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LE GRAND TEXTE DE MAUPASSANT SUR L’INFANTICIDE

Publié le 15/02/2018
Auteur:
Marina Bellot
L’auteur Guy de Maupassant âgé de sept ans, 1857 – source : édition ukrainienne de « Bel Ami »-WikiCommons

 

EN 1886, MAUPASSANT PUBLIE DANS GIL BLAS UN TEXTE BOULEVERSANT, À LA FRONTIÈRE ENTRE REPORTAGE ET NOUVELLE, DONT LE SUJET EST TRISTEMENT BANAL AU XIXE SIÈCLE : L’INFANTICIDE.

« La fille Prudent (Rosalie), bonne chez les époux Varambot, de Mantes, devenue grosse à l’insu de ses maîtres, avait accouché, pendant la nuit, dans sa mansarde, puis tué et enterré son enfant dans le jardin. »

Ainsi débute le texte à la lisière entre la nouvelle et le reportage que publie Guy de Maupassant en 1886 dans le journal Gil Blas.

Comme nombre de ses contemporains, l’écrivain est marqué par l’actualité de l’époque qui met régulièrement sur le devant de la scène médiatique des cas d’infanticides. Le profil type de l’accusée est net : il s’agit d’une femme jeune, seule et, bien souvent, domestique dans une maison bourgeoise. Maupassant s’était d’ailleurs déjà inspiré de ce thème de la servante enceinte et abandonnée dans son roman Une vie.

Entre 1870 et 1890, le nombre d’infanticides relayés par la presse est impressionnant et en constante augmentation.

En 1878, Le Bien Public rapporte ainsi :

« On poursuit, année moyenne, près de deux cents infanticides par an ; mais on serait loin du compte si on croyait connaître par là le nombre des crimes de cet ordre qui se commettent chaque année.

Un calcul sûr permet de les évaluer à deux ou trois mille au moins, et plus vraisemblablement à quatre ou cinq mille.

On voit combien, malgré leur zèle intempérant, les magistrats sont loin d’atteindre tous les coupables. Il y a mieux : le nombre des poursuites pour infanticide augmente progressivement. Il est de 200 aujourd’hui ; il n’était que de 150 il y a quelque vingt ans.  »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-bien-public/27-avril-1878/657/2025637/1?fit=56.737.485.428

En 1884, deux ans avant la parution de Rosalie PrudentLe Petit Troyen dresse ce même terrible constat :

« Il n’y a pas de mois où la chronique des tribunaux ne contienne les débats d’un procès en infanticide, il n’y a pas de semaine où l’on ne trouve abandonné sur la voie publique un enfant qui a eu à peine le temps de naître, et qui est déjà en train de mourir. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-petit-troyen/10-mars-1884/331/1562311/1?fit=108.610.875.570

Si les cas d’infanticides sont donc largement documentés, les causes de ce sinistre phénomène de société ne sont pour autant que peu étudiées. Maupassant, lui, loin de s’en tenir à l’acte tristement banal, met en lumière les conditions sociales et la misère qui ont conduit Rosalie à commettre l’irréparable :

« La perquisition faite dans la chambre de la fille Prudent avait amené la découverte d’un trousseau d’enfant complet, fait par Rosalie elle-même, qui avait passé ses nuits à le couper et à le coudre pendant trois mois. […]

La coupable, une belle grande fille de Basse-Normandie, assez instruite pour son état, pleurait sans cesse et ne répondait rien. On en était réduit à croire qu’elle avait accompli cet acte barbare dans un moment de désespoir et de folie puisque tout indiquait qu’elle avait espéré garder et élever son fils. »

Ses maîtres ? « Ils ne plaisantaient pas sur la morale », ironise Maupassant, qui se plaît à les dépeindre dans toute leur morgue bourgeoise :

« Ils étaient là, assistant aux assises, l’homme et la femme, petits rentiers de province, exaspérés contre cette traînée qui avait souillé leur maison.

Ils auraient voulu la voir guillotiner tout de suite, sans jugement, et ils l’accablaient de dépositions haineuses devenues dans leur bouche des accusations. »

Ce que le lecteur apprend en même temps que le tribunal devant lequel comparaît l’accusée, c’est que la jeune femme était enceinte du neveu du maître des lieux, un sous-officier venu passer son congé estival chez son oncle.

Et voilà que, blessée par la hargne de ses employeurs, Rosalie se met brusquement à « parler avec abondance, soulageant son cœur fermé, son pauvre cœur solitaire et broyé, vidant son chagrin, tout son chagrin maintenant devant ces hommes sévères qu’elle avait pris jusque-là pour des ennemis et des juges inflexibles » :

« C’est arrivé plus tôt que je n’aurais cru. Ça m’a pris dans ma cuisine, comme j’finissais ma vaisselle.

