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Archives de Catégorie: SYNDICATS et LUTTES SOCIALES

Brésil : L’adhésion à la grève générale contre la réforme des retraites grandit 

  •  On mesure bien que ce qui nous paraît une offensive française est d’abord européenne mais partout le capital profitant de ses avancées politiques et du repli des travailleurs, l’abstention, la division mènent une offensive généralisée, face à laquelle se pose partout la question d’une riposte à la hauteur des coups portés. Au brésil où il y a eu un coup d’Etat « légal » avec mise en jugement de Lula de la part d ‘un pouvoir corrompu, la riposte tente de prendre de l’ampleur (note et traduction de danielle Bleitrach)

Partout au Brésil, la lutte contre la réforme que le gouvernement du coup d’état brésilien veut approuver est en train de monter . Le Front populaire brésilien prévient que la mesure pénalise les plus pauvres et vise à laisser la sécurité sociale entre les mains du capital privé.

Le Front populaire brésilien et les centrales syndicales considèrent la mobilisation pour vaincre la réforme de la sécurité sociale fondamentale

Le Frente Brasil Populaire et les centrales syndicales considèrent la mobilisation comme fondamentale pour vaincre la réforme de la Sécurité sociale Crédits/ Médias Ninja

Du nord au sud, les secteurs les plus divers syndicats ont tenu plénière une vue de décider du mode de participation des travailleurs à la grève générale contre la réforme des retraites, prévue pour le lendemain 19 le Front populaire du Brésil (FBP)et qui a   le soutien des grandes centrales syndicales du pays sud-américain.

Il est pas encore certain que la réforme, qui a été présentée comme un amendement constitutionnel proposé (PEC) 287, obtiendra un vote à la Chambre des représentants le 19 (20 et 21 sont des hypothèses aussi), mais les syndicats et les organisations sociales ont clairement fait savoir que quel que soit le jour du vote, lundi prochain est « le jour de l’arrêt du Brésil ».

Février est la date limite imposée par le gouvernement de Michel Temer pour l’approbation de la réforme des retraites, après plus d’un an de discussions et reports successifs de son vote. Cependant, le projet, qui « semblait avoir un soutien solide » peine à atteindre  les 308 votes nécessaires «dans une année électorale et après avoir fait face deux plaintes » du ministère public fédéral, appelé le Brésil de Fato .

Au portail rouge , le président de l’Centralnica dos Trabalhadores (CUT), Vagner Freitas, a également souligné la question de l’année électorale: «Ils n’ont pas voté jusqu’à présent parce qu’ils n’ont pas de voix. Les députés ont peur d’approuver cette proposition inquiétante et ne pas être réélus », a-t-il déclaré.

Menace de destruction de la sécurité sociale

Une note à portée de main sur le site Web du Centre des travailleurs du Brésil (PFE), le FBP   rapelle que le « gouvernement du coup d’ Etat de Michel Temer et ses alliés menacent le peuple brésilien sur les questions de  la retraite [retraite] « depuis l’ année dernière .

Affirmant que le peuple et les travailleurs brésiliens, organisés et mobilisés, peuvent vaincre la tentative , FPB souligne que, si elle est approuvée, cela conduira à la destruction de la sécurité sociale et constituera  « un stimulus à la croissance des pensions privées, laissant la société otage des banques dans un pacte des putschistes avec le capital financier « .

«  Michel Temer disant que la réforme est nécessaire pour mettre fin » avec le déficit du régime de retraite , a déclaré le FBP, soulignant que les changements proposés augmenteront le temps de cotisation et l’âge minimum d’accès à la retraite (62 ans pour femmes et 65 ans pour les hommes), et mettra un terme aux systèmes spéciaux de réforme des enseignants, des fonctionnaires, des travailleurs ruraux et autres.

Le FBP souligne également que, dans certaines régions et périphéries des grandes villes du Brésil, «les résidents travailleront jusqu’à leur mort», considérant que l’espérance de vie n’excède pas 58 ans.

Pour le 19, il a été annoncé des grèves, des protestations, des manifestations, desmanifestations dans des États comme São Paulo, Pernambuco, Natal, Ceará, Bahia, Sergipe, Minas Gerais, Rio de Janeiro, District fédéral, Santa Catarina, Rio Grande do Sul.

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Parti et classe. Introduction (La répartition des forces de classe dans le Donbass, partie 3) par Stanislas Retinsky

http://wpered.su/2018/02/14/partiya-i-klass-vvedenie-rasklad-klassovyx-sil-na-donbasse-chast-3/

cet article poursuit les deux précédents sur l’origine des événements dans le Donbass. L’article envoyé directement par les communistes du Donbass, dont l’auteur est le dirigeant du Kprf du Donbass qui fait un important travail théorique tout en participant activement à l’expérience de cette république nous l’a envoyé directement en exclusivité, en prolongement des contacts pris à Vénissieux.  Il explique aujourd’hui la manière dont le parti des régions, parti des oligarques sous couvert de revendication régionaliste, séparatiste a toujours passé des compromis mutuellement avantageux avec les oligarques de Kiev. Les événements de 2014, le refus du coup d’Etat du maïdan et donc la création de républiques indépendantes a été précédé d’événements en 2004, entre les deux les oligarques ont perdu leur toute puissance mais un mouvement dans lesquels les masses sont intervenues sur la base du patriotisme et non de classe s’est développé, l’auteur de l’article en analyse les forces et les limites et pose la question du parti communiste. Une réflexion tout à fait fondamentale y compris dans le cadre de la montée des mouvements régionalistes en Europe (note et traduction de Danielle Bleitrach)

