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La référence à l’avant-garde est souvent un leurre…

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Ivan le Terrible d’Eisenstein.

En pensant au film Les morts vivants dont l’auteur vient de mourir, je réfléchis à la manière dont je suis totalement et irrémédiablement allergique aux opinions de notre temps… Par exemple, je ne peux pas supporter la manière dont on prétend organiser la rupture dans des arts comme le cinéma ou l’architecture en Union soviétique, arts de masse, en distinguant un art d’avant garde, celui des années 20 d’un art de masse conformiste qui aurait été impulsé par Staline, c’est-à-dire quelqu’un qu’il faut décrire comme inculte et brutal.

C’est vrai à peu près dans tous les domaines, il faudrait distinguer la créativité et la liberté des premières années de la révolution par rapport au conformisme et à la répression du stalinisme. Cela témoigne selon moi de la manière dont une certaine gauche (anarchiste, trotskiste, social-démocrate) après avoir mené un combat contre le totalitarisme soviétique dans le sillage de celui du capital et de l’impérialisme est tenté aujourd’hui de récupérer quelques bienfaits de cette « révolution qu’elle estime trahie »… D’abord rien ne prouve au contraire que les périodes d’autoritarisme aient été moins favorables à l’éclosion des chefs d’œuvre que celles où règne le laisser-faire démocratique contrôlé seulement par l’argent.  Comme l’ont noté Theodor W. Adorno et Max Horkheimer dans la dialectique de la raison, les industries culturelles pratiquent une censure digne de l’inquisition. La censure qui a frappé quelques cinéastes maudits comme Stroheim ou en France Grémillon, leur interdisant le déploiement d’une oeuvre révolutionnaire est pour le moins « totalitaire ».  Il n’empêche que j’ai adoré les films hollywoodiens et leur manière de jouer avec les censures, dans lesquels les scénaristes communistes ont joué un grand rôle. Ensuite je crois qu’il reste beaucoup à explorer dans le dialogue entre le pouvoir et les intellectuels en matière de créativité (1).

Comme toujours ce qui m’alerte peut paraître accessoire et c’est là qu’intervient ma référence au film Les morts vivants. Ce que j’ai aimé c’est que le bricolage auquel était contraint ce film avec son médiocre budget économisait complètement les stéréotypes ordinaires des films hollywoodiens, les renversait. La nouveauté n’était pas dans le procédé mais au contraire dans l’économie de ces procédés, le recours à des acteurs et des figurants qui exprimaient d’autres émotions plus en accord avec les nôtres, nous qui étions révoltés par cette société.

Bon pour faire simple, disons que je suis en fait allergique à l’idée d’avant-garde quand la référence à cette avant-garde se traduit par le contraire de ce qui faisait l’intérêt de ce film, le primat de procédés techniques qui n’ont pas d’utilité mais qui sont censés exprimer l’ineffable, un fatras des âmes d’élite. C’est malheureusement ce que je ressens trop souvent aujourd’hui, on me prend pour une imbécile en refusant mes émotions légitimes, la naïveté de mes aspirations. C’est pour cela que malgré quelques longueurs j’ai aimé le dernier film de Kusturica parce qu’il accepte de dire l’amour de la vie, cette romance en même temps que sa douleur jamais éteinte.

Il n’y a pas eu de préoccupations d’avant garde dans les arts en Union soviétique mais au contraire une profonde unité dans le projet artistique soviétique, c’est un projet politique qui correspond à celui du parti communiste.Autre chose est la réflexion sur les thèmes, les moyens…

Quand nous étions à Moscou dans la galerie d’art d’État Tretiakov, j’ai été frappée de la manière dont l’exposition des œuvres était désormais structurée non pas selon une évolution chronologique, mais selon cette division idéologique : il y aurait eu l’art officiel soviétique et son avant-garde dissidente. Non seulement les tableaux les plus anciens célébrant la révolution étaient flanqués d’œuvres qui en général ne valaient pas un clou mais qui exprimaient ou prétendaient exprimer l’horreur de l’artiste devant la répression bolchevique, répression sous laquelle ma foi le même n’avait pas trop mal vécu, mais les artistes les plus officiels avaient eux-mêmes sous l’ère Khrouchtchevienne le devoir d’exprimer les affres vécues sous la période stalinienne. Tout cela manquait de franchise.

Dans la boutique, j’ai voulu acheter quelques reproductions de l’art « stalinien », il n’y avait rien mais on m’a donné à voir quelques reproductions sans intérêt et très mièvres qui étaient censées représenter l’art d’avant-garde à cette époque, celle qui était obligée d’aller se vendre aux Etats-Unis et que l’on avait récupéré dans ce pays.

Une œuvre, qu’il s’agisse de peinture ou de cinéma, a un public et je dois dire que celui qui distingue entre une esthétique qu’elle déclare novatrice et ignore ce qui bouleverse, obéit à des exigences profondes et originales, et qui donc recherche les formes inconnues pour le dire, m’a toujours profondément ennuyée.

Je crois au contraire que ce qui fait la force du cinéma soviétique, comme de l’architecture, c’est un élan et j’ajouterai même un dialogue permanent avec le pouvoir qui continue à se définir et à être celui des soviets, un souci de propagande, le mot est lâché, autant que d’alphabétisation, de culture des masses. C’est pourquoi d’ailleurs si le sort me prête vie je souhaiterais étudier deux films à propos de Staline, Ivan le terrible du moins sa deuxième partie et La chute de Berlin. Ce sont deux films à peu près de la même époque dans lesquels se joue la représentation du pouvoir. Mais le faire dans la méthode que j’ai déjà utilisée pour le film les Bourreaux meurent aussi, à savoir replacer le film non seulement dans le cinéma de l’époque (les conditions de la production) mais dans son champ artistique ce qui impose une reconstitution des œuvres de l’époque, et leurs enjeux politiques.

Danielle Bleitrach

(1) je pense à la manière dont Lukacs répond à Steiner. Quand ce dernier lui rend visite alors que le philosophe est assigné à résidence. Steiner lui demande ce qu’il devra dire « au monde libre ». Lukacs répond en gros: « vous n’y comprenez rien, j’attends le premier ministre pour discuter avec lui de la phénoménologie de l’esprit de Hegel. Qu’est-ce que la liberté? » Est-ce que l’on sait exactement ce qui se noue dans ce dialogue ? Surtout quand le pouvoir est révolutionnaire…

 

VIDEO, PHOTOS: Le jour où des milliers de nazis ont défilé dans Moscou

Publié le 16 Juillet, 2017 21:10 GMT

 

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Moscou, il  y a 73 ans, a été témoin de l’opération Grande Valse, il s’agit d’un événement décidé par Staline dans le plus grand secret et qui a encadré  l’une de l’offensive clé de l’Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. En effet dans un article récent, nous avons montré comment les journaux de la collaboration en France faisaient tout pour minimiser l’importance de l’échec des armées nazies sur le Front de l’Est. Staline par ce défilé dans le centre de Moscou disait clairement aux Allemands qu’ils ne rentreraient dans Moscou que comme des vaincus. Mais il disait également aux alliés ce que Staline pensait, à savoir qu’il fallait compter avec le rapport des forces que l’armée soviétique avait créé en Europe. Notez que c’est la police politique et non l’armée qui organise cet étrange défilé et qu’elle veille à ce qu’il se passe dans le silence et sans le moindre débordement des moscovites. Cet épisode confirme ce que toutes les archives démontrent et y compris les mémoires de Joukov, à savoir le rôle déterminant de Staline dans la conduite de la guerre  (note de Danielle Bleitrach)

VIDEO, PHOTOS: Le jour où des milliers de nazis ont défilé dans Moscou

Le 17 Juillet 1944, dans le  centre-ville de Moscou a eu lieu l’un des épisodes les plus symboliques et les plus marquants de la Seconde Guerre mondiale ou Grande Guerre patriotique (comme on l’appelle dans les anciennes républiques soviétiques) : les soldats allemands ont défilé à la stupéfaction de beaucoup de moscovites, pas en conquérants, mais comme des vaincus.

Le ‘D-Day’ soviétique

À la mi-Juin 1944, l’armée soviétique a mené l’une des offensives les plus puissantes de la Seconde Guerre mondiale contre l’ armée nazie, baptisée Opération Bagration. A cette époque, la répartition des forces dans le front de la guerre était assez compliquée pour l’Armée rouge, les nazis avaient des renforts préparés et les troupes qui assuraient la sécurité à l’avant étaient préparées à mener la bataille contre une offensive soviétique.

Cependant, à la grande surprise de l’ennemi, Staline a décidé d’attaquer le centre de l’armée nazie en Biélorussie, en lançant à l’assaut la force la plus puissante de lutte contre les nazis, qui avaient non seulement un grand nombre de troupes d’élite, mais se trouvaient dans un lieu très privilégié pour leur défense.

Le 23 juin, a commencé l’offensive soviétique qui a été très réussie. L’Armée rouge a attaqué dans les villes de Minsk, Babruisk et Vitebsk, en réussissant à libérer ce territoire et à détruire la force nazie la plus opérationnelle, l’armée du Centre, la même qui lors de l’hiver 1941 devait  prendre Moscou. Lors de l’avance soviétique, plus de 150.000 soldats du Troisième Reich ont été fait prisonniers..

Opération Grande Valse

Le succès de l’opération militaire de l’Armée rouge contre les nazis a témoigné qu’il s’agissait d’un tournant dans le conflit et les dirigeants soviétiques voulaient montrer leur victoire, non seulement au peuple soviétique, mais aussi aux journalistes étrangers vivant à Moscou. Ce défilé massif de prisonniers a convaincu tout le monde, même ceux qui croyait le moins au succès de l’offensive soviétique.

Cet événement hautement symbolique a été organisé dans le plus grand secret par le NKVD (services secrets soviétiques) et a été nommé Opération Grande Valse.

Pour 16 juillet 1944, 19 généraux nazis prisonniers de guerre ont été transférés à Moscou à la tête pour être à la tête du défilé, annoncé à la radio le matin du 17 juillet. Dans le message délivré par le chef de la police de Moscou, il a été rapporté qu’à 11 heures dans le centre de la ville serait amenés en convoi 57.600 soldats et officiers du Troisième Reich et pour cette raison, les rues de la ville seraient fermées.

