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Archives d’Auschwitz en Russie: comment l’armée soviétique a libéré la «Death Factory» nazie © Sputnik / Boris Ignato

L’EUROPE 

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L’Allemagne nazie a mené son programme d’éradication humaine à l’échelle industrielle, en s’inspirant des vues destructrices d’Hitler sur la race et les gens. Cet effort génocidaire reposait largement sur un réseau de camps d’extermination, responsables de la mort de millions de personnes. De ces usines de mort, Auschwitz était la plus «efficace».

23 janvier 2020, Jérusalem. Plus de 45 chefs d’État et autres politiciens se réunissent dans la ville sainte pour le cinquième Forum mondial de l’Holocauste. L’événement débutera au mémorial de Yad Vashem quelques jours avant la Journée internationale du souvenir de l’Holocauste, programmée pour coïncider avec la libération d’Auschwitz .

S’adressant jeudi au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et au président Rivlin, le président russe Vladimir Poutine a qualifié l’Holocauste de «tragédie partagée». Selon l’estimation la plus citée, 40% des Juifs décédés pendant la Seconde Guerre mondiale venaient des parties de l’Union soviétique occupées par les nazis (2,5 millions sur les 6 millions de victimes de l’Holocauste).

Auschwitz était au centre de ce qui allait être connu comme l’un des épisodes les plus inhumains de l’histoire du monde. Il a été créé en 1940 dans d’anciennes casernes de l’armée au confluent des rivières Vistule et Sola dans le sud de la Pologne.

Des gens de toute l’Europe ont été transportés dans le camp dans des wagons à bestiaux. Bien que la plupart d’entre eux soient juifs, l’idéologie nazie était également fondée sur l’élimination d’autres nations et groupes «inférieurs» – y compris les Slaves. Les nazis considéraient ces nations comme des Untermenschen non-aryens , ou des sous-humains, qui devaient être asservis et anéantis.

C’est pourquoi l’Allemagne nazie considérait la guerre contre l’URSS comme un conflit idéologique et racial, contrairement à la guerre en Europe occidentale.

Un groupe d'enfants portant des uniformes de camp de concentration derrière des barbelés dans le camp de concentration nazi d'Oswiecim (Auschwitz)
© AP PHOTO /
Un groupe d’enfants portant des uniformes de camp de concentration derrière des barbelés dans le camp de concentration nazi d’Oswiecim (Auschwitz)

Les gardes SS coupaient les cheveux des prisonniers, tatouaient des numéros d’identification sur leur peau et les entassaient dans des baraquements où ils devaient se battre pour survivre dans des conditions insalubres et insupportables.

La plupart sont morts de fatigue extrême et de famine, d’autres ont été tués dans des chambres à gaz et d’autres encore ont été exécutés ou battus à mort. Certains ont été piégés entre les mains de pseudo-scientifiques barbares tels que Joseph Mengele, alias l’Ange de la mort. Sur les 1,3 million de personnes envoyées à Auschwitz, 1,1 million ne sont jamais sorties vivantes.

Janvier 1945, Pologne orientale. Après avoir finalement renversé le cours de la guerre, l’Armée rouge libère la plupart des territoires soviétiques occupés par les nazis et l’est de la Pologne. En janvier 1945, les troupes soviétiques lancent une opération majeure, appelée l’offensive de la Vistule-Oder, pour chasser les forces allemandes de Pologne et préparer les tremplins pour une offensive de suivi sur Berlin.

L’opération est un effort conjoint entre le 1er front biélorusse du maréchal Georgy Zhukov, qui détient le secteur autour de Varsovie, et le 1er front ukrainien du maréchal Ivan Konev, conduisant sur Cracovie au sud de la capitale. Les deux fronts comptent chacun plus d’un million de soldats.

Fragment d'un rapport manuscrit d'Auschwitz au commandant de la 100th Rifle Division, daté du 29 janvier 1945, archives militaires russes
© PHOTO: ARCHIVES
Fragment d’un rapport manuscrit d’Auschwitz au commandant de la 100th Rifle Division, daté du 29 janvier 1945, archives militaires russes

La situation évolue si rapidement que l’offensive massive ne peut pas se dérouler en totale conformité avec le plan initial, et les commandants doivent s’adapter sur place. Des documents provenant des archives soviétiques ont mis en lumière les détails de cette opération.

Fragment d'un rapport manuscrit d'Auschwitz au commandant de la 100th Rifle Division, daté du 29 janvier 1945, archives militaires russes
© PHOTO: ARCHIVES
Fragment d’un rapport manuscrit d’Auschwitz au commandant de la 100th Rifle Division, daté du 29 janvier 1945, archives militaires russes

Le 19 janvier 1945 , les forces du maréchal Konev capturent Cracovie, ouvrant la voie à un nouvel empiètement sur la Silésie, la deuxième zone industrielle la plus importante du IIIe Reich et l’emplacement d’Auschwitz.

Konev décide initialement d’encercler le contingent nazi en Silésie en utilisant des brigades de chars. Cependant, alors que les soldats soviétiques avancent vers l’ouest, il comprend que, s’ils sont encerclés, les nazis le défendront jusqu’au dernier homme. Une bataille en Silésie pourrait infliger de lourdes pertes à ses troupes et à l’industrie locale.

Konev décide alors de laisser les ennemis sortir du piège car il serait plus facile de les combattre dans un champ plutôt que dans une zone industrielle densément peuplée – une décision qui s’est avérée juste pour la campagne soviétique et fatidique pour Auschwitz.

Le 27 janvier 1945 , des soldats de la 100th Rifle Division libèrent le camp de la mort. Les troupes soviétiques ouvrent les portes d’Auschwitz vers 15 heures. Elles marchent sous le fameux slogan « Arbeit Macht Frei » (le travail vous libère) à l’entrée pour trouver un peu plus de 7 000 prisonniers émaciés.

Il est apparu plus tard que les autorités nazies avaient arrêté le gazage et commencé à démolir les chambres à gaz à la fin de 1944 avec l’avance de l’Armée rouge. Dans le but d’effacer les preuves de ce qu’ils ont fait à Auschwitz, les nazis ont forcé près de 60 000 prisonniers plus profondément en Allemagne lors des marches de la mort quelques jours avant l’arrivée des forces soviétiques, laissant derrière eux les plus épuisés.

Camp de concentration d'Auschwitz
© AFP 2019 / ARCHIVES YAD VASHEM
Camp de concentration d’Auschwitz

Dans leurs mémoires, les soldats soviétiques ont écrit que certains survivants se dirigeaient vers eux; d’autres se sont enfuis de peur. Ils ont dû convaincre de nombreux prisonniers d’Auschwitz que les nazis étaient partis et qu’ils étaient désormais en sécurité.

«Des squelettes à moitié morts rampaient parfois sous les couchettes et juraient qu’ils n’étaient pas juifs», se souvient un soldat. «Personne ne pouvait croire à leur éventuelle libération».

Un autre a écrit: «Les enfants se sont tus et ont juste montré les chiffres tatoués sur leurs bras. Ils n’avaient pas de larmes. Je les ai vus essuyer leurs yeux, mais ils étaient secs ».

Le maréchal Konev n’a pas visité Auschwitz à l’époque, bien qu’il soit à proximité. « Ce n’est pas que je ne voulais pas voir le camp de la mort de mes propres yeux – je ne me suis pas consciemment autorisé à le faire », se souvient-il. «J’avais peur que ce que j’y verrais me rende cruel, que je commence à me venger.»

Selon un bulletin d’information déclassifié de l’administration politique du 1er front ukrainien, le commandement de l’Armée rouge a rapidement réalisé l’ampleur de la tragédie et a recueilli des preuves des atrocités nazies dans le camp, y compris les documents nazis restants et les témoignages.

Les troupes soviétiques ont également trouvé environ 1,2 million de vêtements pour hommes et femmes, plus de 43 000 paires de chaussures, un nombre incalculable de brosses à dents et de brosses à raser et 7 tonnes de cheveux humains dans le camp.

Aujourd’hui. Ces preuves de crimes nazis sont désormais exposées au musée d’Auschwitz-Birkenau pour rappeler ce que la haine, le racisme et l’effondrement moral peuvent provoquer.

La Seconde Guerre mondiale n’était pas un combat entre les puissances mondiales pour les lignes et les points sur une carte, comme sa préquelle, comme la plupart des guerres que l’humanité avait menées depuis son apparition. C’était un combat entre l’idée de mort et l’idée de vie. La vie a gagné. C’est toujours le cas.

 

LE DEBAT DE REILLANNE ET SON MODE D’EMPLOI

VOUS AVEZ LE TEMPS ET JE VOUS LE RAPPELLERAI  FRÉQUEMMENT…

Bon je crois que vous avez compris qu’il n’y aura pas de débat autour de mon livre à Martigues le 6 février, ni d’ailleurs en aucun lieu des Bouches du Rhône… mais ce n’est pas pour autant que j’abandonne. Au fait qu’est-ce que je suis sensée abandonner ? J’ai retrouvé le temps d’être communiste, mais visiblement le PCF en tant qu’institution ne s’interesse pas à nos retrouvailles. Pour se rencontrer il faut être deux et visiblement, nous nous croisons…

J’ai décidé de poursuivre mon périple pour mieux cerner ce qui se passe, l’aventure est au coin de la rue et certains communistes pensent comme moi qu’il est temps de penser le changement de pouvoir, d’époque, et de société, ce qu’on appelait une Révolution… Il y en d’autres qui pensent comme ça…

Donc je vais aller à leur rncontre, je vais en profiter pour faire les croquis d’ambiance qui me tiennent lieu de carnet de voyage… J’ai pris la décision suivante: pour servir à quelque chose il faut que je crois à ce que je fais, que je crois qu’une rencontre avec mes lecteurs aura du sens, comme à Béziers, comme à Vénissieux,à Avignon, partout il y a eu de vrais rencontres, j’ai appris écouté, autant que commenter mes expériences, ce fut de  véritables échanges… Certainement pas avec des gens avec lesquels je n’ai plus rien de commun et qui me le font savoir jour après jour…des conformistes… terrorisés à l’idée de sortir du cadre. Le contraire de ce que je crois être le communisme.

Voici ce que j’ai reçu de la librairie Regain qui organise ma venue:

Je vous confirme la date du 29 février pour une présentation de votre livre après le film de Judith Davis.
Ce sera à la salle des fêtes de Reillanne (04) avec possibilité de manger avant (repas partagé) avec les organisateurs.

Je viendrai vous chercher au train ou au car à Manosque dans l’après-midi.
Vous serez logés à Forcalquier et je vous ramènerai au bus ou au train le dimanche après-midi., le dimanche matin, sur la place du marché où se trouve la libraire il y aura une signature de livres et un échange avec mes lecteurs.

Voici affiche et texte de présentation de la soirée… tels que les a imaginé le libraire qui m’a invitée…

Texte de présentation :
Film & débat avec Danielle Bleitrach
TOUT CE QU’IL ME RESTE DE LA RÉVOLUTION (2019) de Judith Davis par Danielle Bleitrach
« C’est un film brillant, rythmé qui a reçu le Valois du Jury au Festival Francophone d’Angoulême. Premier film d’une femme et comédienne Judith Davis ! Il a les meilleurs côtés d’un écriture féminine en mêlant intimité, critique sociale et réflexion politique sans jamais étouffer les uns ou les autres, il fait penser à certains films de Diane Kurys comme Diabolo Menthe en plus nerveux.
Le film de Judith Davis est totalement synchro avec les mémoires que je viens de publier Le Temps retrouvé d’une communiste. Livre dans lequel je fais un double constat : celui d’une vie magnifique parce que j’ai bénéficié du combat de mes ainés, de la manière dont ils ont subi la torture et celui aussi de la fin de la Révolution, l’impression d’être née trop tard, d’être de la génération qui profite de ce que les aînés ont créé dans le sang et les larmes. Une génération qui n’a pas su inventer autre chose qu’une parodie soixante-huitarde et qui a fini par tout perdre par absence de stratégie révolutionnaire. »
Danielle Bleitrach échangera après le film autour de son livre récemment paru aux éditions Delga.

MON COMMENTAIRE

Pourquoi pas? Il a lu mon livre, il en a apprécié pas mal de chapitres qui ne sont pas nécessairement les mêmes que mes interlocuteurs habituels… Il s’interroge par exemple sur celui sur le Bénin…En revanche il a sauté pourtant celui que je considère comme essentiel sur la rencontre avec Ponomarev…

je m’aperçois que chacun a sa lecture de ce livre à partir de sa propre mémoire, de son interprétation du passé mais aussi du présent et peut-être que c’est bien comme ça..Donc l’essentiel est d’être disponible comme je crois l’avoir été dans tous mes voyages… Avec une intense curiosité pour ceux avec qui j’ouvrais le dialogue. Il semble que dans les alpes des Hautes provence, il y ait comme dans le Vaucluse où je suis récemment allée une forte implantation des gilets jaunes, mais ce ne sont pas les mêmes. Dans le Vaucluse pesait le poids du Front National, ici  ‘est plus à gauche… Beaucoup de gens viennent de Marseille, d’autres se sont installés dans la campagne… Que reste-t-il du temps de Longo Maï auquel je m’étais intéressée jadis… J’aime bien les gens créant un ciné club… je leur avais proposé le Nanni moretti et celui-ci, ils sortaient de ken Loach,  ils ont préféré quelque chose de plus gai. Ils s’appellent la strada fellini? Pourquoi? je suis déjà curieuse…Et puis il y a Stephen dont je partage tant d’indignations.

