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La paix et le socialisme (Jean Jaurès)

A l’heure où les USA, avec l’appui officiel et diplomatique de la France, de la Grande- Bretagne rassemble une flotte de guerre au large de la Syrie et du Liban, je me suis demandé ce que pensait Jean Jaurès à quelques jours de son assassinat et du déclenchement de la grande boucherie que fut la première guerre mondiale.

Jaurès a été la sentinelle constamment vigilante de la montée vers la guerre mondiale. Le discours dont est extrait la célèbre citation « Le capitalisme porte en liu la guerre comme la nuée porte l’orage » dans de 1895. Le discours que je présente ici date de 1905. Il devait être prononcé à Berlin, mais Jaurès fut interdit d’entrée sur le territoire allemand et le discours fut publié dans « L’humanité », le 9 juillet 1905, neuf ans avant l’assassinat et le déclenchement de la guerre.

Le monde a certes largement évolué  depuis Jaurès et la 1ère guerre mondiale et il faut tenir compte de cette évolution. Ce qui était en 1914 l’arêne européenne, dans laquelle s’affrontait les principales puissances capitalistes rivales pour la domination mondiale est devenue le bloc occidental. Le capitalisme s’est répandu sur l’ensemble du globe et la population compte en milliards. Le détonateur ne se trouve plus seulement dans les Balkans. Le baril de poudre est mondial et le feu s’est déjà propagé du Sahel jusqu’en Afghanistan.

Mais les racines capitalistes de la guerre, telles que les décrit Jaurès sont encore présentes : « Nous savons très bien, les uns et les autres, qu’il y a dans le monde capitaliste des forces formidables de conflit, d’anarchie violente, d’antagonismes exaspérés que le prolétariat universel, au degré insuffisant d’organisation et de puissance politique où il est parvenu, ne peut se flatter encore de maîtriser avec certitude. La concurrence économique de peuple à peuple et d’individu à individu, l’appétit du gain, le besoin d’ouvrir à tout prix, même à coups de canon, des débouchés nouveaux pour dégager la production capitaliste, encombrée et comme étouffée sous son propre désordre, tout cela entretient l’humanité d’aujourd’hui à l’état de guerre permanente et latente ; ce qu’on appelle la guerre n’est que l’explosion de ce feu souterrain qui circule dans toutes les veines de la planète et qui est la fièvre chronique et profonde de toute vie.  »

Derrière la guerre qui embrase depuis 25 ans (et même plus) le proche et moyen orient, il y a en effet la concurrence pour la domination économique : le contrôle du pétrole, les puissants marchés d’armement promis par l’Arabie Saoudite en particulier, l’encombrement de la production capitaliste (avec une crise boursière latente depuis plusieurs mois qui réveille le spectre de la récession de 2008), la crise commerciale Chine USA pour l’ouverture ou la fermeture des débouchés et la montée des protectionnismes.

L’Arabie des Saoud a signé des contrats faramineux d’abord avec l’industrie, en particulier militaire, américaine. Tout récemment, lors de sa visite à Paris du prince héritier, et nouvel « homme fort » Mohammed Bin Salman, 18 milliards d’Euros de contrat ont été signés par des grandes entreprises françaises avec l’Arabie Saoudite. Début mars, le même prince héritier s’était rendu à Londres, où il a donné un accord de principe pour l’achat au Royaume Uni de 48 avions de chasse. Il s’agit d’un contrat de plusieurs dizaines de miliards de livres. Mais, ce sont les USA de Donald Trump qui se sont taillées la part du lion. En mai 2017, lors de la visite de Trump à Ryiad, plus de 380 milliards de dollars de contrats avaient été signés, dont 110 milliards de contrats de vente d’armements.

Mais il y a autre chose aussi. La première guerre mondiale s’est achevée avec l’effondrement du Tsarisme, et la révolution qui embrasait l’Europe, en Russie, en Hongrie, en Allemagne. La révolution fut contenue à la Russie. La crise du capitalisment ne fut pas résolue. L’Italie puis l’Allemagne sombrèrent dans le fascisme. La crise de 29 frappa les économies capitalistes et, peu à peu, chacun des états capitalistes chercha dans le réarmement, puis la guerre la solution à cette crise. Jaurès, l’expliquait déjà en 1905 : « D’une guerre européenne peut jaillir la révolu­tion, et les classes dirigeantes feront bien d’y songer ; mais il en peut sortir aussi, pour une longue période, des crises de contre-révolution, de réaction furieuse, de nationalisme exaspéré, de dictature étouffante, de militarisme monstrueux, une longue chaîne de violences rétrogrades et de haines basses, de repré­sailles et de servitude. »

La seconde guerre mondiale fut pourtant très différente de la première. De la première était sorti en même temps la révolution et la « contre-révolution, la réaction furieuse, le nationalisme exaspéré » en un mot, le fascisme. La seconde guerre mondiale méla donc les rivalités industrielles et commerciales des grandes puissances avec un combat d’idée et de classe, le combat contre le fascisme, pour l’émancipation et le socialisme.

Jaurès, visionnaire, évoquait cette possibilité en rappelant la guerre de la France révolutionnaire contre l’Angleterre : « Quand s’engagea, il y a plus d’un siècle, la lutte formidable de l’Angleterre et de la France révolutionnaire devenue bientôt la France napoléonienne, des forces si diverses et si confuses conspiraient à la guerre qu’il était sans doute au-dessus de l’esprit humain de la conjurer. Ce n’était pas seulement une rivalité d’intérêts économiques et coloniaux qui mettait aux prises les deux peuples ; leur conflit s’agrandissait et s’aggravait de toutes les forces de dissension qui travaillaient l’univers. La France défendait contre le vieux monde sa liberté révolutionnaire : l’Angleterre défendait contre la démocratie absolue le privilège politique de ses classes dirigeantes. Il y avait sans cesse, pour reprendre un mot de Saint-Just, plusieurs orages dans le même horizon ; ou plutôt la guerre de l’Angleterre et de la France était comme l’orage central et dominant, alimenté par toutes les nuées qu’amenaient tous les souffles, grossi par tous les orages de l’humanité bouleversée. Et contre cet universel déchaînement de la tempête, il n’y avait aucune force organique de paix. »

La rivalité de la 2nde guerre mondiale « ne fut pas seulement une rivalité d’intérêts économiques et coloniaux ». Ceux-ci existaient, bien sûr, et pas seulement entre puissances belligérantes. Les USA mirent à profit la guerre pour s’ouvrir l’ensemble des marchés mondiaux, au détriment notamment de l’Angleterre et de la France. En Europe, il s’agissait d’abattre le fascisme et le nazisme. En France, la résistance à la collaboration et à l’occupation fut menée par le prolétariat, avec un projet de société nouvelle, qui deviendra la programme du Conseil National de la Résistance, créera la sécurité sociale et tant d’autres avancées. En Orient, la révolution chinoise cherchait déjà son chemin face à l’occupation japonaise. …

Depuis l’effondrement de l’Union Soviétique, le monde n’a cessé d’être en guerre. Il y eut très vite la 1ère guerre d’Irak, déclenchée par les USA, sous le prétexte de l’invasion du Koweit par Saddam Hussein. Puis plusieurs guerres de Yougoslavie. Puis le 11 septembre, les jihadistes d’Al Qaeda qui avait été armés et formé par l’occident contre l’Union Soviétique se sont retounés contre celui-ci. S’en suivi la guerre contre l’Afghanistan, puis très vite, et sous l’argument qui s’est avéré être un mensonge total et volontaire, de la détention par l’Irak d’armes de destruction massives. L’incendie se propagea à la Syrie et au Yemen. Il y eut enfin l’intervention militaire contre la Libye.

Le développement généralisé du jihadisme, de l’islamisme armé et intégriste n’est pas le fruit du hasard ni un trait anecdotique de la situation. Il est le fruit d’une politique au centre de laquelle se trouve l’alliance de longue date entre les capitaux et l’idéologie saoudienne et l’industrie pétrolière et militaire américaine. Il est un fléau semblable au fascisme, qui traverse le monde arabo-musulman depuis des décennies.

La crise financière et bancaire de 2008 a précipité le capitalisme mondial dans une ère de profonde instabilité économique. La prospérité d’avant-crise n’a pas été retrouvée, 10 ans après son déclenchement. Seul l’intervention massive des états et des banques centrales, au mépris de toutes les règles édictées auparavant, ont sauvé le système, sans toutefois résoudre aucun des problèmes fondamentaux auxquel il est confronté.

L’escalade actuelle n’est pas non plus sans rapport avec l’évolution des rapports de forces mondiaux et la montée en puissance de la Chine socialiste actuellement deuxième économie du monde. Des tensions commerciales énormes sont en train de se développer entre les USA et le reste du monde.

Il n’est pas anodin, dans ce contexte très tendu, qu’après avoir testé la Corée du Nord et la Chine, les USA et leurs alliés tentent une démonstration de force auprès de la Syrie et de la Russie. Face à ce moment si dangereux, il est utile de relire Jaurès, de cesser de se satisfaire de la figure mythique que certains ont pu commodément en faire, pour revenir à la force de son message réel, « la paix entre les peuples par la suppression du privilège capitaliste et par l’émancipation du travail ».

« Et qu’on ne se méprenne pas sur notre pensée. Nous n’avons pas, nous, socialistes, la peur de la guerre. Si elle éclate, nous saurons regarder les événements en face, pour les faire tourner de notre mieux à l’indépendance des nations, à la liberté des peuples, à l’affranchissement des prolétaires. ».

Bonne lecture !

Citoyens, je suis heureux d’être ici, comme délégué du groupe socialiste du Parlement français, pour affirmer avec vous la solidarité, l’unité du prolétariat français et du prolétariat allemand, leur commune et ferme volonté d’assurer la pais, de conquérir la paix par l’organisation et l’émancipation de tous les travailleurs. Je me réjouis aussi qu’en ce moment même il y ait une détente dans les relations gouvernementales de la France et de l’Allemagne, et que le conflit marocain soit en voie de solution. Jusqu’à quel point ce conflit a-t-il menacé la paix ? Et les deux peuples ont-ils vraiment couru le risque monstrueux d’être jetés l’un sur l’autre ? On ne peut le dire avec précision : car une des beautés de la diplomatie, c’est qu’on ne peut jamais savoir avec certitude à quel point elle met en péril les peuples qu’elle a mission de sauver. Le chancelier de l’Empire allemand a dit à un grand journal français qu’il était heureux qu’on fût sorti enfin d’une situation avait été « tendue et périlleuse ». Ce sont là des paroles graves. Des sceptiques insinuent, il est vrai, qu’il y a eu comme un bluff des deux gouvernements , qui a été pris trop au sérieux par les peuples. Les diplomaties cherchaient, dit-on, à se tâter ; elles essayaient l’une sur l’autre la puissance magnétique de leurs attitudes et de leurs regards. Je ne sais s’il y a eu , dans le conflit, cette part de jeu et de parade. Ce serai, en tout cas, un jeu plein de péril ; Quand deux mécaniciens lancent leur trains l’un contre l’autre sur la même voie et qu’on ne sait rien d’ailleurs de leurs intentions, on a beau dire qu’ils ne veulent qu’éprouver réciproquement la solidité de leurs nerfs, nul ne peut savoir comment les choses tourneront. Il se peut qu’un des mécaniciens au moins perde la tête. Il se peut qu’entraînés par la parade, ils lancent si bien leurs machines qu’ils ne puissent plus les arrêter à temps, et que la collision se produise. Si c’est un jeu, les voyageurs aimeraient mieux autre chose. Cette fois, le heurt a pu être évité : les deux mécaniciens se font des politesses : on s’apprête même à orner de fleurs les locomotives et à les atteler toutes deux à l’interminable train de la conférence internationale. C’est bien ; mais cette alerte redoutable, survenue subitement en pleine tranquillité, en pleine sécurité, rappelle aux peuples et aux prolétaires combien la paix est fragile et précaire dans la société d’aujourd’hui avec les gouvernements d’aujourd’hui. Elle rappelle à toute la classe ouvrière d’Europe, à toute la classe ouvrière du monde son devoir d’union internationale, de vigilance internationale. Il ne faut pas que le prolétariat international soit un mot magnifique et vain. Il ne faut pas qu’il soit une force intermittente et superficielle, se manifestant à intervalles par ses congrès internationaux ou par les circulaires du Bureau socialiste international. Il faut qu’il soit une force constante, toujours avertie, toujours éveillée, toujours en état de contrôler les événements à leur naissance, de surveiller dans leur germe les premiers conflits qui, en se développant, pourraient produire la guerre.

Et il n’y a dans ces paroles, croyez-le bien, aucune fanfaronnade socialiste. Nous ne sommes pas réunis pour échanger des illusions. Nous savons très bien, les uns et les autres, qu’il y a dans le monde capitaliste des forces formidables de conflit, d’anarchie violente, d’antagonismes exaspérés que le prolétariat universel, au degré insuffisant d’organisation et de puissance politique où il est parvenu, ne peut se flatter encore de maîtriser avec certitude. La concurrence économique de peuple à peuple et d’individu à individu, l’appétit du gain, le besoin d’ouvrir à tout prix, même à coups de canon, des débouchés nouveaux pour dégager la production capitaliste, encombrée et comme étouffée sous son propre désordre, tout cela entretient l’humanité d’aujourd’hui à l’état de guerre permanente et latente ; ce qu’on appelle la guerre n’est que l’explosion de ce feu souterrain qui circule dans toutes les veines de la planète et qui est la fièvre chronique et profonde de toute vie. Il faut bien chercher des clientèles lointaines, des clientèles exotiques et serviles, puisque tout le système, en retirant aux ouvriers une large part du produit de leur travail, restreint la libre consommation nationale. Oui, nous savons cela, et nous savons aussi que la force ouvrière n’est pas encore assez organisée, assez consciente, assez efficace, pour refouler et neutraliser ces forces mauvaises. Ou bien le prolétariat, séduit par une fausse apparence de grandeur nationale, et corrompu par une part dérisoire du butin capitaliste et colonial, ne s’oppose que mollement aux entreprises de la force. Ou bien les classes dirigeantes embrouillent si habilement la querelle née de l’antagonisme économique que les prolétaires n’en démêlent point l’origine. Ou bien, quand leur conscience est mieux avertie, ils ne disposent pas d’une action suffisante sur le mécanisme politique et gouvernemental, et leur opposition est submergée par tous les éléments flottants et inorganisés que le capitalisme met en mouvement aux heures de crise. Ou encore, les travailleurs socialistes de chaque nation, trop séparés encore les uns des autres, s’ignorant les uns les autres, désespèrent de l’utilité d’une action qui, pour être efficace, devrait être internationale ; et n’étant pas sûrs d’être soutenus de l’autre côté des frontières, ils s’abandonnent tristement à la fatalité. Oui, la protestation de la classe ouvrière ne suffit pas encore à dissiper tous les orages. La voix du prolétariat universel, qui commence à s’élever pourtant vibrante et forte au-dessus des nations agitées par une éternelle rumeur d’inquiétude et de guerre, ne peut pas répéter tout ce que dit la cloche de Schiller. Elle peut bien dire : Vivos voco, mortuos plango, j’appelle les vivants, et je pleure sur les morts. Elle ne peut pas dire encore : Fulgura frango, je brise la foudre. Il nous reste encore une ouvre immense d’éducation et d’organisation à accomplir. Mais, malgré tout, dès maintenant, il est permis d’espérer, il est permis d’agir. Ni optimisme aveugle ni pessimisme paralysant. Il y a un commencement d’organisation ouvrière et socialiste, il y a un commencement de conscience internationale. Dès maintenant, si nous le voulons bien, nous pouvons réagir contre les fatalités de guerre que contient le régime capitaliste. Marx, quand il parle des premières lois anglaises qui ont réglementé la durée du travail, dit que c’est le premier réflexe conscient de la classe ouvrière contre l’oppression du capital. La guerre est, comme l’exploitation directe du travail ouvrier, une des formes du capitalisme, et le prolétariat peut engager une lutte systématique et efficace contre la guerre, comme il a entrepris une lutte systématique et efficace contre l’exploitation de la force ouvrière. Pas plus qu’il n’y a une loi d’airain du salaire qu’aucune action prolétarienne ne pourrait assouplir, pas plus qu’il n’y a un mètre d’airain de la journée ouvrière qu’aucune action prolétarienne ne pourrait réduire, il n’y a une loi d’airain de la guerre qu’aucune action prolétarienne ne pourrait fléchir. Le monde présent est ambigu et mêlé. Il n’y a en lui aucune fatalité, aucune certitude. Ni le prolétariat n’est assez fort pour qu’il y ait certitude de paix, ni il n’est assez faible pour qu’il y ait fatalité de guerre. Dans cette indécision des choses et cet équilibre instable des forces, l’action humaine peut beaucoup. La formidable part d’inconnu n’est pas redoutable seulement pour nous, socialistes. Elle l’est aussi pour ceux qui déchaîneraient témérairement des guerres dont nul aujourd’hui ne peut prévoir les conséquences politiques et sociales et les contre-coups intérieurs.

Donc, nous pouvons agir dès aujourd’hui, à quelque degré, sur la marche des événements, et comme nul ne peut déterminer d’avance le degré d’efficacité de notre action, nous devons donner tout notre effort comme si elle était en effet assurée du succès.

Et qu’on ne se méprenne pas sur notre pensée. Nous n’avons pas, nous, socialistes, la peur de la guerre. Si elle éclate, nous saurons regarder les événements en face, pour les faire tourner de notre mieux à l’indépendance des nations, à la liberté des peuples, à l’affranchissement des prolétaires. Si nous avons horreur de la guerre, ce n’est point par une sentimentalité débile et énervée. Le révolutionnaire se résigne aux souffrances des hommes, quand elles sont la condition nécessaire d’un grand progrès humain, quand, par elles, les opprimés et les exploités se relèvent et se libèrent. Mais maintenant, mais dans l’Europe d’aujourd’hui, ce n’est pas par les voies de la guerre internationale que l’œuvre de la liberté et de justice s’accomplira et que les griefs de peuple à peuple seront redressés. Certes, depuis cent cinquante ans, bien des violences internationales ont été commises en Europe, dont les meurtrissures subsistent encore en des millions de consciences, dont les conséquences pèsent lourdement sur l’Europe et sur le monde. Mais c’est par la croissance de la démocratie et du socialisme, et par là seulement, que ces souffrances seront apaisées, que ces problèmes douloureux seront résolus. La démocratie fait du consentement des personnes humaines la règle du droit national et international. Le socialisme veut organiser la collectivité humaine mais ce n’est pas une organisation de contrainte et sous la loi générale de justice et d’harmonie qui pré­viendra toute tentative d’exploitation, il laissera aux nations la libre disposition d’elles-mêmes dans l’humanité, comme aux individus la libre dispo­sition d’eux-mêmes dans la nation, Or, dans la paix, la croissance de la démocratie et du socialisme est certaine.

