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Bretagne. Une fête « bolchévique » dans une brasserie fait polémique

Ouest France, raconte cette fête décidée par deux patrons de bistrot dans un coin de Bretagne où le FN fait des scores importants, ils ont décidé de faire bouger les lignes et de fêter la Révolution d’octobre. A lire si on veut avoir la pèche sur la France profonde à tous les sens du terme quel dommage que Marseille soit si loin, je n’aurais pas raté ça…  (note de danielle Bleitrach)

  • L'initiative de Philippe Venant et Christophe Hordé n'est pas du goût de tout le monde.
    L’initiative de Philippe Venant et Christophe Hordé n’est pas du goût de tout le monde. | Ouest-France

Pascale Le Guillou.

Une polémique est née dans la commune de Gaël, à la frontière de l’Ille-et-Vilaine, des Côtes-d’Armor et du Morbihan. La brasserie locale organise un week-end placé sous le signe du centenaire de la révolution russe. Clin d’œil ou provocation ? Certains, en tout cas, voient rouge.

Derrière son zinc à Gaël, à l’Ouest de Rennes, Christophe Hordé en sourit. Patron de la microbrasserie La Gaëlle, il n’imaginait pas un tel « buzz » autour du week-end bolchevique, qui aura lieu chez lui le week-end prochain. Sur les réseaux sociaux, des internautes y vont pourtant de leurs commentaires, souvent acerbes.

D’aucuns s’émeuvent de cette célébration de la révolution russe en invoquant leurs aïeux, victimes du régime et des purges. D’autres brocardent les organisateurs, les qualifiant d’inconscients et d’indécents. D’autres encore n’hésitent pas la comparaison avec l’Allemagne nazie…

« Ce n’est pas une manifestation politique »

Le malaise est réel. Mais sans vouloir refaire l’histoire, Christophe Hordé et Philippe Venant veulent replacer les choses. « Ce n’est pas une manifestation politique. Notre objectif, c’est d’organiser un moment festif et drôle », expliquent-ils.

Leur message se veut ironique. Mais pas que… Derrière le clin d’œil, les deux hommes assument aussi leur côté provocateur. « À Gaël, le Front national affiche parmi ses meilleurs scores dans le département On voulait faire réagir! »

Russe contre Yankee

Pour eux, cela passe par la culture. Par l’organisation d’événements qui bougent les lignes. Si la soirée bolchevique fait parler d’elle, « c’est tant mieux. Si la révolution russe a ébranlé le monde, elle va aussi ébranler Gaël pendant trois jours».

Les deux hommes n’esquivent pas les critiques. « Mais, si on ne veut pas que les zones rurales meurent, il faut des gens qui bousculent les lignes et qui ont de l’ambition.»

Ils refusent quelconque procès de mauvaise intention. « Notre week-end bolchevique, c’est l’occasion de parler de musique, de culture, de poésie, de littérature Il n’y a aucune velléité politique derrière cela», insistent-ils.

Ils ont également réalisé une vidéo dite « de propagande » pour faire connaître l’événement.

« Pas de quoi en faire… une révolution »

Le week-end bolchevique démarre vendredi avec une soirée ligne de front (du blues yankee contre blues russe). Il se poursuivra samedi avec un concert de l’école de musique du pays de Brocéliande l’après-midi et une soirée guerre froide, version techno-punk.

Le dimanche, soirée perestroïka avec du swing manouche et de l’« electro gost post Soviet ». Repas russe sur réservation.

« C’est varié, festif, teinté d’humour, annoncent Philippe Venant et Christophe Hordé. Il n’y a pas de quoi en faire une révolution… »

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JR : Pique-nique gigantesque à la clôture de la frontière américano-mexicaine

 JR qui s’est rendu célébre en plçant partout sur la planète des photos de personnes anonymes pour créer une chaîne humaine a choisi de dénoncer la politique de Trump par cette performance.
Pique-nique à Tecate

Le 8 octobre dernier, pour le dernier jour de son gigantesque installation d’échafaudages du côté mexicain de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, JR a organisé un gigantesque pique-nique des deux côtés de la clôture. Kikito, sa famille et des centaines d’invités sont venus des États-Unis et du Mexique pour partager un repas ensemble. Les gens se sont rassemblés autour des yeux d’un Rêveur, mangeant la même nourriture, partageant la même eau, jouissant de la même musique (la moitié du groupe de chaque côté). Le mur a été oublié pendant quelques instants …

Plus sur le projet
dans le Washington Post
CNN:  http://www.cnn.com/2017/10/10/us/border-wall-picnic-trnd/ 
TIME Magazine:  http://time.com/4977283/artist-stages-picnic-on-us-mexico-border/

Pique-nique à Tecate
Pique-nique à Tecate
Pique-nique à Tecate
Pique-nique à Tecate
 

La Tribune: Un budget 2018 majoritairement considéré comme favorable aux « riches » par Jean-Christophe Chanut

L’enquête exclusive mensuelle BVA-La Tribune montre que la suppression de l’ISF, remplacé par un impôt sur la fortune immobilière, n’est soutenue que par 36% des Français. Et ils sont seulement 32% à penser que le budget 2018 aura un impact positif sur leur pouvoir d’achat, même si la suppression de la taxe d’habitation est quasi plébiscitée. Mais les différences de jugement sur la politique menée sont considérables selon les catégories socioprofessionnelles.

Rien n’y fait ! Emmanuel Macron est en passe de se voir durablement coller l’image de « président des riches ». Et son intervention, dimanche 15 décembre sur TF1 ne semble pas avoir modifié la donne. C’est, en tout cas, ce que montre l’enquête exclusive mensuelle BVA-La Tribune sur les questions économiques consacrées ce mois d’octobre aux « Français et le budget de la France pour l’année 2018 »*. Un sondage qui indique que certaines mesures du projet de loi de finances 2018, actuellement en discussion devant le Parlement, « passent » très mal. La première d’entre elles, bien entendu, est la suppression de l’ISF remplacé par un impôt sur la fortune immobilière (IFI). Une mesure qui a d’ailleurs conduit le quotidien Libération et 120 parlementaires à publier un « appel » au gouvernement à dévoiler l’étude d’impact précise des mesures fiscales et budgétaires sur les contribuables les plus aisés et sur les 100 Français les plus riches… D’ailleurs, l’Observatoire des inégalités vient fort opportunément de dévoiler une étude sur les conséquences des nouvelles mesures fiscales sur les foyers les plus aisés.

Si la réforme de l’ISF ne passe pas, celle de la taxe d’habitation est approuvée

Pour sa part, l’enquête BVA-La Tribune montre que la mesure de remplacement de l’ISF par l’IFI n’est soutenue que par une minorité de Français (36%). Si les sympathisants de gauche ne sont que 12% à estimer que la mesure n’est pas si mauvaise (22% des proches du PS et 9% des sympathisants de la France Insoumise), en revanche, sans réelle surprise, cette mesure est davantage soutenue par les proches de la droite (55%) et de La République en marche (LREM) qui sont 61% à l’approuver.

Emmanuel Macron pourra se consoler avec le soutien apporté par les Français à d’autres réformes. Ainsi, la suppression progressive de la taxe d’habitation (TH) pour 80% des ménages va « dans le bon sens » pour 62% des Français. Une mesure qui séduit encore plus à gauche (58%) ainsi que les employés (64%) et les ouvriers (80%). Quoi de plus normal, puisque cette suppression de la TH est destinée à soulager le portefeuille des moins aisés. Simplement, sur trois ans, cette mesure va coûter 10 milliards d’euros à l’Etat… Il faudra bien les trouver, d’une façon ou d’une autre.

La baisse progressive de l’impôt sur les sociétés de 33,3% à 26% est également bien accueillie, 72% des Français estimant que c’est plutôt une bonne chose.

En revanche, là aussi sans réelle surprise, la hausse prévue des taxes sur le carburant ne va dans le bon sens que pour 27% des Français. Et, bien entendu, elle est même considérée comme une mauvaise nouvelle par 78% des personnes vivant au sein de foyers dont les revenus mensuels sont inférieurs à 1.500 euros.

50% des Français estiment que les mesures vont améliorer l’économie

Mais les Français semblent résignés et même faire preuve d’une certaine abnégation. En effet, pour 50% des Français, les différentes mesures prévues dans le budget permettront d’améliorer la situation économique de la France, contre 47% qui ne le pensent pas. Ainsi, les Français reconnaissent une certaine pertinence aux mesures prises par le gouvernement pour relancer l’économie nationale. Mais seuls 28% juges que ces mêmes mesures vont permettre d’améliorer les conditions de vie des Français.

