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Le colonel Fabien, son histoire qui est aussi celle de la lutte armée des communistes

22 Jan
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J

Pierre Georges, plus connu sous le nom de Colonel Fabien, était né le 21 janvier 1919. Ce communiste a marqué notre histoire par son courage que ce soit en s’engageant à 17 ans dans les brigades internationales ou en abattant un officier allemand au métro Barbès le 21 août 1941, lançant concrètement la lutte armée contre l’occupant. Il est mort le 27 décembre 1944 en Alsace au sein des troupes françaises de libération.

Son père était boulanger à Villeneuve-Saint-Georges, sa mère est morte en 1928. Il commence à travailler très jeune et devient apprenti boulanger, poseur de rivets aux chantiers de la Seine à Villeneuve-le-Roi, puis sur les chantiers de chemin de fer et enfin ajusteur. Il adhère au Parti communiste à l’âge de quatorze ans et s’engage dans les Brigades internationales à dix-sept ans, en 1936 (il est obligé de mentir sur son âge). Envoyé à l’école d’officiers de la base d’Albacete, il en sort en  avec un grade équivalent à sous-lieutenant. Blessé à trois reprises, il est aussi victime d’une pneumonie. Rentré en France en , il fait une école pour métallurgiste et redevient ouvrier aux établissements Breguet.

Il est élu au comité central des Jeunesses communistes (JC). De son mariage avec Andrée Coudrier, il a une petite fille en 1940. Interné comme militant communiste fin 1939, après la signature du pacte germano-soviétique, il s’évade en  lors d’un transfert en train et reprend contact avec le Parti à Marseille où il se livre à une série d’activités clandestines sous le pseudonyme de Fredo. Monté à Paris pour participer à la direction des JC, il est chargé par le Parti de monter le premier groupe armé.

Résistance

Pierre Georges devient à la fin , commissaire militaire de l’Organisation spéciale (OS) du Parti communiste français, qui, à la suite de l’attaque de l’Union soviétique par les Allemands, le , s’oriente vers la lutte armée contre l’occupant1. Il est l’adjoint du colonel Albert Ouzoulias, commissaire politique. Tous deux ont pour mission de recruter, de former et d’encadrer des combattants choisis au sein des Jeunesses communistes. C’est pourquoi Albert Ouzoulias parlera après la guerre des « Bataillons de la Jeunesse ».

L’attentat du métro Barbès

Pierre Georges, qui porte à cette époque le pseudonyme de « Frédo », réalise lui-même, à titre d’exemple, ce qui est considéré comme le premier attentat meurtrier contre les troupes d’occupation2, en tuant le  un militaire de la Kriegsmarine, l’aspirant Alfons Moser, au métro Barbès – Rochechouart2,3,4Gilbert Brustlein est présent auprès de Pierre Georges pour l’assister et assurer sa protection lors de son repli, tandis que deux autres militants — Gueusquin et Zalkinov — sont aux extrémités du quai pour observer et rendre compte5. La station Barbès – Rochechouart (ligne 4) est choisie par les militants communistes en raison de la courbure prononcée de son quai (on ne voit pas ce qui se passe à l’autre extrémité de la rame) et de la possibilité de fuite, notamment via l’autre ligne de métro (aérien – ligne 2) qui la dessert. À un moment de leurs préparatifs, les jeunes communistes se rendent compte qu’ils pourraient tout aussi bien pousser l’Allemand sur la voie au moment où la rame entre, mais cette idée fut repoussée parce qu’ils voulaient qu’il soit manifeste que la mort de l’Allemand était le résultat d’un attentat et non d’un accident6.

L’attentat du métro Barbès est aussi un acte de représailles à la suite de l’arrestation, lors d’une manifestation à la station de métro Strasbourg-Saint-Denis, et de l’exécution, par les Allemands, le  dans le bois de Verrières, de deux jeunes militants communistes, Samuel Tyszelman et Henri Gautherot2,7,3,4.

