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George Orwell, la lutte contre le « totalitarisme » de la CIA et quelques réflexions sur l’Humanité et les directions du PCF

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Paradoxalement les révélations de Julian Assange et le rôle de big brother joué par la CIA y compris grâce à nos objets de la vie quotidienne ont conduit certains commentateurs à  multiplier les références à l’œuvre de Georges Orwell: 1984. Pourtant le personnage fut lui-même par anticommunisme forcené un agent de ladite CIA. Il ne se contenta d’ailleurs pas d’établir des fiches sur les communistes mais également sur les homosexuels, sur des noirs, des juifs soupçonnés d’être sensibles à l’URSS et à son rôle dans la décolonisation comme dans la lutte contre le nazisme. La « liste d’Orwell » livrée à la CIA telle qu’elle est parvenue à notre connaissance est riche en remarques antisémites, anti-Noirs et antihomosexuelles (à une période où l’accusation d’homosexualité pouvait entraîner des poursuites judiciaires).

Le 11 juillet 1996, un article, publié dans le quotidien anglais The Guardian, explique que George Orwell, en 1949, a collaboré avec l’Information Research Department (une section du ministère des Affaires étrangères britannique liée aux services de renseignements) par l’intermédiaire d’une fonctionnaire de celui-ci : Celia Kirwan. Orwell aurait livré à cet agent une liste de noms de journalistes et d’intellectuels « cryptocommunistes », « compagnons de routes » ou « sympathisants » de l’Union soviétique. La réalité de cette collaboration est prouvée par un document déclassifié la veille par le Public Record Office.

L’information est relayée en France principalement par les quotidiens Le Monde (12 et 13 juillet 1996) et Libération (15 juillet 1996). Le public français apprend à cette occasion que l’auteur de 1984 « dénonçait au Foreign Office les « cryptocommunistes » » (Le Monde, 13 juillet 1996). Dans son numéro d’octobre 1996, le magazine L’Histoire va plus loin encore, expliquant qu’Orwell aurait « spontanément participé à la chasse aux sorcières » organisée contre les intellectuels communistes par le Foreign Office.

Mais c’est le livre de la Britannique Frances Stonor Saunders The CIA and the Cultural Cold War (Granta, 1999) (Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle, Denoël, 2003, épuisé mais que je possède et qui mériterait une réédition) qui va avec d’autres non traduits (1) révéler réellement qui était le personnage et pourquoi il est logiquement l’idole qui a accompagné la révolution conservatrice et certains trotskistes qui sont en fait les meilleurs alliés de Soros, même s’ils feignent un anti-impérialisme de bon aloi. On les retrouve partout où effectivement Soros mène ses bonnes œuvres, en Crimée, par exemple toujours prêt à dénoncer le nouveau big brother, celui que désigne la CIA qu’il s’agisse de quelques pays du Moyen orient ou de la Chine… ce sont les mêmes qui ne craignent pas de taxer Aragon d’être une crapule « stalinienne ». Bref les disciples d’Orwell… qui ont désormais leurs entrées à l’Humanité et dans la presse dite communiste…

Mais selon le livre très documenté de Frances Stonor Saunders celui avec qui va s’élaborer la théorie n’est pas Orwell mais Koestler : « la destruction du mythe communiste ne pouvait être accomplie qu’en mobilisant les personnalités aussi bien de gauche que non communistes dans une campagne de persuasion (…) Effectivement, pour la CIA, la stratégie de promotion de la gauche non communiste allait devenir le fondement théorique des opérations de l’Agence contre le communisme durant les deux décennies suivantes (2) »(cité par Frances Stonor saunders p.73-74)

L’Humanité et ceux qui depuis des décennies dirigent le PCF semblent incontestablement « agis » et il a fallu que je passe par Cuba où on est très attentif et pour cause à ce genre d’influence pour le découvrir, mais il est évident que le travail idéologique accompli depuis des décennies sur les communistes ont émoussé l’attention. Le fait est que la direction de l’Humanité et celles du PCF, voire syndicales, ont exactement suivi la tactique de la CIA: mobiliser contre le marxisme et contre l’histoire du parti des gens de gauche non communiste et même clairement anti-communiste et faire régner une censure impitoyable sur tous les intellectuels désignés comme « staliniens », en fait communistes.

La théorie fondatrice de la CIA qui permettait d’établir une forte convergence entre les membres recrutés fut présentée par Schlesinger dans The Vital center, l’un des trois livres les plus influents publiés en 1949 et dont la CIA assura la promotion (les deux autres étant Le Dieu des Ténèbres de Koestler et 1984 d’Orwell).

Le thème de Schlesinger est celui du ralliement possible de la gauche non communiste dont Frances Saunder décrit les importants moyens financiers, presse, revue dont ils vont jouir: il « dresse une carte du déclin de la gauche et son éventuelle paralysie morale à la suite de la Révolution corrompue de 1917, et définit « l’évolution de la gauche non communiste » comme l’étendard auquel il fallait se rallier pour tailler un « espace de liberté ». Il ne fallait laisser aucune « lampe à la fenêtre pour guider les communistes ».

Je reviendrai un de ces jours sur Orwell et sur la manière dont avec d’autres il va œuvrer à ce projet.

Quand un gouvernement européen qu’il s’agisse de la France du Programme commun sur laquelle Mitterrand a fait une OPA, sur le gouvernement portugais actuel et même sur l’espagnol, tout l’enjeu reste de minimiser la place des communistes et d’organiser une pression sur leur totalitarisme par rapport à une gauche elle considérée comme défendant les libertés. Il est évident comme je l’analyse dans mes mémoires qu’un certain nombre de dirigeants communistes ont participé dans ce projet et il faut analyser ses liens avec l’eurocommunisme.

Pour moi la censure de l’humanité et ce qui se prépare pour la célébration du centième anniversaire du PCF participe encore et toujours de cette visée de la CIA, que ceux qui en sont chargés soient conscients ou de simples marionnettes, le fait est.

 

Danielle Bleitrach

(1) Annie Lacroix dans un article au Monde Diplomatique cite un certain nombre des autres auteurs anglo-saxons qui ont éclairé ce rôle désormais bien connu de Georges Orwell, on citera en particulier : Richard J. Aldrich, The Hidden Hand : Britain, America, and Cold War Secret Intelligence (John Murray, 2001) ; James Smith, British Writers and MI5 Surveillance, 1930-1960 (Cambridge University Press, 2013), en particulier le chapitre sur Orwell et Arthur Koestler, p. 110-151 ; Andrew Defty, Britain, America and Anti-Communist Propaganda, 1945-1953 : The Information Research Department (Routledge, 2004). Orwell, idole des neocons de plus en plus vénérée depuis les années 1980 ? Il n’y a pas maldonne.

2) Michaël Warner « Origin of The Congress for cultural Freedom. studies in Intelligence , vol 38/5, été,1995. Historien travaillant pour la CIA, Michaël Warner, a pu consulter les dossiers classés inaccessibles aux autres chercheurs mais étant de la maison il commet inexactitudes et omissions dont il faut se méfier.

 

Dossier complet : Scandale BlackRock : lorsque la BCE fait appel à des gangsters

Karel Vereycken
Depuis 2008, pour mener les stress test, les banques centrales font de plus en plus appel, non pas à des experts financiers de leurs propres services, mais à des « sociétés de conseil en investissement », à des « consultants en stratégie », ou pire encore, à des fonds de pension ou des « gestionnaires d’actifs financiers » tels que le géant américain BlackRock.

L’euro se prétend une monnaie sérieuse. En zone euro, la Banque Centrale Européenne (BCE) veille à sa crédibilité, à la stabilité des prix et à la solidité des institutions de crédit.

Début novembre 2018, au service de la BCE, l’Autorité Bancaire Européenne (ABE), une « autorité indépendante » qui surveille l’ensemble des banques européennes et qui rend des comptes au Parlement européen, a publié les résultats des test de résistance bancaire (« stress-test ») auxquels elle a soumis 48 banques de l’UE, ce qui représente 70 % des actifs bancaires de la zone euro.

Il s’agit de vérifier, à titre préventif, si une banque respecte le ratio de solvabilité qui lui est propre. Ce ratio mesure si les réserves de la banque (appelées fonds propres) sont suffisantes pour faire face aux chocs et aux imprévus (comme des clients qui ne remboursent pas leurs emprunts, ou encore des litiges perdus).

Comme la presse l’a claironné, à en croire les résultats pour 2018, malgré des disparités, toutes les banques ont en général consolidé leur robustesse. Ouf, on est sauvé ! Deutsche Bank, dont le passif dépasse la capitalisation boursière (l’actif), ne doit plus nous inquiéter ! Tout va très bien Mme la Marquise !

Et pourtant… Certaines banques, après avoir passé haut la main les stress tests, ont fini par sombrer, telles que les banques new-yorkaises Bear Stearns (2008) et Lehman Brothers (2008), la banque belgo-française Dexia (2014), ou Banco Popular (2016) en Espagne…

Au-delà d’une pratique de « bidouillage » tout court des résultats grâce au bidouillage des paramètres, se pose un problème beaucoup plus grave, celui des conflits d’intérêts manifestes entre les régulateurs régionaux et nationaux (Fed, BCE, banque centrale d’un pays donné) et des « sociétés de conseil » et de « stratégie », c’est-à-dire des entreprises privées à but lucratif et très souvent des émanations du monde financier.

Or, comme nous allons le documenter ici, depuis 2008, pour examiner la solidité des banques américaines et européennes, ainsi que pour évaluer leur solidité, les banques centrales font de plus en plus appel, non pas à des experts comptables de leurs propres services, mais à des « sociétés de conseil en investissement » (Alvarez et Marsal), à des « consultants en stratégie » (Oliver Wyman), ou pire encore, à des fonds de pension (PIMCO) ou des « gestionnaires d’actifs financiers » (BlackRock).

Il faut savoir que le fonds de pension californien PIMCO, racheté en 2000 par Allianz, est le plus grand investisseur sur le marché des obligations et gère quelque 2000 milliards de dollars d’actifs. Pour sa part, la société new-yorkaise BlackRock, est le premier gestionnaire d’actifs du monde, gérant environ 6300 milliards de dollars, presque le triple du PIB français !

Avec Vanguard et State Street, BlackRock fait partie des « Big Three ». Ensemble, ils sont le principal actionnaire de 90 % des entreprises du S&P 500, le principal indice boursier américain et, à eux trois, ils gèrent 14 000 milliards de dollars, soit plus que le PIB de la Chine !

BlackRock mène aussi le bal des Fonds indiciels cotés (Exchange Traded Funds, ETF), c’est-à-dire des paris financiers sur des indices boursiers. A travers sa société iShares, BlackRock « pèse » 803 milliards de dollars sur ce marché (39 %).

