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Comment la Chine est devenue chinoise

Un extrait du livre de Jared Diamond « de l’inégalité parmi les sociétés ». 

A sa parution en 2004, « Effondrement » a suscité une importante polémique. La thèse du géographe américaine (les sociétés choisissent inconsciemment la voie du suicide collectif lorsqu’elles minimisent les facteurs environnementaux dans leur processus de développement) a été diversement accueillie. Il y a eu en particulier un article polémique du Monde diplomatique reprochant à Diamond sa propension à lier problèmes environnementaux, problèmes démographiques et problèmes migratoires (notamment en Californie) ou à conférer au secteur privé une meilleure efficience en matière de préservation des ressources.

Je ne suis pas d’accord avec ces arguments, un des aspects les plus intéressant de son livre « effondrement » est l’analyse qu’il fait de la catastrophe environnementale de la CHine. pollution de l’air, réduction de la biodiversité, réduction des terres arables, assèchement des marécages, dégradation des pâturages, catastrophes naturelles en chaîne liées à l’anthropisation forcenée des milieux naturels, salinisation et érosion des sols, augmentation de la production d’ordures, pollution des eaux, augmentation des espèces invasives, réduction du débit des cours d’eau… Cette liste de menaces, non exhaustive, entraîne des impacts multiples, dans les domaines économiques, sociaux et sanitaires, et à toutes les échelles. Jared Diamond montre que cette situation ne date pas d’aujourd’hui,et que la déforestation date du XVIII ème siècle. Il insiste sur les facteurs géographiques mais aussi l’accélération dûe à une croissance économique accélérée et une urbanisation rapide avec le développement d’une population qui aspire au modèle occidental (voitures, électroménager, viande), ce qui est un problème non chinois mais mondial puisque cela pose la question d’un modèle de vie qui n’est possible que s’il est totalement inégalitaire au niveau de la planète.

La seule réponse qui ait été trouvé à travers cette mondialisation capitaliste est le renforcement des inégalités et la pression accrue sur la vie de la majorité au profit d’une « élite » de plus en plus restreinte et qui poursuit le pillage à une échelle rarement atteinte. Quand un pays sous développé comme la CHine est désormais la seconde voir la première puissance du monde chacun de ses mouvements influe sur la totalité de la planète. Nous avons donc montée en puissance d’un peuple en situation de sous développement et modèle autodestructeur disons occidental, celui du « marché ». 

La description de la situation environnementale chinoise  est certes saisissante mais il faut voir aussi que si Diamond n’est pas tendre avec la gestion des communistes qu’il s’agisse du grand bond en avant ou de l’industrialisation et du marché plus récent, on ne peut pas dire qu’il ne voit pas les atouts de la CHine dans une différence essentielle avec le modèle occidental, en particulier dans la planification et dans le socialisme. Simplement, il ne parle pas de celui-ci et préfère faire remonter la centralisation et le dirigisme chinois à l’histoire parfaitement originale de la Chine et c’est le sujet de l’extrait de son livre « de l’inégalité parmi les sociétés » que nous publions ci-dessous.  Ainsi il aboutit à l’idée que « l’un des atouts de la Chine est son immensité et son absence de morcellement politique. Si l’état central veut élaborer une politique environnementale aussi volontariste que celle de l’enfant unique, il peut en imposer les termes sur l’ensemble du territoire chinois en même temps (soit plus de neuf millions de kilomètres carré). Chose que l’Union européenne ou l’état fédéral américain sont encore loin de pouvoir réaliser. »

On peut certes s’interroger sur ce qui a fait que le communisme s’est installé en Chine, est-ce  parce qu’il avait été précédé par une unification millénaire? Ou alors ce genre d’analyse peut être extrapolée à d’autres civilisations et la France avec son unification, le poids de son autorité centralisée jouit effectivement d’atouts comparables qui ne sont pas ceux des Etats-Unis ou encore moins de l’Europe, l’essentiel est bien dans la démonstration de Jared Diamond: quand nous sommes à un niveau de mondialisation tel, la réponse ne peut être apportée que par une planification centralisée. 

Effectivement, quand on voit la manière dont disons depuis les jeux olympiques, il y a eu une véritable mutation de la Chine sur la question environnementale, c’est au niveau du pouvoir central, du parti communiste que s’élabore aujourd’hui cette mutation. Et si l’on suit la thèse de Jared Diamond sur le fait que le problème de la Chine n’est pas celui de ce pays mais qu’il est celui de l’humanité toute entière avec en particulier un modèle occidental capitaliste complètement destructeur et qui apparaît d’autant plus comme tel que dès que des pays aspirent au développement ils contribuent à cette destruction. Donc quelles que soient les opinions politiques de Jared Diamond et je n’ai aucune raison de penser qu’il soit pro-communiste, il n’en demeure pas moins qu’il montre la nécessité d’une planification, voire d’une « dictature du prolétariat » qui peut seule combiner développement pour tous et lutte contre la catastrophe environnementale (ce qui est encore plus vrai si l’on considère des questions comme la paix et la guerre). L’autogestion des ressources par des micro-sociétés n’est plus aujourd’hui la solution. C’est pour cela que quels que soient les critiques qui ont été faites à Jared Diamond, la réflexion qu’il développe ma paraît incontournable. (note de Danielle Bleitrach pour histoire et société)

 

Un extrait du livre de Jared Diamond « de l’inégalité parmi les sociétés ». 

Le chapitre 16 pp 331-345 sur la Chine. La thèse est que la Chine a réalisé, 3000 ans avant les autres, l’unité administrative, économique, sociale et culturelle pour des raisons d’avantages géographiques, de ressources pour la production de nourriture par l’agriculture et l’élevage, et d’adaptation à l’environnement. En témoignent l’unité de langage et d’écriture (le Mandarin), l’accroissement de la population de l’an 0 à 1820 début de la révolution industrielle en Europe occidentale après quatre siècles de découvertes du monde par les occidentaux: portugais, espagnols, puis les hollandais et les anglais. Voir Angus Maddison « The world economy, a millennial perspective » sur la Chine, l’Inde et le Japon.

Immigration, mesures antidiscriminatoires en faveur des minorités, multilinguisme et diversité ethnique : la Californie, où je vis, a été l’un des premiers États à adopter ces politiques controversées et à en subir aujourd’hui le contrecoup. Un simple coup d’oeil dans les salles de classe de Los Angeles, où mes fils sont scolarisés, donne un visage à ces débats abstraits. Ces enfants représentent plus de 80 langues parlées dans leurs foyers — les Blancs anglophones étant minoritaires. Chaque camarade de jeu de mes fils a au moins un parent ou un grand-parent né hors des Etats-Unis. Tel est aussi le cas de trois des quatre grands-parents de mes fils. Mais l’immigration ne fait que rendre à l’Amérique la diversité qui était la sienne depuis des milliers d’années. Avant la colonisation européenne, le continent nord-américain abritait plusieurs centaines de tribus, et de langues indigènes, qui ne sont passées sous l’autorité d’un gouvernement unique qu’au cours des cent dernières années.

À tous ces points de vue, les États-Unis sont un pays profondément « normal ». Les six nations les plus peuplées du monde sont toutes, sauf une, des melting-pots dont l’unification politique est récente et où continuent à vivre des centaines de langues et de groupes ethniques. Jadis petit État slave centré sur Moscou, par exemple, la Russie n’a commencé son expansion au-delà de l’Oural qu’en 1582. Jusqu’au xixe siècle, elle devait englober des dizaines de populations non slaves, dont beaucoup ont conservé leur langue d’origine et leur identité culturelle. De même que l’histoire américaine est l’histoire de l’américanisation de notre continent, l’histoire de la Russie nous dit comment la Russie est devenue russe. L’Inde, l’Indonésie et le Brésil sont aussi des créations politiques récentes (dans le cas de l’Inde, une recréation), où coexistent respectivement 850, 670 et 210 langues.

La grande exception à cette règle du melting-pot récent est la nation la plus peuplée du monde : la Chine. Politiquement, culturellement et linguistiquement, elle fait aujourd’hui figure de monolithe, tout au moins pour les profanes. Politiquement, elle était déjà unifiée en 221 ay. J.-C. et, pour l’essentiel, elle l’est restée. Depuis le début de l’alphabétisation, elle n’a connu qu’un système d’écriture, tandis que l’Europe emploie plusieurs dizaines d’alphabets modifiés. Sur les 1,2 milliard d’habitants de la Chine, plus de 800 millions parlent le mandarin — de loin la langue la plus parlée au monde. Quelque 300 millions parlent sept autres langues aussi proches du mandarin, et les unes des autres, que l’espagnol l’est de l’italien. Ainsi, non seulement la Chine n’est pas un melting-pot, mais il paraît absurde de demander comment la Chine est devenue chinoise. Aussi loin qu’on remonte dans son histoire ou presque, la Chine a été chinoise.

Cette unité apparente de la Chine nous paraît tellement évidente que nous oublions de nous en étonner. L’une des raisons pour lesquelles cette unité aurait dû nous surprendre est d’ordre génétique. Tandis qu’une classification raciale sommaire des populations mondiales range tous les Chinois dans la catégorie des « mongoloïdes », cette catégorie dissimule des variations bien plus grandes que les différences entre Suédois, Italiens et Irlandais en Europe. En particulier, les Chinois du Nord et du Sud sont assez différents génétiquement et physiquement : ceux du Nord sont très proches des Tibétains et des Népalais, ceux du Sud des Vietnamiens et des Philippins. Mes amis chinois du Nord et du Sud se reconnaissent souvent au premier coup d’oeil : les Chinois du Nord sont généralement plus grands, plus corpulents et plus pâles. Ils ont aussi le nez plus pointu et des yeux plus petits, qui semblent plus « bridés » (à cause de ce qu’on appelle le pli « épicanthique »).

Le nord et le sud de la Chine diffèrent également par l’environnement et le climat : le nord est plus sec et plus froid, le sud plus humide et plus chaud. Les différences génétiques apparues dans ces milieux différents supposent une longue histoire d’isolement relatif entre les populations. Comment ont-elles pu, alors, avoir des langues et des cultures si proches, voire identiques ?

