RSS

Pourquoi Shlomo Sand ne me paraît pas aider à la résolution du problème au contraire.

Résultat de recherche d'images pour "juifs polonais"

 

on me demande souvent pourquoi je récuse les « travaux » de shlomo sand alors qu’il constitue désormais une bible pour tout ceux qui croient faire avancer la cause palestinienne en adoptant une attitude parallèle à celle de l’extrême droite israélienne qui prétend nier tout ce qui n’est pas juif en israêl. Cette dernière  attitude d’un pouvoir d’extrême-droite ne s’exerce pas en faveur des juifs, des israéliens, elle est comme tous les choix fascistes un drame pour tous, qui ne peut que révolter par sa stupidité, son racisme ceux qui ont un minimum de conception de ce qu’est une nation. Mais de même, je ne pense pas que nier l’existence du peuple juif, le qualifier « d’invention », fasse en quoi que ce soit avancer la solution politique, pas plus que d’annoncer à grand fracas dans l’indifférence générale qu’on n’appartient pas à cette « invention ». Au contraire.Son seul résultat est de faire grandir la conception la plus raciste d’un pseudo droit, de diviser ceux qu’il faudrait rassembler. La posure n’est pas celle d’un historien mais pas plus celle d’un militant.

Il y a effectivement d’abord la « posture » du personnage. Étrangement elle est comparable à celle de Bernard henry Levy. Ces gens là s’ils utilisent l’histoire pour illustrer leurs idées  ne sont  pas des « militants », ils ne défendent qu’une morale de l’attitude dont ils espèrent notoriété . ils sont la caricature actuelle de la figure de l’intellectuel engagé. Comme BHL, Sholomo Sand énonce des théories plus ou moins hasardeuses à l’appui de sa démonstration que nous abordons plus loin. Il se présente comme le martyr de la vérité face à un monde académique allié du pouvoir, il est le « dissident ». Plus ou moins hasardeuse, par exemple, sa référence au peuple Quasar converti collectivement et qui serait donc l’illustration du caractère non ethniquement pur des juifs et il est exact que la quasi totalité des historiens spécialistes de la question attribuent un statut de légende à ce peuple. Mais il faut également voir que Shlomo Sand emprunte la plupart des faits qu’il sélectionne pour étayer sa thèse à cette recherche académique qu’il méprise comme un obstacle à la vérité que lui symboliserait, il se contente de choisir dans leurs travaux ceux qui vont dans son sens, comme il reconnait avoir découvert cette manière d’agir chez Furet. Là encore la ressemblance avec BHL est patente. malheureusement je crois que la recherche universitaire est bel et bien soumise à des pouvoirs, ne serait-ce qu’à travers les financements, les publications. le cas extrême étant celui du « ministère de la vérité » en Pologne. Mais je ne pense pas que l’on se battra pour l’Histoire en adoptant une posture médiatique.

je ne remet pas en cause le droit à être un essayiste, à proposer des hypothèses, à prendre parti dans le débat d’idées, mais il faut conserver la prudence des limites de l’exercice et ne pas jouer le porteur de vérité scientifique quand on racole un public. Il m’est arrivé d’écrire des ouvrages scientifiques mais aussi  des essais, des croquis de voyage. dans ce dernier cas,  je ne dis pas voilà la vérité, je dis voilà ce que les gens de ce pays qui ont traversé un histoire singulière pensent et leur vision est différente de la nôtre, du moins majoritairement. je tente de conserver la prudence dans mes assertions et de poser plus de questions que je n’apporte de réponse.

cette critique de la « posture », me conduit à l’autre raison de mon irritation face à tous ceux qui brandissent les « travaux » de Shlomo Sand pour des raisons politiques que je peux partager mais qui ne sont en rien étayés par les « travaux » de cet idéologue, pas plus que le « sionisme », le soutien aux bonnes œuvres de la CIA n’est rendu scientifique par les interventions de BHL.

Il est de faux concepts qui pèsent sur la recherche sociologique et historique. Le type de faux concept est le « totalitarisme », il n’est là que pour des raisons politiques, créer une identité entre le communisme et le fascisme. la plupart des chercheurs anglo-saxons l’ont abandonné et son utilisation en France correspond à un combat contre la gauche par une parti de la « gauche » alliée aux Etats-Unis dans la guerre froide et encore aujourd’hui.

Mais il est des concepts, qui sans être cette machine de guerre, correspondent à une sensibilité historique. Le terme de « culture » en est un exemple puisqu’il admet plus de 300 définitions. le mot peuple en est un autre. Ces mots doivent leur succès à leur extrême polysémie. Il faut peut-être à leur propos comme le recommandait Ludwig Wittgenstein parfois considérer que les mots n’ont pas véritablement de sens, mais des usages variables selon l’époque, le lieu, voir celui qui les utilise.

Effectivement, le terme de peuple est daté et en gros il renvoie à deux usages de la modernité. Le premier est inséparable de la démocratie, avec l’idée de peuple souverain ou au plan international de droit à l’autodétermination. Le second nous le verrons inclue et exclue. En tant qu’appareil conceptuel décrivant les enjeux de la modernité, celle du capitalisme, des luttes des classes et des nations, les peuples, les nations, les Etats connaissent des évolutions sémantiques encore aujourd’hui. Les juifs en tant que population urbaine, s’impliquant à la fois dans l’accumulation du capital, dans des formes laïques de l’Etat comme l’éducation, la recherche,et dans toutes les formes de contestation, ils ont même pu apparaître comme à la pointe de cette modernité. peuple ou question juive telle était déjà la question qu’au le demain de la deuxième guerre mondiale, un grand historien comme Maxime Rodinson posait en des termes qui peuvent faire songer à Shlomo sand, mais infiniment plus soucieux comme d’autres juifs à cette époque de trouver une solution dans laquelle Palestiniens et juifs pourraient fonder une autre terre. Ignorer toutes ces tentatives n’est pas de bonne méthode.

On pourrait relever tout ce qui plaide dans le sens d’une permanence juive dans cette terre sainte, reprendre tous les récits des voyageurs en terre sainte et y compris l’histoire des croisades, montrer que depuis deux mille ans les juifs répètent « l’an prochain à Jérusalem », voir que dès 1938 Tel Aviv est une ville juive ou encore chercher en vain le tombeau de Moise. Mais tout cela donne des résultats qui ne fondent aucun droit à l’exclusion, ni d’un côté, ni de l’autre. le mieux est donc le retour au droit international. Combiner deux élements contradictoire de ce droit international, le droit à l’autodétermination des peples et celui du respect des nations et des frontières existantes.C’est exactement ce que le gouvernement israélien tente d’abolir au nom d’une vision raciste du « peuiple juif ».

Shlomo sand  entre dans ce jeu là en prétendant démontrer que les juifs n’ont pas le droit à être un peuple parce qu’ils n’apparaîtraient dans le temps sous cette forme que dans la dite modernité alors qu’il faut mesure que l' »invention » est une réalité que l’on ne peut ignorer.

On peut en effet considérer que tout peuple est un « invention »historique et qu’il prend sens avec d’autres termes nation, Etat, tout aussi marqués historiquement. Oui le « peuple » juif a été inventé, mais il l’a été avant qu’Israêl ait été créé. C’est en ce sens que la tentative de Staline de créer un territoire autonome d’abord en Crimée (où il ne faisait que suivre la politique de concentration juive y compris à Odessa) puis dans l’oblast de Sibérie au Birobidjian témoigne de ses interrogations sur une nation sans paysannerie et renvoie aux réflexions marxistes sur la nation.  C’est une vision originale, si elle tente de donner un territoire aux juifs en URSS, il n’est pas question d’y accueillir tous les juifs du monde entier. le projet n’est pas sioniste mais il prend acte de l’existence d’une population spécifique. Le projet échoue non seulement parce qu’un grand nombre de juifs revendiquent des racines russes, biélorusse ou autres au titre des origines, mais parce le projet israélien a triomphé. Il existe donc bien une question juive qu’il est trop facile de caricaturer au point de la nier et  comme tant d’intervenants dans les réseaux sociaux,  d’en profiter pour dire n’importe quoi sur Staline et l’URSS. Il y a beaucoup d’ignorance historique dans ces raccourcis. Comme d’ailleurs le renouveau du terme de Palestine (invention de l’empereur Hadrien après une révolte des hébreux et son envoi en exil d’une partie de la population et son interdiction pour les autres de s’appeler Israêl ou la Judée) est intervenu quand les Britanniques ont choisi d’installer un foyer juif en terre sainte, une zone de l’empire Ottoman en pleine crise dans laquelle coexistaient musulmans, juifs et chrétiens.

On peut dire alors que le peuple palestinien est une invention, intervenue cependant dans des circonstances historiques précises,  à partir du moment où a été installée sur cette terre ce foyer juif sous protection occidentale, et qu’une partie des palestiniens s’est vu exproprié avec ou sans rachat de terre. est-ce que cela enlève quoi que ce soit à la légitimité d’une nation et d’un Etat palestinien? parce que si les peuples sont une « invention », celle-ci a des bases objectives et la lutte pour le droit à l’autodétermination en fait partie.

Pour revenir à l’invention du peuple juif, ce qui crée le peuple a une base originale, une religion mais aussi une famille, des liens internationaux, mais c’est surtout la transformation de l’antisémitisme qui produit ce peuple. de la haine du juif déicide que l’on oblige à se convertir on passe à la haine du juif en tant que population trop bien adaptée à la modernité. Marchand, artisan, il s’attire l’hostilité de la paysannerie, un bouc émissaire tout trouvé face au maître féodal. Le cas polonais est exemplaire. Cette République féodale qui a des sujets mais pas de citoyens n’aura une véritable existence nationale que sous la république populaire. Rayée de la carte par ses voisins, la Pologne a joué pendant tout le XIX e siècle le rôle de la Palestine aujourd’hui pour certains anti-impérialistes. les Juifs étaient parti prenante pour certain dans ce combat, mais ils étaient aussi accusés d’être les valets des Allemands dont le Yiddish était un patois et plus tard quand l’URSS a été créé d’être les serviteurs de Russes? le judéo-bolchevisme.

