RSS

Archives de Catégorie: Chine

« JeNeSuisPasUnVirus » : la communauté asiatique en France se mobilise face au coronavirus qui réveille la parole raciste

© Chine Nouvelle (Xinhua) – Claudine Et Ying, dénonce le racisme  en France à propos de l’épidémie, peut-être faudrait-il dénoncer d’abord la manière dont les médias utilisent cette catastrophe qui atteint un peuple, celui-ci et ses dirigeants faisant preuve d’un esprit de responsabilité collective que l’on ne voit pas chez nos politiciens locaux, ni dans ces manifestations de racisme.  Ce matin La Croix que l’on imaginait plus charitable identifie Xi Jinping au virus lui-même et souligne la prestation de quelques chinois (sur 500.000 internautes) qui s’en prennent au gouvernement chinois. Rarement effectivement on a vu des gens aussi peu humains et politiciens à courte vue, parce que personne n’a rien à gagner à un affaiblissement de la Chine et encore moins à ue panique généralisée qu’ils appellent de leurs vœux sous couvert d’une démocratie » et d’une liberté qui n’est que la concurrence portée à son niveau d’inhumanité le plus élevé… Le 03/02/2020 06:41

Né sur les réseaux sociaux, le mouvement #JeNeSuisPasUnVirus s’organise sur la Toile pour dénoncer les stéréotypes et discriminations en tout genre qui ciblent la communauté asiatique en France dans le sillage de la propagation du nouveau coronavirus 2019-nCoV.

« La crise sanitaire du coronavirus entraîne dans son sillage une libération de la parole raciste dans les médias et sur les réseaux sociaux. » Le message, posté sur Twitter lundi 27 janvier et relayé par la réalisatrice Amandine Gay, a très vite fait boule de neige et été massivement partagé.

Dans la foulée se sont multipliés les témoignages pour dénoncer les remarques et insultes racistes dont sont victimes des personnes d’origine asiatique sur la Toile, mais aussi en pleine rue, depuis la propagation de l’épidémie du coronavirus 2019-nCoV.

En moins d’une semaine le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus est devenu bien davantage qu’un slogan. Le mouvement veut lever le voile sur les discriminations subies par la communauté asiatique.

« Je suis Chinois. Mais je ne suis pas un virus!! Je sais que tout le monde a peur au virus, mais pas de préjugé, svp. » Le visage et le message de Lou Chengwang ont fait le tour du web et de la presse internationale, contrainte de s’interroger sur les dérives racistes subies par les Asiatiques.

« Le virus exacerbe la peur d’être envahi par la Chine », C’est « tout un faisceau d’images stéréotypées de l’inconscient collectif qui s’exprime », a estimé Mai Lam Nguyen-Conan, spécialiste des questions interculturelles et intervenante en entreprise, dans les colonnes du journal Le Monde.

Le fonctionnement des réseaux sociaux est pointé du doigt. Cachés derrière leur anonymat, nombre d’utilisateurs de Twitter notamment n’hésitent pas à faire preuve de violence verbale et se targuent d’un humour qui n’en est pas un pour déverser des propos racistes.

Les réseaux sociaux ont d’autre part véhiculé un nombre considérable de fausses nouvelles depuis le début de l’épidémie, aggravant encore le climat anxiogène et contribuant à la libération de la parole raciste.

Mais la responsabilité de certains médias traditionnels est également mise en cause. La Une du quotidien français Le Courrier picard, sur laquelle on a pu lire « Coronavirus chinois: alerte jaune », accompagné d’un édito intitulé « Le péril jaune », (suivis d’excuses), est à ce titre particulièrement révélatrice.

« Un virus n’a pas de nationalité ! », n’a de cesse de répéter sur les réseaux sociaux et sur les plateaux de télévision la journaliste Linh-Lan Dao de franceinfo, très impliquée dans le mouvement #JeNeSuisPasUnVirus.

La présidente de l’Association des jeunes Chinois de France (AJCF) Laëtitia Chhiv multiplie elle aussi les interventions et déplore que le coronavirus soit utilisé comme prétexte « pour libérer une parole raciste » à l’égard des populations asiatiques, cibles d’un « racisme qui a toujours existé ».

« Mobilisée pour lutter contre les amalgames à l’égard de la communauté asiatique engendrés par la psychose du coronavirus », l’AJCF a lancé sur sa page Facebook un appel à témoignages afin de les centraliser et permettre aux victimes de s’exprimer.

L’écrivaine d’origine chinoise Grace Ly est elle aussi montée au créneau dans les médias et sur les réseaux sociaux pour dénoncer un racisme anti-asiatique qu’elle juge « banalisé ». « S’il suffit d’une actualité à l’autre bout de la planète pour lever le couvercle sur toute cette haine raciste, c’est qu’elle est préexistante au coronavirus », a-t-elle insisté.

Sacha Lin-Jung, du Pôle citoyenneté des Chinois résidents en France, est également apparu à plusieurs reprises dans les médias dans le but de dénoncer cette psychose qui touche la communauté asiatique. Tout comme Sun Laly TAN, membre de l’association du 13e arrondissement Amicale des Jeunes Teochew, qui encourage tous ceux qui comme lui ont été victimes de comportements discriminants dans les transports à témoigner.

Le mouvement #JeNeSuisPasUnVirus reçoit de nombreux messages de soutien. « Le virus le plus contagieux et le plus dangereux du monde reste sans aucun doute le racisme… », a ainsi twitté dimanche le philosophe français Raphael Glucksmann tandis que le maire du 13e arrondissement de Paris Jérôme Coumet écrivait : Par solidarité, je vais aller déjeuner encore plus souvent dans les restaurants asiatiques du 13e arrondissement de Paris.

 

TRUMP et les USA poursuivent une guerre commerciale dangereuse pour tous à travers leur propagande sur le coronavirus

La Chine accuse Trump de diffuser de fausses nouvelles sur le coronavirus et de n’apporter aucune aide réelle, de mener de fait ce faisant une guerre commerciale cachée qui risque d’avoir des effets catastrophiques non seulement sur la Chine mais sur toute la planète parce que c’est la Chine qui tire l’économie asiatique qui elle même tire l’économie mondiale.

Elle dénonce l’alarmisme propagée par Trump à partir des mesures énergiques prises contre l’épidémie. Les chiffres exacts de cette épidémie sont les suivants: concernent une population chinoise de un milliard trois cent mille personnes.

 

Coronavirus en Chine: comment traque-t-on l'origine de la maladie?

voici ce que communique l’AFP

Washington interdit l’entrée sur le territoire américain de tous les non-résidents arrivant de Chine et recommande à ses ressortissants de ne pas se rendre dans le pays asiatique ou de le quitter s’ils s’y trouvent.

Mais la Chine accuse  Trump de vouloir propager des nouvelles plus alarmistes que nécessaire pour poursuivre la guerre économique . En effet, ce qui peut désormais plus alarmer la Chine et le monde est la chute de la Bourse de ShangaÏ (- 7,8%), vu le rôle joué par ce pays dans la stabilité et dans la lutte contre l’écroulement et une faillite plus ou moins généralisée.

 » Un scorpion voulait traverser une rivière. Alors il demande à une grenouille de l’aider. Non, dit la grenouille, non merci, car si je te porte sur mon dos tu me piqueras et le dard d’un scorpion c’est fatal. Il n’y a, dit le scorpion, aucune logique dans tout cela – car les scorpions ont toujours été bons logiciens. Si je te pique, tu mourras et je me noierai. Alors la grenouille convaincue autorisa le scorpion à monter, mais juste au milieu de la rivière elle ressentit une terrible souffrance et elle comprit qu’en fin de compte le scorpion l’avait piquée. Logique ! cria la grenouille affolée en entraînant le scorpion dans les profondeurs de l’abîme. Où est la logique dans tout ça ? Je sais, dit le scorpion, mais je n’y suis pour rien. C’est mon caractère. »

Celui qui combat le capitalisme doit garder en mémoire cette histoire, s’il baisse la garde un seul instant en oubliant la nature de l’adversaire et pense qu’il tiendra sa parole puisque c’est leur intérêt réciproque est déjà un impuissant. Je suis persuadée que les Chinois le savent autrement ils n’en seraient pas où ils en sont, mais je crains que les Français qu’ils s’estiment dans le camp du scorpion ou dans celui de la grenouille se fassent beaucoup d’illusion et n’aient aucun parti capable de mesurer cela.

Danielle Bleitrach

P.S J’en dirai autant des Israéliens et des palestiniens, et mêmes des kurdes qui ont cru chacun à leur manière pouvoir diner avec le scorpion sans en être piqué et en reconnaissant leur impuissance face à la puissance.

 

C politique sur France 5 – france.tv : qui est dupe d’une pareille propagande ?

L’ Épisode du dimanche 2 février 2020 présenté par Karim Rissouli, nous offrait trois sujets principaux (je n’ai pas vu celui consacré à la shoah et à l’antisémitisme en fin d’émission)

1) la présentation du livre d’Emmanuel Todd 2) Le coronavirus et la Chine 3) La campagne des municipales des verts.