Essence de classe des « anti-Maidan » dans le Donbass

Jusqu’en 2014, dans le Donbass, la question de la sécession ou, du moins, de l’accession de la région à un statut autonome en Ukraine a été soulevée à plusieurs reprises. Il a fait l’objet de négociations avec les grandes capitales locales et à Kiev. En 1994, un référendum a eu lieu dans les oblasts de Donetsk et de Lougansk, au cours duquel la majorité des électeurs ont demandé un arrangement fédéral. La question du fédéralisme a été soulevée déjà en 2004 lors du congrès de Severodonetsk. Ensuite, les représentants des régions du sud-est de l’Ukraine ont décidé d’organiser un référendum et d’annoncer l’autonomie du Donbass, à moins que Viktor Ianoukovitch ne soit reconnu comme le président de l’Ukraine. Après le « troisième tour » de vote, Viktor Iouchtchenko est devenu le président, à la suite de quoi la fédéralisation du pays a commencé à être mise sur le tapis  beaucoup plus souvent.

Tout d’abord, par le Parti des régions, qui a défendu les intérêts du plus grand capital de l’Ukraine, a parlé plus haut que tout le reste du fédéralisme. Ce capital, après la domination économique, a cherché la domination politique. Pour cela, il était prêt à partager le pays. En 2005, des accusations de séparatisme ont été portées contre un certain nombre de députés ukrainiens et d’anciens gouverneurs des régions de Kharkov et Lougansk. Mais l’événement le plus marquant a été la détention par le  bureau du procureur général du président du conseil régional de Donetsk Boris Kolesnikov. Certes, il a été convoqué sur le cas du séparatisme, mais détenu sur des accusations d’extorsion. Curieusement, l’arrestation de Boris Kolesnikov convenait aux deux côtés. Viktor Iouchtchenko s’est attribué le slogan  » les bandits – en  prison », et le Parti des Régions a démontré de façon efficace dans les médias comment le pouvoir orange punit brutalement les « combattants d’opinion ».

Alors que l’attention de l’électorat était centrée sur la détention du président du conseil régional de Donetsk, les négociations entre le président et les «régionaux» se sont, d’ailleurs, déroulées avec beaucoup de succès. Un mois après la libération de Boris Kolesnikov, Viktor Iouchtchenko a limogé le Premier ministre Ioulia Timochenko et, en septembre 2005, avec le soutien actif des députés de la faction du Parti des régions, Yury Ekhanourov est devenu le nouveau Premier ministre. Plus les électeurs étaient convaincus du manque de scrupules du Parti des Régions, plus sa cote devenait basse. Comme la lutte pour la langue russe en tant que deuxième langue s’est arrêtée avec la campagne électorale, le référendum pour la fédération a été oublié immédiatement par les « régionalistes »après la conclusion des accords avec Viktor Iouchtchenko.

Le 22 février 2014, une réunion des députés du sud-est de l’Ukraine s’est tenue à Kharkov, où ils ont annoncé qu’ils étaient prêts à assumer pleinement leurs fonctions dans le cadre du coup d’État de Kiev. Cependant, la suite de cet  appel d’offres s’est faite attendre. Par exemple, à Donetsk le 1er mars, les autorités locales, qui avaient spéculé   sur la désobéissance de Kiev, ont tenté d’organiser un rassemblement en faveur du gouvernement central. Des dizaines de milliers de manifestants n’ont pas soutenu de telles actions, exigé la démission des responsables qui avaient reconnu le gouvernement central, ainsi que la tenue d’un référendum sur le statut de la région. Après que le président de l’administration régionale de l’Etat de Donetsk, Andrei Shishatsky, le protégé de l’oligarque Donetsk Rinat Akhmetov, ait ignoré les demandes des manifestants, une tentative a été faite pour prendre d’assaut le bâtiment administratif.

La différence entre ce qui s’est passé en 2004 et en 2014 dans le sud-est,  a été que dans le premier cas, ces événements ont été complètement sous le contrôle des oligarques locaux et utilisés dans la lutte contre d’autres groupes oligarchiques, tandis que le second événement – a eu lieu contre leur gré. Le fait est que pendant dix ans, l’équilibre du pouvoir avait changé à l’intérieur du pays et à l’extérieur. Les Oligarques, entretenant des relations entre eux, s’appuyaient sur la petite-bourgeoisie et le prolétariat, mais en 2014 dans le sud-est, les éléments petits-bourgeois ont perdu le contrôle et ont commencé à revendiquer un rôle indépendant. Les dirigeants d’« antimaydan » et du « printemps russe » dans le Donbass, en commençant par l’ancien « gouverneur du peuple » Paul Goubarev et se terminant par le Président actuel du Conseil national de la DNI Dennis Pushilin, sont issus de la petite bourgeoisie.

En 2004, les oligarques de Donetsk ont ​​également entièrement contrôlé le «séparatisme» local. Sur la vague des événements bien connus, un certain nombre d’organisations publiques ont émergé, y compris la « République de Donetsk ». Par exemple, Alexandre Turcan, en ce temps là directeur et l’un des fondateurs de l’organisation, lors des élections présidentielles de 2004, avait travaillé au siège de Viktor Ianoukovitch, ce qui indique l’existence d’un lien entre les activités du Parti des régions et l’avènement de la « République de Donetsk ». Le grand capital, au service de leurs intérêts a cherché à passer pour les intérêts de tout le Donbass, et même du Sud-Est de l’Ukraine. Il était donc important pour les «régionalistes» de montrer que les appels à la création de la fédération ne reposaient pas tant sur eux que sur le «peuple». Même si des organisations telles que la « République de Donetsk » ne naîtraient qu’à l’initiative de leurs fondateurs, les activités publiques ne devaient pas outrepasser le cadre qu’ils avaient fixé.