D’une guerre européenne peut jaillir la révolu­tion, et les classes dirigeantes feront bien d’y songer ; mais il en peut sortir aussi, pour une longue période, des crises de contre-révolution, de réaction furieuse, de nationalisme exaspéré, de dictature étouffante, de militarisme monstrueux, une longue chaîne de violences rétrogrades et de haines basses, de repré­sailles et de servitudes, Et nous, nous ne voulons pas jouer à ce jeu de hasard barbare, nous ne vou­lons pas exposer, sur ce coup de dé sanglant, la certi­tude d’émancipation progressive des prolétaires, la certitude de juste autonomie que réserve à tous les peuples, à tous les fragments de peuples, au-dessus des partages et des démembrements, la pleine victoire de la démocratie socialiste européenne.

C’est pourquoi, nous socialistes français, sans qu’aucune personne humaine puisse nous accuser d’abaisser le droit, nous répudions à fond, aujour­d’hui et à jamais, et quelles que puissent être les conjectures de la fortune changeante, toute pensée de revanche militaire contre l’Allemagne, toute guerre de revanche. Car cette guerre irait contre la démo­cratie, elle irait contre le prolétariat, elle irait donc contre le droit des nations, qui ne sera pleinement garanti que par le prolétariat et la démocratie. Aujourd’hui, la paix de l’Europe est nécessaire au progrès humain : et la paix, la paix assurée, la paix durable, la paix confiante entre l’Allemagne et la France, qui a beaucoup fait en Europe pour le mouvement de la démocratie et l’éveil de la classe ouvrière, ne peut pas être à contresens de leur développement. C’est pourquoi, nous socialistes français, en répudiant ici devant vous toute pensée de guerre, toute revendication armée, en adjurant la France et l’Allemagne de renoncer à toute antagonisme latent, à toute suspicion réciproque, et de concerter leur action pour l’affermissement de la paix, nous croyons servir, avec l’intérêt du prolétariat international, le plus haut intérêt de notre nation comme de la vôtre. Je puis, sans contradiction et sans embarras, parler ici tout à la fois en socialiste international et en fils de cette France qui a, sans doute, dans sa longue histoire, commis bien des fautes, qui, de Charles VIII à Louis XI et de celui-ci à Napoléon, a trop souvent abusé de son unité nationale constituée avant les autres, pour brutaliser et offenser les nations morcelées encore et inorganisées; qui, même sous la Révolution, a mêlé trop vite une ivresse de domination et d’orgueil au pur enthousiasme de la liberté universelle et de l’Humanité ; qui a laissé déflorer, comme dit votre poète Herwegh, par la brutalité conquérante de ses soldats, la liberté qu’elle offrait au monde comme une fiancée ; qui, s’étant portée d’abord d’un mouvement héroïque à l’extrémité de la révolution et de la démocratie, n’a pu s’y maintenir, et a subi des vicissitudes de liberté et de réaction, parfois même un horrible mélange césarien de démagogie et d’esclavage ; qui a porté dans sa politique extérieure les contradictions ou les ambiguïtés de sa politique intérieure, aidant de sa sympathie, ou même de son effort, les nationalités à naître, et les arrêtant aussitôt à moitié développement ou les contrariant d’une jalousie secrète ; qui a payé d’un morceau de son âme et de sa chair les imprudences et les incohérences de ce despotisme napoléonien, dont elle fut tout ensemble la complice et la victime ; mais qui, à travers toutes ses étourderies, tous ses enivrements et toutes ses défaillances, a donné sans compter le meilleur de son sang pour les plus grandes causes, qui, la première, a ébranlé le vieux monde féodal et absolutiste, et la première a combattu le nouvel égoïsme bourgeois ; qui met au service de l’humanité des dons admirables : une fine et profonde culture, un instinct démocratique et républicain, la clarté de l’esprit et de la volonté, la rapidité de la décision, l’élan de la sympathie, et qui, aujourd’hui, ramenée par la dureté des événements et la salutaire croissance des autres peuples à une appréciation plus exacte du rôle de tous et de chacun, reste une des grandes forces de progrès humain et de libération ouvrière, une force nécessaire et inviolable, résolue, dans la limite de son droit, à ne se laisser ni violenter ni humilier. Oui, je parle ainsi de la France, sans embarras aucun, devant vous, socialistes d’Allemagne, parce que je sais que dans votre conscience vous vous efforcez de juger impartialement votre pays, comme nous nous efforçons de juger impartialement le nôtre. Ce fut pour nos deux nations, il y a trente-cinq ans, une grande faillite d’idéalisme, que nous ne soyons arrivés que par le chemin de la guerre, nous à la République, vous à l’unité. Ainsi, nous paraîtrons les uns devant les autres sans prétention exclusive et arrogante, et nous ne nous souviendrons du passé que pour faire tous ensemble le serment d’abjurer tout orgueil, toute haine, toute défiance, de travailler tous ensemble, d’un même cœur, à fonder la paix définitive de l’Allemagne et de la France, pour que les deux prolétariats puissent se donner tout entiers à l’œuvre d’émancipation, pour que les deux peuples puissent se donner tout entiers à l’œuvre de civilisation. Dans cette capitale de Berlin, où nos soldats sont entrés avant que les vôtres n’entrent à Paris, nous voulons resserrer, nous voulons proclamer devant le monde le pacte d’union de la classe ouvrière française et de la classe ouvrière allemande. Nous voulons rejeter ensemble toute pensée de violence internationale, nous voulons détester et dénoncer ensemble tous ceux, quels qu’ils soient, qui chercheraient à mettre aux prises les deux nations. Nous voulons opposer la diplomatie pacifique, ouverte, loyale du prolétariat international, à la diplomatie imprudente, avide ou cauteleuse des gouvernants capitalistes et des gouvernants féodaux. Et nous vous devons compte des efforts que nous faisons dans notre pays pour déjouer les manœuvres suspectes, et prévenir les entraînements funestes, comme vous nous devez compte des efforts faits par vous dans votre propre pays contre le chauvinisme arrogant et agressif.

(…)

C’est au prolétariat international, avertissant et aiguillonnant la conscience universelle, à exercer dans le sens de paix l’action décisive. Tout conflit qui mettrait aux-prises l’Allemagne, l’Angleterre, la France, ou deux seulement de ces peuples, serait un désastre pour l’humanité. Ils sont tous les trois des forces nécessaires de la civilisation : liberté politique et parlementaire, liberté individuelle, liberté religieuse, démocratie, science, philosophie, socialisme : quelle est la conquête du genre humain, conquête d’hier ou conquête de demain, qui ne serait pas menacée par la rivalité sanglante de ces trois peuples ? Quelle est la partie du patrimoine humain qui ne serait pas compromise, je ne dis pas par la disparition, mais par la diminution d’une seule de ces grandes forces ? En vérité, ces peuples ont un meilleur emploi à faire de leur génie que de déchaîner sur le monde des forces de haine et de destruction. La lutte de l’Allemagne et de l’Angleterre se disputant par le canon le marché universel ferait revivre toutes les douleurs, toutes les tragédies de l’époque napoléonienne. Qui donc prendrait la responsabilité de ce cataclysme ? Et ce cauchemar ne peut-il être dissipé ?

Quand s’engagea, il y a plus d’un siècle, la lutte formidable de l’Angleterre et de la France révolutionnaire devenue bientôt la France napoléonienne, des forces si diverses et si confuses conspiraient à la guerre qu’il était sans doute au-dessus de l’esprit humain de la conjurer. Ce n’était pas seulement une rivalité d’intérêts économiques et coloniaux qui mettait aux prises les deux peuples ; leur conflit s’agrandissait et s’aggravait de toutes les forces de dissension qui travaillaient l’univers. La France défendait contre le vieux monde sa liberté révolutionnaire : l’Angleterre défendait contre la démocratie absolue le privilège politique de ses classes dirigeantes. Il y avait sans cesse, pour reprendre un mot de Saint-Just, plusieurs orages dans le même horizon ; ou plutôt la guerre de l’Angleterre et de la France était comme l’orage central et dominant, alimenté par toutes les nuées qu’amenaient tous les souffles, grossi par tous les orages de l’humanité bouleversée. Et contre cet universel déchaînement de la tempête, il n’y avait aucune force organique de paix.

La Révolution avait d’abord, en ses premiers jours d’innocence et d’espérance, rêvé la paix universelle et perpétuelle. Mais bientôt, par un terrible paradoxe, elle-même était devenue la guerre ; c’est par la guerre seulement qu’elle parvint à se débarrasser de l’obscure trahison royale en la rendant sensible à tous les yeux ; et ce n’est pas seulement pour se défendre contre l’agression du vieux monde, c’est pour se délivrer de ses propres incertitudes que la Révolution avait déchaîné le combat. Etant devenue elle-même une nuée de guerre, comment aurait-elle pu éteindre les éclairs qui jaillissaient de toutes parts ?

Aujourd’hui, au contraire, quelle que soit la violence de la concurrence économique, quel que soit le péril des compétitions coloniales, ce conflit n’est pas aggravé entre les peuples par un conflit politique et social. Toutes les grandes nationalités sont constituées : et, malgré les différences secondaires de régime, elles participent toutes à la même évolution générale. Il n’y a pas un peuple qui représente contre un autre un système politique et social. Partout, selon un rythme dilférent mais dans une direction identique, la démocratie s’organise, le prolétariat se meut. Heurtez aujourd’hui l’une contre l’autre l’Allemagne, la France, l’Angleterre. il vous sera impossible du dire quelle est l’idée qui est engagée dans le conflit. Or, ce n’est pas manquer au matérialisme historique, c’est l’interpréter au contraire dans son vrai sens que de dire que les conflits des intérêts économiques, pour atteindre toute leur ampleur et se déchaîner dans toute leur violence, ont besoin de se déguiser pour eux-mêmes et pour le monde en conflits d’idées. Maintenant ce déguisement est impossible. Ceux qui chercheraient à mettre aux prises l’Angleterre et l’Allemagne seraient obligés de s’avouer à eux-mêmes et à l’humanité tout entière que la seule âpreté de la concurrence capitaliste suscite et légitime le conflit. Or, le capitalisme, quelles que soient son audace et son impudence, n’aime pas à être surpris de la sorte à l’état de nudité ; et il a si souvent couvert ses méfaits de prétextes honnêtes, qu’il ne reste plus de feuilles au figuier.

D’ailleurs, pour surveiller toutes les manœuvres, pour les dénoncer et les déjouer, il y a un prolétariat international qui est une force organique de paix. Il n’a pas jailli, comme la démocratie révolutionnaire de 1792, d’un foyer national dominant les autres foyers nationaux. Il s’est formé dans tous les pays à la fois selon la mesure du développement économique. Son destin n’est pas lié, même momentanément, au destin de tel ou tel peuple : il se confond avec toute l’évolution de toute l’humanité, et le crime suprême, l’attentat suprême, qui puisse être commis contre lui, c’est de jeter les uns contre les autres les diverses fractions nationales de la grande patrie internationale. Peut-être n’y a-t-il plus au monde un seul gouvernement, si solide soit-il, peut-être n’y a-t-il plus une seule classe dirigeante, si avisée soit-elle, qui puisse risquer impunément de soumettre à cette épreuve la conscience du prolétariat universel.

Celui-ci veut garder toute sa force, toute son énergie pour lutter contre l’injustice sociale, contre la misère, contre l’ignorance, contre l’oppression et l’exploitation du capital. Il veut résorber dans la grande paix de la propriété sociale, de la propriété commune, la guerre des classes, et dans l’harmonie de la production socialiste cette anarchie capitaliste qui est aujourd’hui le principe le plus actif et comme le ferment des guerres internationales. Il est la force vivante, et il veut créer de la vie, une vie toujours plus haute et plus joyeuse ; il ne veut plus que la race humaine soit vouée aux œuvres de mort. C’est là, citoyens, le sens de notre réunion d’aujourd’hui. C’est le sens de tous les efforts du prolétariat sur tous les points du globe. Les alarmes et les crises que nous traversons vont surexciter partout l’action de la classe ouvrière. Partout elle redoublera d’efforts pour grouper et fédérer ses énergies, pour fortifier et étendre ses syndicats, pour accroître et unifier son action politique, pour multiplier ses congrès internationaux corporatifs et socialistes, pour nouer maille à maille le réseau de solidarité et de paix, le filet prolétarien dont, peu à peu, elle enveloppe le monde. Partout elle luttera avec une passion accrue, pour conquérir le pouvoir politique, pour élargir et assouplir à son profit la démocratie, pour transformer les armées de métier et de castes en milices populaires, protégeant seulement l’indépendance des nations, en attendant le désarmement simultané de toutes les nations. Dans celle œuvre patiente, incessante, la classe ouvrière internationale sera soutenue par un magnifique idéal de Révolution. Au bout de ses efforts, c’est l’entière possession du pouvoir politique, c’est l’entière rénovation du système social qu’elle entrevoit, et ses efforts ne valent pour elle, ses minutieuses conquêtes quotidiennes n’ont de prix à ses yeux que parce qu’ils préparent à l’entière libération du travail et de la race humaine.

Le prolétariat universel sent en lui la double force révolutionnaire de la nature, la force d’éruption et la force d’érosion de la lave qui soulève et de la vague qui use ! En Russie, aujourd’hui, c’est la lave ; ailleurs, c’est le flot ; tantôt, c’est l’éboulement, tantôt c’est l’effritement. Et toutes ces actions partielles, toutes ces conquêtes partielles, se communiquent de peuple à peuple ; toutes ces commotions nationales se propagent, qui dira le retentissement et les contre-coups possibles de la révolution russe où la classe ouvrière aura eu une si large part ?’ Quelle force de libération générale pourra émaner un jour de la France républicaine affranchie des castes du passé et de la tutelle d’Eglise, si elle parvient (comme je l’espère), à rallier au socialisme ouvrier ses millions de paysans démocrates, tons les jours plus libres d’esprit ? Et quelle conséquence aura pour l’équilibre du monde et pour l’affranchissement du travail l’avènement politique de cette démocratie socialiste allemande qui, par sa croissance continue, à peine marquée de dépressions passagères, ressemble, en effet, à une force naturelle d’une lente et irrésistible poussée ? C’est ainsi que nous mettons en commun les efforts et les espérances. C’est ainsi que s’établit une vie internationale ouvrière et socialiste, capable de réagir sur le désordre des antagonismes nationaux : si bien qu’enfin, notre volonté de justice sociale donnera un corps au rêve d’universelle paix qui a visité sans cesse comme une ironie atroce ou comme un réconfort illusoire toutes les mêlées d’égorgement, de haine et de meurtre où l’humanité des races, des castes, des classes, depuis des milliers de siècles, a ensanglanté son âme et ses mains.

Et qui donc au monde, dans tous les partis et toutes les classes, peut opposer un idéal a notre idéal ? Se trouvera-t-il quelqu’un, se trouvera-T-il un parti, une classe, pour assumer la responsabilité définitive du régime d’insécurité, d’iniquité et de barbarie où les peuples s’attardent ? Quelqu’un osera-t-il soutenir que c’est la Le terme de l’évolution humaine? Ceux-là mêmes qui détestent le plus violemment le socialisme et qui le méprisent le plus sont obligés, si seulement ils pensent, de chercher au delà du régime d’aujourd’hui. C’est votre Nietzsche qui a le plus accablé la morale envieuse, jalouse et basse du socialisme, morale d’amoindrissement et d’abêtissement, morale d’esclaves faisant suite à la morale d’esclaves de la démocratie, à la morale d’esclaves du christianisme. C’est lui qui a le plus raillé l’attendrissement débile, le bouddhisme assoupissant que l’égalité certaine et la paix certaine inoculeraient aux hommes. Il n’a pas vu que sur la hase d’une organisation sociale de solidarité et de justice toutes les activités individuelles pourraient faire leur œuvre. Il n’a pas vu que dans le monde humain apaisé et harmonisé par la loi fondamentale de la propriété socialiste, d’innombrables combinaisons s’offriraient aux initiatives et aux affinités électives des individus.

Le monde apaisé sera plus riche de diversités et de couleurs que le monde tumultueux et brutal. C’est la guerre qui est uniformité, monotonie, refoulement : « L’arc de la paix » avec toutes ses nuances est plus varié que le violent contraste de la nuée sombre et de l’éclair dans le déchaînement de l’orage. Quand Nietzsche fait appel pour diversifier le monde et pour relever l’homme à une aristocratie nouvelle, il oublie de se demander sur quelle base économique s’appuierait, dans le monde transformé, cette aristocratie de privilège et de proie. Mais enfin ce n’est pas dans l’enceinte de nationalités exclusives et jalouses qu’il prévoit le large développement des individualités humaines. Il affirme sans cesse que l’homme nouveau doit être avant tout « un bon Européen », que l’Europe va vers l’unité, et qu’il faut qu’elle y aille. Mais comment Nietzsche lui-même pourrait-il nier que c’est l’action du prolétariat socialiste qui est dès maintenant, et qui sera de plus en plus la force décisive d’unification de l’Europe et du monde ? Ainsi cette partie même de l’élite intellectuelle qui combat le socialisme est obligée, quoi qu’elle en ait, de lui rendre témoignage. Il n’est pas facile de dominer le socialisme, de le dépasser. Toute pensée qui s’élève et qui cherche vers l’avenir rencontre un des souffles, un des courants de la pensée socialiste.

