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La déchéance de François Hollande, par Eric Fassin

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Voici néanmoins quelques textes que je vous avais mis de côté… Celui d’Eric Fassin même s’il traite de ce dont les médias veulent que l’on parle a le mérite de dire des choses de bon sens. (note de danielle Bleitrach)

 

 

Bon allez, un mot dessus, même si ça relève de la société du spectacle : créer du buzz sur des trucs sans intérêt pour détourner l’attention des gros problèmes urgents… (genre système financier, inégalités, politiques étrangère de la France). Ok, le symbole est important, mais aujorud’hui on se retrouve avec des politiques dont 70 % du temps consiste à gérer des symboles…

Source : Mediapart, Eric Fassin, 24-12-2015

Constitutionnaliser la déchéance de nationalité n’est pas seulement un crime; c’est une faute. Du moins la stratégie présidentielle peut-elle nous aider à sortir du piège du « front républicain ». Comment croire que c’est l’extrême droitisation des gouvernants socialistes qui nous sauvera du Front national ? À gauche, il est grand temps de former un front démocratique contre la dérive du régime.

« Une personne née française qui détient une autre nationalité peut être déchue de la nationalité française lorsqu’elle est condamnée pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation. » Constitutionnaliser pareille mesure n’est pas seulement un crime ; c’est aussi une faute.

Tout le monde s’accorde à le dire, elle est inutile : ceux qui, au nom de l’État islamique, sont prêts à se donner la mort pour faire la guerre à la France, n’en seront pas dissuadés par la crainte de perdre leur passeport. La menace risque plutôt de provoquer leur fou rire. Mais qu’importe l’efficacité ! Pour Ségolène Royal, numéro 2 du gouvernement, « avec des arguments comme ça, on ne fait plus rien… »

Énorme en effet :

Elle est fascinante Ségolène Royal, un vrai condensé du politicien actuel : le but, c’est Twitter, pas de régler les problèmes !

Une mesure symbolique

Le juriste Olivier Duhamel en convient, « elle est certes de très peu d’utilité. Mais il y a de nombreuses dispositions symboliques dans une Constitution. Nous n’allons pas supprimer la référence à la “fraternité” sous prétexte qu’elle a une portée surtout symbolique. » L’humour involontaire de cet argument tient au fait que la mesure vise à distinguer deux catégories de Français en associant symboliquement le terrorisme à l’origine : n’est-ce pas, précisément, le contraire de la fraternité ? La mesure est purement symbolique ; mais elle le devient « hautement », selon Manuel Valls ; ne sera-t-elle pas gravée, comme l’urgence, « dans le marbre de la Constitution » ?

Sans pousser le raisonnement à l’absurde comme ce constitutionnaliste (« aujourd’hui, le Français de naissance ne peut pas être déchu de sa nationalité, mais celui qui est devenu français peut l’être. De ce point de vue, le projet du gouvernement va vers plus d’égalité »), on trouvera toujours des conseillers d’État pour juger que, « en élargissant aux personnes nées françaises la sanction de la déchéance déjà autorisée par le code civil pour les personnes devenues françaises par acquisition, la disposition envisagée ne crée pas non plus une rupture d’égalité entre ces deux catégories de personnes ».

Pourtant, en 2010, quand Nicolas Sarkozy promettait à Grenoble la déchéance de nationalité pour les Français naturalisés coupables de crimes majeurs, le même Olivier Duhamel lançait un appel sur Mediapart, au nom des droits de l’homme, soulignant que « cette sélection entre Français selon l’origine fut celle du régime raciste de Vichy. »Pour ma part, je comptais alors parmi les signataires d’un autre appel aux côtés (notamment) de… François Hollande, Manuel Valls et Christiane Taubira : « pour la première fois au plus haut de niveau de l’État, il aura été publiquement affirmé qu’il existe des “Français de souche” et des “Français de papier”, comme le clame le Front National depuis sa  création et au risque de crédibiliser ce dernier. »

À l’époque, beaucoup songeaient évidemment aux dénaturalisations massives de Vichy. D’ailleurs, l’UMP avait fini par reculer. Or cette mémoire est d’autant plus pertinente que le successeur de Nicolas Sarkozy s’en prend aux Français de naissance, soit une manière d’opposer les binationaux aux « Français de souche », selon l’expression de François Hollande devant le CRIF le 23 février 2015. Sans doute nous explique-t-on que c’est pour « couper l’herbe sous le pied du Front national ». Toutefois, aujourd’hui, devant l’enthousiasme exprimé par Marine Le Pen, il est permis d’en douter : la présidente du parti d’extrême droite célèbre sur Twitter « le premier effet des 6,8 millions de voix pour le Front national aux élections régionales », tandis que son vice-président Florian Philippotenfonce le clou en estimant que le gouvernement « se “marinise” un peu. »

La stratégie du Titanic

Comment comprendre le choix présidentiel ? Thomas Piketty indique une voie : « à l’incompétence économique, voici que le gouvernement ajoute l’infamie. » Cependant, pour prolonger son argument, peut-être faut-il, non pas ajouter, mais articuler les deux versants de cette politique, soit la droitisation économique et l’extrême droitisation identitaire (depuis la chasse aux Roms, au lendemain de l’élection en 2012, jusqu’à la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité, promise pour 2016). Tout se passe en effet comme si la politique gouvernementale concédait tout dans le second registre pour ne rien lâcher dans le premier. C’est que les dirigeants socialistes semblent partager avec ceux du Front national une représentation populiste du peuple : les uns et les autres le supposent forcément xénophobe et raciste. À défaut de lui donner du pain, le président de la République lui offre ainsi le cirque du ressentiment identitaire.

Pourtant, ces jeux n’avaient pas bénéficié à Nicolas Sarkozy : la fuite en avant dans les controverses, de l’identité nationale à l’islam en passant par les Roms, n’a jamais enrayé sa chute dans les sondages, jusqu’à la défaite finale. Quant à François Hollande, il aura fallu les attaques terroristes à répétition pour arrêter l’effondrement de sa popularité. De longue date, on reprend les questions du Front national ; de plus en plus, on lui emprunte ses réponses. Mais ce parti pourrait bien en être l’unique bénéficiaire. En effet, quand les socialistes imitent la droite, qui imite l’extrême droite, comme Jean-Marie Le Pen l’a toujours dit, les électeurs préfèrent l’original à la copie.

Dès le mois d’août 2012, j’avais dénoncé la « xénophobie normale » du nouveau président. L’année suivante, j’ai entrepris d’analyser les périls du « pari auto-réalisateur de droitisation » de François Hollande : « Pour l’Histoire, il pourrait bien rester le président “de gauche”, entre guillemets, qui a permis en France l’avènement de l’extrême droite – sans guillemets. » Il y a quelques semaines, dans une lettre ouverte, j’interpellais le président de la République. Non content de reprendre à son compte le discours de la droite extrême sur la dénaturalisation, ne s’apprête-il pas à lui léguer le cadre juridique et politique de l’état d’urgence ? « L’histoire jugera votre rôle dans l’avènement d’un régime autoritaire, que portera demain la droite avec l’extrême droite. »

Une mesure comme la déchéance de nationalité ne saurait donc être taxée d’électoralisme, dès lors qu’elle pourrait contribuer à la défaite de la majorité en 2017. Ainsi, François Hollande semble entraîner le Parti socialiste dans un suicide politique. Comme me l’avouait en 2014 un jeune secrétaire de section socialiste, peu après la parution de mon essai Gauche : L’avenir d’une désillusion : « Nous resterons à bord du Titanic même quand il aura coulé »… La France aurait-elle, non seulement la droite la plus bête, mais aussi le Parti socialiste le plus stupide du monde ? Depuis trente ans, pour mieux diviser la droite, il fait monter l’extrême droite ; et à force de réussir à affaiblir sa gauche, il sombre avec elle.

Charybde et Scylla

Devant tant d’aveuglement, on se prend pourtant à douter : et si, contrairement aux apparences, le président de la République faisait montre de clairvoyance ? Et si son entêtement se révélait une forme de détermination ? Autrement dit, les élections pourraient-elles démentir les analyses qui précèdent, pour venir lui donner raison ? Car c’est bien depuis trente ans que le même scénario se répète. Résultat : le Parti socialiste et l’ex-UMP se succèdent dans l’alternance, effaçant toute alternative. Et pourquoi pas trente ans encore ? Sans doute est-ce le fait de l’abstention ; mais c’est aussi celui du « vote utile » : pour faire barrage à la droite, les électeurs de gauche finissent toujours par voter socialiste ; et l’on a vu au second tour des élections régionales comment, pour barrer la route au Front national, les mêmes sont prêts à voter pour leurs adversaires de droite.

Reste alors à savoir quel scénario nous effraie le moins. D’un côté, à force de courir après l’extrême droite, on lui ouvre les portes du pouvoir. De l’autre, c’est l’extrême droitisation des gouvernants socialistes qui nous sauverait du Front national. Nous tremblons bien sûr de le voir arriver demain au gouvernement ; mais redoutons-nous assez ce qui se passe dès aujourd’hui, alors même que les Socialistes tiennent les rênes du pays ? Sans doute ceux-ci se flattent-ils d’être plus républicains que leurs concurrents d’extrême droite, voire de droite.

