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Après les heurts de samedi, Jean-Claude Gaudin annule le conseil municipal de lundi

 Les collectifs d’habitant.es, associations et syndicats avaient appelés tous les quartiers de Marseille à un grand rassemblement pour le logement et une ville pour tou.tes ses habitant.es face au conseil municipal, nul doute que la crainte de cette manifestation ait joué un rôle, mais il faut voir que le maire Marseille que tout le monde lâche dans sa majorité dans son parti, prend prétextes de quelques échaufourrées pour refuser de voir la réalité d’un pouvoir municipal en train d’être contesté de toutes parts. Le coups le plus rude à ce système clientéliste et corrompu a sans doute été porté par la fin de la majorité absolue’ du syndicat FO chez les employés municipaux.  Tout le monde commence à avoir peur des révélations derrière l’écroulement du patrimoine immobilier et des alliances  derrière l’immobilisme et les passe-droits, chacun à son niveau devant quelque chose à celui dont ses proches disent qu’il a fait un mandat de trop, en espérant pouvcoir conserver le système en transformant le maire en bouc émissaire… mais celui-ci a décidé sans doute d’aller jusqu’au bout, ce qui promet une ambiance bien nauséabonde.(note de danielle Bleitrach)
Jean-Marie Leforestier
9 Déc 2018 0

Le conseil municipal de ce lundi était un rendez-vous très attendu, un peu plus d’un mois après le drame de la rue d’Aubagne qui a mis Jean-Claude Gaudin sur la sellette. Il n’aura finalement pas lieu. Le maire de Marseille l’annonce ce dimanche alors que de nouveaux heurts se sont déroulés à Marseille et dans le pays en marge des manifestations des gilets jaunes.

“La tension que connaît notre pays actuellement nous impose la décence et la prudence nécessaires, pour ne pas aggraver encore cette situation. […] Il est de notre responsabilité d’élus de la République de contribuer, au contraire, à l’apaisement et de permettre à la vie municipale de se dérouler dans des conditions démocratiques normales”, estime dans un communiqué Jean-Claude Gaudin. Il prévoit de reconvoquer le conseil municipal avant la fin de l’année.

 
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Publié par le décembre 9, 2018 dans Marseille

 

Je vous avais promis un bilan sur le PCF à Marseille, en voici quelques données

 

Cette amorce de bilan tient à l’observation du fonctionnement du PCF par rapport à divers événements que sont les bons résultats de la CGT aux élections, la participation du parti communiste au diverses manifestations qui ont eu lieu à Marseille autant que les débuts de la mise en mouvement du parti. Nous sommes dans une période où la lutte des classes s’intensifie et où l’urgence d’un parti en phase avec le monde du travail, un parti révolutionnaire c’est-à-dire qui vise à la fin de la domination d’une classe qui a fait son temps, est nécessaire. Un parti qui s’appuie sur le rôle révolutionnaire de ceux qui sont exploités et qui ont toujours représenté le mouvement de l’histoire, un parti  qui en marque l’autonomie y compris par rapport à la petite bourgeoisie dont le discours tend à devenir de plus en plus hargneux à défaut d’être révolutionnaire. Dans une telle période  que se passe-t-il dans ce haut lieu de la lutte des classes que sont les bouches du rhône et cette ville prolétarienne qu’est Marseille?

Je mets ces quelques remarques sous le haut parrainage de Karl Marx qui considérait que nous étions une nation d’émeutiers, incapables de mesurer les conséquences politiques et idéologiques d’une situation mais qui nous donnait en exemple aux Allemands à cause du refus du prolétariat français de se mettre sous la direction de la bourgeoisie, petite ou grande. Nous avons les défauts de nos qualités et les capacités de rébellion de notre peuple sont grandes, notre égalitarisme irréductible. Le mouvement français dit des « gilets jaunes » mais qui ne se limite pas à ce mouvement et qui secoue notre pays depuis pas mal de temps est très suivi en Europe et partout dans le monde. Le renouveau du PCF est également apprécié.

D’abord qu’il soit  affirmé hautement que je me réjouis des changements qu’a apporté le Congrès aux orientations du PCF, comme je me réjouis des interventions -entre autres- de Fabien Roussel et de Ian Brossat dans les médias, enfin des gens qui ont l’air convaincus de ce qu’ils disent et qui recentrent le discours du parti sur l’essentiel, loin de la politique politicienne. Voilà des gens fiers d’être communistes et qui le revendiquent au lieu de périodiquement nous inviter à changer de nom. Je partage également le souci qu’a eu cette nouvelle direction de ne pas diviser le parti. Comme bien sûr je partage leur volonté de non effacement du parti, de leur capacité à marquer l’autonomie pour mieux inviter tous ceux qui le veulent à frapper ensemble contre les adversaires du monde du travail.

Qu’en est-il pour Marseille, même si le congrès y a été mené dans des mœurs de spadassins visant à donner la majorité à Pierre Laurent et aux refondateurs et à nier de fait tout espace de direction aux militants du manifeste, le parti dans sa masse a cru au discours sur l’unité et se conduit aujourd’hui comme tel. Disons qu’à la base, les communistes se sont mis à distribuer des tracts et qu’ils apprécient à la fois que le parti n’ait pas été divisé et la combativité de la nouvelle direction nationale. Le légitimisme marseillais crée des conditions favorables et le dévouement des militants existe. Les tracts qui sont distribués sont bons qu’il s’agisse des propositions du candidat Ian Brossat ou de ceux sur le pouvoir d’achat. Il n’y a aucune autre force qui bénéficie de cette capacité obstinée d’être présents partout et quel que soit son état de faiblesse le PCF demeure sans équivalent en capacité militante. Tout cela n’a fait que renforcer ma conviction que si l’on veut éviter une situation à l’italienne, il n’y a pas d’autre issue que d’œuvrer dans le sens de la transformation du parti avec tous les militants.

Mais car il y a un mais,  je pense que nous avons hérité de la préparation du Congrès de situation inégales suivant les départements. Dans les bouches du Rhône, nous avons une combativité prolétarienne et du monde du travail indéniable et une direction fédérale qui est incapable de profiter de toutes ces opportunités, c’est du moins mon diagnostic. Elle va perdre beaucoup de temps alors qu’il y a urgence dans la survie, il y a un certain ébranlement lié à ce potentiel mais il manque de prendre la mesure politique de l’urgence, en particulier celle de renouer avec le monde du travail, l’entreprise mais aussi ce qui s’est désagrégé avec la transformation du port et d’autres centres industriels. Il est bon que les communistes soient là, prêts à distribuer des tracts, voire à coller des affiches, mais il faudrait un véritable effort pour qu’ils s’approprient une stratégie, y participent, tous les communistes cela signifie que l’action et le débat se poursuive avec la conscience du but recherché. Nous en sommes loin.

Je redis que quand je parle de la direction locale du PCF je parle de la fédération des Bouches du Rhône, et en particulier de Marseille et pas de la direction nationale que je soutiens pleinement.

D’abord cette direction fédérale est incapable de mesurer l’état réel du parti et le fait que les communistes ont littéralement disparu des références de l’immense majorité du prolétariat tel qu’il existe aujourd’hui à Marseille et dans notre département. Le communisme est une idée que la plupart des moins de 20 ans ne peuvent pas connaître sauf s’ils ont des grands-parents communistes. Ce n’est pas plus mal parce que ceux qui se souviennent de leurs cours d’histoire en gardent l’idée que nazisme et communisme c’est la même chose.

Nous avons eu depuis Robert Hue des gens qui loin de combattre ces idées les ont entretenues y compris chez les militants, ont adopté au plan international des visions social-démocrates et qui ont renié successivement Cuba, l’ex-URSS et maintenant la Chine, identifiés à l’impérialisme, celui-ci n’a cessé d’être excusé au nom de la lutte nécessaire contre des dictatures. Au plan intérieur, non seulement le marxisme a été abandonné au profit de vagues références sociologiques mal maîtrisées, mais tout a été fait pour que depuis plus de 15 ans nous nous effacions derrière des sociaux-démocrates. Ces idées sont majoritaires au niveau de la direction fédérale, la responsable à la formation est à la pointe de ces inepties.

Il est clair que nous n’allons pas mener les combats qui sont les nôtres dans l’immédiat en tentant de refaire le terrain, mais pourtant il y a urgence à le refaire chez les communistes eux-mêmes, comme d’ailleurs si l’on considère la question de l’Europe, et de l’attitude des communistes.

Comme ma fédération n’a qu’une obsession l’électoralisme, ce qui ne l’a pas empêché d’ailleurs de perdre position après position, la soumission à toutes ces « idées » y a été plus forte qu’ailleurs. Tandis que la combativité réelle du monde du travail était partiellement récupérée par l’anarchosyndicalisme. Tout une partie de la classe ouvrière s’auto-exploitant ou vivant chez de petits artisans a été abandonnée à son sort, et c’est elle que l’on retrouve chez les gilets jaunes.

On reste enfermé entre soi dans un milieu vieillissant ou on se réjouit d’enfin avoir touché la jeunesse quand on rencontre celle qui vit du socio-culturel dans les quartiers du cours julien. Etudiants, animateurs en voie de suspension de subventions, tous ces gens sont dynamiques et on peut se réjouir que le PCF les rencontre, mais ils ne mordent pas plus sur le prolétariat même s’ils en partagent le faible niveau de ressources. C’est le public de nuit debout. Il ne faut pas négliger le rôle de caisse de résonance qu’il peut y avoir face au crime impuni de ces pauvres gens enfouis sous les décombres de l’habitat insalubre. Le système municipal, clientéliste et corrompu est en train de s’effondrer et le maire Gaudin devient le bouc émissaire d’un système qui espère perdurer. La question du logement, l’habitat insalubre est une des plus sensibles et pourtant là encore on peine à y rallier toutes les principales victimes. Comment là encore avancer, tenir compte de cette forme spontanée qui a surgi, des atouts existants pour bousculer le clientélisme marseillais, l’apparente inertie de ce monde en souffrance.

Le paradoxe qui veut qu’un maire de droite et son clientélisme soit élu avec 15% des inscrits, est-il réellement mis en cause? Comme au plan national, les notables expliquent à Macron qu’il a eu tort de les négliger pour faire appliquer ses réformes et donc que le capital a encore besoin d’eux, est-ce que le PCF est en situation de dénoncer ce compromis que la droite est toujours disposée à passer pour que la révolte passée rien ne change ? Il faut un parti communiste capable de bousculer le système d’offrir d’autres perspectives.

