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Archives de Catégorie: civilisation

Marx et les marges du monde par Alain gresh

cet article d’ Alain Gresh, date du  8 août 2011, c’est le compte-rendu d’un livre. Quand je l’avais lu ce texte m’avait beaucoup frappé parce que dans le fond il correspondait à une des raisons de la fascination que Marx avait toujours exercé sur moi au-delà de ses travaux scientifique, du Capital en particulier. On retrouve d’ailleurs dans le Capital cette dimension que je décrirai comme l’intérêt pour les civilisations et la manière dont les mouvements prolétariens, la domination de classe, « les dictatures » sur le modèle de la Révolution française, contribuent à exprimer ce qu’il appelle « les besoins du monde » ou plutôt des « régions du monde où elles se produisaient la France et l’Angleterre » dit-il dans un article de la Gazette rhénane dont je me propose de vous faire connaître des extraits.Ce qui m’intéresse aujourd’hui dans ce qu’il m’arrive d’appeler l’archipel communiste c’est l’extraordinaire plasticité des révolutions communistes,dont l’URSS est à elle seule un modèle, la manière dont elles se sont incarnées dans des situations très hétérogènes.. Ce qui est vrai pour Cuba et dans toute l’Asie y compris en Chine, ce continent millénaire. Si ce blog a une vocation c’est bien celle de cette exploration de la réalité des civilisations communistes, des traces laissées et je dois dire que je me sens de plus en plus désireuse de consacrer les dernières années de mon existence à cette exploration, quitte à abandonner un peu les aspects militants immédiats. (note de danielle Bleitrach).
Marx et les marges du monde

 

Le but de ce blog et de mon compte Twitter est d’essayer faire passer une autre information sur l’Orient. Il ne s’agit pas seulement de tenter de donner des nouvelles différentes, ni d’analyser ce qui s’y passe, mais aussi de changer la grille de lecture à travers laquelle nous regardons l’Orient. Il faut arriver à se défaire de cette vision eurocentriste et occidentalo-centriste qui caractérise souvent les médias et les intellectuels, y compris de gauche.

C’est pour cette raison que j’évoque ici ce livre qui pourrait apparaître bien loin des sujets habituels, celui de Kevin B. Anderson, Marx at the Margins. On Nationalism, Ethnicity, and Non-Western Societies (The University of Chicago, 2010). (Mai 2015, le livre vient d’être traduit en français par les éditions Syllepse, sous le titre Marx aux antipodes).

L’auteur, professeur de sociologie et de science politique à l’université de Californie-Santa Barbara, explore le cheminement de la pensée de Karl Marx, en s’appuyant sur des textes souvent méconnus (une partie importantes de l’œuvre de Marx reste non publiée). Il explore la pensée de Marx sur la Chine et l’Inde, sur la Russie, sur la guerre civile aux Etats-Unis (et les questions de race et de classe), sur l’Irlande (rapport entre nationalisme et classe), sur ces « marges du monde », loin du centre capitaliste. Captivant et stimulant.

Au point de départ, le Manifeste communiste publié en 1848 qui affirme : « Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l’amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elles la prétendue civilisation, c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image. » Malgré les réserves exprimées par le terme « prétendue », le ton est donné : le capitalisme apporte des bouleversements qui sont un progrès et l’Europe montre la voie à toutes les nations du monde.

Quand, en juin 1853, Marx examine la politique britannique en Inde, il suggère que toutes les sociétés, y compris l’Inde, sont destinées à suivre la même voie que l’Europe, celle du développement capitaliste. A ce point de son travail, il s’agit même d’un « grand récit » (marqué par la pensée de Hegel). Marx célèbre les effets positifs de la civilisation supérieure britannique sur la civilisation inférieure indienne
 (1).

Ce n’est qu’à partir de 1856 et de la deuxième guerre de l’opium que Marx commence à écrire plus systématiquement sur la Chine. Alors qu’il a justifié en partie la première guerre de l’opium (1842-1843), en dépit de son prétexte « infâme », car elle entraînait l’ouverture de ce pays au commerce, il condamne beaucoup plus clairement la seconde. Marx reconnaît de plus en plus le caractère destructeur du développement capitaliste et conteste son caractère progressiste.

Sur les mouvements nationaux en Pologne et en Irlande. Marx pensait dans les années 1847-1848 que la libération de la Pologne serait le résultat de la révolution prolétarienne, alors que dans les années 1860, il pensait à l’inverse que la libération de la Pologne serait la condition du développement du mouvement ouvrier, notamment en Allemagne. Il adoptera le même point de vue sur l’Irlande. Dans une lettre à Engels du 10 décembre 1869, il écrit : « Longtemps j’ai cru que la chute du régime en Irlande [rappelons que ce pays faisait partie alors du Royaume-Uni] par l’ascension de la classe ouvrière anglaise. (…) Des études plus approfondies m’ont amené au point de vue contraire. La classe ouvrière anglaise ne pourra rien accomplir avant de s’être débarrassée de l’Irlande. Le levier doit s’appliquer en Irlande. C’est pour cela que la question irlandaise est si importante pour le mouvement social (2). »

