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Est-ce que l’écologie politicienne est un totalitarisme ?

03 Fév

Prenez la peine d’écouter cette intervention d’un biologiste qui nous parle d’écologie et de communisme… A partir du cas de Cuba mais aussi de la Chine et de l’URSS, il opère un bilan.

Ce qui me parait le plus intéressant de sa démarche, c’est que premièrement il n’oppose pas science et écologie, mais au contraire il montre que la science est nécessaire pour penser la sauvegarde de la planète autant que celle des êtres humains. De ce point de vue, il y a d’autres penseurs qui eux ne sont pas marxistes et qui ont défendu ce rôle de la science dans la solution des problèmes qui se posent à notre planète. Je pense à Jared Diamond avec le très célèbre « Effondrement » et ce même auteur avait écrit avant De l’inégalité parmi les sociétés paru en 1997 et traduit en français en 2000. Le sujet du livre est l’effondrement sociétal avec une composante environnementale, et dans certains cas également la contribution de changements climatiques, voisins hostiles, partenaires commerciaux, et également des problèmes de réponse sociétale. Jared Diamond voudrait que ses lecteurs apprennent de l’histoire. La manière dont il traite de l’Islande, de l’île de Pâques mais aussi de la Chine témoigne de la rencontre possible entre chercheurs marxistes préoccupés d’écologie et un courant écologique plus positiviste mais qui ne nie ni sciences, ni société. Il me semble qu’en France, il existe avec la revue du PCF Progressistes, la base d’une telle rencontre.

Autre chose est l’opération politicienne décrite ici et qui fait de l’écologie une nouvelle figure de la manière dont le capitalisme cherche la voie politique à sa propre survie. Ici nous avons la présentation de deux livres écrits par Guillaume Suing chez Delga qui pose des questions fondamentales sur cette « écologie » dont il montre que si un courant de pensée mérite le terme de totalitarisme c’est bien celui-là, dans la mesure où il part du principe qu’il n’y aurait qu’une seule question à résoudre devant laquelle disparaissent toutes les classes sociales et avec elles leurs responsabilités réelles dans la destruction de l’environnement et des êtres humains.

Il y a incontestablement dans cette opération une manière de tenter de recréer au profit de cette idéologie les opérations que depuis l’ère Mitterrand on a mis en place autour d’une social-démocratie qui a rompu avec sa base ouvrière. En particulier, l’idéologie des droits de l’homme devenue prétexte à invasion et pillage, les droits de l’homme contre l’humanité et au plan intérieur l’acceptation d’un libéralisme qui remet en cause les conquis sociaux, bref une collaboration de classe qui elle aussi tente de s’appuyer sur des couches moyennes, une jeunesse diplômée que l’idéologie néo-libérale fait glisser vers la prolétarisation. Macron est aujourd’hui la résultante de cet épisode et est recherché un nouvel avatar avec l’écologie politicienne.

Il faut écouter de ce point de vue la démonstration tout à fait pertinente de Guillaume Suing, lire ses livres, mais il faut également considérer ce qui se passe aujourd’hui en France à la fois dans la lutte contre le régime des retraites que veut imposer Macron, qui lui aussi a prétendu jouer l’écologie… et la campagne des municipales.

Le système désormais bien rodé entre Le Pen et Macron, mis en place là encore par Mitterrand qui a volontairement donné force à Le pen, est apparu insuffisant au moment des Européennes et lui a été adjoint un troisième à savoir la très libérale et très européenne écologie qui donc fonctionne par rapport aux véritables décideurs de l’UE comme une roue de secours. Ce système est compatible à la fois avec Macron et dans ses pires aspects avec Le Pen. Ses pires aspects sont une sorte de haine des êtres humains considérés comme des nuisibles par rapport à la planète, voire aux animaux.

Je dois dire que mes principales réserves face au positionnement du PCF, à la fois dans la bataille pour les retraites et pour les municipales consiste dans la manière dont il a cru bon de mettre en selle des gens qui au niveau de l’UE ont adopté la même politique que Macron. Je crois que les verts en particulier vont partout tenter de s’imposer y compris contre les mairies communistes comme cela se passe à Ivry ou à Rouen, pour mieux in fine se partager le pouvoir avec la république en marche sous couvert de lutte contre l’extrême-droite. La bataille perdue au niveau de l’opinion publique sur le régime des retraites est en train de tenter d’imposer par la répression la plus féroce d’une police dont Emmanuel Todd note avec justesse qu’elle vote à 50% pour le FN, c’est-à-dire un pouvoir régalien qui ne craint pas d’aller jusqu’au fascisme et dans le même temps il s’agit de maintenir le plus possible l’illusion réformiste du dialogue, celle de la CFDT mais celle aussi d’une force politique ad hoc, imposant pistes cyclables et tri sélectif pour mieux faire accepter les politiques de l’UE et le bellicisme du capitalisme.