En 2014, la situation dans le Donbass a changé. À l’heure actuelle, la «République de Donetsk» est la principale force du MRN, mais parmi les figures de l’État non reconnu, il n’y a pas d’oligarques. L' »Anti-Maidan » dans le Donbass dès le début a été  un mouvement démocratique, c’est-à-dire un mouvement indépendant de la petite bourgeoisie. Les oligarques, au contraire, ont constitué un front uni, oubliant pour un moment la lutte entre eux. La DNR a déclaré la guerre contre « le propriétaire du Donbass » Rinat Akhmetov, et son plus proche concurrent Sergey Taruta. Mais les actions de la petite bourgeoisie la plus radicale n’ont jamais cessé d’être timorées. Jusqu’au dernier moment, elle a essayé de négocier avec les oligarques locaux, en leur assurant qu’il n’y aurait pas de nationalisation. Même l’introduction en mars 2017 de l’administration publique externe dans les entreprises anciennement détenues par la grande bourgeoisie, ne devrait pas être contre eux. Cela ne rapprochait pas le Donbass du socialisme. Friedrich Engels dans Anti-Duhring a écrit que dans la société capitaliste il y a des cas où l’état est forcé de prendre le contrôle de quelques branches de l’économie.

La situation actuelle dans le Donbass incarne l’idée petite-bourgeoise de préserver les relations de marché, mais sans l’oligarchie. Le problème est qu’une telle société ne peut pas survivre longtemps. La logique des relations marchandise-argent est qu’elles sont soit surmontées, c’est-à-dire que le capitalisme est remplacé par le socialisme, soit elles reviennent à l’origine. Dès que le MRN a essayé de se soustraire à l’influence de certains oligarques, il y avait une menace de la part des autres. Selon certaines sources, Sergey Kurchenko, un oligarque ukrainien, proche de la famille Ianoukovitch, tente d’influencer l’économie de la République. Après le coup d’Etat à Kiev, il a fui le pays, comme le président, et réside actuellement en Russie.

Et quel est le rôle du prolétariat dans les événements du Donbass? Il y a certainement participé, mais pas en tant que force indépendante, mais dans le cadre d’un mouvement démocratique. À quelques exceptions près, les travailleurs ont agi de manière organisée et ont agi selon leurs propres exigences. Dans certaines villes, entreprises et places centrales, ils ont organisé plusieurs rassemblements à l’appui du MRN. La plus grande manifestation a eu lieu à Donetsk le 28 mai 2014. Environ un millier de mineurs ont pris part à la marche pour protester contre «l’opération antiterroriste» dans le Donbass. Il est passé deux jours après le bombardement de la ville par l’aviation de Kiev. Les combats ont considérablement accru la menace d’une situation d’urgence dans les entreprises. Les bombardements dans les sous-stations signifient pour les mineurs la mort inévitable, alors ils sont sortis en protestation dans les rues.

Dans le Donbass, la plupart des travailleurs s’opposaient au coup d’Etat de Kiev et, par conséquent, ils sympathisaient avec le DNR. Le fait est que les participants de l’ ‘ »euromaydan » ont traité le prolétariat du Donbass avec dédain, l’ont appelé « bétail » et avant que le coup d’Etat ne fasse irruption dans le sud-est, espérant y exporter une « révolution ». En relation avec le fait que les oligarques de Donetsk, soutenaient «l’EuroMaidan», le prolétariat s’y opposait également. Des slogans anti-oligarchiques ont résonné dans le Donbass, mais ils n’ont pas été provoqués par une protestation contre l’exploitation en tant que telle, mais contre les capitalistes en tant que partisans et participants à un coup d’État. Ici, nous ne traitons pas d’une position de classe, mais du patriotisme local. Et ce n’est pas surprenant, car l’introduction de la conscience de classe est la tâche des communistes.

La conclusion suivante peut être tirée des événements dans le Donbass. Dans certaines circonstances, les masses émergent d’un état indifférent et sont prêtes non seulement à participer passivement aux événements, c’est-à-dire à participer à des rassemblements et à voter lors d’un référendum, mais aussi à prendre des mesures actives. Ils sont prêts non seulement à sympathiser avec l’idée, mais aussi à se battre pour cela. Ceci s’applique aux travailleurs. Ainsi, avec le déclenchement des hostilités, la «Division minière» a été créée, qui comprenait notamment les mineurs de la mine Skochinsky. Un des commandants d’unité est aussi un mineur. Actuellement, il dirige une organisation syndicale. La division a pris part à de nombreuses batailles, y compris des batailles pour Shakhtersk. L’expérience militaire des travailleurs du Donbass, bien sûr, ne passera pas sans laisser de traces. La condition nécessaire pour la victoire de la révolution socialiste est le prolétariat, durci dans les batailles, dirigé par le Parti communiste révolutionnaire. Mais le rôle du parti dans le mouvement ouvrier est déjà dans les parties suivantes de l’article, qui seront basées sur les travaux de Lénine, Lukacs et Gramsci.

