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Conçue en 1964, l’échelle de Kardachev classe les civilisations en fonction de leur consommation énergétique. L’Homme n’est pas encore au niveau I.

L’URSS fut le foyer de recherches très avancées sur l’espace, comme d’ailleurs il existait une abondante littérature de sciences fiction, qui ne ressemblait pas à la nôtre en ce sens qu’elle était plus optimiste, plus axée sur les découvertes scientifiques et plus convaincue de la possibilité d’une rencontre pacifique avec l’univers. Cet article nous met directement en contact avec cet état d’esprit dont la Russie et certains pays du bloc soviétique semblent encore imprégnés (note de Danielle Bleitrach).

Pendant un an, les collines de la petite république russe de Karatchaïévo-Tcherkessie ont peut-être jalousement couvé un secret extraterrestre. Niché à 1 000 mètres d’altitude au nord du Caucase, près du village de Zelenchoukskaya, le télescope Ratan 600 reçoit un intense signal radio le 15 mai 2015. Ce phénomène est détecté par son cercle d’antennes de 576 mètres de diamètre qui le renvoie au récepteur en forme d’entonnoir situé au centre. Le système comprend d’autres capteurs montés sur des rails, dont le tracé évoque la galaxie dessinée sur la plaque de Pioneer. Grâce à ce vaste appareillage, l’équipe dirigée par Nikolaï Bursov remonte à l’émetteur. Il s’agit de HD 164595, une étoile de la constellation d’Hercules, à 94 années-lumière de la Terre. Puis le silence se fait.

Le télescope Ratan 600

Un écho finit par être entendu le 27 août 2016. Sur son blog, l’écrivain Paul Gilster révèle au grand public la découverte. « En étudiant la puissance du signal, les chercheurs disent qu’il pourrait être émis par une civilisation de type II ou de type I », indique ce passionné d’astronomie. Sa source, le chercheur italien Claudio Maccone, se base sur une nomenclature édictée en 1964 par le Russe Nikolaï Kardachev. À l’en croire, une telle puissance ne peut être dégagée que par des créatures bien plus évoluées que les habitants de la Terre. Incapables d’utiliser toute l’énergie disponible sur leur planète, ces derniers n’ont pas même atteint le premier niveau. Quant au deuxième, qui suppose de pouvoir tirer tous les fruits d’une étoile, nous en sommes à des années-lumière.

« Kardachev a imaginé classer les civilisations par leur consommation d’énergie en pensant bien sûr à des civilisations extraterrestres », explique l’astrophysicien français Roland Lehoucq. Repris par des centaines de médias dans le monde, son concept est vite retourné à l’ombre des revues scientifiques sans qu’on sache vraiment s’il pouvait s’appliquer à HD 164595. Le signal « vaut la peine d’être étudié davantage », notait à l’époque Paul Gilster. Aujourd’hui, « la plupart des scientifiques pensent qu’il était dû à une interférence terrestre », constate-t-il. Las. Nous n’avons donc pas encore tout à fait découvert un monde plus avancé que le nôtre, mais une grille de lecture est déjà à disposition. « Quand nous cherchons une vie extraterrestre, nous n’espérons pas trouver un petit homme vert mais un type I, un type II ou un type III », résume le physicien théoricien américain Michio Kaku.

Niveau 0,7

Depuis Zelenchoukskaya, il faut traverser la Géorgie du nord au sud et serpenter entre les sommets arméniens de l’Aragats pour arriver, après 13 heures de voiture, à Buyrakan. Un autre observatoire bâti sous l’Union soviétique trône à 1 460 mètres d’altitude. C’est là qu’en 1963, Nikolaï Kardachev annonce la découverte d’une civilisation extraterrestre de type II ou III originaire de la galaxie CTA-102, dans la constellation de Pégase. Publiés par la fameuse agence soviétique TASS à partir d’un article de l’Astronomical Journal, ses travaux font sensation. Un an plus tard, inspiré par la conférence américaine de Green Bank, il y organise un grand séminaire pour « obtenir une technique rationnelle et des solutions linguistiques au problème de la communication avec des civilisations extraterrestres qui sont plus avancées que celle de la Terre ».

Kardachev à l’époque

Au vrai, le Moscovite entend imposer son schéma au monde et notamment aux Américains. D’après lui, le statut d’une culture dépend de sa maîtrise de l’énergie. « En physique, c’est elle qui quantifie la capacité d’un système à agir sur le monde, car il en faut pour opérer toute transformation », explique l’astrophysicien Roland Lehoucq. Ainsi tirons-nous une certaine puissance des astres qui nous situe dans l’infiniment grand. La Terre, qui recèle 1016 watts, sert d’étalon de base, c’est-à-dire de niveau 1. Par son rayonnement de 1026 watts, le Soleil fait office de deuxième niveau, alors que la galaxie représente le troisième. Autant d’énergie dont le contrôle nécessite des technologies encore hors de portée mais que la guerre froide pousse à regarder avec envie.

À défaut d’être en mesure d’employer les forces disponibles sous ses pieds, l’Homme peut se représenter des puissances émises dans l’espace par onde radio. « Preuve est faite qu’une civilisation située n’importe où dans l’univers », en possession d’un certain pouvoir, « peut être détectée par des techniques astronomiques conventionnelles », avance Kardachev dans une revue d’astronomie. « Il est probable que des sources connues comme CTA-21 et CTA-102 soient artificielles. » Étant donnée l’intensité dégagée par ces galaxies, le Russe formule même l’hypothèse qu’elles renferment une science extraordinairement élaborée, en tout cas bien supérieure à tout ce que l’on connaît. Mais en quelques mois, les scientifiques s’aperçoivent en fait qu’ils ont affaire à des quasars, c’est-à-dire des galaxies très lumineuses. Rien que de naturel.

Dépendante de combustible fossile, l’humanité reste donc la seule à figurer sur la typologie, ou plutôt en-deçà. Kardachev semble cependant persuadé qu’elle pourra bientôt accéder au premier palier. « Il a imaginé son échelle à une époque où la consommation d’énergie était en croissance exponentielle », souligne le chercheur hongrois Zoltán Galántai. « C’est pourquoi il lui paraissait évident que cela allait se poursuivre. » Dans ce contexte, ses projections annoncent notre passage au niveau II dans 3 200 ans et au niveau III dans 5 800 ans.

En attendant, l’arrivée au premier stade est loin d’être acquise tant l’échelle est titanesque. « On peut dire qu’on est au niveau 0,7 », évalue Roland Lehoucq. Cela peut sembler beaucoup, mais la puissance à notre portée « devra être multipliée par 1 000 » pour atteindre l’échelon supérieur. « C’est en gros ce qu’on a gagné avec la révolution industrielle, mais il y a de moins en moins de pétrole, de charbon, et personne ne veut du nucléaire. » Par conséquent, la captation d’une fraction bien supérieure de l’énergie lumineuse que nous envoie le Soleil est nécessaire, mais insuffisante. « Il faut contrôler les éléments », observe Michio Kaku, « dompter les tremblements de terre, les volcans et les océans. » Selon ses calculs, un siècle suffira pour en arriver là.

Un projet solaire

En 1960, les travaux de Nikolaï Kardachev arrivent à l’oreille du physicien britannique Freeman Dyson. La NASA a deux ans, personne n’a encore touché la Lune à part la sonde soviétique Luna 2, mais les deux hommes sont persuadés que la vérité est ailleurs. « Il est plus que probable que des êtres observés par nous auront existé depuis des millions d’années, et auront atteint un niveau technologique surpassant le nôtre par de nombreux ordres de magnitude », écrit Dyson dans la revue Science le 3 juin. Faute d’image, il prend ce qu’il a sous la main pour se représenter les autres planètes habitables, à savoir le système solaire.

Dyson a inventé l’aspirateur ultime

Les progrès technologiques arrivent très rapidement au sein de ce type d’environnement. « On peut s’attendre à ce que – après quelques centaines d’années de développement industriel – n’importe quelle espèce cherchera un moyen pour entourer son étoile d’une biosphère artificielle », postule-t-il. Si son article prend soin de préciser que cela n’arrivera pas forcément à notre système, mais qu’il ne fait que décrire un phénomène sans doute intervenu ailleurs, c’est pure argutie : nos seuls modèles sont le Soleil et ses satellites. Ils sont d’ailleurs sans cesse convoqués par Dyson.

