le rôle d’un ataturk au profit d’un expansionnisme islamiste.

Dans un premier temps les Russes ont comme la quasi totalité des populations non occidentales jugé que les Kurdes méritaient une leçon pour avoir rejoint le camp des États-Unis et de leurs alliés, théoriquement pour combattre Daech, en fait pour dépecer la Syrie, comme l’Irak, la Libye. L’idée même de combattre Daech de la part des États-Unis leur paraît de l’ordre de la plaisanterie vu qu’ils considèrent que c’est la créature des occidentaux comme Al Qaida avant. La Turquie en tant que membre de l’OTAN porte à leurs yeux la même orientation. Mais les Russes ont très vite compris, comme le montre non seulement la mise en garde de Poutine mais celle de Lavrov sur les responsabilités américaines en Syrie, dans tout le Moyen Orient et au-delà tout le monde musulman, qu’en faisant sauter le verrou kurde c’était une nouvelle vague de terrorisme que les États-Unis et l’OTAN déchaînaient sur ceux qui étaient ses ennemis, ce monde multipolaire en train de naître de l’Asie à l’Afrique en passant par l’Amérique latine.

Oui, ce qui se passe avec les Kurdes est abominable, la zone kurde faut-il le signaler est aussi une zone arabe avec des confessions multiples, avec une forte majorité de chrétiens, un nouvel exode qui concerne plus de 100.000 civils a déjà débuté, avec ses drames, ses morts, une méditerranée devenue un cercueil et avec ces drames humains on a libéré les forces du terrorisme vers l’Europe, l’Asie centrale, Trump ne fait pas mystère de son acceptation d’une telle situation en ce qui concerne ses alliés européens comme ses adversaires russes et asiatiques, sans parler du continent africain.

Il faut bien voir que ce choix des cavaliers de l’apocalypse est assez comparable à celui qui est jeté sur l’Amérique latine avec ses évangélistes fous, ses narcotrafiquants.

Plus que jamais pour comprendre le moindre événement il faut avoir une vision globale…

Danielle Bleitrach

Voici une excellente intervention qui éclaire les enjeux dans cette zone…

Cette réaction de cet expert syrien, montre que jusque là Poutine et la Syrie ont laissé donner une leçon aux Kurdes mais la réaction de Poutine en Asie centrale prouve à quel point il faut ne pas laisser la situation se dégrader.

 
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Publié par le octobre 11, 2019 dans Asie, Asie centrale, Chine, INTERNATIONAL, Russie

 

Revue Esprit: Comprendre le système de crédit social en Chine


OCTOBRE 2019

Système de systèmes, couteau suisse de la gouvernance, couvrant la plupart des aspects de la société, le crédit social est un objet plus complexe que le simple outil de surveillance qu’on tend à en faire. On parle beaucoup de la société de surveillance que représenterait la Chine, mais c’est pure hypocrisie occidentale par rapport à ce qui se pratique déjà du côté américain et comme en témoigne cet article bien documenté, il s’agit pour la Chine de revoir la relation entre pouvoir central et pouvoirs locaux, ensuite dans un socialisme de marché avoir un mode de contrôle et de sanction approprié face aux pratiques délinquantes des entreprises encore plus que des individus. Enfin comment donner un « esprit public » à un pays continent, ce qui a été le propre de la constitution de toute république constituant une méritocratie et qui mêle ici l’héritage de Confucius à celui des « légistes », caractéristique du communisme à la chinoise que cette synthèse (note de Danielle Bleitrach).

La République populaire de Chine fait l’objet nombreux fantasmes. Autrefois perçue à travers le prisme orientaliste, on la perçoit aujourd’hui comme un géant économique couplé à un monstre politique, pays de la censure et de la répression. La difficulté de dépasser ces biais analytiques est illustrée par le traitement accordé au «système de crédit social», présenté dans la presse comme «un outil de notation du comportement des individus». Fin avril, France 2 diffusait dans un reportage les images de citoyens brandissant leur «score de crédit social», qui leur octroie des réductions dans les transports ou, à l’inverse, leur interdit l’accès au train. Le crédit social est comparé à un épisode de la série britannique Black Mirror, dans lequel le comportement des individus fait l’objet d’une note définissant leur place dans la société. Cette couverture médiatique est néanmoins problématique, en ce qu’elle induit en erreur sur les réalités de ce «système».

De la finance à la morale

Dans les années 1990, une décennie après le début des politiques de réforme et d’ouverture, le développement du capitalisme d’État a eu un effet profond sur les structures éco­nomiques et sociales. En quelques années, il a fallu adapter le secteur bancaire et financier, améliorer les capacités de régulation de l’économie, combattre les fraudes et les excès ­d’entreprises peu scrupuleuses. En 1999, ­l’Académie des sciences sociales établit un groupe de travail chargé d’élaborer «un système national de gestion de crédit», à partir de l’exemple des pays développés, les États-Unis en tête. L’idée est alors de fonder une infrastructure nationale disposant d’un historique de crédit autant des individus que des entreprises, de méthodes pour évaluer les risques financiers et, plus largement, de développer une industrie financière moderne, à même d’accompagner l’essor économique et le capitalisme d’État. Mais très vite, ce projet dépasse le cadre de la finance pour devenir un projet «kaléidoscopique», englobant tant l’économique que la politique et le civisme.

En mandarin, «crédit» (信用 – xinyong) est composé du caractère « xin – 信 » qui renvoie aux notions de confiance, d’intégrité (诚信 – chengxin), d’honnêteté (守信 – shouxin) ou à ­l’inverse «être indigne de confiance» (失信 – shixin). Ces termes sont liés les uns aux autres, mais aussi à différentes philosophies et discours politiques chinois : «l’intégrité» est une valeur clé tant de la doctrine confucéenne «classique» que des «douze valeurs du socialisme», telles que définies par le Parti communiste. Dans les documents de travail du Parti, les références au «crédit» vont de pair avec des concepts politiques comme «la civilisation spirituelle»«construire des citoyens dotés de qualités morales» ou encore «promouvoir l’éducation morale». C’est de ce mariage entre politique et économie que naît le «système de crédit social».

Accroître la confiance

Dès lors, le développement théorique du «système de crédit social» est fixé. Lin Junyue, alors membre du groupe de travail de l’Académie des sciences sociales, revient sur les deux caractéristiques qui font l’originalité du système. La première est ce «sens élargi» donné au «crédit» ; la seconde est l’expérimentation d’un «bras armé», appelé «mécanisme de punition et récompenses». Ce mécanisme, composé de listes noires et rouges traitées par les agences de l’État, vise à disposer d’un outil disciplinaire permettant de récompenser ou punir les entreprises, organisations et individus en fonction de leur respect des lois et réglementations.

Loin d’être monolithique, le système de crédit social est en fait un «système de systèmes», à l’échelle centrale et locale. Pour simplifier, il est possible de distinguer une «composante publique», construite et gérée par les agences de l’État, d’une «composante privée», regroupant les initiatives émanant du secteur privé. Chaque province, voire municipalité, établit ses propres bases de données, ainsi que ses propres listes noires ou rouges, tandis que le secteur privé fournit aux agences de l’État des informations financières sur les entreprises ou les individus, jusqu’à aider à la construction des bases de données (par exemple Baidu, qui a mis au point celle du site http://www.creditchina.gov.cn). Les sanctions et récompenses sont, elles aussi, décidées au niveau local et varient selon qu’elles concernent individus ou entreprises. À titre d’exemple, nous pouvons citer l’interdiction temporaire d’exercer dans un certain domaine d’activité, la restriction d’accès au crédit ou encore, dans certains cas, la «limite sur les hautes dépenses» (billets de Tgv, avion, achats dits «de luxe»).