Stanislav Retinsky, secrétaire du Comité central du CPDPR

 

Le cri du coeur de Macron : le statut de Maurice Thorez, voilà l’ennemi ! par Gil Rodrigue

  • Non seulement Macron a désigné Maurice Thorez, mais les médias ont censuré cette référence de son discours. Les mêmes médias qui n’avaient pas fait état de la différence de ce qu’il disait en anglais et en Français à Davos sur les « réformes » imposées à la France, ont continué leur oeuvre de destruction de la mémoire en supprimant toute référence au rôle des ministres communistes dans leur application du programme de la Résistance, et la vigilance que ce parti a exercé sur tous ces « conquis ». Cela aurait peut-être témoigné à quel point la France a besoin d’un vrai parti communiste et donné du punch à notre Congrès. Toutes choses que le capital a le souci d’éviter.  (note de danielle Bleitrach)

On le savait depuis longtemps : la bourgeoisie, l’oligarchie et le patronat n’ont jamais admis les conquêtes de la Libération dans un moment qui leur était défavorable compte-tenu de leur attitude vis-à-vis de l’occupant nazi.

Denis Kessler assureur ex-responsable CFDT avait donné une traduction extrêmement claire à cette attitude en déclarant en 2007 dans la revue Challenges :

 » il s’agit aujourd’hui « de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! « 

Et c’est de l’étranger, au cours de son voyage en Tunisie que macron martelle :

« La fonction publique ne doit pas être une citadelle protégée ! »

Et étrangement bien que dans ses déclarations il ait nommément fait directement allusion à l’action de Maurice Thorez en 1947, cette référence a disparu des compte-rendu de la presse ‘Le Figaro, l’Express …)

Pourtant MACRON a bel et bien déclaré les choses suivantes :

« Enfin regardez les choses en face, nous avons aujourd’hui une fonction publique qui procède mémoire du statut de Maurice Thorez de 1947 … »

Nous y voilà donc!

Accompagnant l’objectif immédiat de supprimer 120.000 fonctionnaires, il s’agit dans la foulée avec l’argent public d’organiser dans le secteur public une sorte de plan social à partir de situations personnelles et de s’en prendre aux garanties statutaires en recrutant -car il faut bien faire face tant bien que mal aux besoins des populations- des contractuels en lieu et place de fonctionnaires .

Diminuer les effectifs, réduire les capacités d’intervention du secteur public ça risque cependant de mal passer dans le même moment où dans les hôpitaux, les EHPAD, les prisons, l’école, l’Université éclate de manière criante le manque de personnels et le véritable burn-out des personnels confrontés à ces pénuries massives et à un management calqué sur la philosophie et les impératifs de rentabilité du privé.

Dans ce contexte on ne s’étonnera pas que la CFDT se déclare prête à négocier avec le pouvoir, justifiant allant au devant de la politique mortifère du pouvoir

Marise JACQUOT de la CFDT déclarant à propos du plan de départ des fonctionnaires :

« Si c’est un choix de l’agent que de quitter la fonction publique pour des raisons qui lui sont propres il est tout-à-fait possible d’en discuter.Des dispositifs ont déjà existé, ont eu un succès d’ailleurs mitigé. Il convient que sur ces sujets là rapidement on puisse  échanger avec le gouvernement, ouvrir des négociations  »

Tandis qu’à la CGT c’est plutôt au combat qu’on se prépare!

Baptiste TALBOT secrétaire CGT des services publics:

« Moi, personnellement je n’aurais pas le réflexe… je n’ai pas l’intention d’aller discuter de la longueur de la corde avec laquelle on veut pendre la fonction publique!  »

Tant il est vrai que comme le disait notre cher Krasu :

 

 

L’humanité : Une machine de guerre contre le service public par Anicet le Pors

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VENDREDI, 3 NOVEMBRE, 2017
L’HUMANITÉ
Après la présentation du comité action publique 2022 (cap 22). Par Anicet Le Pors, ancien ministre de la Fonction publique. Si c’est Maurice Thorez qui a instauré le statut de la fonction publique, Anicet le Pors a complété son oeuvre.L’institut Montaigne dont il fait état de la présence de nombreux membres chargés des réformes c’est le patronat, en particulier AXA dont nous avions montré qu’il soutenait Fillon et Macron, au point de loger celui-ci .Mais l’important dans ce texte c’est la manière progressive mais coordonnée dont vont être menées les attaques, ce qui peut aussi favoriser la montée des luttes et leur unité.Un texte comme on les aime qui au-delà du diagnostic ouvre des perspectives.et en appelle à l’unité.   (note de danielle Bleitrach)

Le premier ministre, Édouard Philippe, a présenté, le 13 octobre 2017, le Comité action publique 2022, le CAP 22. C’est l’expression, selon lui, d’une méthode « radicalement différente ». Mais de quoi ?

Vu l’allégeance au libéralisme du président de la République et de son gouvernement, une méthode certainement différente de celle qui conduirait à la valorisation du service public dans notre pays sur la base des principes républicains qui le fondent. Mais il faut sans doute l’entendre aussi comme différente de la démarche adoptée par Nicolas Sarkozy, qui, quatre mois après son élection, avait appelé, le 19 septembre 2007, à une « révolution culturelle » dans la fonction publique – une attaque frontale contre le statut général des fonctionnaires. Il échouera néanmoins en raison de la crise financière qui se développera l’année suivante, au cours de laquelle chacun se félicitera de pouvoir disposer en France d’un service public étendu, jouant dans la crise le rôle d’un « amortisseur social » efficace.