C’est que Marx a compris à quel point l’oppression d’une nation par une autre peut affecter la classe ouvrière du pays dominant. Et d’expliquer que « l’ouvrier ordinaire anglais hait l’ouvrier irlandais qu’il voit comme un concurrent qui pèse sur son niveau de vie (en faisant baisser les salaires). Il se sent supérieur à l’Irlandais car il appartient à la nation dominante et devient ainsi un instrument des aristocrates et des capitalistes anglais contre l’Irlande, renforçant ainsi leur pouvoir sur lui-même. (…) Cet antagonisme est le secret de l’impuissance des ouvriers anglais malgré leur organisation. Il est le secret du maintien de la domination capitaliste (3). »

Durant la guerre civile aux Etats-Unis (1861-1864), Marx s’engagea en tant que journaliste et en tant que dirigeant de la Ière Internationale (créée en 1864). Il saluera l’œuvre de Lincoln, même s’il critiqua à plusieurs reprises son refus de s’engager dans une guerre révolutionnaire en intégrant des Noirs dans l’armée ou en appelant les esclaves à se révolter. Dans une adresse au peuple américain de 1865, l’Internationale met en garde : « Faites que tous les citoyens soient déclarés égaux en droit et libres, sans aucune restriction. Si vous échouez à leur donner leurs droits alors que vous leur demandez de respecter leurs devoirs, il restera une lutte pour l’avenir qui peut de nouveau faire verser le sang de votre peuple (4). » La libération des Noirs deviendra une condition de l’émancipation des travailleurs.

Dans ses cahiers pour préparer Le Capital et dans ce dernier ouvrage (le livre I), il affirme de plus en plus que son travail concerne l’Europe et que l’Inde, la Chine ou même la Russie doivent être étudiées de manière spécifique, car leur histoire ne rentre pas dans le cadre des « stades successifs » de développement : sociétés primitives, esclavagisme, féodalisme, capitalisme. Il introduit le mode de production asiatique et revient de manière positive sur les formes de propriété communale qui se sont maintenues dans ce pays (mais aussi en Russie).

Durant la dernière décennie de sa vie, le travail de Marx fut considérable mais, pour l’essentiel, non publié. L’auteur se penche sur son analyse des sociétés iroquoise et grecque ancienne, sur l’Inde, l’Indonésie, l’Algérie, l’Amérique latine, et surtout la Russie. Dans une lettre publiée après la traduction en russe du Capital, Marx note que la fatalité du développement du capitalisme tel qu’il la décrit est « restreinte aux pays de l’Europe occidentale ».

En conclusion de son ouvrage, Anderson écrit : « En résumé, j’ai montré dans cette étude que Marx avait développé une théorie dialectique du changement social qui n’était ni unilinéaire (succession de modes de production), ni fondée uniquement sur les classes. Au fur et à mesure que sa théorie du développement social évoluait dans une direction multilinéaire, sa théorie de la révolution se concentrait de manière croissante sur l’intersection entre classe, ethnicité, race et nationalisme. Certainement, Marx n’était pas un philosophe de la différence au sens post-moderne du terme, car la critique d’une entité supérieure, le capital, était au centre de son entreprise intellectuelle. Mais cette centralité ne signifiait pas l’exclusivité. La théorie sociale du Marx de la maturité tournait autour du concept de “totalité” qui n’offrait pas seulement l’avantage de laisser une grande place aux particularités et aux différences, mais aussi, dans certains cas, faisait de ces particularités – race, ethnie, ou nationalité – des éléments déterminants de la totalité (5). »

Toutes ces réflexions sont importantes pour comprendre le monde d’aujourd’hui et l’articulation entre les problèmes de « classe », de « nation », de « race » et aussi de « genre ». Contre l’idée qu’il suffit de résoudre la question sociale pour résoudre les autres « problèmes », Marx a ouvert la voie à une réflexion bien plus fructueuse et à une articulation des divers niveaux de luttes.

Alain Gresh

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(1« First, Marx suggest that all societies, including India, are destined to tread the same pathway as was the West, that of capitalist development. It is virtually a grand narrative at this point in Marx’s work » (influence de Hegel) ; « Second, he repeatedly extolls the beneficial effects of Brittain’s “higher” civilization on India’s “lower” one. » (p. 20)

(2« For a long time, I believed it would be possible to overthrow the Irish regime by English working class ascendancy. I always took this viewpoint in the New York Tribune. Deeper study has now convinced me of the opposite. The English working class will never accomplish anything before it has got rid of Ireland. The lever must be applied in Ireland. This is why the Irish question is so important for the social movement in general. » (p. 144)

(3« All industrial and commercial centers in England now have a working class split into two hostile camps, English proletarians and Irish proletarians. The ordinary English worker hates the Irish worker as a competitor who forces down the standard of life. In relation to the Irish worker, he feels himself to be a member of the dominant nation and, therefore, make himself a tool of his aristocrats and capitalists against Ireland, thus strengthening their domination over himself. (…) This antagonism is the secret of the powerlessness of the English working class, despite its organization. It is the secret of the capitalist class’s maintenance of its power. And the latter is fully conscious of this. » (pp. 149-150)

