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Revue Esprit: Comprendre le système de crédit social en Chine


OCTOBRE 2019

Système de systèmes, couteau suisse de la gouvernance, couvrant la plupart des aspects de la société, le crédit social est un objet plus complexe que le simple outil de surveillance qu’on tend à en faire. On parle beaucoup de la société de surveillance que représenterait la Chine, mais c’est pure hypocrisie occidentale par rapport à ce qui se pratique déjà du côté américain et comme en témoigne cet article bien documenté, il s’agit pour la Chine de revoir la relation entre pouvoir central et pouvoirs locaux, ensuite dans un socialisme de marché avoir un mode de contrôle et de sanction approprié face aux pratiques délinquantes des entreprises encore plus que des individus. Enfin comment donner un « esprit public » à un pays continent, ce qui a été le propre de la constitution de toute république constituant une méritocratie et qui mêle ici l’héritage de Confucius à celui des « légistes », caractéristique du communisme à la chinoise que cette synthèse (note de Danielle Bleitrach).

La République populaire de Chine fait l’objet nombreux fantasmes. Autrefois perçue à travers le prisme orientaliste, on la perçoit aujourd’hui comme un géant économique couplé à un monstre politique, pays de la censure et de la répression. La difficulté de dépasser ces biais analytiques est illustrée par le traitement accordé au «système de crédit social», présenté dans la presse comme «un outil de notation du comportement des individus». Fin avril, France 2 diffusait dans un reportage les images de citoyens brandissant leur «score de crédit social», qui leur octroie des réductions dans les transports ou, à l’inverse, leur interdit l’accès au train. Le crédit social est comparé à un épisode de la série britannique Black Mirror, dans lequel le comportement des individus fait l’objet d’une note définissant leur place dans la société. Cette couverture médiatique est néanmoins problématique, en ce qu’elle induit en erreur sur les réalités de ce «système».

De la finance à la morale

Dans les années 1990, une décennie après le début des politiques de réforme et d’ouverture, le développement du capitalisme d’État a eu un effet profond sur les structures éco­nomiques et sociales. En quelques années, il a fallu adapter le secteur bancaire et financier, améliorer les capacités de régulation de l’économie, combattre les fraudes et les excès ­d’entreprises peu scrupuleuses. En 1999, ­l’Académie des sciences sociales établit un groupe de travail chargé d’élaborer «un système national de gestion de crédit», à partir de l’exemple des pays développés, les États-Unis en tête. L’idée est alors de fonder une infrastructure nationale disposant d’un historique de crédit autant des individus que des entreprises, de méthodes pour évaluer les risques financiers et, plus largement, de développer une industrie financière moderne, à même d’accompagner l’essor économique et le capitalisme d’État. Mais très vite, ce projet dépasse le cadre de la finance pour devenir un projet «kaléidoscopique», englobant tant l’économique que la politique et le civisme.

En mandarin, «crédit» (信用 – xinyong) est composé du caractère « xin – 信 » qui renvoie aux notions de confiance, d’intégrité (诚信 – chengxin), d’honnêteté (守信 – shouxin) ou à ­l’inverse «être indigne de confiance» (失信 – shixin). Ces termes sont liés les uns aux autres, mais aussi à différentes philosophies et discours politiques chinois : «l’intégrité» est une valeur clé tant de la doctrine confucéenne «classique» que des «douze valeurs du socialisme», telles que définies par le Parti communiste. Dans les documents de travail du Parti, les références au «crédit» vont de pair avec des concepts politiques comme «la civilisation spirituelle»«construire des citoyens dotés de qualités morales» ou encore «promouvoir l’éducation morale». C’est de ce mariage entre politique et économie que naît le «système de crédit social».

Accroître la confiance

Dès lors, le développement théorique du «système de crédit social» est fixé. Lin Junyue, alors membre du groupe de travail de l’Académie des sciences sociales, revient sur les deux caractéristiques qui font l’originalité du système. La première est ce «sens élargi» donné au «crédit» ; la seconde est l’expérimentation d’un «bras armé», appelé «mécanisme de punition et récompenses». Ce mécanisme, composé de listes noires et rouges traitées par les agences de l’État, vise à disposer d’un outil disciplinaire permettant de récompenser ou punir les entreprises, organisations et individus en fonction de leur respect des lois et réglementations.

Loin d’être monolithique, le système de crédit social est en fait un «système de systèmes», à l’échelle centrale et locale. Pour simplifier, il est possible de distinguer une «composante publique», construite et gérée par les agences de l’État, d’une «composante privée», regroupant les initiatives émanant du secteur privé. Chaque province, voire municipalité, établit ses propres bases de données, ainsi que ses propres listes noires ou rouges, tandis que le secteur privé fournit aux agences de l’État des informations financières sur les entreprises ou les individus, jusqu’à aider à la construction des bases de données (par exemple Baidu, qui a mis au point celle du site http://www.creditchina.gov.cn). Les sanctions et récompenses sont, elles aussi, décidées au niveau local et varient selon qu’elles concernent individus ou entreprises. À titre d’exemple, nous pouvons citer l’interdiction temporaire d’exercer dans un certain domaine d’activité, la restriction d’accès au crédit ou encore, dans certains cas, la «limite sur les hautes dépenses» (billets de Tgv, avion, achats dits «de luxe»).

Le gouvernement semble considérer que la transparence permet d’accroître la confiance au sein de la société.

Pour appliquer efficacement sanctions et récompenses, certaines agences de l’État, entreprises et organisations concernées signent des «accords de ­coopération». Ces derniers prévoient que lorsqu’une agence ajoute une entreprise ou un individu sur une liste noire (ou rouge), les signataires ­s’engagent à appliquer leurs parts des sanctions contre la personne physique ou morale signalée. De plus, elles s’engagent à rendre partiellement publique, dans les bases de données en ligne, l’identité des personnes et des entreprises «indignes de confiance». Selon Lin Junyue, cette «dénonciation» des «indignes de confiance» permet de réduire l’asymétrie de l’information. Autrement dit, le gouvernement semble considérer que la transparence (forcée), l’utilisation politique de la «réputation», permet d’accroître la confiance au sein de la société. Ce pari est l’une des caractéristiques centrales du système de crédit social.

Couteau suisse de la gouvernance

Le système de crédit social est souvent considéré à travers le prisme de la surveillance et des méthodes de contrôle toujours plus envahissantes et avancées mises en place par le Parti communiste chinois. Le rôle politique, donné au crédit social, de «promotion de la confiance» peut très bien servir de prétexte pour s’assurer qu’aucun citoyen ne critique le Parti sur les réseaux sociaux (à ce sujet, des lois existent bel et bien) ; mais ce n’est là qu’une partie de l’utilisation de ce système. Étudier le crédit social à l’unique prisme de la surveillance revient à se focaliser sur un seul des aspects de son utilisation, aspect qui n’est pas nécessairement le plus important.

Ainsi, bien plus qu’un «simple» outil de répression, le système de crédit social est un véritable couteau suisse de la gouvernance. À cet égard, le gouvernement central semble vouloir s’attaquer à un problème historique et structurel de la Chine : la faiblesse des administrations locales. Tout au long de l’histoire chinoise, s’assurer que les gouvernements locaux remplissent les missions confiées par le gouvernement central relève de la gageure. La prolifération de listes noires et rouges et des «accords de coopérations» forme une tentative de réponse. En liant les actions des agences de l’État les unes aux autres, les sanctions imposées «conjointement» permettraient de disposer d’un outil pour renforcer leurs «capacités de gouvernance». Plus généralement, en cherchant à numériser les données et l’action administrative, le système de crédit social est un embryon de réforme en profondeur du mode d’action des administrations locales.