Dans le fond ce qui correspond le mieux à cette image qu’il décrit de moi, celle d’un décalage par rapport à l’aspiration à la Révolution, c’est mon expédition au Mexique au Chiapas. Risquet se moquait de ces guerilleros avec des fusils en bois, comme sans doute de cette réunion de bobos dans la jungle de la Réalidad.

Oui mais moi j’y ai entendu pour la première fois Lula, j’ai découvert ce qu’il avait été fait de l’Indien, de la difficulté à interpréter leur tragique silence. Encore aujourd’hui j’ai du mal à percevoir la stratégie d’Evo Morales en Bolivie. Est-ce qu’il croit réellement que ces brutes épaisses racistes, fascistes vont leur accorder des élections démocratiques et les Etats-Unis qui veulent le lithium? Quelle est la relation entre ce temps long, cet anéantissement de l’Indien et ma propre société qui n’arrive qu’à balbutier le même  alors que tout cal fait eau de toute part, cette manière commune de s’accrocher aux institutions, à la démocratie, de ne pas concevoir le rôle de l’armée, de la police, d’un appareil répressif?

Oui cette révolution à la mexicaine est peut-être ce balancement dans ma vie entre des situations où l’on risque encore sa vie et celle où on perd faute d’une stratégie toute conscience de ce qu’est l’adversaire, un humanisme vide de sens parce qu’il nie les conditions inhumaines sur lequel l’échafaudage repose.. Oui j’ai vraiment besoin de cet échange… et puisqu’il est impossible avec ceux avec qui je l’avais envisagé partons dans un nouvel exil…

Pour mieux voir les photos appuyez sur elles jusqu’à ce qu’elles grandissent, en haut c’est l’arrivée à cheval du commandant Marcos à la Réalidad… Au milieu, je suis avec les Indiens à San Cristobal de la casas, la capitale des terres hautes, et en bas sur les ruines mayas de palanque…

comme je n’arrive pas à placer l’affiche, je vais vous déposer ici quelques phots de mon séjour au Chiapas chez le commandant Marcos…

 

 
 

Le débat prévu le 6 février à Martigues est supprimé

Voici l’échange qui m’a décidé à supprimer le débat de Martigues, le seul prévu dans les bouches du rhône, trop c’est trop surtout que cela s’est accompagné de quelques autres gâteries du même type de gens que je croyais assez proches et à qui je croyais pouvoir faire confiance.

hier j’écris ce texte:

Je viens de l’entendre, je vous promets… c’était sur la 5 vers I3 heures

rediffusion d’un débat sur la 5, le mec, il s’appelle jean Michel « Aphatie, qui parle des noms des rues et il dit : « vous vous rendez compte, il y a même des rues Maurice Thorez, un déserteur, n’importe qui, on a oublié qui c’était … d’ailleurs Staline avait dit à De Gaulle « fusillez-le en rentrant, mais pas tout de suite, il peut vous servir »…

Incontestablement un vent de créativité souffle à la télé… N’importe qui peut dire n’importe quoi sans risquer d’être contredit…

Un seul commentaire sur le plateau « heureusement qu’on a Jean Michel pour nous rappeler l’Histoire »

Comment sommes-nous tombés si bas, le capital et ses valets n’ont pas changés, mais le fait nouveau est qu’il n’a plus personne pour le contredire… Au point où ils en sont, on pourrait toujours conseiller à l’Humanité et à quelques dirigeants du PCF de reprendre « l’information » dans le cadre de leur révision de l’histoire des communistes et du centenaire du parti avec leur ligne « tous des salauds sauf moi et mes copains, Lucien Sève et Pierre Laurent, sans oublier le génial Trotski.. »

danielle bleitrach

voici la réponse que je reçois d’un camarade dont je tairai le nom par un respect qu’il n’aurait certainement pas avec moi: 

Danielle tes excès sont difficiles à dépasser pour qui voudrait , comme moi, que cette année du centenaire puisse être celle de tous les communistes. Pourquoi devrais je choisir entre Lucien Sève et Danielle Bleitrach; le formidable penseur qui donne envie d’apprendre sans cesse et celle dont le livre récent illustre la complexité des dernières décennies; celle que René Feniche appelait « la belle Danielle ». Pourquoi ces moments terribles de rupture alors qu’à d’autres moments le travail en commun semble possible? Ce qui doit nous rassembler là c’est bien l’attaque anti communiste ignoble d’un journaliste médiocre qui sera balayé par l’histoire. Non ?

voici ma réponse à ce camarade des Bouches du Rhône qui sait très bien la censure totale que j’y subis et qui ma foi s’en accommode volontiers :

Quel beau discours pour quelqu’un qui tolère si aisément que mon livre soit interdit dans les fêtes du parti des bouches du Rhône et dans la presse communiste… discours d’hypocrite qui voudrait faire taire les victimes de ceux qui n’ont cessé de mettre un bâillon sur la bouche de ceux qui protestaient, qui m’ont frappée, déchiré les vêtements t qui me demandent encore et toujours de me taire, le centenaire de tous les communistes alors que les uns sont toujours dans l’humanité et les autres interdits on croirait du Macron… mais ne te fais pas d’illusion vos excès de censure vous jugent plus que mes excès de protestation…

j’ai ruminé toute la journée et puis j’ai pris ma décision , il faut dire que la journée a été plus ou moins placé sous le signe du négationnisme, la protestation de Poutine, l’annonce que même l’UNESCO célébrant la libération d’Auschwitz supprimait dans son annonce le rôle de l’armée rouge. La conviction qui est désormais la mienne que l’équipe qui a en charge la célébration des 100 ans du parti va contribuer au vu de ce qu’elle est au négationnisme ambiant… Que nous allons avoir grâce à ces gens là

FAUT PAS POUSSER…

je dois dire que je n’en suis pas encore revenue du camarade qui est venu me reprocher de ne pas vouloir célébrer les 100 ans du parti communiste dans une réconciliation générale, alors que le même est tout à fait d’accord avec l’interdiction dont je suis victime dans notre département les Bouches du Rhône, toutes les fêtes où mon livre est interdit, l’interdiction dans la Marseillaise, mon nom qui ne doit pas être cité… la même censure impitoyable que je subis depuis plus de vingt ans dans l’humanité, alors que mon blog témoigne de mon attachement au communisme, le fait que je n’ai jamais trahi, simplement quand je suis en désaccord je le dis, ce que cette bande d’hypocrite incultes souvent font tous les jours en me censurant la démonstration de qui ils sont… Ce sont les mêmes à qui a été confié la célébration des cent ans et qu le feront comme ils ont célébré sans doute la Révolution d’octobre en mentant effrontément… Le même camarade me déclare sans sourie: n’y a-t-il pas de la place pour Lucien Sève et Danielle Bleitrach? les bras m’en tombent vu que je ne demande pas que l’on interdise Lucien Sève ni aucun autre du même courant, mais alors que tous les trois jours ils sont interviewés dans l’humanité, eux et quelques trotskistes ou sociaux démocrate, je demeure totalement interdite, et je ne suis pas la seule… ce serait moi l’intolérante, qu’est-ce que ce serait si ces gens là avaient le pouvoir ? On peux tout craindre de pareils Tartuffe… Moi je m’engage si je dirige l’humanité (ce qui n’arrivera pas) à ce que ce soit le lieu d’un véritable débat pour construire un socialisme « à la française », celui qui tolérera mon impertinence et mon franc parler… et surtout donnera à ceux qui luttent les moyens d’intervenir à partir de leur expérience du double langage…

Voilà tout est dit ou presque, sinon que l’on peut s’interroger sur ce que j’attendais des camarades, y compris ceux des Bouches du Rhône, rien d’autre que ce que je suis capable de donner quand les camarades sont traités injustement. Un exemple quand Annie Lacroix-Riz a été traitée injustement par le secteur formation de la CGT, je crois avoir avec ce blog contribué à rétablir son droit. J’ai toujours agi ainsi.. et si j’avais vu un cas comme le mien, je ne l’aurais pas toléré, j’aurais écrit, téléphoné à ceux qui se conduisaient ainsi… Pas un mot, pas un geste y compris de gens qui sont des lecteur assidus de ce blog, pas un mot pas un geste y compris de la nouvelle direction du PCF. Comment dois-je interpréter ce silence? De deux solutions ou is sont aussi lâche que mes tortionnaires (parce qu’ils se sont conduits comme des tortionnaires, utilisant jusqu’à la mort et la maladie de mon enfant pour prétendre me détruire), ou des gens convaincus que je ne sers à rien et qu’il vaut mieux entretenir de bonnes relations avec ces gens-là, que de se fatiguer pour une vieille femme trop fidèle à son idéal.

Voilà, il faut savoir tirer un bilan, je suis de plus en plus convaincue qu’ils ne se seraient pas conduits comme ça si j’étais un homme, cela fait partie des moeurs politique d’avoir besoin de concevoir le pouvoir selon une domination machiste et nous sommes loin d’en être débarrassés. Paradoxalement, de cela aussi ce que l’on appelle « le stalinisme »ne nous avait pas débarrassé mais avait au moins créé un contexte plus politique, plus axé sur les classes sociales… ce n’était pas parfait mais c’était nettement mieux, moins hypocrite.

je voudrais ajouter ceci : je lisais dernièrement le texte d’un espagnol ENRIQUE DEL TESO, qui saluait l’entrée d’un communiste au gouvernement en ces termes, il s’agit de ma traduction :

« Aujourd’hui, nous avons un communiste au gouvernement. A aucun moment je ne me suis considéré comme un communiste. Dans toutes ses acceptions, le communisme est toujours une forme très stricte de socialisme. Il y a des pulls très ajustés qui pour être bien portés exigent des corps soignés . Le mot « communiste » est un vêtement qui nécessite un type particulier de biographie et un itinéraire sentimental très précis pour être bien ajusté et ne pas être une imposture ou une banalité. »
Il m’est de plus en plus difficile moi qui ai connu des communistes de me faire à la banalité, voire à l’imposture permanente de ceux qui prétendent représenter ce parti, je trouve que le vêtement n’est pas fait pour eux…
Danielle Bleitrach
 
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Publié par le janvier 20, 2020 dans COMPTE-RENDU de LIVRE

 

De Rimbaud, poème à la gloire de la renaissance de Jugurtha

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Le 2 juillet 1869 Arthur Rimbaud âgé de 14 ans va écrire son premier grand poème intitulé «Jugurtha». C’était le sujet du concours de l’académie des Ardennes dont ce génie, connu dans son collège pour rafler tous les 1ers prix, remporta la meilleure distinction. Son poème en éloge à l’Emir Abdelkader sera publié dans la revue académique.

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :
Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
Du second Jugurtha de ces peuples ardents,
Les premiers jours fuyaient à peine à l’Occident,
Quand devant ses parents, fantôme terrifiant,
L’ombre de Jugurtha, penchée sur leur enfant,
Se mit à raconter sa vie et son malheur :
‘’O patrie ! O la terre où brilla ma valeur !’’
Et la voix se perdait dans les soupirs du vent.
‘’Rome, cet antre impur, ramassis de brigands,
Echappée dès l’abord de ses murs qu’elle bouscule,
Rome la scélérate, entre ses tentacules
Etouffait ses voisins et, à la fin, sur tout
Etendait son empire ! Bien souvent, sous le joug

On pliait. Quelquefois, les peuples révoltés
Rivalisaient d’ardeur et, pour la liberté,
Versaient leur sang. En vain !
Rome, que rien n’arrête,
Savait exterminer ceux qui lui tenaient tête !….’’

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
‘’De cette Rome, enfant, j’avais cru l’âme pure.
Quand je pus discerner un peu mieux sa figure,
A son flanc souverain, je vis la plaie profonde !…
La soif sacrée de l’or coulait, venin immonde,
Répandu dans son sang, dans son corps tout couvert
D’armes ! Et une putain régnait sur l’Univers !
A cette reine, moi, j’ai déclaré la guerre,
J’ai défié les Romains sous qui tremblait la terre !….’’

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :
Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
‘’Lorsque dans les conseils du roi de Numidie,
Rome s’insinua, et, par ses perfidies,
Allait nous enchaîner, j’aperçus le danger
Et décidai de faire échouer ses projets,
Sachant bien qu’elle plaie torturait ses entrailles !
O peuple de héros ! O gloire des batailles !
Rome, reine du monde et qui semait la mort,
Se traînait à mes pieds, se vautrait, ivre d’or !
Ah, oui ! Nous avons ri de Rome la Goulue !
D’un certain Jugurtha on parlait tant et plus,
Auquel nul, en effet, n’aurait pu résister !’’

