RSS

Pasolini : Une âme au Purgatoire

Il est des moments où être communiste, détester le petit bourgeois et le grand qui nous asservit nous voue à la solitude, et c’est souvent dans ce moment de fallacieuses réjouissances que sont les fêtes de fin d’années. Surtout en ce jour où les masques de l’unanimité nationale prétendent étouffer le cri de ceux qui n’en peuvent plus. On pense alors à Pasolini et à sa solitude provocatrice, à son assassinat (note de danielle Bleitrach)

©OZKOK/SIPA

©OZKOK/SIPA

Pendant près de deux ans, Pasolini tient une chronique dans l’hebdomadaire « Tempo » qu’il intitule Le chaos. Les éditions R&N nous offrent le plaisir d’éditer cet ensemble d’articles au sein desquels Pasolini ne cesse de repenser l’articulation du poétique et du politique. On connaissait le cinéaste et le poète, Le chaos nous présente un Pasolini sémiologue.

« Si un poète ne fait plus peur, mieux vaut qu’il abandonne le monde. »

Pasolini, 18 avril 1968.

Un intellectuel exclu

RN_LE-CHAOS_COUV-V2-179x300« Si je me prépare dans cette rubrique, à la marge de mon activité d’écrivain, à lutter, comme je le peux, et avec toute mon énergie, contre toute forme de terreur, c’est, en réalité, parce que je suis seul ». Par ces mots, Pasolini inaugure la rubrique qu’il tient dans l’hebdomadaire « Tempo » et pose un geste critique : il se présente comme un artiste solitaire prêt à en découdre avec les passions de son temps. Dans une veine parfois pamphlétaire, il s’en prend au bourgeois, vampire du corps social qui ne cesse d’aspirer selon lui les forces vives de la société mais aussi aux marxistes orthodoxes, à l’homme moyen, à la pornographie, à la télévision, aux fêtes de Noël et à tout ce qu’il suspecte d’être asservie au Capital. Comme il l’affirme lui-même au sein d’une de ses chroniques : « Je déteste le noble silence. Je déteste également une méchante prose hâtive. Mais mieux vaut une méchante prose hâtive que le silence ». Ainsi, Le chaos est-il un front de petites batailles quotidiennes que Pasolini mène avec rage. Pourtant, son goût pour la polémique n’entrave pas ses capacités de jugement, et il n’hésite pas à mettre en jeu sa stature d’écrivain, pourvu que celle-ci puisse servir sa cause : « Un écrivain doit-il feindre d’être éternel, grand, en dehors du temps, et utiliser le « quotidien » seulement s’il parvient à l’élever au rang d’une catégorie stylistique ? »  Mais c’est en travaillant sans relâche sur ce qui ronge son époque, Pasolini se permet précisément de penser le quotidien et d’en extraire ce qu’il peut avoir de politique mais aussi de poétique.

Le poète de la Cité

Pasolini nous fait pénétrer avec violence dans un monde qui nous semble parfois lointain. Des noms d’intellectuels et d’hommes politiques italiens, grecs ou trucs sont égrenés à une vitesse vertigineuse, à tel point qu’il peut être difficile pour le lecteur profane de s’y retrouver. Heureusement, ce dernier peut se référer à l’appareil critique élaboré par Philippe Di Meo dont les notes permettent de resituer avec davantage de précisions les enjeux politiques de cette époque tourmentée. On y retrouve les préoccupations sociales qui ont agité la fin des années 60 et Pasolini peut penser la question raciale sous l’angle du marxisme, si celle-ci lui permet une énumération aussi heureuse que vindicative : « Noirs, Européens du sud, bandits sardes, Arabes, Andalous etc., ont tous en commun d’avoir des visages brûlés par un soleil paysan, par le soleil des âges antiques ». À travers cette théorie fantaisiste, Pasolini poétise le politique.

Ses textes politiques sont émaillés d’images fulgurantes, parfois brillantes, et ses poèmes entrent toujours en résonance avec l’actualité.

Ses textes politiques sont émaillés d’images fulgurantes, parfois brillantes, et ses poèmes entrent toujours en résonance avec l’actualité. Ainsi, Pasolini prend fait et cause pour Panagoulis, homme politique grec durant la dictature des Colonels et écrit à son sujet un poème lancinant avant de livrer le journal qu’il a tenu alors que ce dernier était tenu captif dans les geôles fascistes : « La seule patrie / Est pour le moment dans les yeux noirs de Panagoulis ».Par ailleurs, sa description des villes de Lyon ou de Boulogne permettent de repenser la question du poétique et du politique à travers la question du quotidien. Au-delà de la beauté de ces villes, ce qui interroge Pasolini c’est la façon dont les gens vivent : « Que font ici ces gens ? Pourquoi ont-ils vécu ? ».  Si Pasolini s’intéresse à l’architecture des villes, c’est parce que l’agencement des bâtiments renvoie au visage politique de la ville : « Dans ces perspectives, de grandes maisons construites toutes selon un même module, sans fin, itératif (le moment du grand développement du premier capitalisme, sur la charpente des Lumières) -, comme de noirs nuages, d’acier, campent les habituelles coupoles à arêtes, ornées de statues vert-de-gris ». La parenthèse ici renvoie à l’incursion de considérations sociales au sein d’une étude architecturale de la ville.

Pourtant, Pasolini peut se livrer à la description sensuelle d’un paysage, célébrer la beauté de la lumière et la clarté du soleil. Son voyage en Turquie devient alors une expérience charnelle au cours de laquelle l’accession à la beauté et à la profusion du monde est vécue comme une rencontre sacrée. Cette communion avec le monde n’est pas sans rappeler la description extatique des paysages algériens par Camus dans Noces ou L’été : « Les arbres fruitiers ne font pas défaut : qui poussent – si purs et si parfaits d’en venir les larmes aux yeux – là, au beau milieu – au hasard. Verts d’une obscurité minérale, s’il s’agit de pommiers, ou de cerisiers – peu nombreux – tandis qu’abondent les amandiers, les pistachiers, et certains oliviers épineux. » L’abondance des arbres fruitiers dans la vallée de Nevehir entre en contraste avec le paysage presque désertique. L’énumération tend à embrasser un réel inépuisable qui se déploie sous les yeux du poète.