Oui le peuple juif a été inventé historiquement n’est pas inexact mais comme tous les autres et sur une base objective néanmoins comme les autres., La répression dont les juifs  furent l’objet durant des millénaires, mais aussi leur situation urbaine (ils avaient interdits de cultiver la terre) qui les plaçait en bonne position dans le capitalisme naissant mais aussi dans les luttes ouvrières de l’Europe centrale. Dans une certaine mesure Israêl est dû à ces fantasmes et aux luttes de peuples se construisant contre le colonialisme, les féodalités et les autocrates. Y compris en ce qui concerne les juifs originaires du Maghreb. Mais c’est un autre sujet. Le peuple juif a été inventé comme la plupart des peuples et plus encore par l’horreur nazie., Le danger est grand qu’à l’instar des Polonais ou des ukrainiens aujourd’hui Israêl  n’ait plus que le choix d’une construction négative. Puisque le nazisme les fait définitivement passer de groupe religieux à vocation de caste à un fondement raciste auquel on ne peut échapper par aucune conversion. Avec le nazisme on passe du peuple, communauté fondatrice de la nation, de la démocratie, de la souveraineté à la race comme alternative à la lutte des classes. Ce n’est pas l’invention du nazisme, il a repris un vieux fond européen, en a fait une terrible expérience. Alors le peuple devient une figure mythique, un ensemble d’individus qui se constitue en tant que partie légitime pour le tout et exclut les étrangers de l’extérieur ou de l’intérieur. Le problème d’Israêl n’est-il pas que deux peuple se sont constitués à partir d’une histoire tragique?

Il me semble que l’URSS a réussi à poser de manière originale la question des peuples, des nationalités, de la reconnaissance culturelle et de la citoyenneté. Il serait intéressant de mieux connaître cette réalité là et pas d’opposer une « invention » à quoi ? Une origine génétique? une ethnie pure? .iL est inutile d’agiter la référence à Staline, celle de Shlomo Sand à Sorel, le syndicalisme révolutionnaire, mais aussi le flirt avec l’antisémitisme, me parait sur la question qui nous occupe encore plus suspecte.L’avantage de l’expérience de l’uRSS est qu’il s’agit non d’une idéologie mais d’une réalisation, d’une expérience dont il importe quoiqu’on en est dit de faire le bilan.

Si on croit qu’avec des références idéologiques du type de celles qu’agitent des gens comme Shlomo Sand  on va éclairer le problème politique on se trompe et je dois dire que les délires  aux quels on assiste sur le sujet ne font rien avancer.

Intellectuellement je n’ai pas plus de respect pour monsieur Shlomo Sand que pour BHL. Il est le meilleur atout lui et tous ceux qui idéologisent sous des prétextes « scientifiques », un problème politique qui implique d’autres intérêts que ceux que l’on met en avant, y compris dans le monde arabe.

Oui un peuple est une invention historique mais tant que l’on n’a pas dépassé, intégré cette « reconnaissance », il n’y a pas de possibilité d’aller vers la paix dans la justice, c’est la conclusion à laquelle étaient parvenu les bolcheviques confrontés à un empire colonial tsariste et qui avaient voulu lui donner une autre base, de coexistence, d’échange et de respect des nationalités. Un héritage que peu d’entre eux renient. .L’histoire de l’Algérie, la tentative de constituer une identité nationale arabe, musulmane, excluant non seulement le colonisateur honni mais une population prolétarienne installé là, le choix de l’OAS, comme les tentatives autres méritent d’être étudiées, comprises et non « idéologisées ».

danielle Bleitrach

Publicités
 
3 Commentaires

Publié par le août 15, 2018 dans Uncategorized

 

Quartier d’été 8. 1818-2018 : Marx en Russie, par Boyer Jakline

Cet intéressant article  qui rectifie bien des campagnes anti-marxistes, que l’inculture autorise, me permet également de vous recommander le blog de Jakline, Bordeaux-Moscou (note de Danielle Bleitrach)  :

http://bordeaux-moscou.over-blog.com/2018/07/marx-dans-la-russie-officielle.html

Publié le par Boyer Jakline

Bicentenaire de la naissance de Karl Marx oblige, les évocations du philosophe révolutionnaire ont été nombreuses partout dans le monde.

Toutes n’ont pas été fidèles à sa pensée, loin de là.

Mais sans aucun doute, la Russie actuelle s’est distinguée dans la noirceur. Il faut dire que le marxisme-léninisme soviétique est passé par là, période où le moindre chef de service avait dans son bureau un portait de Marx. Les élites très libérales au pouvoir actuellement le vomissent. ( Dont certains, nombreux, ont commencé leur carrière politique dans un bureau avec le portrait de Marx.)

Au point que le 4 mai dernier, un journaliste, Andréiev, dans la très officielle Rossiiskaya gazeta, quotidien du gouvernement, a écrit un torchon. Des lecteurs s’en sont émus et ont demandé au journal Sovietskaya Rossya de rétablir la vérité.

Le propos officiel, toujours le même, qui traîne aussi chez nous est de dire que Marx et Engels n’aimaient pas la Russie, ce pays plus ou moins de sauvages. Russophobes, donc.

Pour asseoir ce parti-pris, la confusion est toujours entretenue entre la dénonciation du pouvoir tsariste « gendarme de l’Europe » qui écrasa les insurrections polonaise, hongroise ou autrichienne et le peuple russe, lui aussi écrasé, subissant un servage sans pitié, dont témoignent de nombreuses œuvres littéraires. Servage aboli en 1861.

C’est Rustem Vahitov, professeur de philosophie à l’université d’Oufa, qui s’y est collé (j’ai abondamment parlé de lui dans ce blog ; première mention : le 4 août 2017, autour de son essai polémique et passionnant: La Révolution qui a sauvé la Russie.) Il n’est ni membre du KPRF, ni marxiste. Il doit à la vérité de dire… selon cette magnifique expression.

Le titre de l’article incriminé : « Karl Marx. Brûler Odessa, détruire Sébastopol », la riposte de Sovietskaya Rossia: « à un pas du fascisme« . C’est dire.

 

La pensée surgissant de la pierre. Marx à Moscou, face au Bolchoï.

 

 

 

   Il va s’employer dans sa riposte à mettre à nu la malhonnêteté intellectuelle du journaliste « officiel » Andréev.

Ainsi, le titre déjà attire, et trompe le lecteur en lui suggérant  l’actualité dramatique récente puisque le 2 mai 2014, dans la Maison des syndicats, à Odessa, des opposants au régime de Kiev furent assassinés, acculés qu’ils avaient été dans ce lieu. Sous l’oeil complaisant de la police ukrainienne ( voir mes articles des 2 et 3 mai 2014…).

Il s’agit pour l’auteur de l’article, de trouver une  » accroche » d’associer Marx aux partisans honnis de Bandera et ainsi remporter la conviction du lecteur, note Rustem Vahitov.

Or, Marx analyse la guerre entre Russie d’un côté et l’alliance turco-européenne de l’autre. Déjà une Entente lors de la guerre de Crimée, 1854-1856. Déjà la Crimée

Analysant les stratégies dans cette guerre, dont il est contemporain, Engels, et non Marx, note en 1855 que  » pour entrer plus profondément dans le territoire russe, il faudrait brûler Odessa, détruire Sébastopol « , et de conclure, Engels, mission impossible.

Dès 1854, sur le même sujet, Marx, en observateur attentif, écrivait que les coalisés devraient prendre Odessa et Sébastopol pour arriver à leurs fins. Ce qui ne veut pas dire qu’il était d’accord avec ces objectifs.

Dans toute sa démonstration Rustem Vahitov indique que Marx et Engels qui avaient rencontré les dirigeants révolutionnaires russes, ont exprimé un intérêt grandissant, à partir de 1860, pour ce peuple qui subissait aussi « le gendarme de l’Europe », au point de se mettre à l’apprentissage du russe. Ils ont lu les grands auteurs russes dans le texte. Y compris les philosophes révolutionnaires, le fameux  » Que faire  » de Tchernychevski, dont Marx regretta la mort politique comme une perte pour la Russie et l’Europe.

Marx était impressionné par le travail et l’organisation des différents groupes révolutionnaires russes. Il était en contact épistolaire avec Véra Zasoulitch, révolutionnaire russe, dont le parcours est exemplaire: d’abord anarchiste, elle a participé à un attentat à St-Pétersbourg contre un général-tortionnaire… puis nihiliste, enfin marxiste. Correspondance aussi avec Nikolaï Danielson, premier traducteur au monde du Capital.

Marx avait accepté de représenter les révolutionnaires russes au Congrès de la Première Internationale, 1864.

Véra Zassoulitch 1849-1919

Dans une lettre à Véra Zassoulitch, Marx eut ces mots célèbres : « peut-être la Russie réussira-t-elle à passer à la société socialiste en évitant l’étape funeste de la construction du capitalisme », en s’appuyant sur ces cellules de socialisme que sont l’obchtchina et l’artel.

Dans les années 90 (du XXe siècle), note Rustem Vahitov, les élites au pouvoir maudissaient Marx pour son  » utopie communiste ». Aujourd’hui il est attaqué sur le thème de la russophobie…. Avec des mots, « sanctions » « Angleterre »  ( qui s’associa à la France finalement lors de la guerre de Crimée et proposa des « sanctions » contre la Russie… ) qui sont censés faire écho avec la situation actuelle. Flagrant délit  » d’historicisme « . dit Rustem Vahitov.

J’y vois aussi l’intérêt de connaître l’histoire longue pour comprendre ce qui se passe dans notre monde contemporain, en ce temps de « nouveau partage du monde »

Ce journaliste  » officiel  » s’indigne de la présence d’un monument à Marx en plein coeur de Moscou. Il propose que soient inscrites sur son socle des « citations russophobes » de Marx.