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le 17 juillet, le défilé, avec à sa tête des généraux et officiers supérieurs, suivis par le reste des troupes dans les grandes colonnes. La grande majorité de la population a reçu les nazis avec un silence assourdissant, rompu seulement par quelques personnes qui tentaient de jeter des pierres, mais étaient aussitôt arrêtées par les forces de sécurité.

Cette marche des vaincus était un événement qui non seulement a montré aux  alliés et à la communauté internationale le grand succès de l’opération Bagration, mais elle était un signal aux nazis que l’équilibre de la guerre n’était pas en leur faveur. Plusieurs des généraux qui ont pris part à cet événement ont fini par être des collaborateurs du Kremlin, d’autres ont été envoyés en prison.

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Budget 2017 : 331 millions d’euros en moins pour l’Enseignement supérieur et la recherche

Laura Taillandier  |  Publié le 13.07.2017 à 17H21

PAYANT - Assemblée nationale

Les projets de décret prévoyant une annulation de crédits de la Mires pour 2017 doivent être examinés par la Commission des finances de l’Assemblée nationale le 18 juillet 2017. // © Denis Allard / R.E.A

Le gouvernement prévoit une annulation de crédits pour la mission recherche et enseignement supérieur de 331 millions d’euros pour l’année 2017. Une coupe qui passe mal parmi les acteurs de la communauté universitaire, qui y voient un « mauvais signal » avant les annonces sur le budget 2018 et l’ouverture des discussions sur une réforme du premier cycle.

C’est une coupe budgétaire qui a surpris tous les acteurs de l’enseignement supérieur. Du moins, par son ampleur. « Inquiétude » de la CPU (Conférence des présidents d’université), « incompréhension » du Snesup-FSU voire même « du jamais-vu » pour la députée socialiste du Tarn-et-Garonne Valérie Rabault… Les projets de décret prévoyant une annulation de crédits de paiement de la Mires (Mission interministérielle recherche et enseignement supérieur) pour l’année 2017, à hauteur de 331 millions d’euros, ne passent pas inaperçus.

UNE PARTICIPATION À L’EFFORT DE REDRESSEMENT PUBLIC

« Le gouvernement fait savoir que les crédits de cette année ne pourront être exécutés à 100 %. Une telle coupe en plein milieu d’année est un très mauvais signal, surtout au moment où le gouvernement entend booster la recherche et lance un appel aux chercheurs« , s’étonne Valérie Rabault. Ces textes, émanant du ministère de l’Action et des Comptes publics et envoyés aux députés de la Commission des finances mercredi 12 juillet, devraient être examinés par ces parlementaires mardi 18 juillet, précise l’élue. Selon elle, sur les 331 millions d’euros, seuls 135 millions avaient été mis en réserve. Soit une « coupe neuve » de 200 millions d’euros.

De son côté, la Rue Descartes justifie cette diminution, par la participation à l' »effort de redressement des comptes publics » à l’instar des autres ministères. En revanche, elle communique des chiffres différents. Se basant sur le périmètre du ministère, plus restreint que celui de la Mires, elle évalue cette annulation de crédits à hauteur de 180 millions d’euros. Sur cette somme, 160 millions ont été mis en réserve par précaution et les 20 millions d’euros restants seront répartis entre les différents programmes du ministère. « Cela n’affectera ni les moyens des universités, ni les programmes de recherche engagés ou les campagnes d’emploi« , insiste Frédérique Vidal sur son compte Twitter.

Intitulé du programme Numéro Autorisations d’engagement annulées Crédits de paiement annulés
Formations supérieures et recherche universitaire 150 95 000 000 95 000 000
Vie étudiante 231 51 009 697 46 410 086
Recherches scientifiques et technologiques pluridisciplinaires 172 27 687 494 33 477 778
Recherche spatiale 193 5 146 353 5 146 353
Sous-total 178 843 544 180 034 217
Recherche et enseignement supérieur en matière économique et industrielle 192 72 442 721 57 380 324
Recherche duale 191 10 500 000 15 600 000
Enseignement supérieur et recherche agricoles 142 6 578 244 6 571 261
Recherche dans le domaine de l’énergie, du développement et de la mobilité durables 190 130 185 252 71 742 389
Total 398 549 761 331 328 191

QUEL IMPACT POUR LES UNIVERSITÉS ?

Un message de la ministre qui ne calme pas les inquiétudes. « Après le gel du point d’indice et le report des mesures du PPCR (parcours professionnels, carrières et rémunérations dans la fonction publique), cela commence à faire beaucoup », commente Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup-FSU. « Même si l’impact se fera principalement sentir sur les organismes de recherche, cette coupe dépasse largement la réserve de précaution« , ajoute-t-il. « Les réponses du ministère ne nous satisfont pas. Ce n’est pas responsable en termes de message politique dans le contexte d’Admission postbac, des tirages au sort… », réagit pour sa part Jimmy Losfeld. « Quand bien même cet argent était mis en réserve, il aurait pu servir à améliorer l’accueil des étudiants supplémentaires« , commente le président de la Fage.

Même constat du côté de la CPU. « Nous souhaitions que le gel des dotations des établissements universitaires de 62 millions d’euros puisse aider à faire face à la rentrée 2017, qui se profile avec ses 40.000 étudiants supplémentaires. On ne va pas pouvoir continuer longtemps comme ça… », souligne Khaled Bouabdallah, vice-président de la conférence.

Pour le Sgen-CFDT, « cela va forcément impacter les établissements qui attendent leur dernière part de dotation pour septembre-octobre. Qui dit moins de moyens, dit augmentation des économies : baisse du volume horaire des maquettes de formation, des étudiants en travaux pratiques, fermeture de certaines formations… », énumère, peu confiant, Franck Loureiro, secrétaire national du syndicat. « Emmanuel Macron promettait de sanctuariser le budget de l’ESR… Cela pose des questions pour la suite…« , s’inquiète quant à elle la présidente de l’Unef, Lilâ le Bas.

QUID DU BUDGET 2018 ?

Surtout que cette annonce intervient au moment où les ministères vont recevoir leur « lettre plafond », qui fixe le montant maximum de crédits et d’emplois par ministère pour la loi de finances 2018. « Il y a des dépenses quasi automatiques qu’il va falloir assurer. Il faut que la priorité à l’enseignement supérieur et la recherche se traduise par des actes et notamment dans le prochain budget », souligne Khaled Bouabdallah.

Hasard du calendrier : ces chiffres ont été publiés alors que les discussions sur le contrat de réussite étudiant vont débuter lundi 17 juillet 2017 au ministère de l’Enseignement supérieur. Les syndicats et associations craignent un début de négociations « un peu tendu ».« On ne va pas manquer d’aborder ce sujet, prévient Lilâ le Bas. Je ne vois pas comment on peut continuer à fonctionner avec un budget constant face à l’augmentation du nombre d’étudiants. Surtout si on veut résoudre le problème des inscriptions. »

La CPU, qui tient à « désolidariser les deux événements », prévient tout de même : « On ne pourra pas faire de réforme du premier cycle sérieuse sans moyens nouveaux […]estime Khaled Bouabdallah. Nous sommes prêts à faire beaucoup d’évolutions, à construire de nouveaux parcours, à diversifier nos formations, à faire bouger les lignes de manière radicale. Mais cela demandera des moyens. »

Laura Taillandier  |  Publié le 13.07.2017 à 17H21

 

Avortement, l’obscurantisme polonais

« Alors que l’interruption volontaire de grossesse (IVG) était autorisée et gratuite entre 1956 et 1993, la Pologne dispose maintenant de l’une des législations européennes les plus restrictives »… Voici ce que dit l’article sans épiloguer sur le fait qu’il s’agissait alors de la Pologne socialiste et que les pseudos-progressistes ont jadis soutenu Walesa contre le socialisme. Nul ne pouvait ignorer pourtant qui était Walesa et son obscurantisme. Sans doute pour que les mêmes continuent à ignorer la répression dont sont victimes les Polonais et les Polonaises qui luttent pour le droit des femmes, mais aussi pour ceux des travailleurs détachés et surtout pour la paix contre l’OTAN et ses bases (note de Danielle Bleitrach)

Face à la mobilisation massive des Polonaises début octobre, le parti au pouvoir Droit et justice (PiS) a renoncé à étendre l’interdiction de l’avortement aux cas de viol ou de malformation du fœtus. Mais, soumis à la pression des militants catholiques et de l’Église, le pays demeure, avec l’Irlande, le plus restrictif d’Europe.

Avortement, l’obscurantisme polonais

 

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Ela Tom. — Sans titre, 2011

«Cétait le 2 janvier. La dame qui devait nous emmener était encore ivre du réveillon du Nouvel An. Un homme conduisait à sa place, elle lui indiquait le chemin. Nous étions trois à l’arrière, serrées dans cette voiture en si mauvais état, qui empestait l’alcool et où nous ne pouvions pas ouvrir les fenêtres. » Comme des milliers d’autres Polonaises, Marta Syrwid, 30 ans, a effectué ce voyage pour aller avorter dans une clinique privée en Slovaquie, pour 2 000 złotys (environ 460 euros). Journaliste au quotidien Gazeta Wyborcza, elle a fait le récit de cet épisode pénible en janvier 2016 (1).

Alors que l’interruption volontaire de grossesse (IVG) était autorisée et gratuite entre 1956 et 1993, la Pologne dispose maintenant de l’une des législations européennes les plus restrictives. Seules trois exceptions sont prévues : en cas de risque pour la santé de la mère ; en cas de malformation ou de maladie du fœtus ; à la suite d’un viol ou d’un inceste. Et, même dans l’une de ces trois situations, le chemin est semé d’embûches : « Quand une femme a théoriquement droit à un avortement légal et gratuit dans un hôpital public, elle n’y a souvent pas accès pour de multiples raisons », explique Mme Krystyna Kacpura, directrice de la Fédération pour les femmes et le planning familial (Federa). La majorité des médecins invoquent la clause de conscience, quand ils ne font pas traîner la procédure afin d’empêcher l’intervention dans la durée légale de vingt-deux semaines. Ils demandent des examens supplémentaires et n’informent pas les patientes de leurs droits, alors qu’ils en ont l’obligation. « Pis, ajoute Mme Kacpura, ils exercent une pression psychologique pour les faire changer d’avis. Ils minimisent les risques de maladie grave du fœtus en leur disant : “Certes, votre enfant a une malformation au cerveau, mais regardez, ses jambes bougent.” » Eux-mêmes, précise-t-elle, « ont peur d’être stigmatisés. Certains ont eu leur voiture vandalisée. Sur Internet, on peut lire : “N’allez pas voir tel médecin, c’est un meurtrier.” Des catholiques manifestent devant les hôpitaux en brandissant des photographies sanglantes. Dans certaines villes du Sud, plus aucun hôpital ne peut pratiquer d’interruption de grossesse ».

