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Archives de Catégorie: SYNDICATS et LUTTES SOCIALES

Cette semaine , il y avait trois événements à ne pas rater, le 12 juin:

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la délégation au Consulat Britannique de Marseille en soutien à Julien Assange: tandis que le choeur vertueux des habituels droits de l’hommistes médiatiques se taisent tandis qu’un homme à qui l’on peut seulement reprocher d’avoir alerté le monde sur les crimes commis en notre nom par de pseudos démocraties, il y a quelques irréductibles gaulois dont beaucoup étaient descendus des villages de haute Provence qui sont venus chanter là leur indignation.

Il y avait l’émission de radio galère dans laquelle j’exposais le contenu de mon livre. Certes le compliment vient de si près que vous pouvez avoir des doutes sur sa véracité, mais je n’étais pas mal du tout… Si vous avez raté ce moment important, il ne vous reste plus qu’à ronger votre frein en attendant la sortie du « temps retrouvé d’une communiste ». Comme je viens d’ajouter un cahier, je ne vous garantis pas la fin juin, mais c’est sur il sera là et moi aussi, au stand de Delga, à la fête de L’humanité.

Enfin il y a quelque chose que vous pouvez encore aller voir parce que ça joue c’est le film qui a remporté la palme d’or à Cannes, « Parasite ». J’avais déjà beaucoup aimé un de ses précédents: Memories of murders. Mais là c’est non seulement une formidable illustration de la lutte des classes, avec l’odeur des pauvres, mais un mélange explosif de tous les styles cinématographiques qui fait que rien ne fonctionne comme prévu… Bong Joon-KO le cinéaste et son acteur fétiche, Song Kang-ho qui lui aussi change à chaque instant et nous inquiète, nous émeut en un froncement de sourcil.

Danielle Bleitrach

PS. Bien sûr je plaisante : hier il y a eu la révolte des urgences, ce qui tranche d’une manière énorme sur le discours lénifiant médiatique sur « la réussite » du régime Macron qui maintenant juré c’est promis va se tourner vers le social, comment, « en réduisant les impôts », c’est-à-dire soyons clair en détruisant encore plus les services publics… Mais ces trois événements à ne pas rater y compris le film que je vous recommande disent aussi l’absurdité criminelle du capitalisme sans frein qui s’est emparé de nos destins…

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Manifestation à Marseille le 12 juin pour Julien Assange

Photo de Stephen Chalk.
JUN12

Je tiens à vous informer que Mercredi 12 juin nous manifestons pour la libération de Julian Assange devant le consulat britannique à Marseille. Avec musique en live et une délégation des organisations pour protester au consul. (Collectif PCF pour la défense de Julian Assange, Ligue des Droits de l’Homme, Attac, PCF Riez.) Un membre du Conseil national du Parti communiste français a répondu présent à l’appel, pour venir à Marseille, et de nombreux camarades ont envoyé des messages de soutien. L’annonce de l’évènement a été publié sur Facebook, pour ceux qui s’en servent des réseaux sociaux : https://www.facebook.com/events/3280767898607447/

(Pour les camarades du 04, des covoiturages sont prévus à partir de Manosque.)

            Je tiens également à vous informer de la fondation du comité français de défense de Julian Assange : WikiJustice Julian Assange. Je vous encourage vivement à lire leur texte fondateur qui est d’une grande qualité pour s’informer de Wikileaks et de l’acharnement des pouvoirs impérialistes occidentaux à leur égard https://www.legrandsoir.info/wikijustice-julian-assange-declaration.html (également en pièce jointe en PDF). Vous pouvez signer ce texte et adhérer au Comité en envoyant un mail à wikijusticejulianassange@gmail.com

            Je vous informe également que j’ai travaillé sur la traduction anglaise de ce texte qui a été envoyé à Julian (à Belmarsh prison de haute sécurité en Angleterre) par le comité français. La situation devient de plus en plus urgente, Julian est dans l’hôpital de la prison et il paraît que sa santé est « critique » et se dégrade face à la torture qu’il subit en tout illégalité (selon l’ONU).

            Toutes les bonnes volontés sont donc les bienvenues pour venir manifester à Marseille avec nous le 12 juin. Il faut faire du bruit et en parler de Julian Assange et de WikiLeaks autour de nous.