Ce que je constate donc c’est que cette fédération du PCF en particulier à Marseille demeure dans les ornières de l’ancienne stratégie et va poursuivre dans l’effacement à la fois idéologique et sur le terrain, se contentant d’un rapprochement avec le milieu des animateurs et socio-culturels plus proches d’ailleurs de Ruffin et de ses coups de gueule, que des rassemblement prolétariens tentés dans les Hauts de France. Non pour renoncer à combattre avec eux mais pour élargir le combat.

J’ose affirmer que c’est cette fédération, les Marseillais surtout, qui a mené le congrès pour aboutir aux pires résultats dans l’immobilisme, puisque c’est la seule à avoir envoyé uniquement des représentants de l’ancienne équipe et des refondateurs au CN, alors que le manifeste avait 38% des exprimés (malgré le bourrage d’urnes)… Sous prétexte de « préserver l’unité du parti et refuser les tendances » (alors qu’ils s’étaient constitués en tendance contre le manifeste), ces tricheurs ont accompli ce qui ne s’est accompli dans aucune autre fédération, même pas la Seine saint Denis, il n’y a pas un seul représentant du manifeste des bouches du Rhône au CN, ce sont tous des bons petits soldats de l’ancienne stratégie. Il ne faudrait d’ailleurs pas que la référence à l’ancien secrétaire masque la réalité de ce qui est entretenu, à savoir l’adhésion de fait à un certain nombre d’idées: la dénonciation de fait de tous les communismes confondus avec le totalitarisme, le refuge dans un communisme idéal n’ayant existé nulle part ce qui économise sous la vague visée communiste toute mesure concrète du socialisme réel et nous aligne derrière la social démocratie, voire un retour au congrès de Tours, le tout avec l’idée que la classe ouvrière n’existe plus. C’est cette idéologie là qui est à l’oeuvre non seulement dans les membres du CN des Bouches du rhône, mais dans la direction. Et il ne s’agit en aucun cas de laisser naître une réflexion qui la contredise… L’activisme militant, la formation, tout doit entretenir des idées pourtant battues au Congrès, mais pas suffisamment débattues. Recréer une relation avec le monde du travail, l’entreprise, le prolétariat devrait être au centre de cette démarche.

Pourtant il existe encore des liens avec le monde du travail, les gens de la fonction publique mais ce sont chez des retraités qui voient encore leurs anciens collègues, comme il y a dans la JC une exigence de marxisme, une connaissance réelle de l’histoire et du communisme vivant, mais je vois mal comment cette fédération va y répondre telle qu’elle est.

De même au Comité départemental, n’y sont présents à de rares exceptions près que de fait que ceux qui acceptent l’union sacrée autour des suppôts de l’ancienne stratégie et les refondateurs. La formation des militants est confiée à l’une d’entre eux. Donc je parle d’une situation particulière, celle d’un département ouvrier, combatif, avec d’excellents résultats de la CGT et dont le parti est dirigé, animé, dans sa quasi totalité par ceux qui viennent de l’ancienne stratégie et selon moi continuent à être incapables de mener autre chose.

Cela n’est pas inspiré par le ressentiment mais par le regret de la perte de temps alors que nous en avons peu pour reconquérir une population qui a besoin de nous mais dont les jeunes ont perdu jusqu’à la mémoire de notre existence.

Autant je partage la prudence de l’actuelle direction nationale, le refus de diviser autant je suis pessimiste sur ce que cette nécessité entretient, la force d’inertie qui est encouragée et le découragement de tous ceux qui aspirent à la mise en oeuvre du Manifeste tel qu’il a été soutenu dans la préparation du congrès. Pour faire simple disons que la principale question à savoir la nécessité d’un parti révolutionnaire qui était derrière celle du refus de l’effacement a peu de chance d’être murie, pensée… Il faudrait une prise de conscience de cette nécessité d’un parti révolutionnaire dont nous sommes loin.

Je suis convaincue que cette fédération telle qu’elle est du moins à Marseille est incapable d’être en capacité d’utiliser le renouveau du parti et le mouvement qui se déploie sous nos yeux.

Personnellement j’ai renoncé à aller expliquer cela à ma cellule, à ma section, la préparation du congrès m’ayant montré le peu d’audience et de compréhension que je peux attendre de gens qui n’ont cessé d’affirmer des contre-vérités sur le simple plan de la connaissance de la société française pour maintenir en place des gens qui pourtant n’avaient cessé de faire la preuve de leur nocivité. Je n’ai plus la force de guerroyer telle une don quichotte octogénaire. Je crains que nous soyons quelques uns à être découragés.

On me dira que ce sera pour le prochain congrès, c’est possible mais je n’ai pas l’âge, ni la patience de supporter cette force d’inertie alors je vais continuer à agir parallèlement dans ce que j’estime être le bon sens… sans perdre plus de temps et d’énergie que la situation ne l’exige. Si des forces se lèvent dans le sens du renouvellement du congrès je m’y associerai dans la mesure de mes moyens, mais prétendre autre chose dans le cadre des structures existantes est vain. Il faudrait des adhésions massives pour transformer la situation et pour recréer un parti qui correspondrait aux exigences de l’heure alors que celui-ci ne pense qu’aux municipales.

deux propositions constructives : un pour la prochaine manif les communistes se mêlent aux gilets jaunes dés le début, et le député des Bouches du rhone vient comme d’autres se méler à eux… Enfin la formation des militants s’ouvre à des gens qui ont autre chose à raconter que la messe des refondateurs … sans exlure, ouvrir à d’autres ce qui n’est pas dans les moeurs de la fédération…

Je suis par ailleurs plus que jamais convaincue qu’il n’y a pas d’autres voies que celle d’une reconquête du parti communiste et plus que jamais hostile aux égarements groupusculaires, ne serait-ce que parce que j’ai vu la plupart d’entre eux vicieusement opposés à tous mes efforts durant cette préparation du congrès et pesant de tous leurs poids de fait pour renforcer à la fois l’ancienne direction et Jean Luc Mélenchon comme unique issue à laquelle s’associerait leurs militants.

Danielle Bleitrach

 

Impressions marseillaises du 8 décembre

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Le matin, la Canebière, les réformés, son petit marché biologique, ses sardines grillées et ses étals de fleurs sont au rendez-vous, visiblement les Marseillais se moquent des mises en garde, je vais déjeuner en haut du cours Gambetta, un burger vegan de choux fleur au oignons et fromage de brebis. J’aime bien cet endroit très bobo mais dont les prix sont modérés et  la patronne est authentique, chez elle on lit le Monde diplomatique et la Marseillaise. Elle déplore la garde à vue depuis plusieurs jours d’un copain qui a ramassé une grenade dégoupillée et qui aussitôt a été alpagué par la police, garde à vue, pas de jugement immédiat, trop d’encombrement, il est en prison. C’est vraiment une erreur de casting, c’est tout sauf un casseur… La patronne rigole et déclare: la prochaine fois ou il évitera de ramasser une grenade ou il la lancera sur les flics.

A propos de la Marseillaise, Amid est arrivé en me tendant le journal, fier comme artaban, il y a une vente de masse et visiblement ça marche vu le nombre de gens qui se baladent avec le journal. Les discussions vont toutes dans le même sens, plutôt favorables aux gilets jaunes et à leurs revendications, certaines femmes plaident pour une entente, j’interviens avec fougue sur le thème: pour le dialogue il faut être deux. Mais là où j’emporte la conviction c’est sur une démonstration venue du fond des âges : « l’ouvrier dépense tout ce qu’il a, c’est grâce à lui que le commerce marche, ces grands capitalistes eux ne peuvent pas dépenser tout ce qu’ils ont ils le planquent hors de France, ils asphyxient le commerce et le pays. Tout le monde doit être solidaire des gens qui réclament de quoi vivre à commencer par les commerçants, mais aussi les autres dont le salaire dépend d’eux. » Là c’est l’unanimité, ça bloque un peu sur les capitalistes, une femme corrige: « le pire ce sont les technocrates, ces gens qui ne vivent pas dans la réalité ». Je lui réponds ça c’est le petit personnel à leur botte, vous vous rendez compte des gens comme le patron de Renault 45.000 euros par jour et il fraude ou encore la famille Mulliez, ils ont tous les supermarchés et ils se planquent en Belgique pour nous refuser la sécurité sociale, le paiement d’une bonne éducation pour les enfants. Personne n’ose contredire ma véhémence mais je sens bien que la dame en a après la technocratie et Macron qui en est le plus beau fleuron.

Il y a là pas seulement l’influence de l’extrême-droite, l’idée que les « élites » auraient pris la place du capital et de son profit mais pas mal d’illusion. L’idée que la France est gouvernée par des gens coupés des réalités, ils ne savent pas ce qu’est la vraie vie. Il faut s’ils comprennent, qu’ils entendent. C’est le reflet de ce monde médiatique qui leur parait à côté de la plaque. L’idée du profit, du cancer financier, de la politique émanant de cette classe impitoyable ne les a pas encore réellement atteint. Même l’idée des 45.000 euros par jour est abstraite, incompréhensible alors qu’un salaire de 7000 euros par mois est excessif. Toute une conception de ce qu’est le capital, sa violence est à reconstruire mais les esprits s’ouvrent devant l’entêtement, le mépris.

Tout est calme, sur la Canebière à côté les gilets jaunes ont tenté une première manif, encore regroupée. Parce que ces gilets jaunes ont une manie, ils se dispersent dans la ville, errent en petits groupes. A 14 heures manifestation pour le climat, se mélangent des gilets jaunes et des écolos déguisés en clowns. Je discute sur le vieux port avec les gilets jaunes, une dame d’une soixantaine d’années qui me dit résider dans le 7e commente: « il y a des minots qui foutent le bordel, ils ne savent même pas ce qu’ils foutent là, ce sont des cons qui n’ont pas de cervelle, on les a écartés et les flics les ont parqués ». Il y a beaucoup de retraités, elle m’explique qu’elle s’en sortirait bien si ce n’était ses enfants. L’aîné est maître d’hôtel, ça va pour lui. Le second est au chômage et sa fille est architecte d’intérieur sans clients, ils vivent chez eux, impossible de payer un loyer. Nous parlons politique, elle n’a rien contre les communistes au contraire, elle avait un beau-frère, un « vrai » communiste me dit-elle, un homme bien… Elle a vu Fabien Roussel et l’a apprécié. Je lui parle des Européennes, de Ian Brossat et du fait que quand les communistes sont forts la vie est meilleure. Tous les gilets jaunes avec qui je parle ressemblent à cette dame, une obsession : on peut pas vivre avec 800 euros, c’est impossible. Je regrette que les communistes ne se mêlent pas plus à eux, ils sont regroupés à partir de 15 heures au Cours julien, pour la manif de Noailles et du logement. Alors que la manif du climat et des gilets jaunes a déjà défilé sur le canebière.