En ce qui concerne Emmanuel Todd et son dernier livre, nous avons déjà parlé ici en disant l’intérêt que l’on pouvait porter à son dernier ouvrage sur la lutte des classes en France même si sa remarque faisant de la lutte des classes une « passion française » aurait laissé dubitatif Karl Marx. Ce qui me permet par parenthèse de faire un sort à ceux qui m’accusent de prétendre « sauver » le capitalisme chinois pour des raisons « culturelles ». Je ne fais que suivre dans ce domaine le Karl Marx dans sa deuxième période, après la Commune, de plus en plus attentif aux civilisations et à la manière dont la lutte des classes s’exprime sous une dimension économique seulement « en dernière instance… »(lettre d’Engels à Joseph Bloch)

Mais revenons-en justement à l’ensemble de l’émission, pour laquelle on peut reprendre la réflexion de Richard Grossman: « le moyen de faire de la bonne propagande est de ne jamais avoir l’air d’en faire du tout » on invite Debray, Badiou et Todd, non seulement de gauche, mais anti-UE, et le reste de l’émission est centrée sur l’élimination du communisme, mais on s’y précipte parce que cela tranche avec Stephane Barbier.

Donc une première partie avait laissé le temps à Emmanuel Todd d’exprimer sa vision de l’appareil d’Etat répressif français et même de faire face à certaines accusations faussement portées contre lui. Il ne parle pas de dictature mais d’une forme originale de fascisation liée à la fois à la montée de la lutte des classes et à une base de classe d’une couche de diplômés qui appuie Macron et son action destructrice et liberticide. Ce fut intéressant et on peut noter la convergence des réflexions d’un certain nombre d’intellectuels y compris Badiou sur le sujet directement inspiré par les mouvements sociaux qui secouent la France mais pas seulement. Là encore le pays de la lutte des classes qu’est la France n’est pas seul mais participe d’un mouvement plus global face à la mondialisation capitaliste qui ne se limite pas à l’Europe, même si nous sommes concernés au premier chef par ces terrains spécifiques. Autre interrogation: quand on l’accuse de « complotisme », il répond qu’il fait référence à des classes sociales et passe directement à des acteurs diplômés issus de l’appareil d’Etat mais qui vont être les promoteurs du libéralisme autant que de la fascisation de l’appareil d’Etat mais cela existe dès les débuts du néo-libéralisme, avec le gouvernement Pinochet qui inaugure le système. Simplement ce qui a longtemps concerné les pays du tiers monde et a été imposé d’une manière soft par le mitterrandisme est en train de se durcir.

Mais surtout, il est regrettable qu’Emmanuel Todd ne soit pas intervenu après le troisième sujet sur la campagne des municipales des verts, il aurait pu utilement compléter son analyse très juste de la relation incestueuse entre Macron et Le Pen, par la mise en évidence d’un troisième pôle celui des écologistes. Un pôle, selon moi, destiné à remplacer une social-démocratie apparemment en voie d’extinction pour ré-équlibrer le binôme chancelant Macron-Le Pen. Non pas que les problèmes écologiques n’existent pas au contraire, mais réduire les problèmes écologiques à une vision hors classe sociale et réactionnaire est une des caractéristiques de ce mouvement tel qu’il apparaissait dans cette campagne. La limite de ce binome Macron-Le Pen en matière électorale était déjà apparue dans les européennes dans lesquelles effectivement il ne représentait au mieux que 45% des électeurs. Déjà se profilait la montée et qui risquait sans cet allié lui aussi pro-européen, néo libéral, de fait de faire perdre l’équilibre constitutionnel et européen qui devient un peu trop blocage du système. Le manque est encore plus évident au niveau des municipales et la république en marche tente la stratégie du coucou dans les alliances locales mais aussi le point d’appui avec ce faux opposant. Ce que l’on percevait bien dans le sujet présenté par l’émission, c’est à quel point il y avait là une manière de tenter de récupérer une jeunesse en voie de radicalisation qui correspond tout à fait à l’analyse de Todd. Notons qu’une fois de plus, le mot communiste a été effacé du sujet et quand on nous a fait la réclame pour le candidat écolo qui se présentait contre Lecoq, en faisant état de l’existence d’une municipalité de droite face à une liste de « gauche »… C’est clair il n’y a plus de PCF, pas plus que de luttes ouvrières, malgré son nombre de militants, d’élus, sa présence dans les luttes, dans la logique de Castaner il est rayé du paysage.

Mais le plus extraordinaire a été le sujet sur l’épidémie chinoise. Il y a rarement eu quelque chose de plus haineux contre un pays, de plus raciste (malgré l’intervention de deux jeunes chinoises sensées rétablir un anti-racisme de bon aloi). Cela allait jusqu’à présenter l’impassible Xi Xiping en train de faire une grimace féroce.

Tout était fait pour transformer une catastrophe nationale, celle d’une épidémie de grippe qui affecte bien d’autres pays même si les grippes et autres épidémies se déplacent non seulement d’est en ouest et du nord vers le sud avec retour, c’est-à-dire suivant des courants climatiques liés à l’humidité et au froid. Le sujet ne faisait pas appel aux scientifiques mais aux idéologues anti-chinois habituels. L’OMS selon eux était sous influence chinoise depuis qu’elle avait admis en son sein une représentante de la Chine, bref nous avions une vision paranoïaque digne de Trump matiné de l’éternel Orwell.

Ce qui était étonnant c’est à quel point les commentaires des images et des sujets étaient mal ou à peine travaillés. Ainsi, on décrivait la mise en quarantaine de la ville de Wuhan (capitale de la province de Hubei) en expliquant tout de suite que plus d’un million de Chinois s’étaient échappés de la ville bien sûr par la faute du gouvernement chinois, sans tenir compte du fait qu’avaient commencé les grandes migrations autour du nouvel an chinois. Mais pour illustrer ce discours sur l’incapacité du dictatorial gouvernement chinois à tenir son peuple, sa fourmilière, il y avait la photo de grands bâtiments dont s’échappaient des immeubles, où les gens étaient confinés, des cris « Wuhan » qui signifiaient la confiance dans leur ville, dans leur pays dans leur gouvernement.

Même impréparation, quand une voix off nous annonçait un « Chinois qui refuse de porter le chapeau », on voyait le maire de Wuhan qui au contraire expliquait que s’il était coupable en quoi que ce soit il acceptait d’être jugé. Après son témoignage la voix off du commentateur français reprenait: « ils ont trouvé un fusible »… on se demandait si le commentateur avait visionné le sujet… De même la construction de deux hôpitaux n’était pas porté au crédit de la Chine mais on voyait l’image des tracteurs avec le commentaire « c’est de la propagande ». Et tout à l’avenant. Y compris l’accusation portée contre le gouvernement de diffuser de la propagande parce qu’il avait montré à la télévision une danse célébrant le nouvel an et des danseurs proclamant la capacité de la Chine à vaincre ce fléau. Je venais de voir l’après-midi même le sujet sur la chaîne chinoise en français (canal 550) qui débutait effectivement par une proclamation patriotique mais qui montrait des ouvriers chinois construisant les deux hôpitaux et ne dormant que quatre heures par nuit, travaillant jusqu’à l’épuisement. Tous les restaurants étaient fermés dans la ville sauf un qui travaillait à perte et assurait les repas de jour comme de nuit pour des milliers de personnel de santé. Tous allaient à la limite de leur force.

En comparant ces deux compte-rendus je n’ai pas pu m’empêcher de penser au livre de Frances Stonor Saunders sur le rôle « culturel » de la CIA, « le mensonge nécessaire » visant ici à transformer l’effort et le patriotisme chinois en « totalitarisme », cela passe par une certaine conception de l’individu, forcement égoïste et toute tentative d’effort collectif est brocardée comme le chemin vers le totalitarisme. ce qui est vécu en Chine comme un combat où chacun abandonne ses intérêts propres et en ressort grandi devient dans une sorte de désenchantement individualiste fondé sur le mépris de l’humanité et d’une vile plèbe dénuée d’idéal la seule vérité possible.

Je dois dire que j’ai rarement vu une entreprise plus écoeurante que celle à laquelle nous avons été confrontés au cours de cette émission… Qui a été dupe de cette vulgaire manipulation, je m’interroge.

 
2 Commentaires

Publié par le février 3, 2020 dans Chine, INTERNATIONAL, medias

 

Vous pouvez acheter le livre de Xi Jinping, construisons une communauté de destin.

Marianne et moi avons eu la chance de pouvoir lire et souvent commenter la dernière publication de XI jinping traduite en français, elle est désormais disponible à la libraire Phenix à Paris. Un autre livre est actuellement en préparation.
Bonjour Danielle!
Voici un lien Internet qui permet de commander par Internet le livre de Xi Jinping « Construisons une communauté de destin pour l’humanité » vendu dans une librairie parisienne :
Plus il y aura de gens qui l’achèteront, plus la librairie en commandera de Chine, plus le livre circulera en France. N’hésite pas à faire circuler ce lien sur ton blog!

Amitiés.

Peggy

Résultat de recherche d'images pour "Xi Jinping pour une communauté de destin""

 

On peut penser que la nouvelle épidémie du Coronavirus confronte la Chine et l’ensemble de l’humanité à la nécessité d’une collaboration scientifique au niveau mondial, l’existence d’une coopération basée sur la transparence et sur la communication des faits autant que des recherches. Il y a  une évolution dans ces deux domaines de la part des Chinois et celle-ci est incontestablement à mettre en relation avec la philosophie que propose la Chine pour penser la mondialisation face au chaos, aux crises de la mondialisation capitaliste. Soit on s’amuse à jouer avec » le péril jaune » doublée de la peur des « rouges » comme le font nos médias, soit on ouvre le dialogue. Le problème que met en évidence cette crise est celui non seulement d’une recherche ouverte non liée au profit et à la nécessité de sortir le reste de la planète du sous développement pour faire face à des épidémies qui ne manqueront pas de surgir sous des formes encore plus aiguës comme l’ont été la variole et la grippe espagnole. Enfin, il faut bien mesurer que le rapport des forces au niveau mondial n’est plus ce que l’on croit et que la plupart des dispositions proposées par les Chinois sont déjà inscrites par l’ONU dans la charte qui gouverne les relations entre les peuples (note de Danielle Bleitrach).