L’unité linguistique apparente de la Chine est également déroutante au regard de la diversité linguistique d’autres parties du monde peuplées de longue date. Avec une superficie dix fois inférieure à celle de la Chine et 40 000 ans d’histoire humaine seulement, la Nouvelle-Guinée compte, elle, un millier de langues dont plusieurs douzaines de groupes linguistiques avec des différences beaucoup plus grandes qu’entre les huit grandes langueschinoises. L’Europe occidentale, quant à elle, a élaboré ou acquis une quarantaine de langues dans les 6 ou 8 000 ans qui ont suivi l’arrivée des langues indo-européennes (y compris des langues aussi différentes que l’anglais, le finnois ou le russe).
Or des fossiles attestent la présence de l’homme en Chine depuis plus d’un demi-million d’années. Qu’est-il advenu des dizaines de milliers de langues distinctes qui ont dû apparaître en Chine au cours d’un si long laps de temps1 ?

Ces paradoxes laissent penser que la Chine était jadis aussi diverse que le sont les nations très peuplées aujourd’hui. La Chine se distingue uniquement par une unification bien plus précoce. Sa « sinisation » s’est soldée par l’homogénéisation drastique d’une immense région dans un ancien melting-pot, ainsi que par la repopulation de l’Asie du Sud-Est tropicale et une influence massive sur le Japon, la Corée et peut-être même l’Inde. L’histoire de la Chine est donc la clé de l’histoire de tout l’Est asiatique et l’on verra ici comment la Chine est devenue chinoise.

La carte linguistique détaillée de la Chine fournit un point de départ commode (figure 16.1). Le fait est que, outre les huit « grandes » langues de la Chine — le mandarin et ses sept proches parents (souvent désignés collectivement sous le nom de « chinois »), qui comptent entre 11 et 800 millions de locuteurs chacun —, la Chine possède plus de 130 « petites » langues, parlées par quelques milliers de personnes seulement. Toutes ces langues, « grandes » et « petites », appartiennent à quatre familles importantes, très différentes par le caractère compact de leur distribution.

À un extrême, le mandarin et les langues apparentées, qui forment la sous-famille chinoise de la famille linguistique sino-tibétaine, sont distribués de manière continue du nord au sud. On peut traverser la Chine de part en part, de la Mandchourie au golfe du Tonkin, sans quitter les terres occupées par des populations qui parlent le mandarin ou des langues parentes. Les trois autres familles ont des distributions fragmentées et forment des « îles » linguistiques entourées par un « océan » de locuteurs du chinois et d’autres familles linguistiques.

1. Jared Diamond traite de l’éradication des langues au cours du processus d’hominisation et d’expansion de l’espèce humaine dans Le troisième chimpanzé, op. cit., chapitres 8, « Les passerelles vers le langage humain », et 15, « Les chevaux, les Hittites et l’Histoire ». (N. d. É.)

La distribution de la famille miao-yao (alias hmong mien) est particulièrement fragmentaire, constituée de six millions de locuteurs divisés en cinq langues aux noms colorés : le miao rouge, le miao blanc (ou rayé), le miao noir, le miao vert (ou bleu) et le yao. Les locuteurs du miao-yao vivent dans une douzaine de petites enclaves, toutes entourées de locuteurs d’autres familles linguistiques, éparpillées sur plus de 1300 km’ depuis la Chine du Sud jusqu’à la Thaïlande. Plus de 100000 réfugiés vietnamiens de langue miao ont porté leur famille linguistique aux États-Unis, où ils sont mieux connus sous le nom de Hmong.
Un autre groupe linguistique fragmenté est celui de la famille austro-asiatique, dont les langues les plus largement parlées sont le vietnamien et le cambodgien. Ses 60 millions de locuteurs sont dispersés du Viêt-nam, à l’est, jusqu’à la péninsule malaise au sud et au nord de l’Inde à l’ouest. La quatrième et dernière des familles linguistiques de la Chine est la famille taikadai, dont font partie le thaï et le lao et dont les 50 millions de locuteurs sont dispersés depuis la Chine du Sud jusqu’à la Thaïlande péninsulaire et Myanmar à l’ouest (figure 16.1).

Naturellement, cette fragmentation des locuteurs de la famille miao-yao n’est pas l’effet d’un saupoudrage à travers le paysage asiatique. On pourrait au contraire imaginer qu’il y a eu jadis une distribution plus continue, qui s’est fragmentée lorsque d’autres familles linguistiques se sont étendues ou ont amené les miao-yao à abandonner leurs langues. En fait, cette fragmentation linguistique est pour l’essentiel intervenue au cours des 2 500 dernières années suivant un processus historique bien connu. Les ancêtres des locuteurs modernes du thaï, du lao et du birman sont tous venus du sud de la Chine et des régions voisines, jusqu’à leur place actuelle, au point d’inonder par vagues successives les descendants installés des migrations antérieures. Les locuteurs des langues chinoises ont fait preuve d’une singulière vigueur pour remplacer et transformer linguistiquement d’autres groupes ethniques, jugés primitifs et inférieurs. L’histoire de la dynastie Zhou, de 1100 à 221 ay. J.-C., retrace la conquête et l’absorption de l’immense majorité de cette population de langue non chinoise par des États sinophones.
Plusieurs types de raisonnement sont possibles pour essayer de reconstituer la carte linguistique de l’Asie de l’Est il y a plusieurs millénaires. On peut d’abord étudier à rebours les expansions linguistiques historiquement connues des récents millénaires. On peut aussi imaginer que les régions modernes qui ne comptent qu’une seule langue, ou un groupe de langues parentes occupant une vaste zone continue, témoignent d’une expansion géographique à ce point récente de ce groupe que le temps a manqué pour une différenciation en de multiples langues. Enfin, on peut imaginer à l’inverse que les zones
modernes à forte diversité linguistique au sein d’une même famille se trouvent plus près du centre de distribution originaire de cette famille linguistique.

En recourant à ces trois formes de raisonnement pour faire tourner à rebours l’horloge linguistique, nous en arrivons à laconclusion que la Chine a été à l’origine occupée par des populations de langues sino-tibétaines, chinoise et autres ; que les différente s parties de la Chine du Sud ont été diversement occupées par des populations de langues miao-yao, austroasiatiques et tai-kadai ; et que les populations de langues sino-tibétaines ont remplacé la plupart des locuteurs de ces autres familles dans la Chine du Sud. Un bouleversement linguistique encore plus radical a dû balayer le Sud-Est asiatique tropical jusqu’au sud de la Chine — Thaïlande, Myanmar, Laos, Cambodge, Viêt-nam et Malaisie. Les langues qui y étaient parlées à l’origine doivent être toutes éteintes aujourd’hui, parce que toutes les langues modernes de ces pays semblent être des envahisseurs récents, essentiellement venus de Chine du Sud ou, dans certains cas, d’Indonésie. Comme les langues miao-yao ont réussi à survivre, nous pourrions aussi conjecturer que la Chine du Sud abritait jadis d’autres familles linguistiques que les familles miao-yao, austroasiatique et tai-kadai, mais que rien n’a survécu de ces familles aujourd’hui. On verra que la famille linguistique austronésienne (à laquelle appartiennent toutes les langues philippines et polynésiennes) a sans doute été l’une de ces familles, disparues du continent chinois que nous ne connaissons que parce qu’elle a gagné les îles du Pacifique et y a survécu.

Ces remplacements linguistiques de l’Asie de l’Est nous rappellent la diffusion des langues européennes, en particulier de l’anglais et de l’espagnol, dans le Nouveau Monde, jadis foyer d’un millier ou plus de langues indigènes. Nous savons, par l’histoire récente, que l’anglais n’a pas pris la place des langues des Indiens d’Amérique parce que ceux-ci le trouvaient agréable à l’oreille. Par la guerre, le meurtre et les maladies, les immigrés anglophones ont exterminé la grande majorité des Indiens, tandis que les survivants se voyaient contraints d’adopter l’anglais, langue de la nouvelle majorité. Les causes immédiates de ce remplacement linguistique ont été les avantages tirés par les envahisseurs européens de la technologie et de l’organisation politique, eux-mêmes issus des avantages de l’essor précoce de la production alimentaire. Ce sont fondamentalement les mêmes processus qui expliquent le remplacement des langues aborigènes d’Australie par l’anglais, et des langues des Pygmées et des Khoisans d’Afrique équatoriale par les langues bantoues.

Les bouleversements linguistiques de l’Est asiatique soulèvent donc une question du même type : qu’est-ce qui a permis aux locuteurs de la famille sino-tibétaine de se propager de la Chine du Nord à la Chine du Sud, et aux locuteurs des familles linguistiques originaires de la Chine du Sud (austroasiatique et autres) de se propager au sud jusqu’en Asie du Sud-Est tropi-
cale ? C’est ici qu’il faut demander à l’archéologie des preuves d’avantages technologiques, politiques et agricoles que certains Asiatiques ont manifestement acquis sur d’autres.

Comme partout ailleurs dans le monde, les recherches archéologiques en Asie de l’Est, pour le plus clair de l’histoire humaine, n’ont exhumé que les débris des chasseurs-cueilleurs se servant d’outils de pierre non polis et ignorant la poterie. Les premiers signes de quelque chose de différent viennent de Chine où apparaissent autour de 7500 ay. J.-C. des restes de récolte, des ossements d’animaux domestiques, de la poterie et des outils de pierre polie (néolithiques). A un millier d’années près, on retrouve la date du début du néolithique et de la production alimentaire dans le Croissant fertile. Mais parce que le précédent millénaire est archéologiquement mal connu en Chine, on ne saurait dire à l’heure actuelle si les origines de la production alimentaire chinoise sont contemporaines, légèrement antérieures ou légèrement postérieures à celles du Croissant fertile. En revanche, nous pouvons à tout le moins affirmer que la Chine a été l’un des premiers centres mondiaux de la domestication végétale et animale.

En réalité, la Chine a bien pu englober deux ou plusieurs centres indépendants d’origines de la production alimentaire. J’ai déjà évoqué les différences écologiques entre le nord, froid et sec, et le sud, chaud et humide. A une latitude donnée, il existe aussi des distinctions écologiques entre les terres, basses, de la côte et les terres, hautes, de l’intérieur. Ces milieux disparates se distinguent par des plantes sauvages indigènes différentes, qui auraient donc été diversement à la portée des premiers agriculteurs chinois. De fait, les toutes premières cultures identifiées sont deux espèces de millet, résistant à la sécheresse en Chine du Nord, mais le riz en Chine du Sud, ce qui suggère la possibilité de centres de domestication végétale septentrionaux et méridionaux séparés.