Autre remarque, il me semble qu’il y a moins de gens du département, ils sont restés sur leurs point de rencontre, ceux de la Ciotat ont continué à offrir un péage gratuit. Pour l’essentiel ce sont des marseillais.

Tout à coup, des jeunes gens dont les plus jeunes n’ont pas 12 ans déferlent et commencent à jeter des poubelles, cela part du Vieux port déjà déserté par les manifestants. Je suis sur la canebière quand tous ces jeunes remontent  et la fumée des gaz lacrymogènes commence à envahir l’avenue. Etrange c’est comme la dernière fois quand la jonction devrait se faire entre les deux ou trois manifs, ces jeunes venus des cités sont-ils ceux qui paraissent habitués à la gestion du trafic de drogue, depuis les enfants qui surveillent jusqu’aux grands qui sont beaucoup plus dangereux, mais on ne sait d’où ils déferlent. Quand on sait le rôle que les dealers ont joué à Marseille contre les lycéens, allant jusqu’à les menacer s’ils manifestent, on peut s’étonner de voir ces individus sortis de nulle part qui donnent l’occasion à la police de disperser défenseurs du climat et gilets jaunes (dont par parenthèse deux des leaders sont des africains) avant que la manif sur le logement et les morts de Noailles ait atteint la canebière, on la devine simplement massive dans le cours Lieutaud. Mais pas moyen de l’atteindre l’air devient irrespirable à côté de l’hôtel de police. Des jeunes me disent qu’il faut que je rentre chez moi, cela devient dangereux. Ils m’énervent d’abord parce que pour prendre le métro, celui du Vieux port étant clos, il faut bien que je remonte la canebière et que d’autre part quand ils auront fait autant de manifs que moi, ils pourront me donner des conseils. Avec ma bronchite, je ne suis pas fanatique des gaz mais enfin cette cavalcade de jeunes cons ne me paraît pas de l’ordre de ce qui provoque les grands massacres.

Sur la canebière, je commence à rencontrer des communistes en rupture de ban, ce sont les premiers de la journée en dehors des vendeurs de la Marseillaise du matin. Je suppose qu’ils sont tous à la manif de Noailles comme la semaine dernière. Franchement, je trouve qu’ils devraient discuter avec les gilets jaunes, ils ne demandent que ça. Même s’ils sont en colère contre les « minots » qui n’ont pas de cervelle et fournissent des prétextes aux flics, je ne les ai pas entendus vraiment en colère, bien plutôt indignés devant le déploiement policier, des tanks (voir ci-dessous) pour affronter ce qui ressemble plus à un monôme qu’à une insurrection. Tout le monde ricane sur le moment où cela a lieu, comme la dernière fois pour empêcher la rencontre. Peut-être faudrait-il songer à organiser cette rencontre, un mélange plus tôt dans la journée.

Je rentre épuisée, je n’ai pas arrêté de marcher et j’ai malgré tout un peu avalé des lacrymos. Jje tombe sur le lit toute habillée et je me réveille à une heure du matin, pour écouter Ian Brossat sur LCI. Excellent, direct, pugnace, il est tout à fait en phase avec ce que j’ai entendu toute la journée et il a raison de noter que la dissolution n’est pas l’objectif premier, même si les gilets jaunes criaient avec conviction « Macron démission » et en privé affirmaient « Si Macron ne nous entend pas, c’est que c’est un vrai enc…  »

C’est vrai que macron est devenu la figure qui rassemble toute leur colère, mais ce qui monte est l’impossibilité de vivre… Ian Brossat est tout à fait proche de cette colère, il tranche sur le politicien. Un député LREM qui en fait une tonne dans les bons sentiments et la plaidoirie pour sa catégorie, tente de l’attaquer sur ce qu’il gagne à la mairie de paris et enfin sur l’échec des régimes communistes. Ian a raison de ne pas répondre et de rester sur le sujet, mais on ne m’ôtera pas de l’idée qu’il faut mener un combat résolu contre cette idée de « l’échec » des « régimes communistes », une contre-offensive idéologique s’impose, permanente et sur le fond. Même si ce n’est ni le temps, ni le lieu pour Ian de s’embarquer là-dedans.

Danielle Bleitrach

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En toute franchise : le serrurier, la classe et le parti communiste à Marseille

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Prenez ces quelques réflexions pour ce qu’elles sont, non le fruit d’un pessimisme définitif, mais le constat un peu désabusé d’une vieille dame qui se dit que malheureusement elle ne verra pas le changement espéré dans le lieu où elle vit. Alors que partout une espérance a surgi, elle est condamnée à continuer de subir les effets d’un congrès du parti communiste qui a été verrouillé, un poids de l’inertie dans une ville et un département qui pourtant aspire à autre chose. Le sentiment étrange que rien n’a changé et que l’on n’a toujours pas sa place dans ce parti-là qui n’a rien appris, rien compris et qui continue. Mais lisez plutôt cette anecdote qui dit mieux que moi les possibles.

Hier vendredi je vais déjeuner cher des amis qui s’installent à Marseille. Ils ont un appartement à la Joliette et ils m’expliquent qu’ils ont découvert les mœurs du coin, en particulier trafic de drogue et cambriolage. D’où leur appel à un serrurier pour poser une serrure blindée.

Quelques heures après, un homme d’une trentaine d’années, joyeux et galéjeur, débarque. Mes amis qui commencent à avoir une prévention générale contre tout ce qui touche à Marseille, lui demandent à qui s’adresser s’il s’avère que l’installation ne marche pas. Le serrurier commence à mal vivre ces remarques et leur demande pourquoi ils veulent que cela ne marche pas. Il leur dit « d’où vous êtes? » J’interviens pour la première fois et je dis que je suis marseillaise, des Chartreux. Il déclare que lui il est de saint Jérôme, c’est tout près et il ajoute: « c’est parce que vous êtes marseillaise que vous ne parlez pas comme eux! » Je hoche la tête et je l’interroge, il y a des cartons à transporter dans ma cave, si on lui donne 30 euros, il nous aide pour ce petit déménagement ? Il dit c’est d’accord.

Et à partir de là tandis qu’il travaille le dialogue s’établit autour des gilets jaunes. Il est bien sûr des leurs, ils sont de « sa classe », le patron lui a dit; « c’est ta classe qui fout le bordel ». Et il s’explique, il travaille depuis l’âge de 14 ans, il ne s’en sort plus. Il ne le dit pas à sa femme, mais le midi il ne mange pas pour que le soir avec sa petite fille ils aient un repas un peu meilleur. Les 30 euros seront bienvenus pour offrir un cadeau à sa fille, ce sera son premier gain de la journée, parce que le salaire du patron est mangé très vite et il survit grâce au pourboire. Dans la voiture, il a un gilet jaune et il insiste: c’est « sa classe ». Il a très bien compris la philosophie de Macron et ce qui le meut. Lui n’a rien, mais il contemple méprisant le petit appartement de mes amis et il déclare: « ici c’est tout juste le water de Macron, lui il a tout cet espace pour pisser et vous devez y vivre ». La petite bourgeoisie ne l’impressionne pas, si elle veut péter plus haut que son cul, on la fait payer le double.

Nous nous entendons très vite sur le fond et je lui explique que c’est parce que je suis communiste et là je vois que ça ne lui parle pas. Il ignore qui sont les communistes. Il me dit « vous avez remarqué que ceux des cités ne manifestent pas, ils ont peur qu’on leur enlève ce qu’on leur donne sans travailler », je rétorque que 600 euros pour un couple avec le RSA, c’est pas le pactole. Mais lui insiste, si tu travailles pas, tu perds la dignité de ta classe. A aucun moment il ne sera question des immigrés ou de racisme, simplement de l’assistanat. Puis il hausse les épaules en rédigeant la facture: « de toute manière les vrais coupables se sont les riches, pas ces pauvres types »… Quand je lui parle du PDG de Renault et ses 45.000 euros par jour, sa fraude malgré tout, la famille Mulliez qui s’est réfugié en Belgique pour ne pas payer d’impôt, il n’en croit pas ses oreilles. Il me dit de toute manière, il n’y a rien à attendre des patrons, il faut tout leur arracher.

Je repense au patron qui lui a dit que c’était sa « classe » qui foutait le bordel et à sa fierté. En mai 68, un jeune ouvrier arménien qui zozotait s’était présenté au siège du parti. Il était devenu le délégué syndical et avait établi un cahier de revendications, le patron avait tout accepté mais eux voulaient poursuivre la grève et le patron lui avait dit « tu es un communiste ». C’est pour cela qu’il était venu adhérer.

Tout est là, il n’y a plus de parti communiste pour fédérer la classe. Cela tout à coup donne du sens à ce malaise diffus qui ne me quitte pas. A Marseille il y a la CGT, elle n’a pas hésité à rejoindre les gilets jaunes ou a offrir un service d’ordre aux jeunes lycéens face à la police.

Il faut voir les scores nationaux de la CGT, les scores marseillais contribuent à une victoire nationale, comme d’ailleurs dans le nord, le pas de calais, là d’où on peut espérer un renouveau du parti, avec Fabien Roussel qui nous a incités à aller à la rencontre des gilets jaunes sur des positions de classe il y a aussi de bons résultats. En revanche le département des refondateurs, la Seine saint denis, qui au Congrès a refusé le renouveau a vu la CGT perdre le département. Le 93 a perdu la direction du département, qui paraissait impossible à perdre, comme nous Marseillais les quartiers nord, au profit des socialistes et de leur clientélisme plus ou moins mafieux. Le 93 a perdu au Congrès puisqu’ils s’étaient opposés au Manifeste, comme nous le 13. Maintenant dans le 93 la CGT perd la majorité… et là c’est pas comme nous dans les Bouches du Rhône.

La situation marseillaise est plus compliquée qu’il n’y paraît, la fédération des Bouches du Rhône du PCF est politiquement proche de la Seine saint Denis. La direction fédérale a refusé de fait de reconnaître l’existence d’une forte minorité du Manifeste et, malgré ce, au nom de l’unité du parti et parfois quelques postes aux municipales, s’est attiré les plus faibles. Résultat ont été  envoyés au CN une masse homogène de gens proches de l’ex-direction et des refondateurs. Ce résultat juste majoritaire  avait été obtenu en faisant voter les morts, et en écrémant les délégations dans un deuxième temps. C’est le folklore marseillais. Mais j’ai désormais du mal à accepter la tricherie, parce qu’elle ne fait que reproduire l’élimination depuis 20 ans de  toutes les forces vives, de tous ceux qui plaidaient pour un renouveau de classe. Le parti est le produit de ces victoires à la Pyrrhus du légitimisme allié au refondateurs qui ne croient plus au communisme, même si le mot a été ressorti par tous in extremis.