Le gouvernement d’Édouard Philippe a tiré les leçons de l’expérience. Il met en place une stratégie d’application progressive. Les objectifs affichés sont d’une extrême banalité : il s’agit de tenir compte simultanément des intérêts des usagers (amélioration des services et de la confiance), des agents (modernisation des conditions de travail) et des contribuables (accompagnement de la réduction des dépenses publiques). Le premier ministre met en garde contre trois écueils surprenants qui laissent pointer des intentions plus vraisemblables. La première mise en garde concerne une pratique trop comptable de l’action publique, ce qui ne peut manquer de surprendre concernant un gouvernement qui a placé la fonction publique dans le ministère des… Comptes publics. Le deuxième avertissement critique des analyses qui seraient trop idéologiques. On peut craindre que ce point ne vise les principes républicains fondateurs du service public et de la fonction publique (égalité, indépendance, responsabilité). Le troisième met en garde contre des visions trop théoriques. On peut y voir une conception du service de l’intérêt général ramenée, comme il est dit, « à hauteur d’homme », c’est-à-dire d’un simple pragmatisme du new public management.

Le comité CAP 22 comprend 34 membres, dont la moitié sont d’anciens énarques. On y trouve, selon une récente analyse de Mediapart, de nombreux experts qui figuraient déjà dans la commission Attali réunie en 2008 par Nicolas Sarkozy, ainsi que plusieurs membres de l’Institut Montaigne, connu pour ses publications ultralibérales. Il y a aussi des hauts fonctionnaires, dont beaucoup ont eu des fonctions importantes dans le privé. Y figurent également des dirigeants d’importantes entreprises privées et de start-up. Quelques élus de droite ou socialistes ralliés en font également partie. En revanche, n’en font pas partie des experts indiscutables de la justice administrative, des institutions et de la recherche, des élus de l’opposition, des représentants des organisations syndicales. Le comité doit remettre un rapport, fin mars 2018. C’est un délai trop court pour un travail sérieux sur l’ensemble de l’action publique et des structures administratives, ce qui jette un sérieux doute sur la sincérité de l’opération. Vingt et un domaines devront être explorés. Le comité disposera de 700 millions pour conduire son action sur le quinquennat.

Ces modalités apparaissent bien conformes avec ce que l’on sait des visions macroniennes. Emmanuel Macron avait, pendant la campagne présidentielle, jugé le statut général des fonctionnaires « inadapté », puis fustigé, dans une interview au Point du 31 août 2017, les personnels à statuts, les « insiders ». C’est sans doute la députée LREM, vice-présidente de l’Assemblée nationale, Cendra Motin, qui a exprimé le plus clairement la conception officielle, assimilant, dans le Monde du 4 août 2017, les fonctions publiques à autant d’entreprises d’un même groupe financier. Au-delà de ces préliminaires, il ne fait donc pas de doute que le pouvoir exécutif a déjà une idée précise des réformes qu’il a décidé d’entreprendre en ce qui concerne l’action publique. Le CAP 22 n’est là que pour préparer le terrain. La lettre aux différents ministres du premier ministre, en date du 28 juillet 2017, est assez explicite, évoquant « des transferts au secteur privé, voire des abandons de missions ».

Considérant ce qui précède, la stratégie d’Emmanuel Macron pourrait comporter trois phases.

Une première serait la mise en place de CAP 22 dont la banalité des objectifs affichés est de nature à rassurer. Les travaux du comité se rallient aux mesures prédéfinies de réduction des missions du secteur public, tout en mettant l’accent sur le caractère inapproprié de sa gestion par une intense communication. La deuxième phase consisterait à la réduction du périmètre du secteur public par privatisations, économie mixte, dérégulation et délégation de service public. Cela permet le développement des contrats de recrutement de droit privé négociés de gré à gré. La contractualisation des emplois devient dominante dans de nombreux domaines du service public.

Enfin, la troisième phase s’appuierait sur la réduction du service public aux seules fonctions régaliennes de l’État, dont les agents sont les seuls à être placés dans une position statutaire. Cela comprend la généralisation des conventions collectives dans le reste des activités de service public.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Deux facteurs sont de nature à faire échec à cette stratégie. D’une part, la longueur du processus au cours duquel des aléas peuvent survenir et le fait que la politique d’Emmanuel Macron sera de plus en plus contestée. D’autre part, la prise de conscience des agents du service public et plus particulièrement des fonctionnaires, décidés à défendre la conception française du service public et de la fonction publique. Mais rien n’est acquis non plus…

A notamment coécrit avec Gérard Aschieri la Fonction publique du XXIe siècle (L’Atelier, 2015).
Cap 22 « changer d’ère » ?
« Notre pays change d’ère, nos services publics le doivent aussi », a expliqué le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, lors du lancement officiel, le vendredi 13 octobre, par le premier ministre Édouard Philippe, du Comité action publique 2022. Le CAP 22 est censé mener « une réflexion sur la transformation ambitieuse de l’action publique ».

 

Fonction publique : le gouvernement propose un plan de départs volontaires et davantage de contractuels

 

A Paris, en soutien aux communistes polonais : au nom de l’internationalisme prolétarien

 

« KPP, solidarité ! » « Kaczynski fasciste, vive le Parti communiste ! » « Elle est pourrie l’Union européenne qui bénit les fascistes et traque les communistes ! » Les slogans fusent. Il est 14h 30 ce samedi 27 janvier 2018 lorsque des dizaines de personnes manifestent devant l’ambassade de Pologne à Paris leur solidarité avec le Parti communiste polonais (Komunistyczna Partia polski / KPP) dont deux militants sont poursuivis par la justice polonaise.