Les sites chinois possédant les tout premiers signes de culture contenaient aussi des os de porcs domestiques, de chiens et de poulets. A ces premiers animaux et à ces cultures vinrent progressivement s’ajouter les nombreux autres domesticats de la Chine. Parmi les animaux, les plus importants furent les buffles d’eau (pour tirer les charrues), mais il y eut aussi les vers à soie, les canards et les oies. Parmi les cultures chinoises plus tardives, figurent le soja, le chanvre, les agrumes, le thé, les abricotiers, les pêchers et les poiriers. En outre, de même que l’axe est-ouest de l’Eurasie a permis, dans l’Antiquité, à nombre d’animaux et de cultures chinois de se propager à l’ouest, les domesticatsouest-asiatiques se sont aussi propagés vers l’est, en Chine, et y ont pris de l’importance. Le blé et l’orge, les vaches et les chevaux et, dans une moindre mesure, les moutons et les chèvres ont été des contributions occidentales, particulièrement significatives, à l’économie de la Chine ancienne.
En Chine, comme ailleurs dans le monde, la production alimentaire a progressivement débouché sur les autres marques caractéristiques de la « civilisation » (évoquées dans les chapitres 11 à 14). Une superbe tradition de métallurgie en bronze a trouvé ses origines dans le troisième millénaire ay. J.-C. et a permis à la Chine de développer de loin la plus ancienne production de fonte du monde, autour de 500 ay. J.-C. Les 1 500 années suivantes ont vu la profusion d’inventions techniques chinoises mentionnées dans le chapitre 13: entre autres, le papier, la boussole, la brouette et la poudre à canon. Les villes fortifiées firent leur apparition au troisième millénaire, avec des cimetières dont la grande diversité des tombes, tantôt dénuées d’ornement, tantôt luxueusement meublées, trahit l’émergence des différences de classes. Les sociétés stratifiées dont les dirigeants pouvaient mobiliser de grandes forces de roturiers sont également attestées par de grandes murailles défensives, de grands palais et, finalement, le Grand Canal (le plus grand canal du monde, de plus de 1 600 kilomètres) qui relie la Chine du Nord à celle du Sud. La présence de l’écriture est attestée depuis le deuxième millénaire, mais elle est probablement apparue plus tôt. Notre connaissance archéologique des cités et États émergeants de la Chine est ensuite complétée par des chroniques des premières dynasties de la Chine, à commencer par la dynastie Xia, apparue autour de 2000 ay. J.-C.

Pour ce qui est du sous-produit le plus sinistre de la production alimentaire, les maladies infectieuses, nous ne saurions préciser où sont apparues la plupart des grandes maladies originaires d’Europe. En revanche, des écrits romains et médiévaux décrivent clairement l’arrivée depuis l’Orient de la peste bubonique et, peut-être, de la variole, si bien que ces germes pourraient être d’origine chinoise ou est-asiatique. Pour la grippe espagnole (transmise par les cochons), la probabilité qu’elle soit apparue en Chine est plus grande encore, quand on sait que les porcs y ont été domestiqués très tôt et y ont pris rapidement de l’importance.

La superficie et la diversité écologique de la Chine ont donné naissance à maintes cultures locales, que l’archéologie permet de distinguer par les différents styles de poterie et d’artefact. Au cours du quatrième millénaire ay. J.-C., ces cultures locales se sont étendues géographiquement et ont commencé à interagir, à rivaliser et à se fondre les unes dans les autres. De même que les échanges de domesticats entre les différentes régions écologiques ont enrichi la production alimentaire chinoise, les échanges entre les différentes régions culturelles ont enrichi la culture et la technologie chinoises, tandis qu’une concurrence farouche entre chefferies guerroyantes s’est soldée par la formation d’États toujours plus grands et plus centralisés (chapitre 14).

Le gradient nord-sud de la Chine, s’il a retardé la diffusion des cultures, y fut toutefois moins une barrière qu’aux Amériques ou en Afrique. Cela pour différentes raisons : d’abord les distances nord-sud de la Chine étaient plus petites et puis la Chine n’est coupée par aucun désert, comme le sont l’Afrique et le nord du Mexique, ni par un isthme étroit, comme l’est l’Amérique centrale. Au contraire, les longs fleuves est-ouest de la Chine (le fleuve Jaune au nord, le fleuve Bleu au sud) ont facilité la diffusion des cultures et des techniques entre la côte et l’intérieur des terres, tandis que son immense étendue est-ouest et son terrain relativement accessible, qui a permis finalement de rejoindre par des canaux ces deux systèmes fluviaux, ont facilité les échanges nord-sud. Tous ces facteurs géographiques ont contribué à l’unification culturelle et politique précoce de la Chine, tandis que l’Europe occidentale, avec un espace semblable mais un terrain plus accidenté et sans unification par les fleuves, a résisté jusqu’à ce jour à l’unification culturelle et politique.

Certains développements se sont propagés du sud de la Chine vers le nord, en particulier la fonte du fer et la culture du riz. Mais la propagation s’est faite surtout du nord vers le sud. La tendance est on ne peut plus claire en ce qui concerne l’écriture : contrairement à l’Eurasie occidentale, qui a produit de bonne heure pléthore de systèmes d’écriture — le cunéiforme, les hiéroglyphes, le hittite, le minoen et l’alphabet sémitique —, la Chine n’a élaboré qu’un seul système d’écriture bien attesté. Mis au point en Chine du Nord, il s’est propagé jusqu’à préempter ou remplacer tout autre système naissant, puis donner naissance à l’écriture encore employée en Chine aujourd’hui. D’autres traits majeurs des sociétés chinoises du Nord se sont propagés vers le sud, dont la technologie du bronze, les langues sino-tibétaines et la formation de l’État. Les premières dynasties de la Chine — les Xia, les Shang et les Zhou — sont toutes trois nées en Chine du Nord au deuxième millénaire ay. J.-C.

Les écrits du premier millénaire avant notre ère qui nous sont parvenus montrent que les Chinois avaient déjà tendance à cette époque (comme c’est souvent le cas aujourd’hui) à se sentir culturellement supérieurs aux « barbares » non chinois. Les Chinois du Nord avaient même tendance à tenir leurs homologues du Sud pour des barbares. Un auteur de la fin de la dynastie Zhou, au premier millénaire ay. J.-C., décrivait, par exemple, en ces termes les autres peuples de la Chine : « Les peuples de ces cinq régions — les Etats du milieu et les Rong, les Yi et autres tribus sauvages autour d’eux — ont tous eu leurs natures diverses, dont on ne pourrait les faire changer. Les tribus de l’est étaient appelées Yi. Ils portaient les cheveux dénoués et exhibaient des tatouages sur le corps. Certains d’entre eux mangeaient leur nourriture sans la faire cuire. » L’auteur Zhou de décrire ensuite les tribus sauvages du sud, de l’ouest et du nord qui s’abandonnaient à des pratiques également barbares, comme de tourner les pieds en dedans, de se tatouer le front, de porter des peaux, de vivre dans des grottes, de ne pas consommer de céréales et, naturellement, de manger leurs aliments crus.

Les États organisés par celui de la dynastie Zhou, de la Chine du Nord, ou calqués sur lui, se sont propagés en Chine du Sud au cours du premier millénaire ay. J.-C., pour aboutir finalement à l’unification politique de la Chine, sous la dynastie des Qin, en 221 avant notre ère. Son unification culturelle s’accéléra au cours de cette même période, alors que les États chinois civilisés » et lettrés absorbèrent les « barbares » illettrés, à moins qu’ils n’aient été copiés par ceux-ci. Cette unification culturelle fut parfois féroce : par exemple, le premier empereur Qin condamna toutes les chroniques historiques écrites jusque-là ; les jugeant sans valeur, il ordonna qu’elles fussent brûlées, au grand dam de notre compréhension des débuts de l’histoire et de l’écriture chinoises. Ces mesures draconiennes et d’autres ont dû contribuer à l’essor des langues sino-tibétaines de la Chine du Nord à travers la majeure partie du pays et à réduire le miao-yao et les autres familles linguistiques à la distribution fragmentée qu’on leur connaît aujourd’hui.

En Asie de l’Est, les débuts précoces de la Chine dans le domaine de la production alimentaire, de la technologie, de l’écriture et de la formation de l’État ont aussi fortement contribué à l’essor des régions voisines. Jusqu’au quatrième millénaire ay. J.-C., par exemple, la majeure partie de l’Asie du Sud-Est tropicale était encore occupée par des chasseurs-cueilleurs élaborant des outils de pierre appartenant à la tradition hoabinhienne, du nom du site vietnamien de Hoa-Binh. Par la suite, les cultures d’origine chinoise, la technologie néolithique, la vie villageoise et les poteries semblables à celles de la Chine du Sud se sont répandues en Asie du Sud-Est tropicale, probablement accompagnées par les familles linguistiques de la Chine du Sud. L’expansion vers le sud des Birmans, des Laotiens et des Thaïs depuis la Chine du Sud a achevé la sinisation de l’Asie tropicale du Sud-Est. Tous ces peuples modernes sont des rejetons récents de leurs cousins de Chine du Sud.

Ce rouleau compresseur chinois était si écrasant que les anciens peuples du Sud-Est asiatique tropical ont laissé peu de traces dans les populations modernes de la région. Seuls trois groupes de chasseurs-cueilleurs ont survécu : les Négritos Semang de la Malaisie péninsulaire, les habitants des îles Andaman et les Négritos Vedda du Sri Lanka — reliquat qui suggère que les anciens habitants du Sud-Est asiatique tropical avaient peut-être la peau sombre et les cheveux bouclés, comme les Néo-Guinéens modernes et à la différence des Chinois du Sud et des habitants du Sud-Est asiatique moderne à la peau claire et aux cheveux raides qui en sont les rejetons. Ces reliquats de population Négritos de l’Asie du Sud-Est sont peut-être les derniers survivants de la population source à partir de laquelle la Nouvelle-Guinée a été colonisée. Les Négritos Semang ont persisté en tant que chasseurs-cueilleurs, commerçant avec leurs voisins paysans, mais ont emprunté à ceux-ci une langue austroasiatique — un peu comme, nous le verrons, les Négritos des Philippines et les chasseurs-cueilleurs Pygmées d’Afrique ont adopté les langues de leurs partenaires commerciaux voisins. Ce n’est que dans les lointaines îles Andaman que persistent des langues sans rapport avec les familles linguistiques des Chinois du Sud — ultimes survivants linguistiques de, sans doute, plusieurs centaines de langues aborigènes du Sud-Est asiatique aujourd’hui éteintes.

Même la Corée et le Japon ont été fortement influencés par la Chine, bien que leur isolement géographique leur ait évité de perdre leurs langues ou leur singularité physique et génétique, comme le Sud-Est asiatique tropical. La Corée et le Japon adoptèrent le riz de la Chine au cours du deuxième millénaire ay. J.-C., la métallurgie du bronze au premier millénaire avant notre ère et, enfin, l’écriture au premier millénaire apr. J.-C. La Chine transmit aussi le blé et l’orge d’Asie de l’Ouest à la Corée et au Japon.