            Recevez chères et chers camarades mes salutations révolutionnaires

Stephen CHALK

— 

https://soundcloud.com/stephen-chalk
http://www.proz.com/profile/811099

 

Benjamin Amar, le prof du 9-4 qui monte à la CGT

Figurant sur la liste des élections européennes du communiste Ian Brossat, l’enseignant Benjamin Amar, un opposant à la ligne Martinez, devrait faire son entrée au bureau confédéral de la centrale.

Benjamin Amar est professeur d'histoire-géographie dans le Val-de-Marne.
Benjamin Amar est professeur d’histoire-géographie dans le Val-de-Marne. (Sipa Press)
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Omniprésent sur les plateaux de TV, sa verve s’impose aussi à la tribune de Dijon, où s’est ouvert dimanche le congrès de la CGT. Professeur d’histoire-géographie au lycée Gutenberg de Créteil (Val-de-Marne), Benjamin Amar fait partie de ceux et celles qui ne ménagent pas Philippe Martinez dont le bilan à la tête de la CGT n’est guère reluisant. Entre 2015 et 2017, la centrale a perdu 23.000 adhérents et sa première place sur l’échiquier syndical. Responsable de la politique revendicative, Benjamin Amar devrait faire son entrée au bureau confédéral – l’instance politique – qui sera élu jeudi soir.

Lire aussi – CGT : l’extrême gauche, dopée par les Gilets jaunes, veut se faire entendre

Il dénonce « la stratégie nationale illisible » de la CGT

Responsable de l’union départementale (UD) du Val-de-Marne, ce quadra s’est très tôt engagé aux côtés des Gilets jaunes, bien avant que la confédération tente une convergence des luttes tardive et infructueuse. Son UD s’est aussi rapprochée de la Fédération syndicale mondiale (FSM) – l’internationale communiste – alors que la centrale l’a quittée voilà 20 ans pour rejoindre la Confédération européenne des syndicats. Ce bateleur a d’ailleurs défendu mercredi un amendement pour que la CGT devienne « observatrice » au sein de la FSM, structure souvent décriée pour ses liens avec la Corée du Nord et l’Iran. L’un des rares moments de débat un peu mouvementé lors de ce congrès plutôt tranquille.

Notre concept, c’est la lutte des classes, pas l’opposition de lutte

A Dijon, Benjamin Amar a dénoncé également « la stratégie nationale illisible » de son syndicat. « On est resté au milieu du gué, a-t-il lancé sous les applaudissements. Notre concept, c’est la lutte des classes, pas l’opposition de lutte », telle que mentionnée dans le document d’orientation rédigé par la confédération.

Ce syndicaliste chevronné est aussi militant politique. Il figure ainsi en 9e place sur la liste des élections européennes du communiste Ian Brossat. Si son arrivée au bureau confédéral se confirme à l’issue des votes de jeudi, elle illustrera la volonté du secrétaire général d’avoir une équipe incarnant tous les courants – et ils sont nombreux – influençant la CGT. Philippe Martinez préférant sans doute l’avoir à ses côtés plutôt qu’œuvrant dans l’ombre.

 

la campagne des Européennes: les luttes et l’élection de candidats porteurs de ces luttes…

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L’union à la base… toujours… seulement au sommet jamais… à la base et au sommet quelquefois …

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Marie-Helène Bourlard

7 h

🔴 De passage à Flixecourt, c’est toujours un plaisir d’échanger avec mon ami François Ruffin !

Hier une magnifique manifestation à Marseille sous un soleil éclatant… Les communistes sont ravis de leur candidat…

Autre impression, je discute en attendant la manif avec deux jeunes profs de fac… Ce que je constate c’est à quel point avec le retour du PCF, les électeurs de la France insoumise et ceux du PCF sont confondus, la discussion entre nous est directe, alors que je ne sais pourquoi un petit groupe proche de Mélenchon se montre de plus en plus agressif avec le PCF et son candidat, qui lui a choisi de garder le cap et de ne pas avoir d’ennemi à gauche. Et quand on écoute une Marie-Hélène Bourlard on est encore plus loin de toutes ces combinaisons politiciennes… Même attitude souriante et ferme de la part de Fabien Roussel, simplement les communistes disent ce qu’ils ont à dire,  une autre conception de la politique est en train de surgir.