Pasolini sémiologue

41YP34P4KXL._SL500_Mais la publication des chroniques de Pasolini permet également de découvrir une autre facette de son œuvre. Si on connait le cinéaste et le poète, Le chaos nous donne à lire le sémiologue. Certains articles se présentent à la façon des Mythologiesbarthésiennes, tant Pasolini s’attache à démonter la mécanique communicationnelle dont sont parées les images de la modernité. Ainsi, il consacre plusieurs articles à la conquête spatiale au sein desquels il analyse la posture de l’astronaute : « La caractéristique principale des astronautes (aussitôt perçue d’après ce premier coup d’œil instantané sur leur image photographique) est celle d’êtres rassurants et un brin vulgaires. En cela aussi, les images astronautiques et les images publicitaires se ressemblent. » De même, Pasolini dénonce le show médiatique autour du premier pas sur la Lune en affirmant que cet événement n’intéresse pas réellement les Italiens et que la presse ne fait que « gonfler les événements comme en vertu d’un devoir, d’une délibération a priori ».  Selon lui, les trois astronautes incarnent « des types d’hommes moyens et parfaits, exemples de comment on doit être, inesthétiques mais fonctionnels, dépourvus de fantaisie et de passion, mais impitoyablement pratiques et obéissants ». La thèse de Pasolini d’une actualité saisissante tient en la formule suivante : « Le héros de cette entreprise n’est pas l’astronaute – qui en substance est un simple robot – mais la technique ».

Ces chroniques sont celles d’un homme hanté par les passions de son temps qu’il tente d’exorciser à coups d’invectives et de poèmes.

La même entreprise de démythification est appliquée à la fête de Noël perçue par Pasolini comme un point de jonction entre le Capital et la Religion. Pour le poète, l’Église est ainsi instrumentalisée par les grandes industries. D’une façon plus générale, Pasolini semble déplorer un certain vide spirituel qui s’empare du monde. Ainsi, l’avènement de la technique coïncide avec une résurgence du sacré qui se traduit selon Pasolini par une adoration du moteur, et une fétichisation de ses composants : « Cette religion du moteur constitue dans le monde moderne, religieusement dégénéré, une reprojection du Dieu classique des religions de la civilisation méditerranéenne ». Si la plume de Pasolini peut parfois sembler excessive, celle-ci répond à la violence d’une époque.

 

En définitive, et pour le dire avec les mots de Pasolini lui-même, ces chroniques sont celles d’une âme au Purgatoire, d’un homme hanté par les passions de son temps qu’il tente d’exorciser à coups d’invectives et de poèmes. Pasolini a l’intuition de la désagrégation de la société et de la fin des grandes idéologies. Il entre fréquemment en querelle avec des marxismes orthodoxes qui lui reprochent précisément ses positions peu dogmatiques. Il s’exerce également à la critique littéraire et artistique, à celle que Thibaudet nommait « la critique des maîtres ». En somme, Pasolini vit encore à travers ces textes.

  • Le chaos, Pier Paolo Pasolini, éditions R&N, novembre 2018, 192 pages, 20 euros.

 

Publicités
 

Benicio del Toro: « Je viendrais à Cuba même à vélo »

Ce que nous ont apporté les Cubains et que les gens de ma génération, ceux qui ont vécu toutes les trahisons de leur idéal communiste, n’oublieront jamais c’est le bonheur de participer à un combat de l’honneur, de la dignité, de rester debout quand tout le monde se couchait et se perdait dans la politicaillerie. La sympathie entre latinos en particulier les portoricains l’île jumelle selon Marti, mais aussi les espagnols qui reviennent toujours vers ce symbole de liberté est là (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Dans la magie particulière de l’hôtel Nacional, celle qui ruisselle tous les mois de décembre, j’ai vu un homme grand, coiffé d’une casquette et avec une barbe, assiégé par des clients ou des participants du 40 Festival Internacional del Nuevo Cine Latinoamericano.

En embrassant du regard l’assistance j’ai découvert Benicio del Toro, sans y réfléchir je me suis approché de lui: « Je suis journaliste, je t’ai rencontré à l’Uneac, comment es-tu arrivé ici » … « En avion », fut la réponse à ma question idiote alors qu’il ratait un ascenseur et riait. Je n’ai pas bronché, j’ai ri avec lui et j’ai continué « mais qu’as-tu apporté? » Il sourit encore avec malice et me dit  » Sicario, que tu as vu dans el Paquete” « . Et il a grimpé dans  l’ascenseur.

Rien de ce que j’ai dit n’était un mensonge. Je l’avais rencontré il y a quelques années à l’Uneac quand ils lui avaient décerné un prix, et alors il s’était montré aussi moqueur que moi  lors de la conférence de presse dans la salle bondée de Sancti Spíritus où un collègue l’a interrogé sur son voyage à Cuba et là il a rapidement réagi. « Cuba J’y viendrais même en vélo.  » Plus en plaisantant, il avait ajouté: il ne faut pas rater l’occasion, car «avec les États-Unis, il n’est pas facile de venir ici, cela n’a rien de facile!» .

À propos de Sicario, il a expliqué pourquoi la saga avait été filmée et comment il avait assumé ce personnage plongé dans le trafic de drogue. Sur le point de savoir s’il y a un projet à réaliser à Cuba, il ne voulait rien avancer, mais il semble que quelque chose soit en préparation.

Ce dont il a parlé avec plaisir, c’est d’une série télévisée « qui, dit-il, est déjà visible dans el Paquete”  « , qui comporte sept chapitres et qui a été produite par le réseau de télévision payant Showtime.

Benicio Monserrate Rafael del Toro Sanchez, né à San Juan à Porto Rico, naturalisé espagnol, a remporté les Oscars, le Golden Globe, le SAG, le BAFTA et le prix du meilleur acteur au Festival de Cannes. Il est connu pour des rôles tels que Fred Fenster dans The Usual Suspects, Javier Rodríguez dans Traffic, et Che Guevara dans Che, l’Argentine , parmi d’autres films. Del Toro était le troisième Portoricain à remporter un Oscar.