Dans un cadre comme le nôtre, donc, les limites à l’expansion sont non seulement fixées par des carences en énergie mais aussi en matière. Pour construire une immense biosphère autour de la Terre et du Soleil, l’Homme a besoin de gaz. Dyson propose de se servir en toute simplicité de celui de Jupiter. Il suffit pour cela de « désassembler et de réarranger », la planète. Rendue nécessaire par la conjonction de la croissance de la population et du perfectionnement des techniques, ce chantier nécessite une énergie équivalente à celle émise par le Soleil pendant 800 ans. Il permettra de répartir la masse de Jupiter en une sphère autour de la Terre et de son étoile « contenant toute la machinerie nécessaire à l’exploitation des radiations solaires. »

Pareil objet « est complètement irréalisable », assène le chercheur de l’Institut pour la recherche sur le futur de l’humanité d’Oxford, Stuart Armstrong. L’attraction nécessaire à sa stabilisation excède toutes celles que l’on connaît et une simple comète pourrait mettre à mal l’ensemble de l’édifice. Dyson a donc élaboré une autre théorie moins en contradiction avec les lois de la physique : un essaim de capteurs en orbite autour de Soleil pour recueillir son énergie. « C’est plus réaliste », concède Armstrong même si cela nécessiterait une quantité de matière première que l’ensemble du système solaire n’offre pas.

Freeman Dyson à l’époque de sa théorie

Malgré les impasses physiques qu’elles comportent, ces idées ont inspiré le roman de science-fiction de Robert Silversberg Un milliard d’années plus tard… (1969) et l’épisode de Star Trek « Relics » (1992). Dans ce dernier, le vaisseau USS Enterprise D se retrouve empêtré aux abords d’un champ gravitationnel irréparable émis par une sphère semblable à celle de Dyson. Par sa capacité à se disséminer dans la galaxie, la Fédération des planètes de la série se rapproche d’ailleurs d’une civilisation de type II. Sa technologie est si avancée qu’elle peut utiliser l’énergie d’une étoile, voyager au-delà de la vitesse de la lumière, et donc dans le temps. On retrouve ces prouesses dans l’imaginaire des romans L’Anneau monde de Larry Niven (1983) et Les Vaisseaux du temps de Stephen Baxter (1995). Et ce n’est que justice : Dyson s’est lui-même inspiré du livre d’Olaf Stapledon Star Maker (1937).

La saga de George Lucas Star Wars va plus loin en mettant en scène des civilisations de types supérieurs à II. Selon Roland Lehoucq, « la puissance du générateur de l’Étoile de la mort représente celle de 100 000 soleils, ce qui la place entre le niveau II et III de Kardachev. » Mais l’espace contrôlé par les personnages est si vaste que la République ou l’Empire galactique se rapprochent du type IV. Cela suppose qu’elles puisent de l’énergie dans presque tout l’univers en se servant de lois physiques inconnues à ce jour. Les pages de Doctor Who: The Gallifrey Chronicles(2005) mettent aussi en scène des puissances de cet ordre.

Le Seigneur du Temps Marnal peut ainsi moquer les Hommes : « Votre race n’a même pas atteint le type I sur l’échelle de Kardachev. Elle ne contrôle pas les ressources sur sa propre planète, encore moins celles d’un système planétaire ou d’une galaxie. Les Seigneurs du Temps sont une civilisation de type VI. Nous n’avons pas d’égaux. Nous contrôlons les forces fondamentales de l’univers en entier. » Néanmoins, le physicien britannique John D. Barrow remarque que la science moderne est devenue trop compliquée pour être reprise fidèlement par la science-fiction. « Sans une connaissance appropriée, vous ne pouvez absolument pas poser les questions appropriées », abonde Zoltán Galántai. Les progrès de l’astronomie n’ont toutefois pas mis au rebut l’échelle de Kardachev.

Le message

Le télescope américain de Green Bank n’est pas beaucoup plus facilement accessible que celui de Zelenchoukskaya. Perdu au nord de la forêt nationale Washington et Jefferson, en Virginie-Occidentale, l’Observatoire national d’astronomie radio a été le premier à capter un signal le 11 avril 1960. L’initiateur de ce projet de recherche d’extraterrestres inédit baptisé Ozma, Frank Drake, ne décrypte en revanche aucun message ni signe de vie. Loin d’être découragé, il lance ensuite le SETI, pour Search for Extra-Terrestrial Intelligence, auquel collabore un chercheur de la NASA, Carl Sagan.

Après avoir assisté avec passion aux premiers pas de l’homme sur la Lune, en 1969, les deux hommes ont l’idée d’accrocher une plaque métallique à la sonde Pioneer 10 afin de donner des renseignements sur son origine au cas où elle tomberait entre des mains extraterrestres. Ils y font graver un homme et une femme ainsi que des symboles représentants le système solaire. Elle est envoyée par l’espace en 1972 et 1973, comme on lance une bouteille à la mer. Ses chances de succès sont infimes.

Les missions Pioneer
Crédits : NASA

Alors Drake et Sagan procèdent différemment. Le 16 novembre 1974, ils se servent du radiotélescope d’Arecibo, à Porto Rico, pour envoyer un nouveau message en vue d’une « possible réception par d’autres créatures intelligente ». Dans un article de Scientific American publié en 1975, ils assurent qu’il « fait peu de doute que des civilisations plus avancées que nous existent ailleurs dans l’univers. La possibilité d’en trouver demande un effort substantiel. » De son côté, Kardachev réalise de nouvelles recherches en 1976 – en vain.

En dépit de l’amélioration des télescopes et de l’informatisation du traitement des données recueillies, aucune preuve de vie ne filtre des nombreuses observations menées dans les années qui suivent. En 1981, Carl Sagan publie un article avec un collègue, William Newman, pour remettre en cause la pertinence de l’utilisation de l’échelle de Kardachev. À elle seule, la consommation d’énergie n’indique que partiellement le niveau de développement d’une civilisation. La démographie est un angle mort de la théorie, pointent-ils. Aussi, la croissance de la population est limitée par les capacités de l’environnement.

Il y a trois réponses à la question de savoir si la rareté des ressources freine la montée en grade d’une civilisation, juge Zoltán Galántai : « Peut-être n’en avons-nous pas trouvé parce qu’elles se sont auto-détruites ou ont stoppé à temps. Mais on peut aussi considérer que ces êtres intelligents capables d’exploiter toute l’énergie d’une planète sont à même de gérer les problèmes qui vont avec. » Quoi qu’il en soit, le chercheur hongrois considère que de nombreux autres critères peuvent être pris en compte comme la durée de vie ou la surface de l’espace contrôlé. « Quand les premiers Américains on conquis le le Far West avec leurs chariots, ils n’ont pas utilisé plus d’énergie que leurs grand-parents, mais la taille de leur nouveau territoire était un indicateur de leur succès. »

Une explication possible du comportement de KIC 8462852

La disparition de l’Union soviétique et la prise de conscience écologique ont sans doute écorné l’échelle de Kardachev. Mais elle n’a pas été oubliée par les scientifiques. « C’est une base de discussion faute de mieux », pense Roland Lehoucq. Il suffit qu’un comportement étrange se manifeste aux confins de notre système solaire pour qu’elle ressorte des tréfonds de l’astronomie. En septembre 2015, les variations de luminosité observées sur KIC 8462852 ont suscité des questions à la pelle. Scrutée depuis 2009 par le télescope Kepler, cette étoile de la constellation du Cygne a été rebaptisée « l’étoile la plus mystérieuse de notre galaxie » , car son comportement a été interprété comme un possible signe de puissance artificielle. Une sphère de Dyson a même été évoquée.

De meilleurs analyses tendent à prouver que le passage d’exoplanètes dans le champ de vision ou la présence d’un anneau expliquent les curieuses variations. « Nous avons du matériel pour détecter un signal mais comment être sûr qu’il est artificiel et non naturel ? » observe Roland Lehoucq. « Si l’humanité fait exploser la Terre, la détruit, c’est clairement artificiel, mais ça ne pourra pas être distingué d’un signal naturel. » Il faudrait vraiment que le message soit clairement exprimé pour en déceler la nature. « En présence d’un signal qui énonce la suite des nombres premiers, on pourra supposer qu’il est d’origine artificielle », dit encore l’astrophysicien. Mais a-t-on vraiment envie de parler mathématiques avec les extraterrestres ?