En décrivant ainsi le rôle séminal de la Chine dans la civilisation est-asiatique, gardons-nous d’exagérer. Il serait inexact de prétendre que tous les progrès culturels d’Asie de l’Est soient venus de la Chine tandis que les Coréens, les Japonais et les populations asiatiques du Sud-Est tropical n’auraient été que des barbares incapables d’inventer. On doit aux Japonais quelques-unes des plus anciennes poteries du monde. De plus, en tant que chasseurs-cueilleurs, ils s’établirent dans des villages vivant des richesses de la mer bien avant l’arrivée de la production alimentaire. Certaines cultures ont été probablement domestiquées d’abord ou indépendamment au Japon, en Corée et en Asie tropicale du Sud-Est.

La Chine n’en a pas moins eu un rôle disproportionné. Par exemple, le prestige de la culture chinoise est encore si grand au Japon et en Corée que le Japon n’a pas songé à se défaire de son système d’écriture d’inspiration chinoise malgré ses inconvénients pour la langue japonaise, tandis que la Corée entreprend aujourd’hui seulement de remplacer son écriture peu maniable dérivée du chinois par son merveilleux alphabet indigène, le han’gul. Cette persistance de l’écriture chinoise au Japon et en Corée est un héritage vivant de la domestication des plantes et des animaux en Chine il y a près de 10 000 ans. C’est grâce aux succès des premiers paysans de l’Est asiatique que la Chine est devenue chinoise et que les populations allant de la Thaïlande à l’île de Pâques sont devenues leurs cousins.

 
 

Que cherche la Chine en investissant autant en Afrique ?

Publié le 13 juillet 2017 à 13h06 — Mis à jour le 13 juillet 2017 à 14h26

Jamais Pékin n’avait investi à ce point sur le continent africain, devenu un véritable laboratoire de ses ambitions internationales. Et l’Afrique apprécie ce partenaire non interventionniste qui lui apporte financements et infrastructures. Système gagnant-gagnant ? Le débat est lancé.

Vieilles de plusieurs siècles, les relations entre la Chine et l’Afrique n’ont jamais été aussi fortes qu’au cours des quinze dernières années. Et le niveau d’engagement de l’empire du Milieu sur le continent a atteint des niveaux inédits. Cette offensive est menée à la fois par les entreprises publiques et privées, les décideurs politiques et les diplomates, et est autant le fruit d’actions spontanées que d’une stratégie bien orchestrée par Pékin.

Tous les investisseurs internationaux voient en l’Afrique un important réservoir de minerais et sont attirés par le pétrole angolais et nigérian, par le cuivre de la RD Congo et de la Zambie ou encore par l’uranium namibien. Mais les Européens et les Américains la perçoivent également comme une inquiétante source d’instabilité, de migration et de terrorisme, tandis que la Chine préfère se concentrer sur ses opportunités.

Récemment, les entreprises de l’empire du Milieu ont réussi à sécuriser leur accès au cobalt, crucial pour la production des batteries de voitures électriques, en rachetant à coups de milliards de dollars des parts dans les mines de la RD Congo, premier producteur mondial.

Un investissement qui va au-delà des matières premières

Ce qui l’attire en Afrique, c’est aussi le marché de consommateurs qu’elle constitue pour ses manufacturiers et ses entreprises de construction

Mais cet intérêt pour le continent va au-delà des matières premières. D’ailleurs, les États-Unis investissent dans l’exploitation minière beaucoup plus que la Chine (66 % du total des investissements pour les premiers, contre 28 % pour la seconde). Ce qui attire celle-ci en Afrique, c’est aussi le marché de consommateurs qu’elle constitue pour ses manufacturiers et ses entreprises de construction.

Un pays en est la parfaite illustration : l’Éthiopie. Affichant une croissance soutenue depuis près d’une décennie, comptant plus de 100 millions d’habitants – soit la deuxième plus importante population du continent derrière le Nigeria – et stratégiquement située dans la Corne de l’Afrique, elle est devenue l’une des destinations phares des investissements chinois, malgré sa pauvreté en ressources naturelles.

Depuis 2000, elle a été la deuxième plus grande bénéficiaire des prêts chinois en Afrique, recevant des financements pour la construction de barrages, de routes, de chemins de fer et d’usines de manufacture pour plus de 12,3 milliards de dollars, selon les chercheurs de l’université Johns-Hopkins. Cela correspond à plus du double du montant prêté au Soudan, producteur de pétrole, et à la RD Congo, dont le sous-sol regorge de minerais.

Un intérêt diplomatique

Par ailleurs, et c’est peut-être l’aspect le moins bien compris, l’Afrique offre à la Chine un très bon moyen d’étendre son influence géopolitique. « Avoir de bonnes relations avec les 54 pays africains est très important pour la Chine », explique Jing Gu, directrice du Centre pour les puissances émergentes et le développement global à l’université du Sussex, soulignant qu’elle entretient par ailleurs des rapports très tendus avec ses voisins, de Tokyo à Hanoï.

La Chine a utilisé le continent comme une sorte de laboratoire pour ses ambitions internationales croissantes

Pékin compte aujourd’hui 52 missions diplomatiques dans les capitales africaines, contre 49 pour Washington, et est le membre du Conseil de sécurité des Nations unies qui dispose du plus grand nombre de Casques bleus sur le continent, soit plus de 2 000, au Congo, au Liberia, au Mali, au Soudan et au Soudan du Sud.

Selon Jing Gu, spécialiste des questions de développement et consultante pour plusieurs institutions internationales, dont la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, la Chine a utilisé le continent comme une sorte de laboratoire pour ses ambitions internationales croissantes. Et la nature multidimensionnelle de son approche n’est souvent pas reconnue, qu’il s’agisse de ses participations aux opérations de maintien de la paix ou à la construction de routes, de ports et de chemins de fer, destinés à relier le monde en développement à l’empire du Milieu via une nouvelle route de la soie.

Howard French, l’auteur du livre China’s Second Continent, qui retrace l’expérience d’environ 1 million d’entrepreneurs chinois partis s’installer sur le continent, partage cette analyse : « L’Afrique a été un atelier de nouvelles idées qui sont maintenant devenues de grands atouts stratégiques. »

Quelques chiffres l’illustrent : en 2000, le commerce sino-africain était estimé à 10 milliards de dollars, selon la Johns Hopkins School of Advanced International Studies, à Washington. En 2014, il a atteint 220 milliards de dollars, avant de connaître une baisse liée à la chute des prix des matières premières. La Chine contribue à environ un sixième du total des prêts accordés à l’Afrique, selon une étude du John L. Thornton China Center à la Brookings Institution.

Pour beaucoup, la démarche de Pékin s’apparente à un système néocolonialiste dans lequel les entreprises qui extraient des minerais en échange d’infrastructures et de financements de projets agissent comme des intermédiaires pour le gouvernement chinois.

Un avantage pour l’Afrique

Les pays africains ont besoin de commerce et d’investissement. Peu importe d’où cela vient – de Chine, d’Inde, de Turquie, de Russie, du Brésil

Il n’empêche que, d’un point de vue africain, bien qu’il comporte de nombreux risques, le partenariat avec la Chine apporte des avantages tangibles en matière de financement et d’infrastructures.

Et, plus important encore, il offre un choix bienvenu aux gouvernements africains, qui ont développé durant des décennies des relations souvent improductives avec les bailleurs de fonds internationaux. Même si ces derniers ont apporté des milliards de dollars en aide, ils ont également aussi imposé, dans les années 1980 et 1990, des réformes inspirées du consensus de Washington, qui ont été destructrices pour les économies africaines.

« La relation entre les donateurs et les bénéficiaires a considérablement changé avec l’arrivée de la Chine », soutient Dambisa Moyo, économiste zambienne et auteur du livre Dead Aid, publié en 2009 et mettant en cause les liens de l’Afrique avec l’Europe et les États-Unis fondés sur l’aide.

Attractivité de la politique non-interventionniste

« Les pays africains ont besoin de commerce et d’investissement. Peu importe d’où cela vient – de Chine, d’Inde, de Turquie, de Russie, du Brésil –, c’est toujours une bonne nouvelle d’avoir de nouveaux partenaires », ajoute-t-elle. Pour Jeffrey Sachs, le directeur de l’Earth Institute à l’université Columbia, l’enthousiasme de la Chine en Afrique représente même « la plus importante source de développement pour le continent de notre génération ».

Un sondage réalisé par Afrobarometer en 2016 dans 36 pays du continent a montré que, pour 63 % des Africains, l’influence chinoise a été « plutôt » ou « très » positive

De même, la politique officielle non interventionniste de la Chine la rend encore plus attractive pour les dirigeants africains, dont ceux de l’Angola et du Zimbabwe, qui disent en avoir assez de l’attitude de « donneurs de leçons » des anciennes puissances coloniales en matière de droits de l’homme et de démocratie.

À travers le continent, les populations et les décideurs politiques partagent ce sentiment. Un sondage réalisé par Afrobarometer en 2016 dans 36 pays du continent a montré que, pour 63 % des Africains, l’influence chinoise a été « plutôt » ou « très » positive. Et 24 % des personnes interrogées pensent que la Chine présente le meilleur modèle de développement pour l’Afrique, juste derrière les États-Unis, avec 30 % d’avis favorables.

La menace de la dette

C’est toujours la même histoire : la Chine conquiert l’Afrique, mais quel profit en tire l’Afrique ?

Mais un sentiment de malaise persiste à propos de son importance grandissante. « Je pense que les Chinois savent ce qu’ils veulent alors que les Africains, eux, ne le savent pas, estime PLO Lumumba, le directeur de la Kenya School of Law. La Chine veut gagner de l’influence, elle veut être une puissance mondiale ».

Selon lui, les gouvernements africains contractent tellement de dette envers la Chine qu’ils mettent en gage leur indépendance politique et économique. Godfrey Mwampembwa, caricaturiste connu dans toute l’Afrique sous le nom de « Gado », partage la même analyse : « C’est toujours la même histoire : la Chine conquiert l’Afrique, mais quel profit en tire l’Afrique ? » Dans l’un de ses dessins, il représente les leaders africains en lilliputiens secouant leurs mains devant un énorme visage chinois. Avec ce texte : « Nous sommes des partenaires égaux. »

Le Kenya a bénéficié de l’aide chinoise – pour un montant évalué à plusieurs milliards de dollars – ainsi que de leur expertise en ingénierie afin d’améliorer ses infrastructures. Mais dans une interview accordée récemment au Financial Times, le président Uhuru Kenyatta a exprimé son inquiétude au sujet du déficit commercial de l’Afrique face à la Chine.