D’ailleurs, ils ne sont que 32% à croire que, in fine, le nouveau budget aura un impact positif sur leur pouvoir d’achat. Si 65% des sympathisants LREM le pensent, cette idée est nettement minoritaire dans les autres familles politiques. Ainsi, ils ne sont que 18% à le croire à gauche, 32% à droite et 17% au Front national.

Des mesures très clivantes selon la cétégorie socioprofessionnelle

Il est également clair que selon la classe sociale à laquelle les Français ont l’impression d’appartenir, l’impact pressenti des mesures sur le pouvoir d’achat sera différent. Ainsi, si seulement 18% des Français, se rattachant aux classes populaires, estiment que le nouveau budget sera positif pour leur pouvoir d’achat, cette proportion monte à 30% chez les Français des classes moyennes modestes, 39% auprès des Français des classes moyennes supérieures et… 59% chez ceux considérant qu’ils appartiennent aux classes privilégiées.

La politique menée par le gouvernement apparaît donc comme extrêmement clivante, non seulement par « famille politique » mais aussi selon la catégorie socioprofessionnelle.

Ainsi, globalement, au-delà des seules mesures budgétaires, si 46% des Français estiment que la politique menée actuellement est bonne, 49% pensent l’inversent. Mais, dans le détail, les opinions sont nettement plus tranchées. Sans surprise, 86% des sympathisants LREM considèrent que la France est sur le bon chemin. Mais il n’y a plus que 22% des personnes penchant à gauche qui jugent la politique menée « bonne ». Ils ne sont que 10% du côté de la France Insoumise, alors que les proches du PS sont presque une moitié (49%) à avoir ce sentiment.

A droite, 60% estiment que cela va plutôt dans le bon sens, soit 66% des proches du parti Les Républicains et… 21% des proche du FN.

Et, bien entendu, la part des « bonnes opinions » est plus élevée chez les cadres (60%), les retraités (55%) et les personnes vivant au sein de foyers dont les revenus mensuels sont supérieurs à 3.500 euros (53%) que chez les employés (38%), les ouvriers (18%). Et 71% des Français ayant le sentiment d’appartenir aux classes privilégiées jugent la politique menée « bonne », contre 60% de ceux se rattachant aux classes moyennes supérieures, 41% chez ceux des classes moyennes modestes et, enfin, 27% chez ceux des catégories populaires.

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* Enquête réalisée auprès d’un échantillon de 1.215 personnes du 16 au 17 octobre 2017.

 
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Publié par le octobre 19, 2017 dans actualités, POLITIQUE

 

Comment dans la nouvelle situation conforter le statut de la classe ouvrière

Aujourd’hui s’ouvre un important congrès du parti communiste chinois. Notre blog histoire et societé offre cette traduction de Marianne d’un texte chinois qui nous a été communiqué par un lecteur et qui présente un grand intérêt puisqu’il porte sur la nature de classe du pouvoir chinois tel qu’il se définit lui-même. Ce sera le seul texte que nous publierons aujourd’hui pour marquer l’importance que nous accordons à l’événement et à cette première traduction de Marianne, selon le principe que nous avons adopté ici: donner la parole aux peuples eux-mêmes. (note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop pour histoire et societe)

Song Haibing (宋海兵)

11 octobre 2017

http://theory.people.com.cn/n1/2017/1011/c40531-29580083.html

 

Les droits et les intérêts de notre classe ouvrière sont intégrés dans la loi, mais aussi dans la politique du gouvernement, qui protège fondamentalement ses intérêts. La Chine a établi un cadre relativement parfait du système juridique du travail, couvrant la mise en place et le fonctionnement des relations de travail sous tous leurs aspects. Nous allons encore améliorer les lois et les politiques du travail dans l’esprit du respect total de l’Etat de droit et des directives du gouvernement central sur la consolidation de la classe des travailleurs de l’industrie dans la nouvelle situation. Nous adapter aux nouvelles conditions économiques et aux exigences des réformes structurelles privilégiant l’offre, créer un environnement d’emploi égal, des possibilités d’emploi équitables, améliorer la qualité de l’emploi.

Le secrétaire général Xi Jinping a déclaré : «Nous voulons trouver des moyens de mobiliser l’enthousiasme des travailleurs de première ligne, des travailleurs manufacturiers et des travailleurs migrants 1, ce qui est aussi une exigence essentielle du socialisme.» La classe ouvrière est le maître du pays et son statut de maître doit être concrétisé. Examiner les moyens de rendre manifeste le statut de la classe ouvrière dans la nouvelle situation revêt une grande importance pratique et une signification de portée historique.

Mettre l’accent sur le rôle de dirigeant de l’État et maître du pays, sa réalisation concrète dans le système socialiste

L’article 1 de la Constitution de la République populaire de Chine stipule que «la République populaire de Chine est un pays socialiste sous la direction de la classe ouvrière et une dictature démocratique basée sur l’alliance des ouvriers et des paysans.» Le statut de la classe ouvrière dans notre pays a été fondamentalement transformé sous le régime socialiste. La classe ouvrière a bénéficié pour son développement d’un système de protection socialiste fiable. Notre classe ouvrière est la classe dirigeante de l’Etat et le maître du pays, et la classe ouvrière s’est pleinement réalisée dans le travail. Dans la nouvelle situation, nous devons concrétiser le rôle dirigeant de la classe ouvrière inhérent au système socialiste et cela dans tous les aspects de la gestion du pays. Tout d’abord, sur le plan organisationnel, augmenter la proportion d’ouvriers à tous les niveaux de représentation, dans les comités du Parti et les organisations de jeunesse, parmi les députés de l’Assemblée nationale populaire et les membres de la Conférence consultative politique du peuple chinois. Dans la réforme des collectivités locales il faut organiser un roulement permettant à des travailleurs d’occuper périodiquement des postes dirigeants, donner des décharges aux salariés afin qu’ils participent à la direction. Améliorer le mécanisme de coordination tripartite sur les relations de travail ainsi que le système de réunion conjointe entre le gouvernement et les syndicats. Deuxièmement, sur le terrain, instaurer le comité des travailleurs comme la forme de base du système de gestion démocratique, promouvoir une gestion  transparente, associer les travailleurs impliqués aux prises de décisions dans les grandes entreprises, et pour tout ce qui touche aux intérêts vitaux des travailleurs, soumettre les projets aux représentants du personnel. Poursuivre et améliorer le système des conseils d’administration et superviseurs du personnel afin d’encourager les travailleurs à participer systématiquement à une bonne gouvernance d’entreprise. Et enfin augmenter la force et le poids des membres du parti dans les rangs des ouvriers, attirer les travailleurs exceptionnels, les meilleurs techniciens dans l’organisation du parti, afin d’améliorer la proportion de travailleurs membres du parti. En particulier, nous devrions prêter attention aux entreprises non publiques, aux organisations sociales, aux petites entreprises et microentreprises pour y développer la présence du parti, afin qu’il joue son rôle de modèle et de pionnier. Renforcer vigoureusement les organisations de base du parti, renforcer l’éducation quotidienne des membres du parti, et faire jouer pleinement le rôle des organisations de base du parti comme point d’appui pour les luttes.

Mettre l’accent sur la mobilisation de l’enthousiasme du personnel, la protection des droits et des intérêts des travailleurs par la loi et les mesures politiques

Les droits et les intérêts de notre classe ouvrière sont intégrés dans la loi, mais aussi dans la politique du gouvernement, qui protège fondamentalement ses intérêts. La Chine a établi un cadre relativement parfait du système juridique du travail, couvrant la mise en place et le fonctionnement des relations de travail sous tous leurs aspects. Nous allons encore améliorer les lois et les politiques du travail dans l’esprit du respect total de l’Etat de droit et des directives du gouvernement central sur la consolidation de la classe des travailleurs de l’industrie dans la nouvelle situation. Nous adapter aux nouvelles conditions économiques et aux exigences des réformes structurelles privilégiant l’offre, créer un environnement d’emploi égal, des possibilités d’emploi équitables, améliorer la qualité de l’emploi. Dans le même temps il convient de résoudre correctement les problèmes de réinsertion des personnels affectés par la résorption des capacités excédentaires, on ne peut pas simplement s’en décharger sur la société. Grâce à l’amélioration des mécanismes de consultation sur l’égalité salariale, des mécanismes d’augmentation régulière, des mécanismes de garantie de paiement, nous rendons effectifs l’orientation de la masse salariale vers les travailleurs de première ligne et l’implication des travailleurs dans la répartition des salaires. Dans les entreprises d’Etat il faut approfondir la réforme, promouvoir activement le système de propriété mixte, l’association de la main-d’œuvre et des moyens de production, par le système des actions distribuer au personnel les bénéfices des entreprises en tant que complément indispensable des revenus principaux, afin d’améliorer le statut et la situation économique des travailleurs. À l’heure actuelle, alors que la Chine connaît des problèmes liés à l’économie virtuelle, nous devons créer un environnement social en conformité avec les exigences de la construction d’une puissance manufacturière, où le travail est respecté, les compétences valorisées, la création encouragée, et redoubler d’efforts pour améliorer le traitement des travailleurs de l’industrie. Les travailleurs migrants de la Chine ont atteint le chiffre de 280 millions, représentant une partie importante de la classe ouvrière, et leur contribution au développement économique et social de la Chine est considérable ; il faut résoudre leurs intérêts vitaux, les aider à s’intégrer dans la ville, à trouver un emploi stable, leur garantir des droits équitables et défendre leurs intérêts. En s’appuyant sur la Loi du Travail  et la Loi sur le contrat de travail ainsi que les lois et règlements pertinents, il convient que les agences pour l’emploi uniformisent la gestion de la main-d’œuvre.