(4« Let your citizens of to-day be declared free and equal, without reserve. If you fail to give them their citizen’s rights, while you demande citizen’s duties, there will yet remain a struggle for the future which may again stain your country with your people’s blood. »(p. 113)

(5« In sum, I have argued in this study that Marx developed a dialectical theory of social change that was neither unilinear nor exclusively class-based. Just as his theory of social development evolved in a more multilinear direction, so his theory of revolution began over time to concentrate increasingly on the intersectionality of class with ethnicity, race, and nationalism. To be sure, Marx was not a philosopher of difference in the postmodernist sense, for the critique of a single overarching entity, capital, was at the center of his entire intellectual enterprise. But centrality did not mean univocality or exclusivity. Marx’s mature social theory revolved around a concept of totality that not only offered considerable scope for particularity and difference but also on occasion made those particulars – race, ethnicity, or nationality – determinants for the totality. Such was the case when he held that an Irish national revolution might be the “lever” that would help to overthrow capitalism in Britain, or when he wrote that a revolution rooted in Russia’s rural communes might serve at the starting point for a Europe-wide communist development. » (p. 244)

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Noam Chomsky explique ce que « l’aide humanitaire » cache

 en provenance de Cubadete… Là aussi un bilan s’impose, quelle a été dans tous ces cas de figure, la position de la France, de la gauche et qu’elle a été celle des directions successives du PCF depuis Robert hue du PCF ?

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Le linguiste, philosophe, politologue et activiste américain Noam Chomsky. Photo: Reuters.

Le concept d’aide humanitaire est presque toujours un  acte agressif mené par un pouvoir qui, du point de vue de l’agresseur, se présente comme  une aide humanitaire, mais pas du point de vue des victimes , explique le philosophe Noam Chomsky . Selon le linguiste et politologue, les Etats-Unis le reconnaissent publiquement et ses actes participent  du domaine de l’empire traditionnel.

Premier exemple d’aide humanitaire: le bombardement de la Serbie en 1999

Les forces de l’ Albanie ont perpétré des attaques terroristes sur le territoire serbe pour obtenir une réponse de son gouvernement ce qui  servirait de justification à l’ OTAN (alliance militaire intergouvernementale Organisation du Traité de l’ Atlantique Nord), pour entrer dans le pays, à savoir, une intervention du États-Unis . Les pertes estimées étaient élevées des deux côtés: deux mille victimes.

Quand ils ont repris l’invasion, le général américain en charge, Wesley Clark , a informé Washington du résultat de l’attaque américaine. Cela intensifierait les atrocités, car la Serbie n’étant pas capable de répondre militairement en bombardant les États-Unis,  a répondu par la terre, en expulsant les terroristes albanais du Kosovo , juste après les bombardements américains.

Mais la grande couverture médiatique fut celle de la criminalisation de Slobodan Milošević (ancien président serbe) envoyé devant la Cour pénale internationale pour une accusation de crimes de masse, qui couvrirent  les bombardements  perpétrés par les États-Unis contre sa population.

Tout ceci a déjà été décrit et fut présenté  comme une intervention humanitaire, dit Chomsky.

L’intervention militaire des États-Unis en Serbie a causé des milliers de morts. Photo: Archive

Les interventions pour l’aide humanitaire sont-elles légales?

L’ Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution sur la responsabilité de protéger les populations civiles, qui stipule explicitement qu’un acte militaire ne peut être exécuté sans l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ ONU .cette disposition est destinée à  s’assurer que les gouvernements ne répriment pas leurs propres populations.

Cependant, l’activiste américaine explique qu’il y avait une autre commission, présidée par l’ancien Premier ministre australien, Garreth Evans , qui a discuté de la « responsabilité de protéger », tout comme la version de l’ONU, mais avec une différence, « le Conseil de sécurité n’est  pas d’accord pour autoriser une intervention, les groupements régionaux peuvent intervenir par eux-mêmes, quel groupement régional est capable d’intervenir? Il n’y en a qu’un seul et il s’appelle l’OTAN.  »

La «responsabilité de protéger» est légale parce que l’Assemblée générale des Nations Unies l’a autorisée, mais ce qui gouverne actuellement, c’est la version autorisée d’Evans, un bon exemple de la façon dont la propagande fonctionne dans un système puissant, ajoute Chomsky. voir dans les médias.

Un autre exemple d’aide humanitaire: le bombardement de la Libye en 2011

Image d’un bombardement des États-Unis en Libye. Photo prise de Diario El Día.

Une résolution de l’ ONU en 2011 a appelé à la création d’un e zone d’exclusion aérienne en Libye, à l’ exception des vols  dont les buts sont « humanitaire », cette autorisation est devenue diplomatiquement la manière de  résoudre le problème et  Mouammar Kadhafi al’ accepté, en déclarant un cessez-le-feu contre les forces opposées à son gouvernement.

Finalement, Washington a choisi de soutenir une résolution beaucoup plus large que la simple zone d’exclusion aérienne, et a opté pour une occupation militaire du pays.