Il estime cependant que Pékin « commence à comprendre que, pour qu’une stratégie gagnant-gagnant fonctionne, la Chine doit s’ouvrir à l’Afrique comme l’Afrique s’ouvre à elle ». De même, le sentiment des Africains à l’égard des Chinois a évolué.

D’après Howard French, même s’ils ont globalement un a priori positif, l’enthousiasme d’antan a fait place à une certaine réserve. Si les infrastructures sont bien accueillies, l’opinion publique insiste sur la nécessité d’exiger des entreprises chinoises qu’elles emploient plus de main-d’œuvre locale et qu’elle la traite bien.

Selon cet expert, les populations s’indignent également de voir le coût des projets augmenter pour permettre à certains de leurs gouvernements de bénéficier de rétrocommissions. Des soupçons qui pèsent actuellement sur le projet ferroviaire Mombasa-Nairobi, d’un montant de 4 milliards de dollars, inauguré au mois de juin 2017.

Une récente prise en compte de la société civile

Les entreprises chinoises sont aujourd’hui conscientes du problème. Il y a une décennie, elles estimaient que leurs relations avec les gouvernements suffisaient. Désormais, elles comprennent qu’il est indispensable d’échanger avec la société civile et les ONG internationales sur les questions environnementales ou sur le transfert de technologies. Un nombre croissant de ces sociétés communiquent sur la transmission de leur savoir-faire aux Africains.

Par exemple, le géant des télécoms Huawei, qui réalise 15 % de ses revenus sur le continent, forme chaque année 12 000 étudiants en télécommunications dans des centres en Angola, au Congo, en Égypte, au Kenya, au Maroc, au Nigeria et en Afrique du Sud. Selon les chercheurs de Johns-Hopkins, 80 % des employés des projets chinois en Afrique sont des locaux, même si beaucoup d’entre eux occupent les postes à faible niveau de compétence. « Les Chinois ont rapidement progressé, reconnaît Howard French. Ils sont maintenant devenus des joueurs sophistiqués. »

Selon Jing Gu, il est important pour la Chine que sa relation avec l’Afrique apparaisse comme mutuellement bénéfique. « Elle poursuit activement une stratégie d’industrialisation. Au cours des dix prochaines années, elle espère relocaliser sa production manufacturière sur le continent », explique-t-elle.

Selon notre consultante, il est vital que les gouvernements africains reprennent le contrôle de leurs relations avec leurs partenaires étrangers, qu’il s’agisse de l’Occident ou de la Chine. Ce qui signifie établir des priorités, insister sur le transfert des connaissances et négocier selon leurs propres conditions. « Les Africains doivent être clairs et déterminer qui joue quel rôle. C’est à eux de décider, et non pas aux étrangers. »

© Financial Times et Jeune Afrique 2017


Peut mieux faire

Dans un rapport publié le 28 juin, McKinsey prédit un bel avenir aux relations sino-africaines. Le cabinet international de conseil avance deux scénarios. Le premier : si les investissements chinois sur le continent se poursuivent sur le même rythme, les groupes de l’empire du Milieu verront leurs recettes africaines passer de 180 milliards de dollars aujourd’hui à 250 milliards en 2025.

Le second : d’après McKinsey, les entreprises chinoises peuvent significativement accroître leurs activités africaines, que ce soit dans les secteurs qu’elles occupent prioritairement aujourd’hui – les mines et les infrastructures – ou dans d’autres domaines tels que l’agriculture, la bancassurance, les télécoms, les transports et la logistique. Dans ce dernier cas, leurs revenus pourraient atteindre 440 milliards de dollars en 2025


La Chine-Afrique s’invite à Marrakech

Plus de 400 décideurs chinois et africains de haut niveau sont attendus les 27 et 28 novembre à Marrakech dans le cadre de la 2e édition du China-Africa Investment Forum (CAIF).

Au cœur des discussions de cet événement coorganisé par le ministère marocain de l’Industrie et de l’Investissement, Jeune Afrique Media Group et BOAO Business Consulting : les implications financières de la nouvelle route de la soie pour les économies africaines, les solutions à privilégier pour tirer profit de cette nouvelle dynamique et faire du continent une véritable plateforme industrielle

 
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Publié par le juillet 14, 2017 dans Afrique, Asie, Chine, Economie, INTERNATIONAL

 

Le lettré chinois est un chamane, par Christian Fauré

Christian Fauré

Hypomnemata : supports de mémoire

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Jee suis l’exact contraire de Marianne, les langues ne sont pas pour moi un moyen de communication et je déteste parler une autre langue que la langue française, mais en revanche les langues peuvent devenir objet d’étude, compréhension d’une civilisation et je privilégie les « langues mortes », la traduction, l’écriture. Je serais encore en train d’étudier le chinois si l’on ne s’était obstiné à vouloir que je le parle. En revanche, je me souviens avec délice des cours de civilisation et parmi eux un cours sur l’écriture chinoise sur les carapaces de tortue, pratique divinatoire. Ce texte, cette interprétation me ravit (note de Danielle Bleitrach)

 

by CHRISTIAN on 9 JUILLET, 2013

Il est toujours délicat de parler de “lettrés” chinois quand on sait qu’il n’y a précisément pas de lettres dans l’écriture chinoise.

Aussi, tous les éclairages que produit Sylvain Auroux dans “La révolution technologique de la grammatisation”, quand il met en lumière le processus de constitution des grammaires et des vocabulaires de la langue qui s’écrit en spatialisant la parole grâce au découpage des mots en une suite finie de lettres – ces processus de grammatisation qui sur-déterminent largement notre philosophie et nos modes de pensées – tous ces éclairages donc, deviennent “lettre morte” quand on porte notre regard vers l’empire du milieu.

Si la culture chinoise diverge autant de notre culture occidentale c’est très certainement dans le rapport à l’écriture et c’est donc à partir de sa spécificité qu’il faut poser le problème. L’écriture idéographique est donc le marqueur qu’il faut éclairer si l’on veut saisir ce qui se joue dans cette autre visage de l’écriture qui produit d’autres mode de pensée.

Qui sont donc les “lettrés” chinois que l’on n’arrive pas à nommer à partir de nos catégories issues de la grammatisation occidentale ?

Léon Vandermeersch propose une analyse stimulante de cette question dans son dernier ouvrage, “Les deux raisons de la pensée chinoise”, sous-titré “Divination et idéographie”.

Sa thèse est la suivante : l’écriture idéogrammatique chinoise se distingue non seulement de l’écriture alphabétique mais également de toute autre forme d’écriture idéogrammatique (par exemple les hiéroglyphes) en cela qu’elle a été inventée sous le règne de Wu Ding (13° siècle av. JC) non pas pour noter des énoncés de la langue parlée mais pour noter des protocoles d’opération de divination.

Pour Léon Vandermeersch, l’origine et la spécificité de l’écriture chinoise réside dans le fait qu’elle invente des inscriptions d’équations divinatoires. Ce n’est que bien plus tard, au VIII° siècle de notre ère, que l’écriture chinoise, au travers diverses transformations que nous pourrions qualifier d’idéographisation en écho à la grammatisation, s’est généralisée comme une pratique d’écriture qui retranscrit la parole.

La différence entre idéogramme chinois et écriture alphabétique occidentale repose in fine sur la différence entre la spéculation manticologique chinoise et la théologie occidentale : culture du chamane d’un côté versus culture du prêtre et du clerc de l’autre.

D’ailleurs, dans une note de son introduction, Léon Vandermeersch rappelle que:

“ “lettré” en chinois se dit “ru”, étymologiquement “faiseur de pluie” ; or la danse chamanique a survécu comme danse pour faire tomber la pluie. “

Sur la base de cette thèse, l’auteur se demande ce que la Chine contemporaine va faire de son nouveau statut de puissance majeure mondiale, et notamment si elle va redécouvrir la fécondité de sa propre culture basée sur une raison chamanique ou “manticologique” au lieu de la raison théologique occidentale.

 
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Publié par le juillet 13, 2017 dans Chine, civilisation, INTERNATIONAL, THEORIE

 

Le G20 de Hambourg et ses leçons sur le monde multipolaire…

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Si le Etats-Unis ont manifesté un certain isolement, le pays a de beaux restes et ce n’est pas l’avorton européen qui sera capable de prendre le relais comme cela avait été imprudemment annoncé par nos médias, avec bien sûr au centre de leur flagornerie, le nouveau président français. Les Etats-Unis sont incapables d’assumer leur leadership mais personne n’est en mesure de les remplacer et un monde nouveau est en train de naître, le danger comme disait Marlowe de la Renaissance c’est qu’il risque « d’accoucher comme une truie dans le sang ». La négociation est indispensable.

Une rencontre a été au centre de ce G20, celle entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Prévue depuis plusieurs jours, cette rencontre bilatérale, la première entre les deux hommes, devait  durer une trentaine de minutes. Les discussions se sont poursuivies pendant deux heures et quart dans un climat défini comme chaleureux. La réunion se tenait en format restreint, en présence seulement du ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, et de son homologue américain, Rex Tillerson. Elle était destinée à remettre sur les rails une relation tendue depuis six mois.

Donald Trump et Vladimir Poutine ont discuté de la Syrie, de lutte antiterroriste et de cybersécurité, a précisé le président russe à l’issue de la rencontre, sans donner plus de détails. Ils se seraient aussi accordés sur un cessez-le-feu dans le sud-ouest de la Syrie, qui devrait entrer en vigueur dimanche à la mi-journée. Dans cette zone, autour de la ville de Deraa, des forces du régime appuyées par les Russes et les Iraniens affrontent des combattants de l »a rébellion modérée »(sic), aidée par des conseillers américains, donc c’est un lieu hypersensible dans une confrontation potentielle.

