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9 février 1950 : Le maccarthysme à l’oeuvre, rétablir les faits

beaucoup de choses sont dites aujourd’hui à propos du Mac Carthysme et certaines (comme dans la page de la revue « historique »  Hérodote) visent à justifier ou presque cette infamie. On commence à présenter le maccarthysme comme le simple prolongement d’un réflexe d’autodéfense justifié ou presque des Etats-Unis et de Truman  On va jusqu’à accuser désormais Roosevelt d’avoir livré certains secrets à Staline  à Yalta (ce qui est une fable qui fait de yalta ce qu’il n’a jamais été), on va jusqu’à accuser e parti communiste des Etats-Unis (qui avait alors 17.000 membres) de préparer une révolution insurrectionnelle et de manipuler grâce à Hollywood les pensées des citoyens innocents Etats-Unis. Exactement le contraire de la réalité.  Lire ce qui ose s’écrire aujourd’hui sur le Maccarthysme montre bien que nous ne sommes pas loin de ce retour à la chasse aux sorcières et que la résolution votée par le parlement européen qui identifie Communisme et nazisme (pour mieux tolérer de fait ce dernier) témoigne avec les répressions de syndicalistes, des mouvements revendicatifs de vers quoi on nous mène, si nous continuons à nous montrer aussi peu combatif pour dénoncer cette ignominie (note de danielle Bleitrach)

Le 9 février 1950, dans une petite ville de Virginie-Occidentale, le sénateur Joseph McCarthy brandit une liste de fonctionnaires du département d’État (le ministère des Affaires étrangères) qu’il accuse d’être des « communistes notoires » coupables de collusion avec l’Union soviétique et les agents de Staline.

Le sénateur Joseph McCarthyCe sénateur républicain du Wisconsin, un alcoolique de 42 ans inconnu du grand public, a la surprise de voir son propos repris par la presse nationale.

Il est dès lors entraîné dans une campagne hystérique qui va bouleverser l’Amérique triomphante de l’après-guerre.

Non seulement la Chine est en train de devenir communiste mais il s’avère que ce que les USA estimaient leur arme absolue utilisée à Hiroshima et Nagasaki, la bombe atomique est également possédée par les Soviétiques.

En 1947, dans le contexte de la guerre froide et de la course à l’arme thermonucléaire,  le président Truman institue des commissions, les « loyalty boards », pour repérer et écarter les fonctionnaires fédéraux coupables de collusion avec l’Union soviétique. Ces commissions envoient quelques fonctionnaires devant un tribunal mais sans résultat spectaculaire.

« Chasse aux sorcières »

La campagne du sénateur McCarthy relance les soupçons, d’autant qu’elle survient au moment de l’arrestation par la police fédérale, le FBI, des époux Rosenberg, accusés d’avoir livré à l’URSS des secrets atomiques.

Après l’élection du général Dwight Eisenhower à la présidence et surtout le triomphe du parti républicain au Sénat, en 1952, McCarthy accède à la présidence d’un sous-comité sénatorial d’enquête permanent. Désormais, un fonctionnaire peut être soumis à une enquête policière et révoqué sur un simple soupçon de sympathie avec l’Union soviétique de Staline.

Voyant un espion communiste derrière chaque personnalité du pays, hauts fonctionnaires, journalistes, cinéastes d’Hollywood et intellectuels de la côte Est, le sénateur se lance dans une délirante « chasse aux sorcières » (…)

Hollywood est particulièrement visé parce que certains scénaristes

LE PASSE CONTINUE A NOUS TRAVAILLER

Voici un texte que j’écrivais en 2008 comme une méditation sur les élections américaines et l’influence de l’usine à rêve hollywoodienne sur la vie politique américaine, l’histoire de la mise au pas de l’industrie cinématographique américaine pour qu’elle devienne cette vente permanente d’une Amérique rêvée et accompagne son hégémonie sur le monde d’un système de valeur qui autorise tous les brigandages.

« Le passé n’est pas mort, il n’est même pas passé »*
images[5]

Ils sont peut-être 200 millions à voter, mais le reste de l’humanité est spectatrice de la politique sur grand et petit écran. Avoir un candidat à la Présidence-dictature mondiale qui soit « une page blanche » sur laquelle chacun inscrit ses illusions et qui nous la rejoue John Kennedy, comme une nouvelle vie secrète de Walter Mitty, tandis que l’autre, Mac Cain, s’ingénie à copier John Wayne, prouve à quel point la politique est désormais affaire de script hollywoodien. Comment tout cela a-t-il été monté ? Comment un peuple de vagabonds rebelles, des Charlot, a-t-ils été rangé, canalisé, dans le rêve américain, électroménager, grosses bagnoles, et domination mondiale style Apocalypse Now, avec ce cauchemar de série B de film catastrophe que fut le 11 septembre ? Il faut revenir peut-être à une de ces moments clés, celui où l’usine à rêve, Hollywood, fut mise au pas.

l’Europe et l’Union Soviétique, comme d’ailleurs la Chine et le Japon sortaient dévastés de la guerre, les Etats-Unis connaissaient une ère de prospérité. 1945, c’est l’utilisation de la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki pour bloquer l’armée rouge qui avance vers l’armée japonaise. 1946, c’est l’année des premières campagnes de Joseph Mc Carthy et de Richard Nixon. Mais cette campagne hystérique anti-communiste prendra son véritable essor quand le 29 août 1949, l’URSS aura fait exploser sa première Bombe A dans le Kazakhstan. La paranoïa de l’ennemi intérieur culminera avec l’assassinat d’Etat en 1953 du couple Julius et Ethel Rosenberg. La guerre de Corée en 1950. Pourtant la purge a été entamée bien avant ce moment.

1946, l’année des grèves massives

Les syndicats avaient montré trop de puissance et de combativité : 1946 est l’année de la plus grande vague de grève de toute l’histoire américaine . 5000 grèves sont dénombrées, certaines paralysent des villes entières comme Pittsburg en Pennsylvanie, il y a jusqu’à 4.6 millions de travailleurs en grève.(1).. Ce conflit social va durer jusqu’au début de la guerre de Corée en 1950.

la Loi Taft-Hartley, parrainée par les milieux de la finance, sera une étape de la reconquête par le capital, elle bloquera effectivement la progression du syndicalisme américain. Elle exigeait en particulier que chaque dirigeant syndical déclare sur l’honneur sa non appartenance au parti Communiste sous peine pour son organisation de perdre son indispensable représentativité devant le National Labour Relations Board.(2) Des dirigeants tenus en laisse et mafieux, sous l’oeil bienveillant du FBI, prendront souvent la place des militants ouvriers grâce à cette loi. Mais son principal avantage pour le capital est qu’elle organise la coupure entre les communistes et le monde ouvrier.

La paix intérieure va être obtenue au moyen d’une répression intense, une répression politique mais aussi culturelle et c’est dans ce cadre là que Hollywood va être attaqué là encore sur pression directe des milieux d’affaires. Certains libéraux de gauche comme Arthur schlesinger qui sont pour que les communistes aient leurs droits civiques, et contre la liste noire, mais ne veulent pas d’eux comme fonctionnaires ou  » dans les lieux où leur activité présente une menace évidente et imminente », ce qui n’est pas le cas en 1949, puisque comme il le note « la demonstration est faite que les communistes peuvent être vaincus -dans le mouvement syndical, dans le mouvement libéral, dans le monde politique, dans celui des anciens combattants- par les moyens traditionnels: débat, identification et dénonciation » A partir de ce processus et en s’appuyant sur la loi Taft-Harley on pouvait chasser les militants communistes des syndicats, ou du moins des directions sans recourir aux excès de la liste noire et de la prison. (3) On imagine le soutien d’un tel courant qui est celui de revues intellectuelles libérales comme Commentary ou le New leader.