Le gouvernement semble considérer que la transparence permet d’accroître la confiance au sein de la société.

Pour appliquer efficacement sanctions et récompenses, certaines agences de l’État, entreprises et organisations concernées signent des «accords de ­coopération». Ces derniers prévoient que lorsqu’une agence ajoute une entreprise ou un individu sur une liste noire (ou rouge), les signataires ­s’engagent à appliquer leurs parts des sanctions contre la personne physique ou morale signalée. De plus, elles s’engagent à rendre partiellement publique, dans les bases de données en ligne, l’identité des personnes et des entreprises «indignes de confiance». Selon Lin Junyue, cette «dénonciation» des «indignes de confiance» permet de réduire l’asymétrie de l’information. Autrement dit, le gouvernement semble considérer que la transparence (forcée), l’utilisation politique de la «réputation», permet d’accroître la confiance au sein de la société. Ce pari est l’une des caractéristiques centrales du système de crédit social.

Couteau suisse de la gouvernance

Le système de crédit social est souvent considéré à travers le prisme de la surveillance et des méthodes de contrôle toujours plus envahissantes et avancées mises en place par le Parti communiste chinois. Le rôle politique, donné au crédit social, de «promotion de la confiance» peut très bien servir de prétexte pour s’assurer qu’aucun citoyen ne critique le Parti sur les réseaux sociaux (à ce sujet, des lois existent bel et bien) ; mais ce n’est là qu’une partie de l’utilisation de ce système. Étudier le crédit social à l’unique prisme de la surveillance revient à se focaliser sur un seul des aspects de son utilisation, aspect qui n’est pas nécessairement le plus important.

Ainsi, bien plus qu’un «simple» outil de répression, le système de crédit social est un véritable couteau suisse de la gouvernance. À cet égard, le gouvernement central semble vouloir s’attaquer à un problème historique et structurel de la Chine : la faiblesse des administrations locales. Tout au long de l’histoire chinoise, s’assurer que les gouvernements locaux remplissent les missions confiées par le gouvernement central relève de la gageure. La prolifération de listes noires et rouges et des «accords de coopérations» forme une tentative de réponse. En liant les actions des agences de l’État les unes aux autres, les sanctions imposées «conjointement» permettraient de disposer d’un outil pour renforcer leurs «capacités de gouvernance». Plus généralement, en cherchant à numériser les données et l’action administrative, le système de crédit social est un embryon de réforme en profondeur du mode d’action des administrations locales.

Le discours politique sur la confiance enveloppant la mise en place du système de crédit social n’est pas non plus anodin. Les autorités font régulièrement face à des poussées de mécontentement de la population liées à l’incivisme des uns, à la corruption des autres et aux différents scandales touchant des institutions dans lesquelles les citoyens sont censés avoir confiance (écoles, hôpitaux). En ce sens, le Parti a conscience que le pays traverse une certaine crise morale, à laquelle s’ajoute l’impératif de réformer le modèle de développement économique. Conscient des limites d’un modèle de développement fondé sur la quantité et la croissance brute, le Parti tente de réorienter ce modèle vers un développement plus «qualitatif». Ce virage est matérialisé par le changement de la «principale contradiction au sein du peuple», lors du XIXe congrès du Parti communiste chinois, qui désormais exprime ­«l’incompatibilité entre un développement non équilibré et inadéquat et des besoins de plus en plus qualitatifs». En ce sens, le système de crédit social peut apparaître comme un outil pour reconstituer un ordre civique et moral. Ce n’est pas un hasard si, pour l’instant, les principaux individus visés sont ceux qui ne remboursent pas leurs dettes, les laolai – principales cibles des sanctions qui limitent des hautes dépenses – ou encore ceux qui commettent des incivilités.

Système de systèmes, couteau suisse de la gouvernance, couvrant la plupart des aspects de la société, le crédit social est un objet plus complexe que le simple outil de surveillance qu’on tend à en faire. Il ne fait aucun doute que ce système est et continuera à être employé à des fins politiques, comme un moyen de coopter la population dans l’agenda politique du Parti. Mais au-delà de cette utilisation répressive, le système de crédit de social est une tentative de moderniser le mode d’action administratif de l’État-parti. À ce titre, le système étant encore en phase de déploiement, il est trop tôt pour apporter des réponses définitives sur les conséquences du crédit social en termes politiques, administratifs et, bien sûr, de surveillance.

 

Offensive turque: Pékin appelle à préserver la souveraineté de la Syrie

Encore une réaction normale en droit international et qui sera probablement le sujet réel de la réunion du conseil de sécurité même si la France de macron va probablement tout faire pour la limiter au problème kurde pour légitimer ce qui n’est pas légitimable à savoir l’intervention de la coalition sans mandat de l’ONU et sans accord de la Syrie, la Chine dit à mots à peine couverts le rôle joué par l’occident dans la situation telle qu’elle est. Le PCF pourrait peut-être réfléchir à ses propres communiqués?  (note de Danielle Bleitrach)

Par Le Figaro avec AFP

La Chine abandonne peu à peu son principe de non-ingérence dans les affaires d\'un pays étranger. C\'est particulièrement le cas en Syrie où Pékin a signé un accord de coopération inter-militaire avec le régime de Bachar al-Assad.

Selon le Figaro à partir d’une dépêche de l’AFP: La Chine a appelé jeudi à respecter la souveraineté syrienne, après le lancement d’une offensive turque dans le nord du pays contre les forces kurdes.

«La Chine a toujours pensé que la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie devaient être respectées et préservées», a déclaré devant la presse le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang. La communauté internationale doit «éviter d’ajouter de nouveaux facteurs de complication à la situation», a-t-il poursuivi.

La Turquie a lancé mercredi, comme elle l’avait annoncé, son offensive contre les forces kurdes du nord-est de la Syrie, alliées des Occidentaux dans la lutte antidjihadiste, suscitant une volée de critiques internationales et des menaces de sanctions américaines. Le président américain Donald Trump a estimé que l’opération d’Ankara était «une mauvaise idée», tout en espérant que son homologue turc Recep Tayyip Erdogan agisse de manière «rationnelle» et aussi «humaine» que possible.

Quelle est la position de la Chine face au Moyen orient: en pleine évolution. 

En début de semaine, le retrait des troupes américaines de secteurs frontaliers en Syrie et les déclarations contradictoires de la Maison-Blanche ont ouvert la voie à l’offensive. L’intervention turque doit être au centre d’une réunion en urgence du Conseil de sécurité de l’ONU jeudi.