Apparemment Trump a obtenu là un avantage incontestable, mais  il s’agit d’une situation temporaire. Trump paraît obtenir une partition de fait de la Syrie avec des zones d’autonomie. Mais il n’est  plus question de voir Bachar El assad évacué,  les Russes mais aussi les iraniens et les Chiites ont obtenu ce qu’ils voulaient .La question kurde n’est pas résolue mais elle a avancé. Pourtant cette reconnaissance kurde imposée par les armes aboutit à  renforcer les liens entre la Russie et la Turquie  . Cette dernière si elle veut bloquer l’autonomie kurde va devoir opérer un changement de stratégie et se ranger toujours plus aux côtés des Russes pour limiter la partition de la Syrie. Il faut bien mesurer que sur ce plan la victoire russe ne se limite pas à la Syrie, elle concerne tout autant l’Asie centrale où une alliance de fait entre Chine, Russie et Turquie est en train de se mettre en place(2)

Cette rencontre, qui  a jeté les bases d’une coopération à venir entre les Etats-Unis et la Russie. D’abord sur la Syrie. On peut dire que ça a été la débâcle intégrale de la politique française telle qu’elle a été menée par Hollande et ses catastrophiques ministres des affaires étrangères. La stratégie française de ces dernières années, celle complaisamment relayée par nos médias est en pleine déroute. Non seulement la diabolisation de Vladimir Poutine, la politique des sanctions et une Europe dominée à la fois par les volontés otanesques des Etats-Unis et l’avancée vers l’est de l’Allemagne est désormais confrontée à ce changement des Etats-Unis appelant à une relation constructive avec la Russie sur la Syrie mais dans d’autres domaines et laz publicité autour d’un accord sur cybercriminalité ne doit pas nous masquer d’autres ententes. .

La relation constructive entre la Russie et les Etats-Unis porte aussi et surtout sur les relations commerciales et ce qui peut les entraver, la dénonciation des pratiques illégitimes et les barrières tarifaires pour s’en protéger chères à Trump et les sanctions tout aussi illégitimes qui frappent la Russie. .

Il faut tout le ridicule de la presse française pour avoir tenté de faire de Macron un vainqueur.  D’abord parce que notre président au plan international porte le poids du quinquennat précédent et apparaît comme le résultat de l’ultime manoeuvre du très décrié François Hollande. A ce titre les images sont cruelles, la tentative de Macron de se glisser dans la photo aux côtés des grands  n’est que l’illustration de cette défaite néo-libérale de l’Europe, son bellicisme, autant que celle des accords de Paris. Ces accords sont  considérés comme une des grandes victoires du quinquennat Hollande. Le refus de les assumer aurait-ils isolé Trump qui refuse de les respecter?  Oui et l’attitude des Etats-Unis tranche sur celle vertueuse de la Chine, mais en fait ces accords de paris apparaissent aussi dans leurs limites, leur aspect de fait non contraignant autant que la part belle qui est faite aux « solutions » qui s’accommodent avec les profits des multinationales(3),et laissent se dégrader toujours plus les pays pauvres. Les accords de paris par rapport à un véritable plan de lutte contre les dégradations de la planète sont bien caractéristiques de la politique de Hollande et il n’y a pas eu ni dans ce domaine, ni dans d’autres la moindre volonté du changement en profondeur, la moindre remis en cause du pillage de la planète et de la raréfication de ses ressources en matière d’eau par exemple. tant que ces rapports ne seront pas remis en cause l’isolement de Trump et la vertu d’un Macron flanqué d’un Hulot sera aussi crédible que celle de sa capacité à défendre les salariés face aux diktats néolibéraux de l’Europe.

ce qui fait la force d’un Trump c’est cette adhésion au profit comme vecteur de toute politique et ses foucades à partir du moment où elles revendiquent la souveraineté et l’emploi apparaîtront comme plus réalistes que toutes les proclamations non suivies d’effet. Mais le vrai problème pour les Etats-Unis comme d’ailleurs pour le reste du monde est qu’il n’y a pas de solution de rechange à cette chute de l’empire américain. Dans une certaine mesure le cas Macron est aussi une illustration de cette absence d’alternative.

Et l’Europe dans tout ça  ?

Si les Etats-Unis sont désormais obligé de compter avec la Chine, la Russie, ce qui avait été annoncé à savoir la reprise du flambeau de l’hégémonie occidentale par l’Europe autour du couple franco-allemand a été battu en brèche, les souverainistes auront beau jeu de proclamer non sans raison que ce G20 annonce un monde multipolaire basé sur la souveraineté des Etats, parce que chacune de ces trois puissances s’est moins appuyée sur une volonté d’hégémonie mondiale impliquée par la mondialisation impérialiste que sur les intérêts nationaux de puissances confrontées à de multiples formes de la crise. A ce titre l’Europe montre une fois de plus sa faillite politique autant qu’économique. La seule interrogation porte sur la capacité d’imposer le changement nécessaire en économisant la violence déjà portée à un tel niveau de fait. C’était la caricature dans les rues de Hambourg et sa police débordée.

Danielle Bleitrach

 

Notes

(1) Depuis 1994 exactement où dans les Etats-Unis de mal empire (aden editeur) j’annonçais dans la partie du livre que j’avais écrite non seulement l’émergence de ce monde multipolaire mais le rôle joué dans son apparition par la CHine et la possibilité de rapports sud-sud. Ce qui semble avoir été battu en brêche c’est la solution progressiste représentée par l’Amérique latine bolivarienne, encore que la Chine s’affirme ostensiblement comme le défenseur de ces rapports sud-sud et avec la Russie défendent les souverainetés et les solutions diplomatiques régionales.

(1) Il ya au centre des préoccupations entre la Chine, la Russie et les Etats-Unis la question de la Corée du nord, mais il y a aussi l’Asie centrale Il est clair que le dialogue noué à Astana autour de la solution syrienne apparemment n’a pas abouti mais l’enjeu était ailleurs en particulier l’intégration de la Turquie au destin de l’Asie centralen et là dessus les résultats sont là. : https://histoireetsociete.wordpress.com/2017/07/11/kazakhstan-derriere-les-feux-des-projecteurs-la-realite-par-mariusz-kluzniak/#respond

(2) La nomination de Nicolas Hulot, la « prise de guerre » qu’il constitue se heurte à la réalité de cette domination et sa controverse avec le ministre de l’agriculture, la mise en évidence de ses propres liens avec ces trusts, à peine compensée par des déclarations pour le moins hasardeuse sur la fermeture des centrales nucléaires (sans la moindre référence comme toujours aux armes nucléaires), démontre si besoin était les limites de cette « écologie » . Si la situation continue à s’accélérer dans ce domaine comme celui d’ailleurs des liens de la politique de santé avec les trusts pharmaceutiques et les sociétés d’assurance, il est probable que Nicolas Hulot sera presque aussi vite déconsidéré qu’un Vincent Placé. sans parler de la nomination in extremis de Segolen Royale comme ambassadrice auprès des pingouins. On peut dire que tout a été fait par ces gens là pour déconsidérer l’écologie pour ampêcher aussi une politique de paix et de développement.

 

 

Poutine et Xi, Message à Trump: le monde unipolaire américain c’est terminé

 Voici quelques années où il est question  d’une alliance stratégique entre la Russie et la Chine, mais les commentaires ont tendance également à en montrer les limites. Cependant la situation en Corée, l’attitude de Trump ont incontestablement accéléré cette union et cet article correspond à la conclusion qu’en tire la presse russe et chinoise, la rencontre avant le sommet du G20 entre les deux présidents a véritablement débouché sur une attitude commune. (note et traduction de Danielle Bleitrach pour Histoire et société) 

Finian Cunningham (né en 1963) a beaucoup écrit sur les affaires internationales, avec des articles publiés en plusieurs langues. Originaire de Belfast, en Irlande, il est diplômé en chimie agricole et a travaillé comme rédacteur scientifique pour la Royal Society of Chemistry, Cambridge, en Angleterre, avant de poursuivre une carrière dans le journalisme. Depuis plus de 20 ans, il a travaillé comme éditeur et écrivain dans les principaux organismes de presse, dont The Mirror, Irish Times et Independent. Maintenant, journaliste indépendant basé en Afrique de l’Est, ses articles sont repris par  RT, Sputnik, Strategic Culture Foundation et Press TV.
  publié 5 juil., 2017 14:39
Poutine, message Xi à Trump: le monde unipolaire américain est terminé
La stratégie américaine a consisté à isoler la Russie à l’échelle internationale. Évidemment, c’est Washington qui devient de plus en plus isolé sur la scène mondiale. Cette semaine, à la veille du sommet du G20 en Allemagne, l’inversion des  positions favorables ne pouvait pas être plus flagrante.

Alors que la Corée du Nord défiait ouvertement Washington avec un test de missile balistique révolutionnaire, et le président américain Donald Trump était impliqué dans ses relations sexuelles juvéniles habituelles, la Russie et les dirigeants de la Chine ont fièrement consolidé leur alliance stratégique pour un nouvel ordre mondial multipolaire.

Les médias occidentaux ne le reconnaîtront pas pour autant, mais la réunion cette semaine à Moscou entre Poutine et Xi Jinping était d’une importance historique. Nous assistons à une transition mondiale du pouvoir. Et pour le bien commun.

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue chinois Xi Jinping s’accordent sur le sens profond et apparent du respect mutuel et sur la sagesse face aux défis politiques auxquels est confronté le monde d’aujourd’hui. Les deux dirigeants se sont réunis à plus de 20 reprises au cours des quatre dernières années. Le président Xi a mentionné la Russie comme l’allié le plus important de la Chine et a déclaré que, dans un monde en crise, l’amitié entre les deux pays était une source de stabilité compensatoire.

Sur les dernières nouvelles de test de son premier missile balistique intercontinental (ICBM) en Corée du Nord, Poutine et Xi ont appelé au calme. En revanche, le président américain Trump a pris à Twitter pour railler Kim Jong-Un. « Est-ce que ce mec n’a rien de mieux à faire de sa vie? » A déclaré Trump avec des mots qui pourraient s’appliquer plus pertinemment au président américain.

Ensuite, les États-Unis et leur allié en Corée du Sud ont également lancé leurs missiles balistiques dans un exercice militaire visant à montrer leur force à Pyongyang. Kim Jung-Un a répondu que l’ICBM était un «cadeau pour les bâtards américains» durant leurs vacances de quatre jours autour de la  journée de l’indépendance de juillet et qu’il y aurait plus de cadeaux

Plutôt que les tensions croissantes, Poutine et Xi ont avancé la proposition éminemment raisonnable selon laquelle la Corée du Nord devrait geler ses tests de missiles et les États-Unis devraient également arrêter leurs exercices militaires sur la péninsule coréenne. Toutes les parties doivent se réunir dans des négociations avec un engagement en matière de non-violence et sans conditions préalables pour s’efforcer d’un règlement global du différend décennal.

Le contraste entre la réponse digne, intelligente de Poutine et Xi avec celle exhubérante de Trump est une preuve évidente que la Russie et la Chine exercent un  leadership mondial réel, alors que les Américains ne sont qu’une partie du problème.

Mais le drame coréen n’a été qu’une illustration cette semaine de la façon dont les ambitions américaines de la domination unipolaire sont devenues redondantes.