Pour Hollywood c’est la grande période. 1946 sera une année jamais dépassée de fréquentation cinématographique, au plan intérieur mais aussi au marché étrangers (4). La télévision est déjà là mais ses effets sur la fréquentation ne se feront ressentir qu’en 1950. Pourtant Hollywood connaît comme le reste du pays une grande vague de grèves, avec les mêmes mises au pas. Le syndicat militant des ouvriers est remplacé par un organisme plus souple qui regroupe tous les métiers de la production.(5)

La représentation

Voici pour le contexte social, maintenant il faut analyser le contexte culturel. A Hollywood déjà durant la crise des années 30 avait surgi une critique du cinéma des années 20. Ce cinéma complétement illusoire et de divertissement présentaiit les Etats-Unis comme le paradis, sans distinction de classe, où personne ne travaille, ou s’il le fait il s’agit d’ un métier amusant. En 1929 non seulement il y a la crise et cette image ne correspond plus au vécu des spectateurs, mais également le parlant, ce qui contraint à une autre maillage de la réalité. Le genre le plus caractéristique c’est le film noir de gangsters (5), les communistes introduisent le film gris. Alors que dans le film noir ce sont les problèmes psychologique, le destin individuel qui dominent, les communistes introduisent un contexte social. . Cependant il ne faut pas exagérer ce qu’ils peuvent introduire, il existe en effet une étroite surveillance et une censure .

En 1934, les studios hollywoodiens avaient établis un bureau de censure (production Code Administration sous la direction de Joseph Breen) pour veiller à la stricte application d’un code régissant le contenu des films adopté en 1930 (7).

Après la guerre, il y a un véritable renouveau artistique, on tourne hors studio, c’est un mouvement très inspiré par le documentaire auxquels beaucoup de cinéaste ont participé durant la guerre. On assiste à une toute nouvelle écriture cinématographique dont le symbole est le plan séquence hitchcockien de la Corde. Il arrive du théâtre de New York des admirateurs d’Orson Wells et parmi eux des gens très à gauche, voir communistes comme Nicolas ray, Elia kazan, Johen Berry, Cy Endfield, Josph Losey. le renouveau artistique est considérable.

Tuer la contestation dans l’oeuf

Comment passe-t-on de cette situation d’essor à celle du début des années soixante où l’anticommunisme est devenu un pur réflexe de toute la société? Et plus tard au triomphe à Hollywood d’un cinéma qui est retourné à l’illusion des années 1920. C’est paradoxalement à ce moment là quand le communisme a été vaincu que les libéraux pourront dénoncer la chasse aux sorcières menée à Holliwood comme une stupidité inutile alors qu’ils ont été d’accord avec celle-ci dans les années 40 et 50. Parce qu’à cette époque-là il y avait de multiples dangers de contagion sociale.

Ce qu’il faut bien mesurer le fait que tout au long du 20 e siècle sous la pression directe des milieux d’affaire, l’Etats nord-américain a tué dans l’œuf toute tentative si minime soit-elle de contestation de son système capitaliste, elle à refusé toute légitimité idéologique et culturelle à ses adversaires. Et s’est employé aux Etats-Unis comme partout dans le monde à mener un combat où elle a investi beaucoup d’hommes et d’argent sur le contrôle culturel. Les communistes avaient bénéficié du répit du new deal, puis de l’alliance avec l’Union Soviétique, dès que la guerre froide fut déclenché leur tour était venu à la fois à cause de l’agitation syndicale et parce qu’ils représentaient une remise en cause culturelle et politique du système qui ne pouvait pas être toléré. En ce qui concerne les communistes, mais aussi les syndicalistes réellement combatifs, autant que les mouvements de minorités réclamant leurs droits, ils ont été l’objet d’une surveillance systématique. Sous la direction de J. Edgar Hoover, nommé le 10 mai 1924 et demeuré en poste jusqu’à sa mort en 1972, le FBI s’intéressa particulièrement aux activistes politiques non accusés de crimes. Il s’interressa infiniment plus à eux qu’au crime organisé auquel il laissa beaucoup de latitude. Ce fut avec l’OSS le seul grand service américain qui faisait du renseignement à l’étranger sur le terrain essentiellement grâce à ses bureaux en Amérique Latine. Avec la création de la CIA, cette fonction lui a été retirée mais le FBI resta tout autant actif pour traquer les activites politiques non accusés de crime. Les dix d’Hollywood et tous ceux de la liste noire continuèrent à être harcelés et ceux qui leur accordaient une aide également.

Les purges ont précédé le Mc carthysme auquel on a voulu les réduire, elles ont commencé par le syndicalisme, mais a été aussi effacé des bulletins de vote comme de la conscience sociale tout ce qui prétendait être plus à gauche que le parti démocrate (8).

Dalton Trumbo, le grand scénariste, lui-même un des dix appellera ce temps « le temps du crapaud », où il faut avaler sa ration quotidienne de chair de crapaud pour survivre. La chair de crapaud pour Dalton Trumbo c’est le conformisme imposé. Les communistes ont non seulement tenté de faire apparaître l’exploitation et la condition ouvrière, mais ils se sont surtout illustrés dans la dénonciation du sexisme et du racisme dans les films (9 ) .On les accusera dans une Amérique où l’on pratique encore le lynchage et la ségrégation d’être des « amants des noirs ». .

D. Trumbo, un des « dix », refuse de témoigner – 1947

Hollywood lâche dix noms

Hollywood avait tenu tête à une précédente enquête menée par une sous-commision du Sénat chargée d’enquêter sur la propagande de guerre en 1941. Lorsqu’il est annoncé que Le Committee on Un-Americain Activities ou HCUA que vont avoir lieu des auditions sur les activités anti-américaines, la communauté se mobilise et repousse l’accusation d’influence communiste sur les films et dénoncent les possibles mises à l’index de communistes. Il se forme un Comité de défense du premier amendement. Mais le HCUA va marquer des points en montrant qu’il a en sa possession dix cartes de membres du parti, qui deviendront les Dix d’Hollywood, cela suffit pour entraîner le repli des libéraux (la gauche non communiste) (10)

Il paraît acquis que l’Industrie du cinéma a négocié la paix en lâchant dix noms et ne faisant que l’on attaque pas le contenu des films ce qui risquait de nuire à l’industrie. La Commission ne voulait pas défier les studios et l’industrie, elle voulait simplement isoler au départ les militant syndicalistes qui avaient crée le syndicat combatif le Conférence of Studio Unions et les libéraux trop à gauche (soutien de Wallace). Le HCUA collaborait étroitement avec le FBI et avait à sa disposition ses fichiers, La liste noire fut ainsi établi et encouragea la délation et elle alla bien au-delà des dix noms initiaux (11) Nul ne sait ce qu’il en advint et la Liste noire n’a jamais été suspendu pour ceux qui parfois en sous main négocièrent le reniement de leur appartenance au parti, non seulement celle-ci n’a pas disparu mais on a récemment fait état d’une autre liste noire, celle des opposants à la guerre en Irak.

L’événement a été simple : En 1947, dix témoins refusent de répondre devant le HCUA à des questions touchant à leur affiliations politiques et purgeront plus tard à cause de cela des peines de prison, ils sont condamnés pour outrage au Congrès. Ce sont dans l’ordre de leur comparution : » John Howard lanson, Dalton trumbo, Albert Maaltz, Alvah Bessie , Samuel Ornitz, Hebert Biberman, Adrian Scott, Eward Dmytrick, Ring lander et lester Cole.

Le mois suivant, les dirigeants des « majors » annoncèrent que ceux qu’on appelait «témoins inamicaux » ne trouveront plus de travail dans l’industrie cinématographique.

Il y eut deux phases, la mise à l’index déferla en vague successive et elle emporta bien d’autres gens , on peut dire que jusqu’en 1951, les scénaristes et réalisateurs sont libres de poursuivre leur carrière. Et paradoxalement durant cette période ils vont donner des œuvres importantes. On leur interdit de travailler, ils le font en sous main jusqu’à ce que en 1950 on les envoie en prison. C’est Dalton Trumbo qui est le plus actif dans ce travail en sous main où il finira par ridiculiser ceux qui cachent que les scénarios sont de lui. Son meilleur canular n’est pas celui où il obtient l’oscar du meilleur scénariste sous un faux nom, mais le film qu’il écrit avec un autre proscrit Joseph Losey(12), « le rôdeur ». Le portrait d’un fasciste ordinaire, un supporter potentiel de MacCarthy, la fin sur un terril désolé sur lequel il glisse était pour Losey le rêve américain. Un autre grand cinéaste Nicolas Ray, qui avait appartenu à la même école celle qui tourne des films où le héros est pris dans un destin social, sera celui qui élévera la plus forte protestation contre le procès des dix dans Johnny Guitar (1954) , c’est la situation des anciens communistes sommés de comparaître devant le HCUA, le héros doit lâcher un femme libre Vienna.

