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Le Guardian : L’Union Soviétique s’est effondrée en une nuit. N’imaginez pas que les démocraties occidentales vont durer pour toujours.

09 Déc

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Photo de Kazan envoyé par un ami (Pym) qui s’y trouve.

Voici un texte qui tranche sur ceux que nous vous présentons habituellement et il émane de The Guardian qui n’est pas connu (pas plus que le Monde ou El País) pour ses sympathies pro-communistes, c’est une litote. L’auteur Paul Mason vient à la rencontre des cercles intellectuels et en général libéraux de Kazan (Russie), il a vécu la fin de l’Union Soviétique en y voyant l’arrivée de la démocratie occidentale. Il décrit une ambiance fin d’époque dans laquelle les intellectuels et les artistes russes revenus du système capitaliste espèrent en quelque chose d’autre et ils ne savent quoi. Paul Mason, qui arrive d’occident est lui même traumatisé par l’élection de Trump et sait bien qu’il n’a rien d’autre à offrir qu’un crépuscule dans lequel les monstres prolifèrent (note de Danielle Bleitrach. Traduction pour Histoire et société de Béatrice Cournaud)

. https://www.theguardian.com/commentisfree/2016/dec/05/soviet-union-collapsed-overnight-western-democracy-liberal-order-ussr-russia?CMP=fb_gu

Sous la citadelle médiévale de Kazan deux grandes rivières gelées rendent le paysage tout blanc. En ce samedi après-midi on croise quelques habitants qui trébuchent dans la boue pour prendre des selfies devant la mosquée, sous les illuminations de Noël et les statues du quartier soviétique.

25 ans ont passé depuis que je suis allé en Russie, dans l’effort et l’échec à faire revivre la gauche durant les premiers jours de réformes économiques du gouvernement de Boris Eltsine. Il m’a fallu une autre partie de ma vie pour y retourner et m’adresser à une salle pleine de gens qui désiraient parler de remplacer le capitalisme par quelque chose de mieux – et soudain nous partageons une chose en commun : à présent nous savons tous ce que c’est que de voir un système qui a semblé s’écrouler définitivement.

Depuis que je suis ici, presque tous ceux qui ont décidé de venir m’entendre travaillent dans le domaine de l’art contemporain ou la philosophie. Les journalistes qui veulent m’interviewer – critiquer publiquement la politique de Poutine en Syrie et en Ukraine – travaillent essentiellement pour des magazines culturels. Bien que n’étant pas le nouveau rock’n’roll, ceux-ci constituent les espaces les plus protégés, là où une pensée critique peut s’exprimer.

Depuis que Poutine a volé l’élection de 2011 et que le mouvement de protestation qui s’en est suivi a été réprimé, les jeunes faisant partie de ce mouvement se sont retranchés dans une colère muette. Cette situation n’est pas nouvelle pour les intellectuels russes.

Face à cette réalité, pourquoi les artistes, philosophes et journalistes russes persistent-ils dans leur croyance en un changement ? En bref, c’est parce qu’ils ont assisté à l’écroulement  moral et physique d’une chose qui semblait éternelle : l’Union Soviétique.

Alexei Yurchak, anthropologue à Berkeley, Université de Califormie, décrit l’événement dans un livre dont le titre parle de lui-même : Everything Was Forever Until It Was No More. Yurchak était fasciné par le fait suivant : lorsque cette chute est survenue alors que personne ne l’avait prédite,  beaucoup de gens réalisèrent qu’au fond de leur coeur ils l’attendaient depuis longtemps.

Durant l’ère de la perestroika, sous Gorbatchev, un certain nombre de personnes ont expérimenté une soudaine “crise de conscience” lorsqu’ils ont réalisé que la chute était imminente. Mais jusque là, les gens se sont conduits, ont parlé, et même pensé comme si le système soviétique était immuable. Et malgré leur cynisme envers sa brutalité, ils ont continué les parades, ont participé aux meetings et poursuivi les rituels imposés par l’Etat.

Depuis la victoire de Trump en novembre 2016, il a été possible de croire qu’un écroulement similaire pouvait advenir à l’ouest au niveau de la globalisation et des valeurs libérales.

Les parallèles sont évidents. Nous aussi avons vécu pendant 30 ans dans un système économique censé ne jamais faillir. La globalisation était un système impossible à stopper, l’économie de marché, un état naturel des choses.

