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Plus qu’un témoin: revisiter Primo Levi à 100 ans de sa date de naissance.

Le travail de l’écrivain italien est surtout connu pour son rôle relatant l’horreur des camps de concentration. Il était cet homme et bien plus encore cet article nous donne à voir la profondeur de son oeuvre, la manière dont il a tenté de concilier la littérature et la science pour échapper au mal absolu et personnellement je comprends mieux son suicide qui est inscrit dans ce à quoi il s’était voué, l’écriture autant que d’avoir cotoyé le mal absolu et savoir qu’il ne manquerait pas de revenir (note et traduction de Danielle Bleitrach).

TURIN – Primo Levi est actuellement l’auteur italien le plus lu et traduit au monde. Les œuvres complètes de Primo Levi , éditées aux États-Unis, ont considérablement accru la portée mondiale de l’auteur, ses enseignements continuant  à travailler  la conscience collective. Pourtant, il a fallu de nombreuses années pour comprendre que Levi était l’un des plus grands écrivainsdu monde du XXe siècle, et pas seulement en Italie.

Il était déjà écrivain avant de quitter le camp d’internement de Fossoli, dans le centre de l’Italie, dans le train de marchandises à destination d’Auschwitz. Il avait écrit des poèmes et des nouvelles, et avait caché l’idée de ce qui allait devenir la brillante histoire Carbon , qui scelle The Periodic Table (en 2006, The Guardian l’ appelait le plus beau livre de science de tous les temps).

C’est arrivé, donc ça pourrait se reproduire.

Il avait un œil sélectif d’écrivain , sachant choisir des détails révélateurs dans la confusion d’événements quotidiens, qui s’avéraient alors utiles pour donner un sens à ce qui n’a pas de sens du tout. Ayant échoué à ses examens d’enseignement secondaire en Italie, Levi avait pénétré  Dante en profondeur. En tant que lecteur omnivore, il avait construit un vocabulaire impressionnant, à la fois en termes d’extension et de variété (maintenant, avec l’aide de puissants médias numériques, le moment est venu de le cartographier dans son intégralité). Levi a pu créer – comme avec son frère littéraire Italo Calvino, qui était un peu plus jeune – ce lien parfait entre science et littérature, qui corrige la fracture qui, autrement, rendrait notre culture anémique.

C’est pourquoi l’étiquette de témoin , à laquelle son travail a été confiné, est trop étroite – à la fois pour lui et pour If This is a Man, qui reste un chef-d’œuvre littéraire. Il reste encore beaucoup à lire et à découvrir chez cet écrivain aux multiples facettes brillantes, variées, profondes, spirituelles, affables, amusantes, voire capables de récits fictifs à souffle symphonique ( Si pas maintenant, quand? ). Un polyèdre dont vous ne pouvez pas vous empêcher de compter les visages.

Mémoire des survivants de Primo Levi: Si c’est un homme

Tout ce qu’il a écrit n’était jamais mineur ni improvisé. Ses nouvelles « fantabiologiques » (comme Calvino les appelait) sont prophétiques, ses entretiens imaginaires avec des animaux ou des articles dans le journal La Stampa , un pur délice. C’était un humoriste, comme l’appelait à juste titre Massimo Mila dans sa notice nécrologique, qui aimait écouter et raconter des histoires. Mais il était aussi un anthropologue, un essayiste, un poète, un traducteur, un éthologue , un linguiste.

Primo savait tout, mais cachait son immense connaissance, peut-être pour ne pas embarrasser ceux à qui il parlait. Ses intérêts vont des trous noirs aux ingénieuses mini-hélices qui permettent à la bactérie Escherichia coli de se déplacer dans nos intestins. Cet homme qui, par excès de modestie, s’est présenté comme un écrivain du dimanche , un chimiste spécialisé en écriture (comme si la chimie était un léger handicap et non un excellent instrument d’apprentissage) était un artiste qui maîtrisait les mots avec la même compétence avec laquelle il manipulait des flacons au laboratoire . Il avait à côté de son bureau une batterie de dictionnaires étymologiques et dialectaux et souriait à la véritable signification du mot « madamin »: « jeune épouse dont la belle-mère est toujours en vie ». C’est-à-dire une femme coupée en deux sans véritable pouvoir.

Les problèmes ont stimulé sa créativité.

« C’est arrivé, donc ça peut se reproduire: c’est le cœur de ce que nous avons à dire », prévient-il. En fait, cela continue. « Vortex érudit », il ne voulait pas susciter des émotions et ne se présentait jamais comme une victime. Il voulait comprendre comment fonctionnaient les esprits des Allemands et les nôtres – en particulier pour ceux qui peuvent s’accroupir confortablement dans la « zone grise » de ceux qui prétendent ne pas voir et ne pas savoir et qui, par leur silence, permettent la prolifération de régimes autoritaires. Ce n’est pas par hasard que Claude Lévi-Strauss avait accueilli Levi dans le groupe des ethnologues.

Il portait l’e mal absolu imprimé sur sa peau mais n’était ni nihiliste ni catastrophique. C’était un homme d’espoir empirique et durable. Bon technicien de laboratoire, il faisait toujours confiance à l’ homo faber , qui crée certes des catastrophes, mais est en mesure d’y remédier. Les problèmes à résoudre, en particulier les plus pénibles, ont stimulé sa créativité.

The Guardian l’appelle: « le plus beau livre scientifique de tous les temps ».

Cent ans après sa naissance (31 juillet 1919), que pouvons-nous apprendre de ses œuvres? Qu’a-t-il à dire à notre époque où le savoir semble être devenu une faiblesse et que la pauvreté linguistique se gonfle dans la misère morale et civile? Tout d’abord, nous pouvons apprendre la beauté et la signification du mot nécessaire. Et puis la capacité à distinguer, à reconnaître les différences, la rigueur, la précision, la capacité à apprendre des erreurs, la ténacité, la planification. En bref, les bases d’un bon chimiste qui « pèse et divise, mesure et juge sur la base de preuves et s’efforce de comprendre pourquoi ».

Sur son bureau, les tests ne se terminaient jamais. Il a appliqué à lui-même le maximum de scrupule critique, comme l’a démontré The Drowned and the Saved , un livre de clés qui devrait être remis à chaque Italien à l’âge de 18 ans, avec une copie de notre Constitution.

En italien, son nom signifie « premier »: il était le premier parmi les écrivains, un patrimoine de l’humanité à nous aider à défendre ce qui reste de l’être humain dans ce crépuscule de l’Occident.


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Seul un « changement de système » peut éviter un changement climatique catastrophique, nous disent les scientifiques. Par Nafeez Ahmed

Voilà des idées que je suis tentée de partager en totalité à la seule différence près -et elle est de taille- que je ne parle pas de « système », mais bien de capitalisme, un mode de production avec son rapport aux forces productives et ses rapports de classe. Cela évite bien des fausses solutions et des ambiguités qui ne mèenent nulle part. Un langage clair est nécessaire et pas une fausse entente qui laisse la porte ouverte à toutes les réactions (note de Danielle Bleitrach)

par Les-crises.fr DT

Source : Medium, Nafeez Ahmed, 12-10-2017

Source : Flickr (kris krug)

Si on veut que le monde ait une chance sérieuse de limiter le réchauffement de la planète à 2°C pendant ce siècle, limite convenue au niveau international, la transition vers les énergies renouvelables devrait se faire beaucoup plus rapidement que ce qui est prévu par les efforts actuels, selon une nouvelle étude dans la revue Science.

Cette étude, réalisée par des scientifiques des universités de Manchester, Sussex et Oxford, et publiée le 22 septembre, conclut que pour respecter les engagements pris en matière d’émissions de carbone en vertu de l’Accord de Paris, les gouvernements du monde entier doivent initier des changements rapides et simultanés dans des secteurs clés comme l’électricité, les transports, le chauffage, l’industrie, les forêts et l’agriculture.

Sans cette « sortie rapide et radicale des énergies fossiles », conclut l’article, nous ne pourrons pas maîtriser assez rapidement l’augmentation prévue des émissions mondiales de carbone. Les scientifiques s’accordent à dire que cela ferait inévitablement basculer le système climatique de la planète dans un dangereux réchauffement planétaire.

L’enjeu est de taille.

Un scénario de business-as-usual [maintien du statu quo, NdT] verrait une accélération des phénomènes météorologiques extrêmes; la perte de la majorité des récifs coralliens du monde, la disparition des grands glaciers de montagne; la perte totale de la banquise d’été de l’Arctique, de la majeure partie de la banquise du Groenland et la dislocation de l’Antarctique occidental ; l’acidification et le réchauffement des océans; la montée catastrophique du niveau des mers qui submergeraient alors les grandes villes de Londres à New York; l’effondrement de la forêt amazonienne et l’érosion du permafrost arctique; pour ne mentionner que quelques-unes des conséquences.

Un autre article dans Science Advances mentionne également que notre trajectoire actuelle d’émissions de carbone pourrait déclencher une extinction planétaire massive après 2100, qui se poursuivrait au cours des siècles et des millénaires suivants.

Mais ce n’est pas forcément la fin du jeu. Dans le cadre de l’Accord de Paris, les pays ont accepté de « poursuivre leurs efforts » pour limiter le réchauffement climatique à environ 1,5°C, ce que les scientifiques considèrent comme un objectif plus sûr. Une étudeantérieure de Nature Geoscience précise que nous avons encore le temps d’empêcher une augmentation de 1,5°C – un délai allant peut-être jusqu’à 20 ans aux taux d’émissions actuels.

Certains, dont Breitbart, affirment que le document de Nature veut dire que le réchauffement de la planète ne se produit pas aussi rapidement qu’on le pensait jusque là, ce qui donne l’impression que nous n’avons pas besoin de limiter les émissions aussi rapidement. C’est faux. En réalité, la conclusion du document est que si rester à 1,5°C « n’est pas encore une impossibilité géophysique », il faudra encore beaucoup plus de volonté politique et des efforts de modération plus soutenus. Le document recommandeune diminution drastique des émissions et ce, immédiatement pour atteindre zéro d’ici 2080.