Il faudrait reprendre un à un tous les films, tous les scénarios qu’ont tenté de produire les proscrits, John Berry par exemple qui raconte la grisaille corrosive du chômage dans From This Day Forward (1946) ou encore avec le dernier film hollywoodien Menaces dans la nuit (1951) situé dans un milieu ouvrier, son acteur Garfield qui va mourir à 38 ans miné par les mises en demeur de l’HCUA qui le harcèle pour qu’il dénonce ses amis. . Encore le chômage dans le film de Cy Endfield The sound of Fuyr –fureur sur la ville 1950) qui est le chef d’ œuvre de ce type de film. Dmytrich cède le premier il devient en 1951 « temoin amical » et il fera aussitôt le film psychologisant exigé par Holywood. Dans l’homme à l’affut (1952) il va plus loin, il dénonce les crimes sexuels et propose la détention préventive « Ceux qui pourront être guéri le seront, ceux qui ne le seront pas resteront enfermés, il faut créer un appareil thérapeutique d’Etat. Après ce manifeste, en récompense on lui confiera le tournage de Ouragan sur le Caine (1954), le message du film est celui de l’obéissance aveugle à toute forme d’autorité.

Temoignages

Voici leurs témoignages quelques années après sur les conséquence de la Liste Noire : Témoignage de Alvah Bessie, dans la revue Positif n°39 en mai 1961 :« La tragédie provoquée par l’enquête de Hollywood est plus difficile à évaluer. A sa suite,
et à la suite des enquêtes suivantes, plusieurs centaines de scénaristes, metteurs en scène,
producteurs, acteurs et techniciens se trouvèrent sans emploi, balayés par la vague
anti-rouge, et réduit dans leurs communautés à la situation de parias.Après ma libération de Texarkana, en 1951, il me fut impossible de trouver le moindre travail. Je parcourus Los Angeles pendant trois mois. J’écrivis à tous les éditeurs de New York qui pourraient réagir avec sympathie, mais ne reçut point de réponse. […]Un riche industriel offrit de m’engager en qualité d’apprenti tourneur à un dollar et demi de l’heure. […] Puis Harry Bridges, un grand bonhomme à qui les hommes au pouvoir n’ont pas pardonné son rôle dans la grève de 1934, me recueillit et me fit venir à San Francisco comme second-porte parole et rédacteur à l’International Longshoremen’s and Warehousemen’s Union (Syndicat International des docks et entrepôts)… » Ainsi que de nombreux autres exemples dont Adrian Scott (producteur), qui refusa de coopérer avec l’H.U.A.C, se vit jeter en prison ; puis à sa sortie, il ne put produire de films qu’en 1970, soit 21 ans de « censure », il se trouvait sur la liste noire.Alvah Bessie : Travailler sous un pseudonyme. Témoignage de Dalton Trumbo ( écrivain), dans la revue Positif, dans les n° 64 et 65 en 1964 :« J’ai signé sous des pseudonymes : Robert Rich, The Brave One, Sam Jackson, Spartacus, […]. La liste noire a arrangé les petits producteurs pour lesquels j’ai travaillé pendant une période de dix ans. Ils pouvaient se permettre d’avoir un scénariste ayant beaucoup de métier pour peu d’argent. Ils me payaient deux millions par film, alors qu’avant la liste noire je touchais quarante millions d’anciens francs. […] J’ai rompu cette période de silence grâce à Kirk Douglas et au directeur de sa compagnie Edward Lewis, qui m’ont demandé en 1958 d’écrire le scénario de Spartacus d’après le roman de Howard Fast. Kirk voulait que mon nom soit au générique, sauf si United Artist si opposait. Ils refusèrent. J’écrivis donc le premier script sous le nom de Sam Jackson, et ne mis jamais les pieds sur le plateau. Mais Peter Ustinov et Charles Laughton intrigués découvrirent la vérité et en informèrent les journalistes, ce qui fit scandale, obligeant de ce fait United Artist à mettre mon nom au générique […]..

L’usine à rêves

Dans de telles conditions les films à message fut-il aussi conservateurs que Ouragan sur le Caine ne sont plus à l’ordre du jour. Après les 10 d’Hollywood ce sont des centaines de réalisateurs et autres travailleurs du film situés à gauche qui sont interdits à Hollywood, tout comme le type de film qu’ils étaient arrivés à faire entre 1947 et 1952.

Les principaux fils en vogue seront de « divertissement », ce sera le règne du western, du film de guerre qui encense l’Amérique, l’épopée biblique et le mélodrame bourgeois. L’autre Amérique a été étouffée, interdite.

Ce qu’il faut bien mesurer c’est que le choix d’un certain cinéma, usine à rêve et diffusant l’american way of life, ne fait pas des dégâts seulement aux Etats-Unis, en France c’est tout une école du cinéma qui est victime de la diffusion massive de ce type de cinéma, et de la prudence des producteurs français. Par exemple Jean Grémillon, le grand cinéaste français a vécu avec une grande violence d’engagement la Résistance. Il se lance à corps perdu dans des projets de films historiques à visée didactique et révolutionnaire sur la Commune, la Guerre d’Espagne, la Révolution de 1848, les mutineries de 1917, dont les commanditaires se désisteront tous les uns après les autres parce qu’il y a la réalité économique, les difficultés aux sortie de la guerre, la concurrence du cinéma de divertissement hollywoodien qui envahit les écrans selon l’accord Blum- Byrnes et même l’influence de la Guerre froide. Sans parler de Louis Daquin qui fut quasiment interdit de travailler Son oeuvre la plus remarquée a été « Le Point du jour », en 1949, un film portant sur la condition des mineurs.(13)

Maintenant nous en sommes à la situation où ce n’est plus le film qui doit aider à comprendre la réalité, mais l’illusion née dans les studios hollywoodien, la manière de vendre la marchandise, le désir du consommateur qui est mobilisé comme système de gestion de la planète. Le candidat n’est pas réel, il est une image, même l’événement n’existe pas il n’est que stratégie de communication. Est-ce un hasard si le 11 septembre a ressemblé à un film catastrophe de série B ?

Danielle Bleitrach (14)

(1) Georges Lipsitz, class and cultue in Cold War America : » Rainbow at Midnight » (South Hadley Mass 1982) pp 37-86

(2) En 1946, les Républicains prennent le contrôle du Congrès et vont faire adopter en 1947 la Loi Taft-Hartley.