« Le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis sont devenus la force aérienne de l’opposition. L’une de ses attaques a fini par enterrer Kadhafi et tuer 10 000 personnes, laissant la Libye dans ce qui est aujourd’hui entre les mains des milices », se souvient Noam Chomsky.

A partir de ce moment, il y eut un grand flux de djihadistes armés en Asie occidentale et en Afrique de l’Ouest, qui devint la principale source de terrorisme radical dans le monde, « conséquence de la soi-disant intervention humanitaire en Libye » .

La puissance des Etats-Unis maintenant, avec Donald Trump en tant que président

Noam Chomsky lors d’une visite au Chili. Photo: EFE.

Chomsky a également expliqué que la société doit repenser ce que signifie le pouvoir. Les Etats-Unis, à son avis, restent l’impérialisme. Leur pouvoir est nuisible, mais du point de vue de l’oligarchie, ce pouvoir leur donne tout ce qu’ils demandent, affirme le philosophe. Seulement en termes militaires, cette nation gère 25% de l’économie mondiale, et elle est aussi beaucoup plus avancée dans la technologie que le reste du monde.

Il ajoute que même si, en économie, ils sont en déclin, ce serait une erreur de penser qu’ils ont perdu leur domination.

« Les multinationales américaines possèdent la moitié du monde, elles sont intégrées à l’Etat, elles ont tous les secteurs: industrie, vente, commerce, finance ».

Il explique que depuis son élection en tant que président, est non seulement Trump qui représente le danger, mais l’ensemble de la direction républicaine, qui nient le phénomène du réchauffement climatique, pour ne citer que problème.

« Le Parti républicain est l’ une des organisations les plus dangereuses de l’histoire de l’ humanité, cela  semble scandaleux, mais si on les compare à Hitler , celui-ci ne voulait pas de détruire l’avenir de l’ existence humaine » Ce ne sont pas des ignorants ou des fondamentalistes religieux, mais les mieux éduqués et les mieux soutenus dans le monde, qui mettent la société en danger.

Selon Chomsky, les politiques les plus dangereuses, nous venons de parler sont des menaces existentielles auxquelles nous sommes confrontés, cette génération doit décider si l’existence humaine continuera, ce n’est pas une blague, il est le réchauffement climatique ou la guerre nucléaire et les actions de Trump aggrave les deux.

 

 

La Corse enregistre le taux de pauvreté le plus élevé de France métropolitaine

  •  et maintenant retournons à nos propres tentatives identitaires face à une crise que nous sommes désormais incapables de résoudre, parce que sur le fond nous cherchons ce qui nous permet de rien changer, sans nous apercevoir à quel point le monde s’est mis en branle. panique vers le passé mythifié. L’incapacité de la gauche et surtout du parti communiste à offrir une perspective révolutionnaire ne peut qu’entretenir les repliements, y compris vers les aspects les plus réactionnaires de l’utopie et la peur de l’autre. (note de Danielle Bleitrach)
ILLUSTRATION- Le parc de logement social, particulièrement peu important, apparaît inadapté aux demandes insulaires, d'après une étude réalisée par l'INSEE. / © FTViaStella
ILLUSTRATION- Le parc de logement social, particulièrement peu important, apparaît inadapté aux demandes insulaires, d’après une étude réalisée par l’INSEE. / © FTViaStella

Avec 20% de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, la Corse enregistre le taux de pauvreté le plus élevé des régions métropolitaines, selon un rapport de l’INSEE, publié fin juillet.

Par France 3 Corse ViaStella 

La Corse enregistre le taux de pauvreté le plus élevé de toutes les régions métropolitaines d’après une enquête, réalisée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) en partenariat avec la Plate-forme régionale d’observation sanitaire et sociale de Corse (POSS) et conduite par la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) de Corse.

L’étude révèle que 20% de la population corse vit sous le seuil de pauvreté. Les familles les plus touchées sont, comme au niveau national, les familles monoparentales et les jeunes, mais aussi spécifiquement en Corse, les personnes âgées.

Cette pauvreté s’inscrit dans un marché du travail dégradé avec un taux de chômage de 10,9 % en moyenne annuelle en 2015 (le 4e plus important de France métropolitaine).

Les modes de garde des enfants de moins de 3 ans restent en retrait et le taux de retard à l’entrée en sixième est le plus élevé des régions métropolitaines.

En matière de santé, les dispositifs d’aides aux complémentaires sont moins sollicités qu’au niveau national et l’offre d’accueil des personnes défavorisées encore en structuration.

Le parc de logement social, particulièrement peu important, apparaît de surcroît inadapté aux demandes insulaires. Pour autant, les expulsions locatives restent proportionnellement moins nombreuses qu’au niveau national et le recours au droit au logement opposable s’inscrit dans la moyenne.

Le président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, a réagi sur Twitter à la publication de cette étude :

Il a également annoncé « la mise en oeuvre dès octobre 2016 d’un grand plan de lutte contre la précarité et l’exclusion ».