Je me souviens de ce que me disaient les anciens: l’union à la base toujours, l’union seulement au sommet jamais… l’union à la base et au sommet quelquefois quand les conditions de réalisation de ce pourquoi on a été élu sont réunies et pas simplement pour la lutte des places, voire des strapontins.

Loin d’aboutir au rassemblement, l’effacement du PCF s’est traduit par une division de la gauche sans précédent, les reniements et des luttes pour l’hégémonie des petits chefs. Une méfiance justifiée des couches populaires, une abstention record. Mais la situation en est devenue intolérable. La fausse alternative Macron/Le Pen plafonne, chacune des forces représente un maximum de 20% et seule l’abstention leur donne des positions de tête. Un peu comme à Marseille où la droite, Gaudin est élu avec 15% des inscrits. La reconquête de ceux qui sont écœurés ne se fera pas en poursuivant dans les manœuvres de couloir pour imposer des alliances de circonstances auxquelles personne ne croit.

Incontestablement de manif en manif quelque chose est en train de se construire, il faut du temps, que les choses soient claires, que le parti communiste retrouve sa force et avec lui le monde du travail et la gauche pourra être reconstruite à la base toujours… d’ailleurs la volonté monte et le grand mérite des gilets jaunes c’est de nous avoir réveillé, d’avoir posé jour après jour avec ténacité des exigences… Ceux qui voient dans leur présence la mort du syndicat et feignent de ne pas voir que le PCF est de retour risquent d’être surpris dans leurs espérances. Lutter contre l’effacement du parti, le vouloir à la lumière, il a fallu la volonté de la base du PCF pour que leur parti survive et on ne les fera pas retourner en arrière.

Nous avons désormais avec Fabien Roussel une direction qui veut cette autonomie et ce rassemblement, sait que le rassemblement, l’union dépend de l’autonomie de notre parti, de sa capacité à ancrer politiquement les exigences populaires, celles des salariés dans des actes concrets… Sans cela toutes les combinaisons sont vouées à l’échec. Comme je le disais aux jeunes profs de fac, en leur parlant du temps où nous avions 4 cellules sur le seul campus d’Aix: « si aujourd’hui le PCF avait 19% d’électeurs, la France serait tout autre, les militants communistes sont capables de soulever le monde à cause de ce qu’ils sont mais aussi quand ils sont organisés et se battent sur des objectifs clairs. J’ajoutais, l’idée qui m’est chère: nous intellectuels on veut faire de nous des courtisans, des domestiques du pouvoir, le PCF est le seul parti qui nous a voulu comme combattants. Même s’il n’est pas toujours facile d’être communiste.

Après cette belle journée, je vais partir passer quelque jours sur la plage de La Ciotat… Me régénérer face à la mer, à mon retour « mes mémoires » seront en bonne voie de publication et je participerai mardi à une distribution de tracts devant chez moi, puis  je voterai pour Ian Brossat en me disant que les temps seront peut-être meilleurs qu’on le croit. Bien sûr je serais heureuse que nous fassions 5% que Ian et Marie-Hélène Bourlard soient au parlement européen, mais leur bataille est allée au-delà de ce résultat, elle a bâti un avenir, une espérance pour tous et il faut continuer, c’est le bon chemin.

Danielle Bleitrach

 

« La domination au travail est beaucoup plus dure qu’avant »

Oui cela continue et la situation devient toujours plus difficile… Il faut inverser le rapport de forces pour que cela change, cela passe par les luttes, mais aussi par le retour vers les organisations qui se battent avec les salariés, ne cèdent pas comme le CGT et aussi par les élections. Il faut de la cohérence et reconstruire la force des salariés contre un capital de plus en plus inhumain. L’analyse du professeur Christophe desjours (note de danielle bleitrach)

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« Aujourd’hui les gens sont soumis » constate Christophe Dejours pour qui la majorité des travailleurs vivent dans une situation de servitude volontaire. ©BELGAIMAGE

Psychiatre et psychanalyste, Christophe Dejours est professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM, Paris), titulaire de la chaire Psychanalyse-Santé-Travail et directeur de recherche à l’Université Paris V. Auteur d’une œuvre abondante sur le monde du travail et les pathologies associées, il dénonce l’avènement des « gestionnaires » dans les années 1980, qui a, dit-il, eu des effets catastrophiques sur la qualité du travail et les pathologies qui en découlent. « En entreprise, si l’exigence de performance devient insoutenable, le risque d’effondrement collectif existe », prévient-il.

