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Archives de Catégorie: Asie

La Chine et quelques autres peuvent paralyser l’électricité aux États-Unis, la NSA l’admet pour la première fois

Ces gens sont des grands paranoïaques qui attribuent aux autres leurs propres méfaits, peut-on penser en première lecture..Et comme dans toutes les visions de complot, ils utilisent un complot imaginaire pour en construire un qui désigne leurs victimes: la Chine et d’autres pays émergents. Mais ces alarmes incitant les Etats-Unis à attaquer la première des puissances – dont la Chine considérées comme menaçantes – correspondent à d’autres interventions présentées dans ce blog. Celles de hauts fonctionnaires, soutenus par des bellicistes républicains et surtout par le complexe industrialo-militaire privé tout à fait dominant aux Etats-Unis. Voir sur ce point la loi qui est exigée et la manière dont elle repose sur une collusion manifeste entre faucons et capitaux privés pour obtenir la guerre. Bref tout cela est très inquiétant de la part des USA.  (note de Danielle Bleitrach

Publié RT: 20 novembre 2014 18:52
Édité fois : 21 novembre 2014 06:32

 l’amiral de l’US Marine  Michael S. Rogers (Navy/document Reuters/U.S.)

Le chef de l’Agence de sécurité nationale a averti le Congrès jeudi que la Chine et « une ou deux » autres nations actuellement possèdent la capacité de paralyser le réseau de la puissance américaine par le biais de cyberattaques.

S’exprimant devant la Commission du renseignement du Congrès jeudi matin, ADM, Michael Rogers,  haut fonctionnaire à la NSA et à  l’United States Cyber Command — a déclaré que les systèmes principaux, comme l’infrastructure qui fournit l’alimentation électrique dans les  maisons et les installations dans tout le pays, pourraient être mis hors ligne par des pirates parrainés par des Etats étrangers.

Certaines nations font régulièrement effectuer des « reconnaissances « , a mis en garde Rogers, ceci pour être bien placé au sein des systèmes dans le cas où un gouvernement étranger ordonnerait de mettre hors ligne les réseaux des installations chimiques, traitement des eaux et autres composants de l’infrastructure sensible .

« Tout cela m’amène à croire ce n’est qu’une question de temps, nous allons vivre quelque chose de dramatique, » a déclaré le chef de la NSA.

Des figures de proue au sein de la communauté du renseignement américain et le Congrès ont depuis longtemps averti des conséquences potentiellement catastrophiques si ces réseaux devaient parvenir à être pénétrés et pulvérisés par des acteurs étrangers dans un but malveillant, mais les remarques de Rogers cette semaine sont parmi les plus terribles,  prononcées non seulement par une  personne bien placée au sein de l’administration, mais par une personne sans doute la plus qualifiée pour un témoignage crédible.

« Nous surveillons les multiples États-nations qui sont en train d’investir dans cette capacité, « Rogers a averti la Commission, sans  les nommer spécifiquement, il y a eu seulement  la Chine décrite comme l’un des pays considérés comme ayant maintenant une telle puissance.

U.S. Army Gen. Keith Alexander (AFP Photo/Mark Wilson)

US Army général Keith Alexander (AFP Photo/Mark Wilson)

Rogers, un expert avec une carrière depuis des décennies au sein de l’US Navy en cryptologie, a remplacé le général Keith Alexander à la tête de la Cyber Command et de la NSA en avril, moins d’un an après que ce dernier soit devenu l’objet d’un scandale international lorsque un ancien employé Edward Snowden  a commencé à fournir aux journalistes  des informations classifiées sur les programmes de surveillance secrète utilisée par les États-Unis et leurs alliés.

Les Commentaires du chef de la NSA, jeudi, ont été prononcés pour la plupart en réponse aux questions posées par Mike Rogers — Un membre républicain du Congrès, représentant du Michigan qui actuellement préside le Comité de la chambre et a longtemps fait campagne pour nouvelles règles concernant les cyber opérations offensives et défensives.

« L’Espionnage  cyber économique de la Chine… a connu une croissance exponentielle en termes de volume et de capacité de détériorations de l’avenir économique de notre nation. Les services de renseignement chinois qui effectuent ces attaques ont peu à craindre parce que nous n’avons aucun moyen de dissuasion pratique pour ces intrusions. Ce problème ne va pas disparaître, cela ne changera pas de soi-même , »  le Républicain Rogers a mis ainsi en garde pendant  l’audience de jeudi.

Edward Snowden (AFP Photo/Frederick Florin)

Edward Snowden (AFP Photo/Frederick Florin)

Le mois dernier, le Républicain Rogers avait dit aux participants lors d’une manifestation à Washington que le gouvernement américain ne disposait pas des politiques pour protéger son infrastructure contre les cyber attaques , mais aussi de la capacité de lancer des attaques offensives, et qu’il doit prendre des mesures immédiatement pour s’assurer que les pirates étrangers ne lancent davantage des attaques sur les réseaux américains sans risquer des répercussions importantes.

« Le fait qu’un État-nation croit qu’il peut agir ainsi sans problème ni conséquences est une autre question très, très grave pour nous, » avait-il dit à l’époque.

Cette semaine, le House Speaker John Boehner (Ohio-R) a annoncé que le Républicain Devin Nunes (Représentant de la Californie) serait nommé au lieu de Rogers à la tête de la Commission du renseignement lors de la prochaine session du Congrès qui s’ouvrira au début de l’année prochaine.

« Ce sont des temps difficiles et dangereux pour notre pays et ce Comité est à la pointe pour assurer notre intelligence commune, il a les outils et les ressources nécessaires pour assurer la sécurité de l’Amérique » a dit le  Rep Rogers en réponse à l’annonce. « Je souhaite à Devin bonne chance puisqu’il prend la tête et assure la surveillance bipartite importante sur les  travaux de ce Comité. »

House Energy and Commerce Committee member Rep. Mike Rogers. (AFP Photo/Chip Somodevilla)

Membre de la maison de l’énergie et le Comité du Commerce REP Mike Rogers. (AFP Photo/Chip Somodevilla)

Rép. Rogers a longtemps plaidé en faveur de la loi qui protégerait les réseaux informatiques américains en permettant au secteur privé de partager des informations sur les menaces et les attaques avec le gouvernement américain. Le mois dernier, Sen Saxby Chambliss (R -Ga), le vice-président du Comité des activités de renseignement de la chambre, a dit que  tout retard supplémentaire dans l’adoption d’une telle loi pourrait avoir des conséquences colossales.

« Si nous attendons encore une année, nous mettons en danger l’économie des Etats-Unis » Chambliss a dit.

Les États-Unis ont mis en accusation plusieurs ressortissants chinois en 2014  qui auraient été associés à la prétendue cyberattaque et espionnage en ligne effectuée à la demande de l’armée populaire de libération. Pékin a nié catégoriquement toute implication et a accusé les U.S. plutôt d’être les plus actifs cyberespions internationaux.

 
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Publié par le novembre 21, 2014 dans Amérique, Asie, guerre et paix

 

La Chine choisit son « réquilibrage régional » face à l’offensive des Etats-Unis

Le président chinois Xi Jinping lors du sommet des dirigeants de la zone Asie-Pacifique, le 11 novembre.

Le président chinois Xi Jinping lors du sommet des dirigeants de la zone Asie-Pacifique, le 11 novembre. | AP/Goh Chai Hin

 Les dirigeants de l’Asie-Pacifique, réunis en sommet à Pékin, ont adopté mardi 11 novembre une « feuille de route » prévoyant de créer à terme une zone régionale de libre-échange, a annoncé le président chinois Xi Jinping.Le dirigeant, qui défend particulièrement ce projet  a qualifié d’« étape historique » le lancement de ce processus vers la zone de libre-échange de l’Asie-Pacifique (FTAAP), traduisant, selon lui, « l’engagement des membres de l’APEC en faveur de l’intégration de l’économie régionale ». Et ce avec l’accord de la Russie et l’hostilité manifeste des Etats-Unis au dit projet. Le terme « feuille de route » reflète le nécessaire consensus auquel doivent parvenir les 21 économies membres de l’APEC. Pékin souhaitait que le communiqué final du sommet fasse référence à une « étude de faisabilité » de la FTAAP, suscitant de fortes réticences des Etats-Unis qui y voyaient une mise sur les rails d’un futur accord multilatéral. La FTAAP est en concurrence avec le partenariat trans-Pacifique (TPP), un projet que Washington inscrit dans le « rééquilibrage » vers l’Asie de sa politique . Ce partenariat exclut La Chine en l’état et est considéré par des analystes chinois comme une tentative américaine  d’endiguer l’influence croissante, diplomatique et économique, de Pékin.Les économies membres de l’APEC représentent 57 % du PIB de la planète et 44 % des échanges commerciaux internationaux. En regard de cette information essentielle, nous inscrivons cet article du 25 octobre 2014 de jacques Sapir. Il  donne la toile de fond, mais depuis cette date est intervenu un événement important : l’initiation de la création d’une zone de libre-échange en Asie-Pacifique qui montre « le grand pivotement  » de la Chine et de la Russie qui peut endiguer la tentative de « rééquilibrage vers le pacifique des  Etats-Unis. Pour que le panorama soit complet , il faudrait y ajouter une nouvelle récente concernant la signature d’accord entre l’Iran et la Russie. (note de Danielle Bleitrach)