Mais à quel prix démocratique payons-nous cette mascarade de République ? Au moins, en cas de victoire du Front national, pourrait-on escompter une forte mobilisation contre toutes les dérives – comme hier contre celles de Nicolas Sarkozy. En revanche, quand le Parti socialiste est aux affaires, la gauche semble réduite au silence, et avec elle la société civile. On croyait sauver la République ; on découvre qu’on met en péril la démocratie.

L’honneur perdu de Christiane Taubira

Il suffit de songer à l’abaissement de Christiane Taubira. Depuis le premier jour, l’égérie du « mariage pour tous » était l’alibi de gauche du gouvernement Valls : telle était sa fonction. Pour y rester, la Garde des Sceaux semble prête à boire le calice jusqu’à la lie : elle défendra devant le Parlement la mesure qu’elle a combattue. Le Premier ministre le souligne avec cruauté : « C’est son rôle au sein du gouvernement ». Et de fait, sa ministre ne se contente pas d’obtempérer ; elle se sent obligée de justifier son revirement : « la seule fois où je me suis exprimée sur la déchéance de nationalité, […] je n’ai pas hésité à dire que ceux qui retournent leurs armes contre leurs compatriotes s’excluent eux-mêmes de la communauté nationale. »

On voit ici la tactique du pouvoir actuel : il associe à son infamie ceux qui lui cèdent. C’est ce qu’il vient de réussir en faisant adopter la prorogation de l’état d’urgence à la quasi-unanimité des députés : les voici compromis. Avec la réforme de la Constitution, François Hollande ne laisse plus qu’une option aux parlementaires. Pour ne pas devenir ses complices dans la déchéance, ils sont condamnés à désavouer le gouvernement – soit à opposer à la dérive présidentielle un régime parlementaire. Aujourd’hui, seul ce coup d’État légal leur permettra de résister à la politique de compromission dont Christiane Taubira, après avoir été l’icône de la gauche, est devenue l’emblème.

Si, à l’instar des six députés qui ont refusé l’état d’urgence, les parlementaires de gauche, et ceux qui, à droite, veulent mériter de s’appeler « les Républicains », votent contre la réforme constitutionnelle, le président de la République pourra certes s’employer à corrompre le peuple en soumettant la mesure à un référendum. Il n’en reste pas moins que les réfractaires qui élargiraient le cercle des frondeurs ouvriraient la voie à une recomposition politique. Ce serait le début de quelque chose.

Nul ne saurait l’ignorer : voter la réforme constitutionnelle, c’est s’aligner sur l’extrême droite. Sera-t-elle adoptée quand même, avec les voix de la droite et de l’extrême droite ? Il n’empêche. Refuser de la voter reviendra à proclamer avec force : « qu’ai-je en commun avec ce gouvernement et ce président de la République ? »

Au front républicain, obnubilé par le Front national, il est grand temps d’opposer un front démocratique. On pourra compter demain ceux qui s’engageront solennellement à combattre la dérive du régime. En revanche, les autres pourront compter sur l’engagement, non moins solennel, des électeurs de gauche à ne plus jamais voter pour eux – même face au Front national. En effet, avec la folle stratégie de François Hollande, la situation devient claire : le « vote utile » s’est métamorphosé en vote dangereux.

 Source : Mediapart, Eric Fassin, 24-12-2015
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Déchéances?

Source : Russeurope, Jacques Sapir, 24-12-2015

La proposition d’inscrire la déchéance de nationalité pour les binationaux qui ont été condamnés pour des faits de terrorisme dans la constitution, projet qui avait été annoncé par le Président de la République après les attentats du 13 novembre, suscite le débat. Mais, si débat il doit y avoir il doit porter sur la nécessité – ou non – d’inscrire ceci dans la constitution, nécessité qui n’est en rien évidente, ainsi que sur le fait de limiter cette peine aux seuls binationaux.

 Les principes

Rappelons que le principe de déchéance de nationalité existe déjà dans le droit français[1]. Ce principe existe aussi dans l’ensemble des pays européens. La seule limite, depuis la « loi Guigou » de 1998 est que cette disposition ne peut s’appliquer qu’à des binationaux. Ceci est la conséquence de l’article 15 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme. Notons, aussi, que le Conseil Constitutionnel a validé les articles 25 et 25-1 du code civil sur la déchéance de nationalité et considéré que « les mots « ou pour un crime ou pour un délit constituant un acte de terrorisme » figurant au 1° de l’article 25 et de l’article 25-1 du code civil sont conformes à la constitution »[2]. Il n’y a donc rien de juridiquement scandaleux dans cette mesure. La comparaison entre les déchéances administratives prononcées par le gouvernement de fait de Vichy et ces mesures est particulièrement inappropriée. Elle montre l’incompréhension des questions juridiques et politiques de ceux qui ont formulé cette comparaison, une comparaison qui pose problème quand on sait que certaines de ces personnes sont des élus de la République.

 Les contradictions des opposants

Les oppositions à cette mesure montrent aussi une incompréhension de la nature politique de la nationalité et de la citoyenneté. Dire que l’on ne pourrait retirer sa nationalité à un individu pour des faits condamnés qui l’ont mis hors de communauté politique française reviendrait en réalité à soutenir que l’appartenance au peuple français ne se fonde pas sur une base politique mais sur une base ethnique. Seule une appartenance « fondamentale » au peuple français justifierait que l’on s’oppose au principe de déchéance. Mais, l’idée d’un « fondamentalisme » en la matière est contradictoire avec la conception politique du peuple et de la nation. C’est cette conception politique qui permet, d’ailleurs, de « faire des français » par naturalisation, c’est à dire de reconnaître que des personnes, nées étrangères, puissent s’agglomérer au peuple français, conçu comme un ensemble politique. Les opposants au principe de la déchéance se retrouvent donc sur les positions des « identitaires » les plus extrémistes, et l’on attend, non sans une certaine impatience (sic) qu’ils nous fournissent leur définition « fondamentale » du peuple français.

De même, disons tout net que l’argument selon lequel cette mesure ayant été proposée (entre autres) par le Front National ne serait de ce fait pas acceptable est d’une profonde stupidité. Une proposition doit être jugée sur ses mérites et sur rien d’autre. Nous sommes ici en présence d’une déchéance de la raison.

OB : je suis rarement en désaccord avec Jaques Sapir, mais sur ce point là, je n’achète pas : il y a une sacrée différence entre revenir sur une nationalité qui a été accordée après naturalisation, donc à un étranger qui a demandé à devenir français, et à un binational qui est né Français et n’a jamais rien demandé…

Pour ma part, je suis contre toute déchéance de nationalité, quelle qu’elle soit (allez disons sauf pour les naturalisés qui auraient menti dans le dossier de demande).  Primo, car c’est un symbole détestable, sévèrement connoté historiquement. Secundo, c’est la seule position philosophiquement cohérente. Sinon, vous créez des inégalités indéfendables, qui vous tirent toujours plus loin. Aujourd’hui, vous enlevez la nationalité à un terroriste naturalisé (enfin, s’il ne s’est pas fait sauter…), mais pas à un binational. Demain vous l’enlèverez au second, mais pas au terroriste français. Etc. Et pourquoi le terrorisme et pas le meurtre, le viol, le trafic de drogue, le vol d’autoradio…

De toutes façons, avec la logique de Hollande / Valls, c’est la peine de mort que les socialistes devraient demander pour les terroristes, pas la déchéance de nationalité… Au point où ils en sont…

 Une gestion calamiteuse

Il n’en reste pas moins que ce dossier a été très mal géré et par le Président de la République et par le gouvernement. On ne voit pas la nécessité de passer par une modification de la constitution pour inscrire le nouveau motif de déchéance dans la loi. Un vote devant le Parlement (Assemblée Nationale et Sénat) suffirait amplement. Des voix se sont d’ailleurs élevées dans ce sens.

On comprend bien que François Hollande veuille capitaliser politiquement sur l’émotion provoquée par les attentats du 13 novembre. En cela il a tort. Le pays attend une réaction de fermeté et de clarté, et non des manipulations politiciennes. François Hollande aura ainsi largement contribué à briser le sentiment d’union nationale qui s’était exprimé après ces attentats.

De même, il y a aujourd’hui très clairement un « problème Taubira » au gouvernement. Ce problème ne provient pas des convictions exprimées par Mme le Garde des Sceaux. Au contraire, elle est probablement une des seules personnes ayant des convictions – même si on peut les contester – au sein de ce gouvernement. Mais, en prenant position sur ce projet depuis un pays étranger (l’Algérie en l’occurrence), elle a commis une faute grave. Rappelons donc la « jurisprudence Chevènement » : un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne. Mme Taubira, si réellement elle est en désaccord avec cette mesure, se doit d’en tirer les conséquences quant à son maintien au gouvernement.