Vous êtes un spécialiste des rapports entre l’homme et le travail. Et notamment de la psychodynamique du travail. De quoi s’agit-il?

C’est une discipline née de la rencontre entre la psychopathologie du travail et l’ergonomie. Elle cherche à comprendre comment les travailleurs parviennent à maintenir intègre leur santé mentale malgré une organisation du travail souvent nuisible… On a ainsi découvert que la normalité est le résultat d’un compromis entre, d’un côté, des contraintes délétères pour le psychisme – qui peuvent conduire à la maladie mentale – et, de l’autre, la construction de stratégies de défense.

Cette conception de l’organisation du travail basée sur la domination, le contrôle, la sanction (donc la peur), est évidemment nuisible pour la santé mentale car le travailleur y perd sa subjectivité, sa créativité, sa maîtrise des moyens, le sens de ce qu’il fait.

Ce qui est néfaste pour le psychisme, c’est la contrainte venant de l’organisation du travail. Et cette contrainte est double. Il y a d’un côté la division technique des tâches qui font l’objet de prescriptions très strictes. Et de l’autre une division politique du travail, à savoir un système de surveillance et de sanctions qui est une nouvelle contrainte.

Depuis Taylor et Ford, l’organisation du travail est essentiellement politique. Taylor compare littéralement l’ouvrier à un chimpanzé qui doit se conduire comme tel. C’est l’obéissance absolue. Cette conception de l’organisation du travail basée sur la domination, le contrôle, la sanction (donc la peur), est évidemment nuisible pour la santé mentale car le travailleur y perd sa subjectivité, sa créativité, sa maîtrise des moyens, le sens de ce qu’il fait. Travailler, c’est bien plus qu’exécuter des tâches. C’est une transformation de soi.

Mais depuis Taylor et Ford, l’organisation du travail a sacrément évolué…

Une nouvelle forme d’organisation du travail apparaît dans les années 1980, celle des gestionnaires. Jusque-là, l’organisation du travail était l’apanage des gens du métier. Les directeurs d’hôpitaux, par exemple, étaient médecins.

Vue en plein écran

Mais ils ont été remplacés par des gestionnaires qui ne connaissent rien des métiers. Ils réduisent le travail à un ensemble de tâches purement quantifiables et dont la performance est chiffrable. À travers ces dispositifs, ils ont instauré ce que le juriste Alain Supiot appelle la « gouvernance par les nombres« . Celle-ci détruit tout ce qui était vital au travailleur: les règles et valeurs propres de son métier. Cette méthode gestionnaire détruit aussi volontairement toute coopération. Ce qui a pour conséquence une dégradation de la qualité et de l’efficacité.

Ces gestionnaires ont inventé des techniques nuisibles pour la santé psychique. C’est le cas de l’évaluation individualisée des performances qui introduit la compétition entre les travailleurs et détruit la solidarité. C’est le cas aussi de la précarisation de l’emploi: partout des contrats durables sont remplacés par des CDD et l’intérim. Cette précarité qui augmente développe aussi un sentiment de précarisation chez ceux qui ont une position stable: ils comprennent qu’ils sont menacés eux aussi.

Il y a aussi la standardisation des modes opératoires qui facilitent le contrôle quantitatif. Or une infirmière, par exemple, ne peut pas traiter de la même manière deux patients atteints d’une même maladie. Si elle s’y trouve contrainte par la standardisation, son travail perd son sens.

Il y aurait également beaucoup à critiquer sur la prétendue « qualité totale » car dans les faits elle est impossible. Dans le but d’obtenir le graal de la certification, on fait pression sur les travailleurs pour qu’ils mentent dans leurs rapports…

Le tournant gestionnaire a donc des effets catastrophiques sur la qualité du travail. Mais la communication officielle travestit la réalité avec une telle efficacité que cette dégradation est masquée.