 

Dans ses discours officiels, l’ancien premier ministre chinois Wen Jiabao a maintes fois employé des formules comme « village planétaire » ou « grande famille »9. Le terme « grande famille » a été repris dans le thème de la 15e réunion informelle des dirigeants de l’APEC tenue en 2007 : Renforcer la construction de la grande famille et créer un avenir durable commun. L’idée de « communauté de destin pour l’humanité », une fois énoncée a reçu des interprétations multiples et a été perçue dans la lignée de plusieurs stratégies dont le « rêve chinois ».

Rôle du Parti communiste

Le Parti communiste chinois « est un parti politique qui se bat pour la cause du progrès de l’humanité », s’est ainsi exprimé Xi Jinping dans son rapport présenté au XIXe congrès du PCC.

Le PCC considère que les partis politiques sont une force majeure en faveur de la construction d’une communauté de destin pour l’humanité et qu’ils doivent jouer un rôle plus important dans ce cadre. Xi Jinping a insisté : « Le Parti communiste chinois n’importe pas de modèle étranger, ni exporte le modèle chinois, il ne demande pas aux autres pays de copier l’expérience chinoise. » En accentuant sur le rôle des partis politiques dans la construction de la communauté de destin pour l’humanité, le PCC veut remédier au développement excessif du néolibéralisme et de l’individualisme depuis le xxe siècle.

Les buts du parti communiste chinois face au chaos engendré par la mondialisation capitaliste et sa crise structurelle

Le Parti communiste chinois propose la construction d’une communauté de destin pour l’humanité comme une solution de gouvernance mondiale pour réagir aux conséquences de la mondialisation. Une solution qui devrait résoudre les problèmes qu’aucun pays à lui seul n’est capable de résoudre et qui privilégie la coopération gagnant-gagnant. Enracinée dans la culture chinoise, la stratégie de la communauté de destin pour l’humanité fait écho aux deux grands thèmes de notre époque que sont la paix et le développement. Construire une communauté de destin pour l’humanité s’entend également par l’établissement d’une communauté de développement et l’installation d’un ordre international durable et stable.

La solution s’applique sur 5 plans : politique, sécurité, économie, culture et écologie, en promettant un monde « beau, propre, ouvert et inclusif et marqué par la paix durable, la sécurité universelle et la prospérité commune ». Cette nouvelle approche pour gérer les relations internationales est appliquée dans le cadre des programmes tels la Ceinture et la Route, l’Institut Confucius et la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures.

 

L’écologie

Construire une communauté de destin pour l’humanité revient à privilégier la recherche des intérêts communs de toute l’humanité, la sauvegarde de l’écosystème intact et l’équité intergénérationnelle. C’est une philosophie qui s’oppose à la recherche des intérêts économiques des individus ou des groupes au détriment des intérêts communs de l’ensemble des humains, conséquence de l’industrialisation. Xi Jinping n’a pas oublié d’aborder la protection de l’écosystème lors de la Réunion de haut niveau sur la Construction d’une Communauté de destin pour l’humanité tenue à Genève, lors du Sommet climatique de Paris et du Forum sur la Coopération internationale dans le cadre de l’Initiative de la Ceinture et de la Route

Droits de l’homme

La protection des droits de l’homme fait partie de la construction de la communauté de destin pour l’humanité. Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères : La Chine a déjà obtenu des résultats plutôt satisfaisants en termes de protection des droits de l’homme de ses citoyens et a contribué au progrès de la cause des droits de l’homme sur le plan international. Le rêve chinois en droits de l’homme consiste à faire de la Chine un pays prospère, à assurer le bonheur du peuple chinois et à promouvoir un meilleur développement du monde21.

Mars 2018, le Conseil des Nations unies pour les Droits de l’homme a adopté la Résolution sur la promotion d’une coopération mutuellement avantageuse dans le domaine des droits de l’homme, proposée par la Chine. On pouvait retrouver l’idée de construire une communauté de destin pour l’humanité dans ce document adopté par 28 voix pour, 17 abstentions et une seule voix contre, celle des États-Unis. À l’occasion de la première édition du Forum Sud-Sud sur les Droits de l’homme, la Chine a soutenu que le droit à la sécurité était le plus important des droits de l’homme, critiquant certains pays d’abuser de la question des droits de l’homme pour « embêter les autres ».

Diplomatie

Donnant un nouveau cap à la diplomatie chinoise, la stratégie de la communauté de destin pour l’humanité est sensée proposer au monde une solution chinoise. Dans la continuation des politiques de la diplomatie chinoise de différentes époques depuis la fondation de la République populaire de Chine, l’idée de la communauté de destin pour l’humanité marque aussi un rejet de la solution d’organiser l’ordre international selon la définition conventionnelle du pouvoir de l’Occident

C’est à la lumière de cette stratégie que la Chine se définit à l’international en tant que force en faveur de la paix, du développement et du maintien de l’ordre. Elle se veut également une « ancre de la stabilité » et une « source de la croissance » à un moment où l’Occident sombre dans le chaos. Elle s’efforce de manière plus active de promouvoir ses solutions dans les domaines économique et climatique, et de faire avancer la réforme de la gouvernance mondiale. On parle désormais de la « diplomatie Xi Jinping ». Le Parti communiste chinois « est un parti politique qui se bat pour la cause du progrès de l’humanité », s’est ainsi exprimé Xi Jinping dans son rapport présenté au XIXe congrès du PCC.

 

 

Est-ce que l’écologie politicienne est un totalitarisme ?

Prenez la peine d’écouter cette intervention d’un biologiste qui nous parle d’écologie et de communisme… A partir du cas de Cuba mais aussi de la Chine et de l’URSS, il opère un bilan.

Ce qui me parait le plus intéressant de sa démarche, c’est que premièrement il n’oppose pas science et écologie, mais au contraire il montre que la science est nécessaire pour penser la sauvegarde de la planète autant que celle des êtres humains. De ce point de vue, il y a d’autres penseurs qui eux ne sont pas marxistes et qui ont défendu ce rôle de la science dans la solution des problèmes qui se posent à notre planète. Je pense à Jared Diamond avec le très célèbre « Effondrement » et ce même auteur avait écrit avant De l’inégalité parmi les sociétés paru en 1997 et traduit en français en 2000. Le sujet du livre est l’effondrement sociétal avec une composante environnementale, et dans certains cas également la contribution de changements climatiques, voisins hostiles, partenaires commerciaux, et également des problèmes de réponse sociétale. Jared Diamond voudrait que ses lecteurs apprennent de l’histoire. La manière dont il traite de l’Islande, de l’île de Pâques mais aussi de la Chine témoigne de la rencontre possible entre chercheurs marxistes préoccupés d’écologie et un courant écologique plus positiviste mais qui ne nie ni sciences, ni société. Il me semble qu’en France, il existe avec la revue du PCF Progressistes, la base d’une telle rencontre.

Autre chose est l’opération politicienne décrite ici et qui fait de l’écologie une nouvelle figure de la manière dont le capitalisme cherche la voie politique à sa propre survie. Ici nous avons la présentation de deux livres écrits par Guillaume Suing chez Delga qui pose des questions fondamentales sur cette « écologie » dont il montre que si un courant de pensée mérite le terme de totalitarisme c’est bien celui-là, dans la mesure où il part du principe qu’il n’y aurait qu’une seule question à résoudre devant laquelle disparaissent toutes les classes sociales et avec elles leurs responsabilités réelles dans la destruction de l’environnement et des êtres humains.

Il y a incontestablement dans cette opération une manière de tenter de recréer au profit de cette idéologie les opérations que depuis l’ère Mitterrand on a mis en place autour d’une social-démocratie qui a rompu avec sa base ouvrière. En particulier, l’idéologie des droits de l’homme devenue prétexte à invasion et pillage, les droits de l’homme contre l’humanité et au plan intérieur l’acceptation d’un libéralisme qui remet en cause les conquis sociaux, bref une collaboration de classe qui elle aussi tente de s’appuyer sur des couches moyennes, une jeunesse diplômée que l’idéologie néo-libérale fait glisser vers la prolétarisation. Macron est aujourd’hui la résultante de cet épisode et est recherché un nouvel avatar avec l’écologie politicienne.

Il faut écouter de ce point de vue la démonstration tout à fait pertinente de Guillaume Suing, lire ses livres, mais il faut également considérer ce qui se passe aujourd’hui en France à la fois dans la lutte contre le régime des retraites que veut imposer Macron, qui lui aussi a prétendu jouer l’écologie… et la campagne des municipales.

Le système désormais bien rodé entre Le Pen et Macron, mis en place là encore par Mitterrand qui a volontairement donné force à Le pen, est apparu insuffisant au moment des Européennes et lui a été adjoint un troisième à savoir la très libérale et très européenne écologie qui donc fonctionne par rapport aux véritables décideurs de l’UE comme une roue de secours. Ce système est compatible à la fois avec Macron et dans ses pires aspects avec Le Pen. Ses pires aspects sont une sorte de haine des êtres humains considérés comme des nuisibles par rapport à la planète, voire aux animaux.