Et ceux-là aussi qui ont proclamé que la guerre est la nécessaire et sévère éducatrice des hommes voient leur idéal se dérober. Car les générations s’écoulent dans l’attente inquiète de la guerre sans en recevoir la rude discipline. Les vastes collisions deviennent trop rares, malgré tout, et trop incer­taines pour avoir une vertu. Le militarisme n’est guère plus, durant de longues périodes, qu’une bureaucratie énorme dont les facultés techniques subsistent peut-être encore, mais dont le ressort moral se dissout dans l’équivoque d’une fausse guerre et d’une fausse paix. Les hommes sont pliés sous le fardeau de la paix armée, et ils ne savent pas si ce qu’ils portent sur leurs épaules, c’est la guerre ou le cadavre de la guerre. La haute probabilité du péril prochain, la certitude du sacrifice imminent, la fréquente familiarité de la mort joyeusement acceptée ne renouvellent plus dans le militarisme administratif les sources de la vie morale. La somnolente barbarie de la paix armée est comme un marais dormant, où plonge l’illusoire reflet de nuées ardentes. Quand donc le socialisme international s’organise pour assurer la paix entre les peuples par la suppression du privilège capitaliste et par l’éman­cipation du travail, ce n’est pas seulement contre l’injustice et la violence qu’il s’efforce ; mais il lutte aussi contre les ambiguïtés et les contradictions qui faussent à la longue la vie morale des peuples. Pour cette grande œuvre de révolution sociale et morale, le prolétariat allemand et le prolétariat français peuvent beaucoup par leur union, par leur action commune. Notre devoir est haut et clair toujours propager l’idée, toujours espérer, toujours lutter jusqu’à la définitive victoire de la démocratie socia­liste internationale, créatrice de justice et de paix.

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TRIBUNE DE ROLAND GORI | « COMMENT EN SOMMES-NOUS ARRIVÉS AUX PEURS SOCIALES D’AUJOURD’HUI ? »

 une intervention  dont je ne partage pas tous les atrtendus mais qui donne du grain à moudre (note de danielle Bleitrach)

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Mouvements sociaux, terrorisme, crise de civilisation, Macron …
Roland Gori¹, psychanalyste et professeur émérite de psychologie et de psychopathologie clinique à l’université Aix-Marseille et auteur, entre autres, du livre Un monde sans esprit, la fabrique des terrorismes donne sa vision de la société dans une tribune argumentée.

COMMENT EN SOMMES-NOUS ARRIVES AUX PEURS SOCIALES D’AUJOURD’HUI ?

« Je suis ici pour dire notre soutien à tous ceux qui luttent […] contre la destruction d’une civilisation, associée à l’existence du service public, celle de l’égalité républicaine des droits, droits à l’éducation, à la santé, à la culture, à la recherche, à l’art, et, par-dessus tout, au travail.² »

DES SPECTRES HANTENT L’EUROPE

Aujourd’hui, le retour des extrémismes xénophobes au coeur de l’Europe Centrale, la victoire des populistes aux élections italiennes, le vote en faveur du Brexit, l’élection de Trump aux Etats-Unis, et bien d’autres symptômes comme le racisme et l’antisémitisme, montrent que les pays occidentaux ont peur. Ils n’ont pas seulement peur du terrorisme islamiste qui vient les frapper de l’extérieur, ils ont peur de l’intérieur même de leur culture, de leur pays, de leur démocratie libérale. Le « siècle de la peur³ », dont parlait Camus en 1946, ne cesse d’étendre son ombre en ce début du XXIe siècle, et rien ne dit que le siècle qui vient ne sera pas celui de la « terreur » dont les meurtres de masse barbares fomentés par l’ Etat Islamiste ne seraient que les prototypes artisanaux.

Nos peurs proviennent d’un mal profond. Plus personne ne se sent à l’abri du terrorisme, c’est-à-dire du surgissement de l’horreur dans l’ordinaire de la vie quotidienne. Le terrorisme surgit de la niche écologique d’une civilisation en crise auquel les mouvements révolutionnaires et anti-révolutionnaires donnent un ornement politico-moral. Dans le « clair-obscur » des crises de civilisation naissent les « monstres », disait Gramsci⁴. Mais, le terrorisme « exogène », d’une certaine façon, ne doit pas nous cacher les facteurs politiques intérieurs qui facilitent son émergence. Il est un des symptômes de notre maladie de civilisation, de la pathologie de nos sociétés, de leur incapacité à (re)trouver un projet culturel, un rêve et un espoir qui leur permettraient de se rétablir. Que le trans-humanisme puisse tenir lieu de nos jours d’utopie en dit long sur la désespérance de notre civilisation. Que l’on puisse envisager de retrouver un Paradis perdu en se transformant ontologiquement en machine, en algorithmes, en dit long sur notre perte d’expérience sensible ramenée à des artefacts. Mais comment en sommes-nous arrivés-là ? Comment en sommes-nous arrivés à ce « siècle de la peur » ? Tout ce que nous vivons aujourd’hui, jour après jour, est politique et toute solution politique s’est pour l’heure révélée, à terme, impraticable.

Face à cette crise, et comme en Allemagne en 1933, les mouvements sociaux tentent de prendre le relais du politique. Ils prennent le relais du politique pour mettre à nu l’hypocrisie éthique et sociale de la démocratie libérale en tension permanente entre ses idéaux de liberté et ceux d’égalité, en tension constante entre le message d’émancipation du libéralisme philosophique et les dispositifs de contrainte, d’humiliation, de soumission et d’asservissement des pratiques sociales exigées par l’ « économisme », son pragmatisme cynique, son utilitarisme odieux. Lorsque les Etats et les Nations n’ont plus les moyens de garantir une fraternité qui, selon Bergson, est la seule valeur éthique à même de réconcilier l’égalité et la liberté, le système explose. C’est de nouveau le cas aujourd’hui.

Une fois encore, nos démocraties libérales se trouvent confrontées à leur contradiction structurelle. Contradiction structurelle dont elles ne parviennent pas à guérir, et ce depuis la fin du XIXe siècle⁵. Une contradiction structurelle qui les mine et qui les discrédite au point de féconder la « bête immonde », le « fascisme primitif⁶ » qui conduit aux totalitarismes, et trouve de multiples masques sous lesquels apparaitre. Comme le remarquait Simone Weil, à propos de l’Allemagne en 1932/1933, la crise n’a d’autres effets que de pousser à des sentiments révolutionnaires qui ne trouvant pas dans les partis politiques existants un débouché⁷ , poussent à accepter le pire. Ce chaos mental de la crise de civilisation produit « un ensemble de sentiments confus, appuyés par une propagande incohérente⁸ » qui trouve dans le fanatisme nationaliste et raciste une certaine unité de surface, une certaine cohérence paralogique. Le divorce entre les organisations politiques et les citoyens en souffrance sociale, désolés⁹ au sens d’Hannah Arendt, les livre comme des proies faciles à toutes sortes de prédateurs fascistes et terroristes, théofascistes ¹⁰ ou nationalistes.

D’où provient, à notre époque, ce nouveau divorce entre les citoyens et leurs représentants politiques ? Quelle est la responsabilité du social-libéralisme dans ce discrédit de l’espoir réformiste en politique ? Comment notre culture démocratique at- elle pu se laisser corrompre par le néo-libéralisme ? Comment en sommes-nous arrivés à devenir « américains¹¹ » ?

Les travaux de Dostena Lavergne¹² ont notamment montré que, sous prétexte de démocratie et/ou de modernité, les think-tanks européens ont tenté de convertir les peuples et leurs institutions à la « religion du marché » nord-américain. Et, ce faisant ces groupes de pression et de propagande ont contribué à installer un individualisme de masse qui tend à ruiner le champ politique. Ces « experts » furent, et sont, les scribes de nos nouvelles servitudes sociales¹³. Au nom du pragmatisme et du cynisme le plus obscène, ils ont promis la démocratie pour mieux imposer les lois du profit des multinationales. Ces think tanks européens, nés pour la plupart dans les années 1990/2000, sont en totale subordination économique, culturelle, linguistique, éthique et politique aux réseaux anglo-saxons. Ils sont les nouveaux conquérants des espaces publics et médiatiques qu’ils participent à privatiser symboliquement et économiquement. Ils le font avec d’autant plus de facilité qu’ils sont les « héritiers » de la Nomenklatura des anciens « partis » qu’ils dénoncent.

Par le jeu d’influence des médias, des évaluations académiques, des lobbies de gouvernance des affaires et des institutions, des « élites » de la connaissance et du conseil, ces scribes et leurs castes endogènes, prescrivent une « nouvelle » manière de vivre, de penser et d’éprouver le monde. Les formes de savoir elles-mêmes sont évaluées, normalisées et calibrées, selon les nouvelles exigences du pouvoir, alignées sur les formes et les logiques des nouvelles dominations sociales transnationales¹⁴.

Camus aimait dire qu’il y a toujours des métaphysiques derrière les méthodes, Walter Benjamin ironisait sur le « petit bossu » de la théologie qui active les mécanismes des automates de l’économie et du politique. La théologie néolibérale s’est imposée comme croyance dans un univers culturel prédisant « la fin de l’histoire¹⁵ ». C’est bien d’une révolution symbolique dont il s’agit dont le principe fondateur est qu’il n’y a pas de solution aux problèmes économiques et écologiques que rencontre l’Europe qui ne soit soluble dans un universel néolibéral aujourd’hui en voie de mondialisation. Contester ce postulat ou le méconnaitre revient, comme l’a montré Dostena Lavergne, à reconnaitre sa dissidence, à se voir accusé d’être un « has been », attardé aux civilisations du passé. Au risque d’être lourdement pénalisé financièrement et symboliquement par les réseaux anglo-saxons hégémoniques. Les politiques et les Etats ayant fait faillite, le pouvoir se trouve transféré aux think tanks : « les hommes politiques seraient des marins naufragés, l’Etat un radeau emporté par la vague de la mondialisation¹⁶ ». C’est cette technocratie néolibérale que les peuples européens rejettent aujourd’hui, non sans parvenir à faire du politique un champ de ruines. Le succès d’un slogan des plus douteux¹⁷, « ni gauche, ni droite », en porte témoignage.

Cette inhibition du politique aujourd’hui se manifeste de multiple manières, mais toutes s’accompagnent d’une profonde désillusion quant aux vertus du néolibéralisme. La croyance dans un avenir meilleur grâce aux bienfaits de la mondialisation fait de moins en moins recette, du moins dans la culture européenne. En ce sens, j’ai l’habitude de dire que le néolibéralisme, en tant que vision politico-morale du monde, est définitivement mort… même s’il feint encore de l’ignorer, et s’il parvient à se maintenir par des institutions juridiques, technicofinancières et économico-sécuritaires.

Le risque populiste et le rejet d’une Europe technocratique émergent de cette crise de croyance dans la civilisation néolibérale des moeurs. L’avenir de notre modèle de démocratie perd, jour après jour, son lendemain. Et l’élection d’Emmanuel Macron appartient à cette crise.

Le paradoxe veut que ce soit un « pur produit » du système qui soit parvenu à se faire élire Président de la République française grâce à ce rejet… du système. Le risque « populiste » anti-européen porté par l’extrême-droite et reproché, la plupart du temps indûment, à la Gauche radicale, était inévitable. De ce point de vue Emmanuel Macron a raison de dire qu’il est le dernier recours face aux risques populistes de Droite comme de Gauche. Tout en oubliant qu’il est à lui tout seul, sans parti et sans ancrage local, un « populiste » de l’extrême centre¹⁸. Premier Consul du néolibéralisme à la française Emmanuel Macron aligne la France sur les standards mis en oeuvre depuis une trentaine d’années dans d’autres pays occidentaux, comme le Royaume Uni (avec Thatcher « brisant » la grève des mineurs) ou les Etats-Unis (avec Ronald Reagan et sa lutte contre les syndicats).

Bien sûr le risque d’ubérisation des métiers et de prolétarisation des professionnels ne date pas de l’élection d’Emmanuel Macron. Depuis une vingtaine d’années les gouvernements successifs se sont essayés à une mise au pas des services publics en « singeant » le modèle des entreprises privées¹⁹. La cause est entendue. Elle a nourri un fort ressentiment à l’égard d’un Parti Socialiste qui a manqué à ses promesses en poursuivant de manière pluslight la politique de Nicolas Sarkozy.

La liberté dans les conditions d’exercice des métiers est remise constamment et férocement en cause depuis deux décennies par la logique gestionnaire, la financiarisation généralisée des actes professionnels, les évaluations quantitatives, formelles et procédurales. Ces manières d’évaluer et de « normer » les actes professionnels ont constitué le cheval de Troie des logiques de marché dans des secteurs qui en été jusque-là exempté. Elles sont parvenues à « endommager » la culture des services publics. L’efficacité de ces procédures est plus que douteuse, mais leur pouvoir de soumission sociale fût réel et profond.

Cette contre-révolution symbolique qui a façonné tous les métiers, notamment tous les métiers qui prennent en charge la vulnérabilité humaine comme le soin, l’éducation ou le travail social, a produit une nouvelle culture du travail, a fabriqué de nouvelles normes qui ont fini par être intégrées dans de nouvelles lois modifiant la culture des services publics ad nauseum.

Pour parvenir à cette nouvelle civilisation néolibérale des moeurs, il a fallu faire en sorte que les professionnels qui assurent ces missions d’intérêt public soient court-circuités dans la mise en oeuvre de ces changements affectant leurs services transformés en « entreprises publiques ». Et, qu’ils soient contraints, ces professionnels, non seulement par les lois qui modifient leurs institutions publiques, mais aussi par de nouvelles normes. Cette normalisation professionnelle des services publics procédant par une colonisation des valeurs et des pratiques sociales importées des marchés financiers.

Cette normalisation des professionnels s’est accouplée à une taylorisation des tâches qui permet une fragmentation, une rationalisation, un contrôle plus serré des conduites professionnelles. Tous les professionnels, même au plus haut degré de qualification, pâtissent de cette prolétarisation des métiers. Dans les hôpitaux, les universités, les tribunaux, les écoles, le secteur social, la culture, c’est la même colère, le même chagrin, parfois la même honte. Même ceux qui naguère se tenaient à distance des mouvements sociaux, comme les Professeurs d’Université-Praticiens Hospitaliers, protestent vivement aujourd’hui contre ce système.

Le système technicien d’organisation tayloriste et gestionnaire s’est généralisé à l’ensemble des métiers. Il a impulsé l’Appel des appels²⁰, mouvement initié début 2009 : médecins, psy, infirmiers, travailleurs sociaux, chercheurs, enseignants, magistrats, journalistes, acteurs de la culture etc., s’insurgeaient contre cette prolétarisation de leurs métiers, prolongeant le management tayloriste qu’avaient connu les ouvriers et les employés. C’est cette conversion des professionnels – conversion comme on le dit d’une religion – aux croyances du taylorisme, qui a préparé la révolution symbolique que nous avons connue, en particulier avec la RGPP et la LOLF.

Le « changement de mentalité et d’habitudes », auquel aspirait Taylor, oeuvre de manière totalitaire dans nos sociétés. Le projet politique du taylorisme, c’est l’individualisation des résultats et de leur évaluation, la pulvérisation – à tous les niveaux – du collectif. Le préfacier de la traduction française de l’ouvrage de Taylor l’avoue naïvement : la « science économique » établit des « lois inéluctables » que les Républiques (celle de 1789, comme celle de 1848²¹) auraient voulu à tort « transgresser » ! Le taylorisme c’est la servitude reconnue comme un fait de nature, l’éloge énamouré du darwinisme social.

Le système de domination sociale en oeuvre aujourd’hui dans tous les secteurs professionnels résulte en partie de leur libéralisation, jusque et y compris dans le travail social auprès des plus démunis, à l’université, dans les hôpitaux, dans l’éducation, dans la justice, à l’école, dans l’information et dans la culture. De nouveaux dispositifs d’intervention et d’évaluation ont été mis en place depuis deux décennies pour assurer l’hybridation de la culture du secteur privé avec les institutions du secteur public. J’insiste, il ne s’agit pas d’une simple hybridation des moyens matériels de financement, mais bien plus profondément d’une hybridation culturelle, je dirais à la manière de Walter Benjamin, d’une théologie. Théologie dont Emmanuel Macron est le grand prêtre aujourd’hui.

Cette nouvelle théologie n’est pas si nouvelle que ça dans ses référentiels et dans ses valeurs : elle propose d’allier compassion et efficacité. Elle oublie bien souvent cette phrase de Jaurès : « les hommes n’ont pas besoin de charité, mais de justice. » Les humains ont besoin de retrouver leur dignité, leur fierté, leur liberté d’êtres humains, à commencer par celles que procurent le travail et l’oeuvre. C’est la raison pour laquelle je pense qu’il n’y aura pas de liberté politique aujourd’hui, de renouveau de la Démocratie, qui ne passe par la restitution de la liberté dans le travail, une liberté dans l’exercice des métiers. Le politique ne peut renaitre de ses ruines qu’à partir du champ social. C’est ce qui donne aux mouvements sociaux actuels toute son importance politique face à la théologie néolibérale « liftée » par Emmanuel Macron.

Cette théologie « entrepreneuriale », exemplaire du macronisme et de son « en même temps », juxtapose une belle rhétorique humaniste à des pratiques sociales ultralibérales. C’est ainsi que pour soit disant moderniser la France, les nouvelles politiques s’alignent sur les coutumes, les moeurs et les normes des modèles des années 1980, ceux de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher. Il fallait bien des hommes nouveaux et habiles pour administrer ces vieilles recettes thérapeutiques.

C’est parce que la Gauche européenne n’est pas parvenue à déconstruire cette réification de l’homme au travail qu’elle a, jusqu’à maintenant, perdu la bataille contre le nouveau capitalisme globalisé, et qu’elle a fini par se discréditer auprès des peuples. La Gauche européenne a participé à cette construction d’un humain-automatequi expulse de l’imaginaire collectif le projet d’un travail au cours duquel l’humain se réalise pleinement, s’accomplit dans le processus d’une oeuvre. Le capitalisme d’Etat des régimes socialistes a poussé à l’extrême cette aliénation tayloriste de l’humain dans le processus de fabrication.

Jaurès disait que la Démocratie ne devait pas s’arrêter aux « portes des usines ». L’émancipation des servitudes sociales passe par une nouvelle politique des métiers, une politique restituant une dimension « oeuvrière » au travail. La confiscation de la capacité de se diriger et de décider par soi-même, cette perte de liberté dans les métiers, passe par le truchement du modèle entrepreneurial dans leur exercice, et par là affecte la manière de penser et de vivre des « usagers » qu’ils prennent en charge. La colère des usagers est détournée par les gouvernements contre les « statuts privilégiés » des professionnels. Mais, elle doit être analysée pour ce qu’elle est : une impitoyable transformation des humains en « vaches à lait » et en serviteurs de la technocratie. C’est à ce pitoyable management des humains par une « curatelle technico-financière » auquel il nous faut mettre un terme.