La Chine abandonne peu à peu son principe de non-ingérence dans les affaires d’un pays étranger. C’est particulièrement le cas en Syrie où Pékin a signé un accord de coopération inter-militaire avec le régime de Bachar al-Assad, et plus généralement dans le Moyen Orient, mais dans tous les cas cela se traduit par trois constantes:
1) alignement sur la politique russe
2) une tentative d’aller jusqu’au bout de la non ingérence
3) avoir néanmoins des relations avec les oppositions
Mais cette politique de non ingérence est de plus en plus contredite par de nouvelles activités diplomatiques et le souci de la Chine de contribuer à la stabilité de cette région. Il y a également la conscience de l’affrontement inévitable avec les USA et comme ceux-ci interviennent dans la mer de Chine, celle-ci est amenée à intervenir dans les sphères d’influence américaine. Dans ce domaine aussi la Chine est en situation d’apprentissage accéléré.
Danielle Bleitrach
 
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Publié par le octobre 10, 2019 dans Asie, Chine, GUERRE et PAIX

 

Chine : La chine va faire trembler le monde : des paysans à l’intelligence artificielle par Marc vandepitte

    • sortons un peu du bourbier d’un monde qui mezurt et où donc par voie de conséquences les monstres abondent . Depuis que j’ai découvert ce rapport de Fidel castro aux non alignés en 1983, je ne cesse de m’interroger sur les conséquences de la montée au premier rang des puissances mondiales d’un pays continent qui présente la double caractéristique d’être la plus vieille sivilisation du monde, d’en avoir gardé une écriture et une mémoire millénaire et dans le même temps d’avoir partagé à partir du XIX ème siècle le sort des pays colonisés, pillés, humiliés et plongeant dans un sousdéveloppement qui le rapproche du tiers-monde. (note de Danielle Bleitrach)

    Pour la première fois dans l’histoire récente, un pays pauvre et sous-développé s’est hissé en un rien de temps au rang de superpuissance économique dotée d’un grand impact sur les événements mondiaux. Comment cela fut-il possible, et qu’est-ce que cela signifie pour le reste du monde ? Retour sur 70 années de bouleversements chinois.

     

    Retour sur la carte du monde

    Pendant des siècles la Chine fut un pôle d’attraction culturel et, de même que l’Inde, un acteur influent sur la scène mondiale. Après un siècle désastreux – colonisation, humiliation et guerres civiles, en 1949 Mao Zedong replace son pays sur la carte du monde et les Chinois retrouvent leur dignité.

    C’est le début d’un “marathon du développement a un rythme soutenu” qui rebattra les cartes des relations internationales. Et comme l’aurait prédit déjà Napoleon Bonaparte :”La Chine est un géant endormi. Quand il s’éveillera, le monde tremblera”

     

    Une croissance économique miraculeuse

    Au début de la révolution chinoise, en 1949, la Chine est l’un des pays les plus pauvres et les plus arriérés au monde. La très grande majorité des Chinois travaillent dans l’agriculture (souvent primitive). Le PNB par habitant atteint la moitié de l’Afrique noire et un sixième de l’Amérique latine. Pour que le contexte mondial très hostile puisse offrir une chance aux idéaux révolutionnaires d’égalité, il est indispensable de réaliser une croissance économique et technologique rapide. C’est ce que les 70 années suivantes ont produit par essais et erreurs successifs.

    Après une période extrêmement fermée et turbulente sous Mao Zedong – avec des campagnes de masse controversées comme « le Grand Bond en Avant » et la « Révolution Culturelle » – Deng Xiaoping reprend le flambeau en 1978.

    Il lance quasi immédiatement mais en toute prudence des réformes économiques, nouant des relations avec un grand nombre de pays, parmi lesquels, paradoxalement, les Etats-Unis.

    Comparée à celle de l’Europe occidentale, l’industrialisation de la Chine progresse quatre fois plus vite, et ce avec une population cinq fois plus importante (1). Il y a 70 ans, l’économie chinoise était insignifiante au niveau mondial. En 2014 les Chinois dépassent les Américains en tant que plus grande économie (en volume) et la Chine devient aussi la plus grande puissance exportatrice. Aujourd’hui il y a 35 villes chinoises dont le PNB équivaut à des pays comme la Norvège, la Suisse ou l’Angola. Entre-temps le PNB chinois est devenu supérieur au BNP total de 154 pays. En 2011-2012 la Chine a produit plus de ciment que les USA pendant tout le vingtième siècle. Le pays construit chaque année dix nouveaux aéroports et il possède le réseau le plus vaste d’autoroutes et de lignes de trains à grande vitesse. Aujourd’hui, en six heures de temps, le pays exporte autant qu’il exportait en 1978 sur une base annuelle.

     

    Bond en avant technologique

    La Chine n’étonne pas seulement sur le plan de l’évolution quantitative. Qualitativement aussi, l’économie chinoise a fait d’énormes bonds en avant, l’exemple par excellence étant le développement technologique. Au cours de la dernière décennie, des millions d’ingénieurs et de techniciens sont sortis diplômés des universités chinoises. Il n’y a pas si longtemps, on qualifiait encore la Chine d’imitateur de technologie – aujourd’hui le pays fait autorité en matière d’innovation. La Chine a actuellement le superordinateur le plus rapide et il construit le centre de recherche le plus avancé au monde afin de développer des ordinateurs quantiques encore plus rapides. Ces dernières années le pays a enregistré des résultats impressionnants dans le domaine des missiles supersoniques, des essais en thérapie génique, des satellites quantiques et – plus important peut-être – de l’intelligence artificielle. Le projet Made in China 2025 vise à renforcer cette innovation technologique dans des secteurs socio-économiques vitaux.

    La Chine doit-elle une part de son progrès technologique au vol de propriétés industrielles ? Sans nul doute, tout comme c’est également le cas de pays tels que le Brésil, l’Inde et le Mexique. Les Etats-Unis eux aussi n’ont pu hisser leur croissance économique au niveau de grande puissance que grâce au vol à grande échelle de technologies de Grande-Bretagne et d’Europe. Ou comme le dit sobrement The Economist : « Le transfert de savoir-faire des pays riches vers des pays plus pauvres, de manière honnête ou malhonnête, constitue bien une composante intégrale du développement économique ».

     

    La recette

    « Le régime de sprint de la modernisation chinoise » comporte quelques ingrédients remarquables :

    1. Les secteurs clé de l’économie sont aux mains des autorités, qui contrôlent en outre indirectement la majeure partie des autres secteurs, notamment via la présence aux manettes du parti communiste au sein de la plupart des grandes et moyennes entreprises.
    2. Le secteur financier est strictement contrôlé par les pouvoirs publics.
    3. L’économie est planifiée, pas dans tous les détails mais dans les grandes lignes, tant à court qu’à plus long terme.
    4. L’initiative privée conserve un large espace au sein d’un marché balisé qui se développe avec dynamisme dans différents domaines économiques; le mécanisme du marché est toléré pour autant que les objectifs économiques et sociétaux (de la planification commune) soient respectés.
    5. En comparaison avec d’autres pays en développement il y a une grande ouverture aux investissements et au commerce étrangers, qui doivent être conformes aux objectifs économiques globaux.
    6. Le gros des efforts porte sur l’élaboration de l’infrastructure et sur la « Recherche et Développement ».
    7. Les salaires suivent dans une large mesure l’augmentation de la productivité, ce qui a permis un grand marché interne dynamique.
    8. On investit beaucoup dans l’enseignement, les soins de santé et la sécurité sociale.
    9. Depuis une décennie le pays connaît la paix sociale, qui règne aussi largement sur les lieux de travail.
    10. Le partage des terres agricoles entre paysans au début de la révolution et le système d’état civil (hùkǒu) ont relativement permis d’éviter l’exode rural chaotique caractéristique de la plupart des pays du tiers-monde, ainsi que le travail de masse improductif et informel qui s’ensuit.
    11. Contrairement à l’Union Soviétique, la Chine ne s’est pas lancée dans une course aux armements ruineuse avec les USA.

    Une telle approche contraste fortement avec la recette des pays capitalistes où le capital financier et les multinationales règnent en maîtres, où les gains à court terme sont l’objectif premier et où les autorités sont obsédées par l’élimination des déficits budgétaires au moyen de restrictions. L’approche chinoise se caractérise par la manière spectaculaire dont elle a affronté la crise financière de 2008. Le gouvernement chinois a lancé un programme de stimulation de 12,5 % du PNB, probablement le plus grand programme jamais implémenté en temps de paix. L’économie chinoise a à peine bronché, tandis que celle de l’Europe vacillait pendant dix ans.