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Ils risquent deux ans de prison pour avoir écrit des articles… Pour avoir exprimé une opinion, dans Brzask, la revue du KPP, et sur le site internet d’une organisation pourtant légale ! Quel bel exemple de « démocratie » et de « respect du pluralisme » que cette Pologne de la restauration capitaliste ! A l’ombre des drapeaux rouges marqués du marteau et de la faucille ou aux couleurs du pays de Mickiewicz, les intervenants se succèdent*.

Leur procès aura lieu ce jeudi 1er février à Dąbrowa Górnicza (Haute-Silésie). Ils risquent deux ans de prison pour avoir écrit des articles… Pour avoir exprimé une opinion, dans Brzask, la revue du KPP, et sur le site internet d’une organisation pourtant légale ! Quel bel exemple de « démocratie » et de « respect du pluralisme » que cette Pologne offerte, depuis 1990, à la restauration capitaliste !

La situation économique dans cette Pologne capitaliste devenue un « réservoir de main-d’œuvre taillable et corvéable à merci ». La répression anticommuniste qui affecte non seulement la Pologne, mais aussi la Hongrie, les pays baltes ou encore l’Ukraine. La montée de l’autoritarisme en France même, à travers la  criminalisation soutenue du mouvement social (4 300 militants poursuivis dans le cadre de la lutte contre la loi Travail). La fascisation qui « accompagne la marche  de l’Europe supranationale et néolibérale » et la nécessaire solidarité internationaliste de classe qui unit les communistes par-delà les frontières.

Le ton est à la contre-offensive.

 

 

 

Un premier pas vers la délégalisation du KPP ?

 

Une représentante du KPP est alors invitée à prendre la parole. Une ovation lui est réservée. « En Pologne, on se sent parfois bien seuls, envahis par l’anticommunisme et aux prises avec la démonisation de notre passé et de la Pologne populaire », commente-t-elle. Elle se dit « ravie de vous voir ici. C’est un grand espoir pour nous ». Et de rappeler que « ce procès est un élément clé des répressions contre la gauche révolutionnaire et communiste en Pologne.

Cette accusation est le premier instrument afin d’interdire, de délégaliser le Parti communiste polonais et de criminaliser l’idée communiste ». A ses côtés ont pris position une figure de la résistance communiste en Indonésie, un membre du conseil national du PCF et aussi des « camarades italiens ».

Le rassemblement se termine aux sons de La Varsovienne et de L’Internationale interprétée en polonais !

 

Manifestations en Europe

 

De Varsovie, prévenus du succès de cette mobilisation, les dirigeants du KPP se félicitent ! Des manifestations similaires ont eu lieu à Berlin, Londres, Moscou, Leningrad, Madrid et Barcelone… Une ombre au tableau cependant : Tomasz Młynarski, l’ambassadeur de Pologne à Paris, a refusé de recevoir une délégation sous prétexte d’un « agenda chargé ».

« La valeur d’un homme ne se mesure pas à son statut. La valeur d’un homme réside dans son courage », révèle une citation célèbre. D’aucuns en manquent assurément…

Les amis d’edouard Gierek

Note :

(1) Ont successivement pris la parole lors de ce rassemblement : Les Amis d’Edward Gierek, le Comité internationaliste pour la solidarité de classe (CISC), la Coordination communiste 59/62, le Front syndical de classe (FSC), Jeunes pour la renaissance communiste en France (JRCF), Parti communiste de la Fédération de Russie, Parti communiste révolutionnaire de France (PCRF), Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), Parti communiste polonais (KPP).

 

 

 
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Publié par le janvier 30, 2018 dans Europe, SYNDICATS et LUTTES SOCIALES

 

Panthéon : qui a peur de Martha Desrumaux ?

je n’ai pas vu passer la pétition donc je n’ai pas pu la signer, mais cet article dit assez l’adhésion de ce blog consacré à l’histoire du point de vue du prolétariat et des exploités à quel point il faut appuyer cette revendication qui n’est que justice. Ma colère fut grande contre le minable François hollande qui a de fait interdit le présence de communistes, mais aussi d’ouvriers au Panthéon. C’est une campagne qui a reçu l’appui de tout le nord au-delà des communistes de ces départements, il faut qu’elle soit reprise par la direction du PCF, par la CGT. La place de cette femme au destin si fort doit être au Panthéon comme d’ailleurs cet autre ouvrier qui a tant donné à la France que fut ambroise Croizat, le créateur de la sécurité sociale (note de Danielle Bleitrach)

(DR)

Figure majeure du mouvement ouvrier en France et de la résistance, cette féministe décédée en 1982 aura voué son existence au service des plus fragiles. Une nouvelle pétition demande son inhumation au Panthéon. Emmanuel Macron réserve sa réponse. Son destin extraordinaire plaide pour elle.