Ainsi, comme l’écrivait le 13 septembre 2018 Eric Albert dans Le Monde dans un article intitulé Dix ans après Lehmann Brothers, les nouveaux maîtres de Wall Street :

Le 15 septembre 2008, avec la faillite de Lehman Brothers, l’ère des grandes banques dominantes s’est terminée. Elle a été suivie par celle des gérants d’actifs.

Pour Daniela Gabor, une chercheuse à l’Université de l’Ouest de l’Angleterre citée par le journal :

Les banques restent importantes, bien sûr, mais la finance est de plus en plus organisée autour des gérants d’actifs. Autrefois, on comparait Goldman Sachs à une pieuvre vampire. Aujourd’hui, ce sont eux, les pieuvres vampires.

BlackRock, qui a détrôné Goldman Sachs comme N°1 de Wall Street, est sans doute l’institution financière la plus puissante au monde et celle qui est sortie gagnante des années de crise financière.

En vous servant, ils se servent

Il est donc parfaitement scandaleux, caricatural et inadmissible qu’en 2018, BlackRock est appelée à l’aide par la BCE pour vérifier la santé des banques européennes. Ces dernières sont sommées de livrer tous les secrets de leurs bilans, de leurs comptes et de leurs opérations à ce qu’il faut bien appeler la filiale d’un concurrent plus que potentiel.

Pour sa défense, l’Autorité bancaire européenne (ABE) affirme qu’elle se concentre sur les banques systémiques, et que la BCE (et donc BlackRock) s’occupe, elle, d’entités moins importantes… telles que les banques italiennes.

Ce n’est pas la première fois que la BCE demande conseil à BlackRock. En 2014, avant de renflouer à tout va les banques avec du crédit bon marché (le fameux « assouplissement quantitatif » ou « Quantitative Easing »), la BCE a demandé conseil aux « experts » de BlackRock. En d’autres termes, à la firme la plus intéressée par les actifs qu’elle avait l’intention d’acheter…

D’après le Financial Times, en 2014, Benoît Cœuré, membre du comité exécutif de la BCE, a rencontré les dirigeants de BlackRock quelques heures avant l’annonce de sa nouvelle politique monétaire. C’était un peu trop voyant. Pour éteindre toute polémique, la BCE s’est engagée à ériger de nouveaux principes afin de mieux encadrer les relations entre la banque centrale et le monde financier et éviter tout soupçon.

Le 3 novembre 2015, Mediapart écrivait :

Ce qui à l’époque ne paraissait être qu’un accident, se révèle à la lecture de l’enquête du Financial Times une pratique institutionnalisée : les responsables de la BCE ont rencontré des banquiers et des responsables de fonds avant toutes les décisions importantes, selon les journaux internes de la banque centrale auxquels le quotidien a eu accès.

Tout cela sans que cela semble soulever le moindre problème, la moindre question, tant la volonté de se conformer aux désirs du monde bancaire, de ne prendre personne par surprise l’emporte sur toute autre considération, tant la captation des institutions monétaires par le monde financier paraît chose admise.

Ainsi, deux membres de comité exécutif, Benoît Cœuré et Yves Mersch, ont rencontré des responsables d’UBS la veille de la réunion de la banque centrale où celle-ci décida de diminuer ses taux en septembre 2014. Benoît Cœuré rencontra des personnes de BNP Paribas le matin même.

De même, le vice-président de la BCE, Vitor Constacio, et le chef économiste, Peter Praet, eurent une rencontre avec le hedge fund Algebris le 23 juin, au moment où la crise grecque était à des sommets, où la banque centrale tenait des réunions quotidiennes pour décider si elle maintenait ou non ses financements d’urgence aux banques grecques.

Le lendemain, le chef économiste rencontrait à nouveau des responsables de BNP Paribas et du fonds PIMCO, un des plus importants fonds obligataires au monde, qui investit massivement dans les dettes souveraines. Dans un autre monde, ces pratiques s’appellent délits d’initiés, trafic d’influence voire soupçon de manipulations de cours.

Sauveur de la Fed et de Wall Street

La BCE n’a fait que sombrer dans l’inceste financier et l’impunité qui est devenu la règle dans le monde financier anglo-américain depuis l’abrogation du Glass-Steagall Act séparant de façon rigoureuse les banques de crédit des banques de marchés. Aux Etats-Unis, si banques et gouvernements s’accrochent depuis longtemps à BlackRock comme au Bon Dieu, c’est qu’il reste peu d’institutions financières solides.

Larry Fink, le patron de BlackRock.
Larry Fink, le patron de BlackRock.

En mars 2008, lorsque la banque Bear Stearns s’effondre, le patron de JP Morgan Chase, qui veut la racheter, appelle Larry Fink, le grand patron de BlackRock et lui demande un audit de la firme. Tout le week-end, cinquante analystes de BlackRock dissèquent alors le portefeuille de la banque. Le dimanche soir, c’est au tour de Timothy Geithner, alors patron de la Fed de New York, de l’appeler. Il lui demande de prendre en charge les 30 milliards de dollars de créances pourries dont JP Morgan ne veut pas. Fink refuse. Et lorsque Lehman Brothers plonge à son tour en septembre 2008, Fink, en voyage à Singapour, fait aussitôt demi-tour.

En décembre 2008, la Fed veut stabiliser la crise en émettant des titres adossés aux hypothèques immobilières (Mortgage Backed Securities – MBS). Dans l’urgence, elle fait appel aux spécialistes du marché : PIMCO, Goldman Sachs, Wellington et BlackRock. Cette dernière va également accompagner la Fed (qui par son statut n’est pas une banque nationale mais un syndic de banques privées) dans sa politique de renflouement tout azimut et sans condition des banques spéculatives en faillite mais trop grandes et trop connectées pour faire faillite.

C’est également à BlackRock que le gouvernement américain va confier la tâche épineuse d’évaluer les actifs « difficiles à estimer », en clair les actifs pourris, provenant du Trésor et de la Fed. Ou encore le contrôle du bilan des agences hypothécaires parapubliques, Fannie Mae et Freddie Mac.

Forte de cette expérience, BlackRock devient du jour au lendemain le partenaire stratégique incontournable de toute banque centrale s’engageant dans l’émission et l’achat de titres complexes et de mécanismes de sauvetage bancaire.

Reconnaissons que BlackRock Solutions possède une expertise inégalée dans le domaine de l’audit. Son arme secrète ? Un outil d’évaluation du risque baptisé poétiquement Aladdin, un cluster de 6000 serveurs de calcul haute performance surveillant en permanence près de 18 000 milliards de dollars, soit 8 % des actifs financiers mondiaux. Comme aucune autre, l’entreprise dispose d’outils ultraperformants permettant d’établir une cartographie fine de la vaste étendue des marchés financiers.

D’ailleurs, grâce à un système informatique ultrasophistiqué géré par une armée de mathématiciens, BlackRock, dans une co-entreprise avec Google, compte basculer une partie de ses investissements, jusque-là gérés par des analystes humains, vers une gestion exclusivement opérée par les algorithmes de sa plate-forme d’intelligence artificielle.

Embauchée par la BCE

En Europe, c’est en 2016, à l’instar de la Fed, que la BCE fait appel à BlackRock Solutions pour mener les stress tests des banques européennes. Début 2018, ce contrat a été prolongé. Bien qu’on ne sache pas combien la société va facturer pour 2018, Danièle Nouy, la Directrice du Conseil de surveillance de la BCE, a précisé que la fois précédente, c’est-à-dire en 2016, l’institution de Francfort avait déboursé 8,2 millions d’euros pour la prestation. Sur le plan financier, pour un géant comme BlackRock, c’est bien peu. « Travailler pour les banques centrales des Pays-Bas, de l’Espagne, de l’Irlande, de Chypre ou la Grèce apporte quelque chose de bien plus excitant que de l’argent : de l’information », précise Wolf Street, le site bien renseigné dirigé par l’ancien trader Wolf Richter.

En Europe, pour se prévaloir contre toute forme de « conflit d’intérêt » dans ses relations avec la BCE, le contrat signé avec BlackRock stipule qu’il doit exister une séparation réelle entre l’équipe travaillant pour la BCE et celle impliquée dans les opérations des titres ABS sur les marchés. En cas où cela ne suffit pas pour rassurer les inquiets, le contrat rajoute que « tous les audits extérieurs en lien avec la gestion de conflits d’intérêts seront transmis à la BCE », une institution très attachée à son « indépendance » et jusqu’ici pas vraiment exemplaire en termes de transparence ou de volonté de rendre des comptes, comme le dénoncent régulièrement les ONG.

Il est certain que grâce aux contrats obtenus par BlackRock Solutions, sa maison mère BlackRock accède inévitablement à de l’information sensible lui permettant de faire des décisions stratégiques très profitables. Au nom de ses clients, BlackRock détient des paquets d’actions dans de très nombreuses, sinon dans l’ensemble, des banques que sa « branche conseil » aide à auditionner…

En vérité, peu d’acteurs du marché disposent d’une connaissance aussi précise de l’état réel des bilans des banques européennes. Ce conflit d’intérêt a été mis à jour pour la première fois par le sénateur américain Charles E. Grassley en 2009 lorsque BlackRock donnait un coup de main à la Fed pour lancer son programme d’assouplissement quantitatif et les sauvetages de Bear Stearns, AIG et Citigroup.

« Ils ont accès à de l’information lorsque la Fed va tenter de vendre des titres et à quel prix. Et ils cultivent des relations financières très développées avec des gens partout dans le monde », disait Grassley. « Le potentiel d’un conflit d’intérêt est grand et c’est compliqué à réguler ».

BlackRock a toujours dit qu’elle gère avec grand soin les conflits d’intérêt potentiels grâce à une « Muraille de Chine » qui sépare son activité de conseil de l’activité de gestion d’actifs. Une promesse qui, évidemment, n’engage que ceux qui veulent bien y croire.

En réalité, la BCE n’a aucun pouvoir sur cette société. L’argument de BlackRock est simple : nous n’opérons pas par effet de levier ; nous n’agissons pas comme les banques, donc nous n’avons pas besoin d’être régulés comme une institution systémique. Alors qu’il s’agit du plus grand gestionnaire d’actifs du monde, « de fait, BlackRock passe sous tous les radars. Ils peuvent être régulés pour des raisons dites microprudentielles, pour protéger leurs clients, mais pas en tant qu’institution financière en vue de garantir une stabilité financière globale, », souligne la professeure de macroéconomie à l’Université de l’ouest de l’Angleterre (UWE) à Bristol, Daniela Gabor.