Avec ce congrès verrouillé  le règne des combinaisons se poursuit et avec lui l’incapacité à mordre sur le prolétariat qu’il s’agisse de ceux qui sont  gilets jaunes comme le serrurier ou celui des cités qu’ils ont abandonnés à la mafia. Ceux de ma cellule que ma section a délégué au conseil départemental, il y a peu disaient que la question sociale en France n’intéressait personne. Ils sont incapables tels qu’ils sont de pratiquer une politique offensive, tout au plus ils colleront à une petite bourgeoisie déclassée qui hante le Cours Julien, et recueille les miettes du « culturel », le saupoudrage qui se raréfie… Comme disait Gramsci quand le crottin de cheval nourrit une volée de moineau…  Mais en revanche, ces « dirigeants »  ne seront pas plus capables, je le sais par expérience d’avoir un langage commun avec la population immigrée des cités comme du centre ville. Ils se referment sur une vision délirante de la société, celle de ces couches-là et sont séduits par un discours aussi confus que celui d’un Rocard jadis, celui des refondateurs, et les plus sophistiqués pimentent ça des thèses de Friot. Cela fait des années que ceux qui soit ont le légitimisme si chevillé au corps qu’il voteront n’importe quoi, soit ce qui revient au même, sont des suppôts de Marie Georges Buffet et de son 1,93% aux présidentielles qui nous obligerait à être modernes c’est-à-dire à nous mettre à la remorque d’un candidat non communiste reflétant les révoltes de cette petite bourgeoisie déclassée, éliminent systématiquement tous ceux qui veulent s’ancrer les pieds dans la glaise et savoir la souffrance ouvrière, sa capacité de lutte. Laissant le syndicalisme révolutionnaire reprendre son autonomie…

Ce que même les bourgeois des médias ont compris, il y en a un qui a eu cette remarque saisissante: la classe ouvrière n’a plus d’unité, faute de s’unir elle a depuis vingt ans vu ses conditions de vie devenir impossibles, chacun se sentait isolé dans sa misère et puis il y a eu les gilets jaunes et ils se sont parlé. D’où la toute nouvelle affirmation de classe du serrurier qui ne peut même pas déjeuner à midi.

Que faire dans une ville comme Marseille, dans ce département quand on est face à cette combativité de classe et que le dernier congrès a mis aux manettes un parti tel qu’il est? Se dire que le légitimisme aidant et le fait que certain vieillards de mon âge auront perdu leur capacité de nuisance… Si j’avais la quarantaine je pourrais toujours rêver à un prochain congrès. Je n’ai plus l’âge de guerroyer contre ces gens-là, subir leurs manœuvres sordides, leurs bourrages d’urnes et j’ai beau me dire qu’ils n’ont eu la majorité que de justesse, je sais à quel point je ne suis pas en capacité de remuer cette force d’inertie, autodestructrice du parti dont la classe ouvrière a pourtant un urgent besoin, dans Marseille et dans les Bouches du Rhône plus que partout ailleurs peut-être. S’il se trouve dans ce parti tel qu’il est la capacité d’évoluer tant mieux et je me réjouis de tout ce qui ira dans ce sens, mais il faudra vraiment qu’il y ait chez mes camarades un profond bouleversement.

Danielle Bleitrach

 
 

Blocage des lycées à Marseille: «Ils ont mitraillé au paintball !» Des trafiquants délogent des élèves

AGRESSION Le lycée Saint-Exupéry, dans les quartiers Nord de Marseille, a été fermé ce jeudi. Mercredi, en fin de matinée, des trafiquants d’une cité voisine ont tiré sur les élèves avec des lanceurs de paintball… depuis longtemps les trafiquants de drogue sont les alliés du pouvoir dans les quartiers nord de Marseille. Les liens entre le banditisme et des élus qui ont dès le départ soutenu Macron dans son ascension y compris au milieu des querelles intestines au sein des partis socialistes et de droite, sont bien connus.  La contestation sociale, les revendications les gènent dans leur trafic et ils l’ont fait savoir aux lycéens et professeurs du plus grand lycée des quartiers nord, des lycéens qui eux se battaient contre la stigmatisation des études dans leur lycée et sa traductfion dans parcourssup. (note de danielle Bleitrach)

Jean Saint-Marc

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Trois hommes participent à une partie de Paintball (photo d'illustration).
Trois hommes participent à une partie de Paintball (photo d’illustration). — M. Krabbenhoeft/AP/SIPA
  • Le plus gros lycée des quartiers Nord de Marseille a été pris pour cible par des trafiquants, ce mercredi, alors que les lycéens organisaient un blocus.
  • Les professeurs s’inquiètent pour la sécurité de leurs élèves.

« C’était la panique totale. Ils ont mitraillé tout le monde : les élèves, les profs, le principal… » Hamza, étudiant en management territorial, est un des « grands frères » qui tentent d’encadrer, tant bien que mal, la mobilisation des élèves du lycée Saint-Exupéry. Le plus gros établissement des quartiers Nord de Marseille est bloqué depuis le début de la semaine.

« Business is business »

A plusieurs reprises, des jeunes du quartier, pas forcément scolarisés dans l’établissement, ont joué au chat et à la souris avec la police. Ce mercredi matin, la situation a brusquement dégénéré, racontent les témoins. « Vers 11 heures, un type s’est pointé, il a gueulé dans tous les sens, mais personne ne l’a vraiment écouté, reprend Hamza, auprès de 20 Minutes. Ça a dû le vexer : ils sont revenus à 20 ou 30 et ils ont tiré avec des Paintball. On était couverts de peinture jaune, la façade est refaite ! » Profs et élèves se sont réfugiés à l’intérieur de l’établissement. Et le lycée est carrément fermé ce jeudi.

« C’est un premier avertissement. La prochaine fois, ce ne sera pas de la peinture » : voilà, en substance, les menaces qu’auraient proférées les trafiquants. Selon les habitants du quartier, ils venaient de la cité voisine de Campagne-Lévêque, un des plus gros « plans stups » des quartiers Nord. L’agitation lycéenne a sans doute perturbé leurs affaires… « Ce n’est pas vraiment étonnant. Business is business », soupire un policier.

Une banderole avec deux impacts de Paintball.
Une banderole avec deux impacts de Paintball. – H. A.

« Tout s’est bien passé sur le Vieux-Port »

« Nos lycéens ont ce fâcheux tropisme de vouloir aller bloquer les ronds-points car ils pensent que ça aidera à médiatiser leur mouvement… Sauf que cela pose de gros problèmes de sécurité », s’agace un professeur qui, dans ce contexte, préfère rester anonyme.

Avec de nombreux collègues, il a assuré ce jeudi matin un semblant de service d’ordre sur la manifestation organisée sur le Vieux-Port : « Là, tout s’est bien passé. » Son syndicat, le SNES-FSU Aix-Marseille, a en effet appelé les professeurs à « aider à la structuration d’un service d’ordre, servir d’interlocuteurs avec les forces de l’ordre et aider à la dispersion des manifestations le moment venu. »

 
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Publié par le décembre 7, 2018 dans Marseille, POLITIQUE

 

Les gilets jaunes à Marseille et les manifestations

La manifestation des "gilets jaunes" à Marseille, samedi 1er décembre

le tête à tête des gilets jaunes avec les CRS, beaucoup de respect de la part de ces derniers, une écoute, en particulier le matin devant la préfecture… .. 

 » La colère ne se déclare pas en préfecture !  »
Fabien Roussel
Secrétaire national du Pcf

manifestation à Marseille ou plutôt les manifestations.

Dès onze heures trente, j’étais sur la place de la préfecture où il y avait un rassemblement des gilets jaunes et je me suis prise d’intérêt pour ces gens-là, je les ai suivis et je les ai écouté discuter en particulier vers la mairie et le tunnel du Vieux port où ils avaient installé un contrôle.

..

Il m’a semble qu’il y avait un mélange de petits artisans, commerçants, mais aussi employés de collectivités locales type FO, quelques vrais prolos.

Dans le fond, je retrouvais ce que je n’ai cessé de constater à Marseille, en particulier lors de la conférence de section.

A Marseille, le prolétariat le plus évident c’est celui des cités, ils sont souvent au chômage ou s’autoexploitent, les jeunes sont en échec scolaire mais pas tous… Cette population-là a commencé à bouger dans certains endroits par exemple à travers la lutte du Macdo de Saint Barthélemy ou encore la question de l’habitat insalubre, mais pas à la hauteur de leur situation… Même l’habitat insalubre regroupe essentiellement une population étudiante qui se loge difficilement et des retraités, mais c’est aussi une des questions les plus sensibles, les plus fédératrices dans l’opinion marseilleise. Il y a une caractéristique marseillaise, c’est que les révolutions y commencent trois ou quatre jours avant Paris. Ça a été vrai pour la Révolution française, ça l’a été pour la Commune et toujours dans le même périmètre. Les manifestations contre les morts et l’incurie de la municipalité cette fois ont précédé celles des gilets jaunes.

Dans la manifestation sur le logement, se sont regroupés les membres du PCF. On me dira qu’elle a été formidable, enthousiasmante, moi je suis restée avec les gilets jaunes.

L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes souriantes, personnes qui marchent, foule et plein air

la manifestation sur le logement. 

Pour la plupart ce n’étaient pas des habitués des manifestations ils erraient dans les rues de la ville en petits groupes qui avaient fait connaissance sur les points de contrôle, beaucoup venaient du département. Ils ont occupé la zone qui va de la mairie au centre commercial des Terrasses du Port qui a été aussitôt fermé. Un seul thème, l’injustice sociale, leur solitude enfin rompue par ce mouvement.

Et là j’ai été confrontée à un autre type de prolétariat, celui d’un monde artisanal d’abord, issu à une génération près de la désindustralisation de la ville et qui sont devenus des garagistes, des petits commerçants et qui ont un vrai savoir faire, ne s’en sortent plus. Ils sont là aux côtés des catégories C de la fonction publique, des institutrices, des employés…..

L’âge moyen était plutôt élevé, des retraités avec les épouses, mais aussi des gens d’une quarantaine d’années.  Des jeunes anarchistes les interrogeaient et ils expliquaient leurs problèmes, c’était très concret, je me lève à telle heure, je travaille et voilà ce qui me reste à la fin du mois.