(3) Schlesinger: The vital Center: The politic of freedom (Boston,1949), p.210 . On notera par ailleurs que Schlesinger dont une référence de wikipendia cité plus avant nous indique qu’il participa aux largesses de la CIA et qui reccommande l’utilisation de la dénonciation, Et bien sur ce libéral de gauche n’a pas de mots assez durs pour stigmatiser « la corruption morale et intellectuelle » des cinéastes et des scénaristes communistes qui acceptent de l’argent d’Hollywood et donc se méprisent eux-mêmes.
(4) L’accord Blum-Byrnes signé le 28 mai 1946 entre les Etats-Unis et la France liquide une partie de la dette Française (2 milliards de dollars) de la France aux Etats-Unis et offre même un nouveau prêt et une aide. En échange il impose une exigence cinématographique, culturelle autant que commerciale, toutes les salles doivent être ouvertes aux films étasuniens sauf une semaine par mois. C’est le Moyen pour les Américains de diffuser leurs valeurs autant qu’une industrie cinématographique.
(5) En 1947,Reagan était président du Screen Actors Guild, et a témoigné contre ses amis devant le H.U.A.C. de façon ignoble . Il a utilisé son poste de président au syndicat des acteurs pour épier ses amis. Il a d’ailleurs servi d’agent du F.B.I. (Féderal Bureau of Investigations), sous le nom de Agent T10. (Sa femme alias l’Agent T9).A eux deux, ils ont fourni des dossiers, des comptes-rendus, des informations divers sur tous les acteurs qu’ils soupçonnaient ou savaient communistes ou sympathisants. .Suite à cela, Reagan n’a jamais regagné la confiance des ses collègues dans le monde
d’Hollywood, qui le considérait comme un mauvais acteur et un être humain sans confiance.
Notons que Ronald Reagan devenait 33 ans plus tard, président des Etats-Unis …
(6) Quelqu’un comme John Howard Lanson, dramaturge et futur leader du Parti Communiste à Holywood adapte ses pièces à l’écran, il a des dialogues pénétrants et raffinés et d’une crudité sur les rapports de sexe, sur l’argent inconnus jusque là. Le capitalisme est dénoncé mais plutôt sous sa forme encore non aboutie, dans le sud avec le métayage du coton et les camps de travail (Curtiz et mervyn leroy). Un communiste Frank Tuttle se débrouille de créer des décors réalistes sur la misère ouvrière dans des films musicaux.
(7) Il y a une lecture des films à partir du jeu autour de ces interdits qui est tout à fait pertinente. Adorno et Horckeimer dans la dialectique de la raison dans le chapitre qui porte sur les industries culturelles décrivent le caractère incroyablement tatillon de cette censure. Alors que dans les années 1930, les cinéastes jouaient avec les interdits, dans les années 1940 il a débarqué un homme à poigne, Joseph Ignatius Breen, qui a obtenu l’appui décisif des ligues de décence et des catholiques tout-puissants. Lorsqu’il obtient qu’à la messe du dimanche les curés qualifient, désormais, de péché mortel la vision de films qu’il n’aurait pas approuvés,il a gagné.
(8) Il n’y a pas que le parti communiste, le parti socialiste tombera de 140.000 voix en 1948 à 2000 en 1956. Il ne doit rien y avoir au-delà du parti démocrate.
(9) Ce qu’il faut bien voir c’est que la grande répression qui se lance sur eux se double de divisions et de déchirement internes au sein de la gauche.
(10) Il s’agit de la gauche non communiste .Ils renoncent alors même que leur refus initial jouissait d’une grande popularité, puisqu’à cette époque 50 % de l’opinion refuse les auditions.
(11) Par exemple Charlie Chaplin. Victime du Maccarthisme (son nom figure sur la « liste noire »), il est harcelé par le FBI en raison de ses opinions de gauche, il se voit refuser le visa de retour lors de son séjour en Europe pour la présentation d’un film. Il renonce alors à sa résidence aux États-Unis et installe sa famille en Suisse jusqu’à la fin de ses jours. Après avoir reçu le Prix international de la paix en 1954, il tourne à Londres Un roi à New York (1957) où il ridiculise la “Chasse aux sorcières” menée dans l’Amérique de la Guerre froide. Il y eut d’autres victimes illustres, les frères Mann, Thomas et Heinrich. Berthold brecht qui réussit un numéro époustoufflant d’embrouille de la commission en contestant systématiquement la traduction.
(12) La carrière de Losey débute sous le signe d’un engagement politique au côté du Parti communiste américain. Sommé en 1952 de se présenter devant la H.U.A.C. alors qu’il tourne un film en Italie, il choisit de s’exiler en Grande-Bretagne. Son témoignage n’aurait sans doute pas amélioré son sort, sauf de le mener en prison. Après des études en Allemagne avec Bertolt Brecht, Losey retourne aux États-Unis, parvenant jusqu’à Hollywood.Durant le maccarthysme, il est interrogé pour ses liens supposés avec le Parti communiste et mis sur la liste noire d’Hollywood par les patrons de studio hollywoodiens. Sa carrière menacée, il déménagea à Londres où il continua à travailler comme réalisateur.Son film Le Messager (The Go-Between) a remporté la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1971. Même au Royaume-Uni, il rencontra des problèmes : initialement proposé pour diriger la production de Hammer films de 1956 pour X the Unknown, Losey fut évincé du projet, car après quelques jours la star Dean Jagger refusa de travailler avec un sympathisant communiste présumé.

(13) Voici ce qu’en dit une brève référence aux auteurs cinématographiques « Ses idées radicales sur les problèmes sociaux l’ont fait mettre au ban de l’industrie française du cinéma. A la fin des années 50, Daquin travaille en Roumanie, en Autriche et en Allemagne de l’Ouest. Il terminera sa carrière, dans les années 60, comme directeur de production, notamment de René Clément pour Paris brûle-t-il ? » Si la france grâce à l’influence du parti communiste et de ses intellectuels prestigieux mais aussi de gens comme Sartre résista bien à l’influence des stipendiés de la CIA, il n’en fut pas de même en Angleterre . Pour connaitre tout cela voir le livred de Frances saunders, quand la CIA menait le bal dans la culture. Voir également cet article de wikipedia qui apporte des informations intéressantes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_pour_la_libert%C3%A9_de_la_culture

Mais pour une industrie comme le cinéma, la réticence des producteurs à financer des films jouait plus encore que la bataille idéologique de la guerre froide, ou elle en accentuait les effets condamnant les cinéastes à ne plus pouvoir tourner du moins ce qu’ils désiraient, un cinéma didactique, tenant compte de la réalité.
(14) Entre autres sources je voudrais plus particulièrement citer Tom Andersen et Noël Burch. Les communistes de Hollywood, l’œil vivant, presse de la Sorbonne Nouvelle, 1994.

 

La Chine signale un début de réduction des nouvelles infections à NCP(pneumonie à coronavirus) à l’échelle nationale

Les nouvelles qui nous  parviennent de Chine sont plutôt positives, puisque le nombre de cas diminue à l’échelle du pays tous les jours sauf dans la province de Hubei dont le chef lieu est Wuhan qui reste en quarantaine et où les médecins, comme les ouvriers des chantiers de construction des hôpitaux et ceux qui assurent la vie des habitants travaillent jusqu’à 10 heures par jour.

Dans toutes les régions, à l’exception de la province du Hubei, (le centre administratif est Wuhan) le nombre de nouveaux cas confirmés de pneumonie à coronavirus (PCN) a diminué pour le sixième jour consécutif, a déclaré le Comité chinois de la santé. La dynamique positive est évidente..

Le 3 février, 3.200  nouveaux cas d’infection ont été détectés en Chine,  dont 890 en dehors de la province du Hubei.

Du 4 au 9 février, les chiffres sont 3,800, 3,600, 3,1 00, 3,3 00, 2,6 00 et 3 000 cas d’infection ont été détectés en Chine, respectivement.

Cependant, en dehors de la province du Hubei, ce chiffre ne fait que baisser chaque jour: du 4 au 7 février, du 5 au 70 février, du 6 au 9 février, du 7 a février, au 8 jusqu’à 509, du 9  février.

Les autorités chinoises ont déclaré que les indicateurs montrent l’efficacité de mesures de prévention et de contrôle strictes.

Rappelons qu’en Chine continentale,  40171 cas confirmés d’infection par une nouvelle pneumonie à coronavirus ont été détectés . Les victimes du PCN sont à ce jour de 908 personnes.

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Publié par le février 10, 2020 dans Chine, sciences

 

Un homme en uniforme afghan a tiré sur l’armée américaine avec une mitrailleuse

Au titre de ce qu’on lit dans la presse internationale qu’elle soit celle des USA ou de la Russie, voir de la Chine, il y a des nouvelles comme celles-ci qui témoignent du fait  que partout la présence des USA est mal vécue et provoque des incidents y compris ici avec l’armée officielle qui entraînent la mort des soldats. Au moment où Trump qui avait promis de se retirer annonce le maintien de sa présence en Syrie, établit un plan de paix en Israël qui ne peut que provoquer des tensions, va-t-il oui ou non quitter l’Afghanistan? En tous les cas on annonce les plus grandes manoeuvres US en Europe… (note et traduction de Danielle Bleitrach)

9 février 2020, 07:31
Photo: Rahman Safi / Xinhua / Zuma / Global Look Press
Text: Anton Antonov

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Les médias ont rapporté que plusieurs soldats américains sont  décédée des suites d’une fusillade avec les troupes afghanes. L’armée américaine en Afghanistan a confirmé qu’un homme en uniforme afghan avait ouvert le feu sur les Américains.


Le New York Times
 , citant des responsables afghans et américains, écrit qu’une fusillade entre soldats afghans et américains samedi a entraîné la mort des militaires des deux côtés. L’incident s’est produit dans la province afghane de Nangarhar lors d’une opération conjointe.

Reuters rapporte que les services de sécurité afghans ont annoncé un affrontement entre les forces américaines et afghanes. Cependant, un autre responsable a déclaré que jusqu’à présent, il n’y avait aucune information sur la question de savoir s’il s’agissait d’une attaque de militants ou d’un affrontement entre l’armée américaine et celle dAfghanistan.

Il est souligné qu’aen Afghanistan, il y avait souvent des attaques «internes» de terroristes introduites dans les rangs des forces de sécurité afghanes, mais récemment leur nombre a diminué.