La date du 21 est choisie en référence à l’invasion de l’Union soviétique exactement deux mois plus tôt. Avec des moyens dérisoires : deux balles de 6,354, Pierre Georges modifie d’un coup l’atmosphère parisienne. L’attentat marque l’entrée du Parti communiste dans la Résistance armée1. Cet attentat et ceux qui suivent sont réalisés dans le but d’aider l’URSS en obligeant le Reich à maintenir des troupes à l’Ouest et, en provoquant des répressions, à éloigner les populations occupées des occupants1. Pour la politique de représailles qu’il enclenche contre des populations civiles, il est alors désapprouvé par des personnalités aussi diverses que Marcel Cachin2 (qui condamne les attentats individuels dans sa déposition du , faite à la suite de son arrestation par la Gestapo8) ou que des résistants comme Henri FrenayEmmanuel d’Astier de La Vigerie ou Jean-Pierre Lévy.

Maurice Schumann, déclare le  à Radio Londres : « Les coup de feu tirés par le jeune français sont la suite logique, fatale, inéluctable de l’attentat permanent contre la nation française par l’ennemi et ses complices […] l’attentat appelle l’attentat. »

Cet attentat est suivi de la mise en place par Vichy de tribunaux d’exception, les sections spéciales2, chargées de la répression, qui prononcent trois condamnations à mort de communistes — Émile Bastard, Abraham Trzebrucki et André Bréchet — exécutés le 2, et une condamnation aux travaux forcés à perpétuité, celle du journaliste communiste Lucien Sampaix, qui sera fusillé le  par les Allemands2. Après cet attentat, et ceux qui suivent2Hitler ordonne l’exécution de 100 otages2.

Mais Otto von Stülpnagel répugne à des représailles massives parce qu’il comprend et veut déjouer l’intention politique du Parti communiste. Il mise de préférence sur la traque policière des auteurs d’attentats, qui est très efficace, et sur des exécutions ponctuelles d’otages choisis parmi les personnalités communistes de premier plan, comme Gabriel Péri, et de quelques résistants gaullistes. Parmi ceux-ci, Honoré d’Estienne d’OrvesJan Doornik et Maurice Barlier (condamnés à mort trois mois plus tôt) dont le courage à leur procès avait suscité l’admiration des juges du tribunal allemand9. Par ailleurs, dans l’intention de tourner la population contre les « terroristes », von Stülpnagel présente la résistance communiste comme étrangère, et plus précisément comme « judéo-bolchévique ». Sa répression prend donc la forme des premières rafles de Juifs, dont beaucoup sont d’origine étrangère, dans le onzième arrondissement de Paris. Les premières fusillades massives d’otages communistes, sur l’insistance expresse d’Hitler, font suite à l’attentat de Nantes, le , où un jeune communiste de l’Organisation spécialeGilbert Brustlein, l’adjoint de Pierre Georges à Barbès, exécute le commandant Karl Hotz, chef de la Kommandantur. La plus célèbre de ces exécutions de masse, du , est celle de Châteaubriant, où périt Guy Môquet.

Le , le général de Gaulle parle depuis Londres pour exprimer à la fois son désaccord tactique concernant ces attentats (contrairement aux communistes, il ne veut pas de guérilla urbaine en France métropolitaine) et son soutien moral2 : « Il est absolument normal et absolument justifié que des Allemands soient tués par les Français. Si les Allemands ne voulaient pas recevoir la mort de nos mains, ils n’avaient qu’à rester chez eux […] Mais il y a une tactique à la guerre et la guerre doit être conduite par ceux qui en ont la charge […]10 »2. Et après les représailles allemandes, il confie à son entourage : « c’est dans ce sang que se noiera la Collaboration ».