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Des montagnes flottantes sur Pluton, ça ne s’invente pas !

 Franchement il y a dans l’univers une créativité infinie, quand je vois un tableau de Rembrandt ou quand je découvre  cette profusion de l’immensité, je me dis que la matière est inépuisable et qu’elle plus « spirituelle » que toutes les spéculations. Bref, de ce point de vue je reste spinoziste. (note de Danielle Bleitrach)

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De nouvelles données révèlent cinq éléments improbables sur la planète naine.

De Nadia Drake
Les lueurs des montagnes, des champs de glace et des vallées de Pluton au coucher du soleil, sous un ciel brumeux.

Pour une si petite planète, Pluton a une surface d’une incroyable diversité où l’on retrouve des glaciers flottants, des reliefs curieusement criblés de cratères, des ciels brumeux et des paysages multicolores. Selon les scientifiques de la mission New Horizons, la lointaine planète naine serait encore plus étrange qu’ils ne l’imaginaient. Elle possèderait notamment des volcans de glace, des montagnes flottantes et des lunes au comportement chaotique.

Les scientifiques ont dévoilé ce lundi les nouvelles observations obtenues par la sonde New Horizons lors de son survol de Pluton au mois de juillet. Présentées à la réunion annuelle du département de sciences planétaires de l’American Astronomical Society, ces données montrent que Pluton n’est pas ce que l’on pensait.

L’équipe a reçu une bonne note pour l’exploration, mais une très mauvaise pour sa capacité prévisionnelle, rapporte Alan Stern, chercheur principal de New Horizons. « Le système de Pluton nous déconcerte totalement. »

 

DES VOLCANS DE GLACE

Deux trous observés à proximité du pôle sud de Pluton pourraient bien être des caldeiras volcaniques de glace. Ces dépressions se trouvent au sommet de deux gigantesques montagnes, le Mont Wright et le Mont Piccard. Les deux montagnes sont hautes de quelques kilomètres et larges d’au moins une centaine de kilomètres, et ont une forme semblable à celle des volcans-boucliers d’Hawaï. Sauf qu’au lieu de lave en fusion, les volcans plutoniens cracheraient de la glace, et éventuellement de l’azote, du monoxyde de carbone, ou encore une bouillie liquide draguée d’un océan enterré.

Jeff Moore, de l’Ames Research Center de la NASA, a déclaré au cours d’une conférence de présentation que l’équipe n’est pas encore prête à affirmer que ces éléments sont bien des volcans, « mais on [les] en suspecte fortement ».

Si c’est le cas, ce seraient les premiers volcans à être repérés à l’extrémité du système solaire. Si l’équipe préfère attendre de disposer de données supplémentaires pour confirmer ses découvertes, certains de ses membres en sont déjà bien convaincus.

« Lorsque vous voyez une grosse montagne avec un trou sur le dessus, ce ne peut être généralement qu’une seule chose », commente Oliver White, également de l’Ames de la NASA. « J’ai du mal à y voir autre chose que des volcans. »

 

DES MONTAGNES FLOTTANTES AU COMPORTEMENT ANARCHIQUE

Les montagnes plutoniennes pourraient bien se comporter plus comme des icebergs dans l’océan que des montagnes sur Terre. Constitués de glace, ces immenses blocs de matière flottent probablement sur une « mer » de glace d’azote, a révélé Moore. Dans certaines régions, ces montagnes sont aussi grandes que les Rocheuses américaines, mais suffisamment flottantes pour s’élever loin au-dessus des glaces d’azote et de monoxyde de carbone, bien plus denses. « Il se pourrait même les plus hautes montagnes plutoniennes soient simplement en train de flotter », a déclaré Moore lors de sa présentation.

À proximité du bord occidental du champ de glace connu sous le nom de plaine Spoutnik, des grandes étendues de glace d’eau peuvent se fracturer et se réarranger, produisant ce que Moore appelle un « terrain anarchique ». Des chaînes désordonnées de blocs angulaires, certains longs de 40 kilomètres et hauts de 5 kilomètres, forment des montagnes qui s’étendent de façon chaotique vers la plaine, jeune et lisse. De nouvelles analyses suggèrent que la plaine Spoutnik pourrait être âgée de seulement 10 millions d’années. Autrement dit, « née de la dernière pluie », a commenté Stern. « C’est une importante découverte, que de petites planètes peuvent être actives, sur une échelle gigantesque, des milliards d’années après leur formation. »

Un des potentiels volcans de glace, Mont Wright, mesure 160 kilomètres de large et 4 000 mètres de haut. Il possède un gigantesque trou près de son sommet, environ 56 kilomètres de l’autre côté.

D’ÉNORMES FRACTURES ET UN OCÉAN ENTERRÉ

Certaines zones de la surface de Pluton, telle que la plaine Spoutnik, sont incroyablement lisses. D’autres sont curieusement criblées de cratères ou ressemblent à une sorte de peau de serpent de l’espace. D’autres encore sont déchirées par d’énormes fractures, telles que Virgil Fossa, à l’ouest de la plaine Spoutnik. De telles crevasses ont l’air d’avoir été formées durant l’expansion de Pluton, alors que la planète rompait sa croûte. Et c’est certainement ce qu’il s’est passé. « Un océan qui refroidit et gèle lentement provoque des expansions », a expliqué Bill McKinnon, de l’université Washington de St Louis. Si la croûte de Pluton renferme un océan d’eau enterré, ce que les scientifiques jugent probable, alors au fur et à mesure que cet océan gèle et grossit lentement, il peut exercer une tension sur la croûte de Pluton et engendrer ces énormes fissures.

 

UNE ATMOSPHÈRE FINE ET FROIDE

Avant le survol, les scientifiques pensaient que l’atmosphère de Pluton était épaisse et peut-être sept à huit fois plus volumineuse que la planète. On pensait que cette atmosphère, composée principalement d’azote, s’échappait tellement rapidement qu’environ 1 kilomètre de glace de la surface de Pluton se serait sublimée et aurait disparu au cours de ses 4,6 milliards d’années d’existence.

Les scientifiques de New Horizons savent désormais que cette idée est presque totalement fausse. L’atmosphère de Pluton est loin d’être aussi volumineuse que ce qui avait été anticipé, et loin de s’échapper à la vitesse prévue. « Avec les nouveaux chiffres, c’est de l’ordre de 15 centimètres [de glace disparue] », explique Leslie Young, du Southwest Research Institute. Une grande partie de l’azote de Pluton reste en fait proche de la planète naine. Bien que surprenante, cette observation peut s’expliquer par la présence de cyanure d’hydrogène dans les hauteurs de l’atmosphère plutonienne. Personne ne s’attendait à retrouver de telles quantités de cyanure d’hydrogène, mais celui-ci pourrait avoir un important effet de refroidissement sur l’atmosphère, tout en le maintenant blotti contre Pluton.

 

DES LUNES AU COMPORTEMENT CHAOTIQUE

Les quatre petites lunes de Pluton ont enfin été révélées. Nix, Styx, Kerberos et Hydra sont, comme le reste de ce système, plus étranges que les scientifiques ne le pensaient. Kerberos et Hydra semblent être constituées de deux objets plus petits restés collés l’un à l’autre après être lentement entrés en collision, un peu comme la comète en forme de canard orbitée par Rosetta. « À un moment donné, Pluton possédait plus que quatre lunes, au moins six », a affirmé Mark Showalter de l’Institut SETI lors d’une conférence de presse.

Le taux de rotation des petites lunes ajoute à la bizarrerie du système. Hydra remporte la course, tournant sur elle-même en seulement 10 heures. Mais toutes les lunes tournent bien plus rapidement que prévu. « Nous n’avons encore jamais vu un système satellite se comporter de la sorte », a ajouté Showalter. De plus, les scientifiques ne peuvent pas encore entièrement expliquer l’étrange cratère rougeâtre sur l’une des faces de Nix. Quant à Kerberos, que les scientifiques imaginaient comme le mouton noir du groupe, elle est en fait tout aussi lumineuse que ses trois petites sœurs.