Ce qui fait la force incroyable du système, c’est que la majorité des travailleurs vivent dans cette situation de servitude volontaire – et donc de malheur – parce qu’ils y consentent, pensant que c’est la seule bonne façon de faire.

La domination au travail est donc beaucoup plus dure qu’avant. Elle a changé complètement le monde du travail et même toute la société. Pour le dire autrement, les gens sont soumis. En Europe, les contre-pouvoirs, les syndicats, ont fondu. Ce qui fait la force incroyable du système, c’est que la majorité des travailleurs vivent dans cette situation de servitude volontaire – et donc de malheur – parce qu’ils y consentent, pensant que c’est la seule bonne façon de faire. On nous apprend dès l’école primaire que le bien et le vrai, c’est ce qui est scientifiquement quantifiable. Mais c’est faux.

Et donc ce « tournant gestionnaire » comme vous dites génère de nouvelles pathologies?

Oui, les impacts psychopathologiques sont colossaux, jusqu’au suicide sur le lieu de travail. Ca n’existait pas avant. Il y en a même dans le secteur public, y compris à l’Inspection du Travail! Ils existent partout dans le monde et sont en croissance mais ils font l’objet d’une conspiration du silence.

Vue en plein écran

Il est difficile d’expliquer un suicide. La souffrance éthique en est l’une des causes principales. Soumis à ces impératifs d’objectifs, le sujet doit brader la qualité au profit de la quantité. Mais dans de nombreux métiers, brader la qualité, c’est très grave. Pensez au magistrat qui doit juger cinquante affaires en quelques heures alors que sa décision engage la vie des gens. Il en vient à faire le contraire de ce pour quoi il est devenu juge.

Partout, on est rendu à cette situation où il faut concourir à des actes et à une organisation que le sens moral réprouve. Cette souffrance éthique est celle qu’on éprouve à trahir les règles du métier, ses propres collègues et le client. Et finalement on se trahit soi-même. Cette trahison de soi dégénère en haine de soi, ce qui peut déboucher en suicide sur le lieu de travail.

Le suicide représente le stade ultime de la souffrance au travail mais les pathologies liées au travail sont devenues très nombreuses et variées…

De fait. On assiste à l’explosion des pathologies de surcharge. En France, plus de 500. 000 personnes sont indemnisées pour troubles musculo-squelettiques. Mais il y a aussi le burn-out; ou encore le karôshi, « la mort subite par surcharge de travail« . Il s’agit d’une hémorragie cérébrale chez des gens qui n’ont aucun facteur de risque. Ils meurent à 35-45 ans, sur le lieu de travail, le plus souvent par rupture d’anévrisme ou accident vasculaire cérébral. C’est fréquent.

Parallèlement, le dopage s’est considérablement développé. Cocaïne et amphétamines sont utilisées dans de très nombreux métiers, y compris chez les avocats d’affaire, les banquiers, les cadres. Beaucoup ne peuvent tenir qu’en se dopant. Sur les chaînes de montage, des ouvriers sniffent devant tout le monde pour tenir les cadences. Et personne ne dit rien.

On peut se demander si un tel système ne risque pas de s’effondrer – puisqu’il ne fonctionne que par le concours des travailleurs.

N’oublions pas également que comme il n’y a pas d’étanchéité entre travail et non-travail, les souffrances professionnelles ont des conséquences dommageables immédiates sur la vie de famille, les loisirs et même la vie dans la Cité dans la mesure où l’on a tendance à s’y comporter comme au travail: chacun pour soi.

En outre, les stratégies de déni ont un effet de désensibilisation qui conduit à une banalisation de l’injustice: si je nie ma propre souffrance, je ne peux pas reconnaître celle des autres. C’est un retournement sinistre: pour tenir individuellement, on aggrave le malheur social.

Dans ce contexte, on peut se demander si un tel système ne risque pas de s’effondrer – puisqu’il ne fonctionne que par le concours des travailleurs. Les cas d’effondrement moral existent. Durant la guerre du Vietnam, par exemple, des régiments entiers ont dit: « Fini! On n’avance plus!« , quitte à être tués – quand ils ne tuaient pas leurs propres officiers. En entreprise, si l’exigence de performance devient insoutenable, le risque d’effondrement collectif existe aussi.