La nouvelle étude de Science étaye cette conclusion avec plus de précisions sur ce qu’il convient de faire exactement pour réussir ce type de décroissance : partout dans le monde, nous devrons tripler le taux annuel d’amélioration de l’efficacité énergétique, rénover des bâtiments entiers, passer presque exclusivement à la voiture électrique, et finalement produire 95 % de toute l’électricité à partir de sources à bas carbone. Tout cela d’ici 2050.

C’est une tâche herculéenne, quelle que soit la méthode. Et pourtant, la nouvelle étude soutient que non seulement une transition aussi rapide est techniquement réalisable, mais qu’elle pourrait améliorer la qualité de vie de millions de personnes.

Les auteurs mettent en garde, les progrès actuels sont beaucoup trop lents. Ils soutiennent que les chercheurs en climatologie, les décideurs politiques et les modèles actuels de transition ont tendance à adopter une approche beaucoup trop fragmentaire, se concentrant « sur une seule pièce du puzzle de la transition vers des émissions bas carbone, tout en évitant bon nombre des points cruciaux du monde réel qui permettraient d’accélérer les transitions. »

Cette approche incohérente nous conduit vers la catastrophe. Le professeur Benjamin K. Sovacool de l’Université du Sussex, coauteur de l’étude, a déclaré : « Les taux de changement actuels ne sont tout simplement pas suffisants. Nous devons accélérer les transitions, augmenter leur rythme et élargir leur portée. »

Cela ne peut se faire qu’avec de nouvelles approches de la décarbonatation, que les auteurs définissent comme quatre étapes clés.

Étape 1 : Changer le système dans sa globalité, pas seulement ses composantes

L’étude exhorte les décideurs politiques, les investisseurs et les scientifiques à se focaliser sur les « systèmes socio-techniques », définis comme « la combinaison interdépendante de technologies, d’infrastructures, d’organisations, de marchés, de réglementations et de pratiques des utilisateurs ». Tout cela fonctionne ensemble pour répondre à des besoins sociaux importants, tels que la mobilité personnelle.

Le défi majeur est que cela fait plusieurs décennies que les « systèmes socio-techniques » dépendants des combustibles fossiles se développent. Ils sont maintenant devenus résistants au changement parce que leurs composants eux-mêmes ont « co-évolué » d’une manière conduisant à l’auto-renforcement.

Selon les auteurs, pour dépasser ce problème, il faut des changements simultanés à plusieurs niveaux. Les innovations technologiques de niche dans des secteurs spécifiques, qui diffèrent radicalement du « système dominant existant », doivent être encouragées par un soutien politique plus substantiel. Cela devrait s’accompagner d’efforts visant à affaiblir le système existant, à faire converger les innovations avec d’autres technologies clés et à favoriser les « processus sociaux, politiques et culturels » qui facilitent leur adoption rapide.

Le point essentiel de cet argumentaire n’est cependant pas d’amener les gouvernements à travailler ensemble. Il s’agit plutôt d’essayer de faire comprendre aux gouvernements qui ont déjà signé l’Accord de Paris qu’ils ont besoin d’une approche beaucoup plus « globale ». Bien que cela n’augure rien de bon si un pays comme les États-Unis se retirede l’Accord de Paris, cela n’empêche pas les États locaux comme la Californie d’adopter la démarche proposée par l’étude pour favoriser des changements rapides à leur propre niveau.

Étape 2 : Associer les technologies pour les renforcer

En s’appuyant sur cette argumentation, l’étude montre que lorsque différentes innovations technologiques sont associées pour créer une nouvelle façon de faire les choses, chacune des technologies distinctes s’en trouve renforcée. Les auteurs préconisent un rapprochement plus efficace des technologies qui produisent de l’électricité à partir de sources d’énergie renouvelables, comme l’énergie solaire photovoltaïque (PV) et les éoliennes, sans oublier les technologies complémentaires de stockage de l’énergie, de gestion de la demande, de réseaux intelligents, etc.

Des configurations permettant de relier les véhicules au réseau, par exemple, pourraient permettre aux batteries de véhicules électriques (VE) de se connecter directement au réseau, de lui envoyer la charge électrique et d’adapter le taux de charge en fonction de la demande. Cela pourrait compenser le problème d’intermittence du vent et du soleil (le vent ne souffle pas toujours et le soleil ne brille pas toujours) grâce à l’« équilibrage de charge » : pendant que les VE sont connectés au réseau, ils stockent l’électricité excédentaire pendant les périodes de faible demande et la libèrent lorsque la demande augmente.

En mai 2016, Nissan et Enel ont lancé au Royaume-Uni un projet pilote de véhicule connecté prouvant que même si le concept n’existe encore qu’à petite échelle, l’intérêt commercial existe. L’étude estime que des projets comme celui-là pourraient rapidement prendre de l’ampleur si les gouvernements, les entreprises et la société civile collaboraient plus étroitement pour surmonter les freins à l’adoption.

Étape 3 : Réveiller les gens et les entreprises

L’étude reconnaît qu’une accélération de la transition n’ira pas sans une acceptation sociale sans réserve. Cela signifie qu’il faut sensibiliser les gens aux avantages sociaux, économiques et culturels considérables qui découleraient d’une transition bas carbone.

Malheureusement, dans la pratique, il s’agit d’un domaine où les progrès semblent presque inexistants. L’an dernier, un sondage Pew a révélé que le nombre d’Américains qui croient que l’activité humaine est à l’origine des changements climatiques était minoritaire, soit 48 %, niveau pratiquement inchangé par rapport à il y a six ans.

L’étude ne présente que peu de recommandations politiques spécifiques sur la façon dont les décideurs politiques ou d’autres parties prenantes peuvent améliorer cette situation désastreuse. L’une des idées concrètes prônée par l’étude est de faire travailler les nouvelles industries « vertes » émergentes de manière plus cohérente pour former des coalitions politiques qui pourraient alors servir de contrepoids face aux intérêts du pétrole, du gaz et du charbon.

Dans sa conclusion, l’étude précise également qu’une transition rapide exige des entreprises qu’elles prennent conscience des risques financiers énormes qu’elles encourent en refusant d’assainir leurs chaînes d’approvisionnement dépendant des combustibles fossiles. On aura peut-être plus de chance sur ce plan là. Les compagnies de pétrole, de gaz et de charbon sont déjà poursuivies en justice pour leur rôle dans la dénégation et l’aggravation des dommages considérables causés par le changement climatique.

Comme l’a fait remarquer récemment le professeur Jeffrey Sachs, directeur du Center for Sustainable Development de l’Université Columbia, il ne s’agit là que d’un avant-goût de ce qui les attend, et les géants pétroliers pourraient bien subir le même sort que les géants du tabac.

Étape 4 : Éliminer progressivement le vieux système

La conclusion majeure de l’étude est la nécessité d’intensifier des efforts des décideurs politiques tant au niveau local, qu’étatique et national. Les gouvernements devraient être plus volontaristes en soutenant leurs engagements par une législation concrète.

Les décideurs peuvent, par des mesures politiques intransigeantes, imposer par la contrainte que les technologies obsolètes et dangereuses soient progressivement abandonnées. Au Royaume-Uni, par exemple, le Clean Air Act de 1956 a conduit les villes à créer des zones sans émission de fumée où l’utilisation du charbon a été interdite.

L’étude a vanté des récentes annonces faites par les gouvernements français et britannique pour éliminer progressivement les voitures à essence et diesel d’ici 2040 – un exemple convaincant quant à la rapidité avec laquelle ces changements pourraient se produire.

Le constat ultime est qu’il est encore possible d’éviter un réchauffement climatique dangereux. Si l’humanité relève le défi, nous pourrions tout en même temps éviter les catastrophes et créer un monde meilleur pour tous.

Pourtant, il ne suffit pas de signer des engagements ambitieux en matière d’émissions pour y parvenir. Pour tenir ces engagements, les gouvernements, les investisseurs, les entreprises et les communautés qui prendront conscience de l’ampleur du défi devront travailler ensemble pour changer le mode de fonctionnement de l’ensemble de nos « systèmes socio-techniques ».

Nafeez Ahmed est journaliste d’investigation, primé depuis 16 ans et créateur d’INSURGE Intelligence, un projet de journalisme d’investigation d’intérêt public financé par le public. Il est chroniqueur ‘Changement de Sytème’ à Motherboard de Vice. [ Lancé par Vice, Motherboard est une référence aux Etats-Unis dès lors qu’il s’agit de parler technologie et de son impact sur la société NdT]

Son travail a été publié dans The Guardian, VICE, Independent on Sunday, The Independent, The Scotsman, Sydney Morning Herald, The Age, Foreign Policy, The Atlantic, Quartz, New York Observer, The New Statesman, Prospect, Le Monde diplomatique, Raw Story, New Internationalist, Huffington Post UK, Al-Arabiya English, AlterNet, The Ecologist, Asia Times, entre autres.

Par deux fois Nafeez a figuré sur la liste de l’Evening Standard de Londres des 1000 personnalités les plus influentes et s’est vu décerner le prix Project Censored Award for Outstanding Investigative Journalism en 2015, le prix Routledge-GCSP en 2010 et le Premio Napoli (prix de Naples – le prix littéraire italien le plus prestigieux créé par décret du Président) en 2003

Son dernier ouvrage Failing States, Collapsing Systems : BioPhysical Triggers of Political Violence (Springer, 2017) est une étude scientifique sur la façon dont les crises climatique, énergétique, alimentaire et économique sont à l’origine des échecs des États dans le monde.