BlackRock Solutions, dans son rapport annuel de 2006 se félicitait déjà de ses « liens intimes entre activités d’investissement et non-investissement », comme « un moteur important de notre succès à long terme ». Sa communication commerciale souligne que l’entreprise possède « une culture BlackRock unifiée valorisant, au-delà des fonctions, les partenariats, les communications, la transparence, des standards cohérents et le travail d’équipe ».

Entrer en politique

Tout comme la banque d’affaires new-yorkaise Goldman Sachs qui s’est offert les services de l’Irlandais Peter Sutherland, du Belge Karel Van Miert, du Portugais Manuel Barroso, des Italiens Mario Monti et Mario Draghi et des Grecs Lucas Papademos et Petros Christodoufou, BlackRock a jeté son dévolu sur l’Europe et dépense sans compter pour recruter des figures politiques de haut niveau, disposants de carnets d’adresses bien fournis :

  • En Allemagne, c’est Friedrich Merz, l’ancien chef du CDU au Parlement, le parti d’Angela Merkel et un des candidats à sa succession, qui gère actuellement la filiale allemande.
  • En Suisse, c’est Philippe Hildebrand, l’ancien patron de la Banque Nationale Suisse, qui a été recruté.
  • Au Royaume-Uni, l’ancien patron du Trésor britannique George Osborne a rejoint la firme, tout comme Rupert Harrison, le chef de cabinet du ministre anglais en charge des retraites. « Compte tenu de son expérience dans la mise en place de la récente réforme des retraites au Royaume-Uni, il jouit d’une position unique pour nous aider à développer notre offre aux retraités », a déclaré sans ambages la firme dans un communiqué.
  • En Italie, Larry Fink s’est entretenu avec Mattéo Renzi en 2014.
  • Aux Pays-Bas, Fink fréquente le Premier ministre Mark Rutte.
  • En Grèce, BlackRock a opté pour Paschalis Bouchoris, l’ex-responsable d’un programme gouvernemental de privatisation.
  • En France, son président s’appelle Jean-François Cirelli, ancien conseiller économique de Jacques Chirac, puis directeur de cabinet adjoint de Jean-Pierre Raffarin. Cet énarque a dirigé GDF à partir de 2004 en menant le groupe vers la privatisation. Puis, lors des dernières élections présidentielles, il a rejoint le comité de campagne d’Alain Juppé, tout comme l’actuel Premier ministre Edouard Philippe. Après l’annonce de BlackRock de vouloir transférer son siège européen de Londres vers Paris pour cause de Brexit, notre Premier ministre se félicitait vivement du fait que « la France attire. Les investisseurs reviennent. Paris est devenue, pour la première fois depuis très longtemps, la ville européenne la plus attractive ».

Jean-François Cirelli est également membre du « comité Action publique 2022 », créé par Edouard Philippe pour réfléchir aux services publics de demain. Quand on lui demande la nature de sa contribution, il répond : « Je réfléchis sur deux points. 1) Que faut-il faire pour que Pôle emploi réponde encore mieux aux évolutions de l’emploi et permette de mieux orienter les chômeurs. 2) Est-ce que les cotisations Agirc Arrco [retraites complémentaires des salariés] devraient être prélevées par l’Urssaf qui en collecte déjà plus de 400 milliards plutôt que de laisser l’Agirc Arrco les collecter eux-mêmes. » Puis, il ajoute : « Et je vous le confirme, il n’y a rien de BlackRock là-dedans. D’ailleurs, j’ai fait exprès de prendre des sujets sans conflits d’intérêts… » Chapeau l’artiste !

Ajoutons à cela que lorsque Bernard Monot, à l’époque conseiller de la candidate présidentielle Marine Le Pen, annonçait qu’il avait entamé des discussions avec les marchés pour les convaincre que MLP comptait payer jusqu’au dernier centime de la dette française, il s’agissait, comme Bernard Monot (depuis lors passé chez NDA) le confirme sur son propre site, de représentants de trois firmes : BlackRock, Barclays et UBS…

Macron, candidat de BlackRock ?

Dans cet entretien d’avril 2017 à la télévision suisse, on peut voir l’ancien président de la banque nationale suisse, Philippe Hildebrand, aujourd’hui vice-président de BlackRock, une entreprise privé qui en principe ne se mêle jamais de politique, afficher sa préférence pour le candidat Emmanuel Macron.

A peine quatre mois plus tard, le 30 octobre 2017, Le Monde rapportait une réception organisée à l’Elysée pour les grands investisseurs de la planète, dont, évidemment, Larry Fink de BlackRock :

Les agapes avaient été inscrites à l’agenda du président de la République à la date du mercredi 25 octobre : ’20 h 30, dîner avec des investisseurs internationaux.’ Ce soir-là, Emmanuel Macron a reçu en son palais vingt et un dirigeants des plus grands fonds d’Europe, des Etats-Unis, du Moyen-Orient et d’Asie, déroulant un tapis rouge sous leurs pieds et, sous leurs yeux, les réalisations de ses cinq premiers mois à l’Elysée. Ces financiers aux poches profondes ont retrouvé leur amphitryon dans le jardin d’hiver, ravis de rencontrer un jeune président ’so business friendly !’.

Le ’château’ n’a pas dévoilé leurs noms, comme si Macron voulait éviter d’accréditer un peu plus l’image de ’président des riches’ qui lui colle désormais à la peau. Tout juste a-t-on appris cette information exprimée dans un sabir de la plus belle eau technocratique : ’Ces investisseurs jugent que la France est plutôt sous-pondérée dans leurs portefeuilles d’actifs ; ils veulent surpondérer.’ En bon français, y investir davantage. Le lendemain, une porte-parole de BlackRock, le premier gestionnaire d’actifs au monde avec 5 000 milliards de dollars (4 306 milliards d’euros), a dit une chose qui a dû aller droit au cœur du chef de l’Etat : ’Les opportunités en France n’ont jamais été aussi fortes depuis vingt ans.’

Les festivités avaient démarré bien avant comme le relate Odile Benyahia-Kouider pour le Canard Enchaîné :

Arrivée à 12h30, la délégation conduite par Larry Fink, a été gratifiée d’un ’déjeuner introductif’ avec Edouard Philippe à l’Hôtel Matignon, suivi en dessert, d’un topo de Muriel Pénicaud sur ’l’évolution du marché du travail’.

A 14h45, tout ce petit monde a été transféré, sous ’escorte officielle’ au palais de l’Elysée. Recruté par BlackRock, l’ex-ministre britannique George Osborne a régalé l’assistance de ses ’réflexions géopolitiques’ et ’perspectives de marché’, avant que les officiels français se pressent dans le salon Murat pour des exposés de 45 minutes.

La procession a débuté avec le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, qui a livré ’sa vision’ de l’économie française et l’agenda des réformes. La ministre des transports, Elisabeth Borne, s’est ensuite exprimée sur ’l’investissement dans les transports et les infrastructures’. Après quoi Benjamin Griveaux, a exposé les ’opportunités en France pour les investisseurs globaux’. Le tout s’est achevé par la fameuse réception officielle, en présence d’Emmanuel Macron, flanqué de Bruno Le Maire et de Benjamin Griveaux. Quelle bringue ce fut…

Le plus amusant, c’est que lesdits ministres, se sont bien gardés d’inscrire ces rendez-vous à leurs agendas officiels respectifs. Sans doute étaient-ils un peu gênés aux entournures. Pourtant un concours de révérences au Château, quoi de plus naturel ?

Et à Marianne d’ajouter :

A l’heure où l’Etat s’apprête à privatiser quelques fleurons, l’enjeu était à l’évidence d’obtenir quelques milliards d’investissement de la part de BlackRock et ses confrères. Espérons que les révérences en ont valu la chandelle.

A Bruxelles

Entre novembre 2014 et mars 2018, BlackRock a sollicité à 33 reprises – et obtenu – une rencontre avec des membres de la Commission européenne de Bruxelles. D’après une source au Parlement européen, cité par Mediapart, BlackRock organise également des « journées d’information » à destination des assistants parlementaires, « pour leur expliquer le fonctionnement d’un produit (…) Au bout du compte, ces assistants parlementaires sauront conseiller les députés au mieux… », précise la source.

Par exemple, attentif à une réforme française de l’épargne-retraite en sa faveur, dont les contours ont été distillés par le ministre Bruno Le Maire, BlackRock peut déjà compter sur le zèle du commissaire européen à la stabilité financière Valdis Dombrovskis. Ce Letton est à l’origine du produit paneuropéen d’épargne-retraite individuelle (PEPP), une nouvelle catégorie de produits d’épargne-retraite privé annoncée pour cette année au sein de l’UE et actuellement en phase d’expérimentation auprès des salariés chercheurs, du privé comme du public. Fondé sur le volontariat, le programme s’appelle RESAVER… et c’est à BlackRock que Valdis Dombrovskis a confié la tâche de gérer le test.

Séparer les banques, non merci !

Pr Daniela Gabor.
Pr Daniela Gabor.

La professeure Daniela Gabor a suivi les débats bruxellois sur la régulation de la finance dès 2013, quand le commissaire européen au marché intérieur Michel Barnier promettait de renforcer les règles du système financier, y compris avec une séparation entre banques de dépôts et banques d’affaires comme le recommandait le Rapport Likaanen.

Or, à l’époque, « le commissaire britannique voulait que la commission travaille main dans la main avec les financiers et à chaque fois qu’un débat, qu’une audition était organisée, les gens de BlackRock étaient là », se souvient l’universitaire qui conclut :

J’ai alors compris que ce n’étaient plus les banques qui avaient le pouvoir mais les gestionnaires d’actifs. On nous répète souvent qu’un gestionnaire est là pour placer notre argent, pour nos vieux jours… mais c’est bien plus que ça, poursuit-elle. Selon moi, BlackRock reflète le renoncement de l’Etat-providence. Sa montée en puissance va de pair avec des changements structurels en cours : des changements dans la finance mais aussi dans la nature du contrat social qui unit le citoyen et l’Etat.

Le lobbying agressif de l’entreprise a fait naître la crainte chez certains que les experts de la maison s’accaparent des politiques publiques. Y compris certains investisseurs de BlackRock qui se sont montrés réservés et l’année dernière, c’est presqu’un cinquième des actionnaires qui a soutenu une proposition demandant un accès au décompte exact des dépenses en lobbying.

Mais le mal est fait. « Rien que la taille de BlackRock lui donne une puissance de marché qu’aucun Etat ne peut contrôler », affirme le député libéral allemand Michael Theurer. Il est bien placé pour le constater car, en tant qu’eurodéputé, il a été en charge de dossiers impliquant la firme.