En ce qui concerne Cuba, c’est un ami qui revient toujours et qui jouit de l’appréciation et du respect des acteurs, des critiques et du public car, entre autres raisons, il a le même langage que nous, par exemple lors de la réunion avec des journalistes alors qu’il était question d’un personnage « en note »… Rien  ne  ressemble plus à un Havanais qu’un Madrilène, et vous qui me lisez vous pourrez le rencontrer dans n’importe quel coin de la capitale en ces jours de festival.

(Extrait du portail de la télévision cubaine)

 

 

 

 
Poster un commentaire

Publié par le décembre 13, 2018 dans Amérique latine, CINEMA

 

Politis : Juncker au centre d’un scandale fiscal impliquant 340 multinationales

Résultat de recherche d'images pour "milliardaires et juncker"

Les accords fiscaux secrets passés entre des centaines de firmes et le Luxembourg, afin de soustraire des milliards d’euros à l’impôt, ont forcément été couverts par le président de la Commission européenne.

Quarante médias internationaux s’appuyant sur des documents obtenus par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) viennent de révéler l’existence d’accords fiscaux secrets entre le Luxembourg et 340 multinationales, dont Apple, Amazon, Ikea, Pepsi ou Axa. Ces accords, qui permettent à ces firmes de minimiser leurs impôts, représentent des milliards d’euros de recettes fiscales perdues pour les États où ces entreprises réalisent des bénéfices, selon l’ICIJ et ses médias partenaires, dont Le Monde en France, The Guardian au Royaume-Uni, le Süddeutsche Zeitung en Allemagne, l’ Asahi Shimbun au Japon. Ils ont été passés entre 2002 et 2010, soit à une période où Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne depuis le 1er novembre, était aux commandes du Luxembourg. Ministre des Finances du Grand Duché du 14 juillet 1989 au 23 juillet 2009, il a également été son Premier ministre durant près de 19 ans, du 20 janvier 1995 au 4 décembre 2013. Non seulement M. Juncker ne pouvait ignorer les pratiques mises à jour par l’ICIJ, mais aux postes qu’il occupait il les organisait.

On savait que le Luxembourg était le Duché de l’évasion fiscale. L’intérêt de l’enquête de l’ICIJ est d’en expliquer le mécanisme, révélant par là-même la complicité du pouvoir politique luxembourgeois. La pratique du « tax ruling », mise au jour dans cette enquête de six mois baptisée « Luxembourg Leaks » ou « LuxLeaks », est légale. Elle permet à une entreprise de demander à l’avance comment sa situation sera traitée par l’administration fiscale d’un pays, et d’obtenir certaines garanties juridiques. Les groupes concernés réalisent ainsi des milliards d’euros d’économies chaque année grâce à la création d’une filiale, d’une holding ou au déplacement d’un siège social sur le territoire du Grand-Duché. Avec pour but de payer le moins d’impôt possible. Les 28 000 pages d’accords fiscaux secrets auxquels l’ICIJ a eu accès concernent 340 grandes entreprises – notamment Apple, Amazon, Verizon, AIG, Heinz, Pepsi, Ikea – et proviennent toutes du grand cabinet de conseil et d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC). Ces accords ne concernent donc que les entreprises clientes de PwC. Et le Luxembourg n’entend pas renoncer à la pratique du « tax ruling » : Elle « fait partie de notre patrimoine et nous voulons la perpétuer dans le respect des règles » , déclarait son ministre des Finances, Pierre Gramegna, dans Le Monde du 29 octobre. Avant d’ajouter, non sans cynisme : « Le maintien d’une certaine compétitivité, loyale, entre les États dans le domaine fiscal est indispensable. »

Que ces mécanismes d’optimisation fiscale soient légaux n’en diminue pas le scandale à l’heure où l’Union européenne et ses États membres réclament sur tout le continent à leurs citoyens de se serrer la ceinture au motif qu’il n’y aurait plus d’argent dans les caisses. Derrière la technicité de ces mécanismes révélés par l’ICIJ, il y a des législations qui les ont permis, ces législations relèvent de décisions politiques voulues ou approuvées par des responsables politiques. Ces derniers devraient maintenant rendre des comptes. Dans une démocratie, c’est ainsi que les choses devraient se passer. Mais l’Europe en est-elle seulement une ?

Lorsqu’à l’été dernier il s’est agi de désigner le président de la Commission européenne , nul ne pouvait ignorer que Jean-Claude Juncker, qui était le candidat de la droite (sortie en tête des élections européennes), était aussi le candidat des paradis fiscaux. Lire > Européennes: Juncker, candidat de la droite et des paradis fiscaux Cela n’a pas gêné la plupart des sociaux-démocrates, François Hollande inclus, qui ont accepté de l’introniser. On a même vu Daniel Cohn-Bendit appeler ses amis Verts à faire de même, en vain. À ces derniers, Jean-Claude Juncker a été jusqu’à promettre de « lutter contre la fraude et l’évasion fiscales » , promesse réitérée en séance plénière. Hier, interrogé sur le « Luxembourg Leaks » lors de son premier point de presse, Jean-Claude Juncker a promis de ne pas intervenir dans l’enquête européenne sur la pratique fiscale de « tax ruling » qui vise le Luxembourg et trois autres pays1. Ne pas intervenir n’est pas tout à fait ce qu’on attendrait d’un responsable politique déterminé à lutter contre l’évasion fiscale.

Un moyen simple de lutter contre l’évasion fiscale consisterait à rétablir « la souveraineté fiscale »en taxant les bénéfices là où ils sont réalisés. C’est ce que recommandait l’OCDE dans un document à destination du G20 publié en septembre. Mais c’est sans doute contraire à la religion néolibérale de Jean-Claude Juncker.

À lire > Barroso à Goldman Sachs : l’éthique en toc de la Commission européenne


  1. Cette enquête ne porte que sur des accords passés par le Luxembourg avec Fiat Finance and Trade, qui fournit des services de gestion de trésorerie au groupe automobile Fiat. Les trois autres visent : 1.L’Irlande pour des accords passés entre l’administration fiscale et le géant américain d’internet Apple, soupçonné d’avoir bénéficié d’un traitement de faveur contraire aux règles européennes de la concurrence. 2. Des soupçons d’avantages fiscaux accordés par les Pays-Bas à la chaîne de cafés Starbucks. 3. Gibraltar, cette dernière enquête ayant été ouverte en octobre. 