La poursuite des attentats et l’engrenage répressif qui en résulte conduisent Otto von Stülpnagel à la démission, le 1. Il est remplacé comme commandant militaire par son cousin Carl-Heinrich, mais l’essentiel est que les prérogatives de l’armée sont rognées après l’installation à Paris d’une antenne SS dirigée par Carl Oberg en , allant de pair avec un renforcement de la Gestapo. L’action des résistants communistes est surtout politique1. Il s’agit d’empêcher la France de tomber dans la « collaboration loyale » voulue par Vichy. Militairement, son impact est plus limité.

Poursuites et maquis

Après , et l’élimination quasi complète des premiers combattants, pris par la police française et fusillés par les Allemands, l’Organisation spéciale devient les Francs-tireurs et partisans (FTP), de recrutement plus large. Le , Pierre Georges part en Franche-Comté. Presque tous ses compagnons des Jeunesses communistes ont été pris et exécutés, alors que lui-même est identifié et condamné à court terme s’il reste en région parisienne. Dans le Doubs, terre de forte implantation communiste et résistante dès avant sa venue, il contribue à mettre sur pied un des premiers maquis FTP sous le nom de guerre de « capitaine Henri ».

Le , il fait exploser le générateur des usines Lip, réquisitionnées par les allemands. Dénoncé par un agriculteur tenté par la prime élevée promise pour sa capture, il est surpris par les gendarmes au Creux-de-l’Alouette avec trois compagnons le . Ses compagnons sont pris. Lui-même est grièvement blessé à la tête mais il parvient à s’enfuir.

De retour à Paris en , il se cache, mais il tombe dans un contrôle de routine au métro République le . Après avoir été sévèrement battu dans les locaux de la Préfecture de police, il est livré aux Allemands. Il est à nouveau interrogé, puis passe trois mois à Fresnes. Il est transféré à Dijon, où il est jugé avec les autres maquisards du Doubs qui ont été arrêtés. Il est condamné à mort, mais au lieu d’être exécuté, il est transféré au fort de Romainville en attente de déportation.

À partir de 1943, en effet, avec les revers sur le front de l’Est, les Allemands ont un tel besoin de main d’œuvre qu’ils remplacent les exécutions par des déportations. Mais Pierre Georges parvient à s’évader avant de subir ce sort. La date de son évasion n’est pas bien établie (probablement vers la fin ). Il est alors amené à beaucoup circuler pour l’organisation des maquis FTP qui grossissent avec l’afflux des réfractaires du Service du travail obligatoire.

Il retourne dans l’Est, et participe à l’organisation de maquis dans les Vosges, dans la Haute-Saône et dans le Centre-Nord. Durant cette période, il sera longtemps hébergé par l’abbé Bouveresse, curé de Montureux-les-Baulay près de Port d’Atelier. Quand Pierre Georges devait aller dans la région parisienne où il était particulièrement recherché depuis le début de 1942, l’abbé Bouveresse lui prêtait une soutane et son bréviaire ; Pierre Georges s’était procuré une fausse carte d’identité mentionnant la condition de prêtre et indiquant qu’il était né le  à Pont-à-Mousson et habitait Vesoul11.

Libération[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative au no 34 de la rue GandonParis 13e., marquant l’emplacement du poste de commandement du colonel Fabien lors de la libération de Paris

Aux approches du débarquement de Normandie, Pierre Georges est amené à circuler dans l’Ouest de la France. Il manque d’être arrêté à nouveau lors d’une mission en Bretagne au début du printemps 1944. Son agent de liaison, Gilberte Lavaire, alias « Nicole », est capturée en allant en reconnaissance pour un rendez-vous. Ramenée à Paris, elle est interrogée et battue par les hommes de la Milice française de la rue de la Pompe, mais elle parvient à s’évader à la faveur d’une alerte aérienne, et à le rejoindre dans sa nouvelle planque d’Arcueil.