Je pense qu’Emmanuel Macron a, aujourd’hui, les moyens politiques d’imposer un point de non-retour s’il parvenait à casser le front syndical comme Margaret Thatcher a réussi à briser la puissance des syndicats anglais. Je sais bien qu’en histoire il faut se méfier du « démon de l’analogie », comme disait Marc Bloch, mais il convient de tirer les leçons des signaux que son exemple fournit lorsque dans le présent un événement nous fait signe. Comme l’écrit Walter Benjamin : « Décrire le passé tel qu’il a été », voilà, d’après Ranke, la tâche de l’historien. C’est une définition toute chimérique. La connaissance du passé ressemblerait plutôt à l’acte par lequel à l’homme au moment d’un danger soudain se présentera un souvenir qui le sauve²² ».

Les mouvements sociaux du printemps défendent notre liberté

J’apporte mon soutien à tous ceux qui luttent contre « la destruction d’une civilisation, associée à l’existence du service public, celle de l’égalité républicaine des droits, droits à l’éducation, à la santé, à la culture, à la recherche, à l’art, et pardessus tout au travail ». On reconnait sans peine l’origine de ces paroles citées en exergue de cette tribune. Pierre Bourdieu les a prononcées en décembre 1995 à l’occasion des grandes grèves contre la Réforme des retraites. Nous pouvons aujourd’hui les reprendre mot pour mot à notre propre compte afin de nous mobiliser contre le déclin de la démocratie.

De nouveau aujourd’hui, et peut-être en pire, la « noblesse d’Etat », la technocratie néolibérale remet en cause l’existence de ce patrimoine commun, de ces biens communs que sont les services publics, plus radicalement que ne l’ont fait les deux quinquennats précédents. La SNCF, mais aussi l’hôpital et l’Université, sont aux avants postes de la défense de la Démocratie, de la défense de cette « propriété » des communs que sont nos services publics et qui permettent à tout citoyen, quel que soit son lieu de résidence, son âge, sa profession, son origine, d’avoir le sentiment d’appartenir à une même Nation. Si la Nation est un plébiscite de tous les jours, selon les paroles d’Ernest Renan, en retour la communauté qu’elle constitue apporte à chacun de ses membres la conviction de son droit d’égalité d’accès au soin, à l’éducation, à la culture, à l’information, à l’accompagnement social et aux transports.

Ces services publics doivent à tout prix être préservés de la corruption de la Finance et du Commerce globalisé. Nous savons ce que sont devenus les services qui ont subi la corruption des logiques gestionnaires et la pollution des évaluations financiarisant les actes professionnels et prolétarisant les métiers. Les pays européens qui ont cédé au chantage de la technocratie libérale mondialisée l’ont payé cher, politiquement et socialement. Dans ces pays de timides mesures tentent aujourd’hui de reprendre la voie des « nationalisations », ou contribuent au fonds de commerce des extrêmes droites nationalistes et populistes.

Le coût humain n’est jamais pris en compte dans la tyrannie des évaluations budgétaires. Il est temps d’exiger, face à la taylorisation des métiers et à la prolétarisation des professionnels et des usagers, d’exiger la prise en compte de l’humain dans l’économie des services rendus. Le renouveau d’une politique démocratique passera par là ou ne sera pas. Il n’y aura pas de liberté politique nouvelle sans liberté dans le travail. Et, il n’y aura pas de liberté dans le travail sans une profonde transformation des dispositifs d’évaluation.

Car pour parvenir à une évaluation démocratique des services, il faut dépasser le seuil de l’utilité immédiate des économies budgétaires pour savoir ce qu’elles peuvent coûter à long terme en prix d’humanité. Donc, il nous faut reprendre toutes les analyses budgétaires et prévisionnelles pour évaluer vraiment les conséquences sociales autant qu’économiques que leurs gestions engagent. On a dit, par exemple, que si la France avait bien résisté à la crise de 2007, elle le devait en partie grâce à son modèle social. Des chercheurs d’Oxford ont aussi récemment montré que pour la seule année 2015 la surmortalité dans les hôpitaux anglais, liée aux mesures austéritaires, pouvait être estimée à 30 000 décès supplémentaires. C’est ce type de données qu’il faut réintroduire dans nos évaluations chiffrées, en dépassant le court-terme qui privilégie les calculs des politiques néolibérales. L’oubli du prix « humain » est le biais méthodologique qui fausse tous les résultats des évaluations actuelles²³ qui repose sur une logique d’évaluation gestionnaire des moyens et non sur l’efficience des services par rapport aux finalités qui les justifient.

Au-delà de la défense des droits sociaux des grévistes, il faut bien reconnaitre que ce qu’ils défendent n’est rien d’autre que la solidarité nationale, solidarité nationale qui seule peut nous préserver des nationalismes et des populismes. Camus écrivait en 1955 dans sa très belle conférence à Athènes « j’aime trop mon pays pour être nationaliste²⁴ ».

Face à cette insurrection sociale des consciences le gouvernement s’efforce de fabriquer un « parti » ou un « syndicat » de l’opinion publique contre les grévistes. Il nous faut solidairement montrer que les grévistes protègent, au-delà de la défense de leurs statuts, nos biens communs et nos libertés. Face à un modèle consulaire qui réduit les corps intermédiaires, s’appuie sur des députés sans ancrage régional ou de parti politique historique, les citoyens convoqués par les mouvements sociaux du printemps doivent défendre des droits qui sont consubstantiels à une certaine vision de la politique et du « vivre-ensemble ». Avec une rare habileté et un grand talent le nouveau président a su exploiter l’effondrement et le discrédit des partis de gouvernement, ou qui prétendaient l’être. Il installe dans ce champ de ruines une autre forme d’administration qui lui ressemble, alliant commerce, technocratie et numérique.

Une tentation numérique de gouvernement des populations tente d’enterrer les volontés politiques d’émancipation sociale et subjective, dénie le désir de démocratie en utilisant les nouvelles technologies pour administrer l’humain avec des algorithmes. Ce risque d’un nouveau totalitarisme numérique, d’une nouvelle religion du numérique à même de transcender la religion du marché dont elle deviendrait le deuxième corps²⁵ existe pour celui qui n’a que des réseaux comme parti et soutien à sa politique. Mais, ce peut être bien suffisant pour imposer, par le truchement d’une ubérisation des métiers et une prolétarisation des professionnels, de nouvelles servitudes.

Les mouvements sociaux doivent s’emparer à bras le corps de ce problème : ils doivent impulser une nouvelle politique des métiers, aider à reconquérir la liberté politique par la reconquête de la liberté dans le travail, dans l’organisation des métiers. Pour cela, il convient en premier lieu de redonner aux professionnels le goût et le courage de parler ensemble, entre eux et avec les « usagers », afin de décider des conditions de services qui les concernent. Il faut a contrario du sarkozysme et du macronisme multiplier les représentations intermédiaires des salariés et des « usagers » pour créer des réseaux de démocratie à même de faire circuler des cahiers de doléances et de propositions. Il faut une évaluation qualitative, citoyenne, responsable fondée sur les récits, les témoignages, les dialogues. Il faut mettre un terme aux évaluations quantitatives, formelles et procédurales. Il faut des chiffres, oui, pour parler, mais pas pour nous faire taire²⁶.

Comment retrouver une liberté dans le métier qui permette de penser et de décider si ce n’est en utilisant justement les nouvelles technologies, non pour nous soumettre davantage mais pour nous libérer ? Alors que le macronisme prône une dissolution de la démocratie dans le numérique, une soumission des populations aux algorithmes, il nous faut parvenir à dissoudre le numérique dans la démocratie²⁷. Il nous faut reconquérir la démocratie des territoires occupés et colonisés par la technocratie. Cela commence à l’école, à l’hôpital, à l’université, dans le travail social et dans les médias. Les nouvelles technologies, robotique et numérique, devraient libérer du temps de travail. Cette libération pourrait accroitre le chômage ou réduire les salaires selon l’usage politique qui en sera fait. Le management par la peur du déclassement ou de la précarité peut conduire à ce que ce temps du travail humain réduit par les machines numériques et robotiques serve les profits.

Il me semble que l’on pourrait utiliser autrement ce temps libéré grâce aux machines numériques pour réfléchir ensemble, réfléchir à ce que l’on fait, à partager l’expérience sensible de la démocratie pour analyser nos actes professionnels et créer les moyens de les ajuster au mieux aux finalités de nos métiers. Ce serait du temps libéré pour le politique à partir des lieux du travail.

Face à la déshumanisation du taylorisme organisant de nos jours tous les métiers, nous pourrions créer les conditions d’une démocratie émergeant sur nos lieux de travail. Nous pourrions évaluer par le débat, l’analyse, et décider, partager, en rendant vivante cette phrase d’Hannah Arendt nous rappelant que : « la liberté – la vraie liberté – requiert la présence d’autrui ». Ce qui suppose que ces biens communs, ces « propriétés sociales » que sont les services publics soient protégés de la corrosion néolibérale qu’altèrent depuis deux décennies les réformes des gouvernements successifs et auxquels les politiques actuelles veulent donner le coup de grâce. Nous ferions ainsi entrer la démocratie sur les lieux du travail grâce au temps gagné par l’usage des machines. Ce qui n’a pas été le cas jusque-là. L’enjeu politique et anthropologique est considérable.

Le déclin, et peut être l’agonie, des contre-pouvoirs politiques, parlementaires, régionaux, locaux, syndicaux, menace sérieusement le concept de liberté. Non que le Président Macron ait un goût prononcé pour la dictature, comme on se plait stupidement à le dire, mais parce qu’il incarne une volonté politique qui, paradoxalement, oeuvre à la disparition du politique, du moins du politique au sens d’Hannah Arendt²⁸. Au mieux, ce type de régime politique qui combine l’autorité d’un seul et la servitude en réseau de tous, conduira à une démocratie numérique, « sépulcre blanchi » du débat démocratique. L’économie et la propagande, par le truchement des règles numériques et formelles de la nouvelle technocratie, pourraient suffirent à suppléer à un appareil d’Etat affaibli. Nous aurions ainsi atteint l’ère des « post-démocraties ». A moins qu’avec les mouvements sociaux du printemps nous ne parvenions à restituer au monde globalisé le charme de la pluralité des humains, cette pluralité des hommes qui fait le domaine du politique et que le néolibéralisme a détruit. Ce qui suppose de redonner au politique une dimension spirituelle compromise par le désenchantement du monde.

Comment, pour finir, ne pas évoquer André Malraux invitant à donner à notre siècle la « spiritualité » qui lui manque ? Cette spiritualité qui se révèle comme la dimension spécifique de l’humain dans son rapport à l’autre que requiert le concept de liberté : « le drame de la civilisation du siècle des machines n’est pas d’avoir perdu les dieux, car elle les a moins perdus qu’on ne dit : c’est d’avoir perdu toute notion profonde de l’homme.²⁹ » Il avait eu cette intuition prophétique : « Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connu l’humanité, va être d’y réintégrer les dieux.³⁰ » Non sans avoir souligné, précédemment, que « depuis cinquante ans, la psychologie réintègre les démons dans l’homme. Tel est le bilan sérieux de la psychanalyse.³¹ »

¹ Roland Gori, Président de l’Association Appel des appels, Psychanalyste, Professeur honoraire de Psychopathologie Clinique à Aix- Marseille –Université. Président de l’Association Appel des appels. Derniers ouvrages parus : La Dignité de penser, Paris : LLL, 2011 ; La Fabrique des imposteurs, Paris : LLL, 2013, Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ? Paris : LLL, 2014 ; L’individu ingouvernable, Paris : LLL, 2015 ; Un monde sans esprit. La Fabrique des terrorismes, Paris : LLL, 2017.
² Pierre Bourdieu, « Contre la destruction d’une civilisation », in : Contre-feux, Paris : Liber-raisons d’agir, 1998, p. 30.
³ Albert Camus, Éditorial de Combat du 19 novembre 1946.
⁴ Roland Gori, Un monde sans esprit. La Fabrique des terrorismes, Paris : LLL, 2017.
⁵ Roland Gori, 2015, L’individu ingouvernable, Arles, Actes Sud, 2016.
⁶ Umberto Ecco, Reconnaître le fascisme (2010), Paris: Grasset, 2017.
⁷ Simone Weil, Ecrits sur l’Allemagne 1932-1933, Paris: Payot & Rivages, 2015.
⁸ Simone Weil, ibid., p 41.
⁹ Hannah Arendt, Le système totalitaire (1951), Paris : Seuil, 1972.
¹⁰ Roland Gori, 2015, L’individu ingouvernable, Arles, Actes Sud, 2016.
¹¹ Régis Debray, Civilisation : Comment nous sommes devenus américains ? Paris : Gallimard, 2017.
¹² Dostena Anguelova-Lavergne, Think tanks : imposteurs de la démocratie, CS éditions Paris, 2018 (à paraître).
¹³ Roland Gori, 2009, « Les scribes de nos nouvelles servitudes ». Cités, n° 37, p. 65-76.
¹⁴ Roland Gori, 2011, op. cit. ; 2013, op. cit.
¹⁵ Francis Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme (1992), Paris : Flammarion, 2009.
¹⁶ Dostena Anguelova-Lavergne, op. cit., page 239.
¹⁷ Ce slogan, comme l’a montré Zeev Sternhell, fût celui des mouvements fascistes de l’entre-deux-guerres. Cf. Zeev Strenhell, Ni droite ni gauche L’idéologie fasciste en France, Paris : Gallimard, 2012.
¹⁸ Roland Gori, 2017, “En même temps” ou le grand écart du nouveau présidentLibération, 23 juillet http://www.liberation.fr/debats/2017/07/23/en-meme-temps-ou-le-grand-ecart-du-nouveau-president_1585661
¹⁹ Abelhauser A., Gori R., Sauret M.J., 2011, La folie évaluation Les nouvelles fabriques de la servitude, Paris : Mille et une nuits-Fayard ; Roland Gori, Christian Védie, 2014, « A travers les mailles des grilles : le sujet », In Barbara Cassin (sous la dir. de), Derrière les grilles Sortons du tout-évaluation, Paris Mille et une nuits, p. 139-174.
²⁰ Roland Gori, Barbara Cassin, Christian Laval (dir.), L’Appel des appels. Pour une insurrection des consciences, Paris, Mille et Une Nuits, 2009.
²¹ On se demande bien pourquoi en 1927 Le Chatelier se limite à ces deux Républiques et à leurs « efforts faits pour en transgresser quelques-unes [de ces lois économiques] qui ont piteusement échoué. » (In Frederic Winslow Taylor, Principes d’organisation scientifique (1911) ; Paris, Dunod, 1927, p.7).
²² Walter Benjamin, Écrits français [1972], Paris, Gallimard, 1991, p. 435-436.
²³ Roland Gori, 2013, op. cit.
²⁴ Albert Camus, « Sur l’avenir de la tragédie (29 avril 1955) », in : Oeuvres complètes III 1949-1956, Paris : Gallimard, 2008, p. 1127
²⁵ Ernst H. Kantorowicz, “Les Deux Corps du Roi » (1957), in : Oeuvres, Paris : Gallimard, 2000, p. 643-1332.
²⁶ Roland Gori, 2011, op. cit. et 2013, op. cit.
²⁷ La démocratie est-elle soluble dans le numérique ? Conférence de Roland Gori à la Sorbonne le 28/02/2018
²⁸ Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique ? (2005), Paris, Seuil, 2014.
²⁹ André Malraux, 1955, L’Express, 21 mai 1955.
³⁰ André Malraux, 1955, L’Express, 21 mai 1955.
³¹ André Malraux, 1955, L’Express, 21 mai 1955.

un-monde-sans-esprit-la-fabrique-des-terrorismes-roland-gori-couv

Roland Gori , Un monde sans esprit, la fabrique des terrorismes.
240 pages, 18,50 €.

 

Préparons-nous pour de nouvelles batailles. Rapport du Président du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie G.А. Ziouganov au Plénum de mars 2018 du Comité central du Parti

 

Service de presse du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie

31-03-2018

https://kprf.ru/party-live/cknews/174480.html

Chers camarades,

 

Nous venons de vivre une campagne politique complexe et très responsable. Les élections du chef de l’Etat ont eu lieu en Russie. Dans cette campagne, nous avons déclaré avec assurance: le pays a besoin d’un programme de développement, d’un programme de progrès économique, d’une nouvelle industrialisation et de l’instauration de la justice sociale. Sans la mise en œuvre de cette stratégie, la Russie ne peut éviter un effondrement mettant en danger  sa souveraineté. Chacune de nos étapes dans cette élection a été subordonnée à l’objectif de sortir pacifiquement et démocratiquement le pays de la crise, de l’impasse où il était conduit par le régime oligarchique.

 

En décembre de l’année dernière, lors du XVIIe Congrès du Parti, nous avons nommé l’un des dirigeants d’entreprise les plus talentueux et les plus prospères de Russie – Pavel NikolayevitchGroudininecomme candidat à la présidence. Seul notre candidat s’est présenté aux élections présidentielles avec un plan clair et bien fondé pour résoudre les tâches les plus difficiles auxquelles la Patrie est confrontée. Le programme anti-crise du Parti communiste a formé la base du programme « 20 étapes de Pavel Groudinine. »

 

Nos propositions pré-électorales, l’activité de toutes les structures et le candidat lui-même, une large union du Parti communiste avec les forces populaires, de gauche et patriotiques assuraient un soutien massif des citoyens. Et notre candidat, contre vents et marées, a acquis la stature d’un grang politicien.

 

Vladimir Ilitch Lénine a enseigné que le parti doit analyser de manière exhaustive à la fois ses succès et ses erreurs. Pour avancer avec confiance, nous devons évaluer objectivement ce que nous avons mené avec succès lors de cette dernière campagne électorale, et quelles ont été nos lacunes.