Je dois dire que mes principales réserves face au positionnement du PCF, à la fois dans la bataille pour les retraites et pour les municipales consiste dans la manière dont il a cru bon de mettre en selle des gens qui au niveau de l’UE ont adopté la même politique que Macron. Je crois que les verts en particulier vont partout tenter de s’imposer y compris contre les mairies communistes comme cela se passe à Ivry ou à Rouen, pour mieux in fine se partager le pouvoir avec la république en marche sous couvert de lutte contre l’extrême-droite. La bataille perdue au niveau de l’opinion publique sur le régime des retraites est en train de tenter d’imposer par la répression la plus féroce d’une police dont Emmanuel Todd note avec justesse qu’elle vote à 50% pour le FN, c’est-à-dire un pouvoir régalien qui ne craint pas d’aller jusqu’au fascisme et dans le même temps il s’agit de maintenir le plus possible l’illusion réformiste du dialogue, celle de la CFDT mais celle aussi d’une force politique ad hoc, imposant pistes cyclables et tri sélectif pour mieux faire accepter les politiques de l’UE et le bellicisme du capitalisme.

A ce titre la haine de la Chine, la manière dont tout est utilisé pour en faire le principal péril tout en lui niant son caractère socialiste dans son développement et dans sa volonté de résoudre la misère tout en adoptant des choix plus respectueux de l’environnement sont complètement niés et ce qui se passe de ce point de vue sur les plateaux de télévision est de ce point de vue exemplaire, on y retrouve l’idéologie des droits de l’homme et une vision trafiquée de l’écologie pour justifier toute la tentative de l’impérialisme pour rester dominant. Il n’est pas question de résoudre le problème posé par le coronavirus, il est question de l’utiliser pour entretenir la haine du communisme. C’est si vrai que Cuba dont la politique réellement écologiste est reconnu de tous est passé sous silence et ce qui lui est infligé de la part des Etats-Unis n’est jamais dit. La vision qui est entretenue est celle d’un pays riche dont on mobilise une jeunesse envers un ennemi : l’être humain en général (toutes classes confondues) contre la planète.

Il est clair que nous allons assister aux lendemains des municipales, ne serait-ce qu’au deuxième tour et surtout lors de l’élection des maires à quelques révélations sur la nature des opérations en cours.

Cela va pour moi dans le talon d’Achille du PCF, l’incapacité à se penser en tant que mouvement communiste de classe dans le temps et dans l’espace, l’absence de stratégie de fait dans la construction d’un socialisme à la française, l’éternelle manière de se mettre à la remorque et ce quelle que soit sa combativité retrouvée, derrière des forces qui évitent désormais à avoir même à citer son nom dans les alliances. Avec le PCF qu’on le veuille ou non alors que la lutte des classes fait rage en France, c’est l’expression de cette lutte au plan politique que l’on prétend effacer.

Maintenant la bataille des municipales est lancée, et il n’y aurait rien de pire que de changer de ligne dans bien des endroits, mais je ne pense pas que nous nous donnions les moyens d’avoir l’indispensable candidat aux présidentielles capable y compris de défendre une position originale de l’écologie, une position qui n’oppose pas science et écologie, une position qui s’appuie sur des services publics et non sur les intérêts particuliers du privé, une position qui ne sacrifie pas de fait toute une part du territore mais l’intègre dans une planification, une position qui ne soit pas vécue comme une sanction supplémentaire par ceux qui n’arrivent pas à s’en sortir déjà.

Voilà, bonne audition et bonne lecture

Danielle Bleitrach

 

 

 

 

Chine Nouvelle : une épidémiologiste chinoise identifie des moyens de traiter les patients du coronavirus dans un état critique

Résultat de recherche d'images pour "le séjour dans les monts fuchun""

La Chine a découvert des moyens efficaces de traiter les patients affectés par le nouveau coronavirus (2019-nCoV) dans un état critique, a déclaré à Xinhua la célèbre épidémiologiste Li Lanjuan.

Selon le bilan établi vendredi soir, un total 11.791 cas confirmés d’infection au nouveau coronavirus ont été signalés dans 31 régions de niveau provincial et dans le Corps de production et de construction du Xinjiang, a annoncé samedi la Commission nationale de la santé. Au total, 243 patients ont été guéris et sont sortis de l’hôpital.

Les mesures pour traiter les patients dans un état critique sont connues sous le nom de « quatre combats et deux équilibres », a déclaré Mme Li, académicienne de l’Académie d’ingénierie de Chine, qui dirige le Laboratoire national clé pour le diagnostic et le traitement des maladies infectieuses.

« Le premier [combat] est de lutter contre le virus. Nous avons constaté que si nous commencions un traitement antiviral un jour plus tôt, le taux de patients dans un état critique diminuait de 10% et le taux de mortalité chutait de 13% », a-t-elle déclaré mercredi dans une interview exclusive accordée à Xinhua

« Le deuxième est de prévenir les chocs en fournissant une substance saline. Le troisième est de prévenir l’hypoxémie et la défaillance viscérale. Le quatrième est de prévenir et de lutter contre les infections secondaires. Nous adoptons un traitement antiviral à un stade précoce et utilisons des antibiotiques dans le cas d’une infection secondaire », a-t-elle déclaré.

Les « deux équilibres » se réfèrent au maintien de l’équilibre des électrolytes de l’eau et de l’acide-base, ainsi que de l’équilibre microécologique, a-t-elle expliqué.

© Chine Nouvelle (Xinhua), Le 01/02/2020

 
2 Commentaires

Publié par le février 2, 2020 dans Chine, sciences, SOCIETE

 

A propos d’une épidémie, l’humanité peut-elle apprendre à connaître ?

Cannes 2019 : SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUN

Regardez sur les plateaux de télévision actuellement la différence d’attitude entre les chercheurs scientifiques qui nous parlent de l’épidémie du coronavirus et les politologues qui s’affirment spécialistes de la Chine, sans parler de ceux qui ont lu deux ou trois articles sur ce pays et qui mènent souvent le débat. Ceux-là nous infligent leur vision du « péril jaune » incontestablement aggravé par le fait qu’il est rouge. La manière dont la Chine a mis en quarantaine des villes énormes, le vide qui s’est créé dans les rues et les hôpitaux construits en quelques jours provoquent non pas l’admiration, mais l’inquiétude légitime chez ceux qui ne sont pas informés. Outre le fait qu’ils ont le sentiment d’être confrontés à une fourmilière d’anonymes dirigés par le big brother habituel. Face à ce mouvement spontané d’inquiétude qui est celui de la population, quelles sont les réponses médiatiques?

Il existe une catégorie particulièrement pernicieuse de gens qui se disent informés puisqu’ils occupent les médias et qui en profitent pour faire passer leur haine de la Chine, leur anticommunisme primaire. Ces gens là sont souvent les mêmes qui non seulement s’estiment compétents sur tout mais qui souvent dénoncent le complotisme des réseaux sociaux. Dans cette affaire, comme dans d’autres, ils le pratiquent sans état d’âme en utilisant leur place d’éditorialistes bien vus du pouvoir et des groupuscules médiatiques. Alors que les scientifiques qui souvent sur le même plateau mènent un discours parallèle et ignorent les remarques précédentes des sinologues autoproclamés, donnent le visage d’une véritable collaboration, d’une écoute mutuelle et d’une transmission d’information. Ils annoncent avec joie les résultats en France, en Chine aux Etats-Unis. Ils rationalisent les dangers sans pour autant nous faire baisser notre garde, pour aujourd’hui et pour demain.

Le véritable problème n’est plus la Chine alors, il est le sous développement. Des pays entiers qui ne peuvent être mis en veille sanitaire et qui n’ont pas les laboratoires, les hôpitaux qui peuvent isoler. Les échos de transmission du virus proviennent tous de pays développés, que se passe-t-il dans ceux où la surveillance est insuffisante, les voyageurs dont on ignore tout. On ne peut pas nier les migrations, il faut gérer avec humanité, soigner, prévenir.

L’autre problème est la capacité qu’a un pays à imposer à sa population la discipline extraordinairement contraignante des mises en quarantaine de masse. Certains urgentistes qui font des simulations sont aujourd’hui confrontés à cette inconnue que la Chine traite à une échelle inouïe, celle de l’ensemble de la population française.

Il y a là quelque chose de l’avenir de l’humanité, comment créer chez les êtres humains ce désir véritable et attentif de ce qu’est l’autre, la formation à la connaissance et le contraire de la rumeur destinée à conforter les stéréotypes.

De la méthode, apprendre à lire, à voir, à penser autrement… Et je suis de plus en plus inquiète, il me semble qu’il faudrait apprendre à lire, à voir, à entendre, cultiver nos sens pour les affiner jusqu’à ce qu’ils contribuent à eux aussi s’ouvrir à la mondialisation, en partant de ce que nous sommes. Mais aussi pour provoquer ce que nous avons d’irremplaçablement humain face aux conquêtes de l’intelligence artificielle. S’ouvrir à quelle mondialisation? Peut-être faudrait-il là aussi ouvrir le dialogue avec ce que la Chine tente de nous dire : « Construisons ensemble une communauté de destin », dit Xi Jinping dans ce livre que j’ai le privilège de lire avant qu’il soit diffusé en France. C’est-à-dire, restons ce que nous sommes avec nos valeurs propres, nos mœurs, mais cherchons entre nous les points d’intersection qui garantissent progrès et sécurité pour l’ensemble de l’humanité.