M. et Mme Varambot dormaient déjà ; donc je monte, pas sans peine, en me tirant à la rampe ; et je m’couche par terre, sur le carreau, pour n’point gâter mon lit. Ça a duré p’t-être une heure, p’t-être deux, p’t-être trois ; je ne sais point tant ça me faisait mal ; et puis, comme je l’poussais d’toute ma force, j’ai senti qu’il sortait, et je l’ai ramassé. […]

J’en ai tombé sur les genoux, puis sur le dos, par terre ; et v’là que ça me reprend, p’t-être une heure encore, p’t-être deux, là toute seule, et puis qu’il en sort un autre, un autre p’tit, deux, oui, deux, comme ça 

Je l’ai pris comme le premier, et puis je l’ai mis sur le lit, côte à côte. Deux. Est-ce possible, dites ? Deux enfants ! Moi qui gagne vingt francs par mois ! Dites, est-ce possible ? Un, oui, ça s’peut, en se privant, mais pas deux ! Ça m’a tourné la tête. Est-ce que je sais, moi ? J’pouvais t-il choisir, dites ?

Est-ce que je sais ! Je me suis vue à la fin de mes jours ! J’ai mis l’oreiller d’sus, sans savoir. Je n’ pouvais pas en garder deux, et je m’suis couchée d’sus encore. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/gil-blas/02-mars-1886/121/263261/1?fit=55.1524.876.589

Rosalie Prudent est acquittée. Une clémence dont fait alors bien souvent preuve la justice face à ce type de crime embarrassant.

Et Le Petit Parisien, en 1888, de rappeler que nombre d’infanticides pourraient être évités :

« Le nombre des infanticides est celui qu’on pourrait le plus facilement réduire, sans doute, il suffirait, pour cela, d’une bonne organisation de l’Assistance publique dans les campagnes.

Partout, en effet, ou la fille mère peut aisément se débarrasser de son enfant sans recourir au crime, c’est à-dire partout où l’administration recueille les nouveau-nés ou vient en aide aux mères, le nombre des infanticides est relativement minime.

Il s’élève, au contraire, dans les départements privés d’une organisation sérieuse et capable de rendre les services qu’on en doit attendre. Ainsi, l’on ne constate qu’un seul infanticide dans le Rhône où l’assistance fonctionne bien, alors qu’on en compte neuf dans la Meurthe-et-Moselle. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-petit-parisien/10-octobre-1888/2/65680/1?fit=1636.1091.492.486

À partir de la fin du XIXe siècle, le nombre d’infanticides baissera régulièrement – pour devenir, heureusement, un crime exceptionnel à la fin du XXe siècle.

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Plus de 27.300 entreprises industrielles ont mis la clef sous la porte en dix ans

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GUILLAUME DE CALIGNON

Depuis 2006, France perdu 530.000 emplois l'industrie 27.300 entreprises purement simplement mis clef porte, étude l'Insee publiée jeudi.

Depuis 2006, la France a perdu 530.000 emplois dans l’industrie et 27.300 entreprises ont purement et simplement mis la clef sous la porte, selon une étude de l’Insee publiée ce jeudi. – AFP

Selon une étude de l’Insee publiée ce jeudi, l’industrie a perdu 530.000 postes en France entre 2006 et 2015. L’agroalimentaire et l’aéronautique tirent toutefois leur épingle du jeu.

C’est un véritable paysage de la désindustrialisation française que vient de dessiner l’Insee. Et il est assez déprimant sur longue période. Depuis 2006, la France a perdu 530.000 emplois dans l’industrie et 27.300 entreprises ont purement et simplement mis la clef sous la porte, selon une étude de l’Institut publiée ce jeudi.

L’industrie manufacturière est, de loin, le secteur qui a le plus souffert au cours des dix dernières années.  Sa part dans le PIB est passée à 10,2 % seulement en 2016 alors qu’elle représentait un peu plus de 14 % de la richesse produite chaque année par l’économie au début des années 2000. « Presque toutes les familles d’activités industrielles manufacturières sont en repli, qu’elles produisent des biens intermédiaires, d’équipement ou de consommation », notent les auteurs de l’étude.

Tout le territoire touché

La fabrication de textiles et des industries de l’habillement, du cuir et de la chaussure a été l’activité la plus touchée, avec une baisse de 35 % de ses effectifs depuis 2006. Mais l’industrie du bois, du papier et de l’imprimerie ou encore la plasturgie et la métallurgie ont chacune perdu plus de 60.000 salariés en dix ans. Une lueur d’espoir quand même : en 2017, l’industrie a arrêté de détruire des emplois quand on comptabilise les postes d’intérimaires.

Il n’en reste pas moins que cette atrophie du tissu productif industriel touche tout le territoire, même si les zones d’emploi les plus fortement affectées sont celles du bassin parisien, du nord, de l’est et du centre de la France. En 2015, l’industrie manufacturière n’employait plus de la moitié des salariés des secteurs marchands que dans neuf zones d’emploi en France, sur les 300 que recense l’Insee. Et encore, ces zones d’emplois sont relativement petites puisqu’il s’agit de Sablé-sur-Sarthe, La Ferté-Bernard, Ambert, Segré, Saint-Claude, Oyonnax, Issoudun, La Vallée de l’Arve et Thiers.