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :
Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
‘’Mandé par les Romains, jusque dans leur Cité,
Moi, Numide, j’entrai ! Bravant son front royal,
J’envoyai une gifle à ses troupes vénales !…
Ce peuple enfin reprit ses armes délaissées :
Je levai mon épée. Sans l’espoir insensé
De triompher. Mais Rome était mise à l’épreuve !
Aux légions j’opposai mes rochers et mes fleuves.
Les Romains en Libye se battent dans les sables.
Ils doivent prendre ailleurs des forts presqu’imprenables :
De leur sang, hébétés, ils voient rougir nos champs,
Vingt fois, sans concevoir pareil acharnement !’’

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :
Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
‘’Qui sait si je n’aurai remporté la victoire ?
Mais ce fourbe Bocchus… Et voilà mon histoire.
J’ai quitté sans regrets ma cour et mon royaume :
Le souffle du rebelle était au front de Rome !
Mais la France aujourd’hui règne sur l’Algérie !…
A son destin funeste arrachant la patrie.
Venge-nous, mon enfant ! Aux urnes, foule esclave !…
Que revive en vos coeur ardent des braves !…
Chassez l’envahisseur ! Par l’épée de vos pères,
Par mon nom, de son sang abreuvez notre terre !…
O que de l’Algérie surgissent cent lions,
Déchirant sous leurs crocs vengeurs les bataillons !
Que le ciel t’aide, enfant ! Et grandis vite en âge !
Trop longtemps le Français a souillé nos rivages !…’’
Et l’enfant en riant jouait avec un glaive !…

II. Napoléon ! Hélas ! On a brisé le rêve
Du second Jugurtha qui languit dans les chaînes…
Alors, dans l’ombre, on, voit comme une forme humaine,
Dont la bouche apaisée laisse tomber ces mots :
‘’Ne pleure plus, mon fils ! Cède au Dieu nouveau !
Voici des jours meilleurs ! Pardonné par la France,
Acceptant à la fin sa généreuse alliance,
Tu verras l’Algérie prospérer sous sa loi…
Grand d’une terre immense, prêtre de notre droit,
Conserve, avec la foi, le souvenir chéri
Du nom de Jugurtha !…N’oublie jamais son sort :
III. Car je suis le génie des rives d’Algérie !…’’

Poème traduit du latin – Arthur RIMBAUD

 

Annonce de débats-conférence autour de mon livre de mémoires

 

LE CERCLE POPULAIRE JOSEPH LAZARE ET LES SECTIONS DU BITERROIS DU PCF
Vous invitent le :
VENDREDI 17 JANVIER à 18H30
2 rue Votaire à Béziers
La soirée s’achèvera pour ceux qui le souhaitent par un repas fraternel : Choucroute, dessert et vin à 13 €
« LE TEMPS RETROUVÉ D’UNE COMMUNISTE » Mémoires
Présenté par Danielle BLEITRACH
Femme, dirigeante communiste, internationaliste, Danielle dans sa
singularité devient l’écho de millions de voix anonymes qui ont agi tout
au long du XX siècle et agissent partout pour rendre la vie des plus
humbles meilleure, pour l’émancipation du genre humain. Son livre pose
plus de questions qu’il n’en résout : les questions de la résistance au
capitalisme et de la lutte. En cela, il est en pleine actualité.

 

JE VOUS ANNONCE EGALEMENT DEUX PROCHAINS RENDEZ-VOUS

Le 6 Février 2020, à Martigues, ce sera le seul débat qui aura lieu dans les Bouches du Rhône autour de mon livre à 18h 30 librairie alinea, donc s’il y a des amis dans le 13 et limitrophe qui veulent me rencontrer qu’ils profitent de l’occasion…

Le 29 février à Reillane dans les Alpes de Haute Provence, deux jours particulièrement sympathiques organisés par la librairie Regain. Le 29 une séance de cinéma autour d’un film en relation avec mes mémoires. Je leur en avais proposé deux, Santiago-Rome de Nanni Moretti ou Tout ce qu’il me reste de la Révolution.

https://histoireetsociete.wordpress.com/2019/02/13/tout-ce-quil-me-reste-de-la-revolution-jai-eu-un-coup-de-coeur-pour-ce-film/

Ils ont choisi ce dernier film, donc à a suite de la projection on fera le lien entre ce film et mes mémoires.

Le lendemain 30, il y a le marché sur la place de ce magnifique village de Haute Provence et dans la librairie il y aura une séance signature et rencontre avec les habitants.

D’autres rencontres sont en préparation…

 

 

La Chine nous propose un universalisme basé sur la diversité culturelle mais aussi sur le progrès collectif dans une « communauté des destins »

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Un dossier de la revue Esprit dans lequel Anne Cheng aborde la question de l’universalisme chinois mais nous ne nous étonnerons pas si sa savante analyse revient à voir dans l’universalisme revendiqué par les Chinois, une remise en cause de fait de l’universalisme des droits de l’homme de l’occident. On trouve également un dossier publié par la revue Rue Descartes qui lui aussi montre que la quête identitaire hante la philosophie chinoise au point, selon la présentation, que même le courant en faveur de l’universalisme pluraliste conserve les horizons nationaux comme garantie d’une diversité culturelle. Le problème de la relation entre nation et philosophie est d’autant plus intéressant pour un public francophone que nous avons nos propres débats sur la nation et la recherche de valeurs. En effet, quand Gérard Noiriel dénonce tout ce que la quête d’une « identité nationale » efface de l’horizon de la réflexion, nous y retrouvons un nombre de critiques qui pourraient être facilement appliquées par les occidentaux aux intellectuels chinois préoccupés par cette quête identitaire. A l’inverse, Georges Gastaud qui propose une articulation encore plus fouillée entre nation, marxisme et universalisme pourrait nous aider à avancer sur l’analyse de ce que propose la Chine (1). Peut-être un jour Badiou reviendra-t-il sur sa condamnation de la Chine et son choix de la voie stalinienne et capitaliste à la fois. Parce qu’il faut bien mesurer que l’émergence de ce débat savant marque le caractère incontournable de l’ère nouvelle inaugurée par la Chine…

La communauté de destin de l’humanité

Notre propre proposition est bien d’articuler ces réflexions avec non pas l’actualité politique au sens étroit du terme, mais bien au changement d’époque que nous sommes en train de vivre, le travail conceptuel est nécessaire par rapport à ce bouleversement et non comme un jeu entre spécialistes.

C’est incontestablement le livre de Xi Jinping dont l’un des concepts-clés «la communauté de destin de l’humanité» (renlei mingyun gongtongti) sert de titre à l’ouvrage qui a sans doute provoqué cette floraison de réflexions.

C’est en mars 2013 à Moscou que Xi Jinping a pour la première fois évoqué sur la scène internationale une communauté de destin, parlant de « l’interdépendance mutuelle » des nations dans le « village planétaire ». En mars 2015, lors du Forum de Bo’ao, il avait précisé les quatre principes de la communauté de destin : respect mutuel et traitement d’égal à égal des différents pays ; coopération gagnant-gagnant et développement commun ; réalisation d’une sécurité commune, générale, coopérative et durable, ainsi que coexistence et apprentissage réciproque des différentes civilisations.

Depuis, ce concept s’est étoffé et approfondi : il concerne non seulement des domaines spécifiques (le cyberespace par exemple), mais aussi des projets de développement de dimension régionale (le Forum pour la Coopération sino-africaine) et mondiale (l’initiative chinoise de « la Ceinture et la Route »).

La communauté de destin de l’humanité préconise le multilatéralisme, l’ouverture, le dialogue et la paix. C’est la proposition de la Chine au reste du monde sur la base de ses réussites au cours de 70 années de développement pacifique, qui ont conduit le pays sur la voie de la prospérité et vers l’éradication de la pauvreté. C’est aussi la réponse de la Chine aux tendances à l’unilatéralisme, à l’hégémonisme et au protectionnisme qui émergent ici et là, remettant en cause toute capacité de l’occident à l’universalisme que proclamaient les droits de l’homme et la création de l’ONU.

Pour le parti communiste chinois (PCC), le monde est entré dans une «nouvelle ère». Il lui faut donc une «nouvelle pensée» pour un «monde nouveau». Tout cela a été validé lors du récent congrès du PCC, à Pékin, qui a permis au président Xi Jinping de revendiquer l’héritage de Mao Tsé-toung comme celui de Deng Xiao Ping.

Le livre a été traduit dans de nombreuses langues et grâce à une amie, nous avons pu Marianne et moi bénéficier d’un exemplaire traduit en français. Incontestablement la Chine souhaite que le débat s’ouvre sur sa proposition, elle invite les délégations étrangères et multiplie les missions pour commenter cette proposition, à la fois théorique mais aussi politique puisqu’il s’agit d’un acte équivalent à celui qui a fondé la modernité: la déclaration des droits de l’homme, c’est-à-dire y compris sur ce quoi a été bâtie l’ONU, et qui devrait commander officiellement les droits entre Etats et individus dans un monde qui s’affirme multipolaire.

Un monde où la plus vieille des civilisations encore existante mais qui a subi le colonialisme, l’autre versant de la modernité occidentale, qui de surcroit revendique plus que jamais sa filiation avec le marxisme autant que le confucianisme est en train de devenir la première puissance du monde et dans la foulée propose pour elle et pour le monde jusqu’ici soumis à l’arbitraire des valeurs occidentales le droit à une existence culturelle différente de celle jusqu’ici imposée.

C’est donc à partir de la reconstruction de l’identité nationale chinoise que se pose la question de l’universalisme. Une pensée en gestation encore pour le moment réservée à des spécialistes mais qui déjà en France donne lieu à une mobilisation idéologique qui dit bien l’importance de la réflexion, dont est pourtant encore éloigné le grand public, sans doute parce que le PCF et d’autres groupes politiques comme lui influencé par le trotskisme et par la social démocratie n’ont à l’égard de la Chine que des stéréotypes.

Si l’on suit le dossier de la revue Descartes qui est le plus fouillé sur la question, on mesure à que point sauf les derniers articles, la plupart témoignent de la constitution dans la pensée chinoise contemporaine d’une relation étroite entre horizon national et horizon philosophique : « la nation (dans un sens culturel) est articulée avec la philosophie sous forme de projection d’un horizon, que ce soit dans le passé ou dans l’avenir.

Cette articulation est en effet l’un des piliers de ce que l’on pourrait appeler l’« universalisme pluraliste » du troisième tournant de la philosophie chinoise, qui, tout en proposant une certaine forme d’universalité, conserve les horizons nationaux comme garantie d’une diversité culturelle. La revue Descartes publie ainsi un article de Xu Jilin, « Valeurs universelles ou valeurs chinoises ? Le courant de pensée de l’historicisme dans la Chine contemporaine »

Cet article témoigne des paradoxes de l’universalisme pluraliste qui caractérise les discours du troisième tournant de la philosophie chinoise : d’une part, il y aurait dans la pensée chinoise une visée universaliste ; de l’autre, il y aurait la difficulté à se défaire de l’horizon national, Xu Jilin affronte ce paradoxe.

Xu Jilin prend ainsi parti pour l’universalisme des valeurs. Mais cette prise de position, paradoxalement, ne revient pas à se défaire de la nation comme substrat de l’universalité des valeurs. En effet, pour concilier son universalisme avec l’horizon national de la réflexion, il revendique le pluralisme culturel : « il existe des valeurs communes qui peuvent communiquer entre des valeurs différentes. Bien que les différences entre les cultures nationales soient grandes, la partie centrale se superpose ; ces valeurs cruciales et ces buts ultimes sont ouverts, et c’est ce que l’humanité recherche communément » (p. 66). Si dans la recherche des « valeurs ultimes » Xu Jilin brise les horizons nationaux pour se tourner vers des « valeurs universelles », dans sa vision pluraliste de cette recherche les nations restent intactes, aussi bien comme traditions que comme projection dans l’avenir. C’est pourquoi « la Chine devrait reconstruire des valeurs chinoises dans la perspective de la civilisation universelle » (p. 66) : aspiration à l’universel qui conserve pourtant la nation comme horizon de la réflexion.

Effectivement si la Chine ne cesse de travailler la relation entre nation et universalisme, la nouveauté est que le pouvoir chinois se sent désormais suffisamment solide pour diffuser à grande échelle ses vues hors du territoire national et la réflexion philosophique ne peut s’abstraire ni en Chine, ni en Europe, ni en France de cette nouvelle donne et des débats auxquels dès aujourd’hui elle donne lieu.

Cependant à travers « la communauté de destin » de l’ouvrage de Xi Jinping, le président chinois évite une critique frontale de ces «valeurs occidentales». Il ne manque pas néanmoins de le faire dans diverses occasions comme dernièrement dans l’intervention de Trump en Irak, comme d’ailleurs en soulignant à la fois à quel point au nom de l’universel des droits de l’homme, les Etats-Unis violent les deux principes de souveraineté des nations sur laquelle est fondée la paix et celui des droits réels de l’individu y compris par le racisme.