Apprendre à lire par exemple, à se documenter réellement, à la manière de ces chercheurs et a contrario de ces éditorialistes qui n’ont plus le temps que de paraître. « Tirer d’un livre jusqu’à la dernière goutte de substance est un art presque aussi difficile que celui d’en écrire un. Lorsqu’on a appris à le faire, un seul livre profite autant que des centaines. » Henry Miller.

Je suis d’autant plus d’accord avec cette remarque que personnellement je ne connais que deux manières de lire. La première que j’ai pratiquée depuis ma plus tendre enfance consiste à recopier les livres que je lis. Il m’est arrivé dans les bibliothèques de recopier durant des mois des livres et j’en ai encore un doigt déformé avec une boule que même la pratique de la machine à écrire puis de l’ordinateur n’a pas totalement résorbé. L’autre manière qui m’a gagnée à l’adolescence a été de prétendre écrire un livre et de se documenter.

C’est pour cela que j’aimais tellement l’année de maîtrise et la direction de ce premier acte de recherche pour mes étudiants. Je suivais leur propre exploration non seulement sur le terrain mais dans leur sollicitation de documents, d’archives et d’auteurs. Certains apprennent à réellement lire pour la première fois et ils le font à partir d’interrogations sur la réalité d’un terrain, ils ne tentent pas de conforter leurs opinions mais en les construisant, ils se remettent en cause et ils s’enrichissent.

Si je suis obligée de recopier des livres entiers, c’est que je suis une visuelle, le sens me parvient par le sens regard mais ce qui me pousse, moi comme tant d’autres à lire, à me documenter est pourquoi le nier une sorte de transcendance typiquement humaine. Comme le disait récemment François Cheng dans une émission de la grande librairie, la quête du beau est quête du sens. Ce mot français, « le sens » une sorte de diamant à multiples facettes: le sens qui est une direction, un mouvement de votre propre transformation, le sens qui est non seulement un contenu mais l’essentiel de ce contenu, sa substance. Le sens qui est l’instrument privilégié de votre compréhension, la sensualité, et pour moi c’est l’oeil d’abord et après le goût.

La connaissance est recherche et celle-ci est quête de l’autre, de ses potentialités, de l’échange. A partir de cette réflexion de François Cheng, s’impose à moi le film « séjour dans les monts Fuchun », tous ces sens sont magnifiés dans ce film et cela vous permet à la fois de vous ouvrir à une autre civilisation, à son irréductible étrangeté et dans le même temps avoir avec elle le contraire des stéréotypes ambiants, l’hostilité, la peur, la manière de plaquer ce que nous avons de pire sur ce que nous découvrons. Cette manière de croire savoir parce que nous refusons le temps de connaitre.

Il y a là quelque chose de l’avenir de l’humanité, comment créer chez les êtres humains ce désir véritable et attentif de ce qu’est l’autre, la formation à la connaissance et le contraire de la rumeur destinée à conforter les stéréotypes. Ce qu’on trouve à l’état embryonnaire dans l’art, dans la recherche scientifique, malgré les mises en concurrences, les contraintes du profit comment peut-il devenir la communauté de destin de l’humanité?

C’est en quelque sorte le contraire de ce que favorisent les réseaux sociaux, les like après un article dont on a vaguement lu le titre et quelques lignes, parce que c’est le seul intérêt que l’on puisse avoir pour votre interlocuteur que celui d’un post où tout ce qu’il a à vous dire tient en une phrase qui a le bon goût de confirmer vos idées reçues sur la question. Et pourtant il y a un désir de savoir.

J’ai cru longtemps que la politique était la voie royale de cette connaissance qui part de nos intérêts pour atteindre ceux de l’humanité, je pense que telle qu’elle se présente aujourd’hui elle reste incontournable mais mérite d’être considérée aussi dans ses limites actuelles, le fait qu’il existe un état de la science qui a besoin de mondialisation, d’investissements collectifs, la force productive du travail et que celle-ci ne trouve pas les rapports sociaux, les institutions à la mesure de ses avancées potentielles dont l’humanité a besoin pour sa survie. Le fait que lutter contre les entraves a d’abord une dimension nationale, comme la lutte contre l’épidémie, mais que ce qui est recherché en terme de coopération est international. Quelle force politique est en capacité de penser cette contradiction et son dépassement?

Danielle Bleitrach

 

Guerre commerciale et représailles vu par un ultralibéral : c’est la Bérézina…

ces gens d’une société d’investissement qui s’obstinent à m’envoyer leurs conseils de placement de capitaux que je n’ai pas, conseils inspirés par la géopolitique,sont parfois bien réjouissants. A la seule réserve près que cette bande de salopards nocifs qu’ils dénoncent avec une véhémence que je partage volontiers, ne se contentent pas de limiter les possibilités d’investissement mais ils entraînent les pauvres soldats de la Grande arme dans la débâcle. Je vous fait partager quelquefois les dernières analyses souvent apocalyptiques  de ces économistes indignés mais notez bien que  c’est en général pour me proposer une « valeur refuge » qui échapperait aux mauvais coups de Trump et autres grands de ce monde qui sont leurs têtes de turc… je résume le propos: la guerre économique de Trump et celles de Macron, c’est la Bérezina…(note de Danielle Bleitrach)

Résultat de recherche d'images pour "la bérézina 1812"

La Chine et les Etats-Unis ont signé une trêve dans la guerre commerciale mercredi dernier. Presque. En quelque sorte.

CNBC :

 

« Certes, l’accord ne supprime pas les taxes douanières US existantes sur les importations chinoises, et laisse en suspens des questions sur la manière dont les termes de l’accord seront appliqués. L’accord est également considéré comme ‘fragile’ par certains analystes, selon qui des taxes supplémentaires pourraient encore être mises en place.« 

Mais « presque » et « en quelque sorte » – plus 142 Mds$ supplémentaires de la part de la Réserve fédérale lundi et mardi derniers – c’est tout ce dont les investisseurs avaient besoin pour faire grimper le Dow Jones au-delà des 29 000 points.

Comme prévu, Le Donald n’est pas allé jusqu’à la guerre commerciale totale… il y avait trop en jeu – et notamment le plus important de tout : une élection.

Et comme attendu, après le bruit et la fureur, pas grand’chose ne change vraiment – sinon que l‘économie s’affaiblit et que le marigot (maintenant que les autorités gèrent le commerce en plus de tout le reste) se fait plus profond.

Retournement de situation

Selon les estimations de Moody’s Analytics en septembre 2019, le total des pertes d’emplois US dues à la guerre douanière se monte à 300 000. Et selon les conclusions d’un rapport de la Fed, la guerre commerciale s’est retournée contre ses instigateurs :

 

« Une caractéristique-clé de notre analyse est de comptabiliser les multiples façons dont les taxes douanières peuvent affecter le secteur manufacturier, notamment la protection des secteurs nationaux, l’augmentation des coûts pour les produits importés et les dommages à la compétitivité sur les marchés étrangers suite à des représailles douanières.

Il apparaît que les secteurs manufacturiers US plus exposés à une augmentation des taxes douanières subissent des réductions de l’emploi […]. Les hausses des taxes douanières sont également associées à des augmentations des prix à la production par le biais de la hausse des coûts d’intrants.« 

Mais il faut le reconnaître : peu importe combien une idée est crétine, M. Trump s’y accroche comme un chien à un os….

La fin d’un empire

Un article du Wall Street Journal la semaine dernière indiquait que Trump envisageait encore des taxes douanières de 100% sur les vins et les produits de luxe français, en représailles contre le gouvernement Macron, qui menace de taxer de 3% les grandes sociétés d’e-commerce travaillant en France. (Ces menaces sont suspendues depuis hier, après une discussion entre Donald Trump et Emmanuel Macron.)

Un autre article encore nous dit que l’équipe Trump a menacé d’imposer une taxe douanière de 25% sur les automobiles européennes, histoire de punir l’Union européenne parce qu’elle fait commerce avec l’Iran.

En d’autres termes, les guerriers commerciaux US n’ont pas seulement pour objectif d’empêcher les Américains de faire affaire comme ils le souhaitent – mais aussi les Allemands et les Italiens.

Dans le même temps, Peter Navarro, l’économiste fêlé du président, affirme – là encore dans le Wall Street Journal – que les taxes douanières sont un excellent ajout à l’arsenal de petite brute assemblé par les Etats-Unis… et qu’elles ont besoin d’être « équitablement mises à l’épreuve » :

 

« L’économie reste solide, les salaires continuent de grimper et l’inflation reste modérée. Pourquoi les prévisionnistes pessimistes se sont-ils autant trompés ?« 

Les Français ont dû poser la même question en 1812, lorsque les troupes de Napoléon sont arrivées à Moscou. Bonaparte tentait de gagner une guerre commerciale en forçant la Russie à cesser de faire affaire avec l’Angleterre. Et tout semblait aller si bien !

Nous ne prenons pas cela personnellement, ceci dit. Mais les problèmes ne débarquent pas exactement de l’avion de 16h15 en provenance de Montréal, cherchant quelqu’un qui tient à la main une pancarte « pessimiste ». Ils se glissent plutôt discrètement aux frontières.

Et les pessimistes ont toujours tort… jusqu’à ce qu’ils aient soudain raison.