Le discours politique sur la confiance enveloppant la mise en place du système de crédit social n’est pas non plus anodin. Les autorités font régulièrement face à des poussées de mécontentement de la population liées à l’incivisme des uns, à la corruption des autres et aux différents scandales touchant des institutions dans lesquelles les citoyens sont censés avoir confiance (écoles, hôpitaux). En ce sens, le Parti a conscience que le pays traverse une certaine crise morale, à laquelle s’ajoute l’impératif de réformer le modèle de développement économique. Conscient des limites d’un modèle de développement fondé sur la quantité et la croissance brute, le Parti tente de réorienter ce modèle vers un développement plus «qualitatif». Ce virage est matérialisé par le changement de la «principale contradiction au sein du peuple», lors du XIXe congrès du Parti communiste chinois, qui désormais exprime ­«l’incompatibilité entre un développement non équilibré et inadéquat et des besoins de plus en plus qualitatifs». En ce sens, le système de crédit social peut apparaître comme un outil pour reconstituer un ordre civique et moral. Ce n’est pas un hasard si, pour l’instant, les principaux individus visés sont ceux qui ne remboursent pas leurs dettes, les laolai – principales cibles des sanctions qui limitent des hautes dépenses – ou encore ceux qui commettent des incivilités.

Système de systèmes, couteau suisse de la gouvernance, couvrant la plupart des aspects de la société, le crédit social est un objet plus complexe que le simple outil de surveillance qu’on tend à en faire. Il ne fait aucun doute que ce système est et continuera à être employé à des fins politiques, comme un moyen de coopter la population dans l’agenda politique du Parti. Mais au-delà de cette utilisation répressive, le système de crédit de social est une tentative de moderniser le mode d’action administratif de l’État-parti. À ce titre, le système étant encore en phase de déploiement, il est trop tôt pour apporter des réponses définitives sur les conséquences du crédit social en termes politiques, administratifs et, bien sûr, de surveillance.

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L’Ukraine comme cas exemplaire de corruption politique occidentale

José Goulão

José Goulão

Les pratiques corrompues de Biden en Ukraine, dans l’ombre du système créé par le coup d’État « démocratisant » basé sur l’émergence de forces nazies nostalgiques du temps de Hitler, ne sont plus un secret.pour personne et quand en 2014, nous nous sommes rendues Marianne et moi dans ce malheureux pays, nous avons découvert jusqu’où dans le sillage de la démocratie occidentale proliféraient les néo-nazis qui étaient les hommes de main des hommes d’affaires occidentaux et des « oligarques » locaux (ce sont les mêmes mais ils portent un nom différent). Nous avons pu organiser une tournée de mères ukrainiennes et de dirigeants du parti communiste, mais les médias ont refusé d’entendre, ils ne se sont même pas déplacés y compris un journal comme la Marseillaise, c’est-dire l’estime que l’on peut avoir pour ces gens-là. Partout ils agissent de la même manière, nous fabriquant des faux libérateurs pour mieux détruire un pays et y installer des tyrans à leur solde, au Venezuela ils espèrent mettre un Pinochet sans doute, en Syrie, en Libye, ils ont créé le terrorisme, partout ces sangsues sont à l’œuvre. Le vrai problème est qu’en France ils jouissent de l’omerta des gens dits de gauche (comme un Rafael Glucksmann) et même d’une partie des dirigeants communistes qui sont inféodés à cette social démocratie et qui refusent de dénoncer la réalité de l’impérialisme et s’en font complices (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Joe Biden

Joe Biden CJ Gunther /CréditsEPA

Il y a de nombreux épisodes dont les circonstances les unes après les autres illustrent le bourbier dans lequel la politique qui nous sert de norme dans la démocratie aujourd’hui patauge. Mais aucune n’est peut-être aussi complète et révélatrice que celle évoquée par le récent appel du président américain au président ukrainien lui demandant de mener une enquête sur les activités ukrainiennes de l’ancien vice-président américain.

Il existe bien entendu des cas où absurdité, complicité et coup d’Etat se conjuguent au nom de la démocratie. Il suffit de regarder le Venezuela, la façon dont la Libye saigne, l’agression persistante et multiforme contre la Syrie; nous pourrions même nous attarder sur la manière indescriptible de « légitimer » des « observateurs » de l’Union européenne lors des élections au Honduras, au cours desquelles le narcoprésident fasciste Juan Orlando Hernandez est passé miraculeusement du dernier rang au premier rang des votes suite à une panne générale d’électricité, et a finalement été « réélu » – sous la bénédiction des États-Unis, voici ce qui est considéré comme légitime par les normes démocratiques régionales.

Le crime parfait

Le cas de l’Ukraine, cependant, est parfait. Il combine un peu de tout ce qui est la corruption des valeurs, principes et normes politiques élémentaires – et de l’éthique humaniste, bien sûr.

En bref, le président des États-Unis, Donald Trump, a appelé le Président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky qui venait d’être élu, en lui demandant d’enquêter sur les activités en Ukraine de l’ancien vice-président des Etats-Unis, Joseph (Joe) Biden, à la suite du coup d’État qui a contribué à mettre en place, en 2013/2014, la fameuse «révolution de couleur» de la place Maïdan à Kiev.

Jusqu’à présent, Biden est le candidat le mieux placé du Parti démocrate, le principal rival de Trump lors de la prochaine élection présidentielle. Il y a eu l’histoire  durant lequel la compétition entre un candidat bien placé au détriment de l’autre a pris fin avec la démission d’un président, comme cela est arrivé à Richard Nixon suite à l’affaire d’espionnage du Watergate.

« Donald Trump tente maintenant d’utiliser ces données de manière institutionnelle dans sa campagne. C’est-à-dire qu’il utilise les méthodes impériales sales pour obtenir un accès officiel aux conséquences des méthodes impériales sales de l’administration précédente. »

Il est vrai que Trump semble faire l’objet d’un processus de destitution, non pas essentiellement à cause de ce cas mais pour des raisons de politique en train de s’effondrer tant  pour les démocrates que les républicains, c’est-à-dire tout le système. Trump savait ce qu’il faisait en téléphonant à Zelensky, la marionnette récemment installée par Washington et Bruxelles à la tête du régime ukrainien.

Les pratiques de corruption de Biden en Ukraine, l’ombre du système créé par le coup d’Etat visant à «démocratiser», en se basant sur des forces nazies nostalgiques des temps d’Hitler ne sont pas secrètes. L’ancien vice-président américain n’a fait aucun effort pour les cacher.

Il s’est vanté d’avoir contribué à l’expulsion du dernier président ukrainien élu démocratiquement – les élections postérieures au coup d’État ne concernant pas tout le pays dans les mêmes conditions en raison de la guerre menée par le régime dans les régions du Donbass – et il a ensuite installé son fils, Hunter Biden, en tant que locomotive chez le plus grand exportateur de gaz naturel d’Ukraine.

Quand un procureur général ukrainien a voulu enquêter sur ces comportements, Biden a exhorté le président par intérim, Petro Porochenko, à le renvoyer. Sinon, il annulerait le transfert d’équipements militaires d’une valeur d’un milliard de dollars au régime de Kiev.