Selon les chiffres officiels, le nombre d’avortements légaux en Pologne (38,5 millions d’habitants) est passé de plus de 130 000 dans les années 1980 à moins de 2 000 ces dernières années. Mais c’est encore trop pour les militants de la Fundacja Pro – Prawo do życia (Fondation Pro – Droit à la vie), qui avaient réuni près de 500 000 signatures, début juillet, pour soumettre au Parlement un projet de loi abrogeant les exceptions à l’interdiction. Seul le danger immédiat pour la mère serait resté pris en compte. Les médecins auraient eu l’obligation de signaler toutes les fausses couches à la police, et les femmes convaincues d’avoir avorté auraient encouru une peine de cinq ans de prison.

L’épiscopat soutenait officiellement le projet — à une disposition près : il n’était pas en faveur d’une peine de prison pour les femmes ayant avorté. Désignée par son porte-parole pour répondre à nos questions, Mme Magdalena Korzekwa assure que la loi « devait être changée au plus vite. Tous les enfants non nés devraient être protégés ». Elle soutient que « même un enfant issu d’un viol doit avoir le droit de vivre. S’il a été conçu de façon dramatique, il n’en est pas responsable. C’est un enfant comme un autre, sa dignité est la même ». La principale cause d’IVG légale en Pologne est le risque de handicap : « Il s’agit là d’une forme d’eugénisme, on choisit ceux qui ont le droit de vivre. »

Le parti Droit et justice (PiS), qui domine la Diète (l’Assemblée) (2), a voté une première version du texte le 23 septembre. Mais il a fait volte-face le 6 octobre, trois jours après une grande manifestation qui a rassemblé 100 000 femmes vêtues de noir dans les rues des principales villes. La première ministre, Mme Beata Szydło, a tenté de rassurer la frange la plus réactionnaire de son électorat en annonçant une « vaste action d’information pour promouvoir la défense de la vie » et un programme de soutien aux femmes ayant décidé de ne pas avorter en dépit d’un diagnostic de handicap pour l’enfant à naître. M. Mateusz Kijowski, fondateur du Comité de défense de la démocratie (KOD), souligne que le projet abandonné « émanait de la société civile : le PiS a annoncé qu’il allait proposer sa propre loi pour restreindre davantage le droit à l’avortement, notamment dans les cas de malformation du fœtus ».

À l’heure actuelle, les parents d’un enfant handicapé n’ont droit à aucune allocation. Dans les familles monoparentales, environ un million d’enfants sont privés de toute aide paternelle. Cela représente 14 % des jeunes de moins de 18 ans. « Il existe un fonds alimentaire étatique, mais la possibilité de toucher l’allocation de 500 złotys par mois [114 euros] en cas de défaillance du père est très restreinte, indique Małgorzata Druciarek, sociologue à l’Observatoire de l’égalité des sexes de Varsovie. Seuls 330 000 enfants en bénéficient. Si une femme travaille et qu’elle n’est pas jugée en situation d’extrême pauvreté, elle ne peut pas y prétendre. Pour garder la tête hors de l’eau, certaines cumulent deux ou trois boulots. »

Des passages des Évangiles dans le texte de loi

Les idéologues du mouvement « pro-vie » se moquent du nombre d’avortements clandestins, qu’ils présentent comme largement surestimé. Les associations féministes et le Planning familial estiment qu’il s’en pratique entre 150 000 et 200 000 par an. Les femmes les mieux renseignées se procurent des informations fiables grâce à des sites tels que Réseau des femmes (Kobiety w sieci) ou Women on Web (3), qui permet de trouver des pilules abortives en urgence. Certaines ont les moyens financiers et matériels de se rendre dans une clinique privée en Slovaquie, en Allemagne ou en République tchèque. Mais qu’en est-il des plus démunies ou des moins instruites ?

« Beaucoup de médecins profitent de ces femmes dans le besoin,déclare Mme Wanda Nowicka, ancienne vice-présidente de la Diète. Les mêmes qui refusent publiquement de pratiquer des IVG postent des petites annonces dans les journaux ou sur Internet avec la mention “tout service gynécologique” ou “retour des règles”. Ils exploitent parfois l’ignorance des femmes. Certaines consultent un médecin en pensant être enceintes alors que leurs règles ont simplement quelques jours de retard. En échange d’une grosse somme d’argent, ils prétendent réaliser une intervention alors qu’ils ne font rien. »

En Pologne, le marché noir ne connaît pas la crise. Il faut compter 3 000 à 4 000 złotys (700 à 930 euros) pour un avortement, soit l’équivalent d’un mois de salaire, le revenu moyen se situant autour de 4 100 złotys (950 euros) (4). Le tout parfois sans anesthésie, souvent sans suivi médical. « Une connaissance m’a expliqué comment s’était déroulée son IVG, raconte Marta Syrwid. On se serait cru dans un film d’espionnage. Un minibus amenait les filles de Cracovie à Katowice. À Katowice, elles devaient trouver elles-mêmes la deuxième voiture qui les conduirait au cabinet du médecin. Elles devaient avoir un journal sous le bras pour que le conducteur les reconnaisse. Quelques minutes après l’IVG, alors qu’elle était encore sous anesthésie, mon amie a dû quitter le cabinet et marcher un kilomètre dans la neige pour se rendre à la gare et repartir en train à Cracovie. » Même si les poursuites semblent très rares, les médecins ou les personnes qui aident une femme à avorter clandestinement risquent deux ans de prison (peine que le projet de loi abandonné aurait portée à cinq ans). Les histoires de chantage sont nombreuses. Mais, hormis Marta Syrwid, aucune femme n’accepte de témoigner, même de façon anonyme. Trop risqué, trop douloureux.

Désespérées, d’autres font appel à des vétérinaires ou se procurent des médicaments contre l’arthrose qui, à forte dose, provoquent une fausse couche. « La plupart des gens disent qu’on exagère en affirmant que les femmes mettent leur vie en péril avec un avortement clandestin, mais c’est bien le cas », assure Mme Natalia Skoczylas, de l’association Feminoteka, spécialisée dans l’aide aux victimes de violences conjugales. « Ces situations n’existent pas : elles sont une manipulation des avorteurs », réplique Mme Korzekwa. Et d’ajouter : « Plus la loi protège la vie humaine, moins les femmes mettent leur vie en péril en pratiquant des avortements, y compris clandestins. »

Des femmes dont la santé a été altérée ou qui sont décédées, la Federa en a pourtant recensé des dizaines. Le cas le plus emblématique est celui de Mme Alicja Tysiac (5). Le 20 mars 2007, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la Pologne pour avoir refusé à cette mère de trois enfants un avortement thérapeutique qui lui aurait évité de perdre la vue et de devenir invalide. Le 30 octobre 2012, cette même cour a une nouvelle fois condamné la Pologne pour violation de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme, relatif au droit au respect de la vie privée et familiale. L’affaire concernait cette fois une adolescente de Lublin, victime d’un viol à 14 ans, qui s’était vu refuser son droit à l’IVG par plusieurs hôpitaux et avait été harcelée par le mouvement antiavortement.

Dans la Pologne postcommuniste, on ne badine pas avec la religion. « Le “compromis” de 1993 sur l’avortement s’inscrit dans une politique de conflictualité sociale, à un moment où la société est affectée par de gros changements, explique le sociologue François Bafoil, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique, spécialiste de l’Europe centrale (6). Durant le partage de la Pologne, l’Église a permis d’assurer l’unité historique, territoriale, et l’idée de la nation. Elle a de nouveau joué ce rôle dans l’entre-deux-guerres, sous le nazisme puis sous le communisme. Elle a été le pilier de l’identité commune. Elle l’est restée dans les années 1990, alors que l’État était dépassé par l’ampleur des tâches à accomplir à la suite de l’indépendance, et le demeure encore aujourd’hui. »

Rien d’étonnant à ce que, dans la dernière proposition de loi sur l’IVG, on ait pu trouver des passages des Évangiles ou des citations de Jean Paul II. Dans le pays natal de l’ancien pape, le taux de ceux qui se déclarent catholiques reste très élevé. Après le changement de régime, en 1989, l’Église a obtenu la mise en place des cours de religion à l’école. Quant aux cours d’éducation sexuelle instaurés en 1973, ils ont été supprimés et remplacés par des cours sur la « vie de famille » dispensés par des prêtres. « Ils montrent des vidéos où l’embryon est représenté par un enfant avec des mains et une tête,raconte Mme Skoczylas, et où l’on voit la façon dont il serait découpé lors d’une IVG. »

« À la campagne, les médecins refusent de prescrire la pilule »

L’interdiction de l’avortement a été votée en janvier 1993. Revenue au pouvoir en septembre de la même année, la gauche a fait passer une loi qui ajoutait aux exceptions les « situations sociales difficiles pour la mère ». Mais celle-ci s’est heurtée au veto du président Lech Wałęsa, puis, après le départ de ce dernier en 1995 et l’adoption d’un nouveau texte par son successeur, à la censure du Tribunal constitutionnel, qui l’a abrogée en 1997.