Source : Medium, Nafeez Ahmed, 12-10-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Les-crises.fr DT | 16 juillet 2019 à 7 h 00 min | Étiquettes : Changement climatique | Catégories : Climat | URL : https://wp.me/p17qr1-XTD
 

Gennady Zyuganov: Nous devons combiner science, technologie, révolution numérique et qualité de vie des citoyens

Après  la description par le PDG d’Huawei de ce qui fait la force de la Chine et qui est sur le fond une économie de marché complétement soumise à un gouvernement communiste qui possède les leviers de propriété collective apte à concilier innovation technologique et scientifique avec bien être des populations et leur éducation, nous avons ici les maux de l’oligarchie qui freine de plus en plus le développement, organise la fuite des cerveaux, l’évasion fiscale et la perte de la souverainet » (on s’y croirait, nous en France, y compris en matière de fuite des mathématiciens). (Traduction et note par Danielle Bleitrach)

9 juillet 2019 12h00 – le parti communiste

Gennady Zyuganov: Nous devons combiner science, technologie, révolution numérique et qualité de vie des citoyens

Le 8 juillet, la Douma d’Etat a tenu des séances d’audition parlementaires sur le thème « Les enjeux du développement de l’économie numérique ». Le Président du Comité central du Parti communiste, chef de la faction du Parti communiste à la Douma d’Etat, Gennady Zyuganov a présenté son bilan de la situation dans le domaine numérique. “Red Line publie le texte du discours.

«Chers collègues, chers  camarades! La semaine dernière, à l’initiative du président de la Douma d’État, le deuxième Forum international sur le développement du parlementarisme s’est tenu. qui a déploré une sorte d’isolement de la Russie sur la scène internationale. Des représentants de 132 pays ont également assisté au forum, dont 43 présidents de parlement. Ce qui m’a le plus frappé, c’est qu’un quatrième sujets  est venu s’ajouté aux trois sujets qui dominaient auparavant. Habituellement, ils parlaient de la menace terroriste, de la préservation de la nature, de la lutte contre la pauvreté. Et tout à coup, presque tout le monde a commencé à parler de souveraineté numérique.

À mon avis, ce n’est pas un hasard si nous tenons aujourd’hui ces auditions parlementaires sur ce sujet. Je tiens à dire en premier lieu que cela a été peu étudié. Tout le monde  ressent, y compris son importance  et son grand danger. Aujourd’hui, la « maison intelligente » reprendra toutes vos habitudes de base.Le  « Réfrigérateur intelligent » relatera vos dépendances. L’aspirateur robot donnera une image complète de votre appartement. Et votre téléphone vous signalera où vous vous trouvez, à qui vous parlez et  ceà quoi vous pensez. En résumé, cela crée un nouveau type de comportement et une nouvelle forme d’exploitation. Si  vos capacités physiques et intellectuelles ont déjà été exploitées, ils exploiteront maintenant votre nature comportementale, celle-ci sera programmée. Nous sommes donc confrontés à une réalité fondamentalement différente elle est de celles que nous ignorons..

Toute la question est de savoir qui déterminera la technologie, formulera le programme. Et qui va gérer ce processus. Quiconque répondra à ces tâches plus rapidement dominera. Et vous ne ne pourrez rien lui opposer  par aucune loi et aucune interdiction.

Nous sommes confrontés à un grand défi. Les termes en ont déjà été posées dans les années 20 du 20ème siècle, lorsque nous avons dû rattraper les pays développés. Nous avons ensuite résolu ce problème. Avant la guerre, nous avions créé le meilleur parc de machines-outils. Éduqué les meilleurs commandants et nos soldats ont été également brillamment éduqués. Cela a été  la base de la victoire.

Nous avons remporté trois victoires avant la guerre: au fil du temps, de l’espace et dans la lutte pour l’unité du pays. Si, sur ce front, nous ne sommes pas obsédés par une autre victoire, nous serons gouvernés par d’autres. Et ils sont déjà là pour le faire. .

Je lance un appel aux chefs de gouvernement avec la question suivante.  La Douma à la veille de la désignation d’un nouveau budget pour les trois prochaines années. On vous dit maintenant très intelligemment qu’il y a des progrès,s. Oui, en partie, il y a. Mais regardons la réalité: selon vos programmes en 2014, des tâches clés ont été formulées. Comment ont-elles été  mise en œuvre? En fait, il n’ya pas eu de progrès en R & D, mais abandon. Depuis 2014, la réduction des articles «Développement économique» et «Une économie innovante» est de moins 16%. « Activités spatiales » – moins 20%. Même l’usine clé qui porte le nom de Khrunichev est endettée, pour plus de 80 milliards et vous n’osez pas les supprimer pour préparer des cadres super modernes.

Aujourd’hui, presque tous nos avions sont achetés à l’étranger et la ligne budgétaire  «Développement de l’industrie aéronautique» a été réduit de 40%. «Complexe atomique» – moins 66%. « Améliorer la compétitivité de l’industrie » – moins 95%. Une image similaire dans l’industrie médicale – moins 36%.

Soit nous prenons des décisions fondamentales et investissons dans les industries de base qui déterminent l’innovation, soit nous ignorons complètement le message présidentiel, et nous ne serons pas le cinquième, mais le quinzième. Nous sommes maintenant le onzième, mais trois autres pays nous manqueront.

C’est une question de notre survie historique. Et la question, y compris la participation à la révolution numérique.

Le président dans son message définit parfaitement les tâches. Il me semblait que nous allions ensuite nous échapper dans le secteur des machines-outils, de la robotique, de l’intelligence artificielle. Nous avons cette opportunité. Nous avons des mathématiques intelligentes et je déclare encore une fois que Bill Gates a alimenté avec les notres  sa meilleure école de mathématiques. Beaucoup d’entre eux aimeraient revenir, mais où? Pour la cinquième fois, je fais une proposition: adoptons une loi en vertu de laquelle ces personnes jouiront avec leur famille des conditions super favorables . Et ils viendront à nous. Ils apporteront de nouvelles technologies, d’excellents programmes et nous aideront à progresser de manière spectaculaire. Les Chinois ont déjà tranché en ce sens, en particulier dans les industries de la fusée et du nucléaire.

Si nous prenons la robotique, c’est la base de tout, sans laquelle nous ne pouvons pas avancer. Mais je tiens à vous informer que la Corée du Sud compte près de 500 robots pour 10 000 travailleurs, que la Chine en a 40 et que nous n’en avons que 2! Et nous continuons à stagner.

Il existe une solution et nous devons la mettre en œuvre. Mais ici une triple tâche se pose: croissance économique, bien-être des citoyens et percée technologique. Ils doivent tous être résolus ensemble. Vous pouvez avoir un passeport électronique ou un classeur électronique, mais si vous n’avez pas d’emploi, si le salaire moyen est de 20 000 roubles, quel type de consommateur êtes-vous, où et où pouvez-vous déménager?

Je tiens à dire à M. Oreshkin: le président vous a confié la tâche d’atteindre le taux de croissance mondial de 3,5%.  pour le semestre: 0,7%. Si nous éliminons le composant de matière première, l’industrie sera de moins 1%. Alors résolvons ce problème! Nous vous avons proposé 12 lois, un budget de développement de 25 000 milliards de roubles. Il est également nécessaire de planifier le mouvement des flux financiers. Ainsi, au moins 2% du PIB devrait être consacré à la science. Sur les soins de santé – au moins 7%. Pour l’éducation – à peu près la même chose. Mais aujourd’hui le chiffre est deux fois inférieur!

Ils disent qu’il n’y a pas d’argent dans le pays. À cet égard, j’ai examiné les revenus de l’oligarchie russe, sur lesquels la Douma se refuse à imposer le moindre impôt juste. Les Trois oligarques principaux ont accumulé 840 milliards cette année en raison de la conjoncture des prix. Pendant ce temps, les coûts de la science et de l’éducation dans le cadre des programmes du président sont beaucoup moins élevés.C’est cela qui nous interdit d’adopter  une décision raisonnable?

C’est ce qui semble les satisfaire. Parce que le fossé dans la société s’agrandit. La qualité du personnel se dégrade. Bien-être social aussi. Et aucune «personnalité» ne nous sauvera de cette rélité là. La «personnalisation» ne devrait que nous aider à résoudre ces problèmes.

Par conséquent, USE doit être immédiatement expulsé de l’école avec un bâton. Notre école primaire est dans le top cinq, comme celle de huit ans. Et depuis la neuvième année, nous sommes tombés à la 50-60ème place. Oleg Nikolayevich Smolin ici même nous a tenu des discours fleuves pour tenter de l’expliquer.

Nous avons une loi “Education pour tous”. Zhores Ivanovich Alferov à Saint-Pétersbourg a créé un établissement d’enseignement unique, alliant école, science et industrie. Mais je ne peux en aucune façon fonder sur cette université, de sorte qu’après la mort d’un génie, elle ne soit pas épuisée.

Nous communistes avons créé des entreprises f. Le 13 juillet, nous organisons une action nationale pour la défense de la ferme d’État de Lénine, devenue la meilleure ferme du pays, malgré tous les racontars!

Nous devons donc combiner science, technologie, révolution numérique et qualité de vie des citoyens. Ensuite, nous obtenons le résultat souhaité. Merci de vous battre pour cela!  »

 

Réchauffement : les Français accusent le nucléaire et c’est du n’importe quoi

Article du POint.

  • Selon un sondage BVA, une large majorité de Français pense que le nucléaire contribue à l’émission de gaz à effet de serre. Sa part est pourtant minime. IL n’y a pas que cette idée reçue, comment expliquer qu’alors que c’est dans le secteur des transports que la polution est la plus élevée et que la seule réponse possible soit le train et pas la voiture, l’avion, le car, les mêmes français ne soutiennent pas massivement les employés de la SNCF qui se battent aussi pour le territoire, qu’ils soient prêts à croire des gens qui ont soutenu Macron dans ce domaine comme dans d’autres. Pourquoi nous communistes sommes-nous dans l' »incapacité de dénoncer le vrai danger de l’arme nucléaire, de la politique d’armement et que nous n’arrivions pas à combattre tous les obscurantismes et ceux qui les véhiculent ? et de ce point de vue l’article dit une imbécilité, l’URSS n’a jamais dénoncé le nucléaire civil mais bien les bombes et missiles qui la menaçaient et c’est peut-être dans la confusion des deux qu’il faut chercher l’origine de la mauvaise impression alors que paradoxalement les écolos se désintéressent du nuclaire militaire. (note de danielle Bleitrach)

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Modifié le  – Publié le  | Le Point.fr
La centrale nucleaire de Fessenheim, pres du canal du Rhin. Les deux reacteurs devraient fermer en 2020 et 2022.
La centrale nucléaire de Fessenheim, près du canal du Rhin. Les deux réacteurs devraient fermer en 2020 et 2022.© JEAN ISENMANN / ONLY FRANCE
 
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Publié par le juin 26, 2019 dans civilisation, sciences

 

Un très grand personnage est mort, un prix Nobel russe et un communiste, un article de lui.