C’est à cette époque que Pierre Georges adopte le nouveau pseudonyme de « colonel Fabien » sous lequel il entrera dans l’Histoire. Il est alors devenu responsable FTP pour tout le sud de la région parisienne et c’est dans ce rôle qu’il participe à la libération de Paris en . Craignant le reflux à travers Paris des armées allemandes battues en Normandie, et souvent contre l’attentisme des autres composantes de la Résistance, le Parti communiste, à l’instigation de Charles Tillon, commissaire militaire national des FTP, appelle à l’insurrection dès le et entame des actions de harcèlement des troupes d’occupation en région parisienne et surtout en banlieue sud. Lors de ces actions, Pierre Georges reçoit une nouvelle blessure, mais bénigne, et il ne reste que peu de temps hors de combat. Au bout de quelques jours d’escarmouches de plus en plus nombreuses, la population se soulève massivement et couvre Paris et la banlieue de barricades pour paralyser les blindés que les partisans attaquent avec des bouteilles incendiaires. Craignant un bain de sang, le général de Gaulle ordonne alors à la 2e DB du général Leclerc de se porter sur Paris au plus vite.

Dans ce contexte, Pierre Georges, à la tête d’un groupe de FFI établit la jonction avec les éléments d’avant-garde de la 2e DB de la France libre commandés par le capitaine de Boissieu et conduit avec eux la prise des quartiers parisiens de la Luftwaffe installés dans le palais du Luxembourg.

À l’automne, il rassemble un groupe de cinq cents hommes, principalement originaires de Suresnes, la Brigade de Paris, que l’on appellera aussi « les Fabiens », pour continuer la lutte contre l’Armée allemande avec les forces françaises et alliées.

Ce groupement change plusieurs fois de nom. Il est rattaché, dans un premier temps, à la division Patton, puis il devient le 151e régiment d’infanterie dans l’armée de De Lattre et combat dans l’Est de la France, puis en Allemagne. Le général de Lattre attribue aux « Fabiens » le nom du régiment qu’il commanda durant l’entre-deux-guerres

Pierre Georges cependant ne pose pas le pied en terre allemande : le , il est tué par l’explosion d’une mine qu’il était en train d’examiner, à Habsheim près de Mulhouse12,13.

Les circonstances exactes de sa mort restent mal établies12,13. Néanmoins, selon les mémoires de Daniel Seither14, il serait décédé en voulant manipuler un modèle de mine qu’il prétendait connaître ; cette manipulation entrant dans la préparation d’une opération de franchissement du Rhin prévue le lendemain. Son agent de liaison Gilberte Lavaire, le lieutenant-colonel Dax (Marcel Pimpaud 1912-1944), son bras droit, trois capitaines, Blanco, Lebon, Pierre Katz12,13, avocat de 33 ans, et un lieutenant périssent avec lui. Neuf personnes sont blessées par l’explosion12,13.

Le père, Félix Georges15 et Guillaume Scordia16, le beau-frère de Pierre Georges, ont été fusillés par les Allemands le  au Mont-Valérien en représailles aux actions de la Résistance contre les forces allemandes. Son épouse, Andrée, engagée dans la Résistance à ses côtés, fut arrêtée le  et déportée à Ravensbrück. Elle survécut et fut rapatriée en 1945. La fille de Pierre et d’Andrée, Monique, née en 1940, est restée cachée, soit avec ses parents, soit dans des familles sympathisantes pendant toute la durée de la guerre, à Paris, en Normandie, dans le Doubs, et à Arcueil. Elle a publié en 2009 un ouvrage de souvenirs, Le Colonel Fabien était mon père17, préfacé par Gilles Perrault18.

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1 commentaire

Publié par le janvier 22, 2018 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Le colonel Fabien, son histoire qui est aussi celle de la lutte armée des communistes

  1. ALAIN EUGENE VICTOR

    janvier 22, 2018 at 4:03

    J’ai appris récemment que la fille de Pierre GEORGES accuse les Parti Communiste Français de l’époque d’avoir mené son Père à la mort.
    Qui peut confirmer ?

     

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