Donald Trump essaie maintenant d’utiliser ces données de manière institutionnelle pour s’en servir dans sa campagne. C’est-à-dire qu’il utilise les méthodes impériales sales pour obtenir un accès officiel aux conséquences des méthodes impériales sales de l’administration précédente. Pour mettre en évidence le bourbier politique, le président ukrainien n’a même pas procédé à un chantage comparable menaçant de couper une aide militaire de 250 millions de dollars à Kiev si ses ordres à Zelensky n’étaient pas suivis.

miroir parfait

L’Ukraine d’aujourd’hui reflète le comportement intérieur et extérieur du régime de Washington, entraînant souvent ses alliés dans ces pratiques. C’est aussi pourquoi cette affaire est si exemplaire.

Le coup d’État de 2014, organisé par les États-Unis, l’OTAN et l’Union européenne pour instaurer une « démocratie » en Ukraine, s’inscrit dans une stratégie plus large contre la « menace russe ». A Kiev, pour endiguer les « mauvaises intentions » de Moscou, des organisations nazies ont été catapultées au pouvoir, principalement dans les forces armées et militarisées et dans la guerre menée contre les populations russophones de l’est du pays.

Néanmoins, le coup d’Etat n’en était pas moins une « révolution démocratique », comme le dira toujours la dirigeante socialiste et ancienne eurodéputée Ana Gomes, présente sur la place Maidan lors des événements.

Il y avait aussi les leaders du coup d’Etat tels que Victoria Nuland, adjointe au département d’État américain, le défunt sénateur républicain et fasciste John McCain et l’ambassadeur à Kiev, Geoffrey R. Piatt. Nous retrouverons plus tard ce diplomate à l’ambassade américaine à Athènes pour organiser un schisme au sein de l’Église chrétienne orthodoxe – isoler la composante russe – et organiser diverses falsifications politiques, telles que des élections dans les pays des Balkans, notamment la Bosnie-Herzégovine, et le processus de réforme, la création de la Macédoine du Nord, qui a depuis impliqué des escroqueries par référendum sur l’achat ostensible de députés à Skopje.

Pour se faire une idée de l’étendue de l’arc de la corruption, il convient de noter que l’affaire de la Macédoine a été déclenchée par l’ambassadeur des États-Unis, M. Piatt, en coopération avec le gouvernement grec, alors dirigé par Alexis Tsipras.

Joe Biden, bien que plus dans l’ombre, se trouvait également au Maidan, scellant ainsi le coup d’État de l’administration Obama et rejoignant le meilleur des deux mondes, anticipant ainsi l’entreprise familiale dans le secteur prometteur du gaz naturel.

marais nauséabond

L’histoire de l’Ukraine « démocratique » n’a que cinq ans, mais elle regorge de circonstances qui alimentent la prétendue « politique occidentale », toujours inspirée par l’exemple américain : la montée des forces nazies, la persécution des forces démocratiques, notamment le Parti communiste, des attentats terroristes tels que les assassinats dans le bâtiment des syndicats à Odessa le 2 mai 2014, la guerre contre le Donbass qui sévit principalement parmi les populations civiles, les provocations criminelles d’assassinat de l’avion Malaysian Airlines MH17 et depuis l’incident naval dans le détroit de Kertch, l’administration désastreuse et corrompue du président milliardaire et fasciste Porochenko, la dégradation économique du pays à des niveaux sans comparaison en Europe, une corruption généralisée.

« Joe Biden, bien que plus dans l’ombre, était également au Maidan, scellant le coup d’État de l’administration Obama et réunissant le meilleur des deux mondes, anticipant les activités de la famille dans le secteur prometteur du gaz naturel. »

Une situation qui cadre parfaitement avec les actions de Donald Trump contre son rival Biden et ses activités en Ukraine, qu’ils considèrent comme une colonie. Une situation qui illustre également l’entraînement de l’Union européenne et de l’OTAN dans les sagas «démocratisantes» de Washington, en Ukraine comme en Libye, en Afghanistan comme en Irak, au Venezuela et au Yémen. La politique «occidentale», auto-proclamée phare de la démocratie et des droits de l’homme, est devenue un marais nauséabond.

C’est la norme politique et démocratique recommandée – imposée sera le mot le plus juste – au monde entier, si nécessaire avec des canons et le recours à divers types de terrorisme, qui peuvent être à la fois de façade islamique et nazie.

Ceux qui ne se soumettent pas savent déjà à quoi s’attendre: la justice de Washington et son bras armé, l’OTAN, ne peuvent pas pardonner. Une justice légitimée par des comportements tels que celui de Trump ou de Biden, des clics républicains et démocratiques américains, des eurocrates de Bruxelles.

 

Hier les petits enfants cubains ont promis d’être tous des « Che »

On peut se moquer comme savent le faire les Français de cette cérémonie, mais pour l’avoir vécu avec la rentrée des classes à Cuba, je peux dire que le cœur des enfants mais aussi des parents est plein de joie et de fierté. Il est difficile d’expliquer cette spécificité cubaine qui, prétendent-ils, leur fait reconnaître un autre Cubain, dans un élan du cœur et dans le même temps d’expliquer qu’il n’y a aucun chauvinisme là-dedans au contraire, un humanisme profond et chevaleresque au service de toute l’humanité. J’ai conservé de Cuba cet élan de tendresse, ce besoin de serrer le compagnon de lutte dans mes bras, l’envie de pleurer et de rire, de plaisanter. C’est sans doute le plus haut niveau de fraternité et il reste planté dans le cœur comme une écharde quand on a quitté cette deuxième patrie (note et traduction de Danielle Bleitrach).

L’image contient peut-être : une personne ou plus, fleur, plante et plein air
Je reproduis ici la traduction d’un texte dont j’ignore qui est l’auteur mais qui réagit devant ces enfants à qui l’on remet le foulard des pionniers dans une cérémonie qui a eu lieu hier à Cuba et qui a été spécialement dédié à la mémoire du Che mais lui est toujours associée celle de Marti et de Fidel.

Je ne manifeste pas facilement mes émotions, je les cache le plus souvent. Mais il y a des détails qui concernent ma patrie bien aimée qui me conduisent au stade suprême de l’invulnérabilité militaire du pays, de l’invincibilité de notre socialisme, et de l’héritage et de la présence réelle de Marti, de Fidel et du Che… Il suffit d’une image. Les Cubains savent de quoi je parle, ils partagent. Je ne sais pas qui est l’auteur de la photo, mais je lui rend hommage, c’est une des meilleures composition que j’ai vues. Marti c’est la rose blanche, les foulards représentent le Che et de Fidel, il y a l’orgueil d’être CUBAINS!

La Pañoleta (le foulard). C’est un attribut fondamental des pionniers, il les identifie en tant que membres de l’organisation. Il a la forme d’un triangle isocèle et chacun de ses sommets a un sens : étudier, travailler et se battre pour les conquêtes de la révolution. Les Pionniers moncadistas utilisent le foulard de couleur bleue, qui représente le ciel de la patrie ; alors que les pionniers « José Martí » du premier  niveau portent le foulard rouge comme symbole du sang versé par nos héros et martyrs. Le foulard doit être porté dans  toutes les activités pioneriles et scolaires ; il sera utilisé avec l’uniforme scolaire et avec les vêtements appropriés pour les explorations et le camping, il est alors placé sur les épaules. Les deux extrémités du foulard se rejoignent au-dessus de la poitrine, à travers un noeud  marin.