[1] Code Civil, section 1, art. 23 et art. 25, http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idArticle=LEGIARTI0TA000006149955&cidTexte=LEGITEXT000006070721&dateTexte=19960722

[2] Décision n° 2014-439 QPC du 23 janvier 2015 du Conseil Constitutionnel, http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/root/bank/download/cc2014439qpc.pdf

 Source : Russeurope, Jacques Sapir, 24-12-2015
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Article 15

1. Tout individu a droit à une nationalité. 
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.
Section 3 : De la déchéance de la nationalité française
Article 25
L’individu qui a acquis la qualité de Français peut, par décret pris après avis conforme du Conseil d’Etat, être déchu de la nationalité française, sauf si la déchéance a pour résultat de le rendre apatride :
1° S’il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou pour un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme ;
2° S’il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit prévu et réprimé par le chapitre II du titre III du livre IV du code pénal ;
3° S’il est condamné pour s’être soustrait aux obligations résultant pour lui du code du service national ;
4° S’il s’est livré au profit d’un Etat étranger à des actes incompatibles avec la qualité de Français et préjudiciables aux intérêts de la France.
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Article 25-1 du Code civil
La déchéance n’est encourue que si les faits reprochés à l’intéressé et visés à l’article 25 se sont produits antérieurement à l’acquisition de la nationalité française ou dans le délai de dix ans à compter de la date de cette acquisition.
Elle ne peut être prononcée que dans le délai de dix ans à compter de la perpétration desdits faits.
Si les faits reprochés à l’intéressé sont visés au 1° de l’article 25, les délais mentionnés aux deux alinéas précédents sont portés à quinze ans.

 
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Publié par le janvier 3, 2016 dans politique, société, textes importants

 

Giorgio Agamben : « De l’État de droit à l’État de sécurité »

by Les-crises.fr DT

Source : Le Monde, 23-12-2015

Giorgio Agamben

Pour le philosophe italien Giorgio Agamben, l’état d’urgence n’est pas un bouclier qui protège la démocratie. Il a, au contraire, selon lui, toujours accompagné les dictatures.

On ne comprend pas l’enjeu véritable de la prolongation de l’état d’urgence [jusqu’à la fin février] en France, si on ne le situe pas dans le contexte d’une transformation radicale du modèle étatique qui nous est familier. Il faut avant tout démentir le propos des femmes et hommes politiques irresponsables, selon lesquels l’état d’urgence serait un bouclier pour la démocratie.

Les historiens savent parfaitement que c’est le contraire qui est vrai. L’état d’urgence est justement le dispositif par lequel les pouvoirs totalitaires se sont installés en Europe. Ainsi, dans les années qui ont précédé la prise du pouvoir par Hitler, les gouvernements sociaux-démocrates de Weimar avaient eu si souvent recours à l’état d’urgence (état d’exception, comme on le nomme en allemand), qu’on a pu dire que l’Allemagne avait déjà cessé, avant 1933, d’être une démocratie parlementaire.

Or le premier acte d’Hitler, après sa nomination, a été de proclamer un état d’urgence, qui n’a jamais été révoqué. Lorsqu’on s’étonne des crimes qui ont pu être commis impunément en Allemagne par les nazis, on oublie que ces actes étaient parfaitement légaux, car le pays était soumis à l’état d’exception et que les libertés individuelles étaient suspendues.

On ne voit pas pourquoi un pareil scénario ne pourrait pas se répéter en France  : on imagine sans difficulté un gouvernement d’extrême droite se servir à ses fins d’un état d’urgence auquel les gouvernements socialistes ont désormais habitué les citoyens. Dans un pays qui vit dans un état d’urgence prolongé, et dans lequel les opérations de police se substituent progressivement au pouvoir judiciaire, il faut s’attendre à une dégradation rapide et irréversible des institutions publiques.

Entretenir la peur

Cela est d’autant plus vrai que l’état d’urgence s’inscrit, aujourd’hui, dans le processus qui est en train de faire évoluer les démocraties occidentales vers quelque chose qu’il faut, d’ores et déjà, appeler Etat de sécurité (« Security State », comme disent les politologues américains). Le mot « sécurité » est tellement entré dans le discours politique que l’on peut dire, sans crainte de se tromper, que les « raisons de sécurité » ont pris la place de ce qu’on appelait, autrefois, la « raison d’Etat ». Une analyse de cette nouvelle forme de gouvernement fait, cependant, défaut. Comme l’Etat de sécurité ne relève ni de l’Etat de droit ni de ce que Michel Foucault appelait les « sociétés de discipline », il convient de poser ici quelques jalons en vue d’une possible définition.

Dans le modèle du Britannique Thomas Hobbes, qui a si profondément influencé notre philosophie politique, le contrat qui transfère les pouvoirs au souverain présuppose la peur réciproque et la guerre de tous contre tous : l’Etat est ce qui vient justement mettre fin à la peur. Dans l’Etat de sécurité, ce schéma se renverse : l’Etat se fonde durablement sur la peur et doit, à tout prix, l’entretenir, car il tire d’elle sa fonction essentielle et sa légitimité.

Foucault avait déjà montré que, lorsque le mot « sécurité » apparaît pour la première fois en France dans le discours politique avec les gouvernements physiocrates avant la Révolution, il ne s’agissait pas de prévenir les catastrophes et les famines, mais de les laisser advenir pour pouvoir ensuite les gouverner et les orienter dans une direction qu’on estimait profitable.

Aucun sens juridique

De même, la sécurité dont il est question aujourd’hui ne vise pas à prévenir les actes de terrorisme (ce qui est d’ailleurs extrêmement difficile, sinon impossible, puisque les mesures de sécurité ne sont efficaces qu’après coup, et que le terrorisme est, par définition, une série des premiers coups), mais à établir une nouvelle relation avec les hommes, qui est celle d’un contrôle généralisé et sans limites – d’où l’insistance particulière sur les dispositifs qui permettent le contrôle total des données informatiques et communicationnelles des citoyens, y compris le prélèvement intégral du contenu des ordinateurs.

Le risque, le premier que nous relevons, est la dérive vers la création d’une relation systémique entre terrorisme et Etat de sécurité : si l’Etat a besoin de la peur pour se légitimer, il faut alors, à la limite, produire la terreur ou, au moins, ne pas empêcher qu’elle se produise. On voit ainsi les pays poursuivre une politique étrangère qui alimente le terrorisme qu’on doit combattre à l’intérieur et entretenir des relations cordiales et même vendre des armes à des Etats dont on sait qu’ils financent les organisations terroristes.

Dans un pays qui vit dans un état d’urgence prolongé, et dans lequel les opérations de police se substituent progressivement au pouvoir judiciaire, il faut s’attendre à une dégradation rapide et irréversible des institutions publiques
Un deuxième point, qu’il est important de saisir, est le changement du statut politique des citoyens et du peuple, qui était censé être le titulaire de la souveraineté. Dans l’Etat de sécurité, on voit se produire une tendance irrépressible vers ce qu’il faut bien appeler une dépolitisation progressive des citoyens, dont la participation à la vie politique se réduit aux sondages électoraux. Cette tendance est d’autant plus inquiétante qu’elle avait été théorisée par les juristes nazis, qui définissent le peuple comme un élément essentiellement impolitique, dont l’Etat doit assurer la protection et la croissance.

Or, selon ces juristes, il y a une seule façon de rendre politique cet élément impolitique : par l’égalité de souche et de race, qui va le distinguer de l’étranger et de l’ennemi. Il ne s’agit pas ici de confondre l’Etat nazi et l’Etat de sécurité contemporain : ce qu’il faut comprendre, c’est que, si on dépolitise les citoyens, ils ne peuvent sortir de leur passivité que si on les mobilise par la peur contre un ennemi étranger qui ne leur soit pas seulement extérieur (c’étaient les juifs en Allemagne, ce sont les musulmans en France aujourd’hui).

Incertitude et terreur

C’est dans ce cadre qu’il faut considérer le sinistre projet de déchéance de la nationalité pour les citoyens binationaux, qui rappelle la loi fasciste de 1926 sur la dénationalisation des « citoyens indignes de la citoyenneté italienne » et les lois nazies sur la dénationalisation des juifs.

Un troisième point, dont il ne faut pas sous-évaluer l’importance, est la transformation radicale des critères qui établissent la vérité et la certitude dans la sphère publique. Ce qui frappe avant tout un observateur attentif dans les comptes rendus des crimes terroristes, c’est le renoncement intégral à l’établissement de la certitude judiciaire.

Alors qu’il est entendu dans un Etat de droit qu’un crime ne peut être certifié que par une enquête judiciaire, sous le paradigme sécuritaire, on doit se contenter de ce qu’en disent la police et les médias qui en dépendent – c’est-à-dire deux instances qui ont toujours été considérées comme peu fiables. D’où le vague incroyable et les contradictions patentes dans les reconstructions hâtives des événements, qui éludent sciemment toute possibilité de vérification et de falsification et qui ressemblent davantage à des commérages qu’à des enquêtes. Cela signifie que l’Etat de sécurité a intérêt à ce que les citoyens – dont il doit assurer la protection – restent dans l’incertitude sur ce qui les menace, car l’incertitude et la terreur vont de pair.