Plus tard, le représentant officiel des forces américaines en Afghanistan, le colonel Sonny Leggett, a déclaré que deux militaires américains ont été victimes de l’attaque, six autres soldats américains ont été blessés. Selon Leggett, « selon des informations, un homme en uniforme afghan a ouvert le feu à partir d’une mitrailleuse sur les forces combinées des États-Unis et de l’Afghanistan », rapporte TASS .

« Nous collectons toujours des informations, les causes et les motifs de l’attaque sont actuellement inconnus », a-t-il déclaré.

En janvier, il a été signalé que deux militaires américains avaient été tués dans un véhicule militaire en Afghanistan .

 
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Publié par le février 10, 2020 dans Uncategorized

 

L’Occident se tait sur ses fautes alors que la Russie se bat la coulpe…

Selon l’auteur de l’article, visiblement un supporter de Poutine, à l’inverse des Russes qui ne cessent de critiquer le pouvoir y compris pour des vétilles, les médias. occidentaux au contraire cachent ce qui ne va pas du côté de leurs dirigeants. Ceci appelle deux remarques, la première est qu’il est vrai que nous voyons dans tout incident en Russie et plus encore en Chine la faiblesse espérée du pouvoir, à ce titre j’ai publié ici l’article du très officiel GlobalTimes sur le médecin mort à Wuhan et la manière dont le gouvernement central prônait la transparence et dénonçait la police locale, cela devient depuis plusieurs jours dans nos médias l’occasion de ne cesser de décrire la contestation dont souffrirait XI jinping. La seconde remarque est la manière dont l’image est ici inversée, ce sont les médias occidentaux qui sont de serviles lêche-bottes tandis que la presse russe serait impitoyable. A méditer (Note et traduction de danielle Bleitrach)

La même scène honteuse lors du défilé à Paris - les motards se sont heurtés à droite lors d'un événement officiel

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9 février 2020, 20:04
Photo: GONZALO FUENTES / Reuters
Texte: Victoria Nikiforova

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La société russe a maintes fois démontré une tendance à l’auto-flagellation – car toute catastrophe ou même simplement une erreur devient aussitôt  l’objet de blagues et d’intimidation de masse. Pendant ce temps, l’opinion publique occidentale est organisée différemment. Même des événements et des phénomènes extrêmement honteux sont interprétés en Europe et aux États-Unis d’une manière complètement différente.

Les médias occidentaux écrivent depuis longtemps sur notre pays en partant du  principe que  «la Russie est mauvaise ou rnulle». la moindre panne, le lancement infructueux d’une fusée, un défilé avec des couacs – et aussitôt les gros titres dans les tabloïds sont prêts, et les publications commencent plus intelligemment à expliquer pourquoi dans la Russie de Poutine, tout va toujours mal.

Cet agenda, comme une copie conforme, est cosplayé par de nombreux médias nationaux et réseaux sociaux. Toute crevaison est envahie de mèmes et de hashtags, et en tout cas, les autorités nationales pernicieuses sont à blâmer. Quel plaisir était quand, en 2016, le général Shevchenko, montrant à Poutine le nouveau Patriote UAZ, a arraché la poignée de la portière de la voiture. Et en 2015, presque toute la presse mondiale a réimprimé une photo du char Armata qui était tombé en panne  sur la Place Rouge.

Pendant ce temps, alors cette simple technique de propagande n’est jamais appliquée à ses dirigeants.en  Occident, tout peut se briser, exploser et brûler, mais les journalistes avisés arrêteront l’incident, ou (s’il est déjà impossible de le faire taire), ils lui trouveront les excuses les plus flatteuses.

La honte épique des gendarmes français qui ont réussi à entrer en collision  avec leurs motos lors du défilé du 14 juillet 2018 est passée totalement inaperçue  . Au lieu de manœuvrer magnifiquement, des officiers intelligents en leggings blancs sont tombés de leurs motos et ont ensuite essayé de les éloigner pendant longtemps pour faire rire le public. C’est arrivé juste devant le président du pays. Cela n’avait pas l’air dangereux, mais ridicule – dans l’esprit des comédies sur les gendarmes avec Louis de Funes. Cependant, il n’y avait pas de mèmes et une vague d’éditoriaux accusateurs dans les médias n’en avait pas.

Personne n’a prêté beaucoup d’attention à l’état des anciens chars, avec l’aide desquels ils ont célébré le jour de l’indépendance à Washington l’été dernier. Quelques « Abrams » installés dans le centre de la ville se sont révélés recouverts de rouille et  avaient l’air  complètement usés. Cependant, les masses ont pris des photos avec plaisir sur le fond des voitures minables. Et même les critiques les plus féroces du « défilé » militaire de Trump ont protesté contre l’esprit du militarisme, mais ils n’ont pas vu à quel point des vieux chars, clairement non lavés, représentaient le pouvoir de l’armée américaine.

Même lorsqu’une panne prend le chef de l’État par surprise, les journalistes n’essaient pas de faire preuve d’esprit ou de savoir ce qui est vraiment arrivé au leader et s’il a été exposé à un danger. Juste l’autre jour, lors d’une visite en Pologne, le président français Emmanuel Macron est monté dans sa limousine blindée, mais celle-ci a  calé . on a  dû transférer le chef de l’Etat à dans une Citroën, rapidement conduite par l’ambassadeur de France à Varsovie.

Les médias occidentaux se sont déclarés satisfaits d’une déclaration sèche  à ce sujet, bien qu’il y ait en fait un riche sujet d’investigation. Il serait intéressant de savoir ce qui est arrivé à la voiture présidentielle, si la panne ne se reproduit plus et si elle ne sera pas dangereuse à notre époque d’attaques massives et soudaines. Mais la presse démocratique est restée muette sur ce sujet.

De même, personne n’a remarqué une panne de la limousine blindée de Barack Obama en 2013. La voiture, surnommée « The Beast », a calé sur l’autoroute entre Tel Aviv et Jérusalem. Bien sûr, une limousine d’un million de dollars était protégée contre toutes les menaces apparentes – à la fois contre une attaque chimique et contre les missiles de croisière. Et pourtant, son échec dans l’un des pays les plus turbulents de la planète semblait très alarmant. Et encore – pas d’enquêtes, pas de commentaires sur les réseaux sociaux, pas de vagues

Cependant, il n’a pas été possible de taire un incident récent avec l’appareil numéro un, sur lequel la chancelière allemande Angela Merkel s’est envolée pour l’Argentine.

En novembre 2018, juste au début du vol transatlantique en Airbus, Konrad Adenauer a été   immédiatement refusé par tous les systèmes de communication. En plus de Merkel, son entourage  journalistique était à bord – environ 40 personnes. Les pilotes ont réussi à faire demi-tour et à poser l’engin de toute urgence à Cologne. Le Konrad Adenauer a atterri avec des réservoirs de carburant pleins et, sur le terrain, il se préparait sérieusement à la lutte contre le feu. Le commandant de bord a gardé des passagers de haut rang dans la cabine pendant plus d’une heure avant de s’assurer que tout était en sécurité et qu’il pouvait partir. De Cologne, la chancelière allemande  s’est rendu  en Argentine sur un vol de passagers régulier.

Merkel s’est envolée pour le sommet du G-20, et cet incident étrange a été largement médiatisé. Jusqu’à présent, cependant, les journalistes n’ont même pas essayé de savoir ce qui s’est réellement passé avec l’avion  numéro un, ce qui a provoqué une panne aussi dangereuse, qui miraculeusement n’a pas conduit au désastre.

Le ministère de la défense de l’Allemagne (et les vols de l’avion du chancelier sont le domaine d’activité de la Luftwaffe) a donné des réponses vagues et peu convaincantes à toutes les questions. La seule chose sur laquelle les dirigeants de l’armée de l’air allemande ont insisté, c’est qu’il n’y a pas eu de crime ou de sabotage dans l’organisation du vol, et dans une situation presque catastrophique, un seul petit équipement était à blâmer – la « boîte de jonction ». Selon une porte-parole du ministère de la Défense, elle s’est régulièrement écrasée sur d’autres avions, et rien d’autre.

En Allemagne, des rumeurs couraient selon lesquelles certains terroristes qui s’étaient infiltrés dans la Bundeswehr auraient pu être à l’origine de la panne. On soupçonnait que l’incident avec l’avion de Merkel était en quelque sorte lié à une attaque de pirates contre le gouvernement allemand, qui avait eu lieu peu de temps auparavant. Ils craignaient que tout cela ne ressemble à une tentative de tentative d’assassinat ratée contre la première personne du pays.