 

Chine, le socialisme change de sens et de nouvelles approches marxistes

en complément du texte théorique traduit par Marianne , voici un texte qui nous vient du portugal que j’ai traduit en utilisant à la fois le traducteur automatique et ma connaissance de l’espagnol, plus quelques concepts marxistes, mais il est évident qu’il y a convergence des réflexions, elles me passionnent d’autant plus que si mes mémoires ont un sens il s’agit d’une plaidoirie pour penser une stratégie vers le socialisme à partir de ce que j’ai pu vivre de la manière dont le capitalisme a réorganisé sa crise, mais aussi l’apparition de nouveaux rapports sud-sud.L’éloignement de l’utopie pour répondre à des problèmes concrets, la réalité de la domination du capital à son stade impérialiste financiarisé, l’impossibilité d’en faire abstraction. .Ces processus complexes posent la question du rôle du parti communiste, c’est celui encore et toujours de transformer les êtres humains en acteur de cette immense transformation. C’est la grande réussite cubaine.(note et traduction de danielle Bleitrach)

«La Chine est un terreau pour la nouvelle ingénierie économique et sociale et, compte tenu de la prédominance du« mode de production méta », constitue également l’expérience humaine la plus avancée du monde.»

Par Elias Jabbour *

 

  

La célébration du 70e anniversaire de la révolution chinoise ne devrait pas se terminer sans un regard sur une histoire riche, victorieuse et riche en enseignements. Oui, il y a là une montée en puissance dont elle peut se vanter. Mais le sens doit être différent. Je pense en particulier que le développement récent de la Chine tel qu’il est pose le défi théorique le plus important de notre époque: la nécessité de repenser  le socialisme et le marxisme à la lumière d’un monde toujours marqué par: 1) l’émergence de nouveaux paradigmes technologiques; 2) la financiarisation en tant que dynamique dominante de l’accumulation; 3) les formes modernes de domination impérialiste sous la forme de «guerres hybrides», depuis les  «poursuites judiciaires» et  la transformation du dollar en une arme de destruction massive, et 4) les formes nouvelles et supérieures de planification économique apparues en Chine même ( Nouveau projet économique).

La nécessité de repenser le  socialisme dans ce processus passe par sa réaffirmation en tant que projet de développement  (vaincre, sans nier le stade de développement du mode de production rival, saisissant ainsi le point culminant de ce que nous nions – la négation de la négation) et essentiellement anti-impérialiste. Les formes ludiques qui confondent l’horizon socialisant avec une utopie doivent être rapidement rejetées. Le marxisme, au nom du maintien de son caractère universel, doit être réorganisé dans ses concepts de base, parmi lesquels le mode de production, la formation socio-économique et la relation entre la loi de la valeur et la transition vers une formation socio-économique du monde. de niveau supérieur.

Le socialisme en tant que projet de développement par essence

L’expérience chinoise elle-même donne lieu à des lacunes dans les réponses aux questions que je propose. Le caractère développement que mettent en oeuvre  les communistes répond à la fois à la vieille question du socialisme dans des pays sans base matérielle préalable et à leur rattrapage des pays centraux. La Chine et ce qui est arrivé à l’Union soviétique montrent que le socialisme n’a d’autre choix que de réduire les inégalités entre les pays de la périphérie et le centre du système. Briser le monopole des pays capitalistes développés sur l’appareil scientifique et technologique est la principale condition du succès de toute alternative au capitalisme dans le monde. Le contraire serait la négation  de ses propres expériences.

Cela implique la capacité de briser le cercle vicieux des lois sur les avantages comparatifs au moyen de projets nationaux capables de créer un espace politique propice à la poursuite de politiques budgétaires, monétaires et de change expansionnistes.

Ce qui s’est passé en Chine est intéressant car le noyau productif du pays est constitué d’énormes conglomérats d’entreprises situés au cœur de l’économie du pays et dotés d’un puissant bras financier à long terme. L’empreinte financiarisée actuelle du capitalisme n’annule pas la nature de son système: une grande ingéniosité pour aspirer de la plus-value en multipliant les fusions et acquisitions d’entreprises. Outre cette tendance de la centralisation du capital à renaître, il existe le monopole de la monnaie de référence internationale exercée par l’impérialisme. Ce monopole est devenu l’arme la plus puissante du monde pour la destruction létale: le recadrage du marché par les États-Unis après 2009 a permis de reformuler l’impression du dollar et de créer une jurisprudence sur la circulation de cette monnaie. Le gel des avoirs nationaux libellés en dollars – et leur impact profond sur les économies de pays tels que l’Iran, le Venezuela et la Corée du Nord – est une mauvaise nouvelle pour le renforcement de la puissance financière impérialiste. L’essence de l’impérialisme ne change pas!

Le projet socialiste ne renonce pas aux géants mondiaux de l’entreprise, aux systèmes financiers complexes et à la capacité financière de relever les nouveaux défis posés par l’émergence de nouveaux paradigmes dans les domaines de la science, de la technologie et de l’innovation. L’impérialisme s’est repositionné sur plusieurs fronts, notamment l’introduction de nouvelles technologies dans son appareil d’action. Les guerres hybrides auxquelles sont confrontés de nombreux pays du monde, y compris la Chine, font partie du développement de formes sophistiquées d’intervention sur la réalité. La frontière technologique peut être insurmontable si un pays n’a pas la capacité de moderniser son parc industriel et technologique. Ces réformes auxquelles ils se sont attelés depuis les années 1990

Un autre point que j’estime fondamental et qui nécessite de nombreuses études et approfondissements sont, comme je l’ai appelé, des formes nouvelles et supérieures de planification économique qui ont fortement émergé en Chine depuis le début de cette décennie. Parallèlement à la solidité financière croissante, qui garantit la possibilité d’importer de nouvelles technologies, un système national d’innovation a été conçu au cours des 15 dernières années, avec pour défi de placer le pays à la pointe des principaux processus impliquant des innovations allant de la plate-forme 5G. la formation et la systématisation du Big Data et la course aux Etats-Unis et à l’Allemagne dans les domaines liés à l’intelligence artificielle. Les politiques industrielles telles que Made in China 2025 et celles impliquant le développement de l’intelligence artificielle ont  été couronnées de succès,

Au XXe siècle, la conquête humaine grâce à la connaissance des lois / logiques générales du mouvement capitaliste a créé de nouvelles capacités d’intervention sur le cycle économique qui, dans le capitalisme, sont exprimées dans le principe de la demande effective et du socialisme par le biais de la planification soviétique. L’économie monétaire a complété ce scénario en formant ce que Ignacio Rangel a appelé «l’économie de projet». Il est évident qu’un «nouveau projet économique» émerge en Chine en introduisant les formes nouvelles et supérieures de planification économique susmentionnées dans la théorie et la pratique de la planification économique.

Enfin, en ce qui concerne le marxisme. Comment réaffirmer son universalité dans un monde complètement différent de celui auquel il était confronté au XIXe siècle? Comment trouver des réponses théoriques aux défis posés aux communistes impuissants? Comment l’expérience chinoise peut-elle aider cette adaptation nécessaire? J’ai des opinions non définitives sur ces questions, mais j’ose lancer des indicateurs. Parler de socialisme à l’époque contemporaine doit être un exercice intellectuel qui exige une extrême prudence. Je le dis, car le développement même du mode de production capitaliste, et en particulier au stade financiarisé actuel, impose divers obstacles et écueils théoriques loin de la portée des classiques du matérialisme historique.