C’est la même incertitude que l’on retrouve dans le texte de la loi du 20 novembre sur l’état d’urgence, qui se réfère à « toute personne à l’égard de laquelle il existe de sérieuses raisons de penser que son comportement constitue une menace pour l’ordre public et la sécurité ». Il est tout à fait évident que la formule « sérieuses raisons de penser » n’a aucun sens juridique et, en tant qu’elle renvoie à l’arbitraire de celui qui « pense », peut s’appliquer à tout moment à n’importe qui. Or, dans l’Etat de sécurité, ces formules indéterminées, qui ont toujours été considérées par les juristes comme contraires au principe de la certitude du droit, deviennent la norme.

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Dépolitisation des citoyens

La même imprécision et les mêmes équivoques reviennent dans les déclarations des femmes et hommes politiques, selon lesquelles la France serait en guerre contre le terrorisme. Une guerre contre le terrorisme est une contradiction dans les termes, car l’état de guerre se définit précisément par la possibilité d’identifier de façon certaine l’ennemi qu’on doit combattre. Dans la perspective sécuritaire, l’ennemi doit – au contraire – rester dans le vague, pour que n’importe qui – à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur – puisse être identifié en tant que tel.

Maintien d’un état de peur généralisé, dépolitisation des citoyens, renoncement à toute certitude du droit : voilà trois caractères de l’Etat de sécurité, qui ont de quoi troubler les esprits. Car cela signifie, d’une part, que l’Etat de sécurité dans lequel nous sommes en train de glisser fait le contraire de ce qu’il promet, puisque – si sécurité veut dire absence de souci (sine cura) – il entretient, en revanche, la peur et la terreur. L’Etat de sécurité est, d’autre part, un Etat policier, car, par l’éclipse du pouvoir judiciaire, il généralise la marge discrétionnaire de la police qui, dans un état d’urgence devenu normal, agit de plus en plus en souverain.

Par la dépolitisation progressive du citoyen, devenu en quelque sorte un terroriste en puissance, l’État de sécurité sort enfin du domaine connu de la politique, pour se diriger vers une zone incertaine, où le public et le privé se confondent, et dont on a du mal à définir les frontières.

Source : Le Monde, 23-12-2015

Les-crises.fr DT | 29 décembre 2015 à 1 h 34 min | Tags: Etat d’urgence | Catégories: Crise Démocratique | URL: http://wp.me/p17qr1-pQz
 
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Publié par le décembre 29, 2015 dans civilisation, histoire, textes importants

 

Black Panther : pour un antiracisme socialiste

http://www.revue-ballast.fr/black-panthers-pour-un-antiracisme-socialiste/
La rubrique MÉMENTO publie des textes introuvables sur Internet

Ce texte de Bobby Seale, co-fondateur du Black Panther Party, est tiré de son ouvrage Seize The Time: The Story of the Black Panther Party, paru en 1970. Nous avons traduit l’un des chapitres, dans son intégralité ; le leader afro-américain y proposait un antiracisme socialiste, autrement dit, « une lutte des classes et non une lutte des races ». Les employés et les chômeurs de toutes origines contre ceux d’en haut, la minorité possédante au pouvoir — un projet d’émancipation qui tournait le dos à tous ceux, de tous bords, qui cherchaient à « obscurcir la lutte avec des différences ethniques ».
emory2Le Black Panther Party n’est pas pas une organisation noire raciste, ni même une organisation raciste tout court. Nous comprenons d’où vient le racisme. Notre ministre de la Défense, Huey P. Newton, nous a appris à comprendre que nous devions nous opposer à toutes les sortes de racisme. Le parti comprend la pénétration du racisme dans une importante part de l’Amérique blanche et il comprend que les petits cultes qui jaillissent de temps à autre dans la communauté noire ont essentiellement une philosophie noire raciste. Le Black Panther Party ne s’abaisserait pas au niveau pestilentiel d’un Ku Klux Klan, d’un suprémaciste blanc, ou à celui des organisations prétendument « patriotiques » de citoyens blancs qui haïssent les personnes noires pour la couleur de leur peau. Bien que certaines de ces organisations de citoyens blancs se dresseront pour dire « Oh, nous ne haïssons pas les personnes noires. C’est juste que nous n’allons pas laisser les noirs faire ceci et nous n’allons pas laisser les Noirs faire cela. », c’est une pitoyable démagogie dont la base est le vieux racisme qui rend tout tabou — en particulier le corps. L’esprit de l’homme noir a été dépouillé par l’environnement social, celui, décadent, auquel il a été soumis pendant l’esclavage et les années qui suivirent la soi-disant Proclamation d’émancipation.
« Appeler à une alliance, à une coalition entre tous les peuples et toutes les organisations qui veulent se mobiliser contre les structures du pouvoir. »

Les Noirs, les Hispaniques, les Chinois et les Vietnamiens sont traités de bridés, bougnoules1, nègres ou autres noms méprisants. Ce que le Black Panther Party a fait en substance, c’est d’appeler à une alliance, à une coalition entre tous les peuples et toutes les organisations qui veulent se mobiliser contre les structures du pouvoir. Ce sont les structures du pouvoir qui sont les porcs qui ont pillé le peuple ; l’élite dominante, avare et démagogique, dont la flicaille n’est que le bras armé voué à perpétuer leur vieille escroquerie. À l’ère de l’impérialisme capitaliste mondialisé, avec cet impérialisme qui se manifeste ici aussi, en Amérique, contre beaucoup de peuples, nous trouvons qu’il est nécessaire, en tant qu’êtres humains, de s’opposer aux idées fausses du moment — telles que l’intégration. Si les gens veulent s’intégrer — et j’imagine qu’ils le feront d’ici cinquante ou cent ans —, c’est leur affaire. Mais, pour l’instant, nous faisons face au système d’une classe dirigeante qui entretient et utilise le racisme comme une clé pour maintenir son exploitation capitaliste.

Ce système utilise certains Noirs – ceux qui, surtout, sortent des hautes écoles et du système de la classe des élites –, parce qu’ils ont tendance à se ruer vers le racisme anti-noir, similaire au racisme du Ku Klux Klan ou des groupes de citoyens blancs. Il est évident qu’en essayant de combattre le feu par le feu, il y aura de nombreux incendies. Le meilleur moyen de combattre le feu, c’est l’eau, parce que l’eau éteint le feu. Ici, l’eau, c’est la solidarité du droit des peuples à se défendre eux-mêmes, ensemble, contre un monstre vicieux. Ce qui est bon pour lui ne peut pas être bon pour nous. Ce qui est bon pour le système capitaliste de la classe dominante, ne peut pas être bon pour les masses du peuple. Nous, le Black Panther Party, nous nous voyons comme une nation au sein d’une nation, mais pas pour une raison raciste. Nous voyons cela comme une nécessité pour pouvoir progresser comme êtres humains et pour pouvoir vivre sur Terre aux côtés d’autres peuples. Nous ne combattons pas le racisme avec le racisme. Nous combattons le racisme avec la solidarité. Nous ne combattons pas le capitalisme débridé avec un capitalisme noir. Nous combattons le capitalisme avec un socialisme fondamental. Et nous ne combattons pas l’impérialisme avec plus d’impérialisme. Nous combattons l’impérialisme avec l’internationalisme prolétarien.

Ces principes sont très fonctionnels pour le parti. Ils sont très concrets, humanistes et nécessaires. Ils devraient être compris par les masses du peuple. Nous n’utilisons pas nos revolvers, nous n’avons jamais utilisé nos revolvers pour aller dans la communauté blanche pour abattre des Blancs. Nous nous défendons seulement contre quiconque — qu’il soit noir, bleu, vert ou rouge — nous attaque de manière injuste et essaie de nous assassiner et de nous tuer parce que nous mettons en œuvre nos programmes. Au bout du compte, je pense que l’on peut voir de nos pratiques antérieures que nous ne sommes pas une organisation raciste mais un parti révolutionnaire très progressiste. Ceux qui veulent obscurcir la lutte avec des différences ethniques sont ceux qui aident et maintiennent l’exploitation des masses : les Blancs pauvres, les Noirs, les Bruns et les Indiens peaux-rouges pauvres, les Chinois et Japonais pauvres et les travailleurs en général. Le racisme et les différences ethniques permettent à la structure du pouvoir d’exploiter les masses des travailleurs dans ce pays parce que c’est la clé par laquelle ils maintiennent leur contrôle. L’objectif de la structure du pouvoir, c’est de diviser les peuples et de les conquérir. C’est la classe dominante, la toute petite minorité, les quelques porcs et rats avares et démagogiques qui contrôlent et infestent le gouvernement. La classe dirigeante et ses chiens de garde, ses laquais, ses lécheurs de botte, ses bons nègres et ses racistes noirs, ses nationalistes culturels — ils sont tous les valets de la classe au pouvoir.
« C’est une lutte des classes entre la massive classe ouvrière prolétarienne et la petite minorité qu’est la classe dirigeante. Les ouvriers de toutes les couleurs doivent s’unir contre la classe dirigeante qui exploite et opprime. »