On peut difficilement s’abstraire de ce contexte quand on lit les revues pour le moment réservée à des spécialistes.

La «communauté de destin» a tout de suite été interprétée comme une machine de guerre ayant pour objectif de modifier de l’intérieur du système international les normes héritées de l’après-Deuxième Guerre mondiale. D’où la montée au créneau de ces philosophes et intellectuels chargés de préparer l’angle d’attaque contre ce modèle chinois.

Pourtant Xi Jinping ne cesse d’affirmer que si ce modèle chinois peut inspirer d’autres pays, il ne cherchera pas à s’imposer, ce sera essentiellement à travers de grands défis que la Chine affrontera victorieusement sur son propre territoire que le modèle gagnera de l’audience, mais aussi en apportant paix et prospérité. Ainsi depuis 2015, le défi que la société chinoise s’est lancée est non seulement un développement scientifique et technique d’une grande ampleur mais également la possibilité de résorber toute la pauvreté et d’offrir à chaque Chinois une société de moyenne aisance en 2020, ce qui est également une garantie face à la crise de l’occident avec l’ouverture d’un marché chinois interne. Ce qui est privilégié est le facteur de développement et de stabilité qu’un tel modèle peut désormais offrir à la Chine mais aussi pour devenir conquérant par rapport à la crise économique et politique du modèle occidental, en s’appuyant d’abord sur les pays sous-développés arrachés à l’attraction occidentale qui n’arrive à maintenir son hégémonie que par la guerre et la corruption, voire la régression sociale contre lesquelles s’insurgent les peuples.

Si la Chine s’est donné cette date de 2020 comme celle où sera résorbée la pauvreté c’est aussi dans le cadre assumé de « la dictature du prolétariat » menée par le parti communiste. Comme le signale G. Gastaud à propos de MARX, il ne s’agit pas d’ouvriérisme mais bien d’élever le prolétariat à la difficile mission qui est la sienne, celle dans laquelle son internationale coïncide avec le genre humain. La classe la plus économiquement et culturellement dominée doit dans la phase socialiste et dans les contradictions les plus grandes devenir classe dominante. Il faut tout le temps prendre garde à ce que cette contradiction dominant-dominé tant sur le plan matériel que sur le plan idéologique reste « motrice » parce que l’avant-garde en reste consciente ou alors entre en régression. Il faut lire beaucoup de textes du parti communiste chinois, en particulier ceux de Xi Jinping à la lumière de cette tâche de la révolution socialiste, beaucoup plus compliquée que la révolution bourgeoise dans laquelle une domination succède à une autre domination et où l’unité des dominants peut se réaliser dans l’exploitation. Si on peut parler de « disparition de la classe ouvrière » (abusivement), en Chine nous en sommes loin, mais les contradictions internes à cette classe sont exaspérées par la vitesse même du développement.

Cependant cette ère nouvelle comme celle que Goethe célébrait à Valmy, a incontestablement un aspect doublement national, celui de la libération du territoire autant que la résurrection d’une culture millénaire et celui d’un sort commun de ce fait avec tous les peuples ayant subi le colonialisme et l’impérialisme, d’où le caractère « conquérant » mais dans le même temps l’affirmation du refus de s’imposer. La relation doit être négociée comme l’est un contrat commercial autant que le respect des souverainetés.

L’idée est celle d’une cohabitation, dans un monde multipolaire, de divers modèles de «civilisation» qui œuvrent ensemble à leur prospérité commune sans volonté hégémonique. Ce que répondent ses détracteurs c’est qu’il s’agit pour le pouvoir chinois, comme pour tout pouvoir autoritaire, de saboter les notions mêmes de démocratie et de libertés individuelles ou collectives jusqu’ici associées aux normes universelles. Oui mais il suffit de comparer par exemple la manière dont les Chinois signent des accords par exemple pour l’exploitation du lithium en Bolivie, alors que les Etats-Unis pour empêcher cette signature fomentent un coup d’Etat avec l’aide d’une oligarchie fasciste et raciste. Ou encore la récente intervention contre l’Iran que l’on peut interpréter comme un enjeu pour freiner le développement de la route de la soie au moyen orient.

L’UE se présente comme le dernier pôle de défense des valeurs universelles, cette réflexion sur nation et universalisme participe bien évidemment d’un combat idéologique et c’est pourquoi nous devrions réellement nous donner les moyens sur ce problème comme bien d’autres de sortir de la crise dans laquelle a été plongée la pensée marxiste pour voir de quoi nous parle aujourd’hui la Chine, ce qu’il est impossible d’ignorer aujourd’hui.

Danielle Bleitrach

(1) Georges Gastaud, marxisme et universalisme, classes, nations, humanités, éditions Delga, 2015

 
 

La revue en phase avec le renouveau du PCF

Progressistes N°26

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SOMMAIRE

(Tous les articles seront progressivement accessibles)

ÉDITO Réapprendre à écouter l’herbe qui pousse Amar Bellal

POLITIQUE  Du côté des Progressistes N°26

ZOOM SUR…
Climat: Distinguer le vrai du faux Jean Poitou

DOSSIER TERRITOIRES ET ECOLOGIE
ÉDITO Tel Monsieur Jourdain faisant de la prose… Jean-Claude Cheinet
Comment penser la multimodalité localement? Françoise Meymerie
La rénovation thermique des bâtiments, un enjeu pour les communes Alain Tournebise
Construire une alimentation digne de notre temps Pascal Lachaud
Les transports en Île-de-France : un siècle de retard à rattraper Jacques Baudrier .
Les bus Tango à Nîmes : enjeux d’une lutte Michel Perfettini
Vénissieux et l’environnement local Pierre-Alain Millet
Rennes : un mandat de transition écologique dans la gestion de l’eau Yannick Nadesan
Fabriquer à Paris Nicolas Bonnet Oulaldj
Eau de Paris : premier bilan Jean-Noël Aqua .
Faire le Pari.s des transports écologiques Jacques Baudrier

L’IMAGE DU NUMÉRO
DECOUVERTE: Un brin d’herbe de très bonne humeur!

JEUX
ÉCHECS  Zugzwang ou l’art de laisser l’adversaire périr Taylan Coskun

BRÈVES
Brèves (N°26)

SCIENCE ET TECHNOLOGIE
HISTOIRE Pourquoi le socialisme? Albert Einstein
BIOLOGIE Commentaires sur l’évolution et l’activité constructive du vivant Evariste Sanchez-Palencia
NUMÉRIQUE Logiciels libres : un enjeu politique et économique Georges Vincents

TRAVAIL – ENTREPRISE – INDUSTRIE
INDUSTRIE Dans l’intimité du nuage, l’âpre bataille des dresseurs de puces Sébastien Elka.
SERVICE PUBLIC Mobilier national. La marchandisation de la culture entraînerait une perte irréparable de savoir-faire Clément Chabanne

ENVIRONNEMENT & SOCIÉTÉ
SANTÉ Nanomatériaux, santé et environnement Aurélie Biancarelli-Lopes
BIODIVERSITÉ Amazonie : endgame (fin du jeu) Stéphen Rostain
POLITIQUE Ruffin, le rouge et le vert Sylvestre Huet

LIVRES
Livres (N°26)

LES SCIENCES ET LES TECHNIQUES AU FÉMININ
Helen O’Connell Claude Frasson

 
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Publié par le décembre 23, 2019 dans COMPTE-RENDU de LIVRE, pcf, SOCIETE

 

A quoi ça sert une vie ? ne pas avoir honte de ce qu’on a été même si on est devenu différent.

Avec Aragon, à quoi cela sert le bilan d’une vie ? si mes mémoires ont un sens c’est celui-là, elles sont pleines d’erreurs, de rires et de souffrances et sont construites comme un puzzle dans lequel je puise à partir des questions du présent pour tenter de voir s’il y a quelque chose du passé qui peut m’aider à agir dans le présent… Et le JE ici est un NOUS, nous les communistes mais aussi nous les Français, du moins cette part de la France qui donnait aux peuples le vertige et dont monsieur Thiers ne cesse de répéter « qu’on la fusille »… Cette part de nation qui fait de nous des anti-colonialistes, des anti-impérialistes, des internationalistes convaincus…

Ces derniers temps deux ou trois amis, qui ont prétendu ignorer mes combats, m’ont écrit pour protester de leur « amitié » en affirmant simplement qu’ils se protégeaient de mon « mauvais caractère », l’un vante la pureté de mes engagements, l’autre mon « talent » j’ai répondu à l’un d’entre eux: Tu parles de « talent », quel talent je me suis battue avec courage et désintéressement, je n’ai jamais rien revendiqué et je ne regrette rien, les coups que j’ai pris étaient normaux dans un tel contexte, si l’on se bat on prend des coups. Mais pas toujours quand ils venaient de ceux qui censément étaient dans mon camp et qui encore aujourd’hui alors qu’ils se sont mal conduits avec quelqu’un qui sur le fond leur a toujours donné, n’a fait aucun mal au contraire, quelle stupide envie d’être les seuls, les pousse à détruire leurs alliés ?  Ils ne trouvent qu’une excuse j’aurais mauvais caractère, oseriez vous dire cela à un homme? voilà c’est tout, laissons tomber parce que j’ai le sentiment que nous n’avons pas compris les mêmes choses hier comme aujourd’hui.

Sans parler des têtes légères qui voient passer une idée et la chaussent pour avoir l’air d’être originaux, d’avoir une familiarité avec ceux qu’ils stigmatisent… Tout cela n’a aucun sens. Mais probablement les ai-je parfois moi aussi commises, mais le combat fut et reste si dur que j’ai dû tenter de changer.

Ces erreurs qui m’ont créée, transformée, entendons toujours NOUS, sont dues au fait que je ne me suis pas contentée de penser, j’ai tenté d’agir pour faire face à ce qui me semblait insupportable et qui concernait autant les autres, les opprimés, les victimes de toute l’injustice du monde que moi-même… je ne suis pas restée à juger sur le bord de la route, je me suis jetée dans la mêlée et c’est aussi comme cela que je comprends ce que nous déclare ici Aragon. Et il parle de NOUS, lui qui tous les soirs démissionnait et ré-adhérait le matin à ce qui lui donnait le pouvoir d’agir.

Danielle Bleitrach

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Une leçon du débat d’Avignon: la longue marche devient de plus en plus collective

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Lors du débat que les amis de l’Humanité d’Avignon avaient organisé le 12 décembre autour de mes mémoires, j’oserais dire de NOS mémoires à nous communistes français, le premier intervenant, mon camarade Jean Dufour qui suit attentivement ce blog, a lu et bien lu mes mémoires, m’a interrogée sur la Chine.

Je l’ai intérieurement maudit parce que je n’avais pas de fiches sur le sujet et mon livre parlant peu de la Chine, je n’étais pas préparée, et comme on le sait mon talon d’Achille ce sont les chiffres et les noms propres, je craignais de mal argumenter en disant des choses erronées, ce qui n’a pas manqué puisque les 600 millions de Chinois sortis de la misère sont devenus 600 mille chinois, ce qui est de l’ordre d’une petite ville de province, voire un village à l’échelle de la Chine. Et tout à l’avenant.

Pourtant ce malicieux de Jean n’avait pas tort de m’inciter à oser parler de la Chine puisque j’avais choisi le « bilan ».

Ce que m’a enseigné ce débat et les différentes interventions, c’est à quel point aujourd’hui ce sujet est incontournable pour les communistes.

Nous avons commencé avec Marianne d’apporter des informations, d’autres comme les camarades de Vénissieux et Hervé Fuyet en font autant, il y a des relais. Il y a des livres incontournables, ceux entres autres de Delaunnay et de Remy Herrera, les camarades qui me recevaient m’ont parlé d’un débat avec Tony Andreani.

Pourtant ce que m’a inspiré ce débat c’est cette nécessité d’en faire encore plus sur cette question, comme celle d’un nouveau monde avec de nouveaux rapports sud-sud en train de bouleverser des siècles de domination occidentale. La Chine, ai-je tenté de dire, c’est à la fois la plus vieille des civilisations, mais aussi un pays qui a connu l’humiliation néo-coloniale, un autre poids de l’histoire avec le plus jamais ça.

Quand j’ai tenté de défendre le fait que la Chine n’avait jamais porté les armes pour piller un pays, un débat s’est ouvert sur le rôle réel de la Chine en Afrique, le géant goulu et destructeur, l’achat du port du Pirée. De là, je n’avais pas les éléments pour contredire mais certainement ceux de comparaison entre la Chine nouant un contrat avec la Bolivie pour l’exploitation du lithium et les USA faisant face avec un coup d’état meurtrier et raciste. La Chine achète mais qui vend et à quelles conditions.