 

Héritage des manifestations de 1968 : comment une révolution gauchiste a aidé le capitalisme à l’emporter par Slavoj Žižek

  • Le coup d’envoi des célébrations de mai 68 est donné, celui du philosophe hégélien- lacanien marxiste est ici particulièrement décapant et pas si mal vu, faire de mai 68, le premier des maïdan et le coup d’essai des révolutions de couleur, cela va tout à fait dans le sens de voir chez Foucault l’annonciateur de la réaction néolibérale. Il suffit de voir la postérité et d’où cela part, par exemple de mars 68 en Pologne, le pogrom antijudéobolchevique et l’alliance potentielle avec Walesa. celui qui voit cela et hait mai 68 c’est Pierre Goldman..(note de danielle Bleitrach)

 

Le mouvement contestataire de mai 1968 a transformé le monde occidental. Aujourd’hui, presque 50 ans plus tard, il est clair qu’un mouvement supposément gauchiste a finalement aidé le capitalisme à poursuivre sa domination.

Bien qu’un immense abîme sépare la révolution sociale des années 1960 des protestations d’aujourd’hui, nous assistons à une réappropriation analogue de l’énergie de la révolte par le système capitaliste.

L’un des slogans bien connus apparus sur les murs de Paris de 1968 était: «les structures ne marchent pas dans les rues », ce qui signifiait que l’on ne pouvait rendre compte des grandes manifestations étudiantes et ouvrières de 68 par le structuralisme. Et c’est pourquoi certains historiens situent même 1968 comme la date qui marque le passage du structuralisme au post-structuralisme qui, ainsi va l’histoire, aurait été beaucoup plus dynamique et propice à des interventions politiques actives.

La réponse du psychanalyste français Jacques Lacan fut qu’en réalité c’est précisément ce qui s’était passé en 1968: « les structures sont effectivement descendues dans la rue » – les explosions spectaculaires n’étaient finalement que le résultat d’un changement structurel de la texture sociale et symbolique fondamentale de l’Europe moderne.

Une barricade brûle lors d’une manifestation étudiante au Quartier Latin à Paris en mai 1968, lors des événements de mai 1968 en France © AFP

« Baby, light my fire »

Les conséquences de l’explosion de 1968 le prouvent bien. Ce qui s’est effectivement passé au lendemain des années 68, c’est la montée d’une nouvelle figure de «l’ esprit du capitalisme». En effet, le système dut abandonner la structure centralisée fordiste du processus de production au profit d’une forme d’organisation meiux adaptée à ses contraintes d’alors, basée sur les réseaux et fondée sur l’initiative des employés et l’autonomie sur le lieu de travail.

Ainsi, au lieu de chaînes de commandement hiérarchisées-centralisées, nous avions maintenant des réseaux avec une multitude de participants, organisant le travail sous la forme d’équipes ou de projets. Des « rapports sociaux de production » désormais axés sur la satisfaction du client, et une mobilisation générale des travailleurs sous la houlette  bienveillante et visionnaire de leur nouvelle classe dirigeante. Ce nouvel « esprit du capitalisme » (1) a triomphalement récupéré la rhétorique égalitaire et anti-hiérarchique de 1968, se présentant comme une révolte libertaire réussie contre les organisations sociales oppressives du capitalisme d’entreprise ET du socialisme « réellement existant ».

Les deux phases de ce nouveau « capitalisme culturel » sont clairement perceptibles dans les changements stylistiques au sein de la publicité. Dans les années 1980 et 1990, c’était la référence directe à l’authenticité personnelle ou à la qualité de l’expérience qui prédominait, tandis que plus tard, on note de plus en plus la mobilisation de motifs socio-idéologiques (écologie et solidarité sociale). En fait, l’expérience concrète sollicitée est celle de l’adhésion ou participation à mouvement collectif plus large, du « souci » de la nature et du bien-être des « souffrants », des pauvres et des démunis, toutes préoccupations qui invitaient à « faire quelque chose pour eux ».

Davos: Où les discussions sur ‘l’inégalité’ est bon marché, mais un plateau de burger coûte 59 $

Donner un coup main ?

Citons par exemple un cas de ce « capitalisme éthique » porté à l’extrême : Toms Shoes, une société fondée en 2006 sur un principe: avec chaque paire que vous achetez, TOMS donnera une paire de chaussures neuves à un enfant dans le besoin.  » Un pour un. « Utiliser le pouvoir d’achat des individus pour bénéficier du plus grand bien est ce dont nous sommes tous au sujet.

Parce que parmi les 7,6 milliards d’habitants de la planète, quatre milliards vivent dans des conditions inconcevables pour ceux qui vivent au sommet de la hiérarchie sociale. Mais désormais, le péché du consumérisme (l’achat d’une nouvelle paire de chaussures) va pouvoir être expié et effacé par la consolation que l’un de ceux qui ont vraiment besoin de chaussures en aura reçu une autre paire gratuitement. Ce qui signifie que l’acte même de participer à des activités consuméristes est simultanément présenté comme participant « au final » à la lutte contre les méfaits sociaux du consumérisme capitaliste.