La Grande armée a traversé le Niémen et envahi la Russie. Ses 400 000 soldats astiqués de frais ont défilé en bon ordre – jusqu’à Moscou.

Mais lorsque les survivants ont enfin traversé la Bérézina lors de leur retraite vers la France, ils n’étaient plus que 27 000 – frissonnants, affamés et mourant rapidement. L’empire napoléonien est mort avec eux.

Mais revenons-en à notre propre situation…

Prochain arrêt : Moscou

Hier, nous avons exploré les raisons pour lesquelles l’inflation est inévitable. Nous avons terminé en reprenant les économistes grand public et autres idiots qui pensent que la Fed a fait le bon choix le 17 septembre 2019.

A cette date, la Fed a traversé son propre Niémen, mettant fin à son programme de « normalisation » modérée, timide et hésitante… et envahissant les marchés avec près d’un demi-million de nouveaux dollars fraîchement équipés.

L’argent est allé sur le marché des repos, pour y financer les excès de dépenses du gouvernement fédéral américain.

Nous avons également constaté que les autorités vont devoir refinancer – « rouler » – 6 000 Mds$ de financement de court terme sur les six prochains mois.

Maintenant que les étrangers ne sont plus vraiment partants pour acheter des obligations d’Etat US, il n’y aucun moyen de financer honnêtement une telle somme. La Fed va devoir « imprimer » plus d’argent. Pour marquer le rythme, lundi et mardi dernier, elle a rajouté les 142 Mds$ mentionnés précédemment à la masse monétaire américaine.

Comme l’a expliqué Luke Gromen – cité dans la Chronique d’hier –, il n’y a pas d’autre choix acceptable. Si la Fed n’était pas montée au créneau quand elle l’a fait… la ligne de défense, clairsemée et affaiblie, aurait cédé.

Les actions se seraient alors effondrées. Le marché obligataire et l’économie mondiale se seraient désintégrés. Le secteur immobilier aurait été laminé. Cela aurait été comme en 2008, en d’autres termes – en bien pire.

Les investisseurs boursiers américains, par exemple, ont gagné quelque 20 000 Mds$ sur les 10 dernières années. Supprimez le soutien de la Fed, et la majeure partie de cet argent disparaîtrait en quelques minutes.

Une fois encore, les pessimistes prédisent un désastre… et votre correspondant en fait partie.

A Moscou !

 

La Chine et la destinée du monde

Si l’on veut en croire ce qui s’écrit à droite comme à gauche, pour la Chine, la messe est dite ! Le pays aurait capitulé et serait devenu capitaliste, quoi que le régime chinois lui-même puisse prétendre. C’est précisément cette opinion quasi unanime, que les économistes Rémy Herrera et Zhiming Long combattent avec verve dans leur livre ‘La Chine est-elle capitaliste?’.

 

Intérêts

Pour l’aile gauche, la question est de la plus grande importance. D’abord parce qu’il y va de presque un quart de la population mondiale et de l’un des derniers et rares pays issus d’une révolution socialiste. La direction que prendra la Chine sera ainsi déterminante pour l’avenir même de la planète.

Et plus encore, l’enjeu est d’importance pour la bataille des idées chez nous. Le développement socioéconomique de la Chine est une success story impressionnante. Au moment-même où le capitalisme donne des signes évidents de déclin, il a tout intérêts à revendiquer la success story chinoise comme « capitaliste ». De cette manière, il reste possible de s’attribuer quelque crédit idéologique et même de décourager un peu les forces adverses. Par les voies de la pensée unique néolibérale, tout est fait pour convaincre les gens du fait que le socialisme n’a pas d’avenir. Une Chine « socialiste », ça jurerait dans le tableau.

Tout est question de point de vue

Bien sur, une série de phénomènes évidents plaident en faveur de la reconnaissance de la Chine comme un exemple de capitalisme : le nombre de plus en plus important de milliardaires, le consumérisme au sein de larges tranches de la population, l’introduction de nombreux mécanismes de marché après 1978, l’implantation de quasi toutes les plus grandes entreprises occidentales qui tentent, au moyen de salaires très bas, de faire du pays une grande plate-forme capitaliste, la présence des plus grandes banques capitalistes sur le sol chinois et l’omniprésence des entreprises privées sur les marchés internationaux.

Mais, ainsi va donc l’argumentation de Herrera et Long, si la France ou au choix un autre pays occidental collectivisait toutes les propriétés des sols et des sous-sols ; nationalisait les infrastructures du pays ; remettait la responsabilité des industries-clés entre les mains du gouvernement ; mettait en œuvre un planning central rigoureux ; si le gouvernement exerçait un contrôle strict sur la monnaie, sur toutes les grandes banques et institutions financières ; si le gouvernement exerçait une surveillance étroite sur le comportement de toutes les entreprises nationales et internationales ; et, au cas où cela ne suffirait pas encore, si, au sommet de la pyramide politique se tenait un parti communiste qui supervise l’ensemble… pourrait-il encore, dans ces circonstances, sans tomber dans le ridicule, être question d’un pays « capitaliste » ? Sans aucun doute non. Nous le qualifierions évidemment de socialiste ou encore communiste. Pourtant, assez curieusement, on se refuse obstinément à qualifier ainsi le système politico-économique en vigueur en Chine.

Pour bien comprendre le système chinois et ne pas s’embourber dans des observations superficielles, il faut, suivant les auteurs, tenir compte d’un certain nombre de facteurs exceptionnels qui caractérisent le pays, à commencer par le nombre énorme d’individus que compte la population, ainsi que par l’étendue et la diversité du territoire.

Il est indispensable également, de garder en perspective les différentes périodes, chacune longues de siècles, au creux desquelles, la nation comme la culture ont pris forme.

Ainsi, pendant deux mille ans, l’état s’est-il approprié la plus value des paysans, comme il a bridé sévèrement toute initiative privée et transformé les grandes unités de production en monopoles d’état. Tout au long de ces siècles, il n’a jamais été question de capitalisme.

Enfin, il convient de tenir compte des humiliations coloniales de la deuxième partie du 19e siècle et d’une première moitié du 20e siècle particulièrement mouvementée, avec trois révolutions et autant de guerres civiles. Ainsi, tout au long d’une guerre civile qui a duré trente ans, le parti communiste a-t’il mené en « territoires libérés », de nombreuses expériences au cours desquelles le secteur privé était à une grande échelle, laissé intact, dans le but de le voir concurrencer les nouvelles formes de production collective.

Au-delà des clichés

Avant même d’analyser les spécificités du système, H&L règlent leur compte à deux clichés tenaces relatifs à la success story de la Chine. Le premier, largement répandu, veut que la croissance économique rapide arrive après et grâce aux réformes de Deng Xiaoping de 1978. Ceci est parfaitement faux. Dans les dix ans avant cette période, l’économie avait connu déjà une croissance de 6,8 %, soit le double de celle des USA durant cette période. Au vu des investissements en moyens de production (capital fixe) et know-how (ressources éducatives), on voit une croissance quasi équivalente pour les mêmes périodes, avec même, pour la première période, une croissance plus importante en Recherche & Développement.

Élément essentiel pour expliquer le succès de la Chine : la politique agricole. La Chine est l’un des rares pays au monde à avoir garanti à ses populations paysannes, un accès aux terres agricoles. Après la révolution, la gestion des terres agricoles dépendait du gouvernement qui attribua à chaque paysan une part de terres agricoles. Cette règle vaut encore aujourd’hui. La question agricole est majeure dans une Chine qui doit nourrir presque 20% de la population mondiale avec seulement 7% des terres agricoles fertiles. Il faut se figurer qu’en Chine on parle de ¼ d’hectare de terre agricole par habitant, en Inde du double et aux USA de 100 fois plus.

Malgré les erreurs du Grand Bon en avant, la Chine devait parvenir assez rapidement à nourrir sa population. D’autant que les plus-values générées par l’agriculture étaient investies dans l’industrie, établissant ainsi les conditions d’un développement industriel rapide. La croissance spectaculaire de 9,9% dans la période qui a suivi les réformes, n’a été possible que grâce aux efforts et aux réalisations des trente premières années qui ont suivi la révolution. Tout bien considéré, le pays avait déjà connu, sous Mao, un développement impressionnant. Sous sa direction, le revenu par habitant triplait tandis que la population elle, doublait. Et les auteurs de souligner soulignent également que l’économie chinoise, dans sa phase initiale, n’était ni une « autarcie », ni ne poursuivait une volonté de repli sur soi mais que le pays subissait un embargo de l’Occident.

Un deuxième cliché très répandu voudrait que cette croissance spectaculaire soit le résultat naturel et logique de l’ouverture de l’économie et de l’intégration dans le marché mondial capitaliste, et plus particulièrement encore, depuis l’entrée dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001. Mais ce point de vue non plus n’est pas tenable. Bien longtemps avant cette entrée, la Chine connaissait déjà une forte croissance économique : entre 1961 et 2001, on parle d’une croissance annuelle de 8%. Certes, cette ouverture a été une réussite, mais l’augmentation de croissance certainement pas spectaculaire. Dans les premiers cinq ans qui ont suivi l’entrée, la croissance économique avaient augmenté d’à peine plus de 2%.

L’ouverture de l’économie aux pays étrangers – commerce, investissements et flux de capitaux financiers – a eu pour de nombreux pays du tiers monde des conséquences désastreuses. En Chine, cette ouverture a été couronnée de succès parce que soumise aux besoins et objectifs du pays et parce qu’elle était totalement intégrée à une solide stratégie de développement. D’après H&L, la cohérence de la stratégie de développement de la Chine n’a pas d’équivalents parmi les autres pays du Sud.