Rustem Vahitov conclut en notant que de tels mensonges contre Marx pouvaient être lus jusqu’à présent dans des petits torchons d’extrême-droite, vendus à la sauvette près du métro.

Les retrouver dans un tel quotidien interroge, car la direction du journal aurait pu s’adresser à un spécialiste de Marx. Ils sont nombreux, écrit-il.

Son article déploie une finesse d’arguments, de confrontation minutieuse, de citations de Marx et Engels que je n’ai pas traduites, car inopérantes pour nous. J’en suis restée au fond.

Petit info très révélatrice : si c’est en russe que fut éditée la première traduction du Capital de Marx, c’est que la censure ne s’y était pas opposée:  » ils n’y comprendront rien » , pensaient les censeurs…

 
Poster un commentaire

Publié par le août 15, 2018 dans Uncategorized

 

A propos du décès de Samir Amin, Monika Kabrowska nous écrit: et envoie cette dernière proposition de Samir Amin

Résultat de recherche d'images pour "samir amin"

Chers Amis,
J’ai appris la nouvelle du départ de Samir en étant en Tunisie, actuellement à Gafsa, auprès de militants du Front Populaire. Je n’ai toujours pas de mots pour exprimer ma tristesse et mes regrets, alors que j’ai eu cette chance de pouvoir travailler récemment avec Lui sur le projet d’Internationale des Travailleurs et des Peuples.

Nous, les militants d’Europe de l’Est et moi-même nous gardons en mémoire que Samir n’oubliait jamais nos pays et les souffrances de nos peuples dans ses analyses sur la mondialisation et les conséquences de la destruction de nos système socialistes réels. Il a écrit des analyses percutantes sur l’intervention impérialiste occidentale en Ukraine alors que bien des militants de gauche européenne détournaient leurs regards du peuple du Donbass et d’Odessa assiégés, bombardés et tués par les fascistes payés par l’Occident en 2014.

Il pensait que si nous avions commis une erreur dans les années 80 en pensant « démocratiser » nos systèmes, il n’a jamais cessé de douter que nous parviendrions à refaire une Révolution pour reconstruire des pays socialistes encore plus beaux et justes que ceux que nous avions.

Puisque la continuation de son oeuvre est notre priorité désormais, je vous envoie les documents écrits par Samir sur la nécessité de l’Internationale (en plusieurs langues, francais, anglais, arabe, grec, turc, espagnol…) et la Lettre d’Intention en Français et Anglais.

Nous voulions faire d’abord signer la Lettre par des personnalités de gauche révolutionnaire de différents pays et régions avant d’appeler à l’organisation d’une première Rencontre fondant l’Internationale.
Nous devons tous et toutes réfléchir à une stratégie de mise en oeuvre de ce projet.

Fraternellement,
Monika Karbowska

Pologne

Lettre d’intention pour une rencontre de constitution de l’Internationale des Travailleurs et des Peuples

Cher/es Camarades, Cher/es militant/es, Cher/es travailleurs/es,

Le capitalisme mondialisée entré dans sa phase de décadence conjugue un pouvoir politique et économique quasi totalitaire avec une agressivité de plus en plus intense rapprochant de façon inquiétante un risque de guerre généralisée. Dans cette crise paroxystique, les pays impérialistes de l’Occident historique (Etats-Unis, Europe de l’Ouest, Japon) n’entendent pas permettre à d’autres Etats émergents de s’émanciper du cadre imposé par eux et de sortir du statut de périphéries dominées. La tension entre l’Occident et la Russie, la Chine, l’Iran ne sont pas un phénomène passager mais bien l’épicentre d’une nouveau remodelage violent du monde au profit des bourgeoisies occidentales.
Notre réponse en tant que mouvements d’émancipations des peuples n’est pas à la hauteur du danger. Nos luttes sont émiettées, parcellaires ou trop centrées sur des questions nationales. Nous avons abandonné les objectifs de transformation globale auxquels présidaient les Forum Sociaux Mondiaux et le mouvement altermondialiste à sa naissance. Pire, l’objectif même de destruction du capitalisme n’est pas présent alors même qu’il est de plus en plus visible que ce système mène l’humanité à sa perte. Dans ce contexte l’attaque de nos ennemis a été fulgurante : contre-révolution de type « regime change » violent ou juridique en Amérique Latine, assassinats politiques contre la révolution en Tunisie, manipulation de groupes extrémistes sanguinaires afin de mettre au pas l’Egypte, la Syrie, l’Afrique, fin sans gloire des Forums Sociaux Européens…
L’expérience montre que l’émiettement des luttes et l’exploitation par le système de rivalités entre nos options idéologiques, nos clivages historiques (Est-Ouest et Nord-Sud) a fortement desservi la construction d’un contre-pouvoir à l’échelle mondiale. L’essoufflement du processus des Forum Sociaux fait qu’ils ne servent plus de lieu d’élaboration d’une alternative réelle.
Nous ne pouvons pas continuer dans cette impuissance politique et nous devons reconstruire une alliance dans laquelle nous dynamiserons et structurerons nos forces communes.
L’idée de la construction d’une nouvelle organisation de type Internationale des Travailleurs et des Peuples est dans l’air depuis quelques années. Nous avons besoin d’une organisation structurée qui s’efforcera à donner aux mouvements en lutte quelques objectifs de lutte communs et construira ainsi des solidarités concrètes entre eux. Les travailleurs de chaque continent devront être représentés dans l’Internationale afin que l’unité dans la diversité soit notre ligne directrice majeure. La question de la souveraineté populaire ne devra pas être éludée dans notre réflexion sur la manière de construire l’alliance des solidarités.
C’est dans ce cadre que nous vous proposons une rencontre de réflexion pour la création d’une nouvelle alliance Internationale des Travailleurs et des Peuples. Cette rencontre pourrait se tenir en Tunisie, ou tout autre pays du Sud accessible à des délégués du monde entier. La rencontre réunira des militants représentants de mouvements, partis, syndicats, réseaux de tous les continents et régions. Seront définis comme régions : l’Amérique Latine, L’Afrique, l’Afrique du Nord , la Méditerranée et le Moyen Orient, l’Europe de l’Ouest, l’Europe de l’Est, l’Asie de l’Est, du Sud, du Sud Est, de l’Ouest et du Centre, les Etats-Unis. Chaque région devra être représentée par des personnalités connues dans leur région pour leur engagement anticapitaliste et représentative en tant que praticiens des luttes ou mandatée par leur organisation si possible. Il sera important également de faire représenter la voix des communautés en conflits avec l’Etat dans lesquelles elles vivent ou sans Etat. Contrairement aux Internationales passées, une région ou un pays sera représenté par plusieurs organisations. La construction d’une unité dans la diversité l’exige ; et les différents partenaires devraient prendre conscience que ce qui nous unit est plus important que ce qui nous divise, sans pour autant renoncer à leur indépendance. Enfin, dès la première rencontre, nous souhaitons poser une stratégie de lutte sur le long terme avec des objectifs précis et des délais temporels.
Nous joignons à cette lettre l’analyse approfondie de Samir Amin sur la nécessité de fonder une nouvelle Internationale.
Camarades, nous faisons appel à votre sens des responsabilités et de l’Histoire. Cette rencontre peut être le lieu ou s’élaborera une Nouvelle Révolution Socialiste (en ayant pris soin de tirer le bilan de l’ancienne) ou bien nous allons vivre un monde de chaos, de barbarie, d’égoisme et de destruction de notre Terre.
Amicalement,
Samir Amin

 
1 commentaire

Publié par le août 14, 2018 dans Uncategorized

 

L’Afrique, et l’Europe la Chine, par François danjou

1er août 2018 –  François Danjou – Question Chine

Alors que l’Europe a dévasté, pillé le continent africain, l’Europe joue à s’inquiéter sur le fait que la Chine ne ferait pas aussi mal que les Européens… les condamnations, les conseil pleuvent..Toute cette sollicitude masque mal l’inquiétude de perdre une position dominante et qui rapporte gros. La Chine se donne les moyens de ses ambitions. .(note de Danielle Bleitrach)

chine-monde_082018_01

Le 24 juillet, avant le sommet des BRICS, Xi Jinping a effectué une visite officielle en Afrique du Sud. Ici à Prétoria avec le président Cyril Ramaphosa.

 

*

Du 18 au 28 juillet Xi Jinping a inauguré la politique étrangère de son 2e mandat par un long voyage de 11 jours et 36 000 km aux Émirats Arabes Unis et dans 4 pays africains pour le terminer à Johanesbourg où, du 25 au 27 juillet, s’est tenu le 10e sommet des BRICS.

Accompagnant le voyage, la presse officielle du régime a largement développé les thèmes répétés par le n°1 du Parti depuis le 19e Congrès, présentant la Chine comme un modèle à suivre au milieu des changements dans les relations internationales inédits depuis un siècle « 百年未遇 – bai nian wei yu – ».

Dans ce contexte, dit une dépêche de Xinhua, la diplomatie aux “caractéristiques chinoises“ ouvre « une ère nouvelle des relations de la Chine avec le reste du monde, pour construire le destin commun de l’humanité dans la paix, la concorde, la coopération “gagnant – gagnant“ et le respect mutuel ».

Tout au long du périple, le Président a présenté son pays à la fois comme le parangon du libre échange, le champion de l’attention portée aux pays en développement et le modèle d’une nouvelle manière de conduire collectivement les affaires de la planète et d’affronter ses défis.

Alors que la guerre des taxes sino-américaine s’exacerbait vers les extrêmes, il a, dans son discours au sommet de BRICS, pris le contrepied de Washington.