« Tant que BlackRock continue à payer d’énormes dividendes à ses actionnaires, y compris de nombreux gouvernements, des fonds souverains et des banques centrales, sa mainmise sur les marchés n’aura pas tendance à diminuer »
, constate Wolf Street.

Faire du cash jusqu’au crash ?

Rappelons qu’entre 2000 et 2010, les groupes du CAC 40 distribuaient en moyenne de 30 % à 40 % de leurs profits annuels sous formes de dividendes. Depuis, ce taux fluctue plutôt entre 45 % et 60 %.

Et depuis 2009, les salaires des PDG du CAC 40 ont augmenté environ deux fois plus vite que la moyenne de ceux travaillant pour l’entreprise. Ils gagnent à présent 119 fois plus que la moyenne de leurs salariés. La part de leur rémunération directement liée au cours de la Bourse atteint désormais 54,5 %, ce qui les encourage à aligner leurs intérêts sur ceux des actionnaires et à privilégier les choix de court terme visant à maximiser leur rémunération. Tout se passe comme si les actionnaires avaient pris le pouvoir au détriment des autres acteurs de l’entreprise, en s’appuyant sur des dirigeants chargés de « créer de la valeur » avant tout pour les propriétaires du capital, et payés en conséquence.

Comme le dit Patrick Artus :

Dès lors que ces actionnaires trouvent légitime d’encaisser un rendement de 13 % ou 15 % quand le coût de l’argent est à 2 %, il n’est guère d’autre solution pour un dirigeant que de faire feu de tout bois, de s’endetter sans mesure, d’étrangler les salariés, les fournisseurs, les partenaires de toutes sortes, d’émettre du CO2 sans payer, de brûler les ressources naturelles sans considération pour les dégâts occasionnés, et aussi d’organiser régulièrement de lucratives opérations de rachat d’actions.

La mauvaise conscience de Larry Fink

Cet article ne serait pas complet sans mentionner la fameuse lettre annuelle de Larry Fink, le grand patron de BlackRock, adressée en 2017 aux patrons du monde. L’homme y fait preuve d’une mauvaise conscience visionnaire et d’une compréhension rudimentaire des limites du système prédateur qu’il a accouché. C’est en particulier le dernier paragraphe que nous présentons ci-dessous qui fait forcément penser à la grogne sociale que connaît la France.

Extraits :

Les Etats n’ont plus la capacité, la vision et les moyens de changer le monde, ni même de vraiment assurer le long terme et l’intérêt général. C’est donc aux entreprises de le faire ou d’y contribuer plus efficacement. Éventuellement à leur côté.

Les entreprises sont soumises au diktat du profit trimestriel. C’est une folie qui doit cesser, car elle ne fait que des victimes sur le long terme. Une entreprise doit faire du profit en étant meilleure et non en tuant son propre avenir. Ses salariés. La planète.

L’écart de richesse que le système aboutit à créer est la meilleure recette pour une explosion sociale à terme et l’appauvrissement des peuples, qui se transforment en une anxiété majeure face à l’avenir et donc trouvera une traduction politique dans le type de leader qu’ils mettront au pouvoir.

Il faut déterminer ou revoir les indicateurs qui font la valeur d’une entreprise, en intégrant sa contribution à faire une société plus juste, servir un objectif plus large que la simple création et augmentation du profit. Lui donner un sens.

Investir dans des boards [conseils d’administrations] faisant plus de place à la diversité [femmes, gens de couleur, LGBT, etc.], afin d’accroître la vision, le champ, la perspective des entreprises.

Interrogée le 12 décembre dans l’Opinion sur l’impact du phénomène des Gilets jaunes sur l’attractivité de la France et les réponses de Macron, Isabelle Mateos y Lago, la directrice générale du BlackRock Investment Institute, le centre d’analyses de BlackRock, a déclaré :

Paris avait mené un travail extraordinaire de rétablissement de son attractivité. L’opinion des investisseurs internationaux ne s’est pas retournée, mais il y a eu quelques froncements de sourcils, des interrogations pour savoir si les réformes mises en place allaient être détricotées. Si le conflit cesse, l’image de la France sera préservée. S’il perdure, ce n’est pas certain. La bonne nouvelle, c’est que rien dans les annonces d’Emmanuel Macron ne nuit à la compétitivité des entreprises. A court terme, on peut même anticiper un impact positif sur la consommation.

Vite, le retour de l’Etat

Comme nous avons tenté de le démontrer ici, le cas de BlackRock révèle de façon caricaturale la culture d’impunité et de « conflit d’intérêt » permanent qui a fini par saper et en dernière analyse détruire tout ce qui nous a permis en France, grâce à la mise en œuvre, dans l’après-guerre, du programme élaboré par le Conseil national de la Résistance (CNR), de réduire les injustices et d’avoir des infrastructures physiques (énergie, eau, transport, etc.) et humaines (santé, éducation, recherche, etc.) de grande qualité.

Pour mettre un terme à cette dérive tragique, imposer des séparations strictes et patrimoniales entre banques de dépôts, assurances, sociétés d’audit, agences de notation et banques d’affaires, n’est qu’un début.

En vérité, le moment est venu pour les Etats-nations de remonter sur la scène de l’histoire pour redevenir un contre-pouvoir au service de l’intérêt général face à des dinosaures féodaux de la finance.

Pour cela, plus que jamais, l’Etat doit reprendre le contrôle du crédit et de la monnaie. Le statut actuel de la Caisse des Dépôts et des Consignations (CDC), menacé par la loi PACTE que le Sénat doit valider à la fin du mois de janvier, doit être sanctuarisé et défendu.

Et pour rétablir notre souveraineté monétaire, c’est d’une Banque de France renationalisée et mise sous contrôle citoyen que nous avons besoin !

BlackRock, le fonds de pension américain patron du Cac 40

Voilà le titre d’un article de Ouest-France du 22 septembre 2016 :

Qui est le premier actionnaire de Total, d’Air Liquide, Valeo, Vinci, Unibail ? BlackRock. Il ne s’agit pas d’un groupe de death metal mais du plus gros gestionnaire d’actifs mondial, une firme new-yorkaise qui investit à tout va et à long terme pour pouvoir faire fructifier au mieux l’épargne des retraités américains.

BlackRock possède aujourd’hui des participations significatives dans 18 des 40 sociétés du CAC40, l’indice des valeurs phares de la Bourse de Paris comme AXA, Sanofi, Safran, la Société Générale, BNP Paribas, Schneider Electric, Michelin, Vivendi, Accor Hotels ou Lafarge Holcim.

Sa pratique déroute un peu les dirigeants français habitués à régler les affaires en tête à tête : chez BlackStone, ce n’est pas le patron, Larry Fink, qui prend les décisions d’investissement, mais les multiples gérants des services inférieurs qui veillent surtout à la rentabilité de leurs prises de risque et à suivre les règles maison : participation à toutes les assemblées générales et une certaine sévérité envers les arrangements entre administrateurs.

Larry Fink était à l’origine un financier de haut vol de la banque First Boston et l’un des initiateurs du marché de la titrisation (le fait d’échanger des titres basés sur des créances hypothécaires) à la fin des années 1970. Après avoir fait gagner un milliard de dollars à First Boston, il en avait perdu 100 millions en 1986 à cause d’une mauvaise prévision sur les taux d’intérêt. D’où sa décision de quitter First Boston en 1988 pour fonder un gestionnaire d’actifs spécialisé en matière de risques, BlackRock.

Lancé par le Blackstone Group (un très important gestionnaire d’actifs non boursiers), BlackRock prend son indépendance dès 1994 et ne tarde pas à grossir, ce qui lui permet d’intégrer les services similaires d’importants acteurs de la finance comme Merrill Lynch en 2006 ou Barclays en 2009. Aujourd’hui, BlackRock est le premier gestionnaire d’actifs mondial avec 12000 employés et 4900 milliards de dollars [passés à 6300 en 2017] d’actifs gérés (dont 150 en France et 35 dans les entreprises du CAC40).

 

L’inégalité met le système social français en danger

Tout à fait d’accord sur cette analyse, la vraie question est qui peut lutter contre cette tendance, aucun des partis qui ont été au pouvoir depuis l’ère Mitterrand qui a été le déclencheur en France de la dite tendance.. Seul un parti communiste qui retrouvera ses fondamentaux et ne se vivra pas dans un rafistolage permanent de la gauche plurielle,une subordination acceptée parce qu’on ne croit plus au socialisme et n’ose pas le défendre (ce qui est le cas actuellement) peut impulser un changement profond. Sans ce parti là, il n’y aura pas de gauche mais des gens prêts à nous installer des Macron sur ordre du grand patronat, des soutiens d’une UE belliciste, néo-libérale, anticommuniste et proche de fait des fascistes des syndicats vendus au patronat comme la CFDT, tout cela perdurera et avec cette situation l’abstention, l’extrême droite. La seule question est de savoir s’il est possible qu’un véritable parti communiste colonne vertébrale du changement réel pourra enfin apparaître? Un projet de société contre un autre projet de société, pas les petits arrangements , pas l’éternel constat mais le Que faire? … (note de danielle Bleitrach)

Quand on a reçu un « pognon de dingue » pour faire campagne, grâce aux généreux dons d’exilés fiscaux, on renvoi l’ascenseur ! Bernard Arnault (avec M. Levy de Publicis) a de quoi se réjouir. Le bouclier fiscal de Sarkozy a été blindé. Le Français le plus riche (60 milliards d’euros) est dispensé de solidarité nationale.
MARTIN BUREAU /AFP

En France, le modèle social est aussi « en danger », selon l’ONG« car notre fiscalité repose de manière croissante sur des impôts régressifs comme la TVA et la CSG, des impôts qui pèsent proportionnellement plus sur les citoyen.ne.s les plus pauvres ». A l »inverse, l’impôt sur les sociétés est en baisse de 23 % depuis 20 ans.

Oxfam dénonce clairement les mesures fiscales prises par le gouvernement de M. Macron : « L’instauration de la flat tax et la suppression de l’ISF [impôt de solidarité sur la fortune] ont accentué cette tendance en diminuant de nouveau la participation des plus riches à notre système de redistribution ». D’après un rapport du Sénat, le top 100 des contribuables qui payaient l’ISF a gagné en moyenne 1,7 millions d’euros chacun grâce à ces mesures, sans impact visible sur l’investissement, qui était pourtant la justification de la réforme.