De même, beaucoup d’autres aspects de ’68’ ont été acculturés avec succès dans l’idéologie capitaliste hégémonique et sont aujourd’hui mobilisés non seulement par les libéraux, mais aussi par la droite contemporaine, dans leur lutte contre toute forme de « socialisme ». Par exemple : la « liberté de choix « est utilisée comme un argument valorisant les avantages du travail précaire. Donc, oubliez l’angoisse de ne pas savoir comment vous allez survivre les prochaines années et concentrez-vous plutôt sur le « présent » : le fait que vous vous « émancipez » par cette liberté de vous «réinventer» encore et encore, qui vous épargne d’être englué dans le même travail monotone.

Les 1% les plus riches du monde ont collecté 82% de la richesse mondiale en 2017, tandis que la moitié la plus pauvre n’a rien obtenu

« Bouleversement complet »

La protestation de 1968 a concentré sa lutte contre (ce qui était perçu comme) les trois piliers du capitalisme: l’usine, l’école et la famille. Par conséquent, chaque domaine a été soumis à une transformation post-industrielle. Le travail en usine devient de plus en plus externalisé ou, dans le monde développé, réorganisé en travail d’équipe interactif non hiérarchique post-fordiste. Pendant ce temps, l’éducation permanente, flexible et privatisée remplaçait de plus en plus l’éducation publique universaliste et de multiples formes d’arrangements sexuels flexibles remplaçaient la famille traditionnelle.

Dans le même temps, la gauche perdit le bénéfice de ses propres succès : l’ennemi désigné était vaincu, mais remplacé par une nouvelle forme de domination capitaliste encore plus directe. Dans le capitalisme « postmoderne », le marché envahit de nouvelles sphères considérées jusqu’à présent comme le domaine privilégié de l’État, de l’éducation aux prisons et à la sécurité.

Quand le « travail immatériel » (comme l’éducation) est célébré comme le travail qui produit directement des relations sociales, il ne faut pas oublier ce que cela signifie dans une économie marchande. Que de nouveaux domaines, jusqu’alors exclus du marché, sont maintenant marchandisés. Donc, quand nous sommes en difficulté, nous ne parlons plus à un ami mais payons un psychiatre ou un conseiller pour s’occuper du problème. Et à la place des parents, des baby-sitters rémunérés et des éducateurs prennent soin des enfants.

Lourd fardeau

Bien sûr, il ne faut pas oublier les véritables réalisations de ’68’. Le mouvement a ouvert un changement radical dans la façon dont nous considérons les droits des femmes, l’homosexualité et le racisme. Depuis les glorieuses années 60, nous ne pouvons tout simplement plus nous livrer au racisme public et à l’homophobie comme nous le pouvions encore dans les années 1950. Ainsi, ’68’ n’était pas un événement univoque mais un événement ambigu dans lequel différentes tendances politiques étaient confondues, c’est pourquoi il est également resté une épine dans le pied de nombreux conservateurs.

Nicolas Sarkozy l’a avoué quand il a dit dans sa campagne électorale en 2007 que sa grande tâche était de faire en sorte que la France finisse par surmonter 68. L’ironie de cette remarque c’est évidemment le fait que Sarkozy, avec ses débordements clownesques et son mariage avec Carla Bruni, puisse devenir président de la Républque française est en soi l’un des résultats des changements d’ « us et coutumes » qui furent les seuls effets « positifs » de mai 68.

Nous avons donc à confronter, selon les « mémoires », l’héritage de « leur » mai 68 et de « notre » mai 68.Pour la mémoire collective prédominante d’aujourd’hui il faut que soit oubliée « notre » idée de base des manifestations de mai à Paris :  le lien entre les manifestations étudiantes et les grèves ouvrières .
Le véritable héritage de 1968 réside dans son rejet du système libéral-capitaliste, dans un NON à la totalité de celui-ci , ce qu’exprimait la formule : « Soyons réalistes, demandons l’impossible ! « 
Inversement, la véritable utopie est la croyance que le système global existant peut se reproduire indéfiniment et que la seule façon d’être vraiment « réaliste » est d’approuver ce qui, dans les perspectives de ce système, ne peut qu’apparaître comme impossible.
La fidélité à Mai 68 s’exprime donc le mieux par la question: comment préparer ce changement radical et en poser les fondements?

 

1 NdT : Dans « Le nouvel esprit du capitalisme » publié en 1999 , soit 25 ans après les livres de Michel Clouscard, Luc Boltanski et Ève Chiapello découvraient la lune…

[Plusieurs sections de cet article ont été extraites de publications antérieures de Slavoj Žižek.]

traduit de l’anglais par Tropiques

Tag(s) : #politique#histoire#slavoj zizek
 

Xi Jinping : Mon travail est de servir le peuple

  1.  quand je lis ce texte, je me dis que celui avec qui je souhaiterais en parler est l’auteur du film les trois soeurs du Yunnan un film documentaire chinois réalisé par Wang Bing, et sorti en 2012, qui décrit ces poches de misère dans les campagnes, mais le fait avec un infini respect pour le père et ses trois filles qui conservent leur fraîcheur mais poussent comme de l’herbe, on se croirait dans un tableau de Le nain, avec la grandeur.  des laissés pour compte du miracle chinois. C’est avec ce cinéaste modeste  et attentif à ce qui n’intéresse personne  que je voudrais  parler de ce que dit le président chinois. Je lui demanderai ce qui me frappe  de la volonté du président  de préparer le thé lui-même avec du porc frit, comme quand lors de la Révolution culturelle il a été envoyé dans les campagnes en tant que prince rouge. Opération de communication, probablement mais pas seulement, peut-être… (note de danielle Bleitrach

Publié le par anonyme

 

xinhua 2018-02-13 20:12:12

« Mon travail est de servir le peuple », a déclaré lundi le président chinois, Xi Jinping, à des villageois en banlieue de Chengdu, capitale de la province du Sichuan (sud-ouest).