     

    Un nouveau modèle de croissance

    Devant les changements rapides sur le marché du travail intérieur, les salaires et les marchés étrangers, les autorités chinoises ont développé un autre modèle de croissance. A son entrée en charge en 2012, le Président Xi Jinping déclare que « la croissance pour la croissance » ne peut plus constituer l’objectif. L’ancien modèle se basait sur l’exportation et sur des investissements dans l’industrie lourde, la construction et l’industrie manufacturière. Le nouveau modèle a pour moteur la consommation de masse (marché intérieur), le relèvement du secteur des services et une plus grande valeur ajoutée grâce à l’amélioration du niveau technologique. Ce renversement est un bon exemple de la flexibilité que manie la direction chinoise dans sa politique économique. Voilà le 12ème pilier de la politique chinoise, par lequel elle se distingue de l’Union Soviétique dans sa dernière période.

    La croissance florissante peut-elle encore se poursuivre un moment ? Certes, l’économie est confrontée à une importante charge de la dette, à des banques parallèles, à des surinvestissements dans l’infrastructure, à une bulle immobilière, à une population vieillissante et à une guerre commerciale avec les Etats-Unis… Néanmoins la plupart des observateurs considèrent toujours la Chine comme une économie dynamique et selon l’analyse il reste bien assez d’espace pour redresser erreurs et contretemps tout en poursuivant une croissance au rythme soutenu.

     

    La plus grande réduction de pauvreté dans l’Histoire mondiale

    En 1949 au début de la révolution chinoise, l’espérance de vie est de 35 ans. Trente ans plus tard elle a déjà quasi doublé : 68 ans (2). Aujourd’hui la moyenne des Chinois atteint 76 ans. En matière de mortalité infantile également, la Chine  se porte bien. Si l’Inde offrait à ses habitants les mêmes soins médicaux et encadrement social que la Chine, on aurait chaque année quelque 830.000 enfants indiens qui pourraient survivre (3).

    Entre 1978 et 2018 le pays extrait un nombre record de gens de la misère extrême : 770 millions de personnes. Soit l’équivalent de la population totale d’Afrique noire. Au rythme actuel la pauvreté extrême sera éradiquée en 2020. Selon Robert Zoellick, ancien président de la Banque Mondiale, il s’agit “certainement du plus grand bond de l’Histoire pour vaincre la pauvreté. Les seuls efforts de la Chine ont permis que les objectifs du millénaire pour le développement dans le domaine de la lutte contre la pauvreté seront atteints. Nous-mêmes et le monde pouvons en tirer beaucoup d’enseignements”.

    Alors que dans bien des pays les salaires stagnent ou régressent, en Chine ils ont été triplés ces dix dernières années.

    Il y a quinze ans, les multinationales occidentales s’installaient massivement en Chine à cause des bas salaires. Le mouvement inverse est à présent amorcé. Les salaires moyens dans l’industrie chinoise ne sont inférieurs que de 20 % à ceux du Portugal. Dès 2013, des pays comme la Bulgarie, la Macédoine, la Roumanie, la Moldavie et l’Ukraine avaient des salaires minimum plus bas qu’en Chine.

     

    Les ombres au tableau social

    Cette histoire à succès a aussi ses côtés d’ombre. L’augmentation plus rapide de la productivité dans l’industrie et le secteur des services, comparée aux développements dans l’agriculture, provoque un fossé entre villes et campagnes, entre régions plus pauvres et riches régions de la côte est. Le strict système hùkǒu (enregistrement de la résidence individuelle déterminant le statut social) entraîne une gigantesque classe (des centaines de millions) de « migrants intérieurs » qui est souvent discriminée et possède moins de droits sociaux. La politique de l’enfant unique (depuis 1978) – indépendamment de son caractère contraignant – a provoqué de nombreux avortements sélectifs et un excédent proportionnel d’hommes de plus de trente millions, avec toutes les conséquences sociales.

     

    Démocratie: input et output

    La politique occidentale se croit fréquemment supérieure et se considère comme l’unique et sacro-saint modèle. Ce qui témoigne d’un manque de compréhension historique, si on considère que presque tous les régimes fascistes du passé se sont développés dans le sein du modèle occidental de système parlementaire. Tout observateur impartial constatera également que la démocratie occidentale sert essentiellement les intérêts de la mince tranche des 1 %; qu’elle manque aussi de vision systémique à long terme et qu’il n’y a pas non plus de politique déterminée quand il s’agit des problèmes sociaux ou écologiques. En outre ces derniers temps elle produit de plus en plus de personnages grotesques, imprévisibles voire dangereux comme Trump, Johnson, Bolsonaro ou Duterte.

    Lorsqu’il s’agit de démocratie, l’Occident met l’accent sur le côté input, sur la question comment et par qui la décision se prend. Quelles sont les procédures pour le choix d’une direction politique, la volonté des citoyens est-elle bien représentée par les élus ? Ici ce sont les élections qui comptent le plus.

    En Chine, l’accent porte sur le côté output, c’est-à-dire sur les conséquences de la décision : la décision prise a-t-elle été couronnée de succès, et qui en bénéficie ? C’est le résultat qui prime, la gestion bonne et équitable est ici le critère principal (4). A cet égard les Chinois attachent plus d’importance à la qualité de leurs politiciens qu’aux procédures de choix de leurs dirigeants.

     

    Caractéristiques chinoises de la décision politique

    Selon Daniel Bell, expert du modèle chinois, le système politique chinois est une combinaison de méritocratie au sommet, de démocratie à la base et d’espace pour les expérimentations dans les niveaux intermédiaires. Les dirigeants politiques sont choisis sur base de leurs mérites, et avant de parvenir au sommet ils réalisent un très lourd parcours de formation, de pratique et d’évaluation. Au niveau communal et avant les congrès provinciaux du parti il y a des élections directes. Les innovations politiques, sociales ou économiques sont d’abord testées sur une plus petite échelle (quelques villes ou provinces), et introduites à grande échelle après évaluation et correction en profondeur (5). Selon Daniel Bell, cette combinaison est « la meilleure formule pour diriger un pays d’aussi grandes dimensions ».

    En outre les autorités centrales réalisent très régulièrement des sondages d’opinion qui évaluent les prestations des autorités dans le domaine de la sécurité sociale, de la santé publique, des opportunités d’emploi et de l’environnement – la popularité des dirigeants locaux fait aussi l’objet de sondages. Sur cette base la gouvernance est adaptée ou corrigée le cas échéant.

    Déjà rien que sur le plan social et économique le système chinois de prise de décision a démontré sa pertinence. Francis Fukuyama, qui peut difficilement être suspecté de sympathies gauchistes ou chinoises, dit à ce propos : « La principale force du système politique chinois est la possibilité de prendre rapidement des décisions lourdes et complexes, et de les prendre relativement bien, du moins dans l’économie. La Chine s’adapte rapidement, prend des décisions difficiles et les exécute efficacement ».

    Ainsi par exemple, en deux années seulement, la Chine a étendu le système de pensions à 240 millions de campagnards, soit beaucoup plus que le total des personnes dépendant du système des retraites US.

    Le gouvernement chinois peut assurément compter sur le grand soutien de la population. Quelque 90 % disent que leur pays va dans la bonne direction. En Europe de l’ouest ce chiffre flotte entre 12 et 37 % (la moyenne mondiale).