Décrivant les bouleversements technologiques (intelligence artificielle, métadonnées, information et cryptage quantiques, biotechnologies) accompagnant les réajustements géopolitiques en cours où, a t-il dit, les pays émergents comptant pour 40% du PIB du monde, rééquilibrent les rapports de forces, il a prédit la refonte du système de gouvernance mondiale et la poursuite irrépressible de la globalisation, en dépit « des protectionnismes et des menaces terroristes. »

*

emirat arabes unis 8584018-13525938

Après un passage à Abu Dabi le 19 juillet ou les intérêts chinois [1], représentés d’abord par CNPC n°1 chinois des hydrocarbures, sont articulés

  • à l’exploitation pétrolière,
  • aux constructions d’infrastructures et immobilières soutenues par la présence de 200 000 travailleurs chinois du bâtiment expatriés,

Xi Jinping s’est successivement rendu au Sénégal, au Rwanda, en Afrique du sud et à l’île Maurice.

La Chine se donne les moyens de ses ambitions globales.

La contribution de la Chine et de ses grands groupes de construction au développement des infrastructures de transport en Afrique est importante. Avec ses actions humanitaires et médicales à quoi s’ajoutent les constructions de routes, de barrages et de voies ferrées, Pékin tente de contredire les critiques qui l’accusent de mener une politique « coloniale » fondée sur l’exploitation des ressources primaires constituant encore près de 60% de ses importations.

 

*

Dans les anciens fiefs coloniaux africains et plus généralement dans les pays en développement le Président chinois met en œuvre avec insistance sa politique d’influence géopolitique articulée à l’idée que le grand projet des « nouvelles routes de la soie » est une entreprise « mise à la disposition du Monde par la Chine » et qu’il s’efforce aujourd’hui de démarquer des critiques l’accusant de répliquer le « schéma colonial d’exploitation des ressources primaires. »

Pékin affine cette image de puissance généreuse et désintéressée depuis le premier sommet Chine – Afrique à Pékin en 2000 suivi de 5 autres dont 2 à Pékin 2006 et 2012, un autre à Addis Abeba en 2003, puis en Egypte en 2009 et à Johannesburg en 2015 (le 7e sommet aura lieu en Chine en septembre prochain).

En 2014 et 2015, les voyages en Afrique du premier ministre et du Président marquèrent une accélération des promesses d’investissement. Accompagnant les stratégies chinoises, le nouveau discours de Pékin insistait sur l’aide humanitaire et médicale et l’appui à la création d’industries de transformations permettant d’augmenter la valeur ajoutée des exportations africaines et de créer des emplois.

Certes, en valeur, les ressources brutes (hydrocarbures, fer, cuivre, étain, platine, cobalt, manganèse, uranium)représentent toujours en moyenne les 2/3 des achats chinois en Afrique. Il reste qu’en 2015, Xi Jinping a promis de doubler en 5 ans les investissement sur le continent à 60 Mds de $. Les promesses faisaient suite à celles de Li Keqiang en 2014 qui, quant à lui, avait annoncé 30 Mds.

Lire article de 2015 : A Johannesburg, Xi Jinping parie sur l’Afrique.

Bien qu’il soit difficile de faire le tri entre les annonces et la réalité tout comme on distingue mal les crédits accordés de l’aide directe et des dettes annulées, si on compte les prêts sans intérêts, une estimation basse place le promesses chinoises à 150 Mds de $ qui s’ajoutent à l’aide directe annoncée estimée au total à 50% des 354 Mds de $ du total de l’aide directe distribuée par la Chine entre 2000 et 2014.

Essentiels pour un continent dont à peine 25% des routes sont bitumées et où plus de 600 millions personnes n’ont pas accès directs à l’électricité, 41 millions ont été investis par la Chine dans les infrastructures de transport et 33 millions de $ dans l’aide à l’industrialisation.

Alors qu’elle est déjà largement supérieure aux promesses du G.20 en 2016, il faut s’attendre à une amélioration de l’efficacité géopolitique de l’action chinoise grâce à la décision, rendue publique en mars dernier, de créer une agence de l’aide directe avec à sa tête Wang Xiatao, n°2 de la Commission de la réforme et développement [2].

Le Sénégal en phase avec le « rêve chinois ».

Le 21 juillet, Xi Jinping passant ici en revue le détachement d’honneur avec le Président Sall était sur les traces de la France qui reste toujours le 1er partenaire commercial du pays, talonné par la Chine. La puissance financière de Pékin séduit le président Sall engagé dans un vaste projet de rénovation socio-économique de son pays.

 

*

Au Sénégal, le Président Macky Sall, arrivé aux affaires en 2012 en même temps que Xi Jinping, favorise d’autant plus les projets de la Chine devenue le 2e partenaire commercial derrière la France, qu’il est lui-même comme Xi Jinping animé d’une vision de renouveau national.

Articulé au « Plan Sénégal Emergent » dont l’épine dorsale réformatrice vise à régénérer le tissu industriel productif, l’infrastructure de transport, l’éducation, le système de santé, l’agriculture et le marché de l’emploi, le projet du Président Sall croise l’intention géopolitique chinoise.

« Les crédits chinois sont souples et pratiques » note Ba Demba Diallo, chercheur et conseiller du gouvernement qui considère que les mises en garde du FMI pointant l’accumulation des dettes sont alarmistes compte tenu de la bonne santé de l’économie.

Il est un fait que dans ce pays ayant basculé son allégeance politique de Taipei à Pékin en 2005, une appréciation exhaustive des créances chinoises est difficile compte tenu de l’opacité des comptes, écrit de Hong Kong, l’Italienne Ilaria Maria Sala ancienne étudiante à l’Institut des Études africaines et à l’École Normale de Pékin.

Mises en garde du FMI.

Mais Dakar dont Pékin espère qu’il sera le moteur des projets des nouvelles routes de la soie en Afrique de l’Ouest, n’est pas le seul pays africain entré dans les radars de l’investigation financière du FMI.

  • Au Kenya où 70% des créances sont chinoises,
  • s’ajoutent le Tchad,
  • le Sud Soudan,
  • le Mozambique,
  • la Zambie,
  • l’Éthiopie,
  • le Nigeria,
  • le Ghana,
  • la Côte d’Ivoire

dont beaucoup sont touchés par la baisse du prix des matières premières.

Nombre d’entre eux tournent leurs regards vers les finances et l’aide chinoises pour une aide que les institutions financières ne leur accordent qu’à la condition de réduire leur déficit budgétaire par l’augmentation d’impôts, politiquement difficile.

Kigali et Pretoria « sous le charme ».

Xi Jinping, le 22 juillet à Kigali avec Paul Kagame que le n°1 chinois avait déjà accueilli à Pékin en août 2017. 60% des routes asphaltées du pays ont été construites par la Chine.

 

*

Au Rwanda dont le président Kagame, président en exercice de l’Union Africaine accuse la France d’avoir prêté main forte aux Hutus pour massacrer les Tutsis et où Xi Jinping est arrivé le 22 juillet, l’enthousiasme pour l’aide chinoise est la même. 14 ans après le génocide, le pays, dont Pékin est le premier partenaire commercial et où 70% des routes ont été construites par China State Construction Engineering Corporation, bénéficie de 400 millions d’aide chinoise finançant plus de 60 projets de développement.

A son passage, le président chinois a signé une quinzaine d’accords portant sur l’infrastructure, le commerce en ligne, l’éducation et la formation, les sciences et technologies, les mines, le droit, et – promesse importante dans le nouveau concept de l’aide chinoise destiné à démentir les accusations d’exploitation -, l’extension de l’hôpital du district de Masaka construit par la Chine à Kigali, ainsi que les concessions pour la construction d’une route de 66 km au sud du pays et du réseau de routes d’accès à l’aéroport internationale de Kigali.

*

le Président Cyril Ramaphosa capture_decran_2018-02-15_a_15.34.57.png  le Président Cyril Ramaphosa

A Johannesburg, où le Président Cyril Ramaphosa a été élu en février dernier à la suite de la démission de Jacob Zuma accusé de corruption et d’agressions sexuelles, l’ambiance prochinoise est également favorisée par la quête financière de l’exécutif engagé dans un programme d’investissements de 100 Mds de $ pour les 5 ans à venir.

Dans ce contexte, Xi Jinping a à la fois promis 14,7 Mds d’investissements et l’augmentation des importations chinoises pour diminuer le déficit commercial de l’Afrique du sud, où le stock des investissements chinois n’est que de 11 Mds de $, alors que les entreprises sud-africaines ont nettement plus investi en Chine.

La remarque vient du ministre de l’Industrie Robert Haydn Davies, 70 ans, docteur en sciences politiques de l’Université du Sussex, dans sa jeunesse, membre du Parti communiste anti-apartheid et exilé pendant 11 ans en Grande Bretagne et au Mozambique. Pour lui qui se félicite de la fiabilité des promesses chinoises, l’aide de Pékin au développement du secteur productif sud-africain participe à la réduction du déficit commercial.

Parmi les accords passés, notons deux prêts directs dans deux secteurs stratégiques en difficulté. Le premier, par la Banque Nationale chinoise de développement à hauteur de 2,5 Mds de $ à la société de production d’énergie Eskom menacée de faillite pour mener à bien la construction d’une centrale thermique à Mpumalanga dans le nord du pays ; le 2e, par la Banque du Commerce et de l’industrie (ICBC) de 300 millions de $ à la société de logistique Transnet (transports ferrés, gestion portuaire, gestion de d’oléoducs et gazoduc).

Enfin à son passage, Xi Jinping a assisté par vidéo à la cérémonie d’inauguration de l’usine d’automobile BAIC [3] installée dans la zone économique de Port Elisabeth qu’il avait lui-même initiée lors de son passage en 2015.

*

Le 28 juillet Xi Jinping était à l’île Maurice, archipel du sud de l’océan indien où l’influence de l’Inde reste forte. Rival de la Chine et critique des routes de la soie dont la branche pakistanaise empiète sur un territoire contesté par l’Inde, New-Delhi verrait d’un mauvais œil que l’île se rapproche de Pékin au point d’endosser les projets chinois. C’est peut-être ce qui explique qu’au delà des discours d’amitié, aucun accord n’a été signé, en dehors de la confirmation des négociations commencées en mai dernier pour un accord de libre-échange.