M. Xi, qui est également secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois, a fait ces remarques lorsqu’un habitant âgé du village de Zhanqi s’est exprimé avec enthousiasme : « Vous êtes notre bon dirigeant et la bonne étoile du peuple chinois ! »

« Merci. Je suis le serviteur du public. Mon travail est de servir le peuple », a répondu le président.

M. Xi s’est rendu au village pour constater les avancées dans le domaine des ventes de produits locaux sur Internet. Une dame âgée voulait offrir une paire de chaussures fabriquées à la main à M. Xi comme cadeau, mais le président a insisté pour payer en souriant.

Avant son arrivée au village, M. Xi a visité le bourg de Yingxiu du district de Wenchuan, épicentre du séisme de magnitude 8 qui a frappé la province du Sichuan le 12 mai 2008.

M. Xi s’est rendu dans les ruines d’une école, où il a déposé des fleurs en mémoire des plus de 80.000 victimes du séisme et des héros décédés lors des opérations de secours.

M. Xi a indiqué que les ruines devaient être protégées afin de devenir une base pour l’éducation patriotique.

Il a également constaté les changements réalisés dans le bourg au cours des dix années écoulées depuis le séisme et a visité un atelier local de thé et un restaurant, où il a aidé à faire du thé au beurre et du porc croustillant frit et à broyer du soja pour faire du douhua.

Durant cette visite, M. Xi a déclaré aux habitants locaux que la Chine continuerait à revitaliser la campagne.

« Le développement de la campagne ne consiste pas à développer uniquement les industries et les matériaux, mais aussi la vie spirituelle et culturelle », a indiqué le président.

source:http://french.cri.cn/focus-pic/730/20180213/91048.html

Publié dans chine

cela dit le Sichan n’est pas le yunnan. C’est une puissance démographique avec plus de 110 millions d’habitants et  l’énorme métropole (plus de 30 millions d’habitants  qui a apporté dans la Chine la plus retardé les capitaux du haut développement technologique)). C’est la province d’origine de deng Xiaoping. Proche du Tibet, elle était du temps des seigneurs de la guerre le lieu de l’opium et de la corruption. Elle est un lieu d’émigration vers le reste de la Chine et bien des « nouveaux riches » en sont originaires. Nous avons donc une paysannerie pauvre qui survit sur de petits lopins de terre et une émigration riche, en quelque sorte le symbole des tensions chinoises de toutes sortes.En particulier entre ce qu’on a applé la chine jaune, celle de l’intérieur et la chine bleue celle du boum côtier. Donc la visite de Xi Jimping n’est pas en rupture avec la préoccupation constante sur cette province y compris lors des réformes de Deng Xioaping. Il y a encore quelque chose à noter  d’une autre personnalité issue du Sichuan han Suyin, fille de mandarin qui a expliqué à quel point la Chine avait le sens de l’Histoire et à cause de ce sens de l’histoire son père mandarin s’était trouvé en accord avc »ezc la révolution communiste… Le rêve chinois est aussi sur ce substrat…

 
 

L’âge de la retraite des fonctionnaires repoussé à 80 ans au Japon

Macron s’informe , le fait est qu’il n’y a pas d’autre limite à l’exploitation de la force de travail que celle que les travailleurs arrivent à imposer mais pour cela Macron doit démanteler « les soviets » qu’à la Libération, les communistes ont implanté en créant un « modèle à la française » qui leur est insupportable, il doit précariser les retraités comme les jeunes.Et faire croire à ces derniers que ce sont ces vieux qui pèsent sur eux…  (note de Danielle Bleitrach)

L'âge de la retraite des fonctionnaires repoussé à 80 ans au Japon
L’âge de la retraite des fonctionnaires repoussé à 80 ans au Japon – © Tous droits réservés

Au Japon, les fonctionnaires vont pouvoir travailler jusqu’à… 80 ans !

Le gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe a en effet décidé de repousser de 70 à 80 ans l’âge limite jusque lequel les fonctionnaires sont autorisés à travailler.

Précisons toutefois que la mesure ne s’appliquera qu’aux fonctionnaires volontaires. Les autres pourront continuer à prendre leur retraite quand ils le souhaitent entre 60 et 70 ans. Et, le moment venu, toucher une pension dont le montant augmente plus ils ont travaillé longtemps.
Jusqu’à 80 ans maximum bientôt, et plus 70, parce que le budget des retraites est exsangue, vu l’allongement de l’espérance de vie (au Japon : 87 ans pour les femmes et 81 pour les hommes).