L’ONG en tacle au passage le projet de réforme des retraites, qui « pourrait pénaliser les carrières hachées qui concernent le plus souvent des femmes »« Les grand.e.s gagnant.e.s de notre système actuel de retraite sont les plus riches puisqu’ils profitent en moyenne plus longtemps de leur retraite par répartition, avec une espérance de vie de treize ans supérieure à celle des plus pauvres, indique le rapport. Au lieu de les mettre plus à contribution, le projet de réforme actuel prévoit de baisser leurs cotisations au-delà de 10.000 euros de rémunération par mois. »

Pour Pauline Leclère porte-parole d’Oxfam France, « les inégalités indécentes sont au cœur de fractures et de conflits sociaux partout dans le monde car personne n’est dupe : la crise des inégalités traduit la complicité plus que l’impuissance des États à agir pour la combattre. Les inégalités ne sont pas une fatalité, elles sont le résultat de politiques sociales et fiscales qui réduisent la participation des plus riches – entreprises et particuliers – à l’effort de solidarité par l’impôt, et fragilisent le financement des services publics. Transports, éducation, santé, système de retraites…. sont sacrifiés alors qu’ils sont décisifs pour lutter contre la pauvreté. »

Pour lutter contre les inégalités, Oxfam recommande de :
- Reconnaître le travail de soin peu ou non rémunéré effectué principalement par les filles et les femmes comme une forme de travail ou de production apportant une vraie valeur.
- Rétablir une fiscalité plus équitable sur les plus aisé.e.s n, supprimer les niches fiscales qui bénéficient disproportionnément aux grandes entreprises sans bénéfice pour l’économie et lutter efficacement contre l’évasion fiscale.

 

Qui est Luis Arce, le candidat du MAS à la présidence de la Bolivie?

Si on peut avoir quelques doutes sur la manière dont l’extrême-droite auteur du coup d’Etat et ses maîtres étatsuniens vont laisser s’accomplir le processus démocratique.  Evo Morales, le Mas, ses dirigeants qui demeurent le principal parti du pays jouent la carte de l’apaisement et des institutions légales, choisissent des gens connus pour leur compétence. C’est une stratégie, on va voir jusqu’où les auteurs du coup d’Etat et leurs complices y compris en France, en occident iront dans leur défense de l’illégalité, de l’extrême-droite raciste et criminelle. Cela dit cet économiste a aussi une théorie du « ruissellement » mais celle-ci part des nationalisations des secteurs clés et leur bénéfices redistribués pour lutter contre la pauvreté.   (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et societe)

Luis Arce a 56 ans et est originaire de La Paz. Il a demandé l'asile au Mexique après le coup d'État en Bolivie.

Luis Arce a 56 ans et est originaire de La Paz. Il a demandé l’asile au Mexique après le coup d’État en Bolivie. | Photo: EFE

Publié le 20 janvier 2020 (il y a 5 heures 12 minutes)

Luis Arce était ministre de l’Économie sous le gouvernement d’Evo Morales et a été l’une des références du renommé « miracle économique bolivien ».

Après un coup d’État et un climat politique instable en Bolivie, le parti du Mouvement pour le socialisme ( MAS ) a choisi les candidats aux élections du 3 mai: Luis Arce à la présidence et David Choquehuanca à la vice-présidence, tous deux figures de poids dans le gouvernement d’Evo Morales.

Evo Morales Ayma

@evoespueblo

Luego de dos jornadas de intenso debate con dirigentes del MAS-IPSP y del Pacto de Unidad, fue elegida la fórmula de unidad con la que ganaremos las elecciones el próximo 3 de mayo: Presidente: Luis Arce Catacora, y Vicepresidente; David Choquehuanca. ¡Hasta la victoria siempre!

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Evo Morales Ayma

@evoespueblo

Nuestra dupla: Luis Arce y David Choquehuanca es una combinación del conocimiento científico y el conocimiento originario milenario, la unidad del campo y de la ciudad, del cuerpo y del alma.
Tenemos un proyecto político de liberación que ha demostrado que otra Bolivia es posible

Ver imagen en Twitter
Luis Arce Catacora a été ministre de l’Économie à différentes périodes du gouvernement d’ Evo Morales , i a seulement quitté  son poste en 2017 pour subir une opération pour un cancer du rein. Arce est l’une des figures emblématiques du modèle économique qui a connu une croissance annuelle du PIB supérieure à 4% en Bolivie.

Le candidat au MAS est né à La Paz, a 56 ans et a une longue histoire économique à la Banque centrale de Bolivie, où il a travaillé avant d’être ministre d’Evo. Il a également un profil de professeur dans différentes universités publiques et privées du pays.

Evo Morales a déclaré qu’avec Arce « l’économie nationale est garantie », en fait, il a été à plusieurs reprises reconnu comme l’un des 10 meilleurs ministres de l’économie d’Amérique latine.

Après le coup d’État, Arce a demandé l’asile politique au Mexique.

Dans une interview pour le programme TeleSUR Word Crossing, Arce a déclaré qu’en 1985, il a vécu les politiques néolibérales en Bolivie et a été témoin du démantèlement du syndicalisme et des forces populaires.

« Dans le cas de la Bolivie, la droite a accusé la gauche de mauvaise administration économique, mais j’ai commencé à enquêter sur ceux qui dirigeaient les entreprises publiques qui ont été ensuite privatisé et qui étaient eux-mêmes (la droite) », a-t-il déclaré à propos de ses adversaires politiques

Concernant le modèle économique créé en Bolivie sous le gouvernement d’Evo Morales, il a expliqué que le pilier était la génération de richesse. « Vous ne pouvez pas distribuer la pauvreté, mais vous devez générer plus de richesse. C’est la différence de notre modèle, générer de la richesse à distribuer. »

Dans ce contexte, il rappelle que dans le pays qui a vécu le gouvernement d’Evo Morales, la richesse est concentrée entre quelques mains et la pauvreté est généralisée. Le projet révolutionnaire a nationalisé la gestion du gaz et des hydrocarbures pour redistribuer ces richesses.

Concernant le coup d’État en Bolivie, Arce estime que l’économie n’était pas suffisante pour garantir le processus de la révolution, car il existe des facteurs subjectifs: « Les forces armées et la police étaient très sensibles à l’argent; elles voulaient de l’argent avant de bien faire les choses. pour les gens ».

Mais aussi dans l’économie, certaines impulsions aux coup d’État sont encore cachées, comme la question du lithium, le métal dont la Bolivie est la première réserve mondiale avec 70%.

 

De Rimbaud, poème à la gloire de la renaissance de Jugurtha

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Le 2 juillet 1869 Arthur Rimbaud âgé de 14 ans va écrire son premier grand poème intitulé «Jugurtha». C’était le sujet du concours de l’académie des Ardennes dont ce génie, connu dans son collège pour rafler tous les 1ers prix, remporta la meilleure distinction. Son poème en éloge à l’Emir Abdelkader sera publié dans la revue académique.

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :
Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
Du second Jugurtha de ces peuples ardents,
Les premiers jours fuyaient à peine à l’Occident,
Quand devant ses parents, fantôme terrifiant,
L’ombre de Jugurtha, penchée sur leur enfant,
Se mit à raconter sa vie et son malheur :
‘’O patrie ! O la terre où brilla ma valeur !’’
Et la voix se perdait dans les soupirs du vent.
‘’Rome, cet antre impur, ramassis de brigands,
Echappée dès l’abord de ses murs qu’elle bouscule,
Rome la scélérate, entre ses tentacules
Etouffait ses voisins et, à la fin, sur tout
Etendait son empire ! Bien souvent, sous le joug

On pliait. Quelquefois, les peuples révoltés
Rivalisaient d’ardeur et, pour la liberté,
Versaient leur sang. En vain !
Rome, que rien n’arrête,
Savait exterminer ceux qui lui tenaient tête !….’’

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
‘’De cette Rome, enfant, j’avais cru l’âme pure.
Quand je pus discerner un peu mieux sa figure,
A son flanc souverain, je vis la plaie profonde !…
La soif sacrée de l’or coulait, venin immonde,
Répandu dans son sang, dans son corps tout couvert
D’armes ! Et une putain régnait sur l’Univers !
A cette reine, moi, j’ai déclaré la guerre,
J’ai défié les Romains sous qui tremblait la terre !….’’

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :
Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
‘’Lorsque dans les conseils du roi de Numidie,
Rome s’insinua, et, par ses perfidies,
Allait nous enchaîner, j’aperçus le danger
Et décidai de faire échouer ses projets,
Sachant bien qu’elle plaie torturait ses entrailles !
O peuple de héros ! O gloire des batailles !
Rome, reine du monde et qui semait la mort,
Se traînait à mes pieds, se vautrait, ivre d’or !
Ah, oui ! Nous avons ri de Rome la Goulue !
D’un certain Jugurtha on parlait tant et plus,
Auquel nul, en effet, n’aurait pu résister !’’

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :
Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
‘’Mandé par les Romains, jusque dans leur Cité,
Moi, Numide, j’entrai ! Bravant son front royal,
J’envoyai une gifle à ses troupes vénales !…
Ce peuple enfin reprit ses armes délaissées :
Je levai mon épée. Sans l’espoir insensé
De triompher. Mais Rome était mise à l’épreuve !
Aux légions j’opposai mes rochers et mes fleuves.
Les Romains en Libye se battent dans les sables.
Ils doivent prendre ailleurs des forts presqu’imprenables :
De leur sang, hébétés, ils voient rougir nos champs,
Vingt fois, sans concevoir pareil acharnement !’’