 
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Publié par le août 20, 2017 dans sciences

 

Nous sommes faits de « poussières d’étoiles »… et de matière extragalactique !

ce moment ou science et poésie se rejoignent comme dans les très anciens vers d’Hésiode (1). Ce qui est fondamental est pourquoi cette matière que nous sommes peut se comprendre, se regarder elle-même et en extraire toute forme de création, pourquoi Oppenheimer a-t-il eu besoin d’apprendre le sanscrit pour observer les trous noirs? (note de danielle Bleitrach)

https://www.sciencesetavenir.fr/espace/nous-sommes-faits-de-poussieres-d-etoiles-et-de-matiere-extragalactique_115126

Des chercheurs américains ont simulé sur supercalculateur les échanges de gaz entre galaxies. Selon eux, jusqu’à 50% de la matière de la Voie Lactée viendrait en fait d’autres galaxies !

Voie Lactée Galaxie Poussière d'étoile

Le centre de notre Voie lactée, observé au télescope infrarouge par la NASA.

NASA/JPL-CALTECH

MATIÈRE. « Nous sommes des poussières d’étoiles », selon le bon mot d’Hubert Reeves. Et pour cause : les atomes qui nous constituent (dont les plus anciens remontent au Big Bang !) ont été formés au sein d’étoiles ou d’explosions desupernovae dans notre galaxie, la Voie Lactée. Mais pas seulement ! C’est ce que suggère une étude publiée dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, selon laquelle jusqu’à 50 % de la matière « ordinaire » constituant les galaxies pourrait provenir… d’autres galaxies. Un transfert de particules qui émaneraient des vents galactiques expulsés par les cousines de notre Voie Lactée, selon les simulations numériques réalisées par ces chercheurs.

Notre berceau est aussi en dehors de la voie Lactée

Conséquence logique pour notre planète : « Jusqu’à la moitié des atomes qui nous entourent, dans le Système Solaire, sur la Terre et en chacun de nous, ne vient pas de notre propre galaxie mais d’autres galaxies », a déclaré Claude-André Faucher-Giguère, du Weinberg College of Arts and Sciences et coauteur de l’étude. « La matière aurait été expulsée par un vent galactique puissant », poursuit Daniel Anglés-Alcázar de l’Université Northwestern aux États-Unis et coauteur de l’étude.

Exemple de transfert de matière entre deux galaxies. / Crédits : Daniel Angles-Alcazar et al, Northwestern University

BIB BANG. « Cette étude modifie notre compréhension de la formation des galaxies après le Big Bang », affirme Claude-André Faucher-Giguère, qui considère que « nos origines sont beaucoup moins locales que ce que l’on pensait auparavant ». « On peut même considérer que nous sommes des migrants intergalactiques », appuie Daniel Angles-AlcazarSelon la théorie communément admise, après le Big Bang, il y a 14 milliards d’années, l’Univers était rempli d’un gaz uniforme composé d’éléments légers comme l’hydrogène et l’hélium. C’est ce qu’on appelle la nucléosynthèse primordiale. Des centaines de millions d’années plus tard, c’est ce gaz primordial qui s’est condensé pour former les étoiles et les galaxies.

Modéliser le cycle de vie des galaxies

Aux origines de cette hypothèse, des travaux de simulation numérique sur supercalculateur haute performance réalisés par ces chercheurs. Si les calculs avaient été réalisés sur un simple micro-ordinateur, ils auraient nécessité plusieurs millions d’heures de calcul ! L’objectif : comprendre les mécanisme de formation des galaxies, par accrétion de matière puis transfert de matière entre-elles tout au long de leur vie stellaire. On savait déjà que les supernovae (ces étoiles géantes lorsqu’elles explosent) expulsent des quantités de gaz considérables, contribuant à la formation d’éléments plus lourds dans les galaxies. Mais la modélisation a aussi permis de montrer que les projections propagent  la matière d’une galaxie à l’autre, à travers les vents intergalactiques !

VIDE. Le transfert de matière d’une galaxie à l’autre est un phénomène nouveau pour les cosmologistes. Car les galaxies sont séparées par de vastes zones de vide incroyablement grandes : de l’ordre de plusieurs millions d’années-lumières. De ce fait, même si les vents galactiques sont expulsés à une vitesses de plusieurs centaines de kilomètres par seconde, le transfert n’est ainsi effectif qu’au bout de plusieurs milliards d’années. En suivant le ballet complexe des échanges spatiaux de matière grâce à leurs simulations, les chercheurs ont identifié des flux de gaz émanant de galaxies plus petites pour venir en alimenter de plus grandes telles la nôtre, là où ce gaz vient alimenter la formation de jeunes étoiles. Un processus qui continuerait de se produire aujourd’hui encore, et qui fabrique peut-être actuellement de nouveaux systèmes solaires semblables au nôtre…

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01667468/zone/1/showtitle/1/src/r8rzsxAnimation présentant l’une des simulations numériques réalisée par les chercheurs / Crédits : PHILIP HOPKINS, CALTECH

Avec AFP et communiqués

(1) Pour ceux qui ignorent Hésiode, je place ici le début de l’article de l’encyclopedia universalis le concernant.

HÉSIODE (- VIIIe–VIIe s.)

Petit paysan béotien de la fin du VIIIe siècle avant J.-C., contemporain de la première vague de colonisation qui pousse les Grecs à chercher de nouvelles terres, Hésiode d’Ascra, poète, théologien, prophète, se situe à la jointure de deux mondes et de deux systèmes de pensée. Par la Théogonie qui prolonge une condition poétique et religieuse plus archaïque que l’épopée d’Homère, Hésiode est le témoin privilégié d’une forme de pensée mythique qui obéit à un type de logique différent du nôtre. Par Les Travaux et les jours, au contraire, il fait figure de précurseur de Solon : le théologien qui raconte l’avènement de la souveraineté de Zeus et développe le mythe des races cède la place à un laboureur qui parle de dettes, de faim amère, qui invective les puissants de la Béotie et tonne contre les rois voraces. C’est déjà la perspective de la cité, avec ses conflits, ses angoisses et ses promesses à peine entrevues.

1. La Théogonie : un mythe de souveraineté
Dès les premiers vers de la Théogonie (Θεογονία, généalogie des dieux), Hésiode s’affirme comme un poète inspiré, que les Muses ont choisi pour dire « ce qui sera et ce qui fut », et pour célébrer « la race de bienheureux toujours vivants ». Si l’on voulait ne voir dans cette affirmation qu’une référence banale à la vocation poétique, on commettrait le plus grave des contresens. En invoquant les Muses, filles de Mémoire (Mnèmosunè), l’auteur de la Théogonie manifeste qu’en vertu de son don de voyance il a qualité pour prononcer une parole chantée (en grec, mousa), et pour instaurer la Vérité (alèthéia). Mémoire et vérité sont les deux pôles dont la tension définit la parole poétique. La mémoire permet au poète, comme au devin, d’accéder directement dans une vision personnelle aux événements qu’il raconte, d’entrer en contact avec l’autre monde et de déchiffrer d’un coup « ce qui est, ce qui sera, ce qui fut ». Alèthéia, qui s’oppose au plan défini par lèthè – oubli, silence et nuit –, représente le type de parole magico-religieuse, chargée d’efficace et qui rend exécutoi […]

 
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Publié par le juillet 28, 2017 dans civilisation, sciences

 

 » Vous avez un nouveau phénomène parce que la classe moyenne fait face à un mouvement descendant  »

Voici l’interview qui a été publié dans le principal média en ligne de Kazan. Le jeune rédacteur en chef, un tatare avait été interviewé en début de séjour et à la fin il m’a à son tour interviewé. Voici ce qu’il en rapporte dans son journal. Il y a un phénomène dont il n’a pas été fait état dans cet interview et qui me préoccupe autant que celui signalé au titre des lacunes de la pré-enquête à savoir la nécessité d’interviewer le monde industriel, c’est celui des campagnes qui retournent en friche tant sur le plan agricole qu’à celui des êtres humains qui l’habitent encore. (note et traduction de l’anglais de Danielle Bleitrach, l’article était en effet publié en russe et en anglais)

https://realnoevremya.com/articles/1608-you-are-having-a-new-phenomenon-when-all-this-middle-class-mass-will-face-a-downward-movement

Une Sociologue française observe les pratiques  des vendeuses à Kazan, la dégradation de la classe moyenne et  l’Union soviétique qui ne reviendra pas.

La sociologue française et journaliste d’opinion Danielle Bleitrach – ancienne membre du Comité central du Parti communiste français et professeur de sociologie à l’Université Aix-Marseille – a travaillé à Kazan pendant 3 semaines. Dans une interview à Realnoe Vremya, le chercheur a raconté ce qu’elle avait vu dans le Tatarstan post-soviétique.