Mettre l’accent sur la base de classe et la base de masse du parti, l’intégrer dans la construction sociale

Notre classe ouvrière est la base de notre parti et la base des masses populaires, elle est le pilier de la stabilité sociale. Tout d’abord, il faut renforcer le travail au service des travailleurs, s’efforcer d’accomplir du travail pratique dans leur intérêt, faire de bonnes choses, résoudre les problèmes. En se tournant en priorité vers les travailleurs de première ligne, ceux qui occupent des emplois pénibles, les travailleurs migrants, résoudre les problèmes les plus immédiats, les plus concrets, les plus urgents, se concentrer sur les questions pratiques et précises pour améliorer le système des services. La Chine a plus de 700 millions d’utilisateurs d’Internet, et la plupart des travailleurs sont en ligne, il est donc très important de renforcer les services en ligne qui leur sont consacrés. Il faut promouvoir activement l’Internet + services, construire une «maison des travailleurs» en ligne, renforcer l’interaction avec le personnel grâce aux échanges en ligne, ouvrir des canaux pour les réclamations des travailleurs, leur permettre de s’exprimer et faire valoir leurs droits sur Internet, de trouver des organisations et s’y intégrer, forger un nouveau canal de service pratique et efficace, au service des travailleurs. Améliorer la fourniture de services de réseau et les capacités de services, la profondeur d’intégration en ligne et hors ligne, établir un modèle de liaison mutuelle. Deuxièmement améliorer la formation juridique et la loyauté des travailleurs afin qu’ils puissent défendre leurs intérêts conformément à la loi et exprimer leurs revendications  légitimes de manière ordonnée, sauvegarder résolument l’unité et la stabilité de la main-d’œuvre et l’harmonie sociale. Ce qui est en soi dans l’intérêt fondamental de la classe ouvrière.

Mettre l’accent sur la formation, concrétisant le rôle dirigeant de la classe ouvrière

Le statut réel de notre classe ouvrière est garanti par le comité du parti, les structures du gouvernement et par l’entreprise, mais dépend également du niveau de sa qualification. Premièrement, il faut améliorer la qualité idéologique et morale des travailleurs. Renforcer l’éducation des idéaux et des convictions des travailleurs, établir les valeurs fondamentales socialistes, et constamment améliorer la conscience du personnel et sa qualité idéologique et politique. Protéger les droits et les intérêts spirituels et culturels des travailleurs et renforcer le professionnalisme, promouvoir l’esprit du travail, les travailleurs modèles, le savoir-faire des artisans. Construire une culture des travailleurs, établir des bases avancées, pour donner le meilleur, développer la créativité, encourager l’esprit de dévouement. Deuxièmement, renforcer le rôle de pionnier du mouvement « artisans d’un grand pays « . Conformément à la mise en œuvre du plan national de formation de personnel hautement qualifié pour revitaliser l’économie, en s’appuyant sur les grandes entreprises dorsales, renforcer la formation de personnel hautement qualifié et l’enseignement professionnel, cultiver plus de «grands artisans». Encourager les entreprises à mettre en place de postes hautement qualifiés, compenser les coûts de formation nécessaires à l’introduction de personnel hautement qualifié pour indemniser l’unité d’origine. Troisièmement, établir un système d’incitation pour encourager l’élévation des compétences. Établir un mécanisme incitatif unifié pour la formation, l’évaluation, l’emploi, le traitement du personnel hautement qualifié, encourager les entreprises à les nommer dans des postes clés, pour atteindre une proportion plus grande de travailleurs qualifiés et améliorer leur traitement. Développer l’innovation technologique par un système amélioré de primes et incitations, veiller à ce que le parti et l’Etat en tant que guide, les entreprises et la société participent activement à la reconnaissance du système de récompense du personnel. Augmenter la proportion d’ouvriers parmi les  diverses catégories de travailleurs modèles. Quatrièmement, améliorer le système d’émulation du travail et des compétences. Mettre en place une émulation au niveau de l’usine, de la branche industrielle  et de l’état. Effectuer activement diverses compétitions d’aptitudes, renforcer l’organisation de l’émulation du travail et de la technologie, les mécanismes d’évaluation. Cinquièmement, mener activement des activités d’innovation technologique de masse. En s’appuyant sur  le système d’émulation des « cinq petits » comme point de départ, opérer  un bilan et populariser les méthodes qui ont fait leurs preuves. Créer et améliorer des ateliers d’innovation pour le personnel,  pour les travailleurs  modèles et explorer l’innovation intersectorielle à travers des réseaux d’ateliers d’entreprise. Pour mener à bien la sélection des résultats d’innovation exceptionnels, encourager et soutenir les réalisations des travailleurs pour promouvoir l’innovation, promouvoir l’entrepreneuriat public, l’innovation et le développement.

Mettre l’accent sur le rôle de pont et de lien du syndicat pour améliorer ses fonctions

Les syndicats de la Chine sont le pont et le lien avec le parti et le gouvernement et leur devoir fondamental est de sauvegarder les droits et les intérêts légitimes des travailleurs. C’est une force importante pour protéger le statut de la classe ouvrière. Tout d’abord  ils doivent être de bons représentants et défenseurs des intérêts des masses travailleuses. Participer au nom des travailleurs à la formulation des lois et des politiques, participer à la coordination des relations de travail, protéger à la source les droits et intérêts légitimes des travailleurs, et s’efforcer de parler pour le personnel. Renforcer les mécanismes de protection des droits et intérêts légitimes des travailleurs, le système d’Assemblées générales véritablement représentatives des travailleurs, le système paritaire de consultation et de contrat collectif. Renforcer efficacement le travail envers le personnel et s’efforcer de faire du travail pratique, de bonnes choses, des choses difficiles, améliorer l’attractivité et la cohésion des syndicats, afin que les travailleurs ressentent la chaleur du parti et du gouvernement. Deuxièmement mener efficacement la réforme syndicale. S’adapter aux nouveaux changements  d’échelle, la structure interne, les demandes d’intérêt, et les idées de la nouvelle période, affronter les  problèmes, innover et améliorer encore le système d’organisation syndicale, le mécanisme d’opération, le mode d’activités, les méthodes de travail, renforcer le travail syndical dans les entreprises publiques, privées et mixtes, travailler ensemble pour maintenir et renforcer la nature politique des organisations syndicales. Troisièmement, insister sur l’intensité de la mise en œuvre. Pour renforcer le statut de la classe ouvrière, il faut s’appuyer sur la protection des lois et des politiques, tout en augmentant l’intensité de la mise en œuvre des lois et des politiques visant à protéger les droits et intérêts des travailleurs. Améliorer efficacement le style, connaître véritablement la classe ouvrière comme la paume de sa main. Être courageux, enthousiaste, affronter les difficultés, et résoudre les problèmes du «dernier kilomètre» (i.e. résoudre radicalement et définitivement). Augmenter les efforts de supervision et d’inspection, la mise en place d’un mécanisme d’évaluation et d’un mécanisme incitatif. Faire jouer pleinement le rôle des principaux organismes, accroître les efforts de coordination, être réactif et efficace.