L’agroalimentaire et l’aéronautique s’en sortent

Parmi les quelques domaines qui ont résisté à la mondialisation, aux délocalisations et à la crise, on trouve l’agroalimentaire. Les effectifs n’y ont en effet baissé « que » de 2.400 salariés depuis 2006. Mais l’industrie qui s’en sort le mieux, c’est l’aéronautique et le spatial, tirée par Airbus. « La construction aéronautique et spatiale est la principale activité industrielle dont les effectifs salariés s’accroissent entre 2006 et 2015 », remarque l’Insee. Le nombre de salariés qui y travaillent a grimpé de 21.700. Cette performance est largement due aux ventes à l’étranger.  Les exportations de ce secteur sont passées de 38 milliards d’euros en 2008 à 58 milliards en 2015. L’excédent a lui progressé de 4 milliards d’euros au cours de la période, selon les chiffres des Douanes.

C’est donc logiquement que l’on retrouve Toulouse, siège des usines Airbus, parmi les seules zones d’emploi dans lesquelles s’est développée l’industrie manufacturière ces dernières années. La ville rose et ses environs comptent 3.500 salariés de plus dans l’industrie qu’en 2006.

Guillaume de Calignon
@gcaligno

En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/0301297826642-plus-de-27300-entreprises-industrielles-ont-mis-la-clef-sous-la-porte-en-dix-ans-2153688.php#B9ADErI632D7mX7z.99

 
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Publié par le février 20, 2018 dans Economie

 

La Turquie promet de continuer l’opération Afrin si l’armée syrienne aide YPG

  • la situation ne s’éclaire pas et il est évident que les déclarations ne reflètent certainement pas la réalité des négociations sur le terrain. Sans parler des rapports de forces. Les déclarations et démentis successifs reflètent la complexité de « la question kurde » et la manière dont il faut éviter que la coalition occidentale s’en empare pour poursuivre son offensive privilégiée contre le gouvernement syrien. Notons que Macron en emboité le pas sur « le terrorisme kurde », il n’est pas question de ne pas privilégier l’OTAN donc la Turquie. (Note et traduction de danielle Bleitrach)

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Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu s’adresse aux journalistes à Ankara, le 27 janvier 2018 (Photo par l’agence de presse Anadolu)

Le ministre turc des Affaires étrangères a commenté les récents rapports de la télévision d’Etat syrienne selon lesquels les forces gouvernementales pro-syriennes entreraient dans l’Afrin syrien « dans quelques heures ».

« Nous avons commencé une opération à Afrin afin de se débarrasser de la menace à notre sécurité nationale. Nous insistons toujours là-dessus. Maintenant, la question est: est-ce que les forces du régime [du président syrien Bashar Assad] entreront ou non dans Afrin? Et s’ils entrent, alors dans quel but? S’ils viennent pour le nettoyer des YPG, il n’y a pas de problèmes. S’ils soutiennent les terroristes, personne ne nous arrêtera. Cela s’applique à Afrin, Manbij et à l’est de l’Euphrate « , a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, diffusé par le diffuseur NTV.

 La déclaration a été faite plus tôt dans la journée, Badran Jia Kurd, haut responsable kurde, a déclaré à Reuters que les forces kurdes syriennes et le gouvernement du pays avaient convenu du déploiement des troupes de l’armée syrienne le long de la frontière pour  freiner l’opération militaire turque, et que l’armée entrerait dans l’Afrin assiégée dans les deux prochains jours.

Cependant, l’information a été réfutée par un représentant de YPG à Afrin Brusk Haseke, qui les avait taxé de fausses nouvelles dans son interview à Spoutnik, en disant que les forces gouvernementales syriennes n’entreraient pas dans Afrin.

Comme il l’a expliqué, en raison de la fausse information circulant, les civils d’Afrin et d’Alep croient à tort que l’armée syrienne est entrée dans la ville, alors qu’il s’agissait simplement d’autobus civils.

Comme l’a précisé Haseke, les YPG feraient une annonce si les forces syriennes entraient dans Afrin ou si un accord avait été conclu sur la question ou si «la situation changeait de quelque façon que ce soit».

Source: Spoutnik

 
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Publié par le février 19, 2018 dans Asie, GUERRE et PAIX

 

Le mépris des communistes ou l’opération Buffet et Mélenchon par danielle Bleitrach

voici le texte que j’écrivais le 19 novembre 2008, et vous pouvez constater qu’il n’est pas à courte vue.  pour préciser ma pensée, j’ajouterai que je ne suis pas contre des alliances électorales hier comme aujourd’hui, mais que l’essentiel reste pour moi l’expression propre du parti, la stratégie qu’il se donne pour impulser ces unions, ensuite tout aussi important, il ne doit pas s’agir de manœuvres de sommet, mais bien d’aider les militants à impulser ces rassemblements autour d’objectifs clairs, Ce que font nos camarades portugais en maintenant la pression sur leurs alliés du PS contre le refus de l’austérité voulu par l’ UE et le refus de l’augmentation de la participation au budget de l’otan, enfin que l’on s’interroge sur ce parti communiste capable de favoriser l’intervention populaire, c’est certainement pas celui de la « mutation » du congrès de martigues, qui a détruit nos cellules d’entreprise et certainement pas en nous effaçant aux présidentielles ce que je disais d’andré gérin, je pourrais le dire de chassaigne, je suis loin de partager toutes ses idées mais il représente le nom effacement du parti qui est la question la plus évidente (note de danielle bleitrach)