Dans les monts d’Algérie, sa race renaîtra :
Le vent a dit le nom d’un nouveau Jugurtha…
‘’Qui sait si je n’aurai remporté la victoire ?
Mais ce fourbe Bocchus… Et voilà mon histoire.
J’ai quitté sans regrets ma cour et mon royaume :
Le souffle du rebelle était au front de Rome !
Mais la France aujourd’hui règne sur l’Algérie !…
A son destin funeste arrachant la patrie.
Venge-nous, mon enfant ! Aux urnes, foule esclave !…
Que revive en vos coeur ardent des braves !…
Chassez l’envahisseur ! Par l’épée de vos pères,
Par mon nom, de son sang abreuvez notre terre !…
O que de l’Algérie surgissent cent lions,
Déchirant sous leurs crocs vengeurs les bataillons !
Que le ciel t’aide, enfant ! Et grandis vite en âge !
Trop longtemps le Français a souillé nos rivages !…’’
Et l’enfant en riant jouait avec un glaive !…

II. Napoléon ! Hélas ! On a brisé le rêve
Du second Jugurtha qui languit dans les chaînes…
Alors, dans l’ombre, on, voit comme une forme humaine,
Dont la bouche apaisée laisse tomber ces mots :
‘’Ne pleure plus, mon fils ! Cède au Dieu nouveau !
Voici des jours meilleurs ! Pardonné par la France,
Acceptant à la fin sa généreuse alliance,
Tu verras l’Algérie prospérer sous sa loi…
Grand d’une terre immense, prêtre de notre droit,
Conserve, avec la foi, le souvenir chéri
Du nom de Jugurtha !…N’oublie jamais son sort :
III. Car je suis le génie des rives d’Algérie !…’’

Poème traduit du latin – Arthur RIMBAUD

 

Morning star : il n’y a pas de contradiction entre patriotisme et socialisme

  • Nous devons articuler le patriotisme socialiste un véritable amour de notre pays et de son peuple – en opposition au militarisme et à l’impérialisme, écrit MATT WIDDOWSON. C’est une question qui monte de partout et qui est battue actuellement en brèche, quitte à en faire les frais comme on l’a vu récemment à propos du brexit, par une certaine gauche qu’il s’agisse des lubies trotskistes ou de la social démocratie pro-UE. Le Morning star, le journal des communistes britanniques dit une tout autre position qui concerne un autre pays colonialiste comme la France et qui comme nous l’avons vu à propos de la Chine tente d’élaborer partout à partir justement de la décolonisation et de la classe ouvrière un destin commun pour l’humanité (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Les médias sociaux étaient inondés d’un mélange de dédain libéral (principalement de ceux qui ont des drapeaux de l’UE dans leurs tiroirs Twitter – apparemment, tous les drapeaux ne sont pas mauvais) et des plaintes ultra-gauchistes typiques sur le «socialisme dans un seul pays».

La vérité est que le patriotisme peut être compatible avec le socialisme et l’internationalisme – en fait, à l’ère actuelle des États-nations, il est nécessaire de parvenir au socialisme. Rejeter complètement toute forme de patriotisme, c’est rejeter toute l’histoire de la libération nationale qui a lutté (et, dans certains cas, lutte toujours) pour renverser la domination coloniale par des puissances impérialistes telles que la Grande-Bretagne.

Le rejet pur et simple du patriotisme découle également d’un manque d’analyse de classe qui ne parvient pas à discerner la différence entre le nationalisme de la classe dirigeante et l’histoire et les aspirations cachées de la classe ouvrière.

Peut-être que certains des critiques de Long Bailey sur les médias sociaux rejettent le patriotisme en raison d’un engagement à la place du «socialisme international». Autant l’idéal du socialisme mondial est souhaitable et une nécessité éventuelle, autant nous vivons toujours à une époque où l’État-nation reste le seul véhicule réaliste des premiers pas vers le socialisme: il n’existe aucune autre communauté politique existante capable d’apporter la transformation nécessaire à l’instauration du socialisme; il n’y a pas de meilleur moyen de défendre le socialisme.

Et, alors que certains peuvent se tourner vers des forums internationaux tels que l’ONU pour réformer ou défendre certains droits, le fait est que la lutte spécifique pour le socialisme et la démocratie ne se déroule que dans le cadre de l’État – elle reste le «seul jeu réel».

Peut-être existe-t-il également une crainte parmi les opposants au «patriotisme progressiste» de céder du terrain au nationalisme réactionnaire (en particulier l’ethno-nationalisme de l’extrême droite). Cela est peut-être compréhensible car il y a eu un changement notable et troublant vers la droite dure dans le monde. Mais encore une fois, cela marque la différence entre le nationalisme «officiel» promu par la classe dirigeante et le potentiel d’un patriotisme socialiste basé sur la souveraineté populaire et la solidarité internationale.

C’est peut-être parce que nous connaissons tous de l’intérieur les nationalismes officiels de la classe dirigeante. C’est soit le nationalisme de droite – les histoires de grands Britanniques, les grandes batailles et les «réalisations» de l’Empire; ou le nationalisme de style «Cool Britannia» plus doux, libéral – plus favorable aux affaires – cultivé pendant la période du New Labour.

Ces deux nationalismes s’appuient sur la nostalgie d’un soi-disant âge d’or – que ce soit une version fantasmée des années 1950 (pensez Heartbeat) ou un simulacre de Carnaby Street des années 60 (pensez à Austin Powers). Ces deux nationalismes ont tendance à ignorer les horreurs de l’Empire – avec la version de droite célébrant le passé impérial de la Grande-Bretagne et la version «Cool Britannia» tentant de désinfecter les symboles de l’Empire – une Spice Girl portant une minijupe en tablier de boucher.

Le sentiment nationaliste repose sur des histoires et des symboles et, une vision progressiste doit s’appuyer sur le contre-récit des peuples à l’histoire officielle de la Grande-Bretagne. C’est l’histoire radicale de la Grande-Bretagne. C’est l’histoire des niveleurs, des martyrs de Tolpuddle, des suffragettes, de Red Clydeside, des camps de Greenham Common et des grèves des mineurs.

Il s’agit d’une histoire nationale propre, alors que les luttes des groupes minoritaires s’entremêlent et deviennent une partie importante de l’histoire de la Grande-Bretagne radicale – le boycott du bus de Bristol; la grève des machines à écrire impériales; la bataille de Cable Street. C’est aussi une histoire internationaliste qui comprend une pléthore de mouvements de solidarité et une forte tradition d’activisme pour la paix.

Avec un gouvernement de gauche au pouvoir, un patriotisme alternatif devrait s’appuyer sur ce passé radical pour regarder vers l’avenir: quelle sorte de société devrions-nous construire? Comment devons-nous tendre vers un monde plus pacifique et plus coopératif?

Le patriotisme devient alors un engagement dans un projet national; un patriotisme inclusif car il ne dépendrait pas de l’ethnicité ou du pays de naissance, mais de l’engagement envers l’objectif collectif. Qu’est-ce que le NHS, sinon un projet national collectif impliquant des gens du monde entier qui ont été galvanisés par un engagement envers ses principes fondateurs?

Pour que la gauche réussisse, nous devons commencer à parler de concepts tels que le patriotisme et le nationalisme sans simplement réaffirmer un dogme inflexible ou recourir à l’hystérie. Dans un monde où l’État-nation demeure une réalité et la seule voie réaliste vers le socialisme, la gauche britannique doit articuler son propre patriotisme socialiste en contraste avec le chauvinisme, le conservatisme et le militarisme qui caractérisent le nationalisme de droite.

 

The National Interest : Taïwan ne doit pas donner quatre ans de plus à Tsai Ing-wen

Le plan de Tsai d’utiliser le pouvoir politique pour réduire la dépendance de l’économie taïwanaise à l’égard de la Chine ne pourra jamais réussir. L’approche pragmatique consiste à gérer correctement les relations entre les deux rives du détroit, sans jamais permettre à l’économie d’être affectée par des relations négatives entre les deux rives. Cet article est absolument passionnant tant il illustre d’une manière originale la situation de la Chine en Asie et les contradictions d’un nationalisme qui s’allie aux Etats-Unis et restreint de plus en plus les libertés démocratiques qu’il prétend défendre, ce qui selon l’auteur fait le lit de la Chine, parce que le vrai problème est que les économies chinoise et taïwanaise sont  interdépendantes, que Taïwan a tout à perdre alors que la Chine n’est pas affectée. A lire l’auteur de l’article, il y a toute chance que Tsaï soit réélue mais c’est reculer pour mieux sauter. Lire cet article en lien avec celui que nous proposons par ailleurs sur universalisme et nation à propos de la Chine (note et traduction de Danielle Bleitrach).

En janvier 2020, Taiwan organisera des élections pour son président et sa législature. La campagne pour la présidence a commencé depuis longtemps, et la prospérité de l’économie taïwanaise et le maintien des libertés démocratiques peuvent dépendre du fait que les électeurs accorderont à la présidente Tsai Ing-wen quatre ans de plus ou éliront le candidat du Kuomintang (KMT) Han Kuo-yu. L’article a une vision originale, il montre que le nationalisme anti-chinois  de l’actuelle présidente, le contrôle total qu’elle a pris sur les médias, sur tous les pouvoirs aboutit à une dictature autant qu’à la destruction de l’économie taïwanaise fortement liée à la Chine. Donc cette politique aboutit à la fin des libertés démocratiques dont se pare Taïwan et à la misère économique, ce qui dans les deux cas finira par ouvrir un boulevard à la Chine. A méditer également à propos de Hong Kong (note et traduction de Danielle Bleitrach).

La campagne électorale est entrée dans un moment crucial ; les développements de la farce de l’affaire d’espionnage communiste sont devenus le sujet de discussion de la ville de Taiwan. Ses développements dramatiques ont dépassé la tension d’une « farce d’espionnage », faisant que les gens l’associent au cas de l’incident de tir de Bullet Gate de 2004.

Le gouvernement Tsai joue en effet avec force la carte anti-Chine. Avec la catalyse des protestations et des manifestations autour du projet de loi sur l’extradition, l’ordonnance sur les délinquants fugitifs, à Hong Kong, il a d’autant plus favorisé «le sentiment de perdre son pays», tout en utilisant ici et là la question de Hong Kong. Ainsi, Tsai est considérée de  l’autre côté du détroit comme relevant  des «forces extérieures» au même titre que les États-Unis. Les relations entre les deux rives seront vouées à se détériorer davantage, et l’économie et la démocratie de Taïwan seront en conséquence dans le marasme.

Tout d’abord, examinons les relations économiques de Taiwan avec la Chine. Depuis que le gouvernement Tsai est arrivé au pouvoir, il a restreint les investissements trans-détroit, couplé à la nouvelle politique vers le sud, en proclamant nécessaire de réduire la dépendance économique à l’égard de la Chine, mais après avoir mis en œuvre ces politiques pendant près de quatre ans, l’effet est nul, car la dépendance des exportations de Taïwan vers la Chine a inversement augmenté pour atteindre 41%. Au vu de cela, le plan de Tsai  qui est d’utiliser la force politique pour réduire la dépendance de l’économie taïwanaise à l’égard de la Chine ne peut jamais réussir. L’approche pragmatique consiste à gérer correctement les relations entre les deux rives du détroit, sans jamais permettre à l’économie d’être affectée par des relations négatives entre les deux rives.

Certains membres de factions fondamentalistes pensent que la guerre commerciale internationale va dévaster l’économie chinoise, dissociant ainsi l’économie de Taiwan avec celle de la Chine. Cependant, ce genre de chose ne se produira pas parce que la structure de l’économie chinoise a changé, les exportations occupant moins de 20% du PIB et les exportations vers les États-Unis occupant 20% du volume total des exportations, associées au fait que sur cette grande échelle les économies elles-mêmes disposent d’une plus grande marge de manœuvre. Par conséquent, bien que la guerre commerciale ait un impact, elle ne dévastera pas l’économie chinoise.