Chine, Russie: le grand pivotement par jacques Sapir

La récession qui frappe l’Europe depuis 2011 a, bien entendu, eu un impact non négligeable sur l’activité économique de la Russie. Elle a affecté l’activité des exportateurs, qu’il s’agisse des exportateurs d’hydrocarbures que des exportateurs de produits semi-finis (acier, métaux non-ferreux, produits chimiques de base). Ces exportations, quoique moins spectaculaires que celles des hydrocarbures, ont en réalité un impact bien plus important sur l’activité économique par le biais des chaînes de sous-traitance. De ce point de vue, l’impact de la crise en Europe sur l’emploi industriel en Russie a été sensible, mais somme toute assez bien digéré. Le taux de chômage est aujourd’hui inférieur à 5% de la population active. Néanmoins, il est clair que la Russie, dont l’Europe est le premier partenaire commercial, a « importé » en partie la récession ou la stagnation que connaît le continent européen. C’est ce phénomène qui a déclenché au sein des élites tant politiques qu’économiques russes une réflexion approfondie sur l’avenir des relations économiques avec l’Europe, mais aussi avec d’autres partenaires et en premier lieu des partenaires asiatiques.

 I. Les raisons d’un pivotement.

Dès la fin de l’année 2012, la croissance économique s’est mise à ralentir en Russie. Devant la situation économique de l’Union européenne, il était clair qu’il y avait un risque de connaître cette situation pendant encore plusieurs années. On parle de plus en plus de la perspective d’une « décennie perdue » en Europe, et en tous les cas pour les pays de la zone Euro. Il est clair que cette perspective n’a été perçue que progressivement au sein des élites politiques et économiques de la Russie. Vue comme un risque potentiel en octobre 2012, mais comme un risque que les européens pouvaient réduire et limiter, du moins dans la vision des dirigeants russes, cette perspective est devenue un fait objectif à l’automne 2013. Durant cette période, les dirigeants russes ont progressivement fait le constat de l’incapacité des dirigeants européens à prendre la mesure de la gravité de la situation économique. Ceci n’a certainement pas dû être facile car ils tenaient, en règle générale, ces dirigeants pour compétents et rationnels en ce qui concerne les mesures de politique économique. Le constat de l’impuissance des dirigeants européens, dans un domaine où ils étaient réputés être passés maîtres, a profondément ébranlé l’image de ces dirigeant européens pour l’élite russe. Elle a entraîné, par réaction, un changement important dans la stratégie du gouvernement russe. Ce changement se traduit par le choix vers l’Asie, choix qui a été fait en réalité entre la fin de 2012 et la fin du printemps 2013. De ce point de vue, on peut parler d’un réajustement pragmatique de la politique économique de la Russie[1].

Le gouvernement russe a déployé beaucoup d’efforts pour réorienter le commerce international de la Russie vers l’Asie et en particulier vers la Chine. Il a cherché, aussi, à développer une zone de libre-échange avec certains des pays de l’ex-Union soviétique. Sur ce terrain, il est clair que les objectifs économiques se combinent et se conjuguent avec des objectifs politiques. Il s’agit tout à la fois de trouver de nouvelles sources de croissance pour l’économie russe et de constituer un bloc géopolitique capable de résister aux tentatives de déstabilisation américaines. Sur le plan économique, le principe d’une diversification des partenaires commerciaux est très certainement judicieux. Mais, la réalisation de ces objectifs aurait du être étalée dans le temps. Par ailleurs, même si la part de l’Europe dans le commerce extérieur de la Russie était appelée à baisser du fait de la conjoncture économique, elle devait initialement certainement rester importante. En fait, la solution ne réside donc pas tant dans une réorientation des flux de commerce extérieur (même si cette réorientation est apparue comme nécessaire dès 2012[2].

Tableau 1

Exportations et importations de la Russie par zone géographique

A. Exports

Reste du monde

CEI

BRICS

Autre Asie

Iran et Turquie

Suisse et Norvège

Etats Unis et Canada

UE

2000

12,0%

15,5%

6,9%

4,2%

3,6%

3,9%

4,6%

49,2%

2005

7,7%

15,6%

7,4%

3,0%

5,3%

4,7%

2,7%

53,6%

2010

6,0%

17,7%

7,8%

6,7%

6,0%

2,4%

3,4%

50,0%

2011

7,6%

18,2%

9,0%

6,1%

5,6%

2,4%

3,3%

47,8%

2012

7,2%

17,6%

9,7%

6,2%

5,6%

2,2%

2,5%

49,0%

B. Imports

Reste du monde

CEI

BRICS

Autre Asie

Iran et Turquie

Suisse et Norvège

Etats Unis et Canada

UE

2000

7,8%

34,2%

5,9%

3,0%

1,2%

1,3%

8,5%

38,2%

2005

7,8%

19,2%

11,0%

10,5%

1,9%

1,6%

5,1%

42,8%

2010

8,1%

13,9%

20,4%

8,3%

2,2%

1,7%

5,5%

39,9%

2011

7,9%

14,7%

18,8%

9,4%

2,2%

1,6%

5,4%

40,1%

2012

9,4%

12,7%

19,3%

9,4%

2,3%

1,5%

5,7%

39,6%

BRICS : Brésil, Chine, Inde et Afrique du Sud. Autre Asie : Japon, Corée, Singapour et Vietnam. Source : Banque Centrale de Russie

 II.   Le développement de relations privilégiées avec la Chine

Le développement des relations commerciales entre la Chine et la Russie était dans l’ordre des choses, compte tenu de la taille de l’économie chinoise et de son fort potentiel de croissance. Mais, la dimension économique n’a pas été la seule en cause dans ce rapprochement. Progressivement, les deux pays se sont découverts des intérêts communs face aux Etats-Unis. C’est ce qui a conduit Moscou et Beijing à prendre diverses initiatives sur la convertibilité réciproque du Rouble et du Yuan[3], mais aussi sur l’usage parallèle du Rouble et du Renminbi dans les échanges[4]. Ceci correspond à la stratégie chinoise de renforcement progressif du Yuan/Renminbi. En fait, depuis 2010, un certain nombre de mesures importantes ont été annoncées :

  1. Fin 2010, le yuan peut être échangé pour la première fois contre des roubles sur la place boursière de Moscou (avec une cotation électronique).
  2. Fin 2011, la Chine et le Japon annoncent avoir signé un accord pour utiliser leurs monnaies respectives au lieu du dollar dans leurs échanges commerciaux.
  3. En septembre 2012, la Chine et la Russie réitèrent en mettant fin de manière historique au règne du pétrodollar, signant un accord permettant aux Chinois d’acheter autant de pétrole qu’ils le souhaitent en yuan. Cet accord est confirmé par les présidents des deux pays en septembre 2013.
  4. Mars 2013, le Brésil signe un accord lui permettant de payer ses biens importés en reals, tandis que la Chine paiera ses biens importés directement en yuan.

Il est clair que le rôle du Renminbi comme monnaie de transaction s’accroît désormais rapidement. Selon SWIFT[5], l’utilisation de la monnaie chinoise comme devise de paiement international a fait un bond de 24% la propulsant au 13ème rang des monnaies de règlement des transactions commerciales dans le monde contre la 20ème place en 2012. Cette situation a connu un basculement important en 2013 et 2014. Les investissements directs asiatiques, et en particulier chinois, ont augmenté très fortement. Ceci correspond à la création d’un Fonds d’investissement conjoint sino-russe  qui a été mis en place en réalité en juin 2012, mais qui a commencé ses opérations à la fin de 2012. Ce Fonds a été créé conjointement par le Fonds russe des investissements directs et la Corporation chinoise des investissements. La société de gestion du Fonds est détenue à 60% par la Russie et à 40% par la partie chinoise. L’objectif concernant le volume des investissements du fonds était de 4 milliards de dollars. Il semble avoir été atteint dès la fin de 2013[6]. Les investissements japonais et coréens ont aussi augmenté, quoique dans une moindre mesure par rapport aux IDE chinois. Ces investissements sont largement concentrés dans le domaine des infrastructures de transport (oléoducs et gazoducs[7], mais aussi transports ferroviaires et aériens), dans le domaine industriel et dans le domaine agricole.

Ceci devrait changer la donne à moyen terme dans le domaine des exportations des hydrocarbures et mettre fin à la prééminence de l’Europe comme principal client de la Russie. Dans l’accord annoncé en juin 2014, lors du Forum Economique de Saint-Pétersbourg, la compagnie pétrolière publique russe Rosneft entend fournir 365 millions de tonnes de pétrole à la Chine jusqu’en 2038, et ce pour un montant de 270 milliards de dollars. Les premières livraisons ont été effectuées en juillet 2013 (800.000 tonnes), mais sont restées à un niveau symbolique. Par contre, le volume de livraisons devrait être porté à 2 millions de tonnes en 2014 et à 15 millions de tonnes en 2015. Ces chiffres restent cependant encore loin de ceux livrés aux pays européens. Les exportations russes se montant pour les pays Non-CEI à 208 millions de tonnes en 2013. Mais, la perspective de voir le flux avec la Chine atteindre 15% des exportations hors-CEI d’ici 2017 n’est nullement irréaliste. Dans ce projet, Rosneft a aujourd’hui deux partenaires chinois : la CNPC et Sinopec. Des projets tout aussi importants ont donné lieu à des accords en cours de négociation tant avec le Japon, où la question de l’énergie se pose de manière particulièrement aiguë depuis l’accident de Fukushima, qu’avec la Corée du Sud. Ces accords sont largement liés au développement des champs gaziers de Sakhaline (en Extrême-Orient russe) et de Kovytka.