 » Traces de l’URSS  » et  » vérité sur la Russie  »

Danielle, dans quel domaine de sociologie vous spécialisez-vous? Et pourquoi êtes-vous ici?

J’ai commencé avec la sociologie de la classe ouvière. Ensuite, je me suis  intéressée aux liens entre les professions des gens  et leur mode de vie. J’ai accompagné des étudiants dans différents pays du monde, j’ai  écris 15 livres(1). Maintenant, avec Marianne (Note de la rédaction: Marianne Dunlop, linguiste et traductrice), je recherche des traces ou des «itinéraires», comme les gens disent en sociologie, depuis l’Union soviétique jusque dans la vie russe moderne. Y compris avec les questions sur l’ethnicité et la multiethnicité. Cette recherche n’est que la première approche du sujet, l’étude de ces changements constants ayant lieu en Russie et au Tatarstan.

Combien de personnes avez-vous interiewées ?

Il ne s’agit pas d’une enquête mais d’un pré-enquête qui nous permettrait ultérieurement de poser les bonnes questions.Comme il est difficile pour moi de me déplacer dans les transports publics, nous avons eu recours aux  chauffeurs de taxi. Pendant 20 jours, nous avons interviewé trois conducteurs en moyenne par jour. Il y avait aussi six représentants de l’intelligentsia , un politicien (Artyom Prokofiev du bureau régional du Parti communiste de la Fédération de Russie) et un policier.

En plus des entretiens, nous avons essayé d’observer le comportement des gens – leur façon de parler, de plaisanter, comment le personnel du secteur des services se comportait. Les «traces de l’URSS» sont  également lisibles ici – par exemple, les vendeuses dans les magasins pensent souvent qu’elles ont certains droits. Elles peuvent vous reprendre vertement si vous faites quelque chose de mal, par exemple, vous entrez dans une zone interdite dans le magasin. Mais, comprenez-moi bien, nous ne sommes pas venus ici pour recueillir des aspects négatifs. Je pense que dans notre recherche, nous avons fait plus que certains journalistes occidentaux pour dire la soi-disant «vérité sur la Russie» (même dans une telle version préliminaire). De plus, notre objectif, en fait, était de montrer des faits et des événements contradictoires avec une opinion stéréotypée de l’Occident à propos de la Russie.

«Nous avons essayé d’observer le comportement des gens – leur façon de parler, de plaisanter, comment le personnel du secteur des services se comportait. Les traces de l’URSS sont également lisibles . Photo: citifox.ru

Il est clair que notre recherche n’est pas encore suffisante pour affirmer quelque chose. Mais elle aide à poser des questions. C’est pourquoi nous allons passer à une autre phase de la recherche. Mais je suis un peu vieille et je n’ai pas les moyens d’une véritable enquête. Je sais parfaitement l’équipe que je devrais constituer avec moi la prochaine fois. Il doit y avoir au moins 5 personnes pour ce travail. Et elle devraient   avoir des contacts avec vos chercheurs qui se sont  probablement posé des questions comparables.

Stalinisme et ascenseurs sociaux

Qu’avez-vous réussi à voir dans ta première «approche»?

Deux grands moments. Tout d’abord, 80% des répondants disent que c’était mieux pendant l’Union soviétique, mais aussi que ce temps ne reviendra  plus jamais parce qu’ils disent que les gens se sont habitués à la consommation et ont une attitude plus individuelle et égoïste envers la vie.

Curieusement, presque personne n’a lié son approche de  l’URSS avec des problèmes de propriété – collectifs ou privés. En d’autres termes, nos interlocuteurs n’ont pas mentionné la propriété collective comme un élément nécessaire du socialisme. Pour eux, la propriété privée c’est, par exemple, les voitures et d’autres choses qu’ils aimeraient avoir.

Les gens ne se rendent pas compte qu’ils ont perdu quelque chose avec la privatisation. Ils ne se rendent pas compte des faits de corruption qu’ils révèlent et considèrent comme inacceptables et qui sont probablement associés à cette privatisation de la propriété soviétique. Principalement, le choix de l’URSS demeure pour eux une question morale : «C’était mieux en URSS parce qu’il y avait de meilleures relations entre les gens.» C’est une vision morale des choses. Ils ne font pas état de ce qui caractérise le socialisme.

Mais probablement, ce qu’ils disent, ce n’est pas tout ce qu’ils pensent. Ou, au contraire, c’est trop évident pour le mentionner. Ou ils ne se rendent pas compte. Ou nous pourrions peut-être obtenir d’autres réponses si nous avions enquêté, par exemple, dans un monde ouvrier industriel quelque part à Nizhnekamsk. Nous poserions toutes ces questions dans la poursuite de la recherche.

«Toutes les personnes que j’ai interviewées ici comprennent qu’une transformation profonde de la société a été le résultat de cette période qui s’est accompagnée d’une promotion sociale particulière des personnes.» Photo: visualhistory.livejournal.com

Vous avez parlé des stéréotypes occidentaux que vous souhaitez dépasser .Que vouliez vous dire?

Par exemple, la période stalinienne de votre histoire. Ce phénomène historique, en passant, illustre bien la différence entre l’Ouest et vos approches. En Occident, le stalinisme est compris comme une sorte de terreur. Dans le même temps, toutes les personnes que j’ai interviewées ici comprennent qu’une transformation profonde de la société a été le résultat de cette période qui s’accompagnait notamment d’une promotion sociale des personnes. Même ces événements comme la collectivisation et l’industrialisation allaient dans ce sens. C’était un mouvement ascendant puissant, une masse de paysans est entrée dans un monde complètement différent. La même chose s’est produite en France pendant la Révolution française. Par exemple, tous les maréchaux de Napoléon provenaient de classes non aristocratiques de la société. C’était une percée pour toute la société.

L’apparition de  classe moyenne dans la société est née de l’ URSS alors. Beaucoup de travailleurs et d’anciens paysans sont devenus une petite bourgeoisie qui a joué un rôle majeur dans la dissolution de l’Union soviétique. Cependant, ce n’est qu’une hypothèse qui doit être vérifiée.

Au fait, maintenant, vous avez un nouveau phénomène lorsque toute cette masse de classe moyenne fait  face, au contraire, à un mouvement descendant. Ceux qui ont atteint un niveau supérieur dans le passé, par exemple, les enseignants et les travailleurs universitaires doivent survivre aujourd’hui. Ils se rendent compte que leurs enfants sont tirés  vers le bas socialement. Ils doivent donc se battre avec force  pour tenter de l’empêcher. Ces familles ont un capital éducatif et culturel. Mais il ne suffit pas à maintenir leur niveau d’aujourd’hui. Et c’est probablement pour  cette raison (c’est une autre hypothèse) que la jeunesse n’est pas très intéressé par l’agenda social et politique. Ils ont juste d’autres choses à faire, ils doivent se battre pour la vie. Cependant, ces observations doivent obligatoirement être vérifiées statistiquement, les données statistiques sur la mobilité sociale doivent être relevées.

Les Gastarbeiters ne sont pas nécessaires. Ni la Crimée

Pourquoi avez-vous choisi précisément Tatarstan comme objet de votre recherche?

D’une part, l’affaire est une question d’opportunitéi. Nous avons une connaissance française qui travaille à l’Université fédérale de Kazan. Il nous a donné toutes les informations préliminaires nécessaires. D’autre part, le Tatarstan est l’une des régions russes qui semble avoir été le moins affecté par la dissolution de l’Union soviétique. C’est un endroit où le Parti communiste a recueilli le  moins de votes (après la Tchétchénie, qui est  un cas particulier, bien sûr). Nous étions très intéressés à comparer l’état d’avancement ici avec des territoires tels que Novosibirsk et l’oblast d’Irkoutsk où, par conséquent, le maire et le gouverneur sont membres du Parti communiste.

«Nous voulions comprendre la résistance du monde interethnique au Tatarstan. En ce moment, les gens interviewés ne voient pas un gros problème ici. »Photo: Maksim Platonov

De plus, nous savions que beaucoup de Russes considérent comme un phénomène positif le fait que l’URSS ne connaissait pas de conflits interethniques et interreligieux. Et nous voulions comprendre la cohabitation du monde interethnique au Tatarstan. En ce moment, les interviewés ne voient pas de gros problème ici. Mais l’arrivée des gastarbeiters des anciennes républiques soviétiques est assez pénible. Les gens disent avoir peur de la radicalisation de la communauté musulmane. Nous avons rencontré des libéraux ici qui ont déclaré, par exemple, que la Russie n’aurait pas dû prendre la Crimée, qu’ils devaient être amis avec l’Occident. Dans le même temps, ils sont contre la politique de Poutine qui «apporte des gens de l’Asie centrale».