Pendant ce temps, les principaux journalistes ont consacré tous leurs efforts pour calmer le public agité. Démontrer que tout est en ordre et déconnecter les communications à bord du numéro un est un incident ordinaire, les journaux mélancoliques ont rappelé d’autres problèmes avec les avions du gouvernement. Il s’est avéré que l’avion, qui vole dans les rangs les plus élevés d’Allemagne, tombe en panne presque tous les mois.

Un mois avant l’incident de Merkel, le ministre des Finances Olaf Scholz n’a pas été en mesure de voler hors d’Indonésie – des rats indonésiens ont rongé des câbles à bord du numéro un. Peu de temps avant, le président Frank-Walter Steinmeier s’est retrouvé coincé en Afrique – le Konrad Adenauer est tombé en panne si souvent qu’il a bouleversé  tout le calendrier de sa visite officielle. En janvier 2018, le ministre allemand du Développement, Gerd Müller, a été contraint d’annuler son vol vers la Namibie – l’Airbus du gouvernement n’a pas pu être réparé.

La ministre des Affaires étrangères Heiko Maas, contrainte de voyager constamment, souffre le plus de cette situation. En 2019, il s’est retrouvé coincé à plusieurs reprises dans divers aéroports du monde et était en retard pour des réunions officielles, alors que son avion était en réparation à la hâte. Dans la capitale du Mali, Maas a attendu le départ des vingt heures entières – les techniciens ne pouvaient en aucune façon réparer le moteur.

Le triste état des avions du gouvernement allemand correspond exactement à la situation générale dans la Bundeswehr.

En 2017-2018, des rapports ont été publiés sur l’état des chars, hélicoptères et armes à feu allemands. Il s’est avéré que seulement 39% des armes lourdes peuvent être utilisées sans réparation préalable.

Dans la même tendance, le célèbre aéroport Willy Brandt de Berlin. Ce bâtiment inachevé a été érigé depuis 2006, il a été dépensé 3,5 fois plus que l’estimation initiale, et il est toujours debout et ne fonctionne pas, car presque toutes les normes qui pourraient être violées ont été violées pendant le processus de construction.

En général, la flotte civile allemande et la Luftwaffe sont confrontées à des problèmes systémiques. Cependant, aucune panique dans les médias, aucune hystérie sur les réseaux sociaux à ce sujet n’a éclaté. Et les journalistes américains de croyances démocratiques ont même trouvé l’occasion de flatter subtilement Frau Chancellor après l’incident avec le malheureux Conrad Adenauer.

« Peut-être que Merkel a secrètement apprécié cette situation », a écrit le journaliste du  Politico. – Bien sûr, l’Allemagne est puissante. Cependant, profitant de ces faiblesses lorsque cela est nécessaire, Berlin fait tout son possible pour cacher son pouvoir. Par conséquent, toutes les manifestations extérieures du pouvoir pour les Allemands sont tabous … Ce pays utilise toutes les occasions pour montrer au monde combien il est stupide.  »

Selon cette logique, la première personne en Allemagne en compagnie de journalistes éminents du pays a failli mourir juste pour un jeu politique subtil afin de jeter de la poudre aux yeux de ses concurrents et de se rendre plus faible qu’ils ne le sont vraiment. C’est ce qui ne doit être dit  en aucun cas – c’est une machine de propagande. Il vous permet d’imaginer sous un jour romantique  l’échec le plus médiocre de la direction politique.

 

 
 

les écrivains et les artistes cubains exigent le respect de leur peuple et de sa culture

Dans l’Union Européenne, ceux qui ne sont que de véritables agents du gouvernement des Etats-Unis dans ses pratiques criminelles contre le gouvernement de Cuba  jouent un rôle de lobby pour que soient diffusées des campagnes mensongères et en prétendant rallier des intellectuels, des gens des médias dans leurs campagne idéologique. Les écrivains et artistes protestent contre cette politique (note et traduction de Danielle Bleitrach)

05 FÉVRIER 2020

L’Union des écrivains et artistes de Cuba (UNEAC) a catégoriquement rejeté la tentative de certains parlementaires européens de disqualifier le modèle social adopté souverainement par les habitants de l’île et a exigé le respect de Cuba et de sa culture.

Après avoir pris connaissance de l’appel lancé à Bruxelles, siège du Parlement européen, à un événement visant à assombrir les relations entre Cuba et l’Union européenne, l’organisation qui rassemble l’avant-garde artistique et intellectuelle a envoyé un message aux promoteurs d’une manœuvre qui, loin de répondre  aux intérêts des personnes qu’ils représentent sur le continent, isuit les directives de la politique anti-cubaine féroce du gouvernement des Etats-Unis..

La réunion dans la capitale belge a été dirigée par l’eurodéputé espagnol José Ramón Bauzá et a été organisée par l’organisation non gouvernementale appelée Civil Right Defenders.

L’UNEAC a averti que «ceux qui s’emploient avec obstination à transmettre de fausses bases d’opinion aux parlementaires et aux politiciens européens sont en fait ceux qui se plient aux diktats qui les imposent de l’extérieur et qui reçoivent des fonds qui stimulent leur activités mensongères.

Dans leur déclaration, les écrivains et artistes cubains ont évoqué l’héritage de José Martí qu’ils honorent «pleinement engagés dans la création artistique et littéraire, la promotion des valeurs éthiques les plus élevées et une vocation irréductible au service de la patrie.
Message envoyé aux membres du Parlement  européen:
M. José Ramón Bauza Díaz

 

 
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Publié par le février 10, 2020 dans Uncategorized

 

Lula et «Pepe» Mujica célèbrent les 40 ans du Parti des travailleurs au Brésil

Les anciens présidents Lula et Jose «Pepe» Mujica lors de la célébration du 40e anniversaire du parti des travailleurs, au Brésil,le 8 février 2020.© DANIEL RAMALHO / AFP Les anciens présidents Lula et Jose «Pepe» Mujica lors de la célébration du 40e anniversaire du parti des travailleurs, au Brésil,le 8 février 2020.A l’occasion des quarante ans du Parti des travailleurs, les anciens présidents Lula et « Pepe » Mujica se sont affichés ensemble sur scène. Dans un discours croisé, ils ont appelé les jeunes à s’engager politiquement.Avec notre correspondante à Rio de JaneiroSarah Cozzolino

Le Parti des travailleurs de Lula fête ses quarante ans au Brésil. Pour marquer l’événement, le parti qui a gouverné le pays pendant 13 ans a organisé trois jours de festivité. Avec comme point d’orgue samedi 9 février 2020 : un discours croisé de l’ancien président brésilien aux côtés de son compagnon Pepe Mujica, l’ancien président uruguayen.

À 74 et 84 ans, Luiz Inacio Lula da Silva et José « Pepe » Mujica ont conscience qu’ils n’incarnent pas le renouveau en politique. Alors dans leur discours, ils ont chacun tendu une main vers la jeunesse. « Il faut que la jeunesse brésilienne prenne conscience qu’elle a une responsabilité politique, que c’est à elle de descendre dans la rue et de dire ce qu’elle veut », a déclaré l’ancien président brésilien.

Accusation de corruption

Face à une foule vêtue de rouge, Lula a posé avec deux bébés, jumeaux, qui lui ont été transmis de mains en mains par le public. De son côté, Bira Rodrigues, qui est venu de l’extrême Nord du pays, n’a pas pu faire partie du public. Il n’y a que 5 000 personnes qui ont pu rentrer. « Ça prouve qu’il est toujours un très grand instrument de mobilisation populaire au Brésil, et c’est d’ailleurs pour ça qu’il est pourchassé », estime-t-il.

► À lire : Lula libéré, le Brésil divisé

Accusé de corruption, Lula le répète, il est innocent et son parti n’a pas besoin de se soumettre à une autocritique. À 61 ans, Patricia Rabelo a adhéré au PT l’année dernière. Elle estime que Lula est la seule opposition politique crédible. « C’est le moment qui m’a fait venir parce que des choses, qu’on voit tous les jours, arrivent au Brésil sous Bolsonaro, c’est terrible », se désole-t-elle.

À neuf mois du prochain rendez-vous politique des élections municipales au Brésil, le discours de l’ancien président prend des allures de campagne électorale.