*

Au total, ce 3e périple africain de Xi Jinping s’est déroulé sous les visions contraires des Africains en quête des finances chinoises indispensables au développement de leurs infrastructures et plus généralement de leurs économies, et celles des experts du FMI dont les critiques relayées par nombre d’Occidentaux mettent en garde contre le risque d’une accumulation toxique des créances chinoises – évaluées à plus ou moins 100 Mds de $ -, principal adjuvant du projet d’influence géopolitique de Pékin dans une Afrique en mal de cash et de développement.

Prenant soin de mettre en œuvre des projets humanitaires en parallèle de ses projets d’infrastructures, compensant les importations toujours majoritaires de ressources primaires, la Direction chinoise repousse aujourd’hui les critiques qui l’accusent de reproduire les politiques coloniales exploiteuses.

En revanche, réussissant à polir son image de puissance ouverte œuvrant dans l’intérêt de tous, elle ne récuse plus les accusations de recherche d’influence qu’au contraire elle revendique, dans un contexte où les États-Unis, auteurs d’une féroce guerre douanière principalement dirigée contre la Chine, se rétractent dans une posture inverse.

A ce stade, connaissant la situation du Continent européen dont les aides à l’Afrique ont largement échoué – qui plus est placé dans la perspective inquiétante d’un mouvement migratoire déclenché par l’explosion démographique et le chaos économique et politique du Continent africain -, il faut s’interroger sur la pertinence réelle de l’aide chinoise – au-delà des critiques budgétaires récurrentes et des soupçons de recherche d’influence qu’au demeurant Pékin reconnaît –

Et si la méthode chinoise réussissait ?

Une équipe médicale chinoise en 2014 à l’hôpital de l’amitié de Sierra Leone pendant l’épidémie d’Ebola.

 

*

Une récente étude de Harvard mise en ligne par le Département d’État reconnaît l’invasion des produits chinois, les bénéfices engrangés par les groupes de constructions employant une majorité de chinois, le non respect du droit du travail dans certaines régions minières comme la Zambie, en même temps que l’accumulation des prêts dangereux pour l’équilibre budgétaire de pays insolvables.

Mais s’appliquant à considérer l’autre face du problème, le travail met en lumière les bienfaits de l’aide chinoise réputée sans conditions politiques d’obédience à la démocratie ou aux droits humains et dont Wang Yi le MAE a répété lors de son passage au Kenya en 2015, qu’elle « se garderait absolument de suivre le même chemin que les anciennes puissances coloniales, ne sacrifierait pas l’environnement et se focaliserait sur les intérêts de long terme de la Chine et de l’Afrique. »

Citant Dirk Willem de Vilde, expert chercheur et Directeur des actions internationales à l’Institut américain du Développement d’Outre-mer de Londres, massivement engagé en Afrique, le rapport qui rejette les jugements « en noir et blanc », souligne les vastes bienfaits de la coopération chinoise dans les domaines des infrastructures de transports, des mines et des écoles. Dans l’aide sanitaire, le travail rappelle que, lors de l’épidémie d’Ebola en 2015, les médecins chinois avaient joué un rôle crucial.

Selon les auteurs, le développement des investissements chinois dans les services, la production industrielle et la formation contredit l’accusation d’une réplique coloniale d’une coopération chinoise qu’il dépeint comme bénéfiques pour les deux parties.

Plus encore, des initiatives comme le lancement en 2015 au Kenya d’une JV de fabrication de panneaux solaires assortie de la formation d’ingénieurs financée par un prêt de 100 millions de $, serait même de nature à modifier l’approche occidentale de la coopération.

La conclusion du rapport sonne comme une mise en garde.

« Si la Chine réussissait finalement à provoquer le réveil des économies africaines – ce que l’Occident tente en vain de faire depuis des décennies – le débat sur les conditions de l’aide au développement chinoise sera clos. En même temps, la Chine se sera rapprochée du statut de “grande puissance “, partie de son rêve. »

Il reste que le modèle politique prôné (ou diffusé par « osmose ») par la Chine en Afrique qui, à cet effet et à des fins d’influence géopolitique, y déverse d’importants moyens est politiquement à l’exact opposé des principes de séparation des pouvoirs et de liberté d’expression, fondements institutionnels du projet européen.

Un défi majeur pour l’Union européenne.

Le 18 juillet 2018, à Zhengzhou dans le Henan, Guo Lanfeng, Directeur adjoint à la Commission de la Réforme & développement s’exprime sur la coopération avec l’UE.

 

*

Logiquement, l’introspection des Européens, en première ligne dans cette situation, devrait donc les conduire à imaginer les moyens d’une action commune à 27 au moins aussi efficace que celle de la Chine destinée à sortir l’Afrique de ses perspectives pessimistes et y créer les conditions de son développement dans des principes qui seraient plus en résonance avec les postulats politiques de l’Union.

Pour autant, alors même que les médias n’en font que rarement état, préférant rendre compte de l’action chinoise qu’ils jugent plus spectaculaire et commercialement plus efficace pour leurs publications, il serait excessif de considérer que l’Union Européenne est absente de l’Afrique.

Il y a peu JC–Juncker, faisant état des actions de la Commission, appelait à la solidarité des États membres pour« affronter les défis communs d’aujourd’hui, depuis le développement durable, jusqu’aux investissements en passant par la paix et la sécurité pour mieux contenir les migrations ».

Lors du 5e sommet UE – Afrique tenu en novembre 2017 à Abidjan une année avant le sommet Chine – Afrique et dont l’un des thèmes principaux était l’immigration, le Président Donald Tusk a rappelé que l’Union européenne était le partenaire le plus important de l’Afrique et son voisin le plus proche, le premier investisseur au monde pour l’Afrique, son principal partenaire commercial, le premier fournisseur d’aide au développement et d’assistance humanitaire à l’Afrique ainsi que le premier contributeur à la paix et à la sécurité sur ce continent. »

*

Mais en comparant les chiffres des contributions à ceux de la Chine en progression rapide, force est de constater qu’ils ne sont pas à la hauteur des enjeux de développement et de sécurité que les médias s’appliquent à passer sous silence.

Dans un récent numéro « d’Afrique réelle » de juin 2018, Bernard Lugan débarrassé de la gangue politiquement correcte, livre un inquiétant constat :

« Avec un taux de croissance de 4% la population africaine double tous les 18-20 ans ; au Niger, pays désertique où le taux de fécondité est de 7 enfants par femme, la population était de 3 millions d’habitants en 1960 et elle sera de 40 millions en 2040, puis de 60 millions en 2050. En Somalie, le taux de reproduction est de 6,4 enfants par femme et en RDC, il est de 6,1. En Algérie le programme de planification familiale avait permis de faire baisser l’indice synthétique de fécondité de 4,5 enfants par femme en 1990, à 2,8 en 2008. Or, avec la réislamisation du pays, depuis 2014, il a rebondi à 3,03. » (…)

(…) « Résultat : d’ici à 2030, l’Afrique va voir sa population passer de 1,2 milliard à 1,7milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an ; en 2100, avec plus de 3 milliards d’habitants, le continent africain abritera 1/3 de la population mondiale, dont les trois quarts au sud du Sahara ; pour des centaines de millions de jeunes africains, la seule issue pour tenter de survivre sera alors l’émigration vers l’Europe. »

Or dit Lugan, telles qu’elles sont conçues aujourd’hui, parcellaires, inégales, insuffisantes et souvent – pour les investissements privés – articulées à des espoirs de retours rapides, les politiques de développement fonctionnent mal.

« Début juin 2018, à la lecture du rapport sur les IED publié par la CNUCED (CNUCED, World Investment Report 2017), nous apprenons qu’en 2017, sur les 2000 milliards (mds) de dollars d’IED mondiaux, l’Afrique n’en recueillit en effet que 60 mds, un volume dérisoire en baisse de 3% par rapport à 2016 (Banque mondiale). L’Afrique, dans l’ensemble de la globalité de ses 54 pays et de son 1,2 milliard d’habitants a donc reçu presque autant d’IED que Singapour (61,6 mds pour 6 millions d’habitants), et moins que l’Irlande (79,2 mds pour 5 millions d’habitants)… »

*

S’il est un sujet où, faisant preuve de solidarité, les 27 pays membres devraient secouer le fantasme économique des lois du marché et du libre-échange, dont certains croient qu’elles régulent des destinées humaines, c’est bien celui des relations avec l’Afrique dont la stabilisation relève plus d’un plan Marshall que d’investissements calculés.

Si l’Union voulait vraiment aider au développement de l’Afrique et stabiliser sa relation avec ce continent crucial pour sa sécurité, c’est le moins qu’elle pourrait faire.

Note de Contexte.
Sommet des BRICS.

La dernière réunion des BRICS à Johannesburg a montré une dilution de l’élan initial de 2009. Ici Xi Jinping, est entouré de Narendra Modi à sa droite et du Président Sud-africain Cyril Ramaphosa à gauche. A leur gauche Vladimir Poutine etMichel Temer, élu président du Brésil après la destitution de Dilma Roussef.

 

*

Le 10e sommet des BRICS qui réunit la Chine, la Russie, l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil s’est tenu à Johannesburg du 25 au 27 juillet derniers. Tous les commentateurs auront noté la dilution de la dynamique initiale de 2009, voulant créer un élan multipolaire qu’au moins le Russie et la Chine voyaient comme un contrepoids à l’Amérique et tous comme une marge de respiration par rapport aux rigidités de la Banque Mondiale et du FMI.

A l’époque, leur meilleur argument était leur poids économique et démographique (40% de la population mondiale). Toujours présents, ses atouts (les 5 comptent pour 23% du PIB mondial) sont aujourd’hui affaiblis par la somme des non-dits planant au-dessus de leurs relations.

Les 5 parviennent en effet de moins en moins à cacher les rivalités géopolitiques entre Pékin et New-Delhi, les contrastes entre leurs systèmes de gouvernement, leurs économies disparates aux besoins divergents et, par-dessus tout, les déséquilibre causé le poids de la Chine aujourd’hui d’envergure planétaire aux ambitions géopolitiques globales.