Le scientifique russe Jaurès Alferov, co-lauréat du prix Nobel de physique en 2000 pour ses travaux sur les semi-conducteurs et les technologies liées au laser, est mort à l’âge de 88 ans, ont annoncé aujourd’hui les agences russes.

Jaurès Alferov avait été récompensé par le jury Nobel pour ses travaux dans les années 1970 sur les technologies de l’information, qui avaient ouvert la voie aux ordinateurs, aux lecteurs de CD et aux téléphones portables. Il avait partagé son Nobel de physique 2000 avec deux scientifiques américains, Herbert Kroemer et Jack Kilby.

Engagé au Parti communiste, Alferov était né en 1930 en Biélorussie, alors partie intégrante de l’Union soviétique. Il était membre du groupe communiste à la Douma d’Etat, la chambre basse du parlement russe.

Dans son discours d’acceptation du Nobel, Jaurès Alferov avait fait remarquer que la physique avait apporté à la fois des bénéfices et des catastrophes à l’humanité au XXe siècle et il avait mis en garde contre le risque de voir tomber les mass médias en de mauvaises mains.

« La connaissance est un pouvoir, mais le pouvoir doit se fonder sur la connaissance », déclarait-il alors.

Jaurès Alferov avait été le premier Russe à recevoir la prestigieuse récompense, avec les Américains Herbert Kroemer et Jack Kilby, c’est le seul prix Nobel post-soviétique depuis l’attribution du prix Nobel de la paix au dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev en 1990. Ce prix avait donné une impulsion à la science russe post-soviétique.

« Jaurès Alferov est mort aujourd’hui », a déclaré son épouse, citée par les médias russes. Le physicien était également député communiste à la Douma. Ses travaux de pionnier ont permis des applications pratiques, utilisées aujourd’hui aussi bien pour les satellites que pour les téléphones portables ou encore les scanners de code-barres.

Ça on vous le dira, mais ce que notre blog peut vous offrir pour saluer cette vie magnifique est un texte que nous avons publié grâce à une traduction de Marianne. Le voici, nous pouvons le lire et voir à quel point ce grand personnage croyait que le communisme avait un passé glorieux et était aussi l’avenir.

Voici donc le lien avec l’article dans lequel ce grand physicien affirmait que l’URSS avait créé une société de justice et de paix. Ce dont je suis moi aussi convaincue.

https://histoireetsociete.wordpress.com/2016/01/25/jaures-alferov-nous-avons-ete-les-premiers-createurs-dun-etat-de-justice-sociale/

 

Géopolitique de la Science : la remontada chinoise bouleverse l’ordre ancien, par Sylvestre Huet*

Toujours l’excellente revue progressistes, cet article sur la manière dont la science chinoise a opéré une remontée qui bouscule l’ordre établi.iL faut s’abonner à cette revue qui est une des rares revue des communistes qui est non seulement informée, qui s’ouvre à des compétences indéniables et est fondamentalement progressistes au lieu de suivre l’idéologie dominante qui bien sur ne nous présentera jamais les réalisations du socialisme réel. Ce qui ne signifie en rien l’adhésion à un modèle.   (note de Danielle Bleitrach)

https://revue-progressistes.org/2019/01/06/geopolitique-de-la-science-la-remontada-chinoise-bouleverse-lordre-ancien-par-sylvestre-huet/#respond

Sylvestre Huet

Tel un bulldozer, la science chinoise bouscule les hiérarchies établies au siècle dernier. Elle s’impose comme une grande puissance de la science et promet d’en devenir une superpuissance tout en acquérant à grande vitesse son autonomie sur l’ensemble des fronts technologiques.

*Sylvestre Huet est journaliste scientifique.



L’émergence de la Chine comme géant de la science se lit dans les principaux résultats d’une étude bibliométrique1 fondée sur les données du Web of Science, rendue publique en avril dernier par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES). Une étude de l’Observatoire des sciences et des techniques (OST), dirigé par Frédérique Sachwald, aujourd’hui un département du HCERES. Son intérêt est de synthétiser une évolution de quinze ans, de 2000 à 2015. Points saillants? Les États-Unis perdent leur hégémonie, éclatante il y a un demi-siècle. Le Japon s’écroule. Des pays émergent : Inde, Iran, Brésil, Corée du Sud. La France ? Elle ne pointe désormais qu’au 7e rang, dépassée par la Chine, mais aussi l’Inde, et ne représente plus que 3,2 % des publications scientifiques mondiales. Une autre étude, le rapport Science & Engineering Indicators 2018 de la National Science Foundation étatsunienne2, souligne l’envol spectaculaire de la Chine, passée de moins de 87 000 articles publiés en 2003 à 426 000 en 2016, année où le géant asiatique passe en tête de ce classement par pays.

La reine rouge
Au pays de la science mondiale, c’est comme dans celui de la Reine Rouge d’Alice au pays des merveilles : si tu ne cours point, ou pas assez vite, tu te fais dépasser. Du coup, tout le monde, ou presque, essaie de courir de plus en plus vite, de produire de plus en plus de connaissances scientifiques. En outre, les dirigeants politiques, souvent incapables de mesurer autrement que par des chiffres une activité quelconque, se sont mis en tête de mettre la pression sur les scientifiques de la recherche publique en les sommant de publier toujours plus et plus vite des « articles », résultats de recherches, dans des revues destinées à leurs collègues. Les « bons » chercheurs sont ceux qui publient le plus, croient-ils, ce qui est une vision très simpliste.
Résultat? Le nombre de publications scientifiques s’envole. « Un doublement» , annonce Frédérique Sachwald de l’OST, en fait d’un peu plus de 800 000 articles en 2000 on est passé à près de 1 800 000 en 20153. Cette inflation reflète d’abord l’augmentation du nombre des scientifiques en activité dans le monde comme de leurs moyens techniques (obtenir le séquençage du génome d’un organisme, et donc le publier, prend mille fois moins de temps et d’argent qu’il y a vingt ans), et partant des connaissances produites.
Si cette vision est pour l’essentiel correcte, il faut néanmoins la nuancer. La « digestion » par les communautés scientifiques de cette masse de résultats produits devient ainsi un problème crucial. Mais, surtout, cette inflation résulte aussi de problèmes sérieux : création en série de revues prédatrices dénuées de toute sélection des articles, saucissonnage des résultats d’expériences, publications prématurées, résultats non reproductibles, fraudes, mauvaises conduites… Lorsqu’elle est plutôt le résultat de la pression exercée par le pouvoir politique, soucieux de « productivité », cette inflation contribue à des dérives, fraudes et méconduites, dont la Chine n’est pas exempte.

Tragédie de la révolution culturelle
Si tout le monde court – voire accélère – à la même vitesse, les hiérarchies établies demeurent les mêmes. Mais si l’un accélère beaucoup plus que les autres, elles sont bouleversées. C’est ce qui s’est produit avec l’arrivée d’un nouveau coureur surpuissant : la Chine. Avec les réformes des années 1980, ce pays immense a, petit à petit, constitué une force de frappe scientifique. Ce fut difficile, la Chine pré-Mao ayant été dépecée et envahie par des puissances étrangères mettant à profit leur supériorité technologique, et la Chine de Mao ayant démoli ses premiers efforts dans l’enseignement supérieur et la recherche avec la tragédie de la Révolution culturelle, le pays ne pèse qu’à peine 1 % du total mondial en 1980. Mais depuis le début du XXIe siècle la machine à former scientifiques et ingénieurs monte en puissance année après année. Les laboratoires reçoivent des financements substantiels. Les échanges internationaux sont devenus la règle, favorisés par une diaspora chinoise (ou d’origine chinoise) abondamment présente dans les laboratoires des États-Unis ou d’autres pays.
Il y a quinze ans, des responsables politiques ou des collègues journalistes  – dont un correspondant en Chine ! – auxquels je faisais part de l’observation de la montée en puissance chinoise me rétorquaient : « C’est de la mauvaise science, de la copie. » À l’époque, il est vrai, la part chinoise des articles du « top » – les meilleures revues et le 1 % articles les plus cités – était encore très modeste. Ce n’est plus le cas. Même si la production chinoise affiche une performance moyenne inférieure à celle d’autres pays, son volume lui permet de pointer au 2e rang mondial, derrière les États-Unis, pour sa part du « top ». Depuis 2000, elle a dépassé dix pays dans ce classement des meilleurs articles, une remontada encore plus marquée que pour le nombre total d’articles. Les laboratoires chinois participent à toutes les aventures scientifiques de pointe, de la génétique à l’astrophysique… quand ils ne sont pas leader mondial comme pour la téléportation quantique par satellite. Leurs copublications avec les autres pays – notamment en mettant à profit la diaspora chinoise aux États-Unis – montrent leur insertion dans la communauté scientifique mondiale et boostent leurs résultats dans les classements fondés sur le nombre de citations.
La première place de la Chine en nombre de publications n’en fait pas encore le véritable numéro un de la science mondiale, surtout si l’on compte l’Union européenne comme un « pays », qui prend alors la tête. En outre, la baisse récente (depuis 2014) des publications des États-Unis et des pays de l’Union européenne est un effet en trompe-l’œil. Elle s’explique en partie par l’accroissement très rapide des articles publiés en coopération internationale – ce qui aboutit à un décompte fractionnaire de chacune de ces publications, diminuant le total de chaque pays. Or, si les copublications internationales sont passées de 15 à 23 % du total, ce mouvement est encore plus accentué en Europe et aux États-Unis. Ainsi, en France, les copublications (avec les pays de l’UE et hors UE) représentent nettement plus de la moitié du total.