Bien sûr, le dialogue public sur ces questions n’atteint pas le niveau de  de la France. Mais il se pose déjà et se développe progressivement. Et pour les mêmes raisons, comme des vêtements de femmes musulmanes. En d’autres termes, il semble qu’ils soient des problèmes secondaires qui, pourtant, provoquent la répulsion et la peur.

Par Rustem Shakirov
(1) je me suis permise de corriger le texte qui m’attribue 150 livres. mais un ami français (Patrick Masson) de Kazan me signale que dans la version russe de l’article il est simplement noté une douzaine de livres. Et il se félicite de cet article. Moi aussi, le fait que nous ayons pu ce jeune homme et moi commencer à échanger (grâce en particulier aux compétences de Marianne en matière de traduction simultanée) prouve qu’il peut y avoir des dialogues basés sur une curiosité réciproque et sur « une bienveillance », sans nécessaire adhésion, qui pour moi a toujours fait l’intérêt de mon métier de sociologue, mais aussi de ma  pratique militante. La possibilité d’un dialogue et de sa retranscription sans contresens est aussi un encouragement à la poursuite de la réflexion. C’est même la seule chose qui me fasse sentir le poids des ans, l’impossibilité physique de me donner les moyens de poursuivre ce passionnant dialogue- investigation. une certaine colère m’habite parfois devant la stupidité de ceux qui à la direction du PCF comme de l’Humanité sans parler des autres qui ont exercé une censure impitoyable, de m’avoir empêché pendant plus de vingt ans de dire ce que je retirais de toutes mes rencontres dans le vaste monde en me caricaturant comme un dinosaure « stalinien » J’ai perdu tant de temps, nous avons perdu tant de temps…Ces pseudos anti-staliniens et vrais censeurs de toutes obédiences ne m’ont pas détruit sur le plan individuel et ma vie fut passionnante, l’est toujours, mais ils ont fait pire, ils ont empêché des tas de gens comme moi à nourrir la réflexion collective, ils l’ont appauvrie jusqu’à la sclérose dans le conformisme aux diktats du capital.dans le fond, ils ont agi envers nous, avec toute la bigoterie du monde, exactement selon le programme que Mussolini définissait par rapport à gramsci: » l’empêcher de penser. » parce que nous représentions c’était une autre idée ce la révolution, celle des formidables opportunités qu’elle offre non seulement aux classes dominées mais à des talents individuels qui ne demandent qu’à s’épanouir. C’est toujours vrai… Mais faute d’avoir défendu cette vision, ils ont produit une jeunesse sans espérance ou avec des illusions mortifère sur la nature de l’adversaire…(danielle Bleitrach)
 

L’effondrement des civilisations selon Jared Diamond

 Voilà l’écologie telle que je la comprend, non seulement Jared Diamond  n’a aucun fantasme réactionnaire face au progrès, la connaissance scientifique, le développement technique, mais ils montre que  s’ils peuvent  être et ont été  l’occasion de catastrophes, mais ils  sont aussi des armes pour lutter contre les dévastations qu’ils ont pu occasionner. Je vous recommande en particulier outre l’analyse de civilisations disparues et d’autres ayant trouvé les ressources pour survivre sa réflexion sur la capacité que peut avoir la Chine de faire face à la dégradation accélérée de son environnement.  Si vous n’avez jamais lu cet auteur profitez de l’été pour vous jeter sur ses livres à commencer par effondrement dont vous avez ici un compte-rendu. (note de Danielle Bleitrach)

Effondrement Jared Diamond

L’effondrement des civilisations passées doit avertir les civilisations actuelles. Jared Diamond montre dans Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie que les sociétés humaines ont, à l’échelle globale, une tendance « suicidaire » dans le sens où elles sont capables de sacrifier leur avenir au présent en consommant leurs ressources de manière irresponsable. Si certaines ont bien commis ce « suicide écologique », d’autres l’ont évité en modifiant leurs comportements.

 

L’effondrement des civilisations n’est pas un phénomène exceptionnel. Jared Diamond montre qu’il est même plutôt fréquent à l’échelle de l’humanité. C’est ainsi le point commun des Vikings du Groenland, des Mayas du Yutacan, ou encore des anciens habitants de l’île de Pâques. Il attire d’autant plus l’attention qu’il a concerné des sociétés parmi les plus avancées de leur époque et de leur région, comme l’Empire khmer (effondrement au XVe siècle) ou les civilisations du Moyen-Orient, le fameux Croissant fertile (Iran, Irak, Syrie, Liban, Jordanie, etc.) qui a vu le premier l’émergence d’une société agricole, technicienne, sédentaire et urbaine. Par conséquent, l’effondrement des civilisations n’est pas une perspective à négliger : « Les peuples du passé, écrit Jared Diamond, n’étaient ni de mauvais gestionnaires incultes qui ne méritaient que d’être exterminés ou dépossédés ni des écologistes omniscients et scrupuleux capables de résoudre des problèmes que nous-mêmes ne savons pas résoudre » (Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie). Un des exemples les plus étonnants du géographe est la comparaison entre les Vikings et les Inuits. Alors que les deux peuples se sont installés au Groenland (respectivement au Xe et au XIIIe siècles), dans le même environnement, seul le second a réussi à survivre, grâce au bagage culturel hérité de peuples vivant dans l’Arctique depuis 5000 ans.

 

L’effondrement est pour Jared Diamond un risque maîtrisable

L’effondrement des civilisations s’explique surtout par l’écologie. La dégradation de l’environnement est pour Jared Diamond le premier facteur, par son importance mais aussi chronologiquement, du phénomène. En effet, les dommages écologiques sont susceptibles de créer une réaction en chaîne déclenchant tour à tour les quatre autres facteurs du collapsus (du latin lapsus, « la chute ») : un changement climatique (naturel, ou dû à l’activité humaine) amplifie le déséquilibre environnemental ; les peuples voisins deviennent hostiles ; les relations avec les partenaires commerciaux se dégradent ; les élites n’ont plus la lucidité nécessaire pour résoudre les problèmes. Parmi les exemples évoqués par Jared Diamond, l’aveuglement écologique de certaines civilisations disparues reflète celui des sociétés contemporaines. Ainsi, les Mayas ont péri de leur acharnement à couper tous les arbres jusqu’au dernier et à cultiver toujours plus de maïs : « Cette déforestation a libéré les terres acides qui ont ensuite contaminé les vallées fertiles, tout en affectant le régime des pluies. Finalement, entre 790 et 910, la civilisation maya du Guatemala, qui connaissait l’écriture, l’irrigation, l’astronomie, construisait des villes pavées et des temples monumentaux, avec sa capitale, Tikal, de 60 000 habitants, disparaît » (Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie). L’effondrement des civilisations résulterait donc surtout de la propension de l’homme à épuiser les ressources essentielles à sa survie.

 

L’effondrement des civilisations n’est pas une perspective inéluctable. Jared Diamond met en évidence deux approches différentes pour éviter l’effondrement. Le problème peut tout d’abord être résolu par le bas – c’est l’approche « bottom up » – lorsque, dans des groupes humains relativement restreints, chacun prend conscience de l’enjeu parce qu’il a un intérêt évident à modifier son comportement. Ce mode de résolution a notamment permis la préservation de sociétés confinées sur des îles, comme en Islande, où la population s’est émancipée du modèle du colonisateur norvégien, inadapté à son environnement fragile, par exemple en limitant l’élevage. L’autre approche, de type « top down », correspond davantage à des sociétés plus grandes, plus peuplées et organisées politiquement. Jared Diamond décrit ainsi comment, à partir du XVIIe siècle, le pouvoir japonais a pris conscience du risque lié à la déforestation excessive et introduit dès lors des règles précises à tous les étages de la société pour protéger ses forêts. C’est cette seconde approche qui semble nécessaire pour résoudre le problème environnemental des sociétés contemporaines. « À ce moment-là [retournement de la conjoncture économique], prévient Jared Diamond, nous nous serons peut-être déjà habitués à un mode de vie dispendieux, ce qui ne nous laisserait comme issue qu’une alternative : la réduction drastique de notre mode de vie ou l’effondrement » (Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie).