Vous militez d’autant plus pour une politique émancipatrice du travail…

Il faut passer d’une politique de l’emploi à une politique du travail.

Oui, souffrir au travail n’est pas une fatalité. Le travail peut clairement être un médiateur dans l’accomplissement de soi. Pensez au pilote de chasse ou au reporter: la réalisation de leur mission repose entièrement sur leur génie. C’est le cas aussi pour les métiers, les fonctions où le travailleur contrôle à la fois les moyens et les conditions de sa tâche, voire l’intégralité du processus. Le travail de l’artiste l’illustre fort bien, mais on peut aussi citer les professions libérales.

La coopération est un autre facteur clé. Naguère, dans les services hospitaliers, des réunions hebdomadaires conviaient tout le personnel – y compris les femmes de ménage – à s’exprimer sur la manière d’aider, de traiter les patients. L’émancipation par le travail dépend donc de son organisation. Il faut des collectifs de travail mais aussi une autonomie de penser.

J’ai accompagné des entreprises qui voulaient aller dans ce sens. Les managers ont délaissé les systèmes d’évaluation quantitative pour mettre en avant le travail vivant et la coopération. Eh bien, je peux prouver que ces entreprises ont gagné en productivité, en compétitivité et bien sûr en plaisir à travailler! Et aucune naïveté là-dedans.

Il faut donc passer d’une politique de l’emploi à une politique du travail – si l’on veut, notamment, réduire les coûts croissants de ces pathologies qui atteignent jusqu’à 3% du PIB selon des études internationales. Mais aussi pour réenchanter la vie des travailleurs!

 

France Telecom : « Mon père s’est immolé par le feu et les responsables ne risquent presque rien »

A la fin des années 2000, des dizaines de salariés s’étaient donné la mort à la suite de la restructuration brutale de France Telecom. Le fils de l’un d’entre eux témoigne à la veille du procès de l’entreprise et d’une partie de ses anciens hauts dirigeants pour « harcèlement moral ». ce procés nous rapelle opportunément dans ces temps d »hypocrisie où il n’est question que de violences des manifestants, à quellle torture massive ont été soumise les salariés et le sont toujours, sans parler de tous ces suicidés et vie détruites par des licenciements massifs dans des entreprises qui avaient reçu l’argent de nos impots et encore aujourd’hui par exemple chez Auchan. Le seul parti qui s’oppose réellement depuis toujours à cet état de chose est le parti communiste, son affaiblissment est celui de la voix de toutes ces victimes. Tirez en les conséquences pour votre vote. (note de Danielle Bleitrach)

Par Lucas Burel

Le matin du 26 avril 2011, Rémy Louvradoux, un fonctionnaire de 56 ans entré chez France Telecom en 1979, se donnait la mort sur le parking d’un local de l’entreprise posé au milieu d’une zone industrielle à Mérignac, en Gironde. Un suicide par le feu, d’une violence extrême, sans témoin. Au pied d’un immeuble austère dont la façade dessine une étrange forme de croix. Comme lui, à la fin des années 2000, une soixantaine de salariés de l’opérateur de téléphonie se tueront, à la suite de la mise en place d’un plan de restructuration brutal baptisé « NeXT » qui devait permettre la suppression de 22 000 postes. « Le résultat du sentiment d’impunité totale des dirigeants », témoigne aujourd’hui pour « l’Obs », Raphaël Louvradoux, l’aîné de la fratrie de quatre enfants, parfaitement lucide sur la mécanique infernale mise en place par l’ancienne direction pour pousser à bout son père et l’ensemble des salariés. Et qui vaut à partir de ce lundi 6 mai à la personne morale France Telecom et à sept de ses cadres et dirigeants, dont Didier Lombard, l’ancien PDG, d’être jugés pour « harcèlement moral » et complicité de ce délit. Ils risquent un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

« J’ai du mal à me réjouir de ça »

Une maigre consolation après dix ans de procédure, juge le jeune homme de 30 ans, développeur dans le secteur du tourisme. Les poursuites pour « homicide involontaire » et « mise en danger de la vie d’autrui » – sanctionnée plus lourdement – que visait la plainte déposée par la famille en décembre 2011 n’ont pas été retenues par la justice. Seuls les cas de 39 salariés, dont 19 suicidés, ont été étudiés par la justice.