Note 1: les travailleurs migrants désignent ici des paysans chinois venus  chercher du travail en ville

(L’auteur appartient à l’école centrale du Parti, il est vice-président de la Fédération des syndicats de la province du Shanxi, membre du parti, agissant directement sous l’autorité du secrétariat du parti)

Titre original : 新形势下怎样体现工人阶级的地位

 

 
3 Commentaires

Publié par le octobre 18, 2017 dans Chine

 

A Roger: la seconde fondation, l’âme communiste russe…

Il est des jours comme ça où tout à coup il y a des états de grâce, les temps s’emmêlent , on lit un livre (A distance de Carlo Ginzburg)  qui correspond exactement à cette confusion… Et puis à cause d’un sujet que vous avez jeté un peu comme une bouteille à la mer concernant Azimox, un lecteur vous dit exactement ce que vous ressentez de cette quête de l’humanité et des deux fondations, l’une rationnelle , techniciste, la Chine peut-être qui nous permettra de sortir de la barbarie dans laquelle nous a conduit l’empire, de conquérir les étoiles et l’autre qui est celle d’une âme ivre jamais assouvie que l’astronef ne trouvera peut-être jamais. Peut être l’âme est-elle russe et celle de ce chanteur Vladimir Vysotsky…

 

Fabien Roussel « La suppression de l’ISF, c’est nous qui la payons »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AURÉLIEN SOUCHEYRE
MERCREDI, 11 OCTOBRE, 2017
L’HUMANITÉ
«	Il faut supprimer le verrou de Bercy et, enfin, donner ces dossiers d’évasion fiscale à la justice.	» Guillaume Clément

« Il faut supprimer le verrou de Bercy et, enfin, donner ces dossiers d’évasion fiscale à la justice. » Guillaume Clément

La commission des Finances de l’Assemblée nationale a démarré hier l’examen du projet de loi de finances pour 2018. Le député PCF Fabien Roussel dénonce un allègement sans précédent de la fiscalité sur le capital.

Un premier budget est souvent une étape décisive, qui donne le ton d’un quinquennat. Que nous dit celui du gouvernement ?

Fabien Roussel C’est un budget au bonheur des riches, fait par les riches et pour les riches. Les cadeaux cumulés aux familles les plus fortunées et à ceux qui vivent de la financiarisation de l’économie atteignent 12 milliards d’euros. C’est la première fois qu’un gouvernement présente un budget qui allège autant la fiscalité sur le capital. L’idée défendue est que, plus les riches sont riches, plus il y a d’investissements. Sauf que cela ne s’est jamais vérifié. Le bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy, en 2008, n’a créé ni emplois, ni investissements. Cette année, en allégeant la fiscalité sur les dividendes et sur la spéculation, le gouvernement va favoriser encore plus l’économie qui ne produit rien, qui détourne les richesses de l’économie réelle. Ce budget est, au final, l’inverse de ce dont le pays a besoin, alors que 15 % de la population, soit 9 millions de personnes, vivent en dessous du seuil de pauvreté, en France.

Le gouvernement estime qu’il s’agit d’un budget du pouvoir d’achat…

Fabien Roussel Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, aime bien expliquer ce que chaque foyer va gagner. Mais ce qu’il ne dit pas, c’est ce que chaque citoyen va perdre avec le déremboursement des médicaments, avec la hausse de tarification des mutuelles, avec des soins dans des cliniques privées puisque 4,2 milliards d’euros seront économisés sur l’assurance-maladie et 1,5 milliard sur les hôpitaux publics. Il ne dit pas non plus, avec la baisse de 13 milliards d’euros sur cinq ans des dotations aux collectivités, ce que chaque citoyen va devoir payer en plus dans la vie de tous les jours et ce qu’il subira avec la casse des services publics. À tout cela s’ajoutent la baisse des APL, la hausse du diesel, le 1,8 milliard d’euros de crédit en moins pour le logement social, selon les bailleurs, la hausse de la CSG non compensée pour tous les retraités au-dessus de 1 200 euros de pension par mois… il y a une grande duperie derrière ce budget. Dans les mois qui viennent, chacun pourra juger que la suppression de l’ISF, c’est nous qui allons la payer.

L’ISF ne fait-il pas fuir les capitaux ?

Fabien Roussel Le gouvernement le prétend. Mais ce que veulent les propriétaires de ces capitaux, c’est payer zéro impôt. L’évasion fiscale existe même dans les pays à faible fiscalité. La question n’est pas là. Les ménages français détiennent d’ailleurs 300 milliards d’euros dans des paradis fiscaux, soit 15 % du PIB de la France. La seule solution pour dissuader les tricheurs, c’est de les condamner fermement et de respecter la loi, de la même manière que pour n’importe quel citoyen. Il faut supprimer le verrou de Bercy et, enfin, donner ces dossiers à la justice. Un contrôleur des impôts rapporte en moyenne 7 fois son salaire. Mais, au lieu d’embaucher des juges et des inspecteurs, l’exécutif supprime des postes aux douanes et à Bercy. Gérald Darmanin a même annoncé que la cellule de régularisation fiscale sera close au 31 décembre 2017. Je reste convaincu que tout le monde doit contribuer à l’impôt à hauteur de ses revenus, pour nos hôpitaux, nos écoles, nos routes… À l’inverse, le gouvernement propose un budget du chacun-pour-soi, qui incite à la compétition plutôt qu’à la coopération et à la solidarité.

Quelles sont vos propositions ?

Fabien Roussel Nous allons proposer un contre-budget, avec une hausse de l’ISF, un impôt sur le revenu plus progressif avec plus de tranches et des moyens contre la fraude fiscale, qui coûte chaque année l’équivalent de notre déficit. Il est possible de rééquilibrer le budget sans austérité et nous allons en faire la démonstration. On change alors complètement de logique vis-à-vis de la dette et on peut relancer la machine économique. Nous allons nous appuyer sur l’exemple portugais, dont le gouvernement a refusé il y a deux ans l’austérité prônée par la Commission européenne. Ils ont fait le pari de la relance des services publics, de la hausse des pensions, d’un soutien réel au pouvoir d’achat, et ils sont sortis de la zone rouge. Notre contre-budget sera celui de la répartition des richesses.

Journaliste
 
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Publié par le octobre 17, 2017 dans actualités, Economie, POLITIQUE

 

Le vent se lève: le populisme fleurit là où on masque la lutte des classes – Entretien avec Guillaume Roubaud-Quashie

Le populisme fleurit là où on masque la lutte des classes – Entretien avec Guillaume Roubaud-Quashie

 voici un texte intéressant d’un individu cultivé politiquement, c’est un projet qui peut mérite qu’on en « cause », cela faisait longtemps que je n’avais pas lu en provenance du PCF un tniveau de réflexion qui effectivement donne envie d’ouvrir le dialogue. ca et le texte sur la Chine paru dans l’humanité me donnent un peu d’espoir en l’avenir de ce parti. Mais attendons de voir s’il y a vraiment possibilité de dialogue, en tous les cas il a beaucoup de choses sur lesquelle je suis d’accord y compris sur la nature des populaistes russes, la manière dont ils ont introduit le marxisme en Russie à côté d’un marxisme trop lié au dogmatisme de la II e internationale. Le refus de tout classer sous le terme « populisme »., Chavez et l’extrême-droite. (note de danielle Bleitrach)

Directeur de la revue Cause Commune, Guillaume Roubaud-Quashie est membre de la direction du PCF. A ce titre, il a dirigé l’organisation de la dernière université d’été du parti, lors de laquelle le populisme est entré au coeur des débats.

Vous êtes directeur de la revue Cause Commune, éditée par le PCF et auparavant intitulée La Revue du projet. Pourquoi ce changement de nom ? S’agit-il, aussi, d’un changement de projet ?

Plus que d’un changement de nom, il s’agit d’un changement de perspective. La Revue du Projet, comme son nom l’indique, portait essentiellement sur la question du projet du Parti communiste. Mais ce dont le Parti communiste a besoin va au-delà : c’est de faire davantage parti, c’est-à-dire, de mettre davantage en coordination les différentes forces, les différences expériences pratiques, théoriques et politiques. Et pour mettre en coordination ce qui reste sans doute la première force militante du pays, cela demande un peu d’organisation. De ce point de vue, la revue a un objectif de convergence. Pourquoi une revue pour le Parti communiste ? Pour offrir aux communistes la possibilité de savoir ce qui se fait, ce qui se travaille, ce qui se cherche. Pour permettre aux communistes de participer mieux et davantage. C’est pourquoi nous considérons que Cause Commune est une revue d’action politique. Nous traitons aussi des problématiques plus immédiates. Par exemple, dans notre premier numéro, nous nous sommes intéressés à la façon de constituer un collectif de défense de La Poste.