 
2 Commentaires

Publié par le décembre 12, 2018 dans Economie, Europe

 

Un dévoiement permanent et la seule réponse possible…

Résultat de recherche d'images pour "attentat de strasbourg"

Bien rares sont ceux qui à l’écoute de l’attentat de Strasbourg et le passage en boucle à la télévision de cette seule information ne s’interrogent pas. Quand on considère les mesures prises au plan national qui reviennent à tenter d’interdire les manifesations, on se demande quelles informations peuvent inciter le gouvernement et la présidence à une telle violation des libertés publiques sur l’ensemble du territoire? .

il s’agit en effet  du plan vigie pirate à son plus haut niveau 3, qui permet de surveiller les routes, en empêchant par exemple les ronds points d’être occupés, mais aussi interdiction des manifestations et surveillance des lycées…

C’est de là que peuvent surgir bien évidemment quelques doutes sur l’opportunité de l’attentat de Strasbourg.Comme de la manière dont le gouvernement et la droite se sont précipités pour récupérer l’événement. Par ailleurs,  nous avons connu le temps des Pasqua, de sac et de corde, on peut toujours souligner que Castaner est issu de la même portée, mais personnellement je n’irai pas jusque là parce que  ce serait trop grave de le faire sans preuve. La seule chose que l’on puisse faire avec le minimum de compassion et de décence qui s’impose  c’est de manifester notre solidarité aux Strasbourgeois et aux familles endeuillées. .

L’attentat est un terrible crime avec un coût humain insupportable, mais est-ce que les mesures d’ordre public qu’il provoque sont justifiées? Est-ce que le territoire national est menacé et par qui? Il y a eu les casseurs, les terroristes n’existaient pas ou plutôt on y pensait pas, maintenant nous sommes passés de la guerre civile à la guerre tout court. Un tireur à ce que l’on dit isolé erre et tout en serait bouleversé, les revendications devenues anti-patriotiques? C’est à partir de là que l’on s’interroge sur ce que cherchent les voix qui se succèdent et qui pratiquent les amalgames les plus douteux. Qulle relation peut-on faire entre les gilets jaunes, les manifs dans l’unité syndicale, les lycéens et le terrorisme? C’est pourtant l’amalgame auquel on nous invite, ça et le coût des « mesures » sont confondues pour taxer ceux qui protestent d’être liberticides.

TRépétons-le,   si l’on ne peut pas accuser le pouvoir d’être à l’origine de l’attentat, en revanche la manière de l’utiliser laisse planer  quelques doutes  et incite les esprits à noter  la coïncidence d’avoir laissé passet un tel crime à cette date. Alors que le pouvoir ne sait comment se dépétrer de la colère, du soutien aux gilets jaunes, et  à la veille de la grande manifestation unitaire du 14 octobre.  aAors que les gilets jaunes ne se montrent pas convaincus,  comme la majorité des Français, par les mesures de macron. L’attentat qui perrmet d’interdire les manifestations autant qu’il prétend créer diversion médiatique: un tueur dans la nature et la menace doit renforcer l’unité nationale… C’est devenu le discours officiel et on voudrait que l’on ait pas de doutes?

Autre dérapage indécent, le discours du président faisait la part belle à marine Le Pen, introduisant le thème de l’immigration que malgré les efforts de cette dernière et de son parti elle n’arrivait pas à introduire au coeur des revendications. L’attentat est clairement utilisé pour faire la part belle à  la droite et de l’extrême-droite, faire oublier leur accord sur la non remise en  cause l’ISF, leur accord sur le fait de faire la charité avec nos impôts. .Faire monter Marine Le pen, se présenter aux européennes et dans la foulée aux élections locales comme la seule alternative au fascisme qui monte en Europe, voilà la stratégie politique de Macron. Elle correspond au plan syndical au retour aux « corps intermédiaires » patronaux et on assiste à la campagne qui invente la CFDT comme le premier syndicat de france. C’est tout cela qui donne corps au « complotisme » devenu  le miroir malsain d’une politique de dupe.

Non on ne peut pas accuser le pouvoir d’être à l’origine de pareil massacres parce que la seule réponse serait non seulement la destitution mais l’incarcération, et nous n’en sommes pas là, mais quand on voit la manière dont le dit pouvoir en utilise l’opportunité pour régler une situation qu’il ne veut pas régler dans le sens de la justice,  on peut s’interroger sur le fait que cet attentat là n’ait pas été déjoué et comme le murmurent les réseaux sociaux, un gilet jaune avec des lunettes de psicine soit arrêté alors qu’un individu recherché le matin même peut se ballader avec un kalachnikov sur un marché de Noêl.Le doute taraude les esprits les moins prévenus: faudra-t-il au moins trois voire quatre jours, disons jusqu’à samedi soir, pour mettre la main sur le meurtrier ?

Ces interrogations ne viennent pas de nulle part, il ne sont pas le produit  d’un esprit « complotiste », mais ils prennent corps devant l’injustice, par le d’un traitement indigne qu’il ne craint pas d’infliger  suivant que vous soyez puissant ou misérable,le « complotisme » reflète le doute face à un pouvoir qui démontre sa nature de classe, il en est la ragôt faute d’explications et d’actions à la hauteur.

En tous les cas cela n’allégera pas l’atmosphère, la seule réponse à cette univers de boules puantes est de rester sur le fond et le fond c’est que le pouvoir n’a pas répondu aux exigences et que tous doivent le dire le 14 décembre, en outre une des leçons de ce grand mouvement que l’on tente d’empêcher et de dévoyer est le besoin d’unité et d’organisation collective de classe.Tous nos efforts doivent porter sur cet événement-là et refuser tous les dévoiements que l’on tente comme une manoeuvre ultime d’imposer à un peuple qui les refuse.