« Il faudrait presque se féliciter qu’on ait réussi à mettre en examen le patron de France Telecom parce qu’il a planifié de supprimer 22 000 postes, quitte à pousser 22 000 personnes au suicide ? J’ai du mal à me réjouir de ça. […] Mon père s’est immolé par le feu et les responsables ne risquent presque rien. […] La vérité est qu’ils vont arriver et partir libre de ce procès sans passer par la case prison, même s’ils sont condamnés. Peut-être aurait-il fallu que les dirigeants de France Telecom tiennent le briquet qui a mis le feu à mon père pour être véritablement mis face à leurs responsabilités. »Rémy Louvradoux avait pourtant donné l’alerte dans un courrier de six pages adressé à la direction dès septembre 2009. Il y expliquait ses difficultés professionnelles au quotidien et le sentiment d’avoir été mis « à la poubelle ». « C’est une machine à fabriquer des déséquilibrés, ensuite il suffira d’agiter un peu […] le suicide reste comme étant LA SOLUTION ! », écrivait-il. Délégué du personnel, il dénonçait plus largement dans sa « lettre ouverte » le sentiment d’être « de trop » ressenti par sa génération chez France Telecom, celle des quinquagénaires, des « techniciens », contrainte par le plan de restructuration à se reconvertir ou à quitter l’entreprise. Les techniques de management odieuses pour les dégoûter.

Au cours des dernières années de sa carrière, il avait lui aussi dû accepter des missions à l’opposé de ses qualifications et aspirations, puis enfin un « faux poste », sans aucun véritable moyen pour atteindre ses objectifs.

« Quand les policiers se sont rendus sur son lieu de travail pour récupérer ses affaires, ils nous ont expliqué n’avoir presque rien trouvé. Avant de mourir, mon père n’avait même pas un téléphone sur son bureau pour travailler correctement. »

Déni de responsabilité de la direction

Interrogé par les juges d’instruction sur le cas de Rémy Louvradoux, Didier Lombard avait semblé balayer le dossier d’un revers de main, indiquant que les faits étaient « survenus quatorze mois après son départ [Didier Lombard avait cédé les rênes du groupe à Stéphane Richard en 2010, NDLR], vingt-sept mois après la fin du plan NeXT ». L’ancien numéro deux de l’entreprise, Louis-Pierre Wenes, et l’ex-DRH, Olivier Barberot, n’ont pas eu beaucoup plus d’égards et ont refusé de lier le suicide au plan de restructuration. France Telecom a estimé que les postes proposés à Rémy Louvradoux pendant les dernières années de sa carrière étaient d’ailleurs « parfaitement » cohérents avec son profil.

De leur côté, les magistrats ont relevé que « la détérioration de ses conditions de travail est ainsi exposée avec clarté dans le courrier qu’il adresse en mars 2009 à sa hiérarchie directe. Sa souffrance et sa détresse aussi… Il n’aura pas de réponse ». Et de noter : « On cherche en vain avant 2010 l’accompagnement “continu et vigilant” dont fait état le conseil de France Telecom. » Immédiatement après le suicide, la famille avait été la cible de rumeurs dans le but de dissocier l’acte du père de sa souffrance au travail. « Ils avaient laissé courir le bruit que mes parents allaient divorcer. Qu’on avait des problèmes d’argent », raconte Raphaël Louvradoux. Hélène, sa mère, avait dû intervenir afin d’y mettre un terme. Lors des obsèques, il se souvient aussi avoir vu arriver une foule d’inconnus venus de toute la France, dont beaucoup de salariés de France Telecom. La plupart n’étaient pas des collègues directs.

« Beaucoup de gens se sont reconnus dans ce qui est arrivé à notre famille. Ils sont venus pour témoigner de leur solidarité mais aussi, peut-être, pour se rassembler et se prouver qu’ils n’étaient pas seuls. La responsabilité de ce procès, c’est aussi d’amener une réponse à la hauteur de cette souffrance silencieuse. Il faut une véritable condamnation pour que la peur change de camp. »

Lucas Burel