Le bilan de la solidarité des 5 BRICS est mince souligne un article du Monde. S’il est vrai que le commerce entre eux a augmenté de 30% – ce qu’a fait valoir V. Poutine -, aucun des projets et accords évoqués lors des précédents sommets n’a été discuté (accords de libre échange, élargissement – le site Russia Today a évoqué l’adhésion de la Turquie restée sans suite -, création d’une agence notation des BRICS).

Même la Banque des BRICS créée dans la ferveur en 2015 n’a octroyé que 7,5 Mds de $ de prêts. En revanche, (cf plus haut) ce sont les banques chinoises qui sont venues au secours des entreprises sud-africaines en difficulté.

Lire ARTICLE DE 2014  : Les BRICS jettent un pavé dans la mare des finances mondiales.

Enfin, la principale crainte implicite est peut-être que Pékin dont les ambitions globales sont aujourd’hui avérées se pose à cet effet en parangon du libre-échange alors ses groupes publics subventionnés, tirant profit de la quête de capitaux des pays en développement opérant souvent en dehors des lois du marché et sont réticents à participer aux appels d’offres.

*

Confronté à une brutale offensive de Washington pour rééquilibrer son commerce avec la Chine, Xi Jinping a, dans son discours, habilement joué du thème de la multi polarité et des dangers du protectionnisme posant au monde, a t-il dit, une alternative entre « coopération » et « confrontation » et entre « bénéfices mutuels » et système clientéliste de suzerain à vassal. Dans la foulée, il a réitéré ses mises en garde sur les dangers pour tous d’une guerre commerciale.

Dans la dernière partie de son discours, il n’a pas manqué de faire la promotion des réformes en cours en Chine et des « Nouvelles routes de la soie » devenue l’emblème de la politique étrangère de Pékin.

Promettant une meilleure ouverture aux investissements, calibrée à l’aune « des standards internationaux », plus « transparente, conforme au droit et au marché, combattant les monopoles, respectant la propriété intellectuelle », il a annoncé la tenue à Shanghai, en novembre prochain, après le sommet des BRICS en septembre, de la première Exposition internationale Import – Export, dont il a dit qu’elle serait une « plateforme d’accès au marché chinois pour le monde ».

Il reste que par ces annonces, répertoires des manquements chinois à l’ouverture et au respect du droit des affaires, à quoi s’ajoute la captation de technologies le président chinois donne corps aux critiques de Washington et Bruxelles.

Quant à la « Belt and Road Initiative », (BRI) comme l’appellent les anglos-saxons, il a répété le discours de générosité qui, selon la propagande du Parti, en fait un projet « appartenant au monde ».

Il n’empêche qu’à Johannesburg, contredisant la solidarité entre les 5 membres des BRICS, ce qui a surtout dominé dit ce sont les rencontres bilatérales.

Au total, la longue déclaration finale en 101 points détaillant méthodiquement et de manière exhaustive les grands défis du monde, depuis les conflits ouverts jusqu’à la guerre commerciale en passant par la nécessaire promotion de la démocratie dont on voit bien qu’elle ne sonne pas juste, diffuse le sentiment que l’élan initial est en train de s’étioler et que le groupe n’a qu’une prise limitiée sur les grandes contradictions et antagonismes de la marche du monde.

Notes :

[1] Alors que le total des échanges entre les deux se monte à 50 Mds de $ – que les émirats espèrent doubler –, la visite a été marquée par l’annonce de la création de ce qui a été présenté comme le « plus grand “Chinatown“ du Moyen-Orient » sur une surface de 6 km2, à 10 minutes de l’aéroport international Dubai.

Aux Emirats, l’empreinte des compagnies de construction chinoises est déjà omniprésente le long de la Voie rapide Sheikh Zayed, principale artère de la ville de Dubai, partie d’une autoroute traversant les Emirats où la China State Construction Engineering Corporation (CSCEC – en Chinois 中国建筑工程总公司 -, 1er groupe de construction au monde et 14e pour la valeur de ses contrats à l’étrangers- ), a construit la plupart des ponts.

En février dernier, le groupe public a pour 160 millions de $, obtenu le contrat de construction d’une des 2 tours du complexe de résidences de luxe « d’Akyon City » à quoi s’ajoute un contrat de 19,6 millions de $ obtenu en juin pour la construction de routes et de voies rapides.

 

[2] Calquée sur l’agence américaine US AID, la création de l’agence chinoise inaugurée le 18 avril en présence de Yang Jiechi, ancien ambassadeur à Washington et ancien ministre des Affaires étrangères, membre du Bureau Politique et de Wang Yi, son successeur à la tête du Waijiaobu, marque la volonté de Pékin de rationaliser un secteur jusque là éclaté en plusieurs dizaines de décideurs et d’accorder sa stratégie d’aide directe à son projet politique global.

[3] 4e constructeur de Chine BAIC (北京汽车工业) a décidé en février dernier de monter une usine avec Daimler-Benz dont le location n’avait pas été rendue publique à la rédaction de cette note, pour un investissement conjoint de 1,9 Mds de $. En même temps, on apprenait que le constructeur chinois Geely avait acheté 9,7% des parts de Daimler, ce qui en fait l’investisseur majoritaire dans le groupe dont fait partie Mercedes-Benz.

BRICS index


source/ https://www.questionchine.net/l-afrique-la-chine-et-l-europe?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+questionchine+%28QuestionChine.net%29#nb1

 

Une réflexion au sujet de « 2936 – L’Afrique, la Chine et l’Europe »

Laisser un commentaire

Navigation des articles

 
 

La Chine et Cuba mettent en avant  les réflexions de Fidel Castro à l’occasion de son anniversaire.

Pékin, 13 août (PL) La communauté cubaine vivant en Chine, le corps diplomatique accrédité dans cette capitale et les amis chinois de Cuba ont rendu hommage aujourd’hui au 92e anniversaire du leader historique de la Révolution, Fidel Castro.

Lors d’une cérémonie au Jardin de la Paix de Pékin, les participants ont rappelé l’héritage de l’éternel commandant en chef, ainsi que la validité de sa pensée et de son action dans l’idéologie des peuples du géant asiatique.

Les Chinois et les Cubains ont rendu hommage au leader devant le monolithe qui a été placé dans ce même jardin l’année dernière à l’occasion du premier anniversaire de sa mort.

Dans des déclarations à Prensa Latina, la conseillère Lisbet Quesada, chargée d’affaires par intérim de la mission diplomatique de l’île, a déclaré que le peuple chinois se souvient avec affection de l’impulsion donnée par Fidel aux relations avec ce pays.

Cuba a été la première nation de l’hémisphère occidental à établir des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine en 1960, ce qui nous honore profondément parce qu’il a ouvert la voie à des liens entre Pékin et l’Amérique latine, a-t-il dit.

En Septembre, il y avait une grande réunion d’un million de personnes sur la place de la Révolution, Fidel a donné un long discours et a demandé si le peuple a accepté de rompre les relations diplomatiques avec Taiwan et l’établir avec la Chine, ces millions de personnes ont dit oui, c’était impressionnant, a rappelé le correspondant de l’agence de presse Xinhua à La Havane, Pang Bingan.

D’autre part, Quesada a rappelé que dans les années 1960, le premier groupe de Chinois à voyager à l’étranger pour étudier l’espagnol l’a fait précisément à Cuba, et cela grâce à l’attention du commandant sur les échanges éducatifs entre les deux parties.

Maria Cheng, une de ces étudiantes chinoises d’il y a plus de 50 ans, a exprimé sa gratitude au peuple et au gouvernement cubains pour lui avoir permis d’étudier dans ce pays des Caraïbes.

Fidel est un grand leader de la Révolution cubaine, très cher et respecté par le peuple, il était aussi un grand ami de la Chine, a-t-il souligné.

Le Président de la Fondation chinoise pour la paix mondiale, Li Ruohong, a exprimé le souhait que la coopération entre les deux pays continue d’être renforcée en 2018, année du 58e anniversaire de l’établissement de liens diplomatiques.

Auparavant, Xu Yizhou, ancien ambassadeur de Chine à Cuba, a assuré Prensa Latina que les deux nations sont au meilleur moment de leurs relations bilatérales.

Cette amitié est représentée dans de nombreux aspects allant de la politique, de l’économie, de la culture et du sport. L’échange entre les deux pays est très important et permet de maintenir les relations bilatérales à un très bon niveau, a-t-il ajouté.

tgj/idm

source: http://www.prensa-latina.cu/index.php?o=rn&id=202340&SEO=china-y-cuba-resaltan-pensamiento-de-fidel-castro-en-su-natalicio

Tag(s) : #cuba#chine
 

Le candidat du parti communiste a battu Russie unie aux élections dans la ville de Birobidjian

Birobidjan (en russe  : Биробиджан ; en yiddish : ביראָבידזשאַן) est une ville et le centre administratif de  l’Oblast autonome juive en Russie  Sa population s’élevait à 74 791 habitants en 2014. C’est le seul exemple contemporain d’un territoire administrativement juif , à l’exception d’Israêl  C’est seulement en français que Le nom de la ville désigne également,  l’Oblast autonome juif lui-même. Cet article est doublement intéressant il montre un des premiers effets politiques de la campagne du parti communiste contre la très impopulaire réforme des retraites et les difficultés rencontrées par le parti au pouvoir. Mais il nous permet de découvrir cet étrange territoire créé en 1930 pour que le Juifs soient une véritable nation avec une terre. (note et traduction de Danielle Bleitrach)

13 août 2018 16h30 – Le Parti communiste de la Fédération de Russie

Le candidat du Parti communiste Vladimir Sakharovsky a battu un représentant du "parti du pouvoir" lors des élections partielles à la ville de Douma de Birobidjan

Vladimir Sakharovsky

Les résultats de l’élection partielle du 12 août du député de la ville de Douma de Birobidjan ont évidemment déçu les partisans de la Russie unie. La candidate du « parti du pouvoir », la rectrice de l’Université de l’État d’Amour, Natalya Shklyar, a fait un résultat catastrophique face à  son adversaire du parti communiste Vladimir Sakharovsky, rapporte

64, 6 % des électeurs ont voté  Pour Vladimir Sakharovsky, 32,,05  pour Natalya Sklyar soit deux fois moins rapporte la publication indépendante en ligne « Nabat ». Les journalistes notent qu’un taux de participation plutôt faible (13,04%) n’a pas permis aux autorités locales d’utiliser pleinement les ressources administratives. Selon eux, les élections ont montré que l’appartenance au parti au pouvoir n’est plus une garantie pour gagner les élections dans les organes représentatifs. L’autorité de ce parti au pouvoir a chuté   sous le coup des votes des députés de la Russie unie pour des décisions impopulaires, comme la « réforme des retraites ».