III. La dynamique des sanctions et la réalité de l’économie russe.

Il est donc clair que bien avant que s’enclenche la dynamique des sanctions à la suite des événements en Ukraine, la Russie était engagée dans un processus de basculement tant de ses flux commerciaux que de ses investissements vers l’Asie. Mais, la logique des sanctions et des contre-sanctions prises par la Russie a conduit très certainement à  accélérer ce processus. Les éléments existent aujourd’hui pour une forte relance de l’économie, en partie liée à la substitution aux importations. Il est possible aujourd’hui de revenir à des taux de croissance élevés, comme ceux que la Russie a connu de 2002 à 2008, en particulier par le mécanisme de substitution. Mais, ceci implique des investissements importants. C’est aujourd’hui la question centrale du développement économique. Il est clair que l’on veut relocaliser en Russie une partie des productions car, jusqu’à maintenant, les grandes sociétés russes considéraient le marché mondial comme un « supermarché » où elles faisaient leurs courses. La situation actuelle a fait comprendre que cette politique n’était pas saine. Et ceci ne concerne pas seulement les pays ayant appliqué les sanctions. C’est un choix général.

Les indicateurs macroéconomiques révèlent une certaine déconnexion entre l’évolution du taux de change, qui est certainement le point sur lequel les sanctions ont eu le plus d’effets, et celui de l’économie réelle. Cette déconnexion se traduit par l’accélération de la production industrielle, qui devrait se traduire à terme dans les résultats du PIB. Une tendance analogue est sensible pour la consommation des ménages, après une forte réduction de janvier à juin 2014. L’évolution de la production industrielle est liée à plusieurs facteurs qui se conjuguent. On notera parmi les plus importants d’entre eux :

  • (a)   Les effets de l’accroissement des dépenses militaires, suite aux décisions prises en 2012 et au début 2013, et dont les effets industriels commencent à se voir.
  • (b)  L’impact du mécanisme de substitution aux importations, d’abord les importations en provenance d’Ukraine puis, depuis quelques semaines les importations agro-alimentaires de l’UE et des Etats-Unis.

Mais, ce mouvement de reprise de l’activité industrielle est aussi soutenu par la consommation. Si, en volume, la consommation des biens alimentaires et des alcools est restée stable ces trois derniers mois, la consommation des biens manufacturés s’est accrue de 3,5% (sur les mêmes mois de l’année 2013).

Graphique 1

Evolution de la production industrielle et de la consommation des ménages

 A - GR1

Si les niveaux d’accroissement de la consommation comme du revenu réel des ménages ont baissé par rapport à 2013, l’essentiel de cette baisse a été faite dans le premier semestre de 2014. La situation s’est donc stabilisée durant l’été, et montre des signes de robustesse pour la fin de l’année.

On notera, enfin, que le « run » sur les banques russes auquel certains s’attendaient à la suite des sanctions ne s’est pas produit. Par contre, après un démarrage très important sur la fin 2013 et le début de 2014, les achats dans l’immobilier ont largement fléchi. Ceci semble être causé par la hausse des taux d’intérêts.

 IV.          Le projet d’intégration à l’échelle de l’Eurasie.

Dans ce cadre, la constitution d’un espace commun sur le continent Eurasiatique qui a été proposée par le Président Vladimir Poutine lors des entretiens « Valdaï » qui se sont tenus les 22-24 octobre 2014 à Sotchi à la fois apparaît à la fois comme un projet géopolitique ET comme un projet économique.

En géopolitique, il s’agit d’éviter une nouvelle coupure de cette masse continentale, que ce soit en évitant la reconstitution des blocs de la guerre froide mais aussi en prévenant un possible retour du conflit entre la Russie et la Chine. C’est un point essentiel pour les dirigeants russes. On a tendance à ignorer en Europe qu’en Extrême-Orient, et ce contrairement à ce qui s’est passé en Europe, il n’y a pas eu de rétractation de la Russie avec la fin de la guerre froide. La dissolution de l’URSS ne s’est nullement accompagnée de modifications de frontières. Celles d’aujourd’hui sont celles de 1945, telles qu’elles avaient été fixées au sortir de la seconde guerre mondiale. Or, ces frontières ont été historiquement contestées, que ce soit dans des conflits sino-soviétiques (au début des années 1930 lors du tournant réactionnaire du Kuomintang ) ou dans les années 1960 lors du conflit politico-idéologique entre Moscou et Pékin. Ces frontières ont été aussi contestées par le Japon, et si l’on se souvient de la guerre de 1904-1905 dont la raison fut la présence russe en Corée, on a tendance à oublier les combats du lac Khasan (1938) et surtout de Khalkhin-Ghôl en 1939 puis de Mandchourie en 1945[8]. L’idée de pouvoir, à travers cet accord, arrimer la Chine à un projet continental est une dimension importante de la pensée stratégique de Vladimir Poutine.

En économie, il voit aussi l’intérêt, pour la Russie, d’être un pont entre l’Europe occidentale et la Chine. Dmitry B. Kuvalin, un des chercheurs les plus remarquables de l’Institut de Prévisions Economiques de Moscou, a réalisé une étude qui a été commanditée par le conseil de l’Union Eurasienne, sur les avantages d’un système commun de transport entre la Belarus, le Kazakhstan, la Russie et la Chine[9]. Cette étude a été réalisée par l’Institut de Prévision de l’Economie Nationale (IPEN-ASR). L’IPEN-ASR a rapidement démontré que l’horizon pertinent était en réalité 2030. Dans le cas de l’Union Eurasienne (UEurAs), et ce contrairement à l’Union européenne, l’intégration procède de la coopération multilatérale, et non de la constitution d’instances décisionnelles supranationales. Ainsi, les ministères des transports nationaux conserveront la mainmise sur le système de transport. La Commission de l’Union Eurasienne aura avant tout un rôle consultatif. En fait, cette stratégie de développement intégrée ne remplace pas la stratégie ferroviaire nationale. Vu le territoire de l’UEurAs il est clair que les transports ferroviaire et aériens ont un rôle important. Ils représentent 8% du PIB et ils emploient, au total, 15 millions de personnes. Le volume transporté est supérieur à 150 millions de tonnes par chemins de fer. Cette étude a permis de montrer deux choses :

  1. Jusqu’en 2020, pour le Belarus, il y aura un accroissement de 5% uniquement liés à l’intégration. A l’intérieur de l’UEurAs le transport va s’accroître de 7%. Les gains en PIB seront pour le Belarus de 0,4% par an. Un accroissement du même ordre est attendu (0,5% par an) pour le Kazakhstan. Le volume de transport devrait s’accroître de 8,5% en 2025 (et de12% jusqu’en 2030). Il est plus faible pour la Russie, devant atteindre en moyenne 0,1% par an jusqu’en 2030. C’est compréhensible du fait de la taille générale de l’économie. Le premier résultat est donc que l’UEurAs bénéficiera avant tout au Belarus et au Kazakhstan et peu à la Russie.
  2. Mais, et c’est un point très important, le volume de fret en transit augmentera très fortement. L’intégration des systèmes de transport fera de la Russie un « pont » entre l’Europe et l’Asie (la Chine). C’est là que se situerait l’effet positif maximal pour la Russie, qui serait donc un effet indirect et non un effet direct. Une partie du trafic pour l’instant maritime devrait se faire par chemins de fer. Cet effet est estimé entre 0,4% et 0,6% de croissance du PIB par an.

Dans le cadre de cette étude, il a été étudié la création de nouvelles lignes, dites « à grande vitesse », en particulier desservant la Chine à partir du Sinkiang, et se connectant soit avec les ports de la Baltique, soit les ports de la Mer Noire. Ce programme correspond à l’intégration des plans nationaux de systèmes à Grande Vitesse, qui devraient être étendu au Fret. Cette ligne « Grande Vitesse » connecterait d’abord Ekaterinbourg à Astana et Astana à Almaty. Trois centres logistiques seraient alors construits, l’un entre la Chine et le Kazakhstan (entre Almaty et Urumchi), l’autre à Ekaterinbourg et le troisième à Moscou. Ces centres logistiques seraient doublés par des centres aéroportuaires (celui de Moscou devant être délocalisé à Kazan car les plateformes de Moscou sont aujourd’hui saturées). L’idée est d’avoir une ligne Helsinki – Moscou – Pékin et Brest-Litovsk – Moscou – Pékin. La dérivation Moscou – Brest-Litovsk a été étudiée pour le compte du Belarus. On sait qu’un accord de principe a été signé récemment, prévoyant 230 milliards d’investissements dans les 15 prochaines années[10].