 

 

Des élections sur fond de crise

 

 

La campagne électorale s’est déroulée dans le contexte d’une crise croissante de l’économie et de la sphère sociale. Les élections ont été accompagnées d’un effondrement de l’industrie nationale. Elles ont été précédées par une période prolongée de baisse des revenus des citoyens et une augmentation des inégalités sociales. Pratiquement tout témoigne du fait que le modèle de capitalisme sauvage imposé au pays engendre la dégradation et la déchéance, démontre sa banqueroute complète.

 

La détérioration de la situation se produit dans le contexte d’une exacerbation sans précédent de la situation de la politique étrangère depuis la guerre froide. Les Etats-Unis ont directement déclaré la Russie leur adversaire géopolitique et militaire, avec qui il est nécessaire de se battre avec tous les moyens disponibles. Les Américains l’ont déclaré ouvertement dans la doctrine de la sécurité nationale.

 

L’Occident crée constamment de nouvelles provocations destinées à discréditer la Russie et à justifier des attaques agressives contre elle. En fait, des mesures sont prises pour former la prochaine Entente pour lutter contre notre pays. Il devient de plus en plus clair que nous est déclarée une guerre d’anéantissement.

 

La Fédération de Russie a réagi en améliorant le complexe militaro-industriel et en renforçant son bouclier nucléaire. Soutenant cette étape, nous insistons sur le fait que pour une sécurité fiable, l’arsenal nucléaire à lui seul est catégoriquement insuffisant.

 

Les adversaires de la Russie se comportent de manière de plus en plus débridés. Ils comprennent comment notre économie est affaiblie et vulnérable, minée par des «réformes» libérales. L’oligarchie avide mine le pays de l’intérieur, renforce sa scission. Plus longtemps le système actuel odieux se maintiendra, plus la Russie sera vulnérable face aux adversaires extérieurs. Ils s’attendent à ce que, avec la crise croissante dans l’industrie, la science et la gouvernance, nous ne serons pas en mesure de renforcer nos défenses et de maintenir la stabilité interne.

 

Le taux de déclin de la production industrielle au cours de la dernière année a montré un record dans cette décennie. Presque tous les secteurs de l’économie continuent de se détériorer. Les investissements dans ceux-ci diminuent constamment. Dans le développement innovant de l’industrie, la Russie est 4-5 fois plus bas que les principaux pays industriels. La faible croissance du PIB russe est invisible au microscope, et si l’on ne prend pas en compte le secteur des matières premières, il baisse.

 

Contrairement aux promesses des autorités, l’économie russe ne s’est pas libérée de sa dépendance aux matières premières. Au contraire, elle devient de plus en plus « accros » aux hydrocarbures Le cours actuel condamne le pays au rôle d’appendice d’États hautement développés. Même dans le secteur des matières premières, la détérioration de la capacité de production a atteint 55%. Les experts préviennent que si la situation ne change pas, dans 10-15 ans, le pays ne sera pas en mesure de produire de « l’or noir » dans les volumes nécessaires à l’exportation. Et si les autres branches restent en ruines, il n’y aura rien pour reconstituer le budget et les réserves d’or et de devises étrangères.

 

Déjà dans le budget actuel pour la prochaine période de trois ans, les libéraux du gouvernement ont prévu une réduction substantielle des dépenses sur pratiquement tous les éléments économiques et sociaux. Ils contraignent l’industrie et la médecine, et l’éducation, et la science à se serrer la ceinture. Ils les privent de leurs dernières ressources qui leur permettraient de se développer véritablement.

 

Au cours des quatre dernières années, les revenus réels des Russes ont diminué d’au moins 13%. Il y a plus de 20 millions de miséreux dans le pays. Une personne sur quatre est incapable de payer pour le logement et les services communaux à temps. Selon les recherches, au cours des 2-3 dernières années, 37% des Russes n’avaient pas les ressources pour s’adapter à la crise. En conséquence, ils ont commencé à emprunter de plus en plus. À l’automne 2017, la part de ceux qui empruntaient à des parents et amis est passée de 40 à 60% et celle de ceux qui achètent à crédit de 12 à 22%. Pour survivre, les gens tombent dans le servage de crédit. Le volume de prêts bancaires à la population a atteint 12 milliards de roubles. La dette des citoyens sur les prêts en roubles est à un sommet historique.

 

À l’époque, le Mahatma Gandhi a posé une question: « Quelle est la différence pour les morts, les orphelins et les sans-abri, au nom de quoi ils subissent la tyrannie et la destruction – au nom du totalitarisme ou au nom sacré du libéralisme et de la démocratie ». Donc en Russie, le principe constitutionnel d’un état social est ouvertement bafoué.

 

Dans le contexte de l’appauvrissement des masses, les milliardaires en dollars et les millionnaires continuent de s’enrichir. Par le taux de croissance de leurs capitaux, la Russie a pris la tête dans le monde. La crise ne fait que contribuer à l’enrichissement des nouveaux riches. Leur fortune personnelle est égale à trois budgets annuels de la Russie. Le développement du pays, c’est le cadet des soucis de ces messieurs. Au cours des dernières années, ils ont apporté plus de 60 milliards de roubles aux banques étrangères et offshore. Alors que la campagne présidentielle était en cours, près de 10 milliards de dollars étaient encore versés hors du pays. C’est plus de deux fois plus qu’au début de l’année dernière. Dans le même temps, les autorités continuent à assurer que la Russie « se relève « . Cependant, la part des capitaux étrangers dans les secteurs les plus importants de notre économie se situe déjà entre 45% et 95%.

 

Quelques jours après les élections, des événements tragiques se sont déroulés qui ont pleinement exposé la nature laide et destructrice du capitalisme imposé à notre pays. Des dizaines de personnes sont mortes lors d’un terrible incendie dans le centre commercial de Kemerovo « Winter Cherry ». Et à Volokolamsk, près de Moscou, plus de cinquante enfants ont été empoisonnés par les émissions de gaz d’une gigantesque décharge privée. Voici les conséquences pour la société d’un système basé sur la déification des profits et encourageant ceux qui sont prêts à mettre en péril la santé et même la vie des citoyens pour le profit. Un tel système devient mortel pour la société. Ces tragédies confirment l’importance de notre lutte, notre volonté de changer de cap, de construire un socialisme renouvelé. Une société de la dignité et de l’optimisme social.

 

 

Une autre voie existe

 

 

Camarades!

 

En allant aux urnes, le Parti communiste et notre candidat à la présidentielleGroudinineont étudié tous les problèmes criants qui menacent le pays d’une catastrophe. Nous avons clairement indiqué comment y résister en mettant en œuvre notre programme.

 

Nous avons justifié la nécessité de nationaliser les sphères les plus importantes de l’économie. Cela permettrad’ôter les leviers de commande à l’oligarchie compradore, pour former un budget à part entière, de remettre  sous contrôle de la société les bénéfices énormes des sociétés, les diriger vers l’industrie et l’agriculture, l’industrie de la défense et la médecine, l’éducation et la science, mener à bien une nouvelle industrialisation. Nous avons proposé des mesures efficaces pour lutter contre la pauvreté et garantir les droits sociaux des travailleurs, des retraités et des jeunes familles. Nous avons montré comment résister à l’effondrement technologique et à la croissance des tarifs dans les services de logement et communaux.

 

Le parti communiste et les forces patriotiques du peuple ont démontré au public les perspectives d’une Russie nouvelle, forte et prospère, avec le triomphe de la justice et du droit. Nous avons une fois de plus prouvé qu’il est impossible de changer l’état des choses pour le mieux sans un virage à gauche.

 

À la fin des années 90, après le défaut, le pays a été sauvé par le gouvernement de coalition Primakov-Maslyukov-Gerashchenko, soutenu par le Parti communiste. Aujourd’hui, seul un gouvernement d’intérêts national, agissant dans la logique de nos propositions constructives, peut sauver la situation.

 

Dans une situation qui menace de devenir une catastrophe nationale, les autorités sont obligées de garantir une discussion approfondie des mesures de relance de la Russie. Leur devoir envers le peuple était de mener un débat à part entière, permettant au pays de choisir exactement le programme qui répond à ses intérêts et qui aidera à faire face à la crise. Mais elles n’ont pas pris cette voie. De plus, le gouvernement a tout fait pour empêcher le KPRF et notre candidat de communiquer leur programme à tous les électeurs. La compétition honnête a été remplacée par un spectacle sale, la calomnie et les provocations.

 

Les cercles dirigeants sont prêts par tous les moyens à empêcher l’éveil politique de la société et à préserver le cours féodal-oligarchique, conduisant le pays à la dégradation. Ils sont prêts à tout pour empêcher le développement de l’autorité de nouveaux politiciens capables d’orienter la Russie sur la voie de la justice sociale et du développement. Dans notre programme anti-crise, ce pouvoir ne voit pas un moyen de sauver le pays, mais une menace à son existence. Une menace qu’elle doit être neutralisée – même contre les intérêts de la Russie.

 

Comme l’ont montré les élections, non seulement les autorités, mais aussi d’autres acteurs de la lutte politique ne sont pas en mesure d’offrir un programme clair pour surmonter la crise et la renaissance de la Russie. Cela a été fait seulement par la KPRF et ses alliés. Notre coalition national-patriotique démontre avec confiance qu’il y a un autre moyen. Une fois de plus, nous avons prouvé que nous avions un programme d’actions qui répond aux intérêts de la majorité absolue des citoyens.

 

Aujourd’hui nous avons encore une raison d’affirmer: nous sommes une véritable force d’opposition qui a prouvé son droit moral et professionnel au pouvoir.

 

Sans la mise en œuvre de notre programme, les droits des travailleurs continueront d’être violés. Le gouvernement discute déjà de la question de l’augmentation de l’impôt sur le revenu de 13% à 15% (1). En cas d’annulation du taux préférentiel de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), il y aura une augmentation de 8% du coût des aliments, des biens pour enfants et des médicaments et enfin, à partir du 1er juillet, les tarifs des services publics augmenteront dans toutes les régions du pays. L’augmentation sera de 3 à 6%.

 

 

Un cirque au lieu d’un débat

 

Chers participants au plénum!

 

Pavel NikolayevichGroudinine est devenu la cible principale pour ceux qui ont essayé de transformer ces élections en une scène de foire. Il est le seul qui a rejoint la campagne électorale, ayant une bonne expérience économique derrière lui. Sa prospère ferme  d’Etat Lénine peut servir de modèle convaincant pour le développement de la Russie. Il est le seul à avoir offert aux électeurs non des promesses vides et de nouvelles aventures sans lendemain, mais un avenir digne d’un grand pays.

 

Les autorités non seulement ne voulaient pas seulement l’admettre, mais elles ont été effrayéesau plus haut point, mettant en oeuvre tout leur arsenal de propagande, de calomnie et de faux. Elles ont utilisé les méthodes les plus viles afin de discréditer le candidat du peuple et de tromper la société. Dans ce contexte, même les sales tours de la clique Eltsine de 1996 pâlissent. L’arbitraire et l’anarchie se répandent dans tout le pays.

 

Le régime de pleine faveur dans les médias a été accordé à un seul candidat. Le service politique de ceux qui ont plongé des millions de personnes dans la pauvreté, est resté silencieux sur la façon dont l’oligarchie pille la Russie. Mais du matin au soir elle a crié sur les « milliards » inventés de Groudinine. D’autres journalistes ont envahi la vie personnelle de notre candidat, espionné ses enfants et propagé la calomnie. Tout cela a transformé l’élection en une bacchanale humiliante.

Même dans les années 90, nos adversaires ne se sont pas abaissés au point d’organiser des provocations savamment orchestrées lors des débats télévisés. Et maintenant nous avons vu comment, pour créer un scandale supplémentaire, des personnages douteux ont réussi comme par hasard à faire intrusion dans un studio de télévision (2). Le débat a été construit de manière à en faire des bagarres ridicules et à éviter une discussion sérieuse des problèmes. Ce n’était pas un débat, c’était une parodie d’une conférence de presse misérable, où le problème le plus difficile devrait être exposé en une minute ou deux.

 

Dans les jours précédant les élections, le président sortant a exhorté à se rendre aux urnes et à voter pour une «nouvelle Russie». En réalité, les autorités n’ont pas offert au pays une image de l’avenir. Ce n’est pas une nouvelle Russie. Ce sont les anciennes cartes de la corruption, par lesquelles les grands fonctionnaires, les oligarques et leurs serviteurs mènent un jeu malhonnête contre les intérêts du pays et du peuple.

L ‘«union chaleureuse» du pouvoir et du capital a fixé la tâche de neutraliser Pavel Groudinine. Pour ce faire, toutes les ressources étaient impliquées. Les fonctionnaires sur le terrain se sont mis au garde à vous et se sont précipités pour fournir le taux de participation maximal et le résultat souhaité. Les méthodes en ont été élaborées depuis longtemps: effrayer et conduire aux bureaux de voteles employés d’état, organiser des « carrousels » et l’acheminement en masse de faux électeurs, opérer des machinations avec des urnes portatives etc. Un fait scandaleux s’est produit à Moscou, lorsque notre activiste, membre de la commission électorale territoriale, Ivan Yegorov, a été battu juste à côté d’un bureau de vote. Maintenant, il doit subir une lourde opération.

 

Sur la protection des délinquants se tenait la police. La police a arrêté nos activistes, saisi des produits de propagande, ignoré les violations insolentes des autres candidats. Elle obéit docilement aux ordres des autorités, oubliant leurs vraies tâches – assurer la sécurité et la paix des citoyens.

 

La veille même du scrutin, notre siège a envoyé plus d’une centaine de plaintes bien argumentées à la Commission électorale centrale concernant des violations de la loi. Mais nous n’avons pas entendu de réponses claires: déjà ces faits suffisent pour que le résultat obtenu par les autorités lors des élections ne soit pas reconnu comme honnête.

Hélas, de nombreuses voix en faveur du cours actuel ont été données sous la pression de calomniateurs et de provocateurs. Cette « artillerie lourde » du pouvoir n’était pas juste pour nous. Elle a frappé tous les citoyens du pays, piétinant leur droit de faire un choix significatif. Les élections ont été ouvertement noyées dans une mer de mensonges sans scrupules. Ainsi, le gouvernement a encore plus miné sa crédibilité et sa confiance aux yeux du peuple. Ce n’est pas un hasard si peu de temps après les élections, les masses de la banlieue étaient prêtes à protester contre les hauts fonctionnaires qui ne remplissaient pas leurs devoirs envers le peuple.

Oui, le gouvernement actuel continued’être soutenu par une partie importante de la société, c’est le résultat d’une propagande télévisée frénétique. Mais l’alternative est en train de se former. Le nombre de ceux qui tirent leurs informations d’autres sources que pro-gouvernementales ne cesse de croître. Contrairement à la sociologie officielle, l’audience Internet a montré le plus large soutien de notre candidat. Parmi les quelques centaines de milliers de participants aux plus grands sondages sur Internet, 56% préféraient Pavel Groudinine. Et nous devons encore intensifier le travail sur Internet, qui est déjà devenu la source la plus importante de la position civile et politique pour la jeune génération.

 

Les résultats officiels des élections sont déjà connus. Le Kremlin s’était fixé des tâches spécifiques à cette occasion. Et ces tâches ont été réalisées. Ayant placé l’enjeu sur l’agenda de la politique étrangère, les autorités ont pu compter sur différentes couches de la société. Selon les données officielles, un peu plus de la moitié de tous les électeurs du pays ont soutenu Poutine. Il a remporté l’avantage dans toutes les régions, parmi les électeurs de tous âges et de tous les métiers. Formellement, les autorités ont réussi à confirmer la «légitimité» de ces élections.

 

Oui, les élections ont été validées. Oui, Poutine a réussi à obtenir la majorité. Mais nous savons aussi que notre résultat est beaucoup plus élevé. Formellement, le candidat du Parti communiste et des forces patriotiques du peuple Pavel Groudinine a pris la deuxième place, recevant 11,8% des voix. C’est moins que notre résultat à la dernière élection présidentielle, mais 1,6 million de voix supplémentaires pour le parti qu’aux élections de la Douma en 2016. Notre candidat est apparu comme l’opposant principal de V.V. Poutine. En outre, PN. Groudinine a obtenu plus que V.V. Zhirinovsky, K.A. Sobchak, G.A. Yavlinsky, B.Yu. Titov, M.A. Suraykin, S.N. Baburin tous ensemble.

 

Par ailleurs, les chiffres sont suspects dans plusieurs régions. Pendant longtemps, les mauvaises traditions d ‘«ajustement des résultats» sévissaient dans les régions de Mordovie, de Kemerovo et de Rostov et d’autres. Maintenant s’y sont joints la Kabardino-Balkarie, des territoires de la région de Moscou et un certain nombre d’autres régions.

 

Beaucoup sont sceptiques devant le  résultat mirobolant du pouvoir, obtenu dans un contexte de  dévastation du pays. Pour atténuer cette impression, les cercles dirigeants ont accepté d’invalider des élections dans un certain nombre de bureaux de vote. Cependant, en général, les résultats du vote suscitent beaucoup de questions. Par exemple,dans des bureaux de votevoisins, les résultats diffèrent radicalement. Comment pouvez-vous convaincre les gens de la « pureté » de ces données?

 

Le philosophe espagnol Jose Ortega y Gasset a déclaré: « Le sort de la démocratie sous toutes ses formes et son développement dépend d’un détail technique infime – la procédure d’élection. Le reste est secondaire.  » Un des résultats probables des élections passées est un changement dans le système de falsification. Ainsi, le nouveau système de vote « sur le lieu de résidence » n’est rien de plus que la légalisation des « carrousels ». Nous ne pouvons pas exclure la distorsion directe des résultats de vote utilisant lesKOIB (vote électronique). Ceci est démontré par une diminution linéaire des résultats de vote de pratiquement tous les candidats et une augmentation des résultats de l’un d’entre eux à mesure que progresse le décompte des voix de l’Extrême-Orient vers le centre du pays.

 

En général, les élections n’étaient ni justes ni équitables. Notre représentant à la Commission électorale centrale E.I. Kolyushin, interrogé à ce sujet, a courageusement souligné que les élections n’étaient ni équitables ni objectives.

 

Je tiens à vous rappeler que ceux qui falsifient les élections participent à l’appropriation du pouvoir et au vol des pouvoirs officiels. L’ »Ajustement » des résultats réels du vote constitue un crime sans prescription, pour lequel les coupables seront punis tôt ou tard.