Ce sont eux qui aident à maintenir et soutenir la structure du pouvoir en perpétuant leur attitude raciste et en utilisant le racisme comme un moyen pour diviser le peuple. Mais c’est réellement la classe dirigeante — qui est minoritaire — qui domine, exploite et opprime les travailleurs et les ouvriers. Nous sommes tous de la classe des travailleurs, que l’on soit employé ou au chômage, et notre unité doit se fonder sur les nécessités pratiques de la vie, de la liberté, de la poursuite du bonheur, si cela a du sens pour qui que ce soit. Cela doit reposer sur des choses pratiques telles que la survie du peuple et le droit des peuples à l’auto-détermination, à faire disparaître les problèmes qui existent. Donc, en substance, il ne s’agit pas de lutte des races. Nous éduquons rapidement les gens à cela. Selon nous, c’est une lutte des classes entre la massive classe ouvrière prolétarienne et la petite minorité qu’est la classe dirigeante. Les ouvriers de toutes les couleurs doivent s’unir contre la classe dirigeante qui exploite et opprime. Donc, laissez-moi insister de nouveau — nous croyons que notre combat est une lutte des classes et non une lutte des races.
NOTES

1. La formule « gooks and spicks », dans le texte original, fait référence à des insultes racistes utilisées aux États-Unis à l’encontre des populations asiatiques et latino-américaines.
Toutes les illustrations sont de Emory Douglas.
Texte traduit, de l’anglais, par Cihan Gunes, Walden Dostoievski, Maude Morrison et Rissa Kinkeliba.
REBONDS

☰ Lire notre article « Thoreau, derrière la légende », Émile Carme, novembre 2015
☰ Lire notre entretien avec Almamy Kanouté, « On doit fédérer tout le monde », juillet 2015
☰ Lire l’article « Antiracisme et lutte contre l’homophobie : retour aux convergences », Noel Halifax (traduction), juillet 2015
☰ Lire notre entretien avec Angela Davis, « Nos luttes mûrissent, grandissent », mars 2015
☰ Lire notre article « Daniel Guérin, à la croisée des luttes », mars 2015
☰ Lire l’article « Luther King : plus radical qu’on ne le croit ? », Thomas J. Sugrue (traduction), février 2015

 
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Publié par le décembre 28, 2015 dans textes importants

 

Comment briser l’étau de l’UM-Pen-S en gestation ? – par Georges Gastaud

sarko le pen fn, LR UMPEN, brun bonnetLe vent du boulet des régionales vient à peine de passer que déjà les grandes manœuvres politiciennes qui nourrissent le Front « national » () redémarrent en grand.
Et c’est Valls qui annonce que de nouvelles mesures « pour l’emploi » – entendez par là de nouvelles attaques contre le CDI, contre le SMIG et le « coût du travail », contre le statut de la fonction publique, contre la Sécu et les retraites, vont être promues par le gouvernement qui recherche manifestement sur ces sujets l’accord de la droite et du MEDEF. Et qui ne fera ainsi qu’accentuer la droitisation de la vie française avec en bout de course son « extrême droitisation ».
Et c’est qui prend prétexte de la fraternisation franco-allemande de 1915 (à l’époque la bourgeoisie française la réprimait furieusement mais aujourd’hui que la soumission à Merkel est de règle, on lui trouve opportunément des vertus…) pour convoler dans le nord avec Xavier Bertrand, le pionnier de la nouvelle jonction électorale /. Tout montre que loin d’infléchir à gauche sa politique, comme le lui demandent à genoux les prétendus « frondeurs », le PS hollandien va aggraver son virage néolibéral, prendre appui sur la peur du FN pour mettre en place une sorte d’alliance de travail UMPS entièrement au service du patronat et de l’UE. Bref, loin de tirer quelque leçon que ce soit de l’immense rejet populaire dont est victime la fausse gauche, et à sa suite, la pseudo-« gauche radicale » et « euro-constructive », l’Élysée et Matignon n’apportent qu’une réponse politicarde sur la base d’un calcul sordide : créer des passerelles avec la droite « modérée » de Juppé et Cie (sic !), marginaliser Sarkozy et son discours mal démarqué de celui du FN, et – comme le PS le fait scandaleusement depuis l’époque de Mitterrand – instrumentaliser le FN dans le rôle du repoussoir qui permettra à Hollande – croit-il – d’être le concurrent de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle et de gagner à quelques points près au second tour.
Sauf que c’est jouer avec le feu. Pour ne prendre qu’un exemple, dans la ville de Lens ravagée par la désindustrialisation et par le déclassement du prolétariat industriel, le FN a passé les 25% aux municipales, les 30% aux départementales et les 40% aux régionales…

hue laurent hollandeQuant au PCF et aux autres forces « euro-constructives », leur discours est totalement inaudible et c’est elles, pour l’essentiel qui paient la facture social-libérale du PS. Non seulement parce que, par la faute principalement de la direction du PCF (surtout soucieux de sauver ses postes au second tour en ralliant les listes PS, ce qui impose que le PCF ait la tête de liste au premier, non seulement parce qu’il s’est révélé incapable d’articuler la moindre critique dure de la sacro-sainte « Europe », de fustiger l’euro-régionalisation du territoire (dans le Nord-PdC-Picardie, Fabien Roussel a éludé la question), en un mot d’être un véritable opposant de gauche à Hollande-MEDEF et à l’UE. Or il faut bien que la LÉGITIME colère sociale « sorte » quelque part et étant donné que le FN est devenu – et pour cause – le centre des discours politiques (et non pas la vie des travailleurs, l’avenir des jeunes et de la Nation), étant donné aussi que MENSONGÈREMENT, Marine Le Pen parle « à » la classe ouvrière et qu’elle feint de défendre la nation, étant donné que la « gauche » radicale pratique largement l’auto-phobie nationale et que le PCF lui-même a retiré depuis plus de vingt ans toute référence à la classe ouvrière dans ses statuts, beaucoup d’ouvriers et d’employés déclassés ou menacés de l’être par l’euro-mondialisation se tournent, soit vers le FN, soit vers l’abstention ou le vote nul, en croissance exponentielle. Quant aux jeunes que le discours ambiant stigmatise sous le nom de « fils d’immigrés », d’aucuns cherchent à les pousser vers le communautarisme, cette solution idéale pour le système en crise qui a vitalement besoin d’un peuple français clivé, divisé, c’est-à-dire impuissant. Ne parlons pas des régionalismes alsacien, breton ou corse (désormais aux commandes à Ajaccio, l’indépendantiste J.-G. Talamoni cherche ouvertement l’affrontement avec la République française, rebaptisée « Paris » ou « l’Etat ») : ils font leurs choux gras du discours néolibéral dominant contre le « jacobinisme » qui pousse à la déconstruction européenne des États-nations ; dans la ligne de l’irresponsable contre-réforme territoriale portée par le PS et l’UMP, doublée par la destructive « Charte européenne des langues régionales et minoritaires, la connivence antirépublicaine des partisans de l’Europe fédérale et des adeptes du repli, voire du séparatisme régionaliste, ne peut qu’ébranler l’idée même de territoire national avec de très graves conséquences pour le mouvement ouvrier et démocratique.  

Si l’on veut redonner de l’espoir aux travailleurs, si, tout simplement, on veut éviter de terribles épreuves de toutes natures à notre peuple, il ne reste donc que trois issues possibles :

  • Tout d’abord que, bousculant les états-majors syndicaux inertes et euro-dépendants, les syndicalistes de classe aidés par les vrais communistes relancent au plus tôt le combat social, qui est le terrain principal de la lutte contre la fascisation, la communautarisation et la lepénisation du pays : quand les travailleurs luttent « tous ensemble en même temps », ils se tournent contre l’adversaire réel (comme en décembre 1995), c’est-à-dire l’UE, le capital et les partis qui les servent ; quant aux lepénistes, ils assistent impuissants à l’arrêt des trains et des avions ; c’est pourquoi il est urgent que les forces réellement progressistes, non « socialo-dépendantes », se rencontrent pour décider ensemble d’une manifestation nationale unitaire tournée non seulement contre le FN et la droite patronale, mais contre Valls-MEDEF, contre la politique impérialiste et néocoloniale de Hollande et de l’OTAN, sans ménager le moins du monde la sacro-sainte « construction » européenne ;
  • Ensuite que les forces progressistes 100% anti-UE et 100% anti-Le Pen (assez de mains tendues équivoques à l’extrême droite, la Le Pen ne veut pas sortir de l’UE et on ne discute pas avec un parti xénophobe) organisent ensemble une table ronde pour rendre visible la seule alternative possible à l’UM-PEN-S de plus en plus fascisante, antisociale, antirépublicaine, antinationale : celle d’une , Patriotique et Populaire (), impulsé par une Alliance Rouge Marianne clairement progressiste retrouvant les grandes traditions du vrai PCF, le parti du Front populaire et de la Résistance qui savait unir la Marseillaise à l’Internationale, le drapeau tricolore au drapeau rouge frappé des emblèmes ouvrier et paysan ;
  • Enfin, que les vrais communistes, membres ou pas du PCF, s’unissent dans l’action au lieu de se séparer dans l’auto-proclamation, sur la ligne potentiellement fédératrice et majoritaire des « quatre sorties » : de l’euro, de l’UE, de l’OTAN et du capitalisme.

Il est minuit moins cinq, tant sur le terrain international où, manifestement, le gouvernement français continue, à la remorque d’Obama, de cibler davantage l’Etat souverain de Syrie que Daesh et ses parrains des pétromonarchies et de l’intégriste turc Erdogan que sur le terrain national où, à coups d’états d’urgence à rallonge largement tournés contre la gauche de gauche, les forces dominantes et le FN prennent en tenaille la République aux cris de « liberté, égalité, fraternité ».