buffet-gayssot-hueVoici plusieurs jours que je prévenais : le Congrès du PCf n’intéresse plus la direction de ce parti, leur problème est de mettre en place une architecture politicienne de sommet, des alliances pour les élections européennes. Il s’agit d’imposer aux militants des choix, des contenus, en particulier d’évacuer ce qui aurait pu être une question de congrès, à savoir la bataille pour la sortie de la zone euro, voire de l’union européenne (et en tout cas certainement de l’OTAN auquel est intégré la défense européenne et française). Alors même que comme on l’a vu au G20, et ces derniers temps, face à la crise du capitalisme la seule parade efficace se situe au niveau des nations, nationalisations, intervention des travailleurs, est-ce un hasard si ces questions ont été évacuées du congrès. L’alliance annoncée par le Monde du 18 novembre entre Melenchon et Marie georges Buffet, ce front dont l’ambition minable est seuelement « d’arriver avant le PS », pourquoi faire, pour obtenir des places, pour quelle politique? Pour quelle manière de poursuivre en fait l’intégration européenne, accepter la politique de l’Union européenne qui nous a conduit à la crise?

Sur le fond, et je le dis avec d’autant plus de colère que j’ai par ailleurs de la sympathie pour certaines positions internationales de Melenchon: voilà vers quoi on nous conduit vers un contenu qui n’a jamais été discuté et ceci à la veille d’un congrès, sans même soumettre aux militants les choix. Sur la forme donc on conduit le PCFnon seulement vers une marche vers le link parti, l’intégration à une « gauche européenne » envisagée depuis longtemps, mais on le fait en accélérant l’éclatement du PCF par mépris des communistes et de leur congrès souverain.

Je n’arrive même plus à comprendre comment fonctionne la secrétaire nationale du PCF sans parler de sa garde rapprochée… Et Melenchon ? Est-ce qu’il ne se rend pas compte qu’un vent de fronde souffle dans le parti, que tout le monde en a assez de ces moeurs, il quitte le PS à cause des manipulations et vient contribuer à une manip digne du PS.

Nous sommes à la veille d’un congrès, la secrétaire du PCf, dont personne ne sait si elle était d’accord ou non avec sa garde rapprochée en pleine “métamorphose”, vu qu’elle est intervenue “courageusement” avant la publication du texte des métamorphosés dont elle avait connaissance depuis pas mal de temps. Ce qui lui permet une fois de plus de cultiver l’ambiguité. Non seulement on peut extraire comme l’a fait l’huma une phrase claire d’un galimatias ordinaire, mais les autres peuvent dire “elle est d’accord puisqu’elle ne répond pas” et ça fait des années que ça dure… Nicolas marchand a posé avec pertinence la question de l’intervention des « métamorphosés » et la « sortie » de Melenchon du PS. Ce qu’il faut mesurer c’est que tout cela ne date pas d’aujourd’hui et « les grandes manoeuvres » ont débuté avant l’été, la concordance ne peut pas être un hasard.

Le tout sur une fond de liquidation qui ne date pas d’aujourd’hui, avec le primat d’une union de la gauche, d’une gauche plurielle, qui ruine le parti de militant en leur substituant un parti « d’élus », d’employés de cette gauche comme à Paris, des années qu’est appliquée partout la stratégie qui a donné les résultats que l’on sait en Seine saint denis et avec l’huma, des frères laurent, la démolition du parti, l’ambiguité, la censure de ceux qui ne sont pas d’accord, la parole donnée à la droite du parti exclusivement et l’invitation à ceux qui ne sont pas d’accord à quitter le parti.

Au niveau de la secrétaire nationale non seulement on laisse faire, on ne prend pas parti, on parle d’autre chose,mais désormais le mépris des militants grandit puisqu’on ne prend même plus la peine de respecter la procédure de leur consultation formelle et souvent manipulée. Puisque le congrès n’a pas tranché et on choisit pour eux une stratégie sur laquelle ils n’ont pas été consultés. On leur impose l’alliance M.G.Buffet et melenchon, un front livré clé en main sans débat. Cette prise de position commune de M.G.Buffet et de mélenchon est non seulement d’une rare indécence par rapport à ce que devrait être le respect du congrès souverain, mais elle éclaire l’opération des métamorphosés. Ces deniers sont apparus complétement incohérents, après s’être ingénié à faire voter la base commune y compris par fraude, ils la font voler en éclat le même jour où elle est adoptée. Pourquoi les principaux dirigeants du parti, le président du groupe communiste se lancent-ils dans pareille opération, si ce n’est parce que celle de mélenchon exige une accélération du calendrier et la déclaration commune de MGB et J.L.M n’en est que le prolongement.