Aujourd’hui, même la contraception ne va pas de soi. « Dans les grandes villes, il est plus facile de se faire prescrire la pilule ou d’acheter des contraceptifs, indique Mme Kacpura. On peut se fondre dans la masse. Mais les médecins de campagne refusent de prescrire la pilule, même à des fins thérapeutiques. » Mme Chrystelle F. (7), une Française mariée à un Polonais et installée à Varsovie depuis six ans, doit recourir à des expédients : « Ma pilule, Cerazette, est interdite en Pologne par l’ordre des médecins, car, selon eux, elle comporte un risque trop élevé de provoquer la stérilité. Ma mère me l’envoie par la poste. Des amies polonaises font des provisions dès qu’elles voyagent en France ou en Angleterre. » Quant à la pilule du lendemain, disponible depuis moins d’un an sans ordonnance, Mme F. garde un souvenir amer du jour où elle a voulu se la procurer : « J’ai dû faire neuf pharmacies. Sur l’avenue Nowowiejska, l’une des plus connues de la capitale, une pharmacienne m’a sèchement répondu ne pas en avoir et m’a sermonnée : “Vous devriez penser à ce que vous faites !” Une autre m’a expliqué ne pas pouvoir me la délivrer en raison des problèmes qu’elle poserait. J’ai finalement dû payer 80 euros, soit le double du prix normal ! »

« C’est la pire situation qu’aient connue les femmes en Pologne depuis vingt-cinq ans », jure Mme Nowicka. Ces derniers mois, des centaines de milliers de Polonais ont défilé à Varsovie pour protester contre les décisions du PiS, notamment à l’appel du KOD. Une première depuis 1989. Les réseaux sociaux ont permis de rassembler cent mille personnes autour de Dziewuchy dziewuchom (Les filles pour les filles), qui a organisé une marche le 18 juin dernier, puis la manifestation des « femmes en grève » le 3 octobre. « Ces marches noires sont une manifestation terrifiante de la civilisation de la mort », leur a répondu ce jour-là l’archevêque de Lodz (8). « Le droit à la protection médicale nous a vraiment poussées à nous mobiliser, explique Mme Ewa Burgunska, productrice de cinéma de 51 ans. Aucune des organisatrices n’est féministe ou militante, mais cette proposition de loi allait trop loin. Notre force est de savoir parler aux femmes avec des mots simples, qui les touchent toutes. » « Une partie de la société s’est réveillée », se réjouit Mme Nowicka. Pour M. Kijowski, « les gens se sont rendu compte du poids qu’ils pouvaient avoir en sortant dans les rues. Il n’y avait jamais eu de telles manifestations pour l’IVG par le passé ».Mais, nuance-t-il, « la situation actuelle reste extrêmement grave. La plupart des médecins limitent l’accès aux examens prénataux ».

Alors que les perspectives démographiques sont des plus sombres pour la Pologne, l’interdiction de l’avortement n’a eu aucun effet sur la natalité. Au contraire : le taux de fécondité n’a cessé de baisser depuis 1989. Avec moins de 1,3 enfant par femme, il est l’un des plus faibles du continent.

Audrey Lebel

Journaliste.

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(1) Marta Syrwid, « Polki jadą po aborcję na Słowację », Gazeta Wyborcza, Varsovie, 28 janvier 2016.

(2) Lire Cédric Gouverneur, « Le carburant social de la droite polonaise », Le Monde diplomatique, mars 2016.

(3) Plate-forme internationale créée en 2006 aux Pays-Bas par Mme Rebecca Gomperts pour aider les femmes des pays où l’avortement est illégal, www.womenonweb.org

(4) Selon le site spécialisé Wynagrodzenia.pl

(5) Lire Violaine Lucas et Barbara Vilain, « Le meilleur de l’Europe pour les femmes », Le Monde diplomatique, mai 2008.

(6) Il a dirigé l’ouvrage collectif La Pologne, Fayard-CERI, Paris, 2007.

(7) Le prénom a été modifié.

(8) Agence France-Presse, 3 octobre 2016.

 
 

Adieu toi, le cinéaste des morts-vivants

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Je me souviendrai toujours de ce jour où j’ai découvert ce film… J’avais quelques heures à perdre, je me trouvais à côté du cinéma Le Madeleine,  j’ai regardé la liste des films qui passaient ce jour là et j’ai choisi celui-là sans savoir le moins du monde ce qui m’attendait. Alors voilà en matière d’adieu pour ce cinéaste, je vous propose cette critique d’un « fan », ce que je ne suis pas loin d’être et l’article dit bien ce que ce film à petit budget fut une révélation tant la forme coïncidait avec le bouleversement des valeurs du cinéma dominant (note de Danielle Bleitrach)

Le film commence dans un cimetière, non loin de Pittsburgh. Barbara et son frère Johnny viennent déposer une gerbe sur la tombe de leur mère. Soudain, un homme étrange à la démarche désarticulée surgit et se jette sur eux. Johnny est tué, mais Barbara parvient à s’enfuir.

Elle arrive près d’une vieille maison, où elle est rejointe par un autre fuyard, Ben, qui la tire d’un mauvais pas. Ils découvrent ensuite la présence dans la maison de Cooper, sa femme, sa fille, de Tom et de sa petite amie Judy Rose.

Les premières tensions apparaissent entre Ben et Cooper, qui n’ont pas la même vision des choses. L’un veut barricader les fenêtres de la maison et l’autre s’enfermer dans la cave.
Pendant ce temps, la nuit tombe et les zombies, qui semblent extrêmement nombreux, gagnent du terrain et ne tardent pas à donner l’assaut…


 

COMMENTAIRE :

Dès les premières minutes, le ton du film est donné. ROMERO évite les cadrages baroques de l’épouvante « gothique » et, se libère des contraintes de la production, puisqu’il s’agit d’une production indépendante d’un budget modeste, d’à peine plus de 100 000 $.
Cette relative liberté va lui permettre d’agir comme bon lui semble et notamment d’imposer un style et une redécouverte de l’horreur que ne lui aurait pas permis un film plus coûteux – et donc plus surveillé par les producteurs.

Ainsi, ROMERO orchestre une succession de morts particulièrement violentes sans aucune justification, créant une perte de repères déstabilisante pour le public de 1968. La première attaque du film intervient peu après le générique de début, à un moment où Barbara et son frère sont plutôt en phase de présentation au public, ce qui crée une rupture soudaine avec le quotidien rassurant pour nous plonger la tête la première dans l’horreur la plus absolue.
Barbara elle-même, qui pourrait, du coup, faire figure d’héroïne, ne joue finalement qu’un rôle assez subalterne dans le reste de l’intrigue. Et l’on met un certain temps avant d’entendre que les zombies seraient la conséquence d’une étrange comète aux retombées radioactives – un prétexte pas vraiment fouillé, signe que pour ROMERO, cela est parfaitement accessoire.

Cette absence d’explication rationnelle est sans conteste la première source de l’horreur dans « La nuit des morts vivants ». ROMERO impose au public un univers dont il ne comprend pas la logique, poussant tout un chacun à affronter ses propres craintes.

Alors qu’à l’époque le cinéma d’épouvante est en train de chercher à renouveler les fondamentaux du style gothique-flamboyant très théâtral, façon DRACULA avec Christopher LEE, ROMERO emploie la caméra à l’épaule, et tourne en noir et blanc. Un coup de génie qui donne un réalisme effroyable à ses zombies, loin de ceux qui peuplent des films plus anciens comme le célèbre « Vaudou » de Jacques TOURNEUR [1943]. Les morts-vivants de ROMERO sont les rejetons de la guerre froide, fruits d’une science mal contrôlée et terriblement proches de l’homme, ce qui souligne à quel point « l’horreur est humaine ».

A la recherche de réalisme, ROMERO laisse la caméra dériver sur des scènes de festins anthropophages où l’on entrevoit viscères, organes et os, sans retenue. Là où la plupart des films du même genre détournaient la caméra, ROMERO regarde l’horreur en face, transportant le spectateur de la terreur vers l’horreur – tout en maintenant son trouillomètre au zéro pointé par de subtils effets scénaristiques.

Autre tabou que ROMERO transgresse allègrement, le personnage central du film est un noir, embauché pour le rôle parce que, avoua ROMERO, « il était tout simplement le meilleur lors des auditions pour le film« . Par ce choix, il allait donner une dimension politique sans le vouloir à son film. De même, le « méchant » humain du film est un blanc doté de tous les défauts du parfait Américain blanc, puritain, intolérant et conservateur.

Qui aurait pu prédire que ce film au budget pitoyable, réalisé avec des potes, allait devenir une des références du cinéma fantastique ? Et pourtant, il inspiré depuis tout une lignée de réalisateurs dont Peter JACKSON [ « Brain dead » , « Heavenly creatures » et « Lord of the ring »] ou plus récemment, et dans un registre plus loufoque, Edward RIGHT et Simon PEGG [« Shaun of the dead » ] [1]

Réalisé pour cent-quatorze-mille dollars, « La nuit des morts vivants » en a rapporté plus de 20 millions, sur trente ans d’exploitation. ROMERO ayant poursuivi ses films de morts-vivants, « La nuit » est le premier film d’une tétralogie qui compte aussi :

  • « Zombie » [1978]
  • « Le jour des morts vivants » [1985]
  • « Land of the dead » [2005].

Ces épisodes ont eux aussi connus un grand succès et sont également teintés d’une tonalité politique et sociale. Ainsi dans « Zombie », le héros est également noir, et l’essentiel de l’action se déroule dans un supermarché, ce qui donne lieu à de drôlatiques scènes dans lesquels les consommateurs névrosés du XXème siècle seraient devenus des zombies sans âmes errant entre les rayons à la recherche de chair fraîche…


L’ADAPTATION :

George ROMERO s’est fortement inspiré d’un de ses livres préférés, « Je suis une légende » de Richard MATHESON, qu’il rêvait de porter à l’écran. Il a d’abord écrit une nouvelle, jamais publiée, puis un script intitulé « Anubis » en référence au nom du dieu égyptien du royaume des morts.

Le roman pose la trame de base : Robert NEUVILLE est le dernier humain vivant sur la planète. Tous les autres sont devenus des « vampires », suite à une épidémie mystérieuse. Il ne sort que le jour. La nuit, il se barricade dans sa maison pour résister aux créatures qui étaient autrefois ses propres voisins. Il est en proie aux doutes, pendant que toute la nuit son ex-voisin et ami l’appelle et que les femmes-monstres se dénudent pour l’attirer entre leurs griffes. Il ne sait pas pourquoi il n’est pas devenu comme eux, mais il est dernier, une « légende ».