« Etre une femme, une ouvrière et venir du Nord, c’est une triple pénalité ! s’enflamme Laurence Dubois, la présidente  des ami.es de Martha Desrumaux. En faisant entrer Martha au Panthéon c’est toute la classe ouvrière que l’on honore ! »

Parmi les ouvriers qui ont participé au chantier du Panthéon, au 18ème siècle, beaucoup venaient de la Creuse. Mais aucun ouvrier, à ce jour, homme ou femme,  ne repose dans le prestigieux monument

Parmi les ouvriers qui ont participé au chantier du Panthéon, au 18ème siècle, beaucoup venaient de la Creuse. Mais aucun ouvrier, à ce jour, homme ou femme,  ne repose dans le prestigieux monument
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De fait, en examinant le profil des résidents du Panthéon, qui compte cinq femmes (avec Simone Veil) contre 76 « grands hommes », force est de constater qu’il n’y a aucune personnalité issue de la classe ouvrière. On trouve des militaires, des artistes, des politiques, des scientifiques mais aucun prolétaire.
La France aurait-elle honte de ces ouvriers qui l’ont construite ? « Certes, insiste Laurence Dubois, Martha était cégétiste, communiste , féministe d’avant garde mais aujourd’hui, elle dépasse les clivages ! Elle aura consacré ses forces à défendre et valoriser les anonymes, ceux dont le militantisme et le travail ont aussi contribué au développement des valeurs de notre société. «  .
La pétition instruite par cette présidente passionnée dépasse désormais les 4000 signatures. Et le compteur continue de s’emballer…

Martha Desrumaux, autodidacte de choc

Née le 18 octobre 1897 à Comines (Nord), orpheline de son père à neuf ans, elle devient une « petite bonne » dans une famille bourgeoise avant d’intégrer une entreprise textile, dès l’année suivante. Son enfance est confisquée par le monde du travail. Martha Desrumaux  a dix ans. Elle découvre l’extrême dureté du quotidien ouvrier. A 13 ans, elle se syndique à la CGTU, la toute jeune Confédération Générale des Travailleurs qui, devenue CGT, comptera près de 4 millions d’adhérents au début des années 30.

Carte postale de 1910

Carte postale de 1910

En 1917, cette autodidacte de choc organise sa première grève aux usines Hassebroucq. Une victoire. Elle n’a que 20 ans, ne sait ni lire ni écrire, mais cela ne l’empêche pas de signer le protocole d’accord qui signifie l’arrêt du mouvement… et lui construit une solide réputation.

En 1928, à la suite de son action lors des grèves très dures d’Halluin où l’on refuse  aux ouvriers du textile une augmentation de 50 cts, elle est inculpée, en novembre 1929, de « complot contre la sécurité intérieure de l’État ».
Le tribunal correctionnel de Lille la condamne le 15 février 1930 à huit jours de prison avec sursis.

Martha Desrumaux, à droite sur la photo, dans un groupe du textile à Lyon, en 1919.

Martha Desrumaux, à droite sur la photo, dans un groupe du textile à Lyon, en 1919.
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La rencontre Martha Desrumaux avec Clara Zetkin

En 1921, elle adhère au Parti Communiste et apprend à lire et à écrire. En 1927, elle part, seize mois durant, à Moscou à l’Ecole léniniste internationale où l’accueillent les instances féminines du parti bolchevik, les jetnodel. Avant son départ, le comité régional communiste notait à son sujet : «  Excellente militante. Dévouée active, excellente agitatrice. Avec une éducation politique plus complète, pourrait rendre de grands services au Parti. Approuve et défend la politique du Parti. Remplit ses fonctions avec conscience et dévouement. ». 

Clara Zetkin (1857-1933)<em>" Le droit de vote sans liberté économique n'est ni plus ni moins qu'un chèque sans provision."</em>

Clara Zetkin (1857-1933) » Le droit de vote sans liberté économique n’est ni plus ni moins qu’un chèque sans provision. »

Outre son futur mari, Louis Manguine,ouvrier métallurgiste, elle y rencontre Clara Zetkin qui a lancé quelques années plus tôt, en 1910, l’idée d’une journée internationale des femmes.
On peut lire sur son rapport d’évaluation qui conclut son long  séjour :  » L’école lui a fait découvrir et lui a révélé le mouvement ouvrier, son histoire et le fond de notre doctrine et tactique de lutte. Elle est enthousiaste et d’un dévouement illimité pour le parti.  » et un autre document précise :  » Pas bonne pour l’organisation. Bonne pour le travail de masse dans les milieux du textile du Nord. Peut faire du travail dans l’illégalité. Pas de travail spécial. Confiance absolue. « 
A son retour en France, elle devient  la première femme élue au comité central et à la commission féminine du PC . Elle continue d’être de tous les combats sociaux.
A Paris, on a beau moquer son accent ch’ti et sa grande taille (1,75m), la voici désormais devenue une personnalité solide et respectée au sein de la classe ouvrière.
En septembre-octobre 1928, elle travaille à l’usine Tiberghien à Tourcoing, où elle organise et dirige avec succès la grève des  » dix sous  » contre la baisse des salaires décrétée par le patronat du Textile.

L’ organisation des marches de la faim

Un peu partout en Europe, les mouvements ouvriers organisent  des « marches de la faim ». En novembre 1933, entre Lille et Paris, une centaine de sans-emploi font le

Marthe Desrumaux dans le film "La vie est à nous"

Marthe Desrumaux dans le film « La vie est à nous »

déplacement. Le parcours se fait en une quinzaine de jours, conduit par Martha Desrumaux et Charles Tillon.
Elle apparait dans le film de Jean Renoir « La vie est à nous  » (1936) et sera la seule femme membre de la délégation ouvrière chargée de négocier les « accords de Matignon » qui, placés sous l’arbitrage du Président du Conseil Léon Blum, entérinent les conquêtes du Front populaire ( les congés payés, la réduction du temps de travail et l’établissement des conventions collectives.)
Pour appuyer sur les négociations, Martha est venue avec les fiches de paye des ouvrières du textile du Nord, indicateurs précieux des salaires de misère alors en vigueur.Rentrée dans la clandestinité en automne 1939, Martha, qui reste fidèle au Parti Communiste, a perdu tous ses mandats syndicaux après avoir refusé de dénoncer le pacte germano-soviétique, ce traité de non-agression entre l’Allemagne et l’Union  soviétique.
Réfugiée un temps à Bruxelles, elle réorganise le PCF et revient à Lille le 6 juin 1940 où, à la mi-juillet, avec l’aide de jeunes communistes, elle saccage l’office de la propagande nazie. La voici devenue l’une des principales organisatrices de la Résistance dans le Nord-Pas-de-Calais.