Mais quand le pays a imposé la globalisation malgré les votes contre, vous êtes en droit de considérer que la fin est proche. Si cela est le cas, vous aurez aussi à considérer, en tant que libéral, démocrate humaniste, ce fait encore plus choquant :  le nationalisme oligarchique est l’écueil contre lequel se heurte l’économie.

Lorsque Eltsine a déclenché au début des années 90 la  pénurie et l’effondrement, j’ai été témoin de la descente aux enfers de la société russe. Nous tenions nos meetings dans les installations abandonnées de l’université de Staline, nous abandonnions les manuels, les bustes de Lénine, les minutes du comité central devenus obsolètes. Il y avait la violence  dans les rues et des vols étaient commis dans les salles de réunion des monopoles, où la propriété a fait place à la kleptocratie dans toute sa puissance.

Comparé au chaos de 1999, le poutinisme a été vécu comme une rédemption. Celui-ci a restauré la croissance, l’ordre et la fierté nationale au détriment de l’isolement diplomatique et des droits démocratiques. Aujourd’hui il y a à travers le monde des mini-Poutine. Le premier ministre hongrois Viktor Orban, le président turc Recep Tayyip Erdogan, l’éventuelle présidente fasciste Marine Le Pen. Si l’Ouest tombe, comme ils le désirent, dans le nationalisme économique, chacun en dessous de 50 ans subira le même choc idéologique que les Russes ont subi à fin des années 80.

Il y a eu, depuis environ trois décennies, dans l’économie, les sciences politiques et l’étude des relations internationales l’hypothèse selon laquelle le cadre était immuable. Si, tout comme dans le monde universitaire soviétique, la globalisation s’avère avoir été une chose réversible, alors les manuels devront être abandonnés.

Mais il y a une grande différence. Les dissidents de l’ère soviétique se sont battus pour la démocratie et les droits de l’homme avec les concepts de « l’Ouest ». Si le populisme xénophobe triomphe, il n’y aura pas pour nous d’ «Ouest » vers lequel nous tourner : si les sociétés démocratiques libérales prennent le chemin de la Hongrie de Orban, nulle puissance extérieure ne  viendra à notre secours.

 

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1 commentaire

Publié par le décembre 9, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Le Guardian : L’Union Soviétique s’est effondrée en une nuit. N’imaginez pas que les démocraties occidentales vont durer pour toujours.

  1. Krystyna Hawrot

    décembre 13, 2016 at 1:16

    Il faudrait qu’ils arrêtent tous de caricaturer cette pauvre Hongrie. La Hongrie n’est pas une dictature, les gens ont réellement voté pour Orban (hélas ou pas hélas, mais ils ont voté. Le seul quartier qui a voté pour les libéraux est le centre de Budapest ou vivent les bobos et les étrangers).
    Donc la Hongrie n’est pas la « Hongrie d’Orban » et Orban est juste un produit du système capitaliste néolibéral, un produit de l’écurie de Soros. D’ailleurs Orban ne fait en réalité rien contre le système – il n’est pas plus pro russe que ne l’étaient les anciens gouvernements libéraux. Il reste dans l’Union Européenne, la Hongrie participe à la Commission européenne, au Semestre Européen, au Parlement Européen… à l’OTAN et à tout le reste! Orban durçit la « politique historique » hongroise en posant des buste de Horthy et autres fascistes d’avant guerre. Mais c’est bien peu comparée à la lustration instense de tous les mal pensants vivant et morts à laquelle se livraient pendant 20 ans les gouvernements sociaux libéraux et libéraux (Tusk) en Pologne. La Hongrie là ne fait que rattraper la Pologne de Tusk dans son anticommunisme.

    Orban n’a pas signé d’accord avec l’Organisation de Coopération de Shanghai, n’a pas critiqué la politique de l’OTAN en Ukraine ni en Syrie… et n’a rien fait contre Kiev au moment ou Kiev bombardait les populations civiles du Donbass.
    Orban n’est pas anti-système.
    Mais ce n’est pas le diable non plus. Budapest est une ville adorée des Occidentaux, pour ses monuments, son ambiance, ses bars , son Danube romantique, sa musique….
    Ce n’est pas le bagne. Même la gauche écolo et même la gauche communiste existe en Hongrie! Mais elle sont totalement minoritaires, mais ce n’est pas du seul fait d’Orban – c’est l’ensemble du lavage de cerveaux ultralibéral auquel sont soumises les populations d’Europe de l’Est depuis 20 ans qu’il faudrait interroger.

     

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