 
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Publié par le février 9, 2020 dans Uncategorized

 

Les nouveaux visages du nazisme

c’est de plus en plus le choix du capital, mais nous communistes « new look » nous portons notre part de responsabilité si nous laissons s’établir si peu que ce soit la monstrueuse équivalence entre nazisme et communisme. Et on contribue alors à cette dérive européenne d’autant plus préoccupante que le régime sensé s’opposer à l’extrême-droite devient de plus en plus autoritaire et belliciste. C’est pour cela que j’attends la suite après les municipales qui déjà nous aiderons à voir les alliances, les compromis, les tractations de ceux qui ont choisi de toujours plus faire pression sur les couches populaires et celles que l’on définit comme moyenne, prises de rage(note de  danielle Bleitrach)

nazisme

Sanny, 17 ans, allemand, fan de Hitler. Le 16 janvier au bar Golden Lion, le jeune homme travaille au milieu de symboles prisés des suprémacistes blancs : croix de fer, soleil noir (ersatz de la croix gammée) et revue officielle du parti néonazi NPD. | © Espen Rasmussen/VII-REA pour Paris Match

POLITIQUE

75 ans après la libération d’Auschwitz, des nostalgiques du IIIe Reich réapparaissent dans toute l’Europe.

 

Les paires de baskets écrasent la boue glacée d’un chemin dans une forêt de sapins. « Regardez, c’est joli ici, non ? » Dans un nuage de vapeur, Sanny pointe du doigt le donjon de la Wartburg qui s’élève au loin. Le château fut le théâtre des joutes de troubadours qui inspirèrent à Wagner le thème de son opéra « Tannhäuser ». À ses pieds, dans la vallée de Hörsel, s’étend la ville d’Eisenach, en Thuringe, une bourgade de 40 000 âmes plantée au cœur géographique de l’Allemagne. Jean-Sébastien Bach y naquit en 1685. Opel y construit ses voitures aujourd’hui.

Sanny, 17 ans, y cultive ses idées politiques pour demain. Il a les cheveux gominés, les joues roses, l’élégance d’un jeune dandy. Il est affable et, soixante-quinze ans après la libération du camp d’extermination d’Auschwitz, dans un sourire sans effronterie, il se dit néonazi. Pas de boots à ses pieds, mais des New Balance. C’est la marque préférée des néonazis depuis qu’un dirigeant de la société américaine a salué la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle. Des chaussures de Blancs, pensent-ils. La bande s’est retrouvée plus tôt à la gare d’Eisenach, point de rendez-vous avant de se lancer dans une « marche de l’hiver » dans la forêt alentour. Une balade pour mieux se connaître.

« Antifas » et « néonazis » s’affrontent dans la ville depuis deux ans

Ils portent presque tous un duvet d’adolescent et des doudounes The North Face. Oubliez la face escarpée des montagnes. Ils ont opté pour une traduction littérale : « Visage blanc ». Car Manuel, 16 ans, apprenti en cuisine, Janne, taillé comme un frigo allemand, 18 ans, menuisier, Dennis, 20 ans, chanteur dans un groupe de « métal teutonique guerrier», et tous les autres grimpeurs ont un rêve commun : préserver la blancheur de l’Allemagne. Sauver leur « race ». Ils sont entrés en contact via le groupe Junge Revolution (Jeune révolution), créé par Sanny sur Facebook. Et ont accepté le principe d’une marche.

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« On s’est retrouvés à 9 heures du matin, parce que les gauchistes dorment à cette heure-là », a dit le jeune leader. Quatre policiers et un chien les observaient dans le hall déserté. « Antifas » et « néonazis » s’affrontent dans la ville depuis deux ans. Une nouvelle bagarre a éclaté la semaine dernière. Un blessé. En Thuringe, en octobre 2019, l’AfD (Alternative für Deutschland), le parti anti-migrants, est arrivé deuxième, devant la CDU d’Angela Merkel. Dans son sillage, le NPD (Parti national-démocrate), historiquement néonazi, s’épanouit.

Les réfugiés et ceux qui les aident sont les plus exposés.

« On compte 24 000 sympathisants néonazis en Allemagne, 11 000 à 13000 sont des militants et un bon millier sont organisés », explique Fabian Wichmann, membre de l’association Exit Deutschland, une structure qui aide les néonazis repentis à se réinsérer. « Un chiffre stable, ils n’ont jamais disparu de la scène politique. Mais depuis deux ans et la forte montée de l’AfD, l’équivalent du Rassemblement national en France, la tension monte. Et on n’avait pas connu ça avant. » La police observe une augmentation des attaques contre les migrants. Selon l’Office fédéral de police criminelle, si les crimes antisémites sont stables en Allemagne, ceux commis contre les Turcs, les Arabes, les Africains ou les gitans grimpent en flèche : 193 en 2001, 1664 en 2018. La plupart d’entre eux visent des musulmans.

des supporters de l'AfD
Des supporters de l’AfD reprenant un extrait de l’hymne de la République démocratique allemande : « Laisse-nous te servir pour atteindre le bien, Allemagne, patrie unie ». © Martin Schutt/dpa-Zentralbild/dpa

« Les réfugiés et ceux qui les aident sont les plus exposés », confirme l’officier Laura Bossman. À Halle, en octobre, deux personnes ont été assassinées. Plus tôt, en juin, l’homme politique promigrants Walter Lübcke, membre de la CDU, a été tué lui aussi. Dans la gare d’Eisenach, les jeunes néonazis relativisent cette violence et refusent d’y adhérer. « Ces gens utilisent le nationalisme pour exprimer leur folie », résume Sanny. Au complet, les huit jeunes hommes ont pris un bus vers la campagne. Ils ont payé sagement leur billet. « Ce n’est plus à la mode d’être droit et honnête », a soufflé Lanne.

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Tous racontent à demi-mot une mise au ban, des instants de bascule, le rejet, la honte et finalement, la haine

La plupart n’ont pas encore leur permis de conduire. Ni même le droit de voter. Pour Sanny, ça sera le NPD. Pour d’autres, l’AfD. Les frontières sont poreuses. Le discours, très similaire. Sanny est devenu national-socialiste à l’âge de 13 ans, en 2015, quand l’Allemagne a accueilli des centaines de milliers de réfugiés syriens. « Je n’ai rien contre les musulmans s’ils vivent chez eux », dit-il. Sa mère, de gauche, l’a mis à la porte un an plus tard. Tous racontent à demi-mot une mise au ban, des instants de bascule, le rejet, la honte et finalement, la haine. Sanny a été renvoyé de plusieurs écoles à cause de ses idées politiques, il a aussi été arrêté par la police dans sa classe. « Les flics m’ont ramené chez moi et ont recherché des croix gammées [interdites en Allemagne] sous mon lit ! » Après être passé dans plusieurs groupes, il a fini par créer son mouvement. « Comme ça, je suis mon propre chef. »

Il dit observer la frustration des jeunes en Allemagne, « qui sentent que quelque chose ne tourne pas rond, sans pouvoir poser des mots dessus ». Il leur répond sur sa chaîne YouTube (2 000 abonnés, 100 000 connexions) en déclinant les théories néonazies dans une version bon chic, bon genre. « Avant, le national-socialisme était une sous-culture, maintenant on devient plus mainstream, c’est plus facile de faire passer les idées quand on ne fait pas peur. »

Le premier ennemi, ce sont les « politiques qui ne pensent qu’à eux et ne s’occupent pas du peuple »

La pureté biologique est chez lui, comme chez les autres, une obsession: « Regardez les États-Unis et le Brésil, ce sont les pays avec le plus de mixité et le plus de violence aussi. Inversement, l’Islande ou le Japon, les plus purs, ne connaissent pas de violence. »

Manifestation du parti allemand d’extrême droite Die Rechte. © IMAGO

Les huit progressent sur le chemin tortueux. On ne veut pas les questionner tout de suite sur les camps, les millions de victimes de l’idéologie qu’ils défendent. On leur demande quel est leur principal ennemi. Surprise : pas de diatribe sur les Juifs, ni même les musulmans, qu’ils renverraient quand même « chez eux » s’ils étaient au pouvoir. Non, le premier ennemi, ce sont les « politiques qui ne pensent qu’à eux et ne s’occupent pas du peuple ». La sente devient escarpée. On marche à la queue leu leu.