Le script de ROMERO était au départ composé de trois parties :

  • la première se déroulait dans une ferme, dont tous les occupants se faisait dévorer
  • la deuxième avec un commando partis à la « chasse » aux zombies
  • la troisième illustrant la fuite d’un homme blessé à la jambe poursuivi par une armée de morts jusqu’à la ferme de la 1ère partie

Finalement, ROMERO n’a conservé que la première partie : celle qui voit donc un groupe d’humains désespérés, cloitrés dans une vieille maison abandonnée, attaqués par une armée de morts sortis de leurs tombes [sûrement à cause de l’effet des radiations d’un satellite tombé sur Terre].

Si ROMERO a beaucoup puisé dans le roman de MATHESON, il y a aussi des différences notables. 

Le héros de R. MATHESON est organisé, prudent et tactique. Son système de survie comporte des règles bien établies, « sortir le jour »,  » se barricader la nuit », « fermer la porte du garage », etc.
A l’opposé, les survivants du film de ROMERO, à l’exception de Ben [qui est le personnage le plus proche du héros de MATHESON], sont brouillons, inconscients et incapables de réfléchir avant d’agir.
C’est d’ailleurs l’un des thèmes du film : les survivants sont à l’image de l’humanité d’aujourd’hui, chacun pensant d’abord à soi, sans penser aux retombées de ses actes [un thème encore plus présent dans « Zombie »]. Si Robert Neuville avait eu des amis avec lui, il aurait pu créer une mini-société comme un Robinson et son Vendredi, alors que les héros de la nuit des morts-vivants qui étaient plusieurs, se sont détruits eux-même. C’est un peu, d’ailleurs, la moralité de « Land of the dead » : la société humaine a survécu mais les mêmes péchés subsistent et la conduise à sa perte.

Autre différence notable : Neuville, dans ses moments de calme, repense aux événements qui l’ont conduit à sa situation. En fait, « Je suis une légende » pourrait se dérouler entre « Zombie » et « Le jour des morts-vivants », en terme de chronologie.
Les envies, les besoins vitaux et le besoin de communiquer et d’aimer sont le talon d’Achille du héros de « Je suis une légende ». Une faiblesse que s’empressent d’exploiter ses opposants : « femmes nues », « sollicitations verbales », etc. dans le but de le capturer. Mais dans « La nuit des morts vivants », la réalité est bien pire : les zombies n’ont qu’a attendre l’erreur fatale. Les survivants se jettent eux-même dans la gueule du loup sans répondre aux sollicitations des opposants.

Bref, même si le message de MATHESON est très pessimiste, celui de ROMERO au cinéma l’est bien davantage, associant à la peur du monstre celle d’une société dont les individus perdent le goût des relations humaines.


COMMANDER Vous l’aurez sans doute compris, je suis un fan de la première heure.

« La nuit des morts vivants » a posé les bases du cinéma d’horreur tendance gore, marquant le genre aussi profondément que « Massacre à la tronçonneuse », à tel point qu’il est impossible depuis de faire un film de zombie sans le comparer à l’original ou à sa suite.

Au delà de l’Horreur, celui-ci est une critique de la société moderne où l’entraide a tendance à disparaitre au profit de l’égoïsme, où agir ensemble est devenu rare parce que chacun agit d’abord pour lui-même.



paul muad’dib 

 
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Publié par le juillet 17, 2017 dans CINEMA

 

L’autodissolution du parti communiste italien

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Le Parti Communiste Italien, né en 1921, a été dissous par son 20è congrès en janvier 1991. Cette auto-dissolution est l’issue d’un long processus, dont tous les protagonistes n’avaient sans doute pas projeté ni le déroulement, ni la fin. Ainsi, le secrétaire général du PCI, Enrico Berlinguer, qui avait, au lendemain du coup d’Etat de Pinochet au Chili en 73, estimé qu’il n’était pas possible de diriger un pays avec un gouvernement minoritaire ou disposant d’une trop faible majorité, avait-il proposé en 74 pour l’Italie ce qu’il avait appelé un « compromis historique » entre les forces communiste, socialiste, et chrétienne. Cette proposition, loin de faire l’unanimité dans le PCI, avait cependant eu un grand écho dans le pays et, dans l’immédiat, le PCI avait obtenu le meilleur score électoral de son histoire passée et future aux élections de 1976, avec 34,4% des voix. La démocratie chrétienne, qui était également, sous l’impulsion d’Aldo Moro, à la recherche d’un nouveau dispositif politique du pays, s’était ralliée à l’idée de convergence démocratique. Et, peu à peu, le PCI s’était approché d’une participation gouvernementale, ce qui n’avait pas eu lieu depuis 1947. C’est alors qu’Aldo Moro était enlevé puis assassiné en 1978 par les « Brigades rouges ». Bientôt, le PCI, accusé simultanément d’être complice des terroristes et co-responsable de la politique gouvernementale, avait mis fin en 1979 à sa participation à la majorité et tentait une stratégie qui faisait plus de place au mouvement social, alors que le « compromis historique », du moins dans sa mise en œuvre politique sous forme de « solidarité nationale », donnait la prééminence aux rapports entre formations. La mort brutale de Berlinguer, en 1984, contribuait à fragiliser le PCI, son successeur Alessandro Natta n’ayant pas le poids charismatique de Berlinguer.

Offensive patronale
La fin des années 70 et le début des années 80 voient en Italie, dans le contexte d’une forte offensive conservatrice mondiale, le patronat marquer des points sur des questions importantes comme le démantèlement de l’échelle mobile des salaires (accepté par référendum en 1985), le développement de la flexibilité, la concentration des entreprises, en même temps que la valorisation idéologique de l’entreprise, Fiat devenant une sorte d’emblème national, symbole d’un consensus idéologique fondé sur le profit, symbole de stabilité et de sécurité dans un monde de précarité. La politique de la grande entreprise commence ainsi à structurer un consensus majoritaire sur l’impossibilité de réponses indolores à la crise et l’acceptation des mesures d’austérité ; les solutions de la classe dirigeante sont perçues comme salutaires ou inévitables. Cette offensive bénéficie d’un affaiblissement du syndicalisme de classe, résultant des règles de l’unité syndicale qui conduit la CGIL à accepter que ses initiatives soient conditionnées par les autres syndicats.

Questions pour un consensus
Lors du 17è congrès du PCI en 1986, marqué par une forte présence des cadres du parti, Natta prend des distances philosophiques avec le marxisme (le concept de lutte des classes « est un concept que nous utilisons tous de moins en moins », dit-il tout en montrant combien il reste opératoire). Le congrès rejette les amendements qui proposent comme perspective le dépassement ou la sortie du capitalisme ; le PCI se proclame « partie intégrante de la gauche européenne » et « refuse d’anticiper sur les évolutions historiques », déclarant cependant qu’il « n’est pas actuel de penser à une adhésion à l’Internationale socialiste ». Mais des délégués relèvent aussi l’affaiblissement des valeurs de solidarité et d’égalité dans la société italienne, les réactions racistes contre les gitans et les travailleurs immigrés, le recul des valeurs d’égalité entre les sexes. Le PCI ne se présente plus comme parti révolutionnaire porteur d’objectifs transformateurs, mais comme « parti réformateur moderne », comme l’annonce la banderole de la tribune.

Le secrétaire général de la CGIL, principale confédération syndicale,  déclare que s’il vivait en RFA, il serait au SPD. Le Comité central du PCI refuse un amendement de Luciana Castellina qui affirme que « le reaganisme exprime une réponse de longue durée à la crise de l’ordre capitaliste des années 70 ». Giorgio Napolitano, l’actuel Président de la République, alors responsable du secteur « politique étrangère » du PCI, confirme dans une interview du 8 mai 86 au magazine « Panorama » que « l’URSS est à la tête d‘un des 2 blocs politico-militaires », ce qui n’est guère discutable, mais ajoute : « et nous sommes avec l’autre ».
Enrico Berlinguer, secrétaire général du PCI de 1972 à 1984
Enrico Berlinguer, secrétaire général du PCI de 1972 à 1984
Affaiblissement du PCI et de l’identité communiste
En 1987, ont lieu des élections législatives anticipées (pour la 5è fois depuis 1968). L’Italie traverse une crise politique mais le président de l’organisation du grand patronat italien (Confindustria) écrit dans « le Figaro » du 15 juillet 87 que « l’Italie est championne, au moins potentiellement, du capitalisme ». Le résultat des élections, avec 26,6% des voix pour le PCI, est, selon le mot de Natta, « une défaite ». A part les élections européennes de 84, toutes les élections depuis 1976 ont été marquées par le tassement de ses voix, surtout dans les secteurs ouvriers et populaires, dans les villes industrielles, dans les zones «« rouges » de Rome. L’insatisfaction des électeurs reporte leurs voix sur certaines formations « radicales » (Démocratie prolétarienne), sur les Verts, mais aussi sur les socialistes et les démocrates chrétiens. Un dirigeant du PCI, Lucio Magri, parle d’ « affaiblissement de l’identité communiste » et Alessandro Natta se demande si l’idée qu’il fallait rassembler ne l’a pas emporté sur le contenu du rassemblement. La majorité gouvernementale de centre droit, forte de 57% des suffrages, est renforcée, le Parti socialiste italien améliore ses résultats : avec 14,3% des suffrages, il retrouve son niveau des années 50. Le président de la Confindustria., toujours dans la même interview au « Figaro » du 15 juillet 87, annonce qu’« il importe que le nouveau gouvernement adopte des règles précises pour l’action économique, la libéralisation des capitaux, la modernisation de l’appareil administratif public… nous avons de bonnes chances d’aboutir ».

Les années 88-89 sont marquées par la volonté d’accentuer et accélérer la restructuration de l’économie et de la société italiennes. Les gouvernements « pentapartites » (socialistes, sociaux-démocrates, libéraux, républicains, démocrates chrétiens), font en sorte d’élargir les espaces politiques et économiques ouverts au capital privé, dans l’enseignement supérieur (au nom de l’autonomie des universités), la recherche, la culture. Le ministre du Trésor, Guido Carli, ancien président de la Banque d’Italie, ancien président de la Confindustria, déclare dans « la Repubblica » du 29 juillet 89, que, pour résorber le déficit de l’Etat, il faut commencer à « céder le patrimoine de l’Etat » : téléphone, banques, assurances, électricité.