La fraude en Chine
La rapidité de cette évolution produit manifestement dans les laboratoires des effets pervers, dont la fraude majeure et tout l’éventail des « méconduites scientifiques » et autres manquements à l’intégrité possibles : articles bidon, signatures d’auteurs fantômes, revues dites « prédatrices » qui attirent des scientifiques corrompus… La liste est longue. Même si elle ne doit pas illusionner, la science chinoise est pour l’essentiel « normale ». La revue Tumor Biology a ainsi mis à la poubelle en 2017 plus de cent articles d’un coup, tous frauduleux via un système astucieux contournant la « revue par les pairs ». Les auteurs chinois étaient parvenus à faire relire leurs articles par des pairs fantômes, dupant la revue4, un type de fraude particulièrement prisé en Chine. L’origine de cette fraude massive ? Une décision stupide du gouvernement chinois consistant à décider de la carrière des médecins des hôpitaux publics sur la base de leurs publications scientifiques. Mais l’intérêt de cette histoire réside surtout dans sa suite.
Le gouvernement chinois a en effet réagi de manière très vigoureuse à cette fraude massive en déclenchant une enquête judiciaire approfondie qui a concerné plus de 500 scientifiques5. L’affaire s’est terminée par un procès spectaculaire dont le site web Rédaction médicale et scientifique, tenu par Hervé Maisonneuve, présentait ainsi le bilan : « Sur les 521 auteurs impliqués, 11 ont été jugés innocents avec 24 encore sous enquête. Parmi les auteurs restants, 486 auteurs ont été reconnus coupables d’inconduites à différents niveaux. Un total de 102 personnes ont été principalement responsables, 70 responsables secondairement et 314 n’ont pas participé à la fraude, selon un responsable du ministère chargé de l’application des règles. Les 314 auteurs, déclarés non coupables de fraude, mais ayant des programmes de recherche ou des récompenses, ont été accusés de négligences dans la gestion des recherches académiques et des publications. Parmi les 107 articles rétractés, deux étaient des plagiats, l’un a été rétracté par erreur et ses auteurs étaient innocents. Au total, 101 articles ont été fabriqués, dont 95 ont été examinés par des experts fabriqués (fraude au peer-review avec de fausses adresses email). Douze articles ont été achetés auprès d’institutions tierces. »

Bibliothèque du centre culturel Binhai
Bibliothèque du centre culturel Binhai ouverte à Tianjin depuis octobre 2017.

Une géopolitique de la Science bousculée
Les chiffres de la géopolitique de la science disent une transformation du monde que l’on peut résumer en quelques remarques (très) lapidaires. Dans les sciences, les technologies, l’économie, la géopolitique…, la Chine reprend la place que lui donne sa démographie. Dans le monde de demain, son statut de superpuissance sera une donnée de base. Traduire ce rapport des forces des publications scientifiques en puissance scientifique et technologique serait toutefois abusif. Il reflète plus précisément l’effort de publications académiques des équipes de recherche financées sur fonds publics. Si c’est la base de la puissance scientifique et technologique que recherchent les pouvoirs publics, cette dernière provient également d’autres facteurs : l’effort de recherche privé, la capacité à concentrer les efforts, le lien avec les industriels opérant dans les secteurs de haute technologie et y disposant de positions fortes (la domination étatsunienne sur les technologies numériques en est un exemple frappant), et surtout la durée passée de la maîtrise scientifique et technique. Si ces facteurs ne jouaient pas, l’Union européenne serait en situation de nette domination face aux États-Unis depuis dix ans, mais l’écart favorable en production académique dont elle bénéficie ne se traduit pas dans les dimensions industrielles de la technologie où les deux puissances sont plutôt à parité globale.
Un exemple frappant de la capacité de la Chine à « transformer l’essai scientifique en puissance technologique » est la mise en service du premier réacteur nucléaire de 3e génération, l’EPR de Taishan, dont EDF a 30 % des parts. Mais le plus significatif n’est pas la rapidité du chantier (commencé deux ans après celui de Flamanville, il est déjà en service). Le plus important est ceci : le premier EPR chinois a été construit avec une cuve et des générateurs de vapeur achetés à Areva, le second, presque terminé, l’a été avec une cuve et des générateurs de vapeur fabriqués en Chine. L’étape suivante, c’est le réacteur de 3e génération Hualong, 100 % chinois, tant pour la conception que pour la construction… et déjà proposé à l’exportation en Grande-Bretagne. Les entreprises françaises seront au mieux sous-traitantes dans l’opération.
Hégémoniques en 1990, après l’éclatement du bloc soviétique, les États-Unis ne peuvent plus espérer dominer le monde, même s’ils demeurent très puissants. Les pays d’Europe peuvent, ensemble et coordonnés, constituer une puissance mondiale de premier plan puisque l’UE est… la première productrice de science. En revanche, isolés, ils seront des acteurs d’abord de second rang, puis de moindre importance au fur et à mesure que d’autres pays s’approprieront sciences et technologies. D’ailleurs, c’est grâce à leur coopération serrée qu’ils ont réussi à se hisser aux premiers rangs dans les domaines de la physique des particules, de l’astronomie ou des technologies spatiales.
Sciences et technologies de pointe sont encore hors de portée de la plupart des pays d’Afrique, d’une bonne partie de l’Asie ou de l’Amérique latine. C’est un problème mondial. Car la résolution de leurs difficultés économiques, sociales et culturelles – lesquelles vont jusqu’à la guerre et la sous-alimentation qui provoquent des migrations massives non voulues – ne se fera pas à technologies constantes pour la production agricole, industrielle et l’aménagement urbain en croissance explosive.
La question du transfert de savoirs et de technologies doit donc être posée autrement que dans le cadre d’échanges marchands. Soutenir la formation d’une capacité scientifique et technologique dans les pays du Sud les plus en difficulté devient un impératif mondial si l’on veut affronter les défis du changement climatique, de la gestion des ressources naturelles et de la paix.

  1. Rapport sur la position scientifique de la France dans le monde, 2000-2015
  2. Science & Engineering Indicators 2018
  3. Les palmarès de déposants de brevets
  4. Science Mag : China cracks down after investigation finds massive peer-review fraud
  5. China Focus: China announces result of academic fraud investigation

 

 
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Publié par le janvier 27, 2019 dans Chine, civilisation, sciences, SOCIETE, THEORIE

 

Le “soleil artificiel” de la Chine atteint 100 millions de degrés

 

Résultat de recherche d'images pour "soleil artificiel"

 

Une équipe de chercheurs chinois annonce avoir atteint une température de 100 millions de degrés Celsius – six fois plus chaud que le centre du Soleil – à l’intérieur d’un réacteur à fusion. Un pas de plus vers la fusion nucléaire, l’énergie des étoiles.

Les énergies fossiles ont fait leur temps. Les énergies renouvelables sont une bonne alternative pour la planète, mais sont-elles réellement l’avenir ? Une troisième solution pourrait mettre tout le monde d’accord : la fusion nucléaire, ou en d’autres termes l’énergie des étoiles. Notre Soleil se présente en effet comme un gigantesque réacteur de fusion nucléaire naturel. Son énergie est illimitée du point de vue de l’humanité (même si le Soleil n’est pas éternel). C’est pourquoi des chercheurs s’efforcent aujourd’hui “d’imiter” notre étoile.

De nombreux défis

Créer un “Soleil artificiel” est une entreprise compliquée, sur laquelle travaillent de nombreux chercheurs depuis plusieurs années. Contrairement à la fission nucléaire, qui divise les atomes pour créer de l’énergie, la fusion permet de joindre des noyaux d’atomes plus légers pour former un noyau plus lourd. Cette réaction produit du plasma, un état de la matière qui pourrait bien nous sauver la vie. Si nous arrivions en effet à maîtriser cette nouvelle technologie, nous pourrions alors bénéficier d’une énergie renouvelable en grande quantité et peu coûteuse. Mais les défis techniques sont énormes.

Recréer les conditions régnant sur notre étoile est en effet plus facile à dire qu’à faire. Vous devez atteindre des pressions extrêmement élevées et des températures d’environ 150 millions de degrés Celsius (le centre du Soleil est à 15 millions de degrés Celsius). Ensuite, et une fois créé, le plasma doit être maintenu en suspension à l’intérieur d’un réacteur, sans toucher les parois. Compliqué donc, mais un nouveau pas vient d’être franchi.

100 millions de degrés Celsius

Une équipe de chercheurs de l’Institut des sciences physiques de Hefei, rattachée à l’Académie chinoise des sciences, travaille sur ce projet depuis 2006. Après avoir, en 2017, réussi à suspendre le plasma dans un état stable pendant plus de 100 secondes (un record), la même équipe explique aujourd’hui avoir pu générer du plasma à une température de 100 millions de degrés Celsius, peut-on lire dans Newsweek.

Le réacteur à fusion nucléaire de la Chine, véritable “Soleil artificiel”. Crédit : ÉQUIPE HIPS/ EAST

On n’y est pas encore, donc, mais on s’en approche. De nombreux autres défis devront encore être relevés au cours de ces prochaines années pour finalement pouvoir être en mesure de concevoir un réacteur capable de confiner et de suspendre un plasma assez chaud suffisamment longtemps. Ces futurs réacteurs, s’ils sont viables sur le plan commercial, pourraient alors alimenter le monde entier en énergie propre et renouvelable.

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Fusion nucléaire : des scientifiques allemands viennent de lancer leur “Soleil artificiel”

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Publié par le novembre 17, 2018 dans Chine, civilisation, sciences

 

Les archéologues révèlent que l’art figuratif le plus ancien du monde n’existait pas en Europe. Quelle impulsion de l’espèce humaine?