Le gouvernement de la Corée du Sud s’est rallié en octobre à l’idée d’une initiative Eurasienne joignant la Corée à la Russie pour les questions énergétiques et de transport. On voit que ces initiatives pré-datent les sanctions. La Russie a décidé en réalité depuis plusieurs années d’étudier la question du développement des transports dans les régions de Sibérie orientale et de l’Extrême-Orient. Le but est d’accroître le volume du fret transporté mais aussi d’augmenter le niveau de vie dans ces régions. Ce projet inclut la modernisation du BAM (qui passerait à deux voies alors qu’il est actuellement à voie unique), le développement du port de Magadan, et la desserte ferroviaire de Magadan et des ports de la côte orientale. Les coûts d’investissements seront importants, probablement autour de 4 milliards d’Euros pour la desserte ferroviaire des ports.

On constate que l’idée de l’intégration Eurasiatique est un projet cohérent, tant du point de vue géopolitique de du point de vue économique. C’est, à l’évidence, un projet majeur pour le gouvernement russe et pour Vladimir Poutine.

 


[1] Clément-Pitiot H., «La stratégie de l’économie russe en perspective: le choix du pragmatisme?», Note de l’Observatoire franco-russe, Moscou, 2014, n°6, 26 p

[2] Ce qui ressort des entretiens au Club Valdaï d’octobre 2012. Voir Sapir J., « La diplomatie russe, entre Asie et Euro(pe) », note postée sur RussEurope, le 27/10/2012, http://russeurope.hypotheses.org/390

[3] La Voix de la Russie, « Moscou et Pékin s’attaquent au dollar », 26 juillet 2013, http://french.ruvr.ru/2013_07_26/Moscou-et-Pekin-s-attaquent-au-dollar-0076/

[4] C. Luo, « Russian roubles flow freely in Heilongjiang border city », South China Morning Post,  URL : http://www.scmp.com/news/china-insider/article/1376913/russian-roubles-flow-freely-heilongjiang-border-city

[5] Ou Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication.

[8] Sapir J., La Mandchourie Oubliée – Grandeur et démesure de l’Art de la Guerre soviétique, Éditions du Rocher, Paris-Monaco, mai 1996.

[9] Il a présenté les résultats de cette étude au séminaire franco-russe sur le développement régional, qui s’est tenu à l’EHESS les 6 et 7 octobre dernier.

 
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Publié par le novembre 12, 2014 dans Amérique, Asie, Economie

 

augmentation des salaires en Chine

4En Chine, les salaires devraient encore grimper de 10 % en 2014

Les salaires devraient augmenter de 10 % en Chine en 2014, selon plusieurs analystes. Une hausse encouragée par le pouvoir, alors que le pays mise sur la demande intérieure et l’industrie des services pour réussir une nouvelle étape de son développement. Avec un risque: les manufacturiers à bas coûts désertent peu à peu «l’atelier du monde» et la croissance se tasse.

Le Parti communiste chinois (PCC) pousse les entreprises à maintenir le rythme des augmentations de salaires afin de s’assurer le soutien de l’opinion à l’ambitieux programme de réformes, adoptées lors du troisième plénum du PCC en novembre. Les ouvriers de Shenzhen ont déjà obtenu une hausse de 13 % pour 2014 alors que ceux de Yangzhou ont décroché une augmentation de 15,6 %.

Ces revalorisations salariales devraient accélérer le mouvement de délocalisations vers les pays d’Asie du Sud-Est, notamment le Vietnam, le Cambodge ou encore le Bangladesh. Ces effets pervers ne font pas dévier le pouvoir de son objectif à long terme: soutenir la consommation, contrer les effets du vieillissement de la population et du tarissement relatif de la main-d’œuvre. Le PCC a décidé en novembre un assouplissement de la politique de l’enfant unique et une refonte du Hukou, le système de permis de résidence, qui nuit à la mobilité de la main-d’œuvre. Cependant, le rythme des augmentations de salaires diminue, alors que la croissance se tasse. En 2012, les salaires dans les zones urbaines ont connu une hausse de 11,9 % contre 14,4 en 2011, selon le Bureau national des statistiques.

Rééquilibrage

En 2013, les augmentations étaient «tombées» à 11 %. La hausse la plus significative – 18,5 % – remonte à 2007, la croissance du PIB plafonnait alors à 14,2 %, son niveau le plus élevé depuis 1992… En 2013, alors que son modèle de développement économique s’essouffle, la Chine a probablement enregistré une croissance de 7,6 %, le rythme le plus faible depuis quatorze ans, selon un rapport gouvernemental.

La Chine avait vu sa croissance économique accélérer à 7,8 % au troisième trimestre 2013, marquant sa première accélération après deux trimestres de net ralentissement. L’objectif d’une croissance de 7,5 % a été adopté lors d’une réunion à huis clos sur la stratégie et les réformes économiques prioritaires en 2014. Les économistes chinois peuvent s’appuyer sur une récente série d’indicateurs attestant d’une croissance certes ralentie, mais stabilisée.

La priorité affichée par Pékin reste de rééquilibrer l’économie chinoise pour favoriser le développement de la consommation et des services alors que la croissance repose pour l’instant avant tout sur les exportations et l’investissement.

Ce rééquilibrage devrait se traduire par un ralentissement de la croissance, que Pékin se dit prêt à accepter s’il mène à plus de stabilité. Mais l’ampleur de ce ralentissement a surpris en 2013 au point que le gouvernement a pris des mesures de relance pour soutenir l’activité.

 
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Publié par le octobre 16, 2014 dans Asie, Economie, société

 

‘Sisters in arms’: les femmes kurdes combattantes prêtes « à envoyer ISIS en enfer » (vidéo)

.http://rt.com/news/193972-kurdish-women-fighters-isis/

Publié RT: 7 octobre 2014 18:30
Édité fois: 8 octobre 2014 05:55

RT Photo / Paula Slier

Photo de RT / Paula sournoise

 Les femmes combattantes kurdes déclenchent la peur des militants de l’État islamique, qui croient qu’ils iront tout droit en enfer s’ils sont tués par une femme. RT s’est rendu à la frontière irako-syrienne pour rencontrer le GPJ, le bataillon féminin qui combat IS.

La zone frontalière entre l’Irak et la Syrie est actuellement contrôlée par des bénévoles  kurdes après l’abandon des forces militaires irakiennes et syriennes des passages frontaliers.

Les femmes combattantes  occupent les postes d’observation sur la frontière, ce qui leur permet de surveiller toutes les activités de l’IS en Irak et en Syrie.

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Rosarine, une des femmes, a avoué qu’elle n’avait jamais tiré avec un pistolet dans sa vie avant que la guerre contre l’Etat islamique (IS, anciennement ISIS) ait commencé.


« La première fois que j’ai tiré, j’ai eu peur, mais mon amour pour mon pays était plus grand que ma peur »
elle a dit à Paula Slier de RT. « L’Etat islamique pense que des  femmes ne peuvent pas lutter contre eux, mais nous sommes ici. Nous n’avons pas peur parce que nous savons pourquoi nous nous battons  « 

 Celle-ci qui a 19 ans, qui avait quitté l’école pour rejoindre le GPJ, unités de Protection du peuple kurde, dit que maintenant, elle ouvre le feu « chaque fois que quelque chose bouge [côté IS]. »

Toutes les combattantes, le bataillon sont des bénévoles qui vont au combat sous la devise « Hava » (amitié). Rosarine a ajouté qu’elle et ses sœurs en « armes » ont reçu le plein appui et l’encouragement de leur famille  parce qu’elles  se battent pour protéger la terre kurde et son peuple.

La commandante des combattantes kurdes, Dalil Derki, a déclaré que son unité inspire la terreur chez les militants de l’État islamique, qui ont « déformé l’Islam. »

« Dans leur philosophie les femmes n’ont pas leur propre rôle dans la société. Leur philosophie et leur culture est qu’ils croient que s’ils sont tués par une femme, ils ne vont pas au ciel. Au lieu de cela, ils iront en enfer, » explique-t-elle à RT.

Selon le commandant de GPJ, la moitié des djihadistes sur la frontière ont été tués par les combattantes et « s’ils veulent aller en enfer, ils n’ont qu’à poursuivre la lutte avec  nous. »

Derki dit qu’elle est fière de ses troupes et leur action sur le champ de bataille, elles  « montrent l’exemple aux femmes partout dans le monde. »

Une autre femme soldat, Beritan, dit qu’elle a déjà été dans les nombreux « combats dangereux », dans  une seule bataille, qui a duré « pendant toute une nuit et un jour. »


« Je n’avais pas vraiment peur,  j’étais plus concentrée sur la nécessité de tuer les terroristes que sur ma propre mort »
elle a expliqué.

Beaucoup de filles ont dit à RT qu’elles vont rester des soldats après que la guerre avec l’IS soit terminée car le combat pour un Etat kurde,  un Kurdistan indépendant, est en cours.

Les Kurdes n’ont pas leur propre État, avec la région du Kurdistan s’étendant sur les régions adjacentes de l’Iran, Irak, Syrie et Turquie.