Commentant les résultats du vote, Vladimir  Sakharovsky a déclaré que la dans  dernière campagne électorale  le Parti communiste a mobilisé toutes ses forces. »La campagne électorale achevée a montré que l’opposition peut remporter une victoire convaincante sur le parti au pouvoir dans des circonscriptions uninominales. Personnellement, j’ai été favorisé par le fait que d’autres partis d’opposition – le LDPR et A Just Russia – n’ont pas eu tout le soutien pour  leurs candidats. Tous les votes de ces électeurs mécontents du monopole politique de la Russie unie et de la loi antinationale qu’ils ont approuvée pour augmenter l’âge de la retraite m’ont désigné comme le seul candidat de l’opposition « , a déclaré le député élu à la Douma.

Vladimir Sakharovsky a noté que dans le cadre de la campagne électorale, il a contacté  toutes les maisons du comté,il  a frappé à chaque porte, avec ses camarades distribué des centaines de tracts et des journaux, trois od’entre eux nt pris part à la télévision des débats locaux, à plusieurs reprises, publié  des articles dans la presse, mais la chose la plus importante , –  il tenu 11 réunions avec des électeurs.

« Les gens veulent sincèrement des changements pour le mieux, les gens en ont assez du terrible royaume de la dévastation et de la pauvreté. Aujourd’hui, les communistes ont démontré une capacité unique d’entendre les gens et de parler avec eux dans un langage compréhensible. C’est pourquoi le peuple a soutenu le candidat communiste à 64% « , a souligné Vladimir Sakharovsky.

 
1 commentaire

Publié par le août 14, 2018 dans INTERNATIONAL, Russie

 

Assemblée Nationale : « un retour en force du secteur privé » -Entretien

Les députés de la République en marche sur les bancs de l’Assemblée nationale. ©DENIS/REA
?
ENTRETIEN https://www.alternatives-economiques.fr/assemblee-nationale-un-retour-secteur-prive/00085117
Sébastien MichonChargé de recherche au CNRS et enseignant à l’IEP de Strasbourg, spécialiste de sociologie des élus et des questions de professionnalisation de la politique

Cet entretien est en lien avec notre article  « Assemblée nationale : une révolution de velours », publié le même jour

Sébastien Michon est chercheur au CNRS, spécialiste de sociologie des élus et du personnel politique. Il a réalisé, avec Etienne Ollion et Julien Boelaert, une enquête approfondie sur la véritable origine sociale des députés français, à publier cet été dans la Revue française de science politiqueAlternatives Economiquesa eu accès à ces données exclusives. Entretien.

Pour votre enquête vous avez dû reconstituer une imposante base de données en croisant des dizaines de sources, alors que ces informations existaient déjà dans les archives de l’Assemblée Nationale. Pourquoi était-il nécessaire de faire ce travail-là ?

Avec les données publiées par l’Assemblée Nationale, on s’est retrouvés confrontés à plusieurs insatisfactions. Pour commencer, les indicateurs manquaient de précision. Notre ambition était d’établir le temps passé par chaque député en mandat ou dans telle ou telle position de collaborateur politique, afin de pouvoir mesurer concrètement le temps passé en politique à différents échelons. Il nous fallait pour cela un certain nombre de données spécifiques. Or l’Assemblée Nationale ne donne qu’une information synthétique sur les mandats précédents. Il nous fallait une base plus détaillée.

« Être un professionnel de la politique, c’est devenu un véritable stigmate »

Deuxième source d’insatisfaction : il s’agit de données déclaratives. Sur les professions d’origine en particulier, on avait seulement accès à ce que les députés voulaient bien en dire. On ne sait jamais s’ils ont déclaré la première profession qu’ils ont exercée, la dernière, ou une profession plus ou moins ajustée pour éviter de passer pour quelqu’un qui n’a fait que de la politique toute sa vie. L’exemple typique, c’est celui qui indique, comme Manuel Valls, qu’il était « conseiller en communication ». Cette appellation masque souvent le fait il s’agissait d’un travail de conseiller en communication politique ou d’un auxiliaire politique. Et donc qu’on a affaire à quelqu’un qui a travaillé pour un ou plusieurs élus, pour un ministre, et qui finalement vivait déjà de la politique depuis plusieurs années. C’est bien le cas de Manuel Valls, puisqu’il a commencé conseiller en communication… au sein du cabinet de Michel Rocard.

Avoir travaillé dans la politique est-il si infâmant ?

Oui. Ce jeu sur les appellation des professions d’origine, l’activité antérieure… cela montre bien que vivre de la politique est devenu un véritable stigmate : on dira des professionnels de la politique que ce ne sont pas des « vrais gens », qu’ils vivent dans leur monde clos…

L’Assemblée Nationale elle-même participe de ce brouillage. Dans notre livre Métier : Député, nous avions donné cet exemple d’un élu qui, au moment de s’enregistrer dans les registres de l’Assemblée, déclare « je suis collaborateur parlementaire », parce que c’était son métier. On lui a répondu « Oui, mais vous avez fait quoi d’autre ? » Comme il avait fait une thèse, il a été enregistré dans la catégorie « profession scientifique ». On voit là à quel point l’institution, elle aussi, a intégré un certain nombre de stigmates, de limites, de codes.

« Il y a un décalage entre l’image d’une politique qui devrait être menée sur le mode de la vocation, en amateur, et une forte exigence de professionnalisme »

D’ailleurs on parle rarement de « métier » en politique, parce que dans ce monde on préfère parler de vocation. Et pourtant, c’est devenu un véritable métier. Le décalage est frappant entre une représentation de l’activité politique censée être menée sur le mode de la vocation, en amateur, et les exigences toujours plus fortes qui pèsent sur les élus. Ils doivent connaître parfaitement leur dossier, les enjeux, les personnes concernées. doivent s’informer très vite et exprimer clairement leur opinion en un temps réduit. C’est une tension qui est au cœur de la critique des professionnels de la politique.

À ces exigences contradictoires est venue s’ajouter la critique de l’entre-soi d’un monde politique réservé à une caste de professionnels. En 2014 déjà, Michèle Delaunay avait évoqué le « tunnel de la politique » dans lequel s’engouffrent des professionnels de la politique qui ne sont jamais passées par la case de la « vraie vie ». On entre dans ce tunnel jeune, par exemple en rejoignant des mouvements de jeunesse des partis politiques, avant d’y prendre goût, de devenir salarié du champ comme auxiliaire politique, d’enchaîner les postes de collaborateurs d’élus, puis de devenir élu à son tour. Et ce sont de plus en plus des personnes avec ce profil-là qui vont occuper l’espace politique, être élus notamment à l’Assemblée Nationale ou devenir membres du gouvernement.

Cette critique, Macron l’a reprise à son compte pour faire sa campagne en partie sur le nécessaire renouvellement des profils. On a retrouvé dans ses discours la rhétorique habituelle selon laquelle les personnes qui n’ont jamais fait autre chose que de la politique sont forcément éloignées des réalités des citoyens, du quotidien. Mais une telle rhétorique gagnerait à être interrogée : lorsqu’on est situé dans telle ou telle partie de l’espace social, est-ce qu’on n’est pas, par la force des choses, déconnecté d’autres parties de l’espace social ?

Vous avez travaillé sur cinq législatures différentes, jusqu’à 1978. Quelles tendances avez-vous pu dégager sur le temps long ?

Nous avons essayé de mesurer ces tendances en nous intéressant aux parcours des élus et nous avons observé, en effet, une forte augmentation au cours des quarante dernières années du nombre d’anciens auxiliaires politiques. Ces positions sont devenues de véritables marchepieds pour faire des carrières politiques au plus haut niveau.

Un phénomène encore plus large ressort de l’étude des données que nous avons collectées : celui de l’allongement des carrières en politique. Pour accéder au premier échelon de la politique nationale, l’Assemblée Nationale, il faut avoir passé de plus en plus de temps en tant qu’élu local ou en tant que collaborateur politique ou auxiliaire politique. Le nombre d’années à attendre dans ces positions était passé de 12 ans en moyenne en 1978 à 19 ans en 2012. Une file d’attente s’est en quelque sorte créée : un certain nombre de personnes étaient candidates pour accéder aux différents mandats, notamment les plus prestigieux, ce qui les a contraintes à se maintenir plus longtemps en politique pour pouvoir accéder, plus tard dans la carrière, à différents mandats.

Dans cette file d’attente vous aviez des personnes qui étaient dans le champ politique depuis plusieurs années, en tant qu’élu ou en tant qu’auxiliaire, à plein-temps. Ils ont ainsi développé un certain nombre de connaissances et de savoir-faire : répondre à des journalistes, prendre la parole en public, animer une réunion, diriger une fédération locale d’un parti… Par rapport à des personnes aux novices, qui avaient un autre emploi, ils se trouvaient nettement avantagés dans la compétition pour les positions les plus prestigieuses. Ce sont des personnes fortement investies et qui ont des coups d’avance par rapport à ceux qui n’ont pas le temps, parce qu’ils travaillent à côté.

Pour ce qui est des élections législatives de 2017, vos données racontent-elles une histoire très différente de ce qu’on a pu entendre dès la sortie des urnes, sur le renouvellement des élites politiques ?