Signes prémonitoires et préliminaires
Le PCI opère activement pour un rapprochement avec les partis sociaux-démocrates européens. Giorgio Napolitano, dans « l’Espresso » déclare en décembre 88 que, s’il n’est pas possible que le PCI « s’intègre actuellement dans le groupe socialiste à l’Assemblée européenne, car seuls en font partie des formations appartenant à l’Internationale socialiste ; les choses pourraient être examinées autrement si les conditions devenaient moins contraignantes ».

En 1989, Natta ayant démissionné de ses fonctions de secrétaire général du PCI pour raisons de santé, son successeur, Achille Occhetto, exalte lors du 18è congrès la valeur historique et future du nom de parti communiste « et alors, on ne comprend pas pourquoi nous devrions changer de nom ». Mais il annonce aussi que « si un parti, face à des transformations de vaste portée et face à des faits qui changent l’ensemble du panorama politique global, décidait, de façon autonome et non à cause de circonstances extérieures, de donner vie, avec d’autres, à une nouvelle formation politique, alors oui, il s’agirait d’une chose sérieuse, qui n’offenserait ni la raison ni l’honneur d’une organisation politique ».

Dès le lendemain de la chute du mur de Berlin (9-10 nov. 1989), il commence à parler, hors des instances du parti, d’une initiative importante, justifiée par des raisons italiennes et internationales, non pour changer le nom du parti, mais pour « donner vie à une nouvelle formation politique ». Il soumet cette proposition le 13 novembre 1989 au secrétariat du Comité central, le 14 à la Direction du parti, où elle suscite de fortes oppositions. Le 20 novembre, le Comité central adopte cette proposition qui doit être soumise à un congrès extraordinaire qui ouvrira une phase constituante, pour une organisation dont on ne définira le nom que plus tard et qui, en attendant, s’appelle « la cosa » (la chose) ; on annonce d’emblée qu’elle demandera son adhésion à l’Internationale socialiste, avec pour mission de jouer un rôle d’impulsion pour sortir la gauche européenne de sa crise. La phase constituante doit déboucher sur un congrès. Cette proposition s’adresse aux forces progressistes et de gauche, non  aux partis politiques, mais Occhetto parle des verts, des radicaux, de la gauche souterraine, des socialistes et des démocrates chrétiens de gauche. Effectivement, la préparation de ce congrès a donné lieu à des rencontres, clubs et même à un référendum parmi les lecteurs de l’hebdomadaire « l’Espresso ». Le 19è congrès (mars 1990) se trouve placé devant 3 motions, inamendables, ce que certains délégués ont contesté, et le congrès ne peut qu’enregistrer les votes des sections. Un peu moins de 30% des membres du parti ont participé aux débats préparatoires, ce qui est plus que d’ordinaire, mais peu compte tenu de enjeux de ce congrès. La motion Occhetto l’emporte avec environ 70% des mandats et le PCI s’engage dans la constitution de « la chose ».

Le congrès de l’auto-dissolution
Occhetto, considérant que l’effondrement des systèmes politiques de l’est européen ouvre une nouvelle période historique, estime qu’il faut se débarrasser d’idéologies dépassées, surmonter les divisions historiques du mouvement ouvrier et trouver une réponse à la crise d’identité du PCI, à ses échecs politiques, à ses défaites électorales, à son vieillissement, au relâchement de ses contacts avec le monde du travail. Le 20è congrès (Rimini, 31 janv.-3 fév. 1991) a vu la convergence des « colonels » (c’est ainsi qu’on appelait ses proches) d’Occhetto avec ceux qui se définissent comme relevant d’une « aire réformiste », « à la recherche d’objectifs de liberté et de justice qu’il est concrètement possible de poursuivre ». Ils refusent une stratégie de rupture avec le capitalisme. L’objectif est, pour eux, que le nouveau parti soit capable d’exprimer « une culture et une capacité de gouvernement », de tenir compte des contraintes budgétaires, d’avoir une vision « non étatiste des rapports entre public et privé dans l’économie ».

Parmi les opposants à cette orientation, Nichi Vendola se dit dérouté par le « vide d’analyse et de jugement sur une phase longue, une décennie intense, durant laquelle s’est consommée la défaite historique de la gauche mondiale ». Ces opposants jugent que « suppprimer l’identité des communistes est une erreur gravement dommageable pour toute la gauche […] L’erreur n’a pas été d’être trop communistes. Elle a été au contraire de ne pas avoir développé une critique rénovée des nouvelles formes d’exploitation et de domination ». Pour eux, le tournant engagé avec le  congrès précédent pèche pour 3 raisons :
« a/ l’absence d’une analyse de classe, moderne, de la société
b/ un déplacement de l’axe culturel vers des positions subalternes par rapport  à des idéologies modérées
c/ une idée de la politique de sommet, qui privilégie le recours aux medias et les fonctions de leader ».

D’autre part, ce 20è congrès congrès ayant lieu au moment de la guerre du Golfe, Giorgio Napolitano s’oppose à la demande de retrait des forces italiennes dans le Golfe, objectant que ce ne serait qu’un geste de propagande. Mais beaucoup estiment démentie l’analyse d’Occhetto qui ne voyait dans l’effondrement des systèmes politiques d’Europe de l’est que des possibilités de développement démocratique et la fin de la guerre froide et de la politique des blocs.

Ce congrès est intervenu dans un climat de démobilisation des adhérents : plus de 100 000 adhérents n’ont pas repris leur carte. Mais cette phase constituante a associé de nombreux interlocuteurs extérieurs qui, n’appartenant pas au PCI, décident d’adhérer à la nouvelle formation  (57 000 adhésions).

Le congrès adopte la motion Occhetto par 807 voix, 75 contre, 49 abstentions, 328 délégués étaient sortis de la salle pour manifester leur volonté de faire sécession. Occhetto est difficilement élu secrétaire général. Le Parti démocratique de la gauche était né. Plusieurs opposants continuèrent d’en faire partie, espérant pouvoir y rassembler de nombreux hésitants susceptibles d’être convaincus de la possibilité d’une force communiste dans ce parti.

On conçoit le désarroi des militants et des sympathisants du PCI devant cette disparition du PCI. Le 10 février 1991, quelques milliers de militants se rassemblent à Rome et fondent le Mouvement pour la refondation  communiste, qui deviendra par la suite le Parti de la Refondation communiste.

Les conséquences ne se font pas fait attendre : c’est un recul idéologique et politique global pour le monde du travail. En septembre 1992, la Confindustria fait presque explicitement savoir qu’elle ne se sent plus liée  aux forces qui ont jusqu’alors gouverné l’Italie et qui, effectivement, ont disparu des résultats électoraux (le Parti socialiste, la Démocratie chrétienne, le Parti libéral, le Parti social-démocrate). Achille Occhetto déclare que la gauche rénovée pourra donner « à la crise italienne une réponse que les vieilles classes dirigeantes ne sont plus en mesure d’élaborer ». La CGIL précise un élément de cette réponse, lors de son congrès fin  octobre 1992 :  il en sort un  syndicat défini comme « post-ouvrier », qui en a fini avec « le mythe du rôle central de la classe ouvrière ». Le syndicat doit défendre les travailleurs, les usagers, l’entreprises, les compatibilités. Si l’on ne tient pas compte des compatibilités entre ce qu’on demande  et ce qui est possible, « on aura l’air de Martiens », affirme le secrétaire général : le syndicat doit donc fixer ses propres limites, il ne sert à rien de refuser par principe les mises à la retraite anticipée, la flexibilité, le chômage économique. On voit se dessiner la possibilité d’un nouveau pacte social où les syndicats auraient pour rôle de contenir les éventuels excès des salariés et des entreprises. Au plan politique, l’arrivée de Berlusconi, à 2 reprises président du conseil, marque une régression démocratique importante.

*

Voilà donc comment un grand parti, nombreux, influent, fort d’une longue histoire de luttes (antifascisme, Résistance, « reconstruction » économique et politique après 20 ans de fascisme et 5 ans d’une guerre qui a comporté un changement d’alliance et qui a eu de fortes composantes d’une guerre civile) a disparu après une dizaine d’années de reculs politiques et de reculades idéologiques sur fond de régression sociale. Certains de ses membres ont pu espérer, soit qu’une « tendance communiste » pourrait peser sur l’activité du nouveau parti, soit que le patrimoine du PCI pourrait fructifier dans ce nouveau parti. Il n’en est rien, le nouveau parti est maintenant en train de se joindre à des formations social-démocrates, des formations de centre gauche, voire de centre droit, pour constituer un « parti démocratique » (ou « parti démocrate », à l’américaine : c’est le même mot en italien), avec comme objectif, non pas de changer la société, de briser la domination du capital, mais d’être une force d’alternance contre la droite berlusconienne. Ses actuels dirigeants font savoir leur exaspération quand reparaît le mot d’ordre d’Enrico Berlinguer : être à la fois parti de lutte et de gouvernement.

Si vous ne voulez pas que le parti communiste français connaisse le même  sort, avec les mêmes conséquences désastreuses pour la société et les travailleurs français, il y a urgence à réagir.

Pierre Laroche, PCF Paris 5

 
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Publié par le juillet 17, 2017 dans Congrès du parti 2018, Europe, HISTOIRE

 

[16-07] La rafle du Vel d’Hiv : le crime administratif

En ce jour anniversaire, voici quelques rappels sur le crime administratif qu’a représenté la Rafle du Vel d’Hiv.