 

Pour résumer

 

Les dernières élections se sont avérées sales et malhonnêtes à bien des égards. Elles ont prouvé le besoin de renforcer notre lutte pour l’abandon de l’actuelle voie destructrice, pour la lutte dans l’intérêt des travailleurs. Et nous avons le devoir d’agir en ce sens.

 

Notre parti a pour ce faire une base idéologique et organisationnelle forte. Les « rebuts administratifs » des cercles dirigeants ne sont pas parvenus à désorganiser le Parti communiste. De plus, de nombreux comités ont réussi à unir les partisans d’autres organisations politiques pour la première fois.

 

Le bloc des forces patriotiques du peuple de la République de Sakha-Iakoutie, ainsi que le Parti communiste sont entrés dans le mouvement « Les gens choisissent Groudinine » avec l’union des camionneurs. Le Comité du Parti républicain a organisé un travail actif dans les réseaux sociaux. La République a le pourcentage le plus élevé de vote pour notre candidat – 27,25%.

 

Notre quartier général des élections à Primorye(extrême-orient) a attiré d’importantes ressources supplémentaires. Au cours de cette campagne, les chefs d’entreprise et les petites entreprises ont eux-mêmes offert leur aide spécifique. Grâce à ce travail, le programme anti-crise du Parti communiste et de son candidat a été soutenu par 21,4% des résidents du territoire.

 

Dans le territoire de l’Altaï et dans la République de l’Altaï, où le résultat de P.N. Groudinine était de 23,67% et 20,66% respectivement, toutes les forces populaires-patriotiques ont activement rejoint la campagne électorale du Parti communiste.

 

Dans la région d’Omsk, nous avons également reçu plus de 20%. L’une des plus fortes branches du Parti communiste ici reçu l’appui d’un certain nombre de syndicats, d’associations d’« actionnaires »victimes de fraude, des anciens combattants et des enfants de la guerre.

 

Les représentants de plus de 40 associations publiques de Bachkirie sont entrés dans le bloc républicain de soutien à Groudinine.

 

La pratique de la branche régionale de Sverdlovsk du Parti communiste de la Fédération de Russie incluait des technologies avancées. Fin janvier, une « ligne directe » de notre candidat à la présidence a été lancée ici. Les appels ont été reçus 24 heures sur 24. Le travail du centre a été assuré par 44 bénévoles. Au total, environ 70 000 appels sont arrivés. Ce travail a permis de reconstituer la base des partisans du Parti communiste dans tout le pays. Les citoyens les plus influents et les plus actifs ont apporté un soutien important au parti.

 

Afin de préserver le résultat du parti, des équipes d’observateurs ont été formées lors des élections. Au total, pour assurer le contrôle dans les bureaux de vote, le Parti communiste de la Fédération de Russie a pu mobiliser 238 000 personnes.

 

Notre système de comptage parallèle des votes s’est révélé nécessaire. Au total, 25 708 protocoles y ont été inscrits, soit 27% de leur nombre total. Aucun autre parti politique n’a un tel outil.

 

En 2016, les résultats des élections à la Douma d’Etat ont fait apparaître sur la carte russe, la  « ceinture rouge » de la Sibérie. Le soutien à Russie unie n’a pas dépassé 40% ici, tandis que le soutien du KPRF était de l’ordre de 20-30%. Cette ceinture se composait des Régions d’Omsk, Novossibirsk et Irkoutsk, la République de l’Altaï, la Khakassie et la Bouriatie.

 

Maintenant, comparativement à la baisse générale des résultats en pourcentage dans le pays, la « ceinture rouge » s’est significativement élargie, atteignant presque toute la Sibérie et l’Extrême-Orient. En 2016, il y avait six territoires dans ce groupe de régions où le résultat du Parti communiste était de 1,5 à 2 fois plus élevé que la moyenne nationale. En 2018, il y avait beaucoup plus de telles régions. Un fort contingent est constitué par laSakha-Yakoutie et le territoire de l’Altaï. On a 15% et plus pour notre candidat dans les régions d’Omsk, Tomsk et Novossibirsk, le territoire de l’Altaï, la République de l’Altaï et de Khakassie, la  région d’Irkoutsk, de Bouriatie, Sakha-Iakoutie, Amour et la région autonome juive, Khabarovsk, Primorye et le Kamchatka, l’oblast de Sakhaline. A ces 15 régions sont adjacentes la  région de Magadan, les territoires de Transbaïkalie et Krasnoyarsk, où les résultats de Groudinine sont également au-dessus de la moyenne nationale. Ainsi, parmi les 21 régions de la Sibérie et de l’Extrême-Orient le seul problème pour le Parti communiste reste la région de Kemerovo, Touva et la Tchoukotka.

 

Dans les vingt régions avec les meilleurs résultats pour Grudini il y a  huit régions de la Sibérie, sept régions de l’Extrême-Orient, trois régions de la région de la Volga (régions Mari El, Oulianovsk et Orenbourg) et deux de Russie centrale (régions de Kostroma et Ivanovo).

 

D’une part, il faut remercier les organisations du Parti et les électeurs de la Sibérie et l’Extrême-Orient, qui ont résisté à l’impact monstrueux de la propagande officielle et de l’arbitraire administratif. D’un autre côté, le parti communiste a perdu son soutien dans un certain nombre de régions importantes pour nous. Dans 10 territoires, notre résultat a diminué de 5% ou plus par rapport à 2016.

 

Cependant, Groudinine a été en mesure de l’emporter dans de nombreux territoires emblématiques. Tout d’abord, dans sa banlieue. Dans son district Leninsky, il a reçu plus de 31% des voix. Et à deux bureaux de vote dans le village de la ferme d’État, 55,6% et 67% des électeurs ont voté pour lui, seulement 35,7% et 41,6% pour Poutine. Et ce malgré le fait que les autorités ont amené ici près d’un millier d’électeurs dont ce n’était pas le lieu de résidence.

 

Fait très intéressant: Groudininee l’a emporté au bureau de vote du Consulat général de Russie en Iran. Mais plus important encore, notre candidat a reçu de 25 à 37% des voix dans de nombreuses régions «universitaires». Cela signifie qu’il a été soutenu par une proportion notable de jeunes électeurs.

 

Notant nos succès, nous devons faire attention aux lacunes graves. Dans plusieurs régions, nos bureaux n’ont pas réussi à organiser de travail explicatif, n’ont montré aucune activité dans la diffusion de documents imprimés, n’ont pas fait campagne sur Internet. Les plus remarquables sont les carences dans les régions de Briansk, Kaliningrad, Magadan, Mourmansk, Tambov, dans les districts autonomes de Tchoukotka. Cela a directement affecté les résultats de notre candidat.

 

Parmi les problèmes majeurs d’aujourd’hui, l’agenda de la politique étrangère est un problème particulier. En l’utilisant, les autorités assurent leurs succès de propagande. Nous devons en tenir compte. Chacun d’entre nous doit se souvenir: sans la fermeté dans la défense des intérêts nationaux, sans le patriotisme et la volonté d’affronter l’hégémonie américaine, aucun politicien aujourd’hui ne peut compter sur le soutien de la majorité. Personne ne peut espérer que les électeurs le croiront.

 

La tâche la plus importante en même temps est de montrer la nature compradore de l’oligarchie russe. Ce public est complètement dépourvu de sentiments patriotiques et absolument corrompu. Son idéologie est le cosmopolitisme et le profit. Nous avons de nombreuses occasions de rappeler que le Parti communiste a toujours agi comme un défenseur cohérent des intérêts nationaux. Nous avons expulsé l’OTAN de Feodosia, nous ne l’avons pas laissé entrer à Oulianovsk et Nijni Novgorod. Nous insistons sur la reconnaissance des Républiques populaires de Donetsk et Lougansk. Et c’est nous qui envoyons régulièrement des convois humanitaires au Donbass.

 

Après la bataille

 

Chers camarades, amis, camarades d’armes!

 

Nous sommes sortis forts, quoique avec des pertes, d’une bataille très difficile. Malgré tout, nous avons grandement réussi. Nous continuerons de corriger les lacunes et d’utiliser la meilleure expérience. Nous avons accepté le combat et sommes devenus plus expérimentés et intelligents. Nous irons de l’avant avec foi dans la justesse de nos idées et dans leur victoire inévitable.

 

Aujourd’hui, dans la foulée, il est très important de tirer un certain nombre de conclusions fondamentales. Je vais me concentrer sur les dix principales. Et l’analyse des résultats se poursuivra avec leco-rapport d’IvanMelnikov, qui dirige depuis de nombreuses années le travail de l’état-major électoral du Parti communiste.

 

Premièrement. En préparant les élections et en formant notre stratégie, nous avons à juste titre rejeté la tactique de leur boycott. Il a été décidé de profiter de toutes les occasions pour participer à la campagne électorale afin de promouvoir le programme du parti, de mobiliser nos atouts, d’attirer de nouveaux adhérents, de toucher les travailleurs et la population en général. En conséquence, nous avons été en mesure de diriger la vague de mécontentement avec l’état actuel des choses. Les gens ont un espoir de changement pour le mieux. Nous avons senti leur soutien sous diverses formes – depuis l’augmentation du nombre de demandes pour rejoindre le parti à la créativité des masses dans les réseaux sociaux.

 

Notre lutte juste continue. La demande de changements dans la société devient plus aiguë. Nous continuerons à en tenir compte dans notre travail quotidien. Ce n’est pas par hasard que les médias d’État ont formé l’image de Poutine non seulement en «garant de la stabilité», mais aussi en «initiateur de changements futurs». Une partie significative des citoyens de Russie attend de lui des initiatives qui peuvent améliorer la qualité de vie. Si le gouvernement ne répond pas à cette demande de la société, il peut rapidement provoquer une crise politique de grande ampleur.

Deuxièmement. À la nouvelle étape de la lutte, nous continuerons à résoudre la tâche principale – mener une lutte active pour la mise en œuvre de notre programme pour la renaissance socialiste de la patrie. D’une campagne électorale à l’autre, nous proposons de véritables mesures pour sauver le pays. Lors du Forum économique d’Oriol en 2016, j’ai pu présenter le programme «Dix étapes pour une vie digne». Il s’appuyait sur l’expérience soviétique et mondiale, sur les nombreuses années d’expérience du Parti. Maintenant, il s’incarne dans les « Vingt pas de Paul Groudinine ». Nos propositions reçoivent une réponse vive parmi la population. Une nouvelle unité d’idées et d’actions se développe autour d’elles. Il est temps de déployer un mouvement national à l’appui de notre programme et la formation sur cette base du gouvernement de la confiance populaire.

 

Dans le même temps, nous avons la possibilité d’approfondir notre offre à travers de nouveaux programmes sectoriels et législatifs dans l’intérêt du développement de la science, de la sécurité de la production, de l’écologie et de bien d’autres enjeux.

 

Nous devons tous bien nous préparer pour les prochaines étapes de la lutte. Et nous donnons la parole que nous suivrons de près les agissements des autorités, nous les surveillerons constamment et analyserons chacune de leurs étapes douteuses. Nous montrerons honnêtement la situation réelle, qui est très différente de l’image de la télévision. Nous exhortons nos alliés sur le terrain à s’engager activement dans ce travail. C’est la seule façon d’amener les gens à la vérité et de les encourager à faire un bon choix politique.

 

Troisièmement. Nous sommes la seule véritable opposition, la seule alternative au pouvoir. Notre parti a tenu bon dans cette campagne électorale d’une bassesse sans précédent, untabassage médiatique inouï du candidat indésirable et un encensement incroyable des autorités. La Commission électorale centrale n’a même pas réussi à maintenir une impartialité extérieure. Par ses actions, elle a seulement souligné le caractère donné de ce qui se passait. Nous avons fait face à l’arbitraire de l’administration  et de la commission électorale  et une attaque féroce des médias. Le KPRF condamne fermement toutes les actions visant à discréditer les élections présidentielles en Russie. Nous chercherons à enquêter en profondeur sur les faits de violation de la législation électorale et à traduire en justice les auteurs d’infractions pénales.

Comme dans la campagne présidentielle de 1996, avec le journal « A Dieu ne plaise » et le slogan « Achetez de la nourriture pour la dernière fois! », a été utilisé contre nous la même méthode de diffamation,  de mensonge éhonté et malveillant. De plus, cela a créé des menaces de division du  parti et, devant tous ces défis, notre candidat et toute notre équipe s’en sont tirés avec succès. Le parti a fait preuve de courage et de force d’âme, a livré une bataille décisive aux provocateurs de tous poils. Le Parti communiste a montré sa stabilité et sa solidarité, sa capacité de rénover le style de travail et de s’adapter aux nouvelles conditions.

 

À la suite du vote, la majorité présidentielle constitue une masse sociale extrêmement hétérogène. Le chef de l’Etat est allé aux élections en tant que candidat indépendant. Son refus de se présenter au nom de Russie unie est un signe de méfiance envers ce parti. En outre, ce fait est l’un des signes de l’établissement d’un régime de pouvoir personnel. Mais l’expérience historique montre que de tels régimes ne jouissent pas de stabilité à long terme.

 

L’opération spéciale visant à élever Jirinovski au rôle de deuxième homme politique du pays a échoué lamentablement. Les positions du Parti libéral-démocrate se sont fortement affaiblies. Les perspectives de « Russie juste » sont encore plus vagues. Elle n’a pas osé se lancer dans la course pré-électorale et est arrivée très près de l’achèvement de son cycle de vie.

 

Pendant les élections, il a été misé sur le nouveau projet libéral de Sobchak-Gudkov. C’est Gudkov, avec Katz, qui a aidé le parti Yablokoà obtenir de bons résultats aux élections de Moscou en 2017. À l’avenir, les chances de succès de la présentatrice de Dom-2 peuvent augmenter. Cependant, à ce stade, il y a un effondrement complet des libéraux. Le soutien à toutes les forces pro-occidentales est tombé à 3,5%.

 

En général, la majorité des candidats n’ont pas mené de lutte sérieuse. Ils ont accepté d’agir comme des figurants médiocres et cyniques. Suraykin et Baburin sont devenus les spoilers de notre candidat. Et les autres se battaient contre nous, et pas contre le pouvoir actuel. Les spoilers se sont ridiculisés. La vidéo pré-électorale au sujet de notre expérience créative de la ferme Lénine a été reprise à leur manière, non seulement par Suraykin mais aussi par Titov. Cependant, ceux qui utilisent ce genre de techniques, franchement parlant, sont engagés dans la criminalité et n’ont aucun avenir sérieux.

Quatrièmement.LeKPRF a mis à l’ordre du jour l’exigence d’un renouvellement de la vie politique russe. Nous avons nommé l’une des figures les plus prometteuses de la Russie moderne en tant que candidat à la présidence. Nous avons mis en avant celui qui incarne la combinaison de l’entreprise commerciale et de la justice sociale, en prenant soin des citoyens et en maîtrisant les dernières technologies. Une partie significative de la société a vu dans PavelGroudinine un homme avec qui il est possible de renouveler la Russie et de guérir les plaies à vif de notre société.

 

L’expérience unique de la ferme d’état de Lénine est devenue célèbre dans tout le pays. L’image de l’homme a été renforcée par deux douzaines de voyages de notre candidat dans les principales régions et plus d’une centaine de rencontres avec des électeurs et des journalistes. Nos événements publics ont commencé avec la présentation des porte-paroles, puis se sont poursuivis avec le VI Congrès de la jeunesse de la Fédération de Russie, la célébration du 100 e anniversaire de l’Armée rouge, la journée du 8 Mars, et se sont terminés avec les rassemblements nationaux « Pour des élections justes » et le mouvement du forum « Enfants de la guerre. » Le succès de Groudinine au cours du vote par Internet indique l’expansion de nos opportunités parmi ceux qui sont d’âge jeune et moyen.

 

Cinquième. Dans les bureaux de vote, où se trouvent les entreprises populaires de Groudinine, Kazankov, Bogachev, Sumarokov, notre candidat a reçu un soutien convaincant. C’est ici que l’expérience sociale personnelle des gens les convainc des avantages du socialisme, de l’efficacité des formes collectives d’organisation du travail. C’est pourquoi ils ont passé le test et rejeté toute la saleté qui coulait sur notre candidat. Nous continuerons à élargir constamment les possibilités des entreprises nationales. Elles démontrent le mieux la nécessité d’une transition du capitalisme bandit-oligarchique au socialisme renouvelé.

 

Le film « Territoire de l’optimisme social » a parfaitement fonctionné pour la campagne électorale. Nos camarades sur le terrain l’ont activement utilisé. Mais ce n’est pas tout. Dans cette courte période de la campagne électorale notre chaîne de télévision « Ligne rouge » a publié 18 documents spéciaux sur la ferme d’État VI Lénine. Lénine, à propos de la vie de l’entreprise et de ses habitants. Deux rapports spéciaux leur ont été ajoutés concernant le procès des « actionnaires », 12 portraits vidéo des principaux producteurs et 2 rapports spéciaux – «Education sans barrières» et «Pourquoi la ferme d’État de Lénine». Je suis sûr que tous nos militants ne connaissaient pas ces nombreux matériaux. Cela doit être fait. Considérons en particulier ceci dans les études de parti et dans la communication avec les citoyens.

Sixièmement. Au cours de la campagne électorale, nous avons réalisé une large unification de la gauche et des forces patriotiques du peuple. Nous avons créé un bloc, dont le noyau est notre parti. Le Parti communiste a confirmé sa volonté d’unir les patriotes sur des questions majeures, multiplié sa riche expérience des relations alliées et est prêt à l’augmenter. Elle est prête à maximiser son potentiel avec ceux qui chérissent la Russie. Nous le démontrons depuis longtemps dans le cadre de l’état-major du mouvement de protestation panrusse qui, sous la direction de Kachine défend résolument tous ceux qui sont humiliés par la vie présente.

 

En même temps, nous devons nous rappeler les leçons amères d’une telle expérience liée à G.Semigin, S.Glaziev, S.Baburin et d’autres. Tout d’abord, il est nécessaire de renforcer le parti, d’élargir ses capacités de toutes les manières possibles. Nos alliés les plus fiables sont les travailleurs, notre idéologie et nos structures organisationnelles, notre volonté et notre expérience dans la lutte pour le pouvoir des Soviets. Ce n’est qu’en renforçant nos organisations, alimentées par la jeunesse et la formation des cadres, que nous serons en mesure de résoudre des tâches de plus en plus complexes. Les conditions pour doubler nos effectifs ont mûri.