, secrétaire national du .

pétition

Signez et faites signez la pétition pour un referendum sur l’euro et l’Union Européenne, TOUS ENSEMBLE, brisons les chaînes de l’Union Européenne

 
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Publié par le décembre 20, 2015 dans politique, textes importants

 

La France et le monde ont besoin des communistes

pn

légende: il a l’air bien ce nouveau film dont tout le monde parle …

Une conviction m’anime et elle peut paraître paradoxale parce que nous sommes partout entrés dans une vague contrerévolutionnaire qui parait tout submerger : La France et le monde ont besoin des communistes.

Dire cela alors que visiblement notre pays aux dernières élections a été submergé par la droite et l’extrême-droite peut paraître irréaliste. Alors que les « socialistes » au gouvernement méprisent si ouvertement le PCF qu’ils en font les larbins de leurs tactiques à géométrie variable de la Bretagne au Languedoc en passant par l’Ile de France, qui peut accorder le moindre crédit à des gens qui se respectent aussi peu? Comment parler de communisme alors que que le gouvernement en est à détruire l’ancien parti socialiste pour mieux contribuer à la création d’un parti démocrate à l’américaine, le résultat de l’union de ce qu’il restera du PS et du centre? Mélenchon avait raison quand il a dit hier matin sur BFMTV/RMC, que François Hollande avait pour intention de «liquider le mouvement socialiste et de passer à autre chose, comme c’est le cas par exemple en Italie». Il pense que la stratégie du président est «beaucoup plus profond(e)» qu’une «tactique politicienne». Il a ajouté «en Italie, ils ont liquidé le Parti communiste, ils ont liquidé le Parti socialiste et créé un parti soi-disant de la gauche». Mélenchon a souvent raison, mais c’est tout sauf un dirigeant qui convient à la période, il n’a aucun sens de ce qu’est un parti, un rassemblement populaire et il est toujours à la recherche d’une union de sommet qui ne mène nulle part, mais qui sert à l’actuelle direction du PCF à toujours plus liquider le parti.

La stratégie de François Hollande n’est pas celle d’un homme seul flanqué de Valls et de Macron,  le même mouvement s’organise dans toute l’Europe et il n’a rien de spontané, c’est une stratégie atlantiste et capitaliste qui va avec le verrouillage de tout changement progressiste dans le cadre de l’UE. Centrisme contre droite hyper-conservatisme et poussée de gauchisme populiste vite remis dans les rangs, l’art de se maintenir jusqu’au bout, quand le fascisme n’est plus opposé à la démocratie mais son prolongement par temps de crise..

En Amérique latine on assiste au même reflux, c’est le retour en force de la grande coalition de l’extrême-droite au PS pour en finir avec l’espoir révolutionnaire, et Manuel Valls félicite les vainqueurs, les stipendiés des USA, peut-on être plus clair? … Partout la preuve est faite qu’il faut aller jusqu’au bout, et s’attaquer au fascisme passe par la lutte contre le capital, une lutte à mort qui exige beaucoup de force et de détermination. Il y a ce qui se passe en Ukraine, en Russie. Si Poutine, attaqué en Asie Centrale comme en Europe a paru être un contrefeu aux tentatives hégémoniques des USA et de leurs alliés de l’OTAN, il reste marqué par le poids de l’oligarchie qui partout est prête à se vendre au capital… Et sa résistance partout est empêchée par son refus d’une véritable indépendance nationale qui passe par la nationalisation des moyens de production, la fin d’une économie de rente qui nourrit cette oligarchie et ruine le pays…  Partout ces monopoles financiarisés luttent pour le monopole de l’énergie et celui de l’armement et pour cela dépouillent les peuples de tous leurs acquis, les jettent dans la guerre qu’elle soit internationale ou civile.

Le vieux système fait eau de toute part mais tant qu’il n’a pas d’alternative prête à aller jusqu’au bout de la transformation, les victoires momentanées se transforment en défaite parce que le peuple, les exploités se sont trouvé affaiblis, apeurés ils cherchent une niche ou survivre. Les démagogues qui laissent croire à la facilité de la bataille, à la possibilité de ne pas changer grand chose, le spontanéisme, l’individualisme ont contribué au désespoir.

Partout la situation exige une opposition frontale contre les monopoles financiarisés. La nation souveraine reste le meilleur cadre pour mener ce combat, mais la nation sans l’action d’un parti contre ces monopoles n’est qu’un leurre. Le capital garde le fer au feu de l’extrême droite. Il faut donc détruire le cadre national, l’aspirer dans des conglomérats technocratiques où tout changement est interdit et dissoudre la nation par le morcellement identitaire intérieur et créer le contrefeu fasciste qui prétend défendre la nation en créant l’Union sacrée contre le bouc émissaire étranger.

Je résume mais chacun aura compris le fond de ma conviction… la situation parait souvent confuse parce que le capital assure son hégémonie en s’emparant  des contraires, en les imprégnant de ses buts ; espaces suprarégionaux, régionalisme et simulacres identitaires nationaux peuvent tous être utilisés par lui si l’on ne met pas en évidence la paix et la dimension de classe de toute politique, si l’on ne se donne pas les moyens de développer l’initiative populaire par toutes les voix démocratiques possibles, les élections, les manifestations, les luttes et en dénonçant les « état d’urgence » qui sont en fait les moyens d’en finir avec cette expression populaire.

Mais il existe un moyen essentiel, duquel dépendent tous les autres, c’est l’existence d’un parti révolutionnaire et c’est là que le bât blesse… Pour le moment avec la complicité active des dirigeants actuels du PCF, non seulement ce parti paraît parfaitement inutile mais les communistes ont été eux-mêmes convaincus de leur inutilité, de la nécessité de se fondre dans des conglomérats hybrides, pratiquant les combats de chef et cela dure depuis plus de 20 ans… Même l’idée communiste se vide et ne paraît plus qu’un gadget… Cela participe de cette contrerévolution et de cette possible fascisation qui déferle sur nous…

OUI le Front de gauche est une catastrophe et il faut en finir avec lui, comme il faut en finir avec l’appartenance au parti de la gauche européenne. Comme le dit justement un camarade, le Front de gauche est la voiture balai pour assurer d’abord l’élection sans condition d’un candidat du PS et maintenant de la droite en vue de la grande coalition. Mais pour cela il ne suffit pas d’attaquer Mélenchon, mais bien de remettre en cause la stratégie des dirigeants du PCF. Un combat a commencé pour la préparation du Congrès du PCF. Il est évident que la direction du PCF va tout faire pour poursuivre sur sa ligne qui est celle de servir de force d’appoint électoral au PS. Ils vont attribuer par exemple à Mélenchon, au front de gauche leurs déboires pour mieux continuer à l’identique. Mais qui a imposé de telles « solutions », qui a masqué non seulement le PCF dans le Front de gauche, mais le Front de gauche dans des étiquettes encore plus hasardeuses, des slogans encore plus vaseux? Qui a détruit la confiance des communistes en leur propre parti? Est-ce Mélenchon? Est-ce l’œuvre  des autres groupuscules? Est-ce celle  des refondateurs qui devaient sauver la « gôche »? Non, ce fut un choix de l’actuelle direction et elle doit rendre des comptes non seulement pour la débâcle des régionales, mais pour n’avoir plus laissé que l’abstention à ceux qui désespèrent de la situation. La jeunesse en particulier.

Alors ce combat a-t-il encore un sens, le congrès ne sera-t-il pas manipulé, englué dans un mélange de légitimisme et de sauve-qui-peut des employés des collectivités locales? Même si la colère est grande, il est évident que l’actuelle direction va tout faire pour perpétuer sa liquidation.  Et le fait est que tant qu’il subsistera un sigle PCF approprié par ceux qui depuis tant d’années ont choisi la destruction d’un parti révolutionnaire, le communisme pourra être assassiné dans notre pays en toute impunité et les autres tentatives risquent de déboucher sur des groupuscules dans lequel le pays a peu de chances de se reconnaitre. Ceux qui mènent la liquidation- le PS, parce que celui qui finance dirige et donc au-delà les forces acquises au capital- l’ont bien compris, ce qui nous vaut dans un coin un petit médaillon pour présenter une politique qui comme dans les Bouches du Rhône n’a plus rien à voir avec les choix communistes. Je ne crois pas que l’on puisse faire fi de cette stérilisation, ni de celle de fait de la perte du journal l’Humanité. Il faut donc ne pas déserter le terrain de la reconquête..

Par rapport à la création de l’ANC, on peut effectivement s’interroger, il existe les assises du communisme, le PRCF a fondé une structure indépendante, Est-ce que la création de l’ANC ne va pas gêner plutôt qu’aider ce combat du Congrès pour recréer le PCF sur la base de ces fondamentaux ? J’imagine mal les communistes tels qu’ils sont accepter au sein de ce qui reste leur parti une double appartenance. Comme je l’ai dit aux camarades qui fondent l’ANC à Marseille, cette création empêche de fait tous ceux qui comme moi auraient pu souhaiter participer à ce Congrès. Toutes les forces qui auraient pu mener le combat au sein du parti ans un débat démocratique en sont écartées avec eux, les plus combatifs, les plus proches de ceux qui souffrent. je partage leur colère face à al fédération du PCF qui nous conduit dans le mur.. Je suis désormais dans le quatrième arrondissement à Marseille, celui géré par Frédéric Dutoit qui a déjà laissé les quartiers nord au PS, un garçon au demeurant sympathique mais qui nous poussera toujours plus loin dans la voie des abandons. Retourner au parti pour mener le combat alors que toutes les forces vives en sont écartées devient impossible .