Tout cela restait encore en surface et j’en oubliais presque ce que je disais dans mon livre sur la contre révolution, la manière dont elle démarre à partir du Chili et comment les tortionnaires, ceux qui pillent et détruisent des continents entiers se font passer pour les défenseurs des droits de l’homme contre le totalitarisme soviétique. Là aussi la tentation est grande ne parlons plus du passé… Pourtant, eux n’oublient pas et tentent de ré-utiliser les ficelles qui leur ont permis d’avoir trente ans de sursis. Staline est mort en 1953, mais le personnage créé de toute pièce, un pouvoir personnel s’imposant à un immense continent et présentant un danger pour le monde entier est encore utilisé pour Xi Jinping, l’idée pourtant essentielle du collectif politique aussi bien que la complexité d’une société, tout est résumé à cette caricature « totalitaire ». Au moment même où l’on assiste depuis 1991 à une offensive sans foi ni loi sur toute la planète pour mieux piller, comme en 1974 après le Chili, ils se présentent en Droits de l’Homme contre le « péril jaune ».

Comment cela peut-il encore fonctionner ? Mais on assiste bien à une tentative de conviction que tout le mal vient des privilégiés de la SNCF, de la dictature que leur grève fait peser sur la Noël, il y a même eu une député de la République en marche pour dénoncer le grand nombre d’agents musulmans recrutés par la RATP qui donc veulent saccager les fêtes de la Noël, si cela peut marcher imaginer ce que l’on peut créer sur la situation internationale. Il est nécessaire de démonter tout ça, oui mais comment quand on enseigne à ce point l’amour de la servitude par l’entretien d’un « savoir immédiat » qui nie le rôle du capital et crée des murs pour le protéger d’imaginaires assaillants.

PARCE QUE LE FOND DE L’AFFAIRE EST BIEN DE FAIRE CROIRE QU’IL N’Y A PAS D’ALTERNATIVE AU CAPITALISME, L’UTOPIE IRREALISABLE OU LA DICTATURE SANGLANTE. MONTREZ QU’IL Y A ET Y A EU DES EXPERIENCES, LEURS APPORTE , LEUR ECHECS CONTEXTUALISES? PASSEZ IL N’Y A  TIEN A VOIR. C’EST POUR LE CAPITAL UNE QUESTION DE SURVIE.

Ce débat m’incite aussi à une réflexion sur les obstacles que nous devions affronter pour aborder ce pays continent : d’abord bien sûr le poids des campagnes médiatiques qui tablent sur un travers bien français, la superficialité, la prétention néo-coloniale à feindre de savoir ce qu’ils ignorent, l’incapacité à sortir du franco-français, et à ce titre l’intervention d’une dame qui prétendait avoir vu le travail des enfants en Chine alors qu’une de ses compagnes de voyage m’a signalé qu’elles n’avaient rien vu du tout, mais que la dame tenait à être un témoin politique à partir d’un voyage touristique, ce qui est un travers assez fréquent.

Pourtant ce débat d’Avignon n’avait rien à voir avec le cauchemar que j’avais vécu en 1996 dans le Gard voisin. Il y avait un homme qui pour la première fois de sa vie était parti dans un pays étranger à Cuba, cette année là. Il avait vu et il savait, il dénonçait la misère des Cubains, elle était hélas bien réelle. C’était la période spéciale, ils crevaient de faim, la prostitution des jeunes filles battait son plein. A toutes mes descriptions abstraites du blocus, il répondait par ce qu’il avait vu et l’attribuait à Fidel castro, un dictateur comparable à Staline. Il avait été jadis un électeur communiste on ne l’y reprondrait plus. J’ai été battue à plate couture, personne ne m’aidait… Cet homme avait pour lui le poids du tourisme tel qu’il nous donne des certitudes et de ce que les médias lui racontaient tous les jours. Depuis les choses ont un peu évolué mais il y a d’autres traquenards en particulier quand je tente de dire la stricte vérité à savoir que les Russes regrettent l’uRSS. Alors la Chine…

Car  le paradoxe est que dans le PCF nous avons un autre blocage. D’abord depuis 20 ans l’influence du trotskisme, version de la social-démocratie dans nos directions, avec la haine du « stalinisme » reconnu et dénoncé partout pour mieux nous isoler, mais aussi paradoxalement dans un parti qui a vieilli le reste d’une rancune tenace contre la Chine quand elle s’opposait à l’URSS ; il est donc intéressant de voir comment le parti issu de cet ex-URSS est lui en train de discuter sur le passé mais aussi de préparer l’avenir et tous les textes sur le sujet que Marianne traduit du russe peuvent aider à percevoir les choses différemment.

Cela dit il est aussi frappant de voir à quel point le dialogue sans concession mais avec écoute réciproque peut être fructueux aujourd’hui. Il y a une évolution, surtout quand le mouvement social vous aide à penser autrement. A quel point ceux qui comprennent qu’ils ont peut-être des stéréotypes construits découvrent vite un autre monde, et pour revenir à mon introduction perçoivent à quel point tout souvenir est pris nécessairement dans un collectif d’appartenance qui introduit des biais. Je retrouve alors un travail de déconstruction que je faisais nécessairement avec mes étudiants de sociologie et dont j’étudie les effets en politique.

par exemple, dernièrement je discutais avec une électrice socialiste de toujours, elle me dit tout le mal qu’elle pense de macron, du personnel politique qui l’entoure , delavoye qui se fait acheter pour nous voler nos retraite: « il faudrait que ces gens là soient condamnés à vivre ce que vivent les gens qui ont des salaires de misère ». mais quand tout à coup je tente de lui parler de bernard Arnault qui ne déclare pas ce qu’il devrait, elle me répond « c’est son argent, il en fait ce qu’il en veut et il donne du travail, ce qui est ignoble ce sont les politiques qui prennent l’argent du peuple ». J’ai compris à quel point l’idée du capital avait disparu de son esprit. Alors quand vous expliquez qu’en Chine, il ya la planification, que le parti tient les rènes de l’investissement et du dévelopement et l’oriente vers le progrès et la résorbtion de la misère, à quel type de pensée avez -vous affaire?

cela fonctionne par répétition, puis un jour quelque chose devient problématique et là ça va vite très vite…

Je ne suis jamais aussi ravie que quand quelqu’un vient m’expliquer ce que je m’évertue à lui faire partager depuis des années.

Je me dis que si tout se passe comme je l’espère les communistes dans peu de temps viendront m’expliquer ce que je m’évertue avec tant de mécomptes de leur faire partager depuis tant d’années et ils ne se souviendront de rien, ils en conserveront peut-être malheureusement l’idée que je ne suis pas quelqu’un de sûr, un mélange de répression « stalinienne » et de dissidence anti-parti.

Heureusement, nous sommes un certain nombre à vivre cela depuis des années et dans ce débat j’ai senti à quel point les organisateurs ne me laissaient pas me débattre seule parce qu’ils vivaient aussi cette situation et en avaient acquis beaucoup de patience et la conviction qu’en tant que communistes nous devions continuer dans l’action, qu’un possible s’ouvrait et qu’il fallait le faire avancer.

J’apprends tellement des autres dans des débats et cela renforce mon optimisme. « Être optimiste n’est pas un métier, m’avait reproché Aragon ».

C’est là qu’être sociologue et connaitre ce qu’est pernicieux le sentiment d’un savoir immédiat sur toute chose comme d’ailleurs le poids de la rumeur n’est supportable qu’à condition d’être un objets d’étude.

Danielle Bleitrach

PS. A ceux qui sans avoir lu NOS mémoires cherchent de mauvaises raisons pour contribuer à sa censure, je signale que l’argument de mon narcissisme ne tient pas, parce que je défie quiconque d’aimer les autres sincèrement s’il ne s’aime pas lui-même. Et en outre peut-être que cela permet d’échapper à un mal général, celui d’être prêt à n’importe quoi pour exister médiatiquement. Quant à l’argument de mon mauvais caractère ou de ma contribution à des répressions, la lecture de mon livre aiderait sans doute à lever des idées préconçues à partir de faits.  je n’aurais pas les problèmes que j’ai dans des débats si mon trait de caractère – hérité d’années de pédagogie n’était pas de m’intéresser si fortement à la manière dont mon interlocuteur raisonne que j’en oublie l’objet de ma démonstration. J’ai hérité de mon métier d’enseignant une manie d’écoute que je compare souvent à celle du garagiste écoutant le bruit du moteur et en déduisant les pannes possibles. J’ai parfois envie d’aider à construire quelque chose de plus cohérent y compris dans un domaine dont je ne partage pas la formulation initiale… cela dit mes sautes d’humeur sont simplement le constat que quelque chose est mal parti et qu’il vaut mieux ne pas perdre son temps, elles épargnent la personne sauf si vraiment il en fait trop. Veuillez m’excuser ce plaidoyer pro domo, mais la nature de ce qui m’est reproché est malheureusement aussi peu étayé que cela.

 

Algérie : Le face à face hirak-pouvoir : La crise de la représentation

Informations sur cette image
Crédits : S. Belguidoum

ISBN 978-2-271-12971-0
Sous la direction de Thierry Desrues et Eric Gobe.
J’avais déjà signalé le remarquable numéro de la même revue sur la Chine en Afrique et dans le Maghreb, voici un autre numéro tout aussi remarquable sur l’Algérie. Face à ce mouvement, nous sommes confrontés à la difficulté d’en saisir la profonde originalité pour en rendre compte. Dire que ce mouvement est original ne signifie pas qu’il est unique, il est au contraire comparable avec ce qui se passe au Soudan, en France avec les gilets jaunes, au Chili, il y a certes une crise de représentativité grâce à laquelle le pouvoir en France peut feindre d’ignorer sa puissance, mais incontestablement il y a là un phénomène qu’il est dangereux pour lui de négliger. Ce travail de chercheurs doit être connu et je recommande ce numéro à tous ceux qui non seulement s’intéressent à l’Algérie, mais tentent d’analyser l’originalité d’un mouvement revendicatif généralisé qui témoigne partout de l’urgence d’un changement de société en refusant « les réformes » pour le maintien de ce qui est en place. Cet article témoigne également de l’incapacité dans laquelle se sont trouvés les partis d’opposition à offrir un relais quelconque, « la politisation » qu’ils prétendent offrir au mouvement sous les formes les plus traditionnelles étant repoussée. A méditer pour ceux qui veulent trop vite coiffer un mouvement populaire (note de Danielle Bleitrach).

Comment qualifier le mouvement de protestation algérien ? Est-ce une révolution, une révolte, une rébellion, un soulèvement ? Difficile de répondre à cette question, bien que l’on trouve toutes ces notions dans la plupart des contributions présentées dans ce dossier spécial portant sur les manifestions algériennes de 2019. L’incertitude propre à la dynamique actuelle de l’action collective en Algérie rend aléatoire tout pronostic quant à son issue politique. En revanche, ce mouvement offre l’occasion aux chercheurs en sciences sociales participant à ce numéro de L’Année du Maghreb de comparer l’expérience algérienne de la contestation aux mobilisations connues par la Tunisie et le Maroc depuis les « Printemps arabes » de 2011.
Les diverses contributions présentées dans ce dossier spécial éclairent, à leur manière, différents pans de la réalité des mouvements de protestation en Algérie, en particulier, et au Maghreb, de manière générale. Elles interpellent la sociologie politique des mobilisations quant à sa capacité à produire des schèmes interprétatifs des actions collectives. Elles constituent également un appel à la multiplication et à l’approfondissement des recherches sur l’Algérie qui demeure l’un des pays du Maghreb les moins étudiés par les sciences sociales.

  • Éditorial

The face to face Hirak-power: the crisis of representation
Louisa Dris Aït-Hamadouche et Chérif Dris
p. 57-68

Résumés

Depuis le soulèvement populaire du 22 février, la question se rapportant à la représentativité du hirak algérien a été lancinante. Comment un mouvement de masse d’une telle ampleur avec toutes ses déclinaisons spatiale, humaine et même temporelle a-t-il pu se déployer de manière pacifique et s’inscrire dans la durée, malgré les périodes où la mobilisation a connu un reflux ? Comment un mouvement dont aucune force politique, syndicale ou sociale n’a pu en revendiquer la paternité a-t-il pu obliger un président de la République à renoncer à un cinquième mandat et se poursuivre dans la durée tout en radicalisant ses revendications ?

Face à une situation inédite où se mêlent contestation populaire et absence de médiation, quelles réponses les gouvernants ont-ils fourni ? Pour répondre à cette série de questions, nous proposons d’examiner l’hypothèse selon laquelle l’attachement des tenants du pouvoir au retour à un processus électoral contrôlé les pousse à chercher des acteurs ressources au sein de la contestation. Un choix facilité par une opposition partisane incapable de se transformer en médiatrice.

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Texte intégral

1Depuis le soulèvement populaire du 22 février, la question se rapportant à la représentativité de ce hirak a été lancinante. Comment un mouvement de masse d’une telle ampleur avec toutes ses déclinaisons spatiale, humaine et même temporelle a-t-il pu se déployer de manière pacifique et s’inscrire dans la durée, malgré les périodes où la mobilisation a connu un reflux ? Comment un mouvement dont aucune force politique, syndicale ou sociale n’a pu en revendiquer la paternité a-t-il pu obliger un président de la République à renoncer à un cinquième mandat et se poursuivre dans la durée tout en radicalisant ses revendications ?