Inversement, dans le cas peu probable où l’économie chinoise s’effondrerait réellement, ce serait vraiment un désastre pour l’économie taïwanaise, car l’économie taïwanaise est destinée à dépendre de l’économie chinoise. Les échelles des économies trans-détroit sont de 20 à 1; Le marché chinois occupe 40% des exportations de Taïwan, tandis que Taïwan bénéficie d’un excédent commercial de plus de 80 milliards de dollars américains. Si une guerre commerciale similaire devait se produire à travers le détroit, il ne fait aucun doute que l’économie de Taïwan serait immédiatement embourbée, alors que l’effet sur la Chine serait minime.

Deuxièmement, nous devons reconnaître que la démocratie de Taiwan mérite d’être défendue. Aujourd’hui, les États communistes existants dans le monde sont la Chine,  Cuba et la Corée du Nord. Souvent, ces États communistes ne prétendent pas avoir atteint le communisme dans leur pays – ils prétendent plutôt construire une étape celle de l’instauration du socialisme dans leur pays et utiliser les tactiques perverses de la démocratie pour atteindre des objectifs politiques. Si le peuple taïwanais se soumettait aux  approches politiques méprisables du gouvernement Tsai, il deviendrait rapidement le sujet des États communistes existants, regrettant à la fin, mais trop tard.

Les gens pourraient douter que Taiwan d’aujourd’hui, sous le règne du gouvernement Tsai, bien qu’avec un patronage politique corrompus et des abus de pouvoir,  soit toujours une société démocratique, qui après tout pourrait être similaire aux États communistes. En fait, un système démocratique repose sur l’estime des participants et la retenue; sinon, divers types de distorsions et d’abus éroderaient l’esprit démocratique, le laissant se perdre dans une coquille vide. L’esprit originel du système démocratique évolutif de Taïwan a longtemps été évidé, étape par étape, par le gouvernement Tsai, dépourvu de culture démocratique.

Le système démocratique repose sur la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, avec des freins et contrepoids entre eux, plus  la garantie  représenté par la surveillance des médias et de l’opinion publique. Cependant, au cours de ses trois ans et demi de gouvernance, Tsai a néanmoins, de manière flagrante, fait peser son pouvoir sur  la Cour suprême,  sur les Grands Juges et sur  la Commission électorale centrale, elle a  fermement tenu le «pouvoir judiciaire» dans sa main. En outre, par le biais de divers types de moyens monétaires, la majorité absolue des médias importants a été unilatéralement soumis au parti au pouvoir, jour après jour, scrutant et critiquant les partis d’opposition en violation de l’état normal de la démocratie,

Parce que les pratiques électorales massives du gouvernement Tsai en émettant des «politiques attractives» ont brouillé la vision du peuple taiwanais – tout comme la marche des États communistes vers la dictature – le grand public peut être acheté par ces politiques à courte vue et élire un président et une majorité de législateurs affiliés  au Parti progressiste démocratique (DPP). Si cela se produit, alors Tsai fera un pas de plus pour saisir fermement le Yuan exécutif et le pouvoir législatif, ce qui signifie que les soi-disant «quatre pouvoirs de la démocratie» appartiendront entièrement à Tsai. Selon les expériences des dernières années, Tsai mettra fin de manière substantielle au système démocratique de Taiwan.

Pour la campagne électorale, le gouvernement Tsai a annoncé que l’économie de Taïwan se comportait extrêmement bien, mais en réalité, la situation n’est absolument pas comme le gouvernement Tsai l’a dit. Cette année, le taux de croissance des exportations de Taïwan est négatif et les  investissements du secteur privé sont dans le marasme, avec un taux de croissance d’un peu plus de 2%  de la croissance inférieure. Dans la course économique inter-détroit, Taiwan a perdu; afin de soutenir la croissance, elle devrait rechercher la complémentarité avec l’économie chinoise. Pour gagner l’élection, Tsai utilise les relations inter-détroit comme une offrande sacrificielle; en fait, il utilise l’avenir de l’économie de Taiwan comme un sacrifice funéraire.

Depuis que Tsai a pris le contrôle total du gouvernement, elle a utilisé à fond ses pouvoirs à l’extrême, concentrant le pouvoir au nom de la démocratie. Lors des prochaines élections générales, elle a épuisé tous les moyens pour sauvegarder ses pouvoirs politiques. Sous l’atmosphère de «haïr le DPP» qui a imprégné la société l’année dernière, le DPP a subi de lourds revers; cependant, face à la défaite électorale, elle n’a pas cessé d’utiliser la rhétorique anti-chinoise, mais à l’inverse, elle l’a utilisé comme le médicament le plus puissant, distribuant même la dose maximale au moment crucial de la campagne électorale, catalysant les sentiments sinophobes du public afin de contribuer à préserver lsa toute puissance politique.

Au cours des derniers mois, les agences de sécurité nationale ont publié à plusieurs reprises des informations sur « l’ingérence de la Chine dans les élections »; maintenant le moment est venu, vraiment un véritable espion humain est apparu sous nos yeux, et ce grâce à un format de connexion international. Comme c’est fantastique! «Couper la gorge de son ennemi politique jusqu’à la fin» a toujours été l’approche du DPP à la campagne électorale et à travers ces approches, il a accumulé de nombreux succès. Cependant, cette fois, en jetant en pâture un espion communiste fraudeur, s’il pourrait récolter le effet choquant et intimidant prévu, tout dépend si le public mordra à l’appât.

Taïwan est maintenant situé dans un moment critique: allons-nous permettre à Tsai de mieux saisir les pouvoirs exécutif et législatif, puis, à travers divers effets effrayants, permettre au devoir naturel de surveillance des partis d’opposition d’obtenir leur destruction , en créant une règle de parti unique, ou devrions-nous faire reculer Tsai, permettant des échanges et une réconciliation entre les deux rives, gagnant ainsi l’opportunité de respect mutuel et de développement commun? Les électeurs ne doivent pas accorder quatre ans de plus à Tsai.

Kent Wang est chercheur à l’Institute for Taiwan-America Studies. Il écrit sur la sécurité et les affaires stratégiques en Asie-Pacifique avec un accent particulier sur la question de Taiwan dans les équations trilatérales États-Unis-Taiwan-Chine, ainsi que sur d’autres sujets sur la politique internationale et la sécurité régionale en Asie de l’Est.

Image: Reuters.

 

Le gouvernement chinois se prépare à célébrer la fin de la pauvreté en 2020

La Chine a sauvé plus de 850 millions de personnes de la pauvreté depuis le début des réformes économiques en 1978, selon la Banque mondiale. C’est plus que l’ensemble de la population d’Amérique latine et cela est la donnée essentielle qui explique l’évolution mondiale. L’article porte sur le défi lancé en 2015, la Chine qui jusqu’ici a rempli tous ses objectifs aura résorbé toute la misère de sa population. Il ne s’agit même pas des taux de la banque mondiale à 1,90 dollar par jour mais à 5,50. Cet article brésilien permet de concrétiser ce que dit Xi Jinping sur le fait pour le parti communiste chinois qui dirige la République populaire de Chine de ne jamais oublier le but réel du parti (note et traduction de Danielle Bleitrach).

Faire des prédictions est certes une tâche risquée. Mais dans ce cas, il est possible d’oser: d’ici 2020, la Chine prétend mettre fin à la pauvreté dans le pays, elle  atteindra alors l’objectif adopté en 2015. Même si certains questionnent les critères et les données, le chemin du pays vers une « société modérément prospère » est spectaculaire, c’est le but chinois du moment.

La Chine a sauvé plus de 850 millions de personnes de la pauvreté depuis le début des réformes économiques en 1978, selon la Banque mondiale. C’est plus que l’ensemble de la population d’Amérique latine.

En plus de suivre le seuil de pauvreté international (1,90 $ par jour et par personne), la Banque mondiale a commencé en 2017 à mesurer le revenu dans deux autres fourchettes – jusqu’à 3,20 $ et jusqu’à 5 $,50.

La Chine comptait 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté international en 2015, selon la Banque. Coïncidence, le Brésil (en 2017) avait également ses 10 millions d’habitants vivant avec 1,90 $ par jour. La différence est qu’en Chine ce nombre correspond à 0,7% de la population et au Brésil, 4,8%.

Le défi pour la Chine a été de faire progresser 373 millions de personnes vivant avec  5,50 $ par jour (2015). C’est beaucoup, mais les progrès sont indéniables: en 1981, 98,3% de la population chinoise vivait avec moins que cela, et en 2015, 27,2%.

Le monde est fier des progrès accomplis dans la lutte contre la pauvreté, l’ONU a annoncé la réussite de l’objectif du Millénaire pour le développement dans ce domaine. Mais les données globales masquent le fait qu’il s’agit d’un phénomène principalement chinois. La Chine représente à elle seule plus de 70% de la réduction de la pauvreté dans le monde depuis les années 80.

La croissance économique était le grand remède anti-pauvreté en Chine. Deng Xiaoping s’est fixé pour objectif de quadrupler, d’ici 2000, le PIB chinois et le PIB par habitant de la Chine en 1980. Comme l’a dit l’économiste, Deng s’est avéré d’une exactitude spectaculaire. En 1995, le PIB avait quadruplé en termes réels, et en 1997, le PIB par habitant également. De nouveaux objectifs de croissance ont été annoncés et atteints. La croissance n’explique pas tout, mais sans elle, il n’y a pas d’espoir.

La croissance n’est pas non plus exempte de problèmes: la dégradation de l’environnement, les inégalités et la corruption sont des effets secondaires que le pays a aujourd’hui du mal à combattre. La Chine parle de plus en plus de la qualité plutôt que de la vitesse de croissance – d’autant plus qu’il est impossible de maintenir les taux antérieurs.

Le gouvernement chinois adopte un critère différent pour mesurer la pauvreté, qui s’avère plus strict que la norme internationale. Selon le gouvernement, fin 2018, il y avait encore 16,6 millions de personnes dans cette condition (plus de 10 millions par le dirigeant de la Banque mondiale en 2015). Certains experts estiment que pour lever la dernière vague de pauvreté, la Chine devrait croître d’au moins 6,2% en 2019 et 2020, ce qui pourrait être trop ambitieux dans les circonstances actuelles.

En 2019, la lutte contre la pauvreté a valu le prix Nobel d’économie à trois universitaires du sujet. À l’époque, la presse chinoise a publié un article qui disait alors que la Chine méritait vraiment le Nobel – parce que cela était devenu une réalité dans la pratique. Certes, le monde n’est pas disposé à encenser tout ce que le gouvernement chinois considère comme une réussite, mais dans la lutte contre la pauvreté, la Chine est probablement imbattable. À la fin de 2020, vous pouvez l’écrire, il y aura des célébrations. En plus de lutter contre la pauvreté, l’annonce de l’atteinte des objectifs est une spécialité locale.