Martha Desrumaux (première personne à gauche sur la photo) à la tribune de l'Union des Jeunes Filles de France)

Martha Desrumaux (première personne à gauche sur la photo) à la tribune de l’Union des Jeunes Filles de France)
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L’ héroisme des mineurs en juin 1941

La région est l’enjeu de toutes les attentions allemandes.
Riche en réserve de charbon, sa production doit impérativement alimenter l’effort de guerre.  Avec le soutien d’autres

militants,  dont Auguste Lecoeur et un grand nombre  de femmes, Marthe lance une  grève générale et patriotique fin mai-début juin 1941 et, le 3 juin, l’ensemble du bassin minier est touché.
Sur les 143 000 mineurs recensés, 100 000 cessent le travail. La répression qui s’ensuit est particulièrement violente. Des dizaines de personnes sont fusillées, 450 sont arrêtées et parmi elles, 244 mineurs sont déportés en Allemagne.
Cette fronde aura coûté près de 500 000 tonnes tonnes de guerre à l’économie allemande. Mais on traque les meneurs de ce mouvement. Parmi eux, Emilienne Mopty et Martha Desrumeau.  Toutes deux faisaient parties d’une liste d’otages dressée par le préfet Fernand Carles.

Un « <em>block</em> » d'internement du camp de Ravensbrück.

Un « block » d’internement du camp de Ravensbrück.
Privatarchiv Norbert Radtke (Wikipédia)

Ravensbrück

En fait, Martha est victime d’une mesure mise en place par le régime nazi, la détention de sécurité (Schutzhaft). Elle permet la détention arbitraire d’une personne considérée comme dangereuse pour la sécurité du Reich.
Elle est arrêtée le 27 août 1941 et déportée, sans jugement, le 28 mars 1942 à Ravensbrück, le camp de concentration réservé aux femmes. Elle se lie avec les déportées antifascistes des pays de l’Est et organise une résistance clandestine dans le camp. Son extême humanité constitue un oxygène vital pour les prisonnières et les enfants internés.

Martha après sa libération par la Croix Rouge Danoise

Martha après sa libération par la Croix Rouge Danoise

Lili Leignel alors âgée de 11 ans,  se souvient:  »  Martha disait : C’est nin possible, des gosses comme ça dans les camps ! Elle négociait auprès de celles qui pouvaient recevoir des colis quelques friandises pour mes petits frères.  « .

Martha Desrumaux est chargée de vérifier, aux douches, que les détenues n’ont ni poux, ni gale.
Marie-Claude Vaillant-Couturier se souviendra : « Elle arrivait à parler aux femmes, en dépit de la présence des SS, essayait de les aider à supporter le premier choc et de les avertir de ce qu’il fallait faire pour éviter l’extermination : ne pas se déclarer malade, ne pas montrer ses infirmités pour ne pas recevoir la carte rose, ne pas se dire juive« .
Martha Desrumaux fait la connaissance de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, et de
Germaine Tillion, grande résistante internée dans le camp, qui constatera que les Françaises sont  » les plus détestées et les plus maltraitées dans les usines et dans les ateliers  » et qu’elles se trouvent  » écartées des postes avantageux et des travaux les moins pénibles « . 

Au sujets de ces années d’épouvante, Marthe laissera un témoignage  :  «  Pour ceux qui ont connu la véritable Résistance du maquis (…) il peut paraître vain de parler de “résistance” dans un camp de concentration. Il est vrai que l’immense masse des détenues (…) était amorphe, affaiblie par la sous-alimentation, usée par le travail, minée par la maladie (…). Mais il est certain aussi que de cette masse se dégageait (…) une sorte de bouée qui surnageait et à laquelle les faibles se raccrochaient. Chacune était déjà un embryon de résistance, et c’est leur réunion qui constitua une véritable organisation de résistance.  »

En avril 1945, par l’intermédiaire de la Croix-Rouge, elle est échangée avec 299 autres détenues de Ravensbrück contre 300 femmes SS détenues en France. Elle est  élue maire-adjointe de Lille le 13 mai puis est députée, pour deux mois, à la première Assemblée constituante, le 3 octobre 1945.  Elle décède le mardi 30 novembre 1982, quelques heures après la mort de son mari.

Martha Desrumaux au Panthéon ? En septembre 2013, le Président Hollande avait reçu le dossier, examiné l’affaire…. sans jamais donner aucune suite à cette demande pourtant soutenue par toute la région Nord.
Pourquoi un tel mépris silencieux concernant cette femme hors du commun ? L’historien Pierre Outerryck avance une explication : »Elle était femme, ouvrière et n’a pas produit d’écrit. Elle venait elle de province et elle est restée dans l’ombre des médias. Pourtant, ce pays a été bati par des mains d’ouvrier et une partie de notre législation et en particulier ce qu’on appelle « le pacte républicain » a été construit  grâce au concours d’ouvriers. »
Le président Macron, originaire des mêmes terres, saura-t-il s’en souvenir ?

Martha Desrumaux et son mari vers la fin de leur vie, à Evenos (Var)<br />  

Martha Desrumaux et son mari vers la fin de leur vie, à Evenos (Var)
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