 

Septièmement. Nous avons mené une campagne électorale énergique. Nos propositions de programme ont été distribuées par millions d’exemplaires. Les comités centraux et régionaux ont publié plus de 100 millions d’exemplaires de produits imprimés. Les numéros spéciaux de la Pravda et de SovetskayaRossiya ont bien fonctionné. Nos vidéos pré-électorales ont présenté l’expérience unique de la ferme d’État de Lénine et ont transmis l’image de notre candidat – réfléchie, active, énergique.

 

Notre chaîne « Ligne rouge », a fonctionné à plein, offrant chaque jour des nouvelles, des films documentaires, et la discussion des problèmes dans le programme « Point de vue ». Tout le temps d’antenne était subordonné à l’obtention du résultat politique nécessaire. 32 émissions issues d’événements préélectoraux ont été organisées. Nous avons accumulé une expérience fondamentalement nouvelle dans les réseaux sociaux. Des résultats intéressants ont été montrés par un groupe de travail d’agitateurs volontaires du parti dans un réseau dirigé par Marat Muzaev. Pour nous, c’est la première campagne électorale que la KPRF et ses partisans ont menée sur Internet presque sur un pied d’égalité avec le service d’information du régime au pouvoir. Le rôle de notre activité sur Internet continuera de croître. Nous devons en tenir compte dans le travail pratique au centre et sur le terrain.

Huitièmement. Beaucoup de nos camarades pendant les élections ont montré leurs meilleures capacités d’organisation et de propagande. Il s’agit de Yuri Afonin, Dmitry Novikov, Leonid Kalachnikov, NikolaiKolomeytsev, AlexeiKornienko et Alexander Iouchtchenko, Alexander Kravets Nina Ostanina, Viktor Gubarev, LioubovChvets Viktor Romachkine Valery Izhitsky Maria Prusakova Roman Kobyzev Anatoli Dolgacev et bien d’autres. En toute confiance, ceux qui représentaient un large éventail de nos alliés ont fait leurs preuves. C’est Viktor Sobolev, Larisa Baranova, Maxim Shevchenko, Yuri Boldyrev. Nos dépenses pour la préparation de la relève au Centre d’études politiques se justifient pleinement. Cette année, le nombre de ses diplômés dépassera un millier de personnes, et nous devons prendre soin d’étendre la gamme de programmes de formation, en fonction de notre expérience.

 

Neuvièmement. La formation d’un gouvernement de confiance nationale est la principale condition de mise en œuvre dans la vie de notre programme anti-crise. Mais la lutte pour sa mise en œuvre ne sera pas facile. Nous ne pouvons pas obtenir de résultats sans multiplier les manifestations, sans augmenter l’activité dans la rue et sans faire monter le mouvement ouvrier. Chaque communiste devrait accorder le maximum d’attention à ces domaines de nos activités. De plus, la participation au développement de protestation de masse devrait être l’élément principal l’établissement de relations avec nos alliés.

 

Dixièmement. Les plans pour le travail du parti pour l’année en cours sont connus. Nous devons célébrer l’anniversaire de VI. Lénine et le 200e anniversaire de la naissance de Karl Marx, organiser nos actions les jours des 1 et 9 mai,la cérémonie d’admission pour les pionniers, préparer de manière adéquate le 100 e anniversaire du Komsomol léniniste.

 

Une grande élection régionale s’annonce. Nous devons mener trente campagnes. Les questions de préparation à leur égard devraient être placées au centre des préoccupations des organisations du parti. Contre nousa été utilisé non seulement du matériel compromettant, mais aussi une manipulation directe des résultats. Le groupe parlementaire du Parti communiste dans la Douma d’Etat continuera à travailler sur la refonte du système électoral. Il est tout aussi important d’améliorer le mécanisme des partis pour surveiller le processus de vote. En ce qui concerne les violations flagrantes de la loi, nous ne reconnaissons pas les résultats des élections dans la région de Kemerovo, en République de Mordovie et Kabardino-Balkarie, et dans un certain nombre de territoires. Afin de participer avec succès aux élections de septembre il faut mobiliser les forces pour identifier les zones de totale falsification, exigerdes condamnations et le licenciement des personnes responsables.

Camarades! Le Parti a accumulé une grande expérience politique. Nous en aurons grandement besoin. Nous devons renforcer la lutte pour atteindre nos objectifs! Pendant la campagne électorale, le programme des forces patriotiques du peuple est devenu la propriété de tout le pays. La lutte pour sa mise en œuvre ne s’arrêtera pas un jour, pas une heure.

 

Des milliers de personnes au cours de la campagne ont annoncé leur désir de rejoindre les rangs du Parti communiste. Ayant reçu le mandat de confiance de millions de Russes, nous devons le justifier. La Russie du futur,c’est un socialisme renouvelé et la justice sociale. Un pays de la haute technique et de l’espace. Construire une nouvelle société nécessitera des combattants politiques qui sont prêts à ne pas reculer devant les provocations et l’arbitraire. Des gens convaincus, courageux, forts et déterminés.

 

« Pas un pas en arrière! Tel doit être notre principal mot d’ordre.  » Ce sont les paroles de l’ordre légendaire n ° 227, que Staline a signé en ces jours difficiles où les fascistes se battaient de toutes leurs forces contre la Volga. Avec ces mots, l’armée soviétique a écrasé l’ennemi. Et aujourd’hui, quand la tâche de sauver la patrie nous revient, nous pouvons répéter ces mots comme un appel à notre lutte pour la Russie, pour son avenir.

 

Derrière nous se tient la vérité de l’histoire! Avec nous – les aspirations et les espoirs du peuple, l’expérience d’un grand pays!

 

La lutte continue!

 

La route sera maîtrisée par celui qui marche.

 

Bonne route, mes camarades et amis!

Notes :

  • Il n’existe toujours pas d’impôt progressif sur le revenu en Russie !
  • Les « communistes de Russie » de Saint-Pétersbourg se sont officiellement excusés pour cette pitrerie organisée par leur candidat Souraïkine

 

Traduction Marianne Dunlop

 

 
 

12 décembre 1995 : Discours de Pierre Bourdieu aux cheminots grévistes

Le 12 décembre 1995, Pierre Bourdieu s’adressait aux cheminots grévistes, à la gare de Lyon. Il soutenait les grévistes et apportait, à sa façon, des éléments d’éclairage. Il reste aujourd’hui tout aussi éclairant.

Je suis ici pour dire notre soutien à tous ceux qui luttent, depuis trois semaines, contre la destruction d’une civilisation, associée à l’existence du service public, celle de l’égalité républicaine des droits, droits à l’éducation, à la santé, à la culture, à la recherche, à l’art, et, par-dessus tout, au travail. Je suis ici pour dire que nous comprenons ce mouvement profond, c’est-à-dire à la fois le désespoir et les espoirs qui s’y expriment, et que nous ressentons aussi ; pour dire que nous ne comprenons pas (ou que nous ne comprenons que trop ) ceux qui ne le comprennent pas, tel ce philosophe qui, dans le Journal du Dimanche du 10 décembre, découvre avec stupéfaction “le gouffre entre la compréhension rationnelle du monde”, incarnée selon lui par Juppé – il le dit en toutes lettres -, “et le désir profond des gens”.

Cette opposition entre la vision à long terme de “l’élite” éclairée et les pulsions à courte vue du peuple ou de ses représentants est typique de la pensée réactionnaire de tous les temps et de tous les pays ; mais elle prend aujourd’hui une forme nouvelle, avec la noblesse d’État, qui puise la conviction de sa légitimité dans le titre scolaire et dans l’autorité de la science, économique notamment : pour ces nouveaux gouvernants de droit divin, non seulement la raison et la modernité, mais aussi le mouvement, le changement, sont du côté des gouvernants, ministres, patrons ou “experts”; la déraison et l’archaïsme, l’inertie et le conservatisme du côté du peuple, des syndicats, des intellectuels critiques.

C’est cette certitude technocratique qu’exprime Juppé lorsqu’il s’écrie: “Je veux que la France soit un pays sérieux et un pays heureux”. Ce qui peut se traduire: “Je veux que les gens sérieux, c’est-à-dire les élites, les énarques, ceux qui savent où est le bonheur du peuple, soient en mesure de faire le bonheur du peuple, fut-ce malgré lui, c’est-à-dire contre sa volonté ; en effet, aveuglé par ses désirs dont parlait le philosophe, le peuple ne connaît pas son bonheur – en particulier son bonheur d’être gouverné par des gens qui, comme M. Juppé, connaissent son bonheur mieux que lui”. Voilà comment pensent les technocrates et comment ils entendent la démocratie. Et l’on comprend qu’ils ne comprennent pas que le peuple, au nom duquel ils prétendent gouverner, descende dans la rue – comble d’ingratitude ! – pour s’opposer à eux.

Cette noblesse d’État, qui prêche le dépérissement de l’État et le règne sans partage du marché et du consommateur, substitut commercial du citoyen, a fait main basse sur l’État ; elle a fait du bien public un bien privé, de la chose publique, de la République, sa chose. Ce qui est en jeu, aujourd’hui, c’est la reconquête de la démocratie contre la technocratie : il faut en finir avec la tyrannie des “experts”, style Banque mondiale ou F.M.I., qui imposent sans discussion les verdicts du nouveau Léviathan ( les “marchés financiers” ), et qui n’entendent pas négocier mais “expliquer” ; il faut rompre avec la nouvelle foi en l’inévitabilité historique que professent les théoriciens du libéralisme ; il faut inventer les nouvelles formes d’un travail politique collectif capable de prendre acte des nécessités, économiques notamment ( ce peut être la tache des experts ), mais pour les combattre et, le cas échéant, les neutraliser.

La crise d’aujourd’hui est une chance historique, pour la France et sans doute aussi pour tous ceux, chaque jour plus nombreux, qui, en Europe et ailleurs dans le monde, refusent la nouvelle alternative : libéralisme ou barbarie. Cheminots, postiers, enseignants, employés des services publics, étudiants, et tant d’autres, activement ou passivement engagés dans le mouvement, ont posé, par leurs manifestations, par leurs déclarations, par les réflexions innombrables qu’ils ont déclenchées et que le couvercle médiatique s’efforce en vain d’étouffer, des problèmes tout à fait fondamentaux, trop importants pour être laissés à des technocrates aussi suffisants qu’insuffisants : comment restituer aux premiers intéressés, c’est-à-dire à chacun de nous, la définition éclairée et raisonnable de l’avenir des services publics, la santé, l’éducation, les transports, etc., en liaison notamment avec ceux qui, dans les autres pays d’Europe, sont exposés aux mêmes menaces? Comment réinventer l’école de la République, en refusant la mise en place progressive, au niveau de l’enseignement supérieur, d’une éducation à deux vitesses, symbolisée par l’opposition entre les grandes écoles et les facultés? Et l’on peut poser la même question à propos de la santé ou des transports. Comment lutter contre la précarisation qui frappe tous les personnels des services publics et qui entraîne des formes de dépendance et de soumission particulièrement funestes dans les entreprises de diffusion culturelle ( radio, télévision ou journalisme ), par l’effet de censure qu’elles exercent, ou même dans l’enseignement?

Dans le travail de réinvention des services publics, les intellectuels, écrivains, artistes, savants, etc., ont un rôle déterminant à jouer. Ils peuvent d’abord contribuer à briser le monopole de l’orthodoxie technocratique sur les moyens de diffusion. Mais ils peuvent aussi s’engager, de manière organisée et permanente, et pas seulement dans les rencontres occasionnelles d’une conjoncture de crise, aux côtés de ceux qui sont en mesure d’orienter efficacement l’avenir de la société, associations et syndicats notamment, et travailler à élaborer des analyses rigoureuses et des propositions inventives sur les grandes questions que l’orthodoxie médiatico-politique interdit de poser : je pense en particulier à la question de l’unification du champ économique mondial et des effets économiques et sociaux de la nouvelle division mondiale du travail, ou à la question des prétendues lois d’airain des marchés financiers au nom desquelles sont sacrifiées tant d’initiatives politiques, à la question des fonctions de l’éducation et de la culture dans des économies où le capital informationnel est devenu une des forces productives les plus déterminantes, etc.

Ce programme peut paraître abstrait et purement théorique. Mais on peut récuser le technocratisme autoritaire sans tomber dans un populisme auquel les mouvements sociaux du passé ont trop souvent sacrifié, et qui fait le jeu, une fois de plus, des technocrates.

Ce que j’ai voulu exprimer en tous cas, peut-être maladroitement – et j’en demande pardon à ceux que j’aurais pu choquer ou ennuyer -, c’est une solidarité réelle avec ceux qui se battent aujourd’hui pour changer la société : je pense en effet qu’on ne peut combattre efficacement la technocratie, nationale et internationale, qu’en l’affrontant sur son terrain privilégié, celui de la science, économique notamment, et en opposant à la connaissance abstraite et mutilée dont elle se prévaut, une connaissance plus respectueuse des hommes et des réalités auxquelles ils sont confrontés.

 

Karl MARX: A un certain stade de leur développement les forces productives matérielles entrent en contradition.

« À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. »


Critique de l’économie politique

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Préface

J’examine le système de l’économie bourgeoise dans l’ordre suivant : capital, propriété fon­cière, travail salarié, État, commerce extérieur, marché mondial. Sous les trois premières rubri­ques, j’étudie les conditions d’existence économiques des trois grandes classes en lesquelles se divise la société bourgeoise moderne; la liaison des trois autres rubriques saute aux yeux. La première section du livre premier, qui traite du capital, se compose des chapitres suivants : 1º la marchandise; 2º la monnaie ou la circulation simple; 3° le capital en général. Les deux premiers chapitres forment le contenu du présent volume. J’ai sous les yeux l’ensemble de la documentation sous forme de monographies jetées sur le papier à de longs intervalles pour mon propre éclaircissement, non pour l’impression, et dont l’élabo­ration systématique, selon le plan indiqué, dépendra des circonstances.

Je supprime une introduction générale que j’avais ébauchée  [1] parce que, réflexion faite, il me paraît qu’anticiper sur des résultats qu’il faut d’abord démontrer ne peut être que fâcheux et le lecteur qui voudra bien me suivre devra se décider à s’élever du singulier au général. Quelques indications, par contre, sur le cours de mes propres études d’économie politique me semblent être ici à leur place.

L’objet de mes études spécialisées était la jurisprudence à laquelle cependant je ne m’adonnais que comme à une discipline subalterne à côté de la philosophie et de l’histoire. En 1842-1843, en ma qualité de rédacteur à la Rheinische Zeitung, je me trouvai, pour la première fois, dans l’obligation embarrassante de dire mon mot sur ce qu’on appelle des intérêts matériels. Les délibérations du Landtag rhénan sur les vols de bois et le morcelle­ment de la propriété foncière, la polémique officielle que M. von Schaper, alors premier pré­si­dent de la province rhénane, engagea avec la Rheinische Zeitung sur la situation des pay­sans de la Moselle, enfin les débats sur le libre-échange et le protectionnisme, me fournirent les premières raisons de m’occuper de questions économiques. D’autre part, à cette époque, où la bonne volonté d’« aller de l’avant » remplaçait souvent la compétence, s’était fait entendre dans la Rheinische Zeitung un écho, légèrement teinté de philosophie, du socialisme et du communisme français. Je me prononçai contre ce travail d’apprenti, mais, en même temps, j’avouai carrément, dans une controverse avec l’Allgemeine Augsburger Zeitung, que les études que j’avais faites jusqu’alors ne me permettaient pas de risquer un jugement quel­con­que sur la teneur même des tendances françaises. Je préférai profiter avec empressement de l’illusion des gérants de la Rheinische Zeitung, qui croyaient pouvoir faire annuler l’arrêt de mort prononcé contre leur journal en lui donnant une attitude plus modérée, pour quitter la scène publique et me retirer dans mon cabinet d’étude.

Le premier travail que j’entrepris pour résoudre les doutes qui m’assaillaient fut une révision critique de la Philosophie du droit, de Hegel, travail dont l’introduction parut dans les Deutsch-Französiche Jahrbücher, publiés à Paris, en 1844. Mes recherches aboutirent à ce résultat que les rapports juridiques – ainsi que les formes de l’État – ne peuvent être compris ni par eux-mêmes, ni par la prétendue évolution générale de l’esprit humain, mais qu’ils pren­nent au contraire leurs racines dans les conditions d’existence matérielles dont Hegel, à l’exem­ple des Anglais et des Français du XVIII° siècle, comprend l’ensemble sous le nom de « société civile », et que l’anatomie de la société civile doit être cherchée à son tour dans l’éco­no­mie politique. J’avais commencé l’étude de celle-ci à Paris et je la continuai à Bruxelles où j’avais émigré à la suite d’un arrêté d’expulsion de M. Guizot. Le résultat général auquel j’arrivai et qui, une fois acquis, servit de fil conducteur à mes études, peut brièvement se formuler ainsi : dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rap­ports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui corres­pondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives maté­rielles. L’ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s’élève une superstructure juridique et politique et à la­quel­le correspondent des formes de conscience sociales déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en général. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience. À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. Le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l’énorme superstructure. Lorsqu’on considère de tels bouleversements, il faut toujours distin­guer entre le bouleversement matériel – qu’on peut constater d’une manière scientifiquement rigoureuse – des conditions de production économiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu’au bout. Pas plus qu’on ne juge un individu sur l’idée qu’il se fait de lui-même, on ne saurait juger une telle époque de boule­ver­se­ment sur sa conscience de soi; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives socia­les et les rapports de production. Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu’elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s’y substituent avant que les conditions d’existence matérielles de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société. C’est pourquoi l’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours, que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir. À grands traits, les modes de production asiatique, antique, féodal et bourgeois moderne peuvent être qualifiés d’époques progressives de la formation sociale économique. Les rap­ports de production bourgeois sont la dernière forme contradictoire du processus de produc­tion sociale, contradictoire non pas dans le sens d’une contradiction individuelle, mais d’une contradiction qui naît des conditions d’existence sociale des individus; cependant les forces productives qui se développent au sein de la société bourgeoise créent en même temps les conditions matérielles pour résoudre cette contradiction. Avec cette formation sociale s’achè­ve donc la préhistoire de la société humaine.