     

    Le parti communiste

    La colonne vertébrale de ce modèle chinois est le parti communiste. Avec plus de 90 millions de membres, c’est de loin la plus grande organisation politique au monde. L’utilité voire la nécessité d’une telle colonne vertébrale est liée aux proportions gigantesques du pays.

    La Chine a la taille d’un continent : elle a 17 fois la taille de la France et compte autant d’habitants que l’Europe de l’Ouest, l’Europe de l’Est, les pays arabes, la Russie et l’Asie centrale réunis. Adapté à la situation européenne, cela signifierait que l’Egypte ou la Kirghizie doivent être dirigées depuis Bruxelles. Vu les proportions, les très fortes différences entre les régions et les défis gigantesques qui attendent la Chine, une puissante force de cohésion est indispensable pour que le pays reste gérable et soit dirigé avec fermeté. Selon The Economist: “Les dirigeants chinois croient que le pays ne peut rester uni sans un système de parti unique qui soit aussi solide qu’un empereur – et ils peuvent bien avoir raison ».

    Le parti recrute les personnes les plus compétentes. Le processus de sélection pour la promotion des cadres supérieurs est objective et rigoureuse. Kishore Mahbubani, grand expert de l’Asie, dit à ce sujet : « Loin d’être un système dictatorial arbitraire, le Parti Communiste Chinois a réussi à créer un système de règles solide et durable, ni fragile ni vulnérable. Plus impressionnant encore, ce système de régulation a sans doute engendré la meilleure série de dirigeants jamais produits en Chine ». Presque trois quarts de la population déclarent se ranger derrière le système du parti unique.

     

    Relations internationales

    Dans le passé, l’économie chinoise était largement autosuffisante. Le pays a pu se permettre de vivre isolé du monde extérieur – ce fut le cas à de nombreuses reprises. Même au zénith de sa puissance impériale, la Chine a diffusé sa culture en entretenant des relations diplomatiques et économiques plutôt que des conquêtes militaires (6). Ce mode de politique étrangère se maintient dans l’histoire récente. La Chine aspire à un monde multipolaire caractérisé par l’égalité entre tous les pays. Elle considère la souveraineté comme la pierre angulaire de l’ordre international et rejette toute immixtion dans les affaires intérieures d’un autre pays, quelle qu’en serait la raison. Ce qui vaut souvent à la Chine le reproche qu’elle en fait trop peu contre les violations des droits de l’homme dans d’autres pays. Quoi qu’il en soit, la Chine est le seul membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU qui n’a pas tiré le moindre coup de feu hors de ses propres frontières depuis trente ans.

     

    Mondialisation à la chinoise

    Aujourd’hui la Chine n’est plus autosuffisante, au contraire. Avec 18 % de la population mondiale, elle ne dispose que de 7% des terres agricoles fertiles et n’extrait que 5 % du pétrole mondial. Par ailleurs le pays produit beaucoup plus de biens qu’il n’en consomme. Pour toutes ces raisons la Chine est aujourd’hui très dépendante de l’économie étrangère. L’insertion de la Chine dans le commerce mondial et aussi ‘l’encerclement’ – essentiellement – militaire des USA’ (cf. infra) ont poussé le pays à prendre l’initiative d’une Nouvelle Route de la Soie dénommée « One Belt, One Road » (la Ceinture et la Route).

    Il s’agit à présent de plus de 1.600 projets de travaux de construction et d’infrastructures, de projets dans le transport, les aéroports et autres ports, mais également d’initiatives d’échanges culturels. Des centaines d’investissements, de financements, de traités commerciaux et des dizaines de Zones Economiques Spéciales, pour une valeur de 900 milliards de dollars, sont répartis sur 72 pays, soit une population d’environ 3 milliards de personnes ou 65 % de la population mondiale. ‘La Ceinture et la Route’ est de loin le plus grand programme de développement depuis le plan Marshall pour la reconstruction en Europe après la Seconde Guerre mondiale.

    Martin Jacques décrit la Nouvelle Route de la Soie comme une « mondialisation à la chinoise ». Cette initiative évoque fortement la stratégie commerciale des Pays-Bas il y a 400 ans. Les colonialismes britannique et français faisaient littéralement la chasse aux colonies, avec expéditions de conquête pour soumettre des communautés et s’emparer de richesses. En revanche, Amsterdam visait un « empire de commerce et de crédit ». Ce n’est pas le territoire qui importait, mais le business. Les Néerlandais construisirent une flotte gigantesque, installèrent des postes commerciaux sur les grandes routes qu’ils tentèrent de sécuriser. Tout comme les Néerlandais du XVIIème siècle, la Chine possède aujourd’hui la plus grande flotte commerciale (7). Les Zones Economiques Spéciales « sont des garnisons commerciales dans les chaînes d’approvisionnement permettant à la Chine de mettre son commerce en sûreté sans le fatras de la soumission coloniale », dixit le prestigieux laboratoire d’idées Stratfor.

     

    Des relations Nord-Sud qui basculent

    L’énorme croissance de la Chine au cœur de l’Asie a servi de catalyseur pour tout le continent. Le centre de gravité du monde glisse rapidement vers les économies les plus pauvres de l’Asie. Cela fait aussi monter en flèche la demande de matières premières, ce qui profite à pas mal de pays d’Amérique latine et d’Afrique .

    L’industrialisation de l’Asie de l’Est suit le modèle du « vol d’oies sauvages». A mesure qu’un pays croît économiquement, les salaires augmentent et font glisser les tâches de production moins avancées vers des régions plus pauvres ayant des coûts salariaux plus bas. Cela s‘est produit tout d’abord au Japon, ensuite en Corée du Sud et à Taiwan et aujourd’hui ce processus bat son plein en Chine. En raison des salaires plus élevés, les entreprises chinoises déplacent aujourd’hui leur production vers des pays comme le Vietnam et le Bangladesh, mais également, de plus en plus, vers l’Afrique. Si cette tendance se poursuit, elle contribuera à la mise en place d’une base industrielle sur le continent africain.

     

    Confrontation avec les USA

    Les révolutions socialistes n’ont pas éclaté au cœur du capitalisme mais dans ses maillons les plus faibles, dans les pays les plus pauvres et sous-développés. Il fallait alors construire un système social avancé sur une base matérielle faible, ce qui entraînait pas mal de handicaps et de contradictions. 70 ans plus tard cette situation a fondamentalement changé. Le grand bond en avant réalisé par la Chine sur le plan de la technologie et la croissance spectaculaire de l’économie ont jeté des bases solides pour la construction d’une société socialiste.

     

    Ce qui n’est évidemment pas du goût de Washington. Mais il y a plus « grave » : la Chine risque de dépasser les Etats-Unis économiquement. Ces deux phénomènes nourrissent la « nouvelle Guerre froide » entre USA et Chine ainsi que la menace d’une « guerre chaude ».

    Dans le cadre des discussions budgétaires pour 2019, le Congrès a déclaré que « la concurrence stratégique à long terme avec la Chine est une priorité pour les Etats-Unis ».

    Cela ne concerne pas seulement les aspects économiques mais bien une stratégie totale qui doit se mener sur plusieurs fronts. L’objectif est de conserver la dominance sur trois terrains : technologie, industries et armement.