>> Le principe responsabilité de Hans Jonas sur un post-it

 

 

© Sonorilon Publishing Limited, 2017
 
 

TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : POURQUOI NICOLAS HULOT NE POURRA PAS TENIR SON OBJECTIF

 j’ai dit ailleurs mes doutes sur Nicolas Hulot, le joker du gouvernement Macron. On a d’ailleurs l’impression d’une accélération dans le dégonflage de la « compétence » jupitérienne » du président et de son entourage. Non seulement son parti est en train de s’avérer un des moins démocratiques (après avoir été celui qui recrute le plus dans les catégories aisées), mais le gouvernement multiplie les preuves d’amateurisme, bref il ne reste plus que la capacité de Macron a maintenir son lien organique avec le MEDEF , les assurances privées, les banques d’affaires et la commission européenne. (note de Danielle Bleitrach)

Transition énergétique : pourquoi Nicolas Hulot ne pourra pas tenir son objectif
Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire. ©Gilles Rolle/REA.

Nicolas Hulot a annoncé lundi 10 juillet qu’il pourrait fermer “peut-être jusqu’à 17 réacteurs” afin de descendre à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité. Notre enquête montre que cet objectif est, dans les faits, complètement irréaliste.

En nommant Nicolas Hulot ministre de la Transition écologique, Emmanuel Macron se doutait bien que ce dernier ne le lâcherait pas une seconde sur la question du nucléaire. Invité sur RTL ce lundi, l’ancien présentateur d’Ushuaïa a marqué les esprits en annonçant la fermeture de plusieurs réacteurs “jusqu’à 17” afin de respecter la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte adoptée en 2015 sous François Hollande. Une loi à laquelle le Président de la République a choisi de se plier. Mais au-delà des discours, cette ambition est-elle réaliste ? Voici les quatre obstacles majeurs au respect de cet engagement.

1) Les énergies renouvelables sont intermittentes

Le recours aux renouvelable est infiniment souhaitable. Il serait presque criminel, par exemple, de ne pas chercher à domestiquer la manne solaire. Jean-Marc Jancovici, qui fut l’un des principaux penseurs du Grenelle de l’environnement, explique qu’il suffirait aux Terriens de capter 0,01% de l’énergie balancée sur leur planète par le soleil pour satisfaire tous leurs besoins. Autrement dit, notre étoile nous envoie 7.000 fois plus d’énergie que nous n’en consommons.

Pourtant, la France n’a produit l’an dernier que 7,4 térawatts/heure (TWh ou milliards de kWh) d’électricité solaire, ce qui ne représente que 1,3% de notre production totale d’électricité. C’est 5 fois moins que l’Allemagne, un pays pourtant peu réputé pour son ensoleillement. Avec 3,8% de la production grâce aux éoliennes, la France n’exploite guère mieux ses vents.

Qu’à cela ne tienne : à écouter les pouvoirs publics, panneaux solaires et éoliennes devraient fleurir partout en France dans les prochaines années. Mais c’est vite oublier leur handicap majeur : l’intermittence. C’est bête, mais dès qu’il fait nuit, la production photovoltaïque tombe à zéro. Et quand il n’y a pas de vent, les éoliennes ne font pas mieux. L’an dernier, leurs pales sont restées en moyenne immobiles 286 jours sur 366. Du coup, elles n’ont atteint que 21,7% de leur puissance théorique.

Une autre source de gaspillage vient de la régulation qu’EDF pratique elle-même. Pour favoriser le renouvelable, le groupe énergétique diminue la production de ses réacteurs nucléaires dès qu’il constate que les éoliennes et les panneaux solaires tournent à plein régime. Vertueux mais pas très économique : le coût de fonctionnement d’une tranche nucléaire est à peu près le même qu’elle fonctionne à 100% ou aux trois quarts de sa puissance. Du coup, durant ces périodes, le prix de revient du kWh nucléaire monte de 4,5 à 6 centimes.

>> En vidéo – Tour d’horizon des énergies renouvelables 

2) Il faudrait 7 fois plus d’éoliennes et 9 fois la surface de Paris en panneaux solaires

Combien d’éoliennes seraient nécessaires pour remplacer un seul réacteur nucléaire ? La France compte 58 réacteurs à eau pressurisée (REP) qui produisent en moyenne 7,2 TWh d’électricité. En comparaison, nos 6.000 éoliennes en ont produit chacune 3,5 MWh – en moyenne toujours – soit 2.060 fois moins qu’un REP. Autrement dit, il faut 2.060 éoliennes pour livrer autant de courant qu’un réacteur. Sauf que la France ne peut se permettre de manquer d’électricité ponctuellement parce que le vent faiblit. Selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER), il conviendrait de disposer d’une réserve de secours stockée, équivalente à la production théorique. Il faudrait donc en fait 4.120 éoliennes pour remplacer un réacteur.

Poursuivons le raisonnement avec l’énergie solaire. Le polytechnicien Jean-Marc Jancovici s’est livré à des calculs savants : compte-tenu de l’ensoleillement moyen de l’Hexagone, nos panneaux solaires fournissent environ 100 kWh d’électricité par mètre carré et par an. Dès lors, pour produire autant qu’un réacteur nucléaire, soit 7,2 milliards de kWh, il faudrait 72 kilomètres carrés de panneaux, soit plus des deux-tiers de la superficie de la capitale, bois de Boulogne et de Vincennes compris. Mais comme pour l’énergie éolienne, il faudrait en fait doubler cette superficie pour garantir la réserve de stockage.

Comment arbitrer entre les deux énérgies renouvelables ? Pour l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le dispositif optimal combine 60% d’éolien avec 40% de solaire. Pour y parvenir, il faudrait donc planter 143.376 éoliennes et couvrir 3.340 kilomètres carrés de panneaux pour se passer complètement du nucléaire. Et si l’on s’en tient à la proposition de Nicolas Hulot – 17 réacteurs fermés en 2025 – la France devrait commencer par construire 42.000 éoliennes nouvelles, soit sept fois notre parc actuel, et couvrir 980 kilomètres carrés (neuf fois et demie la ville de Paris) de cellules solaires en huit ans. Sans parler des moyens de stockage qui, aujourd’hui, n’existent pas…

>> En images – Villes du futur : spectaculaires, écolos, innovantes… 8 projets pour 2050

3) Le stockage de l’électricité n’est pas au point

On l’a vu : impossible de développer les énergies renouvelables sans s’assurer qu’une réserve de secours est mobilisable. “Au dessus de 25% d’électricité intermittente, on est obligé de stocker à l’échelon local », estime Catherine Ponsot-Jacquin, la grande spécialiste de la question à l’IFP Energies nouvelles. Mais il y a un hic : les scientifiques ne savent toujours pas très bien stocker l’électricité. Nous n’exploitons aujourd’hui que des technologies déjà anciennes comme les stations de transfert d’énergie par pompage (Step) qui “constituent 98% des moyens actuels”, précise Catherine Ponsot-Jacquin. Le Step est une sorte de barrage hydraulique : une pompe électrique permet de remonter, à plus de 100 mètres de hauteur, l’eau dans le lac servant de réservoir. En cas de besoin, on ouvre les vannes qui la font chuter sur une turbine. EDF possède 6 Step qui cumulent 5 GW de puissance et envisage d’en construire 2 GW supplémentaires, mais l’entreprise n’ira guère plus loin, faute de sites disponibles.

On pourrait aussi comprimer de l’air dans de gros réservoirs (à l’aide d’électricité intermittente), puis le relâcher pour faire tourner une turbine. L’IFP Energies nouvelles a un projet de cette nature, mais aucun n’a encore été construit dans le monde. Comme les Step, ce sont des dispositifs de grande capacité qui pourraient être couplés avec des fermes éoliennes ou des centrales solaires.

En parallèle, il faudra des outils de taille plus modestes, de nouvelles générations de batteries. Elles permettront de stocker l’électricité sur les lieux de consommation et aux particuliers de reverser dans le réseau les excédents de leurs propres panneaux photovoltaïques. Tesla a déjà prévu d’en produire dans son usine du Nevada. Elon Musk, son patron, vient aussi d’annoncer la livraison à l’Australie d’un modèle géant de batterie lithium-ion capable d’alimenter 30.000 foyers aux heures de pointe. La difficulté, c’est que la France compte près de 30 millions de ménages… Et que pour alimenter les réseaux internet, l’industrie et les transports, la puissance des moyens de stockage devra être décuplée, sans compter qu’ils devront aussi disposer d’une durée de vie bien supérieure et pouvoir être recyclés après usage. En d’autres termes, la plupart des batteries nécessaires ne sont pas encore disponibles.