Le conflit kurde avec divers groupes djihadistes prenant part à la guerre civile syrienne, y compris IS, a commencé en juillet 2013 dans la ville syrienne de Ras al-Aïn.

Alors que les forces kurdes ont réussi récemment à avoir des victoires  militaires modestes contre IS dans le nord de l’Irak.

Toutefois, les djihadistes semblent prendre le dessus dans la bataille pour la ville stratégique de Kobani, sur la frontière syrienne

 
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Publié par le octobre 8, 2014 dans Asie, femmes, guerre et paix

 

Est-ce que la Chine et la Russie peuvent bouter les Etats-Unis hors de l’Eurasie? par Pepe Escobar

http://www.huffingtonpost.com/pepe-escobar/china-russia-europe_b_5938414.html   traduire Pep Escobar est très difficile parce que ces articles sont bourrés de néologismes fabriqués avec ironie…           

JINPING PUTIN

Sasha Mordovets via Getty Images

 L’avenir d’une alliance  Beijing-Moscow-Berlin

Cross-posted with TomDispatch.com

Un spectre hante le rapide vieillissement du « nouveau siècle américain »: la possibilité d’une future alliance stratégique d’affaires et de commerce Beijing-Moscou-Berlin. Appelons-le le BBM.

Sa probabilité est sérieusement discutée aux niveaux les plus hauts à Pékin et Moscou et vue avec intérêt à Berlin, New Delhi et Téhéran. Mais ne le mentionnez pas à l’intérieur du périphérique de Washington ou au siège social de L’OTAN à Bruxelles. Là, la star du spectacle aujourd’hui et demain est le nouvel Oussama ben Laden : le Calife Ibrahim, c’est-à-dire Abu Bakr Al-Baghdadi, le prophète de la décapitation, auto-proclamé d’un nouveau mini-état et d’un mouvement qui a fourni un festin d’acronymes – ISIS/ISIL/IS – pour la crise de nerfs à Washington et ailleurs.

Peu importe le nombre de fois où Washington remixe sa guerre mondiale contre le terrorisme, cependant, les plaques tectoniques de la géopolitique eurasienne continuent de se déplacer, et ils ne vont pas s’arrêter juste parce que les élites américaines refusent d’accepter que leur « moment unipolaire » historiquement bref soit sur le déclin. Pour eux, la fin de l’ère de la « dominance  complète», comme le Pentagone aime à l’appeler, est inconcevable. Après tout, la nécessité pour la nation indispensable de contrôler tout l’espace–militaire, économique, culturel, cyber et externe–n’est pas loin  d’une doctrine religieuse. Les missionnaires de l’exception ne font pas dans l’égalité. Au mieux, ils font des « coalitions de volontaires » comme celui rempli à craquer par « plus de 40 pays » assemblés pour battre ISIS/ISIL/IS et soit applaudissent dans les coulisses ou complotent en envoyant dans un plan impair ou deux vers l’Irak ou la Syrie.

L’OTAN, qui, contrairement à certains de ses membres, n’ira pas officiellement combattre Jihadistan, reste tenue de haut en bas, contrôlée par Washington. Il ne s’est jamais dérangé d’intervenir dans l’Union européenne (UE) ou envisagé de permettre à la Russie de  se « sentir » européenne. Quant au calife, il est juste un détournement mineur. Un cynique postmoderne pourrait même imaginer qu’il est un émissaire envoyé sur le terrain du jeu mondial par la Chine et la Russie pour occuper  l’œil de l’hyperpuissance de la planète avec une balle ailleurs.

Division et isolement

Alors comment le spectre de la domination se déploie-t-il  lorsque deux puissances réellement concurrentes, la  Russie et la Chine, commencent à faire sentir leurs présences  ? L’Approche de Washington envers chacun – -en Ukraine et dans les eaux asiatiques — pourrait être décrite comme diviser et isoler.

Afin de garder l’océan Pacifique, comme un classique lac « américain », l’administration Obama a choisi un  « pivot », retour vers l’Asie depuis plusieurs années maintenant. Cela a impliqué seulement quelques modestes déménagements militaires, mais une tentative impudique de dresser le nationalisme chinois contre la diversité  japonaise, tout en renforçant les relations et alliances dans toute l’Asie en mettant l’accent sur les différends énergétiques de la mer de Chine du Sud. Dans le même temps, il s’est employé à bloquer un accord commercial futur, le Partenariat transpacifique (TPP), en place.

Dans la zone frontalière, occidentale  de la Russie, l’administration Obama a chauffé les braises du changement de régime à Kiev jusqu’à l’incendie  (attisé par des meneurs  locaux, les pom-pom girls les nations baltes et la Pologne ) et dans ce qui apparaissait clairement, pour  Vladimir Poutine et les dirigeants de la Russie, comme une menace existentielle pour Moscou. Contrairement aux Etats-Unis, dont la sphère d’influence (et les bases militaires) sont globales, la Russie ne devait conserver aucune  influence notable dans son ancien domaine proche à l’étranger, qui, lorsqu’il s’agit de Kiev, n’est pas du tout pour la plupart des Russes, « l’étranger » .

.Pour Moscou, il a semblé que Washington et ses alliés de L’OTAN étaient de plus en plus intéressés par l’imposition d’un nouveau Rideau de Fer sur leur pays de la Baltique à la Mer Noire, avec l’Ukraine simplement comme fer de lance. Dans BMB  cela se nommait,  et se voyait  comme une tentative d’isoler la Russie et d’imposer une nouvelle barrière aux relations avec l’Allemagne. Le but suprême serait pour de l’Eurasie,  ²en empêchant tous mouvements futurs vers l’intégration commerciale et commerciale via un processus non contrôlé par Washington

Dans la perspective de Pékin, la crise de l’Ukraine était le cas où Washington avait franchi toute ligne rouge imaginable afin de harceler et d’isoler la Russie. Pour ses dirigeants, cela ressemblait à une tentative concertée de déstabilisation de la région de façon favorable aux intérêts américains, soutenue par la gamme complète de l’élite de Washington formée de néocons et de tenants de la guerre froide, les  « libéraux » pratiquant les interventions humanitaires sur le moule de Susan Rice et Samantha Power. Bien sûr, si vous avez suivi la crise de l’Ukraine depuis Washington, ces perspectives vous sembleront aussi exotiques que s’il s’agissait d’un martien. Mais le monde est différent  quand on le contemple du cœur de l’Eurasie, ou de Washington — surtout s’il s’agit de la Chine avec son tout nouveau « rêve chinois » (Zhongguo meng).

Tel que l »énonce le Président Xi Jinping, ce rêve comprendrait un futur réseau de Chinois – organisé sur la nouvelle route de la soie qui créerait l’équivalent d’un Trans-Asian Express pour le commerce eurasien. Si Pékin sent par exemple, une pression de Washington et Tokyo sur la zone maritime, sa réponse est donc une avancée sur deux fronts, axée sur le commerce à travers le continent eurasiatique, l’un via la Sibérie et l’autre à travers les « stans » d’Asie centrale.

En ce sens, même si vous ne le savez pas, au cas où vous auriez uniquement suivi les médias américains ou les « débats » à Washington, nous entrons potentiellement dans un nouveau monde. Il n’y a pas si longtemps, les dirigeants de Pékin flirtaient avec l’idée de réécrire le jeu géopolitique et économique aux côtés des Etats-Unis, tandis que le Moscou de M. Poutine envisageait  la possibilité de rejoindre un jour l’OTAN. Plus maintenant. Aujourd’hui, la partie de l’Ouest à laquelle sont intéressés  les deux pays est une future possible Allemagne qui ne serait plus dominée par la puissance américaine et les diktats de Washington.

Moscou a, en fait, participé à plus d’un demi-siècle de dialogue stratégique avec Berlin qui a inclus la coopération industrielle et l’accroissement de l’interdépendance énergétique. Cela a été remarqué dans plusieurs zones du Sud Global, et l’Allemagne commence à être considérée comme « le sixième BRICS »  (après le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud).

Au milieu des crises mondiales allant de la Syrie à l’Ukraine, les intérêts géostratégiques de Berlin semblent lentement diverger de ceux de Washington. Des industriels allemands, en particulier, semblent désireux de poursuivre  des accords commerciaux non limités avec la Russie et la Chine. Ceux-ci pourraient mettre leur pays sur un chemin d’accès à la puissance mondiale non limitée par les frontières de l’UE et, à long terme, marquer la fin de l’ère dans laquelle l’Allemagne, bien que  poliment traitée, était essentiellement un satellite américain.

Ce sera une route longue et sinueuse. Le Bundestag, le Parlement de l’Allemagne, est toujours accro à un agenda atlantiste fort et une obéissance totale à Washington. Il y a encore des dizaines de milliers de soldats américains sur le sol allemand. Pourtant, pour la première fois, la chancelière allemande Angela Merkel a été hésitante lorsqu’il s’est agi d’imposer des sanctions toujours plus lourdes à la Russie sur la situation en Ukraine, parce que pas moins de 300 000 emplois allemands dépendent des relations avec ce pays. Les dirigeants industriels et l’établissement financier ont déjà tiré la sonnette d’alarme, craignant que ces sanctions soient totalement contre-productives.