 

Ni communisme ni capitalisme

Qu’est-ce qui se cache donc derrière le ‘socialisme aux caractéristiques chinoises’? Pour les auteurs, il n’en va certainement pas du communisme dans l’acception classique du mot. Marx et Engels entendaient par communisme, l’abolition du travail salarié, la disparition de l’état et l’autogestion de la production. Ce n’est pas le cas dans la Chine actuelle, comme cela n’a jamais été le cas dans les pays d’un « socialisme réellement existant ». En Chine il en va moins des suites d’un choix idéologique que de celles des circonstances extrêmement difficiles dans lesquelles est née et à du se réaliser la révolution. En 1949, après une guerre civile interminable, s’installe un état qui s’appelle « communiste » et qui chemin faisant, s’est distancié du modèle soviétique.

Après l’ouverture et les réformes sous Deng Xiaoping, « le socialisme a énormément reculé en Chine. Nous sommes loin aujourd’hui de l’idéal égalitariste communiste ». Les auteurs pointent dans ce contexte, dans la direction d’une série de paramètres comme l’individualisme, le consumérisme, l’affairisme, l’arrivisme, les goûts de luxe et du paraître, la corruption,… Ces aspects sont certes préoccupants mais le gouvernement chinois fait bien tout pour rétablir la « morale socialiste ».

Si ce n’est certes pas du communisme, ce n’est pas non plus du capitalisme. Pour Marx, le capitalisme suppose « une séparation très forte entre le travail et la propriété des principaux moyens de production ». Les propriétaires du capital présentent une tendance à former des collectifs (actionnaires) qui ne gèrent plus directement le processus de production, abandonnant celui-ci aux managers. Souvent, le bénéfice prend la forme de dividendes sur des actions.
La majeure partie des innombrables compagnies – en général de petites entreprises familiales artisanales – ne répond pas à ce critère. Le critère ne vaut pas non plus dans le cas des nombreuses entreprises « collectives » au sein desquelles les ouvriers sont propriétaires de l’appareil de production, ont un droit de vôte au niveau de la direction, et encore moins pour les coopératives.

Même au niveau des entreprises d’état, la séparation entre travail et propriété n’est pas aussi nette. Parce que même là, existe une forme de cogestion par les ouvriers et les employés, même si elle est limitée. En bref, la séparation entre travail et propriété est souvent très relative.

Un autre critère encore pour définir le capitalisme est « la maximisation du profit individuel ». Absolument pas d’actualité dans les grandes entreprise d’état où sont concentrés les plus importants moyens de production.

Pas de capitalisme donc mais peut-être alors « capitalisme d’État?[i] ».[ii] D’après H&L, le terme est déjà plus approchant, pourtant encore trop flou, trop vague en même temps qu’il convoie trop de sous-entendus.

 

Mais alors, du quoi s’agit-il ?

Les dirigeants chinois les plus importants ne nient pas la présence d’éléments capitalistes dans leur économie, mais ils les voient comme l’un des composants de leur système hybride, dont les secteurs-clé sont aux mains du gouvernement. Pour eux, la Chine navigue encore dans “la phase première du socialisme, soit une étape jugée incontournable pour développer les forces productives”. Le but historique est et reste celui d’un socialisme avancé. Comme Marx et Lénine, ils refusent de voir le communisme comme un “partage de la misère”. Et par conséquent affirment « leur volonté de poursuivre une transition socialiste au cours de laquelle une très large majorité de la population pourra accéder à la prospérité. Ne prouverait-on pas du même coup que le socialisme peut, et doit, surpasser le capitalisme? », voilà ce que se demandent les auteurs.

Ils décrivent le système politico-économique de la Chine comme “socialisme du marché ou avec marché”. Un tel système repose sur dix piliers, qui sont largement étrangers au capitalisme:

 

  1. La pérennité d’une planification puissante et modernisée; qui n’est plus le système rigide et hyper-centralisé des premiers temps.
  2. Une forme de démocratie politique, nettement perfectible, mais rendant possibles les choix collectifs que se trouvent être à la base de cette planification.
  3. L’existence de services publics très étendus qui demeurent pour la plupart en dehors du marché.
  4. Une propriété de la terre et des ressources naturelles qui restent du domaine public.
  5. Des formes diversifiées de propriété, adéquates à la socialisation des forces productives : entreprises publiques, petite propriété privée individuelle ou propriété socialisée. La propriété capitaliste est pendant une transition socialiste longue maintenue, voire encouragée, afin de dynamiser l’activité économique d’ensemble et d’inciter à l’efficacité les autres formes de propriétés.
  6. Une politique général consistant à accroître relativement plus rapidement les rémunérations du travail par rapport aux autres sources de revenus.
  7. La volonté affichée de justice sociale promue par les pouvoirs publics, selon une perspective égalitariste face à une tendance de plusieurs décennies à l’aggravation des inégalités sociales.
  8. Une priorité accordée à la préservation de l’environnement.
  9. Une conception des relations économiques entre les États se fondant sur un principe gagnant-gagnant.
  10. Des relations politiques entre États se reposant sur la recherche systématique de la paix et de rapports plus équilibrés entre les peuples.

Certains de ces piliers sont abordés plus en détail. Nous en distinguerons deux ici : le rôle-clé des entreprises d’état et du planning modernisé. Le livre traitera également d’une question importante : la relation entre le pouvoir politique et le pouvoir économique.

Les entreprises d’état jouent un rôle stratégique dans l’ensemble de l’économie. Elles opèrent sur un mode qui ne se joue pas au détriment des nombreuses petites entreprises privées et du tissu industriel national. Leurs objectifs s’orientent vers les investissements productifs et elles peuvent aisément fournir du service bon marché à d’autres entreprises comme à des projets collectifs. L’état peut, au sein de ces entreprises, déterminer lui-même quel management serait le plus adéquat. Le rôle que jouent les entreprises d’état est, quoi qu’il en soit, l’une des explications essentielles quant aux bonnes prestations de l’économie chinoise. Et sur le plan social, elles jouent leur rôle également. Les entreprises d’état sont en état de mieux rémunérer leurs employés et de leur offrir une meilleure couverture sociale. C’est dans ce secteur qu’existent les meilleures possibilités de combler le fossé qui existe entre riches et pauvres.

Le projet d’une économie est : “l’espace authentique où une nation se choisit un destin commun et le moyen pour un peuple souverain d’en devenir le maître”. D’après H&L, il s’agit pour la Chine de : “puissante” planification, dont les techniques ont été assouplies, modernisées et adaptées aux exigences du temps présent. Dans l‘ancienne « planification excessivement centralisée » une entreprise devait accepter les produits, en dépit du coût réel auquel ils avaient été préalablement fabriqués.

Ce mécanisme limitait énormément les possibilités d’initiative des entreprises comme d’ailleurs l’efficacité même du secteur de production dans son ensemble. La qualité et le coût étaient considérés comme des problèmes « administratifs » ou « technocratiques » et perdaient leur possibilité de stimuler l’économie. Les contraintes et les limitations de la production se sont manifestées par une récurrence des crises de disponibilité des ressources matérielles.
Dès la fin des années 90 intervient donc : une planification plus souple, monétarisée et décentralisée. Ce nouveau planning était toujours établi sous la direction d’une autorité centrale macro-économique. Les entreprises reçurent plus d’autonomie pour gérer des devises étrangères et acheter des marchandises. Cet assouplissement a comblé un certain nombre de lacunes de l’ancien planning et a conduit à un développement économique plus intensif[iii] et plus respectueux de l’environnement.

Est-il nécessaire, pour une transition vers le socialisme, que les pouvoirs économiques et politiques coïncident parfaitement ? Les auteurs pensent que non. Par contre, il est nécessaire que les possesseurs du pouvoir économique –les capitalistes– soient sous la tutelle étroite du pouvoir politique. Les auteurs renvoient en cette matière, à une discussion qui a eu lieu entre Mao Zedong et le gouvernement soviétique de l’époque, en 1958. D’après Mao Zedong, la révolution chinoise pouvait sans problème continuer à cheminer, bien que la Chine comptât encore des capitalistes. Son argument était que la classe capitaliste ne contrôlait plus l’état mais que le contrôle était opéré alors par le parti communiste.[iv] Actuellement, les propriétaires du capital national privé, d’après HL, sont efficacement limités dans leurs ambitions par la forte proportion de la propriété publique dans les secteurs stratégiques. De plus, le parti communiste est toujours en position d’empêcher que la bourgeoisie ne devienne, à nouveau, une classe dominante.

 

L’avenir

Pour ce qui concerne les auteurs, leur avis à propos de la trajectoire possible de la Chine reste en suspens. Une progression dans la direction du socialisme fait partie des possibles tandis que pourtant, une restauration du capitalisme ne soit pas à exclure. L’issue sera déterminée essentiellement par la lutte des classes. Les équilibres de classe, dans la Chine d’aujourd’hui, sont complexes. D’un côté le parti communiste qui s’appuie surtout sur les classes moyennes et les entrepreneurs privés. Chacun de ces groupes ayant eu, durant les dernières décennies, plutôt intérêt à voir favoriser une économie à forte croissance. De l’autre côté : les masses ouvrières et paysannes “qui continuent de croire en la possibilité de se constituer en sujets de leur histoire et qui projettent toujours leurs espérances dans un avenir socialiste”.

