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L’invention du « Dracula communiste »

23 Déc

Histoire et société a déjà passé un sujet sur un événement parallèle, l’opération « juste cause », l’invasion du Panama par 27.000 soldats qui firent jusqu’à 4000 morts, dans le silence total des médias, ceux-ci étaient occupés comme le raconte l’article ci-dessous à inventer des événements en Roumanie, je me souviens personnellement avoir été dans le désert tunisien à ce moment-là, avec un couple d’italiens communistes, nous interrogions notre chauffeur et le guide qui nous emmenaient vers la Libye: « Est-ce qu’il est question du Panama », c’était en vain, on ne parlait que des crimes de Ceausescu. Quand je suis revenue en France ma mère m’a suppliée de ne pas dire que j’étais communiste. Je faisais alors en première année un cours sur Marx. Un étudiant sans véritable hostilité m’a interrogée : « Croyez vous que l’on puisse encore enseigner Marx après ce qui vient de se passer en Roumanie ?  » mais que s’était-il donc passé en Roumanie (note de Danielle Bleitrach).

Les médias reviennent ces jours-ci sur la chute de Ceausescu en Roumanie fin décembre 1989. Ils ont bien raison de la célébrer car c’est un peu leur révolution : peu d’événements avait alors été autant filmés en direct, avec des émissions spéciales de JT à rallonge. Il n’y avait à l’époque ni BFM TV ni CNews.

Et qui dit médias en continu dit médias en roue libre. Quantité de mensonges avaient été relayés sans aucune critique. TF1 avait par exemple expliqué que Ceausescu avait besoin de sang frais tous les mois pour soigner sa leucémie et que des jeunes vidés de leur sang avaient été retrouvés dans les bois. « Dracula était communiste », titra le journal de Jean-François Kahn.


Mais pire encore a été l’affaire des faux charniers de Timișoara. C’est désormais un cas d’école pour les apprentis journalistes. Les correspondants étrangers avaient ainsi diffusé sans se poser de questions des images de corps déterrés, présentés comme des manifestants assassinés par la Securitate. En réalité, des morgues d’hôpitaux de la ville avaient été vidées de leurs malades décédés pour fournir des « martyrs révolutionnaires ».


Toute la presse écrite et télévisuelle a marché, de Libération à RTL. Seule une journaliste « a sauvé l’honneur de la presse », pour reprendre les mots de Jean-Claude Guillebaud (Le Nouvel Obs), en remettant en cause l’emballement médiatique : c’est Colette Braeckman (Le Soir). Fin janvier 1990, elle revient de Roumanie et publie son compte-rendu : « Je n’ai rien vu a Timisoara ». Complètement à contre-courant, les doutes de la journaliste seront peu après attestés par des sources contradictoires.


J’ai découvert tout ceci via un documentaire de l’INA, je vous le conseille vivement : https://www.ina.fr/video/CPD09007592


Depuis lors, les médiamensonges ont sans cesse servi à diaboliser un « régime » et à légitimer son renversement par l' »opposition », sans que ne soit jamais politisée la nature de ceux-ci. C’est nécessaire pour toute intervention militaire étrangère. Les exemples ne manquent pas, de la Yougoslavie à l’Irak jusqu’à la Bolivie (excellent article dans Le Monde Diplo à ce sujet).
L’affaire des faux charniers de Timisoara prouve que des nouvelles extravagantes relayées de pays lointains aux enjeux stratégiques (pétrole, lithium, etc.) doivent être prises avec de grosses pincettes. Aujourd’hui encore plus que jamais.

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