En fait on renouvelle sur le fond et sur la forme la stratégie menée avec les collectifs anti-libéraux. C’était au dernier congrès qui s’était prononcé pour la candidature communiste aux présidentielles. Le lendemain Marie georges Buffet réunit quelques intellectuels et lance son affaire des collectifs. De deux solutions ou l’on mentait aux militants du congrès ou l’on mentait aux gens des collectifs qui ne voulaient pas d’une candidature communiste et on a vu le résultat, la division, la haine, l’affaiblissement du parti. Il est clair que la stratégie des collectifs anti-libéraux a été décidée par la direction du PS, elle était destinée à rassembler une extrême-gauche pour le premier tour en évitant les mécomptes de la candidature Jospin.

Et on remet ça.. A tel point que l’on  peut s’interroger sur qui est derrière Melenchon aujourd’hui ? Pourquoi melenchon et Dollez ne rentrent-ils pas au PCF ? Pourquoi au contraire prétendent-ils tirer celui-ci vers une « gauche européenne », alors même que les militants communistes ne cessent de manifester leur volonté de conserver leur parti communiste ? Sans doute justement parce qu’il s’agit de ne pas tenir compte de cette volonté… Pourquoi une telle hate ?

Alors là tout prend un autre sens, l’intervention apparement inattendue, incongrue des « métamorphosés, qui ont le culot d’en appeler à la « démocratie » comme pour mettre un baillon sur la bouche de qui subit le viol. L’art de ne pas répondre de la secrétaire national et enfin la déclaration commune de MGB et J.L.M. Avec en toile de fond un mépris du parti et des adhérents encore plus caricatural  que dans le cas des collectifs, puisqu’on s’est permis de faire approuver une “base commune” incroyable, un galimatias à partir de laquelle il est impossible de dégager la moindre stratégie, on a entretenu la confusion. Pour la faire voter on a joué sur tous les légitimisme, dans certains endroits comme les Bouches du Rhône on a fait “voter les morts”, et les mêmes avant même d’attendre les résultats on fait paraître l’incroyable texte dit de la métamorphose, tandis que la secrétaire du parti menait ses propres embrouilles avec mélenchon.

On ne peut pas continuer comme ça…

Je crois que l’appel que j’ai publié ici des secrétaires du PCF réclamant un texte clair, l’unité du parti est plein de bon sens. Ce qui se passe est trés dangereux cela risque d’être l’acte final à travers lequel on achève le parti. On ne peut pas continuer avec une direction qui est soit irresponsable, soit liquidatrice. Quel que soit le dévouement, l’activité, la volonté des militants, ils ne peuvent suppléer à une telle carence à leur tête.

Comme le disent les secrétaires dans leur texte, c’est d’autant plus fou que jamais on a eu autant besoin d’un parti communiste. C’est fou mais aussi caractéristique, l’accélération de la liquidation alors que l’on a un besoin urgent des communistes montre bien d’où vient la manoeuvre, c’est le capital et ses organisations qui ont choisi d’en finir avec le PCF. Allons nous laisser faire?

L’idéal serait comme le soulignent une fois encore les secrétaires de cellules et de section du nord, que des gens respectés dans le PCF et qui ont récemmment témoigné de leur inquiétude légitime prennent la tête de tous ceux qui veulent l’unité du parti, et cela passe par un véritable congrès où les choix seraient exposés clairement, débattus, les arguments sur le fond échangés. Qu’il en soit terminé avec la confusion, les manoeuvres politiciennes, les divisions de personne faute d’enjeux clairs sur lesquels échanger les arguments.

Est-ce trop demander à tous les gens pressés d’imposer leur stratégie, leurs unions, de respecter la démocratie du parti ? Ce respect est pourtant le gage d’unité. Si la diversité, le débat qui témoigne de cette diversité est une richesse, la diversité ne doit pas être l’éclectisme, il faut que nous apprenions à construire ensemble. le rôle des directions devrait être d’aider à mener le congrès selon cet objectif. Le congrès devrait donc dégager quelques grands enjeux face à la crise terrible qui est là devant nous, à reconstruire un PCF capable de l’affronter et ce en recréant des organisations de base, en recréant les liens avec le monde du travail et les cités populaires, en recréant la formation des adhérents, en favorisant de nouvelles directions dans lesquelles on trouverait des gens en prise avec les classes populaires. C’est un énorme et enthousiasmant travail, il a besoin de tous :

le choix est là où le PCf choisit cette orientation comme le proposent André gérin et d’autres, ou on poursuit dans cette voie liquidatrice.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le février 19, 2018 dans Congrès du parti 2018

 

Pyonyang: États-Unis sabote le rapprochement avec Séoul aux Jeux Olympiques

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ce que chacun devrait avoir découvert à l’occasion de ces jeux olympiques, c’est la volonté des deux Corées de leur réunification. La proposition du nord, un seul pays, deux systèmes serait la porte ouverte, selon le modèle chinois encore plus adapté à la réalité coréenne, à cette réunification. L’obstacle n’est pas comme on nous l’a raconté le belliciesme du nord mais la volonté des Etats-Unis d’entretenir toutes les déstabilisations possibles autour de la Chine. ceux qui continuent donc à créer un signe d’équivalence entre trump et le dirigeant de la Corée du nord, sous prétexte de leur « irrationalité » commune se trompent et nous trompent. Ils refusent de voir qui veut la guerre et qui tente de s’en préserver. Ils n’aident personne et contribuent à la propagande impérialiste une fois de plus (note et traduction de danielle Bleitrach)

Les Coréens ont conclu des accords en janvier qui ont permis aux athlètes nord-coréens de participer aux Jeux Olympiques. | Photo: AP

Publié le 19 février 2018 (il y a 1 heure)
 « Les Etats-Unis ont pour objectif de mettre fin au dégel dans les relations inter-coréennes immédiatement après l’extinction de la flamme olympique », ont-ils déclaré à propos de la Corée du Nord.