Le «mode de production par objectif» et la Chine en tant que première expérience d’une nouvelle classe de formations économiques et sociales

La domination et la prédominance exercées par le capitalisme mondial exigent des marxistes un réaménagement de certains concepts fondamentaux du marxisme, parmi lesquels les concepts de mode de production et de formation économique et sociale, ainsi que la loi de la valeur. Le développement mondial du capitalisme a façonné ce que mon compagnon de recherche et d’étude où je me trouve (Italie), Alberto Gabriele, appelle le «méta mode de production» – ce n’est pas un mode de production en soi, mais une généralisation. niveau supérieur du mode de production. Gabriele suggère que le «mode de production méta» se caractérise par la prédominance de: 1) la production orientée vers le marché et les relations monétaires de production et d’échange; 2) la loi de la valeur en tant qu’opérateur de système; 3) l’extraction de la plus-value et le circuit d’investissement-accumulation et 4) l’existence mutuelle,

Cette suggestion d’approche théorique ouvre la possibilité d’observer le monde à partir d’une généralisation / abstraction sous la forme d’une structure sociale dont les caractéristiques fondamentales sont, selon Gabriele: 1) un mode de production est dominant au niveau mondial; 2) deux ou plusieurs modes de production coexistent dans certains pays, dont l’un peut être dominant au sein même du pays et 3) la « liberté » d’action d’un mode de production dominant dans chaque pays est limitée par la prévalence, c’est-à-dire “Méta Mode de Production”

En continuant, il est évident que sous ce «méta mode de production» se développent différentes formations socio-économiques, qu’elles soient capitalistes ou socialistes. Par exemple, l’émergence des «États développementistes» dans l’Asie de l’après-Seconde Guerre mondiale a conduit à l’émergence de formations socio-économiques capitalistes et socialistes. Dans ce contexte, Une approche où l’utilisation de la catégorie de formation économique et sociale est reformulée en vue de la prédominance d’un certain «méta-mode de production» nous amène à considérer la Chine comme la première classe de nouvelles formations économiques et sociales qui apparaissent dans le monde contemporain avec ses caractéristiques. Le «socialisme de marché» est très évident étant donné à la fois les formes de propriété socialistes dominantes et l’existence de la loi de la valeur et de son utilisation en faveur d’une stratégie de socialisation. Le Vietnam serait la deuxième expérience de ce nouveau type de formation socio-économique.

Par avance, de nouvelles possibilités théoriques s’ouvrent avec l’introduction des éléments susmentionnés. Toute formation sociale est complexe, compte tenu de la capacité d’insertion et de retrait que le «méta-mode de production» exerce sur toutes les réalités mondiales, capitalistes et socialistes. D’où la prudence que je suggère d’énoncer au sujet de la caractéristique socialiste de telle ou telle expérience. Le socialisme n’est donc pas une réalité a priori. Ce qui existe a priori, c’est une nouvelle formation socio-économique aux résultats économiques et sociaux spectaculaires qui développe et crée ses régularités distinctes, y compris son éloignement des expériences de l’État capitaliste. Dans une large mesure et dans les limites du programme de recherche que je développe avec Alberto Gabriele, Nous pouvons voir que l’expérience chinoise montre une perspective de plus en plus éloignée des possibilités d’un capitalisme « régulé » au mieux. La Chine est un terreau pour de nouvelles techniques économiques et sociales et, compte tenu de la prédominance du «mode de production méta», constitue également l’expérience humaine la plus avancée du monde. C’est là qu’il faut être très en alerte.

 * Elias Jabbour est professeur du programme de troisième cycle en sciences économiques de l’UERJ et membre du comité central du PCdoB.

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Russie : Parlement européen : la guerre sur le front historique fait rage

Excellent article traduit par Marianne, qui manifeste une hauteur de vue de plus en plus inconnue sous nos tristes climats européens, la phrase de Lavrov citée ici et que l’on pourrait utilement balancer à la tête de moineau de nos « élites » politiques et médiatiques -y compris de nos dirigeants du PCF et de l’Humanité- est un excellent résumé de ce texte important : « Les objectifs géopolitiques de la politique historique de l’Occident sont évidents et, vraisemblablement, les dirigeants russes n’ont jamais douté de ce que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a récemment déclaré: «L’essence même du concept de « l’équivalence des totalitarismes » est claire. Son objectif n’est pas seulement de minimiser la contribution de l’URSS, mais également de priver rétrospectivement notre pays de son histoire spécifique en tant que garant de l’ordre mondial de l’après-guerre et de lui coller l’étiquette d’un « pouvoir révisionniste » qui menace le bien-être du soi-disant « monde libre » » (note de Danielle Bleitrach).

 

Il y a quelques jours, comme vous savez, le Parlement européen a adopté une résolution intitulée «De l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe», dans laquelle elle s’est déclarée préoccupée par «les efforts des autorités russes actuelles pour déformer les faits historiques et blanchir les crimes commis par le régime totalitaire soviétique», et a qualifié la politique de Moscou de «composante dangereuse de la guerre de l’information contre l’Europe démocratique».

Le siècle, Igor Chichkin.

26-09-2019

https://kprf.ru/history/soviet/188220.html

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Une politique « d’apaisement » de l’Occident

 

Depuis le milieu des années deux mille, l’Union européenne et l’Occident dans son ensemble se sont efforcés d’introduire une nouvelle interprétation de la Seconde Guerre mondiale, fondée sur l’identification« nazisme = stalinisme », ainsi que sur la responsabilité égale de l’URSS et du Troisième Reich pour le déclenchement de la guerre. Bien entendu, leur but n’est pas d’établir la vérité historique. L’objectif est de promouvoir une répartition claire et sans équivoque des rôles dans l’image géopolitique du monde du XXIe siècle. Ainsi, l’Occident est le sauveur de l’humanité de la peste du 20ème siècle: le totalitarisme sous la forme du nazisme et du « stalinisme ». Pour ce faire il apporta d’innombrables sacrifices à l’autel de la liberté. Son devoir sacré est d’empêcher la répétition de la tragédie du siècle dernier, de protéger et de promouvoir les valeurs libérales et la démocratie (il est à noter que, dans la résolution du PE, ce complexe d’exclusivité et ce messianisme sont tenus pour acquis: « L’Union européenne a la responsabilité particulière de promouvoir et de protéger la démocratie, le respect des droits de l’homme et de l’état de droit non seulement au sein de l’Union européenne, mais également au-delà de ses frontières « ).

 

La Russie, comme l’Allemagne de l’après-guerre, est le continuateur de l’empire totalitaire vaincu, avec toutes les conséquences qui en découlent. Alors que l’Allemagne s’est depuis longtemps engagée sur la voie de la rédemption et a gagné le droit d’entrer dans la famille des nations civilisées, la Russie n’a pas encore emprunté ce chemin. La «déstalinisation», comme la «dénazification», est un processus long et difficile.