Vous pourrez aussi lire ce billet comprenant des témoignages de victimes.oui la rafle du Vel d’hiv est un crime français et un chef de gouvernement étranger  ne devrait pas y être invité, ce qui est dénier la nationalité française aux juifs français.Et plus encore quand  la politique de ce dirigeant est décriée parce qu’il ne respecte pas les directives de l’ONU,  et parce qu’il est universellement considéré comme  un voyou infréquentable. Il devrait être clair que l’extermination des juifs ne doit pas être mêlée à la politique de ce dirigeant, clair pour tous y compris ceux qui soutiennent l’Etat d’Israël. Monsieur Macron une fois de plus montre à quel point il est le simple agent des forces capitalistes et fait fi des peuples, de leur histoire comme de leurs vie.Cet homme est le mépris politicien incarné. Cet article emprunté au site les Crises témoigne du caractère bureaucratique et du rôle de l’administration française. Cette affaire devrait être considérée également en fonction de ceux qui à l’époque résistèrent aux occupants et au gouvernement de Vichy, les communistes en particulier. L’appel à un dirigeant étranger a permis une fois de plus d’occulter cette réalité historique et de lui substituer des racolages communautaristes des racolages destinées uniquement à diviser la société française sur des bases qui conviennent au Capital (note de Danielle Bleirtrach

I. La rafle du Vel d’Hiv

La rafle du Vélodrome d’Hiver, souvent appelée « rafle du Vél’d’Hiv » est la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Effectuées à la demande du Troisième Reich — qui, dans le cadre de sa politique d’extermination des populations juives d’Europe, organise, en juillet 1942, une rafle à grande échelle de Juifs dans plusieurs pays européens, l’« opération Vent printanier » —, ces arrestations ont été menées par 7 000 policiers et gendarmes français, assistés de 300 militants du Parti populaire français de Jacques Doriot, sur ordre du gouvernement de Vichy, après des négociations avec l’occupant menées par René Bousquet, secrétaire général de la Police nationale.

À la suite de ces négociations, initiées par Pierre Laval, les Juifs de nationalité française ont été exclus de cette rafle qui concerna donc essentiellement les Juifs, étrangers ou apatrides, réfugiés en France, y compris plus de quatre mille enfants souvent français nés de parents étrangers.

Pour cette rafle, plus de 9 000 fonctionnaires français ont été mobilisés. 27 000 fiches de Juifs ont été extraites d’un fichier de la préfecture de police (le fichier “Tulard” ; depuis une ordonnance allemande du 27 septembre 1940 tous les Juifs français et étrangers en zone occupée devaient se faire enregistrer dans les commissariats de police à Paris et les sous-préfectures en province entre le 3 et le 20 octobre 1940 et sur cette base fut constitué un volumineux fichier juif). Elles ont ensuite été distribuées aux équipes policières chargées des arrestations.

Les Allemands, qui espéraient donc arrêter plus de 27 000 Juifs, n’en auront finalement « que » 13 152 : 3 118 hommes, 5 919 femmes, et 4 115 enfants, arrêtés les 16 et 17 juillet 1942 à Paris et en banlieue. En effet, certains policiers ont averti des familles la veille de la rafle.

Les adultes sans enfants sont rapidement envoyés vers Drancy. Les familles sont parquées pendant 3 à 5 jours dans des conditions d’hygiène dramatiques (manque d’eau, de nourriture, de sanitaires, de matelas, bruits continuels) avant d’être déportées vers les camps de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande.

Leurs noms figurent dans les 38 convois à destination d’Auschwitz qui quittent la France entre le 17 juillet et le 11 novembre 1942.

Page Wikipedia de la Rafle

« La hiérarchie collaborait, mais la base tiquait » [Rapport du commissaire Gicquel]

II. Bilan des déportations durant la guerre

Au total, durant la guerre, 76 000 Juifs sur 330 000 ont été déportés de France. Parmi ces personnes, 11 500 enfants dont un peu moins de cent reviendront des camps. Environ 8 000 d’entre eux sont étrangers ou nés de parents étrangers. 6 000 enfants, soit plus de la moitié, ont été arrêtés par des policiers ou des gendarmes français avant d’être livrés aux nazis. Ainsi, 75% des Juifs de France ont survécu aux persécutions ; en comparaison, c’est le cas de 60% des Juifs de Belgique et de moins de 25% des Juifs de Hollande.

35 à 38 % des 135 000 Juifs étrangers (y compris les enfants nés de parents étrangers) ne sont pas revenus des camps contre 8 % des 195 000 Juifs français.

La très grande majorité des victimes françaises ont été déportées après l’été 1943, date de l’arrivée à Paris d’Aloïs Brunner, un adjoint d’Adolf Eichmann très engagé dans la mise en œuvre de la Solution finale qui ne va avoir de cesse de brusquer les autorités et d’intensifier la déportation des Juifs de France, de tous les Juifs.

III. Polémique sur les chiffres

Ces chiffres font l’objet de polémiques quant au traitement par Vichy des Juifs français, en particulier entre les historiens Robert Paxton et Alain Michel, ce dernier (fiche wikipedia) ayant déclaré :

“Depuis le début des années 1980, il est très difficile d’exprimer des idées sur le plan historique qui vont à contre-sens de la pensée de Paxton. Certains chercheurs ont arrêté de travailler sur le sujet, car le poids de cette doxa les empêchait de travailler librement. C’est un problème sur le plan de la recherche historique. On peut être en désaccord sur ce que j’écris dans mon livre – considérer que la vérité est plus du côté de Paxton ou Klarsfeld – mais le débat historique doit être libre. Il ne l’est pas aujourd’hui en France. […]

Je déteste les dirigeants de Vichy et n’ait aucune sympathie pour ces gens-là, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge. Nous devons déterminer le cours des événements et ce qu’a été la vérité historique. […]

contrairement à ce qu’affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l’on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des “Justes parmi les nations”, mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l’application de la solution finale en France. […] Cette politique – approuvée par Pétain – a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu’un qui avait un vrai fond d’antisémitisme, qui n’existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. […]

Le statut des juifs était antisémite, mais n’avait aucune volonté d’extermination. Il y avait en revanche une forte xénophobie vis-à-vis des juifs étrangers, et en répondant aux demandes allemandes pour livrer ces gens-là, Vichy s’est rendu complice de leur extermination. […]

Le gouvernement de Vichy avait bien sûr beaucoup de torts, était antisémite, mais je pense qu’il faut rééquilibrer la question et cesser de faire un récit en noir et blanc, qui diabolise Vichy et innocente les Français. […]

Je pense que ce qui caractérise cette période, c’est avant tout l’indifférence totale des Français. Les gens n’avaient rien à faire du sort des juifs, cela ne les dérangeait pas trop, parce qu’il existait une ambiance antisémite en France et en Europe depuis les années 1930 environ.” (Source)

Lire aussi cet article de synthèse d’Herodote.

P.S. les historiens en débattant encore, on n’ouvrira pas ce débat en commentaires svp…

III. La préparation de la rafle

Instruction des Allemands du 4 juillet 1942 :

Voici la circulaire n°173-42 du 13 juillet 1942 préparant la rafle :

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(à télécharger ici en version “non négatif” – désolé pour le bug)

Les Autorités Occupantes ont décidé l’arrestation et le rassemblement d’un certain nombres de Juifs étrangers. 

I – PRINCIPES

1 – A qui s’applique cette mesure ?

a ) Catégories : 

La mesure dont il s’agit, ne concerne que les Juifs des nationalités suivantes :

  • Allemands
  • Autrichiens
  • Polonais
  • Tchécoslovaques
  • Russes ( réfugiés ou soviétiques, c’est à dire “blancs” ou “rouges”)
  • Apatrides, c’est-à-dire de nationalité indéterminée.

b) Age et sexe : 

Elle concerne tous les Juifs des nationalités ci-dessus, quel que soit leur sexe, pourvu qu’ils soient âgés de 16 à 60 ans ( les femmes de 16 à 55 ans).

Les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents.

Dérogations :

Ne tombent pas sous le coup de la mesure :

  • les femmes enceintes dont l’accouchement serait proche
  • les femmes nourrissant au sein leur bébé
  • les femmes ayant un enfant de moins de 2 ans, c’est-à-dire né après le 1er Juillet 1940
  • les femmes de prisonniers de guerre
  • les veuves ou veufs ayant été mariés à un non-juif
  • les juifs ou juives mariés à des non juifs, et faisant la preuve, d’une part de leurs liens légitimes, et d’autre part, de la qualité de non-juif de leur conjoint.
  • les juifs et juives porteurs de la carte de légitimation de l’Union Générale des Israélites de France, carte qui est de couleur bulle ou jaune clair.
  • les juifs ou juives dont l’époux légitime est d’une nationalité non visée au paragraphe a)
  • les parents dont l’un au moins des enfants n’est pas juif.

Dans le cas où un membre de la famille bénéficie de la dérogation, les enfants ne sont pas emmenés, à moins qu’ils ne soient juifs et âgés de 16 ans et plus 

Exécution :

Chaque israélite (homme et femme) à arrêter fait l’objet d’une fiche. Ces fiches sont classées par arrondissement et par ordre alphabétique. 

Vous constituerez des équipes d’arrestation. Chaque équipe sera composée d’un gardien en tenue et d’un gardien en civil ou d’un inspecteur des Renseignements Généraux ou de la Police Judiciaire. 

Chaque équipe devra recevoir plusieurs fiches. A cet effet, l’ensemble des fiches d’un arrondissements ou d’une circonscription sera remis par ma Direction ce jour à 21 heures. 

Les équipes chargées des arrestations devront procéder avec le plus de rapidité possible, sans paroles inutiles et sans commentaires. En outre, au moment de l’arrestation, le bien-fondé ou le mal-fondé de celle-ci n’a pas à être discuté. C’est vous qui serez responsables des arrestations et examinerez les cas litigieux qui devront être signalés. 

Vous instituerez, dans chacun de vos arrondissements ou circonscription, un ou plusieurs centres primaires de rassemblement, que ferez garder. C’est dans ce ou ces centres que seront examinés par vous les cas douteux. Si vous ne pouvez trancher la question, les intéressés subiront momentanément le sort des autres. 

Des autobus dont le nombre est indiqué plus lion, seront mis à votre disposition. 

Lorsque vous aurez un contingent suffisant pour remplir un autobus, vous dirigerez :

  1. sur le Camp de Drancy les individus ou familles n’ayant pas d’enfant de moins
  2. sur le Vélodrome d’Hiver : les autres. 