Pas de quoi tempérer l’optimisme de Moussa Bagayoko, le directeur général du Groupe Yélé, un cabinet de consultants spécialisé dans la transition énergétique : “Des innovations de rupture devraient être accessibles d’ici à une dizaine d’années, vu le nombre d’équipes de R&D qui travaillent sur le sujet en Chine, aux Etats-Unis, comme au Japon”.

>> À lire aussi – Les innovations qui nous promettent une énergie plus verte

4) Impossible de rattraper le retard accumulé

Fermer “jusqu’à 17 réacteurs” comme le propose Nicolas Hulot est techniquement possible, mais il ne faut pas trainer. Comme on l’a vu pour Fessenheim, une fermeture définitive prend du temps : EDF doit pour cela constituer un dossier puis le transmettre à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui peut mettre 5 ans pour rendre son avis…

En parallèle, où en sommes-nous sur le renouvelable ? A l’horizon 2020, la France ne devrait pouvoir produire que 16 Gwatt de puissance éolienne contre 25 promis à l’Europe. 6 parcs en mer qui devaient être opérationnels à cette échéance ne seront pas au rendez-vous, principalement à cause du refus des riverains. “Les exploitants se heurtent aux recours en justice des associations hostiles à leur installation”, résume Jean-Louis Bal, le président du Syndicat des énergies renouvelables. “Cela nous fait perdre des années”. Sur l’île de Sein, actuellement alimentée en électricité par des groupes électrogènes fonctionnant au fioul, l’administration étale tous ses paradoxes. Ses habitants réclament depuis des décennies l’autorisation d’ériger une éolienne qui, au large du Finistère, n’aurait aucun mal à tourner toute l’année. Mais EDF est freiné par la loi Littoral, par Natura 2000 et par les Monuments historiques…

>> À lire aussi – Ces éoliennes que certains ne veulent plus voir autour des monuments historiques

La France est moins en retard dans le solaire. Nous pourrions même atteindre nos objectifs européens de 2020. Et produire 27 TWh d’électricité après avoir installé 270 kilomètres carrés de panneaux photovoltaïques. Les technologies s’améliorent, les coûts diminuent et le rythme des installations s’accélère. Si la perspective de couvrir 710 kilomètres carrés supplémentaires pour rentrer dans les clous de 2025 est ambitieuse, elle n’est pas hors de portée. En revanche, la disponibilité des moyens de stockage ne sera pas – on l’a vu – accessible à cet horizon.

>> Polémique : Pour ou contre l’énergie nucléaire ? Les arguments pour vous faire votre propre avis

Par Etienne Gingembre

 
 

La NASA annonce la découverte de 219 planètes, dont 10 semblables à la Terre

Ces mondes font partie du recensement planétaire du télescope Kepler, qui a détecté un total de plus de 4 000 planètes en l’espace de quatre ans. Mardi, 20 juin

De Nadia Drake
Une planète semblable à la Terre orbite autour de son étoile sur cette illustration de la NASA.

La NASA vient d’ajouter 219 planètes potentielles à son catalogue listant les mondes au-delà de notre système solaire. Dix d’entre elles pourraient être des planètes rocheuses tempérées présentant des similitudes avec la Terre.

Dans ce nouvel échantillon on observe une planète qui pourrait être la plus similaire à la Terre jamais observée : KOI 7711.01, seulement 30 % plus large que notre frêle oasis. Elle orbite autour d’une étoile semblable à notre soleil, à 1 700 années lumière.

Cette planète qui fait plus ou moins la taille de la Terre gravite autour de son étoile et se réchauffe ainsi suffisamment pour produire de l’eau liquide et potentiellement en recouvrir sa surface.

« Elle est à peu près aussi chauffée que notre planète l’est pas le soleil » explique Susan Thompson de l’institut SETI, qui fait partie de l’équipe d’astronomes qui ont annoncé la découverte de ces planètes lundi 19 juin. Mais « il reste beaucoup d’inconnues sur cette planète. Il est difficile d’affirmer qu’il s’agit véritablement d’une planète jumelle de la Terre. Nous devons d’abord en savoir plus sur son atmosphère, et vérifier la présence d’eau sur cette planète. »

Observée pour la première fois par le télescope Kepler de la NASA, KOI 7711.01 n’est qu’une pépite dans le long catalogue de l’équipe de recherche, qui compile les découvertes permises par les observations de Kepler ces quatre dernières années.

« La plupart des planètes trouvées par Kepler sont plus petites que Neptune. Le télescope nous a permis de réaliser l’existence de ces petites planètes, » explique Thompson.

Le catalogue comprend également – et c’est peut-être là le plus important – suffisamment d’informations pour que les scientifiques commencent à déterminer une démographie exoplanétaire ou à recenser diverses formes de vies peuplant les autres mondes plutôt que de se concentrer sur des curiosités isolées.

« Nous passons de la volonté de découvrir des nouveaux systèmes individuels à celle de comprendre la démographie des mondes présentant des similarités avec notre planète bleue, » continue Thompson.

LA TERRE IL Y A 1 MILLIARD D’ANNÉES

LE RECENSEMENT GALACTIQUE

Kepler a été conçu et envoyé dans l’espace en 2009 précisément pour orbiter autour du soleil et détecter des exoplanètes. Le télescope a ensuite passé quatre ans à observer plus de 200 000 étoiles et des bouts de ciel près des constellations du Cygne et de la Lyre. Sa mission : déterminer la similitude entre la Terre et les exoplanètes observées dans la Voie Lactée.

Pour ce faire, le télescope a comptabilisé les absences de luminosité causées par le passage des planètes entre leurs étoiles et la Terre. Selon la durée et la fréquence de l’interruption de luminosité, les scientifiques ont pu déterminer la taille des planètes vagabondes et à quelle distance elles orbitaient autour de leurs étoiles.

Une autre « Terre », selon les critères du télescope, est un monde rocheux situé dans la zone habitable – une région qui n’est ni trop chaude ni trop froide pour que l’eau liquide puisse se former à sa surface. Au fil des années, Kepler a trouvé plusieurs planètes candidates, apportant un peu plus chaque jour des éléments de réponse aux astronomes.

Des 4 034 mondes possibles, près de 50 sont rocheux et se blottissent contre leur étoile dans la zone habitable. Plus de 30 ont d’ores et déjà été confirmés comme étant de réels sujets d’étude.

« Ce nombre aurait pu être ridiculement petit… Je suis donc extatique que l’on ait trouvé 50 mondes habitables potentiels tournant autour d’étoiles proches, » estime Courtney Dressing.

Ce nombre peut sembler modeste mais considérez ceci : Kepler a observé une toute petite partie du cosmos, un champ d’étoiles couvrant à peine 1/400e de la totalité du ciel. Le télescope ne pouvait détecter que les planètes passant entre leurs étoiles et la Terre. D’après Dressing, il n’y a qu’une chance sur 200 pour que cela se produise dans un système planétaire comme le nôtre.

Pendant les prochains mois, les scientifiques vérifieront les chiffres trouvés par Kepler et partiront de cette population de 50 mondes rocheux pour, en extrapolant, arriver à un recensement galactique de planètes similaires à la Terre. Même si nous n’avons pas encore de réponse finale, le résultat probable est que l’on peut trouver des milliards de « Terre » dans notre galaxie.

« Y a-t-il d’autres planètes sur lesquelles nous pourrions vivre, hormis cette planète que nous considérons comme notre foyer ? » demande Thompson.

Il est remarquable que les scientifiques puissent poser cette question à l’échelle de milliards de planètes. Après tout, nous avons appris qu’il y avait des mondes en dehors du système solaire il y a seulement 25 ans. Maintenant, plus nous observons, plus nous cherchons, plus il apparaît évident que notre galaxie est remplie de planètes qui pourraient nous être très familières, ce qui rend encore plus probable la thèse selon laquelle que nous ne sommes pas seuls dans le cosmos.

 
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Publié par le juin 26, 2017 dans sciences