Il y a donc un changement de perspective important. Il s’agit plus d’une nouvelle revue que d’une simple version 2.0 de la précédente. Nous abordons les questions d’organisation, les questions électorales et la vie politique en général. On y ajoute donc une dimension plus concrète. Vous savez, le Parti communiste produit beaucoup de choses – et c’est une de ses forces –, mais le niveau de lecture peut parfois être faible. La raison en est que les communistes, confrontés à un temps limité et à une pléiade de possibilités de lectures, finissent parfois par faire le choix de l’abstention. L’idée, ici, est de leur dire qu’en dehors de l’Humanité qui a une autre fonction et une autre périodicité, Cause Commune entend traiter le large spectre des sujets communistes. À cela, s’ajoute un objectif de mise en mouvement et de formation des militants, tout en conservant à la revue un caractère très ouvert.

Le nom, Cause commune, vient du fait que nous affirmons qu’il faut plus de parti et non moins de parti, qu’il faut plus de mise en commun. Notre rôle est d’être un des acteurs de cette mise en commun. C’est une perspective qui est, en un sens, opposée à celles qui prennent acte de la vie en lignes parallèles des luttes émancipatrices voire la théorisent. Nous croyons qu’il faut au contraire faire cause commune.

Votre revue a pour but explicite de s’adresser aux adhérents du PCF et d’animer la vie démocratique et intellectuelle du parti. Comment expliquez-vous ce choix spécifiquement interne ? N’avez-vous pas peur de négliger l’extérieur et que cela implique un cloisonnement intellectuel ? On reproche souvent aux partis d’être repliés sur eux-mêmes…

Le Parti communiste est évidemment celui qui est le plus accusé d’être une espèce de secte absolument repliée sur elle-même. C’est une légende bien connue. Il suffit pourtant de lire l’Humanité, « le journal de Jean Jaurès », qui n’est pas l’organe du Parti communiste, même s’il y a des liens et des proximités. S’il y a un journal qui est largement ouvert au-delà des communistes, c’est bien celui-ci. Donc il n’y avait pas de raison de fond de faire une espèce de version mensuelle de l’Humanité. Il faut soutenir et développer ce journal et, en même temps, ce qui manquait, c’était justement cet outil qui permet d’utiliser la richesse de ce parti. C’est là la mission propre de Cause commune, sans esprit de secte : la revue reste pleinement ouverte à tous les lecteurs !

Vous avez organisé l’Université d’été du PCF dont nous avons rendu compte dans nos colonnes. Parmi les thèmes qui ont suscité le débat, il y a eu la question du populisme, à laquelle nous ne sommes pas insensibles à LVSL comme l’illustre notre dossier sur les gauches espagnoles. Le populisme, comme méthode politique, est largement critiqué au PCF. Pouvez-vous revenir sur ces critiques et leurs fondements ?

Le débat est en cours au PCF et je ne veux pas fermer des portes à l’heure où notre congrès entend les ouvrir en grand, donnant pleinement la parole et la main aux dizaines de milliers d’adhérents communistes. Je n’exprime donc ici qu’un point de vue personnel, tel qu’il est pour l’instant stabilisé avant le large débat collectif qui s’annonce. Je sais les réflexions plurielles et mon camarade Alain Hayot qui a beaucoup écrit sur le sujet, a sans doute un autre regard, par exemple. Pour moi, il y a deux questionsLe populisme est présenté comme la grande forme de proposition alternative importante. Et il ne faut pas prendre ça de haut puisque la force qui présente cette option politique comme une alternative – la France insoumise – est la principale force progressiste du moment.

La première question, c’est celle du populisme tout court. C’est un mot très employé et dont le contenu n’est pas toujours très clairement défini. En réalité, ce mot a une étrange histoire qui renvoie à des moments très différents. Le premier moment lexical du populisme renvoie au socialisme agraire russe, les Narodniki, qui n’a rien à voir du tout avec ce qu’on appelle « populisme » aujourd’hui : c’est eux qui ont introduit les textes de Marx en Russie ; c’est avec eux que Lénine polémique… Le second moment renvoie à une expression progressiste plus vague : le populiste est celui qui est favorable au peuple. Après tout, c’est ce que dit le mot, étymologiquement parlant, et tout le monde est à même de l’entendre ainsi sans être un éminent latiniste. C’est pourquoi il y avait le prix populiste, ce prix littéraire qui était remis à des auteurs progressistes qui parlaient du peuple et pas uniquement de héros de la bourgeoisie.

Et puis, il y a le moment qui commence dans les dernières décennies du XXe siècle. C’est le moment Pierre-André Taguieff qui vient relancer cette espèce de conception du populisme qui consiste à dire qu’il n’y a plus de lecture gauche-droite, mais une lecture de type cercle de la raison, au centre (libéraux de gauche, libéraux de droite, etc.), versus les fous à lier, de part et d’autre de cet axe central. Il s’agit, en quelque sorte, du décalque, en politique, de la lecture sociale insiders versus outsiders. Ce dernier modèle sociologique dont l’essor est d’ailleurs contemporain de celui du « populisme » façon Taguieff prétend ainsi qu’il n’y a plus de classes car la société a été confrontée à une gigantesque « moyennisation » ; ne reste plus que les insiders(ouvriers, cadres, patrons…) d’une part et les outsiders, vrais miséreux qui, seuls, ont droit à quelque (maigre…) charitable intervention. Je ne développe pas, mais la simultanéité n’est jamais fortuite aimait à rappeler le grand historien Ernest Labrousse… Bref, avec le populisme de Taguieff, c’est-à-dire le populisme, tel qu’il est repris par la grande masse des journalistes et des hommes politiques : soit vous êtes au milieu, entre personnes raisonnables qui acceptent l’économie de marché, soit vous êtes dans la catégorie des déments indifférenciés, celle des populistes.

 

« Vous dénoncez les exilés fiscaux ? Populiste ! Vous attaquez les grands média ? Populiste ! Vous notez les proximités entre le monde de la finance et celui des dirigeants politiques des grandes formations ? Populiste ! Accepter la notion, c’est accepter de voir invalidé tout discours de classe. »

 

Pour ma part, je trouve cette conception dangereuse et inopérante. D’un simple point de vue descriptif, mettre Marine Le Pen et Hugo Chavez dans la même catégorie politique, ce n’est pas un progrès de la pensée politique.. Il s’agit de pensées profondément différentes, donc forger un mot qui explique qu’il s’agit de la même chose, c’est une régression au plan intellectuel. Cela ne permet pas de mieux nommer et comprendre les choses ; au contraire, cela crée de la confusion. Plus profondément, cette dernière est dangereuse puisque cela consiste à dire que tout ce qui est une alternative à la situation actuelle, tout ce qui conteste le dogme libéral relève de ce terme qu’est le populisme. Pire, si le populisme est cette catégorie infâmante désignée à caractériser ceux qui opposent « le peuple » aux « élites » alors qu’il n’y aurait, bien sûr, que des individus dans la grande compétition libre, comment ne pas voir combien cette notion forgée par des libéraux invalide immédiatement toute option de lutte des classes ? Comment penser que ce n’est pas aussi un des objectifs de cette théorisation ? Vous dénoncez les exilés fiscaux ? Populiste ! Vous attaquez les grands média ? Populiste ! Vous notez les proximités entre le monde de la finance et celui des dirigeants politiques des grandes formations ? Populiste ! Accepter la notion, c’est accepter de voir invalidé tout discours de classe.

Gérard Mauger a raison selon moi quand il dit dans son intervention, que le populisme, c’est une forme d’« insulte polie », une façon de discréditer. Par ailleurs, lisez Taguieff, pour lui, le populisme, c’est d’abord un « style ». Personnellement, je ne classe pas les forces politiques en fonction de leur style, mais en fonction des objectifs qu’ils nourrissent. Le style est secondaire. J’ajoute que c’est faire un beau cadeau à la droite et à son extrême. Puisque l’extrême droiteen n’étant pas qualifiée comme telle, devenant « populisme »n’est plus le prolongement de la droite, c’est mettre des digues absolues entre Eric Ciotti et Marine Le Pen ; le premier étant censé appartenir au monde raisonnable central et la seconde relever de la catégorie distincte et sans rapport du « populisme ». Beau cadeau de respectabilité à la droite au moment même où elle court après son extrême… Ensuite, renoncer à qualifier l’extrême droite en usant du mot de droite et du mot d’extrême pour lui privilégier la notion de « populisme », c’est lui retirer deux fardeaux (personne n’est « extrême » ; le discrédit de la droite parmi les couches populaires reste large) et lui offrir le peuple (tout le monde entend bien « peuple » dans « populisme », sans agrégation de lettres classiques !). Bref, je sais que ce point de vue n’est pas celui de tous mais, à mes yeux, cette notion est une régression et un danger. Le débat se poursuivra car il n’est pas question de le trancher ici !