    Trump vise une réinitialisation complète des relations économiques entre les Etats-Unis et la Chine. La guerre commerciale latente saute aux yeux mais celle-ci n’est que la messagère d’une stratégie plus large impliquant aussi les investissements, tant chinois aux Etats-Unis qu’étatsuniens en Chine. En premier lieu seront visés les secteurs stratégiques afin de disloquer la montée technologique de la Chine. Le développement du réseau de technologie 5G est crucial à cet égard, et ce n’est pas un hasard si Huawei, très en avance dans le développement de la technologie 5G, est tombé dans le viseur américain.

    Cette guerre économique avec la Chine, Trump tente aussi de l’étendre à d’autres pays, soit en leur faisant signer des clauses dans des traités commerciaux, soit en les mettant simplement sous pression. L’objectif est de dresser une sorte de « rideau de fer économique » autour du pays.

     

    La stratégie militaire des Etats-Unis

    La stratégie militaire contre la Chine suit deux pistes: la course aux armements et la prise en tenaille du pays (8). La course aux armements bat son plein. Les Etats-Unis dépensent annuellement 650 milliards de dollars en armement, soit plus d’un tiers du total mondial. C’est 2,6 fois plus que la Chine, et par habitant c’est même 11 fois plus. Ils dépensent aussi cinq fois plus que la Chine en recherche militaire. Le Pentagone travaille fiévreusement à une nouvelle génération d’armes ultra sophistiquées, drones et toutes sortes de robots avec lesquels l’ennemi ne sera pas de force à se mesurer. Une guerre préventive fait d’ailleurs partie des possibilités.

    La deuxième piste est l’encerclement militaire. Pour son commerce extérieur, la Chine dépend à 90 % du transport maritime. Plus de 80 % du pétrole doit passer par le Détroit de Malacca (près de Singapour), où les USA ont une base militaire. Washington peut facilement fermer le robinet à pétrole sans que la Chine ne puisse actuellement se défendre. Tout autour de la Chine, les Etats-Unis ont plus de 30 bases militaires, points d’appui ou centres d’entraînement (cf. les billes sur la carte). 60 % de la flotte totale est stationnée dans la région. Si l’on examine la carte, il n’est pas exagéré de dire que la Chine est encerclée et coincée. Pas la peine de songer à ce qui se passerait si la Chine installait ne serait-ce qu’un seul point d’appui militaire, sans même parler d’une base, dans le voisinage des Etats-Unis.

     

    C’est dans un tel contexte que la militarisation d’îlots en Mer de Chine Méridionale doit être envisagée, de même que le fait de réclamer une grande partie de ce territoire. Le contrôle des routes maritimes le long desquelles son énergie et ses biens industriels sont transportés a une importance vitale pour Pékin. C’est dans ce même contexte qu’il faut voir la Nouvelle Route de la Soie.

     

    Championne de la pollution et du verdissement

    Depuis la fin des années ‘80 la Chine est parvenue à une phase de développement qui entraîne énormément de pollution dans l’environnement. En tant « qu’atelier du monde » elle est l’un des plus gros pollueurs de la planète. Aujourd’hui le pays est aussi – avec une avance – le plus grand émetteur de CO2 , même si l’émission par personne est moitié moins importante que celle des Etats-Unis et à peu près équivalente à celle de l’Europe. Et la Chine n’est responsable que de 11 % des émissions cumulées, contre plus de 70 % pour les pays industrialisés.

    Toutefois, la situation est intenable. Au rythme actuel, entre 1990 et 2050 la Chine aura produit autant de dioxyde de carbone que le monde entier entre le début de la révolution industrielle et 1970, ce qui est catastrophique pour le réchauffement du climat.

    Il y a dix ans, la direction chinoise change de cap et la problématique écologique obtient une priorité haute. En 2014 on mène même une « guerre contre la pollution » selon le Premier ministre Li Keqiang. Une batterie de mesures est rédigée, parmi lesquelles une législation environnementale majeure, mais dont l’application n’est pas évidente.

    Les résultats ne se font pas attendre. A court terme la Chine devient le numéro 1 dans le secteur des panneaux solaires et de l’énergie éolienne. Actuellement 33 pourcents de l’électricité proviennent d’énergies vertes – aux Etats-Unis c’est moins de 17 %. Aujourd’hui la Chine investit quasiment autant dans la technologie verte que tout le reste du monde. Dans un avenir proche, elle veut piéger des millions de tonnes de CO2 dans le sous-sol.

    Le pays est pionnier sur le plan de la transmission sur longues distances de grandes quantités d’énergie (par exemple depuis des champs de panneaux solaires très éloignés), chose essentielle pour l’approvisionnement des villes en énergies vertes. Selon les données de la NASA les efforts persévérants de la Chine sur le plan de la reforestation ont fourni une contribution importante à la plantation de forêts dans le monde entier, ce qui est essentiel pour garder le contrôle sur les émissions. Mais il n’en demeure pas moins que les entreprises chinoises participent toujours activement à l’exploitation illégale du bois dans le monde.

     

    Le saint protecteur de l’Accord de Paris sur le climat

    La Chine est taxée de saint patron de l’Accord de Paris (COP 21, 2015, focus : contenir d’ici à 2100 le réchauffement climatique « bien en dessous de 2 °C maximum, avec 1,5° comme valeur-cible »). Quand Trump se retire de l’Accord en 2017, Pékin déclare vouloir tout mettre en œuvre pour atteindre les objectifs de la COP21, de concert avec les autres – notamment l’Union Européenne.

    En outre la Chine joue les intermédiaires entre les pays riches industrialisés et les pays en développement, lesquels soulignent que le réchauffement climatique, historiquement, relève principalement de la responsabilité des pays industrialisés, raison pour laquelle ils estiment que les pays riches doivent mettre à la disposition des pays en développement des moyens et de la technologie pour lutter contre le changement climatique. Grâce aux efforts de la Chine la grande majorité des pays en développement se sont alignés derrière les objectifs de la COP21; des plans climatiques ont été présentés lors de la réunion générale de l’ONU.

    En Chine même, beaucoup de chemin reste à faire, c’est évident, mais elle va dans la bonne direction. En témoigne cette nouvelle, tombée mi-2017 : la Chine a atteint ses objectifs climatiques deux ans avant la date convenue de 2020. Elle est également en bonne voie de pouvoir honorer les engagements de l’Accord de Paris sur le Climat : réduire de 65 % d’ici 2030 ses émissions de CO2.

     

    Les fautes

    Ces dernières 70 années beaucoup de fautes ont été commises. Dans la première période, le PCC a voulu introduire le socialisme de manière précipitée, avec le Grand Bond en Avant (1958-1961) et ses conséquences catastrophiques. La déviation gauchiste de la Révolution Culturelle (1966-1976) a laissé des traces profondes et entraîné un retour de bâton droitier. L’adhésion à des éléments du marché dès 1978 a réintroduit l’exploitation capitaliste, fût-ce de façon contrôlée. Les suites ne se sont pas fait attendre : un fossé plus profond entre riches et pauvres et la création d’une super classe de capitalistes. La marge de l’enrichissement personnel s’est élargie, ce qui a provoqué de la corruption et des abus de pouvoir graves. Malgré tout, cette politique du “laisser-l’oiseau-capitaliste-voleter-dans-la-cage” (Chen Yun) a fait grandir l’économie chinoise de façon spectaculaire et réduit notablement la pauvreté extrême. Cette dynamique contrôlée du marché peut-elle rester maîtrisée, c’est l’avenir qui devra le démontrer.

    La direction chinoise a réussi à maintenir la cohésion d’un pays extrêmement étendu et hétérogène, mais non sans avoir mis au pas certaines minorités. Les Tibétains et les Ouïghours se sentent traités comme des citoyens de seconde zone, en dépit des nombreux efforts formels des autorités chinoises pour améliorer leur sort. Beaucoup de questions restent en suspens quant à l’approche musclée et discutable des tensions ethniques.