La République populaire démocratique de Corée a demandé aux États-Unis s’arrêter de faire pression sur la Corée du sus, en reprenant les exercices militaires avec la Corée du Sud à la fin des Jeux olympiques de 2018 à Pyeongchang et de saboter ce faisant  le rapprochement entre les Corées.

« Les Etats-Unis visent à mettre fin au dégel des relations inter-coréennes immédiatement après l’extinction de la flamme olympique, et les Etats-Unis s’agitent  pour reprendre leurs exercices militaires avec Séoul juste après la clôture des Jeux », a déclaré lundi. un éditorial de la Corée du Nord Rodong .

La Corée du Sud et Washington ont reporté les manoeuvres militaires annuelles, effectuées entre mars et avril et celles-ci sont  considérées par Piongyang comme des tests pour envahir leur territoire.

Les Coréens ont conclu des accords en janvier qui ont permis aux athlètes nord-coréens de participer aux Jeux Olympiques. après trois années de mauvaises relations bilatérales. La visite de la délégation nord-coréenne à Séoul a marqué le premier voyage d’un membre de la dynastie Kim, Kim Yojong, sur le sol sud-coréen.

>> La  Chine fait confiance au dialogue pour résoudre la crise coréenne. 

« Le risque de montée de la tension dans la péninsule coréenne augmente, avec des moyens stratégiques et d’énormes troupes américaines s’approchant de la péninsule et de ses zones adjacentes », a ajouté l’éditorial.

Le président nord-coréen Kim Yojong a invité son homologue sud-coréen, Moon Jae-in, à visiter Piongyang et à participer au premier sommet inter – coréen des dirigeants en plus de 10 ans, le leader sud-coréen a montré sa volonté de se rencontrer mais a assuré que « les conditions nécessaires » doivent être créées pour que cela se produise.

 
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Publié par le février 19, 2018 dans GUERRE et PAIX, Asie, Etats-Unis

 

Noam Chomsky explique ce que « l’aide humanitaire » cache

 en provenance de Cubadete… Là aussi un bilan s’impose, quelle a été dans tous ces cas de figure, la position de la France, de la gauche et qu’elle a été celle des directions successives du PCF depuis Robert hue du PCF ?

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Le linguiste, philosophe, politologue et activiste américain Noam Chomsky. Photo: Reuters.

Le concept d’aide humanitaire est presque toujours un  acte agressif mené par un pouvoir qui, du point de vue de l’agresseur, se présente comme  une aide humanitaire, mais pas du point de vue des victimes , explique le philosophe Noam Chomsky . Selon le linguiste et politologue, les Etats-Unis le reconnaissent publiquement et ses actes participent  du domaine de l’empire traditionnel.

Premier exemple d’aide humanitaire: le bombardement de la Serbie en 1999

Les forces de l’ Albanie ont perpétré des attaques terroristes sur le territoire serbe pour obtenir une réponse de son gouvernement ce qui  servirait de justification à l’ OTAN (alliance militaire intergouvernementale Organisation du Traité de l’ Atlantique Nord), pour entrer dans le pays, à savoir, une intervention du États-Unis . Les pertes estimées étaient élevées des deux côtés: deux mille victimes.

Quand ils ont repris l’invasion, le général américain en charge, Wesley Clark , a informé Washington du résultat de l’attaque américaine. Cela intensifierait les atrocités, car la Serbie n’étant pas capable de répondre militairement en bombardant les États-Unis,  a répondu par la terre, en expulsant les terroristes albanais du Kosovo , juste après les bombardements américains.

Mais la grande couverture médiatique fut celle de la criminalisation de Slobodan Milošević (ancien président serbe) envoyé devant la Cour pénale internationale pour une accusation de crimes de masse, qui couvrirent  les bombardements  perpétrés par les États-Unis contre sa population.

Tout ceci a déjà été décrit et fut présenté  comme une intervention humanitaire, dit Chomsky.

L’intervention militaire des États-Unis en Serbie a causé des milliers de morts. Photo: Archive

Les interventions pour l’aide humanitaire sont-elles légales?

L’ Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution sur la responsabilité de protéger les populations civiles, qui stipule explicitement qu’un acte militaire ne peut être exécuté sans l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ ONU .cette disposition est destinée à  s’assurer que les gouvernements ne répriment pas leurs propres populations.