Les habitants préhistoriques de l’Asie du Sud-Est décoraient leurs grottes avec des dessins de bétail et des pochoirs à main à Bornéo il y a déjà 52 000 ans, des milliers d’années avant les artistes rupestres de l’Europe. Ce constat est fondamental. On sait que l’agriculture apparait dans différents points de la planète sans contacts entre eux, mais voici qu’il semble qu’il en soit de même pour l’art. La théorie la plus probable est que l’art se développe parallèlement mais indépendamment, est-il dit dans l’article par un scientifique  qui n’a pas participé à l’étude des grottes de Bornéo. « Peut-être que l’art était dans le » panier culturel « de tous les groupes humains, mais ils ne l’ont utilisé et développé que dans certaines conditions, quand ils devaient traiter certains problèmes », dit-il. « L’art a servi d’outil pour gérer une population, que ce soit pour soutenir un système de croyances ou pour apprendre aux jeunes à chasser. » Penser ce développement simultané et cet appel à l’art est très important pour comprendre le devenir de notre espèce, une autre mondialisation qui est en train de naître sous nos yeux. Quand je désespère de la bêtise humaine, je me dis qu’il y a au fond de nous un espèce de programme (ce qu’envisageait déjà Chomsky) qui nous oblige à nous dépasser. L’art, ce que parfois on considère comme inutile dans le capitalisme ou que l’on marchandise est la clé d’autre chose, de très matériel, qu’il nous faut comprendre. C’est ce que j’aime dans certaines civilisations, le messianisme russe, son besoin de poésie, un lien immémoriel à l’Histoire chez les Chinois, un besoin de comprendre… En fait, c’est cet aspiration à la compréhension d’un destin collectif humain qui me fait rester communiste.  (note et traduction de Danielle Bleitrach)

Les images de bovins sauvages et de pochoirs à la main découverts dans une grotte isolée de Bornéo datent maintenant de 40 000 à 52 000 ans, ce qui en fait les exemples les plus anciens d’art figuratif, ont rapporté mercredi des archéologues dans Nature.

L’Europe occidentale est généralement considérée comme le berceau de l’art préhistorique, grâce aux peintures et figurines spectaculaires trouvées dans les grottes de l’âge de pierre en France et en Allemagne. Mais il semble que les habitants de l’Asie du Sud-Est aient proposé des idées étonnamment similaires avant leurs frères européens, ont rapporté des chercheurs

L’étude aide à rééquilibrer l’opinion euro-centrée pour déterminer où se sont déroulées ces étapes de notre évolution. Cela pose également la question de savoir comment et pourquoi l’une des caractéristiques que nous considérons comme uniques à l’être humain, l’art figuratif, n’apparaît apparemment pas une fois mais deux fois, aux extrémités opposées de ce qui était alors le monde habité.

Bantengs et cochons

Les chercheurs ont marché péniblement  pendant des semaines dans la jungle du Kalimantan oriental, une province du Bornéo indonésien, pour étudier des peintures préhistoriques réalisées dans les grottes calcaires de la région. Des milliers d’images, réparties sur au moins 52 sites, ont été recensées depuis les années 1990, mais n’avaient pas encore été datées avec précision.

En fait, les images, faites avec de l’ocre rouge, ne peuvent pas être datées, explique Maxime Aubert, archéologue à la Griffith University, dans le Queensland, en Australie. Ce que les chercheurs peuvent faire, c’est dater les spéléothèmes, les dépôts de carbonate de calcium laissés par de l’eau qui s’égoutte sur les murs de la grotte pendant des milliers d’années.

Dans des cas chanceux, ces accrétions recouvraient des parties d’un tableau, ce qui nous donnait un âge minimum pour l’image ci-dessous. Dans d’autres cas, les artistes préhistoriques ont eu la gentillesse de peindre un spéléothème, nous permettant ainsi de glaner un âge maximum pour leur travail, dit Aubert.

Des échantillons prélevés dans la grotte Lubang Jeriji Saleh ont montré qu’une image d’un animal, probablement un banteng – une espèce de bétail sauvage vivant encore à Bornéo – devait avoir été créée il y a 40 000 ans. Inversement, un pochoir orange-rougeâtre d’une main humaine avait un âge maximum de 51 800 ans, ce qui donnait aux chercheurs leur plage de dates pour la naissance de l’art figuratif.

Les premières peintures rupestres découvertes en Europe – les scènes de masse de lions, de chevaux et d’autres animaux dans la grotte de Chauvet en France – ont été datées il y a environ 30 000 à 33 000 ans. Mais il y a aussi les figurines en ivoire exquises découvertes dans des grottes allemandes, telles que la Vénus de Hohle Fels et l’ Homme-Lion de Stadel, qui datent d’environ 35 000 à 40 000 ans.

Les chercheurs notent que l’objectif de la nouvelle étude n’était pas de lancer un concours sur les exemples les plus anciens d’art humain identifiable. Leur principal argument est que ce comportement n’a apparemment pas émergé dans une seule région – l’Europe – puis s’est étendu lentement.

«Il semble maintenant que deux des premières provinces consacrées à l’art rupestre soient apparues à la même époque dans des régions reculées de l’Eurasie paléolithique: une en Europe et une en Indonésie», déclare Adam Brumm, un autre archéologue de la Griffith University ayant participé à l’étude.

Théoriquement, il est possible que l’art figuratif soit apparu une seule fois, beaucoup plus tôt que nous le pensons, pour ensuite s’étendre à ces deux domaines. Mais aucune preuve de cela n’a été trouvée jusqu’à présent.

  Le Plus ancien art rupestre figuratif connu découvert à Bornéo –

L’art rupestre figuratif connu le plus ancien découvert à BornéoYoutube

Alors, quelle aurait été l’impulsion derrière l’acquisition quasi simultanée d’une compétence avancée dans des endroits complètement différents, par des peuples différents?

«Une possibilité est que, dans un premier temps, les deux régions aient été habitées par de petits groupes puis, en raison de conditions favorables, la population ait augmenté et, avec des nombres plus importants, une plus grande complexité sociale et la possibilité de nouvelles formes d’expression», suggère Aubert, le Griffith. archéologue qui est le chercheur principal de l’étude Nature. «Une autre hypothèse serait l’arrivée d’une nouvelle population» (qui possédait les compétences).

Cette dernière idée est certainement une possibilité si nous considérons l’essor de la culture aurignacienne. C’est ce que les archéologues appellent le plus ancien peuple de peinture rupestre d’Europe occidentale.

L’année dernière, des chercheurs israéliens ont rapporté que les Aurignaciens avaient peut-être développé une culture antérieure, l’Ahmarian, qui était originaire du Moyen-Orient et s’était répandue vers l’Europe il y a environ 45 000 ans.

Mais nous ne pouvons pas dire si la migration de masse, en provenance du Moyen-Orient ou d’ailleurs, a également créé une avant-garde artistique à Bornéo. C’est parce que les sites sont si reculés qu’ils n’ont jamais fait l’objet de fouilles systématiques, explique Aubert, ajoutant qu’il espérait commencer une fouille appropriée dans l’une des grottes l’année prochaine.

Nous pouvons toutefois être raisonnablement certains que l’art rupestre de Bornéo a été réalisé par Homo sapiens plutôt que par d’autres homininés, dit-il. D’une part, aucun autre homininé n’a été démontré pour produire de l’art figuratif. Mais surtout, un crâne humain moderne datant d’il y a 40 000 ans a été retrouvé dans les années 1950 dans une grotte du Sarawak, du côté malaisien de l’île, explique Aubert. Il n’y avait pas d’art dans cette grotte, mais la découverte révèle au moins que nos ancêtres étaient dans le quartier pendant la période considérée, a expliqué l’archéologue.

Kinez Riza / (kinez@myris.id)

Période mauve

Les archéologues soupçonnent également que les artistes préhistoriques de Bornéo n’ont pas hésité à explorer de nouvelles terres. Déjà en 2014, Aubert et ses collègues avaient publié une étude datée d’environ 35 000 ans qui présentait l’image d’un babirusa (également appelé cochon-chevreuil) découvert dans une grotte à Sulawesi, une île à l’est de Bornéo.

«Nos recherches suggèrent que l’art rupestre s’est répandu de Bornéo à Sulawesi et à de nouveaux mondes au-delà de l’Eurasie, arrivant peut-être avec les premiers peuples occupés à coloniser l’Australie», explique Aubert.

Les chercheurs ont également constaté que l’intrication artistique fantasmagorique de l’Europe et de l’Asie du Sud-Est n’était pas un événement ponctuel. L’équipe d’Aubert a identifié une deuxième vague de peintures dans les grottes de Bornéo, qui a débuté il y a environ 20 000 ans, au plus fort de la dernière période glaciaire.

Dans cette phase, caractérisée par des dessins de couleur pourpre, le motif du pochoir à la main se poursuit, bien que maintenant ces images soient souvent regroupées comme pour former des arbres, suggérant peut-être des liens familiaux entre les membres du groupe, explique Aubert.

Kinez Riza / (kinez@myris.id)

Plus important encore, dans cette «période pourpre», les images d’animaux cèdent la place à des représentations humaines: des personnages bâtons coiffés de coiffes élaborées se livrant à la chasse, à la danse ou à d’autres activités.

«Ce passage de la représentation du monde animal à la représentation du monde humain se produit à peu près au même moment en Europe», explique Aubert. «Nous commençons donc définitivement à voir un modèle commun ici. Je ne sais pas si c’est le cours naturel du symbolisme humain ou une coïncidence, ou si, encore une fois, l’environnement était favorable à la vie humaine et a conduit à une augmentation de la population et à de nouvelles idées. « 

Durant la période glaciaire, lorsque le niveau de la mer était plus bas, Bornéo n’était pas une île comme c’est le cas aujourd’hui. C’était la pointe sud-est du continent asiatique. Sur le plan technique, il aurait pu y avoir un contact entre les deux côtés de l’Eurasie, explique Omry Barzilai, archéologue à l’Autorité des antiquités israéliennes et l’un des chercheurs à l’origine de l’étude de l’an dernier sur les origines de la culture aurignacienne.