Financièrement, l’Etat a en effet intérêt à ce que ses agents restent le plus longtemps possible en activité : ça retarde le moment où il doit leur verser une pension.
Cette réforme est due aussi à la grave pénurie de main-d’oeuvre que connaît le Japon. Les employeurs n’arrivent pas à embaucher.
Il y a peu de demandeurs d’emploi (le taux de chômage n’est que de 2,8%). Peu d’immigrés, aussi. Et, à cause de la dénatalité, il n’y a pas assez de jeunes pour remplacer les vieux qui partent à la retraite. Donc on doit garder les seniors le plus longtemps possible en activité. Ce qui se fait aussi, et de plus en plus, dans le secteur privé.

Résultat, au Japon, un senior sur cinq travaille. Beaucoup parce qu’ils n’ont pas le choix. Ici, 19% des seniors sont sous le seuil de pauvreté – un taux record dans les pays industrialisés.
Donc toutes ces personnes âgées précarisées ont besoin d’un petit boulot, pour subsister.

 
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Publié par le février 13, 2018 dans Asie, civilisation, Economie, SOCIETE

 

Marseille, la ville, les traces et l’état d’exception

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Pour ceux qui auront eu la patience d’écouter notre conférence sur Staline à Paris (ils sont plus d’une centaine déjà sur ce blo), vous aurez compris qu’il s’agit de « méthode » pour dégager le passé des strates d’idéologie déposées sur lui. A plusieurs reprises je fais référence aux « traces », ce terme renvoie à quelques théoriciens, Ernst Bloch, Walter benjamin et Carlo Ginzburg. Dans les trois cas, il s’agit de dépasser les discours auxquels se résume trop souvent le politique et de trouver une approche qui témoigne de cette actualité du passé comme le ferment de la lutte des classes d’aujourd’hui.

J’ai commencé mes recherches en sociologie en travaillant sur l’urbanisation et cette approche se situait dans le prolongement de mon mémoire de maîtrise sur l’évolution des mentalités du 11 e au 15e siècle à partir de l’étude des chapiteaux de cloîtres provençaux.

J’ai commencé à travailler sur Marseille, c’est aussi le cas de Walter Benjamin. Il écrit un texte sublime « Faubourgs ». Il décrit le paysage de l’arrière port, du secteur d’Arenc jusqu’à Saint Antoine, mais jugez-en plutôt:

Les murs: La discipline à laquelle ils sont soumis dans cette ville est digne d’admiration. Dans le centre, les meilleurs d’entre eux portent livrée et sont à la solde de la classe dominante.Ils sont recouverts de motifs criards, et se consacrent, plusieurs centaines de fois, sur toute leur longueur, au dernier anis, aux « dames de France », au « chocolat meunier » ou à Dolores Del Rio. Dans les quartiers les plus pauvres, ils sont mobilisés à des fins politiques et leur vastes lettres rouges sont postées, tels des avant-coureurs des gardes rouges devant les chantiers navals et les arsenaux. »

ou encore faubourgs : PLus nous nous éloignons du centre, plus l’atmosphère devient politique. Voici venir les docks, les bassins du port, les entrepots, les cantonnements de la pauvreté, les asiles dispersés de la misère: la banlieue. Les banlieues sont l’état d’exception de la ville…  »

Walter Benjamin emploie ce terme « l’état d’exception » qui n’a rien d’anodin, il l’emprunte à Carl schmitt (1). C’est quelque chose de l’ordre de la dictature. Walter Benjamin dans « sur le concept d’histoire » définit la Révolution comme le véritable état d’exception (l’équivalent de la dictature du prolétariat) et il fait par opposition à tous les « décrets d’urgence » par lesquels sous la République de Weimar, la social démocratie a ouvert le chemin au nazisme. L’Etat d’exception conforte une vision apocalyptique du monde. Dans le paysage urbain de la description des faubourgs prolétariens de Marseille devient un champ de bataille où s’affrontent Etat d’exception ouvrant la porte au nazisme par opportunisme social démocrate et dictarure du prolétariat, révolution, le paysage n’est que siège, tranchées.

Voilà ce que l’on peut attendre d’une lecture des « traces » dans un paysage urbain, mais l’invite de walter benjamin et en général de ceux qui se sont référés au marxisme va plus loin. Elle nous interdit toute nostalgie.

Ce qui va être le terreau du nazisme c’est non seulement l’aspiration à une harmonie perdue, à la célébration de la nature opposée à la décadence actuelle mais aussi une esthétisation de la guerre comme moyen de renouer avec le temps des « dieux » . L’apocalypse de 14-18 et son rejeton sanglant Hitler fut la volonté de célébrer de nouvelles noces avec la nature.

Pour conquérir Walter benjamin, pour recréer l’harmonie, impossible de retourner en arrière, il faut au contraire élargir notre conception de la nature au monde faconnée par l’industrie. La ville et la lecture de ses paysages est une seconde nature, il faut s’égarer dans la modernité, dans la ville comme dans une forêt. Il faut lire ce qui surgit à l’improviste, savoir effacer ses traces comme le recommande Bertolt Brecht, refuser de « déblayer » toutes les expériences accumulées.

(1)Carl Schmitt, théoricien de l’état d’exception rejoint le parti nazi en 1933.