Le festin  de la route de la soie de la Chine

La Nouvelle géopolitique du jeu du pouvoir de la Chine en Eurasie a quelques parallèles dans l’histoire moderne. Les temps où le « Petit timonier » Deng Xiaoping avait insisté pour que le pays « garde un profil bas » sur la scène mondiale sont révolus depuis longtemps. Bien sûr, il y a des désaccords et des stratégies contradictoires quand il s’agit de gérer les points chauds du pays : Taïwan, Hong Kong, Tibet, Xinjiang, la mer de Chine méridionale, les concurrents, l’Inde et le Japon, et les alliés problématiques comme la Corée du Nord et le Pakistan. Et l’agitation populaire dans certaines « périphéries » de la domination de Pékin se transforme en incendies.

La priorité numéro un du pays demeure intérieure et focalisée sur la réalisation des réformes économiques du Président Xi, tout en augmentant la « transparence » et la lutte contre la corruption au sein du parti communiste au pouvoir. Loin derrière est la question de comment faire face aux plans du « pivot » du Pentagone dans la région — via l’accumulation d’une force maritime, de sous-marins nucléaires et un développement technologiquement avancé de l’air-force — la  « Menace chinoise » proclamée par  Washington est une création de l’esprit.

Dans le même temps, alors que  l’US Navy contrôle les voies maritimes mondiales pour préparer l’avenir, la  planification pour les nouvelles routes de la soie en Eurasie progresse rapidement. Le résultat final devrait s’avérer un triomphe d’infrastructures intégrées — réseau ferroviaire à grande vitesse, pipelines, routes, ports – - qui relierait la Chine à l’Europe de l’Ouest et la mer Méditerranée,  l’antique Mare Nostrum de l’empire romain, et ce de toutes les manières imaginables.

Dans un voyage de Marco Polo au parcours inversé, remixé pour le monde de Google, une des branches principales de la Route de la Soie passera de l’ancienne capitale impériale de Xian à Urumqi dans la Province de Xinjiang, ensuite à travers l’Asie centrale, l’Iran, l’Irak et l’Anatolie en Turquie, se terminant à Venise. Une autre sera une Route de la Soie maritime à partir de la province du Fujian et passant par le détroit de Malacca, l’océan Indien, Nairobi au Kenya et enfin tout le chemin vers la Méditerranée via le canal de Suez. Pris ensemble, c’est ce à quoi Pékin se réfère quand il parle de la ceinture économique de la route de la soie.

La Stratégie de la Chine est de créer un réseau d’interconnexions entre pas moins de cinq régions principales : la Russie (le pont essentiel entre l’Asie et l’Europe), les « stans » d’Asie centrale,  l’Asie du Sud-Ouest (avec des rôles importants pour l’Iran, l’Irak, la Syrie, l’Arabie saoudite et la Turquie), le Caucase et l’Europe de l’Est (dont le Belarus, la Moldavie et  selon sa stabilité, l’ Ukraine). Sans oublier  l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde, qui pourraient  être considérés comme la route de la soie par excellence..

Cette Route de la soie là  impliquerait que soit relié le corridor économique Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar avec le corridor économique de la Chine et du Pakistan et il pourrait offrir un accès privilégié de Pékin à l’océan Indien. Là encore, un package total — routes, voies ferroviaire à grande vitesse, canalisations et réseaux de fibres optiques — relierait la région avec la Chine.

Xi lui-même  a présenté  la connexion de l’Inde et la Chine dans une présentation attractive et imagée dans un éditorial publié dans The Hindu  avant sa récente visite à New Delhi. « La combinaison de l’ « usine du monde » et du « back office du monde », écrit-il, « vont produire la base de production la plus compétitive et le marché le plus attrayant pour le consommateur . »

Le nœud central de planification élaborée par la Chine pour l’avenir eurasien est Urumqi, la capitale de la Province de Xinjiang et le site de la plus grande foire commerciale en Asie centrale, l’Expo Chine-Eurasie. Depuis 2000, une des principales priorités de Pékin est d’urbaniser cette province en grande partie désertique mais riche en pétrole et de l’ industrialiser, coûte que coûte. Et ce qu’il faut, dans l’optique de Pékin, est la sinisation hardcore  de la région — avec son corollaire, la suppression de toute possibilité de dissidence ethnique d’Ouïghours. Le Général de l’armée de Libération du peuple  Yazhou  Li  a décrit , en ces termes,  l’Asie centrale comme « la plus subtile tranche de gâteau offert par le ciel à la Chine moderne. »

L’essentiel de la vision de la Chine concernant une nouvelle Eurasie liée à Beijing par toutes les formes de transport et de communication a été détaillée avec éclat dans la « marche vers l’Ouest : le rééquilibrage de la géostratégie de la Chine, » un essai historique publié en 2012 par le savant Wang Jisi du centre d’études internationales et stratégiques de l’Université de Pékin. En réponse à cet ensemble de connexions eurasiennes du futur, ce que l’élite de l’administration Obama a mis au point est une version de confinement naval de l’océan Indien à la mer de Chine méridionale, tout en affûtant les conflits et les alliances stratégiques autour de la Chine, du Japon à l’Inde. (L’OTAN est, bien sûr, rivée à la tâche de contenir la Russie en Europe de l’est).

Un rideau de fer contre les routes en soie

400 milliards de $ « l’accord gazier du siècle, » signé par Poutine et le président chinois en mai dernier, ont jeté les bases pour la construction (le bâtiment) du Pouvoir (de la Puissance) de pipeline de la Sibérie, déjà en construction à Iakoutsk. Il apportera une inondation (un flot) de gaz naturel russe sur le marché chinois. Il représente clairement juste le début d’une alliance stratégique à moteur turbo, à base d’énergie entre les deux pays. En attendant, les hommes d’affaires allemands et des industriels ont noté une autre réalité naissante (émergente) : autant que le marché final pour des produits faits-en-Chine voyageant sur des nouvelles Routes de la soie futures sera l’Europe, le changement s’applique aussi. Dans un avenir commercial possible, la Chine est désignée pour devenir le partenaire commercial supérieur de l’Allemagne avant 2018, avant les  États-Unis, avant la France.

Une barrière de potentiel à de telles perspectives, par Washington, est la guerre froide 2.0, qui  déjà déchire non pas  l’OTAN, mais l’Union européenne. Dans l’UE en ce moment, le camp contre la Russie comprend la Grande-Bretagne, la Suède, la Pologne, la Roumanie et les pays baltes. L’ Italie et la Hongrie, d’autre part, peuvent être comptées dans le camp pro-russe, alors qu’une Allemagne toujours imprévisible est la clé de savoir si l’avenir ira vers une nouvelle mentalité type rideau de fer ou  vers le « Go East ». Pour ce faire, l’Ukraine reste la clé. Si l’affaire se termine  avec succès (avec une autonomie significative pour ses régions), que Moscou propose–une suggestion qui est un anathème pour  Washington–le chemin de Go-East restera ouvert. Si ce n’est pas le cas, un avenir BMB restera de l’ordre de la phraséologie.

Il est à noter qu’une autre vision de l’avenir économique eurasien se pointe également à l’horizon. Washington tente d’imposer un partenariat  transatlantique et un investissement sur l’Europe et un partenariat de Trans-Pacific similaires (PPT) en Asie. Les deux favorisent la mondialisation des sociétés américaines et leur but est visiblement d’entraver l’ascension des économies BRICS et la montée des autres marchés émergents, tout en solidifiant l’hégémonie économique globale américaine.

Deux faits brutaux , soigneusement notés à Moscou, à Beijing, à Berlin suggèrent le caractère hardcore de cette  géopolitique derrière ces deux pactes « commerciaux ». Les PPT excluent la Chine et de  fait excluent la Russie. Ils représentent, c’est-à-dire les lignes forces à peine déguisées d’une future guerre commerciale et monétaire. Dans mon propre voyage récent, j’ai vu des producteurs agricoles de qualité en Espagne, Italie, et France à plusieurs reprises me dire que ce  fait n’est rien qu’une version économique de l’OTAN, l’alliance militaire que Xi Jinping en Chine appelle, peut-être voudrait, une structure  « obsolète ».

Il y a une résistance importante au TTPI  parmi de nombreux pays de l’UE (en particulier dans les pays Club Med du sud de l’Europe), comme il en  est contre le PPT parmi les nations de l’Asie (en particulier au Japon et en Malaisie). C’est ce que les Chinois et les Russes espèrent pour leur nouvelles routes de la soie avec un nouveau style de commerce à travers le cœur eurasien soutenu par les supporters russes de l’ Union eurasiatique. Pour cela, les figures clés sont dans les entreprises allemandes et les milieux industriels, pour lesquels les relations avec la Russie restent indispensables, qui sont attentifs.

Après tout, Berlin n’a pas montré une très grande préoccupation pour le reste de l’UE en crise (trois récessions en cinq ans). Via une troïka très-méprisée–la Banque centrale européenne, le Fonds monétaire International et la Commission européenne–Berlin est, à toutes fins pratiques, déjà à la tête de l’Europe, en plein essor et l’Est est plus attrayant..