 

Les objectifs géopolitiques de la politique historique de l’Occident sont évidents et, vraisemblablement, les dirigeants russes n’ont jamais douté de ce que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a récemment déclaré: «L’essence même du concept de « l’équivalence des totalitarismes » est claire. Son objectif n’est pas seulement de minimiser la contribution de l’URSS, mais également de priver rétrospectivement notre pays de son histoire spécifique en tant que garant de l’ordre mondial de l’après-guerre et de lui coller l’étiquette d’un « pouvoir révisionniste » qui menace le bien-être du soi-disant « monde libre ». »

 

Ou son autre déclaration, plus ancienne : «Aujourd’hui, pervertissant le passé, les politiciens et les propagandistes occidentaux veulent faire douter l’opinion publique du bien-fondé des règles établies par la Charte des Nations Unies après la Seconde Guerre mondiale. On a pris des mesures pour saper le système juridique international existant, pour le remplacer par un certain «ordre fondé sur des règles». »

 

Comme on dit, il n’y a rien à ajouter ou à retrancher. Le diagnostic est absolument clair.

 

Cependant, malgré une compréhension claire de la gravité géopolitique du «défi historique» lancé par l’Occident, la Russie n’a pas répondu de manière adéquate jusqu’à tout récemment. Tout se limitait à des diatribes contre les falsificateurs de l’histoire et des appels à laisser l’histoire aux historiens.

 

La raison d’une telle politique conciliante est aussi évidente que l’objectif de la politique historique de l’Occident. Elle est dans la ligne suivie depuis la fin des années 80 par la Russie pour rejoindre la civilisation occidentale. Et si vous vous efforcez de faire partie d’un tout, votre position sur des questions fondamentales ne peut pas contredire la position et les intérêts de cet ensemble.

 

Par conséquent, au cours des dernières années, sur le front historique des autorités russes, l’essentiel était de concilier l’inconciliable. D’une part, empêcher que la Russie passe du statut de puissance victorieuse, pilier de l’ordre mondial moderne, au statut d’agresseur vaincu. D’autre part, maintenir l’unité avec l’Occident, qui poursuit justement ce but.

 

D’où la stratégie spécifique de la politique historique russe, qui a dominé jusqu’à récemment. Moscou reconnaît le caractère criminel du « totalitarisme de Staline » et l’immoralité du pacte Molotov-Ribbentrop. Mais il refuse de le considérer comme le « seul déclencheur » de la guerre. L’Occident lui-même n’est pas sans péché: de très nombreuses réclamations peuvent être formulées contre lui (accord de Munich, drôle de guerre, etc.). À cet égard, laissons l’histoire aux historiens et nous nous engagerons nous-mêmes dans une coopération économique mutuellement bénéfique et dans la construction d’une Europe unie de Lisbonne à Vladivostok.

 

C’est une démarche qui peut sembler extrêmement pragmatique – «et les loups sont nourris et les moutons sont en sécurité». Seulement ça ne pouvait pas marcher, par définition.

 

Il était impossible de persuader l’Occident d’extraire la composante géopolitique des conflits historiques, alors que c’était précisément pour cette composante géopolitique que l’Occident avait entrepris cette campagne de révision de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

 

Grâce à cette politique d ‘ »apaisement » de l’Occident dans le domaine historique que, les dispositions fondamentales du nouveau concept de guerre (responsabilité égale de l’URSS et du Troisième Reich, pacte Molotov-Ribbentrop comme déclencheur de la guerre) sont déjà fixées au niveau des documents officiels du Parlement européen, de l’APCE, de l’OSCE et de la majorité des pays occidentaux, et aussi dans la conscience publique occidentale. Lentement mais sûrement, des travaux sont en cours pour préparer le processus de Nuremberg-2 sur le « stalinisme ». L’introduction de l’idée de responsabilité de l’Union soviétique pour l’Holocauste a commencé.

 

Si l’on considère que transformer le sens de la Seconde Guerre mondiale – un événement qui a déterminé le sort du monde – est une tâche ardue, ce résultat, obtenu en seulement 10 à 15 ans, est un succès géopolitique majeur de l’Occident. Et, en conséquence, une défaite géopolitique de la Russie.

 

 

De nouvelles tendances

 

Cependant, même si cela semble un lieu commun, tout coule, tout change. Et la résolution du Parlement européen (je l’espère) en est une confirmation claire. À l’occasion du 80e anniversaire du pacte Molotov-Ribbentrop et du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, l’Occident s’est pour la première fois heurté à une résistance directe et très féroce de la Russie dans le domaine de la politique historique.

 

La confusion et l’indignation suscitées par ce comportement atypique de Moscou sont lues directement dans un texte destiné aux parlementaires européens: «Malgré le fait que le Congrès des députés du peuple de l’URSS ait condamné le 24 décembre 1989 la signature du pacte Molotov-Ribbentrop, ainsi que d’autres accords conclus avec l’Allemagne nazie, en août 2019, les autorités russes ont nié toute responsabilité pour cet accord et ses conséquences et défendent actuellement le point de vue selon lequel la Pologne, les pays baltes et l’Occident sont les véritables instigateurs de la Seconde Guerre mondiale. ”

 

Alerte! Moscou refuse de considérer comme criminel ce que le monde civilisé lui impose de considérer comme tel.

 

Moscou, au lieu de reconnaître l’immoralité de la politique stalinienne et de prier humblement l’humanité progressiste de se mettre à sa place (eh bien oui, elle a dû signer ce terrible pacte, il n’y avait pas d’autre choix), passe à l’offensive.

 

Heureusement, l’Occident a vraiment raison de s’alarmer. Je ne donnerai que quelques exemples. À l’été de cette année, le Kremlin décide de célébrer par un feu d’artifice le 75e anniversaire de la libération de l’envahisseur nazi des capitales des républiques baltes de l’URSS. Permettez-moi de vous rappeler que, dans le cadre du nouveau concept de guerre et de la reconnaissance du caractère criminel du pacte Molotov-Ribbentrop, ces dates sont censées être considérées comme les dates du début de « l’occupation soviétique » des pays baltes.

 

Les ethnocraties baltes ont immédiatement poussé les hauts cris et ont essayé d’utiliser le « gourdin » du Pacte et des Protocoles secrets contre la Russie. « C’est un geste cynique et une provocation à la veille du 80e anniversaire du pacte Molotov-Ribbentrop et de ses protocoles secrets qui ont créé les conditions préalables au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et à l’occupation de la Lituanie », a déclaré le ministère lituanien des Affaires étrangères. Auparavant, après de tels rappels de la «conspiration» de Staline-Hitler, Moscou aurait immédiatement fait machine arrière et se serait couvert la tête de cendre. Cette fois-ci, les partisans des complices nazis ont été froidement conseillés de ne pas se mêler des affaires des autres – quand et en l’honneur de qui la Russie décide de faire un feu d’artifice ne regarde qu’elle.

 

En outre, à l’occasion du 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale le ministère russe des Affaires étrangères et le ministère de la Défense ont publié un grand nombre de documents auparavant secrets sur la période d’avant-guerre, ne laissant à la Grande-Bretagne, à la France et à la Pologne aucune chance de continuer à se parer des vêtements blancs de «pacificateurs».

 

La société d’histoire militaire de la Russie à un niveau officiel élevé a organisé une conférence internationale représentative intitulée « La stratégie de l’URSS pour la prévention de la Seconde Guerre mondiale en Europe et en Asie », au cours de laquelle les principaux historiens nationaux et étrangers n’ont pas laissé pierre sur pierre du nouveau concept de la guerre promu par l’Occident.