L’acccueil avant le  sommet du G20 Xi à Moscou par Poutine a été suivi par une visite d’Etat du président chinois en Allemagne mercredi deux jours avant le rassemblement à Hambourg. Xi et la chancelière allemande Angela Merkel auraient signé de nouveaux accords commerciaux entre les deux principales économies d’exportation au monde.

« Les relations entre la Chine et l’Allemagne sont à leur meilleur niveau  historique », a déclaré Michael Clauss, l’ambassadeur d’Allemagne à Pékin. « La dynamique économique et politique du point de vue allemand se dirige vers l’est ».

De l’importance également, cette semaine, du fait que l’Union européenne se prépare à finaliser un important pacte commercial avec le Japon.

Il est également important que le Premier ministre du Japon, Shinzo Abe, demande à la Chine et à la Russie d’aider à la médiation de la crise coréenne immédiatement après le lancement du test ICMB de Pyongyang.

Évidemment, le Japon, malgré qu’il soit un allié de Washington, se tourne vers une solution multilatérale proposée par Moscou et Pékin.

De multiples façons, par conséquent, que ce soit en matière de sécurité, de commerce et d’économie, le monde semble se déplacer inexorablement vers un mode  multipolaire comme la réponse la plus appropriée aux défis.

Pas du point de vue américain, surtout sous la direction de Donald Trump. Toutes les nations semblent ne plus être qu’un repose-pieds pour les Américains «exceptionnels» qui se sentent autorisés à faire preuve d’empêchement et d’imposer à tous les autres ce qu’ils veulent.

L’isolement de l’Amérique dans le monde a été aperçue au sommet du G7 plus tôt cette année en mai, lorsque les autres nations divergèrent de Trump sur sa décision maladroite de retirer les États-Unis de l’accord climatique mondial. Deux mois plus tard, l’isolement de Washington est encore plus marqué sur la scène mondiale alors que les dirigeants du G20 se réunissent à Hambourg ce week-end.

Un titre de Bloomberg News l’a expliqué succinctement: «Trump risque d’unir les alliés et les ennemis de la guerre froide contre lui».

La politique de Trump en faveur de «l’Amérique d’abord» par le biais du protectionnisme commercial et son unilatéralisme étroit vis-à-vis des questions de sécurité mondiale ont placé l’Amérique sur un jeu à part en ce qui concerne le reste du monde.

Où est le «joueur d’équipe» américain , le «leader du monde libre» supposé ? Toutes les vertus autoproclamées sont vues pour ce qu’elles ont toujours été: un bombardement exagéré, prétentieux et belliciste.

L’Amérique n’est considérée que comme un géant égoïste. Ses déséquilibres commerciaux avec le reste du monde ne sont pas liées à des «transactions pourries»,  comme Trump l’affirmait, mais plutôt parce que l’économie américaine s’est ruinée au fil des décennies. L’élimination des emplois par les sociétés américaines et l’éviscération des travailleurs américains avec des salaires de pauvreté en font partie.

Lorsque l’Amérique parle maintenant du maintien du droit international et de la sécurité, le reste du monde se moque d’elle avec une ironie amère. Les guerres à travers le Moyen-Orient et le parrainage du terrorisme sont en grande partie des produits américains d’intrigues de changement de régime criminel. Qui est ce remue méninge menteur à Washington?

Le même remue méninge menteur qui a dégusté un « beau gâteau au chocolat » avec le président de la Chine dans une station balnéaire en Floride, puis procède à des sanctions contre la Chine et fait des incursions militaires provocatrices sur son territoire. Ce n’est pas seulement Trump. C’est l’ensemble du leadership politique américain. La classe dirigeante américaine est devenue si aveuglée par l’héroïne qu’il ne peut même pas voir comment le monde qu’il prétend dominer est en train de lui fermer la porte au nez et de s’enfuir.

Washington n’a pas de réponse pour les défis mondiaux d’aujourd’hui. Parce que tout simplement, Washington est la source de nombreux problèmes d’aujourd’hui. Il n’a même pas la modestie de reconnaître sa responsabilité. La seule chose dont les États-Unis semblent capables est de rendre les problèmes actuels encore pires. La crise coréenne est une leçon de choses en la matière..

Les présidents Poutine et Xi ne cherchent pas à usurper la domination mondiale, ce que Washington tente de nous faire croire. C’est seulement pour Washington, qu’une vision d’un ordre mondial multipolaire et plus démocratique est considérée comme menaçante et sinistre. C’est parce que les ambitions américaines de la «domination du spectre complet» unipolaire sont réellement menaçantes et sinistres.

Le monde peut être reconnaissant, il a des leaders authentiques comme Poutine et à Xi qui tentent de créer un ordre global multipolaire. Heureusement, l’alliance stratégique entre la Russie et la Chine est soutenue par une formidable capacité militaire. Les exercices maritimes communs effectués ce mois-ci dans la mer Baltique sont une police d’assurance vitale pour soutenir ce que Moscou et Pékin sont de plus en plus audacieux à dire aux Américains.

Ce message, comme Poutine et Xi ont effectivement donné à Trump cette semaine, est que les ambitions américaines de la domination mondiale ne sont plus acceptables et ne sont plus tenables. Les jours d’intimidation du monde avec son hypocrisie morale et son agression militaire sont terminés.

Les énoncés, opinions et opinions exprimés dans cette colonne sont uniquement ceux de l’auteur et ne représentent pas nécessairement ceux de RT.

 

La Longue Marche, un jalon historique incontournable

 La Chine n’oublie pas son histoire et plonge dans ses racines la force des défis actuels. (note de Danielle Bleitrach)

 2017-03-13      Texte de Li Xia

 

Le 23 septembre 2016, le président chinois Xi Jinping et d’autres hauts responsables de l’État, y compris Yu Zhengsheng, Liu Yunshan, Wang Qishan et Zhang Gaoli, visitent une exposition qui marque le 80e anniversaire de la fin de la Longue Marche au Musée militaire de la révolution populaire chinoise de Beijing. Crédits photo : Lan Hongguang / Xinhua

Il y a 80 ans, l’Armée rouge des ouvriers et des paysans chinois est arrivée à sa destination dans la province du Shaanxi, après avoir parcouru 12 500 kilomètres. La manœuvre militaire menée par l’armée sous la direction du Parti communiste chinois (PCC) d’octobre 1934 à octobre 1936 sera appelée la Longue Marche.

Le PCC et son armée se sont mis en marche vers l’ouest et ont ensuite viré vers le nord, endurant des difficultés et des souffrances inimaginables ; manquant de nourriture, ils ont subsisté en mangeant des racines et l’écorce des arbres. Beaucoup portaient des chaussures de paille et avaient à peine de quoi se couvrir durant l’hiver glacial. Ils ont traversé plus de vingt montagnes enneigées, endurant le manque d’oxygène dans des endroits que peu avaient bravé à des altitudes de plus de 4 000 mètres. De tous les marais qu’a traversés l’armée rouge, celui de Songpan sur le plateau oriental du Qinghai-Tibet était le plus dangereux. D’une superficie de 15 200 kilomètres carrés, il comprend de nombreux étangs boueux et tranchées.

 

Le 24 septembre 2016, Wang Tianbao (à gauche), ancien conseiller des Forces aériennes de Chine, examine un morceau de chaîne de fer lors d’une exposition marquant le 80e anniversaire de la fin de la Longue Marche au Musée militaire de la révolution populaire chinoise de Beijing. Crédits photo : Par Yin Gang / Xinhua

 

 

« J’avais de plus en plus de mal à respirer au fur et à mesure que l’oxygène se raréfiait, j’étais à peine capable de parler », s’est rappelé un des anciens dirigeants du PCC aujourd’hui décédé, Dong Biwu, en évoquant la traversée d’un pic enneigé pendant la Longue Marche. « Il faisait si froid que la vapeur que j’exhalais se figeait aussitôt, mes mains et mes lèvres étaient pourpres. Certaines personnes et têtes de bétail ont glissé dans la rivière glacée et ont disparu à jamais. Ceux qui se sont assis pour se reposer ont été rapidement engourdis par le froid. »

En plus de ces conditions naturelles rudes, l’armée rouge était assiégée par les forces du Kuomintang. Le récit de l’Armée rouge prenant le pont de Luding témoigne de l’ardeur des batailles. Pour arrêter la progression de l’armée rouge, les troupes du Kuomintang ont retiré les planches du pont suspendu sur la rivière Dadu, ne laissant que 13 chaînes de fer. Finalement, 22 soldats de l’Armée rouge ont risqué leur vie pour capturer le pont après une lutte féroce. La Longue Marche est un miracle de l’histoire humaine et une épopée glorieuse écrite par le PCC et l’Armée rouge.

 

Une unité de la Première armée du front de l’Armée rouge des ouvriers et des paysans chinois pose pour une photo après son arrivée dans le nord de la province du Shaanxi. En octobre 1935, la Première armée du front a achevé la Longue Marche après avoir rompu les sièges orchestrés par les troupes du Kuomintang et vaincu diverses barrières naturelles. CFB

 

 

Après avoir mené avec succès l’Armée rouge dans le nord du Shaanxi, où le soutien du peuple était fort, le PCC a vaincu les envahisseurs japonais et le Kuomintang et a fondé la République populaire de Chine en 1949. La Longue Marche a jeté des bases importantes pour cette victoire.

Après sa fondation en 1921, le PCC s’est d’abord allié au Kuomintang pour lancer la Grande Révolution visant à renverser les seigneurs de la guerre féodaux. La révolution s’est soldée par un échec, tout comme la coopération entre le PCC et le Kuomintang. Le premier a alors dirigé indépendamment la Révolution territoriale et organisé des opérations armées contre le gouvernement corrompu et contre-révolutionnaire du Kuomintang. En conséquence, l’Armée rouge et ses bases révolutionnaires ont continué à se développer. À son apogée en 1933, la zone soviétique centrale du PCC, qui se développait à partir de bases révolutionnaires dans le sud de la province du Jiangxi et dans la province occidentale du Fujian, couvrait 60 comtés, une population de 4,35 millions de personnes et un territoire d’environ 84 000 kilomètres carrés.