Friedrich Engels, avec qui, depuis la publication dans les Deutsch-Französische Jahrbücher de sa géniale esquisse d’une contribution à la critique des catégories écono­mi­ques, j’entretenais par écrit un constant échange d’idées, était arrivé par une autre voie (com­pa­rez sa Situation des classes laborieuses en Angleterre) au même résultat que moi-même, et quand, au printemps de 1845, il vint lui aussi s’établir à Bruxelles, nous résolûmes de tra­vail­ler en commun à dégager l’antagonisme existant entre notre manière de voir et la conception idéologique de la philosophie allemande; en fait, de régler nos comptes avec notre conscience philosophique d’autrefois. Ce dessein fut réalisé sous la forme d’une critique de la philo­so­phie post-hégélienne. Le manuscrit, deux forts volumes in-octavo, était depuis long­temps entre les mains de l’éditeur en Westphalie lorsque nous apprîmes que des circonstances nou­velles n’en permettaient plus l’impression. Nous abandonnâmes d’autant plus volontiers le manuscrit à la critique rongeuse des souris que nous avions atteint notre but principal, voir clair en nous-mêmes. Des travaux épars dans lesquels nous avons exposé au public à cette époque nos vues sur diverses questions, je ne mentionnerai que le Manifeste du Parti communiste, rédigé par Engels et moi en collaboration, et le Discours sur le libre-échange publié par moi. Les points décisifs de notre manière de voir ont été pour la première fois ébauchés scientifiquement, encore que sous forme polé­mique, dans mon écrit, paru en 1847, et dirigé contre Proudhon : Misère de la philosophie, etc. L’impression d’une dissertation sur le Travail salarié, écrite en allemand et rassemblant les conférences que j’avais faites sur ce sujet à l’Association des ouvriers allemands de Bruxelles, fut interrompue par la révolution de Février et par mon expulsion de Belgique qui en résulta.

La publication de la Neue Rheinische Zeitung en 1848-1849 et les événements ultérieurs interrompirent mes études économiques, que je ne pus reprendre qu’en 1850 à Londres. La prodigieuse documentation sur l’histoire de l’économie politique amoncelée au British Museum, le poste favorable qu’offre Londres pour l’observation de la société bourgeoise, et, enfin, le nouveau stade de développement où celle-ci paraissait entrer avec la découverte de l’or californien et australien, me décidèrent à recommencer par le commencement et à étudier à fond, dans un esprit critique, les nouveaux matériaux. Ces études me conduisirent partiel­le­ment d’elles-mêmes à des disciplines qui semblaient m’éloigner de mon propos et auxquelles il me fallut m’arrêter plus ou moins longtemps. Mais ce qui surtout abrégea le temps dont je disposais, ce fut l’impérieuse nécessité de faire un travail rémunérateur. Ma collaboration qui dure maintenant depuis huit ans, au New York Tribune, le premier journal anglo-américain, entraîna, comme je ne m’occupe qu’exceptionnellement de journalisme proprement dit, un éparpillement extraordinaire de mes études. Cependant, les articles sur les événements éco­no­miques marquants en Angleterre et sur le continent formaient une partie si considérable de mes contributions, que je fus contraint de me familiariser avec des détails pratiques qui ne sont pas du domaine de la science propre de l’économie politique.

Par cette esquisse du cours de mes études sur le terrain de l’économie politique, j’ai voulu montrer seulement que mes opinions, de quelque manière d’ailleurs qu’on les juge et pour si peu qu’elles concordent avec les préjugés intéressés des classes régnantes, sont le résultat de longues et consciencieuses études. Mais, au seuil de la science comme à l’entrée de l’enfer, cette obligation s’impose :

Qui si convien lasciare ogni sospetto
Ogni viltà convien che qui sia morta  [21]

Londres, janvier 1859.
Karl MARX.

 
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Publié par le avril 1, 2018 dans Economie, textes importants, THEORIE

 

Elias Jabbour: Xi Jinping, la «Chine recentralisée» et la «nouvelle formation socio-économique»

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 https://renatorabelo.blog.br/2018/03/12/elias-jabbour-xi-jinping-a-china-recentralizada-e-a-nova-formacao-economico-social/
 voici un article tout à fait intéressant d’un marxiste brésilien, sur les cycles (les générations) de l’adaptation du socialisme chinois aux défis auxquels il est confronté. Comment la formation sociale (infrastructure et superstructure en perpétuelle mobilité) Chinoise s’est-elle développée depuis Mao jusqu »à Xi jinping. Pour ceux qui connaissent un peu la civilisation chinoise, le communisme chinois se présente comme successeur dynastique de l’empire avec le souci de ne pas perdre « le mandat du ciel », c’est-à-dire en fait l’accord de sa population en assurant continuité et transformation. A lire impérativement. (note et traduction de danielle Bleitrach)
XI JINPING, LA CHINE « RECENTRALISEE » ET LA « NOUVELLE FORMATION SOCIO-ECONOMIQUE »

Sujet d’intérêt, mais pas toujours profond, les événements en Chine ont une répercussion croissante dans le monde et au Brésil. À cet égard, il est important de discuter de la récente proposition d’amendement constitutionnel, mise en débat lors de la dernière réunion du Comité central du Parti communiste chinois, conclue le 25 février et résumée par le retrait de la limite de deux mandats à des postes clés, notamment la présidence de la République populaire.
Il n’est pas difficile d’en déduire l’imaginaire de la pensée journalistique, savante et des larges sections de la gauche influencée par un libéralisme brut, importé et profondément historisé: «Xi Jinping est un nouveau« dictateur »; « Cela augmente le poids des revendications » démocratiques « ; « La libre pensée des » intellectuels critiques « est menacée » . Je propose un raisonnement préalable qui pourrait être introduit dans un programme de recherche en cours. Allons-y.

Je pense que c’est une réponse à l’épuisement d’un système politique qui avait eu le mérite d’accroître le degré d’exercice d’un corps collectif de dirigeants au détriment du risque de placer les destinées du pays sur les épaules d’un leader charismatique. Un système juridique socialiste qui avait fait ses premiers pas dans l’élaboration des vues de Deng Xiaoping sur les idées- forces-roboratives, parmi lesquelles celle des «générations dirigeantes», dont la première génération avait été rassemblée par Mao Tse-tung, la seconde par Deng lui-même. la troisième et quatrième dirigées par Jiang Zemin et Hu Jintao. La génération actuelle et cinquième a à sa tête Xi Jinping. Chaque génération, depuis Jiang Zemin, a pour mission de relever les défis de son mandat de dix ans (deux mandats de cinq ans). De ce point de vue, l’amendement constitutionnel proposé peut-il être une marche inverse? Pourrait être.

L’une des caractéristiques des réformes économiques chinoises était la décentralisation politique qui conférait non seulement une plus grande liberté d’action aux gouverneurs des provinces et des régions autonomes. C’était une réforme politique exigée par le temps historique, mais aussi une exigence de «grande politique» utilisée par Deng Xiaoping pour faire face à la résistance de Pékin dans les moments les plus difficiles du début des réformes économiques.

Cette décentralisation, reflétant un nouvel ordre celui du socialisme «de marché», conférait également un plus grand pouvoir et une plus grande autonomie aux grands et moyens dirigeants d’entreprises, par opposition à l’époque précédente de la planification centralisée. L’émergence précoce des Townships and Village Enterprises (TVE) liée au marché extérieur est un exemple du résultat de cette décentralisation et de son expression dans ce que j’appelle «l’industrialisation rurale» qui inaugure de nouvelles formes de division sociale et régionale du travail en Chine.

Dans l’ensemble, le résultat de cette étape a été extraordinaire à tous égards, je ne soumettrai pas de chiffres et de faits à ce sujet. Le point de connexion entre la réforme constitutionnelle proposée et le processus amorcé en 1978 est en fait clair pour moi: le « modèle » a commencé en 1978 et son cadre institutionnel aujourd’hui  a montré des signes évidents d’épuisement. De la même manière que le « modèle soviétique » était épuisé.

Les contradictions qui ont surgi dans ce long et grand processus de croissance et de développement ont été proportionnelles aux progrès observés: graves problèmes sociaux et environnementaux, inégalités sociales et régionales explosives, dégénérescence sociale dans les grands centres urbains. Mis à part le phénomène de la corruption qui ébranlait les fondements du pouvoir du PCC, menant au même sort que les  autres dynasties, quand elles devenaient corrompues et inaptes , pour rendre assurer, en leur temps, de grandes œuvres hydrauliques.

Il est clair qu’au cours des 40 dernières années, la capacité du PCC à répondre aux défis posés par la réalité, interne et externe, est très impressionnante. De nouveaux cadres institutionnels ont émergé au fil du temps, de sorte que faire face à cette gamme de contradictions ouvre de nouvelles frontières au processus de développement lui-même. Les «solutions de continuité» entre un cycle et un autre de croissance sont une caractéristique fondamentale du processus chinois.

Xi Jinping (que Fidel Castro appelait «l’un des leaders révolutionnaires les plus forts et les plus capables que j’ai jamais connus») est arrivé au pouvoir en 2012 avec une mission claire pour faire face aux défis posés à son époque. Tout comme leurs prédécesseurs, Jiang Zemin et Hu Jintao, l’ont fait avec brio. La marque de l’ère Xi Jinping est la recentralisation du pouvoir de l’Etat à tous les niveaux, rétablissant de larges portions de l’économie et ses flux de revenus et de conflits ouverts aux fractions de la bourgeoisie plus touchées par la libéralisation financière. Renforcement d’une rhétorique marxiste plus aiguë et d’un plus grand rôle international . Une campagne violente contre la corruption a été déclenchée, atteignant de hauts échelons de l’Etat et du Parti.

Parenthèse importante. Il devrait y avoir peu d’ennemis créés par Xi Jinping dans les hauts sommets du PCC. En ce sens, selon Richard McGregor, chercheur à l’Institut Lowy en Australie et auteur du livre « Le Parti », sur le fonctionnement du Parti communiste chinois, la proposition de réforme constitutionnelle « (…)a  consolidé pour l’instant l’autorité extraordinaire de Xi sur le Parti et sur le gouvernement, et il met en garde sa légion d’ennemis lors du sommet du parti, celui qui nuit à sa campagne anti-corruption, ne va aller nulle part.  » En ces termes, la permanence de Xi donnera une impulsion encore plus grande aux initiatives chinoises ambitieuses qui ont  son soutien personnel, comme la Nouvelle Route de la Soie et la transformation du pays en une puissance technologique.

Il y a environ un quart de siècle, les cercles les plus réactionnaires de la planète célébraient la «fin du communisme». Il ne serait pas exagéré de dire que le plus grand événement de notre temps réside dans le fait qu’un parti communiste formé à la suite de la Troisième Internationale de Lénine est à la pointe de la plus grande nation du monde, un pays prêt à prendre la tête de l’économie internationale. Rien de tout cela ne se passerait sans que le PCC lui-même ne montre aucune capacité à se réinventer au fil du temps.

J’ai dit que le processus récent perçu dans l’économie chinoise (la formation de 149 conglomérats d’affaires appartenant à l’Etat mettant en œuvre des politiques publiques majeures et l’ouverture de nouveaux niveaux de planification économique et de coordination / socialisation des investissements, par exemple) « Nouvelle formation économique-sociale » (« socialisme de marché »). Ce point de vue s’oppose vivement à ceux qui définissent la Chine ou comme un autre cas de «restauration capitaliste» sous la forme d’un «capitalisme d’État» réussi, ou une affirmation empirique des avantages d’une «économie mixte» ou de un « capitalisme autochtone ».

Cette nouvelle «formation socio-économique» exige toujours l’émergence de nouveaux cadres et dispositifs institutionnels capables non seulement d’ouvrir de nouveaux champs et de nouvelles possibilités au processus de développement. Mais ils doivent aussi être capables de répondre aux immenses défis internes et externes du régime. L’empire chinois fut périodiquement  recentralisé. La République populaire n’a aucune raison d’être différente.

Ainsi, le socialisme opère  la recherche d’institutions qui reflètent, selon une définition acceptée de la catégorie marxiste de la formation sociale, la totalité «infra et supra» qui se forme et se développe. La bourgeoisie a mis plus d’un siècle pour s’adapter à quelque chose que la Révolution française a essayé de définir en 1789 …

 

Les grands classique : LES « DEUX EPEES » – Mao Tsé toung

 voici le texte célèbre par lequel Mao Tsé Toung a salué le XXe Congrès du PCUS et surtout le « rapport secret » de Khrouchtchev. Par ailleurs il fait noter que les Chinois quand ils ont à leur tour remis en cause la politique de Mao Tse Toung, ils ont affirmé la continuité (aujourd’hui aussi), toutes les étapes de leur révolution, en se contentant de noter que 70% de la politique de Mao était bonne et 30% d’erronée, sans préciser d’ailleurs outre mesure. cela dit la manière dont Mao déclare la guerre au révisionnisme et qui l’a conduit à pactiser avec les Etats-Unis; cette division du mouvement communiste international est une des principales raison de la chute de l’Union soviétique que nous payons tous par une abominable victoire du capitalisme, une contre-révolution, une régression sociale. Quand je vois aujourd’hui l’entente entre la Chine communiste et la Russie de Poutine, je me dis qu’ils auraient dû y penser plus tôt, révisionnisme ou pas révisionnisme. Cela dit je suis bien consciente qu’il y avait probablement au sein du Parti communiste chinois des gens tentés par l’aventure « révisionniste », encouragés par Khrouchtchev et que Mao avec son art de passer à l’essentiel a tué l’affaire dans l’oeuf. Ca aussi désormais relève de l’Histoire. (note de Danielle Bleitrach)

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Je voudrais dire quelques mots à propos du XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique. A mon avis, il y a deux « épées »: l’une est Lénine et l’autre, Staline. L’épée qu’est Staline, les Russes l’ont maintenant rejetée. Gomulka et certains Hongrois l’ont ramassée pour frapper l’Union soviétique, pour combattre ce qu’on appelle stalinisme. Dans beaucoup de pays d’Europe, les partis communistes critiquent aussi l’Union soviétique; leur leader, c’est Togliatti. Les impérialistes se servent aussi de cette épée pour tuer les gens ; Dulles par exemple l’a brandie un moment. Cette arme n’a pas été prêtée, elle a été jetée. Nous autres Chinois, nous ne l’avons pas rejetée. Premièrement, nous défendons Staline et deuxièmement, nous critiquons aussi ses erreurs; et pour cela, nous avons écrit l’article « A propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat ». Ainsi, au lieu de le diffamer et de l’anéantir comme font certains, nous agissons en partant de la réalité.

Quant à l’épée qu’est Lénine, n’a-t-elle pas été aussi rejetée quelque peu par des dirigeants soviétiques? A mon avis, elle l’a été dans une assez large mesure. La Révolution d’Octobre est-elle toujours valable? Peut-elle encore servir d’exemple aux différents pays ? Le rapport de Khrouchtchev au XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique dit qu’il est possible de parvenir au pouvoir par la voie parlementaire; cela signifie que les autres pays n’auraient plus besoin de suivre l’exemple de la Révolution d’Octobre. Une fois cette porte grande ouverte, le léninisme est pratiquement rejeté.

La doctrine léniniste a développé le marxisme. Dans quels domaines l’a-t-elle développé ? i) Dans celui de la conception du monde, c’est-à-dire du matérialisme et de la dialectique; 2) dans celui de la théorie et de la tactique révolutionnaires, surtout en ce qui concerne la lutte de classes, la dictature du prolétariat et le parti prolétarien. Par ailleurs, la doctrine de Lénine porte sur l’édification socialiste. A partir de la Révolution d’Octobre en 1917, Lénine a entrepris l’édification tout en poursuivant la révolution ; ainsi, il a accumulé dans ce domaine sept années d’expérience pratique, expérience que Marx n’avait pas. Ce que nous apprenons, ce sont précisément ces principes fondamentaux du marxisme-léninisme.

Dans la révolution démocratique comme dans la révolution socialiste, nous avons toujours mobilisé les masses populaires pour mener la lutte de classes, tout en les éduquant au cours de la lutte. C’est la Révolution d’Octobre qui nous a appris à mener cette lutte. Dans cette révolution, que ce soit dans les villes ou à la campagne, partout les masses étaient pleinement mobilisées pour mener la lutte de classes. Les experts que l’Union soviétique envoie aujourd’hui dans différents pays étaient à l’époque des enfants ou tout au plus des adolescents et nombre d’entre eux ont oublié cette pratique. Des camarades de certains pays affirment que la ligne de masse pratiquée en Chine n’est pas juste, ils aiment beaucoup à s’inspirer du paternalisme. Que cela leur plaise, nous n’y pouvons rien ; en tout cas, nous nous attachons, pour notre part, aux cinq principes de la coexistence pacifique, dont la non-ingérence mutuelle dans les affaires intérieures et la non-agression mutuelle. Nous ne prétendons diriger aucun autre pays, nous n’en dirigeons qu’un seul, la République populaire de Chine.

Pour certains pays d’Europe orientale, le problème fondamental est qu’ils n’ont pas mené comme il fallait la lutte de classes ; ils n’ont pas éliminé les contre-révolutionnaires qui étaient encore si nombreux ni trempé le prolétariat au cours de la lutte de classes pour qu’il sache établir une claire distinction entre nous et nos ennemis, entre le vrai et le faux, entre l’idéalisme et le matérialisme. Maintenant, ceux qui ont laissé couver le feu se font brûler eux-mêmes: on récolte ce qu’on a semé.

De quel capital disposez-vous? Rien que Lénine et Staline. Or, ce dernier, vous l’avez déjà rejeté, et, le premier, vous l’avez démembré presque entièrement: vous lui avez coupé les deux jambes, ou bien vous ne lui avez conservé que la tête, ou bien vous lui avez enlevé un bras. De notre côté, nous étudions le marxisme-léninisme et nous nous mettons à l’école de la Révolution d’Octobre. Marx a produit tant d’ouvrages, et Lénine de même. S’appuyer sur les masses, suivre la ligne de masse, voilà ce que nous avons appris d’eux. Ce serait bien dangereux de ne pas s’appuyer sur les masses pour mener la lutte de classes et de ne pas établir une claire distinction entre nous et nos ennemis.

[Mao Tsé-toung – discours à la deuxième session plénière du Comité Central issu du VIIIe Congrès du Parti Communiste Chinois – 15 novembre 1956]

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