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« Le national-socialisme, ce n’est pas une idéologie, tente Sanny. C’est une manière de vivre et de voir le monde qui change en fonction des époques. Les Juifs ne sont plus un problème important. C’est plutôt l’immigration. Ma grande peur, c’est que dans cent ans notre culture soit perdue. » Ils n’ont pas lu Claude Lévi-Strauss, qui réfuta les idées de Gobineau selon lequel la dégénérescence vient du métissage. Mais ils connaissent Renaud Camus et sa thèse du grand remplacement. « Même le christianisme, il n’est pas d’origine européenne, finalement, c’est la même chose que le judaïsme et l’islam, lâche Dennis. Nos vraies racines, elles sont nordiques. »

La meilleure façon de défendre son idéologie est de l’innocenter de ses crimes

Dennis se considère comme un fils d’Odin, un paganiste, comme Himmler, le chef de la Gestapo. « Et puis, poursuit-il, on en a marre de visiter Auschwitz à l’école, de devoir s’excuser éternellement. Vous vous excusez pour Napoléon, vous ? » Puisqu’ils ont parlé d’Auschwitz, on leur demande clairement leur avis sur le sujet. Rires gênés. C’est « une mauvaise question. » Aucun d’entre eux ne veut s’exprimer : « Si on vous dit ce que l’on pense, on risque la prison », répondent-ils. Manière de reconnaître qu’ils sont tous négationnistes, un délit en Allemagne. « Ce sont les vainqueurs de la guerre qui racontent l’histoire », dit Lanne. Qu’importe l’immense travail des historiens, les documents, les preuves, les témoignages. La meilleure façon de défendre son idéologie est de l’innocenter de ses crimes. Fin de balade. La bande reprend le chemin du centre-ville. Sous sa casquette noire de tankiste de Panzerdivision, Lanne joue au guide et sa gentillesse placide est déconcertante.

« Ici, c’est la maison où Luther a traduit la Bible en allemand. » Quand soudain on lui demande ce qu’il pense vraiment de Hitler, il se lance comme s’il courait sur des braises: « Il a sorti l’Allemagne de la pauvreté après la crise des années 1930, il lui a permis de retrouver son orgueil après le traité de Versailles. Je suis d’accord avec ce qu’il a dit sur les races et la biologie, sauf que je ne pense pas qu’il y a des races supérieures. Il y a des races bonnes pour certaines choses, les Noirs courent plus vite que les Blancs par exemple. » « “Mein Kampf”, je l’ai lu, c’est ennuyeux, renchérit Dennis. Mais le national-socialisme n’a pas besoin de livre. Les choses changent tout le temps et on s’adapte. »

Hans dénonce le libéralisme culturel, les gays, le féminisme, l’immigration. « Oui, je suis un nazi, vous pouvez l’écrire ! »

La bande nous emmène à la rencontre de deux de leurs amis. Sur une gouttière, un sticker est collé : « Quartier nazi ». Voilà Hans et Franz, plus fermés et durs. Ils déboulent dans un drôle d’uniforme : casquette Nike, pantalon de survêtement Adidas noir, veste The North Face, baskets New Balance et… petit sac Wotanjugend en bandoulière, du nom d’un groupe néonazi russe responsable de profanation de tombes juives et musulmanes et d’au moins quatre agressions. « Le premier ennemi, c’est le capitalisme », lâche Hans, 22 ans, ouvrier dans le bâtiment. On lui fait remarquer son accoutrement. « Les ouvriers de New Balance sont tous américains », répond-il. Ils nous demandent de changer leurs prénoms. Vérifient la carte de presse.

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Ils pratiquent les arts martiaux dans une salle de sport nationaliste. Les « antifas » ont attaqué la salle la semaine dernière. Ils s’entraînent pour le combat. Hans dénonce le libéralisme culturel, les gays, le féminisme, l’immigration. « Oui, je suis un nazi, vous pouvez l’écrire ! » À une heure de route de la ville, la petite troupe se rend à Kloster Vessra, dans le magasin-restaurant Golden Lion tenu par Tommy Frenck, un trentenaire tatoué et musculeux. Le néonazi de l’imaginaire collectif. Il reçoit sa clientèle à biceps ouverts. « Ici, on est les bienvenus, entre Blancs. On vient six fois par an », explique Lanne. Les jeunes hommes commandent des cafés… au lait. Sanny a été recueilli par Tommy Frenck. Il habite à l’étage et joue les serveurs en attendant sa majorité. Le décor pullule d’objets à la gloire du IIIe Reich, bouteilles de liqueur à l’effigie des héros de la Wehrmacht, tee-shirts floqués de Stuka en piqué ou encore, pour les enfants, de « Licornes aryennes », des maquettes de char, des livres de guerre, un fatras à l’esthétique néonazie affirmée.

On en a marre, tellement marre d’avoir honte d’être allemand.

« L’adulation du IIIe Reich, c’est une manière de s’approprier le côté fort, puissant, de l’armée de l’époque, explique Falk Isernhagen, nazi à 14 ans, repenti dix ans plus tard. C’est comme se dire “Fils d’Odin”. Juste une façon adolescente de se rendre “cool”. » Les babioles de Tommy Frenck se vendent comme des petits pains. « Mon chiffre d’affaires augmente de 20% tous les ans depuis cinq ans », se réjouit le taulier qui doit ruser pour contourner la loi allemande : interdiction de vendre des svastikas, les runes qui forment le sigle de la SS, des objets à la gloire d’Adolf Hitler. Alors, sur le flocage d’un tee-shirt, il élimine les voyelles du nom du dictateur. « I love HTLR ». Le tour est joué.

Tommy Frenck voulait être pompier, mais les autres pompiers de la caserne locale ne voulaient pas de lui. Il se rembrunit quand il raconte cette anecdote. La frustration et l’isolement comme carburant de la rage. Lui aussi est obsédé par la pureté de la race : « Bientôt, il n’y aura plus d’Européens si on détruit notre identité biologique. On est comme les Indiens d’Amérique. » Lanne l’écoute et opine du chef. « Et puis on en a marre, tellement marre d’avoir honte d’être allemand… » Pour l’historien Wolfgang Benz, spécialiste de l’antisémitisme et du national-socialisme, ni Tommy Frenck et ses tatouages nazis, ni Sanny et ses amis, ne sont les vrais dangers qui menacent l’Allemagne : « Les néonazis, c’est exotique, bien pour les photos, mais ce n’est pas le centre du problème. La nouveauté, en Allemagne, c’est l’extrême droite qui diffuse dans le milieu bourgeois. Voilà le danger: la perte du centre et le fait que l’extrême droite est maintenant dans tous nos Parlements. »

On n’aura pas compris la leçon d’Auschwitz tant qu’on n’aura pas intégré que le problème n’est pas de dire du mal des Juifs, mais de dire du mal de quiconque.

Pour le Pr Benz, l’AfD est plus dangereux parce que beaucoup plus subtil. Ses idées nationalistes font leur chemin chez les médecins, les avocats. « J’ai 79 ans. Je suis l’extrême droite en Allemagne depuis des décennies. Le national-socialisme, c’est ma spécialité. Chaque fois, ces quarante dernières années, qu’un journaliste étranger est venu me voir en me demandant : “Alors, ça y est, ça recommence ?”, je répondais “non, désolé, c’est stable, ça reste très minoritaire”. Mais pour la première fois, depuis deux ans, j’ai perdu cette confiance. L’AfD n’est pas un phénomène temporaire et cette fois-ci les musulmans sont la cible. On n’aura pas compris la leçon d’Auschwitz tant qu’on n’aura pas intégré que le problème n’est pas de dire du mal des Juifs, mais de dire du mal de quiconque. Si on n’a pas saisi cela, on n’a rien compris. »

Manifestation contre le néonazisme et l’extrême droite. © Daniel Bockwoldt/dpa

Tandis que le groupe de Sanny s’éparpille dans la nuit de Thuringe, à Berlin, Falk Isernhagen, l’ex-nazi, a refait sa vie et ne regrette rien de ses années brunes. Il n’a gardé aucun ami de cette époque. Il raconte qu’on ne se déradicalise pas après un déclic. Au contraire, on protège farouchement son idéologie. « Rien n’est logique, mais ce n’est pas grave : tu le rends logique dans ton esprit. » Il faut des années, de nombreuses et minuscules prises de conscience avant, un jour, parfois, d’ouvrir les yeux. Aujourd’hui père d’un enfant, Falk n’a qu’une angoisse, trouver les mots pour lui expliquer son passé : « Il n’a que 1 an et demi et je me torture déjà. Comment lui raconter tout ça ? »