 

La tour des forces interarmées de l’Armée rouge à Huining, dans la province du Gansu. Ce mémorial s’élève à 28,78 mètres et se compose de trois pagodes de style traditionnel. La plaque de marbre au milieu porte les inscriptions de Deng Xiaoping : « Tour commémorative de la convergence des Première, Deuxième et Quatrième Armées des ouvriers et des paysans chinois ». CFB

 

 

En 1931, l’armée japonaise a organisé l’incident du 18 septembre dans le but d’occuper le nord-est de la Chine. Pour sauver la nation, le PCC s’est engagé dans la résistance contre l’agression japonaise. Cependant, le gouvernement du Kuomintang a rassemblé des forces pour assiéger la zone soviétique centrale, dans une tentative d’éliminer le PCC et son armée. Certains dirigeants du PCC ont commis l’erreur de s’attacher fermement au dogmatisme de gauche, entraînant l’échec de la cinquième campagne contre l’encerclement et la suppression menée par les troupes du Kuomintang. L’Armée rouge a été obligée de commencer la Longue Marche pour se retirer vers les zones dans lesquelles le Kuomintang était faible, plus près des fronts anti-japonais, afin de conserver ses forces pour se défendre contre les envahisseurs.

Le mont Jiajin traversé par l’Armée rouge pendant la Longue Marche dans la préfecture autonome tibétaine Aba et Qiang de la province du Sichuan. CFB

 

 

Comme l’a dit Deng Xiaoping, bien que la Longue Marche ait été une retraite militaire provoquée par les erreurs dogmatiques gauchistes de certains dirigeants du PCC et le siège imposé par les troupes du Kuomintang, le but ultime était de résister à l’agression japonaise et de sauver la nation. Pendant la Longue Marche, le PCC a diffusé des informations pour sensibiliser le public aux efforts de résistance contre les envahisseurs japonais et a recruté dans l’Armée rouge. Même dans les régions éloignées et isolées, les efforts de l’armée pour résister à l’agression japonaise ont gagné le respect et l’appui des résidents locaux.

Partout où elle est arrivée, l’Armée rouge a aidé les pauvres à renverser les despotes locaux, à distribuer les terres et à abolir les lourdes taxes. Les paroles d’une ballade populaire appellent à « soutenir l’Armée rouge pour gagner la guerre, la seule manière pour les ouvriers et les paysans d’être libérés ». Des slogans tels que « Peuple pauvre et affamé, viens rejoindre l’Armée rouge » et « L’Armée rouge sauve les pauvres » étaient visibles dans les villages traversés durant la Longue Marche.

En octobre 1936, les forces principales de l’Armée rouge, à savoir les Première, Deuxième et Quatrième armées du front, convergent à Huining, dans la province du Gansu, mettant fin à la Longue Marche qui durait depuis deux ans. CFB

 

Lorsque l’Armée rouge est arrivée dans la ville de Bijie, dans la province du Guizhou, les dirigeants du PCC ont rencontré Zhou Suyuan, un dignitaire local, et ont expliqué les théories marxistes et les points de vue du PCC. Zhou Suyuan est ensuite devenu commandant de l’armée du salut national et de résistance anti-japonaise du Guizhou du PCC et a rejoint la Longue Marche au nord du Shaanxi. Lorsque l’Armée rouge est arrivée dans les régions habitées par les minorités ethniques, son département politique général a ordonné à tous les officiers de se plier inconditionnellement aux coutumes et aux règles des minorités ethniques locales et de clarifier ces coutumes et règles à tous les soldats, de s’opposer aux préjudices et concepts de suprématie de l’ethnie han, ainsi que faire connaître les objectifs de l’Armée rouge aux personnes de toutes les minorités ethniques, en particulier ses idées sur l’autonomie ethnique et l’égalité. L’Armée rouge a appliqué avec rigueur les politiques du PCC sur l’égalité ethnique et la religion, ce qui lui a permis de gagner la confiance et le soutien des Tibétains locaux, dont huit moines éminents du monastère de Guihua à Zhongdian, dans la province du Yunnan. Le monastère a donné cinq tonnes de grain à l’Armée rouge.

 

Une arche de papier coloré construite par l’Armée rouge dans le nord du Shaanxi pour saluer les troupes arrivant de la Longue Marche. CFB

 

 

Dans son livre Étoile rouge sur la Chine, le journaliste américain Edgar Snow a écrit que « les commandants les plus élevés mangent et s’habillent comme des soldats ordinaires. Le Parti communiste n’a pas de fonctionnaires et généraux généreusement payés ou corrompus, alors que dans d’autres organisations militaires chinoises, une grande partie des fonds destinés aux militaires sont détournés par les officiers. » Malgré les difficultés de la Longue Marche, les idéaux, le courage, la sagesse et l’action du PCC ont inspiré les gens tout au long du chemin, et beaucoup d’entre eux ont rejoint l’Armée rouge. Par exemple, en février 1935, plus de 3 000 personnes se sont jointes à l’effort à Zhaxi, dans le Yunnan, et 6 000 autres de Jiangyou et Zhongba dans le Sichuan se sont jointes à l’Armée rouge entre avril et mai 1935. Les premières données montrent qu’un total de 43 000 personnes vivant le long du parcours ont rejoint l’Armée rouge entre novembre 1934 et septembre 1936.

 

Vestiges d’une planche traversée par l’Armée rouge pendant la Longue Marche. CFB

 

Le président Mao Zedong a dit que « la Longue Marche est la première de son genre dans les annales de l’Histoire. Elle est un manifeste, une force de publicité et une machine à semer des graines. Qui a fait de la Longue Marche une victoire ? Le Parti communiste. Sans le Parti communiste, une marche de ce genre aurait été inconcevable. »

 

Les chaînes de fer du pont Luding sur la torrentielle rivière Dadu. Le 25 mai 1935, l’Armée rouge a emprunté le pont Luding après sa première bataille de la Longue Marche, écrasant la tentative de Chiang Kai-shek d’éliminer les troupes communistes au sud du fleuve. CFB

 

Le PCC a surmonté les échecs en convainquant beaucoup avec peu de moyens et en vainquant les forts avec les faibles. La clé de la victoire de la Longue Marche est que le PCC a suivi l’appel des temps, a maintenu ses idéaux, a répondu aux espoirs du peuple, et a gardé son esprit d’altruisme. C’est l’héritage précieux que la Longue Marche a laissé au PCC, qui a progressivement facilité la création d’énormes richesses au cours de la révolution chinoise et du développement économique subséquent. Tout comme le président chinois Xi Jinping l’a déclaré, « la Longue Marche était une grande expédition en quête d’idéaux et de foi, testant la vérité et ouvrant de nouveaux horizons. »

Des herbes sauvages mangées par l’Armée rouge et un gilet porté par un soldat pendant la Longue Marche. CFB

Le 21 octobre 2016, le Comité central du PCC a tenu un rassemblement pour commémorer le 80e anniversaire de la victoire de la Longue Marche. Dans son discours, le président Xi a remarqué que « le grand esprit de la Longue Marche est la richesse spirituelle précieuse qui a coûté au Parti et au peuple un lourd tribut de lutte douloureuse. À chaque génération, nous devons garder à l’esprit, apprendre et promouvoir le grand esprit de la Longue Marche, en préservant sa force spirituelle qui continue à motiver le Parti, l’État, le peuple, l’armée et la nation pour progresser vers un avenir encore meilleur. » En soutenant l’esprit de la Longue Marche, les Chinois sont confiants dans leur propre développement et sont prêts à assumer les responsabilités de l’humanité et de l’avenir. C’est pourquoi le PCC chérit l’héritage de la Longue Marche.

 
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Publié par le juillet 6, 2017 dans Asie, Chine, HISTOIRE, INTERNATIONAL

 

La Chine lance la construction de la ligne ferroviaire la plus difficile du monde

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Publié le 2017-07-05 à 15:38 | french.xinhuanet.com

 Quand on songe à la longue marche que de chemi,n parcouru par ce pays… (note de Danielle Bleitrach
 CHENGDU, 5 juillet (Xinhua) — Des paysages à couper le souffle et des dangers saisissants, voilà ce que les ingénieurs chinois devront affronter en s’attaquant à la construction du chemin de fer le plus difficile du monde.

Le chemin de fer Sichuan-Tibet sera la deuxième ligne ferroviaire dans la région autonome du Tibet, après le chemin de fer Qinghai-Tibet. La ligne traversera le sud-est du plateau Qinghai-Tibet, l’une des zones les plus actives géologiquement du monde.

La construction et le fonctionnement du chemin de fer Sichuan-Tibet doivent surmonter les risques les plus importants du monde », a indiqué You Yong, ingénieur en chef de l’Institut des risques et de l’environnement dans les régions montagneuses de l’Académie chinoise des Sciences, à la tête d’une équipe de soutien scientifique et technologique pour la prévention des catastrophes dans les montagnes.

La China Railway Eryuan Engineering Group Co. Ltd., responsable de la conception de la ligne, a indiqué qu’elle partirait de Chengdu, capitale de la province du Sichuan (sud-ouest), traverserait Ya’an et Kangding avant d’entrer au Tibet via Qamdo. Puis elle traversera les préfectures de Nyingchi et de Shannan avant d’arriver à Lhassa, capitale du Tibet. La longueur totale de la construction sera d’environ 1.700 kilomètres et elle coûtera 250 milliards de yuans (environ 36,88 milliards de dollars).

Les travaux ont commencé aux deux extrémités de la ligne. La section entre Chengdu et Ya’an devrait entrer en service en juin 2018. L’étude de faisabilité sur la section entre Ya’an et Kangding a été achevée. La section entre Lhassa et Nyingchi est en construction.

Cependant, la section entre Kangding et Nyingchi, la section la plus difficile et la plus longue, est encore dans sa phase de conception. Sa construction devrait commencer en 2019 et pourrait durer environ sept ans, selon le China Railway Eryuan Engineering Group Co. Ltd.

Le chemin de fer Sichuan-Tibet sera une ligne importante dans le réseau ferroviaire de l’ouest du pays, reliant le Tibet à davantage de régions développées du centre et de l’est. La vitesse de conception se situe entre 160 et 200 km/h. A son achèvement, la durée du trajet en train entre Chengdu et Lhassa ne sera plus que de 13 heures environ, contre 48 heures actuellement.

You Yong, qui a consacré presque 30 années à l’étude des risques dans les régions montagneuses, a indiqué que la ligne traverserait l’est du plateau Qinghai-Tibet, sujet à des variations brusques du terrain.

Selon lui, la structure géologique active de cette région est la cause de forts séismes. La ligne devrait traverser des zones sismiques telles que la montagne Longmen et la rivière Yarlung Zangbo.

« Construire une ligne ferroviaire dans un tel environnement géologique complexe se heurtera à de nombreux difficultés scientifiques et technologiques. La prévention et le contrôle des risques dans les régions de montagne seront cruciaux pour son succès », a indiqué M. You.

 
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Publié par le juillet 6, 2017 dans Asie, Chine, INTERNATIONAL