Mais pour le prouver, il faudrait trouver des grottes peintes quelque part entre l’Europe et l’Indonésie datant de la même période, dit-il. Comme cela n’est pas arrivé, la théorie la plus probable est que l’art se développe parallèlement mais indépendamment, conclut Barzilai, qui n’a pas participé à l’étude des grottes de Bornéo. « Peut-être que l’art était dans le » panier culturel « de tous les groupes humains, mais ils ne l’ont utilisé et développé que dans certaines conditions, quand ils devaient traiter certains problèmes », dit-il. « L’art a servi d’outil pour gérer une population, que ce soit pour soutenir un système de croyances ou pour apprendre aux jeunes à chasser. »

Enquêter plus en profondeur sur les premiers habitants de Bornéo, et vérifier notamment s’il existait une utilisation antérieure d’ocres ou de coquillages sur l’île, pourrait aider à confirmer si l’art figuratif est vraiment un produit développé indépendamment dans cette région, suggère Barzilai.

Qu’est ce que l’art?

Des questions sur pourquoi et comment nos ancêtres ont commencé à faire de l’art le cœur d’un débat plus vaste sur le développement de la pensée symbolique, sur la capacité humaine unique de saisir et de transmettre une signification complexe à l’aide de sons ou d’images conventionnels.

Pindi Setiawan / (pindisp @ yahoo

En d’autres termes, la question est la suivante: comment sommes-nous devenus humains et quand est-ce arrivé?

Notez que les archéologues travaillant à Bornéo ont peut-être identifié l’art figuratif le plus ancien, mais certains chercheurs pensent que les humains sont devenus cognitivement capables de produire des symboles abstraits beaucoup plus tôt.

Il y a un demi-million d’années, quelqu’un – il semble que ce soit l’ Homo erectus – gravait des coquilles, a été retrouvé sur l’île indonésienne de Java. C’est la plus ancienne décoration connue.

Indiquant en outre que l’ Homo sapiens n’a peut-être pas été le seul hominien capable de fabriquer de l’art, des pochoirs à la main et des formes abstraites dessinés dans des grottes en Espagne et au Portugal il y a 66 000 à 64 000 ans, ont été attribués à l’homme de Néandertal, bien qu’une autre théorie dessiné par les premiers habitants de Sapiens en Europe.

En septembre, les archéologues ont affirmé que les lignes croisées d’ocre rouge, ressemblant à un hashtagtracées il y a 73 000 ans sur une pierre de la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, étaient le premier exemple d’art symbolique jamais découvert par Homo sapiens.

Cependant, les chercheurs s’interrogent farouchement sur le point de savoir si ces lignes, hashtags et croix primitifs représentent un art réel, et des marqueurs de la pensée symbolique, ou tout simplement un griffonnage aléatoire.

Pindi Setiawan / (pindisp @ yahoo

Aubert, pour sa part, est sceptique quant à ces supposés premiers exemples de pensée symbolique.

« Nous avons donc quelque chose qui ressemble à un hashtag, mais la question est de savoir si cela a été fait intentionnellement, pour transmettre un certain sens, et il est impossible de répondre à cette question, nous ne pouvons donc pas prouver que c’était le début de l’art », il dit. « Pour autant que nous sachions, ils étaient juste en train d’aiguiser l’ocre sur une pierre puis de l’utiliser comme insectifuge. »

Les premiers exemples de soi-disant symbolisme tendent à être peu nombreux et distants, note Barzilai, l’archéologue israélien.

«Si vous trouvez 50 grottes avec les mêmes gravures ou peintures, alors c’est quelque chose de systématique, c’est un phénomène qui avait une signification sociale et une fonction», dit Barzilai. « Mais les Blombos sont isolés, ils sont quelque chose d’individuel, d’isolé, et je ne les considérerais pas comme de l’art. »

 

Comment les calculatrices programmables et une histoire de science-fiction ont amené les jeunes soviétiques à l’ère numérique

Dans les années 1980, l’improbable campagne d’informatisation de l’URSS a nourri une génération de techniciens. Cet article dit plus qu’il n’y paraît. Soulignons au moins deux faits, le premier concerne la non fourniture d’ordinateurs, la période est celle de Gorbatchev dont l’article parle de la volonté des réformes sans analyser toutefois le caractère destructeur sur le plan industriel et le désordre général en matière d’échanges et de centralisation planificatrice qui a présidé à la chute de l’URSS et la main mise d’une oligarchie liée aux capitaux étrangers américains en particulier. La seconde remarque porte sur la qualité que nul ne nie de la formation scientifique des étudiants, l’enthousiasme pour les sciences et les techniques, le caractère progressiste des romans de science-fiction et la part de l’imaginaire sollicitée par le jeu, par le roman et par la poésie. Toutes choses qui ne sont pas expressément dites mais qui sont en filigrane dans ce texte (note de Danielle Bleitrach)

Malgré l’omniprésence des ordinateurs dans la société moderne, la grande majorité des étudiants d’aujourd’hui n’étudient jamais l’informatique ou la programmation informatique. Ceux qui sont confrontés  à ces matières acquièrent généralement des compétences de bas niveau plutôt que d’explorer plus en profondeur des concepts ou des théories informatiques. Au cours des décennies précédentes, quelques pays ont promu l’enseignement de l’informatique au niveau national. Dans les années 1980, par exemple, le gouvernement britannique a lancé une initiative populaire et très réussie qui a permis à des milliers de BBC Micros d’accéder aux salles de classe.

Mais le programme informatique le plus ambitieux jamais conçu est celui dont vous n’avez probablement jamais entendu parler et qui est né dans un endroit très improbable: l’Union soviétique.

Peut-être que vous souriez à vous-même, rappelant le vieux trope sur la façon dont l’URSS a inventé Tetris et pourtant perdu la guerre froide. L’incapacité des Soviétiques à apprécier pleinement le pouvoir impressionnant de l’ère numérique est implicite dans ce rejet. Il est vrai que le gouvernement soviétique n’a jamais embrassé un réseau informatique national ou fourni à ses citoyens des ordinateurs personnels abordables. Mais si vous êtes abonné à ce récit des erreurs technologiques et échec politique, alors vous manque un élément important, tout autant que fascinant, une partie de l’histoire de l’informatisation – mondial dans lequel les adolescents soviétiques motivés par un roman d’aventure de science-fiction populaire et la découverte de soi et se sont enseignés et se sont appris à programmer en utilisant les seuls moyens à leur disposition: la calculatrice programmable.

En septembre 1985, les élèves de neuvième année de l’URSS ont commencé à étudier une nouvelle matière: les bases de l’informatique et de la technologie informatique. Le déploiement du cours obligatoire, qui visait à faire de la programmation une compétence universelle, devait s’accompagner de nouveaux manuels en 15 langues nationales, d’une formation d’environ 100 000 enseignants et d’un million d’ordinateurs pour les quelque 60 000 collèges des républiques soviétiques.

Rien de tout cela n’a eu lieu. L’État n’a pas fourni d’équipement aux écoles, les efforts pour imprimer et distribuer la documentation sur les cours étaient inégaux et de nombreux enseignants n’ont jamais reçu la formation requise.

Pendant ce temps, le mouvement a suscité un débat international parmi les experts en informatique sur la définition même de «l’informatique». L’informaticien et entrepreneur américain Edward Fredkin a fait valoir que l’expérience de son pays devrait informer les Soviétiques:

Nous comprenons maintenant que la maîtrise de l’informatique ne consiste pas à savoir programmer. Il ne comprend pas comment fonctionne un ordinateur. Il ne s’agit pas de connaître les bits et les octets, les bascules et les portes… Nous savons maintenant que la véritable maîtrise de l’informatique implique les compétences nécessaires pour utiliser les programmes d’application avancés, tels que le traitement de texte et les tableurs.

En réponse, l’informaticien Andrei Ershov a plaisanté sur le fait que le codage et la dactylographie ne s’excluaient pas mutuellement. Ershov était à la tête du centre informatique Akademgorodok [PDF] dans la cité scientifique sibérienne d’Akademgorodok et il était devenu le principal promoteur de la campagne d’initiation à l’informatique. À l’opposé de Fredkin, il considérait que la maîtrise de l’informatique nourrissait un ensemble d’habitudes intellectuelles, qu’il appelait la «pensée algorithmique».

Cette idée est née en partie du temps où Ershov était étudiant auprès  d’Aleksei Liapunov , une figure dominante de la cybernétique soviétique. De Liapunov, Ershov a appris à penser en termes de métaphores cybernétiques et à établir des liens entre la technologie et la société. Il a conçu des algorithmes comme une forme de communication entre les humains et les machines.

 

L’agenda pédagogique d’Ershov a également été inspiré par une visite au MIT au début des années 1970, où il a rencontré Seymour Papert et a appris ses expériences de formation en informatique avec Logo, un langage de programmation conçu pour les enfants.

 

Bien sûr, Ershov savait qu’il avait besoin d’un soutien beaucoup plus large pour mettre en œuvre un tel programme à l’échelle nationale. Il a commencé inlassablement à promouvoir son idée de programmation en tant que «seconde alphabétisation» auprès des autorités soviétiques, des informaticiens, des éducateurs, des parents et des enfants, ainsi que de la communauté internationale. Enfin, en 1985, dans une vague de politiques transformatrices adoptées par Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir, le programme d’informatique Akademgorodok a été officiellement adopté.

L’inefficacité de la planification et de l’économie soviétiques a abouti au fait que la plupart des élèves de neuvième année étudiaient le programme sans ordinateurs sur lesquels tester leurs nouvelles compétences. Cela n’a pas été considéré comme un obstacle par les réformateurs. Au lieu de cela, le matériel pédagogique a encouragé la rédaction de programmes sur papier et la réalisation d’exercices imaginatifs. Les étudiants, par exemple, ont interprété le rôle d’un robot appelé Dezhurik (du mot russe dezhurnyi , responsable de l’entretien de la salle de classe), programmé pour «fermer la fenêtre» ou «tableau noir propre». de Khabarovsk se sont plaints du manque d’ordinateurs de classe, Ershov les a félicités d’avoir pris l’initiative d’écrire et ont souligné que les jeunes avaient encore la chance de «rattraper le train pour l’avenir».