Jean-Luc Mélenchon a rompu avec ses anciens partenaires au profit d’une stratégie populiste

La seconde question renvoie évidemment aux conceptions de Chantal Mouffe autour du « populisme de gauche ». Au départ, Mélenchon expliquait aux journalistes qui lui collaient cette étiquette populiste : si le populisme, c’est dénoncer les collusions, etc., etc., alors qu’on me taxe de populiste. Néanmoins, il le faisait sur le mode de la récusation et de la provocation. Aujourd’hui, sa position a changé puisqu’il assume cette stratégie « populiste de gauche » théorisée au départ par la philosophe belge. La tâche se complique ainsi et il faut faire la différence entre le populisme taguieffien des journalistes quand ils parlent de Marine Le Pen (… et de Mélenchon) et le populisme de Mouffe. Pour ce qui est de Chantal Mouffe, il s’agit d’un projet théorique qui est plus solide que ce que fait Taguieff. Annie Collovald refuse d’ailleurs de parler de concept pour le populisme de Taguieff, et considère que c’est à peine une notion qui frise l’inconsistance. C’est ce qu’elle explique dans un ouvrage qui selon moi reste fondamental, Le populisme du FN, un dangereux contresens[2004].

 

« Le populisme nait donc d’une recherche de renouveau de la pensée social-démocrate, quand d’autres vont inventer, avec Giddens et Blair, la « troisième voie ». »

 

Chez Mouffe, et en réalité chez Laclau, on est face à une réponse, dans le domaine de la social-démocratie, élaborée dans la panade des années 1980. Période au cours de laquelle toutes les grandes conceptions social-démocrates traditionnelles sont mises en difficulté, sans parler bien évidemment de la situation des socialismes réels qui étaient par ailleurs combattus par la social-démocratie. Les amis de Mouffe et de Laclau, depuis longtemps en opposition aux communistes, ne vont bien sûr pas se rapprocher des communistes soviétiques dans les années 1980, au moment même où triomphe la grasse gérontocratie brejnévienne et post-brejnévienne où le système soviétique montre toutes ses limites et son inefficience. Le populisme nait donc d’une recherche de renouveau de la pensée social-démocrate, quand d’autres vont inventer, avec Giddens et Blair, la « troisième voie ».

Quels problèmes cela pose pour nous ? D’abord, la question de classe est complètement explosée. Dans la pensée de Chantal Mouffe, c’est clair, net, et précis : il n’y a pas de classe en soi, mais des discours des acteurs. Il s’agit d’un postmodernisme caractéristique de la pensée des années 1980, pensée d’ailleurs très datée : il n’y a pas de réalité mais d’indépassables discours. Il n’y a pas d’intérêt objectif de classe ; d’où l’importance accordée au mot plus vague de « peuple ». Est-ce un progrès ou une régression ? Nous considérons que la question de classe est une question centrale ; elle l’est même nettement plus aujourd’hui qu’hier. Il suffit d’ouvrir les yeux sur les évolutions du capitalisme contemporain. On est ramenés aux socialismes utopiques que Karl Marx combattait. C’est amusant de voir aujourd’hui le beau film de Raoul Peck, Le Jeune Karl Marx, qui évoque ces débats avec tous ces socialistes rêvant en dehors du monde de classe…

Deuxièmement, l’horizon des communistes reste un horizon universaliste qui pose le communisme comme objectif. Cet horizon est complètement absent chez Mouffe pour qui il faut trouver une manière de gérer les dérives du capitalisme et les antagonismes dans ce qu’elle appelle un cadre « agonistique » (un cadre de combats, de tensions, de conflits – agôn, en grec). Puisque pour elle, les conflits sont inépuisables et penser les abolir serait contraire à l’anthropologie profonde, selon sa lecture de la « nature humaine » qui se revendique de Freud. Tout cela me semble poser plus de problèmes que cela n’en résout… Dire qu’on renonce à l’objectif de dépassement des conflits de classe, au moment où le capitalisme est de plus en plus inefficient et criminel, me paraît être inopérant et négatif. Donc même si la proposition de théorique de Mouffe est intéressante – au sein de la social-démocratie, elle refuse la capitulation pure et simple façon Blair et Schröder et permet ainsi que se mènent bien des combats communs –, elle débouche sur un horizon limité. Il s’agirait de renoncer au communisme au moment même où le capitalisme ne parvient clairement plus à répondre aux possibilités de développement de l’humanité. L’humanité a les ressources et les savoirs pour répondre aux grands défis (faim, santé, logement, culture, développement durable…) mais le capitalisme, parce qu’il vise le profit étroit et maximal de quelques-uns, tourne le dos à ces perspectives et approche le monde de l’abîme.

Pourtant, lorsque Pierre Laurent écrit un ouvrage intitulé 99%, il oppose un « eux » et un « nous », qui va plus loin que la simple classe traditionnellement révolutionnaire aux yeux des marxistes – le prolétariat. Bref, il fait lui aussi du populisme, non ?

Absolument pas, ici, on est dans la logique qui est celle de l’alliance de classe, qui est une logique que le PCF a souvent adoptée. Thorez faisait déjà cela dans les années 1930 ; ce n’est pas du populisme. D’ailleurs, une des lectures bien connues des communistes de ces années là est Ce que sont les amis du peuple de Lénine dans lequel il détruit les populistes russes. Donc non, ce n’est pas du populisme, c’est l’idée, déjà développée par Lénine, selon laquelle il est possible de faire des alliances avec d’autres classes, loin du « solo funèbre » de la classe ouvrière.

Pierre Laurent part d’une analyse du capitalisme contemporain qui ne profite plus qu’à une toute petite minorité. Il ne profite même pas aux petits entrepreneurs. Donc certes, il y a les salariés tout court, qui représentent une très large majorité des travailleurs, mais il y a aussi les petits patrons, qui sont insérés dans des chaînes de donneurs d’ordre qui font d’eux des quasi-salariés, puisqu’ils sont dominés par de grandes entreprises. Ils pâtissent donc aussi du système capitaliste. Ajoutons l’ubérisation et sa masse d’auto-entrepreneurs et on comprend pourquoi Pierre Laurent a raison d’élargir l’horizon au-delà de la seule classe définie par la place dans les rapports de production.

Mais en termes de méthode il y a une convergence, sur l’idée d’opposer le « eux » de la petite minorité et le « nous » du reste de la population…

Sur le « eux » et le « nous », entendonsnous bien. C’est une expression largement utilisée avant Mouffe, par exemple chez le chercheur britannique Richard Hoggart dans La Culture du pauvre. Pierre Bourdieu diffuse cet essai qui popularise cette dichotomie entre un « eux » et un « nous » dans les sciences sociales. Hoggart ne se définissait pas pour autant comme populiste, donc cette idée du « eux » et du « nous » n’est pas une marque déposée du populisme.

Un des éléments qui a cristallisé les oppositions est l’utilisation du terme « gauche ». Il est évident qu’analytiquement, la gauche existe. Mais est-il nécessaire, après le quinquennat de François Hollande, et le discrédit qui porte sur cette étiquette, d’utiliser le terme « gauche » ? Ainsi que le dit Iñigo Errejon dans LVSL, la bataille politique ne devient-elle pas, dès lors, une bataille pour l’étiquette ?

C’est une question très importante et l’entretien d’I. Errejon est très intéressant. Dans les forces de gauche, beaucoup raisonnent « toutes choses égales par ailleurs » (ce qui était, est et sera, etc.). Or, il est certain, et ça tout le monde le sait, que le positionnement de la population par rapport à l’étiquette « gauche » s’est largement détérioré, même si beaucoup d’acteurs politiques se sont aveuglés là-dessus. Ces derniers sont restés attachés à ce signifiant (le mot « gauche »), alors qu’il avait un signifié (le contenu, le sens) de moins en moins clair dans le pays. D’ailleurs, « l’existence analytique » de la gauche dont vous parlez mériterait peut-être d’être interrogée. C’est un peu une manie de métaphysicien que de rattacher des contenus définitifs à ce mot « gauche » alors que ce terme recouvre des contenus très variables. Il est vrai que lorsque le PCF est la principale force de gauche, celui-ci opère une redéfinition du mot « gauche », le dotant d’un solide et indubitable contenu de classe. François Mitterrand, verbalement, laisse faire un certain temps et l’opération lexicale des communistes connait un certain succès, bien au-delà de ses rangs. Ces combats d’hier ont toujours une efficace aujourd’hui : voyez combien il a été difficile pour François Hollande d’être considéré comme « de gauche » au vu de la politique qu’il menait. Ça lui a coûté très cher.