    Le point positif est que les dirigeants chinois n’ont pas l’habitude de taire ou de maquiller les faiblesses et les dossiers problématiques. Ceux-ci sont toujours explicitement reconnus et nommés. Ainsi par exemple, avant et pendant le XVIIIème Congrès, les principaux problèmes du pays ont été listés un par un, puis discutés et traduits en points d’action. Une mentalité politique aussi rationnelle permet de tirer des enseignements de ses fautes et de corriger le cap quand c’est nécessaire.

     

    Stabilité de la planète

    Pour la première fois dans l’histoire récente, un pays pauvre et sous-développé s’est hissé en peu de temps au rang de superpuissance économique, avec un grand impact sur le cours du monde. La Chine, avec l’Inde dans son sillage, fait basculer les relations internationales à un rythme accéléré et transforme le monde d’une manière jamais vue auparavant.

    Plus la Chine suit un chemin indépendant, plus il dévie de celui de l’Occident, plus « le système occidental » se voit présenter un miroir, et plus on critique et on attaque ce pays. Nous semblons avoir beaucoup de mal à regarder ce nouvel acteur mondial en toute impartialité. Selon Mahbubani cette «réticence des dirigeants occidentaux à reconnaître que la suprématie occidentale du monde ne peut pas se poursuivre constitue une grande menace » (9).

    Et pourtant il va nous falloir apprendre à vivre en ayant conscience que nous avons cessé d’être le centre et l’étalon du monde. Plus encore. Grâce à la montée du populisme dans des pays de plus en plus nombreux, des figures imprévisibles et irresponsables comme Trump, Bolsonaro ou Johnson ont pris les rênes du pouvoir. La stabilité et l’habitabilité de cette planète va de plus en plus dépendre de personnes telles que Xi Jinping et autres dirigeants solides.

     

    Traduction du néerlandais : Anne Meert pour Investig’Action.

    Source: Investig’Action

     

    Notes

    (1) Nous prenons comme année-zéro 1870 pour l’Europe et 1980 pour la Chine. Nous mesurons la rapidité de l’industrialisation à l’augmentation du PNB par habitant. Les chiffres sont calculés sur base de : Maddison A., Ontwikkelingsfasen van het kapitalisme, Utrecht 1982, p. 20-21 et UNDP, Human Development Report 2005, p. 233 et 267. Voir aussi : The Economist, 5 janvier 2013, p. 48.

    (2) Hobsbawm E., L’Âge des extrêmes, histoire du court XXe siècle 1914-1991, Le Monde diplomatique & Éditions Complexe, 1999.

    (3) Calcul basé sur : UNICEF, The State Of The World’s Children 2017 , New York, p. 154-155.

    (4) Pour la distinction entre input et output dans la prise de décision politique : cf. Kruithof J., Links en Rechts. Kritische opstellen over politiek en kultuur, Berchem 1983, p. 66.

    (5) Bell D., The China Model. Political Meritocracy and the Limits of Democracy, Princeton 2015, p. 179-188.

    (6) Luce E., The Retreat of Western Liberalism, New York 2017, p. 166.

    (7) Au XVIIème siècle, les Pays-Bas avaient proportionnellement 25 fois plus de navires que l’Angleterre, la France et l’Allemagne. Aujourd’hui la Chine a 20 fois plus de navires marchands que les Etats-Unis. Maddison A., The World Economy. A Millennial Perspective, OESO 2001, p. 78; Khanna P., Use It or Lose It: China’s Grand Strategy, Stratfor, 9 avril 2016.

    (8) Pour un traitement plus détaillé, voir : Vandepitte M., Trump et la Chine : guerre chaude ou guerre froide ?

    (9) Mahbubani K., De eeuw van Azië. Een onafwendbare mondiale machtsverschuiving, Amsterdam 2009, p. 18.

     
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    Publié par le octobre 10, 2019 dans Chine

     

    Chine, le socialisme change de sens et de nouvelles approches marxistes

    en complément du texte théorique traduit par Marianne , voici un texte qui nous vient du portugal que j’ai traduit en utilisant à la fois le traducteur automatique et ma connaissance de l’espagnol, plus quelques concepts marxistes, mais il est évident qu’il y a convergence des réflexions, elles me passionnent d’autant plus que si mes mémoires ont un sens il s’agit d’une plaidoirie pour penser une stratégie vers le socialisme à partir de ce que j’ai pu vivre de la manière dont le capitalisme a réorganisé sa crise, mais aussi l’apparition de nouveaux rapports sud-sud.L’éloignement de l’utopie pour répondre à des problèmes concrets, la réalité de la domination du capital à son stade impérialiste financiarisé, l’impossibilité d’en faire abstraction. .Ces processus complexes posent la question du rôle du parti communiste, c’est celui encore et toujours de transformer les êtres humains en acteur de cette immense transformation. C’est la grande réussite cubaine.(note et traduction de danielle Bleitrach)

    «La Chine est un terreau pour la nouvelle ingénierie économique et sociale et, compte tenu de la prédominance du« mode de production méta », constitue également l’expérience humaine la plus avancée du monde.»

    Par Elias Jabbour *

     

      

    La célébration du 70e anniversaire de la révolution chinoise ne devrait pas se terminer sans un regard sur une histoire riche, victorieuse et riche en enseignements. Oui, il y a là une montée en puissance dont elle peut se vanter. Mais le sens doit être différent. Je pense en particulier que le développement récent de la Chine tel qu’il est pose le défi théorique le plus important de notre époque: la nécessité de repenser  le socialisme et le marxisme à la lumière d’un monde toujours marqué par: 1) l’émergence de nouveaux paradigmes technologiques; 2) la financiarisation en tant que dynamique dominante de l’accumulation; 3) les formes modernes de domination impérialiste sous la forme de «guerres hybrides», depuis les  «poursuites judiciaires» et  la transformation du dollar en une arme de destruction massive, et 4) les formes nouvelles et supérieures de planification économique apparues en Chine même ( Nouveau projet économique).

    La nécessité de repenser le  socialisme dans ce processus passe par sa réaffirmation en tant que projet de développement  (vaincre, sans nier le stade de développement du mode de production rival, saisissant ainsi le point culminant de ce que nous nions – la négation de la négation) et essentiellement anti-impérialiste. Les formes ludiques qui confondent l’horizon socialisant avec une utopie doivent être rapidement rejetées. Le marxisme, au nom du maintien de son caractère universel, doit être réorganisé dans ses concepts de base, parmi lesquels le mode de production, la formation socio-économique et la relation entre la loi de la valeur et la transition vers une formation socio-économique du monde. de niveau supérieur.

    Le socialisme en tant que projet de développement par essence

    L’expérience chinoise elle-même donne lieu à des lacunes dans les réponses aux questions que je propose. Le caractère développement que mettent en oeuvre  les communistes répond à la fois à la vieille question du socialisme dans des pays sans base matérielle préalable et à leur rattrapage des pays centraux. La Chine et ce qui est arrivé à l’Union soviétique montrent que le socialisme n’a d’autre choix que de réduire les inégalités entre les pays de la périphérie et le centre du système. Briser le monopole des pays capitalistes développés sur l’appareil scientifique et technologique est la principale condition du succès de toute alternative au capitalisme dans le monde. Le contraire serait la négation  de ses propres expériences.

    Cela implique la capacité de briser le cercle vicieux des lois sur les avantages comparatifs au moyen de projets nationaux capables de créer un espace politique propice à la poursuite de politiques budgétaires, monétaires et de change expansionnistes.