Mais il a refusé de les bercer d’illusion. Ce qu’ils apprenaient – comment concevoir un algorithme et en écrire un programme – était la partie essentielle, a-t-il dit, s’ils devaient ou non exécuter le programme sur un ordinateur réel. La lettre d’Ershov aux étudiants a conclu: «Si l’enseignant a pitié de vous et vous donne une note satisfaisante, l’ordinateur ne vous pardonnera aucune erreur. Il restera là, un morceau de métal impénétrable, jusqu’à la fin de l’année scolaire. Sans algorithme, sans programme, sans plan, il est inutile de s’asseoir devant l’ordinateur.

Les citoyens soviétiques n’ont peut-être pas accès aux ordinateurs, mais plusieurs millions d’entre eux ont accès à des ordinateurs, sous la forme de calculatrices scientifiques programmables. Ces appareils portables peuvent stocker des instructions et des numéros en mémoire pour une exécution ultérieure. Populaire en Occident après l’introduction de la HP-65 en 1974 par Hewlett-Packard, les calculatrices programmables ont toujours leurs ventilateurs et leurs utilisations.

En Union soviétique, à partir du milieu des années 70, l’industrie de la microélectronique produisait des millions de calculatrices électroniques, principalement destinées à la plus grande population d’ingénieurs du monde. Comme en Occident, les utilisateurs de calculatrices soviétiques ont joué un rôle déterminant dans le développement de programmes et d’applications pour les appareils. Contrairement à l’ouest, peu de Soviétiques avaient des ordinateurs à la maison, et la calculatrice assumait beaucoup plus de rôles, notamment en tant que plate-forme informatique de fortune pour la formation en informatique et une culture de jeu florissante.

 

CREATION DE LA PREMIERE UNIVERSITE CHINOISE DEDIEE A LA FILIERE NUCLEAIRE

L’article China Nuclear Power Plant Incidents Highlight ‘Systemic’ Safety Concernsde L’University Word News date du 28 juin 2018, il a été écrit par  Amber Ziye Wang,

Comme je l’ai déjà expliqué, j’ai un couple d’amis installés pour quelques temps chez moi. Lui est un américain, spécialiste du nucléaire qu’il a installé en Espagne, en France (ITER) et en Chine. Il a lu l’article que la revue « Progressistes » a consacré au nucléaire en Chine et il l’a trouvé excellent. Mais il a noté les interrogations de la fin qu’il partage.

http://lepcf.fr/La-Chine-et-le-nucleaire

La Chine a accompli des pas de géant dans ce domaine comme dans d’autres, mais au départ il y avait une absence de culture industrielle dans le domaine de la sécurité de ce pays et aussi de métiers liés à cette sécurité comme les soudeurs. Les Chinois parlaient un anglais incompréhensible et  les consignes étaient rédigées en cette langue. Installer dans ce qui demeurait un pays sous développé une industrie nucléaire, même si ce pays avait des traditions millénaires paraissait un pari hasardeux. Comme le signale l’article de Progressistes, dans tous les domaines les Chinois étaient tributaires de la France et des Etats-Unis, eux mêmes totalement imbriqués désormais. Le volontarisme de l’Etat chinois a voulu accélérer l’indépendance du nucléaire civil chinois y compris pour le vendre aux pays asiatiques et du tiers monde. En peu d’années, les ingénieurs chinois ont parlé un bon anglais et la filière s’est développée y compris en matière de sécurité. C’est tout à fait remarquable même si tous les problèmes sont loin d’être réglés. Si le nucléaire demeure une des énergies les moins polluantes par rapport aux fossiles ou au charbon, donc un argument face à la crise climatique, tout se joue dans la sécurité et il faut ne pas lésiner là-dessus en Chine comme partout dans le monde, le nombre d’agents, mais aussi la formation et du chemin reste à parcourir ( Traduction de Maria Vicente et note de Danielle Bleitrach pour histoire et societe).

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La Chine va créer la première université consacrée à la filière nucléaire, de la recherche jusqu’à l’enseignement professionnel avec la collaboration de la China National Nuclear Corporation (CNNC: compagnie nationale d’énergie nucléaire)(1) et ce pour faire face à un besoin criant de professionnels de haut niveau.

CNNC, conglomérat leader qui dirige tous les programmes nucléaires civils et militaires investira et construira l’université « China Nuclear technology University » à Tianjin dans le nord-est de la Chine. Dans l’accord stratégique entre la CNNC et le gouvernement de la municipalité de Tianjin (2), il est stipulé que la nouvelle université assurera tous les enseignements des cycles 1,2,3, masters, doctorats, ainsi que les enseignements liés aux métiers professionnels et pratiques du nucléaire (soudeurs, électriciens, etc..;) tout comme les enseignements au coeur même de la recherche et du développement technologique. Le développement d’une industrie de pointe dépend aussi de son enseignement.

La Chine essaie activement de répondre aux besoins de professionnels spécialisés dans le nucléaire compte tenu des douzaines de projets de création d’usines  à court terme.

Selon le Carnegie Endwment for International Peace, la Chine est bien dans la course au leadership mondial en matière de développement d’énergie nucléaire mais les experts chinois disent que les universités et écoles chinoises ont du mal à suivre et à répondre à l’augmentation rapide de la demande en professionnels hautement qualifiés.

La Chine a en cours beaucoup de projets de centrales nucléaires , et continuera à en développer d’autres, ce qui mènera à une pénurie sévère de professionnels hautement qualifiés en matière de design, ingénierie de la construction, de mise en route et de sécurité d’après Wang Gang, directeur de la China Institute de l’Energie Atomique.

Plus tôt cette année (2018), Wang a demandé que soit créée au plus vite et au niveau national une université répondant aux standards internationaux, car les programmes d’enseignement et de formation existants ne peuvent répondre qu’à moins de la moitié de la demande de professionnels qualifiés du nucléaire. D’après Monsieur Wang, en 2016, seulement 20,29% des 2300 diplômés engagés par la CNNC étaient issus d’une filière d’enseignement relative au nucléaire.

Dans le 13ème plan quinquennal 2016-2020, la Chine a inscrit un objectif ambitieux d’installations nucléaires.  De nombreuses universités offrent actuellement des cours liés à la science et la technologie nucléaire comme l’Université de Tsinghua, l’Université de Pékin, et l’Université de sciences et de technologie de Chine.

L’Université de Tsinghua a la plus grande capacité en matière de recherche nucléaire parmi les Universités et grandes écoles chinoises, avec un centre de recherche et de développement complet, l’Institute of Nuclear and New Technology et 3 réacteurs nucléaires. Elle fonctionnera comme une base de développement et de recherche technologique.

L’Institut a maintenant un staff d’environ 500 membres et plus de 200 étudiants de cycle 3, selon l’Université de Tsinghua.

Les instituts recrutent aussi pour l’enseignement chinois, à partir du programme « Thousand Talents Programm » en attirant les plus grands experts chinois et étrangers en recherche et innovation scientifique. Cependant le recrutement international en matière de programmes nucléaires est difficile compte tenu du « caractère sensible par nature » du nucléaire d’après une étude du CNNC sur le sujet au sein des campus.

Un manque de personnel qualifié et dûment entraîné au travail dans le nucléaire peut induire des conséquences désastreuses en matière de sécurité. En 2016, par exemple, l’Administration Nationale de Sécurité nucléaire a rendu publiques 16 défaillances dans la sécurité des centrales d’énergie nucléaire, au niveau national, toutes ces défaillances étant dues à des erreurs faites par des membres du personnel.(3)

Wang Yinan, chercheur au « state Council’s Development Research Center » a déclaré « Pas assez de personnel qualifié est une menace pour la sécurité de l’énergie nucléaire ».

Les experts estiment les besoins supplémentaires de la Chine pour la prochaine décennie de l’ordre de 30.000 à 40.000 professionnels supplémentaires, alors que la Chine ne peut produire que quelques centaines de diplômés chaque année en sciences nucléaires.

 

(1) La Compagnie nucléaire nationale chinoise est la plus grande entreprise publique de l’industrie nucléaire de la Chine. Elle rassemble plus de 100 instituts ou sociétés filiales. Elle s’appuie sur les compétences de plus de 20 Académiciens de l’Académie Chinoise des Sciences ‘NDLR)

(2) Tien-Tsin ou Tientsin (en français)2 ou Tianjin (nom local en anglais)3 (en chinois : 天津市 ; pinyin : tiānjīn shì ; EFEO : T’ien-Tsin), est une municipalité autonome du nord-est de la République populaire de Chine. Avec une agglomération de plus de quinze millions d’habitants en 2014, il s’agit de la quatrième ville de Chine en nombre d’habitants, après Shanghai, Pékin et Canton. Tianjin est également l’une des quatre municipalités du pays qui sont directement gouvernées par le pouvoir central. Elle est part du Jing-Jin-Ji

(3) Il est à noter que toute la filière est entièrement contrôlée par la puissance publique qu’il s’agisse de la compagnie, de ses liens avec l’académie des sciences ou de l’enseignement et de la recherche, comme de la réalisation en collaboration avec la municipalité d’une ville autonome. Ce qui explique l’accélération du développement  à partir du moment où la priorité est désignée mais aussi ce que dans un autre article le chercheur désignait comme un problème de sécurité lié au « système politique chinois » à savoir le primat du politique sur le technicien du nucléaire, leur statut est si différent que le second n’est pas en situation de s’opposer au premier. Selon cet article de la même revue, le contrôle de la sécurité de la filière est donc assumé par les politiques qui sont moins bien formés que les professionnels du nucléaire.

https://www.rfa.org/english/news/china/concerns-01092017121057.html

 
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Publié par le septembre 24, 2018 dans Chine, civilisation, Economie, sciences