Toute la question est maintenant de savoir si le parti réussira à pérenniser sa succes story sans déséquilibrer le rapport de force au profit des ouvriers et des paysans. Si le parti prend la route du capitalisme, il risque de bouleverser ce fragile équilibre. Ceci pourrait mener à de grandes confrontations politiques et aller jusqu’à une perte de contrôle des oppositions sur lesquelles repose le système, entrainant un fiasco pour ce qui concerne les stratégies de développement sur le long terme.

L’issue est incertaine. Mais pour H&L de nombreux aspects sont observables qui marquent nettement la différence d’avec le capitalisme.

Au-delà de ceci existent également les objectifs à long terme du socialisme et, le potentiel est présent qui permettrait de réactiver le projet.

Un autre facteur d’incertitude qui être déterminant pour l’avenir, c’est le capitalisme des monopoles financiers, soutenus par l’hégémonie militaire des USA qui cherche de plus en plus la confrontation avec la Chine, malgré le tissus économique au maillage serré qui existe entre les deux pays. H&L préviennent qu’en Occident, nous avons à bien prendre conscience du fait que le capitalisme mondial est dans une impasse et “que l’agonie de ce système n’apportera aux peuples du monde que dévastations sociales au Nord et guerres militaires contre le Sud”.

Il convient d’ajouter que nous n’avons plus qu’à espérer que la logique capitaliste puisse être maintenue sous contrôle en Chine. Dans le cas contraire, nous nous retrouverions dans une situation comparable à celle qui caractérisait la veille de la première guerre mondiale, où les blocs impérialistes se sont dirigés vers un bras de fer qui avait pour but d’élargir leur zone d’influence ou de les conserver.

Les auteurs n’esquissent pas une histoire triomphante. Le ‘socialisme aux caractéristiques chinoises’ ne constitue en aucun cas un “idéal achevé du projet communiste. Ses déséquilibres sont tellement criants”. Ils font remarquer, à cet égard, que la Chine est encore, toujours un pays en voie de développement et que pour cette raison justement : “ce processus sera long, difficile, débordant de contradictions et de risques”. Ceci ne devrait pas nous étonner puisque : “le capitalisme n’a-t-il pas pris des siècles pour s’imposer?” Les nombreux déséquilibres et contradictions devraient freiner les sympathisants, en tous cas les empêcher de céder à la tentation d’exporter la recette chinoise trop rapidement.

 

Quelques notes dans la marge…

Herrera et Long sont des universitaires mais savent toutefois comment exposer leur argumentation sur un mode léger, lisible et convaincant. Le livre contient de l’information solide, chiffrée et de nombreux graphiques utiles. En annexe l’on trouve une ligne du temps bien intéressante, qui retrace l’histoire de la Chine depuis les débuts de l’humanité. Une faiblesse de l’ouvrage est que toute l’argumentation n’est pas aussi fouillée, le livre est d’ailleurs trop concis pour cela.

L’angle choisi est économique avec pour avantage d’être matérialiste plutôt que « flottant » et, pour désavantage, de sous-estimer parfois le rôle de la lutte idéologique. H&L pointent bien quelques aspects négatifs à ce propos, mais ils sous-estiment le fait que toute la société est littéralement imprégnée de la propagande capitaliste, jusqu’au sein même du parti communiste. À ce propos, les événements de Tiananmen sont éclairants, il s’en est, en effet, fallu d’un cheveu ou la Chine prenait le même chemin que l’Union Soviétique. Repousser l’idéologie capitaliste sera une affaire cruciale si l’on veut maintenir le cap dans la direction du socialisme.

Dans leur argumentation à propos de la question de savoir si le système est ou n’est pas capitaliste, ils se concentrent sur la question des rapports de propriété. Oui, c’est juste, mais seulement partiellement parce que les rapports de propriété ne disent pas tout à propos du contrôle que le gouvernement exerce sur l’économie. En accordant ou non l’accès aux contrats d’adjudications, aux avantages fiscaux, l’accès aux fonds d’investissements gouvernementaux, aux institutions financières et aux subsides, etc., le gouvernement central pilote en fait de larges secteurs, en ce inclus des entreprises privées, sans pour autant avoir un contrôle direct sur ces entreprises comme telles ni en posséder des actions.[v]

Pour de multiples raisons, la Chine est l’un des pays les moins bien compris au monde. Le livre de H&L est donc plus que bienvenu. Il va courageusement à contre courant des idées reçues et pointe quelques clichés tenaces. À la lumière de la relative descente aux enfers du capitalisme, tant économiquement que politiquement, les auteurs mettent sous tension la discussion idéologique. C’est la deuxième raison pour laquelle ce livre est vraiment à conseiller.

 

Rémy Herrera & Zhiming Long, La Chine est-elle capitaliste ? Paris: Éditions Critiques, 2019, 199 p.

SOURCE: Investig’Action

 

NOTES:

[ii] Le terme « capitalisme d’état » est loin de renvoyer à l’univocité d’un concept à propos duquel existerait un consensus. Ci-dessous, quelques systèmes qui pourraient correspondre à ce terme :

 

  • L’état entreprend des activités commerciales et rémunératrices, des entreprises d’état exercent un management de type capitaliste (même si l’état se dit socialiste).
  • Présence forte ou dominante d’entreprises d’état dans une économie capitaliste.
  • Les moyens de productions sont entre les mains du prévé mais l’économie est soumise à un plan économique ou à une supersion (cf. NEP sous Lénine).
  • Une variante de ceci : l’état dispose d’un controle important en matière d’attribution de crédits et investissements.
  • Une autre variante encore : l’état intervient pour protéger ses monopoles (capitalisme monopoliste d’état).
  • Et une autre encore : l’économie est majoritairement subsidiée par l’état qui prend en charge les questions stratégiques de la Recherche et du Développement.
  • Le gouvernement gère l’économie et se comporte comme une grande entreprise qui utilise la plus-value générée par le travail pour la réinvestire.

Sources : Ralph Miliband, Politieke theorie van het marxisme, Amsterdam, 1981, p. 91-100;

http://en.wikipedia.org/wiki/State_capitalism.

[iii] Un développement extensif équivaut à une croissance quantitative, plus de la même chose par l’investissement de plus d’hommes et de machines ou en les faisant travailler de manière plus intensive. Développement intensif = croissance quantitative basée sur une plus grande productivité.

[iv] “There are still capitalists in China, but the state is under the leadership of the Communist Party.” Mao Zedong, On Diplomacy, Beijing 1998, p. 251.

[v] Voir par exemple Roselyn Hsueh, China’s Regulatory State. A New Strategy for Globalization, Ithaca 2011; Zhao Zhikui, ‘Introduction to Socialism with Chinese Characteristics’, Bejing 2016, Chap. 3; Arthur Kroeber, ‘China’s Economy. What Everyone Needs to Know’, Oxford 2016, hoofdstuk 5; Robin Porter, ‘From Mao to Market. China Reconfigured’, Londen 2011, p. 177-184; Barry Naughton, ‘Is China Socialist?’, The Journal of Economic Perspectives, Vol. 31, No. 1 (Winter 2017), pp. 3-24, https://www.jstor.org/stable/44133948?seq=5#metadata_info_tab_contents.

 
1 commentaire

Publié par le janvier 17, 2020 dans Chine

 

Le plus grand radiotélescope au monde, chinois, commence à fonctionner à pleine capacité

Publié:
Après trois ans de tests, l’appareil de 500 mètres de diamètre a officiellement commencé son activité.
Le plus grand radiotélescope chinois au monde commence à fonctionner à pleine capacité

La Chine a annoncé que le radiotélescope à ouverture sphérique de 500 mètres (FAST) a commencé son activité officielle,  fonctionnant à pleine capacité, après que les indicateurs techniques aient atteint ou dépassé les niveaux attendus au cours  des trois ans d’essai , selon les médias locaux.

En faisant cette annonce le samedi 11 de ce mois, Shen Zhulin, un responsable de la Commission nationale de développement et de réforme, a déclaré que par sa performance, FAST est un leader mondial. Pour sa part, Jiang Peng, ingénieur en chef de l’appareil, a déclaré qu’il devrait faire au cours des deux ou trois prochaines années de grandes découvertes scientifiques.

En deux ans, le radiotélescope a déjà identifié 102 nouveaux pulsars (étoiles tournantes), un nombre qui, selon Xinhua, est supérieur à ceux découverts par des scientifiques européens et américains. durant  la même période. De plus, il a amélioré la synchronisation des pulsars d’environ 50 fois par rapport aux niveaux précédents, ce qui a permis pour la première fois la détection d’ondes gravitationnelles Nahertz d’une fréquence extrêmement basse.

De plus, FAST ouvrira progressivement ses portes aux astronomes du monde entier.

Le radiotélescope , situé dans la province du Guizhou, au sud-est de la Chine, a un diamètre de 500 mètres, est formé de 4450 panneaux et son extension, sous la forme d’une plaque, équivaut à environ 30 terrains de football. Le coût de sa construction était de 180 millions de dollars, les travaux ont été achevés en juillet 2016 et son inauguration a eu lieu en septembre de la même année.

Pour mener à bien le projet, quelque 9 110 personnes vivant dans la région ont été relocalisées à moins de cinq kilomètres de là, pour les éloigner des ondes électromagnétiques émises par l’appareil.

 

 
1 commentaire

Publié par le janvier 13, 2020 dans Chine, INTERNATIONAL, sciences