Il y a trois mois, la  chancelière allemande Angela Merkel a visité Pékin. N’a pas été mise en vedette dans la presse une  nouvelle de l’accélération politique d’un projet potentiellement révolutionnaire : une connexion ininterrompue ferroviaire à grande vitesse entre Pékin et Berlin. Quand enfin construit, il se révélera un transport et un aimant de commerce pour des douzaines de nations le long de son itinéraire d’Asie vers l’Europe. En passant par Moscou, elle pourrait devenir l’ultime intégrateur de route de la soie pour l’Europe et peut-être l’ultime cauchemar pour Washington.

« Perdre »  la Russie

Toute l’attention des médias a été polarisée, le récent sommet de l’OTAN au pays de Galles s’est pourtant  traduit seulement par une modeste « force de réaction rapide » pour le déploiement dans  l’Ukraine-comme dans les situations futures. Pendant ce temps, l’organisation en expansion des coopération de Shanghai (OCS), un homologue asiatique potentiel de l’OTAN, s’est retrouvée à Douchanbé (Tadjikistan). A Washington et dans l’Europe de l’Ouest personne ne l’a noté comme un fait essentiel. Il devait y avoir.  la Chine, la Russie et l’Asie centrale quatre « stans » ont décidé d’ajouter un ensemble impressionnant de nouveaux membres : l’Inde,  le Pakistan et l’Iran. Les conséquences pourraient être importantes. Après tout, l’Inde sous le premier ministre Narendra Modi est maintenant au bord de sa propre version de l’obsession de la route de la soie. Derrière se trouve la possibilité d’un rapprochement économique « Chindia », qui pourrait modifier la carte géopolitique eurasienne. Dans le même temps, l’Iran est également en train de se lover dans le giron de la « Chindia ».

L’OCS est donc lentement mais sûrement en train de s’annoncer comme la plus importante organisation internationale en Asie. Il est déjà clair que l’un de ses principaux objectifs à long terme sera d’arrêter les opérations en dollars américains, tout en favorisant l’utilisation du pétroyuan et du pétrorouble dans le commerce de l’énergie. Bien sûr, les Etats-Unis, ne seront jamais accueillis dans l’organisation.

Tout cela se trouve dans l’avenir, cependant. Dans le présent, le Kremlin soutient  qu’il souhaite une fois de plus commencer à parler avec Washington, tandis que Beijing n’a jamais voulu arrêter. Pourtant l’administration Obama reste myope enferrée dans sa propre version d’un jeu à somme nulle, qui en s’appuyant sur ses technologies et ses forces militaire pourrait  maintenir une position avantageuse en Eurasie. Beijing, cependant, a accès aux marchés et aux acquis de trésorerie, tandis que Moscou a des potentiels d’énergie. La Coopération triangulaire entre Washington, Pékin et Moscou serait sans aucun doute–comme les Chinois  le disent –un jeu gagnant-gagnant-gagnant, mais n’y croyez pas trop. .

Au lieu de cela, il faut attendre que  la Chine et la Russie approfondissent leur partenariat stratégique, tout en attirant  les autres puissances régionales eurasiennes. Pekin a parié  à terme que la confrontation U.S./OTAN avec la Russie sur l’Ukraine obligera Vladimir Poutine à se tourner vers l’Est. Dans le même temps, Moscou est tout à fait conscient de ce que signifiera sa réorientation en cours vers une telle puissance économique. Un jour, il est possible que des voix saines mentalement  à Washington s’interrogent à haute voix sur la manière dont les  Etats-Unis ont « perdu » la Russie en la donnant à la Chine.

En attendant, on pense la Chine comme un aimant pour un nouvel ordre mondial dans un futur siècle eurasien. Le même processus d’intégration que connaît la  Russie, par exemple, semble de plus en plus d’ appliquer à l’Inde et à d’autres pays eurasiens et, éventuellement, tôt ou tard à une Allemagne neutre aussi bien. En fin de partie d’un tel processus, les Etats-Unis pourraient se trouver eux-mêmes progressivement évincés de l’Eurasie, avec le BBM apparaissant comme une réorientation du jeu. Faites vos paris à temps. Ils vont se réaliser d’ici à 2025.

Pepe Escobar is the roving correspondent for Asia Times/Hong Kong, an analyst for RT, and a TomDispatch regular. His new book, Empire of Chaos, will be published in November by Nimble Books. Follow him on Facebook

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Publié par le octobre 7, 2014 dans Amérique, Asie

 

Comment l’Union européenne a financé l’Etat islamique : ces États qui ont acheté (légalement) son pétrole de contre-bande !

 

Abu Ismail, the owner of a plastics factory that was targeted on Sunday by what activists said were U.S.-led air strikes, gestures while standing at his destroyed factory in the Islamic State's stronghold of Raqqa September 29, 2014. (Reuters/Stringer)

 

 Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Les bombes pleuvent sur la Syrie (mais pas sur l’Irak) qui en quelques jours a vu l’immense majorité de ses raffineries réduites en cendre. Plus on en apprend sur l’Etat islamique (EI), plus la complicité directe ou indirecte des européens et américains se fait jour. Dernière révélation : les Etats européens ont acheté du pétrole de contre-bande venant de l’EI.

 

La « menace fantôme » de l’Etat islamique (EI) justifie l’injustifiable : des frappes aériennes sur le territoire syrien à l’insu de son gouvernement, l’armement de forces séparatistes en Irak, la mise en place d’une coalition internationale pour intervenir en Syrie.

Décidément, les 15 à 20 000 combattants qui contrôlent le nord de l’Irak et de la Syrie sont une divine surprise pour les USA et l’UE, jusque-là mis en échec par la résistance nationale syrienne derrière Assad, le dévoilement du caractère islamiste fanatique de la dite rébellion démocratique.

Le plan se dessine : utiliser la menace fantôme EI pour détruire les infrastructures syriennes (d’abord ses raffineries), justifier une ingérence aux caractères légaux flous, puis après avoir détruit formellement le groupe, passer à la phase d’invasion de la Syrie et du renversement d’Assad.

C’est ce qui ressort de ses premières frappes. 16 des 20 raffineries syriennes contrôlées par EI ont été détruites mais les USA ont veillé à ne pas toucher certaines raffineries pour permettre à la rebellion (mais laquelle?) d’avoir des ressources dans la lutte à venir contre Assad.

Les alliés des Etats-unis qui bombardent les islamistes en Syrie sont les mêmes … qui ont financé, soutenu et armé l’Etat islamique !

Sur ordre américaiin, ce sont en fait l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis – les mêmes qui finançaient l’EI il y a quelques mois ! – qui ont fait intervenir leurs chasseurs-bombardiers, leur drones pour bombarder 12 raffineries le 24 septembre, et 4 autres le 28.

Les USA pressent maintenant la Turquie – qui depuis des mois sert de base arrière aux islamistes ! – à intervenir en Syrie. Le vice premier-ministre turc a déclaré qu’une motion allait être votée pour permettre à des soldats turcs de faire des incursions en territoire syrien ou irakien.

Il faut évidemment rappeler des évidences, l’implication directe des alliés des USA dans l’émergence de l’Etat islamique : tout le monde sait que les Etats du Golfe en général et l’Arabie saoudite en particulier ont été les pays qui ont financé au départ l’Etat islamique.

Sans l’aide de la Turquie, qui fait transiter le djihadistes, les munitions, achète le pétrole des islamistes, leur sert de base-arrière pour se soigner, se reposer, se ravitailler, l’Etat islamique n’aurait jamais résisté, encore moins prospéré.

On sait depuis longtemps que la Turquie joue double jeu avec les rebelles de l’EI, même si les responsables occidentaux – comme John Kerry récemment – sont plus prompts à dénoncer les achats de pétrole supposés de Bachar al-Assad (un prétexte pour justifier son renversement après l’écrasement de l’Etat islamique?).

Il y a quelques mois, le député républicain (CHP) turc Ali Ediboglu avait dénoncé dans le journal turc Taraf le fait que le gouvernement turc collaborait ou laissait faire un trafic de pétrole de grande ampleur transitant par son territoire. Le député parlait de 800 millions de $ depuis janvier.

Selon lui, les rebelles ont mis en place un système d’oléoducs de fortune à la frontière, tandis que le pétrole est transféré par camions jusque-là.

Ediboglu dénonçait également le fait qu’un certain nombre de combattants européens, russes passent par la Turquie, et que 1 000 Turcs opèrent dans la rébellion, ce qui est impossible sans la connaissance au minimum voire la coopération du MIT, les services de renseignement turcs.

Tout ceci est désormais confirmé. Luay al-Khatib, directeur de l’Iraq Energy institute note que « la Turquie a fermé les yeux sur ce trafic mené depuis Mossoul ». Pour Hussein Alawi, lui aussi responsable de cet Institut : « les terroristes utilisent des camions plutôt que des olédocus, il y a 210 camions-citerne qui transportent le pétrole de contre-bande jusqu’à la Turquie chaque jour ».

Les Etats européens ont financé l’EI en achetant leur pétrole de contre-bande !