A ce titre la haine de la Chine, la manière dont tout est utilisé pour en faire le principal péril tout en lui niant son caractère socialiste dans son développement et dans sa volonté de résoudre la misère tout en adoptant des choix plus respectueux de l’environnement sont complètement niés et ce qui se passe de ce point de vue sur les plateaux de télévision est de ce point de vue exemplaire, on y retrouve l’idéologie des droits de l’homme et une vision trafiquée de l’écologie pour justifier toute la tentative de l’impérialisme pour rester dominant. Il n’est pas question de résoudre le problème posé par le coronavirus, il est question de l’utiliser pour entretenir la haine du communisme. C’est si vrai que Cuba dont la politique réellement écologiste est reconnu de tous est passé sous silence et ce qui lui est infligé de la part des Etats-Unis n’est jamais dit. La vision qui est entretenue est celle d’un pays riche dont on mobilise une jeunesse envers un ennemi : l’être humain en général (toutes classes confondues) contre la planète.

Il est clair que nous allons assister aux lendemains des municipales, ne serait-ce qu’au deuxième tour et surtout lors de l’élection des maires à quelques révélations sur la nature des opérations en cours.

Cela va pour moi dans le talon d’Achille du PCF, l’incapacité à se penser en tant que mouvement communiste de classe dans le temps et dans l’espace, l’absence de stratégie de fait dans la construction d’un socialisme à la française, l’éternelle manière de se mettre à la remorque et ce quelle que soit sa combativité retrouvée, derrière des forces qui évitent désormais à avoir même à citer son nom dans les alliances. Avec le PCF qu’on le veuille ou non alors que la lutte des classes fait rage en France, c’est l’expression de cette lutte au plan politique que l’on prétend effacer.

Maintenant la bataille des municipales est lancée, et il n’y aurait rien de pire que de changer de ligne dans bien des endroits, mais je ne pense pas que nous nous donnions les moyens d’avoir l’indispensable candidat aux présidentielles capable y compris de défendre une position originale de l’écologie, une position qui n’oppose pas science et écologie, une position qui s’appuie sur des services publics et non sur les intérêts particuliers du privé, une position qui ne sacrifie pas de fait toute une part du territore mais l’intègre dans une planification, une position qui ne soit pas vécue comme une sanction supplémentaire par ceux qui n’arrivent pas à s’en sortir déjà.

Voilà, bonne audition et bonne lecture

Danielle Bleitrach

 

 

 

 

2 réponses à “Est-ce que l’écologie politicienne est un totalitarisme ?

  1. pam

    février 3, 2020 at 6:39

    une anecdote qui confirme tout ce que danielle nous a appris sur l’ex URSS…
    invité au « village de l’eau » organisé à Villeurbanne ce 1er février dans un débat sur « l’eau, la biodiversité et le climat », j’intervenais après deux agriculteurs bio et un spécialiste de l’agriculture urbaine pour parler de la ville…
    Ce village de l’eau à quelques semaines des élections évoquait bien sûr les enjeux politiques de l’aménagement du territoire, donc de l’agriculture.
    Pour le tour de conclusion, on me demande de faire très vite et je me limite à évoquer ce livre de Guillaume Suing en disant « il y a eu deux expériences à grande échelle d’agriculture biologique, celle de Cuba, contrainte et forcée par le blocus, mais qui assure à tout un peuple une alimentation de qualité, et celle de l’URSS, très peu connue malgré la réputation de ces agronomes qui ont développé jusqu’au début des années 60 une agriculture fondée sur la biodiversité des sols.. »
    Réactions interrogatives dans la salle, mais sans doute quelques uns chercheront le livre…
    Mais une jeune femme vient me remercier… elle est d’origine moldave et son père est … agronome… et se désole de l’état de l’agriculture en moldavie, un des meilleurs sols dit-elle, mais qui est désormais délaissé par le capitalisme…

     
  2. daniel arias

    février 3, 2020 at 8:45

    L’écologisme politique est pourtant clairement pro capitaliste, déjà rien que le nom de leur principal parti EUROPE écologie les verts, acquis à l’UE gardienne du temple capitaliste.
    Par ailleurs il y a eu le phénomène heureusement avorté de XR extinction rébellion, organisé et financé par des fondations proches de Soros et l’Open Society dont on connais les actions récentes en Ukraine, Syrie et à Hong Kong.
    Le site d’XR m’a surpris par l’absence totale de discours politique pour être remplacé par ce qui ressemble de très près à une secte, un peu sur le modèle de l’enrôlement des personnes les plus fragiles culturellement et psychologiquement dans le terrorisme. D’ailleurs certains de ses « écolos extrêmes » n’hésitent pas à appeler au sabotage industriel sur Internet et leur audience n’est pas négligeable.
    Certes nous avons besoin d’un environnement durable, mais cet environnement n’a rien de naturel il est largement transformé par l’Homme depuis des siècles, agriculture. En France il ne reste quasiment rien de naturel et c’est ce qui nous permet de vivre longtemps en bonne santé.
    Il faudrait surement ne pas hésiter à le rappeler.
    De plus si certains écolos critiquent le mode de production capitaliste ils se gardent bien de proposer une alternative politique, à savoir le socialisme.
    Cette duplicité doit être dénoncée, pas d’écologie possible sans économie planifiée, à moins faire sombrer la majeure partie de la population dans la misère, ou pire l’anéantir en grande partie. Rappelant la pire idéologie du XX siècle le nazisme, le malthusianisme.
    Quelle aubaine pour déclarer « une guerre sainte et salvatrice » sacrifice pour sauver la planète.
    D’où l’urgence de la reconstitution de forces prônant ouvertement le socialisme et démontrant les solutions aux défis de l’Humanité dans son ensemble.

     

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