Ce renouvellement était un enjeu fort pour le groupe désormais majoritaire à l’assemblée. La République en Marche avait d’ailleurs annoncé dans sa campagne la présence de plus de 50 % de « novices » sur leurs listes. Nous avons voulu mesurer avec justesse si tous les élus qui étaient annoncés comme des novices en étaient véritablement.

Ce que nous montrons, c’est que s’ils étaient des « novices » dans la carrière élective, ils étaient loin d’être sans passé politique ! Prenons par exemple Marie Guévenoux : cette députée LREM a certes été élue pour la première fois en 2017. Mais en réalité elle est dans l’espace politique depuis presque vingt ans : c’est une ancienne attachée parlementaire d’Alain Madelin, qui a aussi été membre de plusieurs cabinets ministériels. On pourrait multiplier les exemples de ce type.

« Chez les députés de la République en Marche on ne compte finalement que 44% de novices »

Nos données permettent de repréciser cette définition de novices : ce sont des personnes qui n’ont jamais été élues auparavant, et qui n’ont jamais été collaborateurs ou auxiliaires. Il n’y a finalement que 44 % de véritables novices parmi les députés LREM.

Quelle rupture le groupe LREM a-t-il donc induit à l’assemblée ?

On peut identifier quatre catégories au sein des députés LREM. Il y a d’abord les députés sortants, transfuges d’autres partis, tels François de Rugy, Barbara Pompilli, Christophe Castaner… Ces ancien(ne)s député(e)s ont rejoint la République en Marche juste avant les élections. Ils représentent 11 % du groupe.

Ensuite, on a tous ceux qui n’avaient pas été élus au niveau national mais qui avaient déjà fréquenté les coulisses du pouvoir, en particulier les cabinets ministériels – à  l’instar de Benjamin Griveaux, qui faisaient en quelque sorte partie de la garde rapprochée de Macron et qui a trouvé là un premier mandat d’importance. Ils sont aussi à peu près 10 %.

« Il y a des députés qui, de manière assez décomplexée, ont dit que le travail de circonscription ne les intéressait pas »

On a également un bloc d’environ un tiers d’élus locaux, qui pour la plupart n’avaient pas une longévité importante dans le champ. Je pense qu’au moment des attributions de l’étiquette « En marche ! », la commission de sélection des candidats a souhaité obtenir un certain équilibre (?) tout en trouvant des candidats un peu partout. Ils ont donc sélectionné des élus locaux souvent avec une courte expérience : quatre ans, cinq ans, ou un mandat tout au plus. On n’a donc pas de « vieux routiers » de la politique. Le fait qu’ils étaient aussi à la recherche de candidates femmes les a aidés, car en moyenne, au local, les femmes ont moins d’expérience. La part des élus locaux est donc importante, mais ils ont une expérience politique beaucoup plus faible que les élus locaux qu’on retrouve au PS ou chez Les Républicains.

Pour finir la dernière catégorie identifiée est celle des novices — ceux qui n’ont jamais été élus, même au local et qui n’ont jamais été auxiliaires politiques. C’est tout de même la catégorie la plus importante (44 % des députés LREM).

Le renouvellement est donc fort, malgré tout. Mais on constate, paradoxalement, que ces candidats qui durant leur campagne critiquaient la « distance au terrain » et arguaient de leur ancrage dans la « vraie vie » ne font pas vraiment de travail de circonscription. Certains ont affirmé de manière assez décomplexée que ça ne les intéressait pas. Je pense notamment au député de la région lyonnaise, Bruno Bonnell, qui a fait cette sortie dans la presse : « moi, je suis un élu de la nation, ce qu’on pense en circonscription, je n’en ai rien à foutre ». Certains n’ont même pas ouvert de permanence !

Or ce travail de circonscription, c’est un peu le symbole de la politique du XXè siècle. La permanence est un lieu où on accueille les citoyens, où se développe une forme d’assistance sociale : les citoyens, ne sachant pas trop où frapper, vont voir l’élu, le député ou la maire pour demander une recommandation, un avis, de l’aide, pour trouver un logement, un emploi… etc.

« Le renouvellement ne s’est pas du tout fait au profit des catégories les plus populaires »

Un autre élément à mettre en perspective est que ce renouvellement est fortement situé socialement, avec des élus provenant souvent de l’élite économique. Nombre de députés novices ont été cadres supérieurs dans le privé, dirigeants ou associés dans des entreprises. Beaucoup ont monté des entreprises à côté de leur activité principale, ont été autoentrepreneurs à un moment… Les catégories populaires sont toujours quasi-absentes de la représentation nationale.

Pourtant, les catégories sociales supérieures et les profils de notables notamment ont longtemps dominé de façon écrasante à l’Assemblée nationale. Qu’est-ce qui change avec les législatures précédentes ?

Pendant une période dans la Ve République, l’Assemblée a pu compter de nombreuses personnes issues du monde intellectuel. En 1981, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, des enseignants du supérieur et du secondaire, des cadres de la fonction publique… ont fait une entrée massive. C’était aussi le cas à droite : beaucoup de hauts fonctionnaires figuraient parmi les proches de Jacques Chirac, un certain nombre de personnes étaient passées par l’ENA, par exemple. et il y avait aussi des avocats et des médecins… Au fil du temps, les hauts fonctionnaires ont été remplacés par des fonctionnaires venant plutôt de la fonction publique territoriale. Et puis progressivement, de plus en plus de personnes qui n’étaient ni vraiment du public ni vraiment du privé, mais qui étaient des collaborateurs, des auxiliaires politiques de métier, ont investi les bancs de l’Assemblée…

« 2017 apporte une rupture, avec le retour en force de personnes issues du secteur privé »

C’est là que 2017 apporte une rupture, avec ce retour en force d’individus issus du secteur privé. Reviennent dans l’hémicycle certains profils de notables, semblables à ce qu’on pouvait observer il y a plusieurs décennies : des avocats, des médecins, ce qui avait été considéré comme des professions propices à la politique. Mais la différence réside dans le fait que les nouveaux députés ont surtout des profils très ancrés dans le monde de l’entreprise : ce sont finalement moins des professions libérales que des cadres du privé. Ce qui signe un véritable renouvellement par rapport aux périodes antérieures.

On compare souvent la rupture de 2017 avec celle de 1958. Après l’élection de 2017, 72 % des élus étaient nouveaux à l’assemblée. En 1958, la proportion de nouvelles têtes était de l’ordre de 65 %. Mais cette période était quand même extrêmement particulière. C’est le début de la Ve République, qui s’accompagne d’un changement de mode de scrutin… Le seul vrai point commun entre ces deux dates, c’est la forte volonté de changer, de passer d’un ancien système à un nouveau. 1958 a porté cette idée de moderniser la république en se reposant sur un ensemble de technocrates, de personnes très diplômées, passées par les grandes écoles notamment par l’ENA, avec une certaine vision de l’Etat, d’où le développement de la planification.

« Le premier questeur proposait de casser des cloisons dans le palais Bourbon pour créer des espaces de coworking »

En 2017 en revanche, ces élites ne revendiquent plus un savoir technocratique. Dotées de compétences managériales, elles mettent l’accent sur leur expérience du monde de l’entreprise et souhaitent appliquer ces méthodes au champ politique et à l’Assemblée nationale. Un certain nombre de discours et de prises de position d’élus mobilisent ces savoirs, ce que nous avons l’habitude d’appeler le « nouvel esprit du capitalisme ». Nos nouveaux élus nous disent : « nous, on multiplie les réunions, on fait des to-do lists », comme si les réunions et les listes de tâche étaient seulement l’apanage des entreprises.

Ces députés surjouent ce rôle : « on importe des bonnes pratiques du monde de l’entreprise pour réformer, pour renouveler le champ politique ». Au-delà de ces déclarations, se profile une volonté d’appliquer un nouveau management public, de rationaliser les institutions politiques, de réduire le nombre d’élus, mais aussi celui des fonctionnaires à l’Assemblée nationale et dans la plupart des institutions publiques, de réduire les coûts jusque sur le papier, en travaillant sur des tablettes numériques… In fine, il s’agit de rendre les institutions politiques plus « efficaces », plus proches d’une certaine vision de l’entreprise. Ce phénomène trouve quelques illustrations assez savoureuses : à commencer par le premier questeur, qui proposait de casser des cloisons dans le palais Bourbon pour créer des espaces de coworking…

Vos données montrent à la fois une relative ouverture politique et une certaine fermeture sociale du champ politique. Doit-on interpréter cela comme un phénomène ponctuel, dû à une campagne législative très particulière ?

C’est difficile à dire. Avec les élections partielles qui ont eu lieu récemment, certains partis ont interprété les élections de 2017 comme un message de la part des des électeurs. Ils l’ont entendu comme une demande de renouvellement qu’il fallait prendre en compte. Pour les municipales partielles, des listes ont été constituées avec, par exemple, une moitié de la liste sans étiquette, des personnes qui n’étaient adhérentes à aucun parti, des listes plus « citoyennes »… Ce phénomène a été constaté à gauche notamment.

Il y a une vraie inconnue : ces élus « novices » vont-ils ressortir du champ politique à la fin du mandat ?

Quant aux législatives, il est clair que l’ouverture du champ politique à des personnes novices a été un thème de campagne central en 2017, et que La République en Marche a beaucoup surfé là dessus. Pourtant il y a une vraie inconnue : ces candidats, qui aujourd’hui sont députés et qui font de la politique à temps plein, vont-ils ressortir du champ politique à la fin du mandat ?

Avec la forte réduction programmée du nombre de parlementaires, plusieurs d’entre eux ne pourront pas se maintenir. On pourrait alors voir se multiplier des poursuites de carrières dans le conseil, les relations publiques, la représentation d’intérêts, des secteurs dans lesquels les députés revendent de plus en plus leur expérience et leur carnet d’adresse.

Il n’empêche : un certain nombre des nouveaux députés LREM vont débuter de véritables carrières politiques et rester dans le champ relativement longtemps. L’argument sur la professionnalisation de la politique et la distance au terrain pourrait alors être retourné contre eux.