Ce qui pourtant est le plus caractéristique aujourd’hui est la montée de cette exigence, la nécessité d’un parti communiste digne de ce nom. Comment y parvenir? Si j’étais à Vénissieux, et dans d’autres zones de combat, il est clair que je serai au PCF et je me battrais pour reconquérir le parti, pour ne pas laisser détruire l’hypothèse même du communisme, dans l’état de la situation dans les Bouches du Rhône à la fois à cause de la destruction du PCF et du refus des forces vives d’y retourner je suis comme bien d’autres paralysée. Le spectacle de ce qu’il ne faut pas faire…

C’est pourquoi je tenterai à ma manière de participer à la perpétuation de l’hypothèse communiste à partir d’un grand débat politico-théorique sur le communisme au printemps, c’est le seul apport unitaire qui me reste. Je vous en parlerai bientôt, et ce blog restera je l’espère un lieu de dialogue entre nous, une manière aussi de nous relier au mouvement du monde.

Nous avons besoin du communisme et des communistes parce que le fascisme se glisse dans nos manques, dans la désertion du terrain qui est pourtant assoiffé de notre présence, celui d’un parti communiste, uni autour de ses fondamentaux et discipliné… Un parti proche des couches populaires qui sache transformer le besoin normal de sécurité de chacun en lutte pour l’emploi, la paix, le salaire  et surtout désigner le véritable adversaire pour dénoncer la guerre de tous contre tous.

Danielle Bleitrach.

 

 
8 Commentaires

Publié par le décembre 19, 2015 dans textes importants

 

Relevons le défi de l’existence du PCF pour le combat révolutionnaire du 21éme siècle !

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Jeudi 17 décembre 2015, par  lepcf.fr , popularité : 36%

Ces élections régionales laissent un goût amer. Le Parti socialiste et la droite se partagent des régions dans lesquelles le Front National obtient un nombre croissant d’élus.

Certes ce dernier ne dirigera aucune région. Mais cela ne saurait occulter que le piège FN a bien fonctionné. Le Front National obtient en effet sur l’ensemble du territoire un nombre de suffrages jamais atteint. Ce vote est évidemment renforcé par la politique désespérante du gouvernement Hollande et par la main de fer de L’Union européenne qui étrangle les peuples.Election après élection le vote FN augmente, stimulé par la contre performance d’un front républicain qui loin de le contenir, à long terme fait son jeux en accréditant l’idée du tous pourri.

Le FN est sciemment entretenu par François Hollande et Cambadélis, comme par Sarkozy et consorts à droite, qui espèrent ainsi gagner les élections présidentielles pour que rien ne change, c’est à dire pour que tout continue de s’aggraver pour les peuples en France, dans l’Union européenne et dans le monde.

Loin de bousculer la vie politique, comme le croient certains électeurs qui se fourvoient, le vote FN contribue à maintenir le pouvoir des représentants du capital et à bloquer toute perspective de changement, c’est ainsi qu’il faut comprendre le soutien déguisé de Gattaz à Marine Le Pen .

Ses scores, comme ceux des « Républicains », traduisent la droitisation de la vie politique et de la société française, sa présence renforcée dans les assemblées régionales va favoriser des décisions toujours plus dures contre le monde du travail et les services publics .

En PACA et Nord/Pas de Calais /Picardie, la décision de retrait unilatérale du PS conduit à que la droite et son extrême dirigent seuls deux des plus importantes régions de France.

Au final, l’objectif est atteint. Ces grandes régions, faites pour satisfaire le capital et détruire les nations au profit de l’Union européenne, se mettent en place dans des conditions particulièrement défavorables au peuple, alors que l’État d’Urgence pèse sur les mobilisations nécessaires.

La manipulation du suffrage universel atteint un sommet, comment s’étonner du dégoût croissant de nombreux citoyens de la vie politique qui se traduit dans une abstention qui reste un fait dominant de la situation ?

En l’absence d’une ligne et d’un projet politique à la hauteur des attentes du monde du travail ,

le PCF essuie une défaite électorale. Nous ne conservons des élus que dans 5 régions sur 13. Dans 6 régions, nos listes n’ont pas atteint la barre des 5%, dans deux régions la décision de retrait du PS nous a contraint à jeter l’éponge.

Le PCF, comme force nationale sur l’ensemble du territoire, subit un nouvel affaiblissement.Nos accord au second tour avec les socialistes nous permettent de sauver quelques élus. Mais ils nous enfoncent en même temps dans une impasse politique. car prétendre combattre la droite et l’extrême droite en s’alliant avec un PS qui fait et fera une politique au service du capital est source d’ambiguité et de discrédit.

Les élus communistes ne doivent pas se fourvoyer dans des exécutifs qui accompagneront la politique gouvernementale et les objectifs de Bruxelles, se fondre et se confondre dans des oppositions dominées par le PS. Il y a un espace pour travailler à la résistance, aux projets alternatifs, aux luttes que nos élus doivent occuper en travaillant sur le terrain avec les communistes, les forces syndicales et citoyennes.

La direction du PCF est bien obligée de reconnaître l’échec . Encore faut-il en rechercher les causes et les solutions. Depuis le refus d’une candidature communiste en 2012 jusqu’à l’écrasement de la Grèce cet été, en passant par les pertes des municipales en 2014, les appels à un débat sans tabou n’ont pas manqué relayés par de nombreux communistes. Quelle est la nature du vote FN, comment le combattre au-delà d’une posture morale ? Comment expliquer dès les législatives de 2012, le recul électoral du PCF et du Front de gauche ? Quelles conséquences d’alliances à géométrie variable aux municipales de 2014 et à ces dernières régionales. ? Pourquoi une telle absence de bataille et visibilité nationale, sur l’affichage comme sur le fond des propositions ? Allons nous en finir avec des stratégies mortifères limitées à une vision électoraliste et institutionnelle de la vie politique ? Enfin, quand allons nous reconnaître l’échec de notre ralliement au PGE et à l’Europe sociale, quand il nous faudrait au contraire combattre frontalement la forteresse européenne pour la faire tomber, regagner notre souveraineté nationale et populaire et travailler à de nouvelles coopérations et solidarités, en Europe et dans le monde.

Ces questions doivent s’ouvrir dans le parti sans que les réponses soient figées à l’avance et en laissant aux communistes le temps nécessaire pour en débattre.

Les accords de sommet et nouvelles combinaisons politiques ne sont pas à l’ordre du jour. Pour rassembler, pour reconstruire une gauche de combat il faut exister et le moins qu’on puisse dire, c’est que cette exigence est la première question pour le PCF.

Dans des conditions difficiles et diverses, des communistes agissent pour reconstruire dans les entreprises et les quartiers les organisations communistes de base, indispensables à l’action, la solidarité et l’éducation populaire, des communistes travaillent à reconstruire une pensée communiste utile pour résister, agir et transformer la société.

Les points d’appui existent pour faire vivre et renforcer le PCF de résistance et de combat dont nous avons besoin.

 

 
 

« Le premier siècle de socialisme à la chinoise. » Un article de la Pravda

 

La République populaire définit les événements historiques de manière concrète et imagée – en 2020 s’achèvera le premier siècle de socialisme à la chinoise, le Parti communiste de Chine fêtera son centenaire. Les politologues soulignent que le PCC considère cette date comme un jalon important, d’une portée mondiale.

Alexander Drabkin, chroniqueur politique pour la Pravda 13/11/2015

http://kprf.ru/international/new-world/148468.html

Une société de «prospérité modérée »

Le résultat du « premier siècle » sera la consolidation de la Chine au premierrang mondial en termes de volume de production –c’est ainsi qu’est formulé l’objectif du 13e Plan quinquennal, approuvé récemment au V Plénum du Comité central du PCC élu au 18e congrès. A cette date, la Chine aura atteint le stade d’une société de «prospérité moyenne ». Néanmoins, elle sera encore dépassée par un certain nombre de pays pour le volume du produit intérieur brut par habitant. Ce retard devra être surmonté d’ici 2049 –pour le centenaire de la RPC. On pourra alors tracer le bilan du « deuxième siècle. »

La propagande en Chine est organisée avec brio. Les professionnels dosent savamment informations et commentaires. Ce qui compte, ce ne sont pas seulement les faits, mais la psychologie des faits–c’est la seule façon de faire en sorte qu’une thèse politique soit adoptée par des millions d’hommes. Et la politique, comme l’enseigne Lénine, commence à partir des millions.