    Ce qui s’est passé en Chine est intéressant car le noyau productif du pays est constitué d’énormes conglomérats d’entreprises situés au cœur de l’économie du pays et dotés d’un puissant bras financier à long terme. L’empreinte financiarisée actuelle du capitalisme n’annule pas la nature de son système: une grande ingéniosité pour aspirer de la plus-value en multipliant les fusions et acquisitions d’entreprises. Outre cette tendance de la centralisation du capital à renaître, il existe le monopole de la monnaie de référence internationale exercée par l’impérialisme. Ce monopole est devenu l’arme la plus puissante du monde pour la destruction létale: le recadrage du marché par les États-Unis après 2009 a permis de reformuler l’impression du dollar et de créer une jurisprudence sur la circulation de cette monnaie. Le gel des avoirs nationaux libellés en dollars – et leur impact profond sur les économies de pays tels que l’Iran, le Venezuela et la Corée du Nord – est une mauvaise nouvelle pour le renforcement de la puissance financière impérialiste. L’essence de l’impérialisme ne change pas!

    Le projet socialiste ne renonce pas aux géants mondiaux de l’entreprise, aux systèmes financiers complexes et à la capacité financière de relever les nouveaux défis posés par l’émergence de nouveaux paradigmes dans les domaines de la science, de la technologie et de l’innovation. L’impérialisme s’est repositionné sur plusieurs fronts, notamment l’introduction de nouvelles technologies dans son appareil d’action. Les guerres hybrides auxquelles sont confrontés de nombreux pays du monde, y compris la Chine, font partie du développement de formes sophistiquées d’intervention sur la réalité. La frontière technologique peut être insurmontable si un pays n’a pas la capacité de moderniser son parc industriel et technologique. Ces réformes auxquelles ils se sont attelés depuis les années 1990

    Un autre point que j’estime fondamental et qui nécessite de nombreuses études et approfondissements sont, comme je l’ai appelé, des formes nouvelles et supérieures de planification économique qui ont fortement émergé en Chine depuis le début de cette décennie. Parallèlement à la solidité financière croissante, qui garantit la possibilité d’importer de nouvelles technologies, un système national d’innovation a été conçu au cours des 15 dernières années, avec pour défi de placer le pays à la pointe des principaux processus impliquant des innovations allant de la plate-forme 5G. la formation et la systématisation du Big Data et la course aux Etats-Unis et à l’Allemagne dans les domaines liés à l’intelligence artificielle. Les politiques industrielles telles que Made in China 2025 et celles impliquant le développement de l’intelligence artificielle ont  été couronnées de succès,

    Au XXe siècle, la conquête humaine grâce à la connaissance des lois / logiques générales du mouvement capitaliste a créé de nouvelles capacités d’intervention sur le cycle économique qui, dans le capitalisme, sont exprimées dans le principe de la demande effective et du socialisme par le biais de la planification soviétique. L’économie monétaire a complété ce scénario en formant ce que Ignacio Rangel a appelé «l’économie de projet». Il est évident qu’un «nouveau projet économique» émerge en Chine en introduisant les formes nouvelles et supérieures de planification économique susmentionnées dans la théorie et la pratique de la planification économique.

    Enfin, en ce qui concerne le marxisme. Comment réaffirmer son universalité dans un monde complètement différent de celui auquel il était confronté au XIXe siècle? Comment trouver des réponses théoriques aux défis posés aux communistes impuissants? Comment l’expérience chinoise peut-elle aider cette adaptation nécessaire? J’ai des opinions non définitives sur ces questions, mais j’ose lancer des indicateurs. Parler de socialisme à l’époque contemporaine doit être un exercice intellectuel qui exige une extrême prudence. Je le dis, car le développement même du mode de production capitaliste, et en particulier au stade financiarisé actuel, impose divers obstacles et écueils théoriques loin de la portée des classiques du matérialisme historique.

    Le «mode de production par objectif» et la Chine en tant que première expérience d’une nouvelle classe de formations économiques et sociales

    La domination et la prédominance exercées par le capitalisme mondial exigent des marxistes un réaménagement de certains concepts fondamentaux du marxisme, parmi lesquels les concepts de mode de production et de formation économique et sociale, ainsi que la loi de la valeur. Le développement mondial du capitalisme a façonné ce que mon compagnon de recherche et d’étude où je me trouve (Italie), Alberto Gabriele, appelle le «méta mode de production» – ce n’est pas un mode de production en soi, mais une généralisation. niveau supérieur du mode de production. Gabriele suggère que le «mode de production méta» se caractérise par la prédominance de: 1) la production orientée vers le marché et les relations monétaires de production et d’échange; 2) la loi de la valeur en tant qu’opérateur de système; 3) l’extraction de la plus-value et le circuit d’investissement-accumulation et 4) l’existence mutuelle,

    Cette suggestion d’approche théorique ouvre la possibilité d’observer le monde à partir d’une généralisation / abstraction sous la forme d’une structure sociale dont les caractéristiques fondamentales sont, selon Gabriele: 1) un mode de production est dominant au niveau mondial; 2) deux ou plusieurs modes de production coexistent dans certains pays, dont l’un peut être dominant au sein même du pays et 3) la « liberté » d’action d’un mode de production dominant dans chaque pays est limitée par la prévalence, c’est-à-dire “Méta Mode de Production”

    En continuant, il est évident que sous ce «méta mode de production» se développent différentes formations socio-économiques, qu’elles soient capitalistes ou socialistes. Par exemple, l’émergence des «États développementistes» dans l’Asie de l’après-Seconde Guerre mondiale a conduit à l’émergence de formations socio-économiques capitalistes et socialistes. Dans ce contexte, Une approche où l’utilisation de la catégorie de formation économique et sociale est reformulée en vue de la prédominance d’un certain «méta-mode de production» nous amène à considérer la Chine comme la première classe de nouvelles formations économiques et sociales qui apparaissent dans le monde contemporain avec ses caractéristiques. Le «socialisme de marché» est très évident étant donné à la fois les formes de propriété socialistes dominantes et l’existence de la loi de la valeur et de son utilisation en faveur d’une stratégie de socialisation. Le Vietnam serait la deuxième expérience de ce nouveau type de formation socio-économique.

    Par avance, de nouvelles possibilités théoriques s’ouvrent avec l’introduction des éléments susmentionnés. Toute formation sociale est complexe, compte tenu de la capacité d’insertion et de retrait que le «méta-mode de production» exerce sur toutes les réalités mondiales, capitalistes et socialistes. D’où la prudence que je suggère d’énoncer au sujet de la caractéristique socialiste de telle ou telle expérience. Le socialisme n’est donc pas une réalité a priori. Ce qui existe a priori, c’est une nouvelle formation socio-économique aux résultats économiques et sociaux spectaculaires qui développe et crée ses régularités distinctes, y compris son éloignement des expériences de l’État capitaliste. Dans une large mesure et dans les limites du programme de recherche que je développe avec Alberto Gabriele, Nous pouvons voir que l’expérience chinoise montre une perspective de plus en plus éloignée des possibilités d’un capitalisme « régulé » au mieux. La Chine est un terreau pour de nouvelles techniques économiques et sociales et, compte tenu de la prédominance du «mode de production méta», constitue également l’expérience humaine la plus avancée du monde. C’est là qu’il faut être très en alerte.

     * Elias Jabbour est professeur du programme de troisième cycle en sciences économiques de l’UERJ et membre du comité central du PCdoB.

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