En ce qui concerne le camp de Drancy, le contingent prévu doit être de 6 000. En conséquence, chaque fois que vous ferez un départ pour Drancy, vous ferez connaître le nombre de personnes transportées dans ce camp à l’État-Major qui vous préviendra lorsque le maximum sera atteint. Vous dirigerez alors les autobus sur le Vélodrome d’Hiver. 

Vous affecterez à chaque autobus une escorte suffisante. Les glaces de la voiture devront demeurer fermées et la plate-forme sera réservée au bagages. Vous rappellerez aux équipes spéciales d’arrestation, en leur donnant lecture, les instructions contenues dans les consignes que vous remettrez à chacune d’elle avant de procéder aux opérations.             

Vous leur indiquerez également, d’une façon nette, les renseignements qu’ils devront, après chaque arrestation, porter au verso de la fiche afférente à la personne arrêtée. 

Vous ne transmettrez que le 18 au matin :

  1. Les fiches des personnes dont l’arrestation aura été opérée
  2. Les fiches des personnes disparues.
  3. Les fiches des personnes ayant changé d’adresse, et dont la nouvelle résidence est connue à moins que cette dernière ne se trouve dans votre arrondissement.

Enfin, vous conserverez pour être exécutées ultérieurement les fiches des personnes momentanément absentes lors de la première tentative d’arrestation.

Pour que ma Direction soit informée de la marche des opérations, vous tiendrez au fur et à mesure, à votre Bureau, une comptabilité conforme au classement ci-dessus.

Des appels généraux vous seront fréquemment adressés pour la communication de ces renseignements.

Parmi les personnes arrêtées, vous distinguerez le nombre de celles conduites à Drancy de celles conduites au Vélodrome d’Hiver.

Pour faciliter le contrôle, vous ferez porter au dos de la fiche, par un de vos secrétaires, la mention « Drancy  ou  Vélodrome d’Hiver », selon le cas.

II. Effectifs et matériel

A. Dispositions générales

Les permissions seront suspendues du 15 courant à 18 heures au 17 courant à 23 heures et tous les cours supprimés jusqu’à la reprise des permissions.

Le service de garde des Établissements allemands ne sera pas assuré, sauf celui des parcs de stationnement et des garages installés dans les passages souterrains, du 15 courant à 21 heures 30 au 17 courant à 21 heures 30, sauf quelques rares exceptions dont vous serez seuls juges.

En conséquence, les renforts fournis habituellement pour ce service spécial ne vous seront pas envoyés.

De cette situation, il résulte que chaque arrondissement peut sans difficulté affecter à la constitution des « équipes spéciales » 10 gardiens par brigade de roulement et la brigade D au complet, sans que le service normal de l’arrondissement en soit affecté, assuré qu’il sera par le reste de la brigade de roulement (dont l’effectif, du fait de la suppression des permissions, correspond au moins à son effectif habituel).

Les gardiens désignés pour constituer les équipes spéciales seront exemptés de leur service normal d’arrondissement à partir du 15 courant à 16 h. ils assureront à nouveau leur service habituel à partir du 17 courant à 23 heures.

Ceux qui prendront la surveillance des établissements allemands le 17 courant à 21 h.30 devront être libérés de tout service dans l’après-midi du même jour.

B. Équipes spéciales d’arrestation

I. Renforts les 16 et 17 juillet

Les services détachant les effectifs ci-dessous indiqués devront prévoir l’encadrement normal, les chiffres donnés n’indiquant que le nombre des gardiens. Les gradés n’interviendront pas dans les arrestations, mais seront employés selon vos instructions au contrôle et à la surveillance nécessaire.

2 – Horaire de travail des équipes spéciales. 

Les inspecteurs et gardiens constituant les équipes spéciales d’arrestation prendront leur service au Central d’Arrondissement désigné, le 16 courant à 4 heures du matin. Ils effectueront leur service : 

1°- le 16 : de 4 heures à 9 heures 30, et de 12 heures à 15 heures 30

2°- le 17 : de 4 heures à 13 heures. 

C – Garde des centres primaires de rassemblement et accompagnement des autobus 

1 – Renforts des 16 et 17 Juillet :

Pour leur permettre d’assurer la garde de leurs centres primaires de rassemblement et l’accompagnement des détenus dans les autobus, les arrondissements les plus chargés recevront, en outre, les 16 et 17 Juillet les renforts suivants :

2 – Horaire : 

Les renforts destinés à la garde des centres primaires de rassemblement et à l’accompagnement des autobus prendront leur service au Central d’Arrondissement désigne le 16 courant à 5 heures du matin. 

Ils assureront leur service les 16 et 17 Juillet : 

Équipe n° 1 de 5 heures à 12 heures

Équipe n° 2 de 12 heures à fin de service
En ce qui concerne les effectifs de la Garde de Paris, la relève aura lieu au gré du commandement.

D – Circonscriptions de Banlieue.

Toutes les circonscriptions de banlieue, sauf celles des Lilas, de Montreuil, Saint-Ouen et Vincennes, constitueront leurs équipes spéciales d’arrestation, assureront la garde de leurs centres primaires de rassemblement et d’accompagnement, à l’aide de leurs propres effectifs.
En ce qui concerne le matériel, celui-ci vous sera envoyé après communications des chiffres aux appels généraux, de manière à organiser des itinéraires de transférement.
Suivant l’horaire et les dates fixées pour Paris, chapitre B, paragraphe 2, les renforts suivants seront fournis :
  • SAINT-OUEN : 20 gardiens en tenue et 12 gardiens en civil fournis par le 2ème Division sur ses effectifs de banlieue.
  • LES LILAS : 20 gendarmes et 14 gardiens en civil de l’Ecole Pratique
  • MONTREUIL : 25 gendarmes et 18 gardiens en civil de l’Ecole Pratique
  • VINCENNES : 15 gendarmes et 9 gardiens en civil de l’Ecole Pratique.
Dans les Circonscriptions des Lilas, Montreuil et Vincennes, les Commissaires commenceront les opération dès 4 heures du matin avec leurs propres effectifs et les gendarmes, et recevront les gardiens en civil de l’École Pratique par le premier métro : c’est à dire aux environs de 6 heures 15.

E – Matériel :

La Compagnie du Métropolitain, réseau de surface, enverra directement les 16 et 17 Juillet à 5 heures aux Centraux d’Arrondissement où ils resteront à votre disposition jusqu’à fin de service :

A la préfecture de Police (Caserne de la Cité) : 6 autobus.

Lorsque vous n’aurez plus besoin des autobus, vous en aviserez d’urgence l’État Major P.M.; et, de toute façon vous ne les renverrez qu’avec son accord. 

 En outre la Direction des Services Techniques tiendra à la disposition de l’État-Major de ma Direction, au garage, à partir du 16 juillet à 8 heures : 10 grands cars. 

Les Arrondissements conserveront jusqu’à nouvel ordre les voiturettes mises à leur disposition pour le service spécial du 14 juillet, contrairement aux instructions de ma Circulaire n° 170-42 du 13 juillet.

De plus, de 6 heures à 18 heures, les 16 et 17 juillet, un motocycliste sera mis, à la disposition de chacun des : 9ème, 10ème, 1-ème, 18ème, 19ème et 20ème Arrdts. 

F – Garde du Vélodrome d’Hiver 

La garde du Vélodrome d’Hiver sera assurée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur par la Gendarmerie d . la Région Parisienne et sous sa responsabilité.

G – Tableau récapitulatif des fiches d’arrestations :

Le Directeur de la Police Municipale 

              HENNEQUIN

(Source de la transcription : Maitre Eolas)

IV. Les archives policières

En 2012, une exposition exceptionnelle a été organisée avec des documents d’archives de la police présentes pour la première fois au public :

La plupart des pièces présentées ici sont exceptionnelles par leur rareté. En fait, elles ne devraient plus exister. Au tournant de l’année 1947, le ministre de l’Intérieur ordonnait aux préfectures de détruire les archives marquant une discrimination à l’égard des Juifs constituées sous Vichy et l’occupation, exception faite de celles permettant d’établir des droits en faveur des familles de déportés ou de servir la justice. C’est ainsi que dans le ressort de la préfecture de police de Paris, la plupart des archives de la persécution furent pilonnées. Plus rien ne devait rester dans les commissariats de quartier, y compris, précisait une circulaire, « les registres de recensement des israélites »…

Pour une raison que l’on ignore, les « archives raciales » du commissariat de police des quartiers des Enfants-Rouges et des Arts-et-Métiers, situé rue de Bretagne (Paris-3e), ont, en partie, échappé à la destruction – à commencer par le fameux « registre de recensement ».

Certains documents sont plus particulièrement accablants. Ainsi, cette copie d’une lettre du commissaire de police des Enfants-Rouges et des Arts-et-Métiers adressée, le 6 mars 1941, au service administratif des Affaires juives (dit le « service spécial », basé à la Caserne de la Cité) : le policier fait savoir qu’il se démène pour débusquer les entreprises juives en appartement, qui abondent dans sa circonscription, mais ce travail,
dont il s’est chargé en personne « par goût de la nouveauté », lui pose bien des difficultés…

En voici quelques-uns :

Et l’affreux :

Voici le document relatant l’exposition, qui en contient d’autres :

https://www.youscribe.com/BookReader/IframeEmbed?productId=2849434&token=&width=590&height=924&startPage=1&displayMode=scroll&fullscreen=0

(Source)

Bien sûr, le Vel d’Hiv ne fut qu’un début. Voici une circulaire d’octobre 1942 organisant l’arrestation de Juifs dans les Deux-Sèvres (Source) :

Nous terminons en vous recommandant ce document : “Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi” (Source)

https://www.youscribe.com/BookReader/IframeEmbed?productId=2849427&token=&width=590&height=900&startPage=1&displayMode=scroll&fullscreen=0

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La rafle du Vel d’Hiv :

“Le Vel d’Hiv est évacué. Il restait 50 Juifs malades et des objets perdus, le tout a été transféré à Drancy.” [Note de police du 22 juillet 1942]

Nous vous recommandons ce billet comprenant des témoignages de victimes.

 
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Publié par le juillet 17, 2017 dans extrême-droite, HISTOIRE