Ce réseau d’exportation de pétrole syrien et irakien est désormais un secret de polichinelle, admis même par John Kerry. Il a permis à l’EI de devenir le groupe terroriste le plus riche de l’histoire, produisant de 25 à 40 000 barils de pétrole par jour, avec des revenus de 3,2 millions de $ par jour.

De juin à septembre, le patrimoine d’EI serait passé, selon les services de renseignement américains, de 800 millions de $ à 2 milliards de $. Comment cela est-il possible ?

L’Etat islamique a un argument imbattable dans le monde capitaliste : le prix de sa marchandise. Officiellement côté à 100 $ le baril, il est vendu jusqu’à 25 $, plus souvent autour de 30-40 $. Ce pillage massif au détriment du peuple syrien, irakien, a nécessairement ses complices.

La Turquie n’est pas seule. La révélation de l’ambassadrice de l’UE en Irak, Jana Hybaskova, le 2 septembre dernier, fait froid dans le dos et révèle d’autres complices du crime, dans nos rangs.

Elle a commencé d’abord par critiquer les pays européens qui arment les Pechmerga au risque d’une partition du pays, avec des effets désastreux sur la région.

Puis, elle a lancé une bombe. Après avoir insisté sur la nécessité d’exercer des pressions sur la Turquie pour arrêter le trafic régional qu’elle alimente, elle affirme : « hélas, il y a aussi des pays membres de l’Union européenne qui achètent ce pétrole de contre-bande ».

Pressée de divulguer les noms de ces pays qui contribuent à enrichir l’EI, l’ambassadrice européenne a refusé de donner des noms. Cette révélation, basée sans doute sur les informations des services de renseignement européens, a créé la panique au sein de l’UE. Le Service d’action extérieure de l’UE, qui gère les diplomates européens, a refusé de commenter cette déclaration.

Il y a an, l’UE légalisait l’achat de pétrole aux rebelles syriens

Encore une fois, ceci n’est une surprise que pour ceux qui ont oublié l’histoire récente. Le 22 avril 2013, les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont décidé de lever le blocus européen portant sur l’importation de pétrole syrien venant des territoires rebelles.

L’objectif était alors d’accorder un soutien économique à la rébellion syrienne – déjà dominée par les islamistes comme Al-Nosra et l’EI.

Le ministre des Affaires étrangères allemand d’alors, Guido Westerwelle, commentait ainsi cette décision : « Nous voulons développer économiquement les régions contrôlées par l’opposition, il nous faut donc lever les sanctions qui empêchent l’opposition modérée de travailler ».

Ce que signifiait cette levée du blocus sur le territoire venant du nord de la Syrie, c’est que le trafic organisé par les rebelles islamistes était perçu comme totalement légal par les Etats de l’UE qui aurait eu bien tort de ne pas profiter de la manne de ce pétrole bon marché offert par l’EI.

En dépit des nuances que tentent d’apporter certains « experts » dans la presse française, même si la proportion de pétrole chez nous venant de l’EI est négligeable (mais pas nulle donc), elle a eu un poids considérable dans le financement de ce groupe islamiste.

Par ailleurs, ce n’est pas vrai que les « Etats européens ne savaient pas », parce que le pétrole subit divers mélanges, ou était raffiné ailleurs, transporté par des intermédiaires etc. Comment ne peuvent-ils pas savoir quand les prix pratiqués sont bien en-dessous de ceux du marché ?

Les Etats européens se comportent comme le feraient des acheteurs complices honteux de voleurs qui auraient trouvé un baril de pétrole « tombé du camion-citerne ». On le vend 25 au lieu de 100 $, mais on ne savait pas que ce n’était pas du trafiqué, de la contre-bande. Qui peut y croire ?

Par ailleurs, il n’est pas anodin de rappeler qu’on estime qu’il y aurait maintenant plus de 3 000 combattants européens dans les forces de l’EI, soit entre 15 et 20 % de ses forces, et le flot serait plutôt en augmentation.

Qui peut croire que ni les services de renseignement français, britanniques ou turcs ne peuvent contrôler ces flots ?

Peut-être y-a-t-il aussi des agents des services secrets occidentaux infiltrés dans ce groupe, remarquablement bien organisé (y compris dans le trafic de pétrole à l’échelle internationale!) malgré son petit nombre, alors quel rôle jouent-ils, ces agents ?

On ne sait pas toute la vérité sur l’Etat islamique. Mais chaque jour qui passe nous le confirme : l’Etat islamique a été armé, financé, aidé, soutenu par les Etats-unis et ses alliés dans la région, et même par l’Union européenne et ses Etats. Et alors, à qui profite le crime ?

 

Sources :

 

  • CNN, ISIS’ struggle to control its oil riches, 4 septembre 2014;
  • Al Monitor, Opposition MP says ISIS is selling oil in Turkey, 14 juin 2014
  • Washington Times : Pentagon: Most of Islamic State’s oil refineries in Syria have been destroyed, 30 septembre 2014
  • W. Times : Islamic State fighters drawing on oil assets for funding and fuel, 15 septembre
  • Daily Sabah, European diplomat: EU buys ISIS oil, 3 septembre 2014
  • AP, EU lifts syria oil embargo to bolster rebels, 22 avril 2013
  • The Independent, Islamic State: British fighters make up a quarter of foreign jihadists, 20 septembre
  • AFP, EU Counter-Terrorism Chief: Flow Of Europeans To ISIS ‘Isn’t Drying Up’, 24 septembre 2014
  • AP, ISIS Became The Richest Terrorist Group Ever By Raising Money Like A Mafia, 14 septembre 2014
  • El Watan, L’Occident veut-il vraiment en finir avec Daech, 23 septembre 2014
  • Middle East monitor, EU ambassador to Irak accuses european countries of purchasing oil from Islamic State, 3 septembre 2014

 

Vidéo de la conférence de Jana Hybaskova : http://www.youtube.com/watch?v=54OLF2rDSpo

 
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Publié par le octobre 2, 2014 dans Asie

 

La réponse massive russe aux sanctions occidentales : la Chine

 

Publié : 10 septembre 2014 | 17:00 GMT Mise à jour : 10 septembre 2014 | 17:00 GMT
 

Tandis que l’Ouest insiste toujours sur le fait que les sanctions ont de plus en plus isolé « la Russie dans le monde », les relations de ce pays avec d’autres Etats continuent de s’intensifier, surtout avec la Chine.

Alors que la menace d’une réaction « asymétrique » aux sanctions européennes a été assez forte pour agacer les dirigeants européens, le renforcement de la coopération entre la Chine et la Russie pourrait davantage nuire à la stratégie de l’Occident, selon un article paru sur le site Web zerohedge.com .

Par ailleurs, la Russie n’est pas aussi isolée que le pensent certains hommes politiques occidentaux.

Première autorités russes aujourd’hui une coopération plus étroite avec la Chine et se rendre à l’avantage des deux parties.

Récemment, il  a été publié que la Russie et la Chine ont convenu de développer le commerce bilatéral en roubles et yuan et renforcer la coopération entre leurs banques. En 2013, le chiffre d’affaires du commerce entre la Russie et la Chine a atteint 8.9000 milliards.

Selon le premier vice-premier ministre en charge de l’économie, Igor Shouvalov, Moscou tente d’atténuer les effets des sanctions économiques occidentales.

L’accord permet à des entreprises russes qu’elles collaborent plus étroitement avec les banques chinoises et reçoivent des fonds de leur part.


Selon diverses estimations, environ 50 % des contrats sont exécutés  en yuan et roubles, c’est-à-dire indépendamment du dollar.
 

 En conséquence les sanctions qui ont été conçues pour limiter l’accès au financement ne devraient pas avoir un effet très important, étant donné que les entreprises russes recevront l’argent nécessaire par le développement des banques chinoises. Pour la Chine, il est important de renforcer l’impact du yuan et de le convertir en monnaie de réserve du monde. Outre le fait que 32 % des réserves en devise chinoise, un montant de 4 milliards de dollars, sont investis dans la dette américaine.UU., Pékin pourrait réduire graduellement son investissement du dollar. 

 Au total, la Russie et la Chine ont conclu – ou négocient – 30 méga projets, dont certains sont évalués à plusieurs centaines de millions de dollars . Ce qui comprend des projets de construction de routes et de ponts, le développement du secteur de l’extraction des ressources minérales, l’agriculture et le transport.

En ce sens, par exemple, l’entreprise d’Etat énergétique chinoise CNPC peut obtenir une participation de 10 % dans le champ pétrolifère Vankor pour environ $ 1 milliard.

Donc, l’investissement dans les infrastructures énergétiques et les technologies de la Russie déjà se développe, malgré tous les efforts de l’Occident pour l’arrêter.

Aunque, por supuesto, si se obvian todos estos factores, Rusia se encontraría aislada del mundo, como afirman con ironía los autores de zerohedge.com.
Même si, bien sûr, s’il est évident malgré tous ces facteurs, la Russie serait isolée du monde indiquent d’une manière ironique les auteurs de l’article zerohedge.com .

http://actualidad.rt.com/economia/view/139859-china-respuesta-rusa-sanciones

 
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Publié par le septembre 11, 2014 dans Asie

 
 
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