Publié à l’origine dans Folha de S.Paulo

 

Une impressionnante démonstration de force secoue l’Inde alors qu’un cinquième de la population se met en grève

et un cinquième de la population indienne c’est pas Bécon les Bruyères… pourtant c’est le silence total de nos médias… Qui préfèrent quand ils ont Fabien Roussel sous la main le titiller sur le fait que le communisme n’intéresse plus personne…  Rien que l’influence des communistes en Inde, au Népal, au Vietnam et la Chine ça fait du monde… la France bien sûr y compris les dirigeants politiques se croient renseignés sur la question, mais le pédantisme inculte est hélas un de nos travers. Nul n’est parfait… (note de Danielle Bleitrach)

Environ un cinquième de l’immense population de l’Inde aurait participé à une grève aujourd’hui dans une démonstration étonnante de force contre les «politiques anti-populaires» du gouvernement.

La Centrale des syndicats indiens (Citu), représentant 250 millions de travailleurs, a coordonné l’action, qui, selon lui, était dirigée contre le Premier ministre «anti-travailleur» Narendra Modi.

Les syndicats sont en colère contre le programme néolibéral du gouvernement du BJP, qui comprend la privatisation des services publics et l’aggravation des conditions de travail.

La montée du chômage et l’aggravation de la crise économique, conjuguées à la colère contre les lois sur la citoyenneté, ont suscité un énorme soutien pour l’action à travers le pays, bien que des rassemblements et des protestations aient été attaqués par la police.

Dans une déclaration commune, Citu a critiqué le gouvernement pour avoir fait preuve de « mépris envers le travail » et pour n’avoir donné aucune assurance sur les revendications des travailleurs lors d’une réunion la semaine dernière.

Les syndicats ont présenté une liste de 12 revendications, y compris des mesures pour lutter contre le chômage, une meilleure assistance sociale et de meilleurs droits syndicaux.

Le gouvernement a riposté avec brutalité pour tenter de briser la grève. Il a mobilisé les forces de sécurité pour dégager les barrages routiers et a arrêté des grévistes.

Le responsable de la police de Bhubaneswar, Anup Shanoo, a confirmé: «Cinq cents manifestants appartenant à des syndicats et sympathisants du Congrès [du parti d’opposition le National indien] ont été arrêtés. Aucun incident fâcheux n’a encore été constaté dans la ville. »

Le Congrès national indien a condamné la politique «anti-peuple» du gouvernement. « L’économie est en chute libre, le chômage est endémique, le pays brûle et le BJP est complètement désemparé », a indiqué un communiqué du parti.

Le Parti communiste indien (marxiste) a félicité les travailleurs pour la «magnifique grève à travers le pays malgré les arrestations et l’oppression à grande échelle».

Il a déclaré que la nouvelle caractéristique de la grève dans toute l’Inde était la forte participation des travailleurs ruraux et agricoles, soulignant «la gravité de la détresse agraire».

Dans un communiqué, le CPI (M) a déclaré que les travailleurs et les étudiants redoubleraient d’efforts contre les «assauts fascistes» du gouvernement Modi avec l’action d’hier «ouvrant la voie à une unité encore plus large… à travers des luttes plus puissantes».

Le secrétaire général de la Citu, Tapan San, a félicité les travailleurs pour «s’être unis». Il a déclaré que la grève «avertit le gouvernement Modi qu’il ne peut négliger l’énorme colère du peuple contre sa politique de vente des intérêts du peuple et de la nation aux entreprises, nationales et étrangères» qu’à ses risques et périls.

« Les personnes qui font la grève sont en augmentation et ne se reposeront pas avant que l’on ait satisfait à leurs exigences. »

 

honneur à votre Ego monsieur Godard

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Riche de deux centaines de films, à bras le corps avec les injustices de l’histoire collective, en dialogue avec l’ensemble des autres arts, l’œuvre de Jean-Luc Godard n’a cessé d’interroger les puissances de l’image et de réinventer le cinéma.

HONNEUR À VOTRE EGO, M. GODARD

« Honneur à votre ego » : la formule remplace « bonjour » dans le monde d’Anticipation (1967), un monde radioactif, sous contrôle, informatisé, divisé en corps exploités et clients prédateurs, où le langage s’est appauvri jusqu’à ne plus pouvoir s’articuler, où les images ne servent plus qu’à cataloguer des biens de consommation, d’où la grâce s’est volatilisée en raison de la spécialisation fonctionnelle des êtres humains — quelle différence avec le nôtre, un demi-siècle plus tard, qui cultive le narcissisme comme meilleur instrument de réification ?

HONNEUR

Comment accepter les honneurs d’un monde où le cinéma équivaut à l’industrie du luxe dans la société du spectacle, elle-même province de la falsification dans la société de contrôle ? Les honneurs, pointe avancée de tout ce que Jean-Luc Godard récuse, dès lors, occasions de ses flèches parmi les plus acérées et pénétrantes. Ainsi, en 1968, ce télégramme au National Film Theater : « Si je ne suis pas là, prenez une personne dans la rue, la plus pauvre si possible, donnez-lui 100 livres et parlez avec elle d’image et de son, et d’elle vous apprendrez beaucoup plus que de moi car c’est le pauvre peuple qui invente vraiment la langue – votre anonymous godard. » Ainsi, en 2015, ce refus auprès du Conseil fédéral suisse : « Alors je rentre à la maison / avec Les Cendres de Gramsci / un poème de Pasolini / ça parle de l’humble corruption » (Remerciements de Jean-Luc Godard à son Prix d’honneur du cinéma suisse).

À (QUOI BON ?)

Quelles images, alors, et à quoi bon ? En premier lieu, des images au combat, à l’offensive, qu’elles choisissent le noir du suspense critique (passim), le rouge de Gérard Fromanger (Film-Tract n° 1968), le blanc du silence : « Une minute de silence-image pour toutes les images absentes, images censurées, images prostituées, images critiquées, images dévoyées, images enculées, images matraquées par tous les gouvernements de toutes les télévisions et tous les cinémas occidentalisés, qui font rimer information et répression, ordure et culture. » (Le Gai savoir, 1968)

Ensuite, des images en chantier, en plein travail : le cinéma selon Godard est ce champ symbolique capable de tout (réflexion, destruction, action, passim), coupable de plus encore – d’avoir manqué son principal rendez-vous avec l’horreur (Histoire(s) du cinéma, 1988-1998), d’arriver trop tard après le désastre (« Tu n’as rien vu à Hiroshima, Leningrad, Dresde, Madagascar, Hanoï, Sarajevo… », Journal des réalisateurs, 2008), à l’instar du petit opérateur des Espions (1928) de Fritz Lang impuissant face à la collision des trains. Mais, pour peu qu’il anticipe le désastre, que pourrait-il bien sauver (Film socialisme, 2010) ?

Des images, alors, en forme de flammes éclairant la nuit après que tout a disparu (Dans le noir du temps, 2002), brûlant d’espérance bien après que les combats sont perdus (Le Livre d’image, 2018), des images en formes d’explosion inouïe, préfigurées sur un mode euphorique par les courts-circuits radieux que produisaient les protagonistes d’Anticipation, alerte, « Ils font le langage et l’amour et le bonheur en même temps ».

Des images, enfin, qui viennent des peuples et qui appartiennent aux peuples, parce que « même quand Mozart s’inspirait d’une fanfare de village, c’était toujours pour un prince. Et le cinéma a apporté la force de Mozart et de Picasso dans l’Himalaya, aussi bien que dans un village suisse ou andin ». (« Alfred Hitchcock est mort », 1980). C’est pourquoi il faut les aimer, ces pauvres images, ce qui suppose de perpétuellement les exhumer, transférer, raviver, métamorphoser… « L’œuvre de la vision est faite, fais désormais l’œuvre du cœur auprès des images en toi. » (Jean-Luc Godard, « Lettre non-envoyée à Mme Anne-Marie Miéville », 1985).

VOTRE EGO

Moins égotiste, serait-ce possible ? Anonymous Godard, le hérault de la Politique des Auteurs qui aurait pu comme tant d’autres capitaliser sur sa gloire, s’est collectivisé dans le Groupe Dziga Vertov, métamorphosé en JLG, dissous dans l’instance narratrice des Histoire(s) du cinéma à travers laquelle murmurent et bruissent « eux tous », c’est-à-dire les oubliés, les victimes, les nus et les morts, que devraient mieux protéger les vivants. L’autoportrait (JLG/JLG, 1995), l’autobiographie (passim), deviennent prismes cinétiques pour accéder à d’autres formes de sujet, de conscience, de persona, qui tiennent plus de l’antique rhapsode ou du colporteur raconté par Charles Ferdinand Ramuz que de l’esprit absolu hégélien.

« Il y avait un roman de Ramuz qui racontait qu’un jour, un colporteur arriva dans un village au bord du Rhône et qu’il devint ami avec tout le monde parce qu’il savait raconter mille et une histoires. Et voilà qu’un orage éclate et dure des jours et des jours et des jours. Alors le colporteur raconte que c’est la fin du monde. Mais le soleil revient enfin et les habitants du village chassent le pauvre colporteur. Ce colporteur, c’était le cinéma. » (Histoire(s) du cinéma, 4b, 1998)

M. GODARD

Depuis son entrée en cinéma, il est le souverain du pays des Images mais il y vit en paria, en déserteur, en perpétuel révolté et en parfaite autonomie. Depuis tous les arts, ils l’ont vu et formulé, de Louis Aragon à Ange Leccia, de Richard Hell (« Depuis 1959, Godard est le plus grand cinéaste du monde ») à François Truffaut : « Pourquoi suis-je venu me joindre aux producteurs de Deux ou trois choses que je sais d’elle ? Est-ce que parce que Jean-Luc est mon ami depuis bientôt vingt ans ou parce que Godard est le plus grand cinéaste du monde ? Jean-Luc Godard n’est pas le seul à filmer comme il respire, mais c’est lui qui respire le mieux. Il est rapide comme Rossellini, malicieux comme Sacha Guitry, musical comme Orson Welles, simple comme Pagnol, blessé comme Nicholas Ray, efficace comme Hitchcock, profond, profond, profond comme Ingmar Bergman et insolent comme personne. »

Oui, si grand, parce qu’indissociablement le plus critique, inventif et aimant.

Nicole Brenez

 
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Publié par le janvier 8, 2020 dans CINEMA, civilisation