 

Un véritable choc en occident et dans la communauté libérale de Russie a été provoqué par la déclaration faite par Sergei Ivanov lors de la séance plénière de la conférence. Il convient de savoir qu’il est non seulement président du conseil d’administration de la Société d’histoire militaire de la Russie, mais également membre permanent du Conseil de sécurité de la Russie, dans une certaine mesure analogue au Politburo de l’URSS. Au lieu de paroles aussi familières de la part des dirigeants politiques russes sur la nature forcée du pacte, Sergueï Ivanov a résumé la discussion en déclarant: « Je considère que le pacte Molotov-Ribbentrop est une grande réussite de la diplomatie soviétique dont nous devrions être fiers ».

 

Il convient d’ajouter qu’un peu plus tôt dans un entretien approfondi sur la période d’avant-guerre et la politique historique, il s’était déclaré convaincu que la condamnation du pacte au Congrès des députés du peuple de l’URSS initiée par Alexander Yakovlev «servait la cause de notre désarmement diplomatique, idéologique et actuel devant l’Occident qui avait cours à l’époque de la perestroïka et des années 90 ».

 

Et tout cela était dit à propos d’un traité qui, au départ de la campagne pour remplacer le sens de la guerre en 2010, a été qualifié par le président du Parlement européen de «conspiration des deux pires formes de totalitarisme de l’histoire de l’humanité». La résolution actuelle du Parlement européen demande aux pays de l’Union européenne et à tous les défenseurs de valeurs libérales situées au-delà de ses frontières de ne pas douter que «la Seconde Guerre mondiale, la guerre la plus destructrice de l’histoire de l’Europe, a été déclenchée à la suite du tristement célèbre pacte de non-agression germano-soviétique du 23 août 1939, également connu sous le nom de pacte Molotov-Ribbentrop et ses protocoles secrets, selon lesquels deux régimes totalitaires en quête de domination mondiale ont divisé l’Europe en deux zones d’influence ».

 

Dans ces conditions, les paroles de Sergueï Ivanov ne pouvaient que produire l’effet d’une bombe. En outre, l’Occident comprend parfaitement que toutes ses réussites incontestables dans le domaine de la politique historique ne sont possibles qu’en l’absence de réelle riposte de la Russie. D’où la vive réaction de la résolution du Parlement européen.

 

Un tournant

 

Cependant, il n’y a aucune raison de tomber dans l’euphorie. Comme le montre la résolution du Parlement européen, nous devrions nous attendre à une nouvelle confrontation sur le front historique.

 

Je ne rappelle que certaines de ses dispositions.

 

  1. Conformément à cette résolution, outre la Journée du souvenir des victimes du stalinisme et du nazisme, une Journée internationale des héros de la lutte contre le totalitarisme est introduite dans l’Union européenne. Ce n’est ni plus ni moins que l’établissement des fondements juridiques de la reconnaissance officielle des héros de Bandera, des frères de la forêt, de Vlassov et d’autres traîtres de toutes tendances et de toutes variétés.

 

  1. La nécessité de Nuremberg-2 sur le « stalinisme » criminel avait déjà été annoncée à l’APCE et au niveau des ministres de la Justice des pays d’Europe centrale et orientale (Déclaration de Varsovie 2011). Ce fut une période de préparation informationnelle et idéologique à la provocation. À présent, le Parlement européen en est déjà à demander «une enquête judiciaire sur les crimes du stalinisme». Et cela signifie le début de la mise en pratique de la provocation.

 

  1. En réalité, le Parlement européen a appelé à la généralisation des pratiques de «décommunisation» polonaises et ukrainiennes, y compris la démolition de monuments aux soldats de la libération soviétiques, dans tous les États de l’UE : «Les monuments et statues commémorant les régimes totalitaires continuent d’exister dans des lieux publics, ce qui ouvre la voie à la déformation des faits historiques sur les conséquences de la Seconde Guerre mondiale et la promotion d’un système politique totalitaire. « 

 

  1. Comprenant très bien que même dans l’Union européenne, tout le monde n’est pas prêt à accepter l’histoire falsifiée de la Seconde Guerre mondiale, le Parlement européen a ordonné à tous les États membres de l’UE d’interdire «les groupes néo-fascistes et néonazis ainsi que toute autre fondation ou association exaltant et glorifiant le nazisme, le fascisme ou toute autre forme de discrimination, toute forme de totalitarisme « . Il est clair qu’après cela, nous devrions nous attendre à une interdiction des activités de toutes les organisations non gouvernementales qui osent être en désaccord avec la seule version fidèle du passé de l’Europe.

 

  1. Il y a encore une innovation dans cette résolution (outre l’appel à des représailles contre les contestataires) : dans cette résolution, «par inadvertance», ont été placés dans le même panier les crimes des régimes totalitaires et autoritaires. Je pense qu’il est inutile d’expliquer qu’en Occident, tant l’Empire russe que la Fédération de Russie moderne sont classés dans la catégorie des «États autoritaires». Le ballon d’essai est lancée.

 

Pour ceux qui décideraient de ne pas prêter attention à tout cela, dans la mesure où les députés du Parlement européen en ont fait bien d’autres, permettez-moi de vous rappeler qu’au cours des quinze dernières années, toute la campagne visant à réviser le sens de la Seconde Guerre mondiale s’est déroulée au travers de telles structures.

 

A une époque en Russie, on avait décidé de ne pas s’abaisser à répliquer à des parlementaires européens qui avaient mis un signe d’égalité entre nazisme et stalinisme. Ensuite, certains ont considéré comme inférieur à leur dignité de réagir à l’annonce de la signature du pacte Molotov-Ribbentrop en tant que jour du souvenir des victimes du stalinisme et du nazisme. Nous savons maintenant à quoi cela a conduit.

 

J’espère que cette pratique erronée est terminée et que la Russie commencera effectivement à défendre avec détermination ses intérêts géopolitiques dans le domaine historique.

 

Source : site internet « Stoletie » [le siècle], un site dévolu à l’étude de l’histoire http://www.stoletie.ru/rossiya_i_mir/jevroparlament_probnyj_shar_vbroshen_961.htm

 
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Publié par le octobre 3, 2019 dans civilisation, Europe, Russie, THEORIE

 

Les symboles communistes désormais interdits ?

© PixabayPourrez-vous encore bientôt porter votre T-shirt représentant le fameux révolutionnaire cubain Che Guevara ? Ou votre T-shirt iconique devra-t-il gentiment rester au placard ?

Le Parlement européen a l’intention d’interdire les symboles communistes. Dans une résolution votée le 19 septembre dernier, l’institution condamne « toute démonstration et toute propagation d’idéologies totalitaires », peut-on lire ce matin dans La Dernière Heure.