Je n’ai pas entendu de proclamations racistes peut-être parce qu’ils étaient en train de promouvoir leur mouvement mais même quand ils étaient attablés entre midi et deux heures en famille et échangeaient parfois des plaisanteries, mais l’atmosphère était plutôt à la gravité..

Par moment c’était même étonnant de mesurer à quel point ils réclamaient « TOUT » et la conscience qu’ils avaient d’une transformation de la société dont ils faisaient les frais… Incontestablement on était plus du tout dans c’est la faute aux immigrés mais sur le thème: c’est la faute à ceux qui nous gouvernent au profit des riches. C’est la question de la fiscalité qui éclaire les enjeux et renforce le contrôle citoyen sur l’impôt. Mais cela va au-delà…

On peut saluer cette évolution et ne pas la laisser passer.

Ce que je souhaiterais c’est que nous soyons nombreux à les interpeller et à ouvrir la discussion, ça a commencé, certains sont remontés vers la cannebière et la rencontre a eu lieu, et si j’ai bien compris c’est quand la jonction s’est opérée que la police a chargé, alors que semble-t-il il n’y avait aucune raison de le faire.

Quand je pense que certains communistes quand nous préparions le congrès  prétendaient que la question sociale ne rassemblait plus, seul le sociétal était censé les réunir, il faut réellement que nous pensions la situation à laquelle nous sommes confrontés.

Vers le soir, alors que nous étions avec une camarade à une conférence débat sur le Venezuela, il y a eu  sur la cannebière et dans le quartier Belzunce des violences, barricades, pillards, les transports en commun ne traversaient plus le centre, ce qui nous a obligé de rentrer à pied dans un Marseille désert et dans lequel la municipalité tarde à installer les lumières de Noël ; comme d’ailleurs à réparer la voirie et les trottoirs qui s’effondrent. Ce que je voudrais encore souligner de ce que j’ai pu entendre des gilets jaunes, c’est que quand ils apprenaient ce qui se passait à Paris, ils disaient à la fois que ce n’était pas eux, mais il n’y avait pas de véritable condamnation… plutôt l’idée que le pouvoir l’avait bien cherché et que eux étaient des « enfants de choeur » par rapport à ce qui montait…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le décembre 2, 2018 dans Marseille

 

A propos de Fabien Roussel mis en tutelle par son « président », une stratégie à l’œuvre ?

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Ce qui fait le succès de ce blog, c’est la qualité de ses informations, leur sérieux autant que l’engagement clair de ceux qui y écrivent.

Moi qui en suis l’animatrice principale, vous savez que je ne vous ai jamais menti, je vais donc poursuivre et lancer une alerte: au vu de la liste de membres du CN, présentée et sans doute acceptée par la commission des candidatures, je suis plus qu’inquiète sur les possibilités réelles de changement et sur l’avenir de l’espoir qui s’est levé. Je ne connais pas l’ensemble des candidats retenus pour le CN par la commission des candidatures et proposés au CN avec son aval sur une liste dite commune. Cette liste commune a été voulue légitimement pour éviter les divisions, mais elle ne doit pas devenir une arme pour les entretenir.

Parce que si comme n nous tous j’ignore qui sont bien des candidats au CN, je sais qui sont les candidats très nombreux des Bouches du Rhône, ce sont tous des petits soldats de Pierre Laurent ayant pratiqué et continuant à pratiquer la chasse aux sorcières dans le département contre ceux qui ont voté le manifeste. je sais que le secrétaire fédéral est issu de ce processus.

Les postulants des Bouches du Rhône étant exclusivement ceux qui ont voté la base 1, il y a un signataire de la tendance officielle des 5O et pas un représentant du manifeste qui a pourtant  fait 34%. Rien que cela aurait dû alerter la commission des candidatures. Mais il y a plus, il ne s’agit pas seulement de gens ayant voté la base 1, mais de gens recrutés sur leur capacité à écrémer les éléments considérés comme peu sûrs pour la conférence fédérale. Celle-ci a été une parodie complétement verrouillée, à laquelle on avait associé quelques éléments s’étant prononcés récemment pour le manifeste mais que l’on avait  invité à participer à la manœuvre sous couvert d’unité du parti. Le bilan a été totalement supprimé, amendements encouragés et votés par le secrétaire fédéral, qui n’intervenait que pour en appeler à l’unité. Mais le plus caractéristique a été que  cela s’est accompagné d’une véritable chasse aux sorcières d’éléments que l’on ne pouvait pas associer à la manœuvre. Il ne s’agit pas seulement de moi mais d’autres camarades., partout il a été agi ainsi en particulier à Marseille, c’était moins évident dans le département..Autre caratéristique, la question de la direction nationale a été interdite, elle ne devait pas être posée, ce qui laissait toute latitude à toutes les manoeuvres.

Je pense qu’il faut faire attention  si tout le reste de la liste est comme ça ou si la majorité tend à l’être, Fabien Roussel s’il fonctionnait en binome avec Pierre laurent, comme cela nous est répété à l’envie, va être mis sous tutelle avec un CN voire un exécutif aux ordres de son « président » et qui fera qu’à chaque séance du CN la partie se rejouera entre l’officiel secrétaire et son « président » soutenu non seulement par un « parlement » majoritairement de sa tendance mais appuyé par quelques fédérations vieillissantes mais avec fort pouvoir de nuisance. Après cet exercice accompli dans une période où nous avons deux élections importantes, s’il reste un parti celui-ci pourra être achevé rapidement.

C’est une stratégie qui poursuit le blocage que nous venons de connaitre et dans de telles conditions l’espoir de voir un changement s’amenuise et on ne peut pas la tolérer, les communistes ne peuvent pas se faire voler leur vote, l’énorme effort accompli.

. Que chacun regarde ceux que la commission des candidatures a retenu et qu’ils connaissent pour mesurer si mon alerte sur les Bouches du Rhône a un sens.

Je dis qu’en mon âme et conscience je ne puis approuver une telle liste et surtout ses chances de réussite s’il en était ainsi. Il est possible que le cas des Bouches du Rhône où tout a été soigneusement nettoyé avant d’être proposé à la nouvelle direction du parti soit exceptionnel, mais il est possible aussi qu’il y ait d’autres cas et que l’ensemble aboutisse de fait à remettre en cause le vote des communistes. L’attitude de Pierre Laurent la manière dont il s’est posé comme enjeu du Congrès et après le vote organisant ré-écriture et tendance pour contrôler les fédérations, imposer les siens et au final nous imposer ce duo qui rappelle étrangement celui dont il est issu, celui de Robert Hue et Marie Georges Buffet. la bataille porte encore là-dessus, est-ce que le parti va approuver ce duo, quitte à s’autodétruire, c’est ce que voudraient les partisans de Pierre Laurent, mais les communistes n’ont jamais été partisans de cette solution. Ils l’avaient déjà re’poussée à propos de Marie Georges et Robert hue. Le Congrès peut toujours la repousser.

Ceux qui pensaient que ce qui se déroulait à l’intérieur du PCF à l’occasion de ce Congrès était une simple révolution de palais, avaient tort. Les communistes ont constitué un véritable mouvement vers une ré-orientation, ils ont tenté partout de déjouer les manœuvres d’un appareil dont on finit par se demander qui l’anime et vu les pratiques de cette direction, ses relais, l’organisation de fait en tendance, le résultat est miraculeux. Mais nous voici à un moment important où tous leurs efforts risquent d’être vains. Les proches de la direction ne se cachent pas ils invitent à un rendez-vous celui du congrès qui pourra renverser le vote majoritaire des communistes et créer les conditions d’une « revanche » dont le parti ne se relèvera pas. La majorité des communistes ne veut pas de ces manœuvres, a soif d’unité pour mieux se battre contre le capital, contre Macron, pour soutenir leur candidat Ian Brossat. Le dernier piège est d’utiliser cette volonté d’unité pour diviser.

 

Danielle Bleitrach

 

Il n’y aura (peut-être) pas d’après-rue-d’Aubagne

beau billet qui met en évidence l’extraordinaire vitalité des marseillais à l’image de cette ville foutrarque qui est toujours trahie y compris par ceux qui l’aiment. Je me souviens d’un jour au local du parti qui était à l’époque rue saint Bazile, c’était u lendemain d’éléction qui avaient été décevante pour le pCF. Paul Cermolacce s’est mis tout à coup à crier, amoureux et exaspéré: « cette ville est une pute »… et j’ajoute qu’elle a pas mal de souteneurs amoureux de leur gagneuse… (note de danielle Bleitrach)

Billet de blog
Blaah
16 Nov 2018 13

Symbole ultime et tragique d’une incurie municipale que chacun constatait depuis 20 ans, l’effondrement des immeubles de Noailles précipite la colère de la ville. Mais dans cette fin de règne où transparaît l’impatience d’enfin tout reconstruire, la lutte oppose moins les Marseillais à leurs institutions qu’entre elles les multiples facettes d’une même ville.

On se serait surpris à imaginer, mercredi, Jean-Claude Gaudin reclus dans son bureau municipal, derrière les portes verrouillées d’un Hôtel de ville que des rangées de grilles et de policiers isolaient encore un peu plus de la colère. 53 ans de mandats électifs, dont 23 à la tête de la ville : une telle longévité ne s’obtient pas sans aimer Marseille, quoi qu’on en dise. C’est ce qui rend le gâchis encore plus cruel. Marseille était peut-être son Rosebud ; aussi assourdissantes soient les huées au moment de quitter la scène, jamais elles ne tortureront le chef déchu autant que son propre regard sur ce demi-siècle, et cet amour perdu de vue jusqu’à l’aveu fait à soi-même d’une trahison pure et simple.

 

Au rythme des perquisitions, rapports de la cour des comptes et tout simplement des lacunes constatées par tout un chacun depuis plusieurs années, l’incompétence municipale ne faisait plus guère de doute. Moqueries et commentaires acerbes aidaient les usagers à s’accommoder tant bien que mal de cette pétaudière si marseillaise. Puis il y eut Simona. Fabien. Niasse. Taher. Chérif. Ouloume. Marie-Emmanuelle. Julien. Huit noms jetés dans la médiocre cuisine phocéenne, qui rappellent que si l’incompétence fait rire, si l’incompétence exaspère, surtout : l’incompétence tue. « Huit vies sur la conscience », froid constat à jamais opposable à ceux qui n’ont de cesse, depuis dix jours, de se débattre dans leur médiocre irresponsabilité. Huit vies emportées brutalement, mais combien d’autres non comptabilisées, éteintes à petit feu dans les logements insalubres, au bord des routes et du port pollués comme jamais… « La mairie tue » : le raccourci est trop facile dans cet enchevêtrement de responsabilités, mais il en demeure pertinent. L’inaction, le mépris ont bien tué, et une telle faillite de la part de ses représentants paraît si inconcevable, si insupportable, qu’elle ne peut qu’en marquer un point de non-retour. Après le drame, plus rien ne sera comme avant, lit-on.