Cependant, l’activiste américaine explique qu’il y avait une autre commission, présidée par l’ancien Premier ministre australien, Garreth Evans , qui a discuté de la « responsabilité de protéger », tout comme la version de l’ONU, mais avec une différence, « le Conseil de sécurité n’est  pas d’accord pour autoriser une intervention, les groupements régionaux peuvent intervenir par eux-mêmes, quel groupement régional est capable d’intervenir? Il n’y en a qu’un seul et il s’appelle l’OTAN.  »

La «responsabilité de protéger» est légale parce que l’Assemblée générale des Nations Unies l’a autorisée, mais ce qui gouverne actuellement, c’est la version autorisée d’Evans, un bon exemple de la façon dont la propagande fonctionne dans un système puissant, ajoute Chomsky. voir dans les médias.

Un autre exemple d’aide humanitaire: le bombardement de la Libye en 2011

Image d’un bombardement des États-Unis en Libye. Photo prise de Diario El Día.

Une résolution de l’ ONU en 2011 a appelé à la création d’un e zone d’exclusion aérienne en Libye, à l’ exception des vols  dont les buts sont « humanitaire », cette autorisation est devenue diplomatiquement la manière de  résoudre le problème et  Mouammar Kadhafi al’ accepté, en déclarant un cessez-le-feu contre les forces opposées à son gouvernement.

Finalement, Washington a choisi de soutenir une résolution beaucoup plus large que la simple zone d’exclusion aérienne, et a opté pour une occupation militaire du pays.

« Le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis sont devenus la force aérienne de l’opposition. L’une de ses attaques a fini par enterrer Kadhafi et tuer 10 000 personnes, laissant la Libye dans ce qui est aujourd’hui entre les mains des milices », se souvient Noam Chomsky.

A partir de ce moment, il y eut un grand flux de djihadistes armés en Asie occidentale et en Afrique de l’Ouest, qui devint la principale source de terrorisme radical dans le monde, « conséquence de la soi-disant intervention humanitaire en Libye » .

La puissance des Etats-Unis maintenant, avec Donald Trump en tant que président

Noam Chomsky lors d’une visite au Chili. Photo: EFE.

Chomsky a également expliqué que la société doit repenser ce que signifie le pouvoir. Les Etats-Unis, à son avis, restent l’impérialisme. Leur pouvoir est nuisible, mais du point de vue de l’oligarchie, ce pouvoir leur donne tout ce qu’ils demandent, affirme le philosophe. Seulement en termes militaires, cette nation gère 25% de l’économie mondiale, et elle est aussi beaucoup plus avancée dans la technologie que le reste du monde.

Il ajoute que même si, en économie, ils sont en déclin, ce serait une erreur de penser qu’ils ont perdu leur domination.

« Les multinationales américaines possèdent la moitié du monde, elles sont intégrées à l’Etat, elles ont tous les secteurs: industrie, vente, commerce, finance ».

Il explique que depuis son élection en tant que président, est non seulement Trump qui représente le danger, mais l’ensemble de la direction républicaine, qui nient le phénomène du réchauffement climatique, pour ne citer que problème.

« Le Parti républicain est l’ une des organisations les plus dangereuses de l’histoire de l’ humanité, cela  semble scandaleux, mais si on les compare à Hitler , celui-ci ne voulait pas de détruire l’avenir de l’ existence humaine » Ce ne sont pas des ignorants ou des fondamentalistes religieux, mais les mieux éduqués et les mieux soutenus dans le monde, qui mettent la société en danger.

Selon Chomsky, les politiques les plus dangereuses, nous venons de parler sont des menaces existentielles auxquelles nous sommes confrontés, cette génération doit décider si l’existence humaine continuera, ce n’est pas une blague, il est le réchauffement climatique ou la guerre nucléaire et les actions de Trump aggrave les deux.

 

 

Gaston Bachelard – Apprendre de ses erreurs par Thomas Lepeltier

  • j’ai toujours plaidé pour cette démarche et en tous domaines, encore faut-il avoir le courage d’organiser cette rupture avec ses propres préjugés ou encore l’illusion d’un savoir immédiat..C’est en ce sens que voyager dans le vaste monde, écouter ce qu’il a à dire est l’acceptation d’une déstabilisation totalement étrangère à l’esprit français marqué par tant de siècles de colonialisme.  Apprendre de ses erreurs mais encore faut-il les reconnaître, mais ce n’est pas la démarche habituelle, on peut le regretter aujourd’hui plus que jamais et pas seulement dans l’apprentissage scolaire. je dois avouer que ce qui me rend le plus pessimiste sur les actuels résultats du Congrès du PCF, c’est cette incapacité non seulement à assumer ses erreurs mais à en tirer leçon pour avancer. les dirigeants communistes trouveront toujours quel que soit leur bilan et celui-ci est calamiteux, des gens prêts à les conforter sous prétexte de préserver l’unité du parti. C’est mortifère. J’en suis à me demander s’il est même utile que je me rende à la réunion fédérale de mardi sur « le bilan », je sais déjà comment ils vont tenter de prendre le virage pour que tout reste en place.   (note de Danielle Bleitrach)

Article issu du numéro

Philosophe des sciences épris de poésie, Gaston Bachelard affirme que la connaissance progresse par rupture. Du coup, apprendre consiste à bien identifier ses erreurs pour mieux les dépasser.