Dans le texte abordant la question de « l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe » le Parlement européen rappelle « que les régimes communistes et nazi sont responsables de massacres, de génocide, de déportations, de pertes en vies humaines et de privations de liberté d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité, qui auront à jamais marqué le XXe siècle ». Les parlementaires  Européens condamnent « sans réserve les actes d’agression, les crimes contre l’humanité et les atteintes aux droits de l’homme à grande échelle perpétrés par les régimes totalitaires nazi, communistes et autres. »

Toujours dans la même résolution, le Parlement européen « condamne toute démonstration et toute propagation d’idéologies totalitaires, telles que le nazisme et le stalinisme, dans l’Union européenne » et se dit “préoccupé par le fait que des symboles de régimes totalitaires continuent à être utilisés dans les espaces publics et à des fins commerciales, tout en rappelant qu’un certain nombre de pays européens ont interdit l’utilisation de symboles nazis et communistes. »

Jean-Marie Chauvier, journaliste belge spécialiste de l’ex-URSS et de la Russie, témoigne de ses réserves auprès du quotidien : « Cette résolution est très radicale, elle constitue une rupture avec une façon de voir l’histoire qui était établie depuis l’après-guerre qui considère que l’Allemagne est l’agresseur (…) Le régime de Staline était brutal et violent mais n’avait pas le projet d’exterminer des Juifs, des Tsiganes et des malades mentaux », poursuit le spécialiste.

Si cette résolution a un effet avant tout symbolique, elle pourrait, selon le journaliste, créer un climat qui pourrait conduire à une série d’interdictions.

Pour rappel, La Pologne a déjà proscrit les symboles communistes tels que l’étoile rouge, le marteau et la faucille. Autre exemple : pas plus tard que l’année passée, l’ambassadeur lituanien aux États-Unis a demandé à l’enseigne américaine Walmart de cesser la commercialisation de T-shirts et pulls ornés de la faucille et du marteau associés à l’URSS. Des parlementaires d’Estonie et de Lituanie ont également interpellé la firme.

Pas de doute, une révolution va s’imposer dans nos esprits et… nos placards !

(FvE – Source : La Dernière Heure – Picture : Pixabay)

 

Ouvrir la sociologie au monde et à l’universalité

Il y a peu je suis retournée à l’université et j’ai découvert que là aussi s’opérait une destruction de la mémoire, j’ai été très critique sur ce que l’on prétendait faire de la sociologie, cet article a le mérite de proposer une issue : reconnaître l’existence d’un autre monde que celui de notre enfermement dans des micro-objets, dans une pseudo objectivité scientifique (note de Danielle Bleitrach)

Par Stéphane Dufoix, professeur de sociologie, Université Paris-Nanterre et Sari HANAFI, professeur de sociologie, Université américaine de Beyrouth et président de l’Association internationale de sociologie — 

Soixante-dix ans après le congrès constitutif de l’ISA à Oslo, il faut aller encore plus loin dans l’ouverture de la sociologie, notamment à celle des pays non occidentaux.

En 1995, le rapport de la Commission Gulbenkian dirigée par Immanuel Wallerstein (lire pages 24-25) – récemment décédé le 31 août dernier – invitait à «ouvrir les sciences sociales» en repensant les conditions de l’interdisciplinarité et la distinction classique entre les sciences sociales et les sciences naturelles. Cependant, l’appel à accepter le caractère situé – occidental – de l’héritage sociologique et à dépasser l’opposition simpliste entre l’universel et le particulier restait encore largement incantatoire. Depuis, d’autres présidents de l’Association internationale de sociologie (ISA), comme Michel Wieviorka ou Michael Burawoy, ont plaidé en faveur d’une pensée sociologique plus globale et d’un appui aux différentes sociologies nationales. Soixante-dix ans après la tenue à Oslo (septembre 1949) du congrès constitutif de l’ISA, il semble possible et souhaitable d’aller encore plus loin en direction de l’ouverture de la sociologie, notamment dans trois directions spécifiques :

– Il est tout d’abord plus que nécessaire d’ouvrir les yeux d’un grand nombre de sociologues des pays occidentaux – et pas seulement eux – sur la dimension mondiale d’un courant d’idées et d’une discipline qui, déjà au tournant du XXe siècle, ne se limitaient nullement aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, à la France ou à l’Allemagne. Issus de l’appropriation des travaux de Comte ou de Spencer, des enseignements, des revues, des auteurs se revendiquant de la sociologie étaient déjà présents en Colombie, au Venezuela, en Argentine, en Russie, au Japon ou en Chine. Encore aujourd’hui, la connaissance que nous avons de cette histoire – et de ces histoires – est très lacunaire, tout comme l’est la manière dont nous rendons compte, en tant qu’enseignants, du passé et du présent de la discipline en Amérique latine, en Asie, en Europe centrale et orientale, dans le monde arabe, en Afrique sub-saharienne et en Océanie.

– L’enseignement de la discipline a généralement limité l’histoire de la sociologie à l’histoire des théories sociologiques. Les liens historiques entre développement des sciences sociales et expansion du colonialisme européen et nord-américain ayant imposé une division internationale du travail épistémique dans laquelle le travail théorique est la prérogative du centre et donc de l’Occident, la liste des auteurs considérés comme «classiques» et devant être lus ou connus par les étudiants de sociologie est presque invariablement la même dans tous les pays et ne comporte que des hommes occidentaux. L’ouverture du canon doit concerner les sociologues hommes et aux femmes venant des pays non-occidentaux ayant produit des travaux théoriques, épistémologiques et / ou empiriques majeurs (Alberto Guerreiro Ramos, Ari Sitas, Orlando Fals Borda, Irawati Karve, Akinsola Akiwowo, Fatima Mernissi, Fei Xiaotong, Anouar Abdel-Malek, Ali el-Kenz ou Tsurumi Kazuko pour n’en citer que quelques-uns). Elle doit aussi englober celles et ceux qui, dans les pays occidentaux, ont subi la loi d’une canonisation genrée et racisée (Harriet Martineau, W.E.B. DuBois, Marianne Weber ou encore Jane Addams). Cette ouverture n’a pas pour objectif de remplacer un canon par un contre-canon ni même d’ouvrir à l’infini la liste des auteur·e·s à connaître par les étudiants : elle vise avant tout à offrir une image historiquement juste des naissances de la sociologie, mais aussi à réinjecter la dynamique des relations de pouvoir (géographique, racial, genré) au cœur de l’appréhension des constitutions et évolutions disciplinaires.

– Interroger l’histoire de la sociologie et la constitution du canon visent enfin à ouvrir le sens de l’universel. La recherche de lois générales de l’évolution sociale, la volonté de calquer la sociologie sur les sciences de la nature, ainsi que l’eurocentrisme des théoriciens classiques a bien souvent conduit à faire se confondre deux formes d’universalisme : la quête positiviste de concepts largement transhistoriques et transspatiaux et le postulat d’une science du social pour laquelle la production du savoir serait déconnectée des dispositions culturelles et sociales des producteurs de savoir. A suivre ce postulat, la connaissance sociologique ne pourrait pas s’expliquer et se comprendre sociologiquement ! Pour autant, renoncer à cette forme d’universalisme en surplomb au profit de l’idée selon laquelle la production de savoir est toujours située ne conduit pas à la proclamation d’un relativisme absolu, mais à la transformation du statut de l’universalité. L’universel n’est pas toujours déjà là : il est toujours un produit historique des luttes pour la définition de ce qu’est la sociologie. Il peut par conséquent fort bien être pensé et conceptualisé – peut-être plus sous le terme d’universalité que d’universel d’ailleurs – dans la tension entre le général et le particulier, entre le global et le local. L’universalité est toujours à construire, dans le débat, dans le combat, dans le dialogue, pour aujourd’hui et pour demain.

Stéphane Dufoix professeur de sociologie, Université Paris-Nanterre Sari HANAFI professeur de sociologie, Université américaine de Beyrouth et président de l’Association internationale de sociologie