  • 1 . Le Quartet était constitué de l’Union générale tunisienne du travail, de l’Union tunisienne de l’ (…)

2Le hirak algérien est caractérisé par son absence de leadership. Les journalistes, les analystes politiques le considèrent comme un mouvement organisé mais non structuré. Ni les acteurs civils ni les partis d’opposition n’ont pris part à l’organisation de ce soulèvement. Ce qui, au passage, incite à s’interroger sur ses causes et les forces qui en ont été initiatrices. Au-delà de ce questionnement qui mérite d’être affiné par une recherche sur les facteurs à l’origine de ce soulèvement, la problématique de l’absence d’une entité représentative pouvant assurer le statut d’interface entre le mouvement populaire et l’autorité politique s’est posée avec acuité. Les expériences de transitions démocratiques, à travers le monde, affirment, de manière générale, que les négociations entre les tenants du pouvoir et le mouvement de contestation nécessitent des médiateurs. Ceux-ci sont généralement des partis de l’opposition ou des acteurs de la société civile (syndicats, associations des droits de l’Homme, collectifs professionnels, etc.) (Bitar et Lowental, 2015). L’exemple le plus récent est donné par la Tunisie où le Quartet1 a joué un rôle primordial dans le processus de transition, notamment à travers la mise en place du processus constituant (Marks, 2017, Haugboll, Ghali, Youcefi, Limam, Molerup, 2017).

  • 2 . « Makanch intikhabat maa el-Issaba » : « pas d’élections avec le gang »

3En Algérie, l’absence de cette interface place le pouvoir politique, et notamment le commandement de l’armée, en position de force, lui permettant d’écarter toute possibilité de négociations. Cette posture est toutefois moins confortable qu’elle n’y parait à première vue. En rejetant les propositions émanant de certains acteurs du mouvement de protestation au motif qu’ils ne sont pas représentatifs, les tenants du pouvoir se heurtent au refus catégorique, exprimé par la masse des manifestants, de toute élection présidentielle menée par le « gang », el-Issaba2. À raison de deux mobilisations par semaine, (chaque vendredi et mardi), les manifestants battent le pavé des différentes villes d’Algérie, en réclamant un changement radical du système politique exprimé par la formule « Un État civil, pas d’État militaire » (Dawla madania, machi aaskaria).

  • 3 . Nous nous référons ici à des acteurs pouvant prendre part à l’exécution de la stratégie des gouve (…)

4Or, comme le note David Easton, l’absence de courroie de transmissions des attentes populaires (Dobry, 1992) est l’une des manifestations de la crise d’un système politique. C’est précisément la situation dans laquelle est l’Algérie depuis le 2 avril, autrement dit, depuis la démission forcée du président Bouteflika. Aussi la question ne peut-elle plus se résumer à une crise institutionnelle, liée à l’institution présidentielle. Si tel avait été le cas, les élections prévues le 4 juillet auraient eu lieu, et le hirak se serait arrêté, avec la disparition de son élément déclencheur. Or, non seulement le soulèvement ne s’est pas arrêté, mais ses revendications se sont aiguisées (justice indépendante, souveraineté populaire, transition démocratique…). Face à une situation inédite où se mêlent contestation populaire et absence de médiation, quelles réponses les gouvernants ont-ils fourni ? Nous proposons d’examiner l’hypothèse selon laquelle l’attachement des tenants du pouvoir au retour à un processus électoral contrôlé les pousse à chercher des acteurs ressources3 au sein de la contestation. Un choix facilité par une opposition partisane incapable de se transformer en médiatrice.

Le pouvoir politique et le contrôle de la représentation

5Pour les dirigeants en place, la solution à la crise est restée limitée au retour « dans les plus brefs délais » à l’élection présidentielle. Aussi s’est-il agi pour le pouvoir d’empêcher l’émergence d’une représentation forte et légitime susceptible de contester cette solution. Pour ce faire, il s’est efforcé, dans le même temps, de diviser le hirak pour l’affaiblir et de faire émerger de nouveaux acteurs relais.

Affaiblissement et fragmentation de la contestation

  • 4 . Pour tous les détails juridiques, voir l’article de Mouloud Boumghar dans ce présent numéro.

6Le rejet d’un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika a été le ciment du hirak. Avant que le chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la défense, le général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah ne se prononce en faveur de l’application de l’article 102, suivie des articles 7 et 84, les revendications susceptibles de créer des clivages parmi la population (laïcité, droits des femmes, code de la famille, l’islam) étaient mises sous le boisseau. Dès lors que cette première exigence a été satisfaite, le répertoire des revendications s’est enrichi de demandes ayant trait au changement de système et à l’instauration de la démocratie et de l’État de droit. De leur côté, les tenants du pouvoir ont gardé un même mot d’ordre légèrement amendé : d’abord organiser l’élection présidentielle dans les délais constitutionnels, puis « dans les plus brefs délais ».

  • 5 . Voir l’article de Mohand Tilmatine dans le présent numéro.

7Au fil des semaines, les revendications se sont radicalisées, laissant apparaître des thématiques objet de discordes. Ainsi des groupes soutenant le retour de l’ex-Front Islamique du Salut, sont soudainement apparus au grand jour, suscitant quelques tensions qui sont, in fine, restées circonscrites. Puis, vint l’affaire de l’emblème amazigh5. En effet, dans son discours prononcé le 19 juin devant les cadres de la 3e région militaire à Bechar, le chef d’état-major a mis en garde contre ceux qui brandissent un autre emblème que le drapeau national (Brahimi, 2019) :

« Il m’appartient également en cette occasion d’attirer l’attention sur une question sensible, à savoir la tentative d’infiltrer les marches et porter d’autres emblèmes que notre emblème national par une infime minorité… l’Algérie ne possède qu’un seul drapeau, pour lequel des millions de chouhada sont tombés en martyrs », Ahmed Gaid Salah continuant son discours sur un ton menaçant devait ajouter :« des ordres et des instructions stricts ont été donnés aux forces de l’ordre pour une application rigoureuse des lois en vigueur et faire face à quiconque tente encore une fois d’affecter les sentiments des Algériens à propos de ce sujet sensible et délicat ».

8Mettant ces ordres en application, les forces de sécurité ont procédé le vendredi 22 juin à l’arrestation de manifestants brandissant l’emblème amazigh. Or, la criminalisation du port du drapeau amazigh par les forces de l’ordre n’a pas toujours été suivie par l’institution judiciaire.

  • 6 . La cour de Skikda a condamné Massaoud Laftissi à une peine de six mois de prison avec sursis et à (…)

9Dans certaines wilayas comme Sétif, Oran, Ouargla, Tamanghassat, Annaba, Mostaghanem et Batna6, les manifestants arrêtés pour avoir brandi cet emblème ont été libérés. A contrario, à Tizi-Ouzou, Bedjaia et Bouira aucune arrestation n’a été signalée, alors que les manifestants n’ont jamais cessé de brandir l’emblème amazigh. En revanche, à Alger cette interdiction a créé une situation ultra-sensible. Les dizaines de personnes arrêtées ont été déférées devant la justice et mises sous mandat de dépôt pour « atteinte à l’unité nationale ». En plus du fait qu’Alger, la capitale, soit le lieu du pouvoir politique, cette différence de traitement peut aussi s’expliquer par la volonté d’intimider et de dissuader les Algérois, mais aussi de diviser les « hirakistes » entre ceux soumis à une tension extrême et ceux bénéficiant d’un traitement « privilégié ».

  • 7 . La Badissia fait référence au Cheik Abdelhamid Benbadis (1889-1940) fondateur de l’association de (…)

10Par ailleurs, à cette question de l’emblème est venue se greffer d’autres problématiques dont celles relatives à l’État civil versus État militaire et la Badissia-novembria7 versus plateforme de la Soummam. S’agissant de la première problématique, l’instauration d’un État civil démocratique et non d’un État militaire (Dawla madania machi askaria) est soulevée avec acuité et constance. En effet, depuis le début du mois du Ramadhan, ce slogan s’est imposé comme l’un des principaux leitmotiv mobilisateur. De grandes banderoles ont été brandies avec des contenus dénonçant les prises de position médiatiques du chef d’état-major de l’armée et mettant en garde contre la réédition du scénario égyptien en Algérie. Or, ce slogan mobilisateur a créé à son tour un clivage entre les partisans du vice-ministre de la Défense et ses opposants. Ce clivage s’est matérialisé lors des manifestations, notamment celle de la wilaya de Bordj Bouariredj, mais a surtout trouvé toute son expression sur les plateaux de télévisions publiques et privées. Au fur et à mesure que le vice-ministre de la Défense s’imposait comme le détenteur du pouvoir décisionnel, les médias audiovisuels se sont complètement rangés derrière lui.

  • 8 . Voir l’article de Giulia Fabbiano dans le présent numéro.

11L’opposition entre la Soummam et la badissia-novembria est, à son tour, devenue l’une des problématiques clivantes. Ainsi, depuis que l’option du cinquième mandat est tombée, l’exhumation de référentiels historiques, aux fins d’une relégitimation de la temporalité politique présente, s’impose dans le débat actuel. Que ce soit lors des manifestations ou sur les plateaux de télévisions, le retour à l’histoire vient à la rescousse de stratégies discursives aux arrière-pensées idéologiques ou politiques8. Des universitaires, des journalistes, des acteurs politiques, voire des acteurs de la société civile se sont mobilisés pour imposer « novembre » et l’héritage des oulémas comme unique référentiel en opposition à la charte de la Soummam qui a posé les jalons de la primauté du politique sur le militaire. À telle enseigne que même les partis politiques et certains acteurs de la société civile se sont vu obliger d’indexer leur démarche politique sur la déclaration du 1er novembre.

12Les gouvernants ont donc alimenté et encouragé l’émergence des divergences idéologiques et politiques au sein du mouvement populaire. Le deuxième instrument utilisé pour conforter la démarche du pouvoir a consisté à trouver les interlocuteurs susceptibles de mettre en œuvre sa feuille de route.

De l’échec des partis de l’allégeance à la recherche d’opposants loyaux

  • 9 . Arrêté le 11 septembre et mis sous mandat de dépôt, Karim Tabou est accusé d’atteinte au moral de (…)
  • 10 . La Coordination des acteurs de la société civile de la conférence du 15 juin est le rassemblement (…)
  • 11 . Les plus connus sont le RND (Rassemblement nationale pour la démocratie), le FLN (Front de libéra (…)

13Après l’échec de l’organisation de l’élection présidentielle le 4 juillet, le pouvoir politique a annoncé l’ouverture d’un dialogue avec le mouvement populaire. Or si en Tunisie, le dialogue a été une démarche ascendante, entamé et piloté par des acteurs de la société civile, représenté par le Quartet (Marks, 2017), en Algérie, c’est l’approche descendante qui a été privilégiée. Les gouvernants avaient en face d’eux deux possibilités. La première consistait à dialoguer avec des opposants non loyaux, à l’image de certains partis de l’opposition comme le FFS (Front des Forces socialistes) et le RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie) ou encore Jil el Djadid (nouvelle génération) et certains acteurs politiques très présents dans le hirak à l’image de Karim Tabou9 et de Mustapha Bouchachi, mais aussi des acteurs la société civile, structurés dans le cadre de la Coordination des acteurs de la société civile de la conférence du 15 juin10. La seconde possibilité consiste à remettre en selle les partis et organisations nationales, clients traditionnels qui ont fait les beaux jours de l’alliance présidentielle11.

14Les deux options ont très vite révélé des risques inacceptables pour les successeurs du président déchu. La première option impliquait de devoir négocier des concessions pouvant remettre en cause le statut politique de l’institution militaire. Quant à la seconde, elle risquait d’aggraver la fracture entre gouvernants (commandement militaire) et gouvernés (manifestants) tant l’image des militaires étaient ternie par la révélation de scandales de corruption à répétition.

15Aussi les gouvernants ont-ils préféré la posture de l’initiateur. Autrement dit, la tactique utilisée consistait à initier un dialogue au contenu et aux modalités définis exclusivement par leurs soins. Ainsi le contenu s’est-il limité à l’élection présidentielle et aux modalités de la création d’une instance indépendante d’organisation et de supervision des élections, ainsi que la révision de la loi électorale.

  • 12 . Un dialogue national inclusif pour réunir les conditions d’une élection présidentielle crédible ( (…)

16Pour mener à bien ce dialogue, les tenants du pouvoir ont opté pour la constitution d’un panel de personnalités médiatrices placée sous contrôle. Ainsi le forum NADA, pour la protection de l’enfance, a proposé une liste de treize personnes dont la plupart, universitaires, syndicalistes, ancien ministres et Premiers ministres qui n’étaient guère susceptibles de faire valoir une capacité d’indépendance et d’autonomie vis-à-vis du pouvoir. La démarche a très vite révélé son caractère biaisé dans la mesure où il n’était pas envisagé que des personnalités, jugées incontrôlables, puissent y figurer. Pis, certaines de ses personnalités pressentis avaient soutenu le cinquième mandat. Comme l’avait annoncé le secrétaire général à la présidence de la république, Nouredine Ayadi12, ce panel de dialogue et de médiation était dénué de toute dimension politique.