Ce pouvoir est décidemment aux abois et il ne lui reste plus qu’à apeurer les Français avec l’aide de médias aux ordres, c’est une forme de fascisation et on y répond seulement par l’unité, par le refus du politicien et des divisions de toute formes, par le souci de bien rester sur la revendication générale: vivre dans la dignité , dans la sécurité et d’abord celle d’un emploi stable, d’un salaire décent, de savoir que l’avenir de ses enfants est assuré et que votre vieille’sse sera honorable, autant que votre droit à être soigné, ce modèle français si décrié…

Danielle Bleitrach

 
2 Commentaires

Publié par le décembre 12, 2018 dans actualités, POLITIQUE

 

Pologne : les effets paradoxaux de l’anticommunisme par JACQUES KMIECIAK*

Depuis le retour au pouvoir du parti Droit et Justice (PiS), l’accélération du processus dit de « décommunisation » via des débaptisations de rue est de mise au-delà de l’Oder. Cette campagne de diabolisation du passé récent de la Pologne suscite de vives réactions, notamment, dans le nord de la France.

Dès 1990 et la restauration du capitalisme en Pologne, la « décommunisation » revêt divers aspects, tant économiques (privatisation des entreprises, des logements), stratégiques (adhésions à l’OTAN puis à l’Union européenne), administratifs (lois de lustration de 1997 et 2006 visant à interdire l’accès à la fonction publique d’anciens « collaborateurs du régime ») que politiques (interdiction des symboles communistes en 2009).

Le souci de réappropriation de l’espace public par les tenants du libéralisme se traduit aussi par une première vague de débaptisations de rues et places évoquant le mouvement ouvrier. Exit les rues portant le patronyme de Rosa Luxembourg, militante féministe et pacifiste, théoricienne du marxisme ; déboulonnées les statues de Lénine, le père de la révolution d’Octobre. Fleurissent alors les artères à la gloire de Jean-Paul II, le chef de l’Église catholique, du général Władysław Anders, héros de la bataille du Monte-Cassino et croisé de l’anticommunisme, ou encore du maréchal Józef Piłsudski, « père » de l’indépendance recouvrée en 1918 et dirigeant, de 1926 à sa disparition en 1935, d’une Pologne sombrant dans l’autoritarisme.

Réécriture de l’Histoire

Depuis le retour au pouvoir, à l’automne 2015, du parti Droit et Justice (Prawo i Sprawiedliwość, PiS) de Jarosław Kaczyński, cette campagne dite de « décommunisation » gagne en intensité. Même si ce concept doit être mis entre guillemets tant « le mot communisme n’a pratiquement plus été utilisé en Pologne depuis la Seconde Guerre mondiale jusque dans les années 1980 puisque le régime était ‘socialiste’. À ce moment, les courants d’opposition les plus pro-libéraux ou nationalistes l’ont repris pour désigner ‘le régime’ et ses partisans sous un angle péjoratif. Ce terme a constitué après 1989 un élément de légitimation et de recherche d’un ennemi pour le nouveau régime, toutes orientations confondues. Simultanément a commencé une réécriture de l’histoire, dans les manuels scolaires notamment, et de la symbolique visuelle du pays (monuments, noms de lieux, etc.) », précise l’historien Bruno Drweski(1).

Le jusqu’au-boutisme du PiS

Désormais, le PiS imagine parachever l’œuvre amorcée il y a près de trois décennies. Ainsi en septembre 2016 entrait en vigueur une loi interdisant toute référence au « communisme » dans l’espace public. Les collectivités locales ont alors un an pour changer les noms des rues et places évoquant des « personnes, organisations, événements ou dates qui symbolisent le communisme ». Il s’agit de bannir de l’espace public toute référence à la Pologne populaire (1944 – 1989). Mais pas seulement. Opposants au tsarisme au début du XXe siècle, combattants du fascisme en Espagne, résistants à l’occupant nazi, pour peu qu’ils aient été porteurs d’un idéal d’émancipation, aucun militant n’échappe à la stigmatisation du PiS et de son bras idéologique, l’Institut de la mémoire nationale (Instytut pamieci narodowej, IPN) qui a établi sur son site Internet une « liste noire » d’indésirables. Comme s’il s’agissait de « nier toute la tradition de la gauche radicale polonaise », souligne l’universitaire Pawel Sekowski de Cracovie(2).

Fonctionnant comme un véritable « ministère de la Mémoire », selon la terminologie empruntée à l’univers orwellien, l’IPN ambitionne la réécriture de l’histoire de la Pologne dans un sens ultranationaliste et clérical.

*

Écho hexagonal

Rien d’étonnant cependant à cette offensive sans précédent à l’heure où « une majorité de citoyens polonais continue à considérer que le bilan de la Pologne populaire est positif » et où la crise « économique et sociale commence à être de plus en plus mal supportée », poursuit Bruno Drweski.

Moins attendue peut-être, cette campagne de démonisation du passé socialiste de la Pologne a suscité une levée de boucliers dans le nord de la France. Et pour cause : en effet, dès l’entre-deux-guerres, des liens privilégiés y ont été noués avec le pays de Mickiewicz. Au cœur d’un bassin livré, jadis, à l’exploitation charbonnière et où vivent des milliers de descendants d’immigrés polonais venus dans l’entre-deux-guerres relancer la production charbonnière(3), des voix se sont élevées contre la volonté des autorités polonaises de revisiter l’histoire.

Ici, l’attention de la population s’est portée sur la Silésie où, dès 1945, ont été rapatriés des centaines de mineurs polonais soucieux de participer au redressement d’une Pologne meurtrie par six années d’occupation nazie et les combats de la libération(4).

La mémoire de la Résistance affectée

Sous l’impulsion de l’IPN, la municipalité de Walbrzych (Basse-Silésie) a d’emblée envisagé de débaptiser la rue de la Famille Burczykowski, du nom de résistants de Sallaumines (Pas-de-Calais). Le père est mort à Sachsenhausen (Allemagne) où il a été déporté en raison de sa participation à la grève patriotique des mineurs de charbon de mai-juin 1941. Trois de ses fils ont été assassinés par les nazis qu’ils ont combattus les armes à la main. Sur la sellette également, Bronislaw Kania des Francs-tireurs et partisans (FTP), décapité à la prison de Cuincy, près de Douai, en 1943. Idem pour le syndicaliste de la CGT Thomas Rabiega qui, du temps du Front populaire, s’était illustré sur les carreaux de fosse en grève. Au cœur du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, le choc est immense. Et l’incompréhension totale. « Comment osent-ils toucher à la mémoire de héros de la lutte antinazie ? », se demande-t-on.