Les experts estiment que le « rodage » au niveau de la propagande du 13ème plan quinquennal a commencé en mars 2015 lors du débat sur ses objectifs fondamentaux à la session de l’APN (Assemblée Nationale Populaire) – le parlement de la Chine. Les problèmes n’ont pas été occultés : en 2014, la croissance du PIB est de 7,4 %, le taux le plus bas depuis 25 ans. Bien que ce chiffre semble à de nombreux pays, « au-delà des rêves », pour la Chine, il est un signal de danger. La situation est alarmante, mais pas de panique : un ralentissement n’est pas la fin du monde, mais comporte des défis surmontables. La Chine n’a pas remis en question les principes de base de son activité économique, il n’y a pas eu d’appel hystérique visant à la destruction du potentiel économique établi.

Malheureusement, cette approche n’a pas partout ni toujours été observée. En Union soviétique, certains «hauts fonctionnaires» à la fin de l’ère Brejnev ont considéré une situation similaire comme une opportunité de rejeter l’essence même des principes socialistes. On m’avait alors inclus dans un groupe de journalistes à qui les « camarades responsables » inculquaient une juste compréhension de la vie, « sur la base des caractéristiques du moment. » L’accent était mis sur le déclin de la croissance économique, celui-là même auquel fait face la Chine aujourd’hui. Je précise bien qu’il ne s’agissait pas d’une réduction du volume de la production (comme en Russie aujourd’hui), mais d’une baisse du taux de croissance. En Chine, bien que les difficultés soient considérées comme alarmantes, on les pense surmontables sans conséquences tragiques. En URSS, il y a trente-cinq ans dans des conditions similaires, nous avons eu droit à une attaque de propagande sur les fondements mêmes du système socialiste. Plus tard, il est devenu clair que la propagande servait à préparer un changement du système politique.

« Détachement spécial » dans une « datcha spéciale »

Les journalistes soigneusement sélectionnés avaient une consigne simple: prouver la nécessité d’abandonner le système de planification sclérosé et passer à un nouveau modèle économique. La «main invisible du marché »règlerait tout – le plan ne fait que gêner les entreprises. Le marché libre assurera la prospérité universelle. La formation ne prévoyait pas de débats.

Mes collègues étaient loin de tous comprendre le contenu réel des tâches assignées – derrière cette idée se tenaient des organisations très sérieuses. Si sérieuses que certains de nos «enseignants» de l’époque continuent de briller sur les chaînes de télévision fédérales.

Lorsque les organisateurs du processus de formation l’ont considéré comme terminé, le temps est venu d’en montrer les résultats. Je faisais partie du groupe des « sherpas » chargés de préparer à la« datcha spéciale »un document d’État d’une importance particulière. Une tâche bien précise m’était assignée : mon opuscule devait démontrer de façon convaincante la nécessité et l’inévitabilité de remplacer l’économie planifiée par la liberté du marché.

Je décidai de parler avec le chef d’équipe sur l’opportunité d’employer un ton moins catégorique – il me semblait que le ralentissement ne nécessitait pas nécessairement un changement dans le modèle économique. Probablement, il y avait lieu de respecter l’objectivité. Le chef me regarda comme si j’étais fou – qui vous parle d’objectivité?

J’ai néanmoins écrit un texte sur la base de mes propres évaluations de la situation. En conséquence, le lendemain je n’étais plus dans la liste de ceux qui travaillaient à la« datcha spéciale ». Cependant, il n’y a pas eu d’autres conséquences –les actions punitives sont venues plus tard : je me suis retrouvé officiellement au chômage.

Je ne sais pas ce qui se passe dans les « datchas spéciales »de Chine. Mais au printemps, après la session de l’APN, à propos des résultats de l’examen des caractéristiques fondamentales du nouveau quinquennat, le Premier ministre Li Keqiang a dit de manière très imagée :ce n’était pas une séance de manucure–on a dû trancher dans le vif. Et en octobre, au plénum du Comité central du PCC, selon les analystes, tout n’a pas été d’un calme idyllique. Peut-être est-ce la raison qui a déterminé la nature de la première annonce: juste après la fin de la réunion plénière, a été annoncée seulement l’abolition de la politique de l’enfant unique. Tout le monde attendait ce qu’allait dire Secrétaire général du Comité central du PCC, le camarade Xi Jinping. Et il n’a pas déçu les attentes. « Compte tenu de la nécessité de doubler le PIB (par rapport à 2010), la croissance annuelle moyenne de 2016 à 2020 ne devra pas être inférieure à 6,5%, » –a dit le dirigeant chinois trois jours plus tard.

Dans cette courte phrase étaient exprimées beaucoup d’informations importantes: avant les experts indiquaient le chiffre de 7%, et maintenant ce chiffre était un demi-point de pourcentage en dessous; l’objectif de doubler le PIB  est inchangé. Tout le reste découle des orientations stratégiques.

Autour du yuan

S’agissant des perspectives de doubler le PIB de la Chine en 2020, les experts ont rappelé le rôle clé de la sphère monétaire et financier. En effet, dans le domaine de la production matérielle,la Chine a mis sur pied une voie claire de développement, avec une combinaison astucieuse de marché diversifié et de contrôle sévère de l’Etat-parti. Dans le secteur financier, ce n’est pas si évident. Les principaux événements, selon les analystes financiers, vont se jouer autour du renminbi –la monnaie chinoise.

Aujourd’hui,le yuan en Chine continentale est en partie convertible. Pour l’achat de devises il est nécessaire de présenter des documents confirmant, par exemple, la fourniture en Chine de biens achetés à l’étranger. Selon la presse, une chose similaire a été proposée pour la Russie par l’académicien Sergueï Glaziev, dans son fameux rapport à la commission interministérielle du Conseil de sécurité de la fédération de Russie sur la sécurité dans la sphère économique et sociale. Selon les rapports des médias, ce document préconise directement « l’interdiction de l’achat de devises étrangères par des entités juridiques sans justification des opérations de paiement. »

Les personnes concernées ont critiqué avec véhémence cette «réduction des opportunités de marché. » Leurs adversaires ont pointé l’augmentation dangereuse de la sortie de devises à l’étranger par des spéculateurs sans scrupules.

Et maintenant, la Chine semble déterminée à aller dans le sens de la Russie – lever les restrictions sur le commerce des devises. Cela ne crée-t-il pas une menace de pouvoir absolu de la spéculation financière en RPC? En Russie, c’est une réalité …

Mais les experts ne considèrent pas la méthode russe comme une menace pour la Chine. Tout d’abord, on ne connaît pas encore les délais de la libéralisation totale du yuan. Dans le nouveau plan de cinq ans,il est seulement déclaré l’intention de faire du yuan une devise librement convertible au terme de la période, et de simplifier le règlement des opérations de change. La déclaration a été rendue publique, mais sa mise en œuvre dépendra des conditions spécifiques.

Deuxièmement, les experts s’appuient sur l’expérience dans la lutte contre la corruption en Chine. Dans toutes les entreprises et institutions, indépendamment de la forme de propriété, fonctionnent des organes du Parti Communiste Chinois. Les pouvoirs des communistes sont énormes –un homme d’affaires chinois m’a dit qu’il ne pouvait pas obtenir un prêt bancaire, si sa demande ne portait pas l’autorisation du secrétaire de cellule de son entreprise. Et le secrétaire de cellule à son tour est soumis à la structure de son parti, le Business n’a aucun levier de pression sur lui, ni ne peut essayer de corrompre: en cas d’échec de la transaction illégale le secrétaire sera exclu immédiatement du Parti, ce qui en Chine signifie sa mort politique. Wang Qishan, le Président de la Commission centrale de Contrôle de Discipline, est un homme strict. Au sujet de sa commission, la presse cite des déclarations on ne peut plus énergiques : « plonger le corrompu dans l’abîme de la peur, le soumettre à la terreur » que les membres du parti « ne veuillent, n’osent,ni ne puissent se livrer à la corruption» – tel est l’objectif. dans cette voie, Wang Qishan, et ses collègues ont obtenu de grands succès : selon le Parquet populaire de Chine, le nombre d’affaires criminelles sur intervention de la commission Wang Qishan a constamment augmenté de façon significative. Bien sûr, l’éradication totale de la corruption en Chine est un problème de l’avenir, bien sûr, il se trouve encore des personnes corrompues, y compris à des niveaux très élevés. Mais à en juger par la haine croissante envers Wang Qishan dans le camp de ses adversaires, et la sympathie des gens du peuple, la Commission centrale de Contrôle de Discipline est devenue un facteur important dans la politique anti-corruption des «révolutionnaires de cinquième génération» dirigés par Xi Jinping.

Et à propos du yuan. Les changements importants dans le secteur financier de la Chine ont un but précis: convaincre le conseil d’administration du Fonds monétaire international de donner à la Chine le statut de réserve nationale de devises. Le conseil d’administration du FMI devrait adopter cette mesure dès novembre de cette année. Si elle est positive, le yuan va prendre une position de leader dans le système monétaire mondial, avec le dollar américain, la livre sterling, le yen japonais et l’euro. La réalisation de cet objectif ambitieux permettra d’assurer un grand succès à l’économie de la Chine. Si les « sages » financiers nient ce droit à la Chine maintenant,la prochaine occasion ne peut être que dans cinq ans, au prochain examen du « panier de devises ».

 

 
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Publié par le décembre 15, 2015 dans Asie, histoire, textes importants

 
 
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