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Pologne: le miniver (ministère de la vérité selon Orwell ) ou l’Institut de la mémoire nationale

31 Juil

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La Pologne s’est doté d’un instrument extraordinaire que l’on croirait sorti du célèbre 1984 d’Orwell, l’Institut de la mémoire nationale. J’ai interviewé la jeune dirigeante du parti communiste polonais qui m’a fourni un cas concret de répression dont elle-même et d’autres communistes sont victimes de la part de cet organisme mais avant de publier cet interview je lui ai promis de le lui donner à lire pour qu’elle puisse apporter des précisions si besoin était. Ce sera donc ultérieurement que je publierai cet important témoignage sur ce que subissent les camarades polonais au nom de la lutte contre le totalitarisme mené par cette étrange institution.

L’Institut de la mémoire nationale qui est chargé à la fois des recherches sur la période communiste et qui produit également des enquêtes judiciaires, ce qui lui confère un caractère proprement orwellien de Miniver (Ministère de la vérité), même si on le qualifie parfois de ministère de la mémoire. C’est une des pièces maîtresse de la manière dont on tente –par un mélange de répression, de circuits de financement et de manipulation des esprits –de criminaliser la Pologne populaire et le communisme. Un de ses dirigeant est d’ailleurs un des auteurs du livre noir du communisme. Rien n’échappe à la vigilance de cet organisme, même les guides touristiques consacrés à la Pologne sont parmi les plus anticommunistes qui se puisse imaginer : non seulement toutes les lignes le petit futé dénonce la dictature communiste mais le livre noir du communisme y est conseillé comme ouvrage de base. Le guide annonce d’ailleurs qu’il a pour auteur le personne de l’ambassade de Pologne. J’ai vu beaucoup de guides de voyages pratiquer l’anticommunisme, mais là on sent qu’on a affaire à des pros. Si le touriste est ainsi encadré imaginez comment est traité le Polonais entre les prêches de l’église et l’Institut de la mémoire.

Vous me direz que le plus beau fleuron de cet institut a tout de même été la découverte du massacre de jewabne et le fait que des villageois polonais et non l’armée allemande avaient brulé dans une grange la communauté juive accusée de sympathies bolcheviques. C’est vrai mais si l’auteur de cette recherche avait été décoré, le gouvernement récemment élu l’a privé de sa décoration et a de fait dénoncé cette recherche. L’institut de la mémoire sert aussi à se débarrasser des adversaires politiques gênants.

Créé par une loi du 28 décembre 1998, il est réellement entré en activité qu’au début des années 2000. Le problème auquel parait répondre la création de cet institut est « comment traiter les archives de l’ancien appareil de sécurité communiste et les « informateurs secrets » des services de police.  La mission est l’ouverture des archives et leur mise à la disposition du public dans un cadre légal. Mais dès le départ il s’est octroyé des prérogatives beaucoup plus importantes.

Les quatre piliers de l’Institut

L’Institut a quatre vocations officielles à partir desquelles s’étendent de nombreuses ramifications dans toutes les provinces et on l’a vu jusque dans les ambassades en matière de contrôle des esprits et souvent des corps, amendes et emprisonnements, élimination de la fonction publique, etc…

Il y a la mission initiale qui traite de l’exploitation des archives.

I y  a également  un bureau d’éducation publique (BEP), il définit les programmes, les manuels, ce qui est « vrai » en matière d’instruction publique mais aussi par voie de conséquence les médias, les éditeurs sur la période de la guerre et sur la Pologne populaire.

Il y a un bureau de « lustration », terme que l’on retrouve en Ukraine et qui organise l’élimination de l’administration et de la fonction publique des gens qui auraient collaboré avec le régime communiste. Ce bureau a été créé suite à la réforme de 2006. C’est un vivier énorme de répression potentielle vu que la plupart des gens ont été fonctionnaires sous le régime communiste et on peut éliminer de la compétition électorale des gens que l’on accuse de collaboration avec les communistes. L’affaire n’a pas de limite puisque Walesa lui-même s’est trouvé accusé d’avoir été un « informateur », il suffit qu’un nom apparaisse y compris par simple citation pour que l’on puisse faire pression y compris sur l’emploi, menacé de prison. L’Institut prend de plus en plus d’importance dans la manière dont on doit débaptiser les rues et les organismes. Il y a des luttes et des résistances sur lesquelles nous reviendrons.

Le tout s’agrément en effet d’une commission générale pour la poursuite  des crimes  contre la Nation Polonaise. Cette dernière est l’héritière des prérogatives d’une Commission d’enquête sur le crimes nazis mis en place par les communistes après la guerre, elle s’est reconvertie en 1990 en crimes commis contre la Nation polonaise et inclut donc le crime de communisme. Pour bien mesurer le caractère extraordinaire de cette commission, il faut se souvenir que ce sont les dirigeants communistes eux-mêmes qui ont cédé le pouvoir et que les Polonais ont voté pour leur retour, pour le parti communiste transformé en parti social démocrate mais celui-ci a été le principal artisan des privatisations et du libéalisme économique en Pologne. Cette tâche lui importait beaucoup plus que la traque des opinions politiques et c’est en général avec la droite que la Commission et l’Institut reprend toute la nocivité de son potentiel de répression. Il faut bien mesurer que l’Institut ne se contente pas de désigner « les coupables », il instruit et il juge mais dans des conditions de légalité plus que contestable.

Ces quatre vocations font que l’IPN est compétent en matière d’archivage, de recherche sur les périodes considérées, d’éducation, lustration et instruction judiciaire des crimes dupassé dans une totale indépendance par rapport par exemple au ministère de la justice.

Ne pas laisser l’Histoire aux historiens, mais les soumettre au « ministère de la mémoire »

Il y a eu un mouvement général dans l’Europe de l’est postcommuniste vers de tels instituts (Allemagne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie? Roumanie et Bulgarie) Après 1945, plusieurs pays d’Europe occidentale se sont aussi dotés dans le cadre de la guerre froide d’Instituts plus proches du pouvoir politique que du monde académique qu’ils ont au contraire essayé d’annexer. L’idée est que les conséquences politiques de la mémoire historique est une chose trop grave pour la laisser aux historiens.

Dans le cadre de l’IPN, l’affaire a été encore perfectionnée puisque cet Institu qui jouit d’importants moyens financiers, beaucoup plus important que la recherche académique officielle délivre une estampille pour publication et crédits de recherche, cela concerne en particulier les établissements scolaires et les médias.

Bref si la Pologne et les Polonais ont perdu tous les avantages du socialisme, ils ont découvert qu’en matière de contrôle des esprits le capitalisme ne lui cédait en rien… Et comme ce sont les anciens dirigeants communistes qui ontt installé l’ultralibéralisme, la faim, les privatisation, le règne des goldenboys tandis que la droite réprimait et continue de réprimer celui qui bouge et que l’Eglise polonaise pèse pour des moeurs rétrogrades, tout bien réfléchi je suis impressionnée par ceux qui résistent à ce tsunami réactionnaire et je commence à perdre mes propres préventions contre les Polonais. Grâce à Monika et à ses amies… Mais nous y reviendrons. 

Danielle Bleitrach

 

 

 

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Publié par le juillet 31, 2016 dans Uncategorized

 

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