17Le mode opératoire a simplement consisté à organiser des réunions avec 23 partis politiques et 5 676 associations en près deux mois de consultations. Durant cette période, les déplacement du panel ont été chahutés et rejetés par la population locale. Les principales figures de l’opposition et du hirak ont refusé de le rencontrer. À l’issue de ces consultations, un rapport validant les propositions annoncées au tout début du processus a été publié : changement de la loi électorale et création d’une commission indépendante d’organisation des élections. Mais in fine, l’absence de légitimité de ce panel a finalement été confirmée par le chef d’état-major lui-même lorsqu’il a annoncé la convocation du corps électoral et en a fixé la date (le 15 septembre), avant même que ledit panel n’ait achevé sa mission.

18Toutefois la non-émergence d’une instance représentative légitime au sein du hirak n’est pas imputable aux seuls dirigeants du pays. La faiblesse de l’opposition est également une des explications du manque d’un leadership légitime à la tête du mouvement.

La problématique de la représentation du hirak par l’opposition partisane  

19Pourquoi les partis de l’opposition ne parviennent-ils pas à devenir une interface médiatrice ? Pourquoi ne réussirent-ils pas à représenter le hirak ? Deux types de raisons peuvent expliquer cet état de fait.

Aux sources structurelles d’une difficile représentation

  • 13 . Certains leaders de partis politiques ont dénoncé des manipulations visant à ternir volontairemen (…)

20Bien qu’ils n’aient eu de cesse de déclarer leur soutien total au soulèvement populaire et d’insister sur la légitimité de ses revendications, les partis de l’opposition ont rencontré toutes les difficultés du monde à y trouver leur place et encore plus à se positionner en tant que représentant du hirak. Durant les premières semaines, des chefs de partis ont pris part aux manifestations, mais ont été repoussés par des manifestants, les accusant de vouloir récupérer le mouvement populaire13. Filmés et relayés sur les réseaux sociaux à très large échelle dans une posture très désavantageuse, certains d’entre eux ont totalement renoncé à sortir, tandis que d’autres ont continué de le faire, entourés de leurs militants.

  • 14 . Cette notion de personnalités politiques (ou nationales) s’est imposée dans le vocabulaire politi (…)
  • 15 . Conclusion tirée à la suite de très nombreux débats et rencontres avec les partis politiques, les (…)

21La raison la plus évidente du fossé existant entre les partis de l’opposition et les manifestants réside dans le fait qu’ils n’étaient absolument pas préparés à affronter un événement majeur de ce type. Le 22 février a été une onde de choc comparable à un séisme. Les partis politiques, à l’instar des organisations de la société civile et des personnalités politiques14, ont tous reconnu avoir été pris de cours par le soulèvement populaire. Tous, ont reconnu que le 22 février était certes une bonne surprise, mais une surprise qui les avait pris au dépourvu15.

  • 16 . Selon un sondage commandé en 2017 par Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ, organisation de la soc (…)
  • 17 . APS, « Le RCD préconise une période de transition préalable à l’élection présidentielle », 06/07/ (…)
  • 18 . L’état d’urgence a été levé en 2012, dans le sillage du « printemps arabe », mais le droit de man (…)
  • 19 . Le chantage aux recettes publicitaires concerne en premier lieu la presse écrite, tandis que l’au (…)

22En fait, l’opposition a abordé la phase du déclanchement du mouvement de protestation avec un capital de confiance extrêmement bas, ne serait-ce qu’en raison de leur incapacité à représenter une alternative dans le cadre d’un « champ politique désamorcé » et d’un multipartisme faire-valoir (Addi, 2006 ; Dris-Ait-Hamadouche et Dris, 2017 ; Tozy, 1991). D’ailleurs, les sondages relatifs à ce sujet s’accordent à montrer que les partis politiques avec les institutions élues, parlement compris, jouissent d’une faible crédibilité16. Les partis eux-mêmes ont bien conscience de cette réalité : c’est la raison pour laquelle certains d’entre eux, comme le RCD, ont proposé une feuille de route pour une période de transition dans laquelle les formations politiques sont totalement exclues, privilégiant l’implication de la société civile17. Deux raisons sont à l’origine de cette disjonction entre la classe politique et l’opinion publique : en premier lieu, le contexte politique objectif ; en second lieu et dans une moindre mesure, le parcours interne des partis. Sans revenir sur la décennie particulière de terrorisme, ces vingt dernières années ont eu un impact incroyablement négatif sur le fonctionnement des partis politiques de l’opposition. Les lois liberticides sur les partis, les associations, les médias et les rassemblements18, ainsi que des médias publics fermés à l’opposition et des médias privés assujettis par le chantage à la publicité ont contribué à dévitaliser l’opposition19. À cela s’ajoute une Constitution révisée en 2008 et 2016 qui, remettant en cause les équilibres des pouvoirs reconnus en 1996, a permis la soumission de l’administration à la volonté politique et, last but not least, une justice victime des injonctions d’un exécutif présidentialiste.

  • 20 . Le front du boycott de l’élection présidentielle de 2014 a donné naissance à la CNLTD (Coordinati (…)

23Mis bout à bout, ces éléments ont conduit l’opposition à faire face à un choix cornélien : participer ou ne pas participer aux rendez-vous électoraux. La première option consistait à accepter des règles du jeu non transparentes ou la manipulation des résultats était la règle. En échange, la campagne électorale, les dividendes financiers, la présence dans les instances élues donnaient aux partis une visibilité indispensable à leur survie et une connaissance concrète de la pratique de la gestion, tant au niveau local que national. La seconde option consistait à refuser de prendre part aux élections. Le parti y gagne alors en crédibilité, puisqu’il refuse de cautionner un scrutin participant à la pérennisation du régime politique, et perd sur tous les autres plans (visibilité, contact avec la population, défense de son programme, dividendes, etc.). C’est aussi parce qu’aucune des deux options n’a été satisfaisante que les partisans respectifs de ces deux stratégies ont finalement fait front en 2014, pour s’opposer ensemble au quatrième mandat20. L’autre point faible de l’opposition concerne la gestion interne des conflits au sein des partis : leur leadership se renouvelle peu, aussi les divergences internes débouchent sur des ruptures qui se traduisent en scissions (Dris, Dris-Aït Hamadouche, 2017). Aucune formation politique n’a échappé aux scénarios des redressements internes qui conduisent à la création de partis jumeau, mais ennemi.

Les causes factuelles : 22 février, un défi à l’opposition

  • 21 . La présidence de Mohcene Belabas s’est illustrée par la révision de la ligne politique et idéolog (…)
  • 22 . Certains députés ont refusé la décision de la direction et ont continué de siéger à l’Assemblée n (…)

24L’opposition est donc mise au défi de jouer un rôle central dans un soulèvement populaire qu’elle n’a ni prédit ni contribué à déclencher et sur lequel elle n’a aucune prise. Ce nouveau défi produit un effet amplificateur sur les fragilités internes aux partis. En effet, le hirak pousse à faire des choix politiques qui deviennent des sources de tensions internes supplémentaires au sein de certaines formations politiques. À titre d’exemple, la direction du RCD a fait face à une fronde interne, dès lors que la direction du parti a choisi de sortir des clivages idéologiques et des postures manichéennes traditionnels. Ciblant le leadership du moment, représenté par Mohcene Belabas, cette fronde a été, selon toute vraisemblance, menée par la direction précédente, personnifiée par Saïd Saadi21. D’autres partis ont fait face à des difficultés internes exacerbées durant le soulèvement populaire. C’est le cas du FFS qui s’est totalement fractionné, à travers une présidence collégiale divisée, dont certains des membres n’ont pas hésité à recourir à la violence. Cette fracture a eu un impact direct sur la décision du FFS de se retirer du parlement, en signe de refus de reconnaitre la légitimité des instances élues durant les mandats exercés par le président déchu22.

  • 23 . Amine I. M., « Noureddine Nahnah lance de graves accusations contre les cadres du parti », Le Cou (…)
  • 24 . Abdel Rezzak Mokri a dénoncé le fait que les chefs de parti étaient menacés, au moment où des rum (…)

25La direction du Mouvement de la société pour la paix (MSP), quant à elle, a dû gérer les tentations participationnistes d’un courant considéré comme plus ou moins proche des cercles du pouvoir. Elles se sont traduites par des attaques en provenance du courant d’Aboudjerra Soltani, ainsi que de graves accusations proférées par le fils de Mahfoud Nahnah23. Fait aggravant, cette même direction a subi les pressions/intimidations lancées par le chef d’état-major contre ses détracteurs qu’il a pris l’habitude d’assimiler à des « comploteurs » complices de la « bande ».24 Enfin, le parti des travailleurs (PT) s’est retrouvé décapité lorsque sa secrétaire générale Louisa Hanoun, a été placée sous mandat de dépôt. Dirigeant son parti depuis 1989, députée et plusieurs fois candidate à l’élection présidentielle, elle s’est retrouvée poursuivie par la justice militaire pour complot et atteinte à la sécurité nationale, à la suite de réunions tenues avec les responsables des services de renseignements et le frère conseiller du président Bouteflika.

Représentation et coalitions partisanes

26Rendue difficile en raison de la fragilité des partis pris individuellement, la représentation du hirak aurait pu passer par des alliances ou, tout au moins, des coalitions. Là encore, les difficultés se sont immédiatement imposées. La première difficulté est liée à un contexte qui n’offre quasiment pas de lisibilité. Face à un soulèvement populaire dont ils évaluent la force et les faiblesses au fur et à mesure, les partis de l’opposition sont impuissants quand il s’agit d’en prévoir l’évolution, même à court terme. Cette impuissance a considérablement compliqué la prise de décision et a rendu certains partis prudents, pour ne pas dire pusillanimes dans leurs choix.

  • 25 . À titre d’exemple, Ali Benflis a retiré les formulaires de sa candidature le 19 septembre, dans u (…)

27Le deuxième point d’incertitude est le système de gouvernement mis en place après le 2 avril : une configuration bicéphale avec, d’une part, un chef d’État intérimaire affaibli physiquement et politiquement, et d’autre part, un vice-ministre de la Défense et néanmoins chef d’état-major omniprésent, n’hésitant pas à s’arroger les prérogatives de l’ensemble de l’exécutif, allant même jusqu’à contredire le chef de l’État. Provoquée ou subie, complémentaire ou antagonique, cette bicéphalie a, en tous cas, grandement contribué à priver l’opposition de grilles d’analyses fixes, la dissuadant de tracer une stratégie d’alliance pérenne. Ces incertitudes ont contribué à maintenir chez certains partis conservateurs la tentation d’aller concourir, dans un climat politique délétère, à une élection présidentielle dénuée de garanties de transparence25.

  • 26 . Cette classification approximative vise à faciliter l’analyse. Elle fait référence à une coalitio (…)

28À l’échelle des alliances, ce manque de visibilité a constitué l’une des contraintes rendant difficile un rapprochement entre l’opposition dite conservatrice et celle du pôle dit progressiste26. Engagé dans une posture plus tranchée à l’égard des offres politiques que les gouvernants ont faites, ledit pôle a eu du mal à envisager ne serait-ce que la possibilité d’un rapprochement tactique. D’ailleurs la proximité passée de certains partis conservateurs avec les cercles décisionnels (Ali Benflis, ancien ministre, ancien Premier ministre et directeur de campagne du président Bouteflika ; le MSP, membre de l’alliance présidentielle jusqu’en 2012), a été un facteur de distanciation. C’est le cas par exemple du MDS (Mouvement pour la démocratie sociale) qui a refusé toute coopération avec Talai el Houriyates, le parti dirigé par Ali Benflis, considérant que ce dernier faisait toujours partie du « système ».

29Le troisième frein à la constitution d’un front uni de l’opposition est d’ordre idéologique. Les deux pôles se sont ainsi recroquevillés sur leurs socles dogmatiques et manichéens, nouveaux et anciens, réducteurs et exclusifs, y compris sur des points de détails. À titre d’illustration, le référentiel historique supposé être commun et consensuel est devenu le centre d’une polémique avec l’apparition du courant appelé « novembriste-badissiste », affichant son soutien à l’autorité de l’institution militaire (Naddir, 2019) en opposition aux « soummamistes » qui se disent progressistes et se réfèrent au congrès de la Soummam, organisant l’action libératrice et stipulant la primauté du politique sur le militaire.

  • 27 . Lors de la convention tenue le 9/9/2019 à Alger, le représentant du PLD a violemment apostrophé c (…)

30L’autre clivage idéologique, structurel celui-là, concerne la posture à l’égard de l’islamisme. Là encore, le pôle conservateur assume une alliance nationalo-islamiste sans complexe, alors que les progressistes affichent une vision dans laquelle le politique doit être séparé du religieux. Cette posture explique pourquoi des partis politiques comme le MDS et le Parti pour la laïcité et la démocratie (PLD) ont catégoriquement et définitivement rejeté l’idée de s’assoir autour d’une même table que les islamistes. L’animosité peut atteindre des proportions importantes, comme le démontre l’incident survenu lors de la convention des forces de l’Alternative démocratique27.