 

Et après ?

Et pourtant, il paraît bien incertain, cet « après-rue-d’Aubagne » auquel on voudrait tant croire. L’émotion proclame la fin imminente d’un système municipal délétère, en oubliant que si Marseille l’a perpétué si longtemps, c’est que Marseille y trouve aussi son compte. Le Marseille populaire et le Marseille militant ont ces derniers jours crié leur désarroi légitime. Mais le Marseille clientéliste cessera-t-il de voter pour qui lui promet un emploi ou un logement ? Cessera-t-il de récompenser les paniers garnis du troisième âge, les inaugurations de boulodromes, les soutiens aux communautés diverses, et tous ces renvois d’ascenseurs bâtis sur une réciprocité d’intérêts bien sentis, hormis l’intérêt général ? Le drame de la rue d’Aubagne changera-t-il quelque chose au Marseille du repli, celui qui voit se multiplier les lotissements clôturés, surprotégés, tandis qu’à un jet de pierre d’autres quartiers n’en finissent pas de se recroqueviller sur leur propre délabrement ?

 

Que des têtes tombent, c’est inéluctable, mais quid de l’après ? Un successeur qui utilisera les mêmes recettes électorales maquillées d’un peu de « changement dans la continuité » ? Un maire de transition, présentant bien et respectant les équilibres, mais qui n’aura pas l’once du commencement de la puissance nécessaire à faire évoluer une administration viciée ? Remettre celle-ci en ordre de marche nécessitera des efforts, voire des combats, longs et colossaux, quand bien même l’infamante mise sous tutelle des secteurs les plus vitaux viendrait alléger le fardeau.

 

« Je t’en foutrai, du vivre-ensemble »

Dans l’éditorial de ce jour, Libération évoque la fin d’un système. Ceci n’a rien d’une évidence, car le discrédit de l’équipe municipale ne représente que l’écume : ce ne sont pas contre ses politiques que Marseille devra se battre mais, comme toujours, contre ses propres démons. Artiste, étudiants venus grâce à l’ouverture européenne, immigrés africains, bénéficiaires d’aides sociales : malgré la récupération hypocrite de Stéphane Ravier, les victimes incarnent tout ce que l’extrême-droite méprise. Passé le temps du deuil, ses discours mortifères poursuivront leur œuvre de gangrène auprès d’un électorat toujours plus à l’écoute. En centre-ville, le fracas de l’effondrement s’est mêlé aux bruits de la Plaine, là où deux Marseille se toisent sans s’entendre car d’écoute la mairie n’a jamais voulu. Pour paraphraser Alessi Dell’Umbria, le Marseille qui habite tente de résister au Marseille qui réside, celui qui lutte contre les « usages déviants » de l’espace public, fait fermer les salles de concerts, et rêve sans doute d’imposer aux usagers de la ville de l' »occuper bourgeoisement », comme il est écrit dans les règlements d’immeubles. Certains dans ce Marseille-là s’attristent des vies perdues, en refusant de voir qu’elles sont aussi le prix de ce laisser-pourrir préludant aux grandes opérations d’urbanisme. Quel candidat aux municipales promettra de construire des HLM en lieu et place des bâtiments évacués ou détruits dans ce centre-ville empli de potentialités lucratives ? Quel électeur validerait une telle promesse ?

 

Le Marseille qui s’exprime aujourd’hui, c’est celui de l’action, du mélange, celui du bruit, celui des rues et des places, le Marseille qui n’attend pas la permission pour vivre ensemble. Il évoque le mythe fondateur de la génération Chourmo, c’est aussi celui incarné dans les groupes de supporters ; il ne va pas sans débordements, sans contradictions, voire parfois sans compromissions, mais il demeure essentiel. Il n’y avait pas meilleur endroit pour faire ses humanités que les rues du centre, ce mélange permanent et forcé où il est impossible de trouver sa place sans faire l’effort de comprendre l’autre. Qu’on l’idéalise ou non, ce creuset méditerranéen et populaire est une réalité de Marseille, et c’est cette réalité qui dit aujourd’hui sa soif de changement. Mais l’émotion et le fracas ne doivent pas faire oublier la force – ne fût-ce qu’une force d’inertie – de l’autre Marseille, celui qui comme le reste du monde occidental a peur, s’isole et se dit « à quoi bon ». Plein de bonne volonté, Laurent Joffrin incitait le Marseille qui manifeste à transcrire cette mobilisation dans les urnes ; il semblait croire à un Grand Soir municipal comme si, par magie, ces immenses masses du Marseille conservateur et du Marseille désabusé avaient soudain cessé d’exister. Plus encore que les intrigues successorales, les choix de ces électorats ressemblent pourtant à un enjeu majeur.

 

« On n’oubliera jamais que le bonheur est dans l’action »

Qui occupera l’hôtel de ville, voici donc un futur incertain et peu propice à l’optimisme. Mais l’énergie des habitants, elle, demeure. Quoi qu’en disent ceux qui y voient une nouveauté, nombre de Marseillais n’ont jamais attendu que la ville s’écroule pour se prendre en main, tout simplement parce qu’il s’agissait de la seule alternative à l’invisibilité des pouvoirs publics. Pour ne parler que de l’année écoulée, ce sont ces militants qui vont, truelles et pinceaux en main, repeindre eux-mêmes une école délabrée. Ce sont ces parents qui, lassés d’attendre une réponse de la voirie, achètent et installent eux-mêmes un ralentisseur. Ce sont les associations parfois alliées de la tambouille municipale, mais aussi et parfois seuls actrices du lien social dans certains quartiers. C’est la débrouille et l’improvisation quotidiennes de part et d’autre de la ville, pas parce que ça fait bien, pas parce que c’est militant, mais tout simplement parce qu’ici, on n’a pas le choix. Imposée par des années de désintérêt réciproque entre les habitants et les institutions publiques, cette vie sociale parfois à la lisière de l’autogestion est une richesse paradoxale, et en tout cas un trésor que bien d’autres collectivités en manque de démocratie participative pourraient nous envier.

 

À l’heure où l’institution municipale paie le prix d’une éternité de délitement moral et fonctionnel, il serait tentant d’opposer la saine et unanime colère du peuple et sa volonté massive de faire table rase. Cette vision paraîtrait étrangement simple, tant la marseillologie est faite de paradoxes et de contradictions. La transition avec les années Gaudin sera-t-elle aussi brutale que l’émotion ambiante le laisse présager ? Et surtout, les électeurs marseillais soutiendront-ils cette volonté de justice envers ces classes populaires ignorées pendant des décennies ? L’enjeu ne se trouve même pas ici, serait-on tenté de dire ; au-delà de l’échéance électorale, c’est cette force d’agir ensemble et d’occuper l’espace public qui est à cultiver. Manifester et dénoncer quand l’actualité l’exige et en tous temps, partager, discuter, rire et vivre ensemble, car c’est dans ses rues que se fait la ville. Lieu de mélange et de dialogue pour les idéalistes, huis-clos aux protagonistes condamnés à s’insupporter éternellement pour les cyniques, toujours est-il que de cette tension, de ces crispations, naît cette vitalité foutraque qui irrigue Marseille. Cette énergie collective, c’est à peu près la seule digue qui protège la ville quand le monde entier nous incite au repli. C’est elle qui attirait l’auteur de ces lignes et qui maintient aujourd’hui, encore un paradoxe, un amour immodéré pour cette ville où il n’est pourtant jamais revenu vivre. C’est peut-être le même esprit qui fit venir Simona, Fabien, Niasse, Taher, Chérif, Ouloume, Marie-Emmanuelle, Julien, dans cette ville à qui il arrive de tuer ceux qu’elle aime. Pour eux surtout, les manifestants et plus largement ceux qui bougent, ceux qui crient, ceux qui font, ont montré que l’énergie des Marseillais ne s’éteignait pas.

     
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    Publié par le novembre 18, 2018 dans Marseille, mythe et légendes

     

    Comment Jean-Claude Gaudin a vendu Marseille aux promoteurs

     PAR  ET JEAN-FRANÇOIS POUPELIN (LE RAVI)

    À l’heure de faire son bilan et, peut-être, de rempiler pour six ans, le sénateur-maire UMP de Marseille peut se vanter d’avoir coulé sa ville dans le béton. Une histoire politique et de petits arrangements entre gens bien introduits. En partenariat avec le mensuel Le Ravi.

    Une enquête de Jean-François Poupelin (le Ravi) et Louise Fessard (Mediapart)« Je n’ai jamais été inquiété par la justice », se vante régulièrement Jean-Claude Gaudin, notamment en période électorale. Une rengaine écornée par l’ouverture début 2014 par le parquet de Marseille d’une enquête préliminaire pour des soupçons de favoritisme visant un des satellites de la ville suite à un signalement de la chambre régionale des comptes. Comme l’a révélé La Provence, les magistrats financiers se sont étonnés de la générosité de la société d’économie mixte Marseille Aménagement, bras armé immobilier de la ville, envers une famille d’entrepreneurs marseillais. Les faits se déroulent à la Capelette, un ancien quartier ouvrier de l’est de Marseille où le départ des industries a laissé des friches béantes. En 2003, Marseille Aménagement rachète sur cette zone d’aménagement concerté (ZAC) un terrain pour y construire un palais de la glisse. Le terrain est squatté par Laser Propreté, une société de nettoyage industriel appartenant à la famille Lasery, dont la convention d’occupation est pourtant résiliée depuis 1998. Jackpot : fin 2004, Marseille Aménagement indemnise Laser Propreté à hauteur de 2 millions d’euros, alors que le bail prévoyait une indemnité maximale de 193 000 euros (et même seulement 153 000 euros selon l’évaluation du service des domaines) !