Le maire (PCF) de Sallaumines, Christian Pedowski, écrit alors à Roman Szelemej, son homologue de Walbrzych, pour lui signifier qu’ici le nom des Burczykowski « symbolise la résistance à l’occupant nazi dont votre pays comme le nôtre ont eu tant à souffrir. L’engagement de ces Francs-tireurs et partisans était un modèle d’abnégation. Il a largement facilité les conditions de la libération de notre territoire. Prétendre débaptiser cette rue, ce serait faire offense à la mémoire commune franco-polonaise de la résistance au nazisme, mais ce serait aussi s’attaquer au prestige de la France en Basse-Silésie ».

En février 2017, l’association Les Amis d’Edward Gierek lance l’Appel des 133(5), signé par des parlementaires, d’anciens résistants et autres syndicalistes et envoyé à l’ambassadeur de Pologne en France. Il lui est demandé de « bien vouloir signifier aux autorités compétentes notre volonté de conserver intacts ces témoignages de la France combattante au cœur des Sudètes ». Celui-ci restera cependant silencieux.

L’A21 rebaptisée aux couleurs de la Pologne

Le 8 juillet 2017, l’A21 qui relie Lens (Pas-de-Calais) à Denain (Nord) est inaugurée et baptisée « Autoroute de la Liberté Rabiega/Kania » à l’initiative du maire d’Auby (Nord), Freddy Kaczmarek(6). Tout un symbole quand on sait que cette voie est empruntée par les touristes qui se rendent des villes du Nord-Pas-de-Calais vers la Pologne ! Pour F. Kaczmarek, il s’agit de « libérer la Pologne » qui semble renouer avec ses démons d’avant-guerre : « Je pense que ce qui se produit en Pologne est une deuxième exécution de ces résistants qui ont donné leur vie pour notre liberté. Ils ont été exécutés une première fois par les nazis. Et ils sont exécutés aujourd’hui une deuxième fois par le gouvernement polonais », s’indigne le maire.

Ni l’ambassade de Pologne en France, ni le consul de Pologne à Lille, pourtant invités, ne participent à cette cérémonie. Cette mobilisation portera néanmoins en partie ses fruits puisque la municipalité de Walbrzych renoncera finalement à débaptiser les rues de la Famille Burczykowski et Kania. Thomas Rabiega, lui, ne bénéficiera pas de la même mansuétude.

Pour la sauvegarde du rond-point Gierek à Sosnowiec

En Pologne même, des résistances se font jour. Ainsi, la population de Gdańsk se mobilise pour le maintien de la rue de la Brigade Dabrowski, une unité combattante qui a accueilli, au service des Républicains, une majorité de volontaires polonais pendant la guerre civile en Espagne. Idem à Katowice pour le général communiste Jerzy Ziętek (1901 – 1985), homme fort de la Silésie des années 1960-70.

En juin 2017, à Sosnowiec (Haute-Silésie), la population s’est prononcée par référendum, à une large majorité, contre la débaptisation du rond-point Gierek.

Edward Gierek (1913 – 2001) contribua comme dirigeant de la Pologne populaire à l’essor de la Silésie, où sa popularité reste forte. Avant la Seconde Guerre mondiale, il avait travaillé dans les mines de charbon en France, jusqu’à son expulsion de Leforest (Pas-de-Calais) en août 1934 pour cause de participation à une grève. La nouvelle de ce projet de débaptisation a suscité une levée de boucliers dans la région et, en décembre 2017, Christian Musial, le maire PS de Leforest (dont E. Gierek est « citoyen d’honneur » depuis 1972) a écrit en ce sens à son homologue de Sosnowiec. Puis F. Kaczmarek, décidément à la pointe de la contre-offensive, a pris, le 13 juillet 2018, l’initiative de l’inauguration d’une rue Edward-Gierek dans sa ville d’Auby. Une cérémonie qui s’est déroulée en présence d’Adam Gierek, le propre fils d’Edward, aujourd’hui député européen, et de Wilhem Zych, président du Conseil municipal de Sosnowiec. Quelques jours plus tard, la municipalité de Sosnowiec a fait appel devant la Cour administrative centrale de Varsovie de la décision du préfet de Silésie d’imposer le changement de nom du rond-point ! À ce jour, personne n’a osé toucher à la plaque, c’est le statu quo.

Des parcours militants remis en lumière

Au final, cette campagne de diabolisation du passé « populaire » de la Pologne aura, et c’est bien là le paradoxe, remis en lumière les parcours de militants plus ou moins tombés dans l’oubli comme les Burczykowski, Bronislaw Kania ou Thomas Rabiega. Une vraie dynamique est aussi née de cette mobilisation contre les débaptisations. Elle a ainsi logiquement conduit ses acteurs à s’intéresser aux autres facettes de la campagne anticommuniste orchestrée par le gouvernement polonais. Et, notamment, à prendre position contre la démolition des monuments érigés à la gloire de l’Armée rouge « libératrice » du pays en 1944-45 ou à s’élever contre les menaces de délégalisation du Parti communiste polonais dont trois militants, accusés de faire de la propagande pour un régime totalitaire, restent poursuivis par la Justice polonaise.

Notes :

(1) Courriel de Bruno Drweski à Jacques Kmieciak. 7 janvier 2017.

(2) Interview téléphonique de Pawel Sekowski par Jacques Kmieciak. juin 2017.

(3) Janine Ponty, Polonais méconnus. Histoire des travailleurs immigrés en France dans l’entre-deux-guerres, Éd. de la Sorbonne, Paris, 1990, 474p.

(4) Jacques Kmieciak, « 1946 – 1948. Le ‘grand retour à la maison’ des mineurs polonais du Nord », Gauheria, décembre 2016, pp. 53-61.

(5) Le texte est disponible sur le site de l’Humanité.

(6) La Voix du Nord, 8 juillet 2017.

Vignette : inauguration de la rue Edward Gierek, à Auby, le 13 juillet 2018 (crédit photo : Service communication de la ville d’Auby).