  • 28 . Ce dialogue fait référence à l’initiative politique que certains partis politiques ont menée au m (…)

31Malgré ces clivages d’ordre tactique, stratégique et idéologique, des partis politiques tentent de s’inscrire dans une logique alternative. Le symbole le plus parlant de cette révision est le président du RCD, Mohcine Belabbas. Acteur clé des conférences de Mazafran I et II, il a, dès 2014, brisé le tabou de la frontière idéologique imperméable et a amorcé l’ouverture de son parti vers de nouveaux espaces. Le FFS, quant à lui, a toujours été un point de jonction idéologique, ainsi que l’atteste le rôle clé qu’il a joué déjà dans les années 1990 avec notamment le dialogue de Sant’Egidio28. L’existence de telles passerelles a permis, le 24 août 2019, durant le hirak, la rencontre de quasiment toutes les figures de l’opposition. Menée à l’initiative de la conférence de la société civile du 15 juin, cette rencontre avait pour objectif de créer un large front politique capable de produire une proposition de solution politique consensuelle.

Conclusion

32Alors que le mouvement populaire continue sur sa lancée, il est difficile d’aboutir à une conclusion qui permette de comprendre tous les tenants et les aboutissants de sa dynamique complexe. Nous nous sommes efforcés, tout au long de ces lignes, d’offrir des éléments d’explication à la difficulté du mouvement de s’adosser à des instances ou à un leadership représentatifs du hirak.

33Si par définition une crise politique est une rupture entre gouvernants et gouvernés, le maintien du soulèvement populaire comme une immense vague de contestation sans leadership, ni acteurs médiateurs est à la fois un avantage et un inconvénient. Il s’agit d’un avantage dans la mesure où il traduit la leçon apprise à la suite de la crise de 2001 (cooptation et récupération du leadership), et un inconvénient puisqu’il empêche l’émergence de médiateurs dotés de la légitimité nécessaire pour négocier, comme cela a été le cas en Tunisie et au Soudan.

34Par ailleurs, si cette absence de représentation peut permettre aux tenants du pouvoir politique de créer ou de privilégier l’émergence de représentants dociles, cette stratégie risque, elle aussi, de porter les germes de ses inconvénients. En effet, la crise de confiance est tellement grande, les revendications populaires tellement aiguisées, que l’imposition d’une représentation factice peut, au contraire, aggraver la crise politique et réduire la marge de manœuvre des protagonistes.

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Bibliographie

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Bitar S. et Lowental A., 2015, Transitions Démocratiques. Conversations avec des chefs d’États. International Institute for Democracy and Electronic Assistance (IDEA). Les petits matins pour la traduction.

Brahimi, N., 2019, « Emblèmes autres que le drapeau national : Gaïd Salah déploie la mise en garde », <http:/www.reporters.dz/2019/06/20/emblemes-autres-que-le-drapeau-national-gaid-salah-deploie-la-mise-en-garde/>, consulté le 12/09/2019 à 19h00.

Dobry M., 1992, Sociologie des Crises Politiques. La dynamique des mobilisations multisectorielles, Presses de la Fondations Nationale des Sciences Politiques, Paris.

Dris-Ait Hamadouche L. 2018, « Au cœur de la résilience algérienne : un jeu calculé d’alliances », Confluences Méditerranée, n° 106, p. 195-210.

Dris. Ch. und AïtHamadouche, L., 2017, « PolitischeParteien In Algerien : PLURALISM US IN EINEM DOMINANTEN PRÄSIDIAL SYSTEM », in Sigrid Faath (dir.) POLITISCHE PARTEIEN IN NORDAFRIKA IdeologischeVielfalt – Aktivitäten – Einfluss, 2017, Konrad-Adenauer-Stiftunge.V., Sankt Augustin/Berlin, p.147-201.

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Nadir I., 2019, « Ses promoteurs veulent faire main basse sur le hirak : “Badissia-Novembria” : l’imposture », El Watan, 20 juin.

Tozy M., « Représentation/Intercession. Les enjeux du pouvoir dans les “champs politiques désamorcés” au Maroc », in Camau M. (dir.), Changements politiques au Maghreb, Paris CNRS Éditions, p. 153-168.

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Notes

1 . Le Quartet était constitué de l’Union générale tunisienne du travail, de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, de l’Ordre national des avocats de Tunisie et de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme. En 2013-2014, il a joué le rôle de médiateur entre les diverses forces politiques tunisiennes pour sortir le pays la crise institutionnelle.

2 . « Makanch intikhabat maa el-Issaba » : « pas d’élections avec le gang »

3 . Nous nous référons ici à des acteurs pouvant prendre part à l’exécution de la stratégie des gouvernants, grâce à leur savoir-faire, leur capital social ou leurs capacités d’influence.

4 . Pour tous les détails juridiques, voir l’article de Mouloud Boumghar dans ce présent numéro.

5 . Voir l’article de Mohand Tilmatine dans le présent numéro.

6 . La cour de Skikda a condamné Massaoud Laftissi à une peine de six mois de prison avec sursis et à 100 000 dinars algériens (700 euros) d’amende pour « incitation à attroupement armé ».

7 . La Badissia fait référence au Cheik Abdelhamid Benbadis (1889-1940) fondateur de l’association des Oulémas musulmans pendant la colonisation française. Novembria fait référence à la déclaration du 1er novembre 1954, annonçant le début de la guerre de libération nationale.

8 . Voir l’article de Giulia Fabbiano dans le présent numéro.

9 . Arrêté le 11 septembre et mis sous mandat de dépôt, Karim Tabou est accusé d’atteinte au moral de l’armée. Selon l’article 75 du code pénal, il encourt une peine de prison, qui varie entre 5 et 10 ans.

10 . La Coordination des acteurs de la société civile de la conférence du 15 juin est le rassemblement de 3 collectifs, en l’occurrence : la CSA (Coordination des syndicats autonomes comprenant 13 syndicats) ; le Collectif de la société civile pour la transition démocratique comprenant près d’une vingtaine des associations et organisations diverses (Ligues des droits de l’homme, SOS Disparus, Rassemblement action jeunesse,…) et AMEL, un réseau d’associations actif dans le secteur de la bienfaisance.

11 . Les plus connus sont le RND (Rassemblement nationale pour la démocratie), le FLN (Front de libération nationale), le MPA (Mouvement populaire algérien), TAJ (Rassemblement pour l’espoir en Algérie), UGTA (Union générale des travailleurs algériens).

12 . Un dialogue national inclusif pour réunir les conditions d’une élection présidentielle crédible (Secrétariat général de la présidence de la République), <http://www.aps.dz/algerie/92378-un-dialogue-national-inclusif-pour-reunir-les-conditions-d-une-election-presidentielle-credible-sg-presidence-de-la-republique>. 24/07/2019 consulté le 20/09/2019 à 11h44.

13 . Certains leaders de partis politiques ont dénoncé des manipulations visant à ternir volontairement leur image auprès des manifestants.

14 . Cette notion de personnalités politiques (ou nationales) s’est imposée dans le vocabulaire politique algérien pour faire référence à des personnes ressources, dotées d’une certaine légitimité sans pour autant être rattachées à un parti politique. À titre d’exemple, nous citerons des personnalités comme Ali Yahia Abdennour, Mohammed Taleb Ibrahimi, Rachid Ben Yelles, Mohamed Benbitour, Mouloud Hamrouche, Abdelaziz Rahabi Djamila Bouhired, Mohamed Benbitour, Mouloud Hamrouche, Abdelaziz Rahabi, et des personnes dont l’aura a considérablement augmenté durant le soulèvement : Mustapha Bouchachi, Karim Tabbou, Samir Belarbi, Said Salhi, Lyes Merabet, Nacer Djabi, Islam Attiya, Smail Lalmas, etc.

15 . Conclusion tirée à la suite de très nombreux débats et rencontres avec les partis politiques, les syndicats, les associations et les personnalités politiques.

16 . Selon un sondage commandé en 2017 par Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ, organisation de la société civile), 1 % des jeunes déclarent avoir adhéré à un parti politique et 3 % avoir déjà participé à une activité partisane, tandis que 41 % des jeunes n’attendent rien du Parlement. Rencontre débat, Alger 20/08/2017.

17 . APS, « Le RCD préconise une période de transition préalable à l’élection présidentielle », 06/07/2019.

18 . L’état d’urgence a été levé en 2012, dans le sillage du « printemps arabe », mais le droit de manifester dans les espaces publics de la capitale n’a jamais été rétabli. Par ailleurs, les partis politiques ne pouvaient organiser aucune manifestation, y compris dans un espace clos, sans une autorisation délivrée de façon sélective.

19 . Le chantage aux recettes publicitaires concerne en premier lieu la presse écrite, tandis que l’audiovisuel souffre de l’absence de législation débouchant sur la création de chaines de télévision satellitaires de droit étranger qui ne bénéficient pas d’accréditations.

20 . Le front du boycott de l’élection présidentielle de 2014 a donné naissance à la CNLTD (Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique), constituée, entre autres, d’un parti « entriste », le MSP, et d’un parti plutôt abstentionniste, le RCD. Regroupant plusieurs partis d’opposition de diverses obédiences idéologiques, la CNLTD s’est disloquée à l’approche des élections législatives de 2017.

21 . La présidence de Mohcene Belabas s’est illustrée par la révision de la ligne politique et idéologique du parti, puis par une prise de distance vis-à-vis des gouvernants et un rapprochement avec les autres courants de l’opposition, notamment avec le MSP en 2014 et avec le FFS en 2019.

22 . Certains députés ont refusé la décision de la direction et ont continué de siéger à l’Assemblée nationale.

23 . Amine I. M., « Noureddine Nahnah lance de graves accusations contre les cadres du parti », Le Courrier d’Algérie, <http://lecourrier-dalgerie.com/noureddine-nahnah-lance-de-graves-accusations-contre-les-cadres-du-parti-des-ministres-se-servaient-du-msp-pour-leurs-propres-interets/>.

24 . Abdel Rezzak Mokri a dénoncé le fait que les chefs de parti étaient menacés, au moment où des rumeurs circulaient sur sa possible arrestation, en raison des contacts qu’ils avaient eus avec le frère du président, quelques mois avant l’élection présidentielle d’avril 2019.

25 . À titre d’exemple, Ali Benflis a retiré les formulaires de sa candidature le 19 septembre, dans un contexte marqué par la radicalisation du discours du vice-ministre de la Défense, annonçant la mise en place de barrages de la gendarmerie sur les routes menant vers la capitale, afin d’empêcher les habitants en dehors de cette wilaya de s’y rendre, menaçant d’amendes et de saisie de leur véhicules les contrevenants à cette instruction. Cette mesure est intervenue au moment où les arrestations massives, ciblées et non, se sont multipliées avec mises sous mandat de dépôt de quasiment toutes les personnes arrêtées, accusées de graves délits (atteinte à l’unité nationale, atteinte au morale de l’armée).

26 . Cette classification approximative vise à faciliter l’analyse. Elle fait référence à une coalition ad hoc constituée en deux pôles. Le pôle conservateur regroupe les partis dissidents du FLN et du RND qui constituent le courant nationaliste (Talai el Houriat, El Fadjr el djadid, El Moustakbal ?…), ainsi que différents partis islamistes (MSP, Binaa, El Adala, etc.). Quant au pôle progressiste, il regroupe des partis qui se définissent comme modernistes et libéraux (RCD, FFS, PT, MDS, PST, etc.).

27 . Lors de la convention tenue le 9/9/2019 à Alger, le représentant du PLD a violemment apostrophé celui de SOS Disparus, lui reprochant de « revenir sur le passé », alors que le débat porte sur l’avenir. Durant son intervention, Hassen Ferhati, représentant de SOS Disparus, réclamait la vérité sur les milliers de disparus des années 1990.

28 . Ce dialogue fait référence à l’initiative politique que certains partis politiques ont menée au milieu des années 1990 pour solutionner la crise politique par la négociation. Elle a regroupé le FLN, le FFS, le PT et les dirigeants du FIS (Front islamique du Salut), <https://www.monde-diplomatique.fr/1995/03/A/6228>.

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Pour citer cet article

Référence papier

Louisa Dris Aït-Hamadouche et Chérif Dris, « Le face à face hirak-pouvoir : La crise de la représentation », L’Année du Maghreb, 21 | 2019, 57-68.

Référence électronique

Louisa Dris Aït-Hamadouche et Chérif Dris, « Le face à face hirak-pouvoir : La crise de la représentation », L’Année du Maghreb [En ligne], 21 | 2019, mis en ligne le 05 décembre 2019, consulté le 11 décembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/anneemaghreb/5129

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Auteurs

Louisa Dris Aït-Hamadouche

Professeure à la Faculté des sciences politiques et des relations internationales, Alger 3.

Chérif Dris

Professeur à l’Ecole nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information, Alger.

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