 

« Je crois donc qu’il faut avoir un point de vue dialectique sur le sujet. Il faut toujours se référer à la gauche, puisque cela veut encore dire quelque chose de fort pour beaucoup de gens, mais il faut éviter d’utiliser ce terme seul et sans contenu explicite puisqu’il est aujourd’hui associé négativement à des expériences libérales comme celle de François Hollande. »

 

Après le LEM, j’ai proposé des éléments d’analyse de cette difficile question dans feu La Revue du projet(dossier « Quatre essais sur la gauche », La Revue du projet, n°50, octobre 2015). Sauf qu’en même temps, ce qui a moins été vu, c’est que le PCF a moins de pouvoir de définition qu’avant sur le contenu du mot « gauche », et donc que la force subversive de cette étiquette s’est érodée. Les expériences sociallibérales ont petit à petit vidé de son sens ce terme pour une partie notable de la population, sans faire disparaître son contenu passé pour une autre.

Je crois donc qu’il faut avoir un point de vue dialectique sur le sujet. Il faut toujours se référer à la gauche, puisque cela veut encore dire quelque chose de fort pour beaucoup de gens, mais il faut éviter d’utiliser ce terme seul et sans contenu explicite puisqu’il est aujourd’hui associé négativement à des expériences libérales comme celle de François Hollande. La proposition de la France insoumise, de LREM voire du FN de ne pas se situer clairement par rapport à ce terme consistait à essayer d’aller récupérer ces gens pour qui le mot gauche est un mot perdu, associé à des expériences négatives et à des conceptions politiciennes de la politique. Il s’agissait aussi de composer avec le rejet du clivage gauche-droite, qui est devenu un repoussoir pour beaucoup de monde.

Continuer à utiliser le terme « gauche » comme si de rien n’était impliquerait alors de s’adresser uniquement à ceux à qui le mot parle, mais s’aliéner le reste de ceux pour qui il ne veut plus rien dire. Je crois donc que la solution consiste à utiliser cette notion avec modération, mais surtout, insister sur les contenus. Plutôt que de dire seulement « nous sommes pour une politique de gauche », qui est un discours abstrait et qui n’est pas compris par tous, il est sans doute préférable d’expliquer que « nous sommes pour l’augmentation des salaires, les droits des salariés, les services publics, etc. » voire « Nous sommes pour une politique de gauche, c’est-à-dire pour l’augmentation des salaires… ».

L’un des reproches régulièrement adressés au populisme repose sur la place des affects en politique. Ceux qui se revendiquent du populisme affirment qu’il est nécessaire de prendre en compte les affects et l’esthétique lorsque l’on construit un discours et un programme, et de ne pas s’appuyer uniquement sur la raison, c’est-à-dire sur la véridicité des idées et des discours. Est-ce pour vous de la démagogie ? Doit-on refuser les affects en politique ?

Non, bien évidemment que non. Avec la politique, il y a forcément des dimensions affectives et esthétiques qu’il faut prendre en compte. Et il faut reconnaître, de ce point de vue, que la France insoumise a réfléchi à ces questions et a fait des choses intelligentes et plutôt fortes. Quel est le point de désaccord ? Revenons à Mouffe. Elle est dans une relation postmoderne dans lequel l’horizon rationnel se dissout. Le problème, ce n’est pas juste d’intégrer la dimension affective, c’est de renoncer à la dimension rationnelle. Personnellement, je veux bien qu’on utilise toutes les armes de communication à notre disposition, mais toujours avec une finalité rationnelle et avec un primat rationnel. Ce n’est pas le cas chez Mouffe, chez qui les discours flottent sans lien avec le réel.

 

« L’affect est une contrainte nécessaire, et non un objectif en soi, si l’on veut que le peuple soit acteur, et qu’on ne se limite pas à vouloir emporter les foules grâce à un leader charismatique… »

 

Le 9 avril 1917, Lénine et 31 autres Russes exilés embarquent dans un train à Zurich pour rallier Saint-Pétersbourg. Ce voyage changera le cours de l’histoire mondiale. © D.R.

Utiliser les affects n’est donc pas problématique en soi ; tout le monde utilise les affects. Là où les choses deviennent plus dangereuses, c’est lorsqu’on considère qu’on doit patauger dans ces affects et s’y soumettre. Il faut au contraire avoir en permanence l’objectif de les dépasser très vite. Il est primordial d’amener au maximum vers une large réflexion rationnelle. L’affect est une contrainte nécessaire, et non un objectif en soi, si l’on veut que le peuple soit acteur, et qu’on ne se limite pas à vouloir emporter les foules grâce à un leader charismatique… qui est par ailleurs mortel. L’horizon du communisme ne consiste pas à être guidé par des bergers éloquents, mais à avoir un peuple acteur et conscient. Et puisque nous sommes en plein centenaire, faut-il rappeler la perspective de Lénine ? « C’est à l’action révolutionnaire consciente que les bolchéviks appellent le prolétariat. »

Précisément, sur cette figure du leader charismatique, on peut avoir le sentiment que le PCF est un peu traumatisé par son passé stalinien et la façon dont des figures ont pu faire l’objet d’un culte. À tel point que le parti semble être dans le refus de cette fonction tribunicienne. Faut-il s’en tenir au « ni dieu, ni César, ni tribun » de l’Internationale ou faut-il être capable de penser la nécessité des médiations et la façon dont un individu est capable d’incarner quelque chose à un moment donné, et d’exercer une fonction de traduction des demandes politiques dans le champ politique ?

Le mouvement ouvrier a toujours eu des figures de proue, bien avant Staline. Il y avait des bustes de Jaurès dès son vivant. L’idée que Staline a inventé le culte de la personnalité, que celui-ci relève de la pure importation est complètement absurde et ne résiste pas à l’analyse. La figure tribunicienne est pour nous une limite, parce qu’on quitte le domaine rationnel pour renforcer le domaine affectif. Quand ce n’est plus un objectif politique qu’on soutient mais une personnalité, quand le peuple troque son esprit critique contre l’adoration d’une figure humaine (et donc faillible…), il y a toujours danger. Cette limite a bien évidemment une force puisqu’elle permet aussi d’entrainer les individus vers un but commun. Gramsci disait « Il est inévitable que la révolution, pour les grandes masses, se synthétise dans quelques noms qui semblent exprimer toutes les aspirations et le sentiment douloureux des masses opprimées […]. Pour la plus grande partie des masses […], ces noms deviennent presque un mythe religieux. Il y a là une force qu’il ne faut pas détruire. » Encore une fois, il s’agit d’une contrainte, et non d’un objectif. Reste que, la présence d’un tribun peut aider, et il n’y a pas besoin de remonter si loin que ça. Une figure comme Georges Marchais – mon ami Gérard Streiff y revient un peu dans sa belle petite biographie – a bien sûr pu, un temps, incarner et rendre visible l’option communiste.

 

« Pourquoi est-ce que Georges Marchais, aussi, avait cette puissance d’évocation et d’entrainement ? Parce qu’il s’agissait d’un ouvrier d’une famille populaire. »

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Antonio Gramsci, intellectuel communiste et fondateur du PCI.

 

Aujourd’hui, les responsables communistes sont confrontés à cette question de l’incarnation. Et Pierre Laurent, de ce point de vue, a eu raison de signaler qu’il est important de poser la question sociale et ce à quoi renvoie l’incarnation. Pourquoi est-ce que Georges Marchais, aussi, avait cette puissance d’évocation et d’entrainement ? Parce qu’il s’agissait d’un ouvrier d’une famille populaire. Cela joue beaucoup, même si ce n’est pas tout. Même chose pour Maurice Thorez, qui était au départ mineur, et qui était capable d’argumenter et de vaincre des technocrates de la bourgeoisie. C’est important, parce que cela opère en creux la démonstration que les travailleurs, si profondément méprisés, sont capables, en travaillant, d’avoir les ressources pour diriger le pays. Cela envoie un signal important, puisque l’objectif des communistes est bien de faire parvenir cette large classe laborieuse au pouvoir, ce qui implique qu’elle sente bien qu’elle en est capable et que le mépris que la bourgeoisie lui voue est infondé. C’est un objectif essentiel lorsqu’on voit à quel point les incapables qui gèrent ce monde sont en train de l’envoyer dans le mur.