* Journaliste, spécialiste de l’immigration polonaise, auteur de Pologne. J’écris ton nom Liberté, Éd.Nord Avril, Bouvignies, 2018, 102 p.

http://regard-est.com/pologne-les-effets-paradoxaux-de-lanticommunisme?fbclid=IwAR23gSVEJaZ_41KfrXKZ0TRfxtbtKbfdpsZ9sRVy5xsWTTcncFYhaiblaCQ

 

 
 

Marx, penseur de la finance Par pierre Ivorra 

Dix ans après la crise financière mondiale de 2008 qui a remis Marx dans l’actualité de la pensée, on peut se demander quel peut être, un siècle et demi plus tard, l’apport de l’auteur du Capital à une réflexion très actuelle sur la finance.

graph16.jpg

La finance, dans le mouvement du capital, c’est cet argent qui, comme par miracle, semble par lui-même créer encore plus d’argent, rapporter un intérêt, un gain, par ses seules vertus. Marx lui consacre plusieurs développements dans le Capital, il y remarque notamment que, « avec le capital porteur d’intérêt, le rapport capitaliste atteint sa forme la plus extérieure, la plus fétichisée. Nous avons ici A-A’, de l’argent produisant de l’argent, une valeur se mettant en valeur elle-même, sans aucun procès qui serve de médiation aux deux extrêmes ».

Le capital à la fois monnaie et marchandise 
Marx démystifie cette illusion. Il montre que le capital ne revêt pas seulement l’habit du dimanche qu’est la monnaie, il porte aussi le bleu de chauffe de la marchandise et, notamment, de cette marchandise très particulière qu’est la force de travail du salarié apte à produire plus de valeur qu’elle ne vaut et sécrète de la plus-value. Le capital est donc à la fois monnaie et marchandise et c’est parce que dans son procès et son accumulation il est les deux que s’opère au final un partage du profit entre les différents capitalistes qui mangent dans l’assiette. Le financier, qui, lui, n’a vu produire ou circuler aucune marchandise, est persuadé d’assister au miracle des petits pains, son argent semble faire des petits tout seul. L’illusion saisit toute la société, note Marx, au point que « le procès de production capitaliste apparaît seulement comme un intermédiaire inévitable, un mal nécessaire pour faire de l’argent. C’est pourquoi toutes les nations adonnées au mode de production capitaliste sont prises périodiquement du vertige de vouloir faire de l’argent sans l’intermédiaire du procès de production », sans passer par la production de biens et de services.
Un siècle après Marx, avec la déréglementation financière et la désindexation du dollar sur l’or à la fin des années 1960 et au début des années 1970, avec la révolution informationnelle qui a impulsé la mondialisation de la finance tout en lui ouvrant un formidable champ de spéculation et de possibilités de prélèvements sur la richesse réelle, le « vertige » a pris la dimension d’un malaise généralisé, planétaire et récurrent.

« Un siècle après Marx, le “vertige” a pris la dimension d’un malaise généralisé, planétaire et récurrent. »

Marx, à son époque, montre que cette « soif » d’argent conduit à des crises périodiques. Il les explique de la manière suivante : en raison de la concurrence qu’ils se livrent et de leur soif de profit, les capitalistes cherchent à accroître la productivité de leurs entreprises pour réduire les coûts de production de chaque marchandise. Cela les pousse à utiliser de plus en plus de moyens de production matériels (machines, etc.) par rapport au travail salarié employé pour la production. Or les travailleurs sont à l’origine de la plus-value, donc du profit. Cela génère une suraccumulation de capitaux qui a pour conséquence une baisse tendancielle du taux de profit. Il introduit également la notion de dévalorisation des capitaux. Les capitalistes accumulant sans cesse davantage de machines, de moyens de production pour réduire le coût du travail, mais aussi de titres financiers, en viennent à dégager relativement insuffisamment de plus-value. Ils baissent leur taux de profit en voulant sans cesse l’augmenter. Dès lors, pour remonter la rentabilité des capitaux dominants, d’autres capitaux sont dévalorisés.

« Toutes les nations adonnées au mode de production capitaliste sont prises périodiquement du vertige de vouloir faire de l’argent sans l’intermédiaire du procès de production. » Karl Marx

Suraccumulation et dévalorisation des capitaux
Dans la suite de Marx, Paul Boccara a donné toute leur dimension aux concepts de suraccumulation et de dévalorisation des capitaux afin d’expliquer le développement du capitalisme monopoliste d’État social après la Seconde Guerre mondiale et la crise actuelle du capitalisme financiarisé et mondialisé, avec le rôle spécifique joué par la formidable accumulation de capitaux financiers (titres de dette publique et privée, actions, produits dérivés…) qui en viennent à dicter leur loi à la production elle-même ainsi qu’aux politiques publiques.
En même temps, comme Marx, il a particulièrement mis l’accent sur le rôle du crédit dans la montée de la mayonnaise spéculative. Le système du crédit permet, selon Marx, « de développer le moteur de la production capitaliste, c’est-à-dire l’enrichissement par l’exploitation du travail d’autrui pour en faire le système le plus pur et le plus monstrueux de spéculation et de jeu ».
Prolongeant cette réflexion, Paul Boccara a montré que le crédit, mis en œuvre avec d’autres critères que ceux de la rentabilité financière des capitaux, peut, au contraire, aider à dégonfler l’énorme accumulation de capitaux, financiers notamment, à réduire le coût du capital, le poids de ses prélèvements sur la richesse créée, permettre de dégager des financements à bas coûts pour la création d’emplois efficaces, de richesses nouvelles, le développement humain et la restauration d’équilibres naturels. Le succès de ce combat contre la finance inauguré par Marx appelle une transformation révolutionnaire des relations humaines, des pouvoirs nouveaux des salariés, des populations à l’entreprise et sur les institutions, au niveau local, régional, national, européen et mondial. Marx revit dans ces combats.

Pierre Ivorra est chroniqueur économique au journal L’Humanité.

Cause commune n°8 • novembre/décembre 2018

 
Poster un commentaire

Publié par le décembre 12, 2018 dans Economie, THEORIE

 

L’Humanité : Élysée. Macron veut faire payer la collectivité à la place du CAC 40

cela fait plaisir de pouvoir relayer de plus en plus d’articles de l’humanité… (note de danielle Bleitrachà

Mardi, 11 Décembre, 2018

service politique de l’Humanité

Sortant d’un long silence, le chef de l’État s’est adressé au
pays pour tenter d’éteindre la colère sociale révélée par le
mouvement des gilets jaunes. En réussissant le tour de
force de
ne mettre à contribution ni les riches, ni le patronat.