    Jean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille depuis 1995 © Rémi LerouxJean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille depuis 1995 © Rémi Leroux

    En décembre 2011, Marseille Aménagement revend de gré à gré le terrain voisin et une partie de celui indemnisé (dépollué et en partie aménagé à ses frais en 2013) à un groupe de promoteurs qui souhaite y construire le centre commercial Bleu Capelette. Il s’agit d’Icade (filiale de la Caisse des dépôts et des consignations) et de Sifer, une société dirigée par Éric Lasery, l’un des associés de Laser Propreté, qui n’a pourtant aucune expérience dans le domaine. À en croire les déclarations d’un cadre d’Icade, les deux affaires semblent avoir été négociées à peu près à la même période. « Il y a dix ans maintenant, nous avons imaginé un centre commercial avec une composante loisirs importante à l’entrée est de Marseille », a indiqué Antoine Nougarède, directeur de l’immobilier commercial chez Icade, dans La Provence en avril 2013. D’où les soupçons de favoritisme. Contacté, Éric Lasery parle d’« extrapolations ». « Le seul reproche de la CRC [qui concerne Sifer, ndlr] est de ne pas avoir mis en concurrence, mais ça il faut demander à Marseille Aménagement », rectifie-t-il. Avant de lâcher : « Tous les terrains sont vendus à Marseille sans concurrence, donc il n’y a pas eu d’exception pour nous. »

    Le projet Bleu capelette, un des futurs centres commerciaux àl'entrée est de la ville. © Belu capeletteLe projet Bleu capelette, un des futurs centres commerciaux àl’entrée est de la ville. © Belu capelette

    L’entourage du candidat Jean-Claude Gaudin a aussitôt ouvert le parapluie. « La mairie nʼa rien à voir, directement, avec cette affaire, nous a répondu Claude Bertrand, son directeur de cabinet (voir l’intégralité de sa réponse sous l’onglet Prolonger). En 2013, la Chambre régionale des comptes est intervenue sur Marseille Aménagement et non sur la Ville. En tant que société d’économie mixte, elle assumait la maîtrise d’ouvrage de ses opérations. » C’est oublier que ce sont des élus UMP, dont Gaudin, qui ont présidé la SEM, récemment absorbée par une nouvelle SPL (Société publique locale). Ancien conseiller de Jean-Claude Gaudin, « Boumendil, le directeur de Marseille aménagement (de 1998 à 2013, ndlr) prenait ses ordres chez Loisel (directeur de cabinet adjoint du sénateur et maire UMP, décédé en 2011, ndlr) et Bertrand », précise d’ailleurs un observateur avisé.

    L’affaire est symptomatique du fonctionnement opaque de la ville lorsqu’il s’agit d’immobilier. Dans son rapport sur Marseille Aménagement, la CRC a également épinglé la réhabilitation du centre-ville, confiée au privé à travers trois périmètres de rénovation immobilière (PRI) créés entre 1993 et 1995. Près de vingt ans et 60 millions d’euros de dépense communale plus tard, « 40 % des logements qui devaient être réhabilités dans les PRI Centre-ville et Thubaneau, n’avaient toujours pas fait l’objet de travaux à la date du 31 décembre 2009 », manque de s’étouffer la juridiction financière. Qui dresse un panorama aussi prévisible que désastreux de ces opérations : préemption des immeubles et revente à des investisseurs de gré à gré sans aucune transparence, défiscalisations massives et subventions à gogo sans contrôle de la réalité des travaux de rénovation.

    Dès 2000, l’association « Un centre-ville pour tous » avait documenté ces dérives de façon très étayée. Sans effet. Devant l’atonie des élus (majorité comme opposition), des citoyens, proches de l’association, ont décidé de se saisir de ce rapport explosif de la CRC. Sept courriers recommandés ont atterri mi-février 2014 dans la boîte aux lettres de Jean-Claude Gaudin pour lui demander de recouvrer les « sommes indûment versées »signalées par les magistrats. Dans le viseur : des dépenses engagées par Boumendil (pour sponsoriser un congrès de vieilles voitures ou encore une réception lors de la remise de sa Légion d’honneur), un code des marchés publics malmené, des employés licenciés avec de fortes indemnités et repris comme consultants, etc.

     

    La fin du chantier du Mucem, juste avant son ouverture en juin 2013. © LFLa fin du chantier du Mucem, juste avant son ouverture en juin 2013. © LF

    Depuis 1995, Marseille s’est certes embellie : le Vieux-Port a été en partie rendu aux piétons, une nouvelle façade maritime a surgi autour du Mucem, prolongée par le quartier d’affaires de la Joliette, ses docks rénovés et la tour CMA CGM. Mais en réalité, toute une partie de son territoire échappe à la Ville, qui n’est pas pour grand-chose dans la plupart de ces métamorphoses. Le chantier géant d’Euroméditerranée ? Une opération d’intérêt national, lancée en 1995 par Vigouroux et en majeure partie pilotée par l’État. Avec des urbanistes désignés par des concours internationaux, hors de toute emprise de la mairie, qui reconstruisent « la ville sur la ville » sur un terrain de jeu de 480 hectares ! « C’est le préfet qui délivre les permis de construire », précise le promoteur Marc Pietri. L’autre plus grand aménageur de la ville est l’Anru (agence nationale de rénovation urbaine). Via un groupement d’intérêt public, l’agence nationale pilote 14 opérations dans les cités marseillaises avec un investissement total d’un milliard d’euros, un record en France.

    Et là où la Ville a les mains libres, le bilan est souvent catastrophique.

    Autre exemple, les ZAC. On n’y envisage souvent la création des réseaux nécessaires, des transports en commun et des équipements publics qu’après coup, une fois les programmes commercialisés. « En gros ils construisent, puis ils viennent nous voir pour les réseaux, se plaint un cadre de MPM. Derrière on a des pressions pour assurer le pluvial, l’assainissement, la gestion de la voirie, les espaces publics. C’est une sorte de rouleau compresseur qui nous met devant le fait accompli. » Les seules infrastructures de transport construites depuis 1995 l’ont été dans le centre-ville (12,5 km de tramway et quatre nouvelles stations de métro), en évitant soigneusement les quartiers nord

    « Le problème de fond à Marseille est qu’il n’y a ni vision, ni projet, regrette Valérie Décot, nouvelle présidente du syndicat des architectes des Bouches-du-Rhône. Lyon, Bordeaux, Lille ont pris en main leur destin. Les maires se sont entourés de professionnels compétents pour retisser des liens entre les centres-villes et les quartiers défavorisés. Pas ici. » La ville a, par exemple, attendu janvier 2014 pour se doter d’un architecte conseil et n’a pas d’adjoint à l’urbanisme (mais un simple conseiller municipal délégué). Elle a également usé cinq directeurs de l’urbanisme depuis 1995 et a beaucoup tardé à se constituer une réserve foncière. « Quand je m’occupais du foncier à la ville, il ne restait presque plus rien à vendre, se souvient Jean Canton, directeur de l’urbanisme de Gaudin de 2002 à 2009, qui roule désormais pour Pape Diouf. Si une entreprise recherchait 5 ou 10 hectares, ça n’existait pas, en dehors des friches dont il faut s’occuper. Et l’absence de planification coûte cher à la ville : les prix ont doublé en 10-12 ans (de 2000 à 4000 euros le mètre carré). »

    Du coup, les promoteurs, à l’affût des opportunités, ont souvent un coup d’avance et débarquent dans les services avec des projets clés en main. « Ils ont rempli toutes les dents creuses », reconnaît le promoteur Marc Pietri, qui ajoute cependant que Claude Gaudin a été « le pape de la paix sociale ». « Cette ville en 1995 aurait dû exploser, rappelle le PDG de Constructa.  Quand il arrive, il faut absolument produire du logement car il n’y a rien. Peut-être qu’on a un peu trop construit ici ou là… » Le sénateur et maire UMP leur a également offert en pâture les dernières réserves foncières de la ville, comme les 350 hectares du domaine bastidaire de Sainte-Marthe (14e arrondissement). Mais c’est un ancien cadre de la Ville qui résume le mieux la philosophie de l’équipe Gaudin : « Il faut construire beaucoup de logements, ne mettre aucun obstacle, tout cela fera du mouvement et Dieu reconnaîtra les siens. »

    « La porte ouverte à tous les arrangements »

    Mirabilis, une des futures «centralités» de l'«écoquartier» Sainte-Marthe, janvier 2014. © LFMirabilis, une des futures «centralités» de l’«écoquartier» Sainte-Marthe, janvier 2014. © LF

    L’objectif politique est plus ou moins avoué : maintenir un électorat ou changer celui d’un secteur. Longtemps l’obsession de Jean-Claude Gaudin fut de ramener « les habitants qui paient des impôts » dans un « centre envahi par la population étrangère ».Et donc faire du logement haut de gamme. « Puis ils se sont rendu compte qu’une partie de leur électorat, la petite classe moyenne, ne pouvait plus se loger, donc ils ont essayé de faire baisser la fièvre », décrypte William Allaire, journaliste spécialiste du BTP. Avec une confiance dans le privé qui laisse pantois certains professionnels. « À Montpellier à partir de dix logements, il faut faire 25 % de logements sociaux, compare Nicolas Masson. À Marseille, rien ! » Enfin si, depuis juin 2013, le PLU impose 25 % de logements sociaux aux promoteurs, mais à partir de 120 logements. Résultat : seulement 3,7 % de HLM dans le très chic 6e arrondissement, quand le 14e et le 15e en comptent plus de 40 % ! « Du fait que Marseille est une ville pauvre, on est prêt à faire beaucoup de concessions, sur la qualité architecturale, les logements sociaux, les espaces publics, etc. », estime un architecte du cru. « Le directeur régional d’un groupe national, qui a fait de beaux projets à Bordeaux, m’a expliqué qu’on ne lui demande rien à Marseille,confirme Jean Canton. Donc on construit les mêmes logements qu’il y a vingt ans. »

    « On » est aussi prêt à quelques libéralités. Comme celle qui vaut à Marseille Aménagement son enquête préliminaire. Lancer des appels à projet avant de céder des terrains à des promoteurs ? Une « complexification parfaitement inutile », balaie Dominique Vlasto, adjointe au maire Jean-Claude Gaudin qui lui a succédé à la tête de Marseille Aménagement. « Mettre les terrains aux enchères, ce serait dramatique car le coût des logements exploserait », prétend de son côté Yves Moraine, porte-parole de campagne de Jean-Claude Gaudin et président de la Soleam, la SPL qui a remplacé Marseille Aménagement. « Cette façon de faire, sans mise en concurrence sur la qualité du projet et sans contrepartie en création d’espaces publics, c’est la porte ouverte à tous les arrangements », critique Valérie Décot.