Avec sa barbe fournie, son œil rieur et son accent provincial, Gaston Bachelard (1884-1962) incarne la figure du professeur chaleureux et affable. Mais derrière son air bonhomme se cache un philosophe qui peut être très critique envers l’éducation. De sa conception des grands bouleversements de la physique et de la chimie au cours des siècles, il tire en effet des principes éducatifs qui peuvent entrer en conflit avec les pratiques classiques d’enseignement. Par exemple, il se dit « frappé du fait que les professeurs de science, plus encore que les autres si c’est possible, ne comprennent pas qu’on ne comprenne pas ». La raison de cette incompréhension pédagogique est que les professeurs sont peu nombreux à avoir « creusé la psychologie de l’erreur, de l’ignorance et de l’irréflexion. (…) Les professeurs de science imaginent que l’esprit commence comme une leçon, qu’on peut toujours refaire une culture nonchalante en redoublant une classe, qu’on peut faire comprendre une démonstration en la répétant point par point (1) ». Cette erreur pédagogique des professeurs est, selon Bachelard, liée à une mauvaise conception de l’activité scientifique.

L’obstacle pédagogique

De fait, pour Bachelard, la recherche scientifique ne consiste pas à approfondir ce que l’on sait déjà, mais à rejeter le savoir acquis pour laisser place à une nouvelle façon d’appréhender la réalité. Cette recherche incite ainsi à se déprendre de ce que l’on connaît, ou croit connaître ; elle pousse à dépasser les façons de réfléchir associées au sens commun ou aux anciens modes de pensée ; elle apprend à dire non aux idées spontanées. Autrement dit, la science progresse par rupture. Comme l’écrit Bachelard, « on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites ». Ces dernières sont ce que Bachelard appelle des « obstacles épistémologiques ». Par exemple, avec son analyse du mouvement, Galilée s’en prend aux représentations issues de la physique d’Aristote. Ou encore, avec ses travaux sur la pression atmosphérique, Pascal marque une rupture avec toute la tradition qui estime que la nature a horreur du vide.

Or Bachelard considère que ce qui est vrai de la démarche scientifique l’est aussi de l’enseignement des sciences, au sens où la notion « d’obstacle épistémologique » renvoie directement à celle « d’obstacle pédagogique ». Dans cet enseignement, il faut aller contre l’opinion des élèves pour la simple raison qu’ils ne sont pas des esprits vierges. Bachelard écrit ainsi : « Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés. » Autrement dit, les élèves sont imprégnés d’idées fausses ; ils sont porteurs de représentations et de préjugés formés au cours de leur vie quotidienne. La nature spontanée et familière de ces images et conceptions rend ces dernières bien souvent attachantes ; elles deviennent donc autant d’obstacles pédagogiques pour la compréhension des idées nouvelles que l’enseignant veut transmettre. Comme personne ne rompt facilement avec ses habitudes de pensée, il faut que les professeurs réfléchissent sérieusement à ces obstacles pour mieux les surmonter. Inversement, s’ils méconnaissent les préjugés des élèves, il leur est difficile de leur apprendre à les dépasser. Ils pourront répéter leurs leçons, le contenu de leur enseignement ne passera pas. Bref, pour Bachelard, la formation de l’esprit scientifique ne s’apparente pas à une accumulation de connaissances, mais à une mutation, à une transformation fondamentale qui encourage l’élève à rompre avec le passé et à réfléchir autrement.

Se confronter à l’erreur

Pour Bachelard, le dépassement des obstacles pédagogiques doit donc être au cœur de l’enseignement des sciences. Mais dépassement ne veut pas dire délaissement ou mépris. Bachelard estime en effet qu’on ne peut pas connaître sans passer par l’erreur. Il faut s’y confronter pour la dépasser. L’obstacle est ainsi une étape de la connaissance, un passage obligé. D’où la nécessité de bien connaître ces obstacles pour ne pas en être prisonnier. Cela explique l’intérêt que Bachelard porte, en tant que philosophe, à l’histoire des sciences et aux idées fausses, allant jusqu’à développer une philosophie historique des sciences qui se concentre sur les erreurs passées et les décrit avec considération. Toutefois, si la pédagogie scientifique de Bachelard consiste ainsi à combattre un imaginaire poétique, notamment celui qui s’est formé dans l’enfance et qui nourrit ces erreurs, toute son œuvre sur le monde onirique qu’il a développée en parallèle à celle sur les sciences consiste à retrouver et à revivifier ces séductions de l’enfance. Cette tension dans l’œuvre de Bachelard n’a pas été sans dérouter certains lecteurs. Elle est aussi un signe de sa richesse…

Bref, par l’attention bienveillante qu’il porte à tout ce qui égare la pensée scientifique, Bachelard apparaît finalement comme un professeur qui n’est jamais hautain à l’égard de ce qu’il critique. Pas étonnant qu’il incarne encore de nos jours cette figure du professeur chaleureux et affable.