C’était le discours de la Saint-Sylvestre avant l’heure.
Emmanuel Macron, dans son allocution à la nation hier soir,
pour
reprendre la main dans la crise des gilets jaunes, a voulu se
re-présidentialiser, lui qui est si malmené, subissant la
litanie
des « Macron démission » dans les cortèges et barrages qui
émaillent le pays depuis bientôt un mois. Il s’est d’abord
appesanti sur les violences dans le pays, qu’il veut
distinguer de
la colère profonde du pays. « Quand la violence se déchaîne,
la
liberté cesse », assène l’ex-étudiant en philosophie. Cette
colère profonde, il la ressent « comme juste à bien des égards
».
Il dit avoir pris conscience qu’il lui est « arrivé de blesser
»
certains par ses propos. Un mea culpa qui arrive après quatre
samedis de mobilisation tonitruante. Encore qu’Emmanuel Macron
n’assume-t-il pas tout à fait son action, en exprimant que
leur
détresse, à ces Français, « ne date pas d’hier ». En clair,
c’est la faute de ses prédécesseurs.

Pas à la hauteur des attentes

Un « tournant social » du quinquennat ? Pas en mettant le
patronat
à contribution, en tout cas. Car les mesures annoncées
écartent
soigneusement toute contribution directe des entreprises. «
C’est
d’abord l’état d’urgence économique et social que je veux
décréter aujourd’hui. » En annonçant que le salaire des
travailleurs au Smic augmenterait de « 100 euros par mois dès
2019
», il est loin de se montrer à la hauteur des attentes
formulées
sur les ronds-points. Emmanuel Macron ne compte en effet pas
donner
de coup de pouce au Smic comme espéré, mais augmenter la prime
d’activité, une aide sociale qui n’alourdira pas la facture
pour
les employeurs. C’est un premier cadeau aux riches, sur le
compte
de la communauté nationale. Une annonce doublée par la
possibilité
pour les entreprises de faire effectuer des « heures
supplémentaires
sans impôts ni charges dès 2019 ». Quant à la « prime de Noël
»
à laquelle postulent tant de gilets jaunes – et les Français
qui
les soutiennent –, le chef de l’État et ses amis du CAC 40
s’en
tirent à très bon compte : Emmanuel Macron demande « à tous
les
employeurs qui le peuvent » de donner à leurs salariés « une
prime de 1 000 euros sans charges ». Trois mesures, une
seule
recette : faire appel à la collectivité tout en épargnant le
capital.

Emmanuel Macron, qui a sermonné les ministres qui voulaient
revenir
sur la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune
(ISF),
s’est montré hier soir intraitable sur cette question. Ce
cadeau
livré sans contrepartie aux riches, quand d’autres sont soumis
à
des efforts très difficiles, n’a pas été remis en cause. « Je
sais que certains voudraient que je revienne sur la réforme de
l’ISF
», déclare-t-il. Mais il s’y refuse, en s’interrogeant
faussement : « Pendant près de quarante ans, il a existé.
Vivions-nous mieux ? » « Les plus riches partaient et notre
pays
s’affaiblissait », se répond-il à lui-même, malgré les études
prouvant l’inverse. « Revenir en arrière nous affaiblirait »,
insiste-t-il. « Cet impôt a été supprimé pour ceux qui
investissent dans notre économie et donc aident à créer des
emplois », argumente-t-il. Sauf que c’est faux. Il a été
supprimé sans que rien n’oblige ses amis riches à investir
dans
l’économie…

Le président de la République, acculé comme jamais, a consenti
quelques gestes. En 2019, la hausse de la CSG subie en 2018
sur les
retraités touchant moins de 2 000 euros de pension mensuelle
sera
annulée. Cette mesure qui frappe des retraités très modestes,
et
que le président de la République n’avait pas hésité à vanter
sur le terrain lors de dialogues avec des retraités filmés par
les
caméras, a largement participé à son impopularité. « L’effort
qui leur a été demandé était trop important, et il n’était pas
juste », mesure aujourd’hui le chef de l’État, qui souhaite
réformer profondément notre système de retraite en 2019.

Les maires appelés à la rescousse

Le discours brille par de grands absents : pas de hausse des
APL
comme demandé par le secteur HLM, pas de remise en cause du
coûteux
Cice, que les entreprises toucheront deux fois cette année en
raison
du mécanisme retenu pour le pérenniser.

Il n’a pas échappé au président de la République que les
institutions sont aussi contestées. «Ma légitimité, je ne la
tire
que de vous », a-t-il affirmé. C’est oublier bien vite que son
élection n’est que le résultat d’une Ve République qui pourrit
sur pied. Alors Emmanuel Macron a dit vouloir faire un geste,
avec la
« prise en compte du vote blanc ». Il souhaite aussi pouvoir
« prendre le pouls vivant de notre pays, partout sur le
terrain ».
Les maires, qu’il a si souvent humiliés, sont rappelé à la
rescousse, car ils « portent la République sur le terrain ». À
voir. Celui qui voulait concentrer encore plus de pouvoirs à
l’Élysée en étouffant l’Assemblée nationale avec son projet
de réforme institutionnelle dit maintenant vouloir travailler
à un
« nouveau contrat avec la nation ».

D’un coup, sans transition, en fin de discours, Macron s’est
mis
à agiter les mêmes peurs que l’extrême droite. « Il faudra que
nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut
l’affronter. » Affronter quoi ? La question ou l’immigration ?
Mystère. Surtout après avoir déjà fait voter la loi
immigration
la plus répressive de l’histoire de la Ve République cette
année.
Le chef de l’État se sent si requinqué à l’issue de cette
allocution que la campagne pour les européennes reprend ses
droits :
alors que le thème ne figure pas en tête de liste des
revendications des gilets jaunes, Emmanuel Macron l’introduit.
La
captation de l’héritage des gilets jaunes a déjà commencé.

Grégory Marin, Aurélien Soucheyre et Lionel Venturini