    La ville s’est d’ailleurs fait taper plusieurs fois sur les doigts par le tribunal administratif pour sa générosité avec des promoteurs. Les plus récentes : une ristourne de 300 000 euros à Kaufman & Broad sur la vente d’un terrain (2011) et une aide économique de 2,5 millions d’euros à Axa pour la transformation de l’hôtel Dieu en un cinq-étoiles (2012). Sans que cela n’affole l’hôtel de Ville. Le 7 octobre 2013, Jean-Claude Gaudin a fait voter la cession du seul espace public du quartier Corderie (7e arrondissement) pour 3,4 millions d’euros à une filiale de Vinci, qui veut y construire 109 logements depuis dix ans. Avec une discrète ristourne d’un million d’euros pour racheter le volume nécessaire à l‘édification une sortie d’école supprimée par le projet. Le projet est attaqué au tribunal administratif par le CIQ (Comité d’intérêt de quartier) du coin et une poignée de riverains. Le même jour, le sénateur-maire UMP a glissé dans les derniers rapports de la séance l’acquisition au groupe Eiffage de neuf étages d’un bâtiment à construire. Coût : 37,6 millions d’euros. « Un soutien au démarrage d’Euroméditerranée 2 », s’est à l’époque justifié l’adjoint aux finances, qui rappelle le geste d’Eugène Caselli, président PS de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM), envers la tour La Marseillaise de Marc Pietri.

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    Il y a aussi plus subtil. « Une petite poignée d’architectes se partagent le marché local », dénoncent des gens du métier. Parmi les heureux élus, qui se tapent régulièrement le haut de l’affiche dans les programmes privés comme sur les marchés publics, Didier Rogeon, Tangram, Roland Carta, etc. Le premier, qui a coréalisé L’Alcazar (bibliothèque municipale à vocation régionale), la nouvelle station d’épuration Géolide et nombre de programmes résidentiels à Marseille, est ainsi l’un des architectes associés à la rénovation du stade Vélodrome, un PPP (partenariat public-privé) attribué en 2010 par Jean-Claude Gaudin à Arema (Bouygues). Avec, à la clef, la réalisation d’un quartier entier autour du stade : 100 000 m2 de bureaux, hôtels, commerces et habitations ! « De quoi faire travailler son cabinet dix ans », note un confrère envieux. Didier Rogeon avait également fait une très belle affaire en juin 2011 : la Ville lui avait cédé, à l’issue d’une consultation très restreinte, un immeuble proche de l’Hôtel Dieu (rénové par Tangram) pour y installer son cabinet. « Mesquineries entre architectes, balaie Claude Bertrand, directeur de cabinet de Gaudin. Les exemples des cabinets marseillais que vous citez sont parmi les plus gros de Marseille, voire de France. Il est donc probablement assez normal que ces agences soient plus visibles dans notre Ville. »« Lorsqu’un promoteur veut construire, on lui demande le nom de l’architecte », accuse pourtant un « mesquin ». « S’il ne convient pas, on lui donne une liste de 5 ou 6 noms. »Comme lui, plusieurs architectes installés à Marseille ont même carrément renoncé à y travailler et préfèrent faire des projets ailleurs dans la région. Claude Bertrand dément et assure ne jamais intervenir sur les permis de construire. « Il n’y a pas de short list », assure également Roland Carta, architecte bien en cours à droite comme à gauche (qui dit faire 40 % de son chiffre d’affaires en région Paca). En 2012-2013, son cabinet a enchaîné les (co)réalisations à Marseille : Musée d’histoire de Marseille, Mucem, Silo, Fort Saint-Jean, Hôpital européen, rue de la République, siège de la SNCM, etc. L’architecte, grand copain de Marc Pietri, reconnaît quand même à demi-mot que « le promoteur cherche un architecte avec qui il va pouvoir s’entendre et concomitamment il va faire valider le nom. Voir s’il n’y a pas de difficultés ».

    Encore plus discrètes, les relations d’affaires entre l’équipe Gaudin et les promoteurs. À commencer par l’ex-directeur de Marseille aménagement Charles Boumendil, ancien du groupe Bouygues, qui a présidé en 2011 l’association « Architecture et maîtres d’ouvrage ». Un « cercle restreint de professionnels et de responsables régionaux » qui rassemble, pour des visites de chantier ou des cocktails en catamaran, donneurs d’ordre, industriel du bâtiment et architectes, dans le but vertueux de « favoriser la qualité architecturale ». Et plus si affinités…

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    Autre exemple, en mai 2013, La Marseillaise révèle par exemple que Philippe Berger, ancien adjoint au sénateur-maire UMP de Marseille, délégué à la prévention des risques et qui « a vu défiler les demandes de permis de construire déposées par le promoteur Progéréal », a créé en 2011 une entreprise qui travaille notamment pour… Progéréal. Promoteur dont les programmes marseillais connaissent bien des soucis : éboulis, glissements de terrain et malfaçons rendent plusieurs de ses bâtiments inhabitables.De son côté, Roland Blum, premier adjoint et député jusqu’en 2012, spécialisé dans le droit de la construction, a beaucoup plaidé à l’Assemblée nationale contre « les recours abusifs »contre les permis de construire. Encore mieux, José Allegrini, successeur de Philippe Berger à la prévention des risques, intervient dans un contentieux immobilier à 3,2 millions d’euros entre la ville de Marseille et la Deutsche Bank, garant d’un promoteur poursuivi pour escroquerie (Le Canard enchaîné, 26/02). Il assure n’être qu’une « simple boîte aux lettres pour un confrère parisien ».

    Tout aussi désintéressé, Yves Moraine. Le cabinet du nouveau dauphin de Gaudin apparaît dans la même affaire. Mais aussi dans celle qui a opposé Vinci et Eiffage à Marseille Provence Métropole (MPM) à propos du tunnel Prado Sud, comme l’a révélé le mensuel Bons baisers de Marseille. Les deux géants du BTP ont obtenu une rallonge de 24 millions d’euros – ils demandaient 81 millions d’euros – pour des travaux non prévus au contrat. La rallonge fait l’objet d’un recours amiable. À sa décharge, Yves Moraine n’a pas voté la délibération concernée. « Je m’occupe de contentieux commercial et de droit social, je n’ai pas de clientèle avec mon activité politique », se défend le maire des 6e et 8e arrondissements. Et de jurer la main sur le cœur : « Mon associé est avocat de la fédération du BTP et de grands groupes (du BTP, ndlr), mais il pâtit de mon activité politique. » Ce qui n’est pas visible à première vue…

    « Les grands groupes ont pris des habitudes », se désespère un cadre de MPM, qui voit revenir Vinci par la fenêtre. La multinationale a obtenu en début d’année le droit de défendre son projet de prolongement du très lucratif tunnel Prado Sud – estimé à une quarantaine de millions d’euros –, alors que deux études des services de la collectivité ont conclu à son inutilité…

    Demain, suite de notre série avec un éclairage sur Sainte-Marthe (14e), l’ancien domaine bastidaire de Marseille, où les promoteurs ont longtemps eu carte blanche.

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    Hier à Marseille, l’enjeu du débat des communistes et cette foule encolère, et la haine de la bourgeoisie

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    Ce parti communiste est le votre, vous avez le droit de savoir nos enjeux, ce qui nous agite prouve à quel point nous sommes encore et toujours différents des autres, une chace pour tous…

    Hier soir, j’ai participé à la manif à Marseille, j’ai pu voir la colère, en particulier des jeunes, mais aussi des urbanistes, architectes que je connais et qui disent leur refus d’être la caution d’un système mafieux et criminel. présence des communistes, de la jeunesse communiste en particulier…Les banderoles dénoncent le temps des assassins… Nous nous asseyons à proximité de la mairie pour boire une bière, nous sommes aux premières loges pour voir le déchaînement de la violence, des policiers qui envoient des gaz lacrymogène, ne craignent pas de pousser la foule alors que nous sommes proches des quais. L’amie qui est avec nous reçoit un espèce de coktail molotov du caoutchouc compressé, nous quittons les terrasses pour nous réfugier dans la salle… Entre ça et ce qui se prépare pour le 17 novembre, je pense à l’interview de Fabien Roussel dans l’Humanité d’aujourd’hui: une espèce de course de vitesse est engagée soit le parti est capable de rassembler parce qu’il a les idées claires , est uni dans une stratégie cohérente, organisée vers quelques grandes priorités, soit c’est le fascisme… J’espère que la conférence fédérale saura raison garder…

    tandis que la manifestation devenait violente. Nous étions avec une amie gaulliste, qui affirmait sa prévention contre les communistes, se demandait ce qui se passait exactement dans le parti. Malgré les protestations de l’amie communiste, je lui ai dis exactement les enjeux dans le parti, les résistances, les manoeuvres, mais aussi le désintéressement, l’engagement des communistes, leur présence partout comme nul autre parti.

    L’amie communiste protestait de plus en plus faiblement parce que je disais à la gaulliste: « cette affaire te concerne autant que nous, parce que ce qui se joue c’est soit d’organiser la bataille contre des criminels, soit les laisser organiser le fascisme… Alors ce parti qui est en train de naître, c’est le notre mais c’est aussi le tien et tu as le droit de savoir, de connaitre la nature des débats, nous ne sommes pas parfaits… Loin de là et il faut être lucides, ne pas gober tout ce que « le chef » veut nous faire avaler en jouant sur notre « légitimisme ». OUi nous sommes légitimistes, je suis légitimiste, c’est-à-dire que je revendique ma part de responsabilité, de souveraineté dans les orientations, les choix y compris quand ils sont erronés.

    Nous sommes responsables, nous rêvons d’un monde nouveau en nous attaquant à la merde de l’ancien. Comme l’a dit Fabien Roussel, nous avons la tête dans les étoiles mais les pieds dans la glaise. Tout ce qu’a été ta vie à été déterminé par nos combats, ce que nous avons réussi à créer à la résitance, notre affaiblissement a été ton affaiblissement. Donc ce parti est le nôtre mais il est le tien, tu as le droit de savoir ce que nous tentons parce qu’il faudra bien que tu t’engages et tu seras contente de le faire avec des gens capable de s’organiser de manière désintéressée, sur tes bases à toi et pas les leurs… . Et je le pensais pleinement….

    L’amie communiste a alors osé, elle qui avait voté pour la base 1 et qui n’aurait jamais envisagé voter pour autre chose, disait ce qui s’est passé à ce congrès a été vraiment extraordinaire, pour la première fois nous avons pu parler, dire ce que nous taisions depuis tant de temps et qui nous faisait mal…

    Comme l’a dit Fabien Roussel, le manifeste a été un cri, il faut avancer dans l’action, choisir des priorités, les mettre en oeuvre avec des équipes pleinement engagées dans cette ré-orientation difficile, mais que l’on ne peut pas éluder… est-ce qu’on veut nous étouffer en prétendant asphyxier ce cri, nous le faire rentrer dans la gorge? pourquoi et au service de qui?

    Oui ai-je repris et la preuve par moment a été faite que nous pouvions penser ensemble pour agir… Alors on avance ou on détruit le parti, on scinde le « groupuscule » en deux, trois quatre groupuscules ?