Pierre Laurent a donc expliqué qu’il nous fallait davantage cet objectif jusque dans la direction du Parti, en donnant une forte place aux diverses facettes du large spectre du salariat. Je suis parfaitement d’accord avec lui : je crois que nous avons à travailler vite et fort sur cet enjeu. Aucun des autres grands partis ou « mouvements » ne semble s’en préoccuper lorsqu’on observe que leurs dirigeants sont presque tous issus de CSP+. Le problème dans le pays est qu’il y a des millions d’ouvriers et d’employés, et qu’ils sont très peu représentés en politique aux échelons de direction. C’est une situation qui nous préoccupe, nous, et qui ne peut pas durer.

Parmi la bataille de tranchée intellectuelle que se livrent marxistes orthodoxes et populistes post-marxistes, Gramsci fait figure de point nodal. Les intellectuels populistes s’appuient largement sur le concept de sens commun développé par Gramsci et sur l’idée qu’il est nécessaire de construire une hégémonie nationale-populaire. Mais les marxistes reprochent à ceux-ci de vider la pensée de Gramsci de son contenu de classe. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Gramsci a écrit beaucoup, mais assez peu en réalité, et sur de nombreux sujets. Ses réceptions sont très nombreuses, très variées et très contradictoires. Parmi les usages fréquents de Gramsci, et qui vont contre ses textes, il y a l’idée qu’il serait un marxiste… antimarxiste ! C’est-à-dire, un marxiste qui relègue les questions économiques au second plan. Ce n’est pas du tout ce que dit Gramsci, mais c’est l’usage de masse. C’est la camelote soi-disant gramscienne qu’on nous refile souvent.

Selon celle-ci, Gramsci aurait compris l’importance des questions culturelles alors que les marxistes ne les prenaient pas en compte. Ça, c’est le « gramscisme pour les nuls ». Donc effectivement, les « populistes », Alain de Benoist et d’autres, piochent dans Gramsci ce qui leur permet de se dire qu’on peut s’occuper d’autres questions que les questions de classe. C’est un usage alibi de Gramsci.

C’est une erreur profonde, puisque Gramsci réfléchit dans un cadre marxiste et qu’il prend en compte les questions économiques qui restent déterminantes en dernière instance. L’usage qui est fait de Gramsci par les populistes est donc un usage assez banal qui s’arrête à la crème du capuccino pour bazarder le café, comme le font tous les libéraux.

Par ailleurs, il est reproché à des intellectuels comme Chantal Mouffe ou Iñigo Errejon leur excès de constructivisme et la dimension postmoderne de leur analyse lorsqu’ils parlent de construire un peuple. Il s’agit pour eux de dire qu’il n’y a pas de pour soi déjà là – ni d’en soi, du moins pour Chantal Mouffe –, que c’est aux acteurs politiques, par leurs pratiques discursives, d’élaborer ce sujet politique pour soi. Marx ne faisait-il pas déjà la même analyse lorsqu’il distinguait le prolétariat en soi et le prolétariat pour soi ?

Mais justement non, parce que ce n’est pas seulement dans la « pratique discursive » que l’on construit les sujets politiques, mais par la lutte, et cela n’existe guère dans le référentiel populiste qui met en avant les discours. Comment est-ce que les gens se mettent en mouvement ? Bien sûr, les discours ont leur importance, mais cela n’est pas l’essentiel…

Mais précisément, le terme de pratique discursive ne renvoie pas uniquement aux discours, mais à toutes les actions qui ont un effet symbolique…

Historiquement, on a fait une distinction entre ce qui relève du discours et de la parole, et à l’inverse, des choses concrètes. Cette distinction est utile et pertinente, notamment en matière politique. Pourquoi ? Parce que la politique, lorsqu’elle se met en place, est d’abord une affaire de discours. Par là même, cela met à distance les couches populaires dont le métier et la formation ne tournent pas de manière centrale autour de l’usage des mots, des bons mots, des belles formules… D’où, à l’inverse, la présence de nombreux avocats en politique La grande majorité du peuple n’a évidemment pas appris la rhétorique, ce qui la place d’emblée dans une situation d’infériorité et de délégation visàvis de ceux qui « parlent bien ».

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La philosophe et professeur à l’Université de Westminster Chantal Mouffe.

Donc, lorsque l’on s’intéresse au salariat, il est très important de distinguer ce qui relève du discursif et ce qui relève de l’expérience concrète. Les personnes et les consciences ne se mettent pas en mouvement par une simple démonstration, comme dans les rêveries du socialisme utopique et le gauchisme où l’on vient avec son petit plan rationnel qu’il suffit d’exposer et le socialisme se fait comme deux et deux font quatre. Une des grandes leçons de Marx en la matière remet à sa place la force du verbe. En effet, c’est à travers les luttes, et notamment les luttes victorieuses, que l’on met en mouvement le grand nombre.

 

« Lisez donc les discours de Maurice Thorez ou de Jacques Duclos, ce n’est ni Sarkozy ni O’Petit ! Néanmoins, plus que le verbe, c’est l’action qui est la plus déterminante. Il faut faire la démonstration que l’action collective marche. »

 

Revenons à Cause Commune. Pourquoi fait-on un dossier sur la façon dont on peut sauver le bureau de poste proche de chez soi ? Parce que le fond du problème, et de ce qu’a été le déclin du PCF (années 1980-1990-début des années 2000), c’est lorsque vous avez une démonstration concrète de l’impuissance et de l’inutilité de l’action collective. Le déclin du PCF n’a pas eu lieu de la façon dont certains fabienologues [les spécialistes de la place du Colonel Fabien, là où siège le PCF, ndlr] le disent. Pour eux, il provient de décisions du comité central (« Le 4 avril 1983… », « le 3 avril 1987 », « le 1er août 1978, lorsque Georges rentre de la chasse… »). Ces explications sont superficielles et ne vont pas au cœur du problème. Je vais vous donner un exemple. À la fin des années 1970, il y a une grande marche des sidérurgistes, qui sont beaucoup mieux organisés que le reste du salariat. La masse des gens est moins organisée et observe l’action des sidérurgistes, très impliqués et qui bénéficient d’un fort soutien syndical et politique. Or cette action échoue malgré leur lutte acharnée. Cela entraine des conséquences immédiates, incomparables à la force des discours et des résolutions de Georges, Charles ou que sais-je. Les gens se disent « si on lutte, on perd, donc autant que je me débrouille tout seul » et « c’est inutile de monter un syndicat dans ma petite entreprise où il n’y en a pas, puisque même les sidérurgistes, si organisés, se font laminer ». Cela révèle toute la puissance de l’expérience. La vérité du déclin du PCF est celle-là : l’expérience concrète de l’inefficacité de l’action collective qui conduit au repli des individus sur leur sort personnel.

Certes, le verbe est important, et il est aussi apprécié par les couches populaires qui apprécient le bon mot et la belle phrase. D’ailleurs, c’est l’honneur du Parti communiste de n’avoir jamais été démagogue et de n’avoir jamais « parlé mal » pour « faire peuple ». Au contraire, nous avons toujours eu à cœur de nous exprimer de la façon la plus belle et la plus noble possible. Lisez donc les discours de Maurice Thorez ou de Jacques Duclos, ce n’est ni Sarkozy ni O’Petit ! Néanmoins, plus que le verbe, c’est l’action qui est la plus déterminante. Il faut faire la démonstration que l’action collective marche. Plus encore, il faut faire faire aux gens l’expérience que l’action collective est efficace. Parce que cela réamorce des pompes essentielles pour l’emporter politiquement. Je me réjouis des 19,5% obtenus par Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle, mais ils ne suffisent pas, on n’ira pas au bout simplement avec ça et la puissance du verbe.

Par ailleurs, chez Marx, ce n’est pas le verbe qui permet de passer d’un prolétariat en soi à un prolétariat pour soi. C’est justement par les luttes et les relations dialectiques que le prolétariat entretient avec les autres classes qu’il prend conscience de lui-même. Aujourd’hui, on a un problème de conscience de classe, et il est de taille. Celle-ci a reculé très fortement au profit d’autres grilles « eux/nous » comme les délirantes mais ascendantes grilles raciales. Cependant, plutôt que d’être dans la nostalgie du « c’était mieux avant », il faut se poser fermement la question de savoir comment il est possible de reconstruire une conscience de classe. Nous devons amplifier ce travail mais vous pouvez compter sur les communistes pour le mener.

 

Entretien réalisé par Lenny Benbara pour LVSL

Crédits photo :

Roger Gauvrit

http://lelab.europe1.fr/Europeennes-Olivier-Besancenot-s-invite-dans-les-negociations-entre-Jean-Luc-Melenchon-et-le-Parti-communiste-13894

Wikipédia

http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2016/12/26/chantal-mouffe-la-philosophe-qui-inspire-melenchon_5054023_823448.html

 
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Publié